CRC — 8 March 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2016-03-08
Quebec — Committees
(Quinze
heures quarante-neuf minutes)
Président (M. Picard) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte. Je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder à
l'étude détaillée de projet de loi n° 77,
Loi sur l'immigration au Québec.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Birnbaum (D'Arcy-McGee) sera remplacé par M. Simard
(Dubuc); Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger), par M. Drolet (Jean-Lesage); et Mme
Lavallée (Repentigny), par M. Jolin-Barrette (Borduas).
Président (M. Picard) : Merci. Lors de nos travaux du
23 février dernier, nous étions à l'étude de l'article 1. Sur cet article, Mme la ministre avait déposé un
amendement. Nous avions ensuite suspendu nos travaux afin de permettre au député de Bourget de préparer un
sous-amendement. M. le député, souhaitez-vous nous présenter votre
sous-amendement?
Kotto : M. le Président, je présenterai un amendement. Par la
suite, après discussion, je préfère suspendre... mon sous-amendement,
dis-je, à l'amendement de la ministre.
Président (M. Picard) : Merci. Donc, je reviens à l'amendement
qui avait été proposé par Mme la ministre. Mme la ministre, la parole
est à vous.
Mme Weil :
Je veux retirer l'amendement, M. le Président, et je vais proposer, donc, un
nouvel amendement à l'article 1.
Le Président (M.
Picard) : ...consentement pour retirer l'amendement? Ça va pour
tout le monde?
Le Président (M.
Picard) : Ça va. Mme la ministre, vous voulez déposer un nouvel
amendement?
Mme Weil :
C'est bien ça.
Le Président (M.
Picard) : Allez-y.
Weil : Donc : Remplacer le deuxième alinéa par les
suivants :
«Elle
a également pour but de favoriser, par
un engagement partagé entre la société québécoise et les personnes immigrantes, la pleine participation, en français,
à la vie collective, en toute égalité et dans le respect des valeurs
démocratiques en plus de concourir,
par l'établissement de relations interculturelles harmonieuses, à son
enrichissement culturel.
«Enfin,
cette loi vise à ce que les personnes immigrantes contribuent notamment à la
prospérité du Québec, à la pérennité et à la vitalité du français,
langue commune dont la connaissance est la clé d'une participation réussie, au
dynamisme des régions ainsi qu'à son rayonnement international.»
Donc :
Commentaires. Cet amendement reformule les objets de la loi relatifs à la
pleine participation, en français, de
la personne immigrante à la société québécoise afin d'affirmer l'engagement du
Québec à l'égard du respect du droit à l'égalité
et des valeurs démocratiques, de l'établissement de relations interculturelles
harmonieuses qui contribuent à son enrichissement
culturel, de la contribution de l'immigration au dynamisme des régions, de la
connaissance du français qui est la clé d'une participation réussie.
Le Président (M.
Picard) : Ça va, Mme la ministre?
Mme Weil :
Oui. Oui, excusez-moi, M. le Président.
Le Président (M.
Picard) : Terminé?
Mme Weil :
Oui, c'est tout.
Président (M. Picard) : Commentaires sur l'amendement? M. le
député de Bourget.
Kotto : Oui, M. le Président. J'ai juste une petite réserve sur
le «enfin» au second paragraphe, car je voulais apporter un amendement à
cet article. Parce que, si on spécifie «enfin», on clôt, on ferme la porte.
Donc, c'est juste ma petite réserve.
Mme Weil :
Est-ce qu'on demande le dépôt de l'amendement?
Président (M. Picard) : M. le député, est-ce que vous êtes prêt
à déposer votre amendement ou vous avez besoin de quelques minutes pour
le rédiger?
M. Kotto : Non, il est quasiment rédigé. Je pourrais cependant le
lire, dans la perspective d'un accueil favorable.
Le Président (M.
Picard) : On aurait besoin d'un consentement...
M. Kotto :
...d'un consentement.
Président (M. Picard) : ...pour suspendre l'étude de
l'amendement de la ministre afin de permettre de déposer le
sous-amendement.
M. Kotto :
O.K. Consentement.
Le Président (M.
