Health and Social Services — 30 January 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
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Accueil > Travaux parlementaires > Travaux des commissions > Journal des débats de la Commission de la santé et des services sociaux
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32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
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31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
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30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
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27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
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Journal des débats de la Commission de la santé et des services sociaux
Version préliminaire
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43 e législature, 1 re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 30 janvier 2024
Vol. 47 N° 62
Mandat d’initiative visant à étudier les moyens facilitant le don d’organes ou de tissus, notamment l’instauration de la présomption du consentement
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures cinquante minutes)
Le Président (M. Provençal)
: À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé des
services sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue, et très heureux de
vous revoir. J'espère que vous avez passé une belle période des fêtes. Et je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et auditions publiques dans le cadre du mandat
d'initiative visant à étudier les moyens facilitant le don d'organes ou de
tissus, notamment l'instauration de la présomption de consentement.
(Interruption)
Le Président (M. Provençal)
: ...si je suis déjà ramené à l'ordre,
ça ne commence pas bien. Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Alors, Mme Caron (La Pinière) est remplacée par Mme Lakhoyan
Olivier, députée de Chomedey, pour le reste du mandat.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Nous débuterons ce
matin par les remarques préliminaires, puis nous entendrons les témoins
suivants : la docteur Marie-Josée Hébert, cofondatrice du programme de
recherche en dons et transplantation du Canada, Dr Frédéric d'Aragon, membre
des Médecins coordonnateurs du Québec et cofondateur de la Chaire de recherche
Justin Lefebvre en dons d'organes, et la Fondation canadienne du rein...
Le Président (M. Provençal)
: ...on peut dire que c'est agaçant pas
à peu près. Habituellement, je suis de bonne humeur, mais là.
J'invite maintenant la porte-parole du
groupe parlementaire formant le gouvernement et député de Bonaventure à faire
ses remarques préliminaires. Mme la députée, vous disposez de cinq minutes. La
parole est à vous.
Mme Blouin : Merci beaucoup,
M. le Président. D'abord, bonjour à vous. Bonjour également à tous les
collègues des deux côtés de la table. Très heureuse de reprendre les travaux
avec vous aujourd'hui, d'autant plus que l'exercice parlementaire qu'on
s'apprête à débuter aujourd'hui est extrêmement important à mes yeux. Et je
tiens aussi à saluer, évidemment, le collègue député de Pontiac, là, qui est à
l'origine de ce mandat d'initiative qui nous réunit tous ici, aujourd'hui.
Le don d'organes et tissus, c'est un sujet
qui revient périodiquement dans l'actualité au Québec, particulièrement sous
l'angle de la sensibilisation. Il y a plusieurs organismes, des professionnels,
des familles qui nous rappellent, année après année, qu'il est important de
discuter de dons d'organes avec nos proches, de leur faire connaître nos
volontés et de signer l'autocollant au dos de notre carte d'assurance maladie
si, bien sûr, on souhaite faire don de nos organes après notre décès.
Alors, aujourd'hui, on s'apprête à avoir
une discussion beaucoup plus englobante... beaucoup plus englobante, oui,
pardon, sur le sujet, et j'ai envie de vous dire : Il était temps. Je suis
persuadée que notre société est mûre pour ce type de discussion là, de
réflexion, et qu'on serait en mesure d'améliorer significativement la situation
actuelle, et ce à différents niveaux. On sait que le Québec s'est révélé être
une société progressiste sur ce type de sujet. On est capable de mener une
réflexion collective avec tout le respect et la profondeur que ça requiert. Le
mandat qui nous a été confié comme parlementaire, c'est d'étudier de quels
moyens le Québec peut se doter pour être plus performant en matière de don
d'organes et de tissus. Ça va nous permettre de comprendre comment on peut
faire mieux, comprendre comment on peut faire plus pour le don d'organes.
Pour ce faire, on va pouvoir compter bien
sûr sur la participation de plusieurs groupes qui viendront démystifier et
mettre en lumière les obstacles qui nous empêchent de répondre aux besoins des
personnes qui sont en attente d'un don. Et rapidement, au fil des lectures,
j'ai eu l'occasion de me rendre compte de plusieurs aspects qui sont ressortis
comme étant des champs d'action qui pourraient venir faciliter toute cette
organisation-là, et je suis certaine qu'on en aura l'occasion d'approfondir ces
pistes de solutions pendant nos travaux. C'est un sujet tellement important
puisqu'on parle non seulement d'améliorer la qualité de vie de plusieurs personnes,
mais de carrément sauver la vie de certaines personnes. Oui, on va parler du
consentement, mais on devra avoir une discussion encore plus large que ça. On
va devoir parler de prévention, de sensibilisation, d'organisation de travail,
de formation des professionnels. Ce sont tous des éléments auxquels on va
s'intéresser pendant nos travaux. On aura notamment l'occasion d'en discuter
avec les différents groupes qui vont venir nous visiter pendant les prochains
jours.
Et je reviens sur un élément qui est
extrêmement important dans notre mandat, qui est celui d'étudier les effets que
pourrait avoir l'adoption du consentement présumé au don d'organes. On se
souvient que juste de mentionner ça lors de l'adoption de la motion en octobre
dernier, ça a fait beaucoup réagir. Certains accueillent cette perspective avec
enthousiasme, mais d'autres avec méfiance. Alors, notre devoir, ce n'est pas
d'encourager une polarisation de ce débat qui est important et très sensible.
Je me permets de mentionner par contre que j'ai une extrême confiance dans
l'équipe de parlementaires qui se trouve autour de la table aujourd'hui, et de
dire que les parlementaires qui siègent à l'Assemblée nationale ont déjà fait
preuve de leur capacité à étudier des sujets sensibles et chargés
émotionnellement, de manière transpartisane et en gardant à l'esprit l'intérêt
supérieur des Québécoises et des Québécois. Évidemment, je pense notamment,
bien sûr, aux travaux de la Commission spéciale sur l'évolution de la Loi
concernant les soins de fin de vie, qui a été présidée par ma collègue la
députée de Roberval, qui a fait un travail de longue haleine pour en arriver à
des recommandations étoffées, qui reflètent les consensus existants dans la
société québécoise.
Alors, à l'instar des travaux de cette
commission spéciale, les parlementaires ont ensuite étudié le projet de loi n° 11, qui a été présenté par la ministre responsable des
Aînés et ministre déléguée à la Santé. Et ces parlementaires là ont fait preuve
d'une grande diligence et ont su bonifier ce projet de loi sans jamais le
politiser. On en est ressorti avec un projet de loi qui a su refléter les
consensus et l'avancement de notre société sur la question des soins de fin de
vie et de l'aide médicale à mourir. D'ailleurs, la ministre a déjà annoncé
qu'elle allait suivre de près nos travaux et qu'elle allait s'inspirer de nos
constats et recommandations pour élaborer un projet de loi facilitant le don
d'organes et de tissus.
Alors, je nous invite à répéter l'exercice
dans le mandat que nous débutons aujourd'hui. Je suis persuadée que les
réflexions et les discussions qui vont entourer notre travail vont se dérouler
avec bienveillance et rigueur et de façon non transpartisane. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Mme la députée...
Le Président (M. Provençal)
: ...député. J'invite maintenant le
porte-parole de l'opposition officielle et député de Pontiac à nous présenter
ses remarques préliminaires pour une durée de trois minutes. La parole est à
vous.
M. Fortin : Merci, M. le Président. Bonjour, chers collègues. Heureux
de vous revoir ici, à l'Assemblée. D'abord, je veux commencer par remercier les
collègues des différentes formations politiques, là, qui nous permettent... qui
nous permettent d'étudier l'ensemble des façons dont on... par lesquelles on
peut améliorer le don d'organes au Québec.
Juste nous rappeler, M. le Président,
pourquoi on est ici. On est ici à faire cet exercice-là parce qu'il y a 47
personnes qui sont décédées cette année en attendant un don d'organes au
Québec. On est ici, en ce moment, parce qu'il y a 913 personnes qui attendent
et qui, au quotidien, se posent la question, à savoir est-ce qu'ils vont
pouvoir obtenir les organes dont ils ont besoin pour soit survivre ou pour
améliorer leur qualité de vie. Puis on est ici, M. le Président, parce qu'on
est loin d'être les premiers de classe, au Québec, en matière de don d'organes,
et ça, ça me peine énormément, de devoir faire ce constat-là. Quand on regarde
des juridictions voisines, quand on regarde ce qui se passe outremer, on voit,
entre autres, par exemple, qu'on a... qu'on identifie, année après année, très
peu de donneurs potentiels, par exemple, comparativement à l'Ontario.
Ce qu'on ce qu'on doit mesurer, à partir
de maintenant, c'est comment on fait, comment on s'y prend pour améliorer les
choses, pour donner une chance supérieure de survie ou d'amélioration de
qualité de vie à tous ces gens-là. On a fait la proposition, au Parti libéral,
on a fait la proposition il y a quelques années, on l'a refaite encore l'an
dernier, sur la question du consentement présumé, pour potentiellement
augmenter le bassin de donneurs potentiels au Québec. Mais on est pleinement
conscients, M. le Président, que, si c'est fait de façon unilatérale, ça
n'atteindra pas les résultats souhaités, tout comme si on fait des
améliorations unilatéralement à certaines façons de faire internes mais qu'on
ne discute pas ici de la question du consentement présumé. Alors, pour nous, ça
fait
partie d'un ensemble de mesures qui doivent être mises de l'avant. Et
c'est pour ça qu'on est content d'amorcer les travaux aujourd'hui, pour pouvoir
mesurer de façon pointue, de façon spécifique, ici, au Québec, quelles mesures
on doit mettre de l'avant pour faciliter le don d'organes.
J'apprécie la comparaison qui a été faite
avec les travaux de l'aide médicale... sur l'aide médicale à mourir, parce que
c'est un dossier qui a été porté de façon, oui, transpartisane, au cours des dernières
années, mais il y a plusieurs années de ça, et le Québec s'est montré, à ce
moment-là, à l'avant-garde, effectivement, des meilleures pratiques, mais s'est
aussi porté à l'écoute de ce que les Québécois voulaient, ce que les Québécois
avaient besoin. Et je pense qu'on a besoin de refaire cet exercice-là pour ce
dossier éminemment délicat, mais qui, comme on l'a déjà dit, peut avoir un
impact énorme. La discussion qu'on va avoir au cours des prochains jours, on la
doit aux Québécois, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le député.
J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député
de Rosemont à nous faire part de ses remarques préliminaires pour une durée
d'une minute. Je vous cède la parole.
M. Marissal : Oui. Merci, M.
le Président. Content d'être de retour. Content de vous retrouver ici, là.
Donc, je n'ai pas beaucoup de temps, je ne redirai pas ce qui a été dit,
notamment par le député de Pontiac puis la députée de Bonaventure, qui ont
raison, on peut faire mieux, au Québec. Puis, souvent, on dit : Quand il y
a un problème, ça prend une solution. On a un problème avec des gens qui
attendent un organe qui pourrait leur sauver la vie. La solution se trouve dans
les gens qui pourraient faire le don. Alors, dit comme ça, c'est supersimple.
Dans la réalité, c'est un peu plus compliqué. C'est ça qu'on va étudier ici.
Moi, j'ai eu le plaisir de travailler
pendant six ans avec un jeune homme qui a eu une transplantation du foie, qui était
un de mes attachés pendant six ans dans Rosemont. Je le salue, d'ailleurs,
Kenny. Il va bien, aujourd'hui, à l'aube de la trentaine, parce qu'il a eu un
foie puis ça lui a sauvé la vie.
• (10 heures) •
Je finis sur une note un peu plus légère.
Vous savez probablement, M. le Président, que je me suis fait remplacer les
deux hanches récemment. Et je parlais avec un petit garçon, dans ma famille,
dans le temps des fêtes, puis je lui expliquais : Je me suis fait changer
les hanches. Puis son premier réflexe, ça a été de dire : Oui, mais,
Vincent, qui c'est qui t'a donné les hanches? Elles viennent d'où les hanches?
Alors, il y a de l'espoir, chez les jeunes, je pense que l'idée du don, pas
d'organe, dans ce cas-ci, là, parce qu'on ne donne pas des hanches à quelqu'un,
mais, dans ce cas-ci, ça semble avoir fait son petit bonhomme de chemin, en
tout cas, dans la tête de Jérémie, neuf ans. Alors, il y a de l'espoir.
Le Président (M. Provençal)
: ...M. le député. Ayant terminé les
remarques préliminaires, nous allons maintenant débuter les auditions. Je
souhaite la bienvenue à la Dre Hébert. Je vous rappelle, Mme, que vous aurez 10
minutes pour votre présentation, et, par la suite, nous aurons notre échange.
Alors, je vous cède immédiatement la parole.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Merci,
M. le Président. Est-ce que vous m'entendez bien?
Le Président (M. Provençal)
: Très bien.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
merci à tous. Je me présente, je suis donc ici à titre...
Haut de la page
10 h (version non révisé
e) Mme Hébert (Marie-Josée) : ...Donc,
Marie-Josée Hébert, néphrologue spécialisée en transplantation et chercheuse au
CHUM, professeure titulaire à la Faculté de médecine de l'Université de
Montréal et aussi cofondatrice du Programme de recherche don et en
transplantation du Canada.
Et quelques mots sur le programme de
recherche. C'est un programme qui est actif d'un océan à l'autre, qui regroupe
plus de 300 chercheurs, professionnels de la santé et patients partenaires
qui sont engagés vers un but commun, s'assurer que la transplantation d'organes
offre une guérison définitive en permettant à tout patient qui a besoin d'une
transplantation de la recevoir rapidement et d'avoir une qualité de vie et une
espérance de vie qui sont normales après la greffe.
