Public Finance — 25 May 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2021-05-25
Quebec — Committees
(Neuf heures trente minutes)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, bienvenue à tous. Je constate que nous avons quorum. Je
déclare donc la séance de la Commission des finances publiques ouverte.
Comme vous le savez, nous sommes réunis
virtuellement afin de procéder aux consultations particulières et aux auditions
publiques sur le projet de loi n° 95, Loi modifiant la
Loi sur la
gouvernance et la gestion des ressources informationnelles des organismes
publics et des entreprises du gouvernement et d'autres dispositions
législatives.
Mme la secrétaire, bonjour. Y aurait-il des
remplacements ce matin?
Le Président (M. Simard) : Bien. Alors,
nous allons donc, comme à l'habitude, débuter par nos remarques préliminaires. Et je cède d'emblée la parole au ministre.
Monsieur, nous vous écoutons. Vous disposez de six minutes.
Caire : Merci, M.
le Président. Écoutez, évidemment, un plaisir pour moi d'être ici. Donc, vous
me permettrez, d'entrée de jeu, de saluer
mes collègues de la
partie ministérielle, mon collègue
de La Pinière, mon collègue
de Rosemont pour cette consultation particulière sur le projet de loi n° 95,
M. le Président, projet de loi n° 95 qui est un projet extrêmement important
pour la suite des choses parce qu'il induit un changement de culture
extrêmement important. Et les consultations particulières vont être d'autant
plus intéressantes qu'on va probablement avoir plusieurs points de vue de
plusieurs sources différentes de notre société.
Et il faut toujours garder en tête que
l'objectif du p.l. n° 95 est d'induire un
changement de culture. Il nous amène vers du droit nouveau, il nous amène vers
une philosophie qui ne trouve pas énormément d'écho ailleurs, à savoir qu'on
veut maintenant considérer la donnée comme un actif gouvernemental. Et ça, ça
répond à, je dirais, une nécessité de la transformation numérique, à savoir
concilier la valorisation, l'utilisation de la donnée tout en assurant la
sécurité de la donnée en question.
Et, M. le Président, nous vivons actuellement
dans ce que moi, je qualifierais du pire des deux mondes, à savoir que la
donnée est difficilement accessible et n'est pas valorisée, valorisée au sens
d'utilisée, au sens où, très souvent, le citoyen se transforme en employé de
l'État parce que deux entités gouvernementales sont incapables de se parler, et, ce faisant, on demande à nos
citoyens de répondre à des questions pour lesquelles nous possédons la réponse,
mais, parce que nous ne nous parlons pas, nous forçons le citoyen à nous
communiquer, à de très multiples reprises, les mêmes informations. Donc, une
situation où on ne valorise pas, où on n'utilise pas la donnée, et c'est le
citoyen qui en fait les frais.
Parallèlement à ça, la sécurité, bien, M. le
Président, je veux dire, les événements des derniers jours, voire des dernières années, se passent de commentaires.
Il faut être meilleurs. Il faut rehausser notre capacité, notre expertise,
notre façon de travailler. On ne peut plus aborder la cybersécurité comme nous
l'avons fait dans les dernières années. Et
c'est aujourd'hui une question de réseau, c'est une question d'expertise, c'est
une question d'outils technologiques, c'est une question de procédures,
de façons de faire qui nécessitent qu'on change de façon importante... en fait,
je vous dirais, qu'on soit diamétralement
opposés à ce que nous faisons actuellement dans plusieurs actions du
gouvernement.
C'est très exactement
ce à quoi nous amène le projet de loi n° 95, qui s'inscrit dans une
logique, M. le Président, d'actions
que le gouvernement a posées dans les dernières années, à savoir l'élaboration
d'une politique de cybersécurité, la mise en place du Centre gouvernemental de
cyberdéfense, le déploiement des centres opérationnels de cyberdéfense
pour constituer le réseau gouvernemental de cyberdéfense, des ententes de
collaboration qu'on a avec, notamment, le gouvernement fédéral pour être
capables d'échanger l'expertise, pour être capables d'échanger de
l'information, des outils technologiques, donc cette idée-là d'avoir un réseau
qui est capable de réagir en amont de la menace mais aussi qui est capable de réagir à des attaques réussies, donc de contrer
ces attaques-là, de limiter les dégâts lorsqu'il y en a. Alors, c'est
tout ça, maintenant, qu'il faut considérer, et le projet de loi n° 95 nous
fait faire un pas de plus dans cette direction-là, un pas extrêmement
important, M. le Président.
Le projet de
loi est un projet de loi, essentiellement, d'opérations technologiques, et
c'est dans ce sens-là, M. le Président, qu'il faut l'aborder, que nous
allons l'aborder, évidemment, dans une perspective d'écoute, dans une
perspective de sensibilité par rapport aux commentaires qui nous seront faits,
bien évidemment, M. le Président, parce que,
comme n'importe quel autre projet de loi, celui-là est très certainement
perfectible. Et donc je suis en mode...
et je veux le dire aux collègues, en mode
collaboratif, en mode informatif, en mode disponible, parce que l'objectif ultime, c'est de doter le Québec
d'un État qui est capable d'assumer une transformation numérique au bénéfice
des citoyens et qui
est capable de rehausser sa capacité à protéger les informations, de quelque nature que ce soit, qui lui sont confiées et d'en
assurer la disponibilité, la confidentialité et l'accessibilité.
Donc, M. le Président, très heureux de
participer à ces consultations particulières, et je me mets, à partir de
maintenant, en mode écoute, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Je vous
remercie, M. le ministre. Je cède maintenant la parole au porte-parole de
l'opposition officielle, le député de La Pinière. Cher collègue.
M. Barrette : Pour une période, M.
le Président...
Le Président (M. Simard) : De quatre
minutes.
M. Barrette : Merci, M. le
Président. Alors, à mon tour de saluer et de vous saluer, M. le Président, en
case départ, évidemment. M. le ministre,
salutations à votre équipe et évidemment salutations aux collègues des
oppositions, avec qui nous allons travailler sur ce projet de loi, ainsi
qu'à leurs équipes.
C'est un projet de loi qui est court mais qui
est de très grande envergure. Je pense qu'il y a une disproportion entre l'envergure du projet de loi et sa longueur,
comme ça arrive souvent dans certaines lois. Ce n'est pas quelque chose
de nouveau.
D'entrée de jeu, je pense aussi que c'est un
projet de loi qui est nécessaire. Il est nécessaire, d'une part, parce qu'on
est en 2021. Plus que jamais, on est à l'ère de la gestion de l'information,
et, plus que jamais, il y a lieu d'en tirer le plus d'éléments possible dans
l'intérêt de la société et donc des citoyennes et des citoyens qui la
constituent.
Ayant dit ça, il est très probable qu'il y ait
certaines oppositions dans la réflexion qu'on va tenir, parce qu'évidemment on
sort d'une époque où la donnée personnelle est une donnée qui est souvent vue
comme étant un trésor individuel à ne pas partager, alors que, dans bien des
circonstances, c'est le partage qui est le trésor. C'est de ce partage-là, du
moins dans une organisation qui est celle qu'est un gouvernement, où on peut en
tirer le maximum d'éléments utiles pour la société. Donc, il va y avoir une
collision de concepts, c'est sûr qu'il va y avoir cette collision de concepts
là, et ce sera à nous de s'assurer que les protections soient en place.
Ayant dit ça, évidemment, je ne peux pas faire
autrement, et les gens le soupçonnent en m'écoutant... ne pas faire le lien
avec le projet de loi n° 64. Les deux doivent
s'arrimer. Ça ne peut pas être deux projets parallèles. Ce sont deux projets
qui, d'une certaine manière, de grande manière, sont connectés, dans leur
finalité, même, je dirais. Alors, ils doivent non seulement coexister, mais ils
doivent s'arrimer de la façon la plus précise possible, efficace possible en matière de sécurité. Et je dirais que
ce sera probablement pour moi l'élément principal ou un des éléments
principaux sur lesquels je vais m'attarder.
Je pense qu'il y a... Sémantiquement, dans le
projet de loi et dans nos propos, il faudra bien faire attention, et je le dis
d'entrée de jeu. Évidemment, pour ceux qui nous écoutent, là, valorisation, ça
rime souvent avec commerce. Alors, je ne pense pas que l'État soit ici dans un
mode de valorisation à l'enseigne du commerce. Je ne le pense pas, mais le
ministre pourra me contredire éventuellement, un peu plus tard dans nos... Mais
je pense que, de ce côté-là, il y a une prudence extrême à y avoir de façon à
ce qu'on puisse, de l'autre côté de la médaille, s'assurer que ce dont j'ai
parlé se réalise.
Alors, ce sont les angles, là, parce que j'ai
quatre minutes, et il ne me reste que quelques secondes, ce sont les angles que
je vais aborder, et en terminant, en comprenant bien que, là, il y a une
opportunité tournée vers le futur qui est de tirer le maximum d'effets
bénéfiques de l'utilisation de la donnée tout en évitant, évidemment, d'en
faire un commerce. Alors, M. le Président,
je termine là-dessus. On aura évidemment amplement de temps ultérieurement pour
élargir sur ce fond-là. Merci.
Le Président (M. Simard) :
Bien. Merci à vous, cher collègue. Et je cède maintenant la parole au député de
Rosemont qui dispose d'une période d'une minute.
M. Marissal : Avant de partir
le chronomètre, M. le Président, je voudrais juste vous dire que mon système a lâché trois fois depuis le début de nos travaux.
Je ne sais pas si je suis le seul à vivre ça. Pourtant, je suis dans l'immeuble
du parlement, à mon bureau. Je veux juste vous dire que, si d'aventure un tel
problème devait perdurer, ça va être assez compliqué d'écouter les témoins. Je
vous le dis, là, pour que ce soit su d'entrée de jeu. Avec votre permission, je
vais maintenant commencer ma minute d'intervention.
C'est un projet de loi important. Puis je salue
les collègues rapidement, parce que je n'ai qu'une minute. Évidemment, on le
prend d'un angle positif. Souvenez-vous des Russes, en 1972, qui étaient venus
pour apprendre. Moi, je... Apparemment, ça s'applique encore aux Canadiens de
Montréal, d'ailleurs, aujourd'hui, 50 ans plus tard. Moi, je suis là aussi
pour apprendre, parce qu'on a beaucoup à apprendre dans ce nouveau secteur, et
je suis là pour contribuer aussi.
Cela dit, je vous le dis
tout de suite, un peu comme le député de La Pinière, moi, quand j'entends
«actif», «valorisation», il y a des petites
lumières rouges qui s'allument dans ma tête. Non, je n'entends pas des voix, mais j'ai des alertes rouges dans
ma tête, qui disent : Attention! C'est un actif qui appartient aux
citoyens, et le gouvernement en est le
dépositaire, non pas le propriétaire. Alors, je vais lancer, moi, ma réflexion
sur ce projet de loi là sur cette base-là mais avec beaucoup d'ouverture
d'esprit.
On a déjà fait des projets de loi, là,
n° 14, n° 64, n° 95, non, ce n'est pas les billets chanceux
d'une loterie, c'est des projets de loi qui vont tous dans la même direction,
depuis que le gouvernement est au pouvoir. Mais on a beaucoup de travail à
faire pour s'assurer qu'on préserve cette précieuse richesse que sont nos
données personnelles, mais, je le répète, là, pour que ce soit clair,
j'entreprends ces travaux avec beaucoup d'ouverture d'esprit. Merci.
Président (M. Simard) :
Merci à vous, cher collègue. Alors, d'ici la suspension de nos travaux cet
avant-midi, nous recevrons deux
intervenants. Et nous commençons par M. Steve Waterhouse. Monsieur,
êtes-vous bien avec nous en ce moment?
M. Waterhouse (Steve) : Oui, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Super!
Heureux de vous accueillir. Alors, pour les fins de notre procès-verbal,
auriez-vous l'amabilité de vous présenter à nouveau? Je dis «à nouveau» parce
que, bien sûr, vous êtes un habitué de notre commission.
M. Waterhouse (Steve) :
Certainement, monsieur. Je suis Steve Waterhouse, un ancien officier de
sécurité informatique au ministère de la Défense nationale et chargé de cours
au microprogramme, en maîtrise, à l'Université de Sherbrooke en protection de
l'information, au volet prévention.
Président (M. Simard) :
Merci. Alors, nous vous écoutons. Et vous savez que vous disposez de
10 minutes.
M. Waterhouse (Steve) : Merci, M. le
Président. MM. les élus, merci. C'est une opportunité rêvée de partager ça avec vous alors que le présent projet de loi n° 95 est plus que
nécessaire, il est primordial, comme j'entendais d'entrée de jeu.
Témoins récemment de toutes ces fuites de données, collectivement, nous nous
demandons à quand cesseront ces fuites, comment peut-on les prévenir.
En premier lieu, j'ai pour mon dire, c'est de
réaliser qu'appliquer le principe de sécurité par l'obscurité n'a plus sa place au XXIe siècle. Comme dans tous
les plans de protection et dans n'importe quel contexte, il faut connaître ce que l'on veut protéger et contre quoi.
J'apporte souvent le point que les évaluations de menaces et des risques, les
EMR, sont la base des prises de décision que tous les dirigeants, en fait, à
n'importe quel niveau, pratiquent sur une base régulière.
Le cyberrisque, quant à lui, nécessite une
attention particulière, car il en est suffisant... il en suffit de peu pour créer un événement malheureux de perte de
données, qui en résulte souvent à des vols d'identité ou des demandes de
rançon.
Il est reconnu, dans l'entreprise privée, qu'à
bien des égards la classification d'information est réalisable en sept étapes,
c'est-à-dire réaliser une évaluation des risques liés aux données
sensibles, développer une politique de classification
formalisée, découvrir l'emplacement de vos données, catégoriser les types de
données, identifier et classer ces données, activer les contrôles de prévention
et contrôler et maintenir les mesures.
Sept
étapes appliquées globalement par le Conseil du trésor seraient à être reprises
et travaillées à chacun des ministères, selon moi, afin qu'ils précèdent...
procèdent, pardon, individuellement à leurs propres évaluations selon leurs
missions. À
titre d'exemple, le MAPAQ n'a pas autant de données que le ministère
de la Santé et des Services sociaux à protéger et gérer, mais il doit appliquer
quand même les mêmes règles de marquage d'information en sa possession.
L'administration publique s'est dotée d'une référence de
base pour la classification des actifs informationnels au Québec, en
2016, appelée Guide de catégorisation de l'information ou, son
sobriquet, PR-057, qui, à mon sens, n'est
nullement le format et l'outil pour effectuer efficacement l'exercice de la
classification à proprement dit. De procéder avec une évaluation par la
disponibilité, l'intégrité et la confidentialité de base est un début mais
n'est nullement pratique dans sa mise en
application des quatre niveaux de... de sensibilisation, pardon, des données
adoptés au PR-057, surtout
dans l'identification des données sensibles selon leur évaluation.
