CRC — 10 May 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2018-05-10
Quebec — Committees
Évidemment,
nous sommes très heureux et très fiers d'être de nouveau devant vous aujourd'hui. Nous sommes ici aujourd'hui pour vous parler spécifiquement de la première
partie du projet de loi n° 178 portant sur la possible création d'un registre sur les contrats d'arrangements
préalables de services funéraires et de certaines dispositions visant la transparence
dans ces contrats.
Laissez-moi d'abord
faire les présentations des gens qui m'accompagnent. Il s'agit de Mme Valérie
Garneau, vice-présidente du Groupe Garneau thanatologue, une entreprise
membre de la corporation qui exploite 10 centres funéraires sur la Rive-Sud de Québec, et nous avons
Mme Annie Saint-Pierre, notre directrice
générale à la corporation, à qui je
laisse la parole.
Mme Saint-Pierre
(Annie) : Merci,
M. Goyer. Donc, à mon tour de vous saluer, Mmes et MM. les députés,
et vous dire merci de nous recevoir à cette commission.
Effectivement, ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion
de s'adresser à des parlementaires, et parler du domaine funéraire n'est pas nécessairement le sujet le plus populaire malheureusement encore aujourd'hui. Évidemment, permettez-nous de nous concentrer sur la portion
du registre des contrats de préarrangements
funéraires. Et nous laisserons le soin aux organisations concernées de
vous parler de la revente de billets de spectacle et d'hébergement à
temps partagé.
La Corporation des thanatologues du Québec est une
organisation professionnelle qui regroupe plus de 500 membres. Ces personnes proviennent de plus de 125 entreprises
funéraires qui exploitent 500 succursales à travers tout le Québec.
Nous comptons, parmi nos membres, près de
75 entreprises partenaires qui sont des fournisseurs de tout ce qui
gravite autour du domaine funéraire. Ces
gens ont fait le choix de joindre les rangs de la Corporation des thanatologues
du Québec librement, par souci de
professionnalisme. Notre organisation fonctionne exactement comme un ordre
professionnel : nous travaillons
avec un code d'éthique auquel nos membres doivent obligatoirement souscrire et
nous disposons d'un comité de déontologie.
Naturellement,
avec sa force, la corporation a développé des liens étroits avec plusieurs
instances gouvernementales. C'est le
cas de la Direction de l'état civil pour l'émission des certificats de décès,
avec le ministère de la Santé à différents niveaux, avec le Bureau du coroner, avec le Curateur public et l'Office
de la protection du consommateur, plusieurs autres. Nous collaborons de près avec toutes ces
organisations gouvernementales dans un contexte de bonne foi et
d'engagement. Nous faisons beaucoup pour le
gouvernement et souvent tout à fait gracieusement en dépit du fait que nous
sommes des entreprises
au même
titre que toutes les entreprises au Québec. Comme la plupart de nos
membres, celles de M. Goyer et de Mme Garneau
sont des entreprises familiales, des PME de troisième, de quatrième et même de
cinquième génération.
Nous allons
notamment vous parler du fardeau administratif que pourrait représenter ce
registre chez nos membres. Vous, Mme la ministre Thériault, qui avez
initié la nouvelle politique sur l'allègement réglementaire et administratif
l'automne dernier, vous êtes sûrement la mieux placée pour nous comprendre.
Mme Garneau, qui a accepté d'être ici aujourd'hui,
pourra vous parler de l'impact que pourrait avoir la venue de ce registre dans
son entreprise funéraire et son quotidien.
Et, quant à M. Goyer, à qui je laisse la parole immédiatement, il vous
dressera le portrait global de la corporation envers la création de ce
registre. Merci.
M. Goyer
(Jonathan) : Merci, Annie. La Corporation des thanatologues appuie
constamment le gouvernement dans sa
volonté de mieux encadrer le domaine funéraire. En plus de nos propres
initiatives, nous acceptons depuis plusieurs années de recevoir des nouvelles responsabilités qui nous éloignent
parfois de notre rôle premier de directeur de funérailles.
Le projet de loi n° 178 et la venue
éventuelle d'un registre de contrats d'arrangements funéraires nous font sourciller. Nous nous questionnons sur l'objectif
exact qui est poursuivi ici. Mme la ministre, vous semblez soulever le fait que ce registre éviterait que les frais
inutiles soient dépensés pour des contrats déjà existants. Nous vous
demandons donc d'où proviennent exactement
vos préoccupations, car, dans notre quotidien, ce n'est pas une réalité. En
2012, un sondage a été mené auprès des
membres de la Corporation des thanatologues du Québec et de la Fédération des
coopératives funéraires, qui, toutes deux,
représentent la quasi-totalité des entreprises funéraires au Québec. Et ce
sondage a permis de conclure que seulement
0,1 % des contrats d'arrangements funéraires n'avaient jamais été exercés.
Dans de tels cas, nous remboursons les familles sur présentation d'une
preuve de décès.
Voilà pourquoi nous pensons que le gouvernement
se trompe de cible en voulant créer un tel répertoire. Les membres de la Corporation des thanatologues du
Québec ont le souci du professionnalisme à coeur. Nous avons nous-mêmes élaboré notre code d'éthique, nous avons
établi notre académie de formation, nous avons nous-mêmes demandé une nouvelle
loi sur les activités funéraires au
Québec, et c'est sans compter la certification de la qualité distinction que
nous avons développée à travers nos membres et ainsi que la norme de prestation
de services professionnels... de services funéraires que nous avons initiés
avec le Bureau de normalisation du Québec. Nous avons toujours été des joueurs importants dans l'évolution du domaine funéraire
au Québec et de son encadrement, et nous avons l'intention de continuer de l'être. Notre mission principale est
d'accompagner les familles endeuillées et les défunts au Québec dans le
respect, le professionnalisme et la dignité.
Nous ne voyons pas la nécessité d'y insérer l'administration et la gestion d'un
registre de contrats d'arrangements de services funéraires, qui sont déjà très
bien réglementés.
Mme la
ministre et chers parlementaires, les informations que vous souhaitez recenser
sont déjà disponibles du côté de
l'Office de la protection du consommateur, du côté de l'Autorité des marchés
financiers et des institutions financières auprès desquelles sont déposés tous les contrats en fidéicommis. Vous
avez déjà en votre possession tous les éléments et outils nécessaires
pour atteindre votre but.
Permettez-nous
de vous éclairer sur l'aspect légal de ce registre. Les entreprises funéraires
sont soumises à la
Loi sur la
protection des renseignements personnels dans le secteur privé, et nous nous
interrogeons sur les effets que pourrait avoir ce registre.
Actuellement,
toutes les entreprises funéraires ont l'obligation de transmettre à un tiers
une copie des arrangements funéraires
préalables conclus, à moins que le signataire nous en dispense, de
l'obligation. Les fiducies exigent de nous un bulletin de décès, faute
de quoi nous ne pouvons pas récupérer ces argents-là. Nous vous rappelons aussi
que la vente d'arrangements funéraires est encadrée par des clauses très
strictes de non-sollicitation prescrites par l'Office de la protection du consommateur. Il serait déplorable
que la venue d'un registre ait l'effet de contrevenir à ce code
d'éthique et de faire subir des pressions indues au consommateur.
Les mesures en
place sont donc, à notre avis, suffisantes pour assurer une saine gestion des
contrats de préarrangements funéraires. Il suffit que l'Office de la
protection du consommateur exerce ses droits et tienne des vérifications fréquentes tant dans nos entreprises
funéraires qu'auprès des fiducies pour s'assurer que les contrats soient
respectés. La CTQ pense de plus que
l'objectif du gouvernement devrait plutôt être de s'assurer du respect des
volontés des personnes défuntes qui ont
prévu des arrangements funéraires de services funéraires et de sépulture. Et le
débat juridique qui règne
actuellement au Saguenay en est la preuve. En effet, il arrive très souvent que
les familles d'une personne décédée modifient
les plans d'arrangements préalables qui avaient été prévus du vivant de la
personne, du vivant de leurs proches.
Fréquemment,
très fréquemment, nos membres se font demander par des représentants des
familles de se faire rembourser des
contrats d'arrangements préalables. Au final, les personnes qui avaient prévu
que leur dépouille puisse reposer,
par exemple, dans un cimetière qu'elles ont choisi et payé se retrouvent avec
des cendres remises à la famille sans sépulture,
tel que prévu au contrat. Évidemment, en ce qui concerne la volonté de votre
gouvernement de présenter au consommateur
des contrats plus clairs et plus transparents en matière de services
funéraires, nous en sommes ravis. Nous travaillons
actuellement sur de nouveaux modèles de contrats de préarrangements que nous
ferons valider par la direction de l'office.
Enfin, permettez-nous
d'abord d'aborder la réalité de notre quotidien
dans le domaine et de vous faire une suggestion. Si le gouvernement veut réellement faire quelque chose pour améliorer le
fonctionnement du domaine funéraire au Québec, qu'il revoie à la hausse et rapidement la prestation de décès des
Québécois, qui est limitée et non indexée depuis plus de 20 ans. Cette prestation de décès de
2 500 $ vaut réellement aujourd'hui 2 174 $ avant les taxes
et, pour un salaire moyen, environ
1 500 $ après impôt. Il y a 20 ans, cette prestation de décès là
servait à payer des services funéraires dignes et respectables avec un rassemblement ou une
commémoration, mais, aujourd'hui, en 2018, c'est à peine si les
Québécois peuvent payer un minimum pour disposer de leur dépouille et assurer
une sépulture.
En terminant, permettez-nous de vous convier, Mme la ministre Thériault, à notre congrès annuel, qui a lieu chaque année dans une des régions du Québec.
Cette année, notre congrès se tient les 12 et 13 septembre à Valleyfield, et
nous espérons grandement pouvoir vous
recevoir pour pouvoir échanger avec l'ensemble de nos membres sur la façon de mieux encadrer le domaine funéraire et les contrats de
préarrangements funéraires. Vous trouverez, dans notre mémoire, nos cinq recommandations par
rapport à tout ça. Merci de nous
avoir reçus. Nous sommes prêts à répondre à vos questions.
Le Président (M.
Matte) : Je vous remercie de votre exposé. Maintenant, nous allons
amorcer nos échanges. Mme la ministre, vous disposez de 16 minutes pour amorcer
les échanges. C'est à vous.
Thériault : Parfait. Merci, M. le Président. Merci d'avoir accepté notre invitation ce matin.
Évidemment, on a pris connaissance du mémoire que vous nous avez fait parvenir.
Vous m'avez posé quelques questions durant votre exposé, je vais essayer de répondre à quelques-unes des questions et
d'apaiser certaines de vos craintes, parce que je sais que mes collègues ont également
des questions à vous poser. Donc, on va essayer de tout faire ça en 16 minutes,
qui passent relativement très rapidement.
Tout d'abord, évidemment, c'est sûr que, comme ministre
qui a été responsable de l'allègement réglementaire, je suis parfaitement consciente que les engagements que nous avons
comme gouvernement, qui n'a pas allégé le fardeau des entreprises...
je suis très sensible à ça, et ce n'est absolument pas ma volonté, je pense
qu'il faut l'entendre également. La création du registre, à mon avis... parce
que j'ai vu aussi certains commentaires que vous avez passés par rapport aux informations
sensibles qui pourraient être contenues, lire ici les tarifs. Je comprends parfaitement
qu'au niveau de la concurrence ça pourrait poser certains problèmes, nous vous
entendons. Et ce que j'ai le goût de vous dire, c'est que, lorsque
nous allons faire le registre, les seules choses qu'on va retrouver, c'est,
exemple, madame X a une entente avec tel salon Y. Donc, on va
savoir qu'il y a une entente qui a été prise et non pas la nature, ce qui va
permettre à la famille et les personnes autorisées, donc la compagnie Y ou
la succession, de pouvoir faire la recherche.
Pourquoi le Directeur
de l'État civil? Tout simplement parce qu'il émet les certificats de décès,
donc ça nous apparaît opportun de
centraliser là. On ne veut pas créer un registre avec un questionnaire
long comme ça puis 52 questions, pas
du tout, on veut seulement garder un endroit où on peut en trouver la trace,
de ces arrangements funéraires là qui ont été faits lors du vivant des
gens.
Selon l'analyse
d'impact, il y a une étude qui a été faite par Raymond Chabot Grant Thornton.
Pour eux, ils considèrent qu'il y a
à peu près 5 %
des contrats de préarrangements qui se perdent avec le temps. Donc, moi, une
famille qui paie une deuxième fois des frais
funéraires, mon rôle, comme ministre de la Protection du consommateur, c'est
de faire en sorte que ça n'arrive plus. Donc, évidemment, je suis confiante
qu'avec un registre on va pouvoir éviter ce type de situation qui pourrait se
présenter. Donc, j'espère que je vous rassure dans ces commentaires-là.
Vous
avez également abordé brièvement la cause au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Moi, je n'ai pas la
possibilité de rouvrir le Code civil, O.K.,
dans le projet de loi qu'on a là, parce que, présentement, c'est là. Par
contre, ce que je crois que nous devrions faire, et on va le regarder,
c'est : dans le contrat... Quand on signe des assurances, c'est une clause
résiliable non résiliable, hein, bon. Bien,
moi, je trouve particulier qu'un enfant puisse dire : Non, mes parents
avaient choisi ça, il y avait
x milliers de dollars, qu'un enfant ou une succession puisse arriver puis
dire : On va couper la facture en deux, donnez-moi un remboursement. Je pense que les volontés du défunt sont
claires : à partir du moment où on va faire des arrangements... Donc je crois que, dans le
contrat, il y aura la possibilité qu'on puisse aménager un non-résiliable,
quelque chose comme ça. Donc, si ça peut vous rassurer.
J'essaie vraiment d'être équilibrée dans ce qu'on
fait comme projet de loi. Oui, j'essaie de protéger le consommateur, parce qu'il y a quelqu'un quelque part qui
pourrait peut-être payer en double, mais j'essaie de tenir compte aussi de
la volonté des défunts. Nous avons tous
suivi avec beaucoup d'attention la cause au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Donc, il est évident que c'est... on va profiter du fait qu'on
est ici et qu'on veut faire en sorte que les gens puissent savoir quels
sont les services auxquels ils ont droit.
n'ai pas vraiment de question par rapport aux interrogations que vous avez, je
sais que mes collègues en ont, donc
je vais plus les laisser participer aux questions, puis j'espère que ce que je
viens de vous dire est de nature à vous rassurer. Ça vous va? Parfait.
Le Président (M.
Matte) : Merci, Mme la ministre. Je cède la parole au député
D'Arcy-McGee.
Birnbaum : Merci, M. le Président. Merci, mesdames messieurs, pour vos
interventions. C'est drôle, il me semble
qu'on oublie, à juste titre, le rôle essentiel que vous entreprenez dans des
circonstances les plus... qui vont nous tous confronter, et je crois que c'est à reconnaître, dans un temps très
difficile, toute votre sensibilité, votre reconnaissance de la vulnérabilité de votre clientèle dans la
situation où ils se trouvent... est d'une importance primordiale. Alors, je
crois qu'il faut saluer le travail que vous faites.
