CRC — 22 November 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2017-11-22
Quebec — Committees
Président (M. Matte) :
Alors, j'invite la députée de Joliette à nous faire la lecture de son amendement
et je vous rappelle aussi qu'elle dispose de 20 minutes pour
pouvoir échanger sur son amendement.
Mme Hivon : Oui,
merci, M. le Président. Alors, l'amendement se lit comme suit :
L'article 6.1 introduit par l'article 5 du projet de loi est modifié
par l'ajout, à la fin, de l'alinéa suivant :
«Toutes les
exigences prévues à l'article doivent faire l'objet d'une divulgation dans un
contrat convenu entre la personne physique
et le parent. Le contrat doit aussi faire référence de façon explicite au fait
qu'il s'agit d'un service de garde
non régi et qu'il ne fait l'objet d'aucune inspection ni évaluation de la part
du ministère de la Famille. Le contrat doit être acheminé au bureau
coordonnateur et au ministère.»
Alors, je
pourrai expliciter davantage cette avenue que je trouve très intéressante pour s'assurer que la divulgation va se faire. Donc, ce n'est pas un contrôle direct, mais c'est un
contrôle indirect, en faisant en
sorte qu'on s'assure qu'il va y avoir, donc, communication du
prestataire de services aux parents de toutes les exigences dont on va avoir
convenu explicitement, qui va devoir être signé, et où on dit également que
c'est un service de garde non régi, parce que le ministre nous dit qu'il va faire une vaste campagne d'information, mais
évidemment c'est très difficile de se dire qu'on va rejoindre absolument
tout le monde de cette manière-là. Et donc, de cette façon-là, autant les
prestataires que les parents vont devoir voir ce qui est prévu de ce qui ne
l'est pas, et il y aurait un dépôt au ministère qui serait fait. Donc, en plus, on aurait une connaissance du
nombre, donc, d'enfants dans les services non régis. Donc, c'est ça, le
sens de l'amendement.
Mais peut-être qu'avant d'y venir je voulais
simplement... À la suite de la question que j'ai posée ce matin concernant la
possible consommation de cannabis, j'aimerais simplement pouvoir avoir un
échange avec le ministre. En fait, je pense que, ce matin...
Le Président
(M. Matte) : ...l'échange, c'est toujours sur le temps, là.
Mme Hivon : Bien,
sur le temps de mon amendement.
Le Président (M. Matte) : Oui,
c'est ça.
Mme Hivon :
Oui, c'est ça, parce que c'est lié, là. L'idée de ça, c'est de montrer comment
on pourrait s'assurer d'un meilleur
contrôle, comment les parents pourraient être mieux informés, comment tout le
monde pourrait savoir ce qu'il en est. Et, en même temps, pour ce qui
est de l'ampleur des exigences, bien, je pense que ça, c'est un débat aussi qui
se poursuit.
Donc, je veux
revenir sur la question du cannabis. Ce qu'on a fait ressortir, en fait, ce
matin, c'est qu'autant que c'est déjà
le cas pour le tabac, ça va être la même chose pour le cannabis. Donc, puisque
nous sommes dans des services de garde
en milieu familial non régis, il n'y a aucun moyen de les régir. Donc, ça veut
dire que, contrairement au fait qu'il y
a des règles pour à peu près tous les lieux et toutes les situations pour la
consommation de cannabis, il ne pourrait pas y en avoir pour les
services de garde en milieu familial non régis. Et je pense que, ce matin,
c'est intéressant de noter la deuxième
réponse de la ministre responsable du dossier de l'encadrement du cannabis, qui
nous a dit : C'est une faille, en fait, dans mon projet de loi, et
on est très ouverts à corriger cette faille-là.
Or, on est tous conscients ici qu'elle viendrait
régir le milieu de garde par son projet de loi, si elle veut faire un changement — mais le ministre me dit non, donc il pourra
m'exposer sa vision des choses — et faire en sorte qu'il y aurait donc un premier endroit où les services
de garde, dans notre corpus législatif, en milieu familial non régis
seraient régis. Donc, la question qui vient
avec ça, c'est : Si on le fait pour le cannabis, est-ce qu'on va le faire
pour le tabac? Est-ce qu'on va le faire pour d'autres exigences?
