Culture and Education — 1 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-02-01
Quebec — Committees
(Onze
heures six minutes)
La Présidente
(Mme Thériault) : Bonjour, tout le monde. Donc, avant de débuter
les travaux de la commission, je vous rappelle qu'en fonction des mesures
sanitaires en vigueur vous devez conserver votre place assise en commission. Si
vous souhaitez vous déplacer ou changer de place, un page devra désinfecter
votre place, évidemment. Il est obligatoire de porter le masque en tout temps,
sauf au moment de prendre la parole.
Donc, ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de
l'éducation ouverte. Et la commission est réunie afin de poursuivre l'étude
détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune
du Québec, le français.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Chassin (Saint-Jérôme)
sera remplacé par M. Lévesque (Chapleau); Mme Rizqy (Saint-Laurent),
par M. Barrette (La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie), par
M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); Mme Dorion (Taschereau), par
Mme Ghazal (Mercier); et Mme Hivon (Joliette), par M. Bérubé
(Matane-Matapédia).
La Présidente
(Mme Thériault) : Parfait. Merci.
Donc, lors de la
dernière séance, la commission en était à l'étude de l'article 6 du projet
de loi. Et pour vous remettre dans le contexte, lors de cette séance, un
amendement de la députée de Marguerite-Bourgeoys a été adopté à
l'article 13.1 et... proposé par l'article 6.
nous pouvons donc poursuivre les discussions sur l'article 13.1 tel qu'amendé, à moins que vous ne souhaitiez passer à l'étude de
l'article 13.2. Oui, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, sur le
point 13.1? 13.1, allez-y.
Mme David :
Oui, juste pour... Bonjour, tout le monde, bonne année, tout le monde,
grosse année. Alors, on se souhaite le meilleur pour ce projet de loi ci, pour
faire peut-être un peu plaisir à tout le monde et respecter tout le monde,
toutes les communautés. Voilà mon souhait pour 2022.
Alors,
il restait... on était revenus à 13.1, après l'amendement adopté. Merci
beaucoup. Et je crois que le député de La Pinière avait quand même
encore un peu de temps et qu'il souhaiterait prendre la parole avant que je ne
dépose un amendement à la fin de son intervention.
La Présidente
(Mme Thériault) : D'accord. M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Barrette :
Merci, Mme la Présidente. Alors....
La Présidente
(Mme Thériault) : Oh! excusez-moi...
M. Barrette :
...je tiens à rassurer le ministre en partant, je vais lui souhaiter bonne
année, puisque c'est notre première rencontre cette année, et le rassurer,
parce que, sur mon bloc d'échange, il me reste cinq minutes, ça fait que la
souffrance ne devrait pas durer trop longtemps.
M. Jolin-Barrette :
C'est toujours un plaisir de vous entendre, M. le député de La
Pinière.
M. Barrette :
Et j'en suis très heureux.
Mme la Présidente,
lorsque nous nous sommes quittés avant Noël, nous avions des échanges qui
traitaient de la chose suivante, et j'y reviens parce qu'on n'a pas conclu, et
peut-être que la période des fêtes a permis au ministre de préciser sa pensée
ou plutôt de réfléchir pour préciser sa pensée et peut-être même lui-même
amender son
article 13.1, et je fais référence, évidemment, au sujet
qui... dont nous discutions, le fait qu'à 13.1 le ministre nous dit qu'il veut
utiliser la langue française, en promouvoir la qualité de façon à... je
recommence : «L'Administration doit, de façon exemplaire, utiliser la
langue française, en promouvoir la qualité, en assurer le rayonnement [...] de
même qu'en assurer la protection.»
Le ministre nous
avait dit que ça faisait une quadruple responsabilité et le ministre nous avait
dit que c'était l'essence de son projet de loi. On le comprend, mais quelle est
la définition d'«exemplarité»? On n'en a pas la réponse, la définition de ça.
Quels sont les moyens qui vont être mis en place pour faire en sorte qu'on va
pouvoir dire que c'est exemplaire? Quel est le point de référence, par exemple,
qui nous permettrait de dire : Ah! ça, c'est exemplaire, parce que... et
ça, ça ne l'est pas? Alors, «exemplaire», ça a un niveau de résultat attendu
très élevé qui exige des moyens pour y arriver.
Alors,
comme je l'ai dit, et là, Mme la Présidente, je vais revenir et reprendre le
propos que j'ai tenu, si c'est pour bomber le torse, on veut bien, mais c'est
une loi, alors, dans les faits, ça se traduira comment?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Alors, à mon tour de vous souhaiter la bonne année, Mme la Présidente,
aux collègues également, de les retrouver après cet intermède de la période des
fêtes, Mme la Présidente, et souhaiter que nous travaillions rondement et
rapidement pour avoir les leviers et les outils pour agir en matière de déclin
du français. Et les outils sont notamment à l'intérieur du projet loi n° 96, alors je vais souhaiter une étude et qui va se faire
avec célérité et, comment je pourrais dire, promptement.
Bon, pour ce qui est
la question du député de La Pinière, dans un premier temps, à 13.1, on pose la
notion d'exemplarité de l'État et on va voir dans les articles suivants de
quelle façon est-ce que... comment que ça va se définir, l'exemplarité de l'État, notamment au niveau du devoir
d'exemplarité, et qu'est-ce qu'une utilisation exemplaire de la langue
française par l'État québécois. Et là vous verrez, au cours des articles
suivants, on va venir définir les communications
externes de l'État, les communications écrites, les communications orales,
ensuite les communications internes
de l'Administration, communications orales, communications écrites avec les
membres du personnel. Ensuite, vous allez avoir, dans la même section,
au niveau de l'exemplarité, la question des contrats, des documents qui se
rattachent aux différentes communications.
Par la suite, on va
passer à un autre bloc dans l'exemplarité de l'État, relativement à la mise en
application pour les organismes et les ministères, qui va passer par une
politique linguistique de l'État. Donc, maintenant, tous les organismes de
l'État qui sont visés à l'annexe I seront gouvernés par la même politique
linguistique de l'État, et il n'y aura pas
de possibilité de dérogation, comme c'est le cas actuellement sur la politique
linguistique gouvernementale, où chacun des ministères est autonome, la
politique n'est pas appliquée, ce n'est pas grave, les employés ne sont pas
formés, ce n'est pas grave, tout ça. Maintenant, ça va être... il va y avoir
une cohérence, une centralisation au sein du ministère de la Langue française.
Donc, on identifie
des responsables pour la mise en application de la politique. Alors, le
principe de base, c'est : l'État doit être exemplaire. Et, dans les
articles suivants, on va voir de quelle façon est-ce que se définit cette
exemplarité de l'État là. Donc, ça répond à votre question, à savoir qu'est-ce
que l'exemplarité de l'État. C'est notamment dans le cas des communications qui
vont être exclusivement en français, donc c'est le principe de base, sauf
exception.
La Présidente
(Mme Thériault) : Je reviens à vous. Après ça, j'ai le député de
Matane-Matapédia qui veut s'exprimer. Allez-y.
M. Barrette :
Alors, je reste un peu sur ma faim, Mme la Présidente, parce que le ministre
fait référence, en critère d'exemplarité, à
des éléments qu'on retrouve, d'ailleurs, à 13.2. Et, à 13.2, les éléments
auxquels il fait référence, c'est l'exclusivité de l'utilisation ou
l'utilisation exclusive de la langue française. Ça, si c'est ça, l'exemplarité,
là, j'ai un problème, parce que, là, c'est
exclure... Si c'est juste ça, O.K., laissons ça de côté un instant, Mme la
Présidente, on le comprend. Si c'est ça, je comprends ce qu'il veut
dire, le ministre.
C'est quoi,
l'exemplarité dans la promotion de la qualité et l'assurance du rayonnement au
Québec de la langue française? Elle est où, l'exemplarité là-dedans — point
d'interrogation, si vous souhaitez, là?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mme la Présidente, on se donne quatre objectifs
avec l'exemplarité de l'État, notamment promotion de la qualité de la
langue française, rayonnement de la langue française au Québec, protection de
la langue française et utilisation de la langue française. Le député de La
Pinière fait référence à la promotion de la qualité de la langue française,
bien, ça veut dire, au sein de l'État, que nos communications doivent être
écrites de la bonne façon. On doit utiliser un bon vocabulaire, ça doit être
valorisé.
Il y a beaucoup
d'intervenants qui sont venus en commission parlementaire, notamment je pense
au Conseil du patronat, qui disaient : Écoutez, notre langue, on l'écrit
mal, on la parle mal, c'est au niveau des compétences langagières qu'il faut
travailler. Mais l'État lui-même doit donner l'exemple. Il doit y avoir de la
standardisation, il doit y avoir une attention particulière qui est portée aux
communications de l'État. Est-ce qu'on souhaite que l'État, lorsqu'elle parle,
lorsqu'elle communique, bien, ça soit fait dans un mauvais français? Je ne le
crois pas. Alors, ça fait part, notamment, de l'exemplarité de l'État.
Le principe de base,
c'est de dire aux Québécois puis aux Québécoises, aux entreprises, aux
municipalités, à tout le monde, dans le fond... où est-ce qu'on dit : On
veut freiner le déclin du français, on veut améliorer la qualité du français au Québec; le rayonnement du français,
la personne... bien, ou l'organisme qui devrait montrer l'exemple, c'est
l'État québécois. Alors, comment peut-on dire à certaines entreprises :
Vous devez appliquer certaines normes, certaines
mesures, en termes d'utilisation de la langue française, alors que l'État
lui-même ne serait pas un champion?
L'idée, c'est
vraiment de se donner une responsabilité en matière d'utilisation, de
protection, de promotion, de valorisation de la langue, la qualité de la langue
au sein de l'État québécois, et on va le voir, de quelle façon ça se traduit. Donc, on vient dire : L'État
québécois est exemplaire s'il respecte les critères suivants, notamment
l'utilisation exclusive du français, notamment, également, par les
politiques linguistiques qu'on va développer au niveau de la qualité de la
langue utilisée dans les communications.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Je n'ai toujours
pas de réponse. On écrit, dans le premier alinéa, «promouvoir la qualité». On
comprend, là, que c'est un souhait, mais, dans les faits, là, ça représente
quoi? Quelqu'un qui fait son travail en parlant avec un mauvais accent, en
joual, il va être pénalisé? Elle est définie comment, l'exemplarité? Je prends
les termes du ministre, il faut qu'on parle
bien français. Très bien. C'est quoi, bien parler français, dans l'esprit du
ministre qui exige de l'Administration — avec un A majuscule — l'exemplarité
en matière de qualité du français?
M. Jolin-Barrette : Bien, voyez
vous, Mme la Présidente, ce que le député de La Pinière tente de faire, c'est
de caricaturer l'article. La question, elle est surtout, lorsqu'on parle de
promotion de la qualité : Est-ce que l'État québécois peut prendre des
mesures en lien avec la population pour indiquer qu'on doit valoriser notre
langue, qu'on doit en être fiers puis qu'on doit être fiers de la parler aussi?
Parce que ce que, vous voyez, notamment, c'est l'utilisation importante, dans
la sphère collective, d'anglicismes. Tout le monde en fait, je veux dire, on
vit dans un environnement... Mais est-ce qu'on peut être fiers de parler notre
langue? Est-ce qu'on peut être fiers de parler le français? Est-ce qu'on doit
porter une attention particulière à la qualité de notre langue? Oui, on doit
porter une attention particulière.
Et l'objectif de promouvoir la qualité de la
langue en tant qu'État-nation, il est important, de dire : Est-ce que
c'est important pour l'État québécois, le seul État où la langue officielle,
c'est le français, en Amérique du Nord, de dire : Écoutez, on va porter
une attention particulière là-dessus, on veut être exemplaire, notamment quant
aux compétences langagières? Je pense que c'est important d'envoyer un signal
fort puis de dire : Bien, l'État, lorsqu'elle s'exprime, elle souhaite le
faire le mieux possible. Je ne pense pas que le Parti libéral peut être contre
ça, le fait de dire : Dans les objectifs de l'exemplarité de l'État, il y
a notamment la promotion de la qualité de la langue française. Ou le député de
La Pinière nous dit : Bien, écoutez, on va abandonner, ce n'est pas grave?
Je donnais
l'exemple à ma collègue de Marguerite-Bourgeoys, dans le passé, lorsqu'on
utilisait des anglicismes, on les conjuguait. Je vous donne un exemple
que j'ai vécu récemment, un élève, supposons, qui est turbulent, qui se fait
expulser d'un groupe, avant, c'était : Je me fais «kicker out» du groupe.
Il y avait quand même l'accord qui était... Maintenant, c'est rendu : Je
me fais «kick out». Il ne sait même plus conjuguer. Donc, on ne s'en va pas
dans la bonne direction, là. Mais là on parle des citoyens, alors ça ne
s'applique pas aux citoyens.
Pour l'État, en soi, est-ce que, dans les
communications publiques de l'État québécois, la qualité du français doit être
valorisée? La réponse que je donne à ça, c'est oui. Est-ce qu'on doit faire une
utilisation exemplaire du français? La réponse à cette question-là, c'est oui.
Est-ce que l'État doit utiliser de façon exclusive le français? La réponse, c'est oui, sur le principe, on verra
qu'il y aura certaines exceptions. Mais l'idée de l'exemplarité de l'État,
c'est que l'État doit montrer l'exemple. L'État doit avoir un
comportement irréprochable, parce que, si on veut s'assurer de pouvoir
maintenir la langue française au Québec, le meilleur outil pour le faire, c'est
l'Administration, c'est l'État qui doit lui-même donner l'exemple.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. Je vais aller au député de Matane-Matapédia. Il vous reste une
minute et demie, à peu près.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente.
Je veux saluer le ministre et les membres de la
commission.
J'ai bien entendu le ministre parler de
l'exemplarité de l'État en toutes circonstances, l'exclusivité de l'utilisation
du français aussi. C'est bien ce qu'il a dit. Or, je dois lui faire remarquer
deux éléments que j'ai remarqués dans l'actualité et qui incluent des élus de
sa formation politique.
Est-ce que le ministre trouve normal que, dans
les points de presse du premier ministre concernant la gestion de la pandémie,
ce n'est pas l'exclusivité du français, il y a toujours «a few words in
English»? Je ne suis pas le seul à l'avoir remarqué.
Autre élément, ça peut paraître anecdotique pour
certains, un de ses collègues de sa formation politique à l'Assemblée nationale
a décidé cette année —
je pense que ce n'est pas la seule année — d'envoyer sa carte de voeux à ses
concitoyens en bilingue, et je le sais parce que je l'ai reçue aussi. Je le
remercie pour l'envoi de la carte, mais une belle carte bilingue.
