CRC — 26 February 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CRC 2019-02-26
Quebec — Committees
Tout d'abord, est-ce qu'il y a consentement pour que le
député de Rimouski
soit remplacé ce matin par la députée
de Marie-Victorin et qu'ensuite la députée de Marie-Victorin soit remplacée par
le député des Îles-de-la-Madeleine?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme Chassé) : Merci.
Mme la secrétaire, y a-t-il d'autres remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Poulin (Beauce-Sud) est remplacé par M. Campeau
(Bourget); M. Birnbaum (D'Arcy-McGee) est remplacé par M. Derraji (Nelligan); Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis), par M. Kelley
(Jacques-Cartier); Mme Sauvé (Fabre), par Mme Anglade (Saint-Henri—Sainte-Anne);
Mme Dorion (Taschereau) est remplacée par M. Fontecilla (Laurier-Dorion);
puis M. LeBel (Rimouski) est d'abord remplacé par Mme Fournier
(Marie-Victorin).
La Présidente (Mme Chassé) :
Excellent. Avant de débuter, je précise que la séance a commencé à
10 h 5. Y a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de
l'heure prévue, soit jusqu'à 12 h 5?
Des voix : Consentement.
Présidente (Mme Chassé) : Merci. Merci à tous. Ce matin, nous
débuterons les auditions par l'Association québécoise des avocats et des avocates en droit de l'immigration et la
Fédération canadienne de l'entreprise indépendante
Je souhaite
donc la bienvenue à l'Association québécoise des avocats et des avocates en
droit de l'immigration. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Je vous ferai
signe près de la fin. Puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite
donc à vous présenter puis à commencer votre exposé.
Cliche-Rivard (Guillaume) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci. Je vous présente Me Trempe, qui est rédactrice du mémoire; Me Kim aussi, qui est
sur notre conseil d'administration, qui est aussi rédacteur du mémoire, avec
Me Rogov, qui n'est pas avec nous aujourd'hui; et puis il
y a moi-même, le président de l'AQAADI,
Me Cliche-Rivard, qui a participé à la rédaction aussi. Alors, c'est
nous qui représentons l'AQAADI aujourd'hui.
D'abord, merci de l'invitation. Merci au comité.
Merci à vous d'être présents, présentes pour entendre nos propositions. On vous a communiqué notre mémoire dans les délais les plus raisonnables,
considérant qu'on n'avait quand
même
pas beaucoup de temps. Mais, cela étant dit, je pense
que nos rédacteurs, nos rédactrices ont fait quand même un bon
travail, considérant le temps qu'on avait.
Je veux quand même
prendre quelques secondes pour introduire l'AQAADI, parce que
ce n'est pas tout le monde qui connaît notre association. Alors, l'AQAADI a
été fondée en 1991 et regroupe environ 250 avocats et avocates, à travers
le Québec, qui oeuvrent dans le domaine particulier du droit de
l'immigration, de la citoyenneté et de la protection des réfugiés. L'AQAADI a
directement pour mandat d'intervenir devant les cours, les tribunaux, le
Parlement et l'Assemblée nationale du Québec lorsque les questions soulevées
touchent le droit de l'immigration, l'intérêt de ses membres et les principes de fondement de notre système judiciaire.
L'AQAADI est également mandatée pour promouvoir les moyens d'action propres à assurer les intérêts de ses membres, pour
défendre et promouvoir le principe de la primauté du droit et les principes de justice naturelle et
fondamentale et pour défendre et promouvoir de manière active les libertés
individuelles et les droits fondamentaux de
tout ressortissant étranger et de ceux qui demandent la protection du Canada.
Alors, ce sont nos mandats et c'est qui nous sommes.
Avant
d'entrer sur le vif de nos propositions et du mémoire, je veux, d'entrée de jeu, saluer les orientations générales du projet de loi n° 9, projet
de loi quant à l'idée d'offrir un
meilleur accompagnement aux immigrants ainsi que de mieux accompagner
l'intégration et la francisation de ceux-ci, et ce, de manière à combler la pénurie
de main-d'oeuvre actuelle avec un meilleur
arrimage entre les employés et les
employeurs. Pour ça, on salue les orientations du projet de loi et on
pense que c'est tout à fait adapté de permettre un meilleur arrimage, là, entre
employés et employeurs.
Cela étant dit, on a quelques réserves. Vous
nous avez entendus dans les derniers jours, mon travail aujourd'hui, c'est de commenter le projet de loi n° 9, pas de
commenter quelconque autre débat sur son application à ce jour, mais
bien de discuter du projet de loi n° 9.
Alors, on a aujourd'hui deux zones plus importantes
à vous soulever. La première zone ou le premier point considère la résidence permanente conditionnelle, les conditions qui
pourraient être grevées à la résidence permanente, et on va tenter d'expliquer pourquoi ceci devrait
être modifié ou amendé, et par la suite on va parler du fameux
article 20,
là, de la décision de ne plus traiter ou
d'envoyer à la déchiqueteuse les 18 000 dossiers ou, en fait, ce
qu'il en restera à ce moment-là.
Alors, je
vais commencer tout de suite avec les conditions à la résidence permanente.
Écoutez, pour nous, pour nous, même
avant de parler de droit, c'est davantage une question de principe, une
question de coercition plutôt que d'une volonté d'incitation. Et, pour
nous, on devrait beaucoup plus être dans une volonté de favoriser
l'intégration, de permettre les meilleures
chances de réussite, de donner des résultats ou des moyens pour arriver à un
résultat plutôt que de conditionner
un résultat et de risquer... ou de laisser, là, ces gens-là dans une incertitude,
à savoir s'ils auront ou pas la capacité de préserver leur résidence
permanente.
On soumet
aussi avec respect que, quand un résident permanent devient résident permanent,
il devient résident permanent du
Canada au complet et non pas d'une ville ou d'une profession. Et donc, si on
veut ajouter des conditions à la
résidence permanente, nous, on est d'avis que ça serait potentiellement en
violation avec l'article 6.(2) de la charte canadienne et on est
d'avis que, si quelqu'un veut vivre sur le territoire québécois ou canadien,
bien, qu'il le fasse à Chibougamau ou qu'il
le fasse à Val-d'Or, à Rouyn, en Abitibi, à Montréal, à Québec, à Gaspé, c'est
son droit de le faire. Et, s'il veut
changer de ville de résidence, on ne peut pas lui dire qu'il va perdre son
statut. Pour moi, ça, c'est non seulement inhumain et injuste, mais
c'est aussi contre la Charte des droits et libertés. Et c'est la même chose au
niveau du travail. On ne peut pas obliger
quelqu'un à exercer un travail, quitte à le menacer de perdre son statut s'il
va perdre son travail.
Alors, pour
moi... Bien sûr, il restera à le définir, je comprends qu'il y aura un
règlement d'application. Mais ce que
ça lance comme message... Pour moi, d'ajouter des conditions à la résidence
permanente, ça crée des problèmes. Et ça a existé au fédéral en 2012, on avait
mis des conditions aux époux et aux épouses pour s'assurer qu'ils restent dans
leur relation conjugale plus longtemps, et on a tout enlevé ça en 2016 parce
qu'on s'est assurés qu'on... on a réalisé qu'on
laissait des gens dans une situation de dépendance puis de précarité. On
réalisait qu'il y a des gens... puis on peut faire le parallèle avec employés-employeurs, malheureusement il y a des
gens qui vont être contraints de rester dans les emplois, comme il y a
des femmes, ou il y a des enfants, ou il y a des hommes qui étaient contraints
de rester dans des relations qui n'étaient
pas saines pour eux parce qu'il y avait la possibilité ou le spectre de perdre
leur statut. Et, pour ça, on a
complètement enlevé ça au fédéral et maintenant on devient résident permanent,
point à la ligne. Il y a certainement eu
déjà d'autres conditions dans d'autres programmes d'immigration, notamment le
programme des entrepreneurs, mais rien
de nature à obliger quelqu'un à vivre dans une ville précise, rien non plus de
l'obliger à exercer un emploi précis.
Alors, bien
sûr, il restera à définir le règlement, mais déjà cette porte ouverte là qui se
lance potentiellement aussi dans un débat constitutionnel avec le fédéral, qui
ne me semble pas à propos à l'instant... Je pense que, pour toutes ces raisons, cet article-là, là, qui parle de
résidence permanente conditionnelle, avec respect pour la position contraire,
devrait être abrogé.
Mon deuxième
point que je veux faire valoir, parce
qu'on n'a pas beaucoup
de temps, et vous avez beaucoup de questions, c'est sur l'histoire du traitement de
l'arriéré, là, des 18 000 dossiers.
En fait, on a vu qu'il y a beaucoup, beaucoup de ces dossiers qui ne dataient pas de tant que ça. Certes il y en a
quelques-uns, là, une fraction, qui datent d'avant 2010, mais la grande, grande, grande majorité de ces
dossiers-là datent de 2013, 2014, 2015, 2016 et en montant. C'est déjà long,
j'en conviens, j'en conviens, je ne suis pas ici pour applaudir personne, c'est
déjà très long, considérant qu'au fédéral ça prend six mois, du moment où on
est sélectionnés, pour recevoir la résidence permanente, et là, pas le CSQ, pas
le certificat de sélection du Québec, mais
six mois pour recevoir sa résidence dans le programme Entrée express. Alors, je
n'ai pas de fleurs à lancer à personne,
c'est trop long. Cela étant dit, ce n'est pas en jetant ces dossiers-là à la
poubelle qu'on règle le problème.
Ce qu'on vous
demande, avec respect, puis ce qu'on demande qui soit entendu, c'est qu'on
finalise d'abord le traitement des
dossiers papier. Les dossiers papier, ce sont à peu près, j'ai les chiffres,
là, 4 500 dossiers, 4 500 demandes, qui ont été envoyés au ministère avant 2015, avant
décembre 2015, et qui sont complétés, qui sont complets. Quand on
envoyait le dossier à l'Immigration, à ce moment-là il fallait que tous nos
documents soient soumis, là. En ce moment,
aujourd'hui, on attendait une liste de documents qu'il fallait fournir. À
l'époque, on envoyait nos documents directement. Alors, ces dossiers-là,
ces 4 500 là, ils ont prêts à être traités, là, demain, la semaine
prochaine, le plus rapidement possible. Ce
sont des dossiers papier, donc il n'y a pas de problème technologique, il n'y a
pas de problème d'administration, là,
à mon humble avis, et on devrait traiter ces 4 500 dossiers là le
plus rapidement possible puis les prioriser.
On devrait poursuivre et
finaliser aussi le traitement des demandes informatiques des gens qui vivaient légalement au Québec, qui ont déposé dans ce qui
s'appelle le hors-quota. Quand vous aviez un statut de résident temporaire,
soit par les études soit pour le travail,
vous n'aviez pas à attendre l'ouverture du programme de travailleurs qualifiés,
vous pouviez déposer en dehors du
quota à tout moment. Et ça, ce sont des gens, donc, manifestement, qui se
trouvaient sur le territoire
canadien, québécois, soit avec un emploi soit avec un permis d'étude, et qui,
donc, correspondent directement aux besoins sur le marché mais aussi qui
ont démontré une capacité d'intégration, puis une capacité d'intégration qui s'étend encore jusqu'à aujourd'hui pour la
plupart. Des enfants sont à l'école québécoise
depuis plusieurs années, des gens ont étudié dans le système québécois, des gens ont travaillé dans le système québécois,
des gens ont payé leurs impôts
dans le système québécois, et donc, pour moi, notamment, ces gens-là devraient
être rapidement priorisés.
Pour le
reste, pour ceux qui restent, parce que, là, ceux... au Québec, on parlait aussi
de 3 700 dossiers, alors, pour ceux qui restent, à peu près 10 000, là, pour mettre les chiffres
assez clairs, on pourrait rapidement évaluer lesquels se qualifient et
lesquels ne se qualifient pas à l'intérieur de la grille, faire une première
sélection, là, à sa face même, en regardant
est-ce que les demandes... le prima facie, là, à leur face même, est-ce qu'ils
respectent la grille. La grille, la dernière modification qu'on a eue,
là, c'est au mois d'août 2018. La règle de domaines de formation, la liste
des domaines de formation, qui correspond
aux emplois en demande dans l'économie québécoise, elle date du mois d'août.
Alors, quand on prétend que ces dossiers-là, là, ne correspondent plus
au marché, bien, passons-les à travers la grille, évaluons-les à travers la
grille, puis on verra la réponse.
Mais ce n'est pas la solution de tout simplement
ne pas les étudier, surtout dans une logique de pénurie de main-d'oeuvre et surtout quand il manque
120 000 travailleurs, travailleuses au Québec en ce moment. Alors, on
soumet que rapidement une équipe devrait être traitée...
La Présidente (Mme Chassé) : Il
vous reste une minute.
M. Cliche-Rivard
(Guillaume) : Parfait. Une équipe devrait être créée qui permettrait
rapidement d'étudier ces dossiers-là.
Et on ne veut pas oublier les gens qui se retrouvent à l'extérieur. C'est des
gens qui ont des dossiers extrêmement pertinents
puis c'est des gens aussi dont on a besoin. Parce que, dans
120 000 emplois, là, ce n'est pas les 120 000 qui sont déjà sur le territoire. C'est des immigrants
neufs, c'est des gens qui doivent venir pour exécuter une force de travail
qu'on n'a pas déjà sur le territoire. Alors,
on a soumis quelques préoccupations... quelques propositions pour s'assurer
que ces gens-là ne soient pas préjudiciés.
On parle de l'âge, on parle de test de français, qui demeurent valides, on
parle aussi de l'âge des dépendants.
Je vous apprends que, si votre enfant avait 17 ou 18 ans, bien, s'il
repasse dans Arrima, là, bien, il ne se qualifie plus, votre enfant, et
là il y a des déchirements familiaux terribles qui s'annoncent.
Alors,
vraiment, ça, c'est dans nos considérations. Et ces dossiers-là devraient être
transférés dans Arrima, je conclus là-dessus,
ils ne devraient pas être effacés, ils ne devraient pas être mis à la poubelle,
ils devraient tout simplement être transférés dans Arrima et ils
devraient être traités en priorité parce que ces gens-là attendent depuis
longtemps. Ils devraient pouvoir être sélectionnés sans préjudice à leurs
droits acquis. Merci.
Présidente (Mme Chassé) : Je vous remercie pour votre exposé.
Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre, la
parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme la Présidente. Me Cliche-Rivard, Me
Kim, Me Choquette Trempe, merci d'être à
l'Assemblée nationale. C'est un plaisir de vous voir en personne. On se voit à
la télé depuis quelques semaines, déjà, mais là c'est une première
rencontre en personne, donc je pense que c'est une bonne chose qu'on se
rencontre.
Relativement à votre mémoire, vous indiquez
notamment le fait que vous voulez qu'on déploie davantage de ressources pour l'intégration. Vous en faites, là,
une proposition, là, je pense que c'est la proposition 2. Vous nous
invitez à bonifier les budgets des
programmes d'intégration déjà en place afin d'offrir un meilleur encadrement
aux nouveaux arrivants, et ce, avec des objectifs d'intégration
clairement énoncés comme principes de base de ce projet de loi.
