Institutions — 18 February 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2016-02-18
Quebec — Committees
(Onze heures trente-six minutes)
Le Président (M. Ouellette) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Veuillez,
s'il vous plaît, vous assurer que vos appareils électroniques sont en mode
silencieux afin de ne pas perturber nos travaux.
La commission
est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 59,
Loi édictant la Loi concernant la
prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à
la violence et apportant diverses modifications législatives pour
renforcer la protection des personnes.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Chevarie
(Îles-de-la-Madeleine) remplace Mme Montpetit (Crémazie); M. Iracà
(Papineau) remplace M. Tanguay (LaFontaine); M. Rochon (Richelieu) remplace M.
Leclair (Beauharnois); M. Lisée (Rosemont)
remplace M. Marceau (Rousseau); et M. Laframboise (Blainville) remplace M.
Jolin-Barrette (Borduas).
Le Président (M. Ouellette) : Merci.
Lors de notre dernière séance, hier soir, nous avions repris l'étude de
l'amendement de l'article 1 édicté par l'article 1 du projet de loi. Nous
avions débuté l'étude d'un sous-amendement présenté
par le député de Richelieu — parce que l'on parle toujours des dernières
choses qui se sont passées — à l'amendement de la ministre à l'article 1, et le
sous-amendement sous-tendait d'enlever, au troisième paragraphe, dans la
définition du discours haineux, les
mots «à la marginalisation ou». Nous en étions à discuter, et les temps de
parole restants pour le sous-amendement :
8 min 55 s pour la députée de Taschereau, 16 min 20 s pour le
collègue de Richelieu et 20 minutes pour le collègue de Blainville.
Donc, M. le député de Richelieu.
Rochon : Alors, M. le
Président, vous avez rappelé le sous-amendement à l'effet de supprimer les mots
«à la marginalisation ou». Je vous rappelle ce qui nous anime.
L'article
1, tel qu'il est libellé, entre en collision avec notre conviction qu'il ne faille rien faire qui puisse avoir une conséquence,
je disais hier, insidieuse sur la liberté d'expression. Je dis insidieuse parce que je ne crois pas que ce
soit la volonté de la ministre d'entraver la liberté d'expression. Je crains
plutôt qu'elle soit moins inquiète que nous
à propos des effets pervers de son projet de
loi sur la liberté d'expression.
Et ce que je tiens aussi à répéter ce matin, c'est que je n'afficherais pas la
même assurance si j'étais le seul à craindre pour la liberté d'expression. On n'est pas les seuls,
l'opposition n'est pas la seule, plusieurs voix se sont élevées. On les a
citées et on va continuer de les citer parce que c'est notre job.
Alors, ce
qu'on essaie de faire avec nos sous-amendements, c'est de créer une voie plus
étroite, hein, de... Il y a plein de
synonymes, là, dans l'article 1, il y a une multitude de mots, nous souhaitons
restreindre cela. Écoutez le texte tel
que nous le sous-amendons, et vous allez voir qu'il y a des mots
là-dedans : «Est un discours haineux, un discours visé au deuxième alinéa qui, aux yeux d'une personne
raisonnable, est d'une virulence ou d'un extrême tel qu'il est susceptible
d'exposer ce groupe — on a enlevé "à la
marginalisation" — au rejet, à la détestation, au dénigrement ou à l'aversion
notamment pour que ce groupe soit perçu comme étant illégitime, dangereux ou
ignoble.»
Dans le
mémoire qu'elle a présenté à la commission, la Confédération des syndicats
nationaux, la CSN, disait «craindre
que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse [soit]
assaillie de plaintes dénonçant des
plaisanteries de mauvais goût, des railleries, des propos rabaissants,
blessants, choquants, insultants ou des blagues déplacées, des
commentaires dérangeants ou des critiques acerbes». Bien, c'est ce qui risque
d'arriver.
Je poursuis
la lecture, là, d'un extrait du mémoire de la CSN : «La mise en place d'un
tel système de dénonciations [...] ne
favorisera en rien le "mieux-vivre ensemble" — c'est aussi une crainte que nous avons,
ça — auquel
le Québec aspire — le mieux-vivre ensemble. Bien au contraire,
nous croyons que cela encouragera une culture malsaine de délation, voire de chasse aux sorcières. Cela pourrait mener
à l'autocensure dans le cadre de débats publics [...] et empêcher la libre
circulation des idées.[...]
