Culture and Education — 18 February 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-02-18
Quebec — Committees
(Quatorze heures deux minutes)
Présidente (Mme Vien) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Alors, ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation
ouverte et je demande, évidemment, à tous les collègues, les personnes
dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires.
La commission est réunie aujourd'hui afin de
procéder à l'étude des crédits budgétaires du volet Charte de la langue française,
relevant du portefeuille Immigration et Communautés culturelles. C'est pour l'exercice
financier 2013‑2014.
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Richard
(Duplessis) sera remplacée par M. Richer
(Argenteuil).
Présidente (Mme Vien) : Nous allons
débuter par les remarques préliminaires. Puis, par la suite, nous allons procéder à une discussion d'ordre général
par blocs d'environ 20 minutes incluant les questions et les réponses.
Et la mise aux voix de ces crédits, à la fin
du temps qui est alloué à l'étude de ce volet, se fera donc à la fin de cette
période. Puisque nous avons débuté nos travaux aux alentours de
14 h 1, nous les finirons, avec votre permission, à 18 h 1.
Je vous invite, aux fins de l'exercice de l'étude
des crédits, à poser de courtes questions, bien entendu. Et, de la même façon, on
invite également Mme la ministre à donner des réponses tout aussi courtes pour,
vous l'avez compris, favoriser les échanges le plus possible.
Alors, nous débuterons, sans plus tarder,
avec les remarques préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de 10 minutes pour vos remarques d'ouverture. J'ai
été prévenue que les remarques préliminaires pouvaient donc être davantage que
10 minutes, ce qui, incidemment, fait en sorte que le sept minutes serait
pris sur le côté ministériel avec le consentement, bien entendu, de l'ensemble
des collègues. Ça vous va? On vous écoute, madame.
Mme De Courcy : Alors, Mme la Présidente, c'est avec
plaisir que je m'adresse à vous dans le cadre de
l'étude des crédits relatifs à la Charte de la langue française. Permettez-moi,
d'abord, de vous présenter les personnes qui m'accompagnent aujourd'hui :
M. Alain Lupien, mon chef de cabinet; M. Robert Baril, sous-ministre; M. Jacques
Beauchemin, sous-ministre associé à la langue française; M. Yvan Turcotte,
sous-ministre adjoint à la francisation et à l'intégration; Mme Louise
Marchand, présidente de l'Office québécois de la langue française; M. Robert
Vézina, président du Conseil supérieur de la langue française; M. André Gagnon,
directeur de la Commission de toponymie; et mon équipe ministérielle, et mon
personnel politique.
En 2013‑2014, les crédits de la Charte de la
langue française sont inscrits en tant que programme du ministère de l'Immigration
et des Communautés culturelles. En me nommant ministre de l'Immigration et des
Communautés culturelles et ministre
responsable de la Charte de la langue française, la première ministre du
Québec, Mme Pauline Marois, a fait le pari
audacieux d'associer deux grands enjeux relatifs à la vitalité du français au
Québec et qui m'apparaissent interreliés : l'urgence de renforcer
le statut de la langue française dans le Québec d'aujourd'hui, y compris dans
les parcours d'intégration des personnes immigrantes; la reconnaissance de l'apport
de l'immigration à la vitalité du français au Québec, ce qui est
particulièrement vrai depuis l'entrée en vigueur de la Charte de la langue
française il y a 35 ans.
En 2013‑2014, le total des crédits du ministère
s'élève à 340,6 millions. Ce budget est réparti dans deux programmes : Immigration, intégration et communautés
culturelles, Charte de la langue française. Le budget de dépenses 2013‑2014 consacré au programme Charte de
la langue française atteint près de 29 millions. Ce montant nous
permettra de renforcer la portée de la Charte de la langue française au sein de
notre société, d'assurer la promotion et la diffusion d'un français de qualité
dans tous les secteurs d'activité, notamment en éducation, ainsi que d'élaborer
et de coordonner les politiques et les actions gouvernementales en matière
linguistique.
budget représente une hausse de plus de 1 million comparativement à l'an
dernier. Cette hausse permettra notamment à l'Office québécois de la langue
française de déployer de nouvelles stratégies en vue d'implanter le français dans les entreprises, d'assurer un suivi
plus efficace des plaintes et de mettre en oeuvre de nouvelles actions
pour promouvoir et maintenir le caractère
français du Québec dans le centre-ville de Montréal, notamment. Lorsqu'on se
rend compte de la place qu'occupent aujourd'hui les francophones dans les
différentes sphères d'activité — économie, sciences et autres — on ne peut que saisir la mesure des transformations majeures
qui se sont produites dans la société
québécoise depuis l'adoption de la Charte de la langue française, il y a
maintenant plus de 35 ans.
Chez les personnes immigrantes qui s'établissent
au Québec, la transformation la plus marquante est sans doute le fait de leur
intégration à la majorité francophone au Québec. Le suivi démolinguistique qu'effectue
l'Office québécois de la langue française révèle que les personnes immigrantes
allophones qui ont adopté une autre langue au foyer
choisissent de plus en plus le français : 75 % de celles qui sont
arrivées entre 1996 et 2006 ont, en effet, choisi le français,
comparativement à 37 % de celles qui sont arrivées avant 1976.
L'adoption
de la Charte de la langue française n'a pas été, bien sûr, la seule action qui
a mené à ce résultat. En immigration, par
exemple, le Québec a intensifié la sélection de candidats francophones ou qui
connaissent déjà le français ainsi
que les programmes de francisation. Mais c'est à la charte que revient le
mérite d'avoir permis le virage vers
l'intégration en français des personnes immigrantes et d'avoir engendré une
génération que nous avons désignée comme les enfants de la loi 101.
