Labour and the Economy — 10 June 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2021-06-10
Quebec — Committees
Or, de prévoir dans une loi que, si quelqu'un a déjà
été radié, il ne peut plus être éligible pour être un membre du BEM... bon, les
consultations juridiques que j'ai faites, c'est qu'il faudrait obtenir l'aval
de l'ordre professionnel parce qu'il y aurait un risque de violation de la Charte
des droits et libertés de la personne, parce qu'une personne peut avoir été
radiée, puis être réintégrée, puis que la radiation n'ait aucun rapport avec la
compétence qui est recherchée par le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve.
Alors, j'ai réalisé qu'il y avait une politique
générale concernant la confection puis la gestion de la liste des
professionnels de la santé qui acceptent d'agir à
titre de membres du Bureau
d'évaluation médicale. Et, dans cette politique-là, ils doivent obtenir un
certificat de conduite professionnelle délivré par son ordre professionnel. Ils
obtiennent les informations pertinentes, ils s'assurent que la probité,
l'intégrité de la personne soit compatible avec sa nomination à
titre de membre du Bureau d'évaluation médicale, ce qui
m'amène à proposer... Puis cette politique-là, elle n'est pas publique,
elle est utilisée par le CCTM. Excusez-moi d'utiliser un acronyme, là, mais, tu
sais, on finit par le répéter tellement souvent. Je pense que tous ceux et
celles qui sont dans la salle me permettront...
Alors donc, à... on rajouterait... Je lirais
l'amendement : 61.1...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Pardon, M. le ministre, juste vous informer qu'elle a réussi à mettre
l'amendement rapidement sur le Greffier, donc vous devriez y avoir accès, là,
rapidement. On n'a pas suspendu, là, mais elle a été rapide. C'est beau? À vous
la parole, M. le ministre.
M. Boulet : 61.1. Cette loi est
modifiée par l'insertion, après l'article 216, du suivant :
«216.1. Le Comité consultatif du travail et de
la main-d'oeuvre doit diffuser la politique générale qu'il prend aux fins de
donner suite à la consultation du ministre concernant la liste des
professionnels de la santé qui acceptent d'agir comme membres du Bureau
d'évaluation médicale. Cette politique comprend des critères d'appréciation
relatifs à la compétence et à la conduite des professionnels.»
C'est complet. Donc, je pense que j'ai donné mon
explication, mais le but, évidemment, c'est de rassurer les travailleurs puis
les employeurs que le processus de vérification diligente, là, comme on
l'appelle fréquemment, est dans une politique utilisée par le CCTM. Et cette politique-là
sera diffusée, donc ça rassurera tout le monde quant à la probité de ces
membres-là. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il des interventions? Alors, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Je trouve que c'est une belle main tendue, là, de la part du
ministre, là, qui ne reçoit pas tel quel mon amendement, mais qui fait un bout
de chemin pour aller voir ce qu'il est capable de faire, là, dans le thème que
j'avais soulevé.
Il m'a présenté ladite politique générale, là,
concernant la confection et la gestion de la liste des professionnels de la
santé qui acceptent d'agir à
titre de membre du Bureau d'évaluation médicale.
J'ai eu le temps de la parcourir rapidement,
tantôt, là, avant qu'on commence, et puis c'est vrai qu'il y a quand même
quelques éléments intéressants là-dedans, là, qui balisent, en tout cas,
la façon dont sont gérés, peut-être, les potentielles inconduites ou les
potentiels manquements des membres du BEM. C'est vrai qu'il y a, en effet, la
Charte des droits, aussi, qu'il ne faut jamais oublier.
Alors, dans le fond, l'enjeu ici, c'est la question
de la confiance puis la confiance envers notre système, en général la confiance
plus précisément dans le système de l'évaluation médicale qui est quand même, je
pense, mal perçue par les salariés, par plusieurs salariés. Je ne sais pas à
quel point il peut être mal perçu aussi par certains employeurs, mais ce qui est certain, c'est que ce n'est
pas quelque chose qui est dans la liste des tops 10 des institutions,
donc, qui ont la confiance des travailleurs, travailleuses.
Alors, si on a ce genre de politique là plus facilement
accessible, un peu comme, si j'ai bien compris, c'est le cas pour les arbitres
de grief, bien, peut-être que ça peut participer, ne serait-ce que légèrement,
à instaurer un meilleur climat de confiance envers l'appareil judiciaire et
toutes ses composantes. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions à l'amendement? Oui, député
de Jonquière.
M. Gaudreault : Cette politique, cette politique générale du Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, est-ce
qu'elle est déjà publique, ou c'est un document de travail interne?
M. Boulet : C'est un document
interne, mais qui peut être obtenu sur demande, qui est public aussi...
M. Boulet :
...qui est sur le site, qui peut être sur le site de la CCTM... du CCTM.
M. Gaudreault :
Qui peut ou qui est sur le site?
M. Boulet :
Qui est sur le site.
M. Gaudreault :
O.K. C'est parce que, bien, moi, je ne l'ai pas vu, le document, là. Je ne sais
pas si on peut le déposer ici, à la commission, ou...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, M. le ministre, vous vous engagez à le
déposer? Oui? Alors, on me dit que oui.
M. Boulet :
Pardon? Oui, absolument.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Parfait.
M. Boulet :
Oui. J'en ai remis une copie, d'ailleurs, au collègue d'Hochelaga-Maisonneuve.
Ça fait qu'on va déposer une copie de cette politique-là au Greffier.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Vous allez remettre une copie à la CET?
Excellent.
M. Boulet :
Tout à fait.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Ça vous va? Oui, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Simple question de curiosité, est-ce qu'il y a des politiques similaires
concernant les autres comités, là, comme par exemple le comité sur les maladies
pulmonaires ou oncologiques? Il y a des gens qui siègent là aussi. Est-ce qu'ils
sont encadrés par une politique similaire, à votre connaissance, la façon de
les nommer?
M. Boulet :
Je ne comprends pas. Sur le processus de nomination des membres du comité des
maladies professionnelles pulmonaires?
M. Boulet :
Il y a certainement une politique qui peut être accessible, là. Je vais faire
vérifier, un instant.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Est-ce que vous aimeriez une suspension ou on continue?
M. Boulet :
On peut peut-être suspendre deux minutes.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui, d'accord. Alors, nous allons suspendre
quelques instants.
(Suspension de la séance à
11 h 49)
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, oui, M. le ministre, à vous la parole.
M. Boulet : À la question du collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, oui, il y a une politique, et elle est
accessible sur le site de la CNESST.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Parfait.
M. Boulet :
Du CCTM? O.K., CCTM.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Parfait. Merci. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur l'amendement déposé par le ministre introduisant le nouvel
article 61.1? Alors, nous allons procéder à la mise aux voix.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Boulet (Trois-Rivières)?
Secrétaire : Pour les
membres du groupe parlementaire formant le gouvernement, Mme Jeannotte (Labelle)?
La Secrétaire : Pour les
membres de l'opposition officielle, M. Derraji (Nelligan)?
La Secrétaire : M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire : M. Gaudreault
(Jonquière)?
La Secrétaire : Mme IsaBelle
(Huntingdon)?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Abstention. Donc, le nouvel
article 61.1 est adopté.
Nous poursuivons, M. le ministre, avec
l'article 62, c'est bien ça?
M. Boulet : Merci.
L'article 217 de cette loi est remplacé par le suivant :
«217. La commission transmet sans délai au
Bureau d'évaluation médicale les contestations prévues aux articles 205.1,
206 et 212.1 ainsi que le dossier médical complet qu'elle possède au sujet de
la lésion professionnelle dont a été victime un travailleur et qui fait l'objet
de la contestation. Elle avise également le ministre de l'objet en litige et
l'informe des noms et adresses des parties et des professionnels de la santé
concernés.»
Explications :
Bon, ça prévoit que les contestations qui y sont prévues sont transmises au Bureau d'évaluation médicale et qu'on
transmet aussi le dossier médical complet.
Il a été une époque... puis ce n'est pas prévu
dans la loi, donc on ne fait que codifier une pratique. Quand on réfère au Bureau
d'évaluation médicale, on s'assure de transmettre en même temps le dossier
médical complet, donc confirmation d'une pratique établie à la CNESST. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Merci. Y a-t-il des interventions à l'article 62? S'il n'y a pas d'intervention,
nous allons procéder à la mise aux... Oui, député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui. Hier, nous
avons eu l'occasion de discuter du rapport de la Commission de l'économie et du
travail de 2006, notamment sur le Bureau d'évaluation médicale. Le ministre
nous avait dit qu'il nous déposerait un document faisant état du suivi des
recommandations et des constats de ce comité... de cette commission
parlementaire, c'est-à-dire. Est-ce qu'il est en mesure de nous le déposer tout
de suite? Parce que, moi, ça m'aiderait à me faire une meilleure tête sur les
interventions que je dois faire sur les projets... sur les articles qui
concernent le Bureau d'évaluation médicale, quand je disais, par exemple, qu'un
des constats du comité de 2006... la commission de 2006, c'était de dire, par
exemple, qu'il y a un flou entre l'aspect scientifique et l'aspect juridique,
que le Bureau d'évaluation médicale, par exemple, est devenu une façon pour des
employeurs d'alourdir le système ou de ralentir le processus, etc. Alors, c'est
sûr que, quand on aborde une question comme celle de transmettre au Bureau
d'évaluation médicale les contestations qui sont prévues et le dossier médical
complet, si on avait un suivi du rapport de 2006, moi, ça me permettrait, là,
de faire de meilleures interventions pour voir s'il y a eu des corrections,
s'il y en a encore à faire.
Alors, je ne
sais pas si le ministre peut nous indiquer, là, où il en est avec ce compte
rendu du rapport de 2006.
M. Boulet : ...puis évidemment
je pense que c'est... c'est parallèle aussi à l'article 62, où on vient
codifier une façon de faire. Les équipes travaillent fort pour colliger toutes
les informations, toutes les mesures qui ont été prises suite au rapport de 2006.
Puis ce n'est pas complet, mais on me dit que demain ce serait complet, mais
j'ai une... j'ai quand même une partie, là, une feuille 8 ½ X 14 qui a été
préparée hier soir, mais il y a encore la... on doit encore colliger certaines
informations. Mais celle-là, je peux la partager, c'est une feuille recto verso
8 ½ X 14, c'est les informations complémentaires, étude de crédits...
M. Boulet : En fait, il y a plusieurs feuilles, j'avais vu
seulement celle-là. Mais il y a combien de feuilles, Anne?
M. Boulet :
O.K. Donc, oui, mais je pense qu'on pourrait vous les transmettre. J'aimerais peut-être
mieux, collègue, ceci dit, par respect, là,
attendre que le document soit complet, cohérent, puis qu'on puisse vous le
transmettre à ce moment-là, si vous le souhaitez, mais en même temps je ne suis
pas fermé à transmettre des informations.
M. Boulet :
O.K. Les recommandations qui concernent le Bureau d'évaluation médicale sont
toutes dedans. Il y a d'autres
recommandations, dans ce rapport-là, qui concernent la CNESST, et c'est ça
qui reste à colliger. Alors, si vous me permettez, on pourrait peut-être
suspendre deux minutes puis on pourrait le déposer au bureau du Greffier ou
continuer avec les articles. Je pense qu'on peut continuer parce que ce n'est
pas des informations qui sont nécessaires. On ne change rien au BEM, là,
actuellement, de toute façon.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : O.K. Est-ce que ça vous convient, député de
Jonquière? C'est-à-dire qu'il va le transmettre ici, à la CET, qu'on va déposer
au Greffier.
M. Gaudreault :
Bien, mon seul enjeu, c'est que j'aurais aimé ça, quand même, être capable de
le regarder un peu, minimalement, avant de pouvoir voter, ou d'avancer, ou de
réfléchir, ou d'intervenir sur les amendements qui touchent le BEM.
M. Boulet :
Mais il n'y a pas... ceci dit avec respect, il n'y a pas d'amendement qui
touche le BEM. Dans cette section-là, on ne fait, ici, que codifier une façon
de faire pour s'assurer que le dossier médical soit complet et pour prévoir...
Puis ça pourrait ne pas être, là, là, collègue, là, mais c'est la façon de
faire, puis c'est ce qui est efficace. C'est ce qui permet que ce soit fait de
manière ordonnée. Puis les autres articles, là, de la
section du BEM, ça a tout
été retiré, là. Il y en a un autre, là, qui concerne un amendement avec le
texte en anglais, mais moi, je ne vois pas d'enjeu, là, je ne vois d'enjeu eu
égard aux recommandations qui ont été faites dans le rapport de 2006. C'est de
l'information qu'on peut considérer comme étant en parallèle.
M. Gaudreault :
O.K. Bien, c'est parce que, vu qu'on est dans les articles qui concernent le
BEM et qu'on ouvre la loi, ça peut nous
donner l'occasion de faire un suivi, quand
même, du rapport, d'une certaine
manière, là. Donc...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, député de Jonquière, donnez-vous la
parole un peu à... Je pense qu'il veut vraiment prendre la parole, le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Peut-être une pierre deux coups, là, j'ai un autre amendement que j'ai
travaillé hier sur la question du BEM que je pourrais profiter de la suspension
pour présenter au ministre. Ça fait qu'on pourrait avoir une suspension, attendre le document, puis je
pourrais présenter tout de suite l'amendement qui vient un peu plus
tard...
M. Gaudreault :
Et, pendant la même suspension... ce que le député d'Hochelaga-Maisonneuve dit,
c'est que, pendant la même suspension, on pourrait prendre connaissance un peu
du début du rapport.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Est-ce que...
M. Boulet :
Absolument. Puis tout ce qui concerne le BEM est là-dedans, là, ça fait qu'on
va... on peut suspendre. Nous, ça va nous permettre de déposer le rapport
partiel et que je puisse avoir une discussion avec le projet d'amendement du
collègue d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Gaudreault :
O.K., mais peut-être juste une question bien précise, là. Ça a l'air un peu
niaiseux, mais, si on a le rapport, c'est parce que... Il va-tu être déposé
électroniquement ou on peut faire des photocopies, malgré les...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui. Il va être déposé...
M. Gaudreault :
...c'est ça, on se met trois paires de gants puis un scaphandre...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Est-ce que...
M. Boulet :
Bien, deux choses, là...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Me donnez-vous deux minutes, là? Je pourrais
faire une suggestion aussi, là. M. le ministre pourrait nous déposer ce fameux
rapport. Je comprends, moi, M. le ministre, que vous dites que vous avez une
série d'articles qui sont des amendements qui annulent...
M. Boulet : Il n'y a rien de
changé au Bureau d'évaluation médicale, là, dans cette section-là.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
...qui ne changeraient rien. Alors...
M. Boulet : Ça fait que moi, je
pense qu'il n'y a pas d'enjeu, là, sous réserve de...