Vous
allez comprendre qu'en même temps, voilà, on parle des gens vulnérables et, M.
le Président, je me permets de le
dire, peut-être dans un domaine où les gens se privent, des fois, de leur juste
droit de poser des questions. Les mêmes genres de protection qui s'imposent quand on s'achète une voiture, en
quelque part, devraient être présents, et
je crois qu'on va en convenir,
là-dessus, dans un tel dossier, difficile. Et même, des fois, ça prend même
plus de vigilance, parce que les gens
n'auraient pas tendance à parler librement, à parler de leurs inquiétudes et
leurs doutes et d'assurer la protection des gens les plus vulnérables. Avec le plus grand respect, il me semble que
c'est de mise et normal qu'on veille à ce sujet-là, ce que vous avez
donc convenu dans vos remarques et dans votre mémoire.
Je veux mieux
comprendre deux choses : vos préoccupations en ce qui a trait au registre qu'on proposait...
Parce que, je veux citer, dans votre mémoire, on parle de... sur la page 7,
vous notez :
«Dans
une société qui a à coeur de protéger ses aînés, il serait mal avisé de rendre
publique l'existence de contrats annulables
et remboursables en tout temps. En effet, on sait — et il est de notoriété publique — que
certaines personnes ne se font pas scrupule d'exercer des pressions sur
les aînés de leur famille ou de leur entourage pour obtenir des gains
financiers à leur détriment.
«Or, le fait
de rendre disponible et publique, par l'intermédiaire d'un registre,
l'existence de contrats annulables en tout temps peut constituer un
risque accru [des] pressions malveillantes...»
Mme Saint-Pierre (Annie) : Je
m'excuse, mais c'est que ce n'est pas notre mémoire.
M. Birnbaum : Ah mon Dieu! Je suis
désolé. Ah mon Dieu! Écoutez, ça, c'est... bon, c'est... mes excuses.
Mme Saint-Pierre (Annie) : Est-ce
qu'on peut garder le temps quand même?
Birnbaum : Mes excuses. Écoutez,
je me permets la question, parce que, sur vos remarques, je crois
qu'on est un petit peu au même endroit. Mais désolé, ça, c'est une erreur que
je n'aurais pas dû faire.
Mais, en même temps, je vous invite de nous parler de vos inquiétudes là-dessus, parce que
je comprends justement la vulnérabilité dont on parlait, mais est-ce que la transparence ne s'impose pas quand même?
Et qu'on s'assure qu'avec votre aide
le consommateur, c'est ça, est protégé. Mais est-ce qu'une grande
transparence ne facilite pas, comme dans les autres domaines, les
meilleures pratiques et la meilleure protection de nos concitoyens? Et mes
excuses encore.
M. Goyer
(Jonathan) : Bien, en fait,
pour nous, en fait, la loi est très claire actuellement : quand quelqu'un signe un contrat de préarrangements avec une maison funéraire, on a l'obligation
de transmettre à un tiers une copie. Donc, ils nous donnent le nom, l'adresse d'un de leurs proches, d'un de leurs
exécuteurs testamentaires, pour que cette personne-là reçoive copie des arrangements. La seule façon
pour que l'entreprise funéraire n'envoie pas cette copie-là à ce tiers-là,
c'est que la personne peut nous signer une
dispense d'avoir à le faire, pour qu'elle-même parte avec ses copies de
préarrangements pour ne pas divulguer
le détail, si on veut, de ce qui est là-dedans ou peu importent leurs
intentions qu'il pourrait y avoir. Donc, l'obligation est déjà là, en
fait, de transparence puis d'être obligé d'informer un tiers. Donc, à notre
sens, c'est suffisant pour protéger le public.
Mme Garneau (Valérie) : Si je
peux...
M. Birnbaum : Peut-être, vous
voulez...
Garneau (Valérie) : Oui,
renchérir. Je pense que, présentement, ceux qui signent la dispense, c'est qu'ils
ne veulent pas nécessairement
que tous les détails soient transmis de leur vivant à leurs familles, parce que
le funéraire reste toujours un sujet tabou, donc ils ne veulent pas en
parler. Est-ce qu'il serait... d'une manière d'essayer de nous
obliger... justement enlever cette
dispense-là, sans que ce soit le contrat, mais qu'on envoie à un membre d'une
famille un avis comme quoi que, oui, il y a
eu un contrat de préarrangements signé à telle place, mais sans rentrer dans
les détails. Donc, il y aurait
déjà quelqu'un qui serait avisé dans la famille, sans avoir l'obligation de
faire un registre à ce moment-là.
Le Président (M. Matte) : Merci. M.
le député de D'Arcy-McGee
Saint-Pierre (Annie) : Ce
que Mme Garneau et Jonathan... sur l'article 6 de la loi de la protection, si
on enlevait la dispense, la possibilité de dispenser l'entreprise funéraire de
remettre une copie à un tiers puis... d'obliger l'entreprise funéraire à envoyer au moins un avis de l'existence d'un
contrat à une tierce personne, je pense, réglerait vos 5 % de
contrats qui sont égarés.
Le Président (M. Matte) : Je vous
remercie. M. le député D'Arcy-McGee, ça va? Est-ce qu'il y a d'autres
intervenants du côté ministériel? Oui, Mme la députée de Fabre.
Mme Sauvé : Oui. Merci, M. le
Président. Combien de temps reste-t-il?
Le Président (M. Matte) : Six
minutes.
Sauvé : Parfait. Merci
beaucoup. Alors, je veux vous remercier pour votre présentation, j'ai appris.
Et, bien sûr, le rôle que vous jouez,
je le savais, mais, en même temps, c'est très éducatif d'entendre la portée de
votre travail, et tout cela, et je vous remercie pour votre
présentation.
Tantôt, la ministre a abordé — et
puis, évidemment, tout le débat tourne autour de cette question de l'état de situation — les contrats qui se perdent. Moi, ma question, et mon commentaire, est davantage en
lien avec une volonté de comprendre
davantage le portrait des pratiques qui peuvent être regardées et questionnées.
Je voulais voir, au-delà des contrats
qui s'égarent, est-ce que vous pourriez me dresser un peu un portrait de la
situation par rapport au consommateur, donc, qui signe à plusieurs endroits des préarrangements. Quelle est la
situation par rapport à cela? J'aurais besoin d'un
éclaircissement là-dessus.
Garneau (Valérie) : Je crois
que c'est un phénomène qui est plutôt rare. Habituellement, où ce qui est
le plus problématique, c'est : souvent,
les gens vont prendre des renseignements sur les arrangements funéraires et,
dans leur tête, leurs arrangements sont préparés.
Ils disent aux familles : On a fait nos arrangements. Donc, la famille
croit qu'il y a un contrat de
préarrangement quelque part. Et, au moment du décès, les familles ne trouvent
pas ces contrats-là et doivent rechercher.
Donc là, à ce moment-là, ils vont se mettre à appeler toutes les maisons
funéraires de la région pour savoir : Est-ce qu'il a un contrat de
préarrangement chez vous? Est-ce qu'il y a un contrat... pour finir que, la
plupart du temps, il n'y a pas de
contrat nulle part ou presque pas, parce que c'est une minorité encore qui font
leurs contrats d'arrangements préalables.
Donc, à ce moment-là, c'est une contrainte qui arrive aux familles qui n'ont
pas le temps de s'occuper de ça. Donc,
c'est pour ça qu'on dit qu'il serait important que les familles soient avisées
qu'il existe un tel contrat d'arrangements préalables.
Est-ce que le
registre est la bonne manière? Ça, nous ne pouvons pas le dire. Comme on dit,
est-ce que, quand le contrat est
signé, il devrait y avoir déjà un avis qui est envoyé à la famille? Et la loi
nous oblige toujours... quand on fait un contrat d'arrangements préalables, on doit déposer des sommes en
fiducie. Donc, pour nous, si le contrat n'est pas exécuté, à ce moment-là, pour nous, ça ne donne rien. Donc,
quand que, par hasard, la famille trouve la présence d'un contrat par la
suite, on le rembourse automatiquement,
parce que l'argent ne nous appartient pas. Moi, quand je fais un contrat,
j'ouvre un compte en fiducie au nom de madame X avec son argent. Donc, dans le
pire des cas, on rembourse cette somme-là à la famille.
Sauvé : Mais, en même temps,
vous nommez la situation, dans le fond, que j'invoquais, ce n'est pas
une situation… C'est très rare qu'il y a des gens qui vont aller vers deux ou
trois maisons pour des préarrangements.
Garneau (Valérie) : Moi, je vous dirais, en 20 ans de pratique, j'ai
remboursé une fois un contrat parce que la famille ne savait pas qu'il
existait.
Mme Sauvé : O.K. L'enjeu est
davantage avec ce que vous dites sur... de retracer pour la famille... O.K.
Mme Garneau (Valérie) : ...c'est ça,
retracer le préarrangement.
Mme Sauvé : Je vous remercie.
Président (M. Matte) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants
du côté ministériel? Non. Bien, je vous remercie de votre participation. C'était très intéressant. Je vous
souhaite... Non, c'est vrai. Câline! Aïe! je m'excuse, là, cibole! là.
Lui, là, depuis que le député de D'Arcy-McGee, qui nous a donné un bel exemple,
là, aïe...
Avant de céder
la parole à l'opposition, j'aurais besoin de votre consentement, parce qu'on a
débuté quatre minutes en retard, donc on va finir à 12 h 49.
Il y a consentement? Alors, M. le député de Terrebonne, c'est à vous.
M. Traversy : Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Matte) : J'ai bien
essayé de ne pas vous donner la parole, mais...
Traversy : Bien, non, bien, j'ai bien vu ça, écoutez, soit que
les groupes qui sont autour de la table, on en a assez entendu ou que vous ne vouliez pas avoir l'opinion de l'opposition
officielle, mais je constate que ce n'est qu'une erreur hasardeuse de
votre part. Alors, ne le prenez pas personnel. Voilà.
Alors, M.
Goyer, merci beaucoup de la présentation que vous nous avez faite. Merci
beaucoup aux gens qui vous accompagnent, Mme Garneau, Mme Saint-Pierre.
Et j'ai compris, d'entrée de jeu, qu'évidemment l'ensemble de vos préoccupations semblaient être focussées sur le
registre qui risque d'être mis en place dans le cadre du projet de loi
n° 178. Vous avez discuté, avec la
ministre, donc, des inquiétudes que vous aviez au niveau du fardeau
administratif que ça pourrait occasionner
sur l'éloignement de la mission à laquelle vous êtes dévoués dans le cadre de
vos entreprises et donc, là-dessus, vous
aviez des questionnements légitimes à lui poser. Vous semblez avoir reçu une
partie des réponses auxquelles vous aviez
des questionnements. J'aimerais donc aller un petit peu plus loin pour voir
avec vous jusqu'où va votre — comment
je pourrais dire? — votre
réticence ou du moins votre frilosité à aller de l'avant avec un tel registre.
Vous parlez, dans vos recommandations, que
l'Office de la protection du consommateur et que l'Autorité des marchés financiers devraient être mis davantage à
contribution pour la création de ce registre. Est-ce que vous pouvez
nous expliquer votre vision de la chose dans la mise en place de ce nouvel
outil?
M. Goyer
(Jonathan) : Bonjour. Merci. En fait, c'est que la question... la mise
en place d'un tel registre... quand je parlais
des fiduciaires, puis tout ça, tous les contrats d'arrangements préalables au
Québec sont enregistrés auprès d'un fiduciaire,
donc, puis ces fiduciaires-là ne sont pas nombreux. Présentement, on parle de
Trust Banque Nationale et Fiducie Desjardins,
c'est à peu près les deux seuls qui font des contrats de préarrangement en
fidéicommis. Donc, le fardeau que pourrait
créer le registre, à notre sens, c'est qu'il arrive souvent qu'il y a des gens,
de leur vivant... vont venir faire des modifications
de leurs préarrangements, changer des volontés, et tout ça. Donc c'est toujours
en évolution. Tu sais, il y a un contrat qui est signé, mais il
peut évoluer au fil du temps avec les volontés des gens.
Puis
notre préoccupation avec le registre est beaucoup
aussi au niveau des délais. Vous
savez, dans le domaine, les délais...
tout se passe rapidement, bon, moins rapidement qu'il y a 30 ans passés,
mais il reste que la famille, au moment du décès, quand ça arrive, ils veulent faire des
arrangements, ils sont dans nos bureaux le lendemain, puis doivent avoir
des réponses à leurs questions à tous ces niveaux-là. Donc, si cette
recherche-là, que ce soit même un 24 heures, 24 à 48 heures, c'est
tout ça, à notre sens, qui va alourdir les démarches pour la famille, puis
avant de pouvoir prendre des décisions et de
pouvoir, donc, annoncer au reste de la famille les rituels funéraires ou la
commémoration, ou tout ce qui entoure les funérailles de la personne.
Donc, c'est ce délai-là surtout qu'on veut éviter et la lourdeur administrative
également du registre en soi, d'inscrire, ou de désinscrire, ou de modifier des
éléments dans le registre.
J'étais
content, par contre, que Mme Thériault, qui parlait du registre, qu'il ne
serait pas en détail, mais qu'il pourrait être seulement un peu comme les notaires, la Chambre des notaires ou le
Barreau du Québec, où on enregistre un testament, s'il y a existence, oui ou non, d'un tel
contrat... Mais, à notre sens, la corporation, le fardeau ne devrait pas être
dans les mains des entreprises, mais
plutôt dans ces organisations-là, soit l'Office de la protection du
consommateur, l'Autorité des marchés
financiers, ou même les fiduciaires, là, qui reçoivent ces sommes-là et qui
ouvrent les fiducies pour ces gens-là.
M. Traversy :
Excellent. Merci pour la précision. Vous parliez, donc, du portrait de la
situation concernant justement, donc, des
préarrangements qui avaient déjà été payés puis finalement, donc, le sont une
deuxième fois. Vous avez dit que vous
aviez fait, en 2012, donc, une étude qui dit qu'un dixième de 1 % des cas
se sont avérés véridiques. La ministre
nous parle de 5 %. En termes de... on parle beaucoup de pourcentages, mais
j'aimerais ça savoir, en termes de nombre, ça représente à peu près
combien de cas de 1 % à 5 %. Juste pour avoir un portrait plus clair.
Mme Saint-Pierre (Annie) : Pour répondre à votre question, malheureusement,
sur le débat des chiffres, le 5 % que
la ministre a invoqué, on l'apprend en ce moment même. Ça n'a jamais été porté
à notre attention, puis, comme on l'a dit
tantôt, dans notre quotidien, ce n'est pas une réalité. Comme Mme Garneau
et M. Goyer disent, l'information recherchée, l'existence d'un contrat et dans quelle maison
funéraire il est, elle est déjà disponible, cette information-là, entre les
mains de l'office et entre les fiducies.
Tantôt, Mme Garneau l'a dit, dans l'éventualité où ça se produirait, et ça
lui est arrivé une fois en
20 ans, les familles sont remboursées. Or, si une famille se présente puis
se rend compte, 10 ans ou 15 ans plus tard, qu'il y avait déjà un
contrat à quelque part qui avait été payé, les familles sont remboursées.
M. Goyer
(Jonathan) : J'ajouterais même qu'il n'y a pas personne qui a intérêt
à ce que les argents restent en fiducie.
