Culture and Education — 20 August 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-08-20
Quebec — Committees
Ces librairies indépendantes ou en milieu
scolaire veulent offrir l'éventail le plus large possible de choix aux
lecteurs. Les grandes surfaces se contentent de tenir les titres les plus
populaires. De par leur volume d'affaires plus important, elles ont la possibilité de négocier
des escomptes plus alléchants que les petites librairies. En captant les
ventes des meilleurs livres… des meilleurs titres, pardon, elles privent les
librairies de ventes cruciales. Pour une librairie indépendante ou en milieu scolaire, ces titres qui sont très populaires
sont le socle, sont la fondation sur laquelle elle peut bâtir sa sécurité financière pour pouvoir offrir
une panoplie plus large et plus diversifiée de titres. On parle d'au
moins 6 000 titres pour une librairie agréée, ce qui peut monter à
20 000, voire 50 000 titres pour certaines librairies.
Pour l'instant,
les librairies en milieu scolaire ont été épargnées par la vague qui a touché
certains secteurs, parce que, on le
voit, certaines librairies indépendantes commencent à mourir à petit feu. C'est
un scénario qui était théorique avant,
qu'on voyait dans d'autres pays, mais qui commence à arriver au Québec aussi.
On le voit d'ailleurs à Québec par la
fermeture de librairies renommées et reconnues. Alors, cette vague-là n'a pas
encore touché les librairies scolaires, mais on sent l'orage venir.
Alors, c'est à
titre préventif qu'on est ici devant vous aujourd'hui.
Alors, nos
propositions sont : premièrement, que la diversité littéraire et
économique soit protégée en créant une politique de réglementation du
prix des nouveautés littéraires. Alors, la proposition est très simple et elle
est partagée par de nombreux acteurs du
milieu du livre : toutes les nouveautés publiées verraient le maximum de
rabais possible à leur accorder limité à 10 % pour les neuf
premiers mois de publication. Après ce délai passé, les détaillants seront libres d'offrir l'escompte qui leur plaira aux
consommateurs. On compte de multiples bénéfices pour une telleréglementation : elle assure la diversité des
détaillants dans le secteur du livre, permet aux librairies de faire
foisonner l'offre littéraire sans la
confiner aux secteurs les plus profitables et éviterait une inflation
insidieuse du prix des livres sur le
long terme, ce qui aurait donc pour bénéfice de protéger le consommateur. On
peut considérer qu'une réglementation du prix des livres crée un
écosystème où chacun, librairie indépendante, en milieu scolaire, chaîne de
librairies, auteurs, éditeurs, distributeurs et grandes surfaces peut évoluer
selon ses moyens.
Notre deuxième proposition est que la
littérature générale et le livre didactique soient assujettis à la nouvelle politique sur le prix réglementé des nouveautés.
On entend par «livre didactique» les livres qui servent à l'enseignement
collégial et universitaire. Alors, la
littérature didactique vise à faire progresser les connaissances, les
techniques. Ce sont les supports avec lesquels nos professeurs
enseignent aux futures générations. Alors, en assujettissant la littérature didactique à la réglementation proposée, les
communautés étudiantes seront protégées d'une hausse indue des prix qui pourrait être causée par une concentration des
ventes entre les mains de quelques grands détaillants. De plus, l'accessibilité
de la littérature didactique est assurée
dans toutes les régions du Québec grâce au vaste réseau de coopératives
scolaires et librairies. Une offre qui serait seulement disponible dans les
grandes surfaces serait invariablement une limite à l'accessibilité des
étudiants en région éloignée.
Actuellement, la
loi sur le livre définit un
livre comme une publication non périodique comptant au moins 48 pages de texte ou d'illustrations, ou les
deux, pages de couverture non comprises, assemblées par quelque procédé
que ce soit. Les avancées technologiques rendent cette définition-là peut-être
un peu caduque, et il serait nécessaire d'élargir le cadre de référence actuel pour y inclure les publications numériques.
Alors, la nouvelle réglementation proposée pourrait ainsi couvrir tous
les supports des titres possibles.
Or, c'est donc ces deux propositions-là que nous
sommes venus vous présenter aujourd'hui. Nous sommes convaincus que ces actions permettraient à l'industrie du livre d'assurer
sa pérennité et aussi assureraient la protection du consommateur en le protégeant d'une hausse des
prix. Alors, les impacts en seront bénéfiques et permettront aux
lecteurs québécois de garder un catalogue
riche et accessible et assurera un large éventail de choix didactique à nos
professeurs.
Et je
terminerais en vous disant ceci : Un livre n'est pas une simple
marchandise, c'est la trace de notre histoire, de notre culture et de
notre identité en tant que nation. Le laisser à la merci d'une logique purement
mercantile menace l'épanouissement culturel
qu'il nous apporte. Et c'est pourquoi, en tant qu'étudiant président de Coopsco
et grand lecteur, je vous demanderais d'agir sur la question. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Vien) :
M. Bouchard, merci beaucoup pour votre présentation. On va commencer maintenant
les échanges avec la
partie ministérielle et M. le ministre.
M. Kotto : Merci, Mme
la Présidente. Messieurs, soyez les
bienvenus. Dans votre proposition, vous limitez à neuf mois la
période pendant laquelle le prix du livre neuf serait fixé par les éditeurs ou
les importateurs. Comment est-ce que vous êtes arrivés à établir cette limite?
Pourquoi pas six mois? Pourquoi pas un an?
Bouchard (Jean-Emmanuel) : C'est
ça, en regardant un peu le cycle de vie d'une nouveauté, on arrive qu'en
moyenne c'est environ cette période-là où la nouveauté est le plus diffusée et
le plus disponible dans les librairies, et donc
c'est un peu une moyenne. Dans certains pays, c'est 12 mois; il y en a que c'est moins. On pense que, pour le Québec, dans la dynamique
commerciale actuelle, neuf mois, c'est un bon équilibre.
M. Kotto : O.K. Et vous souhaitez également
un escompte maximum de 10 %. Je réitère la question : Comment
vous en êtes arrivés à fixer ce seuil?
Bouchard (Jean-Emmanuel) :
Dans notre dynamique Coopsco… Vous savez que les coops en milieuscolaire, lorsqu'on devient membre, on a droit à
une ristourne à l'achat, et donc, lorsqu'on regardait les pratiques, que
ça soit à Baie-Comeau, à Montréal, à Québec, dans l'ensemble du Québec, on
arrivait à peu près à ça, 8 % à 10 %, et donc c'était un rabais qui
respectait nos pratiques actuelles et aussi qui permettait toujours… On essaie,
dans Coopsco, de favoriser l'accessibilité
aux livres, et donc un escompte de ce niveau-là permet aux étudiants d'acheter
des livres avec un rabais et permet évidemment
à la coop qui… bien que, si elle fait des surplus, ils
ne sont pas distribués à des actionnaires, ils sont retournés dans le milieu, mais permet une
pérennité pour les coops en milieu scolaire. Donc, encore une fois, c'était
un escompte qui amène un équilibre, autant pour le client membre chez nous que
les coopératives pour assurer leur pérennité.
M. Kotto : O.K. Et quelle est
la part représentative du numérique par rapport aux ventes totales de livres
dans votre réseau?
Bouchard (Jean-Emmanuel) :
Actuellement, on a un déploiement graduel de nos solutions de commerce électronique. Les coops qui vendent le plus dans
le numérique, on oscille autour du 5 % à 7 % de vente. On prévoit,
pour la prochaine année, jusqu'à 10 % de vente, mais on a des coops qui n'ont
pas encore débuté le commerce électronique, et
tout ça suivra bientôt, mais on en a 25 actuellement. Donc, les chiffres se
situent alentour de 5 % à 7 %. Si on se fie à ce qui se passe
aux États-Unis, dans la librairie scolaire américaine et canadienne,
actuellement, c'est près de 30 %. Ça veut
dire que 30 % des livres didactiques qui sont vendus à des étudiants aux États-Unis... Présentement, c'est 30 %. On croit penser que cette dynamique-là va se transposer au Québec,
et, si on regarde l'augmentation qui double pratiquement, pas à chaque année, mais à chaque session, on
devrait atteindre ces chiffres-là d'ici de trois à cinq ans, donc on
devrait être près de 30 %, si le même modèle américain se transpose au Québec.
M. Kotto : O.K. Bien, je vais revenir sur une distinction
qui me paraît un peu floue. Vous distinguez la littérature générale de
la littérature didactique. Dans les livres didactiques, il y a à la fois des
titres qui sont édités expressément à des
fins pédagogiques et d'autres titres qui, bien que relevant davantage
de la littérature générale, sont parfois utilisés dans le cadre pédagogique. Dans votre chiffre d'affaires
de près de 50 millions de
dollars en livres didactiques, quelle
est la part… enfin, qui est constituée relativement aux titres publiés
expressément à des fins pédagogiques?
M. Bouchard (Jean-Emmanuel) : Dans
le 50 millions?
Bouchard (Jean-Emmanuel) :
Le 50 millions, de mémoire, ce qui est là, c'est le chiffre d'affaires
spécifique de Coopsco en livres didactiques, et on vend environ
10 millions en littérature générale. On a ciblé, dans ça, sur le livre
didactique.
Il faut se
rappeler, pour nous, on fait toujours une distinction de trois catégories de
livres : le manuel scolaire qui est vendu au primaire, secondaire; le livre didactique qui est vendu au
collégial, universitaire; et la littérature générale qui est vendue davantage dans les librairies indépendantes. Mais évidemment, en milieu scolaire, on vend aussi de la littérature générale,
mais ce n'est pas notre principale mission commerciale… C'est d'offrir des
livres, des outils pédagogiques aux étudiants.
M. Kotto : O.K. Est-ce que,
de votre perspective des choses, littérature didactique est de facto un livre
neuf?
M. Gagnon (André) : Bien, il est un
livre neuf. L'enjeu vient sur la question des réimpressions. Un livre de math 101, par exemple, première édition, un an
après, le livre peut être réédité parce que des exercices sont rajoutés,
des graphiques sont mis à jour, du contenu
est mis à jour. Donc, il peut y avoir une deuxième, une troisième, une
quatrième, une cinquième édition. Nous, on pense que la dynamique du livre neuf
devrait s'appliquer à chaque fois qu'il y a une nouvelle édition, et donc, dès qu'on change de contenu du livre, on
souhaite que la loi s'applique aussi pour les rééditions parce que, dans bien des cas, ça change vraiment
le contenu du livre. Des fois, ça en change un peu, mais, des fois, ça
le change vraiment : seulement que le titre, puis il est très modifié.
Donc, on souhaite que la loi s'applique autant pour les premières éditions,
nouvelles parutions, mais aussi pour les rééditions.
La Présidente (Mme Vien) : Ça
fait le tour pour vous, M. le ministre? M. le député de Bonaventure.
M. Roy :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, messieurs, bon matin. Dans votre mémoire,
pour poursuivre dans la veine de mon collègue le ministre de la Culture,
page 6, vous nous dites : «Le deuxième changement qui est venu transformer
l'industrie du livre est celui de la — je n'ai pas mes lunettes, je
m'excuse, là — numérisation.
Le livre se dématérialise et adopte des
supports qui lui étaient inconnus il y a seulement quelques années.» Est-ce que
vous — puis là c'est le sociologue qui parle — considérez
que ça peut avoir un impact positif ou négatif sur la littératie? La venue de
ce nouveau mode de lecture là, quel va être l'impact, à moyen et long terme,
sur la capacité de lecture, l'intérêt de lecture, la capacité à maîtriser...
M. Gagnon
(André) : Nous, on considère
que c'est positif parce que, et on le voit de plus en plus, sur nos
sites Web, on offre évidemment l'achat de
livres papiers, mais on offre également la version numérique. Ce qui nous
surprend, c'est qu'on pensait qu'il y aurait
un effet de cannibalisation du livre papier vers le livre numérique, et on se
rend compte que jusqu'à 30 % des gens qui achètent le livre papier
vont aussi l'acheter en livre numérique. Pourquoi? Parce que ça amène l'effet
de la mobilité. Et donc quelqu'un peut dire : À la maison, à l'école, je
vais lire avec mon livre papier. Lorsque je vais être dans l'autobus, je vais être en transport en
commun... Évidemment, pas dans l'auto… Quelqu'un me dit : Bien, dans l'auto, je lis. J'espère que
tu ne conduis pas. Mais non. Mais donc les gens peuvent lire un peu
partout, et on pense que cette
accessibilité-là, nouvelle, plutôt que toujours traîner une dizaine de livres,
favorise la littératie, favorise la lecture. Et donc on est tout à fait
favorables avec ce changement-là, mais il faut prévoir un cadre réglementaire,
un environnement qui va aussi le favoriser
et faire en sorte qu'on puisse, au Québec, être capables que nos livres
numériques soient diffusés partout, et non pas qu'on soit envahis des livres
numériques qui viennent des États-Unis, par exemple. Donc, il faut aussi avoir les moyens de s'assurer que notre production
éditoriale soit bien... prenne le virage numérique puis qu'on ait le
moyen aussi de la diffuser partout dans le monde.
M. Roy : Donc, on voit
apparaître une complémentarité entre le livre papier puis le numérique.
M. Gagnon (André) : Oui, c'est ça.
Chose qu'on ne s'attendait pas. On pensait qu'il y aurait vraiment un basculement, mais là on voit que les gens se
disent : Bien non, j'aimerais ça pouvoir... Je trouve ça le fun, mon
livre. On voit la même dynamique dans
les notes de cours, les recueils de texte, beaucoup plus présentement dans les
universités où l'étudiant veut la copie
papier, mais il veut aussi le numérique. Et ça, c'est tout à fait... on n'avait
pas prévu ça. Et c'est une bonne
chose, pas du fait que les gens achètent plus, mais qu'ils sont en mesure d'avoir
accès à leur contenu, et ça favorise le développement des habitudes de
lecture, donc tant mieux.
M. Roy : Est-ce que vous êtes
en train de nous dire qu'on s'en va aussi vers le livre audio pour l'auto?
M. Gagnon
(André) : Oui, c'est
possible, tout à fait. Il y a des livres maintenant qui ont du vidéo d'intégré,
et donc il y a de l'audio aussi. Les gens, des fois, ils aiment écouter un
livre. C'est particulier à dire, mais c'est le cas. Il y en a qui ont des
livres maintenant qu'on peut écouter.
Bouchard (Jean-Emmanuel) :
Il pourrait très bien éventuellement y avoir un livre sur techniques
infirmières ou un livre de médecine où il y a le texte, et ensuite il y a une
vidéo qui nous démontre une démarche ou une procédure. L'étudiant peut regarder
la vidéo. On pourrait très bien aller vers ça. Donc ça multiplie les
plateformes, ça multiplie aussi les médias qui peuvent être utilisés pour le
livre seulement.
M. Roy : O.K. Merci beaucoup.
M. Viens (Francis) : Il y a aussi...
La Présidente (Mme Vien) :
Oui, M. Viens, un complément d'information, bien sûr.
M. Viens
(Francis) : Si je peux me
permettre un rajout, il y a tout l'ordre aussi de... l'ordre pédagogique. Au niveau des institutions comme telles,
les professeurs... chaque département se pose beaucoup de questions concernant
le coût aussi. On ne veut pas obliger les
élèves d'avoir des ordinateurs en classe. Le fait d'enseigner dans une classe
avec 20 ordinateurs ouverts et 10 qui n'ont pas d'ordinateurs, ça amène
des complications d'ordre pédagogique. Ça fait qu'il y a tout ce mouvement-là au niveau des études, là... qui est
regardé présentement. Je veux dire, le transfert ne se fait pas
automatique. Vraiment, le papier est encore un outil nécessaire, et le
numérique… d'obliger 30 élèves d'avoir un portable avec eux autres dans
une classe n'a pas encore pris le chemin complètement, là, comme tel.