Ces progrès marqués du français au Québec
sont, malheureusement, derrière nous. Depuis une quinzaine d'années, on constate un essoufflement des avancées du
français, particulièrement en tant que langue du travail. Selon les dernières études de l'Office québécois de la
langue française, 63 % des travailleurs à l'échelle du Québec utilisent
l'anglais au travail et 82 % à Montréal. La mondialisation de l'économie
et du commerce de même que le développement des technologies de l'information ont intensifié la présence de l'anglais,
en particulier dans les milieux de travail. L'exigence du bilinguisme dans les offres d'emploi se
généralise. Pour bon nombre de personnes immigrantes, cette exigence est
même devenue un obstacle à leur entrée sur le marché du travail. Les
francophones unilingues en sont également lésés.
Il ne s'agit pas d'opposer le français à d'autres
langues, la connaissance de l'anglais au travail étant indispensable dans certaines circonstances. Aussi, comme
la plupart des Québécois, je suis convaincue que la connaissance d'une deuxième et de plusieurs langues est une richesse.
Notre gouvernement est déterminé à renforcer la Charte de la langue
française, car il croit que le Québec est un endroit distinct où chacun peut
vivre, travailler et s'épanouir en français.
5 décembre dernier, j'ai déposé à l'Assemblée nationale le projet de loi n° 14,
qui vise à modifier la Charte de la langue française, la Charte des droits et
libertés et d'autres dispositions législatives. Un plan de mesures en matière d'immigration complète et appuie la
refonte de la charte. Les 18 mesures qu'il comporte permettent de
renforcer la francisation et l'intégration
des personnes immigrantes et d'accroître leur contribution au développement
démographique, économique, social et
culturel de la société québécoise. J'ai traité de cet aspect lors de l'étude
des crédits du programme Immigration, intégration et communautés
culturelles le 11 février dernier. L'objectif du projet de loi est de renforcer
la Charte de la langue française dans
plusieurs secteurs d'activité en précisant les moyens pour y arriver. J'en
commenterai quelques-uns aujourd'hui.
projet de loi n° 14 fait l'objet d'une commission parlementaire dont
les audiences publiques débuteront le 12
mars prochain. Par ailleurs, une consultation en ligne est en marche depuis le
12 février. Le français en tant que langue commune fait consensus au Québec. Le temps est venu d'inscrire cette
volonté de vivre en français dans un document fondamental qui aura
préséance sur toutes les lois. Je veux parler de la Charte des droits et
libertés de la personne. Son préambule sera
donc modifié afin de reconnaître le français comme langue officielle du Québec
et comme élément fondamental de sa
cohésion sociale. Le droit de vivre et de travailler en français y sera
consacré, de même que le droit à apprendre le français.
marché du travail est le lieu privilégié d'intégration à la société pour toutes
les Québécoises et tous les Québécois, de
naissance ou d'adoption. De nouvelles obligations s'ajouteront pour les
entreprises de 10 à 50 employés. Nous nous sommes assurés que chaque
entreprise du Québec participe, à la hauteur de ses moyens, à l'effort
collectif pour généraliser l'usage du
français en milieu de travail. En voici quelques exemples. Les entreprises de
10 employés et plus devront afficher
bien à la vue les droits linguistiques des employés. Les entreprises de 26 à 49
employés devront publier leurs offres d'emploi dans un média francophone
en plus d'évaluer la nécessité de connaître une autre langue que le français
pour un poste avant de l'exiger. Les travailleuses et les travailleurs qui
constatent une infraction pourront porter
plainte. La Commission des normes du travail assurera un accompagnement aux
personnes qui ne sont pas régies par une convention collective.
À ce jour, la Charte de la langue française a
beaucoup contribué à la promotion de l'enseignement en français, particulièrement auprès des enfants immigrants.
Nous voulons que les services de garde soutiennent les enfants dans l'apprentissage du français pour faciliter leur
transition vers l'école. Je l'ai déjà indiqué et je le réitère, il ne s'agit
pas d'imposer l'unilinguisme français au
sein des services de garde. Le projet de loi impose toutefois au responsable
d'un service de garde l'obligation d'ajouter
à son programme éducatif un ensemble d'activités visant à familiariser les
enfants avec la langue française. Cette mesure est pleinement justifiée.
Dans
les établissements scolaires du secondaire et du collégial, nous enrichirons l'enseignement
du français pour tous. Les étudiants du réseau anglais pourront ainsi accroître
leurs compétences en français afin de mieux interagir
et s'épanouir au sein de la société québécoise. Le réseau francophone du
secondaire et du collégial sera invité à rehausser l'offre de cours d'anglais. Avec cette mesure, nous répondons
favorablement au désir des jeunes francophones et allophones d'améliorer leur anglais ainsi qu'au désir d'un grand
nombre de parents qui souhaitent que leurs enfants puissent faire l'apprentissage
d'une deuxième et d'une troisième langue, même.
Par ailleurs, la fréquentation des cégeps
anglais par des étudiants francophones et allophones peut limiter le nombre de places disponibles aux étudiants anglophones
dans ces cégeps. Il faut se rappeler que ces établissements ont été constitués
pour servir en priorité la minorité anglo-québécoise. Nous demanderons à ces
établissements de se doter d'une politique linguistique qui donne priorité à la
sélection d'étudiants anglophones, c'est-à-dire des ayants droit au système
subventionné en anglais au secondaire.