Une compagnie funéraire, tant que l'argent est en fiducie, on n'y touche pas.
Donc, notre but, nous autres, c'est de rendre le service et d'aller
retirer cet argent-là en présentant un bulletin de décès.
Mme Saint-Pierre (Annie) : Donc, bref, l'argent, pardonnez-moi l'expression,
là, l'argent ne dort pas dans une entreprise funéraire, l'argent dort
dans les fiducies. Ça n'appartient pas à l'entreprise funéraire. L'information
qui est recherchée, elle est entre les mains des deux fiducies qui font de la
gestion de contrats d'arrangements préalables.
M. Traversy :
Excellent. Merci beaucoup pour la précision. Et, pour l'étude de la ministre,
si jamais la
partie gouvernementale
voulait la déposer à la commission pour qu'on puisse en prendre part, je suis
convaincu que nous serions intéressés à également la regarder.
J'avais
une question concernant votre code d'éthique. Donc, vous êtes une corporation,
mais presque un ordre professionnel,
à vous écouter. Donc, il y a quand même un code de déontologie. On a un code
d'éthique également. Donc, je vois qu'à l'intérieur de votre code
d'éthique de la Corporation des thanatologues du Québec on dit :
«S'abstenir de toute [...] sollicitation
indue ou non conforme aux lois et [aux] règlements en vigueur», notamment pour
les personnes qui sont en position de
vulnérabilité à l'intérieur d'un hôpital, d'un centre d'accueil, d'une
résidence de personnes âgées ou une autre institution similaire.
Alors,
moi, j'aimerais savoir, là, on voudrait le mettre à l'intérieur d'un projet de
loi, donc on aimerait que... Dans le fond,
le projet de loi est plus loin que votre code d'éthique ou est-ce que c'est la
même chose que vous vous imposez déjà comme pratique? Est-ce que vous
voyez une plus-value à ce que les législateurs sont en train de faire au niveau
des sollicitations non indues ou est-ce que c'est déjà en cours chez vous et
que ça n'aurait aucun impact?
Mme Saint-Pierre
(Annie) : C'est déjà dans la loi. Alors, notre code d'éthique
s'inspire de la loi, puis c'est important que
vous le souligniez. Dans le concret, ce que ça fait, là, c'est qu'une entreprise
funéraire ne peut pas solliciter ni de
contrat d'arrangements préalables ni de contrat thanatologique, c'est-à-dire qu'on ne peut pas se présenter dans un CHSLD ou faire du porte-à-porte pour vendre des contrats
d'arrangements préalables et encore moins des contrats thanatologiques.
Traversy : O.K.
Donc, autrement dit, c'est des... donc, ça ne va pas nécessairement
plus loin, c'est déjà en cours, et puis il n'y a pas vraiment
de changement... il n'y aurait pas un impact significatif puisque
c'est déjà pas mal la pratique qui est en cours avec
les membres de votre corporation.
M. Goyer
(Jonathan) : Il suffit d'appliquer la loi. Mais, oui, la loi est en
place.
Traversy : Excellent. Vous avez également parlé, donc, de
revendications en ce qui a trait, donc, à la réalité pour les
prestations de décès, qui sont, au total, d'environ 2 500 $. Vous
nous dites que la valeur réelle est d'environ 1 500 $ une fois les
taxes et les impôts prélevés. J'aimerais entendre de votre corporation quel
serait un montant de prestation de décès adéquat aujourd'hui, en 2018, dans un
monde idéal, pour vous.
Garneau (Valérie) : Dans un monde idéal, ce serait difficile, mais on
dit qu'elle n'a jamais été indexée. Donc,
si on regarde, dans les 20 dernières années, le coût de la vie, en général, a
monté de plus de 40 %. Donc, est-ce que la... si on indexe, cette prestation de décès là devrait être au-dessus
de 3 500 $. Donc, l'idéal, ce serait, je crois, un
minimum de 3 500 $.
M. Goyer
(Jonathan) : C'est qu'en fait les familles qui se présentent dans nos
établissements, bien souvent, elles ne vont se fier qu'à ça parce qu'il
y a 20 ans elles se fiaient à ça pour dire : Nous, on n'a pas d'argent à
débourser supplémentaire pour les
funérailles, on va s'en tenir aux prestations du gouvernement. Mais c'est
qu'aujourd'hui ces mêmes gens là se
présentent avec la même façon de penser en disant : On veut tout faire à
l'intérieur du 2 500 $. Mais le 2 500 $, premièrement, comme on disait, c'est
2 174 $ avant les taxes, puis, si on veut faire des services
funéraires... je ne parle pas de
rassemblement ni de... tu sais, vraiment, quand même, une base, là : la
prise en charge de la dépouille, l'enregistrement du décès, les transports vers le crématorium, une
crémation, une remise de cendres à la famille avec probablement une disposition très privée au cimetière ou un
columbarium, un lieu de sépulture, on arrive difficilement, aujourd'hui, en
2018, à faire cette disposition-là à
l'intérieur du 2 500 $. Donc, c'est ça qu'il faut expliquer aux
familles, alors qu'ils étaient habitués que cette prestation-là, comme travailleur de la Régie des rentes,
comblait des rituels funéraires ou une certaine forme de funérailles, ce
qui n'est plus le cas aujourd'hui.
Garneau (Valérie) : Et, souvent, ce que ça apporte, étant donné que
les gens n'ont pas suffisamment de fonds,
ils préfèrent abandonner les corps. Donc, c'est pour ça que, de plus en plus,
nous avons des corps non réclamés parce que les gens disent : On
n'a pas suffisamment d'argent pour payer les funérailles.
Président (M. Matte) : Je
vous remercie. Maintenant, j'invite le député de Borduas pour les six prochaines
minutes.
Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Goyer, Mme Saint-Pierre, Mme Garneau, merci de votre
présence en commission parlementaire.
D'entrée de jeu, je voudrais juste voir avec vous un élément. Vous dites,
lorsqu'il y a un contrat
d'arrangements préalables qui est conclu, la somme, elle est versée auprès d'un
fiduciaire; par contre, l'entreprise funéraire a des frais
administratifs qu'elle peut décaisser à chaque année. C'est bien ça?
Garneau (Valérie) : Quand le contrat est conclu, on a seulement le
droit, dès le départ, à un frais de 10 % du contrat, 90 % est
déposé est fiducie. Et nous ne recevons pas d'autre somme, là, tant que le
contrat n'est pas exécuté.
M. Jolin-Barrette : O.K. Ça fait que
10 % du contrat, vous pouvez l'utiliser.
Mme Garneau (Valérie) : C'est ça.
Jolin-Barrette : Et, par la
suite, au moment où vous avez le constat de décès, là, la somme, elle est
payable à la maison funéraire.
Mme Garneau (Valérie) : C'est ça.
Jolin-Barrette : O.K. Vous
avez dit que vous ne souhaitez pas que ça alourdisse le fardeau pour les
entreprises comme les vôtres au niveau... la
création d'un tel registre. Est-ce que le fait d'avoir le registre au Directeur
de l'état civil, vous trouvez que ça alourdit le fardeau pour vos
entreprises?
Garneau (Valérie) : Bien, je crois qu'en partant, une fois le registre
mis en place, ça va peut-être être un petit
peu plus facile. Mais, dès le départ, c'est d'enregistrer tous ces contrats
d'arrangements préalables que nous avons. Nous, on n'est pas une des plus grosses maisons funéraires au Québec, et
j'ai au-dessus de 2 000 contrats. Donc, prendre le temps de trouver
les coordonnées...
Puis même
j'ai des contrats des années 80 que c'était madame X avec le nom de l'époux,
que je n'ai même pas de date de
naissance. Donc, il va falloir que j'appelle les familles, essayer de trouver
les renseignements. Donc, quand la famille
se présente, on est capables de dire : Est-ce que c'était l'adresse de madame
en telle année? Mais, si on fait un registre, ça va être difficile, là,
de tout avoir les renseignements.
Jolin-Barrette : Est-ce que,
de par vos propos, j'entends le fait que vous souhaitez avoir, supposons, une
clause grand-père pour tous les contrats qui
ont été conclus avant? Et que supposons que la loi entre en vigueur maintenant,
ça sera uniquement les prochains contrats?
M. Goyer (Jonathan) : Ça serait
déjà... Bien, à ce moment-là, le registre serait incomplet, à mon sens, et probablement caduque, là, mais c'est une avenue
que... D'ajouter quelque chose, c'est faisable, mais de retourner dans
le passé, de tout... en transparence, c'est une lourdeur administrative, c'est
certain, pour les entreprises.
M. Jolin-Barrette : O.K. Puis, dans l'éventualité où tout est
couvert, même les contrats du passé, qu'est-ce que vous demandez pour
vous accompagner : des ressources ou... pour l'enregistrement de tous les
contrats?
Saint-Pierre (Annie) : Bien, comme on vous a dit tout à l'heure,
l'information est déjà disponible. L'information,
elle est déjà recensée au sein de l'office, au sein des deux fiducies qui font
des contrats de préarrangements. Donc,
honnêtement, ce serait du chevauchement et du dédoublement de créer un nouveau
registre alors que l'information est déjà là puis qu'il suffit
d'appliquer les mécanismes en place.
Jolin-Barrette : Sauf que vous, vous n'avez pas accès à ces
informations-là. Exemple, la personne qui se présente
dans la maison funéraire, vous n'avez pas accès à l'ensemble de ce réseau-là.
Dans le fond, vous, vous dites : Bien,
il faudrait qu'on réfère les gens soit aux fiduciaires ou soit à l'OPC, pour
dire : Adressez-vous là avant d'aller à la maison funéraire.
Garneau (Valérie) : C'est ça. Parce que, malheureusement,
présentement, la seule opportunité qu'on a, c'est de dire aux familles : Oui, nous n'avons pas de contrat.
Appelez chez notre compétiteur, qui est la maison X, ou vous pouvez
avoir cette maison-là aussi, peut-être qu'eux ont un contrat. Donc, dans
certaines régions, c'est facile, il y a seulement
qu'un salon funéraire par ville. Mais, si vous allez dans la région de
Montréal, il y a peut-être 20 salons funéraires, donc il faut que la
famille appelle les 20 salons funéraires. Donc, il n'existe aucun mécanisme
présentement.
M. Jolin-Barrette : Puis on sait, souvent, aussi, quand on est en période de deuil, bien,
faire les démarches... On en a déjà par-dessus la tête, d'où l'objectif
du registre, que moi, j'avais proposé et que la ministre a proposé également.
un autre enjeu, au niveau de la prestation de décès, vous l'avez abordée avec
mon collègue de Terrebonne un gens dont un proche est décédé puis qu'ils
se retrouvent avec la prestation de décès?
Mme Saint-Pierre (Annie) : Merci. Puis permettez-nous, là, d'aborder cette
réalité-là aujourd'hui, là. On vous l'a dit, dans notre présentation,
là, Mme Thériault, s'il y a vraiment un... s'il y a un problème dans le domaine
funéraire aujourd'hui, c'est la prestation
de décès, et tout découle de là, tout est là. Et Mme Garneau l'a dit tantôt,
c'est de plus en plus fréquent, et
vous allez en avoir les données cette année. De plus en plus de personnes
renoncent à prendre en charge les funérailles de leurs proches parce
qu'ils n'ont pas les moyens de les payer, alors ça se traduit par des nombres grandissants de corps non réclamés au Québec. M.
Goyer et Mme Garneau sont... dans leur quotidien, ils en voient à tous les
jours, ils peuvent vous en parler. C'est une réalité.
Goyer (Jonathan) : En fait, pour les familles les plus démunies, si on
veut, le fait de... La prestation du 2 500 $ qui est payable par la Régie des rentes, lorsque
la personne a droit, advenant le cas qu'ils refusent une succession, ils
ont une façon d'aller toucher ces sommes-là,
mais c'est de payer les sommes funéraires. À ce moment-là, la Régie des
rentes va rembourser le payeur. Et il y a
toute une question aussi de... Il y a la somme puis il y a le mécanisme aussi.
Parce que la famille qui n'a pas les…
qui va éventuellement refuser la succession, c'est à eux… La seule façon pour
qu'ils ne perdent pas leur prestation de décès, comme travailleurs,
c'est de débourser 2 500 $.
Donc,
même au niveau du mécanisme, il y a quelque chose à revoir là-dedans pour les
familles, que ça devient problématique pour de plus en plus de familles.
La réalité... moi, dans la région du Grand Montréal, c'est la nôtre. Mme Garneau, qui est dans la région de Québec,
c'est la sienne. Puis, à travers tous les membres de la Corporation des thanatologues au Québec, c'est une réalité qui est
de plus en plus fréquente dans nos maisons funéraires. Donc, on ne parle
plus juste de refuser la succession, mais là de refuser de prendre en charge
les dépouilles.
M. Jolin-Barrette : O.K. Pouvez-vous nous renseigner sur la différence également de
montants lorsque vous avez une
prestation de décès en vertu de la RRQ versus un autre régime d'indemnisation,
exemple, la... l'assurance automobile du Québec si vous décédez sur la
route. Est-ce qu'il y a une distinction?
Mme Saint-Pierre (Annie) : Les deux, la Société de l'assurance automobile et
la CNESST, lorsqu'il y a un décès qui
survient sur la route ou au travail, versent à la famille une prestation
indexée à 5 178 $ en 2018 au Québec, donc le double. La question, c'est de savoir pourquoi un décès
vaut deux fois plus cher sur la route ou au travail qu'un décès en
CHSLD.
Président (M. Matte) : Bien. Je vous remercie, le temps étant écoulé.
La corporation des thanalogues dépose la convention...
Une voix :
Thanatologues.
Le Président (M.
Matte) : Thanatologues? O.K. J'ai sauté une...
Une voix :
...thanalogues.
Président (M. Matte) : Ah! ça prouve que je suis écouté... dépose la
convention d'arrangements préalables des services funéraires. Je vous
remercie, là, de votre participation.
Je suspends les
travaux quelques minutes.
(Suspension de la séance à 12 heures)
Le Président (M.
Matte) : Comme je vous ai dit, vous avez 10 minutes pour faire
votre exposé et de vous présenter. C'est à vous, la parole.
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Merci. Bon, bien, alors, comme mes collègues de la
Corporation des thanatologues, je dirige une
entreprise funéraire qui est de quatrième génération. Mon
nom... Est-ce que je parle assez fort? Je peux vous en
rajouter. Excusez, je ne suis pas très grande. C'est-u correct, là?
Dallaire Légaré (Jocelyne) :
Meilleur. Bon, alors donc, je suis Jocelyne Dallaire Légaré, mon grand-père
est fondateur de l'entreprise, Alfred Dallaire. On existe depuis plus de 85 ans. On est essentiellement situés sur le territoire du Montréal
métropolitain. On arrive à la quatrième génération. Ma fille, qui est diplômée
de l'École polytechnique et ingénieure, prend ma suite.
on est une entreprise, je dirais, qui se qualifie par quelques
caractéristiques, disons, qui nous sont propres et qui font qu'on aime parler de notre propre voix. Mon
père a introduit la formule des préarrangements en 1967 au Québec. Et, avant même que la
Loi sur les arrangements
préalables de services funéraires nous impose de déposer les sommes en
fiducie, on le faisait, et de notre propre chef.