«En tant qu'organisation syndicale, nous sommes
particulièrement inquiets — écrit
la CSN — des
risques d'atteinte à la liberté d'expression
des travailleuses et travailleurs et des groupes de défense des droits. De
manière très concrète, pensons
notamment aux personnes oeuvrant dans les communications écrites,
radiophoniques et télévisuelles : animateurs,
journalistes, blogueurs[...]. Deviendront-ils les cibles de dénonciateurs anonymes
au moindre [...] éditorial?»
C'est une question éminemment pertinente,
éminemment pertinente. C'est pour cela qu'on ne lâchera pas. La ministre... On ne fait pas ça du tout pour être
déplaisants, pas de l'obstruction. Ce n'est pas un jeu, là, on est vraiment
devant quelque
chose de fondamental. Je vois un collègue, là, du parti ministériel qui a l'air
tout à fait d'accord avec moi, la liberté d'expression, c'est quelque
chose de sacré.
Alors,
voilà, M. le Président, en gros, ce que j'avais à dire pour le moment sur ce
sous-amendement présenté hier soir dans une autre tentative, là, de
rétrécir un peu le corridor du projet de loi.
Le Président (M.
Ouellette) : Sûrement que votre collègue de Taschereau va avoir
quelques informations additionnelles à nous transmettre pour alimenter notre
réflexion.
Maltais : Certainement, M. le Président. Vous êtes d'une
sagacité extraordinaire ce matin, je ne saurais pas mieux dire que ça,
une sagacité extraordinaire. Effectivement, j'ai quelques commentaires parce
que je crois encore profondément que nous
pouvons amener le gouvernement à retirer cette
partie du projet de loi. Je vous
ferai remarquer que, quand on... la dernière
fois, la dernière séance de travail qu'on a faite récemment, on a abordé la
partie II du projet de loi et on a
adopté, dans le temps de le dire, quatre articles très rapidement sur les
mariages forcés. Très rapidement, pourquoi?
Parce que cette partie-là... Quatre articles en deux heures, ce n'est rien, là.
C'est très intéressant, on abordait le
début, on recommençait à se plonger dans le début. Je veux dire aux collègues
qu'au fur et à mesure d'une discussion, à un moment donné, on connaît
mieux les articles, on voit mieux les correspondances, puis ça va plus
rapidement.
première proposition que j'ai faite sur le projet de loi n° 59 a été de le
scinder, de faire une scission. On disait : Il y a une
partie qui crée une nouvelle loi, séparez-la de l'autre
partie de la loi, de la
partie II. Pourquoi? Parce que toutes les embûches, toutes les discussions sont autour
de la
partie I. Dans la
partie II, il y a consensus qu'il faut intervenir
sur les mariages forcés. Alors, je
rappelle que, si le gouvernement avait eu, j'oserai dire, la sagesse de nous
écouter, d'écouter les oppositions
dès le départ, on aurait probablement déjà adopté une loi contre les mariages
forcés au Québec. Ce serait fait, on serait passé devant le salon bleu,
là, puis on se serait applaudi mutuellement, et j'aurais, avec plaisir,
applaudi la ministre d'avoir fait cette
loi-là. Mais vraiment, là, tout à fait, puis je pense que le Cercle des femmes
parlementaires nous aurait applaudis aussi, tout le monde serait très,
très content.
M. Rochon :
Le cercle des hommes aussi.
Maltais : Ah oui! les hommes aussi, bien sûr. J'ai bien dit
tout le monde, tout le monde se serait congratulé. Mais ça n'a pas été le choix du gouvernement. Je me rappelle, à l'époque, j'étais au salon
bleu, je faisais une intervention sur
l'adoption du principe et je disais : Parfois, il faut
écouter les oppositions, tendre l'oreille aux oppositions.