Afin
de bien circonscrire la période de discussion qui suivra, je tiens à préciser d'emblée
que le projet de loi n° 14 ne
traite pas des écoles passerelles. Il s'agit d'un cas très particulier qui
mérite un traitement spécifique, ce que notre gouvernement fera ultérieurement. Nous avons
toutefois proposé de modifier la Charte de la langue française de manière que les parcours illégaux et les
stratagèmes ne donnent pas accès à l'enseignement public en anglais. C'est
une proposition qui s'inscrit en continuité avec la volonté exprimée
unanimement à l'Assemblée nationale par les élus québécois lors de l'adoption
de la loi n° 104.
L'Administration joue un rôle important dans
la promotion et la vitalité du français au Québec et, en ce sens, elle se doit d'être exemplaire. L'administration publique
inclut le gouvernement, ses ministères et ses organismes, les municipalités et
les organismes municipaux, les organismes scolaires et les ordres
professionnels. Ils devront tous utiliser le
français non seulement dans leurs communications avec les personnes morales,
mais également avec toutes les entreprises
établies au Québec. Les modifications proposées à la charte viennent appuyer la
politique linguistique gouvernementale, notamment la disposition visant l'utilisation
généralisée du français en adoptant, le cas échéant, un programme de
francisation.
Le monde municipal a connu d'énormes
changements ces dernières années. Cela ne justifie pas le glissement vers le bilinguisme au
sein de municipalités qui ne détiennent pas de statut de ville bilingue. Nous
assurerons l'accompagnement des municipalités et organismes concernés
pour qu'ils puissent se doter d'une politique linguistique qui respecte les
dispositifs de la charte.
Les établissements de santé devront s'assurer que toute
personne qui en fait la demande puisse obtenir son dossier en français, et ce,
aux frais de l'établissement, et que tout patient puisse être servi en français
par le corps professionnel de l'établissement de la santé.
Les membres des ordres professionnels sont
tenus de veiller à la protection du public. L'aspect de lacommunication est ici
essentielle. Nous allons resserrer la règle qui encadre la maîtrise du français
par ces professionnels pour que le public puisse exercer son droit à un
service en français de qualité.
Pour réaliser cet ambitieux projet qu'est la
refonte de la Charte de la langue française, l'apport et l'expertise des organismes linguistiques seront d'un grand soutien. L'Office
québécois de la langue française joue un rôle central dans la promotion de la langue française et l'application de la charte.
Ses champs d'intervention couvrent notamment le développement d'outils
terminologiques, la francisation des entreprises, le traitement des plaintes et
les recherches sur le suivi de la situation
linguistique. L'office est aussi le principal promoteur de la Francofête, au
cours de laquelle sont décernés les
mérites du français. Durant la dernière année, l'office a publié deux études
importantes : une sur la langue du commerce et des affaires, au mois de juin dernier; et une sur la langue
du travail, au mois de novembre. De plus, pour mener à bien son mandat, l'office a agi de sa propre initiative pour
repérer et faire corriger l'affichage non conforme au centre-ville de
Montréal, et cela se poursuit.
Commission de toponymie est rattachée administrativement à l'office. Elle
assure la gestion courante des noms de lieux au Québec et a souligné en 2012
son 100e anniversaire. La commission jouit d'une grande notoriété internationale.
Elle participe présentement à une exposition sur la toponymie au Musée de la
civilisation.
Le Conseil supérieur de la langue française a
pour mission, quant à lui, de me fournir des avis sur les questions que je lui soumets et de me saisir de toute
question qui, selon lui, appelle l'action ou l'attention du gouvernement. Chaque année, il souligne l'apport des personnes
et d'organismes qui se sont distingués en matière de promotion, de
défense ou de qualité de la langue française.
Il organise la remise de l'Ordre des francophones d'Amérique, du Prix du
3-Juillet-1608 et du prix littéraire Émile-Ollivier. Quant aux prix
Jules-Fournier et Raymond-Charette, ils sont attribués à des professionnels des
médias qui contribuent à l'usage d'un français de qualité.
Le Secrétariat à la politique linguistique
assure la cohérence entre les actions des organismes de la charte et les politiques du
gouvernement ainsi que dans les activités de promotion de la langue française.
Il a assuré la coordination de la Stratégie commune d'intervention pour
Montréal 2008-2013. Ce vaste partenariat est à la source d'actions diverses pour la promotion du français en milieu de travail
dans la région métropolitaine, ce qui rejoint la mission du secrétariat.
Il joue un rôle clé pour faire connaître la politique linguistique du Québec,
notamment auprès des nouveaux arrivants avec la diffusion de la brochure Vivre
en français au Québec .
Le secrétariat est responsable du programme
Parlez-moi d'une langue!, qui permet à des milliers d'étudiants des niveaux collégial
et universitaire de rencontrer des écrivains et autres professionnels de la
langue. Il est aussi responsable du Programme
de promotion du français lors d'activités culturelles, qui soutient les milieux
culturels dans la promotion du français.
Je voudrais les remercier au nom de notre gouvernement pour le travail colossal
qu'ils ont accompli et qu'ils continuent
de réaliser. Même si ce n'est pas son but premier, je crois que le projet de
loi n° 14 donnera un nouvel élan à leurs activités et leur
accordera davantage de soutien dans la réalisation de leur mission.