Picard) : Ça va? Ça va.
Le Président (M.
Picard) : M. le député.
Kotto : Alors :
«La présente loi vise également à favoriser l'action de l'Administration et de la société pour faire
en sorte que la culture québécoise
de tradition française constitue la culture commune et le foyer de convergence
des traditions culturelles des minorités ethniques présentes au Québec et, pour ce faire, qu'elle s'enrichisse
d'apports provenant de ces traditions.»
C'est à
titre
indicatif.
Le Président (M.
Picard) : M. le député, c'est un amendement ou...
M. Kotto :
C'est un amendement.
Le Président (M.
Picard) : O.K. Je vous remercie. J'avais mal compris.
Kotto : C'est la
raison pour laquelle j'avais des réserves relativement au mot «enfin» au
dernier paragraphe du sous-amendement de la ministre, parce que je
voulais amener, à l'article en tant que tel... Enfin, si je dois plaider, je
vais y aller pour rappeler...
Le Président (M.
Picard) : O.K. Ah oui! Il faudrait déposer des copies, M. le
député.
M. Kotto :
Oui, bien sûr.
Le Président (M.
Picard) : Je vais suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à
15 h 54)
Président (M. Picard) : Nous reprenons nos travaux. Je rappelle, pour les gens qui nous
écoutent, que nous sommes toujours
à l'article
L'article 1, Mme
la ministre a déposé un amendement,
nous l'avons suspendu. Maintenant, M. le député de Bourget va présenter
un amendement. Je vous demanderais d'en faire la lecture, merci, M. le député
de Bourget.
M. Kotto :
O.K. Voilà, M. le Président. L'amendement se lit comme suit :
Insérer, à la
fin de l'article 1 — l'amendement aurait évidemment bien fait
l'affaire si c'était le premier article, bref, c'est une autre question :
présente loi vise également à favoriser l'action de l'administration et de la
société pour faire en sorte que la culture québécoise de tradition
française constitue la culture commune et le foyer de convergence des
traditions culturelles des minorités ethniques présentes au Québec et, pour ce
faire, qu'elle s'enrichisse d'apports provenant [de toutes] — pardon — de
ces traditions.»
Le Président (M. Picard) :
Merci. Commentaires?
M. Kotto : Oui, j'ai un
commentaire, M. le Président. Ce qui m'inspire cet amendement, c'est notamment
le témoignage de M. Bouchard et
M. Taylor ici lors des audiences que nous tenions relativement aux
documents de consultation sur la nouvelle politique. Et je vais vous
dire un extrait de l'échange qu'on a eu :
«Maintenant — et je cite M. Bouchard — le rapport majorité-minorité, pourquoi c'est
important, dans cet esprit-là, de le
rendre visible? Je crois que vous y avez fait allusion vous-même.» C'était un
échange avec Mme la ministre. «Une des
choses qui nous a beaucoup frappés, Charles [...] et moi, au moment de la
commission [dite des accommodements], c'est
qu'à un moment donné, au Québec, et c'était le cas au moment où nous avons
exécuté notre mandat, on avait une réalité
assez étonnante d'une majorité qui s'inquiétait de ses minorités. Et une
majorité qui s'inquiète de ses minorités, ce n'est pas bon pour les minorités, ça ne fait pas un bon partenaire pour
les minorités. C'est pour ça qu'on trouve important de rassurer la
majorité, il faut que la majorité soit rassurée.
«Et ça, ce
n'est pas dire du mal de la majorité que de dire ça. On est une minorité
culturelle dans le continent le plus
puissant au monde. Ça fait trois siècles que c'est comme ça, c'est un paramètre
structurel de ce que c'est que d'être Québécois[...], alors c'est normal
qu'il y ait ce coefficient d'inquiétude. Il y a trois ans, il y a un sondage
qui a été fait à Montréal auprès des
francophones, et on leur a demandé ce qu'ils pensaient de l'avenir du
français : il y en a 90 % qui ont dit qu'ils étaient très
inquiets de l'avenir du français. On ne peut pas ne pas tenir compte de ces
choses-là.
