Institutions — 3 May 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CI 2022-05-03
Quebec — Committees
(Quinze
heure trente-neuf minutes)
Président (M. Bachand) : Bonjour, tout le
monde. Bon après-midi. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte.
La commission est
réunie afin de procéder à l'étude du volet Justice des crédits budgétaires du
portefeuille Justice pour l'exercice financier 2022‑2023. Alors, il nous
fera plaisir de partager avec vous autres une enveloppe de
3 h 45 min, qui est allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire,
avant de débuter, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Lachance (Bellechasse) est
remplacée par M. Jacques (Mégantic).
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. Nous allons
procéder à une discussion générale par blocs d'environ 20 minutes,
incluant les questions et les réponses. La mise aux voix de ces crédits sera
effectuée à la fin du temps qui leur est
alloué, vers 19 h 15. Comme nous avons débuté nos travaux à
15 h 39 et qu'une période de 3 h 45 est prévue pour l'étude de ce projet, y a-t-il
consentement pour retirer neuf minutes de l'enveloppe du temps du
gouvernement?
Des voix : Consentement.
Président (M. Bachand) : Merci. Il y a
consentement. Merci beaucoup. Alors, je cède maintenant la parole au député de
La Pinière pour un premier bloc de 20 min 28 s. M. le
député de La Pinière, s'il vous plaît.
M. Barrette :
Merci, M. le Président. Alors, permettez-moi de commencer par vous saluer
et saluer votre équipe, évidemment, en même temps que je salue mes collègues
des deux autres oppositions — alors, je pense qu'on aura des débats
intéressants — ainsi
que nos équipes respectives, dont je dois souligner l'excellent travail.
Salutations au ministre et à son équipe. Je vois qu'il est bien accompagné.
J'imagine qu'il est accompagné de gens qui auront des réponses à nos questions.
Il fut un temps, dans
d'autres circonstances, où on n'avait pas de réponse. On ne sait pas ce qui va
se passer aujourd'hui. Alors, on souhaite qu'on ait des réponses.
Jolin-Barrette : Ce n'est pas vrai, ça.
M. Barrette :
M. le Président, j'ai dit : Il fut un temps, je n'ai pas déterminé le
temps ni personnalisé la chose. Si le ministre se sent concerné, libre à lui.
Mais, aujourd'hui, souhaitons qu'on aura des réponses à nos questions.
M. le Président, je
vais commencer par une question purement technique, là, parce que je vais
adresser des questions qui traitent du Procureur général du Québec. Est-ce que
le ministre est d'accord avec moi pour dire que ça le concerne?
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Oui. Alors, les questions qui touchent le procureur
général, effectivement, ça me concerne. Je salue le député de La Pinière.
Je salue mes collègues, également, la députée de Joliette. Je salue l'ensemble
des collègues de la
partie gouvernementale qui nous accompagnent, notamment le
député de Rousseau, député de Labelle, député de Mégantic, député de Chapleau,
député de Saint-Jean, député d'Ungava également; également, l'ensemble des équipes du ministère de la Justice du Québec,
au premier titre, Me Line Drouin, sous-ministre en titre; et on a
également le Directeur des poursuites
criminelles et pénales qui est avec nous, Me Patrick Michel; également, Me
Daniel LaFrance, qui est président de la Commission des services
juridiques; Me Tessier, également, qui est président de la Commission des droits de la personne. Ensuite, dans les
autres organismes — je
crois avoir tout le monde — et
tous les autres sous-ministres qui sont présents, et le personnel
également de la commission, de la CSJ également, qui sont là avec nous.
Alors, oui, oui, oui,
ça touche les dossiers du Procureur général. Cependant, vous comprendrez que,
lorsque les dossiers sont devant la cour, on ne peut pas faire autant de
commentaires que l'on souhaiterait, parce que c'est devant la cour, justement.
M. Barrette :
Je comprends très bien, M. le Président, que, lorsque les choses sont
devant la cour, le Procureur général, en l'occurrence le ministre de la
Justice, actuellement, en poste, ne commentera pas. Je comprends ça. Mais le
Procureur général, c'est le ministre en l'espèce.
Jolin-Barrette : Mais effectivement, vous avez raison, les
fonctions de Procureur général me sont dévolues, parce que le premier
ministre, dans le cadre du décret de nomination, m'a confié la responsabilité
de Procureur général. Ça n'a pas toujours été le cas où le Procureur général
était le ministre de la Justice, parce qu'à une certaine époque, le ministère
de la Justice n'existait pas. Donc, le ministère de la Justice a été créé en
1964, et le premier titulaire, ça a été Claude Wagner qui est notamment le père
du juge en chef de la Cour suprême du Canada présentement. Mais, auparavant,
durant un certain laps de temps, ça a été parfois le premier ministre. C'était
à l'époque le cas du premier ministre Taschereau, du premier ministre
Duplessis, je pense, premier ministre Gouin aussi. Mais sous... voyez-vous,
sous Jean-Jacques Bertrand, je ne suis pas sûr que c'était lui, puis sous
Jean-Lesage, c'est arrivé à quelques occasions, mais il a également délégué la
fonction de Procureur général, avant Claude Wagner, à d'autres ministres.
M. Barrette : Très bien. Alors,
bien, je remercie le ministre. J'ai déjà souligné, à plusieurs reprises dans le
passé sa connaissance encyclopédique de l'histoire juridique du Québec, là,
certainement dans les organigrammes, fonctions et procès-verbaux. Alors, je
comprends de la réponse... on s'entend, là, aujourd'hui avec l'historique que
le ministre vient de nous faire, on a tous compris qu'il est le Procureur
général du Québec.
M. Jolin-Barrette : Bien, à ma
connaissance, oui.
M. Barrette : Très bien. Alors, M.
le Président, est-ce que le ministre peut me dire si, dans son esprit, ou dans
sa pratique, ou dans l'usage, lorsqu'il y a des sujets de grande sensibilité
qui font l'actualité, qui sont majeurs, là, on ne parle pas d'une contravention
pour excès de vitesse, là, on parle de grands sujets, là, le ministre va être
informé, en tant que Procureur général, de sujets qui concernent des aspects
légaux.
M. Jolin-Barrette : Mais, M. le
Président, la question du député de La Pinière est extrêmement large.
Donc, effectivement, le rôle du Procureur général, au sein de l'État québécois,
est de conseiller juridiquement l'ensemble des ministères. Alors, il agit à
titre de jurisconsulte du gouvernement. Alors, traditionnellement, également, c'est
le ministre de la Justice, le Procureur général, bien, plus dans sa fonction de
ministre de la Justice, qui préside également le comité de législation, devant
lequel je suis convaincu que vous avez eu un plaisir fou, lorsque vous avez
présenté votre projet de loi n° 10 et le projet de loi n° 20
également, donc, où la constitutionnalité des lois sont évaluées ou sont
documentées, également, au niveau de la légistique. Et donc le rôle du
ministère de la Justice est de... du ministre de la Justice et de Procureur
général est de conseiller le gouvernement sur différents aspects qui touchent
les obligations légales de l'État, effectivement. Et on est en support, on est
en conseil et surtout, dans la majorité des cas, c'est le Procureur général qui
représente, avec les avocats et les notaires de l'État québécois, l'État dans
tous ses recours devant les tribunaux, sauf certaines exceptions.
M. Barrette : Un exemple
d'exception?
M. Jolin-Barrette : Bien, il peut
arriver que, dans le fond, au lieu que ça soit fait à l'interne, le mandat soit
confié à l'externe, supposons qu'il n'y aurait pas l'expertise au sein du
contentieux. Cependant, je dois vous dire que les équipes du contentieux sont
extraordinairement compétentes, dévouées, versatiles également, et que le fait
d'avoir un contentieux aussi professionnel, performant, permet justement à
l'État de sauver énormément de coûts qui seraient donnés par des mandats à
l'externe. Alors, je dois dire que je suis très fier et très content de la
qualité des individus que nous avons au sein du ministère de la Justice,
notamment au sein du contentieux du Procureur général à Québec et à Montréal.
M. Barrette : J'en suis convaincu,
M. le Président, et j'appuie le sentiment du ministre, j'ai la même perception.
Maintenant, M. le Président, ce que je veux établir à cette étape-ci, c'est
très simple, le ministre nous l'a dit assez clairement dans sa dernière
réponse : Il n'a pas, en tant que Procureur général du Québec, une
fonction figurative. Il n'est pas un bibelot. Il n'est ni une caution ni une
sanction. À bien des égards, il participe activement à divers exercices
juridiques, il nous l'a dit.
Et là je veux donner un exemple, M. le
Président, hypothétique, totalement hypothétique, que le ministre va comprendre,
et qui reflète mon âge, et vous aussi, M. le Président. Je ne veux pas vous
mettre dans le même club que moi, mais je
soupçonne que vous soyez sur le même banc des joueurs dans ce groupe d'âge là.
Si, aujourd'hui, il y avait une commission sur la viande avariée, une
enquête publique sur la viande avariée, le Procureur général d'aujourd'hui serait au courant de ce qui se passe. Il en
serait... Il suivrait ça de proche, là. Il ne serait pas désincarné de cet
exercice-là. Est-ce que, sur cette question hypothétique, M. le
Président, la ministre est d'accord?
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
si vous faites référence à l'exercice qui a été fait au début des
années 70, je crois, relativement à la commission d'enquête en lien avec
plusieurs membres du crime organisé, notamment la mafia, effectivement, la
commission d'enquête, je crois, et vous m'excuserez si je n'ai pas les bons
renseignements, mais je crois qu'elle avait été déclenchée par décret par le
Conseil des ministres, fort probablement, à cette époque-là. J'oublie par qui
elle était présidée puisque je n'y étais pas, mais, dans les archives,
effectivement, on avait, je crois, un individu, notamment, qui refusait de
s'identifier et, même, qui avait été dirigé vers l'écrou, qui avait été écroué,
parce qu'il refusait et qu'il avait fait outrage au tribunal. Mais
effectivement je crois que la commission avait été mise par décret... sur pied
par décret du gouvernement, et donc, probablement, sur recommandation du
ministre de la Justice de l'époque.
M. Barrette : M.
le Président, ce n'est pas une question historique que je pose, là. Je
comprends la réponse du ministre. Ce n'est pas la question que j'ai posée, je
vais la répéter. Si ça arrivait aujourd'hui, là, admettons qu'on a ça ou une
commission d'enquête de ce genre-là, si ça arrivait, là, est-il possible que,
compte tenu de la gravité de la chose au plan de la société, que le ministre
soit totalement détaché de ça, sans information, sans rien, sans communication,
sans même directives auprès de son équipe? Moi, je pense que c'est non.
Au début, M. le Président, j'ai dit quelque
chose de bien simple, on ne s'attend pas à ce que... Même si c'était moi, qui
est connu dans les médias, qui avait un ticket de vitesse de 240 kilomètres-heure,
avec une auto très rapide sur la 20, qu'à la cour, ça concerne le ministre.
Mais pour un enjeu qui serait d'une ampleur sociétale comme celle que je décris
hypothétiquement, le Procureur général, il n'est pas en orbite, là, il serait
au courant de ce qui se passe, il pourrait même donner des avis, et ainsi de
suite. Est-ce que, théoriquement, là, je suis dans le champ gauche, dans
l'avant-champ, dans le stade, même pas dans la bonne game? Moi, je pense que le
Procureur général, en l'occurrence le ministre, serait au courant.
M. Jolin-Barrette : Mais je
vous répondrais non. Puis, pour faire une analogie sportive, là, ce que le
député de La Pinière vient de nous décrire, c'est, supposons, le volet
Moustique versus pas mal les professionnels, parce qu'exemple, dans le cas d'un
constat d'infraction, ce n'est pas le Procureur général du Québec qui poursuit
en matière pénale au Québec, c'est le Directeur des poursuites criminelles et
pénales ou le poursuivant autorisé en vertu du Code de procédure pénale.
Donc,
exemple, supposons que vous vous faites intercepter, non, je ne serais pas
informé, parce que les poursuites pénales ou l'opportunité de prendre
une poursuite pénale ou criminelle relève de la prérogative du Directeur des
poursuites criminelles et pénales, qui exerce, dans le fond, la prérogative du
Procureur général du Québec, mais, depuis 2005, ça a été scindé pour faire en
sorte que le ministre la Justice ne se mêle pas des poursuites criminelles et
pénales au Québec. Donc, un recours en lien avec une poursuite criminelle et
pénale ne relève pas du ministre de la Justice, Procureur général du Québec.
Ultimement, ultimement, il est vrai que le Procureur général du Québec conserve
son pouvoir et, en vertu de la loi, a la prérogative de rapatrier un dossier en
matière criminelle, supposons, avec un avis au Directeur des poursuites
criminelles et pénales. Je ne crois pas que ça a déjà été fait. Ça n'a jamais
été fait depuis 2005. À ce moment-là, le Procureur général du Québec pourrait rapatrier
un dossier, mais ça doit se faire avec un avis — puis je crois que
c'est publié également à la Gazette officielle ... C'est publié à la Gazette
officielle du Québec également. Donc, dans un cas de nature pénale ou
criminelle, non, ça ne se produit pas. Ce n'est pas le Procureur général qui
poursuit, c'est le Directeur des poursuites criminelles et pénales.
Relativement aux autres volets qui touchent les
aspects gouvernementaux, le Procureur général peut être en avis et en conseil
ou peut faire de la représentation de la part de l'État québécois devant une
commission d'enquête, si telle est votre prétention ou la ligne de questions
dans laquelle vous m'amenez, ou devant les tribunaux de droit commun,
effectivement, oui.
M. Barrette : Vous
savez, M. le Président, là, bientôt, je vais penser que j'ai une capacité
prophétique. Au début, j'ai dit : J'espère avoir des réponses à mes
questions, je viens d'avoir environ deux minutes sur le sujet auquel je ne
m'intéresse pas. L'exemple que j'ai donné à propos de mon ticket de vitesse,
là, versus même pas une minute sur le sujet qui m'intéresse, qui clairement est
établi, je ne peux pas être plus clair que ça, là. Mais j'ai eu ma réponse,
même si elle n'a pas été affirmative, puis même si elle n'a pas été explicitée.
Oui, le Procureur général, dans l'exemple hypothétique que j'ai donné, si,
aujourd'hui, il y avait une commission d'enquête, il est dedans, il sait ce qui
se passe, puis il vient de le dire, M. le Président, là, il peut intervenir, il
peut conseiller. Il ne sera pas en orbite autour et il ne pourra pas plaider
l'ignorance.