En terminant, j'aimerais rappeler que, depuis
plus de 400 ans, le français est l'un des piliers de notre société et de notre identité. Nous avons la responsabilité de
protéger cette langue, d'assurer sa vitalité et de la transmettre aux prochaines générations. Notre gouvernement agit
pour que le français reprenne toute sa place comme langue officielle et
langue d'usage partout au Québec, mais c'est l'affaire de tous, citoyens et
professionnels, entreprises, travailleurs et politiciens,
de s'assurer qu'au Québec nous puissions vivre et travailler en français. Je
vous remercie, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Vien) : C'est moi qui vous remercie, Mme la
ministre. Je vais céder maintenant la parole
au porte-parole de l'opposition officielle
pour la Charte de la langue française, il est également député de LaFontaine…
à faire ses remarques préliminaires. On vous écoute.
Tanguay : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. J'aimerais, d'entrée de jeu, saluer Mme la ministre, également
saluer les responsables d'organismes. J'ai salué à l'entrée Mme Marchand,
présidente-directrice générale de l'Office de la langue française, également saluer les autres
responsables d'organismes, MM. les sous-ministres et ainsi que les
collaborateurs qui accompagnent Mme la ministre aujourd'hui, également mes
collègues de la banquette ministérielle — bonjour — et ma collègue du deuxième groupe d'opposition.
Vous
aurez compris, Mme la Présidente, que cette étude de crédits relatifs à la
Charte de la langue française s'inscrit cette année, en 2013, de façon particulière
également à la lumière d'un projet de loi, le projet de loi n° 14. Nous,
membres de l'opposition officielle,
considérons que le projet de loi n° 14, avec une approche coercitive, avec
une approche qui, davantage, fait perdre des droits, qui relègue au
second plan la façon de faire, je crois, en matière d'épanouissement de la langue française, qui est une façon qui se
veut accompagnatrice, qui se doit d'accompagner, de supporter... Nous
croyons que le projet de loi n° 14 va à l'encontre de cette approche-là.
Nous aurons l'occasion, lors des études de crédits — et vous avez eu l'occasion, Mme la Présidente, de le
souligner — de poser plusieurs questions à Mme la ministre, dans la
mesure où il y a beaucoup de termes nouveaux utilisés par ce projet de loi là,
des concepts qui, également, soulèvent beaucoup
de questions quant à leur impact, quant à leur application. Également, nous
voyons... Mme la ministre a référé à des études récentes. Nous
considérons que les études ne démontrent pas la nécessité du projet de loi
n° 14, qui, encore une fois, vient faire perdre des droits de façon inutile
et aborde la question de façon coercitive.
Québec, nous devons toujours être vigilants, nous devons faire en sorte que l'épanouissement
de la langue française soit l'objectif
collectif et qu'il se réalise au jour le jour. Mme la ministre a eu l'occasion
de souligner une initiative du dernier
gouvernement qui était la Stratégie commune d'intervention pour Montréal
2008-2013. Il s'agit là d'une
approche positive, proactive de soutien et d'accompagnement, et c'est par cette
approche-là, et pas d'autres, que nous ferons de grands pas pour
Le Parti libéral du Québec — et
c'est un fait, il y a plusieurs faits historiques qui en témoignent — a
toujours été à l'avant-garde de l'épanouissement
du fait français au Québec. En mars 1961, c'est le gouvernement Lesage qui non
seulement a créé le ministère des Affaires culturelles, mais a également mis
sur pied l'Office de la langue française. En
1974, par la loi 22, le français est devenu la langue officielle au Québec, et
c'est un gouvernement libéral de Robert Bourassa qui avait fait cette avancée. Le dernier gouvernement
libéral — je vous ai parlé de la Stratégie commune pour Montréal
2008-2013 — a multiplié également les efforts pour la francisation des
nouveaux arrivants, notamment par un test
standardisé de compétences linguistiques. Nous avons également augmenté de
5 millions annuellement le budget de l'Office québécois de la langue
française, le tout afin d'améliorer la situation du français au Québec.
L'approche
du Parti québécois, Mme la Présidente, malheureusement, est tout autre. La
ministre de l'Éducation, du Loisir et du
Sport, avant les fêtes, a mis la table en qualifiant la langue anglaise de
langue étrangère. La ministre responsable de la Charte de la langue française
voit, malheureusement, le bilinguisme ou l'usage de l'anglais comme une menace qu'il faut éradiquer. Je la cite — lors du 5 décembre dernier, en conférence de presse au
salon rouge, elle affirma et elle vient de refaire le point un peu plus tôt :
«…63 % des travailleurs à l'échelle du Québec et 82 % à
Montréal utilisent l'anglais au travail. Il
s'agit — là — d'une alerte qui indique au gouvernement qu'il faut
agir.» Fin de la citation
la Présidente, la ministre a souligné la mondialisation. Elle dit qu'elle en
prend acte. Il y a des statistiques qui
parlent beaucoup. Au Québec, nous voulons tirer notre épingle du jeu, nous
voulons que nos enfants, nos travailleurs puissent tirer leur épingle du jeu,
soit dans des postes de haute direction et dirigent les entreprises, et ce, à
toute échelle de grandeur d'une entreprise. Même les PME ne sont pas,
évidemment, à l'abri de ce défi qu'est la mondialisation. 20 % des PME
exportent vers les États-Unis. Près de 50 % des PME importent des
États-Unis. Ça, ça veut dire qu'il y a des employés qui doivent pouvoir
communiquer par courriel, par téléphone, par télécopieur, de toutes les façons
que l'on connaît, et de savoir communiquer en anglais. Et, lorsque l'on dit que
le commerce extérieur du Québec, dans les années 90, a plus que doublé, bien c'est
cette ouverture vers le monde qui fait en sorte, Mme la Présidente, qu'on ne perd pas notre langue. On ne perd pas notre
langue parce qu'on est capables de tirer notre épingle du jeu sur les
marchés internationaux, et c'est une richesse. Mme la ministre l'a souligné,
mais, maintenant, il faut l'appliquer, et le
projet de loi n° 14 va à l'encontre de cette direction-là. C'est une
richesse que d'être capable non seulement de bien posséder sa langue
française, d'être capable de tirer son épingle du jeu en anglais et dans d'autres
langues également. Il s'agit là, donc, du contexte de mondialisation. Nous
sommes capables, au Québec, de tirer notre épingle du jeu.