M. Roy :
Juste un commentaire, s'il vous plaît. Bon. Un collègue me faisait part d'une étude qui
disait que, bon, il y avait une expérience qui a été faite par rapport à
des notes de cours que j'avais avec un papier, crayon, et notes de cours sur ordi, et ce qui apparaissait, c'était
que la capacité à aller fouiller ailleurs, chez les gens qui prenaient des
notes avec un ordi, venait, je dirais,
anesthésier un peu la rétention de l'information. Donc, oui, une plateforme informatique, c'est
intéressant, mais la multiplicité puis le multitâche qu'elle suggère tentent l'individu
vers autre chose et…
M. Gagnon (André) : Ça prend un
encadrement, effectivement.
M. Roy : Il faut beaucoup
plus de discipline.
M. Gagnon (André) : Oui.
M. Roy : Juste en terminant, une anecdote : j'enseignais
en vidéoconférence, et on me disait qu'on avait créé des salles
virtuelles, puis certains étudiants allaient allumer puis fermer les lumières
de manière virtuelle dans la classe. C'était un peu particulier. Donc, on avait
même des cas d'indiscipline. Ça conclut ma… Oui, c'est tout.
La Présidente
(Mme Vien) : Merci, M. le député de Bonaventure, pour ces remarques judicieuses. M. le député de Saint-Hyacinthe, c'est à
votre tour.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : Merci, Mme la Présidente. Je veux saluer M.
le ministre, mes collègues de l'opposition, mon collègue ici, M. Bouchard, M. Gagnon,
M. Viens. Ma question va être assez simple. Vous mentionnez dans votre mémoire, au début, que l'importance du réseau des
coopératives en milieu scolaire... Vous mentionnez les revenus, mettons, relativement stables de 21… 98 millions, 91 millions au cours de cette période. Je veux
juste savoir : Est-ce que vous sentez, chez les nouveaux arrivants
à l'université, au collégial ou ailleurs, un intérêt accru pour la lecture ou pour les livres… on va dire, les
livres, général? Et le livre didactique, est-ce que ça fait
partie de vos
analyses? Est-ce qu'il y a une
recrudescence? Est-ce que les élèves s'intéressent plus… les étudiants s'intéressent
plus à la lecture?
M. Gagnon (André) : Moi, je dirais que oui, mais c'est directement proportionnel à la
disponibilité, c'est-à-dire que plus
on est en mesure d'avoir des librairies qui sont le plus complètes possible,
plus on favorise de développer des habitudes de lecture jeune. Et c'est
un peu le sens de notre mémoire : il faut un réseau de librairies en
santé, autant dans les librairies indépendantes que dans les
librairies en milieu scolaire. Et donc, oui, mais, si les étudiants, un
jour, entrent dans les milieux scolaires, et
il n'y a pas de librairie, et que c'est uniquement, à la
limite, un comptoir qui dure trois
semaines et qui ferme, bien, encore
une fois, on vient de rater une
occasion en or de permettre de, premièrement, la culture québécoise,
puis découvrir tout ce qui peut s'écrire, donc… Mais on ne sent pas une baisse
des habitudes, une baisse d'intérêt, mais il faut
encore nourrir cet intérêt-là puis avoir des librairies qui sont le plus
développées, le plus complètes et le plus en santé possible, et partout
au Québec, là, que ce soit à Baie-Comeau, en Abitibi, à Montréal, à Québec, en
Beauce, il en faut partout, dans toutes les maisons d'enseignement.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : Est-ce qu'il reste du temps, Mme la
Présidente?
La Présidente (Mme
Vien) : Abondamment.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Abondamment. Merci. Dans votre réseau, quelle est la proportion entre
le livre didactique et le livre
général, la littérature générale? Quelle est la proportion d'utilisation, ou de revenus, ou de ventes, là, que vous avez chez vous?
M. Gagnon
(André) : C'est ça, tantôt on disait environ 50 millions de
livres didactiques, 10 millions en littérature générale.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : 10 millions en littérature générale?
M. Bouchard (Jean-Emmanuel) :
Oui, seulement pour le secteur de la librairie.
M. Gagnon
(André) : C'est ça.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : O.K. Merci. C'est tout.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci. M. le ministre, il vous reste à peu près… un peu
moins de trois minutes.
Kotto : O.K. C'est
bon. C'est largement suffisant. Vous avez dressé un portrait des changements
survenus dans l'environnement commercial du livre au cours des dernières
années. Est-ce qu'on peut savoir les impacts qui affectent le plus votre
réseau?
M. Gagnon
(André) : Le principal impact, c'est que — puis peut-être… d'entre
vous, vous avez côtoyé les coops en milieu
scolaire ou… à l'époque, on l'appelait coop étudiante, il y a
de ça peut-être 20 ans — c'était
un marché fermé, c'est-à-dire, les livres qu'on avait, l'accessibilité se faisait uniquement dans un contexte physique,
donc les gens devaient se présenter à
la librairie faire des achats. Quand est arrivée la venue de l'Internet, Amazon ,
Google et tous les magasins en
ligne, notre dynamique a complètement changé. Maintenant, un étudiant qui attend 20 minutes en ligne,
bien, rapidement va prendre son iPhone puis il va se dire :
Bien, ça fait 20 minutes, je suis tanné, je vais le trouver, je vais me
le commander et je vais l'avoir demain. Et
donc, et on le voit dans l'étude Optique Culture, qui est faite par l'Institut de la statistique, les ventes ont baissé de 98 à 91 millions, et je
vous dirais que, principalement, c'est l'effet de la concurrence, mais
qui vient beaucoup… concurrence américaine. Donc, de plus en plus, les
étudiants se tournent vers des sites américains
qui, eux, achètent, vont dans les milieux scolaires à… les fins de session et
vont… ouvrent un kiosque et disent : Qui veut vendre son livre? Je vais vous l'acheter. J'ai un genre de
«Black Book», comme pour une auto, là, puis un livre de chimie qui se
vendait 80 $, bien, je vais vous le racheter à 20 $, je vous donne
20 $. Ils constituent des entrepôts qui sont
parfois tout près des frontières aux États-Unis, montent un site Web et vendent ces livres-là aux étudiants, à
rabais. Bon, tant mieux, parce qu'encore une fois, bon, le livre est moins
cher, mais des fois ce n'est pas la bonne édition, les stocks ne sont pas en quantité suffisante. Et donc on vit
aujourd'hui dans un environnement qui est beaucoup plus concurrentiel.
M. Bouchard
(Jean-Emmanuel) : C'est possible de faire un exemple. La session
dernière, j'avais un cours à l'université.
Le professeur donne la liste des ouvrages à acheter, et, après cinq minutes, il
y a une étudiante qui lève la main au
fond de la classe; elle dit : Bien, il est aussi en vente en numérique,
par exemple chez l'éditeur ou sur Amazon, puis là, tout de suite, je vais sur mon iPad puis je
dis : Il est aussi en vente à la coop — question de prêcher pour maparoisse — il est aussi en vente numériquement à la
coopérative. Donc, le réflexe se fait immédiatement. Donc, la classe n'était même pas terminée que les gens
commençaient déjà à chercher où aller l'acheter, s'il était disponible
numérique ou non. Donc, c'est un réflexe qui se crée de plus en plus.
Gagnon (André) : Et on a la
chance d'avoir cette transformation-là vers le numérique, vers le Web.
Compte tenu du groupe d'âge qui est membre de nos coops, bien, on est les
premiers touchés par ces changements-là.
Présidente (Mme Vien) : Et vous êtes très disciplinés. Merci
beaucoup. On va maintenant aller du côté de l'opposition officielle avec
Mme la députée de Laporte.
Mme Ménard : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
Bonjour, chers collègues, M. Viens, M. Bouchard, M. Gagnon.
Alors, tantôt, M. Bouchard — je
pense, oui, M. Bouchard — vous
avez fait allusion à la fermeture d'une institution
à Québec, qui est la Librairie
générale française. Et ça fait... à deux fois, deux reprises, là, qu'on entend
parler de cette fermeture. Alors, je ne sais pas à quoi vous attribuez la
fermeture, parce que j'ai un
article ici, dans Le Journal de Québec , que je vais vous citer, là.
On donne les raisons de la fermeture qui étaient : Trop forte concurrence
des magasins à grande surface, les
livres numériques et l'âge de monsieur… du propriétaire. Et M. le propriétaire,
je le cite, disait : Je suis forcé de fermer à cause de la
concurrence et ma clientèle âgée qui n'est pas remplacée. Alors, à quoi
attribuez-vous la fermeture, quand vous avez mentionné ça tantôt, là, après ce
que je viens de vous dire?
M. Bouchard (Jean-Emmanuel) : En
fait, c'est un… Comme je vous présentais, ces mutations-là ont une influence quand
même assez générale. Je ne peux pas
donner les raisons spécifiques de la fermeture de la librairie
littérature générale, mais, comme vous venez de l'exprimer, on parle des
grandes surfaces, on parle de la concurrence. Les meilleurs vendeurs d'une librairie, les 10 meilleurs titres, là, qu'on
peut aller chercher, c'est souvent eux qui vont être la fondation financière
de la librairie. Si ces ventes-là sont captées par des grandes surfaces, la
librairie indépendante en milieu scolaire ne
peut pas soutenir tout le catalogue qu'elle veut offrir, parce que peut-être
que le recueil de poésie de quelqu'un
qui se vend peu doit être vendu, mais doit être soutenu aussi par la librairie,
par des ventes qui vont être des livres de cuisine, des livres
populaires, le dernier Harry Potter , donc ce genre de ventes là. Si la
librairie perd ces ventes-là, à ce moment-là, c'est sa rentabilité qui est mise
en compte, qui est mise en… qui a un défi à ce moment-là.
Mme Ménard : Donc, est-ce que
vous pensez que, s'il y avait eu la réglementation du prix du livre, cette
librairie-là n'aurait pas fermé ses portes?
Bouchard (Jean-Emmanuel) :
Ça aurait facilité l'environnement commercial, ça lui aurait peut-être
permis de pouvoir répondre aux différents défis comme la numérisation, comme
les ventes en ligne. Pour ce qui est de l'âge, ça, ça n'aurait peut-être pas
fait de différence, mais, à ce moment-là, on peut trouver de la relève.
Bouchard (Jean-Emmanuel) : C'est
un peu difficile de trouver une relève si l'environnement commercial est
difficile.
Mme Ménard :
Oui, oui. Je veux reprendre les propos de mon collègue de Bonaventure qui
parlait, dans votre mémoire, que vous
affirmez que le livre se dématérialise et adopte des supports qui lui étaient
inconnus il y a quelques années. Nous
savons que ces nouveaux supports ne sont pas pris en compte dans la législation
actuelle. Alors, croyez-vous que nous devrions rouvrir la loi n° 51
afin de faire une mise à niveau? Parce que vous savez que la loi existe depuis 1981. Et aussi le volet numérique n'est pas
inclus. Il y a aussi la réglementation du prix, bien sûr, bon. Alors, est-ce
que vous pensez que nous devrions rouvrir la loi?
M. Gagnon
(André) : Nous, on croit
que, compte tenu de l'urgence d'agir, si on rouvre la loi, on va tomber
dans plein de débats, dans toutes sortes d'éléments.
Peut-être que, oui, la loi pourrait être modernisée, mais on souhaite
vraiment une réglementation spécifique sur le prix réglementé et la
numérisation, qu'on traite de ces questions-là qui sont urgentes, et, ensuite de ça, on aura à considérer s'il est dans l'intérêt
de tout le monde de réouvrir la loi n° 51. Mais de lancer un chantier actuellement sur la loi n° 51,
compte tenu de beaucoup d'enjeux qu'il
y a dans cette loi-là, on a l'impression
qu'on n'adressera pas ces questions-là rapidement, puis, à chaque jour, à
chaque mois, à chaque année, il y a des librairies
qui vont fermer, la dynamique commerciale qui est néfaste actuellement va s'installer. Donc, par souci d'urgence et parce que, on le
voit dans certains pays, ces lois-là tenaient sur deux pages, on est en mesure
d'agir rapidement, circonscrire les débats et aider rapidement une industrie
qui est de plus en plus en difficulté.
Mme Ménard : Vous venez de mentionner : À chaque jour, à
chaque mois, il y aura des fermetures de librairie. Est-ce que
vous connaissez le nombre de librairies qui ont été fermées depuis les 10
dernières années?
M. Gagnon (André) : Non, pas
spécifiquement. Je suis convaincu que l'Association des libraires du Québec
pourra... Je ne veux pas répondre à leur place parce que c'est davantage leur
espace. Mais, non, spécifiquement, on ne le connaît pas.
Mme Ménard : O.K. Vous
mentionnez que la numérisation est le deuxième changement qui est venu transformer l'industrie du livre et qui
est tout de même encore marginal, mais bien présent. Est-ce que
vous croyez que ça viendra affecter également
la fréquentation des librairies et, par
le fait même, un enjeu très important
pour les libraires?
Gagnon (André) : Oui, c'est ça.
Nous, comme je vous dis, on s'inspire beaucoup de ce qui se passe dans la librairie scolaire américaine, si on le ramène
dans notre dynamique, et, on n'a pas le choix, il faut suivre le
consommateur dans l'évolution de ses besoins. Donc, ça va influencer la
fréquentation, mais aussi, des fois, on peut utiliser, entre guillemets, le
fait de permettre à quelqu'un de télécharger un livre numérique en lui
disant : Bien, si jamais tu veux bouquiner davantage, tu peux te présenter
au point de vente.
Donc, il faut, à tous points de vue, autant dans
le Web, dans le numérique, points de vente physiques, suivre le consommateur dans l'évolution de ses besoins.
Mais, effectivement, ça peut avoir un impact sur l'achalandage, là,
peut-être une baisse dans certains cas. Nous, on le voit par exemple dans les
cours à distance, où des fois les gens, après avoir
terminé leur journée de travail, devaient se déplacer, aller au point de vente,
puis aujourd'hui ils sont en mesure de commander
leur livre et le recevoir à la maison, au bureau, et donc c'est avantageux. Ils
ne fréquentent pas le point de vente, mais
on doit avoir un point de vente qui est vivant, qui est dynamique et qui offre
l'ensemble… qui offre une production éditoriale la plus complète
possible.
Mme Ménard :
O.K. Peut-être une dernière question. Vous mentionnez que l'utilisation du Web
vient multiplier les possibilités
commerciales, vous en avez parlé tantôt. Vous mentionnez que cette réalité
offre de larges possibilités pour les
librairies et en même temps représente un défi financier de taille pour les
libraires. Est-ce que je comprends par vos propos qu'à long terme la
réglementation du prix ne vient pas… n'est pas la solution, là?
M. Gagnon (André) : Elle est la
solution, mais elle doit être combinée à d'autres actions. Je peux citer un exemple chez nous. Chaque coop, qui est
juridiquement indépendante mais regroupée, avait le choix de se
développer une infrastructure technologique Web et numérisation pour desservir.
