Public Finance — 7 December 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CFP 2021-12-07
Quebec — Committees
(Dix-neuf heures trente-sept
minutes)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, bienvenue à toutes et à tous. Je constate que nous avons
quorum. Nous pouvons entreprendre nos travaux.
Comme vous le savez, la commission est réunie
afin de tenir une séance sur l'étude de la politique budgétaire du gouvernement
et sur l'évolution des finances publiques, prévue à l'article 292 du
règlement de l'Assemblée nationale. Nous accueillons donc le ministre des Finances.
M. le ministre, je vous souhaite la bienvenue.
Alors, nous avons un bloc de discussion qui
alternera de l'opposition à la
partie ministérielle, en aller-retour, pendant
tout le temps qui nous est alloué. Avant de commencer, j'aurais toutefois
besoin d'un consentement afin de remplacer le député de Sainte-Rose par le
député du Lac-Saint-Jean. Y aurait-il consentement? Je constate qu'il y a
consentement.
Alors notre séance est de 90 minutes :
25 minutes iront au groupe parlementaire formant le gouvernement,
30 minutes sera consacré à l'opposition officielle, et il y aura
17 min 30 s d'allouées pour la deuxième opposition et 17 min 30 s pour la troisième
opposition. Alors, comme le veut la tradition, M. le député de Robert-Baldwin,
la parole vous appartient.
Leitão : Très bien. Merci beaucoup, M. le Président. Alors,
bonsoir. Bonsoir, chers collègues, M. le ministre, les membres du
ministère. Bonsoir, plaisir de vous revoir, M. le sous-ministre.
Alors on va y
aller tout de suite, M. le Président, puisqu'il n'y a pas de remarques
préliminaires. M. le ministre, on va y aller avec le point directement à
la page A.6, donc le cadre financier pluriannuel. Et je commence en vous
disant... en vous remerciant, donc, d'avoir publié le cadre financier
pluriannuel. On avait une certaine... en tout cas, un certain doute, peut-être vous resteriez seulement avec les deux
prochaines années, mais nous, on a le cadre financier sur cinq ans, ce
qui est très bien.
Alors, dans ce
cadre financier pluriannuel, on voit plusieurs choses, on commence par cette
année, l'année 2021-2022. Dans
les revenus, surtout les revenus autonomes, on voit une hausse, une hausse
spectaculaire des revenus qui
provient... donc 10,6 % d'augmentation des revenus autonomes en 2021-2022,
qui provient essentiellement du fait que la croissance du PIB nominal,
elle aussi, était au-delà de 10 %.
Mais ma
première question, c'est que vous avez choisi... et je ne dis pas que je suis
d'accord ou en désaccord, mais vous avez choisi d'utiliser la plus grande
partie de ces revenus non planifiés, c'est cette augmentation majeure de
revenus... vous avez choisi d'utiliser une bonne
partie de ça pour réduire le
déficit. Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez fait ce choix?
Le Président (M. Simard) : M. le
ministre.
M. Girard
(Groulx) : Bon, évidemment... Bon, d'abord, bonjour à tous,
et c'est un plaisir d'être avec vous, et, bien sûr, les finances publiques appartiennent aux Québécois. Alors,
c'est très important d'en débattre, et merci d'être ici ce soir, merci à
tout le monde qui participe.
Il y a plusieurs façons de regarder les revenus,
la croissance, je vais sursimplifier en disant que, sur l'horizon
cinq ans, les revenus se sont améliorés de 6 milliards. Je dirais
qu'il y a 4 milliards de revenus autonomes, 2 milliards de transferts
fédéraux, là, je fais vraiment des chiffres ronds, M. le député, le gros des
transferts fédéraux étant l'entente sur les services de garde. Mais il y a
aussi plus de PIB nominal, plus des autres transferts. Et cette amélioration de
6 milliards est répartie, encore une fois, j'arrondis et je sursimplifie
parce que ce n'est pas la même chose à chaque année, la proportion, mais je
dirais 3 milliards sur le déficit, 2 milliards en dépenses courantes,
1 milliard en dépenses d'infrastructures.
Alors, outre vous dire que c'est un équilibre
qu'on a choisi 50-50, sachant qu'on avait quand même un déficit de 5,5 à 7 milliards de déficit structurel et
sachant qu'on n'aurait pas des hausses de revenus et un PIB nominal de plus
de 10 % à chaque année, bien, il était prudent d'en prendre 50 % et
de réduire le déficit structurel immédiatement.