M. Jolin-Barrette : Pas
nécessairement. Et le député de La Pinière me fait reproche de la façon
dont on répond, mais il me donne des exemples en matière de justice, comme il
fait au salon bleu lorsqu'on est à la période des questions et de réponses
orales, M. le Président, où il mélange certains concepts juridiques. Alors,
c'est important pour que les gens qui nous écoutent comprennent très bien que
c'est comme différents silos, la justice, qu'il ne faut pas mélanger le tout,
là. C'est comme les spécialités dans le domaine de la santé, dans le fond, ce
n'est pas la même chose. Spécialiste en médecine de famille, ce n'est pas la
même chose que spécialité en radiologie. Puis je pense que le collègue de
La Pinière va comprendre. Alors, il ne faut pas mélanger des pommes avec
des oranges.
Et, non, ce
n'est pas dans toutes les commissions que le Procureur général du Québec
intervient. Il pourrait intervenir comme il pourrait ne pas intervenir
également, tout dépendant du sujet de la commission, tout dépendamment, est-ce
qu'il a des représentations à faire. Alors, non, ce ne sont pas dans tous les
cas, où est-ce que le Procureur général du Québec intervient. Il faut
manifestement qu'il ait un intérêt à intervenir ou il faut qu'il ait des
clients. C'est en fonction de... Chacun des cas est un cas d'espèce.
Alors, si vous souhaitez parler d'une commission
d'enquête publique relativement à la gestion de la pandémie, il faudrait
peut-être préciser votre question en lien avec cette proposition-là. Mais,
peut-être, ce n'est pas de cette commission-là que vous souhaitez me parler.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de
La Pinière.
M. Barrette : J'ai réprimé un
sourire quand le ministre a dit que... Il a parlé de silos, j'ai compris que,
dans ses interventions auprès de la magistrature, il voulait briser des silos,
ce qu'il a fait, d'ailleurs, et qu'il souhaite refaire à profusion avec la loi n° 96,
mais là n'est pas l'objet de ma question. Mais je trouve ça assez amusant que
le ministre prenne cet exemple-là.
J'imagine que ça ne lui était pas venu à l'esprit que, peut-être, je pouvais
lui renvoyer la balle. Ceci dit...
M. Jolin-Barrette : Alors, je
peux répondre...
M. Barrette : Il n'y avait pas
de question, il n'y a pas de réponse à faire.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, allez-y.
M. Jolin-Barrette : Vous avez
fait une intervention affirmative qui semblait me prêter des intentions, et je
pense que c'est important que j'y réponde. Dans le cadre du projet de loi n° 96, là, ce que j'ai fait et ce que le gouvernement du
Québec a fait, c'est protéger vos prérogatives et vos privilèges en tant que
député, en tant que député élu de La Pinière, en tant que digne
représentant des gens de Brossard. Honnêtement, à certains moments, en
commission parlementaire, je me demandais clairement, de la part des
oppositions, s'ils souhaitaient véritablement exercer leur rôle de législateur
et leur rôle de représentant de la population québécoise. C'est fondamental
qu'au Québec on exerce, en fonction des
différentes branches de l'État, les prérogatives qui nous reviennent. Jamais le
gouvernement du Québec n'abdiquera sa responsabilité au niveau de l'exécutif et
au niveau du législatif.
Les trois branches de l'État ont un rôle à
jouer, et c'est ce que le gouvernement du Québec a fait et c'est ce que la
commission également, le pouvoir législatif, a entériné avec le projet de loi n° 96. Mais il y a une chose qui est sûre, il doit y avoir
un sain dialogue entre le pouvoir judiciaire, et l'exécutif, et le législatif,
et chacun doit agir dans sa sphère de compétence. Cela étant dit, on aura
l'occasion d'y revenir, je crois, au courant de cette présente étude.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de
La Pinière.
M. Barrette : Ça m'oblige à
sortir un petit peu de mon sujet et de répondre au prêt d'intentions très
désagréable du ministre. Moi, là, comme député, là, ni comme ministre
précédemment, là, je n'ai pas été condamné par une cour parce que je n'ai pas
respecté ce qui était écrit dans la loi. Moi, là, bibi ici, devant vous, là, ce
n'est pas le cas. Le ministre, c'est son cas. Ça fait que, pour cette
plaidoirie-là, il devrait garder une petite gêne.
Et, par-dessus ça, M. le Président, il y a
quelque chose de très simple, là. Notre rôle en commission parlementaire, comme
législateurs, c'est de débattre, une chose que le ministre semble considérer
désagréable, au point de dire qu'il ne sait pas si on joue notre rôle.
«Anyway». M. le Président...
Le Président (M.
Bachand) : ...de La Pinière, finir,
juste... M. le député de La Pinière, parce qu'il reste... il reste deux minutes
et quelques secondes. Oui.
M. Jolin-Barrette : ...je n'ai
jamais été condamné. Alors, encore une fois, le député de La Pinière
comprend... ne comprend pas qu'on n'est pas en matière criminelle et pénale,
mais qu'on est en matière civile, alors il y a des nuances à apporter dans ses
propos. Et je dois lui dire, et je veux qu'il me comprenne très clairement, je
vais m'ennuyer de lui en commission parlementaire, mais on va faire le projet
de loi n° 2 ensemble. Je suis convaincu qu'on va
réussir à travailler et à livrer un projet de loi qui va être le meilleur
possible. Mais je tiens à lui dire que je vais m'ennuyer de lui à la suite de
son retrait parlementaire du 10 juin prochain puis je vais m'ennuyer de
nos débats en commission parlementaire. Mais, au-delà du débat, notre rôle ensemble,
c'est d'être des législateurs et de faire en sorte que la loi que nous votons à
l'Assemblée nationale, ici, bien, elle respecte la volonté des Québécois, mais
surtout ce pour quoi nous avons été élus, pour faire des lois qui correspondent
à la volonté de la population, notamment.
M. Barrette : Alors,
M. le Président, récemment, on a appris par la loi d'accès à l'information et
par d'autres sorties qui ont été faites, que, dans le cas de l'enquête
de la coroner sur les décès, il y avait eu une demande d'assignation de cinq
ministres. On nous a refusé toute information à cet égard. Le ministre était-il
au courant de cette demande...
M. Jolin-Barrette : La demande
d'assignation...
M. Barrette : ...de la coroner
de pouvoir faire comparaître cinq ministres?
M. Jolin-Barrette : Bien, ce
que je peux...
M. Barrette : La première
question, M. le Président, à laquelle je cherche une réponse : Le
Procureur général, le ministre était-il au courant de cette demande?
M. Jolin-Barrette : Ce que je
peux vous affirmer, c'est qu'on a notamment deux ministres qui sont allés
témoigner, notamment la ministre de l'Enseignement supérieur, en sa qualité de
ministre de la Santé, de l'époque, ainsi que la ministre responsable des Aînés,
également, qui est même allée témoigner en sortant de son congé de maladie,
pour pouvoir aller livrer sa version des faits, parce qu'elle a dit qu'elle le
devait aux familles québécoises. Donc, elle a accepté de son propre chef de se
soumettre et d'aller témoigner devant la coroner, d'aller témoigner devant la
coroner Kamel pour répondre à toutes ses questions.
Président (M. Bachand) : Merci...
M. Jolin-Barrette : La coroner
Kamel a eu l'occasion de poser toutes les questions...
Le Président (M.
Bachand) : 30 secondes, M. le député,
30 secondes dans votre bloc.
M. Barrette : Oui
ou non, le ministre était-il au courant de la demande d'assignation de la
coroner de cinq ministres, oui ou non?
Le Président (M.
Bachand) : 10 secondes, M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Alors, deux
ministres sont allés témoigner devant la commission d'enquête, en fait, devant
la commission d'enquête publique de la coroner. Et ça démontre que cette
commission-là fait son travail et elle a entendu toutes les personnes qu'elle
souhaitait entendre.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Député
d'Hochelaga-Maisonneuve, pour 15 min 21 s. Merci.
M. Leduc : Salutations à M. le
ministre et à l'ensemble des personnes qui l'accompagnent.
M. le ministre, vous venez juste de faire
référence au projet de loi n° 2, l'importante réforme
du droit de la famille. Parlons-en, justement. C'est une réforme que vous avez
déposée très, très tardivement dans le mandat, on savait qu'elle était en
travail depuis un certain temps déjà. Je vais peut-être laisser à M. le
ministre le temps de... C'est bon? On savait qu'elle était en travail depuis
longtemps déjà, vous l'avez déposée très tardivement. Et vous êtes, on va le
dire gentiment, un homme-orchestre, vous touchez à beaucoup de dossiers en même
temps. Vous avez décidé de privilégier la réforme de la langue française, le
96, tant mieux pour vous. Sauf que là on arrive en toute fin de séance, toute
fin de session, toute fin de législature avec, à peine, quelques semaines de
travail devant nous. Il y a beaucoup d'articles dans votre réforme du projet de
loi no 2, M. le ministre. On vous a demandé à plusieurs reprises... on a
même déposé une motion ici, que vous avez accepté d'adopter, pour que vous
déposiez d'avance les amendements, qu'on imagine... qui vont être nombreux, au
sujet du projet de loi n° 2. Vous souhaitez
publiquement que nous travaillions, les oppositions, avec vous pour combler ça
d'ici la fin de la législature. Gros, gros mandat, ce n'est pas impossible,
mais ça va être très difficile. Si vous étiez sérieux dans cette demande-là,
vous nous auriez déjà convoqués, nous, les trois partis d'opposition, pour nous
présenter un plan de match, c'est quoi, les blocs que vous allez privilégier,
nous déposer d'avance vos amendements pour qu'on ait le temps de les étudier
avec sérieux, de se préparer et d'arriver à une éventuelle convocation qu'on
imagine très tôt pour l'étude détaillée du projet de loi n° 2.
Rien de ça ne transparaît pour l'instant, vous
n'avez pas répondu à votre engagement de déposer vos amendements d'avance. On
n'a pas de nouvelles des différents partis d'opposition. Qu'en est-il? C'est
quoi, votre plan de match pour que,
sérieusement, avec les partis d'opposition, nous soyons capables d'arriver à la
fin du projet de loi n° 2 d'ici la fin de la
législature?
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors,
merci, M. le Président. Juste un petit rappel, là. J'ai été désigné comme
ministre de la Justice, le 22 juin 2020. On a déposé, en 2020, le projet
de loi n° 70, qu'on a fait adopter en décembre 2020;
le projet de loi n° 75, qu'on a déposé en 2020, adoption, décembre 2020.
On a déposé, décembre 2020, avant Noël, le projet de loi n° 84
sur la réforme de l'IVAC; après ça, on a fait le projet de loi n° 92,
le tribunal spécialisé, qu'on a adopté novembre dernier; projet de loi n° 96, qui vient de sortir de commission, dans laquelle on
a passé 127 heures de commission
parlementaire — ce
n'est pas un grief à l'endroit de votre formation politique, plus à l'encontre
des libéraux, ils ont bloqué le projet de loi pendant des heures et
des heures pour, finalement, voter contre, comme en 1977, puis ils vont
encore voter contre. Mais, vous savez, c'est
l'histoire qui se répète. Ensuite, écoutez, projet de loi n° 2
qu'on a déposé, 21 octobre 2021, donc à peu près 15 mois après
mon entrée en fonction, projet de loi qui est important, qui est substantiel.
Je l'ai dit
la semaine dernière, mardi dernier, lors des crédits LGBTQ, en question... en
réponse à la question de la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
moi, je vais me rendre disponible à toutes les plages horaires d'ici la fin de la session parlementaire afin de pouvoir
étudier le projet de loi n° 2. Les amendements seront déposés
rapidement pour faire en sorte que vous ayez l'opportunité de les étudier, et
je vais me rendre disponible aux différentes séances afin de pouvoir adopter ce
projet de loi là parce que c'est important, il y a plusieurs choses là-dedans.
Au Québec, les enfants, en fonction de la famille dans laquelle ils naissent,
ils n'ont pas tous les mêmes droits, ils ne sont pas tous égaux devant la loi,
notamment, en matière de filiation. La question de la...
M. Leduc : ...M. le ministre,
ça va être correct. Est-ce que les amendements sont déjà prêts?
M. Leduc : Sont déjà prêts?
M. Jolin-Barrette : Je suis en
train de les travailler, vous les aurez au moment opportun.
M. Leduc : On
se voit dans une semaine et demie puis vos amendements ne sont pas prêts?
M. Jolin-Barrette : Je suis en
train de toujours les travailler, jusqu'à la dernière minute, on travaille les
choses.
M. Leduc : ...M. le ministre,
mais que vous ne voulez pas nous les donner. Si vous étiez sérieux dans votre ambition de terminer ce projet de loi là d'ici la
fin de la législature, quatre semaines de travaux qu'il nous reste, vous
nous les déposeriez maintenant, vous nous
inviteriez, les trois oppositions, pour négocier la fin de cette aventure-là.
Ce n'est pas l'ouverture que j'aurais
espérée de votre part. J'aurais une autre question, M. le ministre, pour un
autre sujet complètement.
M. Jolin-Barrette : Ah! M. le
Président, bien...
M. Leduc : Alors, ma question
serait pour Me Tessier, concernant la CDPDJ. Bonjour, M. Tessier, content de
vous voir. Ce matin, j'avais un échange avec le ministre du Travail concernant
un litige qui serait en cours entre votre organisation et la Commission de la
construction du Québec au regard du Programme d'accès à l'égalité des femmes
dans le milieu de la construction. Il semblerait que ce qui vous est déposé par
la CCQ n'est pas considéré à la hauteur par votre organisme. Est-ce que vous
pouvez m'en dire un peu plus?
Le Président (M.
Bachand) : Juste avant, le ministre prend
la parole. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, pour
le projet de loi n° 2, je comprends que l'appui du
député d'Hochelaga est conditionnel. Il veut négocier le projet de loi n° 2 pour voir s'il va accepter qu'on puisse l'étudier
rondement d'ici la fin de la session et qu'on puisse l'adopter. Alors, moi, je
l'ai dit la semaine dernière et je le redis cette semaine, ce projet de loi là,
il est fort important et il n'y a rien, dans ce projet de loi là, qui est
partisan. On a des mesures en matière d'accès aux origines pour faire en sorte
que les personnes qui ont été confiées à l'adoption...
M. Jolin-Barrette : Bien,
ça m'étonnerait que vous sachiez au complet le contenu du projet de loi parce
que, sinon...
Le Président (M.
Bachand) : Rapidement, M. le ministre, en
conclusion, s'il vous plaît...
M. Leduc : Qu'est-ce que vous voulez
dire exactement?
Le Président (M.
Bachand) : ...parce qu'il y a une question
pour Me Tessier, puis j'ai besoin d'avoir un consentement pour poursuivre.
Allez-y.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
ça, c'est sous réserve que je donne mon consentement de céder la parole.