Alors, j'aurai quatre messages clés. Je
vais les énoncer tout de suite, et par la suite, j'approfondirai ce qui m'amène
à ces conclusions.
Alors, le message numéro un, c'est que le
don d'organes n'est pas une fin en soi, il... ça vaut la peine de le rappeler.
Le don d'organes sauve des vies, si et seulement si il se traduit dans les
meilleurs délais par une transplantation d'organes. Et on ne doit pas prendre
ça pour acquis. Donc, oui, il faut augmenter le don, mais il faut augmenter le
don qui se traduira de la manière la plus efficace possible par une
transplantation d'organes. Et donc, tout changement, qu'il soit législatif,
organisationnel ou les deux, tout changement doit s'assurer de renforcer la
chaîne du don vers la transplantation.
Deuxième message clé, la transplantation d'organes,
c'est la solution thérapeutique qui offre la meilleure espérance de vie et la
meilleure qualité de vie aux patients avec insuffisance d'organes, nous en...
je crois que nous en sommes tous convaincus ici. Ce qui est moins connu, c'est
que la transplantation d'organes est aussi l'option thérapeutique la plus
économique et qui représente un moyen de réduction des coûts de soins de santé
pour l'ensemble de la société québécoise, pour les patients souffrant d'une
insuffisance d'organes.
Troisième élément clé, des changements
législatifs qui seraient uniquement focalisés sur le consentement présumé ne se
traduiront pas nécessairement par une augmentation du nombre de
transplantations. Ils pourraient, s'ils n'étaient pas accompagnés d'une réelle
discussion et acceptation sociétale... des changements législatifs focalisés
pourraient fragiliser le lien de confiance avec la population.
Quatrième élément clé, une approche de
gouvernance holistique à portée provinciale qui couvrirait et optimiserait l'ensemble
des étapes du don et de la transplantation, qui serviraient à planifier le
besoin et le recrutement de personnel hautement qualifié dans l'ensemble de ce
cycle, qui appuieraient la recherche et l'innovation pour le développement. Et
l'adoption de pratiques exemplaires devrait être une priorité et être
considérée comme une urgence.
Alors, rapidement, l'impact d'abord, l'impact
potentiel du don présumé. Alors, vous êtes au courant que différents pays ou
régions dans le monde, qu'on pense à l'Espagne, la France, le Pays de Galles ou
le Chili, pour en nommer quelques-uns, ont opté pour un consentement présumé.
Les impacts sur le nombre d'organes disponibles pour la transplantation ont été
variables dans ces différentes juridictions, et donc il ne faut pas conclure qu'une
posture de consentement présumé se traduit nécessairement par un nombre
croissant de dons. Alors, l'acceptabilité du don présumé peut varier en lien
avec d'autres éléments dans l'ensemble de l'organisation, mais aussi peut
varier, cette acceptabilité-là, avec certaines postures, croyances,
appartenances à différentes communautés, qu'elles soient culturelles ou
historiquement sous-représentées. Et vous l'avez déjà souligné, mais je pense
qu'il est important de souligner que, si cette posture-là est adoptée, eh bien,
il doit y avoir une discussion avec l'ensemble de la société, et qu'on s'assure
que le projet législatif est globalement accepté et qu'il ne fragilise pas le
lien de confiance de la société face à l'organisation du don et de la
transplantation.
Le Programme de recherche en don et en
transplantation a travaillé avec Transplant Québec pour organiser à l'automne 2021
un Forum international sur le don et la transplantation. Nous avions mis sur
pied une méthodologie rigoureuse, on a revu l'ensemble de la littérature
internationale, des experts locaux et internationaux ont participé aux travaux.
Il y a des conclusions.
D'ailleurs, dans le document que j'ai fait
parvenir, certaines... vous aurez accès à ces conclusions-là. Alors, je cite
une des conclusions, je vais la lire telle qu'elle a été publiée, donc c'est en
anglais : «We recommend that the choice of consent model for a jurisdiction
be guided by a broad public consultation between...
Mme Hébert
(Marie-Josée) :
...stakeholders and the general public that includes the following:
consideration of prevailing values and culture of that jurisdiction, existing
donations and health laws, organ transplantation and donation infrastructure,
and the commitment to support a model with the needed resources that will
maximize donation and transplantation activity. Donc, nécessité d'une
discussion large, transpartisane, à ce sujet, nécessité d'un programme
intensif, si ça va de l'avant, de sensibilisation, éducation et communication
pour l'ensemble de la population, mais aussi le développement d'outils
efficaces de sensibilisation et de discussion pour le personnel soignant.
Maintenant, j'aimerais revenir à... le
deuxième élément, qui est la notion que le don d'organes n'a de sens que s'il
se traduit par une transplantation, et que tout changement doit prendre en
compte pas seulement le volet don, mais aussi le volet transplantation. Il n'y
a, actuellement, pas de structure de gouvernance provinciale, au Québec, qui
supervise à la fois l'ensemble des activités de don d'organes et de
transplantation, et c'est... le cas dans d'autres provinces. Par exemple, la
Colombie-Britannique a une gouvernance provinciale pour l'ensemble du cycle.
Alors, à mon avis, ce type de structure est absolument nécessaire pour
s'assurer une gestion efficace et optimale de l'ensemble des activités et
s'assurer que tout don mène à une transplantation ou, idéalement, à plusieurs
transplantations.
La gestion des actifs de transplantation
est faite au sein de chaque hôpital, actuellement, actif. La priorité accordée
à l'activité de transplantation est établie localement. Il y a des enjeux
d'effectifs médicaux, qu'ils soient au niveau chirurgical, médical et personnel
hautement qualifié, personnel soignant, et il n'y a pas de vision globale ou de
planification globale de la gestion de ces effectifs, avec des éléments qui
sont urgents dans le domaine, particulièrement de la chirurgie du... de
transplantation rénale et pancréatique, avec une moyenne d'âge de nos
chirurgiens transplanteurs qui dépasse largement 55 ans.
L'absence d'une gestion centralisée
efficace, l'accès au plateau technique, est aussi un frein à une gestion
efficace du don qui se traduira en transplantation, et donc la gestion de
l'accès, de l'organisation, de la priorisation de l'accès à ces plateaux, mais
aussi des équipes multidisciplinaires qui sont nécessaires à faire opérer ces
plateaux... et, dans les plateaux, on parle de la salle d'opération, des soins
intensifs, pour n'en nommer que quelques-uns... est absolument essentielle. Et
j'aimerais souligner que cette difficulté d'accès aux plateaux techniques peut
mettre un frein à la transplantation, comme on l'a vu, récemment, en Alberta.
La rémunération des médecins et
chirurgiens spécialisés et dédiés à la transplantation au Québec est, souvent,
inférieure à la moyenne générale de la spécialité. Ça amène des difficultés de
recrutement et de rétention du personnel hautement spécialisé. Et, comme je
l'ai déjà mentionné, un don qui ne se traduit pas en transplantation
représente, bien sûr, un risque vital pour les patients sur la liste. Ça
représente aussi des dépenses excédentaires pour la société québécoise. Des
patients qui restent sur la liste de transplantation requièrent des soins de
santé qui sont beaucoup plus coûteux que la transplantation elle-même. Et j'ai
joint, à ma... au mémoire que j'ai déposé, une étude qui avait été faite par
l'INESSS et qui concluait que, même si les différentes mesures pour accroître
la disponibilité de reins exigeaient des investissements, ils seront rapidement
compensés par les économies résultant de l'augmentation du nombre annuel de
greffes.
• (10 h 10) •
Et donc je vais conclure en vous
mentionnant qu'investir en dons et en transplantations au Québec ça sauverait
des vies, mais ça réduirait aussi les coûts de santé. Et, dans mon mémoire,
j'ai illustré les composantes essentielles d'une gouvernance provinciale du don
et de la transplantation, donc, une structure qui permet la gestion du
personnel hautement qualifié et une planification des effectifs, une
rémunération adéquate, des accès prioritaires aux plateaux techniques, un
registre centralisé unique collectant les données normalisées d'indicateurs du
don et de la transplantation d'organes et de tissus et les indicateurs de
succès de transplantation, et le suivi et l'appui aux activités de recherche et
d'innovation, qui permettent d'augmenter le nombre de dons et de
transplantations, d'améliorer les résultats de la greffe en opérationnalisant
des pratiques exemplaires. Alors, je conclus là-dessus et je vous remercie de
m'avoir invitée.
Le Président (M. Provençal)
: C'est nous qui vous remercient, docteure,
d'être présente avec nous. Alors, sur ce, je vais maintenant céder la parole à
la députée de Bonaventure...
Le Président (M. Provençal)
: ...pour initier cette période
d'échange. 16 minutes.
Mme Blouin : Merci beaucoup,
M. le Président. Bonjour, Docteure Hébert. Merci beaucoup de votre temps avec
nous aujourd'hui. Vous avez soulevé une foule d'éléments intéressants, donc on
va tenter d'y revenir. J'ai envie de vous entendre parler, d'abord, de la
relève médicale en transplantation. Il en manque pour. Pourquoi ce n'est pas
attrayant, à votre avis? Vous avez énuméré certaines choses, mais j'aimerais
vous entendre davantage, si possible.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
M. le Président, ça va me faire plaisir de répondre à cette question-là.
Quand... Vous savez que la formation universitaire pour former un chirurgien ou
un médecin spécialisé en transplantation, elle est minimalement de 12 ans, elle
peut aller de 12 à 16 ans universitaires. Donc, elle est une formation qui est
prolongée. Par la suite, force est d'admettre que, lorsque les activités ne
sont pas gérées d'une manière centralisée, il va y avoir beaucoup d'enjeux de
prévisibilité de l'activité, et donc une activité qui doit se faire souvent de
nuit, les fins de semaine. Donc, une qualité de vie, par exemple, pour nos
collègues chirurgiens... donc, moi, je suis néphrologue, mais je parle aussi...
je vois mes collègues chirurgiens, eh bien, souvent, à ce moment-là, les
horaires erratiques, la longue formation et une rémunération qui est en dessous
de la moyenne de la spécialité entraînent une difficulté d'attirer des
nouvelles recrues, puis, après ça, de les retenir dans la pratique.
Finalement, je vous dirais aussi que nous
avions avant, au Québec, un outil qui s'appelait les plans d'effectifs médicaux
spécialisés pour la transplantation. Et donc on pouvait, avec ces plans
d'effectifs médicaux qui étaient en dehors de la comptabilisation moyenne de
chacune des spécialités, faire des recrutements ciblés, souvent à l'international,
pour attirer des personnes qui sont rares, là, en termes d'expertise, hautement
qualifiés. Et, en 2014, à l'horizon 2014-2015, ces plans d'effectifs médicaux
ont été abolis, ce qui a accentué aussi la difficulté de recrutement.
Mme Blouin : En ce moment,
est-ce qu'on est en déficit de ressources de médecins transplanteurs?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
nous sommes, en ce moment... avec le nombre de dons d'organes que nous avons,
oui, nous sommes en déficit, et ce déficit-là pourrait s'accroître, pour
minimalement deux facteurs. Première chose, comme je vous le mentionnais, la
moyenne d'âge vieillissante de l'ensemble des spécialistes qui oeuvrent dans le
domaine de la transplantation, mais avec, d'une manière aiguë, là, des enjeux
autour des spécialités chirurgicales, et où, là, on a des moyennes d'âge qui
sont largement au-dessus de 55 ans, qui frisent le 60 ans, dans certains
groupes. Et donc vous pouvez vous imaginer que, bien, dans ce contexte-là, il y
a des retraites à l'horizon, avec des difficultés de recrutement. Alors, ça,
c'est dans le volume actuel.
On souhaite tous avoir plus d'organes à
transplanter puisqu'on a de plus en plus de patients qui ont, malheureusement,
besoin de don d'organes. Et donc, si, par contre, les dons d'organes augmentent
et qu'on n'a pas plus de personnel pour s'occuper de cohortes croissantes de
patients, là, on va avoir une augmentation de la pénurie qu'on observe déjà.
Puis j'aimerais aussi souligner le fait
que c'est un contrat. Les équipes médicochirurgicales de transplantation, ce
sont des équipes multidisciplinaires, et nous suivons nos patients pour toute
la vie durant. Donc, ce n'est pas seulement une histoire d'une chirurgie puis,
après ça, on vous oublie. Il y a des patients que, moi, j'ai connus quand
j'étais résidente, dans les années 90, et que je vois encore à mes cliniques de
transplantation au CHUM. Puis pourquoi qu'ils doivent être suivis par des... un
personnel, une équipe multidisciplinaire spécialisée, c'est que les
complications associées à l'immunosuppression à long terme peuvent se présenter
tout au long des cours de la vie avec un greffe et doivent être anticipées,
mesurées, prévenues par des équipes qui sont spécialisées. Et c'est dans ce
contexte-là qu'on aura non seulement la meilleure qualité de vie, mais la
meilleure espérance de vie avec une transplantation.
Mme Blouin : Ça semble un
domaine assez fascinant. On a parlé tout à l'heure de rémunération, on a parlé
aussi de plans d'effectifs médicaux. Sinon, qu'est-ce qu'on fait pour rendre
cette profession-là un peu plus attrayante, à votre avis, quelles sont les
mesures qu'on doit mettre en place?
Mme Hébert (Marie-Josée) : C'est
clair que, si on a une gouvernance qui est intégrée au niveau provincial et
qu'on ajoute de la prévisibilité dans l'activité...