Donc, de
notre point de vue, cela prouve une fois de plus qu'il y a des risques importants
avec la garde non régie, et c'est pour ça, à la lumière de ce nouvel
exemple, qu'on pense que ce serait une bonne idée de se donner un temps de
réflexion. Et nous revenons avec cette demande de suspendre tout simplement cet
article, de poursuivre le reste du projet de loi, pour avoir le temps
d'échanger et de creuser ces éléments-là.
Le Président (M. Matte) :
Merci. M. le ministre.
M. Fortin (Sherbrooke) : Merci
beaucoup, M. le Président. Salutations à vous, à toute l'équipe.
Tout d'abord, je veux juste informer les
parlementaires d'aussi une bonne nouvelle. Vous savez, au cours des dernières semaines, on a conclu une entente de
principe avec les syndiqués de la CSN qui sont dans nos services de
garde éducatifs, dans nos CPE. Alors, comme
gouvernement, nous avons aussi conclu une entente de principe aujourd'hui
avec les syndiqués de la CSQ. Alors, je pense que c'est une bonne nouvelle pour
les enfants, pour les parents, pour nos éducatrices
puis également pour les contribuables parce qu'encore une fois c'est, je pense,
une entente de principe qui est gagnante-gagnante.
Je veux
revenir sur la question de la députée de Joliette et l'échange qu'il y a eu au
salon bleu ce matin entre elle et notre
collègue la ministre déléguée à la Santé publique, qui a clairement annoncé son
intention, et à laquelle je souscris totalement,
d'assujettir la garde non régie aux dispositions de son projet de loi, et elle
peut le faire, et ce n'est pas une question
d'avoir un régime régi et non régi parce que même le mécanisme ensuite qui
s'enclenche, que le milieu soit régi ou
non régi, relève du ministère de la Santé. Alors, le mécanisme de contrôle de
sa loi va également relever du ministère de la Santé, dans ce cas-là,
que ce soit non régi ou régi.
Et évidemment
c'est une question, je pense, qui préoccupe l'ensemble de la population. On l'a
dit, on l'a redit, la volonté de
légaliser le cannabis n'émane pas de ce Parlement, mais du Parlement fédéral,
et maintenant on a des responsabilités pour sa mise en application. On a
des préoccupations, comme gouvernement, et, je pense, c'est des préoccupations qui sont partagées par l'ensemble
de membres de l'Assemblée. Et, en ce sens-là, la ministre, la collègue ministre peut assujettir le milieu non régi à sa
loi et elle a exprimé des intentions aujourd'hui à la période des
questions. Et, pour la suite des choses, je
pense que ce débat-là va se poursuivre lors de l'étude détaillée du projet de
loi de la collègue.
Le Président (M. Matte) : Je
vous remercie. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Je note le changement de réponse du ministre parce que, jusqu'à ce moment-ci, à
chaque fois qu'on lui soulevait un
risque, il nous disait qu'en fait c'était le bon jugement des parents qui
s'appliquait et que c'était tout à fait correct d'avoir du non-régi, avec son argument, sur lequel il revient
constamment, qui est le fait que les parents savent ce qui est bon. Donc, si on poursuivait dans cet
argument-là, aujourd'hui, il aurait pu nous dire : Bien, vous savez, les
parents savent ce qui est bon, donc ils vont être capables de contrôler s'il y
a utilisation du cannabis, ou du tabac, ou tout ça.
La raison pour laquelle je soulève ça, c'est que
c'est évident que le cannabis, on souhaite que ça puisse être contrôlé et que ça n'ait pas lieu, mais il y a
beaucoup d'autres choses qu'on espère qui ne peuvent pas avoir lieu dans
nos services de garde non régis. On veut des
conditions de sécurité optimales. Est-ce qu'on va changer aussi la
Loi sur le
tabac? Parce qu'en ce moment il n'y a aucune
restriction pour l'utilisation du tabac dans des services de garde non régis.
Donc, est-ce qu'on va aussi amender la Loi
sur le tabac? Parce que je pense que c'est très nocif que des enfants puissent
être exposés à des adultes dans un milieu non régi où il y a de la fumée de
tabac.