Présidente (Mme IsaBelle) : Alors, ce qu'on... si vous êtes
d'accord, on pourrait suspendre les deux articles qu'il restait, qui
touchaient spécifiquement le BEM. J'avais cru comprendre que... le 62 et le 66.
Les autres, c'est des amendements qui annulent les articles ou abrogent les
articles.
M. Boulet : Tout a été abrogé,
oui.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, on pourrait faire ceux-là. Après ça, vous auriez... on arriverait à la
période du dîner, ça fait qu'on terminerait plus tôt, s'il faut, là, plutôt que
de faire un amendement qui risque d'être... un amendement... une suspension
d'au moins 15, 20 minutes, là, que vous allez demander. Je ne sais pas
qu'est-ce que vous en pensez.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Vous comprenez mal, hein? De tous les articles qu'il reste du Bureau
d'évaluation, M. le ministre, il dit qu'il y a deux articles qui touchent le
BEM spécifiquement, ça va? Alors, on va suspendre ces deux-là, le 62 et le 66.
M. Boulet : Oui, mais là...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Après ça, on pourrait faire ceux qui touchent... où, vous dites, ça ne... c'est
d'abroger, tout simplement, des articles. Le 63, le 64, le 68, le 69, le 67...
Mais, si vous ne voulez pas ça... Parce que ces articles-là ne font qu'abroger
des articles.
M. Leduc : Moi, le nouvel
amendement que je voulais présenter au ministre, que j'ai travaillé hier soir,
c'était un 62.1. Ça fait que je ne sais pas il s'insère où dans votre plan, là.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Il s'annule... pas s'annule, on va le suspendre, mais on peut aller avec vous.
C'est parce que, là, si on suspend, le temps de vous donner à lire tout ça...
M. Boulet : C'est parce que ce
que Mme la Présidente dit, là, dans la
section BEM, comme je l'avais dit avant
qu'on aborde cette section-là, dans... il y a 61, 62, 63, 64, 66, 68, 69 puis
67. Tous les articles, sauf 61, qui a déjà été adopté, 62, qu'on parle
actuellement, qui codifie une pratique, puis 66 qui réfère à une obligation de
se prononcer sur l'APIPP, l'atteinte permanente et les limitations
fonctionnelles, quand c'est consolidé... tout le reste, par des amendements, on
avait abrogé les modifications qui étaient contenues dans le p.l. n° 59. Ce que vous dites, c'est qu'on pourrait adopter ces amendements-là...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Si on avait le consentement.
M. Boulet : ...puis après ça il
nous resterait 62 et 66, puis ça nous permettrait, après ça, de dire...
La politique, d'ailleurs, générale du CCTM pour
la nomination des membres du BEM, elle est déjà au bureau du Greffier, et moi,
j'enverrais les recommandations que veut le collègue de Jonquière...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Comme on parle un peu de procédure, là, si vous êtes d'accord, on va suspendre,
on va s'en parler puis on verra par la suite. Ça vous va?
(Suspension de la séance à 12 h 01)
Présidente (Mme IsaBelle) : Alors, y a-t-il des interventions à l'article
62? Y a-t-il d'autres interventions?
Et je dois signifier, oui, effectivement, que
nous avons déjà reçu les deux documents, qui ont été déposés dans le Greffier
pour les rendre disponibles. Alors, merci, M. le ministre.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions à l'article
62? Oui, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Très
rapidement, Mme la Présidente, une question de compréhension. Ce genre
d'article là, est-ce que c'est moi qui le lis mal, mais ça me semble
mettre sur papier quelque chose qui se fait déjà?
M. Boulet :
Tout à fait. C'est ce que j'ai mentionné tout à l'heure, ça ne fait que
confirmer une pratique. Mais ce n'était pas prévu dans la loi, donc on l'a
prévu pour s'assurer que ça ne nuise pas à la fluidité puis à l'efficacité du
processus.
M. Leduc :
Et donc, en quelque sorte, on vient verrouiller cette pratique-là?
M. Leduc :
Elle ne pourrait pas changer par la suite sans une modification législative.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Parfait. Y a-t-il d'autres interventions à l'article 62?
S'il n'y a pas d'autre intervention à l'article 62, nous allons procéder à
la mise aux voix.
La Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Boulet (Trois-Rivières)?
Secrétaire : Pour les
membres du groupe parlementaire
formant le gouvernement, Mme Jeannotte (Labelle)?
La Secrétaire :
Pour les membres de l'opposition officielle, M. Derraji (Nelligan)?
La Secrétaire :
M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
M. Gaudreault :
Abstention.
La Secrétaire :
Mme IsaBelle (Huntingdon)?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Abstention. Donc, l'article 62 est adopté.
Nous poursuivons. Je
crois que le... Oui, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
J'aurais un 62.1, Mme la Présidente. Il est déjà sur le Greffier, je pense.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Il est déjà sur le Greffier, et nous avons déjà
une version papier pour moi.
M. Leduc :
Je peux le lire, donc?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui, on est prêts.
M. Leduc :
Merveilleux. 62.1.
L'article 218 de la
Loi sur les accidents du travail et des maladies
professionnelles est modifié :
1° par le
remplacement, dans le premier alinéa, de «ministre» par «professionnel de la
santé qui a charge du travailleur»;
2° par le
remplacement, dans le deuxième alinéa, de «ministre ou la personne qu'il
désigne à cette fin» par «professionnel de la santé qui a charge du
travailleur»; et
3° par le
remplacement du troisième alinéa par le suivant :
«Le ministre ou la
personne qu'il désigne à cette fin informe les parties à la contestation, la
commission et les professionnels de la santé concernés des nom et adresse du
membre que le professionnel de la santé qui a charge du travailleur [désigne].»
Quelques explications, Mme la Présidente, dans
le fond, c'est aussi une approche qu'on a imaginée, là, hier soir, qu'on
voulait soumettre pour fins de discussion afin de renforcer, encore une fois,
la confiance envers l'appareil du BEM et l'appareil de
contestation judiciaire au sens plus large, là, alentour de la santé et
sécurité du travail. Il nous apparaît que... Dans le fond, les médecins du BEM,
il y en a quand même plusieurs, plusieurs dizaines, hein? J'ai cru comprendre,
dans les échanges tantôt, puis on me le confirmera, mais qu'on est alentour de
60 à 80 médecins du BEM en ce moment. Moi, j'avais consulté un rapport de
l'UTTAM qui avait analysé des chiffres de 2014‑2015, là, c'était plus dans un
ordre, je pense, de 158, mais je pense que c'était un total de 158 sur une plus
longue période.
Dans tous les cas, c'était pour dire que c'est
quand même un faible taux de pourcentage des médecins du BEM qui font une
majorité ou une grande
partie des évaluations médicales. Alors, il y a comme un
bassin de médecins, de membres du BEM, et seulement une petite portion font
presque la moitié des évaluations, et ça, ça peut participer à renforcer une
image ou une supposition que les choses sont arrangées d'avance, les dés sont
pipés d'avance et que le système fonctionne à l'encontre de nos intérêts quand
on est un travailleur ou une travailleuse. Et afin, un peu, dans le fond, de
décloisonner, en quelque sorte, ce petit nombre de médecins qui font la
majorité ou presque la majorité des cas d'évaluation médicale, on se dit :
Pourquoi ça ne serait pas le médecin traitant qui pourrait identifier lequel
des médecins membres du BEM va faire l'évaluation médicale? Ça pourrait probablement
participer à défaire, en quelque sorte, donc, la concentration des examens, des
évaluations médicales dans les mains de quelques membres du BEM.
Ce n'est pas quelque chose, encore une fois,
qu'on sort de notre chapeau, parce que c'est... Hier, dans le fond, je vous ai
fait référence, dans le débat précédent, là, toujours sur le BEM, d'un gros rapport
de la Commission de l'économie et du travail de 2006, qui, à la page 9 du rapport,
là, faisait mention exactement, là... Je vous lis un rapide passage : «Cependant
plusieurs des mesures administratives proposées en 1997 et sur lesquelles le
BEM était tenu de faire rapport n'ont pas été mises en place de façon
satisfaisante, complète [et] continue. La Loi instituant la Commission des
lésions professionnelles et modifiant diverses dispositions législatives
imposait l'examen du rapport d'évaluation du BEM par la Commission de
l'économie et du travail. Cet examen n'a pas permis de dissiper toutes les inquiétudes relatives au fonctionnement du BEM. La mise en application des mesures suivantes s'avère notamment incomplète ou problématique»,
et là il y a une de ces mesures-là, donc, qui est la «répartition plus égale
des dossiers entre les membres du BEM».
C'est pour arriver à cet objectif-là que je vous
propose l'amendement que je vous ai soumis. Dans le fond, c'est la recherche
d'un meilleur équilibre, et le fait que le médecin traitant ou le médecin qui a
charge, là, selon le terme qui est utilisé dans la loi, ait une plus grande
place dans la sélection de la personne qui va faire l'évaluation participe
aussi dans les différentes pistes de déjudiciarisation qui avaient été
identifiées dans le rapport de 1994 de la CSST, auquel j'ai également fait
référence hier.
Et je vous
lis, en terminant, un rapide passage de ce rapport-là : «La nouvelle
approche proposée, en substituant un climat de collaboration à l'actuel
climat de confrontation, rétablira la confiance des travailleurs, des
employeurs et des médecins dans le processus décisionnel de la CSST et ainsi
réduira sensiblement le nombre de contestations des décisions relatives à une
question médicale.» Voilà.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Merci. M. le ministre.
M. Boulet : Oui, merci. Je
comprends le fondement de l'amendement. En même temps, bon, on a eu des
discussions à micro fermé, j'ai expliqué la façon dont les désignations
concrètes, là, dans l'application quotidienne, se faisaient, et ce n'est pas
fait de manière... tu sais, ce n'est pas fait... ce n'est pas une sélection
professionnelle, c'est une assistante qui a la liste, puis, en fonction de la
spécialité et de la région, elle vérifie la disponibilité des membres du BEM et
assigne, donc tout se fait de manière purement administrative. Donc, si je
peux, par mes propos, contribuer à combattre la perception qu'il y a des choix
qui sont faits en fonction des dossiers puis... non, c'est vraiment une
mécanique appliquée très, très simplement.
Si c'est à Sherbrooke, comme je mentionnais un
peu plus tôt, puis qu'on a besoin d'un psychiatre ou d'un ORL, on va regarder
les membres du BEM de cette région-là à défaut, parce qu'il y a des régions où
il n'y a pas toutes les spécialités, nécessairement. Mais, s'il y en a un dans la
région, on va aller au premier, puis au deuxième, et en fonction des
disponibilités. Puis, s'il y en a deux puis il y en a un qui est disponible
plus rapidement, bien, c'est lui qui va agir à
titre de membre du BEM.
À la limite,
s'il n'y a pas la spécialité recherchée à Sherbrooke... ce qui serait étonnant,
là, parce que, Sherbrooke, on a à peu près toutes les spécialités, ce
n'est peut-être pas une bonne... mais, tu sais, si c'est à Val-d'Or ou
ailleurs, bien là on va assumer les frais de déplacement de la personne pour
qu'elle vienne à Montréal, ou, dans le cas de l'Est du Québec ou Saguenay—Lac-Saint-Jean,
c'est la même mécanique pour Québec, donc c'est de cette manière-là que ça se
fait, c'est plus un... c'est un processus qui est clérical.
M. Leduc : Merci des
explications, M. le ministre. Peut-être, en terminant, des questions
périphériques, mais qui sont quand même importantes, là. Je vous disais que je
m'inspirais, entre autres, d'une analyse qui avait été faite par l'UTTAM, là,
en 2015. On y faisait mention également qu'il y a quand même, semble-t-il, puis
vous pourrez me corriger si ce n'est pas le cas, mais des défis de recrutement
pour des médecins au BEM, là. Peut-être me rappeler la statistique qu'on a
parlé à micro fermé. Il y a combien de membres du BEM en ce moment?
M. Boulet : Puis le P.D.G. du
CCTM me parle à l'occasion, puis les syndicats puis les leaders patronaux m'ont
soumis une liste de 11 nouveaux membres à désigner au BEM, je vous dirais, il y
a à peu près un mois et demi, je pense que je ne me trompe pas, mais ils sont
constamment à l'affût de ça, là, tant les associations patronales que syndicales, et ils s'assurent qu'on soit en mesure de
répondre aux besoins des travailleurs, travailleuses dans les meilleurs délais
possible. Ça fait que c'est un défi, le recrutement. Puis la pénurie de
main-d'oeuvre, bien, comme j'ai mentionné hier, il y en a aussi pour les
médecins spécialistes, il faudrait qu'on en forme plus.
M. Boulet : C'est la responsabilité.
M. Boulet : Bien, je suis en
partie d'accord. Je pense qu'on doit... Mais là c'est parce que c'est un autre
débat, là, c'est un autre débat.
M. Derraji : Mais je ne veux
absolument pas qu'on dérape, mais c'est une responsabilité gouvernementale,
parce que, si on ne règle pas... si on ne règle pas la problématique des
spécialistes, c'est le cercle qu'on va vivre avec les délais. Vous avez vu,
hier, le Collège des médecins, suite à l'enquête sur le nombre de cas, la
médecine familiale ou les troubles de santé mentale, troubles
musculosquelettiques, c'est très complexe. Donc, oui, c'est très bien qu'on
améliore les choses, qu'on essaie de moderniser, mais ce n'est pas uniquement
au ministère de l'Emploi et du Travail, au niveau de la CNESST que les
solutions existent. Il y a un travail à l'extérieur du ministère qui doit être
fait. Et l'élément clé par rapport au BEM, l'élément clé, je ne pense même pas
que c'est uniquement la CNESST ou le BEM lui-même qui va trouver ces solutions,
mais, premièrement, c'est le réseau de la santé. La disponibilité des
professionnels de la santé, c'est la condition sine qua non de faire avancer
les choses au BEM, et ça...
M. Boulet : Oui, mais... puis
c'est intéressant, puis ça met en relief l'importance de l'entente qu'il y a
entre le CCTM et le Collège des médecins parce que tout se fait en
collaboration entre les deux, là. Quand ils m'ont soumis
11 recommandations, un, ils ont suivi le processus de vérification
diligente, qui est dans la politique qu'on a déposée au bureau du Greffier, et
ils font ça en collaboration avec le Collège des médecins, là, pour les
certificats de conduite professionnelle, et autres, là. Mais, oui, c'est un
défi, vous avez raison, puis c'est un défi que nous allons devoir relever
collectivement, là, pendant des années.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Député.