Les provinces de l'Ontario, de la Saskatchewan, de la
Colombie-Britannique, de l'Alberta, du Nouveau-Brunswick et du Yukon ont
produit une politique de classification de l'information en inspiration du
modèle du gouvernement fédéral, en
annexe A du présent mémoire, depuis 2017.
Une sorte d'uniformité dans les pratiques de classification facilite le partage
des trucs et astuces entre les provinces et le fédéral. Du moins, il facilite
l'implantation des cadres.
Et récemment les
organisations qui utilisent la suite Microsoft Office 365 peuvent
programmer les niveaux de confidentialité et étiquettes de rétention en
fonction des stratégies et des politiques dédiées. L'idée est d'approcher le
besoin de classifier adéquatement pour que ce soit rapide et efficace tout en
appliquant une forme de prévention de diffusion non
autorisée des données, par la vocation de prévention de pertes de données, en
anglais, le «data loss prevention», vers l'extérieur du gouvernement du Québec.
Il est important d'apporter, dans cette politique, comment
les données seront protégées, en traitement, composées ou modifiées, au
repos, dans l'entreposage, en transit, donc dans la transmission de celles-ci,
et de quelle manière les données physiques et électroniques seront détruites,
en considération de leur niveau de classification, à la fin de leur vie utile.
À
titre d'exemple,
depuis plusieurs années existe un moyen de transmission des courriers
électroniques sécuritaire via une infrastructure à clé publique au ministère de
la Justice du Québec. Cette façon de faire pourrait servir l'ensemble du
gouvernement, voire même avec le citoyen, lorsque le projet d'identité
numérique sera à terme et mature. De cette façon, les informations en transit
demeureraient confidentielles, un risque de fuite de moins, et adresseraient le
besoin de signature numérique tel que mentionné dans les notes explicatives du
présent projet de loi.
Dans ce projet de loi n° 95, il serait approprié
d'adresser comment les contrats devraient exiger la cybersécurité pour
tout développeur, agence qui gère les données citoyennes afin d'éviter les
situations récentes comme avec le portail des garderies 0-5 ans et du portail
Clic Santé. De ces situations, à qui revient la responsabilité de la posture de
sécurité, voire la protection des données
citoyennes de ces contractés? Les policiers pourront-ils prendre les
dépositions des citoyens lorsqu'une plainte ou une divulgation pour
fuite d'information leur est apportée?
Un exemple, comment c'est simple, à
l'annexe B... présente une page, un tableau synthèse pour guider les
contractuels, tout comme les fonctionnaires, à aller dans ce sens. La majorité
des développeurs avec des projets similaires,
ci-haut mentionnés, sinon pas tous, n'ont pas ou très peu de ressources en
cybersécurité et documentent très peu les politiques publiques de
protection des renseignements personnels et protection à la vie privée.
Merci à
nouveau pour cette opportunité d'échange avec vous. Je suis maintenant
disponible à répondre à vos questions.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous, M. Waterhouse. Alors, je cède maintenant la parole au ministre, qui
dispose de 16 min 30 s pour sa période d'échange.
Caire :
Merci, M. le Président. Bien, d'abord, merci beaucoup, M. Waterhouse, de
participer à cet exercice. Vous êtes un expert reconnu dans l'espace
public, donc je pense qu'aujourd'hui les parlementaires vont avoir un grand
bénéfice d'échanger avec vous.
D'entrée de jeu, puis ce n'est pas une question
piège, là, parce que le gouvernement du Québec a sorti un schéma de
catégorisation des données, justement... Parce que moi, je suis à la même
enseigne que vous, je trouve qu'on doit...
en fait, je suis convaincu qu'on doit cesser de catégoriser la donnée par celui
qui l'utilise, parce que sinon une même donnée utilisée par la Santé
devient protégée par tous les régimes de protection, mais, si elle est utilisée
par le Tribunal administratif du logement,
elle devient publique, et tout le monde peut s'en servir tout à fait légalement,
sans contrainte. Donc, c'est un peu schizophrénique comme façon de faire. Et
moi, je dis qu'on est à l'ère où on doit réfléchir et que la catégorisation de
la donnée doit se faire sur la base de sa sensibilité et de sa valeur et non
pas sur la base de celui qui s'en sert.
Maintenant, nous avons déposé à la Commission
des institutions le modèle de catégorisation en sept niveaux, comme vous le
prescrivez. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de le voir. Et, si oui,
j'aimerais ça avoir vos commentaires là-dessus.
M. Waterhouse (Steve) : M. le
ministre, non, je n'ai pas eu l'occasion de voir et consulter ce document-là. Et
j'ai pourtant cherché publiquement, avec les accès, donc, publics que j'ai,
mais rien n'a transpiré dans ce sens, si jamais il a été publié, ce qui indique
tout bonnement qu'il n'a pas été catégorisé, indexé, là, par les moteurs de
recherche, évidemment.
Mais ça serait très intéressant parce que...
Est-ce que c'est trop d'avoir sept niveaux de classification, alors que
l'ensemble des provinces que j'ai mentionnées tout à l'heure, ils ont adopté
quatre niveaux, tout simplement, pareil
comme dans le PR-057, mais en relation avec le modèle du gouvernement fédéral
de protégé A, B, C et public comme types de niveaux de sécurité?
Caire :
Bien, c'est pour ça que j'aurais été intéressé à avoir vos commentaires
là-dessus. Puis, ceci étant dit, cette commission
parlementaire n'est pas la fin des échanges, donc je serai très heureux d'avoir
vos commentaires là-dessus, effectivement.
Je vais vous amener
peut-être sur un autre sujet, parce que je pense que, sur le mémoire tel que
vous le déposez, je ne peux pas être plus d'accord que ça, là, puis, tu sais,
on va se parler entre convertis, mais j'aimerais vous amener peut-être sur
votre passé dans une organisation chargée de la cybersécurité. Le projet de loi
n° 95, évidemment, va se baser sur la politique de
cybersécurité du gouvernement du Québec. On tend à déployer le réseau. Donc, le
vaisseau amiral est le Centre gouvernemental de cyberdéfense, mais chaque
ministère se dote d'un centre opérationnel de cyberdéfense. Donc, l'idée, c'est
d'avoir un réseau.
Évidemment, et on
nous a fait le commentaire, puis je veux vous entendre là-dessus, la
gouvernance, c'est une gouvernance de type militaire. Parce que la prétention
que j'ai est à savoir que, quand on parle de cyberdéfense, bien, évidemment, on
parle de procédures, on parle... les fameux SOP, là, qu'il faut avoir, on
parle... qu'est-ce qu'il faut mettre en place comme mesures de protection,
comment on doit réagir en amont, en aval d'une attaque, et tout ça. Le
maître-mot, c'est le temps d'intervention. Plus ce temps est court, et plus
l'intervention est efficace. J'aimerais vous entendre
là-dessus. Est-ce que vous êtes plutôt du type : Oui, une gouvernance
militaire ou vous dites : Non, je pense que... Parce que tout à l'heure
vous parliez, là, de chaque ministère et organisme qui devrait catégoriser sa
donnée. Êtes-vous du type plutôt... de dire : Non, il faut laisser chaque
organisation s'occuper de sa sécurité? Comment vous, vous voyez ça, cette
organisation-là?
Waterhouse (Steve) : Bien, M. le ministre, c'est de la musique à mes
oreilles, de la façon que vous l'apportez, parce que je prône dans le même
sens. Et, quand j'ai commencé avec la réseautique en 1994, 1995, les réseaux
s'installaient au sein des différents ministères, au fédéral, et tout était à
bâtir, un peu comme on est à l'étape, présentement... en discussion de cette
commission.
je suis d'avis qu'il faut mettre en place une façon unifiée d'adresser le
cyberrisque. C'est perdant... C'est perdu d'avance, je devrais dire, si tous
les ministères commencent à faire une interprétation du cyberrisque à son
niveau. Il faut qu'ils le fassent, oui, mais en unisson avec la politique
centrale, qui, à ce moment-là, va donner les efforts qui vont tendre à la même
direction. Sans quoi, ce sont tous des maillons faibles qui vont se tenir
ensemble, et ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils se fassent
exploiter, comme c'est présentement la situation.
oui, je suis dans le sens que ça devrait être une forme empirique, oui, pour
dire : Avec des procédures, des façons de faire à la militaire, comme on
dirait. Cependant, il faut qu'il y ait un changement profond de culture comme
vous avez dit d'entrée de jeu. S'il n'y a pas cette culture-là de dire que la
menace, elle est omniprésente 24/7, qu'on est sous attaque présentement, au
moment où est-ce qu'on se parle, bien, les gens ne réaliseront pas qu'une
grande fin de semaine de trois jours, bien, ce n'est pas vrai qu'il n'y aura
pas d'attaque. Les belligérants, les factions en opposition le savent très bien,
savent quand est-ce qu'on dort, savent quand est-ce qu'il y a des congés, et ce
sont les moments d'opportunité qu'ils ont pour pouvoir, à ce moment-là, tenter
de pénétrer le système et d'exploiter cette information-là.
Caire :
Merci. Un autre objectif du projet de loi n° 95, qui
est un changement de culture assez profond... Puis j'écoutais les collègues
puis je suis tout à fait d'accord avec eux, de dire : La donnée appartient
aux citoyens, et le gouvernement du Québec en est le dépositaire. Maintenant,
ce n'est pas la réalité législative au Québec. La réalité législative au Québec,
c'est : le citoyen est propriétaire de ses données, mais chaque organisme
qui collecte la donnée en est le détenteur, et en a la responsabilité, et, je
dirais même, n'a pas, de prime abord, la possibilité de le partager. Donc, on essaie d'induire un changement
de culture qui dit : Effectivement, la donnée, elle appartient aux
citoyens. Ça, je pense que, là-dessus, personne ne va avoir de longs débats.
Maintenant, quand
c'est collecté par un organisme qui opère au nom du gouvernement du Québec ou à
l'intérieur du gouvernement du Québec, il
devient donc la responsabilité du gouvernement d'en assurer, oui, la protection
mais aussi la mobilité, la valorisation, ce qui permet à un organisme de
réutiliser la donnée plutôt que de la collecter et donc de surmultiplier les
bases de données, et donc d'éclater complètement les centres, les sites où ces
données-là sont conservées, conservées avec une expertise à géométrie variable,
avec des moyens techniques et matériels à géométrie variable et donc qui
augmentent significativement le risque que ces données-là fassent l'objet d'une
fuite.
Donc, la philosophie
qui est induite par le projet de loi n° 95 est de dire :
On va instituer des sources de données, donc
des organismes qui seront mandatés par le gouvernement pour collecter certains
profils de données qui seront partageables dans le respect des lois. Et
j'écoutais le député de La Pinière tantôt et je ne peux pas être plus
d'accord avec lui que ça, il est clair que nos lois sur les protections des
renseignements personnels doivent être mises au
goût du jour. Ça, c'est le p.l. n° 64, là, mais, le p.l. n° 95, son rôle est de dire, que... dans le respect de ces lois-là, qui
peut avoir accès à quoi et dans quelle forme aussi, parce que, quelquefois, il
n'est pas nécessaire de communiquer un renseignement personnel, on peut
simplement confirmer un état et sans
communiquer le renseignement personnel.
Donc, c'est vraiment
ça, d'avoir des sources de données officielles qui vont s'échanger des
informations lorsque c'est requis par une prestation de services, dans le
respect des lois actuelles, mais surtout en ayant cette capacité-là augmentée
de sécuriser l'information, parce qu'il n'y aura pas surmultiplication des
sites. Donc, ça, c'est la philosophie. J'aimerais ça vous entendre là-dessus,
M. Waterhouse. Comment vous, vous voyez ça? Est-ce que vous voyez des lacunes à
cette façon de faire là, des avantages? Comment vous abordez ça, vous?
M. Waterhouse
(Steve) : Bien, M. le ministre, premièrement, je suis d'accord avec
vous, il faut que ça soit dans le respect du citoyen, parce que, présentement,
le citoyen est échaudé avec les multiples fuites de données internes, au gouvernement du Québec, comme
à l'externe, avec un paquet de compagnies comme on en entend à chaque
semaine. Et le citoyen veut tout simplement s'assurer qu'à chaque soir qu'il se
couche il n'y aura pas, le lendemain matin à la une du journal, une fuite
d'informations qui va, à ce moment-là, lui peser sur les épaules, encore une
fois, pour les prochaines 20, 30, 40, 50 années en amont.
Devant cette
possibilité-là, c'est certain que plus qu'il y a de disparités dans la façon de
gérer la donnée, comme on disait tout à l'heure, avec la classification, bien,
plus il y a de moyens qui ne seront pas mis en place pour protéger adéquatement
la sensibilité de ces données. Prenons, par exemple, lorsqu'il y a des
contrats, comme on parle... on a
parlé récemment, avec les différents fournisseurs, et qu'ils doivent... du
donneur d'ouvrage, exécuter une tâche x, mais qu'il n'y a pas de
supervision quant à la réalisation pour effectuer des vérifications d'usage une
fois le projet complété. Est-ce que ça rencontre toutes les normes et est-ce
que ça respecte aussi la sécurité, l'intégrité et la disponibilité qui est
attendue d'un service gouvernemental? Si ça, c'est toujours absent des contrats
qui sont donnés à l'extérieur, parce que l'expertise est là, il ne faut pas se
le cacher, bien, c'est certain qu'il y a nécessairement un gros potentiel de fuite de données, si ce n'est
pas pour dire de mise à risque des données citoyennes, qu'il soit à
l'extérieur ou à l'interne du gouvernement du Québec.
Caire : Oui, bien, merci beaucoup pour cette réponse-là,
mais je veux quand même vous amener peut-être un petit peu plus loin, parce qu'on est vraiment au niveau de la
configuration de comment on peut s'échanger des données.
Et allons-y sur la
base des contrats dont vous parlez. Est-ce que ces contrats-là nécessitent
implicitement ou explicitement que des données soient collectées? Est-ce que ce
n'est pas la première question qu'on devrait se poser? Parce que
malheureusement, dans le modèle actuel, lorsqu'il y a prestation de services,
le réflexe est de collecter une donnée que l'on possède déjà.
Prenons l'exemple de
Place 0-5 ans. Il n'y avait pas d'information là-dedans qui n'était pas connue
du gouvernement du Québec. Donc, est-ce que cet organisme-là avait besoin de se
faire le collecteur et le dépositaire d'autant
d'informations que le gouvernement possédait déjà? C'est un petit peu dans ce sens-là que je pose ma question,
parce que, si on limite la collecte de données, si on limite le nombre de sites
où une même donnée va se retrouver entreposée, est-ce qu'on ne limite pas du
même coup les risques qui sont inhérents aux fuites de données? C'est un petit
peu ça, le sens de ma question.
M. Waterhouse
(Steve) : Bien, tout à fait, je réponds à la positive de votre question.