Soulignons
également au passage l'approche tout à fait ouverte de la communauté
anglophone, au Québec, d'apprendre le français. Le 19 janvier dernier, le
ministre responsable de la région de Montréal écrivait, et je le cite : «Les Anglo-Montréalais sont massivement devenus bilingues
depuis un peu plus d'une génération.» Fin de la citation. Alors, si le bilinguisme est une alerte et que les
Anglo-Montréalais sont devenus bilingues, moi, je ne vois pas là une
alerte. Au contraire, je vois une ouverture
de la communauté anglophone, ouverture de la communauté allophone
également.
Facteurs importants. J'aimerais,
Mme la Présidente, souligner quelques statistiques importantes. D'abord, les immigrants parlent davantage le français en
arrivant au Québec. Cette proportion est passée de 49 % en 2002 à
64 % en 2011. Les anglophones et les allophones vont davantage à l'école
en français. De 1971 à 2010, la proportion des anglophones qui vont à l'école
aux niveaux préscolaire, primaire et secondaire en français, donc les
anglophones, enseignement primaire et secondaire, est passée, en 1971, de
9,5 % à, 2010, 24,5 %. Les allophones, cette proportion est passée, en 1971, de 14,6 % à 85,4 %
en 2010. Également, les inscriptions par les allophones au cégep français
n'ont cessé d'augmenter. À 44 % qu'ils étaient en 1998, c'était 64 %
en 2009.
L'augmentation de l'usage
du français au travail également ne ment pas. 83 %, en 1971 — 83 % des Québécois — utilisaient
principalement le français au travail, et, en 2010, c'était 89 % des Québécois qui utilisaient
principalement le français au travail. Également, le français au sein des
entreprises. Les entreprises de 50 employés et
plus, 86 % des employés utilisent principalement le français. Pour ce qui
est des PME de 50 employés et moins, 87,6 % des employés utilisent
principalement le français.
Alors, vous voyez là, Mme la Présidente, un contexte, des
facteurs qui parlent beaucoup, facteurs également qui nous rappellent à notre objectif
d'équilibre. L'équilibre entre l'objectif commun, qui est de voir le français
s'épanouir au Québec, d'une part, et, d'autre
part, de respecter l'usage des droits et libertés qui sont protégés et pour
lesquels nous ne voulons pas voir d'attaques injustifiées.
Le projet de loi n° 14, Mme la Présidente,
malheureusement — et nous aurons l'occasion lors de l'étude
de ces crédits... — aborde le sujet en retirant des droits à certaines
personnes et en ayant une approche coercitive qui vient, entre autres, alourdir le fardeau des administrés. Et,
lors du lancement, Mme la Présidente… Je pense qu'il s'agit plus que d'une
anecdote, mais, lors du lancement, le 5 décembre dernier ici même, en ce salon
rouge, lors du lancement du projet de loi n° 14, qui était présenté
par Mme la ministre et la première ministre comme étant un projet qui devait rassembler tous les Québécois, bien les Québécois
qui étaient dans la salle, ici, dans le salon rouge, Mme la Présidente, c'étaient, entre autres, 28 présidents de comtés,
d'associations du Parti québécois. C'est un projet de loi, nous soutenons,
qui, davantage, fait écho aux radicaux du
Parti québécois. Nous aurons l'occasion de poser des questions très
précises sur des concepts nouveaux, des approches qui ne sont aucunement
équilibrées…et qui fait en sorte d'atteindre l'équilibre au Québec entre notre
objectif commun de voir l'épanouissement du français et le respect des droits
et libertés.
Encore
une fois, sur les approches que le Parti libéral du Québec a mises de l'avant,
historiquement, nous allons demeurer à être
vigilants pour faire en sorte que le français puisse s'épanouir, mais nous le
ferons non pas par des mesures coercitives
qui retirent des droits, mais par des mesures de soutien, d'aide. Et l'exemple
de la Stratégie commune d'intervention pour Montréal 2008-2013 explique
ces bons résultats.
Alors, en conclusion,
Mme la Présidente, j'aurai beaucoup de questions assez précises, assez pointues
et j'ose espérer que nous pourrons aborder la question en gardant un temps de
réponse proportionnel à la période de question. Merci.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci beaucoup. Vous êtes
très discipliné, M. le député.
crois comprendre, Mme la députée de Montarville, que, le cinq minutes auquel
vous aviez droit pour faire des remarques
préliminaires, vous souhaitez davantage le garder.
Mme Roy
(Montarville) : ...pour des
questions, puisque notre temps est tellement restreint.
Présidente (Mme Vien) : Avec un échange
plus long, je comprends. Bien. Alors, si on est prêts à procéder, procédons. Je cède immédiatement la parole...