Mme Hébert (Marie-Josée) : ...et
qu'on s'assure aussi d'investir dans les équipes multidisciplinaires qui sont
là, avant la greffe, au moment du don, mais aussi de la préparation des
patients qui attendent la greffe pour qu'il soit le plus en forme possible au
moment de la greffe. Alors, un organe qui est dans... de bonne qualité au
moment de la greffe, avec un patient qui n'est pas trop malade au moment de la
greffe, ça facilite l'étape initiale, ça diminue les coûts de la
transplantation, les coûts chirurgicaux de la transplantation comme telle, mais
ça fait aussi une meilleure espérance de vie à la fois du patient qui va être
transplanté, puis de fonction de l'organe à long terme.
Donc, ça, ça veut dire qu'il faut qu'on
investisse dans les équipes multidisciplinaires à toutes les étapes, incluant
les étapes de suivi au... après la transplantation, et qu'on le fasse avec...
donc meilleure prévisibilité, meilleure gestion des ressources puis, je dirais,
approches innovantes aussi pour le suivi de nos patients pour l'ensemble de la
province de Québec. Alors, un patient qui habite aux Îles-de-la-Madeleine ne
devrait pas avoir à se déplacer dans un centre de transplantation, mais il
devrait, avec la technologie qu'on a de nos jours, être capable de voir
régulièrement, potentiellement virtuellement, ses médecins spécialisés en
transplantation qui, eux, doivent être en contact... en contact avec le
personnel soignant partout au Québec pour s'assurer que, bien, les diagnostics
qui doivent être évoqués, là, chez les patients qui sont greffés, qui n'ont pas
nécessairement les mêmes diagnostics... on doit avoir un diagnostic
différentiel qui est différent, là, chez les patients transplantés. Mais on
peut travailler avec l'ensemble du personnel soignant au Québec pour s'assurer
de la meilleure qualité de soins, où qu'on soit sur le territoire.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Et, quand je vous entends parler d'approches un peu plus structurantes, de
vision globale, tout ça, il faudrait implanter une certaine structure. Qui
devrait superviser ça, à votre avis, est-ce que c'est le gouvernement?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Bien,
oui, je vous réponds... M. le Président, je réponds à Mme la députée de
Bonaventure : Oui, absolument. Et donc il y a des exemples qui existent.
Et, bien sûr, ces exemples-là doivent être personnalisés sur les besoins de la
population québécoise, mais, si on regarde juste au niveau canadien, un
exemple, c'est BC Transplant, qui supervise l'ensemble des activités de don et
de transplantation, qui, donc, permet une gestion adéquate des effectifs pour
l'ensemble du cycle et qui permet aussi de collecter des indicateurs pour voir
si ce qu'on fait ça marche, pour améliorer nos pratiques, pour développer des
pratiques exemplaires. Et donc c'est clair qu'on est capable de faire quelque
chose comme ça au Québec.
Mme Blouin : Et, si je
reviens sur la création de plans d'effectifs médicaux en transplantation, de
quelle manière ça peut aider à améliorer l'offre de services de transplantation
au Québec, à votre avis?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Si
vous n'avez pas de chirurgien, vous n'aurez pas de transplantation, tu sais. Il
y a un moment donné où est-ce que... il faut qu'elle soit là, cette personne-là,
et puis, à quelque part, vous avez aussi besoin d'un chirurgien pour le don.
Par contre, des fois, on oublie, vous allez avoir besoin d'un chirurgien, mais,
si l'anesthésiste n'est pas là, bien, ça ne marchera pas non plus. Vous... Dans
le document que j'ai déposé, je vous ai mis une petite référence sur ce qui
s'est passé récemment, en Alberta, où la manque d'anesthésistes a fait en sorte
que les... qu'ils n'ont pas pu participer à la chaîne de dons pancanadienne en
dons vivants. Et donc il y a des patients en Alberta qui, actuellement,
attendent, ont des délais prolongés, pas parce qu'ils manquaient de
chirurgiens, mais parce qu'ils manquaient d'anesthésistes. Et donc il faut
s'assurer qu'on planifie l'ensemble des composantes essentielles du cycle, mais
l'ensemble des composantes essentielles qui font fonctionner les plateaux
technologiques qui sont essentiels aux différentes étapes, que ce soit aux
soins intensifs, que ça soit à la salle d'opération. Et donc ce n'est pas juste
un chirurgien, mais c'est aussi un anesthésiste, des infirmières qui sont
spécialisées, par exemple, en salle d'opération ou en soins intensifs, c'est
des inhalothérapeutes. Alors, il faut que... et il faut que ces personnes-là,
ces équipes-là, bien, puissent elles-mêmes, non seulement être disponibles mais
avoir une priorité d'accès aux plateaux techniques pour que l'activité puisse
se faire.
• (10 h 20) •
Mme Blouin : Et juste avant
de passer la parole aux collègues, en matière de consentement présumé, il n'y a
pas de corrélation directe à faire avec l'augmentation du don d'organes. Est-ce
que vous voulez nous en dire un petit peu plus là-dessus, sur peut-être les
éléments positifs aussi, donc, peut-être élaborer un peu?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Oui.
Je suis certaine qu'il va y avoir d'autres...
Mme Hébert (Marie-Josée) : ...intervenants
qui vont élaborer longuement là-dessus dans les jours qui viennent. Ce que je
pourrais vous dire, c'est que ce n'est pas en soi une mauvaise idée ou une
bonne idée, tout est dans la manière de le faire, tout est dans la
communication, mais aussi la discussion avec l'ensemble de la société. Je pense
qu'on a déjà des bases intéressantes au Québec pour que ça puisse se faire, ma
mise en garde, c'est qu'il ne faudrait pas y voir une panacée. Et donc, si on
ne s'occupait que de ça et qu'on n'a pas une approche holistique de l'ensemble
des étapes don et transplantation, j'insiste vraiment beaucoup, et
transplantation, eh bien, il pourrait y avoir des effets pervers à toute
initiative qui ne s'occuperait qu'à un des points du cycle. Et donc,
consentement présumé, c'est la même chose, là. Alors, il faut la discussion et
plan de communication, mais après ça, si on a plus d'organes, de quelque
manière que ce soit, il faut être sûrs qu'on va être capables de les
transplanter. Il faut... sûrs de faire... de rendre utile ce don incroyable,
là, dont nous sommes, nous, les membres des équipes multidisciplinaires de
transplantation, dont nous sommes les fiduciaires.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député de Saint-Jérôme, je
pense que vous aviez... vous vouliez vous adresser, alors je vous cède la
parole.
M. Chassin : Merci, M. le Président. Bonjour, docteure Hébert.
Évidemment, vous mentionniez... puis je continue un peu sur le... la ligne de
pensée de ma collègue, mais vous mentionniez que d'autres pourraient peut-être
nous parler, effectivement, de... des autres éléments à mettre en place autour
du consentement présumé. Évidemment, je serais quand même curieux, parce que
vous l'avez mis dans vos quatre points remarquables, qu'on retient, évidemment.
C'est sûr que c'est très intime comme décision, et en même temps, je pense que
d'avoir un débat public comme on le fait aujourd'hui, finalement, ça permet
aussi d'avoir, bien, des réflexions, des articles de journaux, etc. Mais c'est
sûr que ça, c'est un élément que nous, comme représentants élus, on a peut-être
effectivement un certain... comment dire, une possibilité de communication.
Est-ce que vous avez des éléments, que ce
soit pour la Colombie-Britannique, que ce soit peut-être pour la
Nouvelle-Écosse aussi, qui a l'air d'être une belle histoire... est-ce qu'il y
a des éléments qui vous semblent particulièrement présents, là, dans votre
approche holistique, au-delà de simplement la
partie médicale?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
juste pour être certaine que je comprends bien votre question. Alors... Parce
que je peux faire des commentaires sur le don présumé ou l'approche holistique,
ce n'est pas clair, qu'est-ce que vous voulez comme...
M. Chassin : Oui. Bien, alors, c'est ça, j'essaie de placer un peu. Mais
quand vous dites : il faut avoir une approche holistique, il faut avoir
une bonne communication, est-ce que, dans ce que vous voyez ailleurs, outre le
consentement, qu'est-ce... qu'est-ce qui doit l'accompagner, d'avoir un
consentement présumé, par exemple?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Bon.
Alors, pour le consentement présumé, précisément, si on allait dans cette
direction-là, alors il faut... la base de ce que l'on fait ici est absolument
essentiel, il faut une discussion sociale et sociétale, mais qui est aussi très
attentive aux postures des groupes qui ont été historiquement marginalisés ou
qui pourraient avoir des vues différentes sur la présomption présumée. Puis ça
aussi, c'est documenté dans les documents, là, que je vous ai envoyés, dans les
annexes, là. Et donc, ce n'est pas seulement une discussion avec la majorité,
hein? C'est aussi une discussion qui est attentive aux positions qui pourraient
être différentes de certains groupes qui ont une histoire ou un historique ou
une relation avec ou bien le gouvernement ou avec le système de santé, ou un
cadre de valeurs qui est distinct de la majorité. Et donc, on ne peut pas faire
l'économie de cette discussion-là puis de ce dialogue-là. Puis je pense qu'il
faut le faire, qu'on doit le faire.
Alors, moi, ma mise en garde, c'est il y a
peut-être d'autres changements qui, eux, pourraient être plus rapides et à
portée de main, qui apporteraient des changements significatifs et rapides
pendant qu'on fait la discussion sociale, sociétale, diverse. Et ces
changements-là sont des changements organisationnels et structurels, mais qui
devraient être faits dans les semaines, jours, mois qui viennent de passer.
Donc, il y a une urgence. J'aimerais vous transmettre un sentiment d'urgence
autour des changements de gouvernance du don et de la transplantation, et qui
permettent de gérer le personnel hautement qualifié, d'accroître le personnel
hautement qualifié, qui est nécessaire aux activités actuelles de don et
transplantation, et qui permettraient en soi...
M. Chassin : ...en quelque sorte...
Mme Hébert (Marie-Josée) : ...en
soi d'être prêt pour une augmentation, quelle qu'elle soit. Si on augmente le
don puis qu'on n'est pas capable de transplanter après, croyez-moi, nous allons
fragiliser le lien de confiance que nous avons avec la population.
M. Chassin : Tout à fait. Puis le lien est bien établi. Je pense que
j'ai ma collègue qui a une question pour vous.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Bellechasse, il
reste une minute 10.
Mme Lachance : Mon doux
seigneur! Une minute, c'est beaucoup trop bref. Merci, docteure Hébert, d'être
là. Si je comprends bien, puis c'est ce que vous venez de dire, le don, ce
n'est pas la fin en soi. La fin en soi, c'est la transplantation puis
d'augmenter la qualité de vie. Et je comprends, en lisant ce que vous avez
marqué, que, lors de... du forum de 2021, une des recommandations, entre autres,
c'est que la prémisse essentielle au consentement présumé, ce serait une
consultation publique, mais aussi une analyse rigoureuse de nos infrastructures
et des... de la structure de service. Donc, ça, c'est vraiment, selon... selon
ce qui ressort, essentiel à la mise en place de toute autre action qui pourrait
suivre pour favoriser le don d'organes. Est-ce que je comprends bien?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Dans
le contexte du don présumé, et... mais il y a des actions de gouvernance qui
peuvent être faites tout de suite. Alors donc, ce que je ne suis pas en train
de vous dire, c'est qu'on doit complètement revoir la gouvernance sans faire
quoi que ce soit d'autre et puis attendre. Ce que je dis, c'est que de
s'assurer qu'on recrute, qu'on retient notre personnel hautement qualifié dès
maintenant, qu'on ramène un plan d'effectifs médicaux et multidisciplinaires en
don et en transplantation et qu'on l'active dans les semaines qui viennent...
parce qu'actuellement on en a, là, des chirurgiens qui souhaiteraient
travailler avec nous puis on n'est pas capables de les recruter parce qu'on n'a
pas ce... cet outil-là qu'on avait avant. Donc, si on ne peut pas réactiver ça
rapidement, bien, même avec les dons qu'on pourrait avoir maintenant, on ne
pourra pas les traduire en transplantation puis on ne pourra pas sauver des
vies. Donc, ces outils-là, on en a besoin tout de suite.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Et
de les avoir tout de suite, ça nous permet de maintenir la confiance de la
population puis de faire par la suite la discussion pour mettre de l'avant,
potentiellement, si telle est la conclusion, un système de dons présumés.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, docteure Hébert. On
sent votre passion, là, dans vos réponses. Je vais céder la parole au député de
Pontiac pour 13 minutes.
M. Fortin : Oui, merci. Merci, M. le Président. Bonjour, Dre Hébert.
Merci d'être... d'être parmi nous aujourd'hui puis de nous partager votre expertise,
votre analyse, votre travail sur cette question-là. J'ai l'impression, M. le
Président, qu'en commençant avec la présentation ou l'échange avec Docteure
Hébert, on y va un peu à contre-courant du... disons, du cours temporel d'un
don et d'une transplantation d'organes. On commence avec une... vraiment
quelqu'un qui nous dit, là : Commençons par la transplantation, commençons
par parler de ça, parce que le don... le don ne sert à rien si on ne peut pas
le... si on ne peut pas l'utiliser sur un patient à la fin de la journée.
Alors, je vais commencer par, disons,
votre point principal, là, l'amélioration du réseau, des processus, des
procédés, de l'expertise pour qu'on... pour qu'on puisse vraiment faire un
maximum de transplantations. Vous avez... Vous avez mentionné l'importance ou,
en fait, vous avez mentionné la difficulté s'il n'y a pas, disons, de manière
centralisée, de manière organisée, là, vraiment un mécanisme qui permet la
transplantation. Vous avez cité BC Transplant en exemple, je pourrais dire en
modèle, je ne veux pas mettre des mots dans votre... dans votre bouche, mais
qu'est-ce qui fait en sorte que, par exemple, le modèle de BC Transplant
fonctionne bien et qui pourrait, disons... de quoi on pourrait s'inspirer du
modèle de BC Transplant?