Je suis
heureux de vous avoir entendu dire au début que l'objectif du projet de loi,
notamment, c'est de mieux intégrer les gens. Parce que ce qu'on fait
avec le projet de loi n° 9, c'est notamment ça. La base du projet de loi,
c'est de dire : Comment est-ce qu'on
fait pour mieux accompagner les gens, et ce, dès l'étranger? Parce
qu'actuellement, avec le système
d'immigration qu'on a, il y a certaines lacunes. Et ce qu'on fait, c'est qu'on
se donne les outils, dans le cadre du
projet de loi n° 9, de façon à faire en sorte, dès l'étranger, bien, de
pouvoir déployer un parcours personnalisé pour les personnes immigrantes :
intégration, francisation, accompagnement socioéconomique, accompagnement en
emploi. J'aimerais ça vous entendre là-dessus, en lien avec votre
recommandation que vous nous faites, là, au niveau de la proposition 2.
M. Cliche-Rivard
(Guillaume) : Écoutez, effectivement, on est... Puis on est très,
très, très d'accord sur le fait que
l'objectif... Les objectifs sont louables, et ça, on en convient. On en
convient, par contre, que ce sont des objectifs qui sont relativement similaires à ceux de la
Loi sur l'immigration de
2016, là. Arrima, ce n'est pas le projet de loi n° 9. Et le règlement d'immigration sur 2018 et la loi
de 2016 mettaient déjà en place le système Arrima et mettaient déjà en
place une meilleure équation entre les employés et les employeurs.
Alors, avec respect, oui, vous pouvez vous doter
de plus de moyens, mais ce n'est pas une révolution de l'immigration. Puis c'est des objectifs qu'on a salués en 2016, puis
qu'on continue de saluer sous votre gouvernement, puis qu'on va continuer de saluer. S'il y a plus
de fonds à l'intégration puis s'il y a plus d'incitatifs, c'est ce qu'on vous
demande, plutôt que de coercitifs, d'y aller plus avec une valeur d'ouverture
et d'accueil, et qu'on donne aux gens des objectifs, puis
qu'on les félicite dans l'objectif plutôt que de tenir des conditions puis des
risques de perdre la résidence puis de perdre le statut.
Mais on va toujours vous appuyer, M. le
ministre, sur des volontés d'intégration. Puis vraiment, sincèrement, on va le faire. Puis je pense que le projet de loi
n° 9, pour ça, met des bonnes bases. Mais on est sur les mêmes bases que
2016, et ce n'est pas ça qu'on conteste dans
votre projet de loi. Puis, le reste, on l'appuie, on l'appuie à 100 %.
Mais les articles de loi dont on a parlé aujourd'hui, c'est ceux qui
causent problème.
M. Jolin-Barrette : Vous dites : Il n'y a pas de différence par
rapport à 2016. Par contre, entre le projet de loi qui a été déposé en 2016 puis la mise en vigueur
d'Arrima en 2018, puis le règlement qui été pris en 2018, il est quand
même arrivé un élément majeur au Québec, c'est le rapport du Vérificateur
général en 2017. Puis, dans le rapport du Vérificateur
général, on vient dire qu'il n'y a
pas de suivi des dossiers des immigrants, à la fois en intégration, à la fois en
francisation. Les immigrants quittent le Québec, notamment. Moi, je me retrouve
avec cette situation-là.
Et, dans le projet de loi n° 9, justement, il
y a des pouvoirs supplémentaires en termes de coordination. Parce qu'auparavant, au gouvernement du Québec, tout le
monde travaillait en silo : Éducation, Emploi, Immigration. Puis il
n'y avait pas de synergie entre tous les ministères. Là, ce qu'on fait, c'est
qu'on instaure un pouvoir de coordination, notamment
au ministère de l'Immigration, pour s'assurer qu'il y ait quelqu'un d'imputable
au gouvernement du Québec. Premier changement.
Deuxième changement, on met une mesure de
traçabilité aussi pour s'assurer que, lorsque les immigrants arrivent au Québec, on puisse assurer un suivi
personnalisé avec eux. Puis ça, dans le projet de loi de 2016, ce n'était pas
là non plus. Même chose au niveau des
services qu'on donne aux personnes immigrantes. Auparavant, les services qu'on
pouvait donner, c'étaient des services aux
résidents permanents, pas aux temporaires. Ça, c'est une
partie qui n'est pas
présente dans votre mémoire.
Mais, sur toute la question des travailleurs
temporaires, qui sont à hauteur d'environ 60 000 au Québec, bien, est-ce qu'on les accompagne? Nous, notre volonté
comme gouvernement, c'est de s'assurer que, lorsque les gens sont en emploi au Québec, ils connaissent le français,
qu'ils puissent demeurer sur le territoire québécois puis qu'ils puissent
être permanentisés sur le territoire
québécois. Alors, on rajoute énormément de pouvoirs au ministère de
l'Immigration dans le cadre du projet de loi n° 9, comparativement
au projet de loi n° 77 qu'il y avait eu en 2016.
Pour ce qui
est d'Arrima aussi, et ça, je l'ai dit dès le départ du projet de loi,
relativement au dépôt, ce qu'on veut faire,
c'est de s'assurer que tous les gens puissent déposer dans Arrima puis qu'on
puisse les sélectionner en fonction des besoins du marché du travail. Parce que je suis convaincu que, parmi vos
clients que vous avez, les gens qui immigrent au Québec, il y en a beaucoup qui ne se sont pas trouvé un emploi à la
hauteur de leurs compétences. On entend tous des histoires à l'effet que ces personnes-là n'ont pas... leurs aspirations
au Québec ont été déçues. Puis, nous, ce qu'on veut changer, c'est ça.
On veut avoir un lien entre les besoins de main-d'oeuvre et le profil des
candidats.
Alors,
j'aimerais ça vous entendre sur... Vous dites : Plus d'ouverture. Mais
nous, on veut mieux accompagner aussi puis on veut s'assurer que, les
gens qu'on sélectionne, bien, lorsqu'on les sélectionne à l'étranger, on ne
leur raconte pas des menteries puis qu'on
puisse leur dire : Oui, tu vas pouvoir travailler dans ton emploi, oui, tu
vas pouvoir travailler dans ton
domaine, les études que tu as faites vont être reconnues au Québec. On est dans
cette logique-là. Je ne sais pas si ça rejoint un peu le message que
vous nous portez aujourd'hui.
M. Cliche-Rivard (Guillaume) :
Oui, M. le ministre. Je n'ai pas de problème avec la volonté de meilleure intégration puis de faire miroiter un meilleur
avenir pour les immigrants et les immigrantes. C'est pour ça aussi qu'on tend
la main aujourd'hui, puis c'est pour ça qu'on tend la main suite à ce qui se
passe depuis quelques jours, puis c'est pour ça qu'on est avec vous aujourd'hui dans une volonté beaucoup plus de
collaboration. Puis on est prêts, puis on a salué les bons coups, là, puis j'en salue depuis quelques
minutes déjà. Mais c'est plutôt dans une approche... C'est une approche
d'ajouter à vos pouvoirs une résidence
permanente conditionnelle qui me semble un peu, là, aller à l'encontre de cette
logique-là de vraiment vouloir pousser l'intégration.
Moi, je pense
que le plus qu'on laisse les gens dans une situation conditionnelle, le plus
qu'on met des freins, là, à l'établissement
permanent sans condition, le plus difficile l'intégration va se trouver. Et
moi, je suis d'accord avec vous qu'on
fait des suivis, je suis d'accord avec vous que votre ministère va se donner
des moyens pour aller chercher plus d'informations. Je n'ai aucun
problème avec ça. Mon problème, c'est que va exister une épée de Damoclès, là,
sur la tête de certaines personnes, à
savoir : vous pourriez perdre votre statut de résident permanent parce que
le Québec va le grever de conditions.
Et à ce moment-là vous seriez toujours, véritablement, plutôt dans une
situation temporaire, et ça, jusqu'à quand? Jusqu'à ce que vous ayez la
citoyenneté canadienne, alors qu'on est résident permanent?
C'est plutôt
ça, mon problème. C'est : sortons la carotte au lieu du bâton, là. C'est
vraiment ça qu'on dit. Soyons plus
dans une ouverture. Accompagnez-les. Puis ça, on va vous saluer puis on va vous
aider, il n'y a aucun problème. Mais la logique où on ajoute en plus un
volet coercitif de potentiel retrait de la résidence, c'est là que j'ai un problème, parce que ça va toucher des enfants, ça
va toucher des familles, ça va toucher des gens qui vont peut-être devoir
quitter le Québec parce qu'ils n'auront pas
à 100 % répondu à vos conditions. C'est là que j'ai un problème. Mettons
des objectifs, mettons des objectifs
de francisation, ça me fait plaisir, mettons des objectifs d'intégration, ça me
fait plaisir. Mais faisons-les de manière incitative et non pas de
manière coercitive.
M. Jolin-Barrette : Je comprends. Donc, rien de coercitif, même si,
au cours des dernières années, il a été démontré qu'il y a certaines
problématiques avec le système d'immigration.
Pour ce qui est, justement, de la
condition grevant la résidence permanente, vous savez que c'était dans la loi
avant le projet de loi n° 77?
Vous l'avez dit, le fédéral l'a déjà utilisée lui-même. D'ailleurs, c'est
toujours dans la loi fédérale actuellement.
Les libéraux fédéraux ont cessé de l'utiliser en 2015, 2016. Le gouvernement du
Québec l'avait utilisée pour le
Programme immigrants entrepreneurs, avait imposé des conditions grevant. C'est
un pouvoir qui était là depuis 1993, qui avait été instauré par Monique
Gagnon-Tremblay, une libérale, suite à l'accord Canada-Québec. C'était le
prolongement des compétences du Québec.
Vous avez dit tout à
l'heure : On ne peut pas obliger quelqu'un à demeurer en région parce
qu'on a la libre circulation sur le
territoire canadien. Je suis d'accord avec vous, et ça n'a jamais été la
prétention du gouvernement du Québec
de prétendre le contraire. D'ailleurs, on n'a jamais dit ça. Alors, c'est
important de bien renseigner les gens, aussi, lorsqu'on fait des affirmations. Par contre, on pourrait utiliser cet
article-là pour un projet d'affaires, pour faire en sorte que l'établissement d'une entreprise... si la
personne est reçue comme immigrant entrepreneur, l'entreprise soit établie
dans les différentes régions du Québec. Ça, ça pourrait être une condition
grevant.
est vrai aussi que nous pourrions utiliser cet
article pour faire en sorte que
les gens connaissent le français et que la résidence permanente, pour la
sélection des travailleurs qualifiés ou la sélection économique... que le
Québec a ce pouvoir-là... relève du
gouvernement du Québec, qu'on puisse imposer des conditions. Mais ce que
j'entends de votre message, c'est
que, puisqu'il s'agit de l'immigration permanente, vous ne voulez pas du tout
qu'on assujettisse ça à certaines conditions,
notamment de la connaissance du français. Vous dites : Mettons des mesures
incitatives, mais ne mettons aucune mesure coercitive, notamment sur la
question de la connaissance du français.
Parce
qu'il y a plusieurs points de vue qui s'échangent ici. Certaines formations
politiques disent : On ne devrait pas
accepter d'immigrants s'ils ne parlent pas français. Une barrière à l'entrée.
Moi, je ne suis pas là. Moi, ce que je dis, c'est : Toute personne qui veut venir au Québec peut venir si elle
répond aux besoins du marché du travail et si elle souhaite apprendre le français. Puis, nous, notre
responsabilité comme État québécois, comme gouvernement, c'est de dire :
Bien, écoutez, on va faire notre bout
de chemin, on va déployer les ressources pour que vous puissiez apprendre le
français, on va déployer les
ressources pour que vous puissiez être en emploi, on va faire en sorte qu'on
déploie les ressources pour assurer une bonne intégration. Alors, on est
dans cette logique-là d'accompagnement.
Mais
c'est un partage aussi, c'est un partage entre le fait que la personne
immigrante choisit le Québec... Puis il y a des conditions associées. Alors, ça peut être autant économique, social,
l'intégration socioéconomique. Là-dessus, c'est comme un partage de
responsabilités entre le gouvernement du Québec puis le candidat à
l'immigration.
M. Cliche-Rivard
(Guillaume) : Vous avez certainement, M. le ministre, un pouvoir de
sélection, ça, on en convient, puis vous
pouvez émettre votre grille de sélection, puis vous pouvez sélectionner
l'immigrant que vous voulez dans les grilles que vous voulez. Je n'ai jamais
contesté à cet effet-là. Du moment où l'immigrant, par contre, dépose
une demande de résidence permanente et
devient résident permanent, nous, on allègue que le statut de résident
permanent, c'est un statut qui est
fédéral, qui est régi par des règles fédérales. L'interdiction de territoire
qui mène à la perte de résidence, ça se trouve aux articles 33 et
suivants de la
loi sur l'immigration fédérale.
Et trouvez-moi, là,
une fois, une façon où quelqu'un, un travailleur qualifié, là, a perdu son
statut de résident permanent à cause d'une condition dans la
Loi sur l'immigration
du Québec. Il n'y en a pas, O.K.? Les entrepreneurs avaient l'obligation de mettre sur pied un programme d'entreprise, une
entreprise, et, s'ils ne l'avaient pas fait, ils pouvaient perdre. Mais jamais de libertés de circulation
n'ont été entravées et jamais d'obligation d'avoir un travail type... n'était
obligée.
Moi,
je vous ramène à votre
article 21.1. Vous m'avez dit de ne pas prétendre
des choses que vous n'avez pas écrites.
Bien, lisez vos propres mots, M. le ministre, parce que c'est exactement ça que
vous dites. On met des conditions à
assurer «la satisfaction des besoins régionaux — alors, si ça, ce n'est pas une imposition de
localisation, vous allez nous l'expliquer — ou sectoriels de main-d'oeuvre, la création
régionale [...] d'entreprises». Alors, je ne vois pas pourquoi vous êtes en
train de dire qu'on ne va pas mettre des conditions à la régionalisation
et à la création régionale ou à la satisfaction
régionale de main-d'oeuvre, alors que ce n'est pas moi qui ai écrit l'article 21.1.
C'est vous, là, M. le ministre.
Jolin-Barrette : Avez-vous lu le précédent
article qui était dans la
loi avant le projet de loi n° 77?
M. Cliche-Rivard
(Guillaume) : Non, lisez-le-moi.
Jolin-Barrette : Vous ne l'avez pas lu, hein? O.K.
Cliche-Rivard (Guillaume) : Je l'ai très bien lu, M. le ministre. Vous
savez très bien que je lis ma loi, puis je la pratique à tous les jours,
ma loi.
M. Jolin-Barrette : O.K. Est-ce que c'est le même article, à quelques mots près, que le
Parti libéral avait adopté en 1993 et dans les gouvernements successifs?
M. Cliche-Rivard (Guillaume) : Je vous garantis qu'il n'y a aucun
article de loi
sur l'immigration du Québec qui a mis en oeuvre une perte de résidence
permanente conditionnelle pour une régionalisation.
M. Jolin-Barrette :
Répondez à la question.
M. Cliche-Rivard (Guillaume) :
J'ai répondu à la question, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Est-ce que c'est pratiquement le même libellé?
M. Cliche-Rivard
(Guillaume) : J'ai répondu à la question.