Et c'est tout simplement d'établir des moyens techniques par lesquels il y a
entente et collaboration entre le donneur d'ouvrage et l'exécutant. Ça va de
soi. Maintenant, est-ce que les systèmes, à l'intérieur des différents ministères,
qui vont à l'extérieur sont prêts à recevoir une connectivité de l'extérieur de
manière sécurisée permettant justement de puiser ou échanger des données selon
le type d'application?
Mais j'ai pour mon
dire, M. le ministre, que toute application développée à l'externe devrait
revenir à l'intérieur, sur l'infrastructure du gouvernement, pour ainsi assurer
la pleine confidentialité de toutes les données qui seraient utilisées. Ça
serait beaucoup plus sécuritaire, à mon sens, de le pratiquer de cette façon-là
plutôt que de dépendre que l'entité vers laquelle on a demandé une tâche, une
exécution ou un travail x... bien, qu'elle respecte en tous points cette
façon-là. Parce qu'on a épluché plusieurs de ces fournisseurs, et très peu
respectent les fondements de base de la cybersécurité. Parce qu'eux, ils
produisent tout simplement un produit, un logiciel, peu importe l'outil, pour
être, à ce moment-là, disséminé, puis il y en a qui le font de façon très
cavalière. Alors, c'est pour ça que je réitère
que ça devrait être ramené à
l'intérieur du gouvernement pour que ça soit bien pris en charge, supervisé et encadré.
Caire :
Bien, en fait, il y a deux éléments, dans votre réponse, que je voudrais
discuter ou que je voudrais explorer avec vous peut-être de façon plus précise.
Le premier élément, c'est l'accès à l'information. Le deuxième élément, c'est
l'utilisation d'applications.
La politique de
cybersécurité — puis,
bon, on ne se le cachera pas, là, M. Waterhouse, là, que vous avez
collaboré à l'élaboration de la politique de cybersécurité, donc je pense que
vous la connaissez bien — prescrit
effectivement qu'avant de déployer une application ou de mettre en ligne un
site on devrait vérifier l'état de sécurité, le fameux «security by design»,
là, qui est prévu par la politique de cybersécurité. Je ne vous le cache pas
qu'il est actuellement appliqué à géométrie variable, là. Mais ça, c'est effectivement
un des rôles du Centre gouvernemental de cyberdéfense de s'assurer que ça,
c'est fait.
Donc,
ce que vous dites, c'est que, dans le
fond, quand une entreprise
signe une entente avec le gouvernement,
on devrait traiter ces systèmes comme des systèmes à être déployés. Donc, il
faudrait les tester, il faudrait s'assurer qu'ils sont sécuritaires, dans un
premier temps. Ça, c'est ma question... si j'ai bien compris ce que vous dites.
Puis, dans un
deuxième temps, ce que vous dites, ce n'est pas tellement qu'il faut négocier
des paramètres de sécurité avec les
entreprises mais de discuter de paramètres d'accès aux systèmes du
gouvernement, qui, eux, seraient évidemment préjugés sécuritaires.
Est-ce que j'ai bien compris, là, ce que vous nous dites?
M. Waterhouse
(Steve) : Bien, je vais le repréciser. Dans un premier temps, les
exigences du ministère devraient faire, à ce
moment-là, office d'obligation que... L'exécutant devrait se conformer, parce
que le gouvernement apporte, à ce
moment-là, des données qui sont sensibles, sont réputées sensibles, donc plus
sensibles... qu'eux travaillent des données publiques. À ce moment-là,
vous serez d'accord comme moi que c'est d'appliquer toujours les mesures les
plus contraignantes selon la sensibilité qui est à traiter.
Donc, dans un premier
temps, ce serait peut-être d'avoir des systèmes de développement qui seraient
soit parrainés par le gouvernement ou, du moins, rendus sécuritaires, aux
normes du gouvernement, hébergés chez l'exécutant ou à l'intérieur du
gouvernement, reste à définir, mais il reste toujours bien... que le
gouvernement doive avoir son mot à dire sur où le développement, le traitement
de l'information sera fait, et par la suite comment est-ce que cette information-là
doit être interprétée et lue. Donc, si...
Puis,
à l'annexe B, c'est pour ça que je l'apportais, ce petit résumé là qui...
c'est l'agence de transport CATSA, à l'aéroport, que, eux, bien, ils répondent
des normes du gouvernement fédéral et ils ont mis une façon assez simple
de résumer ce qu'ils doivent respecter en termes de traitement d'information,
l'acheminement, l'archivage, etc. Et, si ce genre d'annexe là est apporté, en
exemple, là, vers les exécutants d'un contrat : Bien, voici les exigences
que le gouvernement du Québec s'attend de vous... Et ça, il faut que ce soit
imposé, il ne faut pas que ce soit suggéré, parce que, si c'est suggéré, c'est
clair qu'ils vont en disposer. Ils vont aller le chemin le plus court pour
accomplir la tâche, pour se faire payer rapidement mais...
Caire :
D'où l'idée de le mettre dans les clauses contractuelles.
M. Waterhouse (Steve) :
Définitivement. Puis c'est ça que j'apportais dans les notes d'entrée, parce
que, si ce n'est pas présent, même s'ils le disent haut et fort : Oui,
oui, oui, on est pour les bonnes vertus, on s'attend de toujours protéger la cybersécurité, on sait que c'est important, mais
qu'il n'y a personne qui est impliqué, en termes de métiers de
cybersécurité, dans les organisations, c'est certain que ça va passer à côté,
puis on a des résultats comme on voit dans les journaux.
Caire : O.K. Et,
dans les clauses contractuelles, au fond, ce que vous nous dites, c'est qu'il
serait prescrit qu'on doit respecter les
normes, les standards et les politiques du gouvernement. Donc, vous n'y allez
pas de façon méta, à savoir vous devez avoir telle ou telle application.
Ce que je veux dire, c'est qu'on ne serait pas à l'étape de dire : Pour
faire affaire avec le gouvernement, vous devez utiliser tel ou tel type de
système. On est vraiment, vous le dites, dans un sens plus large.
M. Waterhouse (Steve) : Il faut. Il
faut, parce qu'à ce moment-là, comme on dit en anglais, ça va être
«future-proof», ça va être à l'épreuve du temps. Et, si vous précisez, au
moment précis d'aujourd'hui, une telle méthode,
un tel outil, bien, dans cinq ans,
six ans, si ce n'est pas vous qui êtes encore en poste, votre successeur,
il aura oublié comment ça a été fait, et, à ce moment-là, ça devient une
méthode ou un moyen qui est vétuste et qui n'est plus à jour. Et, à ce
moment-là, ils vont respecter la
norme, c'est écrit noir sur blanc, mais ils vont être en deçà des normes
au moment où est-ce que ce sera utilisé. Ça fait que c'est pour ça que c'est de
le mettre selon les règles en vigueur...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Waterhouse (Steve) : ...de telle
référence, le plus large possible.
Caire : M. le
Président, est-ce que je comprends que mon temps est expiré?
Le Président (M. Simard) : Tout à
fait. Et vous aviez d'ailleurs 17 min 30 s.
Caire :
16 minutes?
Le Président (M. Simard) : Non, vous
aviez 17 min 30 s parce que M. Waterhouse n'avait pas pris
tout le temps qui lui était imparti, donc nous l'avons réparti dans chacun des groupes
parlementaires. Alors, vous avez écoulé votre temps.
Caire : Alors,
permettez-moi de remercier M. Waterhouse pour cette très intéressante
conversation.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Conséquemment, puisque le député de René-Lévesque ne sera pas présent, du
moins dans le cadre de la première intervention, y aurait-il consentement afin
que nous puissions répartir équitablement entre les deux groupes d'opposition
les 2 min 45 s qui lui étaient allouées?
Caire : Consentement.
Le Président (M. Simard) : Y a-t-il consentement
de tous les collègues?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Ce qui ferait que, puisque vous aviez déjà un peu plus de temps que prévu également pour l'opposition, grosso modo, je calcule à vue d'oeil en
regardant mon secrétariat, vous disposeriez, M. le député de La Pinière,
d'environ 13 minutes.
M. Barrette : Ah! 13 minutes?
Président (M. Simard) : Bien
oui. Vous ne pouvez pas dire qu'on n'est pas généreux avec vous ce matin.
M. Barrette : Bien, vous êtes d'une
grande générosité. Je vais le prendre puis j'en suis très heureux. Alors,
allons-y. Alors, bonjour, M. Waterhouse.
M. Waterhouse (Steve) : M. le député.
M. Barrette : Bien, bienvenue, évidemment,
à cette commission-ci. Écoutez, je vais... pour le bénéfice de ceux qui nous écoutent, je vais quand même
établir une chose. Je ne pense pas que ça ait été établi précédemment. Le ministre nous a informés que vous aviez été consulté pour
la rédaction ou, du moins, la réflexion qui a mené à la rédaction du projet
de loi n° 95. C'est exact?
M. Waterhouse (Steve) : Bien, au
même
titre que, présentement, je présente devant vous.
M. Barrette :
Non, non, je comprends, mais c'est parce que c'est important pour les gens qui
nous écoutent de savoir que vous avez participé à la rédaction du projet de
loi. Ce qui ne me dérange pas du tout, là.
Waterhouse (Steve) : Bien,
je n'ai pas participé à la rédaction du projet de loi, M. le député, là, seulement à la politique...
Caire : C'est à la politique
de cybersécurité, M. le député.
Président (M. Simard) : M. le ministre, pour l'instant, la parole ne vous appartient pas. La parole
n'appartient qu'au député de La Pinière. Monsieur, veuillez poursuivre.
M. Barrette : Ce n'est pas grave,
M. Waterhouse. C'est simplement pour établir que vous avez été dans la
game, si vous préférez, là. Je ne veux pas vous prêter ni d'intentions ni de responsabilité.
Ça fait mon affaire que vous... Vous avez été là pendant le processus qui a
mené le ministre à déposer son projet de loi. Parce que, quand je lis votre
mémoire, votre mémoire est quand même critique, de façon significative, de la
situation actuelle.
M. Waterhouse (Steve) : Oui.
M. Barrette : Bon. Vous considérez,
quand je lis votre mémoire, que la situation actuelle en matière de... pas
juste de cybersécurité mais en matière de sécurité au sens global du terme...
qu'elle laisse à désirer. Et ce n'est pas une critique du gouvernement actuel
ni des précédents. C'est l'État qui est de même. L'État est rarement
contemporain dans sa gestion des données. Ça, on va dire ça comme ça. C'est ce
que vous constatez à la grandeur du gouvernement. Donc, il y a lieu d'agir.
M. Waterhouse (Steve) : Oui,
monsieur. C'est le constat aussi de d'autres professionnels de la cybersécurité
en province aussi.
M. Barrette : C'est d'autant plus
intéressant d'avoir ce bout de conversation là qu'on arrive avec un projet...
on a actuellement, comme je l'ai dit dans mon introduction, deux projets
de loi, là, qui traitent de sécurité des données ou de gestion de la donnée. Il
y a le 64, il y a le 95. Manifestement, il était
temps d'agir, parce qu'on n'est pas très, disons, à date dans nos standards de
gestion de la donnée. On s'entend là-dessus.
M. Waterhouse (Steve) : Tout à fait.
M. Barrette : Bon. Un coup que j'ai
dit ça, là, quand j'ai lu votre mémoire, la première réflexion qui m'est venue
à l'esprit est la suivante, puis là je vous demande votre opinion, vous avez vu
le gouvernement, vous avez été consulté pour une
partie de la cybersécurité...
je suis obligé de conclure, à la lecture de votre mémoire, que jamais, au grand
jamais, la loi n° 95, même si elle est adoptée,
par exemple, d'ici trois semaines, ne devrait être mise en application
tant que ce que vous avez évoqué dans votre mémoire n'a pas été corrigé.
M. Waterhouse (Steve) : Bien, c'est
le but de la présente discussion, je crois, M. le député, et j'espère qu'elle
sera considérée, ce que j'apporte, et les autres qui me suivront apporteront
aussi comme réflexions, parce que c'est important, à ce moment-ci, de bien
redresser qu'est-ce qui n'est pas en place et de mettre les jalons qui sont nécessaires à tracer le chemin de demain. Parce
que, présentement, oui, le gouvernement, il est 20 ans en arrière, M. le
député, et, s'il y en a qui ne croient pas ça, bien, désolé, là, je vous
l'apporte en réflexion, parce que le gouvernement du Québec comme d'autres
aspects gouvernementaux à travers le pays n'ont pas suivi l'évolution
technologique, et elle va d'une vitesse à grand V. Et, si personne ne met,
justement, un chemin, des balises avec lesquelles s'aligner pour le futur,
bien, c'est certain, le gouvernement du Québec sera toujours à la remorque des
événements et non pas un leader en avant.
M. Barrette : Donc, je comprends
votre réponse, là. Elle va dans le sens que... dans le même sens que moi, mais
moi, je vais un pas plus loin, là. Le pas plus loin, c'est qu'avant de mettre
des données, 95, là, ce dont on parle aujourd'hui, va mener à, mettons... on va
résumer, là, on va avoir une espèce de hub où la donnée va se retrouver ou, du
moins, va transiger. Ce que vous nous dites, là, et ce que je dis, là, c'est
qu'avant que quoi que ce soit circule dans ce hub-là, là, il va falloir que
tout au complet soit mis en place, complètement et non partiellement. Est-ce
qu'avec ça vous êtes d'accord ou non?
M. Waterhouse (Steve) : Je suis
d'accord, M. le député, parce que, sinon, ça va créer des maillons faibles, et
ils seront un autre élément de risque et de contention.
M. Barrette : Parfait. On
s'entend là-dessus. J'ai bien compris votre mémoire et votre pensée.
Maintenant, quand je lis votre mémoire, et vous
en avez vous-même fait... vous y avez fait référence dans l'échange que vous venez d'avoir avec le ministre,
je comprends que vous avez établi, dans votre mémoire, un maximum. Et
même le fédéral n'est pas au maximum. Est-ce que j'ai bien compris?
Waterhouse (Steve) : M. le député, je ne comprends pas le maximum que
vous référez.
M. Barrette :
Bien, vous avez mis les... Dans la catégorisation, par exemple, là, vous avez
mis un certain nombre de catégories. Sept, de mémoire. Vous avez constaté qu'au
fédéral il y en a quatre. C'est dans ce sens-là. Est-ce que, quand vous, vous
parlez d'un certain nombre de catégories, pour prendre cet exemple-là, il est absolument nécessaire... Est-ce que
le fédéral, ça devient un point de référence qui est un cran en dessous de ce
qu'on devrait faire, ou c'est le maximum
que personne n'atteindra jamais dans le public, ou est-ce qu'à l'inverse, à l'inverse, on se contente d'un minimum?