• (10 h 30) •
Mme Hébert (Marie-Josée) : Bien,
comme je le mentionnais, la gestion de l'ensemble du cycle, mais la gestion des
effectifs et des points critiques dans l'ensemble du cycle. Donc, si on manque
de coordonnateurs, par exemple, pour faire plus de dons à partir de donneurs
décédés, bien, c'est clair qu'on n'aura pas assez d'organes. Si, par contre, on
n'outille pas assez le nombre d'infirmières spécialisées pour faire du don
vivant puis faire les évaluations avec les médecins spécialisés pour les
donneurs vivants... parce qu'on ne souhaite pas augmenter le nombre de donneurs
décédés, mais ne pas être performant aussi en don vivant. Et, quand on se
compare avec les autres provinces canadiennes, on s'est améliorés en don
vivant, mais il y a encore vraiment place à l'amélioration. Et donc c'est
l'ensemble de ces activités-là qui vont nous permettre de greffer plus de
personnes. Il y a le moment de la greffe aussi, là. Donc, ça, il faut
l'ensemble du personnel hautement spécialisé, j'en ai parlé. Puis...
Haut de la page
10 h 30 (version non révisé
e) Mme Hébert (Marie-Josée) : ...il
faut éviter que nos patients agressés reviennent sur la liste de
transplantation parce que le... n'a pas duré longtemps. Dans certains types d'organes,
c'est 30 % des patients qui sont sur la liste d'attente qui sont une regreffe.
Donc une seule greffe devrait amener une guérison à long terme sur plusieurs
décennies. Mais pour ça, il faut aussi avoir un cycle qui nous permette de
valider ce qu'on fait dans le long terme après la greffe pour être sûr que ça
fonctionne. Ça fait que, ça aussi, il faut des... je dirais, du personnel
hautement spécialisé. Ça fait que c'est pour ça, je le mentionnais, il faudrait
un registre unique aussi. Donc, il faut une structure de gouvernance qui gère l'ensemble
de ces effectifs-là puis qui s'assure que les financements sont en rendez-vous
pour l'ensemble de ces actifs là, mais aussi un registre qui nous permet de
valider : Est-ce qu'on fait la bonne chose? Puis si on fait... si on prend
les bonnes décisions au moment de la transplantation, ça devrait avoir des
impacts positifs, 15, 20 ans après sur l'espérance de vie puis la fonction
de nos patients que l'on greffe. Mais ça, on doit pouvoir le mesurer. Si on n'a
pas un outil qui est centralisé et normalisé, bien, on ne pourra pas le mesurer
puis on ne pourra pas s'améliorer efficacement.
M. Fortin : O.K. Je veux peut-être juste pousser votre analyse sur le
modèle de BC Transplant, parce que ce n'en est pas un, je vous avoue bien
candidement, que j'ai étudié jusqu'à maintenant. Alors, je suis content de vous
entendre sur cette question-là. Mais à la question de la députée de
Bonaventure, vous avez dit que c'est le gouvernement qui devrait vraiment
chapeauter cet ensemble de mesures là. Eux, BC Transplant, c'est un organisme
gouvernemental, ce n'est pas, disons... Comme ici, on a des organismes comme
Héma-Québec, comme Transplant Québec qui sont des organismes où il y a un
certain financement, mais il n'y a pas... ce n'est pas un organisme
gouvernemental comme tel. Alors, j'aimerais ça comprendre la différence de
dynamique, là, entre nos organisations et la leur.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Je
pense que c'est une vaste question puisqu'il y a une autre variable qui va être
aussi comment ceci se traduirait dans le nouvel environnement qui va être Santé
Québec. Et donc il y a l'environnement actuel puis il y a l'environnement de
transition. Je pense qu'il faudrait regarder les différents modèles et comment
ils peuvent s'articuler avec Santé Québec. Et comme Santé Québec est encore en
construction, je pense que vous me permettrez de vous dire qu'il y a certaines
variables dans l'équation qui sont encore... qui ne permettent pas de résoudre
l'équation. Mais on doit évaluer un modèle de gouvernance qui regarde l'ensemble.
Est-ce que le modèle de gouvernance doit rester au sein du ministère de la
Santé et des Services sociaux? Est-ce qu'il doit être distinct, mais rendre des
comptes au ministère de la Santé et des Services sociaux ou à Santé Québec? Je
pense qu'il faut regarder les pour et les contre. Mais il doit y avoir un
organisme à quelque part qui répond de l'activité de don et de transplantation
pour la population québécoise.
M. Fortin : Je suis d'accord avec vous, Dre Hébert, sur cette question-là.
Vous avez mentionné la question de la regreffe, et je crois, là, de mémoire, le
chiffre que vous avez utilisé, c'est 30 % des greffes au Québec sont des
regreffes. Ça, essentiellement, ça veut dire un patient qui a déjà eu une
greffe, que ça n'a peut-être pas donné les résultats escomptés au fil du temps,
ou peu importe, qui reçoit une deuxième greffe, là, mais ça fait en sorte qu'il
y a des patients qui attendent toujours pour leur première greffe pendant ce
temps là. Alors, est-ce qu'on est pire qu'ailleurs? Il y a-tu quelque chose qu'on
ne fait pas adéquatement, qu'on doit améliorer pour diminuer ce pourcentage-là,
ce 30 %-là, de regreffes, ou si c'est juste le cours naturel des choses,
puis il n'y a rien à faire de ce côté-là?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Le
risque de regreffe est un risque que tous les pays industrialisés ont et dû à
différents facteurs. La qualité de l'organe initial au moment de la
transplantation, les facteurs de risque du receveur, la présence de rejet ou
non après la transplantation, rejet qui peut être précoce, mais qui peut aussi
être tardif, d'où la nécessité de suivre ces patients-là dans le long terme. Et
donc c'est un problème généralisé. Mais c'est clair que ce problème-là est plus
grand lorsqu'on n'a pas une bonne qualité au moment de la greffe où on ne
répare pas les organes de la même manière au moment de la greffe, puis lorsqu'on
n'est pas capable de suivre adéquatement dans le long terme. Le Québec n'est
pas pire à ce niveau-là que le reste du Canada, mais, collectivement, nous
pouvons tous faire mieux.
M. Fortin : Je vous entends. Merci pour cette précision. Dans votre
mémoire, vous avez une longue et détaillée étude de l'INESSS qui, entre autres,
fait référence au fait que les soins, souvent, à long terme, là, sont plus
coûteux que...
M. Fortin : ...la transplantation. Une des choses qu'on entend beaucoup
ces jours-ci autour de cette question-là, puis entre autres de l'augmentation
des transplantations, bien, c'est est ce qu'on a les ressources pour le faire?
Est-ce qu'on a les ressources humaines, par exemple, pour augmenter le nombre
de transplantations au Québec? Dans cette étude, là, où on a analysé les coûts,
disons, des soins à long terme versus la transplantation, est-ce qu'on a aussi
analysé l'utilisation des ressources humaines? Parce que, par exemple, un
patient qui est en dialyse pendant des années, des années, des années, bien, ça
a un coût au niveau des ressources humaines également, là, ça veut dire qu'il y
a des infirmières qui s'occupent de lui jour après jour. Alors, est-ce qu'il y
a un avantage à, disons, à augmenter notre nombre de transplantations au niveau
de l'utilisation des ressources humaines?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Alors,
la réponse est oui. D'ailleurs, il y avait... Il y a une analyse pharmacoéconomique,
qui n'est pas la seule, hein, il y en a plusieurs dans la littérature, là. J'ai
donné celle-là, même si elle date un peu parce qu'elle s'applique vraiment à la
population québécoise. Mais on sait que les patients, si on compare quelque chose
que je connais bien, là, les patients greffés rénaux par rapport à des patients
qui sont dialysés, et les patients greffés rénaux, après la première année,
consomment beaucoup, beaucoup moins de services de la part du système de santé
par rapport à un dialysé qui demande une utilisation de plateau technique mais
aussi de personnel hautement qualifié d'une manière qui est beaucoup plus
intensive dans la durée. Puis en plus, c'est associé avec une moins bonne
qualité de vie, la dialyse, puis avec une moins bonne espérance de vie à long
terme. Moi, je n'en connais pas beaucoup, là, de domaines où est-ce que de
faire la meilleure chose pour chaque individu, c'est aussi ce qui coûte le
moins cher à la collectivité, là. Je n'en connais vraiment pas beaucoup. Ça,
c'est comme la... l'exception qui confirme la règle. Mais cette exception-là,
on peine encore à la financer à sa pleine capacité. Puis donc, collectivement,
ça nous coûte plus cher de ne pas investir en transplantation et donc de ne pas
donner des soins optimaux à l'ensemble des patients qui ont une insuffisance
d'organe au Québec.
M. Fortin : Bien, je vous remercie de nous... je ne veux pas dire de
nous rappeler à l'ordre, là, mais de nous rappeler ce constat-là que
l'augmentation des transplantations, là, c'est... ça a une amélioration sur,
comment dire, les finances, peut-être, publiques, ça a une amélioration sur le
niveau d'utilisation de ressources dont on a besoin pour s'occuper des
patients, puis ça a une amélioration sur la qualité de vie des patients, là.
C'est un... C'est ce qu'on appelle un win-win-win, là. Il y a... Il y a très
peu de, disons, de scénarios où on perd là-dedans. Je veux... Je veux
terminer...
Mme Hébert (Marie-Josée) : Qualité
de vie et espérance de vie.
M. Fortin : Oui, absolument. Je veux terminer peut-être notre
intervention, M. le Président, sur la question du consentement présumé. Et je
pense qu'on s'entend tous, là, pour dire que c'est un des outils qu'on a parmi
plusieurs autres. Et vous avez parlé des outils à très, très, très court terme,
ou même à moyen terme, que le gouvernement peut mettre en place, ce qui ne nous
empêche pas d'avoir la... d'avoir la réflexion, la discussion, la décision,
peut-être même, sur le consentement présumé. Vous avez mentionné qu'au Québec
on a des bases, je veux vous citer correctement, là, «on a déjà des bases
intéressantes» pour le consentement présumé. Qu'est-ce que vous voulez dire par
ça, déjà.... «on a déjà des bases intéressantes»?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Bien,
on a déjà ce que vous faites, cette approche transpartisane, neutre et
objective. Je vous dirais que ce qui a déjà été fait pour l'aide médicale à
mourir démontre qu'on est capables d'animer une... sereinement, d'aborder
sereinement des sujets difficiles et sensibles. Puis je vous dirais aussi qu'on
a l'expertise, en termes de recherche multidisciplinaire et de leadership
international, pour être capables d'outiller cette réflexion-là, j'en veux pour
témoin le Forum international qu'on a organisé. L'organisation de recherche que
j'avais cofondée, là, le Programme de recherche en don et en transplantation du
Canada, avec Transplant Québec, mais c'est les meilleurs experts internationaux
qui ont été là et qui ont cosigné avec nous les recommandations, et le leadership
venait du Québec. Donc, on a tout ce qu'il faut pour faire ce qu'il y a à
faire.
M. Fortin : Oui. Très bien.
• (10 h 40) •
Le Président (M. Provençal)
: 50 secondes.
M. Fortin : Juste en terminant, en terminant, M. le Président, je veux
peut-être rappeler aux parlementaires et à ceux qui nous écoutent, aux groupes
qui sont ici, là, l'importance de ce que docteure Hébert a mentionné, qui moi,
est quand même venu me rejoindre, là. Elle a cité justement certains des constats
suite au forum de 2021 et des recommandations...
M. Fortin : ...recommandations, elle l'a dit en anglais tout à l'heure,
là, mais la considération des valeurs prévalentes et de la culture de la
juridiction, là. Il me semble que dans notre débat, ici, effectivement, la
notion de la culture et des valeurs québécoises doit faire
partie de nos
discussions, absolument. J'apprécie que vous ayez amené ce point-là, Dre
Hébert.
Mme Hébert (Marie-Josée) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le député. Nous
allons poursuivre maintenant avec le député de Rosemont. Quatre minutes, M. le
député.
M. Marissal : Merci. Avant de
partir le chronomètre, je présume, M. le Président, que dans votre grande
magnanimité, vous avez réparti le temps d'un collègue qui, malheureusement, ne
peut pas être ici. Je comptais sur vous là-dessus. Merci, M. le Président, pour
Dre Hébert, bonjour, merci d'être là. Vous
avez entendu, j'ai quatre minutes, donc je vais couper court aux salutations,
même si elles sont sincères et distinguées. Vous avez dit essentiellement dans
votre mémoire: Il n'y a pas de structure de gouvernance provinciale
actuellement qui supervise à la fois les activités de don d'organes et de
transplantation d'organes. Vous dites aussi plus loin qu'il n'y a plus de plan
d'effectifs médicaux spécialisés en transplantation. Moi, je suis critique en
santé depuis près de trois ans, là, puis j'ai compris une affaire: c'est que,
pour que quelque chose marche ou pour qu'on puisse penser que ça pourrait
marcher, il faut que ce soit une priorité. Là-dessus, le ministre de la Santé
et moi, on s'entend, puis je pense que tout le monde s'entend là-dessus. Est-ce
que c'est une priorité, le don d'organes, au Québec en ce moment?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Le
don peut être une priorité. Il n'y a pas une bonne compréhension que don puis
la transplantation, ça va ensemble puis que ça doit être organisé tout
ensemble. Et donc ça, c'est un des freins, puis la manière dont par exemple le mandat
d'initiative a été intitulé, «moyens qui facilitent le don d'organes et de
tissus»... Mais c'est-tu en fonction de.... Il faut que ça se traduise par une
transplantation. Puis ça, on l'a pris pour acquis, et, parce qu'on l'a pris
pour acquis, on n'a pas structuré la gouvernance de telle sorte qu'on couvre
tout ça et on s'est départi d'outils qu'on avait avant, dont les plans
d'effectifs médicaux spécialisés dans le domaine de la transplantation, qui
font qu'actuellement, ce qui a été pris pour acquis pendant des décennies, soit
la transplantation, bien, ce n'est plus une priorité, et donc le don d'organes
est demeuré une priorité, mais aux dépens de la transplantation. Et moi, ce que
je vous dis, c'est que la transplantation d'organes, elle doit redevenir une
priorité.