Le Président (M.
Bachand) : Exactement.
M. Jolin-Barrette : Alors, je
pense que c'est sur mon temps. Alors, si le député d'Hochelaga-Maisonneuve est
sérieux, là, moi, je veux l'entendre dire ici, là, dans le micro, est-ce qu'il
est disponible et est-ce qu'il est disposé...
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y, allez-y.
M. Jolin-Barrette : Ah!
c'est... vous pensez que moi, je ne peux pas poser de questions?
M. Leduc : Dans cette aventure
d'étude des crédits, c'est l'opposition qui pose des questions.
M. Jolin-Barrette : Ah oui? En
vertu de quel article?
Le Président (M.
Bachand) : S'il vous plaît!
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, écoutez, on
parle de période d'échange, de crédits.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous
plaît! On parle d'échange, de crédits budgétaires. Donc, il peut y avoir des discussions de part et
d'autre. M. le ministre, en terminant là-dessus parce que je veux savoir s'il y
a un consentement pour que Me Tessier prenne la parole. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
Alors, moi, ce que je veux savoir du député d'Hochelaga-Maisonneuve, est-ce
qu'il va se rendre disponible au... M. le Président, est-ce que vous pensez que
ça respecte le décorum de notre assemblée, les gestes que fait le député
d'Hochelaga-Maisonneuve?
Président (M. Bachand) :
Un instant, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Je n'ai pas eu de consentement encore. Je ne l'ai pas encore demandé.
Bien, le ministre, je vous demande de terminer et je vais demander s'il y a
consentement à ce que Me Tessier réponde à votre question. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, moi,
M. le Président, je suis prêt à donner des réponses au député
d'Hochelaga-Maisonneuve s'il prend la peine de nous écouter. Je comprends qu'il
a une question pour le président de la Commission des droits de la personne,
mais il a fait une première affirmation en lien avec une question à laquelle je
souhaite répondre, et le travail qu'on aura à faire au cours des prochaines
semaines va dépendre de l'attitude du député d'Hochelaga-Maisonneuve en lien
avec la...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre. Merci,
merci, merci. On ne va pas parler de l'attitude de l'un et de l'autre. Alors
là, je serais prêt à demander s'il y a consentement pour que Me Tessier puisse
répondre à la question du député d'Hochelaga-Maisonneuve. Est-ce qu'il y a
consentement?
M. Jolin-Barrette : Avec
plaisir, si Me Tessier veut répondre.
Président (M. Bachand) : Merci. Me Tessier, bien sûr, vous avez la parole.
Merci de vous identifier officiellement. Merci.
M. Tessier (Philippe-André) : Alors,
Philippe-André Tessier, président de la Commission des droits de la personne et
des droits de la jeunesse. Je suis accompagné de Mme Josée Morin,
Mme Myrlande Pierre, vice-présidente, et Mme Suzanne Arpin,
vice-présidente de la commission.
Alors, merci pour la question, effectivement.
Évidemment, le dossier est déposé devant le Tribunal des droits de la personne.
Donc, vous aurez compris que la règle du sub judice s'applique, et donc je vais
être prudent dans les commentaires que je peux vous dire. Cela dit,
effectivement, cette requête, elle est publique. Elle souligne notamment que
les femmes ne représentent que 2,1 % de la main-d'oeuvre globale dans
l'industrie de la construction et moins de 1 % de la main-d'oeuvre dans
près de la moitié des métiers. Puis elle souligne également qu'en 2017, alors
qu'elle représentait 82 % de tous les employeurs, seulement 6 %,
6,2 % pour être exact, des employeurs de cinq salariés et moins avaient
embauché au moins une femme
Et donc évidemment les femmes cumulent moins
d'heures aussi dans l'industrie que les hommes, bien qu'elles ont accès à certains métiers et que le taux
d'abandon de l'industrie est plus élevé que celui des hommes, dans notre
mémoire qui a été déposé au Tribunal des droits de la personne. Alors,
effectivement, je confirme qu'il y a un litige entre la commission... contre la
Commission de la construction du Québec en lien avec le programme d'accès à
l'égalité.
M. Leduc : ...me trompe, mais
ce litige-là est la conséquence de plusieurs années où le plan qui vous était déposé n'était pas jugé à la hauteur. Ce n'est pas
une action immédiate suite à un premier plan qui n'a pas été considéré
correct.
M. Tessier (Philippe-André) : C'est
sûr et certain que la loi R-20, qui régit les relations de travail dans
l'industrie de la construction, prévoit qu'il y a un programme d'accès à
l'égalité pour les femmes, et ce qu'on demande, dans les conclusions
recherchées devant le tribunal, c'est qu'il y ait une analyse du système
d'emploi dans l'industrie de la construction qui soit ordonnée par le tribunal
pour que la commission procède ainsi.
M. Leduc : Merci beaucoup. Ma
prochaine question, ce serait, si le ministre le veut bien, bien sûr, à Me
Patrick Michel, du DPCP, concernant tout le débat alentour de la
décriminalisation des drogues. Votre équivalent au fédéral qui est la direction
des poursuites pénales, si je ne me trompe pas, en août 2020, avait demandé à
ses procureurs, là, je ne suis pas familier nécessairement avec tous les termes
techniques, mais j'assume que c'est peut-être le bon, de ne plus poursuivre,
là, sauf des exceptions, pour possession simple de toutes les drogues. Donc,
c'était une directive interne qui avait été envoyée par la fonction publique,
en quelque sorte. Est-ce que c'est quelque chose que vous pourriez faire vous
aussi et est-ce que c'est quelque chose, sur le fond, finalement, que vous
considérez... que vous avez considéré dans les dernières années, par exemple?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
sur cette question-là, je vais répondre à la question. Dans le fond, les
orientations qui sont données au Procureur général du Québec... pardon, au Directeur
des poursuites criminelles et pénales relèvent du Procureur général du Québec,
notamment en matière de poursuite. On retrouve dans ce débat la question de la
décriminalisation de certaines drogues. Relativement au Code criminel, le
fédéral, on sait qu'il travaille dans certaines situations, mais on n'est pas
rendus là. Et, pour ce qui est la question du poursuivant public, il s'agit toujours d'une infraction criminelle et il n'y a pas de
directives qui ont été formulées dans l'objectif d'orienter les poursuites pour
faire en sorte qu'il n'y ait pas de poursuite relativement à la possession
simple.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député.
M. Leduc : Oui, merci. Bien, je
vais reposer la suite au ministre, comme c'est lui qui répond. À peu près à la
même date l'an dernier, vous aviez répondu à mon collègue, là, le député de
Gouin, qui vous posait une question par rapport à la décriminalisation de
possession simple de drogue, que vous alliez étudier la chose. Alors, j'assume
que vous êtes un homme de parole. J'assume qu'à votre ministère vous avez donc
étudié depuis un an cette chose. Est-ce qu'il existe un document de réflexion,
une quelconque matière que vous pourriez nous soumettre aujourd'hui par rapport
à la réflexion que vous avez engagée au ministère par rapport à la possession
simple, la décriminalisation de possession simple des drogues?
M. Jolin-Barrette : Vous savez,
ce qui est particulier avec le député de Hochelaga-Maisonneuve, de la façon
dont il pose ses questions, c'est qu'il ne respecte pas notre règlement puis il
ne prend pas la parole. Il dit : J'assume qu'on est...
Le Président (M.
Bachand) : ...on parle de non-respect du
règlement, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : J'assume
qu'on est quelqu'un de parole, j'assume... Ça soulève beaucoup d'enjeux si le
député assume que... et ne prend pas la parole d'un député. Alors,
effectivement, ça fait toujours
partie des réflexions, et la réflexion se
poursuit relativement à ce sujet-là, mais, à court terme, il n'est pas dans
l'intention du gouvernement de ne pas... en
fait, de ne pas donner suite à cette proposition-là du député
d'Hochelaga-Maisonneuve, le fait de décriminaliser certaines drogues.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député, s'il vous
plaît.
M. Leduc : Bien, la proposition
ne vient pas que de moi, évidemment, M. le Président. Je vais faire une liste
assez courte, là, de plusieurs organisations : les gouvernements de la
Colombie-Britannique, le conseil de ville de Vancouver, la ville de Montréal,
l'Association canadienne des chefs de police, le SPVM, la direction des santés
publiques du Canada, du Québec et de Montréal, le comité de la santé de la
Chambre des communes, le Centre de toxicomanie et de santé mentale,
l'Association des intervenants en dépendance du Québec, l'Association
québécoise des centres d'intervention en dépendance. Donc, ce n'est pas juste
moi, Hochelaga-Maisonneuve. Oui, il y a un enjeu, bien sûr, dans
Hochelaga-Maisonneuve, mais il y a un enjeu de crise des opioïdes partout au
Québec, M. le ministre. Vous me dites : La réflexion se poursuit. Ma
question est très simple : A-t-elle seulement commencé?
Le Président (M.
Bachand) : N'oubliez pas, M. le député,
là, il faut prendre la parole d'un autre député, là. M. le ministre, s'il vous
plaît. Alors, M. le ministre.
M. Leduc : Donc, ma question,
c'est : Qu'est-ce que vous pouvez nous livrer comme réflexion? J'ai...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Alors, je
comprends que le député se croit à Juste pour Rire. Alors, j'ai dit qu'il y
avait réflexion l'an passé. J'ai dit, cette année, que la réflexion se
poursuit. Elle se poursuit.
M. Leduc : ...pouvez nous
soumettre aujourd'hui, M. le ministre?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : C'est un
dossier complexe qui a des impacts sociaux importants, et qui doit prendre en
considération plusieurs éléments, et le travail continue de se faire au
ministère de la Justice du Québec.
M. Leduc : Seriez-vous ouvert
et intéressé à rencontrer des groupes experts sur le sujet qui pourraient venir
vous démontrer les bienfaits de cette mesure-là dans le reste du Canada, dans
d'autres pays, et qui pourraient avoir des effets bénéfiques ici, au Québec?
M. Jolin-Barrette : Le
ministère de la Justice consulte, a déjà consulté, a une équipe qui est
destinée notamment aux programmes de
déjudiciarisation, aux différents programmes alternatifs. Et il y a des
spécialistes au sein du ministère de la Justice qui sont en contact avec
l'ensemble des différents groupes, et je suis fier de pouvoir compter sur ces
différentes équipes, au sein du ministère de la Justice, qui détiennent
notamment ces différentes expertises. Mais, bien entendu, c'est toujours
important que, lorsqu'il y a une réforme importante dans tous les domaines,
qu'on consulte les gens qui ont une expertise, qui sont sur le terrain et qui
vivent les différentes réalités. Et c'est important de regarder ça dans un
spectre large et non pas uniquement dans un spectre précis et limité, c'est ce
que je dirais.
M. Leduc : ...pas
le ministère, mais bien vous personnellement, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...différents
groupes de toutes sortes. Je me suis concentré, au cours de la dernière année
et demie, avec notamment les différents groupes de personnes victimes.
M. Leduc : ...rencontrer des
groupes, vous, M. le ministre, sur la question de la décriminalisation?
M. Jolin-Barrette : Ah! moi, je suis
très ouvert à rencontrer tous les groupes qui souhaitent me rencontrer.
M. Leduc : Donc, vous en prenez
l'engagement aujourd'hui?
M. Jolin-Barrette : Moi, je suis très
ouvert à rencontrer tout le monde.
M. Leduc : Bien, je vous enverrai
les invitations avec des groupes qui vont être très intéressés de pouvoir vous
présenter ça au-delà de toute partisanerie.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
moi, je suis convaincu, ça va me faire plaisir de les rencontrer, avec vous, je
ne le sais pas, mais les groupes, ça va me faire plaisir de les rencontrer.
M. Leduc : Ce n'est pas grave si je
suis là ou pas, M. le ministre. L'important, c'est que l'enjeu progresse. Dans
le peu de temps qu'il me reste, est-ce que je pourrais peut-être revenir à Me
Michel, si vous le permettez? Sinon, évidemment, vous répondrez, M. le
ministre. Ce que j'ai compris de ce qui s'est passé au niveau fédéral, c'est
que ça n'a pas été une directive du politique ni du ministère, ça serait venu
d'une analyse propre de votre équivalent au fédéral. Est-ce que c'est possible,
d'un point de vue technique... Au-delà du fond, là, j'essaie de comprendre la
forme. Est-ce que ça serait possible que vous et votre organisation puissiez
prendre ce genre de position là?
Le Président (M.
Bachand) : Il reste 30 secondes, M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Comme je l'ai
dit, il s'agit d'un enjeu de société et ça fait
partie des directives que le
Procureur général du Québec peut formuler au Directeur des poursuites
criminelles et pénales. Donc, il y a une série de directives qui sont données.
Ce n'est pas le Procureur général qui entreprend les poursuites en matière
criminelle et pénale, mais par contre il y a un cadre avec les directives
générales qui sont formulées au Directeur des poursuites criminelles et
pénales. Donc, ça relève du Procureur général du Québec.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
La Pinière, pour 20 min 28 s.
M. Barrette : Merci, M. le
Président. Disons que j'aurais envie de dire deux choses. La première, c'est
qu'il me semble que, cet après-midi, le ministre déroge de l'invitation
formelle qu'avait fait le premier ministre le jour du discours de son élection
ici, de son assermentation, où il engageait ses ministres à faire preuve...
d'éviter de faire preuve d'un certain mot que je ne prononcerai pas, mais que
je suis convaincu que vous comprenez et qu'il comprend. Ceci dit, M. le
Président...
M. Barrette : Ah! je vais utiliser
le mot parlementaire, là. Je trouve que le ministre aujourd'hui fait preuve
d'un minimum d'arrogance qui devrait être un maximum...
Le Président (M.
Bachand) : On ne va pas là, vous le savez,
là. Vous le saviez en amont, hein? Alors donc...
M. Barrette : Il m'a demandé de le
dire.
Le Président (M.
Bachand) : Même à l'invitation du
ministre, il faut respecter les règles parlementaires. Alors, allez-y, M. le
député de La Pinière.
M. Barrette : Non, M. le Président.
Il m'a demandé de le dire, je l'ai dit.
Le Président (M.
Bachand) : Non, bien, alors, écoutez, je
pense, M. le député, s'il vous plaît...
M. Barrette : Ah! M. le Président,
regardez, je vais le retirer pour faire plaisir à l'auguste Assemblée qui est
devant moi, surtout celle des élus. Les autres, faites-vous-en pas, vous êtes
augustes aussi.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Alors, vous
pouvez continuer, s'il vous plaît, M. le député.
M. Barrette : Ceci
dit...
Président (M. Bachand) :
S'il vous plaît! S'il vous plaît!
La parole est au député de La Pinière, M. le ministre.