M. Waterhouse
(Steve) : Oui, je comprends votre question maintenant. Ayant évolué
avec le système fédéral, puis c'est quand même un modèle mature d'une
cinquantaine d'années, il y a trois niveaux qui ne sont pas d'intérêt national
et trois niveaux d'intérêt national. Et ça, cette norme-là, avec laquelle les
autres provinces, je mentionnais, se sont inspirées, d'avoir un minimum, puis
ça, c'est dans l'industrie privée aussi, ça se passe comme ça, quatre niveaux, trois niveaux, c'est pas mal
la norme qui est établie. Ça se veut, à ce moment-là, de vraiment mettre
des catégories minimales pour, à ce moment-là, identifier qu'est-ce qui est
critique de qu'est-ce qui l'est moins pour appliquer les bonnes mesures.
on en met plus pour être capable de vraiment granulariser la classification de
ces données-là en importance et en sensibilité, surtout, bien, peut-être
que ce sera trop onéreux d'en mettre sept versus quatre, trois ou cinq,
peut-être. C'est un exercice qui est à revoir. Et, comme le ministre me le
mentionnait tout à l'heure, le ministre Caire, bien, j'aimerais bien ça voir ce plan de sept catégories, qui serait
intéressant à travailler, mais j'ai pour mon dire que quatre, c'est quand même, à date, une norme, appliquée par
toutes les autres provinces mentionnées plus tôt, qui ferait en sorte
qu'on va faire un travail de fond très intéressant.
M. Barrette :
Est-ce que je dois comprendre que, dans votre esprit, le niveau de sécurité est
équivalent selon le... pour chacun des niveaux et que c'est la
granularisation qui change en passant de quatre à sept?
M. Waterhouse (Steve) : Fort
probablement. Il faudrait que je voie en détail les sept classifications
qui sont énumérées ici, mais, définitivement, il faut qu'il y ait rattaché, à
ce moment-là, importance de la donnée versus niveau 4,
versus niveau 5, 6 et 7, etc., plus quelles sont les mesures à appliquer
pour la protéger, cette donnée-là, en transit, en repos, en destruction.
C'est tout ça qui vient faire en sorte... Plus qu'il y a de niveaux, plus ça
devient complexe à gérer dans le temps. En
mettre quatre, niveaux, à date, c'est très simple à respecter, mais, quand on
parle de sept, bien, à ce moment-là, il va falloir s'équiper pour
travailler plus longuement.
M. Barrette :
Donc, vous, vous liez, et ça, ça a un impact dans toute décision
gouvernementale... vous liez un coût aux niveaux en question. Et plus...
M. Waterhouse
(Steve) : Définitivement.
Barrette : Bon. Et puis là je ne sais pas dans quel ordre, là, vous
les mettez, là. Le plus coûteux, ça doit être 1, j'imagine, ou 7, je ne
le sais pas, là.
M. Waterhouse (Steve) :
Bien, le plus sensible... En fait, l'élément le plus sensible, admettons, les
stratégies du cabinet du premier ministre,
bien, il faut-tu qu'elles soient... présentement, devraient-elles être
classifiées au même
titre que le
rapport d'impôt d'un citoyen? La réponse est non. Donc, comment est-ce qu'on
protège les secrets cabinet, si on peut juste interpréter ça comme ça
pour l'instant, pour l'exemple, et quel moyen de cryptographie on va appliquer?
Quel moyen pour transporter l'information entre deux personnes? Est-ce qu'un
courrier électronique normal est suffisant?
La réponse, c'est non. Bon, bien, avec quels moyens qu'on protège cette
transmission? Et, après coup, c'est
quoi, la durée de vie d'une donnée secret cabinet? Est-ce qu'elle doit être
archivée? Si oui, comment, combien de temps, etc. Il y a toutes des
politiques comme ça. Les sous-politiques doivent être dérivées pour, à ce
moment-là, compléter la désignation de ce
niveau de sécurité. Et, comme vous dites, peut-être, niveau 7, ce serait
le plus important.
après ça, quand on arrive à la donnée publique, bien, la donnée publique, c'est
qu'est-ce qu'on retrouve sur Internet pour tout le monde, mais la donnée
collectée par un ministère au gouvernement, confiée à ce gouvernement-là,
ne devrait certainement pas être de l'information publique. Donc, de cette
perspective, c'est d'identifier comment est-ce que le gouvernement, le ministère protège l'information citoyenne, de
quel niveau, etc. Ça, c'est qu'est-ce qui devrait être relié étroitement
à cette classification.
M. Barrette :
Bien là, je vais vous faire rire, là, mais, pour le citoyen moyen, là, je pense
que sa donnée est plus importante que la stratégie du premier ministre. Avec
tout le respect que je dois au premier ministre, là, je pense que le dommage de
la fuite de la donnée du premier ministre va toucher le premier ministre, alors
que la banque de données, elle, de citoyens, au pluriel, ça m'apparaît plus
dommageable. Je ne pense pas que la donnée stratégique du premier ministre va permettre de voler son
identité et de faire un emprunt, de contracter une hypothèque à son nom, là,
alors que dans d'autres...
M. Waterhouse (Steve) : Non, mais la
perte de stratégie provinciale envers, exemple, des transactions hydroélectriques interprovinciales pourrait
endommager les relations gouvernementales. Ça, pour moi, c'est important.
Barrette : Non, c'est vrai. Je ne vous dis pas que ça n'a pas de
valeur, là. Je vous dis que, pour le citoyen lui-même, là, le citoyen lambda,
là, lui, là, il se considère 7, lui, là, si le 7 est le maximum.
M. Waterhouse
(Steve) : Tout est relatif du point de vue qu'on le regarde, effectivement.
M. Barrette :
O.K. Alors, vous, là, je n'ai pas vu... ou peut-être que j'ai mal lu votre
mémoire, je n'ai pas vu de priorisation dans les niveaux. Est-ce que j'ai mal
M. Waterhouse
(Steve) : Bien, tout est à définir, M. le ministre, parce que... Moi,
je préconise le niveau... le modèle fédéral
qui... Il y a trois niveaux de base d'intérêt non national, A, B et C, C étant
le plus grave, A étant le moins grave
dans son importance, comme d'autres provinces l'ont appliqué de cette
manière-là, alors que le PR-057, bien, lui, il le réfère à niveau 1
à 4, 4 étant le plus grave.
M. Barrette :
O.K. Bien là, vous préférez lequel dans les deux, là?
M. Waterhouse
(Steve) : Je préférerais un modèle aligné sur le modèle fédéral,
sachant sa simplicité et son efficacité, qui
a été prouvée à travers le temps. Mais, à ce moment-là, ça reste à
définir et de le mesurer, de le jauger, là, dans le temps. Mais il faut nécessairement qu'il y en ait une, façon de catégoriser, de
classifier cette information-là, dès que possible.
M. Barrette :
O.K. Quand vous regardez la situation, parce que vous avez quand même fait un
survol de la situation, quand vous regardez l'ensemble de la... je suis-tu
obligé de conclure, puis vous me confirmerez ou non, qu'au bout, à la clé, là,
il y a du personnel en quantité significative, là?
M. Waterhouse
(Steve) : Vous avez été entrecoupé. Pourriez-vous répéter, s'il vous
plaît?
M. Barrette :
J'ai dit : Quand j'écoute... quand je lis votre mémoire et que j'écoute
vos commentaires, je suis obligé de conclure qu'en bout de ligne, pour se
rendre au bon niveau, on a de l'embauche à faire.
M. Waterhouse
(Steve) : Pas autant de l'embauche, M. le ministre, que de former de
manière qualitative les gens soit en place ou à venir à l'intérieur des
enceintes du gouvernement, parce que, nécessairement, ce n'est pas... c'est une
nouvelle science, c'est une nouvelle façon de travailler, et qu'est-ce qui a
été appris voilà 25 ans n'est pas nécessairement à jour pour qu'est-ce
que... le travail est à faire aujourd'hui.
La classification
d'information, la gestion d'information, oui, c'est intemporel, d'une certaine
façon, mais, la façon de le faire moderne, bien, il faut que les gens soient à
jour pour être capables d'apporter les meilleures solutions possible.
M. Barrette :
M. le Président, il me reste combien de temps?
Le Président (M.
Simard) : 40.
Barrette : 40 secondes. O.K. Vous estimez, pour faire cette
transition-là, que ça prendrait combien de temps?
M. Waterhouse (Steve) : Bonne
question. Le moins de temps possible, c'est certain. Mais il faut qu'ils
soient concentrés, les efforts, dès maintenant pour être capable de développer,
justement, une méthodologie qui soit applicable dans les plus brefs délais.
C'est la meilleure réponse que je peux vous générer à ce moment-ci.
M. Barrette :
Oui, mais «ballpark», là. Vous avez été dans des grandes organisations, vous
là, là. Pour arriver, là... «Ballpark», là.
Je ne vous demande pas à la seconde,
au jour, au mois près, là, à la limite, même pas à l'année près. C'est
une transition qui prend combien de temps avant d'être fonctionnelle avant de
partager les données, là?
M. Waterhouse
(Steve) : Est-ce qu'on parle d'une transition en partant de zéro et
créée à partir de rien ou convertir qu'est-ce qui est en place?
M. Barrette :
Non. À partir de ce que vous avez vu à date, là.
M. Waterhouse
(Steve) : Bien, c'est de convertir qu'est-ce qui est déjà en place.
Et, je vous dirais, il faut prendre le temps
qu'il faut. Et est-ce qu'un an... Je pourrais dire... prescrire un an, c'est
certain, mais il faut le faire le plus rapidement possible. J'aimerais
ça que ce soit fait le mois prochain.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Alors, cher collègue, malheureusement, nous
devons arrêter ici.
Barrette : Merci, M. Waterhouse.
M. Waterhouse
(Steve) : Bienvenue, monsieur.
Président (M. Simard) : Merci à vous également, cher collègue. Je cède
maintenant la parole au député de Rosemont, qui dispose d'environ
4 min 10 s.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. Merci au PQ de m'avoir donné ces quelques secondes. Je
vais franchir le cap des quatre minutes. M. Waterhouse, je vais commencer
là où a commencé mon collègue de La Pinière mais avec une question
beaucoup plus pointue. Avez-vous été rémunéré pour avoir participé à
l'élaboration de la politique de cybersécurité du gouvernement?
M. Waterhouse
(Steve) : Aucunement. Même pas le stationnement de payé, aucun café.
M. Marissal :
O.K. Très bien. Vous comprenez la question. Si c'est bon pour vous, c'est bon
pour nous de le savoir, parce que, de la façon dont ça avait été dit, on aurait
pu penser que vous aviez été mis à contribution, ce qui, évidemment, changerait
votre rôle ici. Alors, je suis heureux de l'entendre. Et merci de votre
contribution bénévole.
Quand on regarde la
liste des témoins, vous en êtes le premier, et c'est bien, je pense que vous
deviez figurer pas mal au top de la liste, au-dessus de la liste, devrais-je
dire, de tous les partis ici représentés. On reconnaît votre expertise. Mais moi, je m'étonne, en regardant la
liste, de un, de voir qu'elle est plutôt courte. On a neuf ou 10 groupes
à ce jour, alors que le ministre, paradoxalement, parle de droit nouveau, de
territoire à défricher, de révolution, puis là on va «wraper» ça, on va fermer
ça en quelques jours, deux jours, là, de témoins. Je trouve ça paradoxal.
J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Et ce que je trouve
particulièrement paradoxal, c'est qu'il n'y a pas de collecteur de données de
l'État dans la liste qui a été retenue par le gouvernement. Je pense, par
exemple, à la RAMQ, là, qui est probablement... et Revenu Québec, qui sont les
deux plus gros collecteurs de données. Serait-il utile de les entendre?
M. Waterhouse
(Steve) : Bien, les entendre pour... Eux, ce sont des exécutants dans
l'accumulation des données, puis ils vont
dire : Bien, nous, on regarde vers le haut, on attend que les politiques
descendent pour être capables d'exécuter leur mission. Je ne sais pas
qu'est-ce qu'ils auraient apporté de plus, à part d'élaborer ou d'énumérer un
constat d'où ils en sont et où ils veulent aller, peut-être. Ça, c'est comme ça
que j'entends qu'ils auraient pu contribuer et donner un état de la situation
dans laquelle ils baignent, manquant de ressources, manquant peut-être de
stratégie. Ça, c'est la façon que j'aurais pu voir leurs apports.
Mais, les autres
professionnels qui sont manquants à l'appel, c'est peut-être parce qu'ils sont
justement submergés de travail, tellement qu'il y en a à faire. Ils n'ont
peut-être pas entendu l'appel au moment opportun. Il y a plein de facteurs
comme ça qui expliquent mal pourquoi qu'il n'y a pas plus d'appelés ici aujourd'hui.
M. Marissal :
Mais on est d'accord pour dire que ces deux entités-là, là, que je nomme, par
exemple, là, RAMQ, puis c'est à dessein que je le fais, là, il y a eu des
débats là-dessus déjà, et Revenu Québec, vont devoir, au premier chef,
participer, là, à ce qu'on est en train de faire là.
M. Waterhouse
(Steve) : Bien, moi, je les vois juste comme des exécutants. Une fois
que la politique sera dessinée et la stratégie
sera adoptée et descendue, ça ne doit pas devenir un débat mais bien une
exécution en partance de la stratégie globale, et qu'ils puissent à ce
moment-là arrimer leurs procédures en fonction de cette stratégie-là, sans quoi ça va devenir une boucle sans fin, et,
comme le député de Lotbinière le mentionnait tout à l'heure, l'échéancier
ne sera jamais atteint parce que ce sera toujours en termes de poursuite de
discussions et de remises en question de tout ce qui devrait être fait.
Alors, j'ai pour mon
dire, M. le député, il faut que ce soit, à un moment donné, avec des décisions.
Et, comme disait le ministre Caire tout à l'heure, oui, il faut que ce soit à
la militaire, à un moment donné, il faut que ce soit directif, sans quoi ça va
toujours être à recommencer.
M. Marissal :
Je crois que vous vouliez dire le député de La Pinière, si je ne m'abuse.
M. Waterhouse
(Steve) : La Pinière. J'ai dit... La Pinière, excusez.
M. Marissal :
La Pinière. Ce n'est pas grave. On se confond souvent. Il y en a 125, puis
ça se ressemble parfois un peu, dans l'orthographe à tout le moins.
Vous avez dit tout à
l'heure, puis je pense que votre constat est partagé, là : Le gouvernement
du Québec est 20 ans en arrière. Moi, je suis un gars prudent dans la vie,
là, puis je ne hais pas ça, faire ça par étapes, puis je me dis : Ne serait-il pas préférable de
rattraper le retard, du moins en grande partie, avant de se relancer dans une
nouvelle révolution où on parle de valorisation de données, où on ouvre
toutes sortes de nouvelles avenues?
M. Waterhouse
(Steve) : Tout dépend, M. le ministre... M. le député, pardon, de
quelle façon on le voit, parce que moi, j'ai... De la façon que le projet de
loi n° 95 va apporter, c'est vraiment d'actualiser qu'est-ce qui a été fait par le passé puis de le mettre au goût
moderne. Moi, c'est de la façon que je l'ai compris. C'est comme faire faillite
puis de repartir. Donc, qu'est-ce qui
a été fait par le passé, aussi chambranlant que c'est, comme je le décris, pour
dire que le gouvernement est en retard de 20 ans...