Présidente (Mme Vien) : Pardon? Oui, oui. Pardon, excusez-moi, oui, à l'opposition officielle,
bien entendu. M. le porte-parole, député de
LaFontaine, la parole est à vous pour un bloc de 20 minutes.
Tanguay : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. La
Loi sur les commissions d'enquête est une pièce législative, Mme la Présidente, d'exception. Il y a des
grandes semaines, au Parlement, où on ne l'utilise pas. La
Loi sur les
commissions d'enquête est d'application rare, spécifique, pointue, pour faire
toute la lumière sur une situation qui nécessite
que l'on fasse la lumière et qui requiert des pouvoirs, je vous dirais, qui
sortent de l'ordinaire, où l'Assemblée nationale donne des pouvoirs qui
sont hors de l'ordinaire, donc extraordinaires. Chaque mot a un sens, et le
sens des mots est important à préciser.
Loi sur les commissions d'enquête fait en sorte qu'aujourd'hui nous avons la
commission Charbonneau qui est à l'oeuvre.
Nous avons également, au niveau de l'Office québécois de la langue française,
dans l'actuelle Charte de la langue française, des dispositions qui permettent
à l'office d'utiliser la
Loi sur les commissions d'enquête en nommant des
enquêteurs, en allant faire des cueillettes de documents, en questionnant. Il s'agit,
à plusieurs motifs, à plusieurs critères, à plusieurs catégories, d'un travail
d'enquête qui s'approche beaucoup de ce que fait la police tous les jours.
projet de loi n° 14, à son
article 1.3, précise, et je le cite — on
parle de la ministre au masculin: «Il — le ministre chargé de l'application de la langue française — peut enquêter lui-même ou donner par écrit à toute
personne compétente l'autorisation d'enquêter,
à sa place, sur toute affaire se rattachant à ses fonctions.
ministre ou la personne qu'il délègue a, dans ce cas, pour les fins de cette
enquête, tous les pouvoirs mentionnés aux
articles 9, 10 et 11 de la
Loi sur les commissions d'enquête, sauf celui d'imposer
une peine d'emprisonnement.» Fin de la citation. C'est déjà ça de gagné.
la Présidente, nous avons de vives préoccupations, et j'aimerais donc entendre
la ministre sur ce pouvoir qu'elle veut se
donner à elle-même et également qu'elle pourra déléguer ce pouvoir-là. Et
combien d'enquêteurs compte-t-elle former sa brigade, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Vien) : Merci beaucoup, M. le député.
Mme la ministre.
De Courcy :
Merci, M. le député, pour votre question. Ça me permettra de clarifier ces
pouvoirs, qui ont déjà été questionnés, d'ailleurs,
par vous-même et par d'autres collègues de l'Assemblée nationale. Alors, je
trouve tout à fait normal et opportun, donc, que les
responsabilités puis fonctions et pouvoirs du ministre chargé de l'application de la Charte de la langue française
soient consacrés dans la loi. Les modifications introduites à cet
égard-là dans la charte ne constituent pas
un octroi de pouvoirs nouveaux ni exceptionnels. Les fonctions et pouvoirs
étaient, en effet, déjà exercés, dans les faits, par le ministre dans le
cadre du mandat que lui confie le gouvernement. Le projet de loi a cependant le grand avantage de les rendre
explicites — c'est une transparence puis une stabilité souhaitables — en évitant toute confusion, compte tenu des autres attributions et
responsabilités des différents ministres.
En ce qui concerne
plus particulièrement le pouvoir d'enquête, il faut savoir qu'il est déjà accordé
à tous les ministres titulaires d'un ministère dans le cadre de la
Loi sur les
commissions d'enquête. Reproduire ce pouvoir dans la Charte de la langue
française a des vertus pédagogiques, tout comme cela été jugé opportun dans bon
nombre de lois constitutives.
vous donne une liste, là, de pouvoirs d'enquête qui prévoient déjà, par
exemple, les lois suivantes : la
Loi sur l'immigration au Québec, la
Loi sur l'instruction
publique, la
Loi sur le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de
l'Alimentation, la
Loi sur le ministère de l'Emploi et de la Solidarité
sociale, la
Loi sur le ministère des Affaires municipales,
des Régions et de l'Occupation du territoire, la
Loi sur le ministère des
Ressources naturelles et de la Faune, la
Loi sur le ministère du
Transport, la
Loi sur le ministère du Travail.
chef de l'opposition officielle, dans ce sens-là, aurait donc pu, par exemple,
utiliser ce pouvoir-là pour creuser la question de l'îlot Voyageur quand il était
ministre de l'Éducation. C'est un exemple de ça. Par ailleurs, le
Commissaire aux langues officielles a, lui aussi, des pouvoirs d'enquête, ce
que, d'ailleurs, a appuyé l'opposition officielle du gouvernement canadien.
pouvoir d'enquête, donc, ne diminue en rien celui que possède l'Office
québécois de la langue française, chargé d'assurer
le respect de la charte. Puis, à cet égard, le projet de loi fait, d'ailleurs,
en sorte de moderniser l'énoncé des pouvoirs d'inspection et d'enquête de l'office.
Tout comme ses autres collègues ministres, le ministre chargé de l'application de la Charte de la langue française
choisira ou non de se prévaloir de ce pouvoir de désigner un enquêteur
face à une problématique donnée en fonction de sa perspective et de son propre
rôle.