M. Barrette : M. le Président, je
vais aussi dire une autre chose. Le ministre a déposé à un moment donné un
projet de réforme parlementaire, et je vais lui rappeler un souvenir, et le
souvenir est très simple, je lui avais dit : Commençons donc dans la
réforme pour s'assurer qu'il y ait une règle qui oblige le ministre à répondre
aux questions correctement, précisément. Alors, je vais reposer ma question,
j'ai posé une question bien simple. Est-ce que le ministre, Procureur général
du Québec, était au courant qu'il y avait eu une demande d'assignation de cinq
ministres par la coroner Kamel dans le cadre de l'enquête de la coroner sur les
décès de personnes âgées ou vulnérables? Ça se répond par oui ou par non, pas
par : Il y en a deux qui sont venues. Ça ne se répond pas par ça, ça se répond :
Oui ou non, y a-t-il eu cinq ministres qui ont été assignés?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, M. le
Président. Le député de La Pinière, là, il voudrait qu'on réponde ce qu'il veut
entendre. Et, lorsqu'il fait référence à la proposition de réforme
parlementaire, je suis heureux qu'il y fasse référence parce que c'est une
excellente proposition de réforme. Malheureusement, on n'a pas beaucoup avancé,
et sa formation politique a été la dernière formation politique à soumettre au
jeu sa proposition de réforme, puis leur proposition de réforme, c'est à peu
près : Il n'y a pas grand-chose qui va bouger.
Sur la question du député de La Pinière
relativement aux ministres qui ont comparu à la commission... enfin, à
l'enquête de la coroner, vous aurez pu constater que toutes les personnes qui
ont été assignées par la coroner ont comparu, c'est-à-dire la ministre
responsable des Aînés et c'est-à-dire la ministre de l'Enseignement supérieur,
anciennement ministre de la Santé.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : M. le Président,
l'information que nous avons et qui est vérifiée, il y a cinq ministres qui ont
été appelés à comparaître, et le ministre nous informe à répétition qu'il y en
a deux qui sont comparus... qui ont, pardon, comparu. O.K., on va le faire
simple, cinq moins deux égale trois. Alors là, on multiplie les questions.
Est-ce qu'il est au courant qu'il y en avait cinq? Pour la, je pense, quatrième
fois, il ne répond pas. Et la question subsidiaire, c'est quels étaient les... qui étaient les trois autres.
Est-ce qu'on peut savoir ça? On va commencer par la première : Il était-tu
au courant, deux, c'est qui, les trois autres?
Le Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, M. le
Président, toutes les personnes qui ont été assignées par la coroner ont
comparu. S'il y avait eu d'autres ministres qui avaient été assignés, ils
auraient comparu. Alors, le député de La Pinière nous dit : Il y a cinq
ministres qui ont été assignés. Bien, moi, je n'ai pas cette information-là,
qu'il y a cinq ministres qui ont été assignés. Il y a deux ministres qui ont
été assignés puis ils ont comparu. Ça s'adonne à être la ministre de l'Enseignement
supérieur et la ministre responsable des Aînés. Et, je le réitère, M. le
Président, la ministre responsable des Aînés est sortie de son congé de maladie
pour aller comparaître parce que les auditions de la coroner se tenaient à ce
moment-là, et, par respect pour les familles des personnes qui ont été
victimes, la ministre est sortie de son congé de maladie pour aller
comparaître.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : M. le Président, vous
allez me renseigner sur cet élément-là de la procédure pendant les crédits.
Est-ce que je dépose des documents ou je ne fais que les lire? Je vais le
déposer.
Le Président (M.
Bachand) : Vous pouvez lire un document,
mais, si vous voulez déposer un document, vous l'envoyez, bien sûr, au
secrétariat, puis je vais voir...
M. Barrette : Voilà. Alors, je vais
déposer ici, M. le Président, une réponse qui vient essentiellement de son
ministère, alors, qui a été... la réponse a été émise le 2 mai 2022, et je lis
au texte, je cite au texte : «Après analyse, il s'avère que[...]. En
effet, nos recherches nous ont permis d'identifier cinq assignations à
témoigner devant la coroner, Mme Géhane Kamel.» Ça, M. le Président, là,
je ne l'invente pas, là, il y en a cinq.
M. Jolin-Barrette : ...de La Pinière
peut nous lire toute la phrase? Est-ce qu'on indique que deux ministres ont été
assignés ou que cinq personnes ont été assignées à témoigner?
M. Barrette : Alors,
M. le Président, ce n'est pas indiqué, mais, selon les informations que...
M. Barrette : Pardon, un instant.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y, M. le député.
Barrette : Juste une petite seconde. Alors, M. le Président,
les courriels... on a demandé les courriels concernant la comparution
des ministres dans le cadre de l'enquête. Alors, M. le Président, là, les
informations que j'ai ici, là, sont à l'effet de ministres. Vous avez répondu
comme ça. C'est vous qui nommez «ministres», ce n'est pas nous.
M. Jolin-Barrette : ...parce que,
là, là, avec le document que vous avez devant vous, là, vous nous dites depuis 10 minutes, là : Est-ce que le ministre était
au courant, est-ce que le Procureur général était au courant que cinq
ministres ont été convoqués?, alors qu'il y a seulement deux ministres qui ont
été assignés. Puis là, lorsqu'on demande au député de La Pinière de lire le
fameux texte qu'il a devant lui, ça me fait penser à quelqu'un, à un moment donné,
à un débat des chefs, il avait ça dans les mains puis il disait : Il était
écrit ça, là, hein, le chef du Parti québécois, il a dit ça, le premier
ministre, il a dit ça, puis il l'a dit, il a réitéré sa version, puis tout ça,
alors que ce n'était pas ça pantoute que le candidat libéral, il avait entre
les mains. Il avait autre chose. Je fais référence au débat de 2003, M. le
Président. Ce n'était pas ça pantoute qu'il disait.
Alors, est-ce que le député de La Pinière fait
la même chose? Est-ce que, sciemment, il indique qu'il y a cinq personnes qui
ont été assignées, mais les cinq personnes en question ne sont pas des membres
du Conseil des ministres, du Conseil
exécutif? Parce que la coroner Kamel a assigné d'autres individus qui relèvent
de l'État québécois, notamment l'ancien
sous-ministre Gendron qui a été témoigner, notamment la sous-ministre Rosebush,
notamment la sous-ministre... en tout cas, il y a eu d'autres... Opatrny
qui a été assignée également. Alors, je ne sais pas quelle est la demande d'accès
à l'information, je connais encore moins la réponse qui vous a été donnée, mais
ayez l'honnêteté d'indiquer clairement dans vos affirmations...
Le Président (M.
Bachand) : Faites attention, M. le
ministre, dans les paroles, faites attention, juste...
M. Jolin-Barrette : ...des ministres
ou ça vise des personnes? Alors, voyez-vous...
Le Président (M.
Bachand) : Mais, juste avant d'aller plus
loin, le député de La Pinière s'est engagé à déposer un document. Je n'ai pas
encore reçu le document. Alors donc, on parle d'un document qui n'a pas été
partagé par la commission. Donc, j'aimerais... Alors, M. le député de La
Pinière, j'aimerais ça que vous puissiez nous envoyer le document. Merci.
J'apprécie beaucoup.
M. Barrette : ...mon équipe, M. le
Président, va vous la transférer par une voie qui est celle qui sera utilisée.
Le Président (M.
Bachand) : Électronique, oui, parfait,
merci.
M. Barrette : Alors, M. le
Président, je vais quand même le lire pour informer le ministre : «La
présente a pour objet le suivi de votre
demande d'accès du 14 avril 2002 visant à obtenir les documents suivants :
premier, les courriels et les échanges entre le coroner et le protecteur — c'est
une erreur, ça a été corrigé — le Procureur général du Québec ou le gouvernement du Québec concernant la
comparution des ministres dans le cadre de l'enquête de la coroner sur
le décès des personnes — le
titre, vous le connaissez — notamment
concernant la question du privilège parlementaire.»
C'est à ça que vous répondez, et la réponse,
c'est qu'il y en a eu cinq. Alors, à ce moment-là, M. le Président, la question
est très simple, là. Il y a quelqu'un qui a répondu à ça après avoir parlé au
Procureur général. Est-ce que cette personne-là est ici présente pour qu'elle
nous indique exactement à quoi cette personne-là pensait quand on a demandé les
ministres puis qu'on répond les cinq assignations sans dire si c'est des
personnes ou des ministres? La personne qui a fait ça, là, est-ce qu'elle est
ici? Et, si elle est ici, est-ce qu'on peut avoir un consentement pour lui
poser la question? Parce que, là, ici, on est dans les finasseries du ministre.
Il est habitué de faire ça. Il aime ça, M. le Président, faire ça, et ça, ce
n'est pas un mot qui n'est pas parlementaire.
Alors, moi, je veux bien jouer sur les mots, là,
mais jouons sur les mots qui sont écrits. Il y a une demande qui a été faite
pour apprendre qui avait été assigné, on parle de cinq, et le ministre joue sur
les mots, parfait. La personne qui a répondu à ça, là, au ministère de la
Justice, elle doit être ici. Si ce n'est pas le ministre lui-même, c'est
quelqu'un de son équipe. Alors, il y a une façon facile de résoudre ça, qu'on
donne le consentement pour que la personne qui a traité cette demande-là nous
dise c'est qui.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, M. le
Président, pour être en mesure de répondre adéquatement, là, à la demande du
député de La Pinière, premièrement, il faudrait que j'aie copie du document.
Deuxièmement, il faudrait que je sache quelle est la demande d'accès à
l'information qui a été formulée, à qui elle a été formulée. Est-ce qu'elle a
été formulée au ministère de la Justice? Est-ce qu'elle a
été formulée à la coroner Kamel? À qui ça a été formulé? Le député de La
Pinière est avec un document dans ses mains, là, puis je ne sais même pas ce
qui est écrit dessus, je ne sais même pas c'est à qui, puis ensuite me
dit : Ça devrait être mon cabinet qui a répondu à la demande d'accès à
l'information. Bien non, dans les ministères, il y a des responsables d'accès à
l'information qui sont des fonctionnaires. Peut-être qu'à son cabinet, à
l'époque, au ministère de la Santé, c'est lui qui répondait aux demandes
d'accès à l'information, mais, moi, ce n'est pas moi qui réponds aux demandes
d'accès à l'information. C'est encadré par la
Loi sur l'accès aux documents des
organismes publics. Donc, c'est visé par la loi.
Alors, je n'ai pas obtenu copie de cette
réponse-là, puis là, au départ, M. le Président, le député de La Pinière nous
dit : Il y a cinq ministres qui ont été assignés, est-ce que le ministre
était au courant? Puis là on se rend compte, quand il lit, que l'histoire est
pas mal moins solide, là. En termes, là... Vu qu'on est dans les crédits de
Justice, là, on va parler de crédibilité, hein? En termes de crédibilité de
l'argumentaire et des questions du député de La Pinière, on affecte un peu la
crédibilité du témoin, M. le Président.
Alors, moi, je vais répondre à la question avec
plaisir. Je vais faire faire les recherches également si c'est nécessaire de le
faire. Mais, manifestement, M. le Président, ce que je comprends de
l'argumentaire et de la question du député de La Pinière, c'est qu'on semble
prendre le premier paragraphe qui est écrit sur sa feuille, puis là on essaie
de le coller avec le cinquième, puis là on en fait une question ensuite pour
dire : Bien là, vous saviez, vous êtes intervenu, il y avait cinq
personnes qui ont été assignées, ça fait que, là, c'est qui, les trois autres
ministres? Là, ça ne semble pas être ça, la réponse qu'il a devant les mains,
mais je ne peux pas vous le dire, je ne le sais pas, je ne l'ai pas.
Alors, par honnêteté intellectuelle, lisez la
demande au complet, la réponse que vous avez reçue, indiquez également qui est
le signataire, parce que, normalement, le responsable de l'accès à
l'information a signé la demande. Alors, qui est le signataire de la demande
d'accès... de la réponse à la demande d'accès? Vous savez, c'est un peu
difficile de travailler de cette façon-là. Peut-être que l'objectif véritable
est juste de faire en sorte de soulever des éléments, M. le Président, et non
pas d'avoir la véritable réponse, mais il y a une chose que je peux vous
affirmer, par contre, les personnes qui ont été assignées par subpoena par la
coroner ont été... ont comparu devant la coroner.
Et d'ailleurs
il y a beaucoup de gens qui se sont rendus disponibles pour aller témoigner devant
la coroner durant les longues
auditions que la coroner a eues, et la coroner Kamel a pu entendre les
personnes qu'elle avait assignées, qui ont été devant elle, notamment
les deux ministres qui ont été témoigner. Et d'ailleurs vous avez posé de nombreuses
questions ici, au salon bleu, en lien avec le témoignage des différentes
ministres durant plusieurs semaines ici, au salon bleu.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : M. le Président,
c'est joli. C'est très joli. Il est bon, le ministre. C'est joli, mais on va
répliquer. Alors, ici, il y a une demande qui est faite et il y a une réponse
qui est donnée. Alors, c'est une citation, là, et, pour faire plaisir au ministre, là, c'est Me Descary, responsable de l'accès
aux documents et la protection des renseignements personnels, qui
répond. Alors, il y a une demande qui est faite. La demande, elle est précise,
concernant la comparution des ministres dans le cadre de l'enquête. C'est
clair, là, c'est une demande concernant la comparution des ministres, pas
concernant la comparution de tout le monde qui a comparu. C'est une demande à
propos de la comparution des ministres, et la réponse est claire :
«...nous ont permis d'identifier cinq assignations à témoigner.»
M. le Président, le ministre ne va quand même
pas nous dire qu'il y a seulement eu cinq personnes qui ont été assignées et
qui ont comparu. Évidemment, ce serait ridicule de dire quelque chose comme ça.
Je suis sûr que le ministre ne se couvrira pas de ridicule en disant :
Bien oui, les cinq personnes qui ont comparu, il y en a juste cinq, puis il y
avait deux ministres là-dedans, puis vous avez votre réponse, elle est écrite
dans la lettre. La lettre, elle est claire. La demande d'accès à l'information,
c'est concernant la comparution des ministres dans le cadre de l'enquête, et la
réponse, elle est claire : «Nos recherches ont permis d'identifier cinq
assignations.» Il n'y a pas eu juste cinq assignations. Le sujet, le verbe, le
complément, c'est en français, là. Le ministre a des enfants qui vont à
l'école. Il devrait savoir ça. Alors, ici, là, il y a cinq assignations qui
sont en lien avec la question qui a été posée puis il n'y en a pas eu juste
cinq. Alors, il y a lieu de conclure qu'il y a cinq ministres... ont comparu,
ont été assignés, et on n'a pas l'information. Alors, on cherche l'information.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors,
bien, écoutez, pour m'aider à aider le député de La Pinière, il nous a dit «Me
Vicky Descary»...