On a décidé de mutualiser et donc de se payer ensemble une infrastructure, tout
comme d'autres réseaux ont fait. Et donc ça touche à deux niveaux : il
faut un encadrement légal qui nous permet de
fonctionner puis il faut poser des gestes et développer des projets qui sont
structurants pour l'ensemble de l'industrie.
Et, on le
voit, avec l'appui de la SODEC, plusieurs initiatives, qu'on parle de l'Entrepôt,
De Marque et autres, c'est toutes
des initiatives qui nous permettent, au Québec, d'avoir des projets
structurants pour s'assurer qu'on soit capables de passer à un autre siècle et de suivre nos consommateurs dans l'évolution
de leurs besoins. Mais il faut tout ça. Ce n'est pas juste la loi qui va
régler, c'est aussi d'autres projets, d'autres appuis aussi, des fois, venant
du gouvernement qui sont déjà en cours. Puis
j'en remercie la SODEC ainsi que le ministère de la Culture. Nous, on a
bénéficié de certaines aides, tout ce qui touche la numérisation, les
entrepôts, et c'est vraiment quelque chose qui nous permet de mieux desservir
les milieux scolaires. Donc, merci.
Bouchard (Jean-Emmanuel) : Et
le défi est encore plus grand… Si les librairies ne sont pas en mesure
de survivre financièrement, le défi de l'investissement, des investissements
massifs qui sont nécessaires pour créer des infrastructures Web va être encore
plus difficile, va être une démarche qui va être encore plus difficile à
entreprendre pour les librairies.
Mme Ménard : Bien, merci
beaucoup, messieurs. Alors, merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Vien) :
Bien, merci à vous. Alors, Mme la députée de Montarville pour un
3 min 15 s.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, tout le monde, bon mardi. Merci, messieurs, de vous être déplacés. Merci pour ce mémoire. Vous m'avez fait
revivre des souvenirs en parlant de manuels didactiques; on en a acheté quelques-uns
à l'université et au cégep.
J'aimerais
que vous m'éclairiez parce qu'on fait une différence ici, puis j'aimerais que vous
me disiez s'il y en a une ou
non, dans la loi actuelle, sur les manuels scolaires, ces manuels scolaires — et
corrigez-moi si je me trompe, s'il vous plaît — qui ne sont jamais vendus à
rabais et à un prix déterminé pour les manuels scolaires. Corrigez-moi si je me
trompe. Et est-ce la même chose pour le manuel didactique?
M. Gagnon
(André) : Bon. Dans la loi n° 51,
la loi du livre, qu'on appelle actuellement, trois catégories de livres : manuel scolaire, primaire, secondaire; didactique collégial, universitaire; littérature générale. La loi n° 51 ne réglemente pas le manuel scolaire, c'est-à-dire qu'elle n'impose
pas… Par exemple, une commission
scolaire n'a pas à acheter le
livre au prix de détail suggéré, contrairement aux deux autres catégories de
livres, et donc c'est vraiment… C'est le libre marché. Le livre
didactique est vendu dans les cégeps et universités, la littérature générale,
impose des escomptes que l'éditeur doit
consentir à la librairie pour s'assurer qu'on puisse avoir une marge de
bénéficiaire suffisante pour être capable d'avoir une librairie la plus
complète possible et aussi donne un marché à ces librairies-là, les librairies
qui sont agréées, pour vendre aux
bibliothèques, aux commissions scolaires, aux institutions publiques aux prix
de détail suggérés. Donc, encore une fois, ça nous permet, lorsqu'on
fait des ventes à des organismes publics, de faire une marge et qu'il n'y ait
pas une dynamique de guerre de prix qui s'installe.
Nous, ce qu'on demande dans notre mémoire, c'est
qu'advenant qu'il y ait une
loi sur le prix réglementé la même dynamique de catégorie de livre soit
assujettie, donc que le manuel scolaire ne le soit pas, que le livre
didactique collégial et universitaire soit assujetti au prix réglementé, et la
littérature générale.
Mme Roy
(Montarville) :
Elle est là, la distinction. Je vous remercie infiniment.
Présidente (Mme Vien) : Merci. Mme la députée de Gouin, oui,
vous prenez la parole.
Mme David :
Oui. Merci. J'attendais que vous me donniez l'autorisation.
La Présidente (Mme
Vien) : Oui, bien sûr. Oui, je vous en prie, pour 2 min 15 s.
La Présidente (Mme
Vien) : 2 min 15 s.
Mme David :
Merci. Bonjour, messieurs. Pour aller plus loin, moi, j'aimerais mieux
comprendre encore, si c'est possible, ce que vous venez de dire. Pourquoi
est-ce que ce serait utile que la loi réglemente certains types de manuels et
pas d'autres?
M. Gagnon (André) : Parce qu'ils répondent à des dynamiques commerciales très différentes.
Par exemple, dans le manuel scolaire
qui est primaire, secondaire, dans bien des cas, c'est une dynamique où les
commissions scolaires, les écoles
vont acheter des livres et vont les prêter aux élèves. Donc, c'est une
dynamique qui est très différente. Ce n'est pas l'élève qui va faire l'achat,
bien que, des fois, on a à acheter certains livres, là, mais les livres sont
prêtés. C'est les écoles, les commissions scolaires qui font les achats. Donc,
c'est une dynamique commerciale qui est très différente.
Lorsqu'on
arrive au collégial et universitaire, ce qui est différent, c'est la catégorie
de livres. C'est un livre… moi, je l'appellerais les livres du savoir,
plutôt que de la littérature générale, j'appelle les livres, des fois, du
plaisir ou de la culture. Et donc, encore
là, là, c'est une même dynamique commerciale, mais dans des catégories de
livres qui sont différentes, qui ont des objectifs différents.
Donc, c'est pourquoi je pense, là… je ne veux pas
répondre pour les gens qui ont sanctionné la loi n° 51, mais c'est
quand même des catégories, des dynamiques commerciales qui sont différentes et
demandent un encadrement législatif différent.
David : Merci. Une dernière question. Dans le fond, si je veux
me faire un peu l'avocate du diable, vous, vous avez tout de même une clientèle un peu captive, c'est-à-dire que
vous êtes implantés en milieu cégep, université, c'est assez normal que
les gens, ils aillent acheter chez vous. Pourquoi est-ce que c'est si
important, à ce moment-là, pour vous de réglementer le prix des nouveautés?
M. Gagnon (André) : C'est que c'était captif. Tantôt je disais : Ça l'est de moins en
moins, parce qu'avant le livre était
disponible uniquement physiquement à la librairie. Et aujourd'hui, dès qu'il y
a une attente, je dis toujours : On a la première chance; si le
livre n'est pas disponible, immédiatement, c'est sur les sites Web. Et donc la
dynamique commerciale a complètement changé,
le Web, les étudiants… Des fois, des coops reçoivent des commandes à deux
heures, trois heures, quatre heures, cinq heures du matin, contrairement…
peut-être que les librairies, ce n'est pas comme ça.
Et donc on n'est plus
dans un marché captif, on est dans un marché qui est complètement éclaté, et
notre clientèle, bien, elle est déjà rendue
sur le Web. C'est sûr que ce n'est pas le même taux d'utilisation en fonction
des groupes d'âge, mais… Notre
clientèle étudiante, qui est 16-25 ans principalement, elle est branchée et,
déjà, elle n'a pas le temps d'attendre
et donc elle achète partout, et malheureusement, dans beaucoup de cas, elle
achète aux États-Unis. Et donc on veut avoir un encadrement législatif
qui va nous permettre de maintenir un réseau de librairies en santé partout au
Québec, continuer à donner le goût de la lecture aux jeunes le plus rapidement
possible.
Présidente (Mme Vien) : Ce sera votre mot de la fin, cher
monsieur. Merci beaucoup à vous trois. Merci. J'invite maintenant le
Réseau Biblio du Québec à prendre place pour... du temps de la petite
suspension.
(Suspension de la séance à
10 h 10)
La Présidente (Mme
Vien) : Alors, nous reprenons nos travaux. Nous avons le
plaisir d'accueillir, ce matin, M. Alain Guimond et Mme Joelle Thivierge,
respectivement président et directrice générale du Réseau Biblio... évidemment,
du Réseau Biblio du Québec. Bienvenue à vous deux. Bienvenue à l'Assemblée
nationale.
Alors, comme toujours,
vous avez 10 minutes pour nous présenter l'essentiel de vos réflexions. Après
quoi s'ensuivent des échanges avec les élus. Ça vous convient?
M. Guimond
(Alain) : Très bien.
La Présidente (Mme
Vien) : On vous écoute.
M. Guimond
(Alain) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. le ministre, messieurs
dames les députés. Le Réseau Biblio du Québec, c'est le regroupement des 11
centres régionaux de service aux bibliothèques publiques du Québec, ce qu'on
appelle les CRSBP.
Les CRSBP, c'est
un peu l'instrument du ministère de la Culture et des Communications du Québec
pour aider les municipalités de moins
de 5 000 habitants à offrir un service de bibliothèque de qualité à
ses citoyens. Les membres des CRSBP
du Québec, qu'on appelle Réseau Biblio, là, pour aller dans… ça compte 763
municipalités pour un total de 787 bibliothèques, puis ça représente une
desserte d'environ 1,7 million de personnes, qui sont, pour la plupart, en
milieu rural. On fait quand même 4 millions de prêts aux gens qu'on
dessert.
Je m'en voudrais de ne pas souligner que la très
grande majorité des services de bibliothèque est assurée par l'implication d'environ 7 800 bénévoles qui
travaillent autour de 400 000 heures annuellement. Puis ça, c'est
seulement lors des heures d'ouverture aux bibliothèques. Ça ne tient pas compte
du temps passé à réparer des documents, nettoyer,
faire du rangement, faire des achats aussi pour la bibliothèque, parce que les
membres du Réseau Biblio du Québec sont
d'assez importants acheteurs de livres sur tout le territoire québécois avec
environ 3,5 millions de dollars qui sont investis annuellement pour
le développement des collections.
Nos membres sont assujettis à la loi n° 51
sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre. Un des effets bénéfiques de cette loi, c'est
probablement les liens étroits que les bénévoles ont tissés avec les libraires de leur région, parce que les
bibliothèques des régions ont besoin des services professionnels personnalisés
puis des conseils précieux que les libraires donnent aux responsables puis aux
bénévoles de nos bibliothèques rurales pour le développement de leurs collections. On se demande souvent... en fait, à
quel saint pourraient se vouer les bénévoles des bibliothèques s'ils n'avaient
pas leur libraire.
Mais c'est
vrai que les choses changent, les choses progressent, puis la bibliothèque
rurale, elle ne fait pas exception à ça. Elle est passée de l'armoire à
livres à des petits centres culturels où il y a de l'animation, il y a des expositions,
il y a de la formation, il y a du
divertissement. Il y en a autant aujourd'hui pour les tout-petits que pour les
grands-parents. Mais, au final, la
bibliothèque demeure ce lieu privilégié où on a accès à une grande diversité d'ouvrages
sur un monde de sujets. C'est là, à la bibliothèque, où on trouve des
livres puis peu importe le format.
Pour y arriver, il faut conserver cette
diversité qui est à la base des collections locales, puis le libraire est le professionnel qui nous permet de faire les
meilleurs choix puis des choix adaptés à la clientèle desservie par la
bibliothèque Untel puis des abonnés d'une autre. Probablement que les aventures
de l'Homme Panache ont plus de succès à la bibliothèque
de Lebel-sur-Quévillon qu'ils vont en avoir à Nicolet. Mais encore, il faut savoir que l'ouvrage est
disponible puis qu'il nous a été recommandé.
D'ailleurs, on s'inquiète, le Réseau Biblio du Québec, de la diffusion, de la
visibilité puis de la disponibilité des œuvres des auteurs régionaux et locaux.
Nos bibliothèques sont fières de contribuer au
rayonnement des auteurs de la région, puis les petits libraires, généralement, le sont aussi. Un petit exemple : je suis moi-même bénévole à ma
bibliothèque depuis 12 ans puis, il y
a plusieurs années, quand je suis allé
visiter ma libraire, elle me montre un tout nouveau roman qui s'appelle — on
va prendre un cas particulier — Les héritiers de la mine .
Les héritiers de la mine , vous comprendrez, moi, je suis président, d'abord et avant tout, du Réseau Biblio de l'Abitibi-Témiscamingue‑Nord-du-Québec. Donc, ça doit parler de l'Abitibi-Témiscamingue,
Les héritiers de la mine . Elle dit : Oui. Elle dit : C'est une
femme du coin de Rouyn qui a écrit ça, puis
elle dit : C'est pas mal bon. Le nom de l'auteure, à ce moment-là, ça ne me dit rien, mais j'achète sa recommandation, je ramène le livre à la bibliothèque, il y a d'autres
bénévoles qui partent avec, puis, après un mois, il est toujours emprunté, toujours sorti, tellement
que j'en achète un autre. Quelques années plus tard, le même auteur commet un autre
roman, qui s'appelle Jeanne sur les
routes . Je n'ai même pas regardé de quoi ça parle puis je l'ai acheté. Je
savais que l'auteure… ça avait sorti, ça avait été emprunté à la
bibliothèque. Puis il y a des abonnés de la bibliothèque qui n'ont même pas
emprunté à la bibliothèque, ils ont acheté le deuxième livre parce qu'ils
avaient lu le premier, ils l'avaient apprécié.
Bien, le dernier roman de cette auteure-là, qui
réside dans le coin de Rouyn, s'intitule Il pleuvait des oiseaux . L'auteure
se nomme Jocelyne Saucier. Son roman remporte plusieurs prix prestigieux à
travers le monde, dont celui des cinq
continents de la Francophonie puis le prix France-Québec en 2012. Non seulement
elle fait rayonner l'Abitibi-Témiscamingue, mais maintenant le Québec à
travers le monde. Puis je dois vous dire qu'à un moment donné, quand j'ai vu la couverture de Il pleuvait des
oiseaux dans la vitrine d'une grande chaîne avec un bel autocollant «Coup
de cœur» dessus, bien, c'est venu faire vibrer ma petite fibre de
fierté, puis je me suis dit : Il y a peut-être un petit peu de nous autres là-dedans. Il y a peut-être un petit peu de
la bibliothèque locale, il y a peut-être un petit peu du libraire
régional qui a fait connaître cette auteure-là puis qui l'a diffusé. Puis
aujourd'hui on trouve les ouvrages de Jocelyne, d'Abitibi… On la retrouve sur Amazon ,
sur Chapters Indigo, Archambault, Renaud-Bray, tout le monde.
Enfin, il y a
aussi la loi n o 51, qui a joué un rôle important dans le maintien
des librairies un peu partout sur le territoire
du Québec, puis on pense que toute la population en profite. Mais il semble que
cette mesure n'est plus suffisante maintenant pour la survie des
librairies indépendantes, qui, elles aussi, bien, elles doivent s'adapter,
elles doivent se diversifier. Mais le rôle,
il est primordial pour assurer l'accès à une certaine diversité dans les
bibliothèques autant que pour le consommateur. Naturellement, je parle
des gens des régions particulièrement.
Donc, il y a
d'autres mesures qui semblent être nécessaires, dont celle du prix réglementé.
Puis, à cet effet, on pense que la proposition du neuf mois avant de
permettre au détaillant d'abaisser le prix, ça nous paraît raisonnable. On n'est pas des experts en la matière, dit
immédiatement. Pour les réseaux
Biblio régionaux, puisqu'on est assujettis à la loi n o 51, on doit déjà se procurer nos livres dans des
librairies agréées et au prix déterminé par l'éditeur et la librairie.