Alors, ces
deux éléments : est-ce qu'il trouve ça normal que le premier ministre, qui
devrait donner l'exemple quant à l'exemplarité, continue de faire des points de
presse en bilingue et qu'un de ses collègues décide que les
communications qu'il a avec ses citoyens en fin d'année, ça se fait en bilingue
aussi?
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme
la Présidente, vous avez compris que ça excède le libellé du texte du projet de loi, la question du député de Matane-Matapédia.
Mais, pour ce qui est des points de presse relativement à la pandémie, il y a
un choix qui a été fait de la part du gouvernement du Québec, au moment de la
pandémie, relativement au fait que les
informations qui sont données dans les points de presse sont notamment des
informations extrêmement importantes. Alors, le premier ministre le fait
toujours en français, et c'est une situation qui est particulière, la pandémie
de la COVID-19, et c'est important de bien renseigner la population, également
une
partie de la population qui pourrait ne pas saisir tout à fait le contenu
du message en français.
on est rendus là parce que les efforts, dans le passé, n'ont pas été faits pour
faire en sorte de franciser adéquatement l'ensemble de la population. Alors,
c'est une mesure qui est unique et qui n'est pas une pratique qui est courante,
relativement aux points de presse qui sont faits par les membres du
gouvernement du Québec. C'est une situation qui est exceptionnelle pour ce qui
est de la... vu les circonstances extraordinaires attachées à la pandémie. Cela
étant... et l'objectif du projet de loi n° 96 est de faire en sorte que le
français soit exclusivement utilisé dans les communications de l'État, et aussi
on va avoir les outils pour y arriver.
Sur votre deuxième
volet, le projet de loi n° 96 n'encadre pas les communications d'un élu
avec ses commettants et ses concitoyens, donc, et ça fait part, notamment, de
l'histoire du Québec, on ne vient pas régir la langue qui est utilisée par les
élus de l'Assemblée nationale. Alors, il revient à chaque parlementaire qui
souhaite communiquer dans la langue de son choix avec ses commettants
d'utiliser la langue qu'il souhaite. Vous savez que, dans notre Chambre
d'assemblée, c'est possible d'utiliser le français ou la langue anglaise.
D'ailleurs, il y a un tableau au salon bleu, au-dessus du trône du président,
de Charles Huot, qui fait état d'un débat qui a eu lieu en 1793.
La Présidente
(Mme Thériault) :
Le débat des langues . M. le député de
Matapédia.
M. Bérubé :
Mme la Présidente, c'est toujours ça, c'est toujours : Oui, on est
nationalistes, oui, on s'occupe de la langue, sauf exceptions qui sont
majeures. Je veux dire, ça ne tient pas debout, là.
Le député vient de
cautionner qu'un de ses collègues, lui, communique en anglais puis en français
également dans son comté, puis ce n'est pas un problème, ce n'est pas régi. Ce
n'est pas sérieux. C'est comme le reste de son projet de loi, je veux dire, ce
n'est pas... ce n'est pas costaud, c'est mollo, puis c'en est un bel exemple,
ça. Je vais la rendre publique tantôt, la carte d'eux, les citoyens pourront
apprécier les communications de ce député-là dans sa population puis auprès des
élus de l'Assemblée nationale. Ce n'est pas sérieux. Si ça venait d'une autre
formation politique, je suis habitué, mais, d'eux, je trouve que c'est spécial.
Je laisserai les citoyens apprécier ça. Et je ne veux pas croire que le
ministre vient de dire ce qu'il a dit. Je veux m'assurer que ça soit connu.
Quant au premier
élément, les médecins anglophones du Québec, là, ils traduisent l'information,
puis l'information quant à la pandémie, de toute façon, elle est accessible
24 heures d'avance parce que, souvent, je ne sais pas comment ça arrive,
elle est connue des médias. Donc, on n'a pas besoin de «few words in English»
du premier ministre du Québec pour... Tu sais, il n'y a pas des gens sur le
bout de leur chaise qui vont dire : Je ne comprends rien, mais, quand le
premier ministre va le dire, je vais comprendre. Un communiqué, ça fait le
travail. L'avantage, aussi, c'est que c'est toute l'information, ce n'est pas
de l'information choisie.
Je réitère qu'on ne
peut pas prétendre l'exemplarité de l'État, puis laisser faire le premier
ministre, puis laisser faire un de ses
collègues. Donc, ça s'applique à l'État, sauf les élus? Ça ne tient pas debout.
C'est le commentaire que je voulais... que je voulais apporter. Et je ne
trouve pas ça normal. Et, de toute façon, on aura l'occasion, dans d'autres
articles, de revenir sur les intentions versus la réalité. Je sais que le
ministre a eu des débats avec ses collègues avant Noël, puis ça a été rapporté
par Radio-Canada. On y reviendra.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
...information pour le député de Matane-Matapédia. Les membres de l'Assemblée nationale ne sont pas l'Administration, l'Administration
de l'État avec un grand A. Alors, il y a une distinction, et ça fait
partie notamment du privilège parlementaire des élus membres de l'Assemblée
nationale de s'exprimer en anglais ou en français s'ils le souhaitent. Alors,
je ne porte pas de jugement sur l'utilisation d'une autre langue que le
français par des membres de cette Assemblée, c'est ce qui est permis. Mais je
retiens du député de Matane-Matapédia qu'il voudrait que tous les élus de
l'Assemblée s'expriment exclusivement en français dans leurs communications, et
ça signifierait ici, également au salon bleu
ou en commission parlementaire. C'est la position du député de
Matane-Matapédia.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé :
Je dis que le fardeau de la preuve revient à ce gouvernement qui se prétend
nationaliste, qui se prétend gardien de la langue, qui se prétend historique.
Tout est historique, hein, avec ce gouvernement-là, ils sont forts là-dedans.
Mais, quand vient le temps de l'appliquer à sa propre formation politique... Je
ne parle pas du Parti libéral, je n'ai aucune attente en matière linguistique
pour le Parti libéral. Mais, pour la CAQ, je lui ai donné deux exemples, puis
il trouve ça correct. Je veux dire, dans ce domaine-là comme dans d'autres, ça
ne marche pas. Tu ne peux pas prétendre à être exemplaire puis ensuite laisser
faire le premier ministre puis un de ses députés. Il peut choisir de
communiquer en anglais puis en français. Je dis juste que l'enjeu, ce n'est pas
moi, c'est ce que prétend sa formation politique. Alors, qu'il continue à le
faire, mais je ne trouve pas ça cohérent avec les prétentions très élevées qu'a
le ministre à l'égard de ce que représente son projet de loi pour le Québec.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mme la Présidente, on débute l'année, là, je
voudrais dire au député de Matane-Matapédia, là, que moi, je suis dans
l'action, je suis dans l'action. Jamais le PQ, Mme la Présidente, n'a fait en sorte
que l'État allait étudier exclusivement le
français. Le député de Matane-Matapédia se drape souvent en disant : La
loi 101, c'est nous. Effectivement, c'est vrai, mais il y a des
trous dans la Charte de la langue française, puis on est en train de les
combler. Je n'ai jamais vu un gouvernement péquiste dire : L'État
québécois va parler exclusivement français.
2002, ils ont adopté le projet de loi n° 104, avec l'article 1, pour
que les communications de l'État se fassent exclusivement en français avec les
personnes morales. Est-ce qu'ils l'ont mis en vigueur, Mme la Présidente?
Jamais. L'année passée, nous, on a pris un décret pour que ça rentre en
vigueur. Mais il pourrait me dire : Écoutez, on était en fin de cycle, là,
en 2002‑2003, mais ils sont revenus en 2012‑2014. Est-ce qu'ils l'ont fait?
M. Jolin-Barrette :
Bien, oui, mais ça ne prend pas 18 mois, prendre un décret, hein? Le
député de Matane-Matapédia, là, dans la première semaine qu'il était là, au
Conseil des ministres, là, ils ont adopté plein de décrets, là, ils ont nommé
plein de monde un peu partout dans les délégations, Mme la Présidente, avec des
permanences, tout le kit, ils ont fait plein de décrets. Écoutez, premier
Conseil des ministres, ils ont fermé Bécancour, l'usine nucléaire. Première semaine, Mme la Preésidente. Le député de
Matane-Matapédia dit : On a été là juste 18 mois. Bien, je m'excuse,
mais en 18 mois, vous avez eu le temps de faire bien des affaires.
Puis surtout, si
c'était si important, là, pour le député de Matane-Matapédia, là, ça faisait
neuf ans qu'ils étaient dans l'opposition,
ils ont eu le temps de se préparer pendant neuf ans. Jour 1, là, en 2012,
quand ils sont arrivés, pourquoi, Mme la Présidente, ils n'ont pas agi sur la
question de la langue? Ça fait que c'est bien beau faire des sparages à matin,
puis de dire : Le gouvernement se prétend nationaliste, puis tout le kit,
Mme la Présidente, là, on a devant nous un projet de loi, le projet de
loi n° 96, qui est costaud, qu'il a été reconnu qu'on ajustait de façon
paramétrique.
Je comprends que le
député de Matane-Matapédia dit : Ah! vous ne faites pas ça, vous ne faites
pas ci, vous ne faites pas ça. Il faut regarder l'ensemble de l'oeuvre, Mme la
Présidente, c'est une avancée significative pour le français. Puis
manifestement le député de Matane-Matapédia s'accroche sur certains éléments
plutôt que de voir l'ensemble et voir que ça va permettre de renforcer le
français au Québec, et notamment au niveau de l'exemplarité. Est-ce qu'un gouvernement
péquiste a fait en sorte que l'État devait s'exprimer exclusivement en
français?
Je lui ai dit :
Écoutez, pour ce qui est des conférences de presse du premier ministre, on est
dans une situation exceptionnelle, une pandémie exceptionnelle, le message
premier ministre est majoritairement en français, et il fait quelques mots en
anglais pour être bien sûr de s'adresser à tous les Québécois, que tout le
monde saisisse bien les consignes sanitaires parce qu'on est face à un virus.
Mais ce n'est pas la pratique courante au sein du gouvernement du Québec. Qu'il prenne... que le député de
Matane-Matapédia prenne tous les points de presse qui ont été faits depuis
le 1er octobre 2018 par tous les ministres gouvernement du Québec, ce
n'est pas une pratique courante.
Pour ce qui est de la
question des cartes de Noël, comme je vous l'ai dit, Mme la Présidente, libre
choix aux membres de cette Assemblée
d'utiliser la langue qu'ils souhaitent. C'est comme ça depuis un bon bout de
temps. Ils ne font pas
partie l'Administration.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Mme la Présidente, quand le ministre... (panne de son) ...là, le
député, il intervient sur des éléments... Ça s'appelle une étude de projet de loi, et, jusqu'à avis contraire, les
ministres participent. J'ai déjà entendu — je suis sûr
que ce n'est pas l'intention du gouvernement de la CAQ — qu'un jour on voudrait que les ministres
ne participent pas à l'étude détaillée.
J'ai entendu ça. Peut-être que le ministre pourrait dire que c'est faux. C'est
un souhait éventuel du gouvernement.
Jusqu'à avis contraire le ministre est là pour entendre ce genre de chose là.
Comment on peut améliorer un projet de loi? Je lui donne deux exemples
concrets. Je trouve que ça ne dérange pas.
Bon, alors, on étudie
le projet de loi du gouvernement actuel. Le ministre revient sur l'histoire du
Parti québécois. Il choisit ce qui fait son affaire. Tantôt il s'approprie
Camille Laurin, tantôt il dit que le Parti québécois n'a pas assez fait. Je
veux bien lui dire que, s'il y a un endroit où il doit être combatif, c'est
d'abord dans son caucus. C'est là que se font les batailles. Moi, mes positions
en public puis en privé, c'est les mêmes.
Si le ministre
pouvait exprimer ce qu'il pense du projet de loi, je pense qu'on serait assez
proches, mais, bon, il est limité par le degré de nationalisme qu'on lui a
imposé. C'est important de le faire. Ce n'est pas juste des symboles.
Aujourd'hui, il y en a un, symbole, là. Avec celui-là puis avec le financement
des institutions collégiales qui est dans l'actualité, ce n'est pas ici que ça
se traite, mais ça fait
partie de l'ensemble.
Alors, moi, je trouve
ça important. Je l'ai indiqué au ministre. Il peut trouver que ce n'est pas
important. J'en prends acte, je ne reviens pas là-dessus, mais j'aurais
d'autres exemples qui lui démontrent qu'on peut améliorer un projet de loi et
améliorer les communications gouvernementales quand ça compte. Je veux dire,
quand tu as 1 million et plus de téléspectateurs, si tu envoies le message que
c'est également en français puis en anglais, tu ne nuis pas à l'anglais, c'est que tu montres qu'il y a une
certaine normalité. Est-ce que les gouvernements suédois parlent en deux
langues aux points de presse? Pas sûr, à vérifier. Même chose en
Norvège, même chose en Finlande. Je ne sais pas, mais je ne penserais pas.
Alors, c'est ce que
j'ai voulu exprimer au ministre. Il m'a donné sa réponse, j'en prends acte.
Ceci étant dit, il y a des gens qui admirent
cette position-là, qui trouvent ça historique parce que le gouvernement... Il y
en a de moins en moins. Il y a encore Denise Bombardier, mais moi, je
n'en suis pas.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Je ferais
simplement remarquer au député de Matane-Matapédia que lui-même, lorsqu'il
était chef parlementaire du Parti québécois, répondait aux questions également
dans une autre langue que le français dans le point de presse.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. Donc, je reconnais maintenant le député
de La Pinière. Il vous reste une minute trente secondes.
M. Barrette : Oui. Pour être
certain de poser la question, parce que le ministre l'a abordé lui-même, je
connais pas mal la réponse, mais je veux m'assurer de façon précise de la
réponse, Mme la Présidente, pour que ça soit bien inscrit dans nos archives,
là. L'Administration, avec un grand A, dans ce projet de loi ci, comprend
précisément —
deux-points, point d'interrogation?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Tous les
organismes qui étaient visés à la Charte de la langue française, en plus d'une
série de nouveaux, notamment l'Autorité des marchés publics, le Comité de
surveillance des activités de l'Unité permanente anticorruption, la Commission
de représentation électorale, la Commission des droits de la personne, les
centres régionaux d'aide juridique, la commission des droits de la personne et
de la jeunesse, l'Office de la sécurité du revenu des chasseurs et piégeurs
cris, la Société portuaire du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, le Comité de
la rémunération des juges, le Comité de la rémunération des procureurs aux
poursuites criminelles et pénales, la Commission de la toponymie, commission
des droits de la personne, la jeunesse, Conseil de la magistrature, Tribunal
des droits de la personne, Conseil de gestion du Fonds vert, Office de la
sécurité, Société nationale de l'amiante,
des compagnies de l'État québécois incorporées, où c'est des compagnies avec
participation où le gouvernement du Québec met de l'argent, les
commissions d'enquête qui sont assujetties maintenant, les conseils
d'agglomération qui n'existaient pas en 1977, quand ça a été visé...