M. Barrette : Pascale Descary.
M. Jolin-Barrette : Ah! Pascale
Descary.
M. Barrette : Ah! ça change
tout.
M. Jolin-Barrette : Bien,
ça change beaucoup de choses, M. le Président. Le député a dit tout à l'heure
«Me Vicky Descary». Je suis allé sur le bottin des avocats...
M. Jolin-Barrette :
Oui, c'est ce que vous savez dit.
M. Barrette :
C'est un lapsus, je ne sais pas pourquoi.
M. Jolin-Barrette : Bon, moi, je suis allé
sur le bottin des avocats, il n'y a aucune Vicky Descary qui est membre
de l'ordre professionnel des avocats. Par
contre, Pascale Descary, ça s'adonne à être la coroner en chef du Bureau du
coroner.
Jolin-Barrette : Laissez-moi terminer. Alors, vous avez formulé une
demande d'accès à l'information au bureau de la coroner en chef. Donc, le
coroner est une institution indépendante qui ne relève pas du ministère de la
Justice, qui est dans le portefeuille du ministère de la Sécurité publique.
Donc, Pascale Descary, qui est la coroner en chef, semblerait-il, vous a
répondu à votre demande d'accès à l'information. Ensuite, vous nous avez dit
tout à l'heure : Le ministre... qui, parmi les gens avec le ministre, a
répondu à cette demande d'accès à l'information là, qu'il se manifeste et qu'il
réponde à la question. En somme, c'est un peu ce que le député de La Pinière a
fait tout à l'heure.
Écoutez, nous, ici,
là, il y a, quoi, une trentaine de personnes, là. On se demande... Écoutez, on
n'est pas au courant de la demande d'accès à l'information. On a... Ça n'a pas
été porté à mon attention, tout ça. Puis là vous nous accusez de dire...
quasiment de cacher la personne qui a répondu à ça, alors qu'elle n'est même
pas au ministère de la Justice. Vous vous
êtes trompé d'organisme. Vous vous êtes trompé de crédits budgétaires. Vous
devriez être aux crédits du ministère de la Sécurité publique.
Alors, je comprends
que ça vient de Me Pascale Descary, qui a répondu à une demande d'accès à
l'information. Donc, votre formation politique a demandé au bureau de la
coroner en chef combien de personnes ont été assignées, et là ça nous
dit : La... Pardon?
Jolin-Barrette : O.K. Alors, je n'ai pas encore votre demande d'accès
à l'information. Et ce n'est toujours pas déposé. Alors, ayez...
M. Jolin-Barrette :
Non, non, je veux juste compléter.
M. Barrette :
Non, non, non...
M. Jolin-Barrette :
Ayez la gentillesse de dire que vous avez voulu mener tout le monde en bateau,
ici, dans cette salle...
Président (M. Bachand) : Non, non, non, on
ne va pas là, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
...puis de dire : Ce n'est même pas les crédits de Justice, ce n'est
même pas quelqu'un qui relève de Justice.
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
Président (M. Bachand) : Bon, bien là,
honnêtement, M. le ministre, il vous reste...
Président (M. Bachand) : M. député de La
Pinière, il vous reste deux minutes pour votre bloc.
M. Barrette :
Non, ce n'est pas gentil...
Le Président
(M. Bachand) : Non, mais vous n'avez
pas... Moi, je vous trouve... vous êtes tous gentils et gentilles. Alors, M. le
député de La Pinière, il vous reste deux minutes dans ce bloc. Merci.
M. Barrette :
Pascale... Me Descary ne signe pas comme Coroner en chef, elle signe comme
responsable de l'accès aux documents et de la protection des renseignements
personnels. C'est comme ça qu'elle signe. Alors, ce document-là, il l'a, le
ministre. S'il ne sait pas lire, je peux lui relire.
M. Jolin-Barrette :
Non, je ne l'ai pas.
M. Barrette : Non, c'est la
réponse que vous avez, on l'a déposée.
M. Jolin-Barrette : Je n'ai
rien, je suis tout nu dans la rue.
M. Jolin-Barrette : Je n'ai rien.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député.
M. Barrette : Alors, M. le
Président, la question est simple. La réponse, elle est claire, le ministre
peut bien tourner autour du pot, mais il y a eu une demande, et il est
incapable de contredire ce que je dis, incapable. Il peut faire les
insinuations qu'il veut, il peut faire les effets de toge qu'il veut, il est
bon, là-dedans, mais ça n'enlève pas le fait qu'il
y a eu une demande spécifique à propos des assignations sur la comparution des ministres.
On nous répond qu'il y en a... qu'il y a cinq assignations, mais, quand
que moi, je dis, là : Il y a combien d'autos dans le stationnement, là,
puis qu'on me dit qu'il y en a cinq, ce
n'est pas deux autos et cinq motos, là, ou deux autos et trois bicyclettes,
c'est : il y en a cinq. C'est simple de même.
Alors, qu'il dise ce qu'il voudra, le ministre,
là, je comprends qu'il est pris, je comprends que ça le rend mal à l'aise, je
comprends que ça l'indispose puis je comprends qu'il ne l'a pas vu passer, mais
là il y a un document qui dit ce qu'il dit, et là ça commande une réponse, et
le ministre ne répond pas — et
là je vois une armée de gens qui vont lui donner la réponse, alors je vais lui
laisser le temps de me répondre, là.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Barrette : Allez-y, M. le
ministre, on vous a donné la réponse, là.
Le Président (M.
Bachand) : 40 secondes, M. le
ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
on est parti, il y avait cinq ministres d'assignés. On est parti que c'était le
ministère de la Justice qui avait répondu. On est parti que la personne était
ici, dans la salle, pour se rendre compte, finalement, que c'est une réponse de
la Coroner en chef, qu'il n'y a jamais eu cinq ministres d'assignés, qu'il y a
seulement eu deux ministres d'assignés, puis les deux ministres, ils ont
comparu.
Alors, en termes d'effets de toge, là, je pense
que je n'ai pas de leçon à recevoir du député de La Pinière. Et qu'il ait
l'honnêteté intellectuelle de dire qu'il s'est trompé dans le cadre de la façon
de formuler sa question et il aurait dû me donner le document auquel il faisait
référence dès le départ plutôt que de laisser sous-entendre que le ministère de
la Justice avait entravé le fait de permettre à des ministres de témoigner, ce
qui n'est pas le cas.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Joliette pour 15 min 21 s, s'il vous plaît.
Mme Hivon : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, salutations aux collègues, au ministre et à
toute son équipe.
Ce matin, on a appris, dans La Presse ,
un jugement qui a été rendu hier, qui est, pour plusieurs, très troublant.
C'est en lien avec l'acquittement de l'ancien député André Chenail. Et ça n'a
rien à voir avec le fait que ce soit un ancien député, ce serait n'importe qui
et je pense qu'il y aurait autant de réactions, de questions et d'émotions qui
viendraient. J'étais curieuse de savoir comment le ministre a réagi quand il a
appris la conclusion de ce procès et la teneur de ce jugement.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, M. le Président, dans un premier temps, je pense qu'on doit toujours
exprimer un appui pour les personnes qui ont été victimes d'infractions de
nature sexuelle dans les dossiers et qui ont le courage de dénoncer.
Ultimement, le résultat, dans ce cas-ci, ça a été un acquittement. Et je vais
réserver certains de mes commentaires parce que le dossier vient d'être rendu,
je ne sais pas ce que le Directeur des poursuites criminelles et pénales et le
procureur vont faire dans le cadre de ce dossier-là. J'ai pris acte du
jugement. L'appréciation de la preuve relève de la magistrature, relève du juge
au dossier.
Cela étant dit, je peux dire que, depuis deux
ans, et avec votre collaboration, on a fait en sorte de pouvoir créer un
tribunal spécialisé avec une division spécialisée en matière de violence
sexuelle et conjugale, que l'ensemble des intervenants
dans le système de justice vont être formés. On a même, également, prévu de la
formation pour la magistrature, pour les futurs candidats qui vont être
nommés, également disponible. Cela étant, je ne peux pas commenter le fond de
la décision.
Mme Hivon : Donc, M. le
ministre peut-il dire s'il pense que, dans un cas comme ça, un tribunal
spécialisé aurait pu faire une différence?
M. Jolin-Barrette :
Ce que je peux vous dire, c'est que, pour les personnes victimes, avec la
mise en place du tribunal spécialisé, il y aura certainement un meilleur
accompagnement, et, tout au long du processus judiciaire, donc, dès le moment
et même avant la dénonciation, les organismes, la police, les procureurs, tout
le monde va être formé. Il y a déjà beaucoup de gens qui sont formés, mais on
va faire beaucoup mieux. Donc, l'idée, c'est d'accompagner la personne victime
tout au long du processus.
Pour ce qui est de la partie, à la division
spécialisée, qui relève de la salle de cour, l'État québécois, lui, fait tout
l'accompagnement, ce qui relève des règles de preuve, relève du législateur
fédéral, vous le savez, au niveau du Code criminel. Mais, pour nous, c'était
extrêmement important de vraiment bien accompagner les personnes victimes du
début à la fin, mais c'est sûr qu'on va uniquement aller en donnant davantage
de services et en améliorant tout le parcours des personnes victimes à travers
le processus judiciaire.
Mme Hivon : Je comprends, M. le
Président, que le ministre ne souhaite pas nous dire s'il pense que le tribunal
spécialisé ou, minimalement, l'aspect de formation continue de tous les acteurs
du système aurait pu faire une différence dans un cas comme celui-là.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, je ne suis pas en mesure, en fonction de ce cas précis là, d'apporter
un jugement parce que je n'ai pas assisté aux procédures, je n'ai pas assisté
au déroulement de ce procès-là, mais ce que je peux vous dire, c'est que, déjà,
la poursuite verticale est en place. Déjà... il y a déjà des mesures
d'accompagnement qui sont en place. Et, bien entendu, lorsqu'on aura le
déploiement en totalité du tribunal spécialisé... on a déjà annoncé
10 projets pilotes qui vont être en place au cours des prochaines
semaines, et, éventuellement, on va l'amener à la grandeur du Québec,
justement, pour que les personnes victimes soient bien accompagnées, bien
outillées. Et d'ailleurs vous vous souviendrez, également, qu'on a étendu le
programme Enfant témoin à la grandeur du Québec pour outiller les enfants
victimes d'agression sexuelle à témoigner. On a la même chose, également, qu'on
est en train de développer avec les CAVAC pour l'aide aux témoignages pour les
personnes victimes.
Mme Hivon : Merci. Maintenant,
ma question serait pour le Directeur des poursuites criminelles et pénales.
Est-ce qu'il peut nous dire s'il a l'intention de porter le jugement en appel?
Le Président (M.
Bachand) : Est-ce qu'il y a consentement
pour donner la parole à Me Michel? Me Michel, s'il vous plaît, vous identifier
officiellement, s'il vous plaît. Merci.
M. Michel (Patrick) : Oui.
Merci, M. le Président. Alors, Patrick Michel, Directeur des poursuites
criminelles et pénales.
Alors, pour répondre à la question de la députée
de Joliette, M. le Président, alors il serait un peu prématuré pour moi de vous
confirmer ou d'infirmer notre intention d'aller en appel. Il faut procéder à
l'analyse du jugement. Et on a 30 jours pour faire connaître notre
intention d'aller en appel, le cas échéant.
Mme Hivon : Merci. Est-ce que
la question de la croyance sincère va retenir une bonne part de votre attention
dans cette analyse?
Le Président (M.
Bachand) : Me Michel.
M. Michel (Patrick) : Oui.
Alors, merci, M. le Président. Alors, évidemment, ça semblait... j'ai parcouru
le jugement, là, qui a été rendu il y a moins de 24 heures, ça semble être
la question, effectivement, au coeur du débat, là, alors notre analyse va
porter essentiellement sur cette question-là.
Mme Hivon : Donc, est-ce que
vous allez avoir besoin du 30 jours avant de statuer à savoir si vous
allez aller en appel dans cette cause ou vous vous attendez à rendre une
décision plus rapidement?
M. Michel (Patrick) : Je ne
suis pas sûr d'avoir compris votre... Avoir besoin du...
Mme Hivon : Est-ce que vous
allez avoir besoin du délai complet de 30 jours ou si vous estimez que
vous allez tenter de rendre une décision rapidement à savoir si le DPCP va
porter en appel ou non?
M. Michel (Patrick) : Je vous...
Le Président (M.
Bachand) : Oui, Me Michel. Allez-y, oui.
M. Michel (Patrick) : Oui,
merci, M. le Président. Je n'oserais pas m'engager. En fait, l'important, c'est
de prendre la bonne décision de porter ou non cette cause-là en appel, et je
pense qu'il faut prendre tout le temps qu'il faut pour analyser en profondeur
le jugement, alors je ne veux pas mettre de pression. Je comprends
qu'effectivement c'est un enjeu d'intérêt public et qu'il faudra faire connaître
notre décision le plus tôt possible aussi, pour la victime, dans l'intérêt de
la victime, mais, cela dit, je veux surtout qu'on fasse une analyse approfondie
du jugement et qu'on prenne le temps de prendre la bonne décision.
Mme Hivon : Merci
beaucoup. Je vais passer maintenant au sujet du procès fantôme, M. le
Président. Malheureusement, lors d'un débat en séance de travail pour se
doter, comme institution, donc, parlementaire, d'un mandat d'initiative pour
pouvoir questionner les principales personnes qui ont été impliquées dans cette
aventure du procès fantôme, ça a été refusé par la
partie ministérielle, les
députés de la
partie ministérielle.
Donc, je vais saisir l'occasion pour questionner
le ministre à savoir comment est-ce que les services judiciaires de son
ministère ont pu voir aller un tel dossier sans qu'il y ait de... sans qu'il
soit répertorié avec un numéro de cour au greffe. Comment est-ce que ça peut
être possible? D'autant plus qu'il a été porté en appel, donc j'imagine qu'il
n'a pas abouti dans une enveloppe brune, sur le parvis de la Cour d'appel, mais
qu'il existait quelque part. Alors, est-ce que le ministre peut nous expliquer
comment ce qui apparaît impensable a pu se produire dans ses services
judiciaires?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, M. le
Président, j'ai eu l'occasion de le dire, notamment, j'ai été troublé par le
fait qu'il y ait eu un procès dit secret ici, au Québec. La publicité des
débats, c'est fondamental, dans notre société, et c'est pour ça qu'on a mandaté les procureurs du Procureur général du Québec
afin de présenter une requête à la Cour d'appel. Notamment, également,
je suis informé que la Cour du Québec a présenté également une requête, parce
qu'à cette époque-là, même la juge en chef ignorait... la juge en chef de la
Cour du Québec ignorait que c'était arrivé.