Donc, l'harmonisation du prix des livres n'aurait aucune incidence négative, en
tout cas pour nos pratiques d'achats. Toutefois, la fermeture de librairies,
ça, bien, ça, ça pourrait nous causer des sérieuses difficultés dans l'application
de la loi. À
titre d'exemple, dans la région de la Côte-Nord, il en reste
trois, librairies agréées, puis la loi exige que les institutions fassent l'acquisition de livres dans au moins
trois librairies agréées dans la région administrative où se trouve la bibliothèque. Donc, s'il devait
fermer une seule de ces librairies, bien, le CRSBP de la Côte-Nord ne pourrait
plus se conformer à la loi telle qu'elle est.
Chez nous, au
Témiscamingue, la librairie agréée est située dans le chef-lieu, qui est
Ville-Marie, le plus beau village du
Québec. Mais Ville-Marie se trouve à 140 kilomètres du magasin à grande surface
le plus proche puis aussi de l'autre librairie agréée la plus proche.
Dans le Témiscamingue, qui est un territoire de 20 000 kilomètres carrés,
il y a plusieurs bibliothèques. Il y en a une vingtaine, là, qui font
partie du
réseau, dont la plus loin est à 85 kilomètres de Ville-Marie. Donc, si la
librairie de Ville-Marie devait fermer, bien, elle devra faire 200 kilomètres
pour se rendre à Rouyn-Noranda. Puis ça, c'est autant pour la bibliothèque que
pour le consommateur.
Pour le point de vue du
consommateur, de toute façon, l'influence du prix réglementé sur sa
consommation culturelle, je pense que vous allez rencontrer des gens qui sont
bien plus compétents ici pour vous apporter un éclairage sur ce sujet-là. Je vous apporte encore le point de vue de la
bibliothèque. D'un autre côté, nous, on va toujours s'efforcer à offrir
aux Québécois des régions un accès à une meilleure diversité culturelle
possible où qu'ils soient sur le territoire.
dit parfois qu'une chaîne est aussi solide que son maillon le plus faible, puis
on pense que le libraireprofessionnel
est un élément essentiel de cette chaîne. On est d'avis qu'il est important que
l'ensemble de la population ait accès à une grande variété de livres. On
pense que les bibliothèques, naturellement, sont le lieu par excellence pour
offrir cette bibliodiversité et qu'elles ont besoin des libraires et des
services professionnels qui sont attachés aux libraires.
Donc, nous sommes aussi d'avis que le consommateur québécois y trouve son
compte. C'est donc sans réserve que
le Réseau Biblio du Québec appuierait l'adoption d'une loi qui permettrait l'application
d'un prix réglementé pour le livre neuf imprimé ou numérique au Québec.
Merci.
La Présidente (Mme Vien) :
Vous êtes très discipliné, M. Guimond. Alors, vous venez d'ouvrir ainsi la période d'échange avec les parlementaires. Mme
Thivierge, vous vous joignez aussi au groupe sans souci. Alors, M. le
ministre, c'est à vous, la parole.
M. Kotto :
Merci, Mme la Présidente. M. Guimond, Mme Thivierge, soyez les bienvenus. Je
vais m'attarder un tout petit peu sur
l'exemple que vous donnez sur la Côte-Nord. Vous dites dans le mémoire :
«La fermeture de librairies pourrait influencer l'application de la loi
n° 51.» À
titre d'exemple, donc, vous donnez cet exemple de la Côte-Nord,
«seules trois librairies sont agréées. Pour les institutions, la loi n° 51
exige l'acquisition de livres dans au moins trois librairies agréées de la
région administrative où se situe la bibliothèque. Cette application
deviendrait difficile, voire impossible, dans cette grande région étendue si
une de ces librairies devait fermer ses portes.» À votre connaissance, est-ce
qu'il y a un risque qu'à court terme on ait des cas de figure illustrant ceci?
M. Guimond
(Alain) : En fait, oui, M.
le ministre, même que, dans le cas de la Côte-Nord, je crois que c'est
déjà fait. Ils sont maintenant rendus à deux. Alors, déjà, c'est sûr qu'en achetant
à deux librairies agréées… Je vous ai dit trois, mais, en fait, on m'a soufflé…
Elles sont trois?
Une voix : …je m'excuse.
M. Guimond (Alain) : Pardon.
Mme Thivierge (Joelle) : Je parlais
des grandes surfaces.
M. Guimond (Alain) : Ah! Les grandes
surfaces.
Mme Thivierge (Joelle) : Il y a deux
grandes surfaces dans cette région.
M. Guimond
(Alain) : Donc, il y a trois
librairies agréées, donc, puis deux grandes surfaces. C'est moi qui ai
mal compris à ce niveau-là. Mais, écoutez,
je ne connais pas l'état financier ou la précarité des trois librairies
agréées, mais, s'ils devaient en fermer une, effectivement, on pourrait
se retrouver rapidement à devoir jongler, là, avec la possibilité…
M. Kotto :
O.K. Alors, je reviens aux questions pratico-pratiques. Vous suggérez une
période d'application pour le prix
réglementé de neuf mois. Qu'est-ce qui justifierait le choix, ce choix de neuf
mois? Pourquoi pas six ou 12 comme en France, on disait tout à l'heure?
M. Guimond (Alain) : Oui. Puis vous
avez tout à fait raison, puis on le dit d'emblée, qu'on n'est pas des experts en la matière. Mais, après consultation
avec les bibliothèques publiques puis avec certains organismes, il
semble que le neuf mois fasse consensus là-dedans.
Je ne sais pas si tu veux rajouter quelque
chose?
Mme Thivierge
(Joelle) : Oui. Bien, je pourrais dire, étant directrice générale dans
un Réseau Biblio, celui de l'Estrie, on voit
les titres les plus populaires être en demande, c'est à peu près la période
moyenne où ils sont le plus en demande. On a un service de prêt entre
bibliothèques, naturellement, pour prêter les livres entre les différentes bibliothèques, ça fait qu'on
est en mesure vraiment de voir quels sont les titres les plus populaires, les
plus demandés par les usagers. Et cette période de neuf mois va vraiment
couvrir, là, la popularité des best-sellers.
Kotto : O.K. J'ai mal entendu. C'est quoi, l'élément de
référence auquel… enfin, dont vous parlez pour définir le neuf mois
précisément? Excusez-moi.
Mme Thivierge
(Joelle) : C'est la popularité de la demande du livre en bibliothèque.
M. Kotto :
O.K. En bibliothèque, donc.
Mme Thivierge (Joelle) : En bibliothèque. Donc, la période où il est le plus
populaire, qu'il est le plus demandé par les usagers. Donc, il y a des
réservations en attente, etc., donc…
M. Kotto :
O.K. Donc, ceci sous-entend que vous avez un suivi là-dessus, ce sont des
éléments documentés auxquels on peut avoir accès.
Mme Thivierge (Joelle) : Oui. Tout à fait, on a… Tout est informatisé,
toutes les demandes sont informatisées. Ça, on a des statistiques,
effectivement.
M. Kotto :
O.K. D'accord. Donc, si jamais la commission a besoin de ces références
physiques…
Mme Thivierge
(Joelle) : …fera plaisir.
Kotto : O.K., parfait. Vous soulevez l'idée qu'il est important
de protéger les investissements publics qui ont été faits jusqu'à
maintenant dans le domaine du livre. Est-ce que vous pourriez préciser votre
pensée en nous indiquant également comment le prix réglementé du livre sur… le
livre neuf, pardon, pour une période de neuf mois pourrait contribuer à
protéger ces investissements-là?
Mme Thivierge
(Joelle) : Il y a beaucoup d'investissements au niveau public dans le
monde du livre et des bibliothèques. On le
sait bien, hein, que ça part de l'association des auteurs à aller jusqu'aux
bibliothèques publiques. Donc, ça
fait quand même plusieurs, plusieurs, plusieurs années que le gouvernement
investit dans ce milieu-là. La loi n° 51 en est l'exemple le plus populaire, le plus connu. Naturellement, ces
investissements-là ont permis à travers les années de sauvegarder le
livre au Québec, de sauvegarder cette chaîne du livre si importante.
Donc, comme on
mentionnait, les libraires aussi font
partie de la chaîne, et notre crainte, c'est
que, si ces libraires-là ne sont plus
présents, cela s'effrite. Cette chaîne si forte qui a permis… C'est
extraordinaire, au Québec, qu'on ait autant de publications québécoises,
qu'il y ait autant d'auteurs, qu'il y ait autant de bibliothèques. Sur tout le territoire, comme vous le savez, on dessert des
petits milieux. Chez nous, on a une municipalité de 111 habitants qui a
sa bibliothèque. Pourquoi elle est là? Parce que les réseaux Biblio existent,
parce que le ministère investit dans les réseaux
Biblio, etc. Donc, c'est tous, globalement, ces investissements qu'on ne
voudrait pas voir se fragiliser, parce que, depuis des années, ils ont
aidé à maintenir ce réseau si fort et si exemplaire dans le milieu littéraire.
Je pense que le Québec, on est vraiment… on
sort vraiment notre épingle du jeu au niveau de l'édition, de la création, de
la diffusion. J'y crois beaucoup.
M. Kotto :
Merci, Mme la Présidente. Je laisse la parole à mes collègues.
La Présidente (Mme
Vien) : Bien sûr. Alors, M. le député de Bonaventure.
Roy : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Guimond, Mme
Thivierge. J'ai une question d'ordre général. Comment se porte la
lecture au Québec?
Mme Thivierge (Joelle) : Elle se porte bien. Vous savez, la lecture…
Encore une fois, je peux vous dire que, statistiquement, au niveau des
bibliothèques, il n'y a pas de baisse dramatique au niveau — je vous
parle de mon domaine, naturellement — de la lecture. Les habitudes vont changer,
on l'a mentionné à quelques reprises. Oui, il y a la lecture sur imprimé. Oui, il y a la lecture
numérique. Vous l'avez mentionné tantôt, il y a la lecture audio. Le livre
parlé, vous savez qu'il est très populaire.
Il a commencé, naturellement, pour des besoins spécifiques, pour des gens avec
des problèmes au niveau de la vision, mais il est devenu très populaire. Je
suis la première à utiliser le livre en voiture. C'est extraordinaire, j'écoute
les livres que je n'ai pas le temps de lire.
Donc, elle se porte
bien. Et elle se porte bien aussi… Les bibliothèques publiques vont énormément
investir en animation. Donc, le livre, on va
le servir à toutes les sauces. La lecture, on va l'utiliser à toutes les
sauces. On a plein de programmes pour
les tout-petits, on sait que ça commence là. On les perd un petit peu à l'adolescence,
on les retrouve un peu plus tard. Donc, dans mon sens à moi — et
les statistiques me le démontrent aussi dans mon réseau et dans les autres
réseaux — ça
va bien, ça va bien.
M. Guimond
(Alain) : J'ajouterais peut-être, à ce niveau-là, que, malgré… étant
donné qu'on parle de régions puis qu'on sait
très bien que, souvent, en région, là, les populations sont vieillissantes, il
y a une clientèle naturelle des bibliothèques qui s'effrite. Puis, malgré
tout, les statistiques sont quand même… se maintiennent, malgré, des
fois, là, des départs, des migrations de
population qui déserte des petits villages. La bibliothèque demeure… Quand le
village ferme, la bibliothèque, souvent, est encore ouverte. On la ferme
en dernier, avec le dernier train, là.
M. Roy :
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Vien) : M. le député de Saint-Hyacinthe.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci, Mme la Présidente. Alors,
bonjour, madame, monsieur. Ma question va être assez simple, là. Vous parliez… J'ai accroché sur ce que vous venez
de dire. Vous dites : O.K., les jeunes, là, on les a. On perd
peut-être… l'adolescence, et tout ça. Mais il m'est venu à l'idée… Comment vous
pourriez faire, dans la bibliothèque, pour
que les jeunes adolescents puissent s'accrocher et avoir une référence,
autrement dit, être… aller à la bibliothèque, mais par le Web, et non
pas par les moyens naturels?
Alors, moi, ma
question, c'est bien simple, c'est : Avec ces nouveaux moyens
technologiques, est-ce que les bibliothèques publiques du Québec auraient
besoin… ou quels moyens elles ont actuellement pour répondre à cette demande-là, et qu'est-ce qu'elles auraient de
besoin dans le futur pour pouvoir accéder à ces besoins-là, qui sont
quand même… On parle de la génération des ados, c'est la génération qui vient au
monde avec la techno. Alors, je pense qu'il
faut être en mesure de s'adapter à
cette réalité-là. Et, vous qui vivez dans ce milieu-là, j'aimerais ça connaître
vos appréhensions puis, en même temps, vos outils ou les moyens qui pourraient
être développés.
Mme Thivierge (Joelle) : Il y a en beaucoup,
il y en a beaucoup. Je vais vous dire
qu'une des grosses forces des bibliothèques
publiques, pourquoi elles sont encore là, c'est que justement
elles réussissent à s'adapter, elles réussissent à répondre aux différents besoins de leur milieu, parce que
c'est sûr que ce ne sont pas toutes les bibliothèques qui vont offrir l'ensemble des services sur l'ensemble du territoire.
Il peut y avoir une modulation selon les milieux, selon les moyens qu'ils
s'étaient… Bon.
Donc,
pour répondre à l'une de vos questions : Oui, on s'adapte à cette clientèle-là, il y a
des endroits qui ont fait vraiment des choses extraordinaires pour s'adapter. S'il
le faut, il faut… on rentre le jeu dans les bibliothèques. Eh oui, il y a des
endroits où il y a des… pas des joujouthèques, le jeu… naturellement j'entends du jeu électronique. C'est une façon d'amener les adolescents à la bibliothèque. Il y a
des compétitions, des tournois, et, woups, on les entraîne
tranquillement vers autre chose, d'autres produits et services de la
bibliothèque, bien sûr directement avec les classes. On travaille directement avec les écoles. On a des programmes qui vont emmener des classes au
complet d'élèves à la bibliothèque pour les adapter.
va beaucoup exploiter le Web. Comme vous le savez, le livre
numérique a fait son entrée aussi au
niveau des bibliothèques publiques, donc les abonnés… et ça, c'était une
demande des abonnés, une demande des plus jeunes, d'emprunter du livre numérique, donc de ne pas nécessairement faire l'achat du fichier, mais de pouvoir l'emprunter au même
titre qu'un livre papier, de le lire sur sa tablette, sur son… bon, peu
importe, et ensuite le fichier devient… redevient disponible pour un autre
emprunteur. C'est des prêts au même
titre que le papier.
Donc,
oui, les bibliothèques s'adaptent à tous ces changements-là pour aller
répondre à cette clientèle-là. Le livre numérique n'est pas seulement
pour la clientèle adolescente, bien entendu, mais c'est une autre façon. Donc,
oui, on s'adapte, il y a plein de produits et de services dans les
bibliothèques pour cette clientèle.
M. Guimond (Alain) : Puis, au-delà du livre numérique, quand on parle d'outils, aujourd'hui
notre bibliothèque rurale est accessible 24 heures sur 24. Je veux dire,
moi, avec ça, j'emprunte… je commande et j'emprunte des livres aujourd'hui, dans ma bibliothèque, à Lorrainville,
donc l'accessibilité. Puis les jeunes, qui sont beaucoup plus enclins à utiliser les outils comme ceux-là, à ce moment-là,
c'est une façon aussi de rendre la bibliothèque accessible aux jeunes.