M. Marissal : O.K. Bien, vous
faites bien de nous le dire, parce qu'à première vue ça semble tout à fait
logique et normal, là, sauf que la chaîne... une chaîne est toujours aussi
forte que son maillon le plus faible, là, et là il y a un problème dans un des
maillons qui mènent vers la transplantation, c'est bien compris. Puis c'est
vrai qu'on l'avait intitulé «pour faciliter le don d'organes et de tissus»,
mais je pense que tout le monde ici a bien compris votre point.
Vous dites par ailleurs qu'ils sont moins
bien payés, les médecins spécialistes qui font ça. Comment on explique ça? Je
comprends mal la mécanique et la logique de ça.
Mme Hébert (Marie-Josée) : C'est
complexe, je ne pourrai pas vous répondre en moins de quatre minutes. Mais ce
que je peux vous dire, c'est que les rémunérations sont en général gérées par
les différentes associations, donc par exemple néphrologues, chirurgiens
généraux, chirurgiens thoraciques. La représentation des spécialistes qui sont
surspécialisés en transplantation à l'intérieur de ces associations-là, elle
est infime, tu sais. Donc, c'est rare que ça arrive au-dessus de la pile, et
donc il faut que le volet transplantation soit extrait de la vision de chaque
sous-spécialité pour que ça devienne une priorité en soi, là, en dehors de...
donc pas pris à la pièce puis fragmenté, mais, vraiment, qu'est-ce qu'il nous
faut pour tout faire ça ensemble.
M. Marissal : Je comprends
bien. Peut-être un dernier point, s'il me reste du temps, là. Vous dites «des
accès prioritaires préétablis aux plateaux techniques et au personnel hautement
qualifié nécessaire pour le don de transplantation». Est-ce que c'est possible
en ce moment? Il semble qu'il y ait déjà un embouteillage dans... sur nos plateaux,
dans les blocs opératoires. Quand il n'y a pas d'embouteillage, c'est parce
qu'il n'y a pas de personnel, donc il n'y a pas d'embouteillage, mais il n'y a
pas d'activité non plus. Ça, en ce moment, est-ce que ça serait possible de le
faire, ou ça demande effectivement une réorganisation majeure?
Mme Hébert (Marie-Josée) : Ça
demande une réorganisation, mais c'est possible, puis on a le devoir de le
faire, puis c'est si on travaille ensemble qu'on va trouver une manière de le
faire. Il pourrait y avoir une pénurie au CUSM, puis il n'y en a pas à
Maisonneuve-Rosemont; il pourrait y avoir une pénurie à Québec, mais il y en
a... ou à Sherbrooke, puis il n'y en a pas à Montréal, puis à ce moment-là, la
transplantation, elle va se faire, si tout est fait pour qu'on sache où on s'en
va. Parce que, quand on nous offre l'organe, on n'a pas trois jours devant
nous, hein, il faut que les décisions se prennent rapidement, ça fait qu'il
faut qu'on sache où on peut aller, puis nous, on est...
Mme Hébert (Marie-Josée) : ...des
gens d'équipe, un travail d'équipe. Il faut qu'on soit sûrs que tout ce qu'on a
besoin pour le faire, puis le bien faire, ça soit disponible et qu'après ça,
bien, qu'on accède le plateau technique. Tout ça, ça se planifie. Mais, si on
le fait à la pièce, bien, la planification, elle va être sous-optimale. Puis, à
ce moment-là, la pénurie, le risque de pénurie va être multiplié par toutes
les... par tous les endroits où il y a des prises de décisions à la pièce.
M. Marissal : O.K. C'est tout
le temps que j'ai. Je vous remercie, Dre Hébert.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Dre Hébert, pour
votre contribution à nos travaux.
Je vais suspendre ceux-ci pour quelques
minutes, le temps de procéder et de permettre à... au docteur D'Aragon de venir
s'installer. Alors, merci beaucoup, c'est grandement apprécié.
(Suspension de la séance à 10 h 47)
(Reprise à 10 h 49)
Le Président (M. Provençal)
: Nous revenons en ondes. Je souhaite
maintenant la bienvenue au Docteur D'Aragon. Et je vous rappelle, docteur, que
vous aurez 10 minutes pour votre... pour votre exposé, excusez-moi, et par
la suite, nous allons procéder à la période d'échange. Alors, je vous cède
immédiatement la parole.
M. D'Aragon (Frédérick) : Merci
beaucoup. Tout d'abord, j'aimerais, en fait, remercier mes collègues qui m'ont
gentiment libéré aujourd'hui pour être présent parmi vous. Je remercie les
membres de la commission, là, pour cette invitation.
Donc, je me présente, je suis Frédérick
D'Aragon. Je suis anesthésiologie et médecin spécialiste en médecine des soins
intensifs ainsi que médecin coordonnateur en don au CIUSSS de l'Estrie CHUSet,
bon, finalement, je suis professeur agrégé à l'Université de Sherbrooke. Depuis
2017, je suis clinicien chercheur du Fonds de recherche du Québec en santé, et
récemment, j'ai eu le privilège d'être nommé titulaire de la toute première
chaire québécoise et canadienne de recherche en don d'organes, soit la chaire
de recherche Justin Lefebvre sur le don d'organes de l'Université de
Sherbrooke.
Pendant ma formation complémentaire, j'ai
eu l'opportunité de faire une maîtrise en don d'organes et prélèvement ainsi
qu'un certificat en transplantation de l'Université de Barcelone en Espagne.
Ces formations m'ont permis d'observer les différentes pratiques entourant le
don d'organes dans ce pays reconnu pour ses pratiques exemplaires.
• (10 h 50) •
Au Québec, 92 % de la population est
favorable au don d'organes, alors qu'environ 60 % consentira au don le
moment venu. Les besoins criants en transplantation combinés à cet écart entre
la volonté d'être un donneur et celle d'être un... de devenir donneur
alimentent les discussions à l'égard du consentement présumé au don. C'est dans
ce contexte que je souhaite partager avec vous mon expérience à
titre de
médecin coordonnateur ainsi que mes connaissances scientifiques entourant les
moyens facilitant le don d'organes et tissus au Québec et la place du
consentement présumé.
En 2022, 913 Québécois étaient en
attente d'une transplantation. La majorité, en fait, était en attente d'une
greffe rénale, alors que 483 patients, eux, ont bénéficié d'une
transplantation, et malheureusement, 47 patients sont décédés sur les
listes d'attente. Au cours de cette même année, 171 patients sont devenus
des donneurs décédés et ont permis la transplantation de 548 organes. Le
Québec se situe au quatrième rang des provinces canadiennes avec
19.6 donneurs par million d'habitants, tout juste derrière l'Ontario.
Au Québec, le don d'organes est...
M. D'Aragon (Frédérick) :
...possible dans trois circonstances : le don d'organes après décès
neurologique, le don d'organes après décès circulatoire, et, finalement, le don
vivant. Le don d'organes après décès neurologique, mieux connu sous l'expression
de mort cérébrale, survient lorsqu'un patient subit une perte irréversible de
l'ensemble des fonctions cérébrales, soit, en fait, la capacité de respirer
spontanément et même l'état de conscience, tout simplement, et ça suit, en
fait, une catastrophe neurologique sévère. Dans pareilles circonstances, le
décès neurologique sera confirmé par un examen physique et un test clinique par
deux médecins indépendants. Un donneur d'organes après décès neurologique peut
donner jusqu'à huit organes et donc sauver ou améliorer la vie d'autant de
receveurs. Certains patients admis aux soins intensifs et sous thérapie de
maintien de fonctions vitales, lire ici ventilation mécanique, médicaments pour
augmenter la tension artérielle ou pour fouetter le cœur, auront une
catastrophe neurologique sévère sans perte complète des fonctions cérébrales.
Lorsque les chances de guérison sont faibles, les familles peuvent choisir de
retirer, par compassion, les thérapies de maintien des fonctions vitales,
sachant qu'un décès circulatoire, soit l'absence des battements cardiaques et
de pression artérielle ainsi que la respiration, suivra.
Si un patient est susceptible de mourir
quelques heures après le retrait des thérapies de maintien de fonctions
vitales, il peut y avoir une opportunité de don d'organes. C'est ce qu'on
appelle en fait le don d'organes après décès circulatoire, et on peut donner
jusqu'à cinq organes. Au Québec, un donneur vivant peut donner un rein ou une
partie de leur foie. Malheureusement, le don vivant est relativement rare au
Québec. En effet, plus de 70 % des organes prélevés proviennent des
donneurs décédés. Considérant que je ne suis pas un expert du tout en don
vivant et que des représentants du Programme québécois de don vivant seront
avec vous dans les prochaines heures, le reste de ma présentation portera sur
les donneurs décédés.
Le processus de don débute par
l'identification d'un patient pouvant devenir un donneur potentiel.
L'identification repose sur des critères cliniques suivants : l'atteinte
neurologique sévère, un patient qui est sous thérapie de maintien de fonctions
vitales et pour lequel un arrêt de ces thérapies-là est envisagé. Actuellement,
nous ne sommes pas en mesure d'identifier en temps réel les donneurs
potentiels. Le tout doit se faire via une analyse rétrospective annuelle. De
manière conservatrice, nous pouvons estimer qu'entre 10 à 20 % des
donneurs potentiels ne sont pas identifiés. Une fois identifié, le dossier du
patient est référé par un membre de l'équipe soignante ou par du personnel
dédié en dons, infirmières ressources, par exemple, à Transplant Québec. La
référence permet principalement de vérifier l'inscription du patient au
registre et, de manière secondaire, de déterminer s'il y a la présence de
contre indication absolue au don d'organes. Je tiens à mentionner que les
contre-indications absolues sont excessivement rares.
Actuellement, le Code civil du Québec
oblige le directeur des services professionnels d'un centre hospitalier à
référer tous les donneurs potentiels à Transplant Québec ou Héma-Québec. Une
fois la référence acceptée, l'équipe traitante et/ou le personnel dédié de
Transplant Québec approche la famille pour l'obtention du consentement au don.
En présence d'un consentement, l'étape qui comprend l'évaluation et la prise en
charge du donneur suit. Pendant cette étape une série d'examens paracliniques
et interventions pharmacologiques ou des actions techniques seront réalisés
afin d'évaluer la qualité des organes et optimiser la fonction de ceux-ci. Le processus
se termine par l'étape du prélèvement.
Le prélèvement des donneurs d'organes
après décès neurologique est réalisé dans un des centres de prélèvement
d'organes dédiés au Québec, alors que le prélèvement des donneurs d'organes
après décès circulatoire sera réalisé dans le centre hospitalier où le donneur
est situé. Environ trois jours se seront écoulés entre le moment du
consentement au don et le prélèvement des organes. La durée de prise en charge
est en augmentation, à un point tel où elle serait la raison principale
invoquée par les familles pour refuser le don. Il faut dire que la durée de
prise en charge du donneur s'ajoute déjà à quatre à cinq jours
d'hospitalisation aux soins intensifs qui ont précédé le consentement au don
d'organes.
L'article 43 du Code civil stipule qu'un
individu peut autoriser sur son corps le prélèvement d'organes post-mortem et
que ses volontés doivent être respectées, sauf motif... impérieux, pardon. Dans
les faits, la grande majorité, si ce n'est pas l'entièreté de mes collègues,
vont respecter la décision de la famille, car nous ne sommes pas ceux qui
devront vivre avec le deuil, et un patient, en fait, pourrait avoir changé ses
volontés sans avoir fait modification au registre de la carte... au registre
disponible ou sur sa carte d'assurance maladie.
En fait, c'est dans ce contexte qu'un
modèle de consentement présumé pourrait être perçu comme étant souhaitable. Le
consentement présumé est un modèle où nous supposons que le patient donne son
accord tacite au don d'organes. Ce modèle, utilisé majoritairement en Europe,
repose sur les arguments suivants : il y a des pertes d'organes aux décès,
le manque d'opportunités, en fait, pour signaler l'intention d'un patient de
devenir donneur, les vetos familiaux, et une population qui est généralement
favorable au don. Or, les évidences supportant les bénéfices d'un modèle de
consentement présumé sont contradictoires. Des 32 études répertoriées étudiant
le bénéfice associé au modèle de consentement présumé par rapport au consentement...
M. D'Aragon (Frédérick) : ...explicite,
une seule a démontré le bénéfice direct entre le consentement présumé et le
nombre de donneurs et d'organes prélevés. À l'opposé, les auteurs de la
majorité des études n'étaient pas capables de distinguer l'effet du
consentement des autres facteurs pouvant expliquer une hausse du nombre de
donneurs, tels que : les budgets d'organismes aux dons d'organes,
l'éducation du public, le nombre de donneurs potentiels par année, le nombre de
centres de transplantation, le produit intérieur brut par habitant et les
religions.