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
Waterhouse (Steve) : ...en sorte que ça va...
Le Président
(M. Simard) : Très bien.
M. Marissal :
Merci, M. Waterhouse.
Waterhouse (Steve) : Merci.
Président (M. Simard) : Alors, merci. Merci beaucoup, M. le
député de Rosemont. M. Waterhouse, merci pour votre intervention et
votre contribution à nos travaux.
Sur ce, nous allons
suspendre quelques instants, le temps de faire place à nos prochains invités.
(Suspension de la séance à
10 h 27)
Le Président (M.
Simard) : Donc, chers collègues, nous sommes en mesure de reprendre
nos travaux. Et nous sommes en compagnie des
représentants de la Commission
d'accès à l'information du Québec.
Madame, monsieur, soyez les bienvenus. Pour les fins de nos procès-verbaux,
auriez-vous l'amabilité de vous présenter, s'il vous plaît?
Poitras (Diane) : Alors, bonjour. Je suis Diane Poitras. Je
suis présidente de la Commission d'accès à l'information. Et je suis
accompagnée de Me Jean-Sébastien Desmeules, secrétaire général et
directeur des affaires juridiques à la commission.
Président (M. Simard) :
Bienvenue. Vous savez que vous disposez de 10 minutes pour votre
présentation.
Poitras (Diane) : Merci, M. le Président.
Alors, d'abord, bonjour à tous et merci pour cette invitation à prendre part
aux présentes consultations particulières au sujet du projet de loi n° 95.
C'est un projet de
loi qui vise plusieurs objectifs, et il s'inscrit dans la foulée de plusieurs
autres initiatives et doit donc être analysé en tenant du compte de celles-ci,
et je parle entre autres, évidemment, du projet de loi n° 64, qui
propose une réforme des lois sur la protection des renseignements personnels.
La commission ne commentera que les dispositions du projet de loi qui ont un
impact sur la protection des renseignements personnels compte tenu, notamment,
du temps qui lui est imparti et des conséquences importantes de ce qui est
proposé sur les renseignements
personnels et la vie privée des citoyens et citoyennes du Québec.
Avant d'aborder ces
conséquences, la commission tient à souligner que la transformation numérique
de l'administration publique peut et doit s'effectuer dans le respect des
principes de protection des renseignements personnels — la
Stratégie de transformation numérique gouvernementale insistait d'ailleurs sur
le respect de ces principes — et, de l'avis de la commission, le projet
de loi s'écarte de cet engagement. En effet, le très vaste régime d'exception
qui est proposé par le
chapitre II.4 du projet de loi aurait pour effet de
remplacer, à toutes fins pratiques, le régime général de la
Loi sur l'accès
pour les renseignements personnels numériques. Et je m'explique.
Pour bien comprendre
les conséquences du projet de loi, il est utile de rappeler brièvement ce
qu'est la protection des renseignements personnels puis de prendre la mesure de
la portée des modifications proposées à la
Loi sur la gouvernance et la gestion
des ressources informationnelles.
Alors, commençons par
la protection des renseignements personnels. À
titre de composante du droit à
la vie privée, qui est protégé par la
charte, la protection des
renseignements personnels, ça
comprend un ensemble de principes qui visent à donner au citoyen le
contrôle sur ses informations, principalement par le biais du consentement. Ces
principes vont bien au-delà des seuls enjeux relatifs à la confidentialité ou à
la sécurité de l'information. En résumé, ils prévoient qu'il faut limiter la
collecte, l'utilisation, la communication et la conservation des renseignements
personnels à ce qui est nécessaire. Ce sont à ces principes et au principe du
consentement que certaines dispositions du projet de loi dérogent ou permettent
au gouvernement de déroger par simple décret en prévoyant des exceptions qui ne
sont pas suffisamment circonscrites, à notre avis, ni encadrées par des mesures
suffisamment robustes.
La portée de la
LGGRI, maintenant, bien, il faut se rappeler que c'est une loi qui s'applique à
un très grand nombre d'organismes publics : les ministères, les organismes gouvernementaux, les organismes scolaires et établissements d'enseignement
supérieur, de santé et de services sociaux. En fait, les municipalités et, pour
certaines obligations, les entreprises de l'État sont pratiquement les seuls organismes
publics à en être exclus. Quant aux renseignements qui sont visés par le projet
de loi, ce serait toute donnée numérique gouvernementale détenue par ces organismes.
Ça inclut les renseignements personnels de
toute nature comme les renseignements d'identité, de santé, financiers, fiscaux,
scolaires, sociaux, policiers, pour ne donner que ces exemples.
Enfin, tel que libellé dans le projet de loi,
les fins administratives ou de services publics, là, qui conditionnent les
principes de mobilité et de valorisation de ces données, que nous verrons dans quelques
instants, englobent la presque totalité des activités d'un organisme public. Il
est difficile d'identifier quelles activités ne feraient pas
partie de l'une ou
l'autre des fins décrites au projet de loi.
Alors,
ces précisions permettent de bien saisir toute la portée du projet de loi. Ce qui est proposé est susceptible, à notre avis, de s'appliquer
dans la très grande majorité des situations impliquant des renseignements personnels
numériques détenus par la plupart des organismes publics assujettis à la
Loi sur l'accès. C'est pourquoi la commission croit que ce régime d'exception
au principe de protection des renseignements personnels deviendrait vraisemblablement
la norme. Voyons maintenant quelles exceptions sont proposées par le projet de loi.
D'abord, il pose comme principe que toutes les
données numériques détenues par les organismes publics sont un actif informationnel
stratégique du patrimoine numérique gouvernemental et dont la mobilité, la
valorisation à des fins administratives et de
services publics sont d'intérêt gouvernemental. L'application de ce principe
aux renseignements personnels se
concilie difficilement avec le fait que les citoyens confient leurs
renseignements aux organismes publics dans un contexte et à une fin
spécifiques. Ils ne renoncent pas pour autant à la propriété de leurs
renseignements ni à exercer tout contrôle
sur ceux-ci, surtout que, souvent, ils n'ont pas le choix de les transmettre
aux organismes publics.
Cet élément central du projet de loi va donc à l'encontre
d'un des principes fondamentaux de la protection des renseignements personnels,
soit celui de permettre à l'individu d'exercer le contrôle sur ses
renseignements. Or, le projet de loi
permettrait au gouvernement d'utiliser ou de communiquer des renseignements
personnels numériques à des fins
auxquelles les citoyens n'ont pas consenti et dont ils n'ont pas été informés.
Ces exceptions seraient déterminées par cinq décrets du gouvernement.
Deuxièmement, lorsqu'elles impliquent des
renseignements personnels, la mobilité et la valorisation des données
numériques sont évidemment susceptibles d'aller à l'encontre des principes de
limitation de la collecte, d'utilisation et de la communication des
renseignements personnels. Plus précisément, le projet de loi permettrait au
gouvernement, par décret, d'autoriser la collecte, la communication et
l'utilisation de renseignements personnels pour une finalité différente de
celle à laquelle les citoyens ont consenti, et sans tenir suffisamment compte
du respect de leur vie privée. Il
permettrait aussi de concentrer au sein d'un même organisme public des
renseignements personnels parfois très sensibles, avec les risques que cela
comporte, comme l'actualité tend malheureusement à le démontrer.
La commission comprend très bien que l'un des
objectifs du projet de loi est d'instaurer un nouveau cadre de gestion des
données numériques gouvernementales qui réduirait les silos entre les
organismes publics, et ce, afin de favoriser l'efficacité de l'administration
publique et la prestation de services des citoyens. Toutefois, elle considère
que ces objectifs peuvent être atteints sans porter atteinte de façon aussi
importante aux principes fondamentaux visant à protéger les renseignements
personnels.
La commission croit aussi que l'adoption de ce
volet du projet de loi minerait certains efforts actuels pour rehausser la protection des renseignements
personnels dans le cadre de la réforme qui est prévue par le projet de loi n° 64. C'est
pourquoi la commission recommande de revoir l'approche proposée par le projet
de loi n° 95, du moins pour les renseignements personnels.
La modification du régime général de la
Loi sur
l'accès permettrait d'intégrer les objectifs poursuivis tout en s'assurant de
la cohérence de ces modifications avec la réforme en cours et du respect des
principes de protection des renseignements personnels. Cette avenue permettrait
aussi d'éviter de créer un régime législatif distinct du régime général de
protection des renseignements personnels et de multiplier les lois qui
prescrivent des exceptions au régime général.
L'application simultanée de plusieurs lois et de
nombreux décrets occasionnerait, à notre avis, d'importantes difficultés
d'interprétation, pour les organismes publics, qui peuvent être évitées. Il en
serait de même pour les citoyens, qui sont les premiers concernés par les
impacts du projet de loi et les risques de ne plus être en mesure de connaître
à quelles fins leurs renseignements personnels pourront ultimement être
utilisés ou communiqués.
La commission convient que des modifications
législatives sont requises pour adapter le cadre juridique actuel au nouvel environnement numérique.
Toutefois, ces modifications et d'éventuelles exceptions au régime général
et prépondérant prévu par la
Loi sur l'accès doivent se trouver dans cette loi,
qui a un statut quasi constitutionnel, soulignons-le ou rappelons-le. Aussi,
ces exceptions doivent être spécifiques et limitées à ce qui est légitime et
nécessaire. Elles doivent aussi être encadrées par des mesures de contrôle
adéquates.
L'étude du projet de loi n° 64 est
justement l'occasion d'effectuer ces changements. Dans son mémoire, la
commission formule des recommandations visant à guider cet exercice. Elle est
disponible pour y collaborer afin de prévoir comment faciliter l'innovation,
l'efficacité gouvernementale et l'amélioration des services aux citoyens mais
dans le respect des principes de protection des renseignements personnels.
L'innovation et la transformation numérique
peuvent aussi être une occasion d'améliorer le contrôle des citoyens sur leurs renseignements. Elles ont
permis le développement de plusieurs techniques permettant l'utilisation de
renseignements personnels sans qu'il soit possible d'identifier les personnes
qu'ils concernent. Ces développements devraient aussi être pris en compte dans
l'évaluation de la nécessité de prévoir des exceptions aussi étendues.
Je vous remercie de votre attention. Il me fera
plaisir d'échanger avec vous au cours des prochaines minutes.
Président (M. Simard) :
Merci à vous, Mme la présidente. Et je cède maintenant la parole à M. le
ministre.
Caire : Merci, M.
le Président. Bonjour, Me Poitras. Comment allez-vous?
Mme Poitras (Diane) :
Ça va bien, merci. Et vous?
Caire : Bien oui!
Merci, merci. Bien, d'abord, merci d'avoir pris le temps de regarder le projet
de loi. Merci de vos commentaires. Je suis convaincu que ça va alimenter notre
réflexion.
Vous avez amené, par
contre, des éléments sur lesquels je souhaite peut-être revenir. Vous parlez
d'un régime d'exception. Or, la loi n° 95 ne prévoit aucune exception,
prévoit le respect intégral de toutes les règles, lois et directives qui
existent. Donc, comment vous en arrivez à la conclusion que 95 présente un
régime d'exception?
Mme Poitras (Diane) :
Merci pour cette question. En fait, peut-être qu'il faut nuancer. Elle ne
prévoit pas de dérogation. Elle ne dit pas : Ça s'applique malgré la Loi
sur l'accès, mais, en prévoyant des possibilités d'utiliser, de communiquer ou
de recueillir des renseignements dans des situations autres que celles qui sont
prévues dans la
Loi sur l'accès, et sans le
consentement de la personne concernée, on prévoit un régime d'exception au
principe de limitation de la collecte, de l'utilisation et de la
communication des renseignements personnels.
Caire : Mais il y a
des lois qui prévoient ça. En fait, ça m'étonne, parce que même 64 prévoit
qu'on peut communiquer un renseignement personnel sans le consentement si les fins
sont compatibles, si c'est manifestement dans l'intérêt de la personne. Et on
arrive avec 95, qui dit : Nous allons intégralement respecter ces
dispositions-là.
Les décrets vont venir préciser. Puis, vous
l'avez mentionné, là, un décret ne peut pas être plus permissif qu'une loi. Il
doit nécessairement être plus sévère. Donc, encore là, je vous avoue, puis je
ne suis pas tout seul, là, j'ai de la
difficulté à suivre comment vous en arrivez à la conclusion que ça, c'est un
régime d'exception, s'il y a
obligation du respect du cadre législatif et réglementaire intégral. Je
ne comprends pas, là.
Mme Poitras (Diane) :
Je vais prendre un exemple concret. Il n'y a rien comme un exemple concret pour
essayer de comprendre. Comme vous le
soulignez, dans la
Loi sur l'accès,
on limite les situations. Le principe de base, pour l'utilisation, on va
prendre un exemple en utilisation de renseignements, la loi dit : Comme
organisme public, tu peux utiliser les renseignements que toi, tu as recueillis
aux fins pour lesquelles tu les as recueillis puis que tu as déclarées au
citoyen quand tu les as recueillis. On dit... Il y a une exception, dans la Loi
sur l'accès, qui dit : On peut l'utiliser
à des fins compatibles. Vous l'avez souligné. La loi n° 95
vient de donner toute une autre série d'exceptions, qui sont prévues au
chapitre II.4, qui sont les fins administratives ou de services publics.
Tout ça, ce sont des nouvelles exceptions qui permettent et à l'organisme qui a
recueilli et qui détient les renseignements de les utiliser, et à tout autre
organisme public de les utiliser à ces fins-là dans la mesure où c'est prévu
dans un décret.
Caire : Mais...
Parce que, là, je me fais le porte-parole d'une vingtaine de juristes, là, qui
ont collaboré à ce... dont le SAIRID, et qui ne voient pas ce régime
d'exception là non plus, parce qu'il est clair que soit on respecte la loi,
soit on demande le consentement dans la prestation de services.
Mais à mon tour peut-être de donner un exemple
où on va demander à un citoyen qui inscrit son fils à l'école d'aller chercher
un certificat de naissance qu'on va amener à l'école, que l'école va valider,
que l'école va retourner au Directeur de
l'état civil pour faire valider si le certificat de naissance qui a été
présenté est le bon. Bien, ce que la loi dit, c'est : Bon, bien, écoutez, parlez-vous, là, puis laissez le
citoyen en dehors de ça. C'est un peu ça qui est la finalité de...
Est-ce que vous voyez là un régime d'exception?
C'est un peu ça, dans le fond, l'idée du projet
de loi, c'est de dire que, si j'ai déjà la réponse, je valide auprès de
l'organisme détenteur si la loi me permet d'avoir accès à cette information-là,
parce que la loi prévoit que j'ai... Puis
vous l'avez dit, hein, souvent, les organismes vont collecter auprès du
citoyen, parce que, dans la Loi d'accès actuelle, il est prévu que, si je collecte une information
personnelle dans le cadre d'une mission qui m'est donnée par la loi, j'y ai
accès, donc on respecte intégralement cette
façon de faire là, et, si vous n'y avez pas accès, bien, vous devrez obtenir le
consentement du citoyen. C'est un peu ce que 12.10 dit. Donc, encore là, j'ai
un peu de difficulté à voir en quoi c'est une exception par rapport à ce qu'on
fait déjà.