M. Leduc : Est-ce que la
difficulté de recrutement... parce que vous ne m'avez pas contredit, là, mais à
moins que je me sois trompé, mais donc, la
difficulté de recrutement de médecins pour être membre du BEM, n'y a-t-il
pas là, souvent, ce que j'en comprends par différentes lectures, une hésitation
de plusieurs médecins d'aller s'embarquer dans un processus qu'on peut
certainement qualifier de confrontationnel, où il y a, des deux côtés, deux
expertises qui s'affrontent, et eux, ils doivent... tu sais, on est moins dans
la collaboration et la concertation que dans l'espèce d'arbitrage, quasiment
comme un grief, en quelque sorte, et ça serait un élément important qui freine
le recrutement de médecins au BEM.
M. Boulet : Il y en a qui ne
veulent pas... mais l'aspect confrontationnel n'est pas important là-dedans
parce que le membre du BEM, il ne parle pas aux médecins, il travaille sur
dossier puis avec le travailleur, mais il ne parle pas du tout aux médecins.
Les médecins qui viennent témoigner devant le Tribunal administratif du
travail, eux autres, il y en a, puis il y en a dans des cliniques privées, des
spécialistes en santé et sécurité du travail, il commence à en avoir beaucoup.
Puis il y a des témoins experts qui aiment ça, mais eux autres, ils sont
vraiment dans la confrontation parce qu'ils subissent des interrogatoires, des
contre-interrogatoires, ils participent à la construction de l'argumentaire
avec les conseillers syndicaux puis les conseillers patronaux. Mais les
arbitres ne sont pas dans cette dynamique confrontationnelle là, ce qui
n'empêche pas qu'il y ait quand même aussi des difficultés d'en recruter. Il y
en a 80 quelques, là, actuellement, puis, si on en avait 20 de plus, on les
prendrait, absolument.
M. Leduc : Mais qu'est-ce qui
explique, donc, la difficulté de recrutement, alors?
M. Boulet : Bien, comme je vous
dis, il y a une politique au CCTM, puis le CCTM est constamment à l'affût de
soumettre des nouvelles recommandations, puis, il y a un mois et demi, 11
recommandations, puis, si je remonte à il y a six mois, il y en a eu d'autres,
là. Il y en a qui s'ajoutent, là. Il y a des départs à la retraite. Comme vous
le savez, c'est une profession qui n'est pas exempte du vieillissement de ses
membres. Il y a des départs à la retraite, ça fait qu'on comble les postes
vacants, puis je pense que ça va quand même relativement bien, mais, quand
même, je ne peux pas nier que c'est aussi un défi de recruter.
M. Leduc :
Quand vous dites qu'ils travaillent sur des dossiers, là, j'imagine que, dans
un contexte de télétravail, tout le monde fait ça à distance. Mais,
avant le télétravail, ils ne faisaient que recevoir chez eux, peu importe leur
région, les deux évaluations médicales, ils lisaient ça?
M. Boulet :
Ah non, avant la pandémie, ils rencontraient le travailleur aussi, ils
l'examinaient, le travailleur. Non, non, c'est quand même un avis scientifique,
là, c'est pour ça que...
C'est sûr qu'il n'y a pas une étanchéité tout le
temps complète, là — puis
le collègue de Jonquière en parlait — entre le scientifique puis le
juridique, là, mais il n'est pas dans la dynamique confrontationnelle, dans la
mesure où il rencontre le travailleur. C'est sûr que, durant la pandémie, ça
s'est fait différemment pour les raisons de respect de normes sanitaires, ça
fait que... mais, non, il y a une rencontre.
M. Leduc : Donc, une rencontre
physique.
M. Boulet : Ah! oui, oui.
M. Leduc : Et donc il y a des
bureaux physiques du BEM, ou ils font ça dans leur cabinet?
M. Boulet : À leur bureau, à
leur bureau. Il n'y a pas de bureau...
M. Boulet : Donc, il y a une
clinique médicale. Il y a une clinique médicale dans les bureaux du ministère.
M. Leduc : Le BEM a un espace
clinique médicale à l'intérieur du ministère de l'Emploi?
M. Boulet : Exact. Donc, les
travailleurs se rendent là.
M. Leduc : Donc, à Montréal,
c'est...
M. Boulet : Dans les bureaux du
ministère du Travail.
M. Leduc : Au centre-ville, là?
M. Boulet : Oui. C'est au 35,
Port-Royal, à Montréal.
M. Leduc : Port-Royal. Dans le
Vieux-Port, ça?
M. Boulet : C'est-tu là où il y
a la... les bureaux du...
Une voix : Au métro Sauvé.
M. Boulet : Métro Sauvé.
M. Leduc : O.K., intéressant. Il
y a combien, donc, de cliniques comme ça, physiques, où les travailleurs
doivent se rendre? Il y en a une dans chaque région?
M. Boulet : Il y en a une à Québec,
une à Montréal.
M. Leduc : Donc, il n'y en a
pas à Sherbrooke.
M. Boulet : Donc, il y en a un
qui reçoit à Sherbrooke, il y en a un qui reçoit à Trois-Rivières. Sinon, les
personnes se déplacent à Montréal et à Québec, au bureau du BEM, dans les
locaux du ministère.
M. Leduc : Et, quand il reçoit
à Sherbrooke ou à Trois-Rivières, c'est dans sa clinique à lui?
M. Boulet : Exact, exact.
M. Leduc : Je comprends.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, député de Nelligan, oui.
M. Derraji :
Oui. Je veux juste me permettre... c'est dans la même logique, je veux revenir
à ce que...
(Interruption) Désolé, c'est comme j'ai un...
j'ai comme avalé ma salive. Je ne sais pas si vous avez eu le temps de voir...
Mais je vais le repréciser parce que ça m'inquiète vraiment, ça m'inquiète vraiment,
au-delà de la bonne volonté qu'on a tous, le BEM, lors de la première vague,
comptait plus de 4 000 dossiers en retard. Je ne sais pas si c'est possible d'avoir le portrait des
dossiers en retard. Est-ce qu'il n'y a pas de dossiers en retard,
présentement, ou la situation est sous contrôle? Parce qu'avec ce qui se passe
au niveau du réseau de la santé ça mérite d'avoir une clarification.
Mais je vais vous lire un peu deux paragraphes.
Je vais juste vous lire...
M. Boulet : Il y a des dossiers
qui sont en retard, mais surtout en psychiatrie, là, parce que, dans les
spécialités, là où la pénurie est la plus réelle et la plus importante, c'est
au niveau des psychiatres, ça fait que ça varie d'une spécialité à l'autre.
C'est la raison pour laquelle il y a des efforts de recrutement, de
recommandations du CCTM et de nominations de la part du ministre pour essayer
d'atténuer ça le plus possible.
M. Derraji : Oui, mais... C'est
très bien, je vous remercie pour cette réponse. Mais là est-ce que, vraiment,
on est en train de moderniser la façon de faire du BEM?
M. Boulet : Le BEM, non.
M. Derraji :
Parce que le... Je veux juste être vraiment très direct par rapport à ce point.
On ne peut pas, M. le ministre, résoudre la question de la pénurie de
main-d'oeuvre ou la pénurie en psychiatres ni cette année, ni l'année
prochaine, ni même dans les trois prochaines années. C'est très difficile, vous
l'avez très, très bien mentionné. Et vous l'avez même dit — je
vais utiliser, probablement, le parallèle — que ce n'est pas une seule solution unique, c'est l'ensemble des solutions
qui vont nous aider. Aujourd'hui, le BEM comptait, lors de la première
pandémie, 4 000 dossiers en retard.
Je lis le rapport — malheureusement, on
n'a pas l'expertise autour de la table — du Collège des médecins, le
rapport du Collège des médecins, en plus du rapport qui a été ajouté sur le
site du Greffier : «Cela a obligé les gestionnaires à recourir à des
alternatives...» Moi, c'est inquiétant que... quand j'entends cette phrase,
c'est que je comprends la logique des gens, c'est qu'ils veulent trouver des
solutions, mais est-ce qu'on utilise les bonnes solutions pour la problématique
qu'on a devant nous? Je continue : «...soit des études sur dossier
permettant de traiter les demandes d'évaluation en atténuant ou en contournant
l'évaluation individuelle avec entrevue...» C'est ce qu'on vient de répondre au
collègue député d'Hochelaga, c'est que... Est-ce que vous pouvez me confirmer
aujourd'hui que la plupart des personnes ont, dans le temps requis, une
évaluation individuelle avec entrevue et examen? Ce que je lis aujourd'hui de
la part du Collège des médecins, c'est qu'ils disent le contraire. C'est que le
délai... le nombre de dossiers en retard a obligé les gestionnaires, avec
raison, parce qu'ils veulent avancer les dossiers, à recourir à des
alternatives, soit des études sur dossier, permettant de traiter les demandes d'évaluation
en atténuant ou en contournant l'évaluation individuelle avec entrevue et
examen qui est généralement préconisée. C'est ce qui est préconisé. C'est ce
que vous venez de dire au collègue, c'est les entrevues individuelles. Un, il y
a une disparité régionale de la présence des professionnels. Vous avez mentionné
qu'il y a une liste d'attente et qu'il y a une problématique au niveau de
certains, notamment au niveau des psychiatres. On sait que les troubles
musculosquelettiques et la santé mentale, c'est parmi les troubles où il y a le
plus de problèmes.
«À
titre d'exemple — et c'est là où j'ai un
inconfort, j'ai vraiment un malaise — des médecins ont sollicité
l'opinion du collège en raison de leur inconfort dans un contexte où ils se
sentaient divisés entre le respect de leurs obligations, notamment la nécessité
de procéder à une expertise rigoureuse avec examen du travailleur — examen
du travailleur — et
la nécessité de répondre à une règle administrative, étude sur dossier ou
téléexpertise, imposée par certains organismes.
«Il semble que, dans certaines circonstances,
les décisions d'indemnisation seraient prises par des fonctionnaires, faute
d'une opinion médicale obtenue dans un délai utile.»
Donc, un, il y a un retard qui nuit au retour du
travailleur et qui nuit à la productivité dans un contexte de pénurie, deux, il y a la pénurie des professions
de la santé, vous l'avez dit M. le ministre, le recours aux
téléexpertises, et qu'on nous dit aujourd'hui que, dans certaines
circonstances, les décisions d'indemnisation seraient prises par des fonctionnaires,
donc ce n'est plus l'opinion médicale.
Donc, à quoi sert le BEM? Si ce n'est pas
l'opinion médicale, ça veut dire que c'est une décision d'un fonctionnaire. Et
je comprends la logique derrière, parce qu'il y a trop de demandes, et on
n'arrive pas à satisfaire et à répondre à la demande faute de spécialistes,
faute de médecins du travail. Donc, est-ce que, vraiment, on règle la situation
avec ce que vous proposez comme amendement au niveau du BEM?
M. Boulet : En fait, il n'y a
pas d'amendement au niveau du BEM, 62 ne fait que confirmer une pratique
établie. Deuxièmement, ce n'est pas des fonctionnaires qui rendent les avis du
BEM, c'est des personnes qui sont membres parce qu'ils ont été recommandés par
le CCTM suite à une entente avec le Collège des médecins, après ça ils sont
nommés et ils donnent un avis scientifique.
Et je vous dirais...
j'ai posé la question, là, et c'est extrêmement rare que le membre du BEM va
rendre une décision sur dossier. Il évalue, il rencontre en entrevue le travailleur,
et donc c'est un processus qui est fait dans les règles, selon les normes et
les standards acceptés par le Collège des médecins et... Puis je pense que,
encore une fois, les
délais comme... Bon, évidemment, ce n'est pas la première fois qu'on m'interpelle
sur les délais. C'est sûr qu'il y a des pénuries de spécialistes dans
certaines régions, ce qui fait que la commission assume les frais de
déplacement des personnes qui doivent se déplacer pour être analysées par le
membre du Bureau d'évaluation médicale, et ça fonctionne
dans une relative harmonie, je vous dirais. Ce n'est pas parfait, ce sera
perfectible. Moi, je le disais au collègue de Jonquière, dans le Bureau
d'évaluation médicale, ou la CNESST, ou quelque instance que ce soit, les
porte-parole des partis d'opposition en matière de travail savent qu'on peut
redresser, corriger, améliorer.
Ici, bon, je le
répète, je pensais que c'était important de, comme le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve
disait, enraciner une façon de faire qui est bénéfique, qui assure une
meilleure fluidité puis une meilleure diligence, là, dans les demandes de
référence au Bureau d'évaluation médicale, là. Voilà, en gros, c'est ça.
Mais ça m'interpelle,
c'est sûr, ce que vous dites. C'est sûr que... Mais, en même temps, c'est
vraiment des scientifiques, c'est vraiment des membres d'ordres professionnels
qui ont passé à travers un processus, un entonnoir qui est vraiment serré avant
d'être nommés... bien, d'abord, recommandés par le CM et nommés par le
ministre.
M. Derraji :
Je comprends, mais, devant le constat qu'on a devant nous maintenant, M. le
ministre — vous
avez dit et avoué qu'on a un problème par rapport aux... des listes d'attente,
surtout, qui touchent la santé mentale, j'ai ajouté hier les troubles
musculosquelettiques — ces
enjeux, c'est difficile de les régler, ni pour cette année ni pour l'année
prochaine, faute de main-d'oeuvre spécialisée pour ce dossier.
La question, c'est sur le fond même : Comment
on peut, aujourd'hui, dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre...
pas uniquement les professionnels qui vont suivre ces personnes, mais ce qu'on
veut depuis le début, ce que j'ai compris de ce projet de loi de modernisation,
c'est faciliter le retour sur le marché du travail des travailleurs. Là,
maintenant, on a un autre problème qui se rajoute, c'est de l'expertise, où on
vit une rareté. Donc, la rareté, elle est exacerbée, que ce soit pour
l'employeur qui ne va pas voir le retour de l'employé... ce qui est anormal
parce que le but de moderniser, c'est se
donner des structures, des instances qui vont prendre en charge le travailleur
pour un retour immédiat. Et vous avez
même eu des commentaires dans ce sens, M. le ministre, sur le délai maximal
pour la désignation d'un membre au BEM, délai maximal pour que ce soit
évalué par le travailleur, par un membre du BEM, suite à la démarche d'un
employeur. Ça, c'est des recommandations et des commentaires du Conseil
du patronat du Québec.
Donc
là, ce que je vois... et je suis sur un débat de fond, je comprends que le
collègue a déposé un amendement, mais pensez-vous que ce qu'on fait
maintenant au niveau de la modernisation ne va pas aller dans le sens où on va
favoriser le retour de ces travailleurs sur le marché du travail, surtout quand
il s'agit de troubles de santé mentale et de troubles musculosquelettiques?
M. Boulet :
Bien, écoutez, évidemment, là c'est un débat plus global. Puis vous avez raison
sur le fond, je pense qu'on en a... ce n'est pas la première fois puis ni la la
dernière fois qu'on va discuter de ça, la modernisation, évidemment, c'est deux
lois majestueuses, et ce n'est pas chaque
article qui est passé au crible fin.