À cet effet, la croyance populaire veut
que le succès de l'Espagne repose sur la présence du consentement présumé. Dans
les faits, chaque famille de donneur est approchée pour l'obtention d'un
consentement, et le taux de consentement en Espagne se situe entre 70 et
80 %. En Espagne, la
loi sur le consentement présumé a été adoptée en
1979. À ce moment, le nombre de donneurs par million d'habitants était autour
de 12. Ce nombre est demeuré relativement inchangé jusqu'en 1989, l'année où
l'OMT, donc l'organisme chapeautant les activités de don en Espagne, a été
créé. Depuis, le nombre de donneurs par million a constamment augmenté, pour
espagnol repose sur six éléments. Tout d'abord, il y a l'OMT, comme telle, qui
gère l'ensemble des activités de don et transplantation dans le pays.
L'ensemble des décisions prises par l'OMT est approuvé par une commission de la
transplantation du conseil interterritorial de la santé. Cette commission
regroupe l'ensemble des parties prenantes impliquées dans les activités de don
et transplantation. À
titre informatif, au Québec, les réseaux québécois de don
et transplantation d'organes jouent un rôle essentiellement comparable à celui
de la commission de la transplantation.
La présence d'un coordonnateur en
transplantation dans chacun des hôpitaux du pays constitue l'élément central du
modèle. En plus de réaliser des activités de sensibilisation, il est
responsable de développer et systématiser les processus d'identification des
donneurs, de procéder à la référence à l'organisme de don, d'obtenir le
consentement, de faire la prise en charge en fonction des guides de pratiques
en place et d'organiser le prélèvement des organes, le tout en soutenant les
familles de donneurs. Il est nommé par le directeur médical de l'hôpital et
relève directement de lui. Plus de 60 % des médecins sont... des
coordonnateurs sont des médecins ayant une spécialité en médecine des soins
intensifs et la très grande majorité ont une pratique à temps partiel. La
création des postes de médecin coordonnateurs au Québec et son augmentation
récente représente clairement une avancée pour les activités de don dans notre
province.
Le troisième facteur clé du modèle
espagnol est le programme d'assurance qualité. Chaque centre hospitalier doit
procéder, sur une base annuelle, à un audit interne. De plus, ces hôpitaux sont
audités par des membres externes, de manière aléatoire. La formation des
professionnels de la santé représente un autre élément phare du modèle
espagnol. Tous les professionnels de la santé, directement ou indirectement
impliqués dans le don d'organes, reçoivent une formation portant sur les
grandes étapes du processus de don. Des formations additionnelles avancées sont
ouvertes aux professionnels de la santé directement impliqués dans les
activités de don.
Finalement, l'ouverture de l'OMT aux
médias et le système de remboursement hospitalier en place dans les autres...
sont les autres facteurs qui contribuent au succès du don en Espagne.
Sans égard au type de modèle de
consentement préconisé, un système doit être en mesure d'améliorer ses
pratiques. Au cours des dernières années, un intérêt grandissant pour la
recherche sur les donneurs est survenu. Cette recherche a pour but d'augmenter
l'identification des donneurs, le consentement ainsi que la quantité et la
qualité des organes prélevés. Malheureusement, les progrès sont lents, voire
pratiquement inexistants. Dans les nouvelles lignes canadiennes sur la prise en
charge des donneurs d'organes aux soins intensifs, seulement deux des 36
recommandations s'appuient sur des études randomisées contrôlées, soit le plus
haut niveau d'évidence scientifique. La majorité des recommandations, en fait,
reposent sur des avis d'experts. Le processus de consentement à la recherche
est particulièrement complexe, et la recherche en don implique des
considérations additionnelles et surtout... Par exemple, pour chaque donneur
randomisé, il y aura... inclus dans une étude, pardon, il y aura trois à quatre
receveurs d'organes correspondants pour lesquels un consentement à la recherche
sera requis.
Le Président (M. Provençal)
: ...vous demander de conclure parce
que votre temps est écoulé.
• (11 heures) •
M. D'Aragon (Frédérick) :
Parfait. Donc, je vais conclure en disant que, sans égard à la... En fait, tout
d'abord, je crois qu'une discussion sur un débat de société doit être réalisée
sur le consentement présumé, préalablement à son implantation. Dans mon
mémoire, vous pourrez voir une série de suggestions que je fais pour améliorer,
en fait, le processus de don. Je vous remercie de votre attention, et désolé
d'avoir dépassé le temps. Quand je me suis pratiqué, ça rentrait dans 10
minutes.
Le Président (M. Provençal)
: Pas de problème. Je vais céder la
parole à la députée de Bonaventure pour le début de l'échange.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
D'abord, bonjour, Docteur D'Aragon. Merci de votre présence parmi nous. Merci
aux collègues aussi qui vous ont libéré, ils semblent nombreux, avec tout ce
que vous faites. Est-ce que vous voulez terminer votre... Avez-vous autre chose
à ajouter?
M. D'Aragon (Frédérick) : Ça
va, merci.
Mme Blouin : Bon. Parfait.
Vous avez travaillé en Espagne. On sait que c'est une des juridictions les plus
performantes. Vous en avez parlé un petit peu. J'aimerais vous entendre
davantage, justement, sur comment ça fonctionne, les bonnes pratiques...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) Mme Blouin : ...lesquels on
devrait s'en inspirer au Québec. Est-ce que vous pouvez nous en parler un peu
davantage?
M. D'Aragon (Frédérick) : Bien,
en fait, oui, clairement. Bien, en fait, ça
part complètement d'en haut, du
système. Tout le monde, je parlais de la commission tout à l'heure, mais tout
le monde se parle. Vous avez noté il y a plusieurs acteurs impliqués dans le
don et la transplantation, que ce soit du côté des soins intensifs, que ce soit
des équipes de transplantation qui sont situées dans différents milieux
hospitaliers, donc à distance géographique. Il y a Transplant Québec aussi qui
est impliqué, là-dedans, bref, plusieurs acteurs. Et tout le monde est à la
même table pour prendre des décisions sur les conduites à adopter. Ça, c'est
un. Deux, ensuite, de ça, il y a des coordonnateurs cliniques en don qui sont
libérés, en fait, pour faire que des activités de don, sensibiliser, puis aussi
aider les collègues sur le terrain. Ça, c'est un élément qui est absolument
important.
En fait, le troisième, je dirais, c'est la
formation. En fait, c'est la formation à plusieurs niveaux, ce n'est pas
nécessairement de la formation au niveau de la population en général, mais
surtout au niveau des professionnels de la santé. Elle est obligatoire, et ça
favorise une culture positive, en fait du don d'organes. On ne voit pas le don
comme un fardeau, mais on voit ça comme une plus-value pour l'hôpital et la
société en général.
Mme Blouin : Bien justement,
on va poursuivre avec la formation. Ici, au Québec... bien, deux questions, en
fait: Comment on peut l'améliorer, cette formation-là professionnelle? Et
j'entends, peut-être que je me trompe, mais j'entends que la formation est
vraiment diffusée à un sens large, donc pas juste aux professionnels qui sont
ciblés. Pourquoi? C'est quoi, les impacts positifs de ça?
M. D'Aragon (Frédérick) : En
fait, il y a tellement de personnes qui sont impliquées dans un processus de
don, même des techniciens en radiologie, et ainsi de suite, je pourrais en
parler pendant des heures. Mais, à l'heure actuelle, ce qui devrait être fait
comme formation, en fait, pour, entre autres, les corps de métier qui sont
directement impliqués, que ce soit les médecins en médecine des soins
intensifs, inhalos, infirmières, il devrait y avoir une formation obligatoire
pour ces professionnels-là. Maintenant, le véhicule de comment le faire et
qu'est-ce que ça doit contenir est probablement un peu secondaire.
Mais elle devrait être obligatoire, cette
formation-là pour justement décrire c'est quoi, le processus pour sensibiliser
les gens à la... un, à la rareté des organes, deux, à la complexité du
processus. Et le fait qu'on manque un donneur, c'est un donneur manqué de trop.
Vous savez, il y a une règle qu'on utilise, là, c'est environ 1 % des
décès dans un hôpital qui vont se qualifier au don.
Donc, au final, là, il ne faut pas manquer
ce donneur-là parce que la prochaine fois, ça risque d'être dans plusieurs
semaines, voire mois, et on aura manqué une opportunité importante.
Mme Blouin : ...des donneurs,
des donneurs, oui, vous dites qu'on en échappe plusieurs, mais comment est-ce
qu'on peut mieux les identifier puis comment on peut ne pas les échapper, si on
veut?
M. D'Aragon (Frédérick) : Bien,
premièrement, je pense qu'on devrait avoir... L'obligation de référence ne
devrait pas être via le directeur des services professionnels pour quelque
raison, mais vraiment, pratico-pratique, une grande
partie des activités de don
d'organes ont lieu à des heures défavorables. C'est la fin de semaine, c'est le
soir, c'est pendant le congé des fêtes, bref, ainsi de suite, ce qui fait en
sorte que les professionnels ne se sentent pas toujours responsables de devoir
procéder à la référence. Si la référence reposait sur une obligation des
professionnels, je crois que, déjà là, on pourrait augmenter le taux de
référence, même avant ça, d'avoir un processus d'identification.
On parle qu'on a des processus
d'identification, je pense que les centres hospitaliers, où est-ce qu'il y a
des activités de prélèvement plus importantes, ont des processus
d'identification. Mais moi, je parle des hôpitaux comme dans ma région, les
Granby de ce monde, les Cowansville de ce monde, doivent avoir des procédures
d'identification des donneurs, parce qu'il y a des donneurs qui sont là qu'on
manque à l'heure actuelle, puis on n'est pas capable de le savoir en temps
réel. En fait, je le sais l'année suivante, difficile d'intervenir, à ce moment-là,
pour améliorer les choses.
Mme Blouin : On va prendre un
moment pour absorber. Je vais changer de sujet, même si c'est très intéressant.
Je suis certain que les autres collègues... certaine que les autres collègues
auront des questions sur le sujet aussi. Vous avez dit que, dans la pratique,
il y a le respect de la volonté des familles. J'imagine que, si on allait pour
le consentement présumé, ça serait la même chose, ce serait une pratique qui demeurerait.
M. D'Aragon (Frédérick) : En
fait, oui, en fait, de la manière... En fait, la vaste majorité des modèles de
consentement présumé continuaient à approcher les familles, et donc les vétos
familiaux doivent continuer à s'appliquer, d'où je pense l'importance de
sensibiliser la population et les professionnels de la santé, ainsi de suite,
pour justement travailler sur ce qu'on dit être les vétos familiaux. Parce que
le consentement présumé, comme on le propose à l'heure actuelle, ne va pas corriger,
en fait, ce véto familial là, selon ce que j'ai lu, parce que les familles vont
continuer encore d'être approchées.
Et, vous savez, pour un médecin, c'est
...lorsqu'on fait la... Dans la vie de tous les jours, pour tout l'ensemble des
soins qu'on offre, lorsque notre patient, il n'est pas apte à consentir parce
qu'il y a une altération, exemple, l'état de conscience, bien, on se rabat sur
la famille pour leur demander leur autorisation, oui, non. Et là, dans un
modèle de consentement, il y aurait cette différence-là que là on ne le
demanderait pas...
M. D'Aragon (Frédérick) : ...je
pense que ça serait très difficile. La deuxième chose, c'est que ça génère
beaucoup d'émotions fortes de la part des familles, lorsqu'on arrive dans un
contexte de don, et, des fois, le fait pourrait... en fait, le fait d'aller
vers le don pourrait, en fait, accentuer leur détresse psychologique, et je
dirais bien, pourrait accentuer, parce qu'on ne l'a pas mesuré.
Et la troisième des choses, même si on
allait, exemple, à l'encontre des volontés des familles, une famille pourrait
décider de ne pas répondre au questionnaire physique de l'organisme de don, et,
à ce moment-là, le processus de don pourrait ne pas...en fait, ne continuerait
pas parce qu'on ne pourrait pas évaluer les risques de transmission de maladie,
et ainsi de suite, et donc le dossier pour le donneur potentiel serait fermé.
Mme Blouin : Merci. Si on
parle de données, ce seraient quoi, les modifications législatives qu'on
pourrait faire, qu'on pourrait apporter, en fait, pour faciliter l'accès aux
données médicales puis sur les donneurs potentiels et sur les patients
transplantés aussi. Qu'est-ce qu'on peut faire pour ça?
M. D'Aragon (Frédérick) : Bien
là, je vous avoue ne pas avoir du tout d'expertise légale. De ce que je
comprends, en fait, depuis mon début d'aventure dans la recherche en don,
transplant Québec est souscrit à un régime de loi particulier, ce qui fait en
sorte que, pour eux, la transmission des données, en fait, à un tiers doit
souscrire à des normes particulières, et ils sont pris avec ça. Puis je
pourrais vous parler de mon expérience à la Commission d'accès à l'information,
ça m'a pris deux ans et demi à obtenir des données anonymisées pour faire de la
recherche en don. Tu sais, à un moment donné, ça reste qu'on veut améliorer la
pratique. Donc, je pense que ça, ce serait un aspect, probablement, de voir
comment on peut moduler, cette portion-là de la loi pour faciliter l'accès à
ces données-là et surtout faciliter la possibilité de lier les données entre
les donneurs et les receveurs, pour une raison particulière : en fait, les
gens pensent que, bon, il pourrait y avoir de la coercition parce qu'un donneur
pourrait identifier un receveur, mais, au niveau de la recherche, il y a des
moyens de faire des liens entre donneur et receveur. Parce que, vous savez, en
ce moment, ce qu'on administre au donneur, on ne sait pas si ça fonctionne ou
pas, à peu de choses près, on ne sait pas si on crée des préjudices à un organe
puis c'est bénéfique à l'autre organe. On ne le sait pas parce qu'on ne le
mesure pas. Si on nous donne les moyens de le faire, ce serait... je pense que
ce serait déjà un pas dans la bonne direction avec les donneurs qu'on a déjà,
entre autres, là.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Je crois que j'ai des collègues qui avaient des questions.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Bellechasse.