«Donc, il faut essayer de rassurer la majorité,
et ensuite vous pourrez penser à la responsabilité, là, de la responsabiliser,
et ce sera beaucoup plus facile. Une majorité qui craint la minorité n'est pas
très bien disposée à être responsable pour respecter les droits et les
aspirations... ou, en tout cas, pour développer une grande sensibilité aux
minorités et aux immigrants.
«Mais, pour ce faire, il faut reconnaître
d'abord qu'il y a une majorité et une minorité, qu'il y a un rapport
majorité-minorité. Puis, encore une fois, ce n'est pas gênant, c'est une
réalité universelle.»
j'ajouterais à ce propos celui de Naïm Kattan, qui est un écrivain québécois et
franco-ontarien, d'origine juive irakienne, né à Bagdad le
26 août 1928, qui disait :
«La culture
québécoise n'est pas un lieu de passage où chacun entonne sa chanson. C'est un
édifice, perpétuellement en
construction, jamais terminé. Pour ajouter ma pierre — dit-il — il importe que j'en explore d'abord les
fondements. Ouvert à tout vent, il n'y a pas assez de bras, d'ici et
d'ailleurs, pour l'élever.»
Voilà, en gros, M. le Président, deux
citations qui m'amènent à proposer cet amendement, qui est une contribution constructive, qui, par extension même, nous
distingue de l'approche de la politique canadienne du multiculturalisme adoptée en 1971 par le gouvernement fédéral et qui,
depuis que cette approche est consacrée, d'une part en 1982, par l'enchâssement
dans la charte canadienne et, par la suite,
par une loi en 1988... Nous ne l'avons pas fait, à la décharge de l'ensemble
de la population du Québec; c'était la responsabilité du politique
de travailler dans ce sens-là. Nous n'avons pas apporté une réponse
structurée, encadrée par la loi, face à cette approche multiculturaliste
décriée à la fois par René Lévesque, par
Robert Bourassa et par, disons... écartée par l'ensemble des gouvernements qui se sont succédé ici, au Québec,
toujours, parce que nous sommes
collectivement motivés par ce souci du vivre-ensemble, par ce souci de la
convergence culturelle dans la
reconnaissance d'un foyer commun qui est celui de la société
d'accueil. Et c'est en référence à ce foyer commun que la diversité peut
être validée. Sinon, c'est beaucoup de résistance, pour ne pas dire de murs
invisibles qui se dressent.
Et c'est un facteur qui joue un rôle,
consciemment ou inconsciemment, chez plusieurs membres dirigeants de plusieurs
secteurs de notre société et qui génère, à l'aune des résultats qu'on a d'une
analyse à l'autre, des rejets, des abandons
d'une frange importante de notre
diversité. Je parle ici du domaine de la santé, la médecine, je parle du
domaine de la culture, je parle du domaine
de l'éducation, et j'en passe. Si nous faisons l'effort de valider notre
réalité en termes de majorité-minorité, ce sera déjà faire un grand pas
vers cette reconnaissance qu'on n'a pas toujours eu le courage de nommer, la
reconnaissance de la diversité. Voilà.
Le Président (M. Picard) :
Merci. D'autres commentaires? Mme la ministre.
Mme Weil :
Oui. Alors, il y a beaucoup de problèmes, parce qu'on est loin des règles de
législation où les objets de la loi
ont pour but d'annoncer la structure et les enjeux du texte normatif. On n'est
pas dans une loi telle une
loi sur le multiculturalisme
ou autre, on est sur une
loi sur l'immigration. Donc, ce que les objets doivent
faire, c'est d'annoncer. Donc, ici,
déjà, vous voyez, dans les paragraphes qu'on a déjà discutés, ça touche
l'accueil, l'intégration, la francisation. C'est ça, le rôle d'un ministre de l'Immigration. Ce n'est pas le rôle
d'un ministre de l'Immigration de faire ce qui est proposé dans l'amendement, pas de tout.
D'ailleurs, il y a même des règles d'acceptation de sous-amendements. Il
faut que ça touche la portée même de l'amendement.
Alors donc, on ne peut pas accepter parce que ça
ne touche pas du