M. Jolin-Barrette : Non, répondez à la question. Est-ce que
c'est pratiquement le même libellé, mot pour mot, à ce que le Parti libéral du Québec
avait adopté? Est-ce
que c'est le même
article
que le Parti libéral, dans
le cadre du projet de
loi n° 77, a décidé de ne pas
réintroduire, abdiquant un pouvoir que le gouvernement du Québec avait
introduit sous Robert Bourassa, faisant en sorte que c'était le
prolongement des compétences du Québec, faisant en sorte qu'un gouvernement québécois, libéral par ailleurs, a
abdiqué une compétence qui avait été acquise dans le cadre d'une entente
avec le gouvernement fédéral, une entente
historique suite à l'échec de l'accord du lac Meech, par rapport au fait que
l'État du Québec, la nation
québécoise doit contrôler la majorité de son immigration, parce que, pour un
peuple, pour une nation, c'est
fondamental de faire en sorte que l'immigration, au Québec, elle puisse avoir
un mot à dire? Et donc, à partir du moment
où une personne est sélectionnée en fonction des critères québécois, il en va
de soi que le gouvernement du Québec puisse
imposer certaines conditions, comme c'est le cas pour le gouvernement fédéral
lorsqu'on obtient la citoyenneté. Et
ça, c'est un choix que nous faisons et que nous mettons en place aussi. Nous
réintroduisons un
article qui faisait
partie des pouvoirs du
gouvernement du Québec.
Je comprends que vous
êtes en désaccord avec ce choix-là d'imposer des conditions grevant la
résidence permanente. Il y aura toute une discussion avec le gouvernement
fédéral à l'effet que le gouvernement fédéral doit réintroduire lui-même dans
sa réglementation un règlement miroir qui va faire en sorte de s'assurer que la
législation québécoise et la réglementation
québécoise puissent s'appliquer. Cela étant dit, c'était le cas jusqu'en 2016,
au moment de l'adoption du projet de
loi n° 77. Ça existait. Le gouvernement fédéral lui-même avait adopté
cette réglementation-là, et encore
aujourd'hui, à ce jour, dans la loi fédérale, c'est présent. Alors, c'est prévu
que lui-même peut doter son immigration hors Québec de conditions
associées à cela.
Deuxièmement, s'il
réintroduit le règlement, c'est possible pour le Québec de le faire aussi. Moi,
ce que je n'accepte pas, c'est, quand on est
au gouvernement du Québec, que le gouvernement du Québec a certains pouvoirs,
que la nation québécoise a certains
pouvoirs puis qu'on les abdique. Ça, jamais je ne vais accepter ça, et c'est
notamment pour cette raison-là qu'on
réintroduit l'article et que nécessairement on vise à doter le Québec du plus
de pouvoirs possible. Je comprends
que vous pouvez être en désaccord sur l'interprétation au niveau de la
résidence permanente. Cela étant dit, il s'agit pas mal du même libellé.
M. Cliche-Rivard
(Guillaume) : Que ça soit le même libellé ou pas, je serais devant la
même commission en train de défendre le même point de vue. Alors, ici,
l'association, elle est non partisane, elle ne prend pas de parti pour un
parti ou l'autre, et, au contraire, on fait
des mémoires à une commission parlementaire. Et le même
article aurait été ou a
été décrié, ce n'est pas moi qui étais
président à l'époque. Mais, jamais au Québec, moi, je n'ai vu quelqu'un perdre
sa résidence parce qu'il n'était pas
établi à Val-d'Or ou dans une autre ville. Et ça, si c'est ça qui est derrière
l'intention, bien, écoutez, on va
continuer à discuter parce que je suis vraiment dans une approche de
collaboration aujourd'hui puis je pense que c'est mieux qu'on soit dans
cette approche-là.
Moi,
je vous lance plutôt une porte ouverte, je vous lance une porte à la discussion
puis à la négociation, et je vous demande
de la prendre, cette offre-là. Et j'aimerais ça qu'on puisse discuter à savoir
si vraiment c'est nécessaire, à savoir si
on ne peut pas plutôt y aller avec une approche d'intégration, d'inclusion,
parce que c'est quand même ça, le nom de votre ministère, le ministère de l'Inclusion, et non pas de la
coercition. Alors, je vous demanderais juste d'y aller plus avec
l'inclusion.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez, je prends note de votre éditorial.
Moi, je serai toujours ouvert à collaborer pour autant que les objectifs soient similaires. Cela étant dit, on aura
l'occasion d'en débattre avec les collègues de l'opposition officielle puis des deux autres formations
politiques ici, à l'Assemblée nationale. On prend note de vos commentaires.
Pour
ce qui est du système d'immigration québécois, il faut aussi réaliser que
l'État québécois a une responsabilité par
rapport aux personnes immigrantes puis que l'approche qui a été préconisée au
cours des dernières années, de ne pas s'occuper
des immigrants, bien, ça n'a pas donné beaucoup de succès. Alors, nous, on
n'est pas dans cette logique-là. On
est dans l'optique de réformer le système d'immigration, on est dans l'optique
de mieux accompagner et de surtout faire en sorte de s'assurer aussi
qu'il y ait de la régionalisation.
Parce
que ça, c'est un autre élément aussi dont il faut parler. Il y a de multiples
régions au Québec qui ont besoin d'assurer
la vitalité des villes et des villages. Il y a de multiples régions du Québec
qui ont une pénurie de main-d'oeuvre. Vous-même,
tout à l'heure, vous avez dit en mêlée de presse, puis même ici, vous avez
dit : Il y a 120 000 travailleurs
de nécessaires, 117 000 emplois.
Bon, le chiffre sur les emplois à long terme est beaucoup plus faible que ça.
Cela étant dit, si on a ce nombre
d'emplois à combler là, il faut bien s'assurer d'arrimer les besoins du marché du travail avec les candidats à
l'immigration, et notamment ça passe par la régionalisation.
fait que, nous, il faut avoir des outils, entre autres l'article 21.1. On
ne peut pas, et vous le savez, faire en sorte d'obliger quelqu'un à aller en région. Par contre, ce que ça permet de
faire, c'est d'utiliser le système Arrima puis de dire : On va vous
accompagner beaucoup plus rapidement, on va vous inviter beaucoup plus
rapidement à venir au Québec si vous avez
une offre d'emploi validée en Abitibi. À partir du moment où la personne
arrive, s'établit en Abitibi, moi, comme
ministre de l'Immigration, je n'ai pas d'outil pour l'obliger à demeurer en
Abitibi. Par contre, moi, je trouve que c'est un bel incitatif de
dire : Vous allez venir en priorité, puis votre délai va être beaucoup
plus court pour venir.
Il y a l'autre aspect aussi des
travailleurs temporaires. Actuellement, les travailleurs temporaires, et c'est
un permis fédéral, eux sont liés avec un entrepreneur, avec un emploi dans les
différentes régions du Québec. Est-ce qu'on peut utiliser les travailleurs temporaires pour faire en sorte
qu'à partir du moment où ils sont un an, deux ans ici, qu'ils sont en emploi,
qu'ils ont appris le français... Pourquoi? Parce qu'on leur a donné des
ressources pour apprendre le français, les employeurs, les entrepreneurs les ont libérés. Toute la communauté a
participé à leur francisation, à leur intégration, puis ils passent dans le PEQ par la suite, à
l'intérieur de 20 jours ouvrables. Ça aussi, ça peut être une bonne
solution pour assurer la régionalisation, parce que, durant deux ans où
ils sont dans les différentes régions du Québec, bien, ils sont liés avec un
employeur puis ils se sont fait des amis, ils ont intégré la vie communautaire.
Ça aussi, ça peut être un aspect intéressant. Qu'est-ce que vous en pensez,
là-dessus?
Cliche-Rivard (Guillaume) :
Bien, écoutez, l'offre d'emploi validée, là, ou le match employé, employeur,
ça existe depuis des années, là. Ça
s'appelle l'offre d'emploi validée, et puis on passait en priorité déjà.
Alors, ce n'est pas une nouveauté puis ce n'est pas dans votre projet de
loi, ça. L'offre d'emploi validée puis la capacité de passer directement dans la grille quand on a une offre d'emploi validée par le ministère,
c'est... pour aller en région, tant mieux. Ça existe déjà, puis c'est un bon programme, puis peut-être
qu'il faut l'accentuer, puis peut-être qu'il faut y mettre plus de travail puis
plus de temps.
Votre
projet de loi, il ne parle pas de conditions à l'admission, il
ne parle pas de conditions à la sélection. Il parle de conditions à la résidence permanente. Alors, si
vous voulez qu'on conditionne l'accès au CSQ, puis qu'on mette des conditions d'admission ou de sélection, puis qu'on
aille plus vite pour le CSQ, aucun problème, M. le ministre. Mais mon
point, c'est que, du moment où quelqu'un devient résident permanent, là, on ne
peut pas grever cette résidence-là de conditions.
C'est ça qu'on dit. Mais, si vous voulez accélérer puis faire une meilleure
intégration régionale puis une meilleure intégration de main-d'oeuvre
avec des gens qui veulent y aller, en région, puis qui passent dans votre système, puis qui qualifient à vos critères de
régionalisation... On a déjà plus de points quand on a une offre d'emploi
validée en région que quand on a une
offre en ville, en grande ville de Montréal. C'est déjà comme ça. Il y a quatre
points de plus sur l'offre d'emploi?
Cliche-Rivard (Guillaume) : Six points de plus sur l'offre d'emploi
validée en région. Alors, sur la sélection, oui. Sélectionnons-les tout de suite, allons plus vite, donnons ces
emplois-là plus vite dans la catégorie de sélection puis d'admission. Tout ce qu'on dit, c'est... Au niveau de
l'admission, je n'ai jamais contesté votre pouvoir d'admission puis je ne le
contesterai jamais. Mais, du moment où quelqu'un devient résident permanent, là
c'est autre chose. Puis, à ce moment-là,
d'ajouter des conditions au maintien de la résidence, c'est là où on pense puis
on est d'avis que ça va trop loin. Mais, sur le principe du meilleur
arrimage, M. le ministre, on va vous suivre, c'est certain.
M. Jolin-Barrette : Je comprends et je comprends qu'on ne sera pas en accord là-dessus.
Cela étant dit, j'ai bien entendu votre point de vue. Je vous remercie
d'être venus en commission parlementaire. Je crois que la députée...
La Présidente (Mme
Chassé) : Des Plaines.
Jolin-Barrette : ...veut vous poser quelques questions. Merci
beaucoup.
Présidente (Mme Chassé) : J'invite la députée de Les Plaines à prendre
la parole. Il vous reste 2 min 45 s.
Lecours (Les Plaines) : Bien, tout d'abord, merci beaucoup d'être avec
nous aujourd'hui, de manifester votre position.
Vous
avez parlé d'incitatifs à l'immigration, comme quoi qu'évidemment c'est
important. Quels devraient être, selon
vous, les incitatifs qui feraient que ça répondrait, à ce moment-là, aux
besoins de main-d'oeuvre que nous avons au Québec, en région notamment? Et est-ce que la démarche de francisation
des candidats devrait prendre une plus grande importance? Est-ce que le
français... Est-ce qu'ils devraient être à prédominance française?
Cliche-Rivard (Guillaume) : Absolument. On ne conteste pas ça puis on
ne contestera pas, l'immigration francophone
va être privilégiée, puis il y a des programmes pour ça. Puis le Programme
expérience québécoise est là pour ça
aussi, parce qu'on passe en 20 jours, on obtient notre CSQ quand on a un
diplôme ou un emploi au Québec puis qu'on parle français avec un bon
niveau. Alors, oui, le français doit prendre plus de place. Oui, il doit y
avoir des meilleurs programmes de francisation, absolument, puis on va vous
suivre là-dessus, il n'y a aucun problème.
On parle beaucoup
aussi... ou, en fait, on ne parle pas assez peut-être de reconnaissance de
diplômes pour l'instant, et c'est ça qu'il
va falloir discuter rapidement. On parle de leur donner un meilleur arrimage,
justement, mais il va falloir qu'on
reconnaisse les diplômes. Et là je vois justement... et j'attends justement,
puis j'ouvre la grande porte, là, à
est-ce qu'on a des mesures qui s'en viennent pour la reconnaissance des acquis
puis des diplômes. Est-ce qu'on ne peut pas permettre un meilleur arrimage
comme ça?
Mais
le français, pour répondre à votre question, absolument, puis on va toujours
saluer vos initiatives pour avoir une meilleure intégration puis une
meilleure francisation des immigrants.
Mme Lecours (Les Plaines) : Et quels types d'incitatifs, à ce moment-là, pour que les gens acceptent de s'en aller en région? Parce qu'on a des besoins très importants en région. Vous
avez parlé : On est ouverts à des incitatifs. Ce serait quoi, selon
vous?
La Présidente (Mme
Chassé) : Simplement vous indiquer qu'il vous reste une minute.
Cliche-Rivard (Guillaume) :
J'ai plusieurs, plusieurs idées, là, mais, écoutez, si on pense même à la
citoyenneté canadienne, on ne devient pas citoyen canadien
sans avoir la maîtrise d'une des deux langues officielles. Alors, pour moi,
ça, pour mes clients, c'est un grand, grand
incitatif, de vouloir obtenir le passeport, de vouloir obtenir le droit de
vote, de pouvoir s'intégrer à
100 % dans la société québécoise. Et, pour la plupart de nos clients, l'intérêt
rapide, pour ceux qui ne sont pas déjà
anglophones... puis ça, c'est un autre problème, mais, pour tous les autres,
c'est de réussir à s'intégrer dans
leur société, dans leur vie, dans leur ville, d'aller au
dépanneur, d'aller à la bibliothèque, de pouvoir vivre, dans leur vie, en
français, puis de pouvoir rapidement espérer pouvoir appliquer sur la citoyenneté,
puis de réussir leur test de langue pour la citoyenneté.
Alors,
il y a déjà là des beaux incitatifs, des incitatifs
inclusifs. On peut en mettre plus, on peut trouver plus de programmes incitatifs, plus de bourses, plus de programmes
d'immersion, plus de solutions à l'intégration, fonctionner avec les entreprises pour qu'il
y ait des programmes
de francisation dans les entreprises. Mais voilà, aidons-les, c'est ça,
le message qu'on envoie aujourd'hui.
Mme Lecours (Les
Plaines) : Merci.
La Présidente (Mme
Chassé) : Merci, merci. Je cède maintenant la parole à la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Mme Anglade :
Parfait. Merci. Merci, Mme la Présidente, et merci à l'AQAADI d'être présente
avec nous.
Alors,
quelques questions d'entrée de jeu, peut-être un commentaire d'abord. Contente de vous entendre dire que,
d'un point de vue de principe,
l'idée de mieux intégrer, de mieux arrimer, c'est quelque chose que vous poursuivez et que, dans
le projet de loi qui est déposé, en bonne partie, ça suit le projet de loi de 2016 et ça suit la logique qui avait déjà été avancée par le Parti libéral à l'époque. Et je tiens à préciser qu'effectivement, depuis 2016,
au-delà du rapport qui a été présenté
par... sur toute la question de l'intégration, il y a quelque chose qui s'est produit depuis 2016, c'est que jamais les taux de chômage pour la population immigrante n'ont
été aussi bas et jamais le taux d'emploi de la population immigrante n'a été aussi haut également.