Mme Thivierge (Joelle) : Oui, tout à fait, la rendre accessible. Et j'ajouterais…
Je mentionnais à M. le ministre un peu
plus tôt qu'on a des logiciels spécialisés pour le prêt entre bibliothèques,
parce qu'on sait bien que, dans une toute
petite municipalité, ce n'est pas la collection de la Bibliothèque nationale
qui est là. Mais la bibliothèque virtuelle, l'usager veut un
titre à un
moment précis, on utilise le prêt entre bibliothèques, tout ça, c'est
informatisé, on peut faire venir le livre de la Gaspésie pour
Saint-Venant-de-Paquette, peu importe. Bien, on a encore énormément de demandes
de nos jeunes. Dans les catégories de livres
demandés, il y a des jeunes qui prennent la peine de faire des demandes — nous,
on les appelle les demandes spéciales — spéciales pour des titres précis. Il y a
encore un intérêt. Et je suis la première surprise quand je regarde nos
statistiques, mais ça fait plaisir.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : O.K. Merci. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Vien) : Nous avons 12 minutes, il vous reste quatre minutes à
peu près.
Kotto : Merci. Vous ne vous attardez pas, dans votre mémoire,
aux enjeux particuliers du livre numérique, mais vous demandez que le
prix réglementé s'y applique de la même manière que pour le livre physique.
Pourquoi?
Mme Thivierge
(Joelle) : Pour la même raison. Pour la même raison, de dire… Parce
que vous savez que les bibliothèques ne sont pas tenues par la loi… les
bibliothèques, étant un acheteur institutionnel, ne sont pas tenues par la loi n° 51 à
acheter le livre numérique dans les librairies agréées, tel que c'est le cas
pour le papier, mais nous le faisons.
Les réseaux de bibliothèques publiques se sont entendus, nous allons respecter
l'esprit de la loi, nonobstant que le livre
numérique n'est pas couvert, pour la même raison : aider nos librairies.
Donc, nous achetons par l'entremise de nos librairies nos livres
numériques. On pourrait aller à l'extérieur, ce serait… vous le savez comme
moi, hein, on clique un petit peu sur le
clavier puis on pourrait acheter à l'extérieur. Non. Toujours dans un esprit d'entraide,
dans un esprit de mise en commun, partage des ressources, on veut se
garder un réseau de librairies fort partout. Nous allons acquérir le livre
numérique au même
titre que le papier, donc le prix réglementé s'appliquerait
aussi au numérique.
Kotto : Pour notre gouverne, à votre connaissance, est-ce que
le livre numérique permet d'assurer la visibilité des auteurs, enfin des
écrivaines et écrivains locaux et régionaux?
Mme Thivierge (Joelle) : Encore faut-il que l'écrivain soit disponible en
numérique. Nous, on veut bien acquérir ces
documents-là, mais, bien sûr, c'est l'éditeur qui
va déterminer si le fichier en
question est disponible en numérique. Est-ce suffisant? Il faut des
campagnes, il faut les faire connaître, il faut les publiciser au même
titre
que le papier.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Laporte.
Ménard : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour. Bienvenue.
Tantôt, mon collègue de Bonaventure vous
a posé une excellente question concernant le taux des lecteurs. Vous avez
répondu : En fait, la lecture se porte bien au Québec. Quand vous
dites ça, est-ce que vous avez constaté une augmentation?
Mme Thivierge (Joelle) : Non. On n'a pas constaté de diminution, ce qui
est déjà bien. Et, bien entendu, je parlais ici d'un point de vue de
statistiques de bibliothèques dans notre réseau, le Réseau Biblio du Québec, si
on regardait les statistiques sur plusieurs années.
Ménard : Parce qu'il y avait eu un
article l'année dernière
dans La Presse qui disait que les Canadiens ne sont pas de
gros lecteurs.
Mme Thivierge
(Joelle) : Peut-être les Québécois, oui.
Mme Ménard :
Non, non, non, attendez. Attendez que je finisse, attendez que je finisse. Et,
à l'intérieur du Canada, c'est au Québec que
les habitudes de lecture sont au dernier rang. Alors, on a beaucoup de travail
à faire. Et, quand on parlait d'ouvrages littéraires, on disait que
48 % des lecteurs canadiens touchaient des œuvres littéraires puis, au
Québec, 37 %.
Mme Thivierge
(Joelle) : Oui. Vous avez tout à fait raison. Et ces statistiques-là
sont aussi vraies si nous comparons les indicateurs de performance des
bibliothèques québécoises versus les bibliothèques canadiennes. C'est vrai. On a encore du chemin à faire. Mais
présentement, au Québec, si on se compare entre nous, là, il y a un
maintien présentement.
Mme Ménard :
Parce que vous allez me permettre de vous dire que je me pose de grandes
questions quant à l'attrait des auteurs et
de l'industrie dans son entièreté quand, en 2012, le livre le plus vendu au
Québec, c'est : La mijoteuse : de la lasagne à la crème
brûlée , suivi du Guide de l'auto . Et, bien qu'il y ait de très
bonnes recettes là-dedans, là…
Mme Thivierge (Joelle) : Oui, je l'ai consulté d'ailleurs. Mais, vous savez,
nous, dans les bibliothèques publiques, on ne portera pas de — excusez-moi
l'expression — jugement…
M. Guimond
(Alain) : De jugement.
Mme Thivierge (Joelle) : …sur ce que nos gens lisent. S'il y a un besoin
pour la… d'avoir deux exemplaires de La mijoteuse , on va l'acquérir.
Ça demeure, pour nous, de répondre aux besoins de notre lectorat. Mais
vraiment, en contrepartie, là encore, vous
savez, on répond beaucoup aux demandes spéciales de nos abonnés. Donc, quelqu'un
arrive, il y a un
titre en particulier que nous n'avons pas, soit on va l'emprunter
ou, si on trouve que c'est intéressant pour notre collection, on va l'acquérir.
Donc, l'abonné va aussi être
partie prenante du développement de sa collection.
Mais encore faut-il le trouver, ce livre, et
c'est là que nos libraires vont venir nous aider — il y a
des librairies spécialisées jeunesse — c'est là que nos libraires
vont venir nous aider à trouver. Des fois, c'est un
titre précis, des fois, c'est
un sujet. Et, si c'est La mijoteuse , on va lui prêter La mijoteuse .
M. Guimond
(Alain) : Et vous avez raison, Le Guide de l'auto est très,
très populaire, puis ça, c'est partout.
Mme Thivierge
(Joelle) : Puis ça amène nos hommes à lire.
Mme Ménard :
Oui. Et, en 2011, c'était la même chose, c'était un livre de recettes, numéro
un, et Le Guide de l'auto , alors…
J'ai posé la même question à l'association des
bibliothèques du Québec : Parce que vous avez parlé de petites
municipalités, hein? Alors, quel est le profil de la clientèle aujourd'hui de
vos bibliothèques?
M. Guimond (Alain) : Au niveau…
Peut-être que Joelle pourrait répondre pour l'Estrie, mais c'est sûr que l'utilisateur…
Il y a beaucoup de jeunes familles…
Mme Thivierge (Joelle) : Des familles.
M. Guimond (Alain) : …qui utilisent
la bibliothèque, on parle des parents avec les jeunes enfants qui s'en viennent là. Puis ça, ça nous fait bien plaisir,
puis je pense que c'est aussi dû à nos grands efforts au niveau de l'animation
puis de l'éveil à la lecture qu'on fait dans
les petites bibliothèques. Ça, c'est une des choses, puis naturellement la
clientèle plus âgée, les personnes retraitées qui ont beaucoup de temps,
beaucoup plus de temps pour lire. Donc, je dirais que la majorité de la clientèle… Puis, quand on fait un peu les
statistiques, c'est pas mal là-dedans. Comme M. le député disait un peu
plus tôt, c'est un défi, quand même, d'aller chercher, bon, la clientèle
adolescente. Mais, encore là, avec les outils
technologiques, on pense qu'on réussit à aller les chercher tranquillement. En
fait, le gros défi dans les petits milieux, c'est que les gens s'approprient la bibliothèque, puis ça, on le fait de
plus en plus. Les gens s'approprient,
les petits milieux s'approprient de plus en plus leurs bibliothèques parce que c'est souvent la dernière place où la culture va
être disponible et accessible. Donc, c'est un travail. Mais, pour le
profil de la clientèle : jeunes familles et personnes âgées.
Mme Ménard : Merci beaucoup.
Mme Thivierge (Joelle) : Et, si vous
permettez...
Thivierge (Joelle) : …j'ajouterais
aussi… Le service de proximité que la bibliothèque peut offrir, la
majorité de nos petits milieux ont des liens
directs avec la petite école, avec l'école du village ou l'école de la petite
municipalité. Et ça aussi, ça va amener une clientèle, comme je le mentionnais
un peu plus tôt, des classes complètes à l'école, et ces enfants-là vont
revenir le soir avec leurs parents, etc.
Mme Ménard : Vous avez fait
mention dans votre mémoire à plusieurs reprises de la loi n° 51, et je
vous ai entendus dire qu'elle était
insuffisante. Est-ce que vous êtes d'avis que nous devrions rouvrir la loi
n° 51 et y intégrer le
volet numérique et, bien sûr, réglementation du prix?
M. Guimond (Alain) : En fait, ce que
je disais, c'est qu'il nous semble, puis les travaux de la commission le démontrent, que la loi n° 51 à elle seule ne
peut pas assurer à ce moment-là aux librairies indépendantes leur survie.
Puis c'est un peu ça, là, puis c'est vraiment de même qu'on l'amène dans le
mémoire, c'est qu'il nous semble que… ça nous
apparaît que ce n'est plus suffisant. Est-ce que rouvrir la loi n° 51
serait une solution? Je ne le sais pas. La loi n° 51 avec un prix
réglementé du livre, bien, nous apparaissent deux mesures qui pourraient en
tout cas aider. Puis, par la suite des choses, il y a peut-être d'autres choses
qu'il faudra faire, je ne sais pas. Mais présentement c'est un peu ce qu'on
communiquait.
Mme Ménard :
O.K. Et, en dernier lieu, dans votre mémoire, plus spécifiquement le dernier
paragraphe, vous mentionnez que, si
la venue d'un prix réglementé peut aider à la survie des librairies, bien, vous
appuierez. Alors, vous comprendrez qu'en lisant ceci vous ne m'avez pas
vraiment convaincue, là. Je vous trouve très modéré dans votre position. Alors,
pouvez-vous... sur quoi vous vous êtes basés, là, pour faire ce commentaire-là?
M. Guimond
(Alain) : En fait, c'est de la
simple prudence. On n'est pas des économistes, puis on ne peut que parler de ce qui se passe chez nous, et puis c'est
quand même beaucoup, hein? Quand on parle de chez nous, quand on parle de 760 quelques municipalités puis
787 bibliothèques partout au Québec, c'est très, très étendu. Mais on ne
peut que vous parler de ce qui se passe dans nos milieux. Moi, je vous dirais,
on pourrait faire une affirmation au niveau des librairies dans les petits
milieux, je vous assure que ça, ça va aider, mais, en général, je ne pourrais
pas vous le dire.
Mme Ménard : D'accord, merci.
Merci.
La Présidente (Mme Vien) :
Merci. M. le député de Jacques-Cartier.
M. Kelley : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Et, à mon tour, bienvenue.
Je vais
renforcer deux de vos constats. Effectivement, l'Abitibi, c'est une très belle
région du Québec. Comme ancien
ministre des Affaires autochtones, j'ai eu à visiter les communautés Anishnabe,
et, je pense, lac Kipawa est un desmeilleurs...
un secret bien gardé au Québec. Et, deuxièmement, je représente deux
communautés de moins de 5 000
personnes qui ont des bibliothèques publiques, qui font un travail
extraordinaire, notamment avec les bénévoles, alors
merci beaucoup pour souligner l'apport des bénévoles. Je ne pense qu'aux
bibliothèques à Baie-d'Urfé, dans l'Ouest-de-l'Île
de Montréal, c'est entièrement des bénévoles qui font fonctionner ça et c'est
vraiment extraordinaire le travail qu'ils font.
Vos membres, est-ce qu'ils achètent le livre en
ligne?
Mme Thivierge (Joelle) : Non, non.
Excusez-moi, là, je pensais que le président...
M. Kelley : Parce que, quand
je vous écoute...
Thivierge (Joelle) : En
fait, je vais parler pour mon réseau, le Réseau Biblio de l'Estrie, non. Nous
achetons nos livres chez les libraires agréés, mais on pourrait acheter en
ligne chez le libraire agréé. Ce serait possible.
M. Kelley :
Oui. Non, mais, quand on pose le dilemme de prendre 100 kilomètres de
route pour aller acheter un livre, je
trouve ça aujourd'hui… et même votre dilemme d'avoir les librairies agréées
dans la Côte-Nord, on a des énormes distances
entre… dans l'aire de… On peut acheter auprès d'une librairie agréée, ce n'est
pas ça que je remets en question. Mais,
juste aller sur l'ordi commander ça, tu n'es pas obligé physiquement, à chaque
reprise, d'aller dans le magasin acheter un livre en 2013. Alors, je pense… une nuance importante et… Alors, je
comprends le dilemme, mais, par contre, vos membres peuvent facilement acheter en ligne. Et, même au niveau des
conseils et les suggestions, ça, c'est disponible en ligne aussi, ce n'est pas uniquement en parlant…
Et, je comprends, le contact humain, je pense, c'est ma collègue de Gouin qui a parlé de ça hier, et j'endosse
ses propos. Mais, quand même, au niveau où je dois gérer une bibliothèque, je
suis à 100 kilomètres d'une librairie, parce que
les distances sur la Côte-Nord sont énormes, ce n'est pas plus répandu
que je puisse aller... Et je vais acheter une dizaine de titres auprès d'une
librairie agréée, ce n'est pas ça que je remets en question. Ce n'est pas
fréquent parmi vos membres?
M. Guimond
(Alain) : D'abord, juste m'excuser,
quand vous aviez parlé des membres, j'avais… j'ai tout de suite pensé abonnés. Non, au niveau
des membres, quand il y a un… on va dire un best-seller, il va arriver qu'ils
vont commander, admettons, par courriel à leur librairie agréée, ils vont
commander quelques titres comme ça. Mais, généralement…
Puis, quand on va parler de littérature jeunesse, admettons, la bénévole a
besoin de voir le livre, elle a besoin
d'y toucher, elle a besoin de l'ouvrir puis de voir si ça a l'air… C'est-u
solide? C'est-u intéressant? Bon, des fois, il y a des livres qui sont
interactifs, est-ce que ça va répondre à ma clientèle? Puis ça, ce n'est pas le
genre de choses qu'on peut voir par Internet, il faut vraiment toucher
le livre. Aussi, il y a le traitement de ce livre-là. Il y a des livres qui
sont disponibles qui ont une reliure, ce qui peut être intéressant pour la
durée si on veut que le livre — surtout dans les livres documentaires — dure
pendant un certain temps, sinon on va avoir des coûts supplémentaires rattachés
au traitement de ce livre-là, à le faire relier, etc.
Donc, il y a
des considérations comme ça aussi que la bénévole qui est responsable des
achats à la bibliothèque va considérer.