M. Barrette : Les commissions
scolaires.
M. Jolin-Barrette : Les
commissions scolaires étaient déjà là, mais c'est des centres de services
scolaires. Dans le fond, c'est tous les organismes publics, mais...
M. Barrette : O.K., je comprends.
O.K., Mme la Présidente, pour épargner ces efforts-là au ministre, et je vois
qu'il a un document qui est exhaustif, s'il est exhaustif et qu'il comprend
tout, aurait-il l'obligeance de nous le déposer? À moins que ce soit dans la
loi ou je ne l'ai pas vu.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, tous les organismes sont là, mais on pourrait vous recenser ceux qui sont
ajoutés puis l'envoyer au secrétariat de la commission.
M. Barrette : S'il vous plaît.
La Présidente (Mme Thériault) :
Parfait. Donc, le secrétariat de la commission attendra ce document.
M. Jolin-Barrette : Oui, j'ai
un exemple. On ajoute les institutions parlementaires, également, qui sont visées, donc, désormais... ou qui sont assimilées
à des institutions parlementaires. Ça fait que le VG, Protecteur du citoyen,
DGEQ, Commissaire au lobbyisme, Commissaire à l'éthique sont visés aussi,
également, par l'exemplarité de l'État. Ça fait que, juste pour compléter,
l'idée, c'est une actualisation de la liste qui était là en 1977. Ça fait que
c'est la même liste, plus ceux-là.
M. Barrette : ...juste qu'on
s'entende là-dessus, qu'on nous dépose la liste, c'est parfait.
La Présidente (Mme Thériault) :
Ça suivra.
M. Barrette : Il me reste
quelques secondes, je pense...
La Présidente (Mme Thériault) : ...quelques
secondes, allez-y.
M. Barrette : Oui. Je veux
juste dire au ministre, là, que ce qu'il a dit à date... Il nous a parlé de ce
qu'il souhaitait, il nous a parlé de son rêve, il ne nous a pas parlé des
moyens. On veut tous un bon français, mais ce n'est pas ça qui est écrit. Et,
comme le législateur ne parle pas pour ne rien dire, et, quand il dit : Il
doit faire telle ou telle chose, ça doit vouloir dire quelque chose. Et je
maintiens, Mme la Présidente, qu'à date, on y reviendra sûrement, on n'a pas eu
de réponse sur comment ça va se passer.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
M. Barrette : Mais on connaît
la destination. Je le concède, la destination est claire. On est bien
confortables avec cette destination-là, pas avec tout, mais les moyens, le
chemin, là, pas clair.
Présidente (Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mais, Mme la Présidente,
ça me surprend un peu, les interventions du député de La Pinière, parce
que, vous savez, un projet de loi, c'est comme un livre, hein, ou c'est comme
une dissertation : sujet amené, sujet
posé, sujet... j'oublie le troisième volet, là, mais l'intrigue, là, on est
dedans, Mme la Présidente, là, et on avance, et on va voir comment ça se
détaille.
Alors, le député de
La Pinière en a fait plusieurs, projets de loi, là, comme ministre, là, et il
sait qu'il y a le principe au début, et par la suite on va dans le détail, avec
les moyens et avec les outils. Alors, comme je lui ai dit tout à l'heure, on a
le principe à 13.1, puis, les outils, on va les voir un petit peu plus loin
dans les différents articles, notamment l'utilisation exclusive de la langue,
le développement d'une politique linguistique de l'État. Ça va être les outils.
Et à l'intérieur de la Politique linguistique, on va avoir le détail de, pour
chacun des organismes, qu'est-ce qu'une utilisation exemplaire, notamment
relativement à la promotion et à la qualité de la langue.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. Donc, vous n'avez plus de temps, M. le
député de La Pinière.
Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Moi, j'ai combien de temps? Parce que je suis un peu mêlée, il y a eu
quelques semaines d'interruption.
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui. Il vous reste trois minutes.
Mme David :
Trois minutes?
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui. Et vous voulez déposer un amendement?
Mme David :
Oui. Donc, moi, je trouve, ça ouvre tout à fait la porte, cet échange-là,
ainsi que... les propos qui ont précédé m'ont donné tellement de... m'ont
inspirée beaucoup. Mais je reprends, sur le dernier commentaire du ministre,
que le projet de loi, c'est comme une intrigue qui serait digne d'un grand
roman. Alors, on est dans une sorte de livre policier et on se perd. Des fois,
on se retrouve... on ne sait pas où ça va nous mener, mais on espère que ça va
bien finir. On veut toujours qu'un livre policier, il n'y ait pas trop de sang,
quand même. Il y en a au début, puis après ça, finalement, tous les acteurs se
mêlent. Puis là on est pris, puis on tourne les pages, puis on ne peut plus se
coucher tellement on veut savoir la fin. Bien là, j'espère que la fin va être
digne de toutes les heures qu'on aura consacrées.
Et je voulais revenir
sur l'image que le ministre donnait du... Je sais qu'il est pressé. Je lui ai
dit dès le début, c'est un être pressé, dans la vie, c'est un être très pressé.
Mais, dans un projet de loi comme ça, je veux bien qu'on ait une Ferrari qui va
très, très, très vite sur l'autoroute, mais on peut créer des gros accidents au
passage, et moi, j'essaie d'éviter aussi des
accidents, les accidents étant des gens qu'on heurte en cours de route, des
gens qu'on blesse, des gens qui, finalement... ça continue dans la
métaphore du livre policier, qui... Oui, peut-être, la Ferrari arrive au
bout... en bout de course rapidement, mais ça ne veut pas dire qu'elle n'a pas
fait de dommages sur son passage.
Et nous sommes là, je
crois, comme dans tout projet de loi, je le répète, sinon on ne passerait pas
tout ce temps-là à faire ça, à déposer des amendements pour essayer
d'améliorer. Alors, je vais déposer un amendement, Mme la Présidente. Et puis
là je ne sais plus s'il faut que je le lise, s'il faut qu'on suspende...
La Présidente
(Mme Thériault) : Vous pouvez me faire la lecture de votre
amendement.
Mme David :
Alors, c'est exactement dans la lignée de ce que le député de La Pinière a
dit et de ce que le ministre a répondu aussi.
Alors, on
ajouterait :
L'article 13.1 de la Charte de la langue française, introduit
par l'article 6 du projet de loi, est modifié par l'insertion, après son
premier alinéa, de l'alinéa suivant :
«L'Administration
doit, en vertu de la présente loi, disposer des moyens nécessaires pour la
prestation de services aux citoyens et
disposer d'objectifs mesurables d'exemplarité, notamment quant à la qualité de
la langue française et à son apprentissage.»
La Présidente
(Mme Thériault) : Donc, avant de passer à vos commentaires,
simplement mentionner que l'article est déjà
sur Greffier, donc vous pouvez en prendre connaissance. Vous pouvez aller dans
votre argumentaire, madame...
Mme David :
On parlait de qualité de la langue, et je vais continuer à en parler, même
si certains partis, soit au gouvernement ou de l'opposition, pensent que ma
formation politique ne s'intéresse pas la qualité de la langue, au contraire,
ou ne s'intéresse pas à la langue française, au contraire, sinon on n'aurait
pas déposé un plan d'action costaud comme on
a déposé en avril 2021. Alors, on parlait justement, à ce moment-là, de la
qualité de la langue, on parlait de
l'apprentissage. Le député de Jacques-Cartier a déposé un projet de loi
n° 591 sur la possibilité d'avoir l'apprentissage du français, ce
qu'on retrouve, d'ailleurs, dans le projet de loi, et on l'en remercie.
Maintenant, quand on parle d'Administration,
avec un A majuscule, c'est évident qu'on parle de qualité de la langue
française. Je suis assez... disons, j'accueille avec un certain scepticisme
l'exemple que, d'ailleurs, le ministre a partagé avec
moi, mais je trouve qu'on est rendus peu exigeants par rapport à la langue
française. Quand on parle de progrès de société, si on passe de : Je me
suis fait... je me suis fait «kick out» de la classe, je me suis fait «kicker out» de la classe, parce que c'est un grand
progrès sur la langue française, mais au moins, comme dit le ministre, il y
accorde son «kick» et puis son «kicker», mais c'est une... c'est
épouvantable, en même temps. Je suis sûre qu'il y a plein de députés, ici, qui
m'écoutent, qui disent : Mais je ne voudrais peut-être pas que mon enfant
revienne de l'école puis dise : Maman, je me suis fait «kick out» de la
classe. Mais je ne suis pas sûre qu'il dirait : Mon fils, tu devrais
dire : Maman, je me suis fait «kicker out» de la classe, ça, c'est un bon
français, au moins tu as accordé ton verbe avec ton nom et ton... et tu as... et
ton adjectif, je me suis fait «kicker out».
Alors, je comprends l'esprit de ce que le
ministre dit, mais je ne suis pas sûre qu'il va accueillir avec autant de
satisfaction ses enfants quand ils auront l'âge d'aller à l'école et qu'ils lui
diront : Papa... d'abord, il n'aimera pas ça qu'ils se soient fait «kicker
out» parce que ça voudrait dire qu'ils auraient été tannants. Puis ça se peut
que les enfants du ministre soient un peu tannants ou pressés aussi dans la
vie. Mais il n'aimera sûrement pas se faire dire : Je me suis fait «kicker
out» de la classe. Donc, disons qu'on va le traduire, pis : Je me suis
fait mettre hors de la classe, j'ai été
envoyé chez le directeur. Moi, ce que j'aimerais, c'est qu'il puisse l'écrire
en écrivant bien le français : Je me suis fait envoyer chez le directeur,
qui est le bon accord du verbe avec le participe passé, le nom, etc.,
que l'orthographe soit correcte.
Ça, ça veut dire, pour un fonctionnaire, qu'il
soit capable de bien écrire le français. Puis on a vu la liste nouvelle,
élargie, mise à jour, actualisée, ça comprend beaucoup, beaucoup de monde.
Est-ce que tous ces gens-là envoient des courriels sans faute d'orthographe?
Est-ce que tous ces gens-là vérifient dans Antidote que leur verbe est bien
accordé, leurs participes passés, qu'ils emploient des expressions françaises?
Je suis inquiète, très fortement, de la qualité du français au Québec et de cet
attrait que, avec l'exemple du ministre, on voit qui est très présent. En fait,
c'est un exemple très, très actuel : Papa, je me suis fait «kicker out» de
la classe, je me suis fait «kick out», car malheureusement c'est un... c'est
réaliste, cet exemple-là. Je ne suis pas sûre que c'est un exemple sur la
qualité de la langue française, mais je
comprends l'esprit de ce que le ministre voulait dire. Mais ce n'est quand même
pas acceptable que ça soit des verbes à ce point anglais. On écoute
des... on écoute les adolescents, les adultes parlent l'anglais est partout,
partout.
Je lisais, encore hier, que l'attrait de la chanson
anglophone est tellement, tellement présent que même des émissions très
populaires qui passent à la télévision où il y a des jeunes chanteurs, bien,
c'est des chansons anglaises qui sont choisies à 90 %. Ça, c'est
inquiétant. Ça, c'est de la culture. Alors, si le ministre croit à la langue
française, il doit croire non seulement à la qualité du français, qu'on ne
retrouve pas, très, très, très peu dans le projet de loi, et aussi à sa
promotion. Mais la promotion passe par la culture, et, s'il y en a un qui l'a
dit clairement, dont j'ai relu l'entièreté de la biographie pendant les
vacances, la biographie de... écrite par Pierre Duchesne, sur Guy Rocher. S'il
y en a un qui a bien expliqué le lien entre culture et langue, c'est bien lui,
le sociologue qu'on connaît tous, qui est venu nous voir. On n'est pas obligés
d'être d'accord avec tout ce qu'il dit, mais il a très bien expliqué le lien
entre culture et langue. Et je pense que, dans ce projet de loi, on parle de
langue, mais on parle très peu de culture. On parle très peu du fait que,
anglophones comme francophones, nous devons être francophiles, c'est-à-dire
aimer la culture québécoise. Alors, oui, il
y a un ministère de la Culture, je le connais bien, il y a un ministère,
éventuellement, de la Langue française, je connais aussi les enjeux,
mais il faut que ces deux enjeux-là se parlent, sinon pas de culture, on n'en aura plus, de langue française, on va être
«kickés out» nous-mêmes joyeusement et rapidement, et on va le dire en
anglais, probablement.
Donc, moi, ce qui m'inquiète, et de là le dépôt
de cet amendement-là, c'est pour dire que nous aussi, libéraux, mot honni par certains et puis très respecté par d'autres,
nous avons fait des choses pour la langue française, nous voulons continuer à
faire des choses pour la langue française, et la langue parlée et écrite est
très importante. Et les fonctionnaires, l'administration de l'État est
rendue très large dans son application, son actualisation. On pense à
«fonctionnaires», mais je ne suis pas sûre que, disons, à la commission des
droits et libertés de la personne, ils se conçoivent comme des fonctionnaires
de l'État. Ce sont tous les administrateurs de l'État qui parlent aux citoyens,
qui écrivent aux citoyens, qui interagissent. Il faut qu'ils non seulement la
parlent bien, mais l'écrivent bien et se sentent culturellement très bien
impliqués dans la société.
Alors, d'où l'ajout de... O.K., pour vous dire
comment on prend au sérieux, M. le ministre, votre article, et ça va dans la droite ligne de ce que le député de La
Pinière a dit : Comment promouvoir la qualité, rayonnement, assurer
la protection? Nous vous demandons d'être un peu plus dans les fonctionnalités
de ce projet de loi, et c'est pour ça qu'on ajoute «disposer».
D'abord l'Administration doit disposer des
moyens nécessaires. Ils avaient les moyens, ils ne les utilisaient pas. Il y avait une politique de la langue
française, ils ne savaient pas qu'elle existait même. Donc, on s'assure, avec
cet amendement, qu'on dispose des
moyens nécessaires pour la prestation de services et qu'on ait des objectifs
mesurables d'exemplarité. C'est étonnant que ça vienne de nous, là, ça
aurait dû venir du ministre lui-même et de sa formation politique. Des objectifs mesurables, bien, ça veut dire qu'il faut
regarder si les mesures qu'on met en place fonctionnent, c'est la base
d'un projet de loi, et on ajoute «notamment — "notamment", donc pas
"exclusivement", "notamment" — quant à la qualité de la langue
française et à son apprentissage».