J'aimerais
donc vous dire : On a également introduit des services assez particuliers dans
notre domaine qui sont les services
d'aide aux personnes en deuil, qui font
partie de nos services et qui sont
offerts à tous nos clients. On a aussi des
groupes de thérapie de deuil, on a un service d'assistance succession qui est
assumé par une avocate et qui aide les gens justement à retrouver les
testaments dont on parle. On a une experte... on a gagné des prix de design en
matière funéraire. Vous admettrez que c'est
un petit fait de gloire, parce qu'on
sait que les salons funéraires, en tout cas, ceux du temps de mon
grand-père, ils n'ont pas l'air de ceux qu'on a en ce moment.
a donc une longue pratique du domaine funéraire, et le fait d'avoir déposé les
sommes en fiducie avant d'y être obligés
nous a fait mettre en place un certain nombre de pratiques qui nous
caractérisent, notamment l'émission de cartes de préarrangement.
Maintenant,
ceci étant dit, alors, je vous présente Paola Tawilé — excusez, j'essaie de me dépêcher puis je
sais que le temps est compté — Paola Tawilé, avocate, élève de soeur
Mathilde, et Claudia Bérubé. Voilà. Parce que moi, j'ai vécu un deuil récemment, et on a plongé dans ce
travail avec toute la conviction dont on est capables, mais on est une
PME.
voudrais juste dire quelque chose en lien avec une question qui a été
précédemment posée à mes collègues. On a parlé du problème de registre et du nombre d'entreprises funéraires.
C'est vrai qu'il y a plus d'entreprises funéraires à Montréal qu'il y en
a en région, et on peut comprendre ça facilement, mais il reste que c'est vrai
aussi qu'il n'y a pas beaucoup de
fiduciaires et qu'il restera toujours la possibilité de poser une question à un
fiduciaire en cas de nécessité. Mes
collègues ont parlé de deux fiduciaires; il y a essentiellement deux
fiduciaires, c'est la Banque Nationale et Desjardins, mais il y en a un
troisième qui agit aussi, qui est la TD.
Maintenant,
je vous raconte une petite histoire, parce que je ne vais pas vous lire le
mémoire que vous avez reçu, je pense
que ça va être plus dynamique si je vous dis ce qu'il peut arriver à quelqu'un
qui va faire des arrangements funéraires.
Alors, ça, c'est le
mémoire. On a des pièces en
annexe et on a un contexte, un contexte général
dans lequel le domaine des services funéraires s'inscrit. On parle d'un domaine
où on vend des contrats qui vont être exécutés post mortem, parce que la personne décède, et nous, notre rôle, c'est
évidemment d'exécuter le contrat suivant les volontés que la personne a
exprimées, à la suite de sa mort.
Donc,
évidemment, les gens se disent : Oh mon Dieu! Mais s'il fallait qu'on
perde ces contrats! Je vous dis et je vous
rappelle qu'on vit dans une société où l'assurance a une immense importance, et
le nombre de contrats d'assurance en circulation
qui ne sont l'objet d'aucun registre sont certainement une source de
préoccupation. Et on peut probablement mettre
dans la balance, d'une part, les préarrangements. On parle... et c'est vrai que
c'est difficile d'avoir des chiffres exacts, on hésite, là. S'il y en a, des contrats perdus dans la brume puis dans
le brouillard, il y en a combien? Ce n'est pas facile à quantifier, parce que, pour ma part, je sais
exactement le nombre de contrats de préarrangements que notre entreprise
a signés, mais je ne connais pas les nombres
de préarrangements des autres. Sauf que, de façon générale, les estimations qui circulent semblent établir à
650 millions, je crois, l'ensemble des contrats déposés en fiducie. Mais,
même ça, je n'en ai pas la certitude, et, si
jamais l'Office de la protection du consommateur pouvait nous fournir le
chiffre, on pourrait être à même d'avoir des opinions plus éclairées.
Hum?
Mme Dallaire Légaré (Jocelyne) : Comment? Pardon. En tout cas. Bref, on aimerait
ça savoir combien il y en a.
Mais on sait une
chose, par exemple : C'est qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup moins de
contrats de préarrangement qu'il y a de
contrats d'assurance. On sait qu'il y a environ 60 % des Québécois qui
achètent de l'assurance. On sait que
les compagnies d'assurance n'ont pas du tout les mêmes obligations que nous, on
a, mais ces contrats vont être rendus à la suite d'un décès.
Alors, voici
l'histoire que je veux vous raconter. Vous êtes un quidam, vous êtes quelqu'un,
à Montréal ou ailleurs au Québec, et
vous voulez acheter des services funéraires. Vous allez soit chez moi, Alfred
Dallaire Memoria, soit chez ma compagne Garneau, ou Goyer, et vous demandez un
contrat de services funéraires, un préarrangement. Alors, est-ce qu'on en a, un modèle de notre contrat? En tout
cas, je vous montrerai, nos contrats sont grands comme ça, hein, puis
c'est l'OPC qui nous l'a dit, puis on le
fait, puis ils sont comme ils sont supposés d'être. Voilà notre contrat. Voici
ce que nous, on vend. C'est écrit
ici, puis ils sont détaillés. Puis je vous signale au passage que nos contrats
au décès sont identiques à nos contrats
de préarrangement, pour des raisons simples, c'est parce qu'on pense que c'est
le même contrat, quand le décès a lieu,
qu'on va exécuter. Donc, nos contrats sont pareils, excepté peut-être le
format, qui est un petit peu plus petit, mais bon.
Une voix : Oui, c'est le même
niveau de détail.
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Mais c'est le même niveau, il est juste présenté
autrement, et c'est les mêmes faits, O.K.?
Maintenant, on fait ça depuis 1967, je vous ai dit. Maintenant,
on vient chez moi, on me demande ça, je donne un prix. C'est beau, c'est clair, on arrive à 3 500 $, peut-être
plus que la prestation de décès, mais aussi moins. Et ça, je tiens à vous le dire, parce que, quand je prends les
chiffres qui sont en circulation, qui sont de l'ordre de 650 millions, puis que je le divise par le
nombre de contrats dont on dit qu'ils ont été signés... puis là ça dépend, nous
autres, on est arrivés à 182 000
contrats... on a vu, récemment, puis trop récemment, l'analyse de Raymond Chabot, sur laquelle on a quelques petites affaires à dire, mais, en tout cas, ils
n'ont pas le même chiffre que nous autres. Alors, selon qu'on divise par
leur nombre de contrats ou le nôtre, on
arrive à un prix moyen de 3 500 $ ou 4 000 $ quelques. Puis
on connaît nos services, puis on sait
que notre prix moyen, il est inférieur, il n'est pas si loin que ça du fameux
montant de la prestation de décès.
Maintenant,
la même personne décide qu'elle va aller demander un prix ailleurs. Elle va,
disons, dans un groupe qui s'appelle
Réseau Dignité. Il y en a partout, il y en a 40, établissements, dans le
Québec, il y en a au Saguenay, il y en a partout, il y en a sur la Rive-Sud, il y en a à Terrebonne, il y en a
partout. On va là. Qu'est-ce qu'on trouve? Les mêmes mots que sur notre contrat à nous. Vous les avez à
la fin du mémoire qu'on vous a remis. Et là vous avez ça, puis ça dit combien ça va vous coûter. Mais vous tournez le
papier puis... Oh! Oh! qu'est-ce que vous trouvez sur ce papier-là?
Bien, ce n'est pas la même chose, ça dit que
ce n'est pas un préarrangement. Mais vous, là, vous êtes un consommateur
moyen, vous êtes rentré, pas chez moi, vous
êtes rentré chez mon compétiteur, qui est une multinationale, puis là c'est
fou, mais votre 3 500 $,
vous allez le payer sur 10 ans, mais nulle part ça ne va être écrit que votre
3 500 $, quand vous allez l'avoir payé sur 10 ans, il va vous coûter 8 000 $, et ça, sous prétexte
que l'assurance est de la juridiction de l'AMF. Moi, je dis qu'il y a un éléphant dans la pièce, et c'est ça, l'éléphant
dans la pièce, et la question, à mon avis, qu'on doit se poser. Et,
comme entreprise... nous, on est engagés,
comme entreprise, à rendre des services qui sont clairs à nos clients, on
l'accepte, c'est une obligation
normale, légitime, on sait dans quel milieu on travaille, on travaille dans un milieu
où les gens sont sensibles, sont fragiles, puis il faut être prudents,
puis il fut être respectueux.
On a une
pratique depuis... Et je vais vous raconter mon autre histoire, parce que le
temps file : On a une dame qui travaille
chez nous, c'est un hasard, mais c'est la vérité, elle a une matante qui
s'appelle... elle a un nom extraordinaire, la matante... Collerette...
Huguette...
Dallaire Légaré (Jocelyne) : Henriette, O.K. Henriette Collerette,
elle a un drôle de nom, mais c'est la vérité, et j'ai appris, croyez-le ou pas, cette histoire-là avant-hier. Alors,
la matante Henriette, avant que Jeannette vienne travailler chez nous, elle a acheté son préarrangement chez
nous. Et la matante Henriette, on lui a fait une carte, O.K., qui dit
qu'elle a un préarrangement, matante
Henriette. Puis la carte, elle date de 1991, O.K.? Après ça, on avait... à
l'époque, il y avait plus de
fiducies, mais ça, ça va... et il y avait la Société nationale de fiducie, qui
ensuite a été rachetée par La Laurentienne, qui s'est... en tout cas, bref, il y avait plus de choix pour les
entreprises funéraires qui devaient faire affaire avec une fiducie.
Parce qu'il faut se rappeler...
Le Président (M. Matte) : Il vous
reste une minute, madame.
Dallaire Légaré (Jocelyne) : Oui, bon, bien, bordel, je vais manquer
de temps. Excusez-moi. C'est grave, c'est
parce que c'est important. Ce que je veux vous dire, c'est... je vais vous les
montrer, ces cartes-là, vous allez voir l'historique, le nombre de transactions qu'on a eues avec cette dame-là.
Elle avait un neveu qu'elle avait mandaté pour voir à ses affaires.
On dit qu'il y a des solutions simples qui
couvriraient tant la question des assurances que la question des préarrangements, et on pose essentiellement comme
question : Qu'est-ce qu'il arrive de ces contrats-là? Est-ce qu'ils
vont être couverts par le registre? S'ils ne
sont pas couverts, à notre avis, ça n'a aucun bon sens. Mais, à notre avis, ils
peuvent être couverts parce que c'est des services funéraires, peu importe leur
financement. Et le fait que...
Le Président (M. Matte) :
...conclure.
Mme Dallaire Légaré (Jocelyne) :
Pardon?
Le Président (M. Matte) : Je vous
invite à conclure.
Le Président (M.
Matte) : O.K. Mme la ministre vous laisse du temps.
Dallaire Légaré (Jocelyne) : C'est parce qu'il y a beaucoup de faits.
Et ce que je veux vous dire, c'est qu'on a déposé un mémoire sur la question de l'assurance... Comment ça s'appelle?
Numéro 141. Et on dit qu'il y avait plein de trous qui n'étaient pas résolus et que ces trous-là vont rester. Puis la
question de la résolution puis de l'annulabilité des contrats a un impact sur le registre, parce que
les entreprises qui vendent maintenant de l'assurance sont aussi liées
aux banques, aux assurances, aux fiduciaires, puis le fait de mettre en place
un registre, un des soucis qu'on a, c'est qu'ils peuvent faire, ces contrats-là, l'objet de sollicitation croisée, et
c'est un fait réel. Alors, c'est une de nos inquiétudes. On souhaite que les consommateurs, leurs contrats
soient retrouvés. On pense que les cartes sont des moyens très utiles,
pas coûteux pour arriver aux mêmes fins, et
que cette carte peut être rendue obligatoire et qu'elle doit nécessairement
être remise à des tierces personnes.
Je n'ai pas
le temps, en 10 minutes, de vous dire que ça fait plusieurs semaines et
plusieurs mois qu'on réfléchit à ça.
Oui, le registre est un outil parfait, idéal, mais on ne peut pas analyser cet
outil-là sans se poser la question de la relation entre les contrats d'assurance... soi-disant
d'assurance, mais qui, en fait, sont des contrats de services funéraires,
vendus par des entreprises funéraires,
pareilles comme moi, mais qui, eux, ne seraient pas dans le registre. C'est une question qu'on a, on la soulève,
on la partage avec vous. Il est impossible de ne pas tenir compte de ça.
Maintenant,
si tout le monde et toutes les entreprises faisaient ça
systématiquement, envoyer des cartes, bien, on peut penser que... Puis c'est vrai que les cas, c'est rare. Parce que,
quand on achète des funérailles, croyez-moi, on s'en souvient. Quand on va s'acheter des funérailles
pour soi, ce n'est pas vrai que c'est un geste qu'on fait puis qu'on
oublie. C'est absurde de le penser. En
revanche, on s'achète des assurances quand on a 20 ans, on vieillit, on a
des enfants, on change de conjoint,
on en achète à gauche et à droite, et on ne peut pas dire que le problème qui
se pose aux entreprises funéraires
peut ne pas être examiné en lien avec le problème de ces services funéraires
qui sont vendus par des maisons funéraires
qui ont pignon sur rue et que les consommateurs moyens n'ont aucune espèce de
moyen de distinguer entre ce qu'ils achètent chez moi puis ce qu'ils
achètent chez ces compétiteurs.
Le Président (M. Matte) : Je
vous remercie.
Mme Dallaire Légaré (Jocelyne) :
Désolée d'avoir mal ramassé mon... mais il y a beaucoup de faits à dire.
Le Président (M. Matte) : Je
vous remercie. Maintenant, je cède la parole à Mme la ministre. Il vous reste
14 minutes.
Mme Thériault :
Merci, M. le Président. Tout d'abord, Mme Dallaire, je veux vous offrir
mes sympathies pour la personne proche de vous que vous avez perdue.
Vous avez
ouvert sur les contrats d'assurance, puis, je trouve, c'est correct aussi,
parce que ce que j'ai dit aux thanatologues
qui vous ont précédé... eux, ils ont parlé de la prestation de décès,
évidemment, qui n'est pas l'objet du projet de loi ici, mais ça nous permet à nous, en tant que parlementaires,
d'être plus sensibilisés à un secteur d'activité qui est fort important au Québec — puisque la mort, c'est indéniable, on va
tous y passer — auquel
on ne s'attarde pas souvent, à part
quand il y a des reportages qui ne donnent pas bonne presse. Donc, ça nous
permet d'avoir un portrait d'ensemble, qui est probablement plus
intéressant que juste de s'attarder au mémoire que vous avez déposé.
C'est sûr que
votre mémoire, il a été lu, il est analysé. Je peux vous dire qu'il y a certaines
modifications qui seront faites à
votre demande, notamment lorsque vous avez parlé... C'est ça, ici? «Le projet
de loi n° 178 doit être ajusté afin d'éviter qu'un contrat dont l'exécution est amorcée avant qu'il ne soit
signé ne soit invalidé — c'est à la page 12 de votre mémoire, pour mes collègues — [et] pour permettre qu'un contrat qui a été
valablement conclu de manière verbale soit considéré comme valide et qu'il puisse ultérieurement être confirmé par
un écrit.» Je vous dis que nous allons préparer un amendement et que ces
situations-là seront corrigées dans notre projet de loi. Donc, c'est le
pourquoi on fait des consultations. Ça nous
permet d'entendre ce que les gens ont à dire. Moi, j'ai toujours pensé que,
tant qu'à faire un projet de loi,
pourquoi ne pas le bonifier en cours de route. On ne prétend pas avoir toute la
vérité, mais, si on est capable de faire des modifications, on les fait,
tant que c'est dans nos champs de compétence, je vais le dire comme ça.