Alors, ce
qu'on souhaite faire valoir au ministre, c'est : que l'on parle de
cannabis, de tabac ou d'autres risques pour la sécurité, la santé, la
qualité des services, on ne peut pas s'en remettre uniquement au jugement des
parents. Et là je
pense qu'on en a un excellent exemple. Là, on arrive avec la question du
cannabis. Ça frappe encore plus l'imaginaire. Et force est d'admettre que, là, la ministre déléguée à la Santé
publique est en train de se dire : On va faire un amendement.
Alors, combien d'amendements, dans des lois sectorielles, on va faire et
pourquoi ça serait traité différemment de beaucoup
d'autres risques qui sont là pour nos tout-petits et qui, je crois, ne doivent
pas peser uniquement sur les épaules des parents?
Le Président (M. Matte) : Je
vous remercie. M. le ministre.
M. Fortin (Sherbrooke) : Bien,
il n'y a pas de changement de ton dans mes réponses parce que même les amendements qu'on a apportés touchent la sécurité
et l'intégrité physique des enfants. Alors, je pense qu'on est cohérents
là-dedans. Et on a même eu la discussion
avec le député de Gouin, pas plus tard qu'hier, sur les aspects qui touchent
la DPJ. Donc, tout le monde convient qu'il y a une limite, quand même,
lorsqu'on touche à l'intégrité physique des enfants.
Puis je vous rappellerai que, comme gouvernement,
nous avons déposé également un projet de loi qui vise à interdire la consommation de tabac dans les véhicules automobiles avec
des enfants de moins de 16 ans. Alors, ça vise les parents ça aussi, M. le Président. Puis
savez-vous quoi? J'ai voté en faveur et j'ai milité ardemment en faveur de
cette loi-là au sein de mon caucus.
Alors là, on
voit qu'il y a une dimension qui touche directement la sécurité des enfants, et c'est tout à fait cohérent, je pense, avec l'amendement qui a été
déposé par moi-même la semaine dernière, M. le Président.
Le Président (M. Matte) : Je
vous remercie. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Donc,
ça va être des services non régis, sauf pour l'utilisation de cannabis. Donc, est-ce
qu'on va faire un changement similaire? Il
me semble que l'utilisation de tabac n'est pas une bonne idée dans un
milieu... Le ministre nous parle des véhicules. Il me semble qu'à la
journée longue ce n'est pas une bonne idée non plus dans un service de garde non régi. Est-ce que le ministre compte intervenir auprès de sa collègue
pour qu'un amendement soit
fait à la
Loi sur le tabac?
Le Président (M. Matte) : Je
vous remercie. M. le ministre.
M. Fortin (Sherbrooke) :
Absolument, M. le Président.
Le Président (M. Matte) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Je pense qu'on a ici une démonstration que ça ne fonctionne pas, parce qu'alors
qu'on nous plaide depuis des heures,
depuis jeudi dernier que le non-régi doit demeurer non régi, que les parents
savent ce qui est bon pour leurs
enfants, que, s'il y a des méthodes éducatives déraisonnables, ils vont le
constater, que, s'il y a des bris dans la sécurité, ces parents-là vont le constater, là, quand on
arrive puis qu'on met des failles comme la question du cannabis, qui est
très sensible par les temps qui courent, on
nous dit : Oui, c'est vrai que, là, ça n'a pas de bon sens, le jugement
des parents n'est pas, je dirais, suffisant, donc on va faire ces
changements-là.
Donc, ce que
je comprends, c'est que la logique du ministre, c'est de dire qu'à la pièce,
dans des lois, on va toujours continuer à dire, là, qu'on est dans le
non-régi, mais on va venir régir par la bande des choses qui apparaissent plus importantes. Moi, je pourrais vous dire que je
trouve que la sécurité puis les produits toxiques, c'est très important
que ce soit bien rangé puis qu'il y ait un
contrôle là-dessus. Je pourrais dire qu'une formation, je trouve que c'est très
important en petite enfance pour qu'on soit
capables de s'occuper des enfants et qu'il y a des choses qui peuvent être
moins visibles, peu