J'aurai
l'occasion probablement… Parce que je ne veux pas éterniser le débat, mais j'aurai
l'occasion de vous revenir sur ce pouvoir d'enquête
là, notamment à travers des questions que j'estime que mes collègues me
poseront.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci, Mme la ministre. M. le
député.
M. Tanguay : Oui, Mme la Présidente. Alors, je ne partage pas du tout l'avis
qui a été donné à la ministre et qu'elle avance aujourd'hui, qu'il s'agit là de
formaliser de tels pouvoirs qu'elle avait déjà. La référence est tout à fait
nouvelle à la
Loi sur les commissions d'enquête, entre autres aux articles 9,
10 et 11. Et questionnée, effectivement, le
6 décembre dernier par le chef de l'opposition, elle avait confirmé, d'une
part, et je la cite : «…les pouvoirs d'enquête que l'office exerce
vont très bien. Par ailleurs, l'indépendance de l'office est bien reconnue, et
nous la respectons.»
Alors,
vous avez, d'une part, l'office, qui est chargé, de façon non partisane, non
aux aléas de l'agenda du jour le jour d'une personne qui est ministre, est chargé
de l'application… et a cette indépendance que fait très, très bien et
met en pratique l'office. Alors, ici, la
ministre avait confirmé le 6 décembre dernier qu'elle voulait maintenant que ce
pouvoir-là d'enquête et de nommer les
enquêteurs pour exiger... Et 9, 10 et 11, c'est très clair, Mme la Présidente,
elle peut exiger, sous peine d'outrage
au tribunal, la production de documents, que l'on réponde suffisamment à toutes
les questions qu'elle posera, et, en
bout de piste, ce sont des pouvoirs extraordinaires qui n'étaient pas dans la
sphère politique pour une raison bien simple, bien évidente, c'est qu'aux
aléas du jour le jour, évidemment, la ministre pourrait décider de donner une direction à une enquête, et ce seraient des
pouvoirs qui sont exorbitants, exorbitants de sa fonction. Alors, encore une
fois, j'aimerais savoir combien d'enquêteurs la ministre a-t-elle l'intention d'engager
et sur quels aspects vont-ils mener les enquêtes.
La Présidente (Mme
Vien) : Mme la ministre.
De Courcy : Je
vais revoir avec le député et vous, Mme la Présidente, là… et rappeler,
rappeler que ces pouvoirs d'enquête là sont présents dans une liste de ministères que je
viens de nommer. Et, si je ne m'abuse, il n'y a pas eu d'abus de la part des ministres. Puis j'ai un
respect immense des fonctions ministérielles, des fonctions
parlementaires, des fonctions législatives,
et, à cet égard-là, ça m'apparaît tout à fait normal que le gouvernement du
Québec puisse prendre ses
responsabilités à travers ses ministres et avoir ce type de pouvoirs d'enquête,
ce qui n'a pas d'influence sur l'organisme indépendant qu'est l'Office
québécois de la langue française.
dois vous dire et vous rappeler que nous ne sommes pas en commission parlementaire pour l'étude du projet de loi, nous
sommes en commission parlementaire pour l'étude des crédits. Et, comme notre
collègue a dû et comme tous les collègues qui sont présents à la
commission ont dû le faire, il a dû examiner les crédits qui lui ont été
proposés et il a, très certainement, constaté qu'il n'y a pas de crédits
consacrés à des enquêteurs supplémentaires.
La Présidente (Mme
Vien) : M. le député.
M. Tanguay : Merci, Mme la Présidente. Le
commentaire de la ministre est justement là où il y a une crainte. La ministre a dit — et nous le confirmerons par la suite — que d'autres ministres bénéficient de pouvoirs
similaires et elle a confirmé qu'il n'y a pas eu d'abus. Donc, il pourrait y
avoir des abus. J'aimerais entendre la ministre sur quels pourraient être ces
abus-là et pourquoi elle nous dit : Donnez-moi les pouvoirs, vous,
Assemblée nationale, et je ferai comme... historiquement, il n'y aura pas d'abus sur les pouvoirs
extraordinaires que vous allez me donner, parce que, donc, elle
reconnaît qu'il y aurait là un manque de balises si tant est que la ministre
chargée d'appliquer la langue française obtenait de tels pouvoirs
extraordinaires.
Présidente (Mme Vien) : Mme la
ministre, à la question du député.
Mme De Courcy : Bien, le député me permet d'admirer
sa capacité oratoire et de pouvoir voir à quel point il joue bien avec les phrases et les mots. Je répète, tout
simplement, qu'il n'y a pas d'enquêteurs supplémentaires. Et, des cas d'abus, je pense qu'il a toute l'imagination
possible pour voir en quoi ça pourrait être possible, des abus, mais ce
n'est pas, évidemment, l'intention de n'importe
quel législateur. À cet égard-là, d'ailleurs, on ne peut pas prétendre que
ma prédécesseure qui était responsable de la Charte de la langue française,
quand elle a mis des enquêteurs de plus au service,
d'ailleurs, de l'Office québécois de la langue française, pouvait pécher par
abus, au contraire. Alors, on n'est pas dans cette sphère-là d'activité. L'étude des crédits est très claire, il
n'y a pas d'enquêteurs de plus. Et, dans les cas d'abus, je suis
certaine que les mécanismes parlementaires peuvent très bien s'exercer.
Présidente (Mme Vien) : À
titre
indicatif, M. le député, vous avez 10 minutes de faites dans votre premier
bloc.