Mme Lachance : Merci, M. le
Président. Bonjour. Merci d'être parmi nous. J'ai plusieurs questions. La
première, c'est que vous avez suscité mon intérêt quand vous avez dit :
Dans la pratique, on a de la difficulté, dans les plus petits milieux, à
identifier, avec l'identification des donneurs. Là, je veux vous entendre puis
je... parce que vous avez mentionné : Je le sais l'année d'après. Je ne
comprends pas. On ne sait pas qui pourrait être un donneur potentiel dans un
hôpital, qui est en mort cérébrale?
M. D'Aragon (Frédérick) : En
temps réel, non, on ne le sait pas, en fait. On sait qu'en fait la... il va y
avoir des patients qui vont décéder dans un milieu, dans un centre hospitalier,
et ces patients-là... dans le fond, via des audits annuels, de manière
rétrospective, où on révise l'ensemble des décès, c'est comme ça qu'on va
savoir si un patient aurait, selon certains critères, pu devenir un donneur
potentiel ou pas.
Il y a une autre partie, par contre, des
donneurs, comme vous faites mention, là, pour les donneurs après décès
neurologique. Souvent, ces donneurs, ces patients-là, en fait, avant d'être
donneurs, vont être pris... vont être transférés dans un autre centre
hospitalier pour traiter la catastrophe neurologique. Puis, bon, quand on n'est
pas capable de traiter ça, ils vont évoluer vers le décès neurologique, mais
ces patients-là nous sont transférés. Mais, moi, je parle des patients qui ne
nous sont pas transférés, pour lesquels il y aura eu un arrêt de soins dans un
hôpital x, y, et que, là, bien, dans le fond, dans cet hôpital-là, il n'y a pas
de procédure d'identification des donneurs pour faire la référence qui est...
et faire la référence, pardon.
Mme Lachance : Donc,
actuellement, il n'y a pas de processus d'identification des donneurs partout,
dans tous nos hôpitaux au Québec.
• (11 h 10) •
M. D'Aragon (Frédérick) : En
fait, il y a des processus d'identification, mais ils sont locaux. Donc, nous,
on en a un, exemple, dans notre hôpital, mais je n'ai pas... je ne sais pas si,
exemple, à l'hôpital x, y, je ne nommerai pas de nom, ils en ont un. Je pense
qu'une des manières justement qu'on pourrait, c'est que Transplant Québec
puisse avoir un certain pouvoir pour obliger les centres hospitaliers à avoir
la même procédure d'identification de donneur, peu importe de quel type de
centre hospitalier on parle.
Mme Lachance : O.K., donc,
quand on parle du nombre de donneurs actuel, il y a une cause importante là de
sa faiblesse, si on veut, ça va au-delà du nombre de donneurs qui pourraient le
faire : on ne les identifie pas. O.K.
Vous avez parlé des vetos familiaux en
Espagne, puis là je vous avoue que j'ai été un peu perdue parce qu'on dit que
le don...
Mme Lachance : ...est présumé
en Espagne depuis 1979, et à l'époque, il y avait 12 donneurs par million,
puis qu'on... c'est seulement en 1989 qu'on est passés à 41 donneurs par
million. Le veto familial, comment ça fonctionne en Espagne?
M. D'Aragon (Frédérick) : C'est
ça. Donc, en fait, en Espagne, tout donneur potentiel va être approché par un
coordonnateur en don pour l'obtention du consentement. En fait, même si la loi,
elle est en place, elle n'est pas appliquée. Le seul élément que la loi
espagnole permet de faire, c'est un type de don d'organes qu'on ne fait pas au
Québec, en fait, qui s'appelle le don d'organes après décès circulatoire non
contrôlé. Donc, ce sont, en fait, des interventions qu'on va faire, qui, on
sait, ne vont rien changer sur le devenir d'un patient qui est en arrêt
cardiocirculatoire, mais qui vont préserver les options du don d'organes. Donc,
la loi permet de faire ça, mais elle n'est pas... Pour l'ensemble des donneurs,
exemple, les donneurs les plus communs, là, les donneurs après décès neurologique,
chaque famille est approchée. Et, s'ils refusent, on ne va pas de l'avant avec
le don.
Mme Lachance : Merci. Vous
avez parlé des questionnaires physiques. Donc, dans le fond, même si le
consentement est présumé, il y a des étapes qui permettent de pouvoir utiliser
les organes d'un donneur potentiel. Et une de... Si je comprends bien, une de
ces étapes-là, c'est le questionnaire physique. Or, le donneur ne peut pas
répondre. C'est essentiel que des membres de la famille puissent... ou des proches
puissent répondre. Est-ce que c'est bien ce que je dois comprendre?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui,
vous avez bien compris.
Mme Lachance : O.K. Bien,
merci, merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Député de Saint-Jérôme.
M. Chassin : Combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Provençal)
: Deux minutes 15 s.
M. Chassin : Ah! formidable, ça devrait suffire. Merci, Dr D'Aragon.
J'ai une question, parce que, vraiment, dans ce que vous soulevez, je pense
qu'il y a un enjeu, où implicitement, vous laissez entendre que tant qu'il n'y
aura pas une certaine uniformité en termes de procédure pour l'identification,
pour la consultation, si on a des questions aussi délicates que de consulter
une famille, puis vous avez l'exemple espagnol comme référent, mais est-ce
qu'on est, à l'heure actuelle, outillés pour le faire? Et, si on change, dans
le fond, la présomption de consentement, bien, ça ne va pas changer le fait que
dans les petits centres hospitaliers, peut-être que ce n'est pas la priorité,
peut-être qu'on est débordés, qu'il manque de... de... de formation là-dessus.
Ça fait que là, j'essaie de voir, là, mais j'ai l'impression que vous nous
envoyez un message de : voici une étape préliminaire à tout le reste.
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui.
En fait, je pense que les outils sont disponibles, là. C'est ce qu'on
appelle... en fait, Transplant Québec produit des procédures types qui sont...
en fait, c'est le langage qui est utilisé, qui est adapté en fonction du type
de centre hospitalier. En fait, le type de centre hospitalier, c'est la
présence ou pas de ressources dédiées. Moi, je pense que... Mais l'application
de ces procédures-là, elle est à la... Je ne me ferai pas d'amis, elle est
probablement à la discrétion locale de l'institution. Donc, à ce moment-là, il
y a... il y a de la variabilité interétablissements, alors que c'est à la
discrétion de l'établissement de le faire ou pas. Je pense que ça devrait être
implanté, obligatoire, audité, ainsi de suite. Juste là, je vous le dis, je
pense qu'on pourrait aller chercher des donneurs de plus.
M. Chassin : Sachant qu'il va peut-être y avoir, par exemple, dans un
milieu, un certain coût, là. On affecte certaines ressources, une priorité
entre autres, mais certaines ressources à ça.
M. D'Aragon (Frédérick) : Clairement.
Puis je pense, comme je faisais mention, le fait que le programme des médecins
coordonnateurs est récemment d'ailleurs augmenté, là, je pense qu'on est rendu
autour de 30, 32, je pense que c'est justement un pas... un pas dans la bonne
direction pour justement implanter ça. Mais on dirait que, des fois, hein,
quand... Il y a le volontariat puis la théorie du bâton puis de la carotte, je
pense, ça prend un petit peu d'imposition.
M. Chassin : Puis, en terminant, est-ce que vous...
Le Président (M. Provençal)
: ...terminé, M. le député.
M. Chassin : Ah...
Le Président (M. Provençal)
: Je vais céder la parole au député de
Pontiac. Merci beaucoup.
M. Fortin : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour, docteur D'Aragon.
Merci d'être parmi nous. Juste pour peut-être terminer sur cet enjeu-là, puis
je ne sais pas si c'est la même question que vous... que le député de
Saint-Jérôme voulait poser, là, essentiellement, ce que vous êtes en train de
nous dire, là, c'est si, moi, j'ai un accident de la voiture, et on m'amène au
CHU de Sherbrooke, j'ai peut-être des meilleures chances de devenir un donneur
que si on m'amène à l'hôpital de Cowansville, c'est... O.K. Et ça, c'est à
cause que... vous avez mentionné la procédure, là, mais est-ce que c'est parce
que l'hôpital de Cowansville a peut-être de la difficulté à savoir si je me
suis autoidentifié comme donneur potentiel ou est-ce que c'est parce qu'il n'a pas
les procédures en place pour savoir si je remplis toutes les caractéristiques
potentielles, physiques, là, d'une personne apte à donner...
M. Fortin : ...mes organes?
M. D'Aragon (Frédérick) : Les
deux plus le fait que des fois on ne devient pas nécessairement... Il va
s'écouler un certain temps avant de pouvoir... avant de dire qu'on va devenir
un donneur d'organes, là. Il y a la lésion aiguë, là... qu'on essaie de sauver,
dans le fond, la vie du patient, puis après ça, il y a le don. Mais oui, vous
avez raison pour les deux motifs... vous avez mentionnés.
M. Fortin :
...deux motifs. O.K. Vous avez entendu la Dre Hébert avant vous, là, elle
nous a parlé d'une espèce de système centralisé, là, disons, donc... Et vous,
dans votre... je pense, c'est en réponse aux questions tantôt, vous avez parlé
de la possibilité que Transplant Québec puisse avoir... puisse imposer un
certain processus aux hôpitaux qui peut-être n'en ont pas ou à ceux qui ont des
processus qui ne sont plus d'actualité, ou du jour, ou peu importe. Le système
centralisé qu'imagine la Dre Hébert, là, je comprends que vous êtes
également en faveur de quelque chose comme ça?
M. D'Aragon (Frédérick) : En
fait, je veux juste être certain... Parce que des fois, on utilise le système
centralisé pour dire exemple qu'un hôpital... on va concentrer les activités,
donc, dans un établissement, là.
M. Fortin : ...comme ça, là.
M. D'Aragon (Frédérick) : O.K.
Parfait. Ça fait que... En fait, oui, je suis d'accord... oui, je suis d'accord
avec Dre Hébert que, dans le fond, il doit y avoir une centralisation des
procédures de dons répartis dans l'ensemble des hôpitaux. En fait, on devrait
pouvoir faire des activités de dons dans chacun des hôpitaux de la province,
peu importe où on est situé.
M. Fortin : Très bien. Très bien et noté. Bon, vous êtes médecin
coordonnateur, vous êtes... chaire de recherche sur le don d'organes, alors
vous, vous comprenez et vous connaissez, là, le processus de... à partir,
disons, du décès jusqu'au... jusqu'à la transplantation, là, sur le bout de vos
doigts, je vais en profiter. Tantôt, vous avez dit : La grande majorité
des médecins avec qui je travaille ne procéderont pas, s'ils n'ont... s'ils
n'ont pas l'accord de la famille, là. Par «très grande majorité», vous voulez
dire tous les médecins, là, si je comprends bien, là? Ça ne se passe pas...
Aujourd'hui au Québec, ça ne se passe pas sans l'accord de la famille?
M. D'Aragon (Frédérick) : Ça
ne se passe pas sans l'accord de la famille.
M. Fortin : Est-ce qu'il y a une juridiction à travers le monde où ça
se passe sans l'accord de la famille? Parce que c'est quand même une... Puis je
vais me permettre de mettre un petit peu de contexte, là, c'est une des
questions qu'on entend régulièrement : Pourquoi ma famille devrait avoir
un veto sur ma décision personnelle? Et là, je ne suis pas en train de militer,
là, pour une chose ou une autre, j'essaie de comprendre, parce que les gens...
Il y a quand même un certain point derrière ça, et on le voit à travers
notamment l'aide médicale à mourir. On le voit à travers... Ça arrive des
membres de la famille qui ne sont pas d'accord avec... que ma mère utilise
l'aide médicale à mourir, que mon frère l'utilise pour toutes sortes de raisons.
Alors, pourquoi dans ce... dans ce dossier-ci, il y aurait un veto quand sur
l'aide médicale à mourir, il ne l'a pas? Et j'aimerais connaître votre
perspective peut-être plus globale, à savoir, ailleurs... Est-ce que c'est
partout pareil?
M. D'Aragon (Frédérick) : La
vaste majorité des pays. Où il y a un consentement présumé, ils vont quand même
autoriser le veto des familles. Je sais, par contre, qu'il y a des pays qui ne
le font pas, là. C'est ce qu'on appelle, en fait, le consentement présumé dur
versus le consentement présumé souple. Donc, le consentement présumé dur,
c'est : même si on veut... même si les familles expriment leur veto, en
fait, il ne sera pas reconnu, et on va aller de l'avant vers le don. En fait,
Singapour en est... de mémoire en est un, là. D'ailleurs, le rapport Cirano,
vous avez probablement entendu parler, le décrit plus en détail. Donc, oui, ça
se fait dans certains pays. Maintenant, la vaste majorité des pays, ça ne se
fait pas, là. Puis, bon, comme je vous mentionnais... je crois que c'est
tellement une question sensible... lorsqu'on arrive à cette étape-là, les
familles sont sous le choc. Il y a des éléments, comme je vous disais, qui
peuvent avoir changé. En fait, le patient peut avoir changé ses volontés, mais
ne l'a juste pas modifié dans... au registre de la RAMQ, qui est une... quand
même un effort colossal, là, de s'inscrire sur le registre de la RAMQ. Donc,
juste là, tu sais, ça devient un... c'est un enjeu, puis nous, bien, on est
pris avec cette situation-là. Donc, je pense qu'il n'y a pas de... il n'y a
pas... la vaste majorité de mes collègues n'iront pas... puis la preuve en est,
je ne pense pas qu'au Québec un docteur à ce jour est allé à l'encontre des
volontés de la famille.