Donc, on voit qu'il y a une intégration qui se fait, qui doit se
poursuivre et qui doit encore aller plus loin. Je retiens vos éléments par
rapport à la coercition versus les incitatifs.
question va rejoindre toute la question sur les 18 000 dossiers qui touchent les
50 000 personnes. Le gouvernement vient d'essuyer une sérieuse
rebuffade d'un point de vue légal, mais, au-delà de ça, si on était en mesure de traiter tous les dossiers dans l'ancien
système, j'aimerais vous entendre pour savoir si ce ne serait pas la meilleure
chose à faire à court terme, de traiter
l'ensemble des dossiers, parce que, si on traitait seulement une
partie de ces
dossiers, on reviendrait peut-être avec d'autres recours judiciaires qui
pourraient avoir lieu, même après l'adoption d'une loi. J'aimerais un peu vous
entendre sur cet aspect-là des choses.
Cliche-Rivard (Guillaume) : D'abord, je ne veux pas... Merci de votre
question, Mme Anglade. D'abord, je ne
veux pas présumer de quelconques recours judiciaires à venir, là. Pour
l'instant, ce n'est vraiment pas ça qui est sur la table puis, au contraire, c'est vraiment une
discussion. Puis on est ici en commission parlementaire, puis vraiment,
vraiment, ce n'est vraiment pas ce
que j'ai en tête. Alors, on va plutôt parler aujourd'hui de propositions, puis
de modifications, puis d'inclusion, nous aussi, là, de discussion puis
de voir à trouver des compromis.
Mais,
oui, il faut trouver une solution pour les 18 000 personnes, que ça
soit dans Arrima, que ça soit dans Mon projet Québec, appelez-le comme
vous voulez, le système, mais ce sont des gens qui sont sur le territoire, mais
aussi à l'étranger, qui attendent et qui
attendent depuis des années. Et ça, c'est une critique aussi qui doit être
faite, là. Au niveau fédéral, ça prenait six mois... ça prend six mois
avant d'avoir la résidence, alors qu'ici, là, on compte deux ans.
Alors, effectivement,
les choses doivent être améliorées, les choses doivent être accélérées, mais,
pour ces familles-là, pour ces mères de
famille, pour ces pères de famille qui, aujourd'hui, ne savent plus où donner
de la tête, ne savent pas trop qu'est-ce qu'ils vont faire... Ils espèrent
peut-être être dans ceux qui seront traités dans les prochaines semaines, mais il va y avoir des déçus, et c'est
pour ces déçus-là qu'on est là aujourd'hui. C'est pour trouver des solutions
rapides pour ces gens-là, effectivement, qui
se font laisser de côté, tasser de côté, après avoir investi beaucoup d'argent,
beaucoup de temps, leurs rêves, d'avoir rêvé au Québec, d'avoir espéré pouvoir
s'intégrer. C'est à eux qu'on pense aujourd'hui.
Anglade : Dans le système Arrima, si on était en mesure de traiter les
dossiers, on a vu vendredi que, selon le ministère de l'Immigration, il
ne nous resterait que 400 dossiers à pouvoir passer dans le nouveau
système Arrima. Comment vous évaluez la situation par rapport à si c'était
seulement 400 dossiers qui étaient passés dans le nouveau système Arrima, par rapport à l'ensemble des
dossiers qui sont traités présentement et qu'on dirait de transférer dans le
nouveau système?
Cliche-Rivard (Guillaume) : C'est certain que c'est problématique.
C'est certain que 400, à mon humble avis,
ça ne répond pas aux besoins sur le marché du travail, et c'est encore un
chiffre hypothétique, hein? C'est encore un chiffre qu'il faudra voir, c'est une estimation
sur 2019, mais, à mon humble avis, ce
n'est pas suffisant et ça ne répond pas
ni économiquement, ni régionalement, ni dans les ressources,
ça ne répond pas aux besoins pour le Québec. Et ça, c'est une discussion qu'on doit avoir,
sur le seuil de 40 000, qui peut être un seuil discutable, ou peut-être
qu'il faut prévoir une exception. Le
seuil peut rester son seuil, mais on peut prévoir une exception pour les gens
qui étaient déjà dans le système,
qui ne seraient pas parmi le seuil.
Je peux
comprendre la volonté du gouvernement d'y aller avec un seuil de 40 000. C'est son
droit démocratique puis c'est leur droit de le faire. Cela étant,
est-ce qu'on ne peut pas, peut-être, faire une parenthèse? Est-ce qu'on ne peut
pas mettre un nota bene, là, un astérisque, en disant que les
18 000 dossiers qui étaient déjà dans le système, bien, peut-être
que ceux-là... Comme ils ont un droit acquis, comme ils avaient déjà
appliqué dans le système, est-ce qu'on ne peut pas, eux, les mettre dans une autre catégorie, comme le «backlog»,
comme le dossier «qui sont traités», et fixer, et respecter la cible de 40 000 du gouvernement en même temps? Pour moi, ça me semblerait être un compromis qui
me semblerait et aller avec les positions gouvernementales et aller avec
les droits et les préjudices matériels et directs pour les familles qui
sont directement visées, là.
Mme Anglade : Parfait. Merci. Je
céderais la place à...
La Présidente (Mme Chassé) : Oui.
J'invite la députée de Bourassa-Sauvé à prendre la parole.
Robitaille : Merci. Me Kim,
Me Cliche-Rivard, Me Rogov, merci d'être là aujourd'hui. Vos commentaires sont très, très
précieux. Écoutez, hier, il
y a eu une décision de la Cour
supérieure qui a été très, très claire. La décision du ministre relativement aux 18 000 dossiers, là,
qu'on voulait mettre à la poubelle, le juge a dit que c'était une erreur
juridique profonde. Au paragraphe 18, on dit clairement : Le ministère
a tort.
Si vous étiez
conseiller juridique du ministre de l'Immigration, qu'est-ce que vous diriez? Quelles
seraient vos mises en garde par rapport à ce projet de loi n° 9,
vos mises en gardes juridiques et constitutionnelles?
Cliche-Rivard (Guillaume) :
Je ne vais pas commenter l'affaire devant les tribunaux, ça, c'est certain,
puis ce n'est pas ce que vous demandez.
Mme Robitaille : Mais, moi, c'est par
rapport au projet de loi n° 9, oui.
Cliche-Rivard (Guillaume) :
Vous me demandez sur le projet de loi n° 9, oui, exactement. Alors, ce qu'on pense sur le projet de loi n° 9, je pense que c'est très clairement
écrit dans notre mémoire. On a mis nos mises en garde par rapport à
l'article 21.1, on a mis nos mises en garde relatives à la... en fait, à
l'arrêt ou à la mise à la poubelle des 18 000 dossiers.
Alors, je ne
veux pas faire devant le politique le débat qui sera peut-être fait devant le
judiciaire. Peut-être qu'il n'y
en aura pas, non plus, de débat judiciaire, puis je ne peux pas présumer non
plus de l'adoption d'articles qui pourraient être modifiés. Alors, je me dois d'être prudent et
j'espère vraiment, en tendant cette main-là envers le ministère,
qu'on est capables de trouver des
solutions puis qu'on n'aura pas besoin de se poser ces questions
de mise en garde constitutionnelle.
Le ministère
a ses avocats, nous, on a les nôtres, et j'espère vraiment
qu'on n'aura pas besoin d'aller jusque-là et que, plutôt,
on est capables de régler la question humainement parlant. Parce qu'au-delà de tout ça
ce sont des vies, puis je veux le rappeler, puis je le dis souvent,
là, ce sont des rêves, ce sont des intégrations, ce sont des enfants, des
femmes, des hommes, des mères, des
pères qui vraiment espèrent simplement pouvoir matérialiser leurs rêves au
Québec. Alors, je comprends votre point, mais je vais plutôt rester dans
une attitude collaborative aujourd'hui.
Robitaille : Mais, quand vous regardez le projet de loi comme il est,
là, en ce moment, est-ce qu'on s'engage dans une bataille
constitutionnelle?
Cliche-Rivard (Guillaume) : Oui. On l'annonce. On l'annonce et on le
dit, on fait des commentaires. On fait des commentaires, et c'est écrit
noir sur blanc, et je vais les redire, et je vais les redire. On a cité des
arrêts de la Cour suprême, on a cité des
droits prévus à la charte, on a prévu nos interprétations, c'est écrit dans
notre mémoire, alors, oui.
Mais est-ce que, oui, il y aura débat? Est-ce
que l'article sera adopté tel quel? Est-ce que le gouvernement ne mettra pas en place des politiques? Ce n'est pas à
moi de le prédire, puis je vais présumer de la bonne foi ministérielle, sincèrement, aujourd'hui, et je vais vraiment
espérer que nos commentaires soient écoutés et qu'on n'ait pas à se rendre
jusque-là. Mais, dans le libellé tel quel,
aujourd'hui, effectivement, on a fait des commentaires quant à la
constitutionnalité de certaines dispositions.
Robitaille : Parce que justement... oui, parce que ce droit-là de
mobilité, il est reconnu depuis longtemps, là, si je comprends bien, par
les cours, par les cours canadiennes.
M. Cliche-Rivard (Guillaume) : Par
la Charte canadienne des droits et libertés.
Robitaille : Oui, par la charte, oui, qui... Puis les cours ont
entériné ça d'une façon constante depuis des années.
M. Cliche-Rivard (Guillaume) :
Absolument. On cite deux arrêts de la Cour suprême du Canada qui sont assez
clairs sur la question, puis il y en a
plusieurs autres, puis il y a de la jurisprudence extensive sur l'article 6.
C'est les tribunaux d'instance
supérieure qui en ont parlé. Alors, c'est sûr que moi, je n'avance pas un
argumentaire juridique, là, juste sur mes deux épaules, là. On a des
autorités qui sont... en tout cas, qui s'interprète de cette façon.
Robitaille : Maintenant, vous dites, dans votre rapport : «D'entrée de jeu, nous ne
pouvons que souscrire aux principes
généraux énoncés aux articles 1 à 3 et à l'article 6
du projet de loi, sous réserve des modalités d'application réglementaire ou autres qui suivront, notamment le test des valeurs québécoises.
L'AQAADI prendra d'abord connaissance
de la portée des modalités d'application réglementaires à venir de ces dispositions avant de se prononcer sur leur application.»
Qu'est-ce qui vous
chatouille? Qu'est-ce qui vous dérange là-dedans?
Cliche-Rivard (Guillaume) : Encore une fois, je ne veux pas présumer,
Mme Robitaille. Alors, ce serait bien malavisé
pour moi de mettre des mots dans la bouche du gouvernement, alors que je ne
sais pas qu'est-ce qu'on attend. Je vais vraiment être prudent puis
appeler à la collaboration, puis, quand je vais voir les dispositions... puis,
si vous voulez mes commentaires à ce moment-là, je vais les faire.
Mais aujourd'hui ce
que je suggère puis qu'est-ce que je lance comme message, autant au ministre
qu'à l'opposition, qu'à tout le monde,
c'est : Discutons, trouvons des solutions puis allons-y vers l'inclusion.
Et des tests qui excluraient des gens, ce n'est peut-être pas vers ça
qu'on... vers lequel je veux m'en aller. Certainement, on a de magnifiques
valeurs, et je veux citer qu'à la fin de chaque demande de certificat de
sélection du Québec il y a référence à la
charte québécoise, il y a référence au fait que le Québec est une société
francophone. C'est écrit dans le test...
c'est écrit dans le certificat de sélection, dans la demande de certificat de
sélection, et les gens signent à plus d'une reprise à cet effet dans le certificat de sélection. Alors, la base de
la société libre et démocratique, laïque, francophone et dans le respect des hommes et des femmes, c'est
déjà dans une demande de certificat de sélection du Québec, à la fin, et
on signe à plusieurs reprises.
Alors,
pour moi, sur cette question-là, les points y sont, et ils sont déjà bien
respectés, et ce sont des valeurs pour lesquelles on est d'accord, et on
ne va jamais contester ces valeurs-là.
Mme Robitaille : Oui, parce que... Bien, peut-être qu'il faudrait
poser la question au ministre, mais, entre valeurs québécoises puis
valeurs démocratiques, c'est pas mal pareil, non?
Cliche-Rivard (Guillaume) : Vous l'avez répondu d'entrée de jeu, je
vais laisser M. le ministre commenter sur son prochain test puis, à ce
moment-là, quand j'aurai lu le test puis je l'aurai étudié, je commenterai.
Mais j'ai un devoir de prudence et de réserve sur cette question-là.
Robitaille :
L'article 56.1 du projet de loi : «Le ministre
peut annuler sa décision de sélection certifiée et prise en application
de l'article 21 de la présente loi lorsque — bon — la
demande contenait une information ou un document
faux ou trompeur; la décision a été rendue par erreur.» «La décision a été
rendue par erreur». Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais
avez-vous des commentaires à faire là-dessus?
Cliche-Rivard (Guillaume) : Bien, écoutez, le pouvoir d'annulation
existait dans l'ancienne loi, et c'est correct. Je veux dire, ce sera place à interprétation, évidemment, là. Ça veut
dire quoi, «prise par erreur»? Chaque dossier va être un cas d'espèce,
puis les avocats qui vont être à ces dossiers-là font faire valoir ces... Il va
falloir qu'il y ait une justification de
l'erreur, là. On ne fait pas juste vous envoyer une lettre en disant : Il
y a une erreur. Fausse représentation, si quelqu'un a menti dans sa
demande de sélection, bien sûr que le ministre a le pouvoir d'annuler ce CSQ
là. Mais l'erreur, il va falloir que ça soit
défini dans cette lettre-là. Mais je n'ai pas la... Je ne pense pas que c'est
ce que le ministre vise ou,
honnêtement, je serais vraiment surpris. Je pense que c'est plutôt une
disposition de protection de l'intérêt public, puis c'est correct qu'elle soit là, cette disposition-là. C'est correct
que le ministère ait des dispositions pour contrôler la véracité des
informations. Mais il va falloir que ça soit justifié.
Robitaille : Merci. Je vais passer la parole à mon...
La Présidente (Mme
Chassé) : Oui. J'invite le député de Nelligan à prendre la parole.
Derraji : Merci, Mme la Présidente. Merci
beaucoup pour votre rapport qui nous
éclaire sur plusieurs points. J'aimerais
bien vous entendre par rapport à les articles 9 et 10 du projet de loi, si vous le permettez. Et vous pensez quoi de ces deux articles?
M. Cliche-Rivard
(Guillaume) : On va juste les trouver.
M. Derraji :
Qui font référence... Bien, en fait, l'article...
M. Cliche-Rivard
(Guillaume) : Ah! c'est 21.1, oui.
Derraji : Exactement.
Et, si on prend un angle employeur... Parce
que je comprends la logique derrière
le projet de loi,
mais j'aimerais bien vous entendre d'un point de vue juridique. Qu'est-ce que vous en pensez, de ces deux articles, s'il vous plaît?
Cliche-Rivard (Guillaume) :
Bien, le 21.1, c'est celui dont on a discuté, là, de long et en large depuis
quelques minutes, c'est celui qui
ajoute des conditions à la résidence permanente. Alors, on a bien dit que, pour
nous, ces conditions-là ne devraient
pas avoir lieu.
Pour l'article
suivant, que j'essaie de relire rapidement, on peut déterminer les conditions que doit
respecter l'employeur qui souhaite embaucher un résident permanent.