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Est-ce que je peux vous poser la question de
savoir, directement, si vous pensez que
le contrat que je vous ai présenté fait
partie de votre champ de compétence?
Moi, j'ai posé la question à Mme Tawilé, et peut-être qu'on devrait avoir un débat là-dessus. Parce que, si vous
lisez le contrat, c'est bien les services funéraires. J'espère que tout
le monde l'a eu en annexe.
Mme Thériault :
Vos documents en
annexe font
partie intégrante de vos mémoires, ils sont
enregistrés. Donc, même les gens qui
nous entendent vont pouvoir aller référer aux documents que vous avez déposés,
ne soyez pas inquiète. Évidemment,
moi, j'entends ce que vous dites. Ce que je peux vous dire, c'est qu'à mon avis
un contrat d'assurance qui offre des services
funéraires sera enregistré, bon. On ne peut passer à côté. On ne peut passer à
côté. Donc, ce qu'on me dit ici, là,
les gens à l'OPC, c'est qu'un contrat d'assurance qui offre des services
funéraires, il faut qu'on l'enregistre, on va l'assujettir. Ça, c'est la
première des choses.
Deuxième des choses, vous avez parlé du délai de
carence. Là, j'aimerais ça que, vous m'expliquiez qu'est-ce que vous vouliez dire sur les délais de carence, parce que
ça m'a comme allumée un peu. Je vais vous laisser quelques minutes, parce que,
sinon, mes collègues n'auront pas le temps de vous poser des questions, mais...
que vous me parlez du délai de carence.
Mme Dallaire Légaré
(Jocelyne) : Ce qu'on dit, essentiellement, c'est que ce qui a été...
Vous savez qu'il y a un décret qui
autorise la vente de ce produit-là à une compagnie d'assurance. Et ce qui est
prévu, c'est que, si une entreprise a
vendu ses services funéraires dans les deux premières années, il n'y a aucune
garantie que les services vont être rendus. Et le seul engagement que l'entreprise prend, c'est de rembourser la
somme qui a été versée. Mais, à toutes fins utiles, la personne qui a cru acheter des préarrangements,
puis c'est ce qu'elle est allée acheter dans les faits, elle se retrouve
Gros-Jean comme devant. Puis, à l'intérieur de ces deux ans-là, il n'y a pas de
garantie que les prix qui sont inscrits sur ce contrat-là vont être respectés.
fait
partie de tout le problème de la dualité qui... En fait, on a une loi
spécifique des préarrangements au Québec, qui est différente de celle qui a été écrite ailleurs dans le monde, que
ce soit en Ontario ou dans d'autres provinces. Nous, notre loi a des
caractéristiques propres. Et, en raison de ces caractéristiques qui lui sont
particulières, l'existence du préarrangement
au Québec ne peut pas être comparée à l'existence du préarrangement dans
d'autres provinces, parce qu'il y a un
gel de prix au Québec qu'il n'y a pas forcément... On indexe le prix de nos
services, puis on dépose l'argent en fiducie. Et c'est vrai qu'il n'y aurait pas tant de vérifications à faire. Il y a
trois fiduciaires, gros max. Ça se retrouve, un contrat de préarrangements. C'est vrai. Mais imaginez que
vous allez chez quelqu'un, vous croyez que vous avez... (Interruption) ...oui, je m'excuse, monsieur. Vous croyez que
vous avez acheté un service funéraire, puis vous l'avez fait, votre
service funéraire, mais ce n'est pas
garanti. En plus, il y a un nombre important de contrats qui s'achètent dans
les deux premières années, parce que, de plus en plus, les gens sont
informés du fait qu'ils sont atteints de maladies mortelles...
Le Président (M.
Matte) : Mme la ministre.
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : ...puis c'est là que, bon... pardon, monsieur...
Le Président (M. Matte) :
Mme la ministre.
Mme Thériault :
Oui, merci, M. le Président. J'ai...
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : J'ai fini. C'est un grand... le délai de carence,
en résumé.
Thériault : J'ai bien compris ce que vous avez dit. Je pense que
c'est important aussi que je vous dise que le délai de carence me semble problématique. Et je vais juste vous dire
que j'ai eu des discussions avec mon collègue le ministre des Finances. Vous savez, comme moi, moi, je suis responsable
du projet de loi n° 178, mon collègue a son projet de loi. Je sais que le projet de loi n° 141,
c'est un projet de loi qui a plus de 2 000 articles, qui touchent
différents services, touchent beaucoup de lois. Par contre, il y a eu
des discussions justement sur les services d'assurance pour les frais funéraires, et mon collègue est en train
présentement d'étudier son projet de loi, les discussions sont à l'effet qu'il
devrait retirer les assurances de frais funéraires.
Donc,
je vais laisser mon collègue, à ce moment, faire ce qu'il a à faire en temps et
lieu. Je ne sais pas dans quelle
section
il est rendu, mais les discussions que nous avons eues, c'était qu'il puisse
modifier le projet de loi qu'il a déposé. Donc, je pense, c'est important de le dire, parce que, honnêtement, moi,
je nous vois très mal, en tout cas... Il est vrai, vous avez raison, qu'il y a des gens qui vont aller
prendre des arrangements funéraires lorsqu'ils sont malades, mais il y a
aussi le cas où il y a des gens... peuvent
avoir pris un arrangement funéraire. Quand tu as 50 ans, souvent, c'est ce
qu'il va arriver. On met nos choses
en règle, on va vendre nos maisons, on va clairer nos dettes, on va prendre des
préarrangements ou des assurances pour faire en sorte que notre
succession, nos enfants, nos petits-enfants n'aient pas à faire tout ça.
Puis,
à mon avis, moi, je me vois très mal, comme députée, voir des gens rentrer dans
mon bureau parce que leurs parents
auraient pris une assurance, puis, finalement, il y a un délai de carence, puis
il n'y a pas de frais funéraires qui vont
s'appliquer, puis on va leur rembourser l'argent. J'ai un malaise avec ça, puis
je pense qu'il faut bien protéger les consommateurs, c'est ce qu'on va
essayer de faire ici.
Tawilé (Paola) : Si c'est la position qui est prise, alors,
évidemment, on salue cette décision, puisque c'est conforme aux représentations que nous avions
faites dans le cadre du projet de loi n° 141 et qu'on a aussi reprises
dans le cadre du mémoire que vous avez devant vous.
Mme Thériault :
Je vais tout simplement compléter qu'avec la ministre responsabilité des Aînés
ce sont des discussions que nous avions eues.
Mme Tawilé
(Paola) : Merci.
Le Président (M.
Matte) : Merci.
Mme Thériault :
Est-ce qu'il reste du temps?
Le Président (M.
Matte) : Oui, il vous reste sept minutes. M. le député D'Arcy-McGee.
Birnbaum : Merci, M. le Président. Merci, Mmes Dallaire Légaré, Tawilé
et Bérubé pour votre exposé. Et voilà
une des grandes utilités de ces tels échanges, là. Vous avez signalé une
irrégularité, il me semble, et on est soulagé, je crois, par la réponse
de la ministre aussi.
veux aborder le sujet des contrats d'arrangements préalables. Mes collègues
vont savoir que j'ai eu à pratiquer ma
question et là je vais la déposer à la bonne place. Écoutez, comme je crois
qu'on va s'entendre sur le fait que, nonobstant le fait qu'on parle d'un champ d'activité sensible, et délicat, et
différent, on souhaite outiller les individus et surtout les individus les plus vulnérables avec les
renseignements, la transparence dont ils ont le droit dans ces situations tout
à fait difficiles par lesquelles on
va tous passer. Et je crois qu'à juste
titre l'entreprise que vous représentez
est bien connue pour sa sensibilité,
et ouverture, et innovation, même, dans cette industrie-là. Et, comme on
accepte comme principe de base que le
consommateur a droit à faire des choix éclairés, et tout ça, on peut toujours
souhaiter que la transparence est la bonne
chose et qu'on est dans une industrie comme
une autre, où la concurrence devrait s'imposer en toute transparence. On
invite les consommateurs, consommatrices à être le plus avisés que possible.
Donc, je veux
réciter, de votre mémoire, un passage qui... qui me trouble, c'est un grand
mot, mais j'aimerais avoir votre
réponse là-dessus. On note, à la page 7 : «Dans une société qui a à
coeur de protéger ses aînés, il serait mal avisé de rendre publique l'existence de contrats annulables
et remboursables en tout temps. En effet, on sait — et il est [à] notoriété publique — que certaines personnes ne se font pas
scrupule d'exercer des pressions sur les aînés de leur famille [et] de
leur entourage pour obtenir des gains financiers à leur détriment.»
On continue.
«Or, le fait de rendre disponible et publique, par l'intermédiaire d'un
registre, l'existence de contrats annulables
en tout temps peut constituer un risque accru de pressions malveillantes pour
des personnes qui font le choix, de leur vivant, de planifier et
consacrer des sommes pour le paiement de leurs services funéraires.»
Bon. Voilà
les risques qui s'imposent en toute transparence. Si on s'achète une voiture,
on a des gens sans scrupule qui vont
exploiter des vulnérabilités, voire... là, on parle d'une situation, j'en
conviens, de vulnérabilité même plus sérieuse et importante. Mais est-ce
qu'on n'est pas, mutuellement, les fournisseurs du service ainsi que les
consommateurs, consommatrices, chaque fois
qu'on ouvre une grande lumière sur la disponibilité... les conditions de
l'exercice et le tout est le plus transparent que possible?
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Ce que je comprends bien, si j'ai bien compris
votre question, vous dites : Mettons
dans la balance les avantages de la transparence, et d'une transparence totale,
et les inconvénients qu'on soulève d'une...
Ce n'est pas qu'on ne veut pas la transparence, hein? C'est comment doit
s'exercer cette transparence. C'est plus ça, le sens de notre remarque.
Mme Tawilé
(Paola) : Comme on le dit dans le mémoire, l'existence d'un
préarrangement est une question qui est
pertinente pour les proches, les gens qui vont prendre soin de la personne
décédée. Ce n'est pas quelque chose qui doit être publicisé à tout le monde. Et il est important que seulement les
bonnes personnes aient accès à l'information en temps opportun pour que le préarrangement puisse être
exécuté. Et c'est pourquoi aussi nous proposons des mesures alternatives
comme l'envoi de cartes avec un minimum
d'information, comme vous avez vu dans le mémoire. Donc, évidemment, on est en faveur de la transparence, on est en faveur
de mesures qui permettent de faire connaître l'existence du
préarrangement aux personnes clés qui ont
besoin de l'information en temps opportun. On trouve qu'un registre est
peut-être une mesure trop grandiose
pour la dimension du problème, si problème il y a à régler. Et c'est pour ça
qu'on propose la petite carte.
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Mais,
excusez-moi, je voudrais peut-être qualifier un peu aussi cette réponse-là. Parce que, en effet, les risques dont on parle, ce
n'est pas des risques qu'on invente. Ils sont réels, ils existent. Ils ne sont
pas plus fréquents, je pense, ces
risques-là, que les risques de... Mais les deux existent. C'est-à-dire, le
risque qu'un contrat soit public et
qu'il soit consultable en tout temps, puis qu'il y ait une obligation... Une
des inquiétudes qu'on a par rapport au registre,
c'est qu'il soit public, ouvert à tous, à tout moment. Ça, c'est ça qu'on n'a
pas voulu qu'il arrive. On pense que ça doit être une consultation
unique, au moment du décès idéalement.
Et, sinon, le
risque dont on parle, je vais vous dire que moi, je l'ai déjà vu survenir. Une
personne est conseiller financier au
sein d'une banque, caisse, en tout cas, peu importe, un organisme qui vend des
produits, et trouve une cliente qui a
un préarrangement. Il dit : Mais tu n'as pas besoin de ça. Tu pourrais
bien mieux, à la place, prendre tel autre produit. Nos contrats sont annulables. Or, nous, ce qu'on a
mis dans la balance : nos contrats sont annulables en tout temps et
doivent être remboursés. Est-ce que c'est
vrai que c'est fréquent qu'il y a des gens qui disent : «Ah! tiens, mon
oncle que je n'aime pas trop, il a acheté des préarrangements. Moi, je
suis sur la coke. Il devrait me donner ce fric-là, je vais en faire bien
meilleur usage»? Je m'excuse de la vulgarité de mon exemple, mais il y a des
gens qui utilisent des personnes âgées.
On le sait, à
quoi les gens sont fragiles. Et qu'est-ce qui expose les aînés à des risques?
C'est de se faire détourner les fonds
qu'ils ont par des personnes qui sont malveillantes. Ça existe. Est-ce que
c'est légion? Non. Ce n'est pas ce que je
dis. Mais c'est réel. Est-ce qu'on doit faire comme si ça n'existait pas? À mon
avis, non. Et, quand on achète une voiture, c'est parce qu'on a un permis de conduire, on est en bonne santé, on est
en bon état. C'est sûr que l'exemple de l'auto, ça concerne plus des
gens qui sont en bonne santé. Les personnes que nous, on rencontre, on le sait,
sont de plus en plus souvent plus âgées à prendre ce type de service là. On a
vu des exemples de documents qui, dans la mouvance de la loi n° 8, qui
précède celle dont on parle maintenant en termes d'assurance décès...
Le Président (M. Matte) : Je
vous invite à conclure.
Mme Dallaire Légaré (Jocelyne) :
En effet, je conclus, pour dire qu'on offrait à des gens de 18 à 25 ans la
possibilité d'acheter des assurances pour couvrir leurs funérailles pour la
modique somme de 10 $ par mois. C'est transparent, mais ce n'est peut-être
pas...
Le Président (M.
Matte) : Je vous remercie. J'invite le député de Terrebonne pour neuf
minutes. À vous.
Traversy : Merci beaucoup, M. le Président. Écoutez, merci
beaucoup, Mme Dallaire, d'être présente avec nous pour cette commission. Merci aux gens qui vous accompagnent
également pour la qualité et la précision des détails que vous nous donnez dans — comment je pourrais dire? — l'immersion ou, du moins, la réalité du
marché que vous représentez. Vous êtes, à quelque part, la lumière qui
éclaire ma lanterne, là, dans ces conversations funèbres, alors à laquelle,
évidemment, j'ai besoin de vous pour me guider.
Alors, vous féliciter, tout d'abord, pour les
initiatives que vous proposez dans le cadre de votre mémoire, tout d'abord, celle de la carte de rappel, qui semble
être en pratique depuis déjà un certain temps chez vous. Alors, là-dessus,
je vois qu'il y a quand même certaines idées qui sont lancées de la part...
pour le gouvernement, du côté de la
partie gouvernementale.