Poitras (Diane) : En fait,
le consentement ne se retrouve nulle part dans le projet de loi n° 95.
Toutes les communications, les utilisations qui sont prévues, c'est indiqué
qu'elles peuvent se faire sans le consentement du citoyen.
Si l'intention était de dire... Dans l'exemple
pratique que vous donnez, c'est très simple, lors du premier contact avec le
citoyen, dire : Acceptez-vous, là? On va s'occuper de valider tout ça
plutôt que de vous retourner puis vous faire faire les démarches à notre place.
Il n'y a aucun problème. Ça, ce serait correct. Mais, si on respecte, si vous me dites : Les principes... on a
l'intention de respecter les principes de la loi, pourquoi alors prévoir le
chapitre II.4 du projet de loi
n° 95? Parce qu'il permet de faire des choses que la
Loi sur l'accès ne
permet pas. Sinon, on n'a pas besoin du
chapitre II.4 et de toute
la
section sur les renseignements personnels.
Nous, ce qu'on vous dit, c'est : C'est
clair qu'il y a des situations où on peut faciliter la vie du citoyen, etc., limiter les démarches que lui a à faire, alors
qu'on a déjà l'information. La commission n'est pas contre ça, pas du tout.
Ce qu'elle dit, c'est : Prenons le chemin de la
Loi sur l'accès. On est en
train de la réformer. C'est le temps de briser les silos que vous voulez faire
pour atteindre les objectifs que vous poursuivez par 95. Mais le chemin qui est
choisi, c'est des exceptions beaucoup trop larges, pas suffisamment
circonscrites et pas suffisamment encadrées.
Caire : O.K. Puis
en même temps... Bien, en fait, écoutez, je respecte hautement votre opinion.
Ceci étant, nous n'y voyons pas d'exception, dans le sens où il y a un
engagement et une obligation, 12.10, de respecter les lois, les directives et
les règlements intégralement.
Mais tout à l'heure vous disiez : De toute
façon, les organismes vont aller collecter l'information auprès du citoyen. Ça, c'est l'état actuel des choses. C'est
pour ça, tout à l'heure, M. Waterhouse nous a dit que cette
multiplication-là des sites où on conservait des données, des renseignements
personnels multipliait dans les mêmes proportions les
risques. Vous semblez dire le contraire, à savoir que, si on y va du côté des
sources de données, c'est ça qui multiplie les risques. Comment vous conciliez
votre interprétation de la sécurité des renseignements, qui est assez
contradictoire avec celle que M. Waterhouse vient de nous donner, qui lui
dit plutôt : Non, au contraire, allez-y vers les sources de données parce
que c'est ça qui va vous offrir une meilleure sécurité de l'information?
Mme Poitras (Diane) :
Si on... Peut-être qu'on s'est mal compris. On n'est pas contre le fait,
notamment, d'instaurer des... Si une des
façons d'atteindre l'objectif est d'instaurer des sources officielles de
données — je
m'excuse, je ne me souviens pas exactement du terme, là, mais vous savez
sûrement à quoi je réfère...
Caire : Oui,
c'était ça.
Mme Poitras (Diane) :
...c'est ça — et
que cette source pourra être la source qui alimente certains autres organismes
dans certaines circonstances, qui seraient définies dans la loi, par contre, ou
avec le consentement du citoyen, ce n'est
pas une... on dit juste : Attention, est-ce que cette source doit
nécessairement concentrer un grand nombre de renseignements de santé, fiscaux, sociaux, policiers, etc.? Il n'y a
pas de balise à cette possibilité de concentration là dans la loi
actuelle.
Alors, on n'est pas contre le principe. Ce qu'on
vous dit, c'est que ça devrait être dans la
Loi sur l'accès puis ça devrait
être davantage balisé que ce que propose le projet de loi n° 95.
Caire : Oui, sauf
que là... Puis, comme j'ai les deux chapeaux, la Loi d'accès se veut
technologiquement neutre, donc je ne suis pas convaincu que je vous suis
là-dessus, puis la loi n° 95, elle, est une loi
essentiellement technologique. Donc, vous ne pensez pas que ces deux lois-là
doivent effectivement être en concordance.
Moi, je vous suis sur le fait qu'effectivement
95 doit s'appuyer sur les... ce que la Loi d'accès... ou la
loi sur la
protection des renseignements personnels prescrit, mais elle doit, la Loi
d'accès, rester technologiquement neutre, alors
que le projet de loi n° 95, lui, est essentiellement, pour ne pas dire
exclusivement, un projet de loi technologique, là. J'essaie de vous
suivre dans le raisonnement. Aidez-moi.
Mme Poitras (Diane) :
Il y a moyen que les principes qu'on veut intégrer... La
Loi sur l'accès, c'est
une loi de principes, avec des exceptions. Je suis convaincue qu'il y a moyen
d'intégrer ces principes-là de façon neutre, technologiquement, dans la
Loi sur
l'accès.
Puis, comme je disais, ça va nous faire plaisir
de s'asseoir avec vos juristes puis ça va me faire plaisir aussi de s'asseoir avec les juristes pour voir comment
ça se fait qu'eux arrivent à la conclusion que ce n'est pas une exception aux principes de la
Loi sur l'accès. Moi, j'aimerais
bien comprendre comment ils arrivent à ce raisonnement-là parce que...
Pour revenir sur ce point-là, tu sais, dans la
Loi sur l'accès, on dit : Une des exceptions, c'est, si la loi prévoit
autrement qu'on peut utiliser ou communiquer des renseignements, c'est correct,
puis là, bien, c'est dans la loi n° 95 que vous venez d'établir un paquet d'exceptions.
Ça fait que c'est sûr que vous respectez la
Loi sur l'accès, vous ne lui
dérogez pas, mais vous créez des exceptions
au principe de limitation de la collecte, d'utilisation et de communication
des renseignements, par contre.
Caire : Écoutez, je
suis convaincu que vous allez avoir des heures de plaisir de discussion avec
les gens du SAIRID, Me Poitras. Je vais
vous laisser billeveser entre juristes. Le modeste informaticien que je suis va
se limiter aux technologies.
Bien, le
principe de 95, puis je suis content qu'on aborde cet aspect-là,
Me Poitras, le principe de 95, le principe d'une source de données,
c'est, au contraire, de concentrer une donnée spécifique. On s'entend que le
réseau de la santé collecte beaucoup trop d'informations par
rapport à ce qui est propre à la
Santé, versus ce que l'État civil possède, versus ce que l'Éducation
possède, versus ce que Revenu possède.
L'idée de la source de données est d'avoir des
sources de données qui sont spécifiques à la mission de la source et de
s'assurer d'avoir une intégrité dans l'information. Parce qu'actuellement, au gouvernement
du Québec, il y a probablement entre 250 et 300 versions différentes de
Diane Poitras, ce qui est, du point de vue de l'intégrité de l'information,
ingérable. La multiplication des sources de données rend notre organisation
vulnérable aux fuites. Et, bon, on a fait référence aux événements récents. Alors,
l'idée de la source de données, elle est... Ça, et d'avoir un gestionnaire de
données au centre de ça, c'est de dire que, si un organisme a besoin d'une information,
il doit vérifier à l'interne si cette information-là, elle est accessible, un;
deux, le gestionnaire doit vérifier si, aux termes de la loi, l'organisme en a
besoin dans l'exécution de sa mission; et, trois, il doit lui communiquer, dans
la version la plus humble possible, qui ne permet pas d'identifier la personne,
si tant est que c'est nécessaire.
Puis je vous ai... j'ai vu, dans votre mémoire,
vous parliez de dépersonnalisation, puis je veux être très clair, parce que la
loi n° 95 n'aborde pas cette situation-là sous
l'angle de la dépersonnalisation mais bien sous l'angle du plus petit dénominateur commun. Je vous donne un exemple.
Si un gouvernement met en place un nouveau programme qui
a un critère d'âge dans l'admissibilité, bien, l'organisme qui administre le programme pourrait, à l'État
civil, s'assurer que le critère d'admissibilité est rencontré, ce qui ne
veut pas dire que je vais vous transférer ou vous donner accès à la date de
naissance. Je vais simplement vous confirmer que le critère d'âge est
rencontré.
Donc, pour
moi, cette façon de faire là, au contraire, là, de ce que j'entends de
votre part, limite la transmission d'informations et de renseignements
personnels au plus petit dénominateur
commun, et donc en assure, à mon avis, puis je veux vous entendre là-dessus, là,
en assure une plus grande confidentialité. Parce que vous parlez de donner accès à des renseignements personnels sans le consentement,
et moi, je dis : Au contraire, un, on respecte les lois et, deux, on a l'obligation d'aller au plus
petit dénominateur commun, donc d'en transférer le moins possible. Donc, est-ce que... je ne sais pas, est-ce que ce
que je vous dis là vous amène dans une zone différente par rapport à 95 ou il y
a quelque chose que moi, je n'ai pas vu?
Mme Poitras (Diane) :
En fait, je vous dirais, pour le dire simplement, quand je vous écoute, puis
que vous me dites : Bien, ce qu'on veut
faire, c'est ça, avec ces limites-là, puis ça va bien protéger
les renseignements, ce n'est pas ce que je retrouve et ce
que nous retrouvons dans le projet de loi. Ces limites que vous donnez...
Puis l'exemple
que vous venez de donner, ce n'est pas dans le projet de loi. Ce que le projet
de loi permettrait, c'est que l'État civil communique tout ce qu'il peut avec
le réseau de la santé, que le réseau de la santé pourrait communiquer tous les renseignements au réseau
scolaire, que Revenu Québec pourrait communiquer tous les renseignements puis qu'on pourrait, avec
ça, les utiliser à toutes fins et les communiquer dans toutes situations que le
gouvernement déciderait par décret. Et c'est cette étendue du régime, de
possibles exceptions, qu'on ne trouve pas nécessaire pour atteindre vos
finalités.
Bien, quand je vous entends, puis je vous
écoute, puis vous me donnez des situations précises, moi, je ne retrouve pas
ces balises-là dans le projet de loi n° 95. Et, si c'est ça, l'intention,
c'est pour ça que je vous dis : Ça va nous faire plaisir de s'asseoir avec
votre équipe pour essayer de les mettre dans la
Loi sur l'accès, plutôt que le
projet de loi n° 95, pour atteindre les objectifs dans la protection de la
vie privée en respectant la vie privée des citoyens.
Caire :
Bien, encore là, je... comme ministre responsable de l'Accès à l'information et
de la Protection des renseignements personnels, j'ai aussi une
préoccupation de garder le projet de loi n° 64 technologiquement neutre,
mais je vous entends, Me Poitras, là, sachez que je vous entends.
Mais en fait... Bien, en fait, ce que je vous
explique, il est dans la loi, là. Je vous avoue qu'en même temps que je vous écoute j'essaie de retrouver l'article
qui l'adresse spécifiquement, puis vous comprendrez que ma condition ne me permet pas de faire deux choses en même
temps. En fait, c'est 12.14 qui dit : «Lorsque de telles données peuvent
être utilisées ou communiquées sous une
forme ne permettant pas d'identifier directement la personne concernée, elles
doivent être utilisées ou communiquées sous cette forme.»
Et c'est à dessein qu'on n'utilise pas
l'expression de «dépersonnalisation», parce que la dépersonnalisation, dans
l'univers technologique, amène une définition qui est claire de ce qui doit
être fait versus l'anonymisation. Donc,
c'est pour cette raison-là qu'on parle d'identifier la personne, et parce qu'on
est dans un principe où on fait une obligation technologique d'aller au
plus petit dénominateur commun. Mais je vous rappelle, respectueusement, que le
projet de loi n° 95 est un projet de loi essentiellement technologique.
Donc, c'est sûr que ces concepts-là sont
peut-être plus, comment je... On sait qu'on s'en va vers du droit nouveau, on sait qu'on s'en va vers des concepts
qui sont nouveaux, mais l'idée est vraiment, de ce que je vous dis, là, de dire que... Autant pour le Service québécois
d'identité numérique, d'ailleurs, ou avec le portefeuille d'identité numérique,
on souhaite cesser de fournir beaucoup trop d'informations par rapport à ce qui
est requis, souvent. Bien, c'est le même principe.
Le Président (M. Simard) : Merci, M.
le ministre.
Le Président (M. Simard) : Bien oui,
déjà.
Caire : Bien, on va
se reparler, Me Poitras, de toute façon. On va se reparler.
Le Président (M. Simard) : Bien oui.
Alors, je cède maintenant la parole au député de La Pinière.
Caire : Aïe! Merci
beaucoup, Me Poitras. Sincèrement, merci beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Alors, je
cède la parole au député de La Pinière pour 11 min 20 s.
Barrette : Ah!
11 min 20 s. C'est bon. Alors, bonjour, Me Poitras,
M. Desmeules. Est-ce que c'est Me Desmeules ou c'est
M. Desmeules?
M. Desmeules (Jean-Sébastien) :
C'est Me Desmeules, oui.
Barrette :
Me Desmeules. Bon, alors, bienvenue à cette commission, à mon tour. Bon, écoutez,
j'ai comme envie d'y aller plus dans la philosophie de la chose que dans
le détail, tant du mémoire que du projet de loi.
Me Poitras, je pense que vous étiez là dans
la législature précédente, puis on avait regardé nous-mêmes des choses qui vont
dans... ou qui auraient été, si les projets de loi avaient été de l'avant ou
même déposés, dans le sens de 95. Je ne fais pas une profession de foi de 95,
là, ce n'est pas ça, mon idée, mais je veux...
Je vous ai
écoutés, tous les deux, là, le ministre et vous, Me Poitras, et je suis toujours
surpris de voir à quel point on arrive à vouloir la même chose puis ne
pas avoir le même outil pour le faire, et ça... Mais ça me rassure, parce que, la Commission d'accès à l'information, ce n'est pas une
critique, mais, il y a des, des, des années, là, genre à la fin des
années 90, début des années 2000, ce dont on parle aujourd'hui aurait
été une impossibilité, vu de l'angle de la Commission d'accès à l'information.
Là, aujourd'hui, il y
a une ouverture, puis c'est comme si, le véhicule, du moins, si je comprends,
là, votre intervention, Me Poitras, le véhicule, vous ne le trouvez pas
bon. Mais je comprends, là, que vous voyez aujourd'hui une utilité d'avoir une
plus grande liberté de circulation de l'information à l'intérieur de l'État.
Ça, là, est-ce qu'on peut dire ça?
Mme Poitras (Diane) : Oui, dans certaines limites et avec un
encadrement, des espèces de garde-fous adéquats. Et c'est la voie qu'a
choisie l'Ontario et c'est la voie qu'est en train de choisir aussi le gouvernement
fédéral, qui, les deux, ont modifié la
loi-cadre, l'équivalent de la
Loi sur l'accès. Et donc on est convaincus que
c'est possible de le faire.