Bien là, je ne me pose pas la question à savoir... D'abord,
l'article 29...
puis M. le ministre pourra peut-être préciser, mais est-ce que c'est vraiment
d'employer un résident permanent? On
ne parle pas de ressortissant étranger, là, à l'article 29? Je ne pense
pas que... quand on emploie un résident permanent, on n'a pas de comptes à rendre à l'Immigration, là. Ça, ça me
surprend vraiment. J'estime... ou peut-être que je me trompe, c'est le ministère qui confirmera, mais il me semble que
c'est plutôt qu'il souhaite embaucher un
travailleur étranger. Mais il faudra préciser parce que, si c'est vraiment ajouter des conditions à l'emploi
d'un résident permanent, là, effectivement, on a les mêmes problèmes qu'à 21.1, sur la potentielle constitutionnalité
ou sur les conditions, là. Alors, peut-être qu'il faudra préciser. À mon
avis, effectivement, il peut y avoir des conditions de respect pour l'employeur
temporaire. Pour le résident étranger, il
n'y a pas de problème, et, du moment où on devient résident permanent, on ne
peut pas ajouter des conditions, là.
Derraji : J'ai les mêmes
inquiétudes. J'ai les mêmes inquiétudes que vous. Et moi, je me mets à la place
d'un employeur, qu'on veut, avec ce projet de loi, régler un problème — je vais utiliser les mots de la dernière
semaine — une
crise, une crise de main-d'oeuvre, mais, si
on applique et on met en application ces deux articles, je pense, on ajoute un
autre degré de complexité à l'employeur.
Et je me
demande même l'essence même de ce projet de loi qui vise l'arrimage entre
l'immigration et l'intégration, et
l'accompagnement en région. Est-ce que, si, à la lumière de ces deux
articles... Et j'en suis sûr, qu'on va avoir l'occasion d'avoir beaucoup plus, je dirais, de clarification
par rapport à ces deux articles au futur, mais j'ai les mêmes inquiétudes,
surtout du côté employeurs, qu'eux on leur ajoute davantage de problèmes dans
l'intégration.
La Présidente (Mme Chassé) :
Simplement vous informer qu'il vous reste un peu plus d'une minute.
M. Cliche-Rivard (Guillaume) : O.K.
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Écoutez, oui, il ne faudrait pas augmenter
la charge ou le fardeau de nos entreprises, qui sont déjà débordées puis qui
sont débordées à faire rouler l'économie canadienne et québécoise avant toute
chose.
M. Derraji : ...c'est la prospérité,
oui.
Cliche-Rivard (Guillaume) : Exact, et il faut que ça demeure comme ça.
Et il ne faut pas non plus qu'il y ait un
frein ou une limitation de volonté d'engager un résident permanent parce qu'il
y aura des conditions supplémentaires. Les employeurs nous appellent, ce
sont... Les employeurs sont souvent nos clients, et ils ont beaucoup,
beaucoup de conditions, et c'est déjà assez complexe comme ça.
Je pense que, plutôt, il faudrait peut-être
plutôt simplifier puis de permettre l'emploi plus facile. Les résidents permanents, pour l'instant, c'est facile, il n'y
en a pas, de limite. Du moment que vous avez votre carte, il n'y a pas vraiment
de condition. Peut-être qu'il faudrait
plutôt aller dans cet angle-là plutôt que de mettre des conditions pour
l'employé résident permanent.
M. Derraji : Alors, si j'ai bien
compris, c'est plus une autre contrainte qu'on rajoute aux PME, si on lit les
deux articles.
Cliche-Rivard (Guillaume) : Dans sa lecture actuelle, si vraiment le
mot qui est décrit là, c'est vraiment la volonté du ministre d'aller
avec résidence permanente, oui.
Présidente (Mme Chassé) : Merci. Il ne reste que quelques secondes,
alors je vais céder la parole à la députée de Marie-Victorin.
Mme Fournier : Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous trois pour la présentation fort intéressante.
Moi, je vais
y aller tout de suite sur l'article 20, donc la question des
18 000 dossiers. Je veux un peu revenir sur ce que vous avez dit dans votre mot
d'introduction. Vous avez parlé des gens, parmi les 18 000, qui sont déjà
installés au Québec, par exemple,
avec un permis de travail, avec un permis d'études, donc, dans beaucoup de cas,
qui parlent déjà français, par exemple, qui sont déjà bien intégrés à
notre société, comme vous l'avez dit, ou qui ont démontré une capacité
d'intégration. Vous avez dit que ces gens-là devraient être rapidement
priorisés.
Est-ce que
vous parlez de les prioriser selon l'ancien système, par exemple, dans les
prochains jours, si le ministère peut mettre les ressources appropriées
pour qu'on les traite avant, par exemple, l'adoption du projet de loi
n° 9?
Cliche-Rivard (Guillaume) : Bien, dans tous les cas, un traitement
rapide et efficace pour ces gens-là puis... pour qu'ils puissent avoir le sentiment de l'intégration le plus rapide,
là, que ça soit six mois, neuf mois, 10 mois, là, mais rapidement. C'est sûr que, là, il y a de la
détresse, là, puis les témoignages qu'on entend depuis quelques semaines, c'est
les témoignages de gens ici. Pour la plupart, oui, on a fait des Skype, oui, on
a fait des vidéos, mais on a fait aussi beaucoup
de témoignages «live», là, des gens qui étaient avec nous en situation de précarité
ou en situation difficile qui demandent
vraiment des solutions. Et, oui, à mon avis, il faudrait accélérer parce qu'eux
leur statut, sur le Québec, là, peut être conditionné à l'obtention d'un
CSQ ou à leur renouvellement d'un autre permis de travail, qui n'est pas
toujours renouvelable. Alors, effectivement, il faut trouver des solutions
rapides pour les gens ici.
Mais je vous
entends, mais je ne veux pas non plus abandonner les gens qui sont à
l'étranger, qui peut-être parlent aussi bien français puis répondraient
à cette condition aussi, là, et qui ont des capacités d'intégration très, très,
très marquées et déterminées.
Quand on
parle de pénurie de main-d'oeuvre, Mme Fournier, on parle aussi de nouvel
immigrant, de nouvelle main-d'oeuvre. Alors, les gens qui sont sur le
territoire, ils répondent déjà à un emploi. Alors, ils ne correspondent probablement pas à ce que le marché a besoin
maintenant, dans le sens... dans la pénurie de main-d'oeuvre, là. Ils
correspondent bien sûr à leur emploi actuel, mais ça nous prend aussi
des nouvelles personnes. C'est ce qu'on dit.
Alors, oui,
priorisons les 4 000 ou les 3 700 ici, mais trouvons aussi des
solutions rapides pour qu'on puisse avoir de l'aide, là, puis pour que
les gens puissent venir travailler au Québec.
Mme Fournier : Mais est-ce que vous
parlez de l'ancien système? Parce qu'avec Mon projet Québec c'était vraiment premier arrivé, premier servi. Donc, dans
ce contexte où on utilise l'ancien système, est-ce que c'est possible de
prioriser les dossiers des gens qui sont déjà au Québec, selon vous?
Cliche-Rivard (Guillaume) : On parlait d'un premier arrivé, premier
servi quand on ouvrait le quota, quand on ouvrait le quota une fois par
année, avec des 5 000, ou des 6 000, ou des... en tout cas, ça a
monté plus que ça, de certains... puis là
c'est ce matin-là que c'était premier arrivé, premier servi, et donc le
programme ouvrait à 9 heures, puis, à 9 h 10, il n'y avait plus de place. Mais, dans le reste de
l'année, là, le traitement des dossiers se faisait aléatoirement, puis
c'est pour ça qu'on a encore des dossiers de 2013, 2014, 2015, alors que
d'autres ont eu leurs CSQ en 2016.
Quand on dit
premier arrivé, premier servi, c'est vraiment au niveau... quand on ouvre le
quota le matin même, là, et qu'on laisse 5 000 places, là, c'est les
premiers 5 000 qui sont choisis. Mais après ça, une fois que vous
êtes dans le système, une fois que vous êtes sélectionné, le ministère,
avec les ressources qui lui appartiennent puis ses règles opérationnelles qui lui appartiennent, peuvent
faire le traitement qu'ils veulent, et ils peuvent, par décret, par règle,
par... On voit aussi que les
traitements sont priorisés, par exemple l'Europe, ensuite l'Afrique, ensuite l'Asie,
on voit ça dans les demandes d'accès à l'information.
La Présidente (Mme Chassé) : Il vous
reste moins d'une minute.
M. Cliche-Rivard (Guillaume) :
Alors, il y a possibilité de gérer le «backlog» comme il le veut.
Fournier : Dernière
question, très rapidement. Vous avez aussi suggéré au ministre que les
dossiers restants soient transférés
dans Arrima directement, plutôt que de demander aux nouveaux arrivants de refaire
une demande. Alors, selon vous, d'un point de vue légal, c'est possible, j'imagine, en demandant le consentement pour le transfert des données personnelles?
Cliche-Rivard (Guillaume) : Je pense que, si vous offrez cette
possibilité-là aux gens, ils vont cocher la petite case qui va dire : Permettez-nous de transférer
votre dossier dans Arrima, là. Je suis pas mal certain, si c'est en réservant
les droits acquis de tout le monde, oui.
Mme Fournier : Parfait. C'est
ce que je pense aussi. Merci.
La Présidente (Mme Chassé) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Laurier-Dorion.
Fontecilla : Merci, Mme la Présidente. Merci d'être ici. Question très simple. Le gouvernement du Québec s'est déjà retrouvé avec des volumes importants
de demandes à traiter, et ce n'est pas la première fois. Est-ce que, selon
vous, il est possible de traiter ces volumes-là rapidement avec l'ajout de
ressources, selon votre expérience, là, en termes de droit de l'immigration?
M. Cliche-Rivard (Guillaume) : Bien,
avec respect, les statistiques qu'on a fournies en
annexe de notre mémoire démontrent que oui, démontrent que c'est
possible. Puis, au Québec, là, on émet 50 000... on émettait 50 000 CSQ. Maintenant, on va en émettre 40 000. Donc, il
y a capacité de traitement, peut-être en quelques mois, peut-être jusqu'à
une année, mais il y a capacité de le traiter.
Là, c'est une
volonté de savoir... Là, on s'apprête à mettre 19 millions de dollars de
fonds publics pour rembourser des
gens, pour déchiqueter des dossiers, alors qu'on pourrait en mettre une
fraction, là, à accélérer le traitement des dossiers, à faire une parenthèse sur le seuil de
40 000, parce qu'on avait des engagements envers des gens, traiter ces
gens-là puis, après ça, aller de l'avant avec le plan ministériel, parce
que c'est la liberté démocratique de le faire. Mais on a la capacité puis on s'apprête à mettre
19 millions de notre argent, là, des fonds publics là-dessus. Alors, je
pense que, oui, on a la capacité de le faire, M. Fontecilla.
M. Fontecilla : Le ministre parle
souvent de l'utilisation accrue des permis temporaires pour des travailleurs
étrangers, là. Est-ce qu'une utilisation massive de ces permis-là peut amener
des problèmes d'exercice des droits fondamentaux,
c'est-à-dire être lié à un employeur, pour une personne qui vient de
l'étranger, peut poser des problèmes d'exercice de droits fondamentaux?
Cliche-Rivard (Guillaume) : Bien, du moment où on n'est pas résident
permanent, cette disposition-là de la charte
n'est pas tout à fait applicable, elle s'applique aux résidents permanents puis
aux citoyens canadiens. Donc, effectivement,
ça existe, au Canada, de lier une entreprise avec un employé, ça s'appelle un
permis de travail fermé, et ça, c'est légal.
Maintenant,
il faut savoir que le permis de travail fermé, au Québec, nécessite l'EIMT, là,
l'étude d'impact sur le marché du travail, avec Services Canada, qui
nécessite un CAQ aussi, un certificat d'acceptation du Québec. Tout ça ensemble, on est rendu à plus de six mois, sept
mois, on monte un petit peu plus en délai de traitement, et ça, avant ça,
l'employeur doit faire un affichage, un
affichage d'une trentaine de jours. Alors, c'est-à-dire que, du moment où vous
êtes en pénurie de main-d'oeuvre,
avant de voir votre premier travailleur sur le territoire, vous avez huit mois,
neuf mois d'attente.
Alors, il y a
beaucoup de problèmes là, et certainement qu'on peut régler une
partie du
problème avec des permis temporaires,
c'est correct, mais, à un moment donné, on doit aussi se poser la question de
l'intégration à long terme de ces immigrants puis ces immigrantes-là. De
laisser des gens sur des permis de travail, c'est de laisser des gens dans une situation temporaire, et temporaire, c'est
difficile, c'est difficile pour la famille, c'est difficile pour les enfants
qui vont soudainement entrer à
l'école, qui vont se faire des amis dans la classe, qui vont commencer à
développer ou apprendre les valeurs
québécoises puis la langue québécoise. Et puis là, si on ne donne pas une route
rapide, ou si on ne prévoit pas directement la possibilité d'aller vers
la résidence permanente, ou, disons, si on en prend 400 en 2019, bien là, on se
retrouve à laisser les gens, là, dans une
continualité de renouvellement de permis de travail, puis je ne suis pas
certain...
La Présidente (Mme Chassé) : Il vous
reste une minute.
Cliche-Rivard (Guillaume) : ... que c'est ça, la société qu'on veut au
Québec, hein? Merci, M. le député.
La Présidente (Mme Chassé) : Il vous
reste une minute, vous voulez continuer?
M. Fontecilla : C'est bon. J'ai posé
ma question.
Présidente (Mme Chassé) : Parfait. Je vous remercie. Alors, je
suspends... Je suis désolée. Je vous remercie pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 5)
La Présidente (Mme Chassé) : Je
vous invite à reprendre place. Je souhaite maintenant la bienvenue à la représentante... Vous êtes de la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante...
Ça va? Tout est beau. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous indiquerai à une minute de la fin. Je vous invite donc à vous présenter
puis à commencer votre exposé.
Mme Hébert
(Martine) : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Alors, mon nom est Martine Hébert, je suis vice-présidente principale à
la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante,
l'organisme qui regroupe les PME.
En fait, on est le plus gros regroupement de
PME à l'échelle canadienne, 110 000 membres, dont environ un sur cinq
est au Québec.
Alors, Mme la Présidente, c'est avec beaucoup
d'intérêt qu'on a pris connaissance du projet de loi n° 9. D'ailleurs, je vous dis d'emblée que nous
souscrivons entièrement aux objectifs qui sont poursuivis par le gouvernement
de mieux arrimer l'immigration avec les besoins du marché du travail. Et cela
est important, Mme la Présidente, particulièrement
dans le contexte actuel, où la pénurie
de main-d'oeuvre qui sévit sur le
marché du travail au Québec est l'une
des plus imposantes au pays. D'ailleurs, les chiffres qu'on a publiés encore
hier le démontrent. Ce sont environ, là,
au moment où on se parle, 112 000 postes qui ne trouvent pas preneur
au Québec, et tout ça alors que, dans plusieurs régions, on a un taux de
chômage sous la barre des 4 %, qui est un taux de chômage historique et où
l'économie continue quand même d'afficher une bonne performance.
Alors, ce
n'est pas sans conséquence, ça, Mme la Présidente, sur les entreprises
touchées, hein? Il faut bien se rappeler
que les conséquences sont très concrètes. Ça veut dire qu'au moment où on se
parle on a des manufacturiers au Québec qui ne trouvent pas le personnel nécessaire
pour être capables de prendre des nouveaux contrats ou encore pour être capables d'accepter de nouveaux clients. On a
des restaurateurs qui doivent fermer leurs portes plusieurs jours par semaine, on a des hôteliers qui ne roulent qu'à
50 % de leur capacité. Donc, il faut bien comprendre que la pénurie de
main-d'oeuvre, ce n'est pas juste un concept théorique, mais ça a des impacts
bien concrets.