Alors, sans tout ça, on peut avoir les voeux les
plus pieux soient-ils —c'est
un peu trop, peut-être, religieux comme expression — mais tant qu'on a ces voeux pieux,
bien, pour nous, il faut que ça se retrouve dans quelque chose de très concret,
mesurable, avec des moyens, donc c'est dans l'esprit de l'autre amendement que
nous avions déposé. Ça s'arrêtera là pour 13.1, il n'y aura pas d'autre
amendement, mais celui-là, il est important, selon nous, parce que, comme je le
dis souvent, les ministres passent, les gouvernements passent, mais les lois
restent, puis les lois... celle-ci est là pour longtemps.
La précédente, ça fait quand même près de 50 ans, et donc celle-là est
très, très importante, alors on veut s'assurer, nous, Parti libéral du Québec,
que la qualité de la langue française ait les moyens de ses ambitions.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien,
écoutez, j'apprécie la proposition de la députée de Marguerite-Bourgeoys. Je
trouve que c'est une proposition qui rejoint ce qu'on a déjà dans le texte
relativement à la Politique linguistique. Là, on est sur l'article général, et
là la collègue de Marguerite-Bourgeoys souhaite qu'on mette dans le texte
précisément les moyens et les objectifs. Or, ça va se retrouver dans le rapport
annuel, notamment, parce le ministre de la Langue française va déposer le rapport annuel. Mais aussi les moyens vont être
dans la Politique linguistique également. Notamment, là, à 29.10.1°,
point c, on voit, là : «La Politique linguistique de l'État guide les
organismes de l'Administration auxquels elle s'applique dans l'exécution des
obligations qui lui incombent en vertu de l'article 13.1. À cette fin, la politique comporte des dispositions concernant
notamment les sujets suivants», c'est la mise en place de moyens de contrôle
de la qualité du français utilisés au sein d'un organisme. Alors, ce que vous
proposez, c'est déjà dans le projet de loi.
Puis en ce qui concerne la reddition de comptes,
bien, il y a un rapport annuel, également, qui va être déposé. Puis là, dans la
structure, également, de la Politique linguistique relativement à la qualité de
la langue puis l'autorisation de la Politique linguistique de l'État pour
chacun des organismes, c'est la même chose partout pour tout le monde, sauf certaines exceptions qui vont être validées par le
ministre la Langue française. Mais, parallèlement à ça, vous avez le Commissaire à la langue
française qui regarde ça, puis qui analyse ça, puis qui analyse annuellement.
Bien, en fait, il est obligé de rendre un rapport annuel, mais, même, il peut
rendre des rapports au moment où il le souhaite, là, sur les enquêtes qu'il va
mener, tout ça. Alors, lui, il va vérifier le contenu, un, du respect de la
loi, mais, deux, du respect des
politiques... de la Politique linguistique de l'État. Donc, écoutez, c'est un
bon amendement, mais ce n'est pas nécessaire de l'avoir dans le cadre de
cet article-là parce qu'il est déjà ailleurs dans le projet de loi, l'objectif
du fait d'avoir les moyens requis au niveau de l'État.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Bien, c'est ça.
C'est ça, ce projet de loi là, c'est le polar dont on parle tout à l'heure. On
peut avoir l'image d'une courtepointe. On
peut avoir... C'est les auteurs de livres policiers très complexes, on parle de
livres... John Le Carré ou autres, ils ont une espèce d'organigramme,
là, puis eux savent comment se retrouver entre tous les personnages, les
articulations, et dans ce projet de loi ou les heures à passer dedans, et Dieu
sait que j'en ai passé quelques-unes avec mes collègues, on n'en a pas assez de
multiples, je relis, c'est comme des gens qui font l'exégèse de la Bible et qui
passent leur vie à découvrir des nouvelles choses dans la Bible. Bien, ce
projet de loi là demande... a une exigence de relecture de mettre un
article
avec un autre, puis là vous, le ministre, il y a toute une armée de juristes
qui lui disent : Va-t'en à l'article 19.1, 18.2, 29.2, 22.9, et là ça
fait une courtepointe, tout ça ensemble, je suis d'accord. Mais le pauvre
citoyen, là, qui essaie ou... le pauvre député qui n'a pas cette armée de... Il
faut lire les 100 pages, littéralement. Vous avez raison de dire : Il
faut lire les 100 pages pour essayer d'en décoder quelque chose, mais,
juste pour la
section I, on a découvert des choses plus loin qui viennent
enlever des possibilités de... c'est un organigramme digne du ministère de la
Santé, là. Vous vous souvenez, là, quand ça a été publicisé, là. Bien, ce
projet de loi là a peut-être la qualité d'essayer de ne rien échapper, mais il
a la contrepartie extrêmement exigeante de devoir apporter un souci maniaque
de : Oui, ça, mais ça, puis on retrouve ça là, puis on retrouve ça là.
Alors, si le ministre veut perdre toute la
société, puis personne n'est capable de suivre le projet de loi, ça va, mais
moi, je pense quand même... puis là je suis en train de vous suggérer des
choses, que si c'est si clair que ça plus loin, mais pourquoi vous ne le dites
pas au 13.2, dans l'esprit de l'amendement qu'on propose, de dire «en vertu»,
ou «tel que mesuré», ou «tel que prévu aux articles untel, untel»? Il n'y a
personne qui est capable de vous suivre, sinon, c'est vraiment très difficile, à part des gens dont c'est le métier de
se lever le matin, venir au bureau, puis de s'occuper de la Charte de la
langue française, puis ça, ça s'appelle l'OQLF, ça s'appelle... je sais pas,
moi, mais... Alors, les pauvres employés de
l'État qui sont dans l'administration de l'État, comment est-ce qu'ils vont
faire pour se retrouver? Puis les gestionnaires, comment ils vont faire
pour savoir comment mesurer tout ça?
Moi, je pense qu'il y aurait moyen de vulgariser
ou de peut-être aider le citoyen dans ce labyrinthe en apportant une précision
que la prestation, les objectifs et la qualité de la langue française sont
prévus aux articles je ne sais pas quoi, parce que... parce que je vous dis que
c'est tout un exercice, travailler ce projet de loi là, et vous voulez qu'on
aille vite et promptement, avec célérité, qui sont des beaux mots de la langue
française —
la célérité, il faut bien savoir l'épeler — mais on veut bien tout ça, mais
vous comprenez que c'est un peu antinomique avec la question de la complexité
de la courtepointe.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, Mme la Présidente, je répondrais que c'est sûr qu'on ne part pas de rien
lorsqu'on est dans le cadre du travail législatif avec le projet de loi n° 96,
mais on vient combler des espaces ou des lacunes
de la Charte de la langue française. Donc, c'est sûr que, lorsqu'on démarre
quelque chose de nouveau, c'est le premier projet de loi original,
supposons, c'est beaucoup plus simple, parce que c'est une loi modificatrice.
Bien entendu, on a la loi 101, puis le projet loi n° 96
vient se superposer ou venir agir sur différents articles. Donc, bien entendu, la lecture peut
parfois être aride, du projet de loi n° 96, mais, lorsque le tout sera
adopté, le tout sera consolidé et il y aura une cohérence légistique
relativement au texte de la loi 101.
L'autre élément aussi, je vous rappellerais que
le ministère de la Langue française, qui sera là, justement, pour accompagner
les citoyens s'ils ont des questions, accompagner également les ministères et
les organismes, le ministère de la Langue française, ça va être le point de
raccord central pour la Politique linguistique de l'État, et surtout aussi pour renseigner, et qui va être le
gardien de la langue française au sein de l'État québécois. Alors, ça, c'est
important.
Puis c'est
sûr que la députée de Marguerite-Bourgeoys nous dit : Bien là, vous ne le
dites pas à cet article-là, ce qu'elle propose dans son amendement, mais par
contre ça vient plus tard. Mais on ne peut pas tout prendre le projet de
loi puis le mettre dans un article, donc, ça vient au niveau du détail, puis
vous allez voir, il y a une logique, là.
Au niveau de ce chapitre-là, on a l'objectif
principal, tu sais : on met fin au bilinguisme institutionnel qui a cours depuis plusieurs décennies au sein de l'État
québécois, on raffermit le statut du français comme langue officielle et
commune, on protège le droit de travailler en français au sein de
l'Administration.
Et ensuite on vient dire qui fait
partie de
l'Administration, ça, c'est l'annexe I : les ministères, les
organismes gouvernementaux, les institutions
parlementaires, les organismes municipaux, les organismes scolaires, les
organismes du réseau de la santé et services sociaux.
Ensuite, on vient dire... on vient exiger de la
part de l'Administration un devoir d'exemplarité. Donc, toutes les composantes
de l'État doivent —
quatre éléments que le député de La Pinière nous a dits tantôt :
promouvoir la qualité de la langue française, faire rayonner la langue
française au Québec, protéger la langue française, utiliser la langue française
de manière exemplaire.
Ensuite, on va venir définir c'est quoi, une
utilisation exemplaire de langue française. On va venir voir... c'est les communications externes, c'est les
communications internes. Ensuite, on va venir encadrer la mise en oeuvre
du devoir d'exemplarité pour chacune des composantes de l'administration. Ça
fait que, tu sais, ça, on va le voir.
Puis, suite à ça, on va voir également que la
qualité de la langue française va être dans le cadre de la Politique
linguistique et que, parallèlement à ça, pour évaluer ça, les personnes qui
sont en charge de ça, c'est à la fois le ministre de la Langue française, mais
également le commissaire, qui, lui, dépose un rapport à l'Assemblée nationale,
tout ça.
Alors, les moyens vont venir avec les exigences
rattachées au texte de loi, et on est déjà allés chercher 103 millions sur cinq ans. Le prochain budget
s'en vient également, qui sera déposé au cours des prochaines semaines.
Alors, très certainement, ça constitue une priorité pour l'État québécois, la
langue française.
Alors, je partage l'objectif de l'amendement la
députée de Marguerite-Bourgeoys, mais, dans ce cas-ci, je ne peux pas lui
donner suite parce que c'est comme un peu le Code civil, là, la Charte de la
langue française, c'est un recueil de
plusieurs normes qui sont mises ensemble, qui vont faire un tout cohérent, avec
différents chapitres, différents sujets.
Mais c'est ce n'est pas une
loi sur un sujet précis x, c'est... on vise
plusieurs choses : langue de l'enseignement, langue des affaires,
langue du commerce, langue de l'affichage. C'est...
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Votre amendement suscite des interventions, le désir de faire des
interventions de vos collègues. Est-ce que je retourne à vous ou je vais à vos
collègues?
Mme David : Ça dépend combien
il me reste de temps.
La Présidente (Mme Thériault) :
Il vous reste à peu près sept, huit minutes, un petit peu moins.
Mme David : Je veux juste faire
un petit commentaire. L'exemple du Code civil, qui couche à côté comme livre de
chevet avant de s'endormir? Qui lit le Code civil au lieu d'écouter Tout le
monde en parle le dimanche soir? C'est vraiment exactement l'image que
j'ai, justement, c'est un Code civil, c'est un code, puis le code avec plein de
ramifications puis de liens. Je ne suis pas nécessairement contre, je ne suis
pas contre le Code civil, mais ce n'est pas une affaire que je lis à tous les
jours, c'est seulement si je suis vraiment mal prise. Puis je pense que je n'ai
jamais référé au Code civil, bon, ce n'est
pas mon métier. Mais la Charte de la langue française, c'est l'âme d'une société,
donc...
M. Jolin-Barrette : Si vous me
permettez une petite interruption, ça m'a fait penser à quelque chose. La
députée de Marguerite-Bourgeoys a sûrement référé au Code civil du Québec à
l'époque où elle était ministre de la Culture, parce que fort probablement que,
dans le cadre des expositions que nous recevons dans nos musées, elle a
sûrement présenté des décrets...
Mme David : ...je me souviens
comme si c'était hier.
M. Jolin-Barrette : Donc, vous
avez référé au code et vous l'avez utilisé.
Mme David : Tout à fait, mais pas le dimanche soir en lisant
ça avant de me coucher, là, c'est ça que je... O.K.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, je ne sais pas à quel moment les décrets étaient signés par la députée
de Marguerite-Bourgeoys, mais je peux vous dire que je suis sûr que ça lui
faisait plaisir d'avoir cette disposition du Code civil parce que ça nous
permettait, au Québec, d'avoir des expositions dans nos musées.
Mme David :
Vous avez raison. Je ne vous dis pas que c'est inutile, je vous dis que c'est
plate à mort, c'est ça que je veux dire. C'est très utile pour une société.
Mais la langue française, c'est de l'émotion, c'est de la culture, et il faut
qu'il y ait un peu ça dans le projet de loi. C'est pour ça qu'on parle de
qualité de la langue. C'est pour ça qu'on parle d'apprentissage. Alors, c'est
ça, c'est que ça peut être un code civil de la langue française, mais moi,
j'essaie d'y amener un peu de culture, un peu d'âme, un peu de wow pour que les
gens s'approprient un peu leur Charte de la langue française, comprenez-vous?
Alors, c'est correct, je comprends, là, mais je trouvais ça trop intéressant,
cette métaphore ou cet exemple de la langue... du Code civil.
M. Jolin-Barrette : Mais, Mme
la Présidente, je rejoins la députée de Marguerite-Bourgeoys que la culture
doit se retrouver dans la Charte de la langue française. Et, on le verra un
petit peu plus loin, notamment, dans le cadre de la Politique linguistique, on
fait en sorte que les ministères et organismes de l'État québécois utilisent
les oeuvres culturelles québécoises, désormais, et j'ai travaillé en
collaboration avec ma collègue la ministre de la Culture là-dessus. Donc,
toutes les sociétés d'État, l'ensemble de l'Administration, devront utiliser
exclusivement des produits culturels québécois.
Donc, exemple, Mme la Présidente, lorsque vous
allez appeler chez Revenu Québec parce que vous avez une question sur votre
déclaration fiscale... Supposons, la députée de Marguerite-Bourgeoys dit :
Mon Dieu! Je paie tant d'impôt que ça cette année, je veux être renseignée.
Bien, si elle est mise en attente — ça peut arriver, mais c'est très rare, vous
savez, vous êtes répondue rapidement — bien, au lieu que ça soit de la musique
américaine, supposons, bien, ça va être un environnement de langue française ou
de produits culturels québécois. Alors, lorsque la députée de
Marguerite-Bourgeoys va appeler, bien, ce qui va jouer sur la ligne
téléphonique, ça va être du Émile Bilodeau ou du Leonard Cohen.
Donc, voyez-vous, là, je rejoins la collègue de
Marguerite-Bourgeois pour dire : Oui, la Charte de la langue française peut nous permettre de valoriser la
culture québécoise sous toutes ses formes et de valoriser un environnement
francophone, sans exclure la langue anglaise
ou les langues autochtones également, qui font
partie de la culture québécoise
aussi. Alors, il y a des références dans la Charte de la langue française qui
nous permettent ça.