Le Président (M. Simard) : M. le
député de Robert-Baldwin.
M. Leitão : Donc, vous avez choisi
de réduire le déficit structurel rapidement. Très bien. Encore, je ne dis pas
que je suis pour ou contre, mais je voulais que ce soit clairement, clairement
dit. Très bien.
Quand on regarde cette augmentation pour
l'année 2021‑2022 qui provient de cette croissance vraiment hors norme du
PIB nominal, et bien sûr pour les années suivantes, on voit que la trajectoire
de croissance économique devient plus normale, disons-le comme ça, et donc ça
ralentit à l'intérieur d'une fourchette à laquelle nous sommes habitués. Tout ça pour
dire que nous allons avoir des augmentations de revenus, revenus autonomes du
gouvernement du Québec, de l'ordre
de... après 2022‑2023, de 3 et quelques pour cent par année, pendant que les
dépenses des portefeuilles, elles
aussi après 2022‑2023, se stabilisent, si on peut utiliser un tel terme, aux
alentours de quelque chose de
légèrement supérieur. Encore là, je fais des moyennes rapides, donc on
va avoir des dépenses de portefeuille légèrement plus rapides que les dépenses
de revenus autonomes.
Comment est -ce que
vous allez gérer cette équation-là? Parce qu'évidemment, à un moment donné,
soit que les revenus augmentent plus vite, soit que les dépenses ralentissent
plus vite, parce qu'à terme on ne peut pas avoir cet écart qui se prolonge.
M. Girard
(Groulx) : Je vous remercie beaucoup pour cette question, puis,
peut-être pour nos auditeurs, je ne sais pas il est quelle heure, là, c'est
7 h 45, c'est là que le punch de gestion de patrimoine familial, ou
d'entreprise, ou de finances publiques va sortir, là, parce que, clairement, si
vous voulez améliorer votre situation financière à long terme, peu importe
l'entité, vous voulez que vos revenus croissent plus rapidement que vos
dépenses. Et ça, ça s'appelle l'efficacité opérationnelle. Et, si vous ne
faites pas ça, par exemple, dans votre entreprise, bien, votre revenu par action ne croîtra pas puis vous n'avez
pas une entreprise dynamique. Alors, c'était le punch, M. le Président,
et je remercie le député de Robert-Baldwin de... Moi, je regarde l'ensemble,
encore une fois, ça fluctue d'une année à un autre, mais on voit que les
revenus autonomes vont croître de 4 % puis les dépenses de portefeuille,
de 4,2 %. Alors là, ça, pour que le déficit structurel se résorbe, il
faudra avoir probablement une combinaison 0,7 % de mieux, c'est-à-dire
qu'il faudrait que les revenus autonomes croissent d'au moins 0,5 % plus
rapidement que les dépenses. Et là on voit que c'est négatif de 0,2, donc
différentiel 0,7 %.
Et la première chose
que je dirais là-dessus, c'est que, dans les cinq dernières années, les
dépenses réalisées sont inférieures aux dépenses projetées, de l'ordre de 2 à
3 milliards, 3 milliards, c'est vraiment beaucoup, là, mais disons quand on a au moins 2 % de dépenses
projetées qui ne sont pas réalisées à chaque année. Alors, en partant, il y a
un potentiel là pour que le 4,2 %...
bien sûr, il y aura des budgets d'ici là puis il y aura de nouvelles dépenses,
mais il y a un potentiel pour que,
malgré que la projection soit à 4,2 %, les dépenses pourraient être... les dépenses
réalisées pourraient être inférieures aux dépenses projetées.
M. Leitão : O.K.
Merci. Oui, je comprends, parce qu'en effet c'était le cas dans les années
précédentes. Mais ma question est la suivante : Est-ce que, donc, vous
comptez sur ça, sur le fait que les dépenses réalisées sont généralement moins
élevées que les dépenses projetées? Donc, est-ce que c'est ça qui va nous
ramener à l'équilibre à long terme ou est-ce que vous comptez aller chercher
des revenus additionnels?