Alors,
évidemment, il y a des raisons, à ce phénomène-là, qui sont liées à la
démographie du Québec et qui sont liées aussi à la conjoncture
économique actuelle. Donc, c'est important que le gouvernement prenne des
actions pour soutenir les entreprises à
pallier ce phénomène-là. Et l'immigration en est un. D'ailleurs, les
prédictions du gouvernement démontrent
que, d'ici les 10 prochaines années, on aura à combler plus de
1,3 million d'emplois au Québec et que, parmi ces emplois-là, à peu près 22 % devront être
comblés par l'immigration. Alors, notre sujet dont on discute aujourd'hui
nous interpelle grandement pour ces raisons-là.
Il faut dire,
Mme la Présidente, que le système d'immigration au Québec a été victime depuis
plusieurs, années de ce que j'appelle
un mauvais casting, pour emprunter un terme au cinéma, c'est-à-dire que les
personnes immigrantes qu'on a
accueillies, lorsqu'on regarde les statistiques au Québec... Alors que, les PME
québécoises, particulièrement dans nos
régions, ce qu'elles recherchent en premier, ce sont surtout du personnel de
production, des gens qui ont des métiers spécialisés, comme des soudeurs, des électromécaniciens, en grande
majorité, ou encore du personnel de vente, quand on regarde les statistiques d'immigration, ce qu'on constate, c'est
qu'au cours des 10 dernières années pour lesquelles elles sont disponibles ce qu'on a accueilli
beaucoup, c'est tout à fait l'inverse, c'est des gens ultrascolarisés, beaucoup
plus qualifiés par rapport aux besoins.
Donc, il y avait principalement des compétences en gestion ou des
professionnels. Autrement dit, on a accueilli ici des gens qui sont
surqualifiés.
D'ailleurs, Mme
la Présidente, il y a plusieurs études et plusieurs articles, dans les médias,
qui ont paru qui ont bien démontré qu'il y avait un problème de
surqualification dans un cas sur deux au niveau de nos immigrants. Autrement dit, on a fait venir des gens ici en
leur faisant miroiter des choses, en leur faisant des promesses, mais qu'on
ne peut pas tenir. Alors, c'est comme...
Donc, il y a un problème à la base, et il faut corriger le tir. Et, en cette
matière-là, je pense que le projet de loi n° 9 déposé par le
ministre de l'Immigration vient apporter, là, une
partie de la solution.
Alors, je
vous dirais, Mme la Présidente, que c'est sûr que, dans le projet de loi
n° 9, ce n'est pas là où on va revoir la grille de sélection, mais je profite de l'opportunité qui m'est
donnée aujourd'hui devant les parlementaires pour rappeler l'importance
de revoir cette grille de sélection là parce que cette dernière, justement,
nous conduit à sélectionner des personnes
qui sont souvent beaucoup plus scolarisées que ce qu'on aurait besoin. Une
personne, par exemple, qui a un doctorat
en philosophie d'une université étrangère et qui parle français va être
sélectionnée, là, va être avantagée, dans la grille actuelle, par
rapport à une personne, par exemple, qui n'a pas de diplôme d'études
secondaires, qui parle un peu le français,
mais qui pourrait très bien occuper un emploi, là, en région au moment où on se
parle. Donc, ce qu'on souhaite faire
aujourd'hui aussi, c'est lancer un appel, là, à la révision de cette grille de
sélection là, dans la foulée, là, des
actions qui suivront le projet de loi, parce que, sinon, même si on a le
système Arrima, si la grille de sélection demeure la même après ça pour sélectionner les gens, bien,
on ne sera pas plus avancés ou, en tout cas, on n'aura peut-être pas l'effet
aussi optimal, là, qu'on aurait souhaité.
Alors, je
voulais vous parler un petit peu de la vision déployée par, justement, le
projet de loi n° 9, notamment par
rapport à la participation en français. Mme la Présidente, la FCEI souscrit
entièrement au fait français. Je pense que le français, c'est la langue du Québec, et donc on doit respecter ça.
Toutefois, on se questionne sur certaines dispositions du projet de loi
et les effets qu'elles auront.
Par exemple, à l'article 3, qui vient
modifier le paragraphe 4° de la loi, on peut lire que le ministre a la
responsabilité de «sélectionner, à
titre temporaire ou permanent, des
ressortissants étrangers en mesure de participer pleinement, en français...» Alors, je souligne le «participer
pleinement, en français». Ce qu'on comprend de ça, nous, c'est que l'exigence va dorénavant être... donc, va être
maintenue, de dire qu'il faut que tu puisses participer pleinement, donc,
que la personne possède une très... une
excellente connaissance du français avant de pouvoir venir s'installer au
Québec. Nous, on croit qu'il y a
moyen de déployer des mesures de francisation et d'accompagner les personnes
qui ne posséderaient pas un niveau aussi bon de français en amont, avant
leur arrivée, mais qu'une fois arrivées ici, si on les accompagne et si on fait les choses correctement, on est
capables de les aider à développer ces connaissances-là. Alors, c'est pour ça
qu'on recommande de modifier ce
paragraphe-là, de façon à ce qu'on soit un peu plus ouverts et que ça ne vienne
pas, là, si vous voulez, contraindre
en amont les personnes qu'on accueille, en parlant plutôt de personnes qui
seraient en mesure éventuellement de participer — en français, hein? — à la société québécoise, pour leur donner
une chance de pouvoir, si vous voulez, là, apprendre le français.
Un autre
principe aussi qui se dégage du projet de loi n° 9 et auquel on souscrit
complètement, c'est la question de l'emploi
et de la régionalisation de l'immigration comme... Et, en ce sens-là, on souligne que ce sont d'excellents
vecteurs de francisation, d'ailleurs,
des immigrants. Vous savez, je dis toujours...
ma grand-mère disait toujours, Mme la
Présidente : La faim sort le loup du bois, hein? Après six mois
passés à Chibougamau, si on ne parlait pas français en arrivant, il y a fort
à parier que si... en étant imprégné dans un milieu entièrement francophone, à un moment
donné, le français, on va finir par l'apprendre. Alors, je pense qu'on doit
aussi fournir à ces personnes-là de l'accompagnement
pour pouvoir ce faire.
Mais tout ça
pour dire qu'il ne faut pas brimer, si vous voulez, certaines personnes,
là, qui ne posséderaient pas un
niveau de français suffisant et bloquer cette entrée-là. Et je pense qu'encore une fois le projet de loi, si vous voulez, permet de faire plusieurs
choses en la matière. D'ailleurs, on souligne, Mme la Présidente,
l'article 3, qui édicterait le nouveau paragraphe 4.7° de la
Loi du MIDI, qui, lui, établirait la responsabilité du ministre justement de coordonner les efforts de plusieurs ministères
ou organismes pertinents en vue de soutenir l'apprentissage du français par les
nouveaux arrivants. Je pense que ce rôle de coordination là est important,
et il y a plusieurs instances et institutions, dans la société, qui ont un rôle et une responsabilité, et, en ce sens-là, je pense que ce genre de disposition là du projet de loi
doit être appuyée et doit être maintenue lors de l'étude par les parlementaires.
Un petit mot sur les questions
liées aux procédures et à la réglementation. Vous savez, on prend note, là, des
modifications qui sont prévues, notamment à
l'article 15 de la
Loi sur l'immigration, là, qui sont prévues par
l'article 8 du projet de loi. On
comprend qu'à travers ça il y a une manifestation de la volonté du gouvernement
de procéder à un allègement du fardeau de l'employeur qui s'engage dans
un exercice de recrutement international. Parce qu'on vient changer une obligation avant. On disait qu'avant
ça l'employeur était... «est tenu d'obtenir du ministre» un avis, alors que, maintenant, ce qu'on vient dire, c'est :
L'employeur peut... le gouvernement peut exiger de l'employeur d'obtenir
un avis. Donc, ce qu'on comprend, c'est
qu'il y aurait une volonté du législateur, là, d'alléger les procédures et les
exigences qui sont imposées aux employeurs, et, en ce sens-là, je pense
que c'est bien accueilli.
voudrait aussi noter, Mme la Présidente, que, dans ces dispositions-là, il est
crucial que les objectifs qui nous semblent
être portés par les articles 8 et 10 se traduisent aussi dans les
règlements qui vont en découler, hein, parce que ça arrive des fois
qu'on a un projet de
loi sur la table, on l'étudie, puis là, après ça, les
règlements qui en découlent viennent défaire
ce qu'on a essayé de faire dans le projet de loi. Donc, je pense que ça va être
important de faire ça, et que ça ne
comporte pas de chevauchement d'exigences aussi avec ce qui est exigé des employeurs
de la part du gouvernement fédéral.
Donc,
la FCEI, en ce sens-là, propose donc un amendement à l'article 8 pour
qu'il soit spécifiquement mentionné... Parce
que, vous savez, l'intention du gouvernement... J'ai confiance, tout à fait
confiance au ministre que l'objectif était d'alléger la réglementation,
mais...
La Présidente (Mme
Chassé) : Je vous indique qu'il vous reste près de 30 secondes.
Mme Hébert (Martine) : ... — d'accord — mais
les ministres passent, et, malheureusement, des fois, les règlements,
ça se change vite, alors il faudrait peut-être enchâsser ce principe-là dans le
projet de loi.
Juste
30 secondes sur les limites de la déclaration du système Arrima, avec lequel on souscrit mais qui... à notre avis, peut-être, il y aurait d'autres actions à poser à côté, là, pour
obtenir encore de façon plus optimale des résultats. Je vous remercie.
Présidente (Mme Chassé) : Le
ministre m'indique qu'il vous laisse un peu plus de temps,
un peu plus de son temps.
Hébert (Martine) : C'est beau, parfait.
La Présidente (Mme
Chassé) : Ça va?
Hébert (Martine) : Oui, bien, merci.
La Présidente (Mme
Chassé) : Merci pour votre exposé. Je vous invite, M. le ministre, à
prendre la parole.
M. Jolin-Barrette :
Merci, Mme la Présidente. Mme Hébert, bonjour. Merci d'être à l'Assemblée
nationale aujourd'hui pour participer à nos travaux.
vous dirais, d'entrée de jeu, que j'entends bien ce que vous nous dites
relativement au français. Vous, ce que vous
dites, avec l'article 3, paragraphe 4°, vous dites... Avec le libellé qu'on a actuellement, vous pensez qu'on ne pourra pas sélectionner des gens qui ne
parlent pas français, vous avez peur que ça soit une barrière à l'entrée, c'est
votre interprétation, là, de l'article 3, paragraphe 4°.
Hébert (Martine) : Oui, tout à fait. Oui.
Jolin-Barrette : Moi, ce que je peux vous dire : ce n'est pas
l'intention du gouvernement de mettre des barrières
à l'entrée pour les gens qui ne parlent pas français. Par le biais de
l'article, là, ce qu'on souhaite faire, c'est faire en sorte que le gouvernement québécois déploie
des ressources pour assurer la francisation, pour s'assurer
qu'à la base, là, il n'y a pas de
porte fermée, on va vraiment être basé sur... on va sélectionner les gens en
fonction des besoins du marché
du travail puis vraiment faire en sorte qu'on déploie les ressources pour
qu'ils apprennent le français. L'idée, c'est qu'éventuellement on va amener tout
le monde à participer à la société québécoise en français et d'acquérir les compétences langagières en français. C'est l'objectif.
Mais je retiens votre suggestion, que vous, vous nous dites... Le «éventuellement»,
ça vous rassurerait.
Mme Hébert (Martine) : Oui, effectivement, M. le
ministre, parce que de la façon que
c'est libellé là, dans le fond, ça
pourrait être interprété de différentes façons. Je ne suis pas juriste, mais
moi, de la façon que je l'avais compris, je me suis dit : Ah! tiens, «en mesure de participer pleinement, en
français», ça veut dire qu'ils doivent déjà, donc, avoir soit... en fait, avoir une facilité d'apprentissage de la langue ou
encore, sinon, une connaissance de la langue. Et comment on fait pour mesurer ça, la facilité
d'apprentissage de la langue? Ce n'est pas évident. Donc, je suggérerais peut-être,
pour en arriver, justement,
à rencontrer l'objectif que vous visez, sans dénaturer cet objectif-là,
qui est tout à fait louable, de peut-être moduler, amender l'article,
là, pour pas que ça porte à confusion, que ce soit plus clair.
M. Jolin-Barrette : O.K. On en prend note. Puis l'objectif
derrière ça... Tout le projet de loi est construit de façon à faire en sorte de
pouvoir déployer des ressources dès l'étranger. À partir du moment où on dit
aux candidats à l'immigration : Bien,
on vous accueille au Québec, on diminue les délais, six mois avec le système
Arrima, on veut vraiment réduire les
délais, passer de 36 mois avec l'ancien Programme régulier des
travailleurs qualifiés, ramener ça à l'intérieur de six mois. Mais on veut déjà démarrer l'intégration, la francisation
dès le départ, dès l'étranger, puis aussi, à partir du moment où les gens arrivent sur le territoire
québécois, là, vraiment avoir un parcours personnalisé pour faire en sorte
que, dans la vie civile, ça fonctionne bien,
dans la vie communautaire, ça fonctionne bien, dans la vie professionnelle des
gens aussi. Donc, c'est pour ça aussi,
supporter les employeurs, puis nous, on voit ça comme une question de
responsabilité partagée. L'État
déploie les ressources, mais en même temps il faut que le candidat à
l'immigration aussi s'investisse dans le processus d'intégration, de
participation.
voulais vous demander comment vous voyez ça, le fait qu'on souhaite faire
participer les employeurs à cette démarche-là.
Il y a un
article qui dit qu'on pourrait mettre en place, on pourrait déployer,
adopter un règlement pour faire participer
les entrepreneurs, les employeurs au processus d'intégration. Comment vous
voyez ça, là, pour les gens que vous représentez?
Hébert (Martine) : Écoutez, je pense que les employeurs ont
vraiment envie de faire leur part dans l'intégration,
là, des personnes qu'on accueille. Je pense que ça, c'est indéniable.
D'ailleurs, vous savez, M. le ministre, qu'on a plusieurs de nos membres qui emploient des personnes, là, qui
sont issues de l'immigration. Et, je veux dire, c'est extraordinaire, ce
sont de très, très belles expériences. Et donc je pense qu'on a intérêt, dans
ce sens-là.
Maintenant,
lorsque je vois le mot «règlement», lorsque je vois «obligation de
l'employeur», je vous dirais que ça,
ça nous inquiète toujours un peu, à la FCEI. Hein, vous savez qu'on a une
allergie à tout ce qui est... On espère que ça sera dans une perspective de réglementation intelligente, comme l'édicte
d'ailleurs la politique d'allègement réglementaire, là, auquel le gouvernement se soumet, qui... et
donc qu'il y aura une modulation peut-être des obligations en fonction de la
taille de l'entreprise. Parce qu'il faut
bien considérer que, M. le ministre, la pénurie de main-d'oeuvre sévit
principalement chez les plus petites
entreprises, là, 20 employés et moins. Elle est encore là avec plus
d'acuité que dans les plus grandes entreprises,
et ce ne sont pas des entreprises qui ont des départements de ressources
humaines, de formation ou même juridiques.