Et, un commentaire, Mme la Présidente, la
députée de Marguerite-Bourgeoys nous dit : Le Code civil, c'est plate à mort. Vous savez, ça aussi, il y a des
dispositions dans le Code civil par rapport à la mort. Tout l'aspect
successoral, le testament, la dévolution, c'est passionnant, Mme la
Présidente, et on ne s'en doute pas, mais ça régit pratiquement tous les
aspects de notre vie, et c'est là pour ça. Et pourquoi est-ce qu'on a un Code
civil puis pourquoi est-ce qu'on fait la même chose avec la Charte de la langue
française? C'est justement pour simplifier le processus, notamment pour
renseigner le citoyen, parce que, lorsque le citoyen a une question, qu'est-ce
qui se passe dans mes rapports de droit privé, plutôt que la common law,
d'aller chercher à gauche, à droite, une exception, le juge a décidé ça, tu
sais, ce n'est pas cohérent puis c'est une
mosaïque, bien, nous, à l'image des Français avec le cas de Napoléon, on a
clarifié le tout : Je me sépare, je me marie, j'ai des enfants, je décède,
j'ai une chicane de clôture, je veux faire un investissement, je vis
dans l'indivision, tout ça. C'est sûr que le livre est volumineux, mais c'est
passionnant, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci.
Je reconnais maintenant le député de La Pinière.
M. Barrette : Je pense, Mme la
Présidente, puis je le dis avec tout respect... je pense que le ministre s'est
trop reposé, parce que je le connais comme étant une personne très cartésienne,
et là je pense qu'il est pris en flagrant délit de contradiction. Je vais
prendre un exemple pour illustrer ça, Mme la Présidente, il va aimer ça. J'ai
eu à appeler à la RAMQ pendant le temps des fêtes pour une raison personnelle,
et le message robotisé me disait : Nous allons bientôt répondre à votre
«apple» —
pas «votre appel», votre «apple». Pourquoi je prends... Puis c'est vrai, là, ce n'est pas une farce, là. Puis là, comme ça
prend une demi-heure, l'«apple», je l'ai entendu pendant une demi-heure,
aux 30 secondes, ça m'est rentré dans la tête.
Pourquoi je dis ça et pourquoi le ministre
fait-il preuve de contradiction? C'est que le ministre nous dit que, dans le
premier alinéa de 13.1, c'est très important parce qu'on y établit là les
principes de ce qui s'ensuit, le rêve, l'objectif final, et, à chaque fois, il
nous dit : Faites-vous-en pas, vous allez voir les moyens par la suite.
Dans ma dernière intervention, j'ai pris des exemples spécifiques... repris,
plutôt, des exemples spécifiques que lui a donnés, qui ne faisaient pas ça. Ce
n'est pas un moyen, ça, de déclarer l'exclusivité, certainement pas dans la
promotion. Je ne reviens pas là-dessus, mais je reviens sur le fait que, pour
le ministre, il est extrêmement important, en droit, que, dans l'article... le
premier alinéa de cette section-là, qui traite de la charte, on vient d'établir
la volonté de base fondamentale de l'État sur ce qu'il veut faire, qui va se
décliner après dans les autres articles.
Or, notre amendement fait exactement ça pour les
mesures, pour les moyens, pour faire ce que 1 fait. Je vais le relire,
là : «L'Administration doit, en vertu de la présente loi, disposer des
moyens nécessaires pour la prestation de services aux citoyens et disposer
d'objectifs mesurables d'exemplarité, notamment quant à la qualité de la langue
française et à son apprentissage.» Ça, ça établit que, dans la déclinaison que
le ministre nous a annoncée, pour tout ce qui y est, il doit être prêt à
mesurer puis à s'assurer que la qualité est là, pour tout ce qui y est et tout
ce qui n'y est potentiellement pas, parce que nul n'est parfait. Il n'y a pas
un projet de loi parfait, et je suis sûr que le ministre va me dire que le sien
l'est, là, c'est dans son tempérament, mais, non, il ne l'est pas. Il n'y en a
pas, des projets de loi comme ça.
Mme la Présidente, ce que je dis, c'est que
notre amendement est aussi fondateur pour la
section que le premier alinéa, et
c'est pour ça qu'il doit être là, parce que, si un jour il y a une contestation
juridique, un litige, peu importe, qui amène une instance juridique à prendre
une décision, le ministre sait très bien, en sa qualité d'avocat, qu'à un moment donné on va se référer au premier article.
Alors là, on est dans la catégorie non pas juridique, on est dans la catégorie
très populaire de «si c'est bon pour minou, c'est bon pour pitou», ou
l'inverse, ça marche pareil.
Alors, si le principe évoqué par le ministre est
bon pour l'alinéa un, il l'est aussi pour notre amendement. D'ailleurs, le
ministre l'a dit lui-même, c'est un bon amendement. Peut-être qu'il ne veut pas
l'adopter comme ça parce qu'il se dit : Hum... je le comprendrais. Moi
aussi, quand j'étais à sa place, non pas à la Justice, mais je regardais ça
puis je me posais toujours la question : Est-ce qu'il y a là un piège? Il
n'y en a pas. On applique la même approche, pour l'assurance d'avoir un
résultat que lui prend, pour avoir la réalisation potentielle de son rêve, qui
n'arrivera pas nécessairement de la manière que c'est écrit, mais on verra ça
plus loin.
Alors, si c'est fondateur pour le souhait, ça
devrait être fondateur pour l'obligation de résultat, du moins tel qu'exprimé
dans notre amendement, et je ne vois vraiment pas comment on ne peut pas
recevoir cet amendement-là. Mme la Présidente, moi, ce que je suggère, là, au
ministre, là, c'est de suspendre et prendre un petit moment de réflexion pour
qu'on en parle, qu'il parle à ses juristes, qu'il le regarde sous un angle
purement objectif, absolu, qui est celui que je viens d'exposer. Notre
amendement, Mme la Présidente, renforce sa loi. Quand lui ne sera plus là, son
successeur et les gouvernements successeurs auront une obligation fondatrice,
dans cette section-là de la loi, pour le futur. Comment peut-on refuser ça,
comment? Je ne le comprends pas. Moi, je lui suggère de prendre une pause, là,
puis de parler à ses juristes, parce que l'expertise est de l'autre bord. Moi,
je ne suis qu'un pauvre laïc du droit, mais là ça se peut que je ne me trompe
pas, ça se peut, qui sait? Fin de l'intervention.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme
la Présidente, comme je l'ai expliqué tout à l'heure, on vient apporter des
précisions à l'article. Contrairement à ce que prétend le député de La Pinière,
c'est plus précis, et ce qui est souhaité, c'est déjà dans le projet de loi un
peu plus loin. Prenez 29.8, là : «Il appartient à la personne qui exerce
la plus haute autorité administrative au sein d'un organisme de
l'Administration de prendre les moyens nécessaires pour que l'organisme
satisfasse aux obligations auxquelles elle est tenue en vertu de la présente
loi.»
Les moyens sont déjà là. Et je comprends qu'on
veut tout mettre dans le premier article, mais ce n'est pas la structure
souhaitée au point de vue légistique. Puis je le sais, que le député de La
Pinière dit qu'il est un laïc du droit ou un profane du droit, mais je sens...
et c'est un de mes objectifs, Mme la Présidente, d'ici le mois de juin,
puisque le député de La Pinière est désormais porte-parole de l'opposition
officielle en matière de justice, de lui permettre de développer ses
compétences, ses aptitudes, et peut-être que lui, il deviendra passionné par
une lecture approfondie du Code civil et que ça deviendra son livre de chevet
aussi. Ça pourrait être un défi intéressant pour la session, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le député.
M. Barrette : Bien, moi, Mme la
Présidente, je souhaite juste que le ministre développe une certaine humilité
législative et qu'il prenne les suggestions comme étant constructives
lorsqu'elles le sont, lui qui veut que le projet de loi avance rapidement.
La Présidente (Mme Thériault) :
Votre commentaire est bien entendu.
J'ai le
député de D'Arcy-McGee, j'ai la députée de Mercier et, après ça, la députée de
Marguerite-Bourgeoys. Donc, on voit que votre amendement fait du chemin.
M. le député de D'Arcy-McGee, et par la suite
j'irai à Mme la députée de Mercier.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. Je suis un petit peu perplexe parce que je trouve que nous sommes devant beaucoup plus qu'un concept, une
exigence d'une importance capitale, quand il s'agit du rayonnement, de la protection de la langue française, un
souhait qui est partagé par les 125 membres de l'Assemblée nationale. Moi,
qui envoie mes cartes de souhaits dans les deux langues, je me compte comme
parmi les gens qui ont l'obligation de faire leur part pour exprimer
cette exemplarité, et, pour le faire, il faut... Et, moi non plus, je ne suis
pas avocat, mais deux choses.
Le ministre,
dans ses réponses jusqu'à date, nous dirige vers les articles qui s'en
viennent. Il m'a mentionné 28, entre autres, et il nous dirige vers la
Politique linguistique. Mais, si j'ai une responsabilité, comme fonctionnaire,
chef de département de l'administration publique, et je regarderai ces
articles 29, je pourrai, pour une raison x ou y, demander à mon conseiller
juridique : Il me semble que, bon, l'article qui chapeaute ce concept-ci
ne m'exige pas de faire trop. Il y a un
constat général avec un concept qui est à opérationnaliser, mais sans grand
détail ou sans exigence claire.
Alors... Et, l'autre chose, le ministre, jusqu'à
date... tout dernièrement, il parlait du fait que l'amendement risque de ne pas
concorder avec la structure souhaitée, mais, à part de ça, je crois qu'on
aimerait tous entendre une réponse claire et nette sur pourquoi notre amendement
n'ajouterait pas au poids et à la force de cet article. Là, jusqu'à date, on
n'a pas eu une réponse là-dessus.
Là, ce que je lis... Peut-être, j'exagère, mais
il me semble que, si on lit... lisait 13.1 sans l'amendement que nous sommes en train de proposer, si on remplaçait
tout ça par «l'administration publique»... J'invente... En Royaume-Uni,
il me semble qu'on pourrait lire une telle exigence pour faire rayonner
l'anglais bien parlé et écrit dans un État qui parle la lingua franca du monde,
qui n'a pas à se mettre devant des défis qui ont... ce coin de l'Amérique du
Nord, qui est le seul qui a la langue française comme
langue commune. Il me semble que ce serait un
article comme routinier, qu'on
pourrait trouver n'importe où.
Si on veut s'assumer,
et je crois bien que c'est l'intention du ministre et, j'espère, de son
gouvernement, oui, à chaque fois qu'on parle du rayonnement, de la protection
de la langue française et, j'espère, chaque fois qu'on parle avec le souhait de faire participer dans ses actions essentielles
le 1,5 million plus... Québécois non francophones, il faut en
mettre... il faut mettre là-dedans, il faut signaler, de façon claire, et
nette, et légale, et imputable, que des choses que nous avons à faire comme
État vont coûter de l'argent, vont être évaluées, vont être mesurées, vont
avoir des conséquences.
Et là je conclus en
invitant le ministre de nous dire pourquoi on n'accepterait pas un amendement
avec deux volets essentiels qu'on ne trouverait pas si cet amendement n'est pas
adopté, deux critères clairs qui vont diriger, qui vont avoir un impact sur
l'implantation de ces 29, ces 28... sa Politique linguistique, et les deux
aspects qui ne sont pas là, actuellement,
sont de disposer des moyens nécessaires, ce qui implique et dénote une série de
critères, d'actions concrètes.
Deuxième chose
qu'on ne voit nulle part, c'est de disposer d'objectifs mesurables. Même juste
avec le premier qui n'est déjà pas là, si des moyens nécessaires sont exigés
dans l'article 13 tel que ça devrait être amendé... sans objectif
mesurable, on peut avoir des moyens et on ne va jamais mesurer ça. Alors,
j'aimerais inviter le ministre de nous expliquer en quoi cet amendement est
plus que non utile, ça m'étonnerait... comment ça n'ajoute pas à l'architecture
et aux objectifs de son projet, et s'il peut être très clair pour nous dire
s'il y a un empêchement sur le plan législatif contre l'adoption de cet
amendement qui, il me semble, est très raisonnable, rassembleur et nécessaire.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Oui, je comprends la volonté, mais, comme je l'ai dit, Mme la Présidente, la
mécanique associée au projet de loi fait en
sorte qu'il y a le principe d'exemplarité, et là on se retrouve dans le détail
par la suite. Donc, on va le voir à 29.8. On va le voir avec la
Politique linguistique de l'État. On va le voir avec les différents éléments
qui vont venir un peu plus loin, notamment relativement à la reddition de comptes
qui va être donnée. Et on voit que l'autorité administrative est chargée du
suivi rattaché à ça en lien avec les différents objectifs. Et le cadre qu'on
est en train de mettre en place, c'est vraiment un cadre qui va faire en sorte
de dire : Voici, l'État est exemplaire, et par la suite les moyens requis
vont être donnés, par la suite, pour atteindre ces objectifs-là. Mais on est
vraiment dans un
article de départ, l'article général rattaché à ça, et là vous
allez dans le plus spécifique, déjà, d'entrée de jeu.
La Présidente
(Mme Thériault) : J'ai la députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Merci. Merci, Mme la Présidente. Salutations à mes chers collègues. Je les
salue, puisque, même si ça fait plus qu'une heure qu'on est ici, c'est la
première fois que je prends la parole.
Écoutez, le sujet
qu'on discute à cet article-là est très important, l'exemplarité de l'État. Je
vais avoir des interventions aussi à faire un peu plus loin, là, que 13.1.
C'est un sujet très, très important, mais je dois avouer que j'ai hâte qu'on
avance sur d'autres sujets tout aussi importants, sinon plus, notamment la
langue du travail, les exceptions par rapport au fait d'utiliser le français de
façon exclusive, etc. J'ai très, très hâte qu'on avance.
Et en plus moi,
j'avais une inquiétude par rapport à mon emploi du temps, parce que, pour ma
formation politique, je suis aussi
porte-parole en matière de finances, je me disais : Comment est-ce que je
vais faire pour m'occuper du projet de loi n° 96 et d'un autre
projet de loi qui serait déposé par le ministre des Finances sur la
contribution santé? Mais, avec le revirement — un autre, diraient les mauvaises
langues —
le revirement du premier ministre, bien, j'ai beaucoup de temps et... pour
m'occuper de ce dossier très important qui est la langue française et le projet
de loi n° 96, et j'en suis très, très heureuse, mais j'ai quand même hâte
et je suis impatiente qu'on passe aux autres, qu'on avance, disons, dans ce
projet de loi qui est costaud.