Je pense qu'on a des objectifs de fond. Puis vous faites référence à un des
grands enjeux majeurs qu'on avait dans notre régime d'indemnisation, c'est le
temps d'absence en raison d'une lésion professionnelle, et ce qui fait... plus
le temps d'absence est long, plus on crée
des laissés-pour-compte, puis l'UTTAM l'a bien précisé aussi, puis plus les
personnes sont laissées sans processus de réadaptation, plus il y a des risques
de chronicisation de leurs lésions professionnelles.
Puis, dans les
articles que nous avons déjà adoptés, évidemment, on a fait, selon moi, là, des
grands pas en avant pour faciliter la réadaptation, parce qu'actuellement il
n'y avait pas de possibilité de réadaptation, comme vous le savez, avant la
date de consolidation et l'atteinte permanente. Dorénavant, il y aura
possibilité, dès le premier jour, qu'un
travailleur puisse bénéficier des services de réadaptation, avec la
collaboration, bien sûr, de son médecin traitant, et aura des retours au travail, soit à son emploi ou
dans un emploi qui respecte ses limitations, là, ce sera soit via une
assignation temporaire ou un retour éventuel dans un emploi équivalent ou un
emploi convenable plus tard dans le processus.
Donc, il y a une
globalité de changements dans notre projet de modernisation qui, selon nous,
vont diminuer la fréquence et la gravité des lésions professionnelles, puis ça
passe notamment par un retour plus rapide au travail. Puis ça, la réadaptation,
ça va relativement bien, sauf que c'est trop tard. Puis, comme Morneau Shepell
le mentionnaient, le CPQ avait mis en valeur ce rapport-là, quand il y avait
des comparaisons avec les autres provinces canadiennes, la durée moyenne
d'absence des accidentés du travail au Québec était nettement plus élevée
qu'ailleurs. Donc, je pense qu'on s'est donné déjà, collègue, des outils pour
améliorer cette situation de fait là.
Pour revenir à la
pénurie, bien, ceci dit, on aura l'occasion d'en reparler avec le Comité
consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, c'est un défi qui les interpelle
énormément. Puis, dans le recrutement des membres du BEM, ils ont une procédure
très... ils sont extrêmement diligents, ils sont à l'affût, ils font des
recommandations le plus rapidement possible. Et, de façon occasionnelle, le P.D.G.
du CCTM me l'a dit : On est, tant du côté syndical que patronal,
préoccupés par cet enjeu-là et on fait tous les efforts qui s'imposent.
Ceci dit, en santé
mentale, comme vous le soulevez, moi, je n'aime pas ça... Tu sais, il y en a
qui disent : Bon, est-ce que c'est vraiment l'enfant pauvre du système?
Peut-être. Moi, je comprends cette perception-là. Puis je ne suis pas un
spécialiste, là, je ne suis vraiment pas mon collègue qui est ministre délégué
aux Services sociaux ni mon collègue qui est ministre de la Santé. Il y a des
enjeux spécifiques à la santé mentale, puis je pense qu'ils ont vraiment des
plans d'action qui sont concrets avec des mesures puis les programmes qui
visent à répondre aux besoins des Québécois et des Québécoises en matière de
santé mentale.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui, député de Nelligan.
M. Derraji :
Oui. C'est en tout respect, M. le ministre, j'ai vraiment un doute sur le
retour au travail. On a lu le même rapport Morneau Shepell, on a lu le même
rapport, et les questions soulevées sur la chronicité et la réadaptation,
malheureusement, par rapport à ce qui a été soulevé par le Collège des
médecins, notamment la santé mentale et les troubles musculosquelettiques, ce
que j'ai devant moi aujourd'hui ne permet pas un retour au travail rapide de
ces travailleurs. Donc, la chronicité, je ne pense pas qu'on répond aujourd'hui
à ce qu'on diminue cette chronicité avec une réadaptation, un retour au travail
ou même avec l'assignation temporaire pour la simple et unique raison que ce
travailleur n'a pas encore eu lieu... n'a pas encore eu la chance de rencontrer
son professionnel.
Vous avez vu que le Collège des médecins a soulevé
que, rien que lors de la première vague, il y avait 4 000 dossiers
en retard. On voit très bien que ce que, encore une fois, le Collège des
médecins avance, c'est que les deux troubles où il y a un réel problème, c'est
la santé mentale et les troubles musculosquelettiques.
Donc, vous savez que
je ne veux pas vous ramener sur un terrain où ce n'est pas vous, le
responsable, mais je tiens à vous rappeler qu'il y a une liste qui traîne au
niveau de la santé mentale et qu'il y a un réel problème, il y a un réel
problème. Je ne veux pas faire de la politique sur cet enjeu. Aujourd'hui même,
au salon bleu, vous avez vu qu'on a posé une
question par rapport à trouver d'autres solutions, et je suis de votre école,
que ce n'est pas une solution unique que ça prend pour résoudre un
problème, que ce soit la pénurie de main-d'oeuvre ou la santé mentale.
Ma préoccupation :
Est-ce qu'aujourd'hui le ministre est conscient qu'on ne règle pas la
chronicité d'une manière efficace, la pénurie frappe le BEM, la pénurie
annihile les efforts du retour au travail par la réadaptation et... agir sur la
chronicité? Je comprends que c'est un débat de fond, probablement pas à
100 % lié avec l'amendement en question, mais nous sommes en train de
parler du BEM, et le BEM joue un rôle important dans le retour au travail des
travailleurs. Donc, la question soulevée par Morneau Shepell, soulevée par le Conseil du patronat, soulevée par l'ensemble des associations
patronales sur... que cette modernisation doit absolument viser aussi un retour
au travail. Vous avez même dit ça à plusieurs reprises, M. le
ministre, on a un problème de pénurie de main-d'oeuvre. Donc, on n'a pas besoin
de prolonger cette chronicité parce que ça ne va pas aider ni... personne, ni
le travailleur, ni les représentants des travailleurs, ni les patrons, ni nos
entreprises. Et on ne le règle pas aujourd'hui, parce que ça prend une coordination
avec la santé, avec les services sociaux, parce qu'il y a une pénurie qui les
affecte.
M. Boulet :
Oui, puis ça fait écho, puis on ne réglera pas la pénurie de main-d'oeuvre dans
le cadre de notre commission parlementaire, mais la recommandation 18 le dit,
comme vous le mentionnez, «que le ministère de la Santé et des Services sociaux,
en collaboration avec le Collège des médecins[...], les ministères et organismes
concernés — puis
ils référaient à l'Enseignement supérieur — [...]les organisations
patronales et syndicales[...], lance une réflexion et recommande des pistes de
solution» sur, notamment, la pénurie des médecins formés en médecine du travail, l'amélioration de la formation, etc., là. Mais, oui, vous avez raison, je pense que ça
va être le fruit d'une collaboration de toutes les parties intéressées
par ça.
Ceci dit, la diminution
de la chronicisation va passer par la diminution des durées d'absence en raison
des accidents de travail et maladies
professionnelles, et on s'est donné un outil qui va être puissant, selon moi,
de permettre à des travailleurs accidentés de bénéficier des services de
réadaptation avant la consolidation et l'atteinte permanente.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Parfait.
M. Boulet :
Et vous avez totalement raison, là, sur... ça ne doit pas se faire en vase
clos. Puis je suis content de constater que vous êtes d'accord qu'il n'y a pas
de solution unique. Comme j'ai dit au salon bleu ce matin, c'est la
multiplicité des efforts de tout le monde qui va contribuer à permettre au
Québec de bien lutter contre la pénurie de main-d'oeuvre. Et ça ne se réglera
pas demain. Le pire, ça va être en 2030, là. Vous le savez, hein, il y a
beaucoup de départs à la retraite, puis la population, au Québec, vieillit de
manière assez effarante, là, même quand on se compare au reste du Canada.
O.K., ça va. Je
comprends que vous êtes...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci, M. le ministre, là. Merci. Merci, vous
êtes bien gentil.
Deux
précisions. Je voulais juste savoir s'il y avait d'autres... sur l'amendement
même, est-ce qu'il y avait d'autres interventions? S'il n'y avait
pas d'autre intervention, est-ce qu'on procéderait tout de suite à la mise aux
voix?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Pardon?
M. Gaudreault :
On va attendre.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Vous aimez mieux attendre après le dîner? Bon.
Avant ça, j'ai une
autre précision à apporter également. L'état de la situation que le ministre
vous a soumis ou que vous avez reçu, il ne sera pas déposé à la commission, il
était pour vous, à l'interne. Il a été distribué, mais il ne sera pas déposé à
la commission. Donc, ça va? Je vous remercie.
Donc,
je vous souhaite un bon dîner, et nous revenons... nous devons suspendre pour
le dîner et nous revenons pour les travaux à 15 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 13 h 01)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, bonjour à nouveau.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Attention, s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend
ses travaux. Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de loi n° 59, Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail.
Lors de notre suspension des travaux ce matin,
nous en étions rendus à un amendement qui avait été discuté, un amendement
déposé par le député d'Hochelaga-Maisonneuve. Il avait été discuté, mais je
vais quand même prendre le temps. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur
l'amendement déposé introduisant le nouvel
article 62.1? Alors, député de
Jonquière.
M. Gaudreault : Oui, merci,
Mme la Présidente. Alors, j'ai écouté les commentaires de mes collègues
avant la suspension de nos travaux, le député de Nelligan, le député
d'Hochelaga-Maisonneuve, évidemment, avec son amendement, j'ai écouté également
le ministre et ses propos. Moi, je regardais ça, là, durant la pause,
l'amendement et l'article 218. Dans le fond, l'enjeu, c'est que, dans
le 218, on dit «le ministre désigne un membre», et là le député
d'Hochelaga-Maisonneuve nous propose de changer ça par «le professionnel de la
santé qui a charge du travailleur désigne un membre du Bureau d'évaluation
médicale», etc.
Et j'ai réfléchi à ça comme il faut. Et je suis
allé voir avec l'article 224 de la
Loi sur les accidents du travail et les
maladies professionnelles, où on dit : «Aux fins de rendre une
décision en vertu de la présente loi, [...]la commission est liée par le
diagnostic et les autres conclusions établis par le professionnel de la santé
qui a charge du travailleur...» Alors, pour moi, il y a comme une colonne
vertébrale, je dirais, là, ou une ligne directrice en ce qui concerne
l'évaluation du travailleur ou de la travailleuse, en ce qui concerne son
traitement, en ce qui concerne, également, les évaluations de son état de santé
à la suite de la lésion ou de l'accident. Et le ministre lui-même, de toute
façon, l'a dit à plusieurs reprises dans ses interventions précédentes, que le
médecin qui a charge du travailleur est prépondérant. Donc, moi, c'est là que
ça me rejoint, au sens où, si c'est un des principes fondateurs de la loi que
le professionnel qui traite l'accidenté du travail ou le lésé du travail — je ne
sais pas si ça se dit, mais ça revient un peu
à ça — bien, il
faut que ça apparaisse à quelque part. Donc, de faire ressortir ce principe à
l'article 218, moi, je trouve que
c'est cohérent, c'est en droite ligne avec la trame derrière la loi, qui est de
dire que le médecin traitant a prépondérance.
Et je l'ai dit à plusieurs reprises, le ministre
était d'accord avec moi hier, sur un autre sujet, mais on avait eu l'occasion
de dire que les professionnels de la santé, quels qu'ils soient, étant membres
d'un ordre, étant membres du Collège des médecins, ont des responsabilités, ont
des responsabilités face au public, ont des responsabilités face à leur syndic, ont des responsabilités face à leur
propre ordre professionnel. Et moi, je fais confiance aux professionnels
de la santé. Donc, de remplacer «le ministre» par «professionnel de la santé
qui a charge du travailleur», je trouve que c'est cohérent et je trouve
également, de toute façon, que ça vient clarifier. Parce qu'on sait bien que,
quand on dit, dans un
article comme celui-là, le ministre peut, le ministre
peut, le ministre doit, c'est... le ministre, ce n'est pas lui qui va regarder,
là, le dossier d'une personne ou d'un travailleur qui est blessé puis qui va
désigner un membre du bureau. On sait bien que c'est un pouvoir délégué, un pouvoir
délégué envers d'autres personnes du ministère, soit un directeur ou une
directrice du ministère, des directeurs régionaux, peu importe la situation.
Donc, quand on dit, dans l'article 218 actuel, «le ministre désigne un membre
du bureau», je trouve ça fort, tu sais. Je comprends, puis je le répète,
c'est... On le dit, même, «le ministre ou la personne qu'il désigne à cette
fin». Donc, on sait bien, là, que c'est souvent... c'est la personne qu'il
désigne à cette fin. Si ça se trouve, le ministre ne sait même pas c'est qui,
la personne qu'il a désignée à cette fin, parce qu'elle est désignée par les
processus administratifs auxquels... en bout de ligne, le ministre signe. Mais
moi, je pense que de préciser, dès le premier alinéa, «le médecin traitant»... bien,
je dis «le médecin», là, mais «le professionnel de la santé qui a charge du
travailleur», je pense que c'est beaucoup plus conforme, beaucoup plus
réaliste, puis ça nous permet d'identifier clairement une personne, un
professionnel.
Donc, pour
toutes ces raisons, Mme la Présidente, moi, je vais appuyer, là,
l'amendement du député d'Hochelaga-Maisonneuve.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Merci. M. le ministre, voulez-vous... Non? Parfait.
M. Boulet : Je respecte et je
comprends le commentaire du collègue. Ceci dit, je vais juste réitérer que la
prépondérance de l'opinion du médecin traitant, elle est reconnue à
l'article 224. La commission, elle est liée par l'opinion du médecin
traitant sur les aspects médicaux. Tu sais, on disait, il y avait à peu près,
quoi, 130 000 dossiers avec un potentiel de BEM, il y en a à peu près
10 000, 11 000, avis du Bureau d'évaluation médicale, et cet avis-là,
comme j'ai expliqué, il demeure prépondérant.
Puis c'est sûr que le médecin traitant n'aurait
pas non plus la connaissance du réseau des membres du BEM, là, parce que, même
si tu as besoin d'un orthopédiste, il y en a, au Québec, qui sont spécialisés
dans les membres inférieurs, d'autres, dans les membres supérieurs, d'autres,
dans les lésions musculosquelettiques, donc ça permet une identification du
profil du membre du BEM dont on a besoin. Puis après ça le processus de
nomination, il est clérical, là, purement administratif, là. Il y a une liste
avec les spécialités puis les surspécialités, parfois, et ça se fait en
fonction des disponibilités de ces médecins-là.