Donc, si jamais le gouvernement allait de l'avant avec des obligations
supplémentaires aux employeurs, je vous
inviterais, en toute déférence, de considérer à ce moment-là une modulation de
ces obligations-là en fonction de la taille des entreprises, pour tenir
compte du fait que c'est ça, là, tu n'as pas de ressources.
veux dire, si on a un petit commerce en région, bien, là, on n'a peut-être pas
de place pour faire des cours de francisation dans l'entreprise, on n'a
peut-être pas les moyens non plus, hein, de dégager ces travailleurs-là pendant
plusieurs heures par semaine, pendant des semaines, pour aller sur les bancs
d'école autant que d'autres types d'entreprise
de plus grande taille. Donc, je vous demanderais, à ce moment-là, de peut-être
tenir compte, là, des ressources et
d'exempter aussi peut-être même les plus petits employeurs, là, de certaines
des obligations, sachant que, dans toutes les régions, par contre, ces personnes-là pourraient avoir accès à des
mesures, que ce soit en matière de francisation ou autre aussi, hein,
d'éducation, par exemple, hein, là, c'est quoi, les droits et les
responsabilités des employeurs aux lois du
travail, comment ça fonctionne ici, à travers, par exemple, les excellents
groupes communautaires qu'on a partout au Québec, qui seraient de très
bons partenaires dans ce type d'éléments là.
Donc,
je vous inviterais... Comme je vous dis, on n'est pas... Je pense que les
employeurs ont une responsabilité, sauf qu'il faut faire attention de ne pas
leur mettre sur leurs épaules des responsabilités, là, qu'ils ne peuvent
pas remplir ou encore qui ne relèvent pas de
leurs compétences, comme par exemple, là, l'éducation aux valeurs ou à la
citoyenneté, ou ce genre de choses là.
M. Jolin-Barrette : Donc, je comprends, ne pas alourdir le fardeau sur les employeurs,
surtout les PME, parce que, bon,
c'est moins que 10 employés généralement, la majorité de vos membres.
J'entends bien votre commentaire. L'objectif,
aussi, de la disposition, puis de l'aspect réglementaire aussi, c'est de se
donner les outils notamment pour faire participer tout le monde. Mais c'est sûr
qu'on n'a pas l'intention d'imposer un règlement quelconque sans consulter
l'ensemble des parties prenantes. Puis
l'objectif, c'est vraiment que ça pourrait être applicable et efficient aussi.
On a ce grand souci là. Il ne s'agit
pas de faire, de mettre en place un règlement pour mettre un règlement, il faut
qu'il y ait une plus-value à cela
pour que l'ensemble des partenaires travaillent dans le même sens au niveau de
l'intégration. Mais je vous entends très bien, puis on va être sensibles
à cet élément-là.
J'aimerais
qu'on revienne sur la question de la grille de sélection. Vous nous invitez à la
réviser, et je lierais ma question à la question de la régionalisation : Comment est-ce qu'on fait pour s'assurer d'une plus grande régionalisation de l'immigration,
puis comment vous voyez ça avec la grille de sélection, quand vous nous invitez
à la réformer?
Mme Hébert (Martine) : Je vais vous dire, M. le ministre, que je pense
qu'en arrimant mieux les besoins du marché
du travail avec le profil des
personnes qu'on va accueillir, il va y avoir une espèce de régionalisation qui
va se faire d'elle-même, dans le sens
où, si on accueille des gens, par
exemple, qui ont un profil de
journalier, qui ont un profil comme ce
qui est en demande présentement, là,
hein, ou encore des métiers, là, spécialisés, là, mais peu qualifiés, si on
accueille des gens capables de
travailler dans nos hôtels, dans nos restaurants, etc., ces emplois-là sont
beaucoup en région, hein, très peu à
Montréal, donc beaucoup en région. Donc, si on met l'accent sur, justement,
l'offre d'emploi validée, sûre, pour ces
personnes-là aussi, en leur permettant de se qualifier à travers la grille,
bien, je pense que, là, à ce moment-là, il y a une espèce de mécanisme
qui va faire en sorte que ça va aller de soi.
Est-ce que le
gouvernement devrait aller jusqu'à dire... bon, obliger les gens à rester à
certains endroits? Là, encore une
fois, je ne suis pas juriste, mais je pense qu'on a intérêt, comme société, et
pour les personnes qu'on accueille et pour nous-mêmes, comme société, à faire en sorte
qu'effectivement les gens qu'on va accueillir puissent participer pleinement, à
la hauteur de leur potentiel, à l'édification de la société québécoise. Et ça,
ça va passer beaucoup par l'emploi. Et je trouve que c'est injuste et que ce n'est pas correct, ce qu'on fait à
l'heure actuelle, de faire venir des gens qui ont un doctorat en philosophie, comme je l'ai dit tantôt, puis qui
débarquent à Montréal, et puis qui finalement se ramassent chauffeurs de taxi parce que, qu'est-ce que vous voulez... Je
n'ai rien contre les doctorats en philosophie, ça prend... je trouve ça...
J'aime beaucoup la philosophie, mais ce
n'est pas nécessairement ça, comme emploi, qui est en demande. Et donc on brise
des rêves aussi, on crée de faux espoirs lorsqu'on fait ça.
Et je
souhaite que le nouveau système puisse permettre de corriger ça, M. le
ministre. Et j'ai confiance que, si, justement,
on a un système qui dit : Bien, écoutez, si vous venez puis que vous vous
établissez, vous avez plus de points; si vous vous engagez à rester là
pour trois ans, vous avez plus de points dans la grille, donc, etc., ça va
faire en sorte qu'effectivement la régionalisation, là, va se faire de façon
naturelle et sans heurt.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
vraiment l'objectif qu'on recherche avec le projet de loi n° 9, là, de
faire un arrimage entre les besoins du marché du travail puis d'inviter le plus
possible les gens à aller en région.
Je voudrais
vous demander : Pour les petites, moyennes entreprises, c'est quoi, les
plus grands défis qu'ils vivent avec
le ministère de l'Immigration ou avec le gouvernement du Québec pour aller
recruter des gens? On souhaite aller de
l'avant avec le programme Arrima, de mettre en place un portail employeurs pour
s'assurer qu'il y ait un maillage entre le candidat à l'immigration, l'offre d'emploi. Mais vous diriez, là...
Parfois, on a parlé du parcours du combattant pour le candidat à l'immigration. Du point de vue, là,
des employeurs, là, les PME, là, c'est quoi, leurs défis, pour dire : Moi,
j'ai un manque de main-d'oeuvre, je veux aller chercher des candidats à
l'immigration, à la fois du côté temporaire, à la fois du côté
permanent. C'est quoi, les défis qu'ils ont, là, vos membres?
Mme Hébert
(Martine) : C'est une
excellente question, M. le
ministre, je vous remercie de la
poser, parce que c'est un
véritable parcours du combattant aussi. Il y a une lourdeur administrative, une
lenteur endémique du système à l'heure actuelle. Je vous donne juste un exemple,
là. Au niveau des enquêtes sur le marché du travail, au niveau fédéral, on est rendu à neuf mois d'attente. Neuf
mois d'attente, là, si vous êtes un horticulteur, là, puis que vous attendez
votre personnel pour l'été, oubliez ça, là, vous allez planter les fleurs au
mois d'octobre, là.
M. Jolin-Barrette : ...pour le
bénéfice de la commission, l'enquête, là, sur le marché du travail?
Mme Hébert
(Martine) : En fait, c'est
une étude que les employeurs doivent produire lorsqu'ils veulent avoir
accès, par exemple, à un travailleur
étranger temporaire. C'est une étude qu'ils doivent produire démontrant qu'ils
ont fait tous les efforts nécessaires dans leur propre milieu pour
recruter et qu'ils n'ont pas retrouvé. Et donc ça, c'est analysé par le fédéral. Et, bon, il y a
une lenteur dans le système. La lourdeur bureaucratique, c'est extrêmement coûteux. Mais le fait est que
les machines sont bloquées. Les machines n'arrivent pas à livrer la
marchandise, que ce soit... Peu
importe le programme, on a l'impression que ça coince de partout et qu'il faut donner un
coup de barre, là, pour décoincer les appareils administratifs, pour
faire en sorte, justement, que les employeurs pourront avoir accès à leurs...
L'autre problème
majeur est celui du problème de mauvais casting, de mauvais arrimage, où ils
disent : Bien, moi, là, j'ai des
temporaires qui sont excellents puis j'aimerais ça les garder, mais, qu'est-ce que tu veux, ils ne se qualifient pas sur le système permanent, je
ne suis pas capable de les qualifier, ils ne sont pas capables de qualifier au système
permanent parce qu'ils ne sont pas assez scolarisés. Donc, c'est ces deux problèmes-là.
M. Jolin-Barrette : Présentement,
on est en négociation avec le gouvernement fédéral, justement, pour le Programme
des travailleurs étrangers temporaires, pour assouplir les critères, notamment
sur l'étude d'impact. Très certainement, nous, c'est un objectif qu'on veut faire pour
répondre aux besoins des entreprises, aux besoins des différentes régions pour
assouplir tous ces critères-là. On est déjà au travail.
Dans votre mémoire, à la page 12, la
dernière page, vous parlez de l'article 20 puis vous dites que vous êtes favorables au fait que... bien, au libellé de l'article 20
en général, donc, et qu'on devrait orienter les gens, comme
on le propose, vers le nouveau système d'analyse
des demandes. Donc, je comprends que, pour vous, l'article 20, c'est
approprié.
Mme Hébert (Martine) : C'est-à-dire que ce qu'on a compris de l'article 20,
là, c'est qu'il y avait 18 000 dossiers en attente d'évaluation
selon les critères qui étaient utilisés dans l'ancien système. Nous, ce qu'on
souhaite, c'est que ces
18 000 dossiers là, s'ils sont analysés, ils le soient en fonction des critères du nouveau système, et
donc qu'ils prévoient justement un
arrimage entre les besoins du marché du travail et le profil des personnes qu'on
accueille. Ça fait que, nous, c'est ça qu'on comprend.
Alors, le mécanisme interne de processus de
traitement opérationnel. Moi, je ne suis pas une spécialiste des opérations, là, propres au MIDI. Je pense que
votre sous-ministre est pas mal plus qualifié que moi pour répondre à ces
questions-là. Mais, le mécanisme par lequel
le gouvernement va passer pour faire ça, nous, c'est qu'on n'est pas sur le moyen,
on est plus sur le résultat. Ce qu'on souhaite, c'est qu'on ne veut pas se
retrouver encore... Et, si on dit qu'on analyse
les 18 000 dossiers puis que, là, ça prend un an à les analyser, ou
huit mois, ça veut dire qu'on retarde d'un an ou de huit mois encore plus l'entrée en vigueur du nouveau système qui nous
permet de mieux arrimer. Alors, ce n'est pas souhaitable. Nous, on préférerait, et ce, par contre, dans le respect
évidemment des individus qui ont déposé un dossier, et tout ça, et avec
empathie... mais on préférerait que ces dossiers-là soient traités en fonction
des nouveaux critères.
Alors,
par quel moyen le ministère peut le faire? Ça, malheureusement, je n'ai pas la
réponse à ça. Mais, pour nous, c'est
l'objectif qui compte et non pas le moyen. Et, en ce sens-là, est-ce que ça
pourrait être de mettre en place des mesures facilitatrices pour ces
personnes-là, par exemple, qui sont déjà en emploi ici? Parce que, moi, ce que
je comprends, c'est que, si la personne est
déjà en emploi ici puis qu'on la met sur Arrima, elle va se qualifier
automatique. Donc, si elle était en
17e... en 1 000e position
sur le 18 000 puis que, là, dans Arrima, woups! elle se qualifie, est-ce qu'elle va passer plus vite? Si ça
permet ça, nous, c'est ce qu'on souhaiterait, donc, d'avoir des mesures
facilitatrices, des mesures transitoires, peut-être,
pour permettre, là, aux personnes... mais d'avoir aussi la bonne information, parce que je ne vous cacherai pas que c'est assez alambiqué, hein, le système d'immigration. Je pense qu'on l'a tous vu dans le débat actuel.
Et je pense que l'information, aussi, aux
personnes est quelque chose de crucial. Et je pense que, si on avait peut-être un petit effort à faire, ce serait
peut-être dans cette matière-là, là, pour s'assurer que les personnes aient la
bonne information. Et, à travers des mécanismes, peut-être qu'on
pourrait leur faciliter, justement, le passage, ou avoir des inscriptions
automatiques, ou des choses comme ça.
M. Jolin-Barrette : Parfait.
Bien, en fait, c'est pour ça qu'on invite notamment les gens à appliquer dans
le programme Arrima dès le départ puis de faire en sorte aussi qu'ils puissent
appliquer au Programme de l'expérience québécoise, déjà, pour ceux qui sont sur
le territoire québécois et qui n'auraient pas été qualifiés auparavant.
Je vous remercie pour vos interventions. Je
pense que mon collègue de Mégantic veut poser des questions.
La Présidente (Mme Chassé) :
Oui, le collègue de Mégantic et ensuite le député de Bourget aussi.
M. Jacques :
Bonjour, Mme Hébert. Lors de l'annonce du projet de loi n° 9, vous
avez mentionné avoir des questions sur la portée de certaines modifications
apportées aux dispositions relatives aux exigences liées à l'évaluation des effets de l'offre d'emploi sur le marché du
travail ainsi qu'aux conditions qui y sont rattachées. Vous avez souligné
que le gouvernement pourrait déterminer par
règlement les conditions auxquelles les employeurs devront satisfaire pour
obtenir une validation des offres d'emploi.
J'aimerais que vous me précisiez ce que la FCEI anticipe de ce côté. Et quelles
pourraient être des conditions aux employeurs que vous jugez justifiables sans
compromettre la productivité de leurs entreprises?
Mme Hébert
(Martine) : Bien, écoutez,
c'est ça — merci,
M. le député, pour votre question — parce qu'effectivement c'était une disposition qui... Ce qu'on comprend,
c'est qu'il y a une intention d'allègement. Mais, quand on dit le mot «règlement», nous autres, comme j'ai dit tantôt,
hein, malheureusement, les ministres finissent... ils passent, ils changent,
puis on se ramasse, des fois, avec des
changements où là... d'autres législations où on perd de vue ce qui était, à la
base, là, fait.
Donc, ce qu'on ne voudrait pas, par exemple,
c'est qu'on vienne rajouter des conditions. Actuellement, les employeurs, par exemple, sont tenus de produire
une enquête sur le marché du travail, hein? On souhaitait que le règlement
vienne peut-être, si
vous voulez, simplifier certaines
modalités, par exemple, si on a besoin de 20 travailleurs étrangers temporaires, qu'on ne soit pas obligés de produire
20 études du marché du travail, mais qu'on en produise une pour l'ensemble de l'entreprise, puis que ce soit
facilité, donc qu'on ait des mécanismes comme ça, que, dans le règlement, ça vienne se traduire comme ça, et qu'aussi, dans le règlement, on module les obligations, encore une
fois, en fonction, là, de la taille
des entreprises pour ne pas remettre un fardeau indu sur la tête des plus
petites entreprises. Parce qu'il faut bien
se rappeler qu'au Québec, hein, je le dis souvent, puis les gens ne le savent
pas toujours, au Québec, le trois quarts de nos entreprises ont moins de 10 employés. 95 % en ont moins
de 50. Donc, on est dans une économie de très petites entreprises, et
c'est dans ce sens-là qu'on a formulé cette recommandation-là.