Mais, comme nos
règles m'imposent que je pose des questions sur l'amendement de ma collègue,
donc je vais le faire. Quand elle parle de
moyens, d'objectifs mesurables, et le ministre lui a dit : Soyez patiente,
ça s'en vient, on va en parler, il y a des moyens, moi, quand je lis ça,
je me pose des questions. Est-ce qu'on veut imposer des examens de français aux
fonctionnaires sur la qualité, comme le projet de loi... la loi 22
l'imposait aux enfants d'immigrants, si on se rappelle, dans les
années 70? Est-ce que... C'est quoi... Si le ministre peut en parler... On
peut attendre lorsqu'on va arriver, dans la
loi... dans le projet de loi, à ces moyens-là, mais, puisqu'on est sur le
sujet, est-ce qu'il peut quand même nous donner un avant-goût? Est-ce
qu'on parle, entre autres, comme moi, c'est ce que je comprends quand je lis
ça, notamment des examens de français pour les fonctionnaires?
La Présidente
(Mme Thériault) : Est-ce que... s'adresse au ministre?
Mme Ghazal :
Oui, oui, bien sûr, c'est au ministre.
Présidente (Mme Thériault) : Parce que le ministre me fait signe que, puisque
l'amendement vient d'être déposé par la députée de Marguerite-Bourgeoys,
bien, en temps normal...
Mme Ghazal : Bien, moi, ma
question, c'est en lien avec la réponse du ministre. Le ministre a dit :
Soyez patients, il va y avoir des moyens, il va y avoir des objectifs mesurables,
etc., ça s'en vient, mais je ne peux pas le mettre ici.
Donc, probablement que ce n'est pas... Là, je ne sais pas à quel
article il
fait référence, probablement que ce n'est pas écrit comme ça. Donc, ma
question, c'est : À quels moyens il fait référence, puisqu'il nous a dit
que ça s'en vient? Il ne veut pas que ça soit au 13.1, et ça, je le comprends.
Donc, comme il l'a annoncé, il a dit : Ça sent vient dans la loi, est-ce
qu'il peut me donner des exemples ou un avant-goût, puisqu'on discute de ce sujet-là,
même s'il est contre le fait que ce soit à 13.1? Donc, ma question s'adresse
très clairement au ministre.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci
pour la précision de la question.
M. Barrette : ...ce n'est
pas... On est censés le faire
article par article, là. Je comprends que, de
temps en temps, on s'en aille d'un à l'autre, là, mais je vous soumets, là,
qu'on n'est pas sur ce point-là.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député de La Pinière, la question de la députée de Mercier était tout à fait
en droite ligne avec l'amendement qui a été déposé par votre collègue. Et le
ministre, tout à l'heure, a aussi mentionné : Bien, on va le voir plus
loin. Donc, on ne peut pas être plus dans le sujet.
M. le ministre, la question a été clarifiée par
la députée de Mercier par rapport à vos intentions... ou ailleurs dans le
projet de loi, allez-y.
M. Jolin-Barrette : Oui, bien,
tout à l'heure, j'ai eu l'occasion de le dire, à 29.8, 29.10.1°c également, on
va voir... Dans le fond, ça, c'est pour les moyens. La plus haute autorité a
les moyens. Par la suite, on va le voir plus tard, le commissaire rend un
rapport annuel également, et on va voir les articles, également, sur la
Politique linguistique. Dans le fond, le principe de base, c'est... on dit...
il était exemplaire, et les moyens pour y arriver, c'est notamment
l'exclusivité du français puis ensuite la Politique linguistique de l'État.
Puis, un coup qu'on a la Politique linguistique de l'État, c'est tout le monde
en français, sauf les exceptions qui sont validées par le ministre de la Langue
française, dans certains cas, par le Commissaire à la langue française, pour
les institutions parlementaires.
Et après ça on se retrouve dans la situation où
le Commissaire à la langue française, c'est un peu le chien de garde. Ça fait que lui, il vérifie l'application
de tout ça, vérifie... Dans l'éventualité, supposons, là, où le Commissaire
à la langue française constaterait que l'État québécois ne prend pas les moyens
pour les objectifs visés à 13.1, qualité de la langue, promotion de la langue,
valorisation de la langue, bien, le commissaire, lui, va dire : Écoutez,
là, moi, je constate, là, que, sous un autre gouvernement, suite à l'adoption
du projet de loi, les budgets relativement au ministère de la Langue française
puis à l'application de la Politique linguistique de l'État ont fondu comme
neige au soleil, ça fait que, dans le fond, le commissaire va pouvoir venir le
dire, l'établir clairement. Puis là, également, si l'autorité administrative
d'un ministère ou d'un organisme ne fait pas appliquer la Politique
linguistique, ça va être contraire à la loi également, parce qu'on lui
dit : Il prend les moyens raisonnables... il prend les moyens... de
prendre les moyens nécessaires, nécessaires, pour que l'organisme satisfasse
aux obligations auxquelles il est tenu en vertu de la présente loi.
Donc, dans le fond, tu sais, là, on n'est pas
dans un régime de programme dans le cadre de la loi n° 96,
on est dans le cadre d'un régime d'application légal. Donc, ce qu'on fait,
c'est qu'on vient mettre un fardeau sur l'ensemble de l'administration de
l'État. Ça fait que ce n'est pas comme à la va-comme-je-te-pousse, là, c'est...
on se dote, nous, collectivement, d'un cadre juridique qui vient dire :
Toi, État du Québec, maintenant, tu seras exemplaire, tu es obligé par la loi
d'être exemplaire, sinon tu es en contravention. Donc, c'est la différence par
rapport à ce qu'on avait avant, avec le
régime de la politique linguistique gouvernementale, où là, bien, c'était
comme : Bien, il y a une politique linguistique gouvernementale,
mais là c'est à la va-comme-je-te-pousse, là, on ne l'applique pas, on n'en a
pas, pas grave. Il n'y a personne qui contrôle ça, qui vérifie tout ça. Là,
c'est centralisé, puis avec les différents paramètres.
Mme Ghazal : Puis,
dans... Juste une question. Quand on dit... Comme, les différents paramètres...
Par exemple, la qualité de la langue, on fait référence à quoi, quand on
dit «la qualité de la langue»?
M. Jolin-Barrette : Ça, ça va
être dans le cadre de la Politique linguistique de l'État, donc, notamment au
niveau de la publication, supposons, des communiqués, la révision linguistique,
l'utilisation exemplaire. Donc, dans le fond, l'aspect législatif qu'on fait,
actuellement, c'est le cadre. On vient dire : Bon, on crée le ministère de
la Langue française, la Politique linguistique de l'État, elle est développée,
et, à l'intérieur de la politique, on dit : Voici ce à quoi on s'attend,
et elle est appliquée par la suite. Donc, le fin détail rattaché à la qualité
de la langue va se retrouver dans le cadre de la Politique linguistique de
l'État. Donc, les bonnes pratiques à utiliser, la façon dont le tout doit être formulé, doit être fait, les
formations, tout ça, ça va être dans le cadre de la Politique linguistique de
l'État.
Mme Ghazal : Puis il va y avoir
des indicateurs pour mesurer tout ça, puis l'avancement? Parce que vous devez
avoir quand même une idée de ce que ça va contenir, même si ce n'est pas encore
fait.
Je m'excuse, Mme la Présidente, est-ce que je
peux vous demander, s'il vous plaît, de demander au député de La Pinière
d'arrêter de faire des gestes comme s'il est tanné puis il trouve ça plate
quand sa collègue parle?
La Présidente (Mme Thériault) : Bien...
Mme Ghazal : C'est la vérité.
Peut-être que vous le voyez, mais, moi, il est à côté de moi, puis je
l'entends, et je le vois, et je n'accepte pas ça.
Présidente (Mme Thériault) : Moi, je ne l'ai pas vu.
Mme Ghazal :
Parfait. Je vous informe... Je vous le dis, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Thériault) : D'accord. Donc, je vais juste rappeler à nos
collègues qu'ici tout le monde a le droit...
Mme Ghazal :
...de taper sur la table comme ça parce qu'il est tanné, là.
La Présidente
(Mme Thériault) : Tout le monde a le droit de s'exprimer.
Mme Ghazal :
Tout à fait. Merci de le...
La Présidente
(Mme Thériault) : Et vous avez le droit d'exprimer vos idées.
Vous n'êtes pas obligés de les partager, mais il y a... habituellement, il y a
une bonne entente entre les collègues. Donc, il reste à peine quelques minutes
à l'échange, une, deux minutes maximum, donc...
M. Barrette :
Mme la Présidente, on me prête des intentions mimiques. Alors, je trouve ça
déplacé, là, je tiens à le dire, puisqu'on me prête des intentions sur mon
silence et je ne sais pas quoi d'autre. C'est un peu spécial.
La Présidente
(Mme Thériault) : Comme je l'ai dit, normalement, ici, de toute
façon, les gens ont droit à leur opinion. Je pense que, de manière générale,
nos échanges sont très respectueux.
Donc, nous allons
poursuivre les échanges. J'avais la députée de Marguerite-Bourgeoys qui m'a
fait signe. Il vous reste à peine 1 min 30 s au bloc
aujourd'hui... de ce matin, pardon, pour l'échange, oui...
Mme David :
On a beaucoup de temps après, cet après-midi. Je voulais juste rajouter
que, dans la chaîne dont on parle, et le ministre faisait encore la... on doit
être exemplaires, on doit l'appliquer, mais il oublie qu'il y a une
section à
la fin qui s'appelle les sanctions, et ça, ça inquiète beaucoup, beaucoup le
syndicat, entre autres, de la fonction
publique. C'est parce qu'il y aura des actes dérogatoires, il y aura des
gestionnaires qui auront des sanctions à appliquer. Alors, c'est pour ça que c'est encore plus important de
parler de disposer de moyens nécessaires, d'objectifs mesurables, parce
qu'il y a des gens qui sont inquiets.
Nous, on parle...
Puis ce n'est pas nous qui allons l'appliquer, nécessairement, mais ceux qui
vont l'appliquer puis qui l'appliquent du meilleur de leurs connaissances, mais
pas aux yeux, peut-être, de leurs gestionnaires... Le gestionnaire a à faire
appliquer la loi. Alors, je ne voudrais jamais qu'on oublie que, dans tout ce
projet de loi, il y a une
section extrêmement importante, c'est les
dispositions et les sanctions par rapport à tout ce dont on va discuter. Alors, ça m'apparaissait juste important de
toujours garder ça en tête, qu'il y a des individus là-dedans qui vont
peut-être être sanctionnés parce qu'ils l'appliquent mal, d'où le besoin
d'être clairs, précis et de bien prévoir... Je sais que c'est difficile de tout
prévoir, mais on fait le maximum.
La Présidente (Mme Thériault) : Rapidement,
M. le ministre, juste pour mettre fin à l'échange avant de suspendre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, juste sur ce dernier point là, il ne faut pas alerter les gens puis
faire peur au monde par rapport à ça. Comme employeur, nous, on se donne une
obligation, comme État, de faire en sorte de développer une politique linguistique, de donner des outils. L'important, c'est que
l'État est responsable. Alors, il se doit, comme État, de faire en sorte d'être exemplaire, de prendre les moyens requis.
Le gestionnaire, là, lui, il a la responsabilité de faire respecter la Politique linguistique de
l'État qui va être développée, donc c'est notamment dans les communications
à l'externe.
La Présidente
(Mme Thériault) : Je dois suspendre nos travaux, compte tenu de
l'heure.
Donc, bon appétit,
tout le monde. On se retrouve cet après-midi, après les affaires courantes.
(Suspension de la séance à 12
h 30)
La Présidente
(Mme Thériault) : Donc, votre attention, s'il vous plaît! La Commission
de la culture et de l'éducation reprend ses travaux. Et nous poursuivons
l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et
commune du Québec, le français.
Lors de la suspension
de nos travaux ce midi, nous en étions à l'étude de l'article 6, à 13.1.
Il y avait un amendement qui avait été déposé par la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Donc, vous avez une intervention à faire, Mme la députée?
Mme David : Oui, Mme la Présidente.
Merci beaucoup. On travaille en temps réel, c'est-à-dire que j'attends par
courriel... Je vais retirer mon amendement pour en déposer un nouveau.
La Présidente
(Mme Thériault) : Vous pouvez nous expliquer ce qui motive le
fait que vous retirez votre amendement pour en déposer un nouveau?
Mme David : Parce que le nouvel amendement correspond mieux
à... peut-être à un certain nombre... respecte les objectifs du... le nouvel
amendement respecte les objectifs du précédent amendement tout en répondant aux
critères qui sont peut-être plus faciles à concilier avec les impératifs
gouvernementaux.
Présidente (Mme Thériault) : D'accord. Donc, est-ce qu'il y a consentement pour retirer
l'amendement?
Des voix :
Consentement.
La Présidente (Mme Thériault) :
Il y a consentement. Parfait. Merci.
Est-ce que vous avez votre nouvel amendement?
Mme David : Oui, mais j'ai lu
rapidement qu'il était marqué... attendez, «amendement Borduas».
La Présidente (Mme Thériault) :
Non, non, ça va, c'est...
Mme David : Ah! c'est vous, M.
le ministre, Borduas?
M. Jolin-Barrette : ...libellé
comme ça sur Greffier, mais ça sera votre amendement attribué...
Mme David :
Vous voyez,
la complicité est rendue...
M. Jolin-Barrette : ...attribué
à la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Bon. Alors, vous voyez qu'on surveille quand même
nos choses, mais... Alors, je vais lire l'amendement de
Marguerite-Bourgeoys.
Alors, l'article... À l'article 6 du projet
de loi, dans le deuxième alinéa de l'article 13.1 de la Charte de la
langue française qu'il propose, tel qu'amendé :
1° remplacer «mesures» par «moyens»;
2° ajouter, à la fin, la phrase suivante :
«À cette fin, elle doit, entre autres, se doter d'objectifs d'exemplarité et
mettre en place des indicateurs permettant de mesurer l'atteinte de ces
objectifs.»
amendement vise à prévoir que l'Administration doit prendre les moyens
nécessaires pour s'assurer de satisfaire aux obligations qui lui incombent en
vertu de la charte et mettre en place des indicateurs de suivi à cette fin.
Texte amendé de l'article 1, tel que déjà
amendé :
«13.1.
L'Administration doit, de façon exemplaire, utiliser la langue française, en
promouvoir la qualité, en assurer le rayonnement au Québec de même qu'en
assurer la protection.
«De plus,
l'Administration doit, de la même façon, prendre les moyens nécessaires pour
s'assurer de satisfaire aux obligations qui lui incombent en vertu de la
présente loi, notamment quant aux obligations envers les citoyens. À cette fin, elle doit, entre autres, se doter
d'objectifs d'exemplarité et mettre en place des indicateurs permettant de
mesurer l'atteinte de ces objectifs.»