Mais,
ceci dit, je comprends très bien et je respecte l'opinion du collègue de Jonquière.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions à
l'amendement? Oui? Député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Très rapidement, Mme la Présidente, moi, ce que je veux juste retenir de
cette histoire-là, dans le fond — puis
ça aurait pu être un commentaire qui aurait été fait plus tôt, là, mais je le
fais maintenant — c'est
qu'une personne qui commence son calvaire,
là, de lésion, là, il va avoir son expertise médicale de son médecin
traitant, mais, à partir du moment où l'employeur conteste, ou la commission,
potentiellement, aussi, bien là il va y avoir, très certainement, ou, en tout cas... oui, très probablement, probablement
très certainement, deux autres expertises, deux autres rencontres, celle
du médecin et de l'employeur ou de la CNESST puis celui du BEM qui va avoir
lieu, ça fait que c'est des étapes, des
étapes, des étapes. Puis là ça va être contesté au TAT, probablement, rebelote
avec les expertises médicales.
Ça fait que,
vraiment, on multiplie les moments anxiogènes, les moments stressants. Ça ne
m'est jamais arrivé, évidemment, mais j'ose à peine imaginer comment se sent
une personne qui a une lésion, qui a son papier de son médecin, que son patron,
en quelque sorte, le conteste, ou ne le croit pas, ou peu importe, l'envoie
voir le médecin de l'entreprise, comment on se sent quand on se présente au
médecin de l'entreprise. Ça ne doit pas être une situation particulièrement
agréable. Surtout que, quand on va voir le médecin de l'entreprise, de ce que
j'en comprends des différentes statistiques qu'on a étudiées depuis le début de
cette commission, il y a des maudites bonnes chances que vous ayez aussi, après
ça, à aller voir le médecin du BEM. Ce n'est pas très fréquent, j'imagine, que
le médecin de l'entreprise dise que votre médecin à vous avait raison.
Alors, c'est ça que
je retiens, puis je pense que mon amendement avait peut-être une perspective de
pouvoir éviter, dans la mesure du possible, ces moments-là anxiogènes. Mais,
voilà, on a fait le tour de la question, je pense.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci. Alors, s'il n'y a pas d'autre
intervention à l'amendement déposé par le député d'Hochelaga-Maisonneuve
introduisant le nouvel
article 62.1, nous allons procéder à la mise aux voix.
La Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire :
M. Boulet (Trois-Rivières)?
Secrétaire : Pour les
membres du groupe parlementaire formant le gouvernement, Mme Jeannotte
(Labelle)?
La Secrétaire :
Pour les membres de l'opposition officielle, M. Derraji (Nelligan)?
M. Derraji :
Abstention.
La Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
La Secrétaire :
Mme IsaBelle (Huntingdon)?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
On me signale de ne
pas oublier de porter le masque ou de tenir... de respecter les mesures
sanitaires, là, lorsque vous ne parlez pas. Alors, il faut faire attention.
Nous poursuivons donc
avec l'article 63. M. le ministre.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui, député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui. J'aurais un amendement à déposer.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Après 62, c'est ça?
M. Gaudreault :
Oui, un 62.1.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
62.1. Il devient 62.1 parce que le... D'accord.
M. Gaudreault :
C'est parce que le 62.1 d'Hochelaga-Maisonneuve a été battu, donc un nouveau
62.1.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
C'est ça. Est-ce qu'il a déjà été acheminé? Non? Alors, nous allons suspendre quelques
instants.
(Suspension de la séance à 15 h 11)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous avons reçu un amendement de la part du député de Jonquière. Je vous
invite à le lire et à l'expliquer, s'il y a lieu.
M. Gaudreault : Oui, alors, je vais juste... Parfait. Donc, Mme la Présidente, voici, l'amendement est le
suivant :
Insérer, après l'article 62 du projet de loi, le
suivant :
62.1.
L'article 209 de la
Loi sur les
accidents du travail et les maladies professionnelles est remplacé par le suivant...
La Présidente (Mme IsaBelle) : ...de
Jonquière, je suis obligée de vous arrêter, il y a un vote, il y a un vote.
Alors, je ne sais pas s'il y en a d'autres qui doivent aller voter au bleu. Il
y a un vote, actuellement, au bleu, alors...
M. Gaudreault : O.K., on va
attendre.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui. On doit donc suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 15 h 22)
Présidente (Mme IsaBelle) : Alors, attention, nous sommes de retour. Alors, lorsque nous avons
suspendu, le député de Jonquière était en train de lire son amendement. Alors,
je vous invite à le lire.
M. Gaudreault : Oui. Insérer,
après l'article 62 du projet de loi, le suivant :
62.1.
L'article 209 de la
Loi sur les
accidents du travail et les maladies professionnelles est remplacé par le
suivant :
«209. L'employeur qui a droit d'accès au dossier
que la commission possède au sujet d'une lésion professionnelle dont a été
victime un travailleur peut faire une requête auprès de la commission pour que
celle-ci évalue la possibilité d'imposer qu'un travailleur victime d'une lésion
professionnelle se soumette à l'examen du professionnel de la santé qu'elle
désigne, à chaque fois que le professionnel de la santé qui a charge de ce
travailleur fournit à la commission un rapport qu'il doit fournir et portant
sur un ou plusieurs des sujets mentionnés aux paragraphes 1° à 5° du
premier alinéa de l'article 212.
«L'employeur qui se prévaut des dispositions du
premier alinéa peut également demander à la commission la possibilité que
le professionnel de la santé désigné par celui-ci donne son opinion sur la
relation entre la blessure ou la maladie du travailleur d'une part, et d'autre
part, l'accident du travail que celui-ci a subi ou le travail qu'il exerce ou
qu'il a exercé.»
Bon, Mme la Présidente, je sais que vous
allez trouver qu'il y a beaucoup de phrases, mais c'est la formule qu'on a
trouvé la meilleure, plutôt que d'essayer de dire : On remplace, puis on
supprime, puis on rajoute, parce qu'à un moment donné c'est plus simple de
réécrire, là, le projet de loi... pas le projet de loi... bien, on pourrait
réécrire le projet de loi, oui, mais réécrire un article.
Dans le fond, c'est quoi? C'est que moi, j'ai
fait de la concordance entre le rapport de la Commission sur l'économie et du
travail de 2006 et le document de suivi de ce rapport qui nous a été transmis
par le ministre avant la pause, et je constate que... puis là je vais aller le
rechercher, je constate que le fameux suivi du rapport... oui, je l'ai ici, le
fameux suivi du rapport de la Commission de l'économie et du travail de 2006
énonce des éléments assez techniques. Par exemple, bon, il y a eu une campagne
de promotion qui a été faite du BEM. Ils ont mis en place un plan de
communication insistant sur le rôle médical du BEM. Le BEM a implanté une série
de mesures afin d'améliorer la qualité des
avis et mis en place un mécanisme de suivi, a fait une restructuration
organisationnelle. Il y a eu l'amélioration
du processus de recrutement et de sélection des membres, formation,
support-conseil, relecture des avis, disponibilité et support-conseil
accrus, examen de la conformité, etc., là. Allez voir le rapport, Mme la
Présidente.
Le suivi du rapport, ce n'est pas mauvais, là,
mais c'est des choses assez techniques, alors qu'il y avait une recommandation
très claire, que je vais aller vous rechercher dans le rapport de 2006, une recommandation
très claire qui dit la chose suivante — voilà, écoutez bien : «Que seule la commission
de la santé et sécurité du travail puisse demander au
Bureau d'évaluation médicale d'émettre un avis.» Donc, encore là, l'idée est de
mettre au centre de la loi, le pilier principal au coeur de la loi... je ne
sais plus quel synonyme je peux sortir, de mettre le travailleur au coeur de
cette loi. Le rapport de 2006 nous dit la recommandation que la Commission de
la santé-sécurité puisse être la seule à demander au Bureau d'évaluation
médicale d'émettre un avis.
Alors, c'est pour ça que je fais cet amendement
qui vient modifier l'article 209, parce que, par cet amendement, on vient
dire... on se donne une étape de plus, mais je vais revenir tout à l'heure sur
la judiciarisation, on se donne une étape de plus. On a essayé de formuler le
mieux possible l'article 209 pour atteindre nos fins. Si le ministre nous
dit que mon amendement est bon mais mal formulé, si c'est juste ça, moi, je
suis prêt à m'asseoir puis à regarder avec le ministre comment on peut le
réécrire, parce qu'il a beaucoup plus de ressources que moi, donc moi, je n'aurais
pas de problème là-dessus, mais, avec les ressources que nous avons puis avec
le temps qu'on a, c'est comme ça qu'on l'a écrit.
Donc, ce qu'on fait, c'est qu'on vient... Si
vous regardez le libellé d'origine de l'article 209, on dit que «l'employeur peut exiger — ce n'est pas rien, peut exiger — que le travailleur se soumette à l'examen
d'un professionnel de la santé qu'il désigne». C'est fort. C'est fort.
Alors, nous, pour respecter la recommandation de la commission... de notre
commission parlementaire en 2006, on vient ajouter une formalité qui est :
«L'employeur [...] peut faire une requête auprès de la [CNESST] pour que
celle-ci évalue la possibilité d'imposer qu'un travailleur victime d'une lésion
professionnelle», blablabla. Donc, ce n'est pas obligé d'être très complexe. Ça
peut être un formulaire, ça peut être une procédure décentralisée dans les
régions, dans les bureaux de la CNESST, où l'employeur pourrait demander à la commission
d'évaluer la possibilité d'imposer un examen supplémentaire à un travailleur
pour respecter cette recommandation de 2006, qui est toujours sur une tablette.
Parce que, dans le suivi de ce rapport de 2006, à moins que le ministre me
montre un élément contraire, dans le suivi du rapport de 2006 qu'il nous a
déposé, il n'y a pas ça.
Donc, moi, je veux respecter la recommandation
de 2006. Je veux qu'on envoie un signal clair, dans cette loi, et dans ce projet
de loi, et dans cette réouverture, depuis 40 ans, de cette loi
fondamentale, que le travailleur, la travailleuse lésée, blessée, est le seul,
est la seule à être au coeur de ce système parce qu'elle est victime, elle est
la
partie la plus vulnérable dans l'ensemble du processus. Alors, c'est pour
ça. Puis je ne crois pas, je ne crois pas, que cela vient affecter le droit des
employeurs. Peut-être que le ministre pourra me répondre ça, mais on vient
ajouter, dans le fond, une formalité qui assoit davantage le rôle de la commission
comme instance désignée, comme instance aussi administrative, quasi judiciaire,
qui vient dire : Ce sera mon rôle de déterminer l'avis supplémentaire, la
pertinence d'un avis supplémentaire, et ce n'est pas un droit exclusif d'un
employeur d'exiger.
Maintenant,
je sais que l'autre argument qui va venir sera de dire : Oui, mais on
dénonce déjà la surjudiciarisation du système, là on
ajoute une bureaucratie, on ajoute un formulaire ou une procédure. Attention,
moi, je pense qu'au contraire ça vient envoyer le signal aux employeurs de ne
pas surutiliser ou mal utiliser un BEM dédié à des avis scientifiques. Le
ministre lui-même nous a dit hier... hier ou ce matin, je viens mêlé dans le
temps, mais a répondu à ma question : Est-ce scientifique ou juridique?
Sans nuance, puis j'aime ça quand c'est comme ça, le ministre a dit :
C'est scientifique. Alors, il ne faut pas déformer le rôle du BEM et de lui
donner... de faire en sorte, plutôt, que des employeurs s'en servent à des fins
judiciaires. C'est là qu'on alourdit le système. Alors, au contraire, on vient
mettre une barrière qui, à sa face même, a l'air d'une procédure supplémentaire,
mais, au contraire, qui vient dire aux employeurs : Ne m'utilisez pas à
outrance, parce que, si vous voulez demander un avis supplémentaire, vous aurez
à le démontrer, à le justifier, puis c'est la commission qui prendra la
décision, comme le dit la recommandation du rapport de 2006. Alors, c'est ça,
l'objectif.
Donc, moi, je crois qu'au lieu de
surjudiciariser davantage ou de surbureaucratiser — je ne sais pas si ça se dit — on vient
au contraire dire à l'employeur : Prépare-toi, on ne t'enlève pas le droit
de demander un avis, mais, par exemple, ce n'est pas vrai que ça va devenir un bar
ouvert. Donc, c'est l'objet de mon amendement, cet après-midi, sur cet aspect-là, que je
trouve à tout point conforme à une recommandation de nos prédécesseurs à la Commission
de l'économie et du travail.
Je vais m'arrêter ici pour l'instant, Mme la
Présidente, puis j'ai hâte d'entendre mes collègues, là, sur cet amendement.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Alors, M. le ministre.
M. Boulet : Oui, merci, Mme la
Présidente. Donc, si on va au fond de l'amendement, ce que vous demandez, c'est
que l'employeur ne puisse exiger de son travailleur lésé qu'il se soumette à un
examen de son médecin désigné pour éventuellement le soumettre au Bureau
d'évaluation médicale sans d'abord avoir passé par... en fait, que ce ne soit
que la CNESST qui puisse référer au Bureau d'évaluation médicale.
Je rappelle
que c'est de l'arbitrage médical puis c'est... la CNESST, elle est là pour
appliquer la loi, puis il y a un travailleur puis un employeur. Les statistiques
que je mentionnais plus tôt aujourd'hui, 130 000 dossiers actifs, bon an,
mal an, c'est 10 000, 11 000. Il n'y en a pas tant que ça, là. En pourcentage,
c'est assez faible, le nombre d'avis de Bureau d'évaluation médicale qui sont
rendus sur l'ensemble, la totalité des dossiers, du nombre de dossiers.
Et ce que vous voulez atteindre comme objectif a
pour effet, selon moi, de judiciariser encore plus, de mettre une nouvelle
couche, de demander aux employeurs du Québec, les petits, les moyens, les
grands, je répète, de faire une demande, une requête à la CNESST pour pouvoir
faire examiner son travailleur et pour pouvoir référer éventuellement au Bureau
d'évaluation médicale, mais selon quels critères? S'il y a un désaccord entre
les deux médecins, c'est normal qu'on puisse référer. Puis c'est normal que,
dans un contexte d'accident de travail ou de maladie professionnelle,
un employeur puisse vouloir faire examiner, c'est des choses d'experts, le
diagnostic, les traitements, la consolidation, l'atteinte puis les limitations.
Il ne peut pas, lui... Vous le savez, vous avez pratiqué, vous savez qu'un
employeur, quand il y a un contentieux, il demande à un expert de venir
témoigner au soutien de sa prétention. Il peut ne pas y avoir eu d'accident, il
peut ne pas y avoir eu de maladie ou les aspects médicaux déterminés par le
médecin traitant.