Puis ce n'est pas
juste une question de dire : On veut que ce soit dans la
Loi sur l'accès,
ce n'est pas ça, c'est que c'est cette loi-là, qui est prépondérante puis qui a
un statut quasi constitutionnel, qui établit les limites et le cadre dans
lequel on peut justement faire ces choses-là.
M. Barrette :
Mais, moi, c'est là que je ne comprends pas, là. Quand le ministre donne
l'exemple du certificat de naissance, là,
pour moi, c'est une évidence. Alors, en quoi ça, ça a besoin d'un cadre
juridique spécifique? Parce que, quand je vous écoute, Me Poitras,
là... Puis là ne pensez pas que je fais... prends la défense de 95, c'est juste que c'est le genre de chose que moi-même, je
souhaitais faire précédemment, dans mes fonctions précédentes, que je ne pouvais pas parce que la loi l'empêchait. La
loi d'accès à l'information, telle qu'elle est écrite actuellement, là...
Je le disais en
introduction, vous n'avez peut-être pas entendu, mais la donnée, là, c'est un
univers en soi. C'est un trésor, il est dans un coffre-fort puis il ne peut pas
aller nulle part. Alors, le certificat de naissance, là, c'est un trésor, il
est dans un coffre-fort, un coffret de sécurité dans une banque, puis, le faire
sortir de là parce qu'on en a de besoin pour une attestation, pour une autre
affaire gouvernementale, on ne peut pas le faire. 95 veut faire ça.
Je ne le vois pas, le
moyen, moi. Je ne suis pas au fait, là, de ce que fait l'Ontario, là, mais ça
ne veut pas dire que... (panne de son) ...qui
a raison, ça ne veut pas dire que l'Ontario a raison, là. Il doit bien y avoir
moyen de moyenner.
Moi, j'allais même
plus loin, là. Vous savez, sur la question des déterminants de la santé, là,
l'État, qui doit mettre en place des
conditions qui favorisent la santé, doit, par définition, mettre en commun des
données socioéconomiques, démographiques, géographiques et de santé à
court, moyen et long terme. Il ne peut pas le faire. Il peut le faire dans le
cadre d'un programme de recherche avec une demande spécifique, et patati, et
patata, mais il y a un frein.
Alors, entre la
circulation et la disponibilité, entre organismes, d'un certificat de
naissance, il y a quelque chose de beaucoup plus élaboré, à l'autre extrême que
sont les déterminants de santé, pour... Vu sous l'angle de l'État qui veut
améliorer le sort des citoyens, il est où, le chemin? Je ne l'entends pas.
Vous, vous dites... 95, vous ne voyez pas ce
qu'il faut là-dedans pour le faire. Moi, je vous écoute, puis je ne vous fais
aucun reproche, mais je ne vois pas, moi, votre chemin. Expliquez-moi
votre chemin.
Poitras (Diane) : Bon, dans la
Loi sur l'accès, il y a des
principes puis il y a des exceptions. Alors, les... ce qu'il faut faire, c'est
bonifier les exceptions à la
Loi sur l'accès qui limitent la circulation ou les
utilisations des renseignements personnels
pour qu'ils reflètent ce désir d'améliorer les services aux citoyens dans une
ère numérique et d'utiliser des renseignements à certaines occasions.
Puis effectivement, les deux exemples que vous donnez, le certificat de
naissance puis tous les renseignements de santé, avec d'autres déterminants de
santé, on comprend que le niveau de sensibilité n'est pas le même. Mais il y a
moyen, dans cette loi-là... Elle sert à ça, la réforme.
Les réformes en
cours, actuelles des lois qui protègent les renseignements personnels dans le
secteur public vont pratiquement toutes dans le sens d'ouvrir pour permettre
ces choses-là, mais il faut poser des limites et il faut que les situations soient clairement définies par
la loi, et non qu'on prévoie une loi, à côté, qui permette des possibilités
d'exceptions très larges, et que c'est le gouvernement, par décret, qui va
fixer dans quelles situations et à quelles conditions ça va pouvoir se
réaliser.
Et, pour le
certificat de naissance, actuellement, moi, je pense qu'on n'a ni besoin
d'aucune modification à la
Loi sur l'accès ou à... même, à la... On n'a pas
besoin du projet de loi n° 95. On pourrait simplement
dire au citoyen : Tu acceptes-tu que j'aille vérifier ton certificat de
naissance moi-même, que j'aille l'obtenir avec ton consentement? Puis, je veux dire, ça pourrait se faire dans le
respect des règles actuelles, ce qui n'est pas le cas, par exemple, de tous
les renseignements de santé, là, aussi à
cause des cadres spécifiques qui peuvent exister dans ce domaine-là. Bien, moi,
je le vois, la voie pour y arriver, là.
M. Barrette :
O.K. Alors, est-ce que cette voie-là... Bien, vous la voyez, mais là je ne l'ai
pas vue dans ce que vous dites. Vous dites que vous la voyez. Vous êtes
juriste, là. Vous êtes à la CAI. Vous devez voir des choses qu'on ne voit pas. Sans ça, il y a un problème.
Mais là vous ne voyez pas la possibilité, dans le cadre de 95, d'y inscrire les
limitations que vous souhaitez. Parce que 95, ça va plus loin que les non-exceptions
que vous y voyez, là. 95, il y a toute une question de gouvernance de la
sécurité, une gouvernance de la gestion de l'information, une gouvernance qui va dans le détail de la vie de l'information,
et ça, ça a une valeur en soi, en ce qui me concerne. Vous ne voyez pas
la possibilité, à la place, d'inscrire dans 95 ce que vous recherchez.
Mme Poitras (Diane) : En fait, on pourrait garder le... On ne dit pas
qu'il ne faut pas aller de l'avant avec 95...
M. Barrette : Je n'ai pas compris
Poitras (Diane) : Ce qu'on dit, c'est que, pour le volet
protection des renseignements personnels, mettez ces exceptions-là dans la Loi
sur l'accès, qui vont pouvoir bénéficier du cadre général de la loi, avec tout
ce que ça implique et des protections que ça peut impliquer, et limitons-les un
peu, parce que, pour l'instant, on les trouve beaucoup trop vastes.
Puis on trouve que donner un pouvoir
discrétionnaire au gouvernement de déterminer par décret dans quelles
circonstances, et quelles règles vont s'appliquer, et à quels renseignements...
Il faut que ce soit... Il faut que la loi fixe le cadre. Il faut se rappeler
que ces situations-là, c'est quand même une exception au droit fondamental à la
vie privée, là. On est... Oui, on peut permettre des exceptions légitimes, mais
elles doivent être précises dans la loi et proportionnelles à l'objectif qu'on
veut atteindre. Et c'est ça qu'on ne retrouve pas dans le projet de loi
n° 95 pour le volet protection des renseignements personnels.
M. Barrette : O.K. Et, pour vous, à
la Commission d'accès à l'information, là, la vie de la donnée à l'intérieur
d'une entité qu'est le gouvernement, que ça se promène dans cette bulle-là, là,
c'est un univers dans lequel il faut proscrire une circulation libre.
Mme Poitras (Diane) :
Je n'ai pas dit «proscrire». Encadrer. Ce n'est pas pareil. La loi actuelle
prévoit déjà des situations où ça peut être fait et encadre ces situations-là.
Est-ce qu'elles doivent être bonifiées à la lumière des objectifs qu'on poursuit
puis de l'ère du numérique? Oui, la commission est bien d'accord avec ça, mais
on pense qu'on va beaucoup trop loin avec 95 et que ce n'est pas le
véhicule approprié.
Ça serait très complexe d'interpréter. Moi,
j'essaie de me mettre dans la peau d'un organisme public ou même nous, comme commission, déterminer si tel
renseignement peut être utilisé par tel organisme, dans telle circonstance.
Il va falloir regarder la
Loi sur l'accès, le projet de loi n° 95, la
LGGRI, les décrets qui sont adoptés, le secret professionnel et, s'il y a des
organismes impliqués qu'il y a des lois particulières, comme le domaine de la
santé ou des renseignements fiscaux, il va falloir regarder ces lois-là aussi
et la
loi sur la transformation numérique parce qu'il y a un lien qui est fait
aussi, là. Alors, ça va être très, très, très complexe.
M. Barrette : Oui, par définition,
parce que, dans votre situation, veux veux pas, votre angle est un angle qui
freine. Dans la bulle de l'État, moi, j'insiste là-dessus, là, dans la bulle
qu'est l'État, vous amenez un frein puis vous trouvez que 95 est trop
libre.
Poitras (Diane) : Oui, parce
que le droit au respect de la vie privée puis la protection des renseignements
personnels, ce n'est pas juste la confidentialité ou la sécurité de
l'information, c'est aussi, en quelque sorte, limiter les situations où on se
communique et on utilise des renseignements entre organismes. Et c'est ce
bout-là que, si on ouvre les valves puis on
dit : Bien, dans toutes les situations que le gouvernement va décider, par
décret, de faire, ce sera correct, on vient de vider de son sens ces
principes de la loi. On ne dit pas que ce n'est pas possible. On dit qu'il faut
qu'ils soient prévus dans la loi.
M. Barrette : Juste par curiosité,
parce qu'il me reste quelques secondes, vraiment, là, quand ça a été rédigé, ce
projet de loi là, ça n'a pas été fait de façon conjointe avec vous?
Mme Poitras (Diane) :
Le projet de loi n° 95? Non. On l'a vu quand il a été rendu public.
M. Barrette : ...O.K. C'est bon. Là,
il ne me reste plus de temps, hein, M. le Président?
Président (M. Simard) : Non,
malheureusement, cher collègue. Alors, nous allons maintenant céder la parole
au député de Rosemont, qui dispose, quant à lui, de 2 min 50 s.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Me Poitras, Me Desmeules, merci d'être là. Je trouvais
votre mémoire particulièrement clair, et la discussion que vous avez eue par la
suite avec le ministre m'a complètement embrouillé.
Je comprends qu'un cadre réglementaire peut être
malléable, là, mais là je pense qu'on essaie de sculpter de l'eau, tellement
c'est liquide, que vous n'allez pas du tout dans la même direction ni l'un ni
l'autre. Quoique vous disiez tous les deux
vouloir vous rendre au même objectif, vous ne me semblez pas suivre du tout la même
voie. Je dirais même qu'il y en a un qui va à l'est, l'autre à
l'ouest... ou nord ou sud, là, prenez ça comme vous voulez, là, mais vous êtes
assez écartelés dans la façon de le faire. J'ai du mal à comprendre qu'on
puisse arriver à ce point décalés. Puis je ne dis pas que vous avez tort, hein,
Mme Poitras... Me Poitras, je ne suis pas en train de dire ça, je ne suis
pas en train de dire que le ministre a tort, mais je suis quand même assez perplexe
devant la disparité de vos opinions, puisqu'on parle ici, quand même, d'un projet
de loi majeur.
Ce que je crois comprendre de ce que vous dites,
par contre, c'est qu'on met la charrue devant les boeufs, parce qu'en fait ce qu'il faudrait faire, c'est
réformer complètement la loi-cadre de la CAI. Est-ce que, ça, je comprends
ce bout-là correctement?
Mme Poitras (Diane) :
Et elle est en train de se faire, la réforme. Et on ne veut pas dire, là :
On rebrasse les cartes, puis on efface tout,
puis on réécrit. Il y a moyen d'inclure. Il y a déjà des exceptions à
l'utilisation, à la communication dans la loi. Il s'agit simplement de
les bonifier et d'intégrer, comme c'était prévu au départ.
On prévoyait le
gestionnaire de renseignements personnels, je comprends ici que ce serait la
source de données, ou on y ferait référence
si on la maintient dans le projet de loi n° 95, qui est plus large que les
renseignements personnels, on
comprend ça, mais il y a vraiment moyen, de façon pas si compliquée que ça,
d'intégrer ce qu'on veut faire dans la
Loi sur l'accès, dans le contexte
de la réforme actuelle.
Marissal : Vous avez dit tout à l'heure que, par décret, le
gouvernement pourrait utiliser des renseignements personnels pour autre
chose que le but initial. Je pense que vous alliez donner des exemples sonnants
et trébuchants tout à l'heure. Pouvez-vous
nous en donner un ou deux, là, pour qu'on comprenne bien de quoi il s'agit?
Puisque nous devons rester dans le contexte de la collecte minimum et du
consentement.
Mme Poitras (Diane) :
Bien, en fait, le projet de loi n° 95 permettrait au gouvernement de
décider d'utiliser des données de santé, des données fiscales, des données de
toutes... policières, à toutes fins qu'il déterminerait, du moment que ça
correspond à l'une des fins, là, qui est énumérée dans le
chapitre II.4,
les fins administratives ou de services
publics. Et elles sont libellées en termes tellement larges que ça pourrait
être pour n'importe quoi. Et c'est ça, c'est...
On va trop loin. On comprend qu'il n'y a possiblement aucune mauvaise
intention, mais on ne peut pas accepter que le gouvernement nous
dise : Faites-nous confiance, on ne fera jamais ça.
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
Mme Poitras (Diane) :
Il faut que ce soit établi clairement dans la loi.
M. Marissal : Je vous remercie,
Me Poitras. Merci.
Le Président (M. Simard) : Je cède
maintenant la parole au député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci. À mon tour de
vous saluer, Me Poitras et Me Desmeules. Quelques questions en
rafale. Est-ce que, selon vous, ce projet de
loi là va mieux respecter le consentement du citoyen ou est-ce qu'il va faire
plutôt le contraire?
Mme Poitras (Diane) :
Il permet de l'écarter complètement.
M. Ouellet : Est-ce que le projet de
loi donne au gouvernement le pouvoir d'utiliser ou de communiquer des
renseignements personnels de citoyens, donc, sans leur consentement?
Mme Poitras (Diane) :
Oui.
Ouellet : Est-ce que ce
projet de loi peut techniquement établir des normes de protection de
renseignements administratifs plus strictes que pour des renseignements
personnels?
Mme Poitras (Diane) :
Oui, il pourrait.
M. Ouellet : Est-ce que le
gouvernement se donne le pouvoir d'exiger de la CAI, un organisme indépendant,
l'adoption de pratiques particulières quant à la gestion de ses systèmes ou de
ses données numériques?
Mme Poitras (Diane) :
On parle de règles de gouvernance, et la définition qui en est faite est assez
limitée.
Ouellet : D'accord. À cet
égard, est-ce qu'il devrait rendre des comptes au gouvernement ou au Parlement?
Mme Poitras (Diane) :
On parle de faire rapport de comment ça a été utilisé à la fin, à la CAI, et,
de façon transparente, je pense, de le publier, mais on est après coup, là.
C'est... On a déjà... On s'est donné le pouvoir de déterminer d'autres
utilisations et d'autres communications. On rend juste compte après de ce qu'on
a fait.