Oui, Mme la Présidente, donc je ne referai pas
tout le discours qui s'applique à peu près intégralement à celui que j'ai fait
précédemment pour l'autre formulation, je dirais, mais les objectifs sont les
mêmes et sont, selon nous, atteints et atteints adéquatement, c'est-à-dire
qu'on prend des moyens pour, justement, satisfaire aux obligations et qu'en se
dotant d'objectifs d'exemplarité on va améliorer le projet de loi en disant
qu'on met en place des indicateurs qui permettent de mesurer l'atteinte de ces
objectifs.
On est satisfaits et heureux que ça se retrouve
à l'article 13.1, qui est au début de cette
section et qui, donc, place
les choses et donne des grands principes. Donc, on parle d'indicateurs, ça me
semble très important, et ça va peut-être aussi rassurer les utilisateurs, je
pourrais dire, de la Charte de la langue française sur un peu plus de clarté
immédiate dès le début de cette section-là pour parler d'objectifs
d'exemplarité. Alors, d'avoir des indicateurs, ça permet beaucoup mieux, d'après moi, de vérifier si les objectifs sont
atteints. Alors, nous accueillons avec satisfaction cet amendement, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) :
Parfait. Est-ce qu'il y a d'autres questions, commentaires? M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, Mme la
Présidente. Je l'ai dit, lorsqu'on veut trouver une solution, on le fait.
Alors, je tiens à remercier l'équipe du Secrétariat à la promotion et à la
valorisation de la langue française qui nous ont aidés sur le libellé du texte, et ça rejoint l'objectif qui est
poursuivi. Comme je le disais, il faut voir ça comme un tout, alors ça
s'imbrique. Les mesures, également, sont mises plus loin dans le projet de loi,
les moyens également. Là, on aura les
objectifs, également la mesure de l'atteinte des objectifs, les indicateurs
également, alors je pense que ça rejoint l'objectif de la députée de
Marguerite-Bourgeoys, et on a fait preuve d'ouverture, Mme la Présidente.
Mme David : Et je tiens à
remercier le ministre de sa grande ouverture.
Présidente (Mme Thériault) : C'est bon. Est-ce qu'il y a d'autres
commentaires sur l'amendement?
Nous serions prêts à
mettre aux voix l'amendement. Est-ce que l'amendement à l'article 13.1 est
adopté?
La Présidente
(Mme Thériault) : Adopté.
La Présidente
(Mme Thériault) : Vous avez un autre amendement à déposer?
Allez-y.
La Présidente
(Mme Thériault) : À 13.1.1?
La Présidente (Mme Thériault) : 13.1.1. Parfait. Et j'imagine que vous faites
parvenir également l'amendement au secrétariat qu'on puisse l'avoir sur
Greffier? Oui?
Mme David :
Oui, il doit être rendu, et le ministre l'a déjà depuis quelques heures.
Et donc
l'article 6, toujours : Insérer, après l'article 13.1 de la
Charte de la langue française tel que proposé par l'article 6 du projet de
loi, le suivant :
«13.1.1. Les
dispositions des sections I et II du présent
chapitre ne peuvent en aucun
cas être interprétées de manière à restreindre le droit de toute personne
d'expression anglaise de recevoir en langue anglaise des services de santé et de services sociaux, conformément aux
dispositions de la
loi sur la santé et les services sociaux (chapitre S-4.2).»
Commentaires :
L'article 13.1.1 de la Charte de la langue française se lirait
ainsi :
«13.1.1. Les
dispositions des sections I et II du présent
chapitre ne peuvent en aucun
cas être interprétées de manière à restreindre le droit de toute personne
d'expression anglaise de recevoir en langue anglaise des services de santé et de services sociaux, conformément aux
dispositions de la
loi sur la santé et les services sociaux
(chapitre S-4.2).»
la Présidente, c'est un moment important. On peut dire et on doit dire et
redire à quel point cet
article 15 de la
loi sur la santé et les
services sociaux, on l'appelle comme ça, mais c'est l'article de dispositions
qui protègent et qui rassurent, je dirais
surtout, qui rassurent les citoyens d'expression anglaise de pouvoir se faire
traiter, parce que, là, on ne parle pas de servir, mais se fait traiter
en langue anglaise, parce qu'on parle de santé et de services sociaux.
Donc, depuis le
début, même sous la Charte de la langue française en 1977 et après ça, un
certain premier ministre qui s'appelait Lucien Bouchard l'a redit, quand on est
malade, il n'y a pas nécessairement d'indicateur de langue pour recevoir une
prise de sang ou pour exprimer ses malaises dans la langue où on ressent les
malaises. Ça paraît tellement évident, mais
il faut respecter la grande inquiétude de la communauté anglophone. Mon
collègue aura... le député de
D'Arcy-McGee l'expression de l'exprimer mieux que moi, mais je pense que c'est
absolument important, toujours dans le même esprit qu'on a fait le
précédent amendement, de l'indiquer, de l'indiquer clairement dans cet
article 6,
dans cette section, que les services de santé et services sociaux puissent être
reçus... donc, le droit de toute personne de recevoir un service en anglais. Et
je pense qu'il faut... et je suis contente qu'il y ait, dans cette loi-là, les
trois s, santé et services sociaux.
J'ai eu beaucoup
l'occasion de travailler en service social, si vous voulez, en protection de la
jeunesse. J'ai récemment fait
partie de la commission d'enquête sur la
protection de la jeunesse, et effectivement on a eu beaucoup de témoignages sur
les terribles conditions pour des enfants très vulnérables, des parents très
vulnérables, et je vous dis que, quand ils s'exprimaient, il fallait qu'ils
s'expriment au moins... déjà, souvent, en difficulté de s'exprimer, mais, quand
ils s'exprimaient, c'était très important qu'ils puissent s'exprimer et
entendre les interventions et les intervenants dans la langue qu'ils
comprenaient. Alors, souvent, bon, c'était le français, c'était l'anglais, des
fois c'étaient même des langues autochtones, mais en ce qui a trait à la
langue, quand on parle de services sociaux, il ne faut pas minimiser
l'importance de la relation.
On en parlera plus
tard dans le projet de loi parce que, là, il y a un enjeu qui n'est pas énorme,
mais qui est très présent, c'est les
orthophonistes. Alors, on en parlera plus tard. On va peut-être nous trouver,
peut-être, pointilleux, mais, pour eux, ce n'est pas... ce n'est pas
qu'un mince détail de pouvoir faire l'orthophonie dans la langue, dans la
langue du patient qui a un trouble de langage. Alors, ça, vous allez me dire,
c'est vraiment pointu, mais c'est pour donner un exemple de... des fois la
langue est un outil tellement important dans le problème de l'individu, mais
aussi dans tous les enjeux de santé et services sociaux.
Alors, cette
réassurance, je dirais, serait tout à l'honneur du ministre de l'inclure une
fois pour toutes, pour dire : Vous
allez être protégés. Il l'a dit, il l'a dit verbalement, oralement, dans les
consultations particulières, il a rassuré des groupes qui sont venus dire leur
inquiétude. Mais je pense que de le voir écrit, il n'y a rien de mieux. Je le
dis souvent, un ministre passe, et la loi reste. Alors, c'est pour ça
qu'on a tenu à inclure dans les dispositions de cette de cette section, cet... presque ce copier-coller de la loi
sur la santé et les services sociaux. Alors, Mme la Présidente, peut-être
que mon collègue de D'Arcy-McGee... je présume qu'il veut prendre la parole.
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est beau. M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente.
Écoutez, voilà une question qui touche à un
contrat social solennel dont le Québec devrait être fier, un modèle pour les
services de soins et services de santé, sociaux qui serait à envier des minorités
linguistiques francophones partout au Canada, dont on devrait être fiers. C'est
le sujet d'un contrat social qui perdure depuis 35 ans. Je peux me
permettre d'être fier d'avoir travaillé sur les amendements à la
loi sur la
santé et des services sociaux dans les années 90 avec les Eric Maldoff du
monde, Anne-Marie Kelley, Kathleen Weil pour... je me permets... dans son ancienne vie, une pierre angulaire de notre
compromis qui respecte, depuis ces 35 ans, notre devoir solennel
d'être une société francophone.
Je me permets de dire, pendant le travail que...
à laquelle j'ai contribué, nous avons fait, pendant que j'étais directeur
général de l'organisme principal qui représentait les intérêts de la communauté
de langue anglaise, un sondage qui démontrait que la vaste majorité des
Québécois de toutes origines, francophones et autres, appuyaient ce contrat
social solennel. Et qu'on se comprenne, ça ne prive aucunement, aucunement un
autre droit et privilège solennel, c'est-à-dire le droit de travailler en français.
Nous parlons d'un régime en place depuis toutes ces années-là qui assure une
ouverture institutionnelle pour une liste de services essentiels en anglais.
Let's understand each other.
What I am talking about is something every fair-minded Quebecker wants to see
maintained. A woman who is English-speaking and pregnant in Chandler needs to
have... to give birth by caesarean, she needs to be able to be treated in her
language.
L'adolescent à Sutton
qui est en crise d'anxiété, ce qui est assez réel comme possibilité,
actuellement, n'est pas en mesure de
recevoir le soin qui est garanti dans l'acte sur les services de santé et
services sociaux si la communication n'est pas équitable et claire, ça
veut dire l'anglais.
Est-ce qu'on peut être clair? Une des choses
dont nous devrons être... devrions tous être fiers, c'est que voilà une chose
dont la discussion est tout à fait pertinente ici, mais qui n'est pas une
question de la langue.
This is not a langage question.
In Québec, in law... and all one has to do is look at la
Loi sur les services
de santé et les services sociaux.
Je me permets, Mme la
Présidente, de citer deux ou trois sections de... articles, parce que c'est
pertinent à notre discussion, et je cite la
Loi sur les services de santé et
les services sociaux : «Pour l'application de la présente loi, les lignes
directrices suivantes guident la gestion et la prestation des services de santé
et des services sociaux.»
Article 4 :
«Toute personne a le droit d'être informée de l'existence des services et des
ressources disponibles dans son milieu en matière de santé et de
services sociaux...»
Article 8 : «Tout usager des services
de santé et des services sociaux a le droit d'être informé sur son état de
santé et de bien-être...»
Article 10 : «Tout usager a le droit
de participer à toute décision affectant son état de santé [et] de bien-être.
Il a notamment le droit de participer à l'élaboration de son plan
d'intervention.»
Mme la Présidente, je vous soumets que, malgré
les protestations assez constantes du ministre responsable, du député de Sainte-Rose, qui a épaulé le premier
ministre avec ses relations avec la communauté de langue anglaise, le
premier ministre lui-même, le projet de loi devant nous fait fi de ces
garanties qui ne parlent pas de la langue, ils parlent de la possibilité...
l'équité en tout ce qui a trait aux services.
M. Birnbaum : Est-ce que je
peux compléter? Le ministre va avoir ses réponses après.
Je comprends, le projet de loi devant nous,
actuellement, ne concorde pas avec ces sections de l'acte sur la santé et les services sociaux, et on se rappelle
qu'on est devant un projet de loi qui a une qualité supra... superlégislatif,
en quelque part. Écoutez, dans ce contexte, Mme la Présidente, notre amendement
a tout son sens.
What the English-speaking
community is looking for is a continued understanding from governments, an
understanding which has not been forthcoming with the present Government, that
the right to be... to receive adequate, equitable and reasonable health care in
Québec means the right to understand what treatment you're about to receive, to be able to explain your symptoms,
to protect your health and well-being.
Article 13, as it stands, puts that
solemn, and essential, and sacred understanding, that all good-faith Quebeckers
can support, at great risk.
Donc, je ne peux pas
pour une seconde minimiser la portée de l'amendement que nous proposons. C'est
suite à nos interventions en Chambre depuis le dépôt de ce projet de loi, tout
le long d'un débat sur le réseau qui identifie et désigne les services de santé
en langue anglaise, un réseau qui a été quasi démantelé par le gouvernement
actuel. Je ne peux pas minimiser l'importance de l'amendement devant nous.
What we are proposing to do,
and we wait with anticipation to see the Minister's response, is to indicate,
and let me be clear, that within our solemn and joint obligation, and I speak
to my... mes concitoyens des communautés non francophones, our solemn and daily
obligation to participate in the protection, promotion and security of our French common language in Québec, we need to know
that there is a... une pierre
angulaire de notre avenir au Québec, qui est compris et protégé dans le
projet de loi devant nous, c'est-à-dire cet accès, tel que garanti par l'acte
de santé et des services sociaux... d'avoir
un accès équitable, réel, semblable à l'accès de nos concitoyens et citoyennes
francophones. Et c'est pourquoi j'insiste qu'on est en train de parler
de la langue, on est en train de parler de l'équité et justice, et afin que ça
soit réalisé dans un secteur névralgique et essentiel de notre vie, notre
propre santé, notre accès aux services sociaux, il faut que cet accès soit à l'abri
des conditions actuelles, comme écrit dans l'article 13, c'est-à-dire que
cet accès est protégé de façon claire et nette, tout en respectant... et
j'insiste que ce n'est pas juste possible, mais nécessaire, tout en respectant
les objectifs et les obligations qu'a le ministre et son gouvernement de
protéger, d'accentuer
le rayonnement et le développement de notre langue commune, le français. Alors,
j'attends avec impatience la réponse du ministre.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci.
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme
la Présidente, ça m'attriste vraiment beaucoup, l'intervention du député de
D'Arcy-McGee, vraiment beaucoup, parce que, quand on est assis ici, là, puis
qu'on est élu, on a l'obligation de dire la vérité, je pense, aux gens qui nous
écoutent, puis ce que j'ai entendu du député de D'Arcy-McGee, ce n'était pas la
vérité, lorsqu'il dit que, dans le fond, le projet de loi n° 96 porte
atteinte aux droits de la communauté anglophone. Je pense l'avoir dit
100 fois, si ce n'est pas 200 fois, si ce n'est pas
1 000 fois, que le projet de loi n° 96 n'affectait pas les
services de santé pour la communauté anglophone. Je l'ai dit. Le député de
D'Arcy-McGee, là, il dit : Aïe! Le projet
de loi n° 96, il porte atteinte, puis ce gouvernement là, ça porte
atteinte, tout ça. Ce
n'est pas vrai, Mme la Présidente.
What the MNA from D'Arcy-McGee
just said, it's not the truth. I cannot accept that a Member of this National
Assembly doesn't say the truth in the microphone...
M. Jolin-Barrette :
I can understand, Mrs. President...
M. Jolin-Barrette :
I can understand...
M. Jolin-Barrette :
No. I can understand something, and I
will say it in English, I can understand that the MNA from D'Arcy-McGee can
say : I'm worried or : Can you reassure that, in the bill, there is
nothing changed about health services for the population who receive their
services in English? I can assume that he can say that. But I'm not agree when
he says something that is not true in the bill.