Je vous rappelle que
le médecin traitant est prépondérant, 224 le dit clairement. Ça fait que vous
essayez de régler une question en hypothéquant les employeurs, en les privant
de l'exercice d'un droit qui m'apparaît fondamental, c'est-à-dire le droit
d'ester, de préparer son dossier. Et il ne faut pas oublier qu'en matière de
santé... puis mon collègue connaît bien les décisions des tribunaux supérieurs,
tu sais, en matière de santé, quand il y a un enjeu entre un travailleur et un
employeur, il y a un consentement implicite du travailleur à ce que l'employeur
puisse obtenir un examen médical, tu sais, dans les cas d'absentéisme pour des
raisons de santé et autres, donc... Puis on dit «peut exiger»... en fait, oui,
il demande puis il peut exiger, parce qu'il ne veut pas se faire opposer par un
travailleur : Je ne suis pas obligé. Puis, si, les travailleurs, on leur
disait... puis ceci dit avec respect, là, parce que, si un travailleur, il
dit : Moi, je ne veux pas me faire examiner... en fait, s'il n'y avait pas
le «peut exiger», les employeurs, ils pourraient décider en masse de ne pas se
faire expertiser.
Puis je reviens à la
base, là, tu sais, c'est un système d'arbitres. Le médecin traitant, il fait
son attestation médicale initiale, il se prononce sur les aspects médicaux.
L'employeur peut faire examiner le travailleur. Il peut, s'il y a un désaccord
entre son médecin puis le médecin traitant, demander de référer au BEM. La
CNESST a toujours ce droit-là dans la loi actuelle. La CNESST a toujours ce
droit, même si l'employeur l'a, mais c'est des corridors distincts. Et là on
viendrait dire à l'employeur : Il faut tu franchisses une autre étape,
puis tu peux ne pas aboutir à ce que tu souhaites, là. Pourquoi la CNESST
dirait non à une demande de... Tu sais, je ne comprends pas la retombée
pratique puis la retombée positive en matière de structure administrative puis
de palier additionnel pour simplement priver les employeurs d'un droit qui
m'apparaît fondamental.
Puis le collègue,
bon, le sait, depuis le début du projet de loi, j'essaie toujours de trouver
des bons compromis puis je comprends l'équilibre qui doit exister entre les
travailleurs et les employeurs, mais je ne peux pas, au nom de la prépondérance
de l'opinion du médecin traitant, priver les employeurs complètement de leur
droit de faire examiner le travailleur. Merci.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci. Il y a d'autres... Oui, député de
Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui, peut-être un petit commentaire avant de laisser les collègues prendre la
parole, on ne prive pas, là, l'employeur, quand même, d'exercer un droit.
J'aurais le goût de dire : L'amendement vient l'obliger à être crédible
dans sa démarche. Alors, ce n'est même... tu sais, ce n'est pas plus que ça.
Puis, encore une fois, je répète que je me colle quand même à une recommandation
importante qui dort sur les tablettes depuis 2006. Alors, pour l'instant, je
vais en arrêter là.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui. M. le ministre.
M. Boulet :
Oui, moi, je suis toujours un partisan de la présomption de bonne foi. Mais,
peut-être, je peux laisser les... si les autres collègues n'ont pas
d'intervention, je pourrai peut-être répondre, donner une réponse
additionnelle, mais...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, y a-t-il d'autres interventions sur
l'amendement déposé?
M. Leduc :
J'aurais d'abord entendu le ministre, là, mais...
M. Boulet :
O.K. Bon, je me suis...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : O.K. M. le ministre.
M. Boulet :
Je voulais simplement informer, puis ça fait suite, d'ailleurs, aux propos du
collègue de Nelligan de ce matin, au CCTM, M. François Lamoureux, là, qui
est président du CCTM, que vous connaissez peut-être, me confirmait qu'il y
avait des travaux. Ils ont formé un sous-comité, les syndicats et les patrons,
un sous-comité qui appelle sur l'évaluation médicale pour améliorer le
fonctionnent du BEM, recrutement des médecins puis réduire les délais. Donc,
ils sont constamment en action. Puis, bon, encore une fois, ce n'est pas
parfait, là, mais il y a quand même des travaux, il y a un sous-comité qui a
été formé puis il y a un plan d'action.
Puis, moi, ce que je
pourrais ultimement demander au CCTM, de voir la légitimité, là, que seule la
commission, la CNESST, puisse demander au Bureau d'évaluation médicale un avis,
qu'il y ait au moins une réflexion sur ce volet-là. Moi, c'est le compromis que
je suggère, que j'ai fait souvent avec les collègues de Nelligan et
d'Hochelaga-Maisonneuve, puis ça nous permettrait d'aller de l'avant puis de
laisser ça dans les mains des experts que sont les syndicats et les patrons.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Bien, j'allais juste simplement saluer l'initiative de mon collègue de
Jonquière. Là, je pense que ce qu'il a
proposé et qu'on est en train de débattre est une autre voie, là, qui vise à un
objectif assez proche de celui qu'on avait défendu, que j'avais défendu
la semaine dernière — ou
c'est-tu hier? En tout cas, je perds le fil — récemment, que j'ai défendu
récemment, et qui vise donc à déjudiciariser, qui vise à cesser cette espèce,
parfois, d'automatisme à tout de suite contester. Puis on ne fera pas le débat
au complet, là, mais je pense que c'est assez ingénieux, là, d'avoir pensé à ce
chemin-là puis je vais voter en faveur de son amendement.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Y a-t-il d'autres interventions?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui, merci au
député d'Hochelaga-Maisonneuve. Je vous dirais... bon, je comprends le
positionnement du ministre, là, je ne pense pas que je vais le changer à ce
stade-ci, mais je veux quand même ajouter un argument, là, avant de conclure,
c'est qu'admettons qu'il arrive un accident dans une usine ou dans une
entreprise, il peut arriver que le travailleur se retrouve rapidement à
l'urgence, il va au plus vite, puis là il se retrouve avec un orthopédiste
qu'il n'a pas choisi parce qu'il faut tout de suite réparer sa jambe qui est
fracturée au fémur, et à deux endroits, puis là il se retrouve dans un contexte
d'urgence. Tandis que, l'article 209, la manière dont il est présentement
libellé, c'est comme si ça amenait un déséquilibre parce que l'employeur, lui,
il peut... il a comme deux avantages, il peut exiger un deuxième avis ou un
examen par un médecin, deuxièmement, de son choix, l'employé, lui, le travailleur, n'a pas nécessairement le choix de son
médecin traitant, donc il y a comme un déséquilibre à cet égard-là. Je
pense que mon amendement vient un peu rééquilibrer ça.
Maintenant, j'ai entendu le ministre qui m'a
parlé du comité consultatif sur la main-d'oeuvre et des études, ou des
recherches, ou des informations supplémentaires que le comité peut nous faire.
Moi, j'ai appris une chose en politique, Mme la Présidente, c'est qu'à un
moment donné il faut ramasser nos billes. Alors là, je vois que le ministre ne
peut pas ou ne veut pas... puis on pourrait débattre longuement, là, de mon
amendement, il ne veut pas adopter mon amendement, il a la majorité, mais on va
au moins ramasser nos billes. Il nous a dit qu'il était prêt à mandater le
comité consultatif pour examiner l'impact, à tout le moins, du fait que la
CNESST n'est pas la seule instance à pouvoir demander un avis supplémentaire,
d'évaluer cette question-là. Moi, j'aimerais qu'il... moi, en tout cas,
j'accepte ça, minimalement, puis j'aimerais qu'il nous dise, là, qu'il va effectivement
demander au comité de le faire, puis
éventuellement, bien, on pourra obtenir le rapport du comité consultatif sur
cette question-là. Parce que c'est quand même un enjeu important qui a
été énoncé en 2006, qui n'est toujours pas réglé, qui est un principe fondateur
de la loi. Et, si au moins le comité peut faire un travail supplémentaire
là-dessus, bien, on va être preneurs, c'est sûr.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait, merci. M. le ministre.
M. Boulet : Oui, je le confirme, absolument, que le CCTM
fasse une réflexion sur le fait que la CNESST doit être le conduit qui
permet à l'employeur de faire examiner et de référer au Bureau d'évaluation
médicale, et ce sera fait. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Y a-t-il d'autres interventions à l'amendement déposé par le député de
Jonquière? Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à
la mise aux voix de l'amendement introduisant le nouvel
article 62.1.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Gaudreault (Jonquière)?
La Secrétaire : M. Boulet
(Trois-Rivières)?
Secrétaire : Pour les
membres du groupe parlementaire formant le gouvernement, Mme Jeannotte (Labelle)?
La Secrétaire : Pour les
membres de l'opposition officielle, M. Derraji (Nelligan)?
M. Derraji : Abstention.
La Secrétaire : M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
Secrétaire : Mme IsaBelle (Huntingdon)?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
Nous poursuivons donc
avec, cette fois-ci, l'article 63. M. le ministre.
M. Boulet :
Oui, merci, Mme la Présidente. Donc, ça, il y a une succession d'articles, là,
il y a eu... c'est un amendement, c'est : Retirer l'article 63 du
projet de loi.
Et puis je vais
expliquer, là, en fait, l'amendement fait suite aux commentaires de certains groupes,
formulés clairement, là, lors des consultations particulières. C'est tout.
Merci.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Est-ce qu'il y a des interventions? Donc, s'il
n'y a pas d'intervention sur l'amendement concernant l'article 63, nous
allons procéder à la mise aux voix.
La Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Boulet (Trois-Rivières)?
Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, Mme Jeannotte (Labelle)?
La Secrétaire :
Pour les membres de l'opposition officielle, M. Derraji (Nelligan)?
La Secrétaire :
M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
La Secrétaire :
Mme IsaBelle (Huntingdon)?
Présidente (Mme IsaBelle) : Abstention. Donc, l'amendement est
adopté, et l'article 63 est donc supprimé.
Nous poursuivons, M.
le ministre, avec l'article 64.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Donc : Remplacer l'article 64 du projet de loi
par le suivant :
L'article 219 de
cette loi est abrogé.
Donc, c'était par
amendement.
Explication...
Il n'y a pas d'explication, là, c'est suite aux recommandations lors des
consultations particulières, donc même raison. Merci.
Présidente (Mme IsaBelle) : Parfait. Y a-t-il des interventions
sur l'amendement? Oui, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
...préciser, là, j'aurais dû le poser à l'article précédent, mais c'est quels
groupes auxquels le ministre fait référence, là, qui l'a convaincu de retirer
l'article? Est-ce que c'étaient les débats avec les médecins de santé publique?
M. Boulet :
La CSD, l'UTTAM puis un autre organisme, là, qui s'étaient prononcés là-dessus
et qui nous demandaient le statu quo.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : C'est bien? Alors, est-ce qu'il y a d'autres
questions sur l'amendement déposé à l'article 64? S'il n'y a pas d'autre
intervention, nous allons voter... nous allons aller à la mise aux voix pour
l'amendement à l'article 64.
La Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Boulet (Trois-Rivières)?
Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, Mme Jeannotte (Labelle)?
La Secrétaire :
Pour les membres de l'opposition officielle, M. Derraji (Nelligan)?
La Secrétaire : M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
La Secrétaire :
Mme IsaBelle (Huntingdon)?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Abstention. Donc, l'amendement à l'article 64 est adopté.
Nous allons maintenant aller à la mise...
D'abord, y a-t-il des interventions à l'article 64 tel qu'amendé? Oui?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
L'article 64.
M. Leduc : Il n'est pas rejeté?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Non. Ce n'est pas la même chose, on m'a bien expliqué que ce n'est pas tout à
fait pareil, là.
M. Boulet : Ça revient au même.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui, mais il faut quand même qu'on passe à la mise aux voix de
l'article 64 tel qu'amendé.
M. Boulet : O.K. C'est beau.
M. Leduc : O.K. Qui vise à le
biffer?
M. Boulet : C'est parce qu'il
est abrogé, c'est ça, exactement.
M. Leduc : C'est beau. Je
pensais que c'était...
M. Boulet : O.K. Moi aussi, je
pensais ça.
M. Leduc : Bien, parce que, pour votre précédent, vous
n'avez pas... vous n'avez pas fait deux votes au vote précédent.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parce que ce n'est pas pareil. Un, on supprime littéralement l'article, alors
qu'ici on ne supprimait pas l'article...
M. Boulet : On abroge
l'article 219.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
C'est ça.
M. Boulet : O.K., je comprends.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
On abroge un autre article, c'est ça.
M. Boulet : O.K., c'est beau.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Ça vous va?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Il y a une différence entre les deux.
Alors, je reviens. Est-ce que l'article 64...
On va passe à la mise aux voix de l'article 64 tel qu'amendé.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Boulet (Trois-Rivières)?
Secrétaire : Pour les
membres du groupe parlementaire formant le gouvernement, Mme Jeannotte (Labelle)?
La Secrétaire : Pour les
membres de l'opposition officielle, M. Derraji (Nelligan)?
La Secrétaire : M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire : M. Gaudreault
(Jonquière)?
La Secrétaire : Mme IsaBelle
(Huntingdon)?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Abstention. Donc, l'article 64, tel qu'amendé, est adopté.
Nous allons maintenant à l'article 66. Oui,
député de... d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Vous ne vous
rappelez pas de ma circonscription, Mme la Présidente? Ça fait
100 heures qu'on travaille ensemble, là...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui, oui, oui.
M. Leduc : ...plus les autres projets
de loi. J'aurais un 64.1.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oh! un 64.1. O.K.
M. Leduc : Oui, c'est ça. Mais
je ne me ferai pas prendre deux fois, là.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Non, non, non, je pensais que vous alliez me dire un 66.1. Je me disais :
Attendez, vous, là, là.
M. Leduc : Je ne me ferai pas
prendre deux fois, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) : D'accord.
Écoutez, vous avez... Nous allons... Est-ce qu'il est prêt et tout? Il a été
acheminé? Mais nous allons quand même suspendre...
M. Leduc : O.K. Oui, puis je
peux en parler au ministre, s'il le désire.
Présidente (Mme IsaBelle) : Oui, pour prendre le temps. D'accord?
Alors, nous allons suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 55)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, député d'Hochelaga-Maisonneuve, vous aimeriez prendre la parole? C'est
bien ça?
M. Leduc : Oui, Mme la
Présidente, merci. J'aurais voulu avoir un échange à micro ouvert avec M. le
ministre concernant un aspect qui me semble assez important, là, de discuter
dans le cadre de cette réforme de la santé et sécurité au travail, et plus précisément
de ce bloc sur le Bureau d'évaluation médicale, qui est la possibilité, voire
le droit qu'on pourrait et qu'on devrait, à mon avis, reconnaître à une
personne qui est obligée, là — je pense que c'est le bon mot — de se
rendre devant un médecin du BEM, donc son droit de pouvoir être accompagnée par
une personne de son choix lorsqu'elle est convoquée, en quelque sorte, devant
un médecin du BEM. Ce n'est pas le cas, actuellement, puis ça fait quand même longtemps
que c'est un enjeu qui est soulevé par différents groupes qui ont eu des échos
et des témoignages de personnes qui ont trouvé l'exercice très anxiogène, je
l'ai dit, et je pense que je pourrais aller jusqu'à dire «très traumatisant».