Donc, je salue le fait qu'évidemment vous avez des inquiétudes, mais vous
apportez aussi, des fois, certaines solutions. Donc, je trouve que
l'échange est très constructif, je tenais, donc, à vous le souligner.
J'aimerais
que vous puissiez, donc, m'expliquer un peu mieux, parce qu'évidemment je ne
suis pas un — comment je
pourrais dire? — habitué
de ce genre de discussion. Lorsque vous parlez de risque de sollicitation
croisée, à quoi faites-vous
référence? Et est-ce que vous pouvez juste nous éclairer sur ce concept que vous
avez souligné tout à l'heure avec les différentes institutions?
Dallaire Légaré (Jocelyne) : Oui, merci de votre question. Vous êtes,
mettons, en train d'acheter un produit, une carte de crédit, on va vous vendre de l'assurance voyage, de
l'assurance... le solde de paiement de la carte de crédit. Il y a un nombre de produits en matière financière
qui sont innombrables, et, chaque fois que quelqu'un a l'opportunité non
seulement de vendre un produit, mais d'en
vendre deux, trois puis quatre, bien, il le fait. Or, si vous êtes en train de
vendre... de vous occuper des affaires d'une
personne qui est, disons, relativement âgée, et que vous découvrez que cette
personne a un préarrangement, mais que vous
savez que le préarrangement est annulable, vous pouvez lui dire : Bien là,
vous pouvez annuler votre préarrangement, moi, je vais te vendre tel
type d'assurance, qui va faire plus de miracles que ce que ton préarrangement
fait.
Mais le
préarrangement, il est transparent, il est clair et il est véritablement
transparent, il appelle un chat un chat, et vous savez ce que vous allez payer pour ce produit-là, alors que, si
vous achetez une assurance décès... ce qui est permis par décret, et nous, on pense que ce décret-là
devrait être retiré parce qu'il crée beaucoup de confusion. On pense que
ça ne devrait pas être possible que
quelqu'un puisse acheter des services funéraires, qu'il paie 8 000 $,
mais sans savoir qu'il paie
8 000 $ pour des services qui sont définis comme étant
4 000 $. Il y a ce problème que j'ai appelé l'éléphant dans la
pièce, et je me suis permise de soulever parce que...
Traversy : O.K. Donc, ça, c'est l'exemple, par exemple, du
jeune homme de 18 ans, qui s'achète pour 10 $...
Mme Dallaire Légaré (Jocelyne) : Ça,
c'est de l'assurance qui n'a pas de nom précis. Mais la question des funérailles, c'est sûr qu'on est dans un domaine
sensible. La question du prix des funérailles, hein, ce que je vous dis,
ce que je veux dire sur la sollicitation
croisée, c'est que, quand vous vendez des produits financiers, étant donné le
décloisonnement qui a eu lieu dans
les milieux financiers, vous pouvez vendre de nombreux types d'assurance. La
question, c'est de faire des choix avisés : De quoi est-ce que vous
avez vraiment besoin comme consommateur? Et ce que je dis, c'est que cette sollicitation-là peut s'exercer facilement et que,
si le registre rend publique l'existence du préarrangement — il peut être consulté avant le
décès — il
y a un risque que cette sollicitation-là se fasse. J'ai voulu le soulever, oui.
Mme Tawilé (Paola) : Si ça peut vous
aider, il y a l'article 2442 du Code civil qui interdit l'assurance frais funéraires, donc cet article, dans le Code civil,
existe. En parallèle, il y a le décret, dont Mme Légaré parlait, qui
permet à une compagnie d'assurance, en
particulier, de vendre un produit malgré l'interdiction du Code civil. Et, si
on revient au projet de loi
n° 141, qui visait à réintroduire les assurances frais funéraires et à les
réhabiliter... Bon, on verra ce qu'il arrivera au projet de loi
n° 141. Je comprends que cette partie-là va peut-être ne pas être
entérinée.
Mais c'est de ce type d'assurance là, qu'on
appelle assurance frais funéraires, qui fait double emploi avec le préarrangement sans pour autant renfermer toutes
les protections pour le consommateur. Et c'est ça qu'on dénonce, en fait, ce sont ce type d'assurance là qui font
double emploi avec le préarrangement, mais qui ne contiennent pas toutes
les mêmes protections pour le consommateur que le préarrangement comporte.
Mme Bérubé
(Claudia) : Ce n'est surtout pas le coût total au bout de 10 ans.
Donc, ils vendent une prime qui est mensuelle,
mais ils ne font pas le calcul pour la personne comme dans les préarrangements,
le chiffre est clair, c'est le total,
il est là, il est détaillé, sinon l'assurance, c'est une prime, il faut faire
nous-mêmes nos calculs, le consommateur n'est pas protégé.
Le Président (M. Matte) : M. le
député de Terrebonne.
Traversy : Merci, M. le Président. Lorsque vous me parlez du décret, est-ce que vous
pouvez préciser le nom du décret ou
le numéro, juste pour qu'on puisse savoir auquel vous faites référence? Vous
avez parlé du Code civil et de ce décret. Donc, je voulais juste voir
avec vous si vous l'aviez.
Mme Bérubé (Claudia) : On l'a dans
le mémoire...
Traversy : Parce qu'on me dit que, du côté du gouvernement, on
ne le connaît pas non plus. Alors, il
faudrait qu'on le trouve.
Mme Bérubé
(Claudia) : Il est dans le
mémoire qui a été déposé pour la loi n° 141. Vous allez pouvoir trouver la
référence exacte, ou on pourra vous faire parvenir...
Mme Bérubé
(Claudia) : Il y a
eu un décret en 2003 qui a été renouvelé avec un nouveau nom de
compagnie en 2006. On vous trouvera le nom exact.
M. Traversy : Merci beaucoup.
Donc, on fera la vérification.
Alors, c'est
bien noté pour la question en ce qui
a trait au risque de sollicitation
croisée. Maintenant, c'est beaucoup plus clair dans mon esprit. Et merci d'avoir parlé de l'éléphant dans la
pièce. Donc, vous êtes là pour ça, en fait. Le contraire aurait été
dommage après autant de route vers le parlement.
J'aimerais
aussi bien comprendre la façon dont se déroule un peu la routine en ce qui a trait justement aux contrats de préarrangements
funéraires, tu sais, au niveau de l'initiative. Comment ça fonctionne exactement?
Est-ce que les salons funéraires ou les gens
qui sont en charge des préarrangements ont des initiatives à prendre? Est-ce que,
de votre côté, vous faites également une surveillance, une vigie de ça
ou c'est vraiment au consommateur de s'informer de l'existence... Je voulais
voir s'il y avait des gens qui surveillaient les rubriques nécrologiques dans
vos entreprises ou comment ça fonctionnait exactement.
Dallaire Légaré (Jocelyne) :
Je ne comprends pas bien, là, qu'est-ce
que les rubriques nécrologiques
font... Ce que je peux vous dire, c'est qu'on a le droit de faire de la
publicité, hein? On va commencer par déjà établir cette distinction entre publicité puis sollicitation. Évidemment, on publicise
nos services. Mais ce dont on peut dire et ce que les chiffres semblent démontrer, c'est que,
manifestement, il y a beaucoup moins de préarrangements qui sont vendus
que d'assurances. Alors, déjà là, on peut voir, c'est clair, clair, clair.
Deux, les
gens nous appellent très souvent. On reçoit des appels, et les gens nous
demandent et s'informent : Est-ce que vous pouvez nous dire, si je fais les services
funéraires, combien ça va coûter? Alors, pour notre part, nous, on a
un modèle de soumission, on envoie souvent
des soumissions par... en tout cas, par Web. En tout cas, bref, vous
pourriez appeler chez nous, demander des prix, on l'a fait.
D'ailleurs,
vous l'avez, je pense, vu, tout le
monde, ce fameux reportage qui
comparait les services de différentes entreprises. Bien, il y a un
journaliste qui, avec une caméra cachée, s'est promené. Puis ils sont venus
chez nous, notamment, puis ils ont reçu une soumission de notre part
avec le prix, et, bon, ils étaient à même de comparer le prix de notre service avec le prix des compétiteurs. Ça,
c'était clair et c'était transparent, et à chacun suivant sa politique
de prix, mais, au moins, les
personnes étaient à même de comparer nos services avec les services des
compétiteurs. Si le reportage avait
étendu son champ d'action un peu plus loin, bien, il aurait trouvé peut-être une compagnie qui lui faisait une
prime plutôt qu'un prix ferme, et là il y
aurait eu un problème de comparaison. Il faut en tenir compte dans la
réglementation du domaine.
M. Traversy : Merci beaucoup
pour votre réponse. Je vais essayer de clarifier mes propos, parce que, bon,
évidemment, c'est un domaine dans lequel j'ai moins d'expérience. Mais une
personne décède, par exemple. Donc, évidemment,
avec votre concept de carte, si la personne avait un préarrangement chez vous,
ils peuvent appeler, vous allez leur
dire qu'effectivement il y avait un contrat. Bon. Ça, c'est clair. Si, après un
certain nombre d'années, là... Je voulais voir si vous, dans vos entreprises, une personne qui a un préarrangement
depuis 1900 je ne sais pas combien, est toujours en attente d'avoir une réponse sur ce dit contrat, est-ce que, vous, il
y a des vérifications qui sont faites du côté de l'entreprise pour valider si une personne ne serait pas décédée
et qu'il y a un préarrangement qui avait été pris et qui n'est toujours
pas utilisé. Est-ce qu'il y a une initiative de ce côté-là?
Dallaire Légaré (Jocelyne) : On ne peut pas vérifier et on ne peut pas
demander de consulter le registre de tous
les défunts. Il y a 60 000 décès au Québec par année. Alors, on ne
compulse pas une liste de 60 000 noms pour vérifier si, par hasard... Puis ce qu'on sait, c'est qu'on a nos contrats, et nos prédécesseurs
l'ont dit, les sommes sont en fiducie. Dès lors...
Le Président (M. Matte) : Je vous
remercie.
Mme Dallaire Légaré (Jocelyne) :
Bon, O.K. Désolée.
Le Président (M. Matte) : M. le
député de Borduas.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Mme Dallaire Légaré, Mme Tawilé, Mme Bérubé,
bonjour, merci de participer aux travaux de la commission.
D'entrée de jeu, je tiens à vous dire que je suis d'accord avec vous sur le fait
que les assurances vie devraient être répertoriées,
parce que, comme vous le soulignez dans votre mémoire,
c'est énormément d'argent, énormément de contrats également. Et d'ailleurs j'ai déposé un projet de loi, le projet de loi n° 994, qui vise la création d'un
registre des assurances vie afin que
le produit des assurances vie puisse être destiné aux bénéficiaires, et on est
en discussion avec le ministre des
Finances sur ce point-là au niveau du projet de loi n° 141. D'ailleurs, il
y a 82 millions en produits d'assurance vie non réclamés au
registre des biens non réclamés, donc c'est des sommes quand même importantes.
Alors,
l'objectif du registre également que moi, j'ai proposé pour les
préarrangements, ça va dans le même sens, mais là j'entends très bien que vous avez une grande préoccupation par
rapport à l'assurance frais funéraires, qui va être introduite avec le projet de loi n° 141. Vous
dites : Nous, on veut avoir le même régime, on n'est pas nécessairement
contre l'assurance frais funéraires, sauf qu'il faut que ce soit le même régime
que les préarrangements.
Dallaire Légaré (Jocelyne) : Non. Excusez-moi, mais ce n'est pas
vraiment ça qu'on dit. Ce qu'on dit, c'est
que ce qu'on appelle une assurance, même le Barreau, qui a fait des
représentations sur le précédent projet de loi, a dit qu'il mettait en doute que ce soit de
l'assurance, et nous aussi, on est de cet avis-là. Ça apparaît être de
l'assurance; à notre avis, ce n'en est pas, c'est du financement de services
funéraires.
Ce qu'on dit,
c'est que, si nous, on est des entreprises funéraires et qu'on vend des
préarrangements qui sont ceux qui sont définis par la loi, on doit les
vendre selon la loi, et on est d'accord avec cette loi-là.
Ce qu'on dit
aussi, c'est que ce n'est pas juste que quelqu'un, sous prétexte qu'il vend
quelque chose qui s'appelle... et
qu'il suffit que tu te mettes une étiquette sur la face... si tu t'appelles
assurance puis ça va devenir une assurance? Je ne crois pas. On peut bien vous qualifier de chat
puis moi de chien, mais vous n'êtes pas pour autant ni chat ni chien,
l'étiquette ne fait pas le produit. Excusez-moi d'être aussi directe, mais...
Donc, je ne
suis pas pour l'assurance; ce type, ce qui est qualifié d'assurance, je ne suis
pas pour. C'est vendu par des
entreprises funéraires, puis, si c'était vendu directement par des assurances,
ce serait pire, parce qu'on créerait deux régimes : un régime pour
les entreprises funéraires, un régime pour les assurances.
Je comprends
que nous autres, on est majoritairement des PME. Mais moi, comme citoyenne,
comme chef de PME, j'aurais beaucoup
de mal à avaler qu'on me dise : Toi, pauvre petite madame PME, tu es
une citoyenne de seconde zone, on va
créer des règles pour toi, mais, si tu étais grosse, puis puissante, puis tu
vendais de l'assurance, «all right», on va te laisser faire ce que tu
veux. Ça, non.
Mme Tawilé
(Paola) : ...pas nécessairement le même traitement, mais on n'arrive
pas à s'expliquer la nécessité d'avoir
ce produit, qui fait double emploi avec les préarrangements, qui sont, par
ailleurs, bien encadrés, bien compris, transparents et simples.
M. Jolin-Barrette : Je comprends.
Mais je vais juste continuer à poser des questions...
Mme Dallaire Légaré (Jocelyne) :
Puis pour le registre... excusez-moi...
M. Jolin-Barrette : Je vais juste
continuer à poser des questions. Alors, ce que je dis...
Mme Dallaire Légaré (Jocelyne) :
Oui, pardon. Mais j'ai quelque chose à dire sur le registre aussi. Pardon.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, si
vous voulez que je vous pose des questions... Sinon, je peux vous les...
Mme Dallaire Légaré (Jocelyne) :
Oui, oui, excusez-moi.
Jolin-Barrette : Alors, ce
que j'ai dit, c'est que le régime est... elle-même, l'assurance frais
funéraires, que vous l'appelez comme
vous voulez, là, que ce soit contrat d'assurance… vous voulez qu'il soit
assujetti au même régime. Alors, si
vous, vous avez un registre qui vous oblige à enregistrer votre contrat, vous
voulez que... si ça existe, l'assurance frais funéraires, vous voulez qu'eux aussi soient obligés d'inscrire le
registre, et vous souhaiteriez qu'ils aient tous la même transparence et
que le coût soit prévu, et tout ça. Si jamais le législateur souhaitait
permettre le financement de frais funéraires, appelé sous forme d'assurance
frais funéraires, vous souhaitez qu'il soit inscrit dans le registre également.
Dallaire Légaré (Jocelyne) : O.K. Je vais essayer de... Un. Il y a
déjà des contrats, on l'a dit, qui sont vendus actuellement et qui, sous prétexte de ne pas s'appeler un chat un chat,
risqueraient de ne pas être perçus par le registre. On dit : Ça, ça
n'a pas d'allure. Puis je pense qu'on a compris ici, là, qu'on était tous
d'accord là-dessus.