• (11 h 20) •
M. Fortin : O.K. À travers les nombreuses discussions qu'on a eues sur
le sujet, là, au cours des derniers mois, dernières années, là, j'ai cru
comprendre quelque chose qui va à l'encontre de ce que vous nous présentez ici
dans votre mémoire, alors j'aimerais votre perspective là-dessus, là. Ce que
vous nous décrivez comme processus, c'est essentiellement... on valide à savoir
si la personne est un donneur de... si elle est inscrite au registre de la
RAMQ, si elle a signé sa carte, peu importe...
M. Fortin : ...on valide ça et, après ça, on va voir la famille. Moi,
j'ai cru comprendre qu'au Québec, ce n'était pas toujours comme ça, que même
des gens qui ne se sont pas auto-identifiés, là, et donc qui ne sont pas sur le
registre de la RAMQ, qui ne sont pas au registre de la Chambre des notaires,
qui n'ont pas signé leur carte... que, pour ces gens-là, si on voit un donneur
en eux, un donneur potentiel, on va quand même voir la famille. Est-ce que
c'est le cas?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui,
absolument, là.
M. Fortin : O.K.
M. D'Aragon (Frédérick) : Vous
avez raison. Je m'excuse de la mauvaise compréhension, là, même...
M. Fortin : Non, non, c'est peut-être moi, là.
M. D'Aragon (Frédérick) : Non,
non, non. En fait, même si les gens n'ont pas signalé leur volonté d'être
donneur d'une quelconque manière, ils sont approchés. En fait, le fait qu'ils
soient inscrits au registre, c'est un outil qu'on va utiliser puis qu'on va
partager avec les familles lors de la rencontre, parce qu'on sait que le fait
que les... quand les familles sont au courant des volontés du donneur, bien,
généralement, ça l'aide à prendre une décision favorable vers le don, là,
mais...
M. Fortin : ...la décision, là, aujourd'hui, là, dans le contexte
actuel, là, elle revient essentiellement toujours à la famille, là?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui.
M. Fortin : Toujours?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui.
M. Fortin : Donc, la volonté du patient décédé, là, elle n'a... puis je
ne le dis pas... je le dis... je constate ce que vous êtes en train de dire,
là, jusqu'à un certain point, elle n'a que très peu de valeur. Parce qu'il y a
des gens qui vont se dire... Dans le système actuel, O.K., de consentement
qu'on a, il y a des gens qui vont se dire : Moi, ma façon de dire non,
c'est de ne pas signer ma carte. Donc, il y a des gens qui, leur volonté
personnelle étant non aujourd'hui, croient qu'ils... en ne signant pas leur
carte, leurs organes ne seront pas utilisés, mais qui peuvent l'être quand même
s'ils n'ont pas eu la discussion familiale nécessaire.
M. D'Aragon (Frédérick) : Vous
avez raison.
M. Fortin : O.K. Alors, si on inverse la présomption, pour ces gens-là,
par exemple, qui ne veulent rien savoir, là, on pourrait dire qu'il y a presque
une... pour eux, il y a presque une protection additionnelle, là, c'est-à-dire,
s'ils ont pris le temps de signifier leur non-consentement, bien là, ça devient
plus difficile d'aller... d'aller voir la famille puis de dire : Oui, il a
signé sa... il a signé sa carte pour dire non, mais... L'argument devient plus
difficile, donc.
Tu sais, il y a des gens qui sont inquiets
de la présomption de consentement, là, il y a des gens qui sont inquiets du
fait que... puis je l'entends, là, dans les mémoires qui nous sont présentés
également, qui nous disent : Bien, faites attention, il pourrait y avoir
un enjeu de confiance envers le système avec le consentement présumé. Mais moi,
je me pose la question : Est-ce qu'il n'y a pas une protection
additionnelle pour les gens qui sont vraiment, vraiment, vraiment opposés à ça
puis qui prennent le temps de le dire?
M. D'Aragon (Frédérick) : Effectivement,
je dois admettre, c'est un point qui, en fait, est tout à fait valide, là. Ça
pourrait être un moyen d'effectivement exprimer sa volonté de manière encore
plus rigide, oui, oui.
M. Fortin : Parce qu'on a raison de s'inquiéter du... de ce que ça
pourrait vouloir dire, le consentement présumé, là, sur la confiance envers le
système. Puis on le voit encore dans l'aide médicale à mourir. Il y a encore
des gens dans notre société, là, qui pensent que les hôpitaux vont aller
chercher ou vont vous pousser vers une certaine décision ou une autre, il y a
des gens qui pensent ça dans notre société, même avec toutes les barrières,
avec toutes les protections, avec toutes les restrictions qui ont été mises de
l'avant, qui sont, selon moi, tout à fait convenables, là, mais il y a des gens
qui pensent ça. Alors, je pense que c'est... on a un devoir quand même de
rassurer des gens qui ont une opposition à ça. Moi, personnellement, j'y vois
une certaine forme de protection, tout en s'assurant qu'on a un bassin
additionnel.
Mais je vous entends, là. Tu sais, vos
sept recommandations sont quand même claires, sont quand même à l'effet qu'il y
a beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail à faire dans tout le reste pour
s'assurer qu'on... qu'on améliore le système. Alors, moi, je les prends, là,
telles quelles, vos recommandations, puis, quand on fera le tour ensemble,
entre collègues, je pense qu'ils méritent tous et toutes une vraie discussion.
Je vous remercie. Moi, M. le Président, ça
va de mon côté. Je ne sais pas si ma collègue a quelque chose.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, je vais céder
la parole au député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonjour, docteur D'Aragon. Merci d'être... d'être là. Vous parlez
beaucoup des moyens d'accroître le nombre de dons puis vous regrettez en
quelque part que certains hôpitaux ou en tout cas certains établissements sont
peut-être moins proactifs puis que, bon... peut-être pas les moyens non plus,
ou peu importe les raisons, bref. Mais la témoin qu'on a entendue juste avant
vous, docteure Hébert, que vous connaissez puis que vous avez... dont vous avez
entendu le témoignage, nous disait : Faites attention parce qu'en ce
moment accroître le nombre de dons, là, c'est probablement nous... puis je vais
paraphraser ce qu'elle a dit, là, c'est probablement nous condamner à sacrifier
des organes qu'on aura... qu'on aura pris de donneurs parce qu'on ne sera pas
capables de compléter la chaîne jusqu'aux récepteurs...
M. Marissal : ...vous êtes
d'accord avec ça?
M. D'Aragon (Frédérick) : Absolument.
Il y a un enjeu du côté de la transplantation qui est majeur.
M. Marissal : Mais je
comprends néanmoins que vous voudriez accroître le nombre de dons, là, puis
ça... puis c'est probablement ça, le but de l'objectif ici aussi, mais Dre
Hébert a quand même sonné deux, trois cloches, là, dans notre esprit, en
disant : Bien, ne faites pas ça maintenant, comme ça, ne vous garrochez
pas là-dedans, autrement dit, et encore une fois, je la paraphrase. Parce qu'il
y a des familles qui vont consentir, ils vont faire des efforts, puis à la fin,
c'est plate, mais on va les jeter, les organes, parce que c'est ça, à la fin,
là, c'est crument dit, là, mais c'est ça ainsi. Donc, dans l'ordre, il faudrait
d'abord, je crois, si je comprends bien, s'assurer que la chaîne est solide et
que ça fonctionne. O.K., on s'entend bien là-dessus.
Vous dites, par ailleurs, dans votre
recommandation numéro trois : «Renforcer la loi actuelle sur l'obligation
de référer un donneur potentiel à Translant Québec en mettant l'obligation sur
les professionnels de la santé en opposition au directeur des services
professionnels, afin d'identifier les donneurs potentiels en temps opportun».
Quand vous dites : «En opposition», en fait, c'est que vous faites
référence à ce qui est prévu en ce moment dans le Code civil. C'est bien ça que
je comprends, là, pas une opposition physique sur le terrain, c'est qu'en ce
moment, le Code civil dit :
Le directeur médical doit... a la
responsabilité légale, puisque c'est dans le Code civil, mais ça donc ça ne
marche pas ou si ce n'est pas... ce n'est pas optimal.
M. D'Aragon (Frédérick) : Non,
ce n'est pas optimal.
M. Marissal : Pourquoi ce
n'est pas optimal? Parce que... comme... c'est une responsabilité légale de
quelqu'un qui est nommé en autorité dans un hôpital ou dans... par son établissement
de santé. Il me semble, ce n'est pas optionnel là, si tu acceptes cette
responsabilité là, il faut le faire, là.
M. D'Aragon (Frédérick) : En
fait, je pense que le directeur des services professionnels a beaucoup d'autres
choses à faire et surtout, il n'est pas sur le terrain lorsqu'on a un donneur
potentiel aux soins intensifs. Bon, il peut... il peut faciliter le processus
d'identification, etc. Mais d'où pourquoi je pense que ça doit être aux gens
qui sont sur le terrain, qui doivent faire la référence et non pas seulement
s'en remettre à un tiers. Donc, on devient par défaut plus imputable
directement comme individu et non pas sur un tiers qui n'est pas là en fait
dans la prestation des soins.
M. Marissal : Je comprends
bien, puis, à votre, donc, recommandation trois, vous dites : Les
professionnels de la santé, vous pensez exclusivement aux médecins ici, aux
spécialistes ou à peu importe dans l'équipe quelqu'un qui ferait la référence?
M. D'Aragon (Frédérick) : Surtout
pas, surtout pas les médecins... en fait, pas juste les médecins, je devrais
dire, les infirmières, les inhalos, tout le monde.
M. Marissal : O.K., en ce
moment, est-ce que c'est possible de le faire dans le système actuel?
M. D'Aragon (Frédérick) : Oui,
ça se fait à l'heure actuelle, même, en fait, dans notre centre hospitalier,
les infirmières vont faire des des références à... au personnel dédié en dons,
parce qu'on a le privilège d'avoir une ressource en dons, et ainsi de suite.
Donc, oui, ça se fait.
M. Marissal : O.K., donc de
facto, là, ce qui est dans le Code civil puis la responsabilité du directeur
des soins... des soins... des soins médicaux, on a déjà une autre façon plus
rapide de le faire et plus directe. C'est ça que vous me dites?
M. D'Aragon (Frédérick) : Exact.
Puis je pense qu'on pourrait... il y a... les autres centres hospitaliers
pourraient aussi faire ça, là, je...
M. Marissal : O.K. Donc, ça,
ce n'est pas un immense problème, là, ça pourrait se faire. Vous dites qu'il
faut développer une culture positive du don. Moi... moi, j'avais comme
l'impression que dans le milieu médical, et en particulier milieu hospitalier,
il y avait déjà une culture positive du don.
M. D'Aragon (Frédérick) : Écoutez,
je pense qu'il y a une culture positive du don à plusieurs égards, mais ce
serait faux de dire que c'est généralisé, ne serait-ce que pour les enjeux
d'accès au bloc opératoire et le prélèvement. Souvent, les... exemple, les
commentaires qu'on pourrait me mentionner, c'est : Bien là pourquoi qu'on
va aller prélever des organes quand j'ai des patients qui sont sur une liste
d'attente pour des chirurgies pour un cancer. C'est de l'opposition qu'on...
vous voyez, on nous met dans une espèce de dualité qui... puis ça, bien, ça
fait en sorte que ça... Quand je parle de culture, là, positive du don, bien,
voici... en voici un contre exemple, là. Tu sais, je veux dire, on va sauver
des vies aussi, en fait, on va vraiment sauver quatre vies, trois vies en
faisant le prélèvement. C'est probablement parce qu'on ne le voit pas, exemple,
de manière concrète, mais on va sauver des vies comme on va sauver des vies
pour des chirurgies oncologiques. Je trouve qu'on met ça en opposition, alors
que ça n'a pas lieu d'être. Donc, voici un exemple.
• (11 h 30) •
Le Président (M. Provençal)
: Deux minutes.
M. Marissal : Deux minutes.
Vous dites qu'on échappe entre 10 et 20 %, là, vous donniez l'exemple que
s'il y a un hôpital en région en échappe un, bien, avant qu'il y en ait un
autre, ça pourrait prendre des semaines je présume, ou je ne sais trop. 10 à
20 %, ça représente combien de donneurs, selon vous, qu'on échappe, là,
dans vos calculs?
M. D'Aragon (Frédérick) : Écoutez,
vite comme ça, là, 10 à 20 %. Je vous dirais facilement... on
additionnera... 160...
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11 h 30 (version non révisé
e) M. D'Aragon (Frédérick) : ...11
donneurs par année, probablement alentour d'une vingtaine, là, plus qu'une
vingtaine de donneurs réalisés, là.
M. Marissal : O.K. Très bien.
Dernière question. Vous voulez faciliter l'accès aux données à la recherche. J'ai
bien compris votre frustration tout à l'heure quant à l'accessibilité. Puis on
a eu des débats ici, là, dans cette pièce et dans cet immeuble, assez souvent,
sur l'accessibilité et la circulation des données, là, on n'est pas tous d'accor