M. Girard
(Groulx) : Non. Outre les transferts fédéraux... mais là, puisqu'on
est dans la discussion revenus autonomes, dépenses de portefeuille, les
transferts fédéraux sont un peu exclus de cette question. Mais j'aimerais vous
amener... Et là j'espère que je vais trouver la page rapidement. Peut-être que
je suis chanceux et j'avais mis un marqueur. Ah! mais je n'ai pas les années
subséquentes. Ah! Les voilà. O.K., pages H.32, les prévisions du PIB réel pour les années 2024‑2025, à 1,5 %, mais
c'est certain qu'on a l'intention de faire mieux que ça. Mais, par
construction, lorsqu'on fait des projections à long terme, on met les
projections qui sont cohérentes avec le secteur privé. Puis là on voit
que le secteur privé est à 1,6 % en 2024 et puis à 1,5 % en 2025. Et
donc nous, nous sommes à 1,5 %, mais on a l'intention de viser 2 %.
Et, puisque 1 % équivaut à peu près à 1 milliard, bien, si on fait un
demi de 1 %, c'est à peu près 500 millions. Alors, il y a un
potentiel au niveau de la croissance économique, il y a un potentiel dans ce
que j'ai qualifié d'efficacité
opérationnelle, c'est-à-dire que les revenus croissent plus vite que les
dépenses, il y a un potentiel au niveau des transferts fédéraux. Et
c'est ça, le plan de match.
M. Leitão : Merci.
Je voulais aller aussi à cette page-là. J'avais mis un marqueur aussi, mais je
vais y aller un peu plus tard. Mais ce n'est pas grave, on va y aller
maintenant parce que c'est une des questions, à mon avis, fondamentales, parce
que la prévision de croissance du PIB réel, 2024 et 2025, ça peut avoir l'air
très loin, ça, mais à 1,5 % par année, vous nous dites que pour vous, ça,
c'est une espèce de «low case», que vous avez tout à fait l'intention d'aller
plus loin que ça et d'aller vers les 2 %. Moi, je vous dis que j'ai
énormément de difficulté à voir comment on pourrait même atteindre 1,5 %.
Je trouve que même 1,5 %, c'est assez ambitieux, surtout quand on regarde
notre réalité démographique. Nous avons, bon, là, toute la question de la
main-d'oeuvre, parce que, dans une équation très, très simple, très simpliste,
la croissance est le fruit du capital et la main-d'oeuvre. Si la main-d'oeuvre
diminue, bien, il faut que le capital, donc l'investissement, augmente très,
très, très rapidement. Et je pense que c'est comme
ça que vous pensez à aller vers les 2 % par année, avec un investissement
très rapide. Mais comment vous allez faire ça? Qu'est-ce qui va nous...
qu'est-ce qui va faire en sorte que, soudainement, l'investissement au Québec
passe à...
M. Girard
(Groulx) : En fait, c'est tout ce sujet du PIB potentiel puis de
fermer l'écart de richesse avec l'Ontario, c'est le sujet du
chapitre B, où
nous indiquons viser une croissance du PIB par habitant de 2 %, ce à quoi
correspond un PIB réel de 2,5 %. C'est un objectif extrêmement ambitieux,
mais c'est en se donnant des cibles ambitieuses qu'on accomplit de grandes
choses. Et puis c'est avec cette combinaison-là, puisqu'on s'attend à ce que
l'Ontario soit autour de 2,2 % réel et 1,2 % PIB par habitant,
alors 80 % de l'effort devra venir de la productivité et 20 % de la
main-d'oeuvre. Et, encore une fois, j'aime bien donner des chiffres ronds,
10 % de la population active, 10 % du taux d'emploi.
En fait, ce qu'on risque de voir, puis je pense
que vous en êtes conscient, bien, c'est qu'on risque de voir des taux de chômage que nous n'avons jamais vus au
Québec. Alors, on est, là, à 4,5 % et on risque de réussir collectivement
à pousser le taux de chômage plus bas que 4 %. Et on doit aussi stimuler
la population active avec notamment toute la question des jeunes qui ne sont ni
aux études ni en emploi, le taux de diplomation, et travailleurs d'expérience,
et immigration. Ça fait que, je dirais, dans l'effort... Puis c'est ce qu'on
dit dans la
section B — puis
la
section B est entièrement réalisée par le ministère des Finances, mais en
arrière de ça, il y avait des travaux avec Mackenzie : 10 % de
l'effort, population active