M. Ouellet : Donc, en résumé, suite
aux échanges que vous avez eus avec le ministre, je comprends bien qu'on semble
tous s'entendre sur une finalité, une mobilité de la donnée, mais le moyen qui
est proposé dans le 95 ne vous plaît pas et devrait plutôt être utilisé à
l'intérieur du projet de loi n° 64, qui, je le rappelle, est encore à
l'étude. Donc, c'est ce que vous nous dites : Comme parlementaires,
aujourd'hui, prenez une
partie de 95, allez le mettre dans 64 pour bonifier la
loi-cadre, qui va améliorer surtout la compréhension mais surtout sa mise en
application.
Mme Poitras (Diane) :
Oui, et restreignez un peu ce qui est dans 95, permettre... Et c'est très
étendu et c'est... Les situations où on peut utiliser ou communiquer des
renseignements sont beaucoup trop étendues, et les mesures de contrôle ne sont
pas suffisantes. Et on ne devrait pas permettre au gouvernement, par décret, de
décider de ces finalités-là.
M. Ouellet : D'accord. M. le
Président, je pense que j'ai terminé.
Le Président (M.
Simard) : Il vous restait 30 secondes, cher collègue.
M. Ouellet : Ah! bien, écoutez,
merci beaucoup. Je pense que le briefing technique qui vient d'être envoyé à tous
les collègues sera approprié, considérant qu'il y avait une
partie de cette
loi, Mme Poitras et M. Desmeules, que je n'avais pas vue, suite à
votre mémoire. Donc, ce serait important pour nous, comme le collègue de Rosemont,
de bien comprendre la portée de tout ça et de trouver le véhicule adéquat.
Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous, cher collègue.
Alors,
Mme Poitras, Mme la présidente, M. Desmeules, de la Commission d'accès à l'information du Québec,
merci pour la qualité de votre contribution à nos travaux.
Ceci étant
dit, compte tenu de l'heure, nous allons suspendre jusqu'après les affaires
courantes. Alors, à bientôt.
(Suspension de la séance à 11 h 24)
Le Président (M. Simard) :
Bien. Alors, chers amis, rebienvenue à la Commission des finances publiques.
Comme vous le savez, nous sommes réunis de manière virtuelle afin de poursuivre
les consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 95, Loi modifiant la
Loi sur la gouvernance et la gestion des
ressources informationnelles des organismes publics et des entreprises du
gouvernement et d'autres dispositions législatives.
Alors, cet après-midi,
nous entendrons la Commission de l'éthique en science et en technologie,
le Pr Sébastien Gambs, le
Pr Benoît Dupont ainsi que le Fonds de recherche du Québec. Et
nous commençons par la Commission de l'éthique en science et en technologie.
M. Bergeron, soyez le bienvenu parmi nous.
M. Bergeron (Michel) : Merci,
M. le Président.
Président (M. Simard) : Pour les fins de nos travaux, auriez-vous
l'amabilité de vous présenter ainsi que de signifier, bien sûr, la
présence des personnes qui vous accompagnent?
M. Bergeron
(Michel) : Certainement.
Merci beaucoup. Alors, mon nom est Michel Bergeron. Je suis consultant en éthique et en conduite responsable en recherche
et aussi président du comité de travail sur l'accès aux données de la Commission de l'éthique en science et technologie. Alors, cet après-midi, je suis
accompagné par M. Dominic Cliche, qui est conseiller en éthique
aussi à la commission.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, vous disposez d'une période de 10 minutes.
M. Bergeron
(Michel) : Merci. Donc, pour
faire court, au lieu de parler de la Commission
de l'éthique en science et en technologie,
nous utiliserons l'acronyme CEST, ce qui sera plus facile pour nous au niveau
de la présentation.
Donc, juste pour vous situer un petit peu, la
CEST est un organisme du gouvernement du Québec qui est placé sous la
responsabilité du ministre de l'Économie et de l'Innovation.
Alors, la commission fête cette année son
20e anniversaire d'existence. Elle est composée de 13 membres, dont
un président, tous nommés par le gouvernement.
La mission de la CEST est de conseiller le
gouvernement sur toute question relative aux enjeux éthiques liés à la science et à la technologie ainsi que de
susciter une réflexion sur des enjeux éthiques qui devraient être intégrés dans
les démarches entourant la transformation numérique de l'administration
publique de manière à réduire les risques de nature éthique et à maximiser les
bénéfices attendus par l'utilisation des données au sein de l'administration
publique ainsi qu'à proposer des outils
pertinents. Dominic reviendra tout à
l'heure sur les questions
que se pose la CEST, entre autres en ce qui a trait aux divisions des
efforts relatifs à la révision législative et à plusieurs projets de loi
distincts. Tantôt... Alors, il reviendra sur ces éléments-là.
Essentiellement, le cadre d'analyse éthique de
la CEST est centré sur l'exigence de confiance de la population envers l'État.
Donc, les principaux enjeux éthiques que nous avons considérés sont le respect
de la vie privée, telle qu'elle
s'exerce par le consentement manifeste, libre, éclairé, donné à des fins
spécifiques et en continu, le principe démocratique et l'enjeu de la
confiance, tels qu'ils s'expriment par la transparence, en particulier lors
d'initiatives d'information et de communication axées sur l'explicabilité
favorisant la compréhension des citoyens, sur le bien commun, la responsabilité
et sur les impacts de changements de culture que de telles modifications
impliquent, ce qui générera assurément son lot de tensions avec les repères
normatifs et les pratiques actuelles.
En ce qui concerne la CEST, le projet de loi
soulève quelques questions ou quelques risques d'ordre éthique. Premièrement,
le projet de loi est en continuité directe avec la Loi favorisant la transformation
numérique de l'administration publique. Cette dernière nous est toujours
apparue comme une solution temporaire pour permettre la mise en oeuvre de
projets en ressources informationnelles en attente de révisions à apporter aux
lois la protection des renseignements personnels. À notre avis, l'adoption du
projet de loi n° 95 ou du projet de loi n° 64, modernisant des dispositions
législatives en matière de protection des renseignements personnels, devrait
entraîner l'abrogation de la Loi favorisant la transformation numérique de
l'administration publique.
Le projet de loi est
très ambitieux et annonce plusieurs travaux importants à venir. Par exemple, le
régime de patrimoine numérique gouvernemental introduit un nouveau concept et
annonce un changement de culture dont la portée devra être analysée en lien
avec ce que l'on considère comme le bien commun.
Le projet de loi,
conséquemment, énonce un régime particulier de gestion de l'ensemble des
données, sur support numérique, détenues par les ministères, organismes publics
et entreprises du gouvernement. Ces données peuvent
être utilisées, de manière pratique, à toute fin jugée pertinente par le
gouvernement, qu'il y ait utilisation unique ou utilisation secondaire
de ces données. Ce concept s'écarte de l'idée que les citoyens confient des
données à l'administration publique, cette dernière en étant fiduciaire plutôt
que propriétaire.
Nous concevons toutefois
que l'État ait un intérêt légitime dans la mobilité et l'utilisation de
plusieurs données, incluant des données à caractère sensible, en passant outre
le consentement, mais cela doit se faire dans un contexte où l'encadrement est
suffisant et où les personnes concernées sont bien informées des pratiques en
vigueur. Cette relation fiduciaire place la confiance au centre de la relation
entre l'administration publique et les citoyens.
Dans
un contexte où la confiance du public est à la fois essentielle et précaire,
les mécanismes de responsabilisation et
de transparence doivent être au plus tôt renforcés. La Loi favorisant la
transformation numérique de l'administration
publique énonce d'ailleurs à son premier
article que, et je cite, «les
pouvoirs conférés par la présente loi doivent être exercés de manière à respecter le droit à la vie privée et le principe
de transparence ainsi qu'à promouvoir la confiance du public». Fin de la
citation. De tels principes interprétatifs pourraient d'ailleurs être ajoutés
au projet de loi.
Nous jugeons par
ailleurs que le projet de loi ne renforce pas suffisamment les mécanismes de
reddition de comptes et de transparence. À
titre d'exemple, une disposition
devrait prévoir la divulgation proactive des plans de transformation numérique
et de tout autre plan, stratégie, politique pertinent dans une perspective
d'accessibilité et d'appropriation de
l'information par les citoyens, et il en va de même pour les utilisations
précises prévues des données, entre autres, qui seront déterminées par
décret et devraient être présentées de manière accessible et compréhensible aux
citoyens, par exemple sur une plateforme de divulgation proactive en ligne.
Nous
notons les responsabilités concentrées chez un petit nombre d'acteurs et nous
recommandons que l'unité administrative
spécialisée en sécurité de l'information soit complétée par la mise en place de
ressources pour l'analyse des enjeux éthiques selon une perspective
globale.
Plus précisément,
nous recommandons que des ressources éthiques soient identifiées pour compléter
ce qui est prévu en sécurité de
l'information et que certaines responsabilités, telles que celle d'établir un
modèle de classification de sécurité des données numériques
gouvernementales en fonction de leur nature, de leurs caractéristiques et de
leur utilisation et des règles qui les régissent... que ce soit intégré au
niveau des dimensions éthiques.
Je céderais
maintenant la parole à Dominic pour poursuivre.
M. Cliche
(Dominic) : Bonjour à tous. Merci beaucoup. Donc, en comparaison avec,
donc, la Loi favorisant la transformation numérique de l'administration
publique, là, qu'on voit comme la précurseure du projet de loi n° 95, donc, il est apprécié, de notre côté, là, que soit
proposée une définition des fins administratives et de services publics, donc
une certaine clarification des finalités qui peuvent être poursuivies.
Cependant, la
définition est excessivement inclusive et ouvre à des utilisations potentielles
très diverses. En soi, ce n'est pas
nécessairement un problème, mais ça implique quand même un renforcement, a
fortiori, là, des mesures de transparence et de responsabilité.
Mais, en termes d'utilisations
diverses, par exemple, le projet de loi semble s'appliquer, donc, autant à des projets qui permettraient à un citoyen
de ne fournir qu'une seule fois certaines informations identificatoires
simultanément à plusieurs organismes, donc qui est un exemple qu'on
entend souvent, mais on sent, en tout cas, dans tout ce qui est ouvert, qu'il y a aussi la possibilité de se rendre à des projets qui impliquent, ultimement,
là, des systèmes intelligents et qui concernent l'entraînement d'algorithmes apprenant, par exemple, à partir des données de l'administration publique. Évidemment, dans ces cas-là, des
enjeux spécifiques seraient soulevés et devraient être abordés.
est aussi apprécié que certaines balises soient énoncées, dont l'interdiction
de la vente ou de toute aliénation des
données. Dans le contexte, cependant, des balises plus substantielles et robustes
seraient nécessaires. Par
exemple, le projet de loi
pourrait recentrer la définition des fins administratives et de services
publics en énonçant, pour la mobilité et la valorisation des données, certains objectifs
jugés légitimes qui seraient assez spécifiques et qui veulent être poursuivis
par le gouvernement.
Ça peut être
difficile de spécifier très, très justement, spécifiquement les objectifs.
Donc, le projet de loi pourrait aussi, par la négative, proscrire certaines
fins ou utilisations des données qui pourraient être préjudiciables. Mais
encore, le projet de loi pourrait énoncer certaines fins ou utilisations qui,
sans les interdire, hein, seraient considérées plus sensibles et
nécessiteraient alors de prévoir des mesures spécifiques pour réduire les
risques de préjudice. On peut penser, par exemple, que ce serait en raison de
la répercussion sur les citoyens, donc des fins, par exemple, telles que la vérification
de l'admissibilité ou l'allocation de ressources dans certains services en éducation,
santé et services sociaux, par exemple, qui sont plus délicats.
Le projet de loi a
pour effet de créer un régime normatif distinct pour la mobilité et la valorisation
des données gouvernementales, et, pour ça, la CEST... Donc, la CEST craint que
le projet de loi permette en fait aux organismes
publics de se soustraire à des dispositions, qui sont néanmoins pertinentes, qui seraient incluses, actuellement, donc, à la
Loi sur l'accès ou
qui seront vraisemblablement incluses, là, lors de l'adoption du projet de loi n° 64.
Donc, par exemple, donc,
ce projet de loi, qui est présentement à l'étude par la Commission des
institutions, représente, en fait, une mise
à jour importante du cadre normatif au regard de l'avènement du
numérique et de l'intelligence
artificielle. Donc, pensons notamment aux dispositions relatives à la prise de
décision fondée entièrement sur un traitement automatisé des données ou celles
relatives au profilage.
Donc, il serait inquiétant, en fait, que plusieurs
projets gouvernementaux puissent se soustraire à ces mises à jour, donc, a
fortiori dans le cadre d'un projet de ressources informationnelles qui
s'intègre justement dans cette révolution numérique là à laquelle répond
partiellement le projet de loi n° 64.
Donc, un arrimage beaucoup plus robuste serait à
prévoir, là, sinon une intégration de certaines dispositions ou une
prépondérance de certaines dispositions du projet de loi n° 64
sur les projets qui seraient adoptés par décret dans le cadre de la loi qui
découlerait, donc, du projet de loi n° 95.
Pour conclure rapidement, si j'ai encore juste
une seconde, un exemple, peut-être, là, d'un élément où une autre question
demeure aussi, où des éléments seraient à préciser. Lorsqu'on parle de la réalisation
d'une évaluation des facteurs relatifs à la
vie privée, transmission à la Commission
d'accès à l'information de cette évaluation-là,
lorsque des données visées
contiennent des renseignements
personnels, il y a plusieurs questions,
en fait, qui sont soulevées...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Cliche (Dominic) : Oui, je
conclus. Donc, il y a plusieurs questions qui demeurent, il y a plusieurs
flous, notamment la question à savoir qui détermine si les risques
résiduels sont acceptables, comment, est-ce qu'il y aura une grille qui permet d'harmoniser ces
pratiques-là dans l'ensemble de l'administration publique. Donc, c'est le genre
de questions aussi qui suscitent des inquiétudes du côté de la commission.
Merci.
Président (M. Simard) : Merci beaucoup, M. Cliche. Alors, nous
serions en mesure d'entreprendre la période d'échange. Je cède la parole à M. le ministre, qui dispose de
16 min 30 s. M. le ministre, votre micro me semble fermé.
Caire : Ça ne sera
pas long, M. le Président. Alors, merci beaucoup à M. Bergeron, merci à
M. Cliche. Merci de l'intervention.
Bien, d'entrée de jeu, différents éléments que
vous avez apportés que je trouve intéressants. Et, M. Bergeron, j'ai envie de commencer par une question, parce
que vous avez parlé de la catégorisation des données du volet éthique. Qu'est-ce qui... Dans le cadre que le gouvernement
utilise actuellement et qui a été rendu public, sur la catégorisation
des données, qu'est-ce qu'il manque là-dedans, selon vous, au niveau éthique?
M. Bergeron (Michel) : Bien, au
niveau éthique, quand on regarde la définition qui est dans le projet de loi,
de «données gouvernementales», cette définition est assez large. La
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