On comprend que, quand on
se rend devant un médecin du BEM, c'est qu'on a eu notre première évaluation
par notre médecin qui a charge, bien sûr, mais il y a aussi eu, probablement...
en fait, il y a certainement eu l'évaluation du médecin de l'employeur ou celui
de la CNESST, puis là on se ramasse devant le médecin du BEM. Ce n'est pas un
moment agréable, c'est un moment tendu, un moment où est-ce qu'on se fait
réexaminer pour une troisième fois de la tête aux pieds. Et ils ne sont pas
tenus, les médecins du BEM, dans l'ordre actuel des choses, d'accepter qu'une
personne puisse accompagner le salarié ou la salariée qui se présente devant
eux, alors que, comme je vous le dis, ça peut être très stressant, et que
d'avoir une personne qui nous accompagne... Et c'est souvent le cas dans plein
d'autres domaines, dans le droit — on a siégé pendant combien de mois, ici,
sur l'exploitation sexuelle du mineur? — à quel point c'est important,
des fois, dans les étapes devant un tribunal, par exemple, de se faire
accompagner, d'avoir une personne de confiance avec soi. Le BEM, ce n'est pas
un tribunal, on s'entend, mais ça fait
partie d'un système judiciaire très complexe,
très difficile, très anxiogène. C'est une étape, hein? Souvent, ça ne s'arrête
pas là, au BEM, ça va continuer au tribunal, au TAT. Or, la possibilité d'être
accompagné à ce moment-là me semble assez importante.
Et puis, encore une fois, Mme la Présidente, je
ne sors pas ça d'un chapeau, c'est une recommandation qui était... c'est un
enjeu qui était soulevé par la Commission de l'économie et du travail, notre
commission, au fameux rapport de 2006 — ça fait quelques fois qu'on y
fait référence — puis,
dans des mesures qui étaient... dont la mise en application était identifiée
dans le rapport comme incomplète ou problématique, la commission a souligné, à
la page 9, de son rapport, l'«amélioration des rapports humains entre
[le médecin expert] et [le travailleur accidenté]».
Puis il y a un petit extrait qui est assez
intéressant que je vais vous lire avant de voir ce que le ministre peut me dire
à ce sujet-là : L'aspect humain du processus d'évaluation médicale .
On est à la page 18-19 du rapport : «L'une des priorités de la
Commission de l'économie et du travail consiste à ce que l'aspect humain de
l'évaluation médicale dans le cadre d'un
processus de contestation soit amélioré. D'abord, il s'avère inconcevable que
le travailleur accidenté qui le désire ne puisse pas être accompagné
d'une personne de confiance lors d'un examen au BEM. Dans le rapport entre le médecin membre du BEM et le travailleur accidenté, la relation de confiance médecin-patient est plus que
fragile. En effet, l'expert du BEM est souvent considéré comme celui qui
cherche à contredire le médecin traitant et à "couper l'indemnité",
et ce, malgré le fait qu'officiellement son rôle soit neutre. S'il était un
véritable tribunal, appliquant la loi de façon large et libérale, il en serait
autrement. Mais puisqu'il intervient plutôt à
titre d'expert et que son avis lie la CSST, le travailleur accidenté, qui
[...] est peut-être»... qui est seul, peut-être, à son énième...
«qui en est peut-être — pardon — à [sa
énième expérience]... expertise médicale — on va y arriver — peut
ressentir une certaine méfiance à son endroit. Le fait d'interdire la présence
d'un accompagnant de confiance pour le travailleur renforce cette perception et
contribue à fragiliser davantage la victime d'une lésion professionnelle.
«De la même façon, le comportement de l'expert
du BEM doit être irréprochable. Son intervention s'intègre dans un processus
judiciaire ou quasi judiciaire et, conséquemment, la qualité de son approche
doit être exemplaire.»
Alors, je le disais tantôt, je le répète, notre
objectif initial, c'était d'abolir le BEM. Ça n'a pas été possible, donc on
essaie, cette fois-ci, de s'inscrire dans la volonté du ministre, qui est de
l'améliorer le plus possible, de le rendre
le moins anxiogène possible. Il me semble que cette idée-là, de pouvoir
permettre à la personne qui est, en quelque sorte, convoquée au BEM
d'être accompagnée par une personne de son choix soit une solution
particulièrement intéressante à envisager. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Est-ce que M. le ministre veut répondre à cette remarque?
M. Boulet : Absolument. Je
pense que c'est important, je l'ai réalisé, je le réalise encore dans cette
commission parlementaire là, à quel point il y a un côté anxiogène tant pour
les travailleurs que les entrepreneurs. C'est des matières spécialisées, c'est
un bureau d'évaluation médicale.
Mais je tiens quand même à rassurer le collègue,
c'est un processus qui est administratif, là. Ce n'est pas, à ce stade-là, des
représentations puis de l'argumentation parce qu'il ne rencontre pas les
médecins, ni le médecin traitant ni le médecin désigné par l'employeur. Il
évalue le travailleur, et c'est clair que, quand il fait ça, il est soumis à
son code de déontologie. Il doit traiter le travailleur avec humanité, avec
respect, avec civilité, avec dignité. Ça, c'est acquis. Puis il y a aussi un
guide de l'expertise, donc pour le bénéfice du médecin qui fait des expertises,
qui est préparé par le Collège des médecins.
Puis je regardais un article, tout à
l'heure : «...un tiers peut être présent au cours [d'une] entrevue [quand]
un interprète est requis ou que la personne soumise à l'expertise est
vulnérable et a besoin d'être représentée.» Donc, ça, c'est acquis. Puis est-ce
que c'est le médecin du BEM qui détermine si la personne est vulnérable? Oui,
mais il faut se fier à son humanité puis à sa conscience professionnelle, puis
c'est important que je le mentionne.
Puis on dit : «Le médecin expert peut
toutefois accepter cette présence — il peut toutefois — si
elle ne nuit pas à son indépendance professionnelle, à la protection du secret
professionnel ou à la capacité du patient d'aborder certains sujets.» C'est un
guide de l'expertise qui découle du code de déontologie. L'impossibilité
technique que j'ai, c'est d'écrire, dans une loi, une matière déontologique qui
ne relève pas de nous, en vertu du Code des professions puis en vertu des codes
de déontologie de chaque profession.
Il y a aussi
une jurisprudence, je ne dirais pas abondante, là, qui est assez claire. En
fait, il y en a deux natures : quand
c'est une question de nature médicale qui est soulevée, le travailleur consent
implicitement, il y a un consentement implicite à se faire examiner par
l'employeur dans le cas présent; puis il y a aussi une jurisprudence qui dit que le médecin a le droit de refuser une
autre personne, un tiers, pour préserver son indépendance
professionnelle. Donc, c'est, selon moi, important de
rassurer les travailleurs, de leur dire que nous comprenons la réaction que ça
peut engendrer. En même temps, il faut faire confiance aux membres du BEM, ils
sont soumis à des codes de déontologie. Il y a un guide de l'expertise qui est
préparé par leur corporation professionnelle.
Puis je veux juste, parce que je l'ai mis dans
le bureau... ou au bureau du Greffier, plutôt, le guide préparé par le CCTM, où
là il y a une imposition, au CCTM, de vérifier la probité, la réputation, s'il
y a déjà eu des plaintes à l'égard des médecins qui sont recommandés au
ministre du Travail, et d'obtenir des lettres de référence puis des lettres de
recommandation. Ça fait qu'il y a un processus, en amont, de sélection qui est
très serré puis après ça il y a un faisceau de règles déontologiques qui impose
au médecin de respecter le travailleur. Mais de dire... Tu sais, je pense, mes
commentaires devraient contribuer, là, à rassurer puis à répondre à vos
préoccupations.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Je comprends qu'il y
a un enjeu de respect, en quelque sorte, des pouvoirs qu'on octroie aux
différentes organisations, là, qui représentent, par exemple, les médecins, là,
ici, qui visent à autodéterminer un peu leur patinoire puis leur façon de
fonctionner. Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu d'explorer... puis j'y pense,
pendant qu'on échange, là, mais le ministre est certainement un habitué des
conventions collectives comme je le suis, et des nombreuses références, puis
même dans le Code du travail ou, en tout cas, certainement dans les normes du
travail, au concept de «sans motif raisonnable»? Est-ce qu'il n'y aurait pas
lieu d'aller insérer quelque chose du genre, que le médecin du BEM ne peut
refuser l'accompagnement d'une personne sans motif raisonnable? On viendrait
peut-être, avec ce genre de libellé là, encadrer plus que nier...
M. Boulet : C'est quel article?
M. Leduc : ...le pouvoir... je
ne sais pas trop comment on l'appellerait, là, mais le pouvoir de décision ou
d'autodétermination des médecins d'un point de vue professionnel, des ordres
professionnels.
M. Boulet : Malheureusement,
c'est sûr que je ne peux pas écrire dans une loi que le médecin doit respecter
son code de déontologie, là, je pense que c'est clair, il y a des possibilités
de plainte. Là où je peux, cependant, rassurer le collègue, c'est qu'il y a
même des plaintes... puis ça, ce n'est peut-être pas connu, que je le dise,
c'est important, un travailleur pourrait faire une plainte au BEM, au directeur
médical du Bureau d'évaluation médicale, et le directeur médical va rapporter
toutes les plaintes au Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre. Et
donc le CCTM pourrait me recommander de
retirer... Tu sais, quand tu nommes, tu as le droit de destituer, là, tu as le
droit de dénommer. Et c'est quand même assez... En fait, c'est très,
très peu connu. Moi, je ne savais pas qu'on pouvait aller jusque-là. Puis évidemment il y a la plainte au
syndic, aussi, qui peut... qui est toujours possible, qui génère une
enquête.
Mais il y a comme... au-delà du processus de
sélection, qui est très, très serré en termes de vérification de la probité
puis de la façon de faire, en plus, il y a le code de déontologie, le guide de
l'expertise. Pour le tiers, on dit qu'il peut... si une personne vulnérable a
besoin d'accompagnement puis... Mais, pour des raisons d'indépendance
professionnelle, c'est difficile, là, d'embarquer dans un processus au-delà de
ça. Mais la plainte, je le redis, là, au directeur médical du BEM, ça peut
avoir un effet assez important parce que c'est référé au CCTM, puis le CCTM,
bien, avec son guide de sélection, il serait contraint de recommander que cette
personne-là, dépendamment de la nature de la plainte, puis de sa gravité,
puis... Mais il y aura une enquête, puis le syndic aussi fait une enquête.
Merci.
M. Leduc : Mais, quand vous me
parlez d'une plainte, on parle, ici, d'une plainte d'un médecin qui aurait
refusé qu'une personne soit accompagnée?
M. Boulet : Non, une plainte
d'un médecin qui ne s'est pas bien comporté, qui n'a pas agi avec humanité,
civilité, dignité puis respect. Parce que, tu sais, quelqu'un qui est anxieux
puis qui se présente devant un médecin qui bouscule, ce n'est pas acceptable,
puis ça... C'est certain qu'un travailleur ou une travailleuse peut dire :
Ça n'a pas de bon sens parce que... Il y a quand même, tu sais, une vie privée,
là. Tu sais, c'est médical, puis vous le dites, la personne doit être examinée
pour ce qui est nécessaire pour les fins de... tu sais, puis, si tu as un
problème à un doigt, est-ce que ça requiert un examen... Tu sais, la personne
peut se sentir envahie ou être victime d'une intrusion qui n'est pas acceptable
ou tolérable, puis elle peut faire une plainte, puis ça, ça peut faire l'objet
d'une enquête. Ça fait que les membres du BEM, ils sont soumis à probablement
des comportements qui sont parfois supérieurs à des médecins. C'est sûr qu'on
ne se mettra jamais totalement à l'abri des abus ou des comportements qui ne
sont pas corrects mais, au moins, on a des mécanismes de plainte puis de
redressement.
M. Leduc : Vous l'avez reconnu
tantôt, c'est un processus au complet, ou, en tout cas, cette section-là, qui
est certainement anxiogène. C'est certain que, si vous me dites qu'il est
possible, là, de faire une plainte envers un médecin, pour une personne qui est
déjà dans une situation anxiogène, imaginez, après ça, faire une plainte au
syndic ou au CCTM contre un médecin. Vous
n'êtes peut-être même pas syndiqué, pas représenté, vous êtes tout seul. Si
vous faites une plainte, il va falloir que vous donniez une version des faits,
ça va être votre parole contre celle du médecin.
Sur papier,
c'est intéressant, ce que vous me dites. Dans le réel, puis encore une fois,
dans l'effectivité du droit, c'est une tout autre réalité, d'où
l'intérêt et, je trouve, l'importance d'évaluer la possibilité d'avoir une
personne qui l'accompagne. Pour faire une plainte...
M. Boulet :
Quand tu fais une plainte...
M. Leduc : ... — si
vous me laissez juste terminer mon idée, M. le ministre — pour
faire une plainte, là, contre un médecin, quand c'est votre parole contre la
sienne, il n'y aura pas de témoin, là, tu sais, on peut imaginer qu'on part
avec deux prises, là, quand tu es un simple salarié face à un médecin. Donc,
s'il y a un témoin avec vous, on lui donne plus de chances.
M. Boulet : Tu sais, la
plainte, là, tu n'embarques pas dans un contentieux. Et on me confirme que,
récemment, quand même, il faut que je le dise à micro ouvert, là, il y a deux
membres du BEM qui ont quitté suite à des plaintes, parce que le directeur
médical transmet ça au CCTM, et ils ne voulaient pas être contraints d'être
enquêtés, donc ils quittent d'eux-mêmes. Ce n'est quand même pas peu dire quant
à l'impact qu'une plainte peut avoir. Puis on n'a pas 2 000 médecins au
BEM, là, il y en a à peu près 80, ça fait que c'est dire comment dénoncer,
c'est important. Dire ce que tu subis, dire l'irrespect, puis l'incivilité,
puis le comportement qui n'est pas correct, il faut le dénoncer, puis ça donne
des résultats.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il d'autres interventions, député d'Hochelaga-Maisonneuve? Parce
qu'il y a aussi le député de Jonquière qui aimerait intervenir. Moi, je tiens à
vous dire qu'on est dans une discussion libre, là, hein, parce qu'on n'est pas
sur un amendement ni sur un article.
M. Leduc : Dernière question,
Mme la Présidente, si vous me permettez : Est-ce qu'on a les chiffres du
nombre de dossiers traités par le BEM qui vont être traînés devant le TAT, la
proportion?
M. Boulet : En fait, les
décisions de la CNESST qui font suite à l'avis du BEM, qui font l'objet d'une
contestation au Tribunal administratif du travail...
M. Leduc : On peut peut-être
passer au député de Jonquière en attendant, là, mais c'est un chiffre qui
m'apparaît essentiel à avoir sous la main.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait.