Parce que, généralement, on va avoir un bénévole qui va être
responsable des achats pour jeunesse, on va en avoir un autre pour les
ados, on va en avoir un autre qui va être spécialisé pour le roman, puis qui, à
ce moment-là, savent qu'est-ce que la clientèle veut voir.
Mais, au niveau
du livre comme tel, je pense que c'est important, à
part le livre, le
best-seller ou la saveur du jour, d'aller
voir, de toucher. Il y a un lien, hein? Je veux dire, ça, c'est un lien
avec le livre, là. Je pense que la majorité des gens qui aiment lire
puis qui aiment… qui ont un attachement pour le livre papier aiment l'avoir
entre les mains, le toucher, le sentir.
M. Kelley : Il reste du
temps?
La Présidente (Mme Vien) :
Oui, il reste un peu moins de trois minutes, M. le député.
M. Kelley : O.K. Mon autre question. Le mystère, pour
moi, vous endossez la position que, pour les nouveautés, pour neuf mois, il y aura une limite aux rabais
que les magasins peuvent offrir. Alors, j'imagine, peu importe, le plus
bas prix va demeurer à Costco et Wal-Mart
qui vont aller au maximum du rabais permis selon la proposition qui est sur la table. Alors, c'est
quoi qui va changer dans le comportement des consommateurs, qui va donner un
appui additionnel aux librairies agréées? Parce qu'il y aura toujours du monde
dans Wal-Mart, veux veux pas. Alors, moi, je constate. Moi, je ne suis pas un
grand fan de Wal-Mart — mais
ce n'est pas moi qui fais beaucoup d'achats chez nous de toute façon — mais
je constate que le stationnement de Wal-Mart, dans mon comté, est toujours
plein et, j'imagine, ça va continuer d'être toujours plein avec ou sans une
limite aux rabais sur les livres parce que, j'imagine, règle générale, les
personnes sans Wal-Mart peuvent acheter d'autres choses.
La Présidente (Mme Vien) : En
quelques secondes.
M. Kelley : Et, en passant,
ils vont acheter des livres. Alors, c'est quoi qui va changer pour aider les
petits magasins de livres?
M. Guimond (Alain) : En fait, un
10 %... Puis, encore là, on parle des régions, je ne pense pas que, pour
un 10 % de rabais, les gens vont faire
du kilométrage indu pour simplement acheter des livres. Par contre, s'ils sont
de passage chez
Wal-Mart, s'ils ont fait le 140 kilomètres parce qu'ils avaient des achats à
faire chez Wal-Mart puis que le dernier Louise Tremblay-D'Essiambre, il est là puis qu'ils veulent l'avoir, ils
vont l'acheter là, c'est sûr et certain. Mais on voit beaucoup… Dans nos
petites régions, les gens vont dire : Quand le livre va sortir, le
prochain, parce que j'ai aimé, bien, tu m'en réserves une copie, puis je vais
aller le chercher. C'est un service personnalisé que le libraire donne aux
consommateurs.
La Présidente (Mme Vien) : Ce
sera votre mot de la fin, M. Guimond. Merci beaucoup. Merci infiniment également à Mme Thivierge. Pardon, excusez-moi,
Mme la députée de… J'allais clore la discussion, ce n'est pas fini. Je
vous prie de m'excuser, je vous prie de m'excuser. Mme la députée de Montarville,
excusez-moi, pour une période de 3 min 15 s. Excusez-moi encore.
Mme Roy
(Montarville) : Vous êtes toute pardonnée, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Thivierge et… pardon, Mme Thivierge et M.
Guimond. Je suis rendue à l'âge où ça me prend mes lunettes parce que je ne
vois pas ce qui est écrit.
Écoutez,
d'un, on ne peut que saluer le travail, là, qui se fait dans les bibliothèques,
là, réseau des bibliothèques, votre
réseau. On en a besoin. C'est primordial, les bibliothèques, au Québec, surtout
lorsqu'on n'a pas les moyens d'aller s'acheter
des livres. Dieu sait que… Et, à une certaine époque, j'y allais, et j'allais
prendre les livres de recettes, et j'allais prendre les romans en bibliothèque beaucoup plus souvent. Mais, si on
veut justement travailler dans l'optique qu'il faut aider les librairies
et nos librairies indépendantes, moi, je vous soumets une hypothèse puis j'aimerais
avoir votre opinion là-dessus.
Je me demande dans quelle mesure… Avec la loi n° 51,
actuellement, les librairies agréées doivent détenir 30 000 titres. C'est
beaucoup, c'est une obligation qui est très importante, ce
30 000 titres. Je me demande si on ne serait pas rendus à un
moment où pourrait peut-être alléger, revoir cette obligation pour leur donner
un peu d'air pour qu'ils puissent faire en sorte, là, de remplir leurs
obligations puis peut-être dégager, au bout de la ligne, un petit peu plus de profits. Mais c'est une hypothèse de travail que
je vous soumets. Parce qu'avec tous ces titres-là, je me demande, dans
les bibliothèques, s'il y a de ces titres qui sont disponibles et qui ne
sortent jamais des tablettes.
M. Guimond
(Alain) : C'est évident que tout ne sort pas constamment, mais il
est important d'avoir une diversité, dans
le sens que, quand on cherche un document qui va parler d'un sujet x,
généralement on compte sur sa bibliothèque pour pouvoir se le procurer.
Même, quand on ne le trouve pas en librairie, des fois, on va voir à sa
bibliothèque pour savoir s'il n'y a pas un
ouvrage de référence sur ça. Puis l'avantage du réseau, c'est justement que,
même si on trouve 3 000 titres à ta bibliothèque de quartier, en
fait, tu as accès à des centaines de milliers…
Mme Thivierge (Joelle) : Hein, en
millions.
M. Guimond (Alain) : …millions
maintenant — je
veux dire, je n'étais pas trop sûr — donc de titres, donc il y a
des chances qu'il y ait un ouvrage de référence qui va vraiment répondre aux
besoins.
Maintenant,
le libraire agréé, si jamais il y a un sujet qui est… Nous, on peut lui commander
aussi à ce moment-là, dire :
Bon, bien, écoutez, on a une clientèle qui semble s'intéresser à un sujet en
particulier, on aimerait avoir un ouvrage de référence là-dessus, qu'est-ce
que tu as, qu'est-ce que tu as ou qu'est-ce que tu peux commander? Donc, je ne connais pas… je n'ai pas eu de rétroaction me
disant que les petits libraires trouvaient que la loi n° 51, l'obligation
était lourde. Si c'est le cas, tu sais, à ce
moment-là, ça pourrait toujours être à revoir, parce qu'encore aujourd'hui, même
dans n'importe quel commerce, l'obligation d'avoir un inventaire physique
important, avec les possibilités de commandes en
ligne ou… bien, à ce moment-là, c'est peut-être moins important de l'avoir
physiquement. Mais, encore là, c'est en allant dans votre hypothèse, là,
de travail. Mais moi, je n'ai pas eu comme feedback comme quoi que c'était un
problème de garder cet inventaire-là. Ça l'est peut-être.
Mme Roy
(Montarville) :
A contrario, pour les bibliothèques, plus l'inventaire est grand, c'est-à-dire
plus la diversité des titres est là, mieux c'est pour vous, dans la mesure où
vous êtes la référence à qui on va faire appel, là.
Mme Thivierge (Joelle) : Tout à
fait. Puis je mentionnais tantôt que plusieurs… On reçoit régulièrement des
demandes d'acquisition de titres qu'on n'a pas, par exemple, de la part de nos
abonnés, et curieusement ce n'est pas toujours
des nouveautés que les gens vont nous demander, ce n'est pas nécessairement…
Bien sûr, il y a les livres… sortis. À
partir du moment où ils en entendent parler à la télé, à certaines émissions,
on peut être sûrs que, le lendemain, il y a 12 demandes. Mais
moi-même, des fois, je suis très surprise de voir comment les gens peuvent
demander des choses qui sont même… été publiées il y a quelques années. Donc,
oui, c'est important d'avoir un fonds documentaire.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci.
La Présidente (Mme Vien) :
Merci beaucoup, Mme Thivierge. Mme la députée de Montarville, j'ai laissé
quelques secondes de plus pour me faire pardonner. Mme la députée de Gouin, c'est
à votre tour.
Mme David :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Merci infiniment pour ce travail que vous
faites. Moi aussi, j'ai découvert tardivement Mme Saucier, mais je
ne le regrette pas.
Écoutez,
en fait, là, j'ai l'impression qu'il y a ici, autour de cette table, uniquement
des gens qui veulent la survie, le développement de la petite librairie
et qui en voient tous les mérites. Je n'ai pas l'impression que le problème est
là. On dirait que le problème, c'est :
oui, mais, si on dit oui à la proposition que vous faites et que d'autres font,
de réglementer partiellement, parce qu'il y a encore possibilité de
rabais, le prix des nouveautés vendues dans les grandes surfaces, ça pourrait…
en fait, non seulement peut-être que ça n'aurait pas un effet extraordinaire
sur les petites librairies indépendantes — donc ça, d'autres pourront en
parler — mais,
deuxièmement, ça pourrait faire diminuer la lecture, diminuer les ventes de
livres. Certains disent ça.
Alors, moi, je vous pose une question simple. Je
comprends que vous n'avez pas de statistiques, mais vous connaissez vos abonnés, lecteurs et lectrices, ils
viennent chez vous, ils vous parlent de livres, etc. De votre
expérience, là, est-ce que vous pensez qu'en région, en milieu éloigné en
particulier, on va refuser de payer un livre quelques dollars de plus pour l'avoir absolument — et là je pense à la énième biographie de
Céline Dion, par exemple, ou autre — ou est-ce qu'on va s'en priver? Qu'est-ce qu'on va faire s'il n'y a plus
possibilité d'avoir le livre à moins 30 %?
M. Guimond
(Alain) : Pas au niveau du
livre neuf. Moi, je ne crois pas à ça. Je ne crois pas que nos abonnés, parce qu'ils vont payer un 3 $, ou 4 $,
ou 5 $ supplémentaires, vont se priver du cinq, six heures de plaisir
ou de loisir qu'ils vont avoir dans
un livre. Par contre, ça va peut-être... Quand le livre est à 50 % de rabais,
au bout d'un certain temps, peut-être un livre qu'il n'aurait pas
acheté, il va l'acheter finalement parce qu'il le voit… lorsqu'il le voit en
spécial. Mais, s'il a envie d'un… Puis,
généralement, quand on parle d'un best-seller, bien, ils vont vouloir le lire.
Ça, ils vont vouloir se le procurer
ou ils vont aller voir leur bibliothèque pour pouvoir le lire. Autrement, ils
vont peut-être attendre un an, deux
ans, trois ans, puis à un moment donné ils vont le voir en spécial, ils vont
dire : Ah! J'ai entendu parler de ce livre-là, ils vont le prendre
puis ils vont l'amener. Parce qu'il est en spécial, peut-être c'est un
incitatif.
Présidente (Mme Vien) : Merci. Alors, M. Guimond et
Mme Thivierge, merci de votre passage, merci de vos réflexions. Bon
retour.
J'appelle maintenant M. Hervé
Foulon et Mme Sylvie Desrosiers, Conseil consultatif de la lecture et du livre.
Je suspends quelques instants.
(Suspension de la séance à 10 h 56)
Présidente (Mme Vien) : Alors, nous poursuivons nos travaux
avec le Conseil consultatif de la lecture et du livre. Nous accueillons
avec plaisir ce matin M. Hervé Foulon. Vous en êtes le président, M. Foulon?
M. Foulon (Hervé) : C'est ça.
La Présidente (Mme Vien) : Et
vous êtes accompagné d'une dame que nous avons connue hier.
Mme Desrosiers (Sylvie) : …je porte
plusieurs chapeaux.
Présidente (Mme Vien) : Avec plaisir, Mme Desrosiers, auteure,
Sylvie Desrosiers. Alors, vous connaissez un peu le fonctionnement : 10 minutes pour présenter l'essentiel
de votre mémoire, vos réflexions, par la suite s'ensuivent des échanges
avec les parlementaires. On vous écoute, M. Foulon.
M. Foulon (Hervé) : Merci, Mme la
Présidente. M. le ministre, Mmes, MM. les députés.
Permettez-moi d'abord de rappeler un peu le
CCLL, le Conseil consultatif du livre et de la lecture, qui a été institué en 1981. Il a comme mandat de donner son
avis et de soumettre des recommandations au ministre de la Culture et des Communications sur toute question relative à
la lecture, au livre et à l'application du cadre législatif et
réglementaire. L'avis du CCLL est obligatoire
et préalable à la délivrance, la suspension et l'annulation d'un agrément pour
un libraire, un éditeur et un
distributeur et il soumet également des recommandations à l'égard de l'adoption
ou de la modification de règlements.
Je voudrais vous présenter
aussi la composition du CCLL parce que je trouve que c'est important de vous montrer la diversité des gens qui se sont penchés
sur cette question. Donc, siègent au CCLL : M. Ivan Bernier,
professeur à la Faculté de droit à l'Université
Laval; Mme Sylvie Desrosiers, que vous connaissez bien, auteure; Mme Louise
Guillemette-Labory, directrice associée, bibliothèque ville de Montréal; M.
Yves Guillet, qui est de la librairie Le Fureteur;
M. Clément Laberge, qui est vice-président de De Marque, à l'édition numérique;
M. Marc Ménard, professeur, École des médias à l'Université du Québec à
Montréal; Mme Brigitte Moreau, bibliothécaire à la commission scolaire de la
Pointe-de-l'Île; Mme Gilda Routy, directrice de la division Livres chez Bayard Canada;
Mme Nicole Saint-Jean, présidente-directrice générale de Guy Saint-Jean Éditeur; M. Robert Soulières,
auteur et président de Soulières Éditeur; ainsi
que des représentants gouvernementaux, Mme Josée Blackburn, qui a été remplacée
depuis par M. Gilles Simard, donc, à la Direction des politiques, Culture et
Communications, Mme Diane Garneau, qui était directrice du soutien aux établissements
au ministère de l'Éducation, Mme Chantal Guérin, qui a été remplacée par Mme
Lise Gagnon depuis, directrice des ressources didactiques, et Mme Sylvie
Ferland, directrice des Publications du Québec.
C'est pour vous
montrer la diversité, donc, de la composition de ce conseil.
Faisant suite aux
orientations liminaires transmises à la ministre en novembre 2010, les
recommandations finales du Conseil consultatif de la lecture et du livre
portent sur les actions que le gouvernement devrait préconiser pour continuer à rencontrer les objectifs
poursuivis par la
Loi sur le développement des entreprises québécoises dans
le domaine du livre, tout en permettant à la
filière québécoise du livre de faire face au nouveau défi qui consiste
notamment à investir de façon concurrentielle le marché du livre numérique.
L'apport de la
lecture comme facteur de réussite scolaire, sociale, professionnelle et
économique n'est plus à démontrer. La
Politique de la lecture et du livre en a d'ailleurs fait sa prémisse, proposant
une série de mesures destinées à susciter le goût de la lecture, à
favoriser le développement des habitudes de lecture et à rendre le livre,
notamment, québécois accessible dans toute
sa diversité et au plus grand nombre sur l'ensemble du territoire. L'importance
accordée à la lecture et au livre par les
gouvernements s'est concrétisée par des mesures législatives et financières
destinées à développer, de concert avec ses artisans, une infrastructure
efficace de production et de diffusion du livre.