Alors, on a une date d'audition qui est fixée,
je crois, au 6 juin prochain sur le fondement de la requête, mais il y a
une chose qu'on a pu affirmer, c'est à l'effet que le poursuivant dans cette
affaire-là n'est pas le Directeur des poursuites criminelles et pénales. Et la
Cour d'appel... on a demandé à la Cour d'appel de pouvoir rendre disponibles,
notamment, certaines informations, évidemment, le nom des procureurs, le nom du
juge, également. Donc, on va faire nos
représentations devant la cour d'appel. Et il faut dire que la cour d'appel
elle-même, lorsqu'elle a été saisie du dossier, elle n'a pas non plus
divulgué ces différentes informations-là. Elle rappelle l'importance de la
publicité des débats, mais la Cour d'appel elle-même n'a pas rendu les
ordonnances appropriées, donc c'est pour ça qu'on s'adresse à elle.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Joliette.
Hivon : C'est très intéressant, toute cette mise en
contexte, mais ma question, c'était ce qui est directement sous la
responsabilité du ministre, soit les services judiciaires. Comme premier
responsable des services de justice au Québec, comment le ministre peut-il
expliquer qu'un tel procès a pu avoir lieu sans être inscrit au greffe, sans
avoir aucun numéro de dossier? Comment cela est-il possible, compte tenu des
responsabilités qui sont les siennes?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, en
fait, je ne connais pas, à ce jour, les ordonnances qui ont été rendues,
notamment par le juge saisi du dossier, et qui a entendu l'affaire, donc c'est
pour ça, notamment, qu'on présente une requête à la Cour d'appel, pour avoir
toutes ces informations-là. Et je vais être en mesure de répondre à ces
questions-là auxquelles... je me pose également ces questions-là que vous
soulevez, également, afin de pouvoir faire la lumière sur toute cette
démarche-là qui a eu cours dans le cadre de procédures judiciaires.
Et je l'affirme, ce n'est pas normal et ça ne
doit jamais réarriver qu'un dossier n'ait pas de numéro de dossier, que le
greffe ne soit pas informé, que le juge ne soit pas connu, que les procureurs
ne soient pas connus non plus. Alors, c'est
possible, dans certaines situations particulières, d'émettre certaines
ordonnances, notamment de non-publication, notamment de huis clos, dans
certaines circonstances, mais la situation qui s'est produite m'apparaît
inexplicable, et c'est pour ça qu'on fait
une requête devant la Cour d'appel, justement pour faire en sorte d'avoir accès
à cette information-là, que le public
ait accès à l'information, le tout sous réserve des circonstances particulières
qui pourraient être dans le dossier.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Joliette,
s'il vous plaît.
Mme Hivon : Est-ce que je comprends
que le ministre n'a pas commandé d'enquête interne au sein de ses services et
des services judiciaires pour savoir comment tout ça aurait pu arriver? Il n'y
a pas eu d'examen interne de fait et de commandé par le ministre à l'intérieur
de son ministère?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : La première
étape est de pouvoir savoir quelles sont les informations, relativement, notamment,
même aux districts. Alors, je peux bien mener une enquête interne, mais où,
quand, comment? Il faut avoir un début d'information. Pour savoir de quelle
façon peut se tenir un tel procès, il faut avoir un commencement d'information,
et c'est pour ça que je m'adresse à la Cour d'appel.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée.
Mme Hivon : Mais le ministre n'a pas
cru bon de demander à l'ensemble des districts judiciaires, à l'ensemble des
services judiciaires de l'ensemble du territoire du Québec s'ils avaient des
informations et comment, à la lumière de leurs procédures, de leurs méthodes de
fonctionnement, un tel dossier avait pu cheminer sans être inscrit au greffe, comment il avait pu se ramasser à la Cour d'appel, donc, il
n'a pas cru bon de demander cette vérification-là? Il y a, oui, un certain
nombre de districts judiciaires. Il me semble que l'importance de l'enjeu
commande qu'on le demande à l'ensemble des services judiciaires concernés.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Il est très
clair que tous nos officiers de justice respectent les procédures et les
processus, et on ne peut pas demander à un
officier de justice à aller à l'encontre de la loi. J'ai discuté avec les
différents juges en chef dans le cadre de la requête que j'ai présentée
pour faire en sorte de connaître les informations dont ils disposaient. La Cour
du Québec s'est adressée également à la Cour d'appel, le Procureur général
s'est adressé à la Cour d'appel pour faire la lumière sur ça, et, si d'aventure
il y a des enjeux en lien avec les services judiciaires, les correctifs seront
pris.
À ce stade-ci, rien ne m'indique qu'il y a eu un
enjeu avec les services de justice dans les différents palais de justice, et ça, je veux être très clair, si jamais
il y a un enjeu et si le dossier nous démontre qu'il y a un enjeu, vous
pouvez être certaine que tous les correctifs vont être appropriés. Mais ce
n'est pas une pratique qui est admissible, ce n'est pas une pratique qui est répandue,
et c'est un dossier exceptionnel, et ce genre de dossier là ne doit pas se
reproduire.
Alors, vous
comprendrez que la personne qui rend les ordonnances dans un dossier comme
celui-là, c'est le juge. Alors, je n'ai pas accès au dossier, je n'ai pas
accès aux différentes informations, alors c'est pour ça que je m'adresse à la
Cour d'appel, pour connaître la teneur du dossier, la teneur des parties,
l'endroit du district, également.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Sur quelle base le
ministre peut me dire qu'il estime qu'il n'y a pas eu d'erreur ou de problème à
l'intérieur de son ministère s'il refuse de dire qu'il a commandé une enquête?
Jolin-Barrette : Il y a des
vérifications internes qui ont été effectuées, à savoir : Est-ce que c'est
déjà arrivé? Est-ce que c'est une pratique qui existe? Est-ce qu'il y a
eu une autorisation? Il n'y a pas... aucune autorisation, dans aucun district
judiciaire, dans aucun palais de justice au Québec, de faire cela de la part du
ministère de la Justice. Alors, on est dans
une situation, véritablement, où il y a une décision qui a été prise par un
juge, où il y a des ordonnances qui ont été émises, et là on est devant
la Cour d'appel pour faire en sorte qu'il y ait des levées d'ordonnances et
qu'on puisse savoir quel juge, quel procureur, quel district.
Mme Hivon : Donc, M. le Président,
le ministre a demandé des vérifications. C'était le sens de ma question depuis
plusieurs minutes. Donc...
Mme Hivon : Bien, une enquête, des
vérifications, un examen, donc, on se comprend, là. Si le ministre veut jouer
sur les mots, là, on peut jouer sur les mots, là, mais, ici, je n'ai pas
beaucoup de temps, ça fait que j'aimerais ça, avoir la collaboration du
ministre.
Donc, je
comprends qu'il a demandé des vérifications. Il estime qu'à ce jour personne
n'aurait donné d'autorisation, mais est-ce qu'il va convenir avec moi
qu'un tel procès, pour se tenir et pour aller en appel, a dû avoir le concours
des services judiciaires pour pouvoir circuler dans l'appareil?
Le Président (M.
Bachand) : 30 secondes, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Pas
nécessairement.
Mme Hivon : Le ministre juge que ça
a pu se faire totalement en marge des services judiciaires et cheminer jusqu'à
la Cour d'appel sans qu'il y ait numéro de cour, sans qu'il y ait de greffe
impliqué, sans qu'il n'y ait personne des services judiciaires d'impliqué? O.K.
M. Jolin-Barrette : C'est une
possibilité.
Mme Hivon : Est-ce que le ministre
connaît l'identité du juge qui a présidé au procès à ce jour?
M. Jolin-Barrette : Non.
Le Président (M.
Bachand) : Quelques secondes.
Mme Hivon : Est-ce qu'il me reste du
temps?
Le Président (M.
Bachand) : Une seconde.
Président (M. Bachand) : On va revenir au prochain bloc. Merci
beaucoup. M. le député de La Pinière, s'il vous plaît.
M. Barrette : Alors, merci, M. le
Président. Je vais poser une question assez simple au ministre.
Le Président (M.
Bachand) : Non, on l'a reçue, il y avait un petit peu de
caviardage à faire. Alors donc, le document est maintenant déposé...
Président (M. Bachand) : Au
niveau de l'adresse ci-haut. Alors donc... compris, vous allez voir, là, le
fond de la lettre demeure, mais il y avait comme des informations personnelles
qu'on a dû protéger.
Alors, M. le député de La Pinière, s'il vous
plaît.
M. Barrette : Et je recommence à
zéro, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) : Vous continuez, M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Alors, mais ça a été
pris sur mon temps, ça?
Le Président (M.
Bachand) : C'est concernant un document que vous avez déposé.
Alors, allez-y.
M. Barrette : Bon. Merci, M. le
Président. Ce n'était pas une critique envers vous, M. le Président, vous le
comprenez. Alors, je vais poser une question d'une infinie simplicité au
ministre. Je ne sais pas s'il va être capable de passer au travers. Dans son
expérience, là, quand on fait une demande d'accès à l'information et qu'il n'y
a pas d'information à propos du sujet en question, il n'y en a pas, là, est-ce
qu'il y a un ministre au gouvernement qui gagne plus de 1 million de
dollars, à la Commission d'accès à l'information, la réponse va être non, à ma
connaissance, à moins que le ministre ait des informations que je n'ai pas.
M. Barrette : ...je n'ai pas fini,
je n'ai pas fini. M. le Président, je n'ai pas terminé.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y, allez-y.
Barrette : Alors, est-ce que le ministre est d'accord pour
dire que, quand on demande... on fait une demande d'accès à
l'information, lorsque, pour la question posée, la réponse, c'est non, c'est
non, c'est ce qu'on va avoir, comme réponse?
M. Jolin-Barrette : ...question?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : O.K. Bien, écoutez, les responsables de l'accès à
l'information rendent disponibles les accès à... les réponses en
fonction des critères qui sont... des demandes qui sont demandées. Vous avez
formulé une demande d'accès à l'information que je n'ai toujours pas entre mes
mains et que je n'ai pas vue, vous avez dit que c'était au ministère de la
Justice, ce n'est pas pantoute au ministère de la Justice, c'est au Bureau de
la coroner en chef, et qui est,
accessoirement, responsable de l'accès à l'information. C'est ce que
j'apprends. Dans le cadre de cette demande-là, je comprends que vous
avez posé différentes questions et il y a différentes réponses. Et là on dit
qu'il y a cinq personnes d'assignées. Moi, ce que je vous dis, c'est que toutes
les personnes, tous les ministres qui ont été assignés par la coroner ont
comparu.
Le Président (M.
Bachand) : ...déposé. Merci. M. le député
de La Pinière.
M. Barrette : Très bien, M. le
Président. Alors, voici où le bât blesse. Alors, encore une fois, le ministre
n'a pas répondu à la question. Je vais lui suggérer une réponse la prochaine fois
qu'il voudrait bien parler du sujet. La réponse est simple : Quand on fait
une demande d'accès à l'information et que c'est clair que la réponse, c'est
non, c'est non. Ils vont répondre, tout le monde, dans tous les ministères,
partout au gouvernement : L'information n'est pas disponible. Et, quand
l'information est disponible et est, mettons, protégée, on va utiliser diverses
formules. Dans le cas présent, c'est devant ça qu'on est, là. On pose une
question à propos de l'assignation des ministres, et la réponse qu'on nous dit,
c'est : «Nous ont permis d'identifier cinq assignations.» On parle
d'assignations de ministres et on nous répond : Cinq assignations.
Là, le ministre ne peut
pas me répondre : Je n'ai pas la demande d'accès, elle est citée, la demande,
là, dans le document qu'il a devant lui, elle est citée, telle quelle. Et la
réponse est : «Nos recherches nous ont permis d'identifier cinq
assignations à témoigner.» Le sujet, il est dans la demande. On parle des
ministres. Dans les faits, une responsable d'accès à l'information
dirait : Non, il n'y a pas eu d'assignation de ministre; il y a eu
assignation de deux ministres, mais non, on pose une question sur des
ministres, elle nous répond, la personne : Il y a eu cinq assignations à témoigner.
Et ça, c'est à la suite d'échanges, c'est des recherches qui ont été faites qui
incluent le Procureur général.
Là, depuis le début, le ministre, là, essaie de
nous dire qu'il n'a rien vu passer, son monde n'a rien vu passer, le texte ne
veut pas dire ça, mais le texte, il veut dire ça. Alors, M. le Président, là,
comment peut-on concilier le fait qu'on demande les courriels et échanges
concernant la comparution, les assignations, et que la personne qui répond
répond qu'avec ses recherches ils ont identifié cinq assignations? Comment
peut-on concilier la réponse du ministre avec ça? Ça ne se peut pas. Il y a,
implicitement, cinq ministres d'assignés. C'est ça qu'elle dit, la lettre.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Ce n'est pas ça
que ça dit pantoute, M. le Président. Puis, honnêtement, je suis un peu déçu,
parce que le député de La Pinière est un homme intelligent et il essaie de
faire coller une histoire qui ne fonctionne pas. Là, il rattache des faits, là.
M. le Président, le député de La Pinière vient
de dire : Écoutez, le ministre... il n'y a personne dans la gang du
ministre qui a vu passer ça, relativement à la demande d'accès. Écoutez, M. le
Président, c'est normal que l'ensemble de la fonction publique, du ministère de
la Justice du Québec ne soit pas au courant. Le ministère de la Justice,
ministère dont je suis responsable, le Procureur général, Bureau de la coroner
en chef... Le coroner, là, son ministère de tutelle, c'est le ministère de la
Sécurité publique. Moi, je suis ministre de la Justice, pas ministre de la
Sécurité publique. En plus, le Bureau du coroner est un organisme totalement
indépendant. La démonstration, c'est que la coroner Kamel, qui est coroner, qui
n'est pas la coroner en chef, mais qui est coroner, a assigné toutes les
personnes qu'elle souhaitait assigner, et elles ont comparu devant elle. Nous,
pour ce qui est du gouvernement, là, on a deux ministres qui ont été assignés,
et les deux ont comparu, je ne peux pas être plus clair que ça : la
ministre de l'Enseignement supérieur, la ministre responsable des Aînés. Si
d'aventure, là, la coroner avait assigné d'autres ministres... O.K., prenons
votre cas, là, hypothétique, là, prenons votre cas. Supposons que des ministres
avaient été assignés, puis elle leur avait envoyé un subpoena, et que le
Procureur général aurait dit : Non, non, ils n'iront pas témoigner,
qu'est-ce qu'il aurait fallu qu'on fasse? Il aurait fallu qu'on prenne une
requête en cassation du subpoena devant la Cour supérieure, O.K.? Ça, ce n'est
pas un procès secret, là. S'il y avait eu une requête du Procureur général en
matière de cassation d'un subpoena, vous l'auriez su, pas mal tout le monde
l'aurait su, M. le Président, ça aurait certainement été publicisé.