Ce n'est pas vrai. Ce
n'est pas vrai. Puis ce que vous faites, c'est que vous alertez la population
sur des éléments qui ne sont pas fondés. Nulle part dans le projet de loi, il
est indiqué que les dispositions de l'article 15 à la
loi sur la santé et
les services sociaux changeaient. Je l'ai dit, j'ai eu l'occasion de le
répéter, je l'ai dit en Chambre, je l'ai dit en conférence de presse, je l'ai
toujours dit. Moi, je suis très ouvert, et je l'ai dit à la députée de
Marguerite-Bourgeoys, de pouvoir faire en sorte de rassurer la population qui
reçoivent leurs services en anglais, et que c'est le statu quo, actuellement,
et que le projet de loi n° 96 ne change pas les services qui sont donnés à
la population en langue anglaise. Ça, je n'ai pas de problème avec ça. Mais je
ne peux pas accepter ce que vous dites en commission, où vous mettez en doute
que l'état du droit n'est pas maintenu.
Et par l'article 63 du projet de loi, qui est
une application postérieure aux lois... donc, quand on va à 63 qui introduit
l'article 88.15 : «Les dispositions du
titre I, de même que celles
des chapitres IV et V du
titre II de la présente loi prévalent sur celles
de toute loi postérieures au (indiquer ici la date de la sanction de la
présente loi) qui leur seraient contraires, à moins que cette dernière loi
n'énonce expressément s'appliquer malgré la présente loi», ce qui signifie que
tout ce qui a été adopté avant le projet de loi n° 96 demeure. C'est
l'état du droit, à moins qu'on vienne spécifier que ça change ou qu'une loi
antérieure vienne modifier cet état-là.
Alors, dans l'état actuel des choses, avec le
texte législatif que nous avons, l'article 15 de la
loi sur la santé et les services sociaux, il est maintenu en
intégralité. Alors, lorsque le député de D'Arcy-McGee nous dit : Ça change
ça, puis vos services sont en péril,
ça s'appelle crier au loup, Mme la Présidente, puis ça, je pense qu'on a la
responsabilité de bien renseigner les gens, de le dire, de ne pas faire
du clientélisme, dire la vérité aux gens.
Alors, moi, Mme la Présidente, si la proposition
du Parti libéral, c'est de rassurer les gens, de leur dire : Écoutez, ne
vous inquiétez pas... Parce que j'ai entendu les gens qui étaient inquiets.
Quand ils ont vu un projet de loi visant à renforcer la Charte de la langue
française, ils se sont dit : Qu'est-ce qui va arriver par rapport...
est-ce que je vais pouvoir continuer de recevoir mes services en anglais dans
le réseau de la santé, lorsque c'est prévu que je les reçoive? Et j'ai toujours
dit la même chose, j'ai dit : Il n'y a rien qui changeait, Mme la
Présidente, par rapport aux services qui
sont déjà donnés, c'est le statu quo, Mme la Présidente, et ça, je suis prêt à
le réaffirmer dans le projet de loi.
Alors, moi, la députée de Marguerite-Bourgeoys
présente son amendement, je sens que c'est pour confirmer l'état du droit,
confirmer la situation actuelle. Je ne suis pas contre, Mme la Présidente, puis
je suis bien ouvert à ça, parce que c'est ce que j'ai dit quand le représentant
de l'Association des Townshippers est venu en commission parlementaire,
sûrement que vous vous souvenez, je lui ai dit. Il m'a
répondu : Write it black on white in your bill. Je lui ai
dit : Bien, écoutez, c'est déjà prévu puis c'est prévu à
l'article 63, 88.15, c'est là. Mais, si on veut être plus clairs, je suis ouvert à l'indiquer plus
clairement, mais je n'accepterai pas qu'on dise des choses qui ne sont pas
vraies, par contre.
La Présidente (Mme Thériault) : À
ce stade-ci, je vais simplement ajouter que... Merci, M. le ministre, de vous
faire rassurant par rapport aux craintes qui sont exprimées par le député de
D'Arcy-McGee. Moi, je pense qu'il est du rôle du député de rapporter ce que les
gens leur disent. Je comprends bien votre point de vue aussi. Je pense que les députés de l'opposition sont certainement rassurés
d'entendre vos propos par rapport à votre ouverture pour le projet de loi, M.
le ministre.
Donc à ce stade-ci,
je vais juste vous rappeler nos règles parlementaires de ne... un, d'essayer de
ne pas vous interpeler et de ne pas mettre
en doute la parole de l'autre. Je comprends que des fois nos débats peuvent
être sensibles. Je comprends aussi que tout le monde a un rôle à jouer, puis
je vais juste vous demander de le faire de la manière la plus sensible
possible, parce que je pense que vous représentez les intérêts de gens qui ont
aussi des inquiétudes, c'est normal de les
nommer, mais je pense que le ministre fait part d'une grande ouverture dans ses
amendements et dans ses discussions qu'il fait avec l'opposition
officielle.
Donc, je vais vous
permettre de compléter votre intervention, M. le député de D'Arcy-McGee, et
après ça j'ai le député de La Pinière qui veut prendre la parole, lui aussi.
M. Birnbaum :
Merci. J'aurais cru que quelques-unes des interventions étaient, à la
limite, parlementaires. Nous avons une
discussion tellement importante, ici, à compléter. Le ministre peut songer de
caractériser ça à un effort de rassurer.
We're
looking for a law that can be passed with honor, that will protect this solemn
compromise that we've talked about. With the greatest of respect, the
Minister's words alone will not achieve that conclusion.
Nous
avons besoin de rédiger de façon claire et nette, dans un
article qui a une
préséance sur plusieurs articles à venir, que l'accès, l'équité aux services de
santé et services sociaux est assuré. Une des façons de l'assurer, c'est de
communiquer clairement ces services, sinon ce n'est pas équitable.
Donc, c'est avec
grand soin que nous avons confectionné l'amendement devant nous. Ça irait... ça
aurait toute sa portée sur le plan légal pratique et quotidien, ça serait en
plus un signal aux travailleurs et travailleuses de santé, qui, d'ailleurs, à
travers ces 35 ans, ont participé de façon formidable, que ça soit en
Abitibi, Blanc-Sablon ou Saguenay, où, oui,
se trouvent des Québécois de langue anglaise, ou sur l'île de Montréal ou à
Laval. Donc, si on peut, ensemble, enchâsser de façon claire et nette ce
compromis solennel qui fait honneur des Québécois et Québécoises de toutes
origines, ça serait à notre honneur collectif.
La Présidente
(Mme Thériault) : ...M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Je vais être très bref,
puis, si mon collègue de D'Arcy-McGee veut continuer, ça va me faire plaisir
de lui redonner la parole dans quelques instants.
Quand
j'ai levé la main, Mme la Présidente, j'avais l'intention de faire une
intervention un peu similaire à celle que vous venez de faire. Je vous
en remercie, Mme la Présidente, parce que votre sagesse était à propos sur ça.
Je veux simplement
dire au ministre la chose suivante, là : Nous, on arrive d'une façon la
plus constructive possible, là. Le ministre, Mme la Présidente fait un geste
qui, moi, ne m'indispose pas, là. Bien, c'est-à-dire, Mme la Présidente, je
vais continuer là, c'est que moi, je n'ai pas entendu d'insinuation mensongère.
Par contre, j'ai entendu l'expression de voix dans la communauté anglophone qui
voient les choses de cette façon-là.
Bon, je vais être un
petit peu plus pointu, ça existe, des juristes anglophones, hein, puis ça
existe, des juristes anglophones compétents, et, s'il s'avère qu'ils ont une
lecture qui s'apparente aux propos de mon collègue, comme Mme la présidente l'a
évoqué, c'est notre job, là, d'arriver puis de dire ça. Ça fait que moi,
j'invite le ministre à juste simplement, là, considérer que ça se peut que
quelqu'un ait une lecture qui ne soit pas identique à la sienne. Et ne pas
avoir une lecture identique, ça n'en fait pas une accusation de malhonnêteté
juridique.
C'est juste ça que je
veux dire, et puis on peut continuer nos travaux. Un peu plus tard, j'aurai
encore à intervenir, parce qu'il y a encore d'autres questions, là, par rapport
à la
loi sur la santé et les services sociaux. Puis peut-être, Mme la
Présidente, que j'en poserai une, actuellement, qui est probablement assez
simple à répondre là, et je fais le lien avec l'intervention que je viens de
faire.
Je dis au
ministre : M. le ministre, quand les gens, particulièrement la communauté
anglophone que je qualifierai de souche pour
le propos, se sentent inquiets, mal à l'aise vis-à-vis le projet de loi, on
peut les comprendre, et il y a des interprétations qui sont faites.
Mais, quand on regarde 96, là, moi, je me mets dans leur position, et qu'on
arrive avec une liste, puis elle est longue parce qu'il y en a partout, des
exceptions, c'est sûr que ça soulève une crainte, c'est sûr, là.
va arriver dans les exceptions puis on aura à débattre de ça. Parce qu'on va
arriver à des exceptions, Mme la Présidente, je vais poser tout de suite
une question au ministre qui est complémentaire à celle que j'ai proposée ce
matin. Et, en passant, je ne sais pas si vous avez eu la chance de préparer le
document, là, pour l'Administration avec un grand A. Ce n'est pas une critique,
là, c'est juste une question. Est-ce qu'on va l'avoir cet après-midi? Bon, O.K.
La Présidente
(Mme Thériault) : Ça s'en vient.
M. Barrette :
C'est parce que c'est en lien avec ça, là. Ce matin, j'ai demandé qu'est-ce
qui faisait
partie des de l'Administration avec un grand A. Là, je ne sais pas
trop, trop comment poser la question, Mme la Présidente, ça fait que je vais le
dire crûment, là : Ça descend jusqu'où dans la hiérarchie de
l'Administration avec un grand A? En santé, parce que l'on parle de la
loi sur
la santé et les services sociaux, on va parler d'obligations, d'exceptions, et ainsi de suite, est-ce que ça descend au médecin
et à l'infirmière, par exemple? Est-ce que ça va jusque-là? Prenons-le
dans l'autre sens : Les obligations qui viennent avec cette loi-là ainsi
que les exceptions, ça touche l'Administration seulement ou ça descend, hiérarchiquement, sur le plancher? Bon, là, je
ne le dis peut-être pas de la bonne façon, mais je pense que le ministre
comprend ce que je veux dire.
Présidente (Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Alors, il y a plusieurs choses qui sont posées, comme questions. Dans le
fond, l'exemplarité de l'État au sens large, ça couvre l'ensemble de l'État,
incluant les employés de l'État dans le cadre de leurs fonctions. Les médecins
ont un statut particulier, notamment, de travailleurs autonomes, donc c'est la
règle des ordres professionnels qui s'applique, notamment le fait de devoir
pouvoir donner un service en français. Donc, bien entendu, le médecin qui
reçoit un patient anglophone va pouvoir le traiter dans sa langue, en anglais.
Par contre, l'obligation du projet loi n° 96, elle est à l'inverse par rapport aux membres d'un ordre
professionnel, elle est à l'effet que
les membres d'un ordre professionnel doivent pouvoir donner le service en
français, dans la langue officielle de l'État.
Parce qu'on en a vu,
des cas. Le député de D'Arcy-McGee fait beaucoup de cas... énonce le cas des
membres de la communauté anglophone qui sont préoccupés de recevoir leurs
services en anglais. J'en suis, et c'est pour ça que je dis :
L'article 15 de la
loi sur la santé et services sociaux demeure en
intégralité, on ne change pas l'état du droit. Par contre, il faut s'assurer
également que, dans les établissements hospitaliers anglophones, les services
soient donnés en français également. Est-ce que c'est normal que, dans certains
cas, au CUSM, à Montréal, les patients ne puissent pas se faire servir en
français lorsqu'ils sont hospitalisés? Puis il y en a eu, là, des cas,
l'automne dernier, là. Est-ce que c'est normal qu'un médecin au Québec ne parle
pas français quand il soigne un Québécois ou une Québécoise? Alors, les
dispositions du projet de loi n° 96 qui touchent les ordres professionnels
visent notamment les membres d'un ordre professionnel, relativement aux
médecins, relativement à l'infirmière.
Cependant, en réponse
à la question du député de La Pinière, l'exemplarité de l'État ne fait pas en
sorte que le médecin ne peut pas s'exprimer
dans une autre langue que le français. Alors, voyez-vous, le statut juridique
ne change pas relativement aux services de santé qui sont offerts à la
communauté anglophone. Ça, il n'y a rien qui change par rapport à ça. Par
contre, ce qui change, c'est qu'il va y avoir des obligations sur le membre
d'un ordre professionnel, que, s'il veut
pratiquer au Québec, il doit maîtriser la langue française. Et actuellement,
théoriquement, il était supposé le faire, sauf qu'il n'y a pas
d'obligation de maintenir ses compétences en français. Puis ça, c'est un autre volet auquel on va voir, parce que je ne
pense pas qu'au Québec c'est normal, si vous vous faites soigner au CUSM, à
Montréal, que vous ne puissiez pas communiquer en français avec un médecin qui
pratique la médecine au Québec. Puis
je demande au député de La Pinière, qui est beaucoup plus connaissant que moi
dans ce domaine-là : Est-ce que ça peut arriver? Est-ce que c'est
déjà arrivé, de sa connaissance, sa large connaissance du réseau de la santé et
son expérience?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Et je vais répondre, madame... c'est rare que je réponds. En général, je
réponds en disant au ministre : Ce
n'est pas à moi à répondre aux questions, là. Je vais répondre, ce coup-ci, là.
Il existe des stagiaires qui viennent de d'autres pays, parce que le Québec
a une réputation internationale...
M. Barrette :
Absolument, ça existe, mais ils sont entourés de francophones, alors ils sont
là pour pallier. Mais ne pas se faire
soigner, à ma connaissance, en français, peut-être que le ministre a eu des
expériences personnelles, moi, je ne les ai pas eues, celles-là.
M. Barrette :
Sans rire, absolument sans rire. Et ça m'amène à la question suivante...
M. Jolin-Barrette :
C'est l'effet...
M. Barrette : Ça m'amène à la question suivante, et je vais
répéter ma question, parce que, là, à la lumière de la réponse du ministre, qui est très intéressante
et très importante... Donc, est-ce que je comprends bien que l'exemplarité
va descendre jusqu'au niveau de l'infirmière, par exemple?
M. Jolin-Barrette :
L'infirmière soigne le patient dans sa langue, donc un patient...
M. Barrette : Mme la Présidente,
j'interromps le ministre, pas pour l'interrompre, pour corriger ma question,
je l'ai mal posée. Est-ce qu'en matière de capacité de parler français
devant... avec un médecin, un patient français... francophone, pas français,
là, mais francophone... Est-ce que l'exemplarité descend jusque-là?
Bon, si ce n'est pas
assez clair, ma question, là... Parce que l'exemplarité, là