M. Jacques : ...c'est vraiment
la problématique, là, à ce niveau-là, puis que les entreprises ont beaucoup de publication à faire avant de pouvoir recevoir des
immigrants. Et il y a le 10 % aussi qui vient du fédéral, qui dénigre un
peu les entreprises en région, étant donné qu'il y a peu de travailleurs qui
travaillent pour eux. Mais qu'est-ce qu'on pourrait ou les employeurs
pourraient faire aussi pour prévenir la discrimination et favoriser l'embauche
d'une main-d'oeuvre diversifiée?
Mme Hébert
(Martine) : Je vais
reprendre le fameux adage de ma grand-mère : la faim sort le loup du bois,
hein? Je pense qu'en même temps les employeurs voient maintenant les
avantages, justement, en région, là, d'avoir une main-d'oeuvre qui est issue de l'immigration, voient l'apport
extraordinaire que ces personnes-là peuvent avoir à la fois au niveau aussi des communautés, des
collectivités, de par la diversité, la richesse de la diversité. Et donc je
pense que les employeurs sont tout à fait ouverts. Moi, je pense que
peut-être que les problèmes que j'ai vus, en tout cas dans certaines études,
étaient peut-être des problèmes qui étaient concentrés davantage dans certains
grands centres urbains. Mais ce n'est
certainement pas, nécessairement, le cas, là, dans les régions, où, au
contraire, moi, en tout cas, l'écho
que j'ai des milliers de membres chez nous, là, c'est : On en veut, on en
veut, on en veut, des travailleurs étrangers; temporaires, permanents,
peu importe, mais on en veut.
Donc, je
pense que... Et je pense que ça va aller de soi parce que, comme je disais
tantôt, là, ce qu'on fait depuis des
années, on accueille des gens ici qui sont fortement scolarisés, puis qu'on met
à Montréal, puis qu'on dit : Bien, vous autres, là, venez-vous-en avec vos beaux diplômes, puis ça va être
extraordinaire, ça va être le Klondike au Québec, là ils arrivent à
Montréal, ils débarquent, puis, qu'est-ce que vous voulez, il n'y a pas de
débouchés dans leur domaine d'études. Alors, ils se retrouvent à faire des emplois pour lesquels ils
sont surqualifiés, pour lesquels leur potentiel n'est, injustement, pas
pleinement exploité. Et donc je pense que... Si on rééquilibre ce fait-là, je
pense qu'on va en sortir gagnants, et ça va être gagnant pour ces personnes-là
aussi.
M. Jacques :
Une petite dernière. On parle beaucoup de régions. J'aime beaucoup ça parce
que, la pénurie de main-d'oeuvre, on la vit
beaucoup. Quelles sont vos suggestions pour que le potentiel des régions soit
mieux valorisé dès le début de la démarche de l'immigration?
Mme Hébert (Martine) : Écoutez, moi, je pense, là, que... à partir du
moment où on va réviser nos critères puis qu'on va dire : Bien, on accueille des personnes qui répondent aux
besoins du marché du travail, là, je veux dire, je pense qu'il y a beaucoup, beaucoup de personnes
immigrantes qui vont vouloir venir au Québec. Il y en a déjà. D'ailleurs, on
le voit avec l'engouement autour du
Programme de travailleurs étrangers temporaires, parce que c'est la seule façon
de faire venir au Québec... Il faut
bien le dire, c'est la seule façon de faire venir au Québec des travailleurs
peu qualifiés, mais, en tout cas, l'une des seules façons. Donc, on le
voit avec l'engouement que ce programme-là suscite chez les travailleurs
étrangers qui sont concernés. Et donc, à ce moment-là, je pense qu'on a réponse
à votre question.
M. Jacques :
Merci beaucoup.
La Présidente
(Mme Chassé) : Merci. J'invite maintenant le député de Bourget à
prendre la parole.
M. Campeau :
Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme Hébert, pour votre présentation. En
fait, je veux revenir sur ce que mon
collègue vient de poser comme question. Le taux de chômage, on s'est beaucoup
obstinés pour savoir, par rapport aux
gens issus de l'immigration, est-ce qu'il était deux fois, cinq fois, huit...
Mettons qu'il est un peu plus de deux fois plus grand que le taux de
chômage actuel moyen. Vous semblez dire que le projet de loi, dans son essence actuelle, va contribuer à réduire cette
discrimination à l'embauche. Mais est-ce que vous voyez, en plus de ça, des
mesures que la FCEI pourrait faire pour justement favoriser cette
main-d'oeuvre plus diversifiée?
Mme Hébert
(Martine) : C'est sûr que nous, on a un paquet d'outils qu'on a
développés pour aider nos membres, là, à se
débrouiller dans le cadre de la pénurie de main-d'oeuvre et à s'ouvrir aussi...
Et donc il y a des outils, justement,
de gestion de la diversité, par exemple, etc., qui sont à leur disposition, à
différents égards. Et donc, dans ce sens-là,
je pense que c'est une
partie du rôle que nous avons à jouer et que nous
jouons, d'ailleurs, auprès de nos membres, parce que c'est ce qu'ils
nous demandent.
vois aussi que l'intégration des gens en région... Puis je sais qu'il y a
beaucoup de craintes. J'entends souvent des craintes, là, de dire :
Oui, mais, Martine, si on fait venir des gens qui sont peu scolarisés, il n'y a
pas un potentiel d'exploitation possible de ces gens-là, peut-être, par les
employeurs, et tout ça? Je tiens à dire que ce n'est pas la majorité des employeurs qui exploitent, d'abord,
les personnes, les travailleurs, là. Je veux dire, ce n'est pas tout le monde
qui a une motocyclette qui est un Hell's
Angels, hein, on s'entend? Donc, ce n'est pas parce qu'il y a des gens qui
ont peut-être exploité, là, des travailleurs que c'est tout le monde qui
le fait, O.K.?
deuxièmement, moi, en
tant que membre de la Commission des partenaires du marché du travail aussi, où siègent les syndicats, où siègent les groupes communautaires, les groupes en employabilité, je
plaide beaucoup aussi pour une implication
de l'ensemble de ces groupes-là dans l'intégration des personnes dans les
différentes régions du Québec. Pour l'accompagnement,
on sait qu'il y a des groupes qui font un excellent travail dans toutes les
régions du Québec. Donc, mettons-les
à contribution dans ce processus-là pour s'assurer d'une intégration réussie,
pleine et entière des personnes dans les régions, et je pense qu'on
aurait des résultats assez extraordinaires. En tout cas, j'ai la foi.
M. Campeau :
Merci beaucoup.
La Présidente
(Mme Chassé) : Merci. J'invite le député de Sainte-Rose. Vous
avez 1 min 30 s.
M. Skeete :
Merci. Justement, j'avais juste une question, Mme la Présidente. Avez-vous des
exemples, des cas types où vos
entreprises ont facilité l'intégration des immigrants? Est-ce que vous avez...
Vous avez parlé d'un kit d'outils, là,
pour aider vos membres. Avez-vous des exemples comment la francisation et
l'intégration se fait dans les entreprises de vos membres?
Mme Hébert
(Martine) : Effectivement. Écoutez, ça dépend des régions,
hein, parce qu'il y a des régions où il y a
des mesures qui sont facilement accessibles. Lorsqu'elles ne le sont pas, par
exemple, les employeurs vont mettre en
place des formations, vont permettre à leurs travailleurs d'accéder à des
formations en ligne, par exemple, lorsque ce n'est pas possible d'y
aller physiquement pour la francisation. Donc, ce sont des exemples de choses...
y a aussi des communautés qui se sont unies. Et je reviens là-dessus parce que
ce n'est pas juste à l'employeur, la
responsabilité de l'intégration. Il y a une
partie qui appartient à
l'employeur, mais c'est une... Et je vois M. le député... des régions, aussi, hein, il y a une
partie de la
communauté qui est responsable de l'intégration. Et moi, je pense que, quand
tout le monde met l'épaule à la roue, quand ça se fait de façon concertée... Et
c'est dans ce sens-là que le travail de coordination...
Le pouvoir de coordination que le ministre a dans le projet de loi est
important aussi pour pouvoir justement mettre
à profit l'ensemble de ces acteurs-là dans les régions pour contribuer
davantage, là, à une intégration réussie des personnes.
M. Skeete :
Donc, selon vous, l'intégration, c'est une voie à deux sens. La personne qui
veut venir au Québec a une responsabilité, mais la société accueillante
aussi a des responsabilités.
Mme Hébert
(Martine) : Absolument.
M. Skeete : Merci beaucoup.
Mme Hébert
(Martine) : Et d'ailleurs la plupart des sociétés du monde
sélectionnent, hein, les personnes, choisissent
les personnes qu'elles accueillent, mais font aussi en sorte de déployer des
ressources et des mesures pour ces personnes-là.
Présidente (Mme Chassé) : Merci. Je cède maintenant la parole à
la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Mme Anglade :
Merci, Mme la Présidente. Et merci, Mme Hébert, de votre présence
aujourd'hui, toujours un plaisir d'échanger avec vous sur les enjeux
économiques du Québec.
Mme Hébert,
sur le dossier des... enfin, en ce qui a trait aux 18 000 dossiers
qui touchent les 50 000 personnes, vous avez dit tout à l'heure... ce que vous aimeriez voir, c'est une
transition. Si on vous dit, par exemple, que, dans les 18 000 dossiers, plusieurs d'entre eux
ne pourront pas... ne se qualifieront pas pour Arrima de toute façon, mais
mettons qu'une large
partie d'entre
elles se qualifierait et que, cette année, il n'y aurait que 400 dossiers
qui seraient véritablement analysés
dans Arrima, est-ce que vous seriez, à ce moment-là, à l'aise avec ça? Parce
que c'est ça, les chiffres qui sont sortis
vendredi. Alors, je veux vous entendre un peu. S'il y avait juste
400 dossiers qui étaient analysés cette année, en fonction des
18 000 dossiers qui sont donnés... qui sont présentement en attente
de traitement, est-ce que vous seriez à l'aise avec cette transition-là, de
dire que, probablement, ça irait à l'année prochaine de toute façon?
Mme Hébert
(Martine) : Bien, ça dépend.
Ça dépend si ça s'accompagne... si c'est parce qu'il y en a 5 000 à côté
qui sont déjà en emploi, qui ont déjà été acceptés. Comprenez-vous? S'ils
disent : Il y en a 400 autres qui vont s'ajouter... Ça fait que je...
Mme Anglade :
...parmi ceux qui seraient... Aujourd'hui, dans le système Arrima, il y a
minimum... bien, le dernier chiffre,
c'était 90 000. On a sûrement dépassé ça présentement. Dans le système
Arrima, il y a, mettons, 100 000 personnes,
100 000 dossiers qui sont là. Si, en 2019, on traitait environ
400 dossiers, est-ce que ça répondrait à vos attentes?
Hébert (Martine) : Que ce
soit 400, ou 4 000, ou 10 000, je pense, ce n'est pas suffisant. Je
pense que ce qui est clair, c'est
que... Ce qu'on souhaite, c'est que les ressources et les mécanismes qui sont
en place permettent de contribuer à
régler le problème de pénurie de main-d'oeuvre qu'on a. Ce qu'on comprend,
c'est que le gouvernement est prêt à
mettre en place, là, des ressources, à déployer des ressources pour faire en
sorte justement qu'on va accélérer le traitement
des dossiers, parce que, moi, ce que j'ai entendu, en tout cas, puis j'aimerais...
Tu sais, ce que j'ai entendu de la part du ministre, c'est de dire qu'au
contraire on va diminuer les délais de traitement, là, qui sont actuellement de
36 mois, on va les faire passer — je m'excuse, là, je l'avais pris en
note — à six
mois. Donc, si on fait ça, je ne vois pas pour quoi faire qu'on ne
pourrait pas traiter plus de dossiers. C'est là où...
Mme Anglade : De manière
optimale, pour vous... Mettons qu'il y a une pénurie de main-d'oeuvre de 120 000 personnes aujourd'hui. La
pénurie de main-d'oeuvre ne peut pas être uniquement réglée par l'immigration.
On s'entend tous là-dessus. Il y a
différentes manières d'approcher la problématique. Une portion de ça, c'est
l'immigration. Quelle est cette proportion-là? Selon vous, selon les
études que vous avez vues, quelle est cette proportion-là?
Hébert (Martine) : Bien,
écoutez, la stratégie nationale sur la main-d'oeuvre, sur laquelle on avait
travaillé avec votre gouvernement,
Mme la députée, d'ailleurs, stipulait qu'il y a environ, là... on estime qu'il
y a environ un emploi... pas loin
d'un emploi sur quatre qui devrait être comblé par l'immigration au cours des
10 prochaines années. Donc, faites le calcul. Et donc, en conséquence... Mais il faut faire attention parce
qu'il y a aussi toute la question de l'immigration temporaire qui vient aussi combler des emplois,
là, et qui ne sont pas nécessairement dans les statistiques, là, de ce qu'on
retrouve au niveau de l'immigration permanente.
Anglade : Vous avez raison. Et, sur la question de l'immigration
temporaire, si je rebondis là-dessus, dans un monde idéal, on aurait plus de travailleurs temporaires ou des
travailleurs temporaires... lorsqu'on ouvre la vanne pour les travailleurs temporaires, ce serait dans
l'optique d'avoir une immigration permanente. Parce que, la semaine dernière,
des gens du milieu économique sont venus et nous ont clairement dit que, d'un
point de vue prévisibilité, pour les employeurs,
l'immigration permanente est de loin souhaitable, plus souhaitable que
temporaire. Alors, temporaire n'est qu'une voie vers la
permanentisation, si vous voulez, si vous me passez le mot.
Mme Hébert (Martine) :
Moi, je suis différente des autres, je vais vous répondre : Toutes ces
réponses. Vos deux suggestions sont
excellentes, Mme la députée, dans le sens qu'au Québec, à l'heure actuelle, on
a besoin de travailleurs temporaires
et de plus de travailleurs temporaires, peu importe. On a besoin de
travailleurs temporaires qui comblent des besoins temporaires. Si vous
avez une firme en horticulture, si vous êtes dans le domaine de l'industrie
touristique, si vous
avez un centre de ski, etc., donc vous avez besoin de ces travailleurs-là pour
une certaine période de l'année. Alors, ça, c'est des vrais... c'est des temporaires temporaires, O.K.? Donc, on
a besoin de temporaires temporaires. Et, si on en a besoin de plus...
parce que ça, c'est le gouvernement fédéral qui est venu mettre des contraintes
sur le nombre, comme M. le député l'a très
bien dit tantôt, et qui, injustement, pénalise nos entreprises en région. Ça
fait que temporaires temporaires...
Et, ensuite de ça, oui, on a besoin de
temporaires qui sont... Et d'ailleurs on en a, des travailleurs étrangers temporaires, au Québec en ce moment, qui sont là
pour occuper et pour combler des besoins permanents. Et malheureusement ces temporaires-là, dans le système actuel, ils ne
peuvent pas se qualifier à l'immigration permanente, puis c'est ça, le problème. C'est pour ça qu'ils sont temporaires,
puis qu'ils restent temporaires, puis que, là, après trois ans, une fois qu'ils
ne peuvent plus revenir, on est obligés de
les changer. Donc, il faut faire en sorte que ces travailleurs é