M. Boulet : Bien oui, bien sûr.
Présidente (Mme IsaBelle) : Parfait. Alors, on va y aller, bonne
idée. Député de Jonquière, à vous la parole.
M. Gaudreault : O.K. Juste pour
être clair, on est... là, on est sur le temps de l'article 64?
Présidente (Mme IsaBelle) : Non, c'est ce que je viens de dire,
là on n'est sur aucun, là, ni sur amendement ni sur un article, alors...
M. Gaudreault : Sur rien?
M. Boulet : En fait, collègue,
c'est juste qu'il y avait une intention de déposer un amendement, puis, comme
on a eu une discussion, on a convenu de faire... plutôt qu'il y ait un
amendement, qu'on ait une discussion à micro ouvert, comme on le fait.
M. Gaudreault : Ah! O.K., O.K.
Bien, c'est correct, là. Je veux dire, c'est... on fait du droit parlementaire
nouveau, parce que c'est...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui, c'est ça, c'est très rare. Moi, je vais vous dire... C'est vrai.
M. Boulet : Est-ce que c'est
correct?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui, oui.
M. Gaudreault :
Oui, oui, c'est correct. C'est juste que, tu sais, il faut qu'on... En tout
cas, moi, je suis peut-être trop formaté, on a besoin de temps en
fonction de tel article, mais je n'ai pas de problème avec ça, là.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
C'est vrai que c'est rare.
M. Gaudreault : Mais je veux
juste savoir... Parce que ce que je comprends du ministre, c'est qu'il nous
dit : Il y a une forme d'équité, tu sais, pour... quasiment une équité
procédurale, là. Donc, quelqu'un qui se sent non respecté dans sa dignité ou
qui vit de l'anxiété pourrait faire une plainte au CCTM, c'est ça?
M. Boulet :
Il peut faire une plainte au BEM, puis le directeur médical, il soumet ça au
CCTM, puis, bien sûr, parallèlement, il peut faire une plainte au syndic, mais
la plainte au directeur médical qui va au CCTM, bien, ça a presque un impact
immédiat. Évidemment, ça dépend de la nature de la plainte, là, mais, oui, tout
à fait, c'est ...
M. Gaudreault : Oui, oui, mais
est-ce que le CCTM a le nom du médecin?
M. Boulet : Oui, tout à fait.
Puis, dès que le nom... je peux vous assurer, là, dans les cas récents, là, dès
que le nom arrive sur la table du CCTM, les médecins, ils se retirent.
M. Gaudreault : Donc, le CCTM,
lui, il reçoit la plainte avec le nom du médecin traitant.
M. Boulet : Oui, puis il
détermine... puis, comme c'est lui qui recommande puis qui fait le processus de
vérification diligente, là, dans le guide... dans la politique que j'ai déposée
ce matin, bien, il va recommander que cette personne-là, encore une fois, dépendamment
de la nature de la plainte, soit dénommée.
M. Gaudreault : O.K. Ce n'est
pas, comme, juste une plainte générale, le CCTM est capable d'identifier le problème.
M. Boulet : Oui, oui, puis j'ai
donné des exemples tout à l'heure, puis le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve a
été clair aussi là-dessus, là, sur le caractère anxiogène puis l'obligation du
médecin de traiter avec respect puis humanité le travailleur.
M. Gaudreault : O.K. Une fois,
donc, que cette plainte est transmise au CCTM avec le nom du médecin, c'est
quoi, la suite? Est-ce que c'est le... cette situation est versée dans le
dossier du travailleur dans le processus, là, au CNESST?
M. Gaudreault :
Est-ce que ça se rend juste... Est-ce que ça... il va rester des traces
jusqu'au tribunal, disons, si ça se rendait au Tribunal administratif?
M. Boulet : Non, c'est
totalement privé, c'est une affaire entre le médecin et le CCTM puis,
ultimement, le ministre qui dénomme sous recommandation du CCTM, puis ça ne va
absolument pas dans le dossier CNESST.
M. Gaudreault : O.K. Est-ce que
ça devrait?
M. Boulet : Si le travailleur
le souhaite, moi, je pense que ça pourrait faire
partie des notes évolutives,
là, qui sont dans le dossier. Si le
travailleur communique avec son agent d'indemnisation puis qu'il rapporte les
faits, l'agent, normalement, il collige toute l'information, et ça
serait
partie intégrante du dossier, dans un cas comme ça.
M. Gaudreault : Donc, ça serait
à la discrétion du travailleur, à ce moment-là.
M. Boulet : Bien, c'est si un
travailleur veut garder ça. Je ne sais pas, peut-être qu'il y a eu une
atteinte... pas à la pudeur ou de quoi que le travailleur veut garder
confidentiel, il ne serait pas contraint de le dire à la CNESST. S'il prend l'initiative parce qu'il se dit que ça
peut avoir un impact sur la décision finale ou sur la légitimité de l'avis
du BEM... puis là c'est super hypothétique,
là, c'est des scénarios, à mon avis, qui existent... qui sont très rares, mais,
si ça peut avoir un impact sur la
décision ultime puis si ça va au Tribunal administratif du travail, bien, il va
le dire à l'agent d'indemnisation,
puis lui, il fait des pages, là, des notes évolutives, puis ça serait dans le
dossier, oui, il n'y a pas d'inquiétude.
M. Gaudreault : Ça veut dire
que, si le travailleur, à ce moment-là, dit : Je souhaite que cette
plainte soit versée à mon dossier ou à la CNESST, à ce moment-là, ça peut
laisser des traces, si jamais ça se rend jusqu'au Tribunal administratif.
M. Boulet : Absolument, bon
point, puis, oui, tout à fait. Ça fait que c'est quand même un excellent filet
de protection, puis ça, ça rajoute aux commentaires que j'ai échangés avec le collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Gaudreault : Ça va jusqu'à maintenant,
Mme la Présidente.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Alors, député
d'Hochelaga-Maisonneuve... ou, M. le ministre, est-ce qu'on a obtenu les
statistiques?
M. Boulet : Les statistiques,
oui, je vais vous les donner.
Boulet : Donc, ce n'est pas parfait comme statistique, là, mais, à la
question les avis du Bureau d'évaluation médicale — puis,
tu sais, on disait, bon an, mal an, là, il y en a 11 000 — il y
en a 7 953. La statistique la plus récente que j'ai, en 2018, 7 953
sur 11 000.
M. Leduc : ...la commission va
être contestée au TAT.
M. Boulet : Exact, qui confirme
l'avis du BEM, du Bureau d'évaluation médicale.
M. Leduc : C'est quand même
beaucoup. C'est quoi, à l'oeil? 75 %, 80 %, peut-être?
M. Leduc : Ça doit être
75 %, 80 %, dans ces eaux-là.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, est-ce qu'il y a d'autres interventions?
M. Leduc :
Oui, oui, rapidement, Mme la Présidente, oui. Est-ce que... Bon, vous venez de
mentionner, M. le ministre, deux plaintes qui ont fait... deux médecins
qui ont fait l'objet d'une plainte et qui se sont retiré...
Ah! vous regardez les friandises distribuées par
le Parti libéral, hein? J'ai perdu votre attention.
M. Boulet : Oui, mais c'est
parce que j'anticipe que ça vienne de notre côté, mais elle ne nous écoute pas.
Parce que j'ai l'impression qu'elle va faire le tour. C'est Mélissa, hein?
M. Leduc : Les oppositions
avant. Il faudrait que vous acceptiez plus d'amendements de la part du Parti
libéral, peut-être.
M. Boulet : Mélissa, on parle
de toi, là, Mélissa.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous pouvons poursuivre.
M. Leduc : Oui, oui, nous
poursuivons, Mme la Présidente.
Alors, plus
sérieusement — il
est temps que ça achève, la session parlementaire, mon Dieu! — alors,
deux médecins ont fait l'objet d'une plainte et se sont donc retiré,
c'est ce que vous m'avez expliqué tantôt. Est-ce que la nature de ces plaintes
sont publiques? Est-ce qu'on peut avoir une idée de ce qui a été soulevé puis
qui fait en sorte que les deux médecins se sont retiré?
M. Boulet :
Ah! absolument pas, c'est totalement confidentiel. C'est des plaintes privées,
et ce n'est pas public.
M. Leduc : Tantôt, vous disiez
que la plainte était faite soit au syndic ou soit au CCTM.
M. Boulet : Ah! bien, évidemment,
quand c'est dans le contexte d'une évaluation par le Bureau d'évaluation
médicale, il y a un processus de plainte là, mais ça n'enlève pas le droit
d'une personne de faire une plainte au syndic, soit une plainte au syndic, ou
l'autre, ou les deux à la fois. Ce qui est recommandé, c'est de faire une
plainte au BEM.
Le directeur médical, il doit soumettre ça au CCTM. Moi, je
pense, c'est l'avenue privilégiée, là, puis c'est moins anxiogène qu'un syndic
qui fait une enquête.
M. Leduc : Donc, la plainte n'est pas publique au sens de
grand public, mais certainement, donc, les administrateurs du CCTM, donc le
paritarisme syndical-patronal, en ont une description ou carrément accès, là.
M. Boulet :
Bien, ils ont, d'ailleurs... vous avez vu, dans la politique générale, là,
quand ils font la vérification diligente, ils obtiennent des lettres de
recommandation puis ils vérifient s'il y a eu des plaintes. Ça fait qu'ils font
un examen, c'est comme une entrevue complète, là : ils font une
vérification des plaintes passées au syndic, la nature des plaintes, ça fait
que... Est-ce qu'ultimement... Oui, à mon sens, les membres du CCTM, ils vont
savoir que ce médecin-là... Puis peut-être que les deux qui ont quitté, c'est
qu'ils se sont fait dire : Regarde, tu sais... mais ils ont quitté de leur
propre initiative.
M. Leduc :
Et là, quand ils quittent de leur propre initiative suite à une plainte, vous
me confirmez que les membres du CCTM
ont accès à la plainte et donc aussi au nom du médecin qui a fait l'objet de la
plainte. S'il quitte de sa propre initiative,
est-ce que, dans le fond, lui, il s'évite cette déclaration-là interne, si je
peux dire? Voulez-vous que je reformule?
M. Boulet : Si les membres du
CCTM ont accès à l'information relativement à la nature de la plainte? Oui. Je
vous réponds de nouveau, c'est oui.
M. Leduc :
Et, si le médecin, lui, s'est exclu de lui-même, est-ce que ça a bloqué cette
séquence-là?
M. Boulet :
Non, absolument pas, absolument pas, parce qu'il faut éviter aussi qu'il soit
de nouveau recommandé.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, c'est tout comme échange, bref échange?
Oui? Est-ce que je comprends, député d'Hochelaga-Maisonneuve, que votre
intention de déposer un amendement est annihilée?
M. Leduc :
Vous alliez dire «rejetée», hein?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui, bien, pas «rejetée», là, mais elle ne...
M. Leduc :
On se connaît tellement, maintenant, Mme la Présidente, qu'on se devine les
mots qu'on va utiliser.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui. Donc, il n'y aura pas d'amendement de déposé?
M. Leduc :
Je vais m'abstenir de le déposer, oui.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Parfait. Alors, nous continuons à
l'article 66. M. le ministre.
M. Boulet :
Oui, merci, Mme la Présidente.
L'article 221 de
cette loi est modifié par le remplacement du deuxième alinéa par les
suivants :
«Lorsqu'il se
prononce sur la date de consolidation d'une lésion professionnelle, le membre
du bureau doit également se prononcer sur l'existence et le pourcentage d'atteinte
permanente à l'intégrité physique ou psychique du travailleur ainsi que
l'existence et l'évaluation de ses limitations fonctionnelles, lorsque cette
atteinte et ces limitations n'ont pas été déterminées. Il n'a pas à se
prononcer si des raisons d'ordre médical l'en empêchent. Il doit alors exposer
ces raisons dans son avis.
«Lorsqu'il est d'avis
que la lésion ne requiert plus de soins ni de traitements, le membre du bureau
peut se prononcer sur la date de consolidation, auquel cas le
deuxième alinéa s'applique.»
Explications :
Bien, c'est de demander, comme j'ai déjà expliqué, aux membres du Bureau
d'évaluation médicale, quand la lésion est consolidée — donc
qu'il n'y a plus... la consolidation, vous savez que c'est la stabilisation de
la lésion au point où il n'y a plus d'amélioration prévisible, c'est comme ça
que c'est défini dans la LATMP — donc,
qu'ils se prononcent aussi sur l'atteinte permanente et les limitations
fonctionnelles. Puis également, s'ils se prononcent sur la suffisance
des soins ou traitements, ils se prononcent sur la date de consolidation.
Puis évidemment le
but, c'est d'éviter le va-et-vient, parce que l'employeur pourrait redemander,
si c'est consolidé — donc,
je répète, c'est stabilisé, il n'y a plus d'amélioration prévisible — qu'ils
se prononcent aussi sur l'atteinte permanente et les limitations fonctionnelles
parce que c'est relié, c'est un corollaire logique, l'atteinte et les
limitations sont un corollaire logique de la date de consolidation. Et, bon, je
pense que ça diminue le nombre de fréquentations au Bureau d'évaluation
médicale de la part des travailleurs. Et voilà, ça complète cet
article 66.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Parfait, mais n'y a-t-il pas un amendement,
M. le ministre? Oui?
M. Boulet :
Oui, j'ai un amendement, puis c'est pour le texte en anglais :
Remplacer — donc,
amendement — dans
le texte anglais du deuxième alinéa de l'article 221 de la loi
proposé...
Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles
proposé par l'article 66 du projet de loi, «degree» par «percentage».
Explications :
C'est proposé par la Traduction afin que le texte anglais concorde avec le
texte français. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Parfait. Merci. Y a-t-il donc des interventions
portant sur l'amendement déposé par le ministre à l'article 66?
M. Leduc :
...traduction à l'amendement, c'est ça?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui, tout à fait.
M. Leduc :
On reviendra sur la principale, là.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, s'il n'y a pas d'intervention, nous allons procéder à la mise aux voix
de l'amendement à l'article 66, qui n'est qu'une question de traduction.
La Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Boulet (Trois-Rivières)?
La Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, Mme Jeannotte
(Labelle)?
La Secrétaire : Pour les
membres de l'opposition officielle, M. Derraji (Nelligan)?
La Secrétaire : M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
La Secrétaire : M. Gaudreault
(Jonquière)?
M. Gaudreault : Abstention.
La Secrétaire : Mme IsaBelle
(Huntingdon)?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Abstention. Donc, l'amendement à l'article 66 est adopté.
Est-ce qu'il y a des interventions à
l'article 66 tel qu'amendé? Alors, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : J'aimerais
comprendre, quand le ministre fait référence au va-et-vient... ça m'échappe un
peu, là, quand il dit «ça va éviter les va-et-vient».
M. Boulet : Je vous dirais que,
dans la pratique actuelle, dans la majorité des cas, q