Québec, grâce à une offre substantielle de publications, notamment,
québécoises, grâce à un vaste réseau de librairies et de bibliothèques,
et, au surplus, avec l'apparition du marché numérique, qui transcende la
question de la territorialité, l'accès au
livre s'est, au fil des années, amélioré. Or, la disponibilité du livre ne doit
pas occulter la nécessité de garantir au lecteur une offre variée et
éclectique de livres, des plus populaires aux plus créatifs ou spécialisés. Le concept
de bibliodiversité, défini comme la nécessaire diversité des productions
éditoriales mises à la disposition des lecteurs, fait écho à la volonté
exprimée dans la politique de 1998 de préserver la diversité de la production
littéraire québécoise et d'en assurer la diffusion la plus large.
L'accessibilité avérée
du livre ne doit donc pas se faire au détriment de la variété éditoriale et de
la créativité, et c'est pourquoi il convient
de garantir la pluralité de l'offre et la vitalité des acteurs de la chaîne du
livre qui la révèlent, la promeuvent
et la mettent en valeur. C'est d'autant plus primordial de les garantir qu'au-delà
de sa simplemarchandisation le livre
a une valeur et une fonction culturelles que le pluralisme des voix, des idées,
des imaginaires et des genres
contribue à enrichir. Ce capital culturel ne doit pas être bradé ni subordonné
aux lois d'un marché où règnent des acteurs
dominants, notamment étrangers, qui ont les moyens de leurs ambitions
mercantiles. Il faut plutôt opter pour des avenues propres à valoriser
le livre dans toutes ses déclinaisons et à soutenir les médiateurs qui
optimisent son accessibilité tout en assurant son essor commercial et celui des
entreprises qui s'y consacrent.
Les recommandations
du conseil ont donc été élaborées dans l'optique de :
Viser
systématiquement les finalités qui sont le développement du lectorat et l'amélioration
des compétences en lecture des
Québécois puisque, comme le souligne la Politique de la lecture et du livre, le
développement culturel, mais aussi
économique, scientifique et politique d'une société passe nécessairement par l'aptitude
à la lecture de ses citoyens;
Convenir, à l'instar
de nombreux autres pays, que le livre est un produit particulier parce qu'il
véhicule notre culture, notre littérature et
notre langue. La volonté d'assurer la protection et la vitalité de l'industrie
québécoise du livre dépasse les considérations purement commerciales. Le
gouvernement a la responsabilité de soutenir tous les acteurs de cette
industrie dont le produit est un vecteur culturel et identitaire;
Maintenir
des conditions favorables à la créativité et à la diversité éditoriale afin que
le lecteur québécois puisse avoir
accès, où qu'il se situe géographiquement et peu importe le support ou le canal
qu'il choisit, à une offre plurielle et substantielle où le livre
québécois occupe la part qui lui revient;
Assurer le respect
des droits d'auteur et prôner la juste rétribution des créateurs; et
Aborder le numérique
comme une opportunité de développement du lectorat et de l'industrie du livre.
voudrais rajouter un peu à cette brève présentation des exemples sur lesquels
nous nous sommes basés pour arriver un peu à ces recommandations. On a
regardé, entre autres, de très près ce qui arrivait à nos voisins dans les provinces anglophones. On s'aperçoit que, depuis
plusieurs années, il y a une situation plus ou moins monopolistique qui
s'est instituée au niveau de la distribution du livre. Il y a des grandes
surfaces et il y a une grande chaîne, Chapters Indigo, qui détient à peu près
65 % du marché. Qu'est-ce que ça a eu pour conséquence? C'est que les
éditeurs ou distributeurs de livres doivent
naturellement passer par cette chaîne, vu le marché qu'elle représente, et se
font imposer ou quémander des surremises, ce qui a pour conséquence d'augmenter
les prix. Mais, plus grave que ça, c'est que des éditeurs, une fois que leur livre est prêt, juste avant l'impression,
vont rencontrer ces gros acteurs en leur demandant ce qu'ils pensent de tel ou tel projet de publication
et, suivant leur réponse, ils décident de le publier ou pas, d'où l'impact
sur la création. Qu'est-ce qu'on a vu? Au-delà de la disparition de libraires,
c'est également la disparition, ces derniers temps, de maisons d'édition au
Canada anglophone. Une des dernières et non des moindres, au niveau littéraire,
était la maison d'édition McIntyre, qui jouait un rôle énorme au niveau
littéraire. Donc, c'est ce qui nous a amenés à nous questionner très
profondément.
Un autre exemple dont
je voudrais profiter, comme je profite de mon temps de présentation...
Foulon
(Hervé) : Deux minutes? Parfait. C'était pour apporter un
exemple très concret au problème de la bataille
de prix. Je prends un exemple qui se passe dans ma maison, étant également
éditeur du Groupe HMH. L'auteur à succès Michel
David, qui a publié plusieurs sagas, se retrouve en vente, effectivement, et en
grande surface et en librairie. Ses premiers livres, ses premières sagas se
vendaient grosso modo à 50 % en grande surface et en librairie. Les
dernières sagas, c'est 70 % en grande surface, 30 % en librairie. C'est
juste pour vous concrétiser le manque à gagner
— et ils
se vendent en grande surface à cause des coupures de prix — que ces ventes représentent pour un
libraire, qui, lui, pourrait compter sur ses
ventes de best-sellers pour faire son travail qui lui est demandé de libraire,
pour proposer une vaste variété d'auteurs de livres.
Autre
exemple sur la bibliodiversité. On a nommé plusieurs fois Jocelyne
Saucier — je suis
très content, vu que c'est une maison du groupe qui la publie — et
Jocelyne Saucier, contrairement, n'a jamais été en vente en grande surface. Qu'est-ce qui a fait le succès de
Jocelyne Saucier? Ça a été petit à petit de se faire connaître grâce au réseau
de librairies, plus, naturellement, sa notoriété qu'elle a eue grâce à des prix
qu'elle a obtenus. Mais le rôle des librairies indépendantes a été primordial
également pour faire, après, développer sa notoriété. Merci.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci beaucoup, M. Foulon. M. le ministre, pour une
période de questions et d'échange.
Kotto : Merci, Mme la Présidente. M. Foulon, Mme Desrosiers,
soyez les bienvenus. Vous avez fait un travail considérable relativement à ce que recèle le mémoire. Sur quelles
données vous appuyez-vous, cependant, quand vous affirmez que la
réglementation du prix des livres neufs est le meilleur moyen de préserver la
bibliodiversité et de consolider le réseau des librairies?
M. Foulon (Hervé) : C'est un des moyens. On n'a pas la prétention, en faisant ces
recommandations, que tous les problèmes
seront résolus uniquement par ça. D'ailleurs, dans les recommandations, il y a
également d'autres points, tels que la
révision... On parle de la révision de la loi n° 51 à travers les règlements,
on parle également du numérique. Donc, c'est un des moyens, en empêchant
une guerre de prix, comme ça a déjà d'ailleurs été mentionné par nos
prédécesseurs, et que les joueurs soient…
jouent sur des règles égales et pour préserver et reconnaître surtout le
travail qui est fait par les libraires. Ça n'empêchera pas… Et on n'a
jamais dit qu'il ne fallait pas que les livres soient vendus dans des grandes
surfaces, en pharmacie ou autre part. Plus le livre sera disponible, mieux ce
sera. Mais il faut reconnaître aussi et s'assurer
que les gens qui recherchent une diversité, qui ne recherchent pas seulement
que le best-seller aient la garantie de pouvoir continuer à les trouver.
Kotto : O.K. Selon vous, quels seraient les impacts d'une
fixation du prix de vente de livres neufs, imprimés et numériques,
notamment sur notre lectorat?
M. Foulon
(Hervé) : Je pense que l'impact, ça va être de préserver, justement,
cette variété. Beaucoup de personnes ont mis
de l'avant que ça pourrait avoir un impact sur le prix, donc, une augmentation
de prix, puisqu'ils ne pourraient plus avoir accès rabais.
il s'avère que les études qui ont pu être faites, entre autres, quand on se base sur l'exemple dans des pays… que ce soit en France
ou que ça soit en Angleterre... Et l'exemple anglais est important, vu que c'est
un pays qui avait eu une réglementation du
prix, qu'il l'a abandonnée, et il s'avère que, depuis qu'ils ont abandonné le
prix fixé, les livres ont augmenté plus que l'inflation, alors que, dans
des pays où le prix est réglementé, l'augmentation du prix du livre est
inférieure à l'inflation.
M. Kotto :
O.K. Mais les mouvements que vous avez pu observer en Angleterre ont été
documentés?
M. Foulon (Hervé) : Ça a été documenté. Je pense d'ailleurs que mes collègues de… vont vous
apporter des documents avec une étude
très fouillée de M. Fishwick, qui va dans ce sens et qui prouve les impacts qu'a
eu l'abandon de la réglementation.
Kotto : O.K. Je veux poser une question que j'ai posée à des
groupes avant vous. Pourquoi suggérez-vous un rabais autorisé de
10 % et une durée d'application de neuf mois?
M. Foulon
(Hervé) : Le conseil, là, s'est appuyé un peu sur ce que... le
consensus qui s'était établi dans la profession.
On savait que, concernant le rabais de 10 %, comme les coops vous l'ont
mentionné précédemment, il yavait
des règles vis-à-vis, entre autres, des étudiants et que de supprimer l'accès à
cette remise remettait en cause toute la politique d'un groupe comme les
coops.
Le neuf mois, là, ça
a été un consensus qui a été vraiment obtenu dans le secteur du livre.
Effectivement, on peut toujours dire : Pourquoi neuf? Pourquoi pas 12? Il
fallait trancher. Disons que nous, nous nous sommes appuyés surtout sur le fait
de réglementer le prix en s'appuyant sur ce que les acteurs de la profession
jugeaient acceptable.
Mme Desrosiers
(Sylvie) : Si je peux me permettre d'ajouter, ce 10 % aussi est
un pourcentage qui est souvent accordé par
les libraires à leur clientèle. C'est une des façons de l'attirer et de la
garder, cette clientèle, c'est de lui donner un rabais, avec des cartes
de fidélité, etc. Et c'est une chose qu'il ne faut absolument pas enlever,
puisque c'est un des outils aussi qui donne
aux libraires la possibilité de fidéliser leur clientèle. Alors, c'est un
chiffre qu'on retrouve, finalement,
assez uniformément dans les librairies. Il n'est pas question de l'enlever.
Dans certains pays, c'est zéro. Dans d'autres pays, c'est 5 %.
J'aimerais
aussi me permettre de citer une étude ici qui a été faite par Me Charlaine
Bouchard, qui est professeure à la
Faculté de droit de l'Université Laval, qu'on a eu le plaisir de recevoir
lorsque nous, nous avons fait nos travaux en vue des recommandations. Et
on lui a commandé... Cette étude lui a été commandée par la ministre de la
Culture de l'époque. Et, dans ses
conclusions, elle dit clairement que le choix du système de prix a une
influence directe sur l'offre éditoriale.
La concentration des librairies conduit à une diminution de l'offre éditoriale
au profit d'une «bestsellerisation» des
ventes et que le caractère supposément inflationniste du prix fixe est
totalement infondé, que, de façon générale, il existe au Québec beaucoup moins de concentration qu'ailleurs en Amérique
du Nord des librairies, ce qui constitue un avantage, tant pour l'industrie que pour les consommateurs. Et ça, c'est
grâce à la loi n° 51. Et, pour réussir à continuer à garder cette
pluralité, cette concentration beaucoup moindre qu'ailleurs, cette
réglementation, nous considérons, au conseil,
qu'elle est absolument adéquate pour continuer à garder cette spécificité
québécoise, finalement, que nous avons ici et qui n'existe pas dans le
Canada anglais.
M. Kotto :
O.K. On a évoqué plusieurs facteurs qui fragilisent le réseau des librairies.
Est-ce que le conseil s'est penché sur l'impact que pouvaient avoir les
librairies à succursales vis-à-vis du réseau des librairies indépendantes?
M. Foulon
(Hervé) : La question
que l'on se posait, justement, c'est toute situation monopolistique.
Quand je vous parlais de l'exemple, dans les provinces anglo-saxonnes, anglophones,
de Chapters Indigo, bon, c'est une librairie à succursales. Si, demain, une part trop importante est entre les mains d'un
seul, il y a problème, il y a déséquilibre. Donc, aujourd'hui, on a la
chance, au Québec, d'avoir un grand réseau de librairies indépendantes, de
librairies avec deux, trois succursales, on a droit à trois chaînes de
librairies — Renaud-Bray,
Archambault, Chapters — et
on a droit à des grandes surfaces. Donc, on
a une variété. Ce qu'il faut, c'est que les règles du jeu soient à peu près les
mêmes pour tous pour maintenir cet équilibre et que la population puisse
bénéficier. On a parlé tantôt, justement, de la disponibilité en région, que ça soit à travers les bibliothèques ou
à travers des librairies. Il faut absolument préserver cette
disponibilité jusqu'en Abitibi, en Gaspésie,
que les gens puissent se procurer les livres. Et c'est le danger, demain, ce
qui arriverait, parce que ce n'est pas forcément un Wal-Mart ou… Un
Wal-Mart qui va s'installer en Gaspésie, il va proposer 200, 300 titres à l'année, donc un grand manque sur
toute l'offre qui est normalement disponible chez un libraire aujourd'hui.
M. Kotto :
O.K. Vous parlez des règles du jeu qui devraient être les mêmes pour tous.
Est-ce que vous ouvririez la porte à l'effet que l'équation des
subventions soit également ouverte à tous?
M. Foulon
(Hervé) : S'ils respectent
la réglementation de la loi n° 51, s'il y a la propriété québécoise, le
nombre de titres, le service et qu'ils deviennent des librairies
professionnelles tel que défini, pourquoi pas? Mais, pour l'instant, on a
affaire surtout à des groupes étrangers, pour beaucoup. Je parle pour les
grandes surfaces, en tout cas.
M. Kotto : O.K., merci.
La Présidente (Mme Vien) : M.
le député de Saint-Hyacinthe pour un peu moins de quatre minutes.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci, Mme la Présidente. Alors,
bonjour, M. Foulon, Mme Desrosiers, qu'on a vue hier, une dame
passionnée, elle a…
Mme Desrosiers (Sylvie) : Je porte
plusieurs chapeaux, mais j'essaie de ne pas parler à travers.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : C'est beau, c'est bien, ça, c'est bien. Je vais revenir… Vous avez
beaucoup porté attention, dans vos recommandations, sur le livre numérique
comme tel. Est-ce que vous recommandez plus d'aide aux auteurs ou… Comment on pourrait… Quels moyens on pourrait utiliser
pour que le livre numérique pénètre mieux puis qu'il réponde plus aux besoins, peut-être, de la jeune génération qui s'en vient? Comment vous abordez cette étude-là ou
ce sujet-là?
M. Foulon (Hervé) : Bon, le livre
numérique est une réalité, il n'est pas du tout question de l'occulter; au contraire,
on pense que ça peut être même très utile pour la disponibilité. Après, il faut
s'assurer que ça répond non seulement aux
besoins, mais que ça respecte aussi les droits de chacun, dont les droits d'auteur,
entre autres. Ce qu'il faut voir… Et,
quand on parle d'utilisation du livre numérique, je pense qu'il faut remettre
aussi les choses un peu à niveau. On vit un peu une révolution que je
compare un peu à l'apparition du livre de poche dans les années 55 où ça avait
été quelque chose d'extraordinaire. Le livre
de poche était révolutionnaire, et je me souviens de réactions de personnes
qui disaient : Ah! Ils lisent dans un livre de poche, ce n'est pas lire un
livre. À peu près les mêmes réactions qu'on entend de certains à propos du
livre numérique.