Avez-vous,
dans le cadre de l'enquête publique de la coroner, vu une requête du Procureur
général pour casser un subpoena, de
la coroner Kamel vers un ministre du gouvernement du Québec? La réponse, c'est
non. La réponse à la question du
député de La Pinière, c'est qu'il y a deux ministres qui ont été assignés, puis
les deux, ils ont comparu, puis ça finit là.
Et, pour renseigner adéquatement les gens qui
nous écoutent, là, dans la réponse, là, que la coroner Descary fait parvenir à
l'aile parlementaire du Parti libéral, là, elle nous indique : «Après
analyse, il s'avère que nous ne pouvons donner suite à votre demande — point. En
effet, nos recherches nous ont permis d'identifier cinq assignations à
témoigner devant la coroner Géhane Kamel.» Point. Ça ne dit pas «cinq
assignations en lien avec des ministres». Vous, dans votre question, là, vous
faites référence à la comparution des ministres, mais elle, dans sa réponse,
elle ne fait pas référence à ça. Donc, vous faites un lien qui n'existe pas et
vous tirez des inférences d'une réponse qui est incomplète, à la lumière des
informations que vous voulez.
«Toutefois, en application de
l'article 162.1 de la
Loi sur la recherche des causes et des circonstances
de décès (chapitre R-0.2), les assignations des témoins ne sont publiques
que lorsque le coroner a transmis son rapport d'enquête. Par ailleurs, nous
tenons également à souligner que, conformément à l'article 180 de cette
même loi, l'article 162.1 s'applique, malgré les dispositions de la Loi
sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des
renseignements personnels, ci-après la LAI. Conséquemment, les assignations à
témoigner ne peuvent vous être transmises en date de la présente réponse.
«Ensuite, nos recherches nous ont également
permis de retracer divers courriels échangés entre les procureurs du Bureau de
la coroner ayant assisté la coroner Kamel lors de l'enquête publique concernée
et les procureurs du bureau du Procureur général du Québec. Ces échanges relèvent
du secret professionnel de l'avocat, tel que protégé par l'article 9 de la
Charte des droits et libertés de la personne, l'article 60.4 du Code des
professions et l'article 131 de la
Loi sur le Barreau, et sont donc
strictement confidentiels. Conformément à l'article 51 de la loi, nous
vous informons que vous pouvez demander la révision de cette décision auprès de
la Commission d'accès à l'information. Vous trouverez ci-joint une note
relative à ce recours. Veuillez agréer, madame, nos salutations distinguées.»
C'est signé : Pascale Descary, avocate responsable de l'accès aux
documents et de la protection des renseignements personnels. Et je crois que Me
Descary est également Coroner en chef du Québec.
Alors, M. le
Président, il n'est aucunement question que cinq ministres ont été assignés à
témoigner. Moi, M. le Président, je
vous le dis, on a eu deux ministres qui ont été assignés, et ils ont été
témoigner. À partir de ce moment-là, le député de La Pinière peut faire
un gros show avec sa lettre... alors la lettre ne dit pas ça, alors qu'est-ce
que vous voulez que je vous dise? Le député
de La Pinière dit : Écoutez, le ministère de la Justice n'est pas
transparent, là-dedans, il n'y a personne qui a vu ça. Écoutez, c'est
sûr qu'on n'est pas au courant d'une demande d'accès à l'information d'un autre
organisme qui n'est pas dans le périmètre budgétaire du ministère de la
Justice. Vous voudriez que...quoi, que le ministre de la
Justice soit responsable de toutes les demandes d'accès à l'information de tous
les ministères et tous les organismes au Québec? J'espère que ce n'est pas ça,
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Non. On va revenir,
M. le Président, sur le fond des choses. Je répète, pour le bénéfice de ceux
qui nous écoutent, là, ils ne sont pas fous, là, ceux qui nous écoutent, là.
Même un journaliste qui nous écoute sait très bien, là, parce qu'eux autres ils
en font régulièrement, eux autres aussi, des demandes d'accès à l'information,
ils savent très bien que, quand on pose une question sur un sujet et que la
réponse est clairement négative, la réponse est clairement négative. On
n'invoque pas, lorsqu'on répond, les lois et règlements si la réponse est
négative. On invoque un certain nombre de choses, des raisons pour ne pas
révéler certaines informations en des règles, des lois. C'est ce qui est fait
ici, là. On n'aurait pas besoin... on n'aurait pas besoin de faire référence à
des articles de lois sur l'accès à l'information, s'il n'y avait pas des
informations non divulgables. C'est comme ça que ça fonctionne, l'accès à
l'information. Si, à la question, il y a, tu sais... quelles sont les
assignations?, et qu'on répond cinq, c'est l'assignation des ministres. Si on pose une question sur
l'assignation des ministres et que le responsable de l'accès à l'information
répond cinq, bien, il ne les dira pas en invoquant la loi, mais c'est parce
qu'il y en a cinq. Il n'a pas besoin... Si ça avait eu zéro ministre, là, la personne responsable de l'accès à l'information
n'aurait pas dit : Il n'y en a pas, puis, pour vous dire ça,
j'invoque la Loi d'accès à l'information. Il aurait dit : Il n'y a pas,
dans nos recherches, d'assignation de ministre, il n'y en a pas.
On pose une
question claire, nette, précise : documentation sur la comparution de
ministres, au pluriel. Réponse : On a trouvé cinq assignations. Et
on sait qu'il y en a eu bien plus que cinq, là, dans l'enquête. Il y a eu des
sous-ministres, il y a eu ci, il y a eu ça. La question, c'est les ministres.
On en a... on a trouvé cinq assignations. C'est en lien avec la question. Et,
«by the way», on ne peut pas vous dire autre chose, parce que la loi ne nous
permet pas. Ce n'est pas une histoire que je construis, là. C'est la vie
quotidienne de l'accès à l'information. On sait que, dans ce gouvernement là,
on caviarde beaucoup, on le sait, particulièrement à la Justice. Mais la
réalité, là, elle est là.
Maintenant, M. le Président, ce n'est pas tout.
Il y a plus. Dans la deuxième question, M. le Président... On a posé, nous,
deux questions, je vais lire la deuxième question : «Une copie de
l'entente ou tout autre document entre le coroner et le protecteur général du
Québec ou le gouvernement du Québec concernant la comparution des ministres dans le cadre de l'enquête», bon, que l'on
connaît. Ça se termine par : «...concernant la question du privilège
parlementaire.» Le ministre l'a lu il y a quelques instants, là, dans la
réponse : «Nos recherches nous ont également permis de retracer divers
courriels échangés entre les procureurs du Bureau de la coroner ayant assisté
la coroner Kamel lors de l'enquête publique concernée, et les procureurs du
bureau du Procureur général.» C'est lui, là, ça, là. Nous, on cherche à savoir
s'il y a eu une entente, s'il y a eu quelque chose. La réponse, elle est
claire : il y a eu des courriels, il y a eu des échanges entre les
procureurs de la coroner et son bureau, au ministre. Je l'ai établi, on l'a établi.
Là, c'est le Procureur général. On ne peut pas nier ça, là, c'est écrit noir
sur blanc. Alors, il y a eu des échanges. De quelle nature? Pourquoi?
Là, le ministre va-tu nous dire que : Bien,
non, je ne savais rien, je ne suis pas intervenu là-dedans, j'étais en orbite
autour de la commission, puis il ne s'est rien passé? La Commission d'accès à
l'information, là, ici, là, n'a pas dit, là non plus : Il n'y a rien. On
pose une question sur une entente, c'est la deuxième question. La première question,
les ministres. La deuxième question : Y a-tu eu une entente? Et, dans les
deux cas, on ne nie pas la question, on ne la nie pas. La réponse, c'est :
On ne peut pas vous le dire. C'est ça, la réponse.
Le ministre dit : C'est une inférence.
Bien, c'est comme à la cour, une preuve circonstancielle. Peut-être que, là, ça
ne s'applique pas. Je suis sûr que ça ne s'applique pas. Mais là, à un moment
donné, M. le Président, là, ça commence à ressembler à : il y a quelque
chose, puis on ne le dit pas. Alors, le ministre, là... Là, là, son bureau, là,
a eu ces échanges-là. Est-ce qu'il peut nous indiquer quelle était la nature
des échanges?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, je pense que c'est important que je réexplique le tout. Et là le
député de La Pinière essaye de créer une histoire à partir d'un mot isolé, dans
une réponse à l'accès à l'information. Il est écrit «cinq assignations». Il
n'est pas écrit «cinq assignations de ministres». Il n'est pas écrit «cinq
assignations de ministres différents». Il n'est pas écrit «cinq assignations de
personnes différentes». Ça se peut qu'il y ait plus d'une assignation pour la
même personne, aussi. Est-ce que c'est venu à l'esprit du député de La Pinière,
également?
Alors, M. le
Président, il n'y a absolument rien, dans la demande d'accès à l'information,
qui indique qu'il y a eu plus de deux
ministres qui ont été assignés à témoigner. Et par ailleurs, je le réitère,
tous les ministres qui ont été assignés à la commission ont témoigné. Il y a deux ministres qui ont été
assignés : la ministre responsable des Aînés ainsi que la ministre de l'Enseignement supérieur. Et la
ministre responsable des Aînés a même... est même sortie de son congé de
maladie parce qu'elle devait témoigner
préalablement. Elle est tombée en congé de maladie, elle s'est retrouvée en
congé de maladie et, malgré cela,
elle a décidé de venir témoigner devant la commission de la coroner par respect
pour les familles des victimes.
L'autre point qui est important, M. le
Président, en lien avec ce que nous dit le député de La Pinière, là, il nous
dit : Écoutez, le bureau est intervenu. C'est une demande d'accès qui est
formulée au Bureau de la coroner, puis il dit : Justice s'en est mêlée.
Bien non, c'est un organisme différent. C'est comme si, à l'époque où il était
ministre de la Santé, je lui aurais dit : Le ministère de la Santé est
intervenu à l'Agriculture. Je ne pense pas, là. Ce n'est pas le même ministère,
ce n'est pas le même organisme, ce n'est pas sous sa responsabilité. C'est
exactement la même chose. Donc, écoutez, on essaye de faire une histoire, mais
il n'y en a pas.
L'autre
élément, le député de La Pinière nous dit : Aïe! Il y a eu des échanges
entre le Procureur général puis les procureurs de la coroner. Bien oui, bien
oui, les avocats, ils se parlent. Le député de La Pinière, il a déjà eu recours
à des avocats. Je suis convaincu que, dans sa note de frais de ses avocats, il
y avait discussions entre procureurs, puis sûrement que ça lui a coûté cher,
aussi, relativement aux discussions qu'il y a eu entre procureurs. Mais
effectivement les avocats, ils se parlent, parce qu'en prévision d'une
comparution ils discutent entre eux. On a eu deux ministres qui ont été
témoigner. Effectivement, les avocats du procureur général ont eu des
discussions avec les avocats de la coroner qui étaient responsables de la
commission d'enquête en lien avec le CHSLD Herron. Effectivement. Mais il n'y a
absolument aucune histoire là et il n'y a
rien, dans le document que vous avez déposé, qui démontre qu'il y a eu cinq
ministres qui ont été assignés. Vous tirez des inférences sur un bout de phrase
qui n'est pas cohérent avec l'ensemble et vous faites dire à ce mot-là, qui est
pris hors de son contexte...
Écoutez, moi aussi,
je pourrais créer une histoire, là. Je vais vous envoyer une demande, puis là
vous m'avez répondu un mot là, puis en disant : Ça veut dire ça. Bien non,
ce n'est pas de même que ça marche. Vous devez énoncer clairement ce que vous
avez dans votre document. Je comprends que vous voulez faire une nouvelle avec
ça, mais, honnêtement, il n'y a absolument
rien. Il n'est pas indiqué dans le document qu'il y a cinq ministres qui ont
été assignés. Il est écrit qu'il y a eu cinq assignations, il n'est pas
écrit «cinq ministres différents», il n'est pas écrit «cinq personnes
différentes» non plus. Alors, ayez l'honnêteté de dire véritablement ce qui se
retrouve dans la réponse d'accès à...
Président (M. Bachand) : ...
Jolin-Barrette : Bien, M. le Président, on a commencé en disant :
Vous êtes Procureur général, vous êtes au courant de tout, votre bureau a
traité la demande d'accès à l'information. Bien non, la démonstration, on l'a
faite très clairement que ça relève du Bureau du coroner. Je n'ai jamais de
contacts avec eux d'une façon hiérarchique, le Bureau du coroner, il relève de
la ministre de la Sécurité publique, puis, en plus, ils sont indépendants. Je
pense qu'ils sont nommés pour sept ans, M. le Président. Le coroner, là, il a
le pouvoir, en vertu, je crois, de la
Loi sur le coroner ou de la
Loi sur les
commissions d'enquête, d'assigner et de faire comparaître devant lui pour poser
toutes les questions qu'il souhaite. Et c'est ce que la coroner a eu l'occasion
de faire avec la ministre de l'Enseignement supérieur, avec la ministre
responsable des Aînés.
Le Président (M. Bachand) : Merci. M. le député de Chapleau, s'il vous plaît, pour une période de 13
min 55 s.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. J'en profite pour
vous saluer, saluer le ministre, également l'ensemble des équipes, là, qui
l'accompagnent, des visages familiers que ça me fait plaisir de retrouver,
également les collègues de l'opposition et les collègues de la banquette
ministérielle.
J'aimerais
peut-être entretenir le ministre, M. le Président, sur un programme qui me
tient à coeur particulièrement, on l'a mentionné, là, un peu plus tôt,
le programme témoin enfant et autres témoins vulnérables. C'est une importante initiative, là, de l'Outaouais, en fait, ce
programme-là qui a été élaboré initialement, là, par le Centre d'aide aux
victimes d'actes criminels de l'Outaouais et ses partenaires, puisque... à la
suite de certains constats que plusieurs enfants, en fait, avaient besoin
d'accompagnement pour témoigner dans un contexte judiciaire.