Deux. Ce
qu'on dit aussi, c'est : Si vous allez vendre quelque chose, ça ne dépend
pas seulement... puis ça va coûter 8 000 $
au lieu de 5 000 $, bien, ce serait le minimum que ce soit clair. On
pense toujours que ce n'est pas favorable au consommateur, fait qu'on
serait étonnés que quelqu'un entérine ça.
Trois.
La question du registre. Ce qu'on dit, et là... on dit que ça peut poser des problèmes
puis qu'il y a peut-être des moyens
plus simples. Puis on dit que d'émettre des cartes... et on pourrait vous en...
on va vous montrer le nombre d'échanges
qu'on a eus avec le client, dans le cas de la madame dont je vous ai parlé, là,
Huguette, parce qu'elle a pris son
préarrangement à 90. Il y a eu beaucoup de faits. Ce qu'on dit, c'est qu'on
questionne le coût lié à la mise en place d'un registre. Puis pourquoi
on dit ça? Parce qu'on a été obligés de mettre à jour technologiquement nos
services informatiques pour remplir notre
obligation relative au DEC 100. Le DEC 100, c'est la déclaration que
nous, on fait pour dire que vous êtes
décédé. Ça semblait simple. On a des systèmes qui tournent sur MS-DOS, O.K.,
c'est un langage... qui sont toujours
efficaces et qui ont été faits exactement sur mesure pour nous. La mise à jour
technologique de nos systèmes nous apparaît... ça risque d'être plus coûteux
qu'on le croyait, et je pense honnêtement que ça risque de se produire
aussi pour les assurances.
toute honnêteté, je vous le dis, un
registre pour les assurances, je ne sais pas si ça va avoir lieu ou pas.
Tout ce que je sais, c'est qu'il y a des
réalités économiques et qu'il y a peut-être des moyens simples
qui visent les mêmes objectifs puis qui fassent les mêmes effets, mais
obligatoires.
Jolin-Barrette : Que dans votre...
Le Président (M.
Matte) : M. le député.
M. Jolin-Barrette : Oui. Dans votre mémoire, vous dites : Bien écoutez, peut-être
qu'on devrait rendre obligatoire la
clause relativement aux tiers et de diffuser ça directement. Mais là moi, je vous dirais, j'ai un malaise avec ça, parce que la
personne qui souhaite que ça soit confidentiel qu'elle fait des
préarrangements, qu'elle ne souhaite pas dévoiler, supposons, son état
de santé à ses proches aussi, elle se retrouve avec sa carte dans son
portefeuille pour...
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Mais le registre, ça va être pareil s'il est
consultable en tout temps.
M. Jolin-Barrette : Non, mais l'objectif du registre, c'est qu'il puisse être consulté au
moment où la personne est décédée,
comme un registre des assurances vie, pour ne pas faire en sorte qu'il y ait de
la spéculation sur la mort de la personne. Alors, l'objectif n'est pas
là, et je pense que le législateur le sait très bien aussi.
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Mais on parle d'un coût...
M. Jolin-Barrette : Mais l'objectif d'un registre
centralisé est de faire en sorte que ça soit simple et accessible pour
le client.
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Bien, simple et accessible, il y a simple et
accessible par une carte.
Le Président (M. Matte) :
Oui, mais madame...
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Je pensais que la question était terminée.
Le Président (M.
Matte) : Non.
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Pardonnez-moi.
Le Président (M.
Matte) : Je voudrais laisser le député terminer sa question.
M. Jolin-Barrette : Alors, j'ai une autre question pour vous. Est-ce que ça vous arrive
souvent que des proches, au moment où
il y a un contrat de préarrangement qui avait été pris, vous demandent de
réduire l'offre qui avait été conclue pour encaisser une
partie du
contrat?
Dallaire Légaré (Jocelyne) : Il y a beaucoup de situations puis il y a
beaucoup de cas de figure dans notre domaine.
Ça arrive. Il y a deux cas de figure. Il y a des cas de figure où les gens
prennent des préarrangements en disant : Je fais mon préarrangement parce que je ne veux pas laisser le fardeau
financier, mais, si mes enfants préfèrent changer quelque chose, ils peuvent le changer. Puis il est
prévu dans le contrat qu'ils peuvent dire : Oui, ils peuvent changer,
ou, non, ils ne peuvent pas changer. Ça fait
que c'est quand même plutôt bien fait, la loi des préarrangements
actuellement. Elle a été faite avec
intelligence, elle donne de la place à l'exercice du bon sens, et du bon
jugement, puis de la discrétion.
Le Président (M.
Matte) : Je vous remercie.
Mme Dallaire
Légaré (Jocelyne) : Je vous en prie.
Le Président (M.
Matte) : Le temps est écoulé. Je vous remercie de votre contribution
aux travaux.
Je suspends les
travaux jusqu'à 15 heures cet après-midi. Bon repas.
(Suspension de la séance à
12 h 47)
Président (M. Matte) : Bon
après-midi. Je vous invite à éteindre la sonnerie de vos téléphones, s'il vous plaît.
Est-ce qu'il y a des remplacements
cet après-midi, Mme la secrétaire?
Président (M. Matte) : Oui. On me dit que, compte tenu qu'on débute en
retard, est-ce qu'il y a un consentement? On débute à ce moment-là à... de 15 h 7, donc il faudrait excéder, là,
de sept minutes, là. J'ai besoin d'un consentement.
Des voix :
Consentement.
Le Président (M.
Matte) : Consentement. Je vous remercie.
Président (M. Matte) : O.K. Est-ce qu'il y a un consentement pour le député
d'Ungava puisse remplacer la députée de Fabre?
Des voix :
Consentement.
Président (M. Matte) : Consentement. Ça va? Maintenant, je souhaite la
bienvenue au Barreau du Québec. C'est
un plaisir pour nous de vous accueillir. Je vous rappelle que vous avez 10
minutes pour faire un exposé et, par la suite, nous allons amorcer des échanges. Avant de débuter votre exposé,
j'aimerais ça que vous puissiez vous présenter pour fins
d'enregistrement. C'est à vous la parole.
Mme Hawi (Réa) : Merci. Alors, bonjour. Mon nom est Réa Hawi, je suis avocate au
Secrétariat de l'Ordre et Affaires
juridiques au Barreau du Québec. Je suis également secrétaire du Comité sur la protection du
consommateur au Barreau. Je suis
accompagnée par Me Luc Thibaudeau, qui est président du Comité sur la
protection du consommateur au Barreau.
Nous
sommes très heureux d'être ici aujourd'hui pour présenter la position du Barreau du Québec sur le projet de loi n° 178, et nous vous remercions de nous donner l'opportunité de le faire. Nous étions ici il n'y
a pas si longtemps, à l'occasion de
l'étude du projet de loi n° 134, et nous ne pouvons que saluer ce deuxième
projet de loi dans un domaine aussi important que la protection du
consommateur.
En effet, nous sommes
dans un domaine constamment en mouvement, où la vigilance est de mise pour
suivre l'évolution du marché et être au fait
des nouvelles tendances. Les lois doivent s'adapter pour assurer une protection
adéquate des consommateurs, et ce projet de
loi est tout à fait dans cette lignée. Dans l'optique d'une saine application
de la règle de droit dans le domaine
de la consommation, le Barreau du Québec estime nécessaire d'assurer
l'équilibre entre les droits et
obligations des consommateurs et des commerçants, en tenant compte de
l'évolution des pratiques commerciales et des valeurs sociales.
La mission principale
du Barreau du Québec est la protection du public, et c'est dans ce contexte que
nous intervenons en matière de protection des consommateurs, pour
assurer un encadrement juridique efficace et équilibré en matière de
conclusion de contrats de consommation.
Le Barreau du Québec
salue par ailleurs toutes les initiatives en cette matière par le gouvernement
et par l'Office de la protection du consommateur. Il est dans l'intérêt de tous
d'avoir une législation et une réglementation efficaces
en matière de protection des droits des consommateurs, et le Barreau intervient
sur les différentes propositions depuis
l'entrée en vigueur de la
Loi sur la protection du consommateur et
plus particulièrement depuis le processus de révision de la loi, en 2006.
Barreau du Québec s'efforce aussi de maintenir une relation
ininterrompue avec l'Office de la
protection du consommateur et participe régulièrement à ses exercices
d'orientation. Le projet
de loi n° 178, qui vise à mieux
protéger les consommateurs face à des enjeux
émergents, tombe à point, puisque les secteurs qu'il couvre, soit les services
funéraires, les contrats d'hébergement en temps partagé, la revente de billets de spectacle et la
sollicitation en vue de conclure des contrats
de crédit, comportent des enjeux qui ont effectivement pris de
l'ampleur au cours des dernières années, et il était nécessaire de s'y
attarder.
projet de loi comble des lacunes dans ces domaines, et nous
accueillons favorablement les mesures proposées. Cependant,
le Barreau du Québec constate qu'une fois de plus les modifications sont faites à la pièce, laissant l'impression que l'on
s'éloigne d'une vision d'ensemble de la LPC.
Nous
profitons de l'occasion pour réitérer une opinion déjà
émise devant cette commission, soit la nécessité de revoir la
Loi sur la protection du consommateur
dans son ensemble. Cette loi doit être revue et modernisée pour régler des difficultés d'interprétation, pour la simplifier et pour la
moderniser. La
Loi sur la protection du consommateur actuelle n'est pas facile à comprendre et elle n'est pas
simple à appliquer. Compte tenu de sa portée et des personnes
à qui elle s'adresse, il est important
qu'elle le soit. La LPC devrait être aménagée différemment, et on aura la
chance d'y revenir à plusieurs moments durant notre présentation, comme
on le fait, par ailleurs, dans notre mémoire. Et, pour le reste, je vais
laisser la parole à mon collègue, Me Thibaudeau.
Le Président (M.
Matte) : Je vous remercie. C'est à votre tour.
Thibaudeau (Luc Hervé) :
Merci, M. le Président. Mmes et MM. les députés et ministre, on va
commencer par la
Loi sur les arrangements préalables de services funéraires et
de sépulture, qui risquerait de changer de nom, effectivement. Cette
partie du
projet de loi est accueillie favorablement par le Barreau du Québec. Nous sommes d'avis que les modifications proposées résultent en une cohérence entre les règles visant les
contrats conclus avant le décès et ceux qui sont conclus après le décès.
Le Barreau est
aussi favorable à la mise en place d'un registre des contrats
d'arrangements préalables de services funéraires.
Ce registre répondrait à un besoin réel, et nous appuyons la mesure. Il
permettrait de fournir une information importante aux personnes souhaitant conclure un contrat, mais également
aux personnes qui doivent prendre en charge les arrangements funéraires d'un proche. Nous
constatons que les délais sont très importants dans ce deuxième cas, et il faudra garder
cet élément bien en vue lors de l'édiction du règlement. Le registre approprié
facilitera la tâche à ces personnes qui
doivent agir rapidement, souvent dans des situations tristes, c'est-à-dire à l'occasion du décès d'un proche.
Bien que les
modalités de constitution et d'accès restent à déterminer, il serait
souhaitable que la consultation
du registre soit encadrée par un procédé efficace, afin qu'il puisse remplir son objectif
de fournir aux personnes concernées l'information dont elles ont besoin, tout
en respectant, bien entendu, certains principes de base en matière de
protection de la vie privée. Bien
entendu, le Barreau du Québec se fera un devoir de participer à tout exercice
de consultation à venir en ce sens.
Le projet de
loi adresse également la question des contrats relatifs au droit d'hébergement
en temps partagé. Tout comme la
mesure précédente, le Barreau du Québec accueille favorablement l'encadrement
des contrats relatifs au droit d'hébergement
en temps partagé. Les dispositions qui sont proposées répondent à des
problématiques contemporaines bien
réelles qui peuvent se produire tant lors de la conclusion du contrat qu'au
moment de l'exécution du contrat. On est d'avis qu'il était devenu nécessaire de rééquilibrer les forces en
présence afin de permettre aux consommateurs de pouvoir prendre des
décisions éclairées lorsque de tels types de contrats leur sont proposés par
des commerçants.
Ceci dit, les
nouvelles dispositions, à notre sens, ne règlent pas les difficultés liées aux contrats
conclus à l'extérieur du Québec. C'est souvent le cas relativement à ce type de contrat. Il y a des dispositions dans le Code
civil du Québec, bien entendu, qui régissent, en matière de droit
international, les contrats conclus à
l'extérieur du Québec,
mais le Barreau estime qu'il
pourrait être approprié d'aller plus loin. Et, à cet effet, le Barreau du Québec recommande de mettre en
place des mesures pour sensibiliser les consommateurs sur les conséquences des engagements
contractés à l'étranger. Ceci pourrait
prendre la forme de campagnes de sensibilisation du public. Et, en ce sens — et
nous interpelons Mme la
ministre, ainsi que le gouvernement — une augmentation du budget de l'Office de la
protection du consommateur lui permettrait mieux de remplir sa mission
d'éducation qui est prévue dans la loi.
Ensuite, et
toujours dans le cadre des nouvelles dispositions concernant les contrats
relatifs au droit d'hébergement en
temps partagé, nous recommandons de clarifier la portée de
l'article 187.10 proposé, qui définit l'objet des contrats visés et
qui inclut l'utilisation d'un bien situé ou non au Québec. C'est une expression
très large, qui risque d'être interprétée comme visant autre chose que les
biens servant à l'hébergement. Bien que le
titre de la
section proposée contienne le mot «hébergement», nous estimons
qu'il y a un risque d'une application trop large de ces dispositions de
la loi, qui pourraient sortir du cadre d'application voulu par la modification
proposée.
Nous
recommandons également de préciser les modalités applicables à la reconduction
du contrat. Et nous avons constaté
une possible incompatibilité entre le second alinéa de l'article 187.10
proposé, qui évoque la possibilité de prévoir une clause de reconduction,
et l'article 187.15, qui interdit la reconduction automatique de manière
générale pour ces contrats. L'intention est
encore louable ici, mais, afin d'éviter toute ambiguïté, nous suggérons de
préciser les modalités applicables afin que les consommateurs disposent
de l'information appropriée au moment de la reconduction.
Enfin, nous recommandons de clarifier la notion
des frais et pénalités lors de la résiliation du contrat à l'article 187.26, qui accorde aux
consommateurs un droit de résiliation, pour lequel, bien entendu, nous sommes
en faveur. Mais nous sommes toutefois
d'avis que le libellé de cet
article est assez large et laisse également place
à l'interprétation. Dans la même
optique, nous saisissons l'opportunité de réitérer une recommandation faite
précédemment en cette chambre, et de
simplifier la loi, et de prévoir un contenu obligatoire du contrat à un seul
endroit. Le nouvel
article 187.14 est une belle illustration de la
complexité qui semble perdurer dans la LPC. Cet
article énumère les
renseignements que doit contenir le contrat
relatif aux droits d'hébergement en temps partagé. En plus, d'autres
renseignements peuvent être exigés dans le règlement.
Le Président (M. Matte) : Je vous
invite à conclure, monsieur.
Le Président (M. Matte) : Non? Mme
la ministre est généreuse, elle vous laisse du temps pour poursuivre.