Donc, on parle de support, mais le contenu, le
produit, lui, reste le même, la création, donc la part de l'auteur, le travail de l'éditeur. Même si c'est… Au lieu d'imprimer,
il faut le travailler en numérique, il y a tout un travail à faire et à préserver. Après, il faut le rendre disponible, et
aujourd'hui on peut dire qu'au Québec il y a eu un gros travail,
contrairement à ce que certains ont l'air de dire, de fait. Je peux vous dire
que, dans les maisons d'édition, tous les titres qui sont produits maintenant
depuis plus de cinq ans sont disponibles en numérique dans les différents
centres, comme… ça peut être les sites d'Archambault, de Renaud-Bray, Amazon ,
etc.
Mme Desrosiers
(Sylvie) : Rue des libraires…
M. Foulon (Hervé) :
Ruedeslibraires.com ,
justement, qui est… Ruedeslibraires.com qui est un exemple extraordinaire du dynamisme des librairies
indépendantes qui se sont regroupées pour répondre à cette demande.
Donc, ils sont disponibles. Ce qu'il faut,
là encore, faire attention, c'est que ça ne soit pas disponible uniquement que
dans un gros groupe. Je vous donne un exemple. Si, demain, vous allez
sur le site d' Amazon pour du livre, d'ailleurs, papier ou numérique, puis que vous frappez… vous n'avez pas
un
titre spécifique en tête, mais vous voulez avoir un livre sur l'histoire
de la Nouvelle-France, vous regarderez, vous
n'aurez aucun livre québécois qui va apparaître dans les premiers, alors
qu'on a une production sur l'histoire de la Nouvelle-France non seulement
intéressante, mais aussi, importante. Pourquoi? Parce que, dans ces gros groupes, après… vont jouer des rôles d'importance
au niveau publicitaire, et donc de monnayer la place que l'on peut avoir
sur le site pour pouvoir apparaître. Donc, là aussi, il y a un danger de
diversité, et de disponibilité et de création.
Desrosiers (Sylvie) : Il
faut aussi dire que certains intervenants ont opposé le numérique et le papier,
alors qu'il n'en est absolument pas question. Les deux sont appelés à
cohabiter, et libre aux lecteurs de choisir le support avec lequel ils veulent lire leur livre. C'est très important que vous
sachiez que le numérique, pour nous, est là pour rester. Ce n'est pas l'ennemi
du livre papier, c'est une autre façon, une façon de plus d'avoir accès à la
lecture. Mais on parle d'un support, et ce
dont on veut débattre aujourd'hui, c'est de ce qu'il y a dans le support. On ne
travaille pas pour savoir pour qui on travaille ici, pour les fabricants
de tablettes ou pour le contenu.
La Présidente (Mme Vien) :
Merci, Mme Desrosiers. Mme la députée de Laporte.
Mme Ménard : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Rebonjour.
Mme Desrosiers (Sylvie) : Rebonjour.
Mme Ménard :
Ça fait plaisir de vous revoir, tous les deux, finalement. Écoutez, dans votre
rapport, vous visez le développement du lectorat et l'amélioration des
compétences en lecture des Québécois. Alors, je suis parfaitement en accord
avec vous et je suis certaine que vous vous êtes penchés… vous avez réfléchi à
des actions concrètes que vous pourriez nous parler.
contre, je pense qu'il faut se pencher sur autre chose : le libraire. Et
je m'explique. Dans un
article du Devoir , en 2011, on parlait des propriétaires de librairies,
les propriétaires de librairies fondées dans les années 70 et 80 qui
atteignent l'âge de la retraite et commencent à vouloir passer le flambeau. Et
souvent on a parlé, là, depuis hier, des fermetures de librairies, et j'ai
souvent posé la question : Est-ce que c'est la relève aussi qu'il faut
regarder? Alors, ces gens, ces propriétaires
disent qu'ils commencent à vouloir passer le flambeau. Or, les faibles salaires
dans le secteur font en sorte que les jeunes libraires ne sont pas en
mesure d'acheter les librairies. Alors qu'il s'avance dans la soixantaine, le propriétaire de deux librairies à Québec pense à
vendre depuis quelques années. Or, il constate que la tâche n'est pas
facile. Dans cinq ans, il aura à renouveler un bail puis il dit : J'aimerais
donc que ça ne soit pas moi qui renouvelle le bail. Alors, que dites-vous
là-dessus?
Moi, je reviens toujours, là…
Oui, il y a des fermetures, mais il y a beaucoup de propriétaires de librairies
qui sont rendus à l'âge qu'ils veulent
vendre leur librairie, et il n'y a pas d'acheteur. Alors, j'aimerais vous
entendre là-dessus.
M. Foulon
(Hervé) : Vous avez
parfaitement raison, le problème de relève, je pense, c'est un problème
majeur, pas seulement en librairie, je
dirais, dans toute l'industrie culturelle. J'en parle aisément, je suis plongé
dedans, vous avez entendu mon fils hier, donc j'ai, moi, la chance d'avoir
une relève qui est…
M. Foulon (Hervé) : J'ai la chance d'avoir
cette relève avec un fils et une fille. Mais malheureusement ce n'est pas le cas de tout le monde. Et il faut
arriver à mettre des conditions favorables pour cette relève. Je pense que
le gouvernement pourrait avoir un rôle à jouer dans cette relève. Mais, quand
on parle de réglementation de prix pour… parce que c'est… on est aussi dans le
débat, c'est justement pour favoriser le fonctionnement des librairies pour que
celles-ci soient plus rentables. Si une librairie est plus rentable, vous avez
plus de chance de trouver des acheteurs.
J'en
parle en connaissance de cause. Notre groupe, on a repris, en 1995, la
Librairie du Québec, à Paris — bon,
c'est à Paris, vous allez me dire, mais la problématique est la même — où on
ne vend que du livre québécois. Et il n'y avait pas de relève non plus, là.
Heureusement, bon, nous, pour des raisons… c'était intéressant, on ne voulait
pas laisser tomber. Qu'est-ce qui arrivera le jour où nous, nous ne serons plus
intéressés? Qui est-ce qui va vouloir la reprendre?
Le même problème. Il faut absolument mettre des facteurs de rentabilité pour
que la relève se fasse, que ce soit à l'interne ou que ce soit par des
rachats à l'externe, que des gens s'y intéressent. Vous parlez de salaires, de revenus,
tout ça est relié justement à la rentabilité
d'une librairie. Si, demain, on peut monter de 2 % la marge de profit d'un libraire, vous changez énormément
la donne.
Ménard : O.K. Merci. Ma prochaine question est un élément que,
je suis convaincue, vous avez discuté. Il s'agit du document de la SODEC publié en 2002 — vous en avez parlé, je pense, tantôt — qui s'intitule La librairie
agréée au
Québec : sur la concordance entre les critères d'agrément et la réalité
économique . Est-ce que vous
pensez aujourd'hui que les critères qui sont d'avoir 2 000 titres d'auteurs
québécois, 4 000 titres d'ailleurs est encore adéquat? Est-ce que vous
pensez aussi que la librairie, dans une municipalité de plus de 10 000,
doit avoir un chiffre d'affaires de 300 000 $,
si j'ai bonne mémoire, et de 150 000 $ si c'est moins de 10 000?
Avec les enjeux, là, qu'on parle, qui se passent actuellement avec les
librairies, pensez-vous que c'est encore adéquat d'exiger ces critères?
Mme Desrosiers (Sylvie) : Il y a un aspect de votre question auquel j'aimerais
répondre, qui est : vous savez, si on est ici, en train d'essayer de défendre l'existence des librairies, c'est
parce qu'elles sont les gardiennes de la diversité. Alors, on a intérêt à ce qu'elles aussi jouent
leur rôle, donc, c'est… leur rôle, qui est de donner accès aux gens au
plus de titres possible. Avec maintenant les
nouvelles possibilités d'achat en ligne dans les librairies indépendantes, le
nombre de titres auxquels on peut avoir
accès est pratiquement illimité parce qu'ils ne sont plus obligés de les avoir
en stock, tu sais.
Alors, il y a
peut-être… il y a une révision à faire au niveau de la loi n° 51, ce que
nous avons dit dans notre rapport aussi, pour certains aspects techniques,
effectivement, de la loi. Mais il ne faut pas perdre de vue : l'objectif
aujourd'hui, ici, c'est de conserver la diversité, et non pas de la diminuer
puisqu'à ce moment-là on travaille pour rien. L'aspect est plus économique.
Mme Ménard :
Donc, c'est adéquat.
M. Foulon (Hervé) : Je peux rajouter… bon, parce que je vais dans votre sens comme quoi,
oui, il faut… et on le recommande, de revoir certaines règles parce qu'au
bout de 30 ans effectivement, il y a une évolution du marché, mais elle ne doit pas être en diminuant, et c'est là
aussi où on… s'orienter, c'était la place du livre québécois que l'on
souhaiterait plus importante que ce qu'elle est aujourd'hui.
Mme Ménard :
O.K. Merci. Ma dernière question. Dans votre mémoire, vous recommandez qu'un
soutien financier soit accordé à nos
différentes institutions de diffusion pour qu'elles valorisent la consommation
et rendent plus accessibles le
produit numérique. Je comprends qu'un investissement majeur proviendrait du
gouvernement. C'est ma compréhension,
là, dans ma lecture. Et je me demande : Est-ce que vous avez évalué l'investissement
que le gouvernement devrait faire? Et est-ce que vous avez considéré
aussi que les acteurs devraient aussi participer, et à quel niveau?
M. Foulon (Hervé) : Alors, une partie, d'ailleurs, de ces recommandations a déjà trouvé sa
réponse puisqu'entre les recommandations qui ont été faites, donc, en
2011 et aujourd'hui la SODEC a mis sur pied un programme qui vient en aide, justement, pour le numérique et qui
est très apprécié. Bon, cela dit, je suis tout à fait d'accord avec
vous, la majorité de l'investissement doit être fait par les acteurs, et c'est
ce qui est le cas aujourd'hui.
peux vous dire que… Je vous disais tantôt que nous publions, nous, depuis plus
de cinq ans… tous nos titres sont disponibles en numérique, et que c'est…
Contrairement à ce que des gens ont l'air de dire, que ça ne coûte rien de mettre du livre numérique sur le marché, il faut
refaire le livre, hein, refaire un livre en format EPUB, par exemple, ce
qui vous permet en plus, avec notre lecture qui parfois n'est pas toujours la
même, suivant qu'on a des lunettes ou pas, de
grossir le caractère. Je me suis aperçu
une fois, en prenant un livre fait en format EPUB, vous le grossissez, il n'y avait plus d'apostrophe.
Donc, c'est juste pour vous montrer qu'il y a
une importance au niveau de toute la numérisation et de ce problème
et qui coûte à une maison comme la nôtre... ça a nécessité la création d'un
emploi à temps plein uniquement pour ça.
Mme Ménard :
Merci. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci à vous. M. le député de Jacques-Cartier.
Kelley : Merci beaucoup, Mme la Présidente. À mon tour, bienvenue, M. Foulon, Mme
Desrosiers, pour votre enthousiasme pour le livre.
Je vais commencer
avec une courte question factuelle. Quel pourcentage des livres achetés au Québec
sont achetés en ligne et quel pourcentage sont achetés en format numérique?
Avez-vous une idée?
M. Foulon (Hervé) : En numérique, je vais vous donner l'exemple dans notre... dans nos
groupes et je peux vous donner des chiffres précis, c'est de l'ordre de
4 % aujourd'hui en format numérique. En ligne, c'est plus difficile parce
que ça passe par les libraires. Donc, nous ne savons pas forcément, nous, qu'est-ce
qui est acheté directement en ligne. Est-ce
que ça va... Quelqu'un... Vous allez vous présenter chez Archambault, chez
Renaud-Bray, chez Amazon , donc là ça devient plus délicat. On a
quelques données pour Amazon parce qu'on travaille avec eux, mais je ne
pourrais pas vous dire le pourcentage exact.
Kelley : O.K., parce que
j'ai vu un chiffre pour le Canada et
son ensemble, autour de 25 % des livres achetés en ligne. C'est une étude qui a été faite par Patrimoine
Canada il y a quelques années, et je ne sais pas si ça, c'est semblable
au Québec.
M. Foulon (Hervé) : Je ne pourrais pas vous le dire, de quelle manière ça a pu évoluer. C'est
un mode d'achat qui existe, et qui n'était certainement pas négligeable,
et que les librairies d'ailleurs... que les libraires ont développé eux-mêmes.
M. Kelley : Qui pose un défi un petit peu partout. J'arrive d'une
rencontre avec les parlementaires américains, et là les librairies sont un petit peu jalouses du fait que les personnes
vont venir dans leur librairie, regarder les tablettes, noter les
titres, retourner à la maison et acheter en ligne parce que c'est moins cher.
Alors, j'imagine que c'est un phénomène qui risque de se produire au Québec
aussi.
M. Foulon
(Hervé) : D'où l'importance de la réglementation du prix.
Kelley : Oui, mais,
oui et non, dans le sens que… J'essaie toujours de comprendre qu'est-ce qu'il y a
sur la table, un changement, qu'est-ce que ça va faire dans le
comportement des acheteurs. Parce que, de toute évidence, le livre va demeurer le moins cher possible dans les
grandes surfaces, peu importe si c'est 10 %, 5 %. Et il y a beaucoup de personnes qui passent
dans les grandes surfaces à tous les jours. Alors, ils vont continuer d'acheter
les livres dans les grandes surfaces. Alors,
où est le transfert de marché vers les librairies plus modestes? C'est ça que j'essaie
de comprendre dans le comportement. Le monde va continuer d'aller dans
les grandes surfaces, pas uniquement ceux comme les Costco et les Wal-Mart, mais on voit dans les chiffres publiés, je
pense, dans La Presse , aujourd'hui, qu'il y a un transfert vers les grandes surfaces librairies. Alors, les
Renaud-Bray et les autres prennent une place de plus en plus importante
dans le marché aussi. Alors, comment est-ce que la proposition va changer les
comportements des personnes qui achètent des livres?
M. Foulon (Hervé) : Je peux vous faire une réponse. Bon, il y aura toujours l'achat impulsif. Donc, si quelqu'un va chez
Costco pour acheter son saumon, ses pneus neige, etc., et qu'il voit le dernier
best-seller en même temps, il ne regarde
même pas le prix, il va le mettre dans son panier. On ne l'exclut pas, et,
comme on l'a dit toujours, plus le livre sera disponible, mieux ce sera.
Mais il y a aussi un autre aspect, et je vous cite une discussion que j'avais
eue avec Pierre Renaud, il y a deux ans,
où... Pierre Renaud, c'est lui qui nous a incités, il y a deux ou trois ans,
justement à ce que les éditeurs
imposent, mettent le prix du livre qu'ils recommandent sur leur couverture. Et
il me disait : Tu sais pourquoi? C'est parce que je suis tanné de
me faire traiter de voleur par des consommateurs, des lecteurs qui viennent
dans ma librairie et demandent : Comment ça, tu vends ce livre à
tel prix? Je l'ai à Costco à tel autre prix. Bon, donc, déjà, il ne se fera
plus traiter de voleur, ce qui est quand même important pour un comm