D'ailleurs, le
ministère de la Justice puis le ministre a reconnu le bien-fondé de ce
programme-là puis il a même accordé 2,1 millions de dollars de
financement annuel récurrent au réseau des CAVAC sur l'ensemble du territoire
québécois. D'ailleurs, je tiens à saluer et à féliciter Mme Kathleen
Dufour, là, qui est la directrice générale du CAVAC de l'Outaouais qui a
développé ce programme-là. J'ai eu l'occasion d'aller à sa rencontre, au CAVAC
de l'Outaouais, puis elle m'a parlé à quel point elle était heureuse de cette
décision-là. Et elle a même eu l'occasion d'aller faire rayonner ce
programme-là du ministère de la Justice en France. Donc, ça rayonne à
l'international, ça a des échos partout sur la planète. Donc, c'est très bien.
On le sait, M. le
Président, que le tribunal, ça peut être un endroit qui est très austère pour
les personnes victimes appelées à témoigner. Évidemment, elles doivent
respecter des règles qu'elles connaissent plus ou moins. Ça peut être très
intimidant, surtout lorsqu'on a vécu un traumatisme. C'est encore plus
important, cette sensation-là, chez les témoins qui sont vulnérables, lorsque
le traumatisme peut influencer de manière considérable leur capacité de
témoigner. On pense aux enfants mais on pense aussi, là, aux personnes victimes
de violence sexuelle ou de violence conjugale, évidemment. Puis le réseau,
justement, des CAVAC travaille, donc, fait le travail de préparation des
témoins dans le but de rendre ce témoignage-là, là, le plus normal — du
moins, si on peut dire «normal», là — possible.
Donc, et évidemment,
là, le programme a pour but d'offrir une préparation et un accompagnement
adaptés à la situation des témoins
vulnérables dans un dossier judiciaire qui est lié à une infraction criminelle.
Puis ce programme-là permet, là, aux témoins mineurs, là, comme je le
disais, d'améliorer leurs connaissances du fonctionnement de la cour, de les accompagner dans la préparation du
témoignage et évidemment, là, de les aider avec leur confiance en eux-mêmes
dans le cadre des interventions qu'ils vont
avoir à faire au tribunal. Et leur préparation, il s'agit d'une intervention
d'une durée, là, d'environ... de 25 à
30 heures, en comparaison avec un adulte moyen, pour qui c'est... une
période de quelques heures va pouvoir s'avérer suffisante. Donc, pour
ces enfants-là et ces témoins vulnérables là, bien, ça leur permet d'être bien
préparés, là, à ce niveau-là.
Puis d'ailleurs ma
question au ministre, M. le Président, là, traite de cet effet-là : Donc,
où on en est avec le déploiement, là, du programme, donc pour les enfants et
les autres témoins vulnérables? Et quels sont, là, les impacts, là, sur le
terrain?
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Alors, écoutez, le Programme enfant témoin qui a été développé par le
CAVAC de l'Outaouais, c'est un excellent
programme qui, justement, fait en sorte que les enfants qui ont été agressés
sexuellement, ils sont accompagnés par les
différents intervenants des CAVAC pour vraiment les outiller. Et on a financé
le programme pour qu'il soit étendu à
la grandeur du Québec. Et également Drummondville, le district de
Drummondville, le CAVAC de Drummondville, eux également l'ont implanté
rapidement, suite à l'Outaouais. Alors, je pense que c'est vraiment un beau
succès.
Et d'ailleurs, ce qu'on a fait, lorsqu'on a
annoncé le financement pour l'ensemble du territoire québécois pour les enfants,
bien, on a également donné le mandat au réseau des CAVAC de développer la même
formation mais pour les adultes en situation de vulnérabilité, donc des gens
qui ont des enjeux de santé mentale, également les personnes qui sont victimes
de violence conjugale ou de violence sexuelle, également, pour qu'ils aient la
possibilité de suivre également la même formation.
Donc, c'est important de dire que les
intervenantes ne parlent pas directement des faits de la cause, ne parle pas de
l'agression, supposons, de l'agression sexuelle comme telle, mais vont parler
du déroulement, vont aller visiter les lieux, vont outiller la personne
victime, également, dans son propos. Parce que, vous savez, pour beaucoup de
personnes, la majorité des gens n'ont pas à aller en cour, n'ont pas à rentrer
dans une salle de cour, puis parfois le palais de justice, ça peut être
intimidant, le juge, ça peut être intimidant, les procureurs, ça peut être
intimidant. Donc, la personne va être appelée à aller visiter la salle de cour,
expliquer le rôle de tous et chacun. Et justement, le député de Chapleau le
disait bien, 25 à 30 heures, donc, ça permet de bien renseigner la
personne, de l'outiller. Et aussi, lorsqu'on parle de l'accompagnement dans le
processus du tribunal spécialisé, bien, ça en fait partie, justement, pour que
la personne soit mieux accompagnée, mieux outillée pour son témoignage. Donc,
lorsqu'on dit que l'État sera là pour accompagner les personnes victimes, c'est
une illustration concrète.
Le Président (M. Bachand) : M. le député de Chapleau, s'il vous plaît.
M. Lévesque (Chapleau) : M. le
Président, j'aimerais peut-être amener, pour la prochaine question, le ministre
sur la question d'un accomplissement qui nous est tous très cher, honnêtement,
là, au gouvernement, puis c'est vraiment important d'en parler à ce moment-ci,
là. Évidemment, le tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de
violence conjugale, honnêtement, c'est une réussite qui rayonne sur l'ensemble
des collègues, parce que ça a été adopté à l'unanimité.
On se souviendra qu'en décembre 2020 le
comité d'experts, là, sur l'accompagnement des personnes victimes d'agression
sexuelle et de violence conjugale avait déposé officiellement le rapport Rebâtir
la confiance . C'est un rapport qui a animé beaucoup, beaucoup de nos
travaux, là, ici à l'Assemblée nationale, et il y a plusieurs collègues qui
l'ont commenté puis qui l'ont travaillé également. Ça comportait justement, ce
rapport-là, M. le Président, vous vous en souviendrez, un
chapitre qui portait
sur la mise en place d'un tribunal spécialisé en matière d'agression sexuelle
et de violence conjugale au Québec. Puis d'ailleurs le ministre de la Justice a
pris cette fameuse balle au bond puis il a annoncé, en février 2021, la mise
en place d'un groupe de travail spécialisé, là, en fait, qui était composé, là,
du ministère de la Justice, il y avait la Cour du Québec qui est impliquée
également, le Directeur des poursuites criminelles et pénales, le ministère de
la Sécurité publique, la Commission des services juridiques, le ministère de la
Santé et des Services sociaux, le Secrétariat aux affaires autochtones, le
Secrétariat de la condition féminine aussi.
Puis, il y a eu un rapport de ce groupe-là de
travail le 19 août 2001, ce qui a mené, là, on se souviendra, au
dépôt du projet de loi n° 92 qui était, en fait, la
Loi visant la création d'un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle
et de violence conjugale, qui a été déposé à l'Assemblée nationale le
15 septembre 2021. Et la loi, donc, en tant que telle, qui visait la
création du tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence
conjugale a été adoptée à l'unanimité. Donc,
c'est en l'honneur de tous les parlementaires, évidemment, là... à l'honneur,
c'est-à-dire, de tous les parlementaires, qu'il a été adopté le
25 novembre 2021 puis sanctionné cinq jours plus tard, le
30 novembre. Puis ça visait
principalement, là, évidemment, à rebâtir la confiance des personnes victimes
envers le système de justice, à leur offrir
des services psychosociaux, judiciaires intégrés et adaptés, et ce, dès le
premier contact, là, avec un service de police.
Puis les services, vraiment... les personnes
victimes, c'est-à-dire, bénéficient, là, d'aménagements davantage sécuritaires
au sein des palais de justice. Ça évite, évidemment, de croiser l'accusé. Il y
a des salles d'attente qui sont destinées à
ces personnes-là. Il y a même des toilettes qui sont réaménagées à cet
effet-là. Ça les rend davantage accueillants, là, les palais de justice,
à ce niveau-là. Puis évidemment le tribunal spécialisé prévoit, là, une offre
de formation qui est continue, de base et spécialité sur... et spécialisée,
c'est-à-dire, sur les réalités relatives à la violence sexuelle et la violence
conjugale, pour l'ensemble des intervenants dans ces dossiers-là.
On a eu évidemment, là, l'occasion de travailler
sur le projet de loi avec le ministre, lors de l'étude détaillée, puis ça a été de fort bons échanges, fort
pertinents, pour mener au meilleur projet de loi possible. Et j'aimerais peut-être
entendre le ministre sur quelle différence cela va faire, quelle différence
cela peut faire... ça fait, actuellement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Écoutez,
c'est une évolution importante, le tribunal spécialisé, en lien avec avec la
justice criminelle au Québec. Ça faisait longtemps qu'il y avait des personnes
victimes qui s'exprimaient relativement aux malaises de la réceptivité du
système de justice criminelle, au Québec, et de l'accompagnement.
On doit le dire, là, M. le Président, dans nos
palais de justice, il y a énormément de personnes qui travaillent à
accompagner, à aider les personnes victimes. Je pense à tout le personnel
judiciaire qui est présent, au premier chef les constables
spéciaux, les greffiers, les agents de bureau, les directeurs de palais de
justice. Ceux-ci, là, ils font des pieds et des mains pour bien accompagner les
personnes victimes. Même chose au niveau des procureurs aux poursuites
criminelles et pénales, M. le Président. Les gens qui oeuvrent au Directeur des
poursuites criminelles et pénales, ils accompagnent les personnes victimes,
écoutent leurs histoires, les guident à travers le processus judiciaire au
maximum de leur capacité. Et je souhaite
leur rendre hommage pour le travail qu'ils font, parce que, si on est en
mesure, justement, M. le Président, de mettre en place le tribunal
spécialisé, c'est en raison des différents acteurs, des procureurs qui sont
directeurs des poursuites criminelles et pénales, du personnel administratif,
également, qui est au Directeur des poursuites criminelles et pénales, dans les
différents palais de justice, en termes d'accompagnement. Puis, je vais vous le
dire, ce sont des gens qui sont dévoués et qui ont à coeur leur mission.
Également, je tiens à souligner le travail des
intervenantes et des intervenants des Centres d'aide aux victimes d'actes
criminels, les CAVAC. Ces personnes-là travaillent en collaboration avec les
acteurs judiciaires du système de justice, avec les procureurs, également, aux
poursuites criminelles et pénales pour accompagner les personnes victimes, les
rencontres fixes, et c'est vraiment un travail d'équipe, les intervenants
psychosociaux, également, les organismes communautaires des différentes
régions. Alors, c'est grâce à l'ensemble des équipes qui sont présentes sur le
terrain qu'on réussit, M. le Président, à développer le tribunal spécialisé.
Mais, même avant le tribunal spécialisé, M. le
Président, il y a de l'excellent travail qui était fait. Est-ce que tout était
parfait? La réponse, c'est non. Mais on se retrouve dans une situation, puis le
député de Chapleau le disait bien, dans nos palais de justice, là, il y en a
plusieurs qui ont été construits en ne considérant pas la place de la personne
victime. Ce n'est pas normal, M. le Président, que la salle d'attente des
accusés soit en face du local des personnes victimes ou ce n'est pas normal
qu'en attendant le procès les gens soient assis dans la même salle d'attente,
face à face. Vous êtes victime de violence conjugale, là, vous avez eu le
courage de dénoncer et de porter plainte, puis vous vous retrouvez assis dans
la même salle, face à la personne, avant d'aller témoigner. Pensez-vous que
vous allez vous retrouver à l'aise? La réponse à cette question-là, c'est non.
Même chose pour la question des salles de bain. Vous avez été victime
d'agression sexuelle; il faut faire en sorte que la personne victime, dans le
cadre de son témoignage, dans le cadre de sa journée à la cour, elle se sente
en sécurité, puis ça fait part également des lieux sécuritaires. Alors, je
tiens vraiment à remercier l'ensemble des acteurs du système de justice, M. le
Président, qui, au quotidien, font un travail important. Et on va réussir
également à aller plus loin avec la collaboration de tous.
Et je tiens à remercier également les membres de
la magistrature qui collaborent avec les différents projets pilotes. Et c'est
extrêmement aidant et facilitant, M. le Président, le fait que la magistrature
ait décidé d'embarquer dans le projet, M. le Président, pour justement, en ce
qui concerne leur bout de chemin, à la division spécialisée, ils puissent avoir
des rôles distincts, ils puissent fixer certains dossiers par préférence, ils
puissent faciliter les choses dans l'organisation judiciaire.
Alors, je
tiens à dire aux personnes victimes : L'État vous a entendus, avec
l'adoption du projet de loi n° 92, il y a des grands changements dans le
système de justice, on met la personne victime au coeur du processus. Et
surtout, il faut le dire et le répéter, la démarche d'une personne victime, ce
n'est pas uniquement le parcours et le processus judiciaire, il y a l'IVAC également qui y est disponible, M. le
Président, on a fait une réforme importante de l'IVAC. Donc, lorsque la personne sera prête à aller devant la
cour, à rencontrer le procureur, à rencontrer les policiers, ils pourront
le faire, à ce moment-là, mais entre-temps il y a du soutien psychologique, du
soutien financier qui est disponible par l'IVAC.
Alors, je tiens vraiment à remercier l'ensemble
des acteurs qui se mobilisent. Et vous me permettrez de remercier également Me
Grenier, qui est sous-ministre associé à la Justice, et c'est sous sa gouverne
que le tribunal spécialisé se fait. Et je tiens à remercier l'ensemble de son
équipe, au sein du ministère de la Justice, ce sont des gens qui travaillent
extrêmement fort, qui ont travaillé sur le projet de loi, et là qui déploient.
Et je pense qu'on s'en va vers un beau succès pour les personnes victimes,
alors un grand merci, Me Grenier, à vous et votre équipe, c'est grandement
apprécié, toutes les heures qui sont mises à l'intérieur de ces efforts-là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Je me tourne maintenant vers l'opposition officielle pour un bloc de 20 min 17
s. M. le député de La Pinière, s'il vous plaît.
M. Barrette : Alors, M. le
Président, je vais terminer sur mon sujet. À un moment donné, les données vont sortir. Alors, le ministre, est-ce qu'il peut nous
affirmer, là, aujourd'hui, là, qu'il n'y a pas eu d'entente de quelque
nature que ce soit entre ce bureau et celui de la coroner? Elle va déposer son
rapport, la coroner, à un moment donné, et là on va pouvoir poser des
questions, puis il y aura des réponses. Est-ce que le ministre peut nous
affirmer aujourd'hui qu'il n'y a pas eu d'entente particulière entre son bureau
et le Bureau de la coroner, quant à la comparution des ministres?
Le Président (M. Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, le député de La Pinière, là, c'est comme s'il cherchait quelque
chose. Il cherche un scandale, M. le Président. Malheureusement, il