M. Thibaudeau (Luc Hervé) : Je vous
adore, Mme la ministre.
En plus,
d'autres renseignements peuvent être exigés dans le règlement. La rédaction
d'un contrat ou la révision d'un
contrat pour s'assurer qu'il est conforme aux exigences de la LPC et de son
règlement sont des tâches inutilement ardues.
Ceci affecte les consommateurs puisque l'exercice donne lieu à des contrats
longs, complexes et parfois difficiles à comprendre. L'expérience nous apprend que l'information se... requise,
oui, se retrouve dans la plupart des contrats qu'on retrouve dans le marché, Mme la ministre, mais
elle n'est pas présentée dans un ordre logique ni dans un langage
uniforme. Les consommateurs devraient avoir
facilement accès à l'information essentielle en langage clair, et il est
important d'éviter qu'elle soit noyée
dans le contrat avec les autres informations. Pourquoi ne pas alors simplifier
les choses et prévoir le contenu à un seul endroit?
Encore
mieux, nous proposons la mise en place de contrats types. Une nouvelle approche
doit être préconisée. L'adoption de
contrats types permettrait d'uniformiser le contenu des contrats, faciliterait
le respect de la loi et son application.
Dans certains cas, les contrats types pourraient aussi tenir compte du droit
fédéral applicable et s'y harmoniser. Finalement,
l'adoption de contrats types permettrait aux consommateurs de comparer plus
aisément les différentes offres de
produits et de services et de prendre une décision plus éclairée, ce qui
éviterait bien des embûches aux commerçants.
Nous sommes également favorables avec les dispositions qui concernent
la revente des billets de spectacle. Nous avons un commentaire à formuler à cet effet : il serait, encore une
fois, approprié pour le gouvernement de prendre avantage de cette réforme pour inclure, dans la loi, une
définition du terme «commerçant». Certaines dispositions de cette
nouvelle
section proposée laissent à croire
qu'un simple consommateur qui offre des billets à revendre sur un site Web
pourrait être soumis à ces dispositions-là
et qualifié de revendeur. Nous l'avons déjà exprimé maintes fois à l'Office de la protection du consommateur et à cette Chambre, nous sommes d'avis qu'il est essentiel qu'une
définition de commerçant soit incluse dans la LPC, alors qu'à ce moment
la seule définition qui y figure est en anglais.
Enfin, en ce
qui concerne la sollicitation liée aux cartes de crédit, nous saluons également
cette nouvelle mesure. Nous sommes en
faveur de l'interdiction de solliciter les consommateurs dans les
établissements scolaires visés. Il s'agit d'une mesure qui vise à protéger les jeunes des impacts négatifs du surendettement.
Cependant, nous suggérons — comme
plusieurs autres, d'ailleurs, nous avons lu au moins le mémoire d'Option
Consommateurs — d'en
étendre la portée à certains autres établissements
d'enseignement, comme par exemple ceux qui sont régis par les articles
189 et suivants de la LPC. Certains
de ces établissements, Mme la
ministre, desservent une jeune clientèle parfois vulnérable, et c'est
d'ailleurs la raison pour laquelle les articles 189 et suivants sont présents
dans la LPC.
Je vous remercie, M. le Président, et je vous
remercie, Mme la ministre, du temps supplémentaire.
Président (M. Matte) : Je vous remercie. Ceci met fin à votre exposé.
Maintenant, j'invite Mme la ministre, pour 13 minutes.
Thériault : Merci, merci, M. le Président. Tout d'abord, Me
Hawi, rebienvenue au parlement. Il fait toujours plaisir de vous
rencontrer. Me Thibaudeau, merci d'être avec nous également.
Je vais aller
sur les paroles que vous avez prononcées, Me Hawi. C'est un plaisir de vous
revoir moi aussi, parce qu'évidemment,
lorsqu'on a étudié le projet de loi à l'automne, j'avais mentionné qu'à
titre
de ministre de la Protection du consommateur il m'apparaît important de
faire des projets de loi régulièrement omnibus, parce que, des fois, c'est beaucoup
plus facile pour pouvoir régler certaines situations.
Je vais vous dire à la boutade, mais d'une
manière tout à fait sérieuse que, s'il n'en tenait qu'à moi, il y aurait toujours une ministre responsable des dossiers de
la Protection du consommateur et de l'Habitation. Et je veux vous
inviter bien gentiment à envoyer des lettres aux différents chefs de partis,
qu'ils puissent prendre l'engagement que, dans la prochaine législature, il y aura un ministre en
titre responsable de
l'habitation et de la protection du consommateur, ce qui permettrait, certainement, de pouvoir travailler
plus régulièrement à des projets de loi pour faire face aux changements rapides dans la société dont nous vivons
présentement évidemment, et ça permettra aussi, puisque vous le demandez,
de revoir peut-être la loi de la LPC.
Vous
comprendrez que, puisque je suis entrée en fonction le 11 octobre dernier, je
n'ai pas voulu retarder l'adoption du
projet de loi de ma collègue la ministre de la Justice, qui avait été déposé,
concernant certaines normes de crédit. J'avais pris l'engagement auprès de la députée de Marie-Victorin de revenir avec
toute la question de la sollicitation des cartes de crédit auprès des étudiants. Le collègue le député
de Borduas avait déjà déposé un projet de loi qui touchait les registres
funéraires. Donc, il m'apparaissait opportun
de faire un omnibus pour pouvoir toucher quatre petits sujets assez
rapides, petits projets de loi, 21 articles,
avec plus de latitude au niveau de la marge de manoeuvre dans les règlements,
je vais le dire comme ça, donc ce qui nous permet de pouvoir travailler
avec les gens du milieu.
J'aimerais
aussi préciser que les gens à l'Office de la protection du consommateur, de
manière générale, travaillent en
étroite collaboration dans chacun des secteurs d'activité où ils sont appelés à
intervenir. C'est une très petite équipe, mais c'est une équipe qui est très efficace, auprès de qui la ministre a
fait beaucoup de demandes. Vous avez vu qu'on a publié des règlements aussi pour donner suite au projet de loi de
l'automne passé. Donc, je me dois de vous dire que l'office, il est ravi d'avoir une ministre pour s'occuper
d'eux à temps plein, et c'est la meilleure manière de suivre les dossiers
et de faire en sorte que ça puisse avancer.
Donc, ceci
étant terminé... Et ne pensez pas : parce que je veux absolument ravoir le
poste. Je n'ai aucun contrôle là-dessus,
je vais commencer par faire une campagne et me faire réélire, comme n'importe
lequel des députés ici. Puis, par la
suite, bien, moi, je suis convaincue que l'engagement des chefs de partis va
faire la différence. C'est vrai au niveau de l'habitation, c'est
également vrai au niveau de la protection du consommateur. Je pense que nous
sommes tous des consommateurs, que tous les
citoyens doivent faire... on doit faire en sorte, comme législateurs, de bien
protéger leurs droits.
Donc, ceci
étant dit, vous avez parlé du «time-sharing», O.K., donc l'hébergement à temps
partagé. C'est sûr que j'entends fort
bien ce que vous dites par rapport à la promotion, le rôle que l'Office de la
protection du consommateur doit jouer
également. Nous en avions discuté avec la présidente de l'office, justement,
parce qu'avant-hier on nous a parlé du fait que, oui, c'est bien, les gens seront dorénavant protégés au Québec, à
partir du moment où la loi sera adoptée et que les règlements seront en
vigueur. Par contre, vous conviendrez avec moi que ce n'est pas tout à fait
évident non plus d'intervenir sur une
législation d'un autre pays, exemple, le Mexique, ou autre, puisqu'il était
question du Mexique avant-hier.
Par contre, je vous dirais que nous avons
regardé la possibilité, avec Mme Galarneau, de faire en sorte que, notamment auprès des agences de voyages... puisque
ce sont les... le contact le plus direct auprès des gens qui partent en voyage... qu'il y aurait certainement là une belle
piste pour aller faire de la sensibilisation et de la promotion avec
eux, pour s'assurer
que, lorsqu'on réserve les voyages, on puisse avoir les mises en garde. Donc,
je crois qu'avec les dernières modifications...
Est-ce que c'est une avenue que vous croyez qui serait intéressante pour nous,
de pouvoir faire des avancées?
M. Thibaudeau (Luc Hervé) :
Absolument.
Thériault : Absolument? D'accord. Est-ce que vous croyez que...
Puis je vais le comparer avec... Lorsque j'étais ministre du Travail... Vous savez qu'il y a des ententes entre
les différentes législations au niveau des provinces pour faire en sorte que, si une entreprise ferme
sauvagement sa place d'affaires, si elle est au Canada, on peut revenir sur
les administrateurs pour faire en sorte qu'on puisse verser les salaires et ce
qui n'aurait pas été payé... c'est les 4 %, les vacances aux employés. Il y a des ententes entre les différentes
provinces pour faire en sorte que, si c'est une province qui est au Canada, si c'est une entreprise qui est en
Colombie-Britannique, exemple, puisqu'il y a une entente de réciprocité...
C'est vrai aussi de l'autre côté. Quelqu'un
pourrait être en Colombie-Britannique, venir faire ici un beau séjour, un
voyage, acheter du «time-sharing», et la loi ne le protège pas.
Donc, est-ce
que vous pensez que, si on a la possibilité de faire des ententes
interprovinciales pour protéger tous les Québécois ici, au Canada, ce
serait peut-être un bon premier pas?
Thibaudeau (Luc Hervé) : Dans un contexte, bien entendu, où le
résultat est un droit harmonisé avec les autres provinces, absolument. Ce que le Barreau, par contre, Mme la ministre,
préconise, c'est qu'en plus de ces mesures qu'on pourrait qualifier de
réparatrices je crois que le gouvernement devrait penser à adopter des mesures
préventives, c'est-à-dire qui visent à
informer les consommateurs de la manière de lire un contrat, de la manière
d'interpréter un contrat et surtout
de la manière de se renseigner auprès des commerçants sur les droits et
obligations qui résultent des contrats qu'ils concluent. Mais les
mesures que vous proposez nous apparaissent absolument appropriées également.
Thériault : Vous avez fait référence à la sollicitation ou à
l'offre de crédit chez les jeunes en campus, mais vous avez invoqué un
article de loi. Vous êtes un légiste, vous connaissez bien votre loi. Il y a
des gens qui nous écoutent qui, eux, ne la
connaissent pas tout à fait. Lorsque vous dites qu'il y a une clientèle
beaucoup plus jeune qui vous apparaît... peut-être, qu'on devrait
protéger, vous parlez de quel type d'établissement scolaire, en fait?
M. Thibaudeau (Luc Hervé) : Bien, je
parle surtout des établissements qui sont visés par les articles 189 et suivants, qui ne sont pas nécessairement des
établissements scolaires à ce sens propre, qu'ils sont des... La loi les
définit comme étant des... Moi, j'appelle ça les écoles de...
Mme Hawi
(Réa) : ...qui permettent de
développer des connaissances ou des facultés intellectuelles, physiques
ou morales d'une personne.
Thibaudeau (Luc Hervé) : J'essaie de ne pas en nommer, Mme la
ministre, O.K.? Mais, si, effectivement, le législateur a cru bon de protéger les consommateurs qui concluent ces
contrats-là, c'est parce qu'ils... et même de leur donner le même droit de dédit et de résiliation
que vous vous proposez de donner aujourd'hui à ceux qui concluent des
contrats de «time-sharing»... la raison pour ça, c'est qu'il s'agit d'une
clientèle vulnérable, et, quand on a affaire, effectivement,
à une clientèle vulnérable, bien, je crois qu'il est approprié de considérer
d'appliquer dans la mesure du possible et d'appliquer le plus largement
possible la loi à cette clientèle-là.
Quand on
considère du même coup que le problème du surendettement au Québec et dans les
autres provinces est un problème
sérieux, sur lequel il faut se pencher rapidement, je pense qu'un plus un font
deux et qu'on devrait conclure en la nécessité d'élargir cet
article
proposé pour effectivement le rendre applicable à plus d'établissements que ce qui est proposé présentement.
Mme Thériault : O.K.
Vous touchez un point qui est intéressant. Je vous dirais que, dans un premier
temps, puisque ma collègue de Marie-Victorin demandait à ce que nous regardions le côté universitaire, le choix qui a été fait ici, c'était
la stratégie des petits pas, sur le principe que, lorsque
les jeunes sont au cégep, ils sont beaucoup plus loin d'une source de revenu potentiel, puisqu'ils ne sont pas encore diplômés, mais qu'ils
entreprennent un parcours. Quand on est à l'université, on a toujours
bien deux, trois années déjà de notre parcours académique au niveau
collégial qui est passé, donc ce qui
les rapproche plus loin. Donc, si on peut retarder le moment d'avoir de la
sollicitation de crédit sur les campus, moi, je pense que c'est déjà
bien.
Je comprends qu'il y a
d'autres maisons d'enseignement que vous pensez que peut-être
on devrait regarder. La difficulté qu'on avait, c'était plus au niveau de la quantité... pas de la quantité, mais du groupe d'âge. À partir du moment où tu as 40 ans, si tu es en train de prendre, exemple, des cours de langue, bien, on comprend que la
sollicitation du crédit peut être peut-être... Ça ne recherche pas le
même objectif qu'on a ici en interdisant la sollicitation des institutions financières ou de tout autre qui veut donner des
cartes de crédit ou faire en sorte que nos jeunes puissent avoir des cartes
de crédit. Par contre, j'entends qu'il y a probablement quelque chose à
regarder du côté des autres types d'école, que j'appellerais privée, entre guillemets, qui touchent d'autres secteurs
qu'un parcours académique collégial et universitaire. Et je me dis que,
si jamais nous avions des travaux à regarder là-dedans, on pourrait certainement
compter sur la collaboration du Barreau.
M. Thibaudeau (Luc Hervé) : Absolument.
Mme Thériault :
Parfait.
M. Thibaudeau
(Luc Hervé) : Absolument.
Mme Thériault : Comprenez que Mme Galarneau a bien entendu
que peut-être que nous devrions nous pencher dans
d'autres secteurs et regarder ce que nous pourrions faire pour mieux protéger
nos consommateurs.
M. Thibaudeau
(Luc Hervé) : Si vous permettez, Mme la ministre, il y a beaucoup de
ces établissements qui visent une
clientèle de nouveaux arrivants. Et je vous entends quand vous me dites
qu'effectivement la question d'âge peut
devenir un critère à considérer. Et je vous suis. Et, justement, plusieurs de
ces établissements-là aussi proposent des enseignements à une clientèle
plutôt jeune.
Mme Thériault :
Je vous entends parfaitement, Me Thibaudeau. Vous savez, moi, je fais
partie
des députés et des ministres qui
considèrent que nous avons une responsabilité de s'acquitter de nos fonctions.
Les miennes, présentement, sont de
bien protéger nos consommateurs. J'ai toujours dit qu'à partir du moment où je
ne sais pas qu'il y a une situation problématique,
très difficile pour moi d'intervenir. Mais, lorsqu'on porte à ma connaissance
qu'il y a un secteur que nous devrions
regarder de plus près pour intervenir et protéger les consommateurs, je veux
que vous soyez assuré que nous allons
regarder de très près et que, s'il y a des choses à faire, bien, dans une
prochaine l