Les oppositions, elles
ont une force de représentation. Nous
aussi, nous signifions quelque chose dans une société, nous écoutons et nous
entendons. Nous aussi, nous apportons notre
part au débat législatif, au débat collectif. Si on avait tendu l'oreille à l'opposition et qu'on avait écouté ce qu'elle
disait, cette main tendue dont j'ai tant parlé, cette main tendue que nous
offrions au gouvernement, il y aurait déjà une loi contre les mariages forcés
d'adoptée. Je suis sûre que le collègue de la CAQ serait d'accord. Ils étaient d'accord, d'ailleurs, que c'était tout
à fait pertinent, cette
partie du projet de loi là, qu'elle ne causait à peu près pas de problème. Ça n'a pas
été le choix gouvernemental. Alors, évidemment, c'est beaucoup plus ardu quand on aborde l'article 1, qui est la
création d'une nouvelle loi, c'est plus ardu parce que c'est là qu'il y a le
plus de problèmes.
Pourquoi
c'est ardu? Il y a bien des raisons. Je citerai Me Grey, Julius Grey, qui
disait : De quoi veut-on nous protéger? Et ça, ça réfère à cet amendement, M. le Président, on veut nous
protéger de discours qui amènent la marginalisation. Qui veut être
protégé? De qui veut-on nous protéger? De discours amenant à la
marginalisation. On veut nous en protéger tellement
qu'on veut que ces discours ne puissent pas être susceptibles d'exposer un
groupe à la marginalisation, au rejet, à
la détestation, au dénigrement ou à l'aversion. Un, deux, trois, quatre, cinq
termes qui sont, certains d'entre eux, très proches. «Marginalisation»
et «rejet», là, on n'est pas loin. Mais le problème de toute cette addition de
termes, c'est qu'elle ouvre plein de
capacités, plein de possibilités de poursuivre les gens devant le Tribunal des
droits de la personne et des droits de la jeunesse. C'est ça, le
problème.
Alors,
systématiquement, nous avons demandé au gouvernement, à la ministre, d'en
enlever un peu, de jeter du lest, de
jeter du lest. Il n'y a pas de réponse de l'autre côté quand on parle de jeter
du lest. Alors, de qui veut-on nous protéger? Je citais le mémoire de plusieurs groupes qui sont venus. Il y avait
Line Chamberland, qui est titulaire de la Chaire de recherche sur l'homophobie de l'Université du
Québec à Montréal, Brian Carey, coordonnateur du LGBT-Baie-des-Chaleurs,
Association pour la diversité sexuelle et de
genre. Il y avait Mona Greenbaum, directrice de la Coalition des familles LGBT,
c'est assez connu, et administratrice au
Conseil québécois LGBT. Il y avait David Platts, président du GRIS-Montréal,
et André Tardif, directeur général de GRIS-Québec.
GRIS,
c'est groupe de recherche en... comment on dit ça? GRIS, groupe de... En tout
cas, ils vont dans les écoles puis
ils sensibilisent les jeunes aux différences sexuelles. C'est des bénévoles qui
font ça, hein, des bénévoles qui vont dans
les écoles, puis ils s'en vont parler, ça fait qu'ils sont extrêmement
crédibles. Je vous dirais que les gens qui connaissent bien les porteurs de parole de la communauté LGBT
vous diront : Ce sont des personnes qui ont une grande, immense crédibilité. Ce sont des groupes aussi qui ont
prouvé leur pertinence dans la société québécoise. Or, ces gens-là, dans un
long mémoire, sont venus nous dire : Vous faites erreur en adoptant une
loi sur les discours haineux.
Moi, je peux parler
de marginalisation quand on parle de communauté gaie. Historiquement, il y a eu
de la marginalisation, il y a eu du rejet,
il y a eu de la détestation. Il y a eu de la marginalisation, mais ces groupes
marginalisés, ces groupes qui luttent
contre la marginalisation sont venus nous dire : Ce n'est pas comme ça que
ça se fait. Pourquoi est-ce que le gouvernement s'entête à faire ça? Je
n'en ai aucune idée, M. le Président. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement
s'entête à travailler comme ça.
Donc,
je vais relire cette conclusion qui est pertinente : «Est-ce que
le projet de loi nous perm