M. Tanguay : Oui. Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Je reviens... Vous me permettrez de revenir là-dessus, il s'agit, en quelque sorte, de donner un chèque en
blanc à Mme la ministre chargée de l'application de la Charte de la langue française. Elle a dit : Oui, il
pourrait y avoir des abus, et je suis assez fertile en imagination, me
suggère-t-elle, pour imaginer tous les
abus. Effectivement, j'imagine tous les abus qu'il pourrait y avoir. Elle me
dit que, de façon analogue, de tels pouvoirs avaient été donnés par le
passé à d'autres ministres, puis il n'y avait pas eu d'abus, mais il pourrait y avoir des abus.
Elle me dit que, dans l'étude des
crédits, ne vous en faites pas, vous me donnez le pouvoir d'avoir, en vertu de la
Loi sur les
commissions d'enquête, pouvoir d'envoyer des subpoenas, de faire comparaître
des gens, qu'ils répondent suffisamment
à toutes mes questions, qu'ils me produisent tous les documents. J'aurai ces
pouvoirs-là, mais, ne vous en faites
pas, je ne l'appliquerai pas de façon qu'il y ait d'abus. Puis, vous savez,
aussi il n'est pas prévu dans les crédits qu'il y aura des enquêteurs. Alors, je ne l'ai pas prévu cette semaine, mais peut-être
que, dans un mois ou dans deux mois...
Tanguay : Bon, on intervient, Mme la
Présidente.
voix : ...là-dessus, je suis
intraitable...
Présidente (Mme Vien) : Oui, M. le
député.
M. Richer : Il me semble qu'on essaie de prêter
des intentions à la ministre sur des suppositions, des hypothèses. Alors, en vertu de l'article 35, je pense que
vous avez le devoir de rappeler monsieur à l'ordre.
Présidente (Mme Vien) : Merci
beaucoup, M. le député. Veuillez poursuivre, s'il vous plaît.
Tanguay : Alors, Mme la Présidente,
je comprends que les questions ne plaisent pas à mon collègue, Mme la Présidente. Je suis tout à fait conscient
de ça, qu'il s'agit d'un aspect — et il y en a plusieurs — un aspect du projet de
loi n° 14 qui est extrêmement nébuleux, qui nous fait poser énormément de
questions. Puis, Mme la Présidente, nonobstant — et
je ne veux pas prêter des intentions à mon collègue — toute
tentative, nous allons poser nos questions et nous allons aller au coeur de la chose. Alors, j'aimerais
entendre la ministre là-dessus. Et, je répète, il aura eu l'occasion, mon collègue, de nous faire perdre du temps.
Malheureusement, la ministre n'aura peut-être pas tout le temps
nécessaire pour étayer et justifier chacune des dispositions, et elle doit le
faire.
Alors, Mme la Présidente, la ministre
nous demande de lui donner un chèque en blanc. De tels pouvoirs similaires existent par le passé, mais il n'y a pas eu d'abus.
Elle aura le pouvoir d'envoyer des subpoenas, de faire ce que fait, en quelque sorte, la commission Charbonneau
présentement, d'entendre des témoins et de les soumettre à un outrage,
le cas échéant, outrage au tribunal. De tels
pouvoirs, qui ne se retrouvent pas de façon aussi explicite, elle les veut en
disant : Vous savez, j'aurai le pouvoir
de déléguer des enquêteurs, mais il n'y en a pas de prévus dans les crédits.
Alors, là-dessus — et je terminerai,
Mme la Présidente — lorsqu'elle a
dit : J'aimerais rappeler à mon collègue que ma prédécesseure avait nommé des enquêteurs, non, la prédécesseure avait
donné les budgets à l'office, organisme indépendant et qui fonctionne bien, pour pouvoir engager des enquêteurs. Ce n'était
pas la police politique de la ministre. Alors, j'aimerais l'entendre là-dessus,
Mme la Présidente.
Présidente (Mme Vien) : Mme la
ministre.
Mme De Courcy : Bon. Alors, on va y aller sur des
choses très concrètes, c'est-à-dire qu'on est sur l'étude des crédits. Dans l'étude
des crédits que nous avons devant nous, il n'y a pas de crédits dévolus au
ministère à ma fonction pour engager des enquêteurs. Voilà une assurance
objective assez claire.
Par ailleurs, par ailleurs, est-ce que... Prenons les choses
à l'envers, prenons les choses à l'envers ou
autrement, ou autrement, si la suspicion d'abus possible est à ce point forte
auprès de mon collègue, bien, à ce moment-là, est-ce qu'il faut envisager d'enlever le pouvoir d'enquête à tous les ministres
que j'ai nommés tantôt,
Loi sur l'immigration du Québec,
Loi sur l'instruction
publique,
Loi sur le ministère de l'Agriculture, et etc., que je ne renommerai
pas tous, puisque je les ai nommés tantôt?
Alors, il faudrait vraiment, vraiment être en mesure, là, je dirais, de prendre
le débat avec modération, avec
modération. Ce n'est pas la première fois que j'ai entendu, sur le sujet qui
nous occupe, des propos qui dépassent
l'entendement par moments. Et ce n'est pas ceux qui sont prononcés ici aujourd'hui,
ce n'est pas mon intention, pas du tout, de faire ce reproche-là, mais j'invite
à la modération.
pouvoir d'enquête est présent dans tous les autres ministères. Si on veut
remettre en cause les pouvoirs d'enquête de tous les ministères, nous ferons la
discussion. Mais qu'on associe un pouvoir d'enquête, parce qu'il est cette
fois-ci au niveau de la charte, comme étant quelque chose d'exorbitant — pour reprendre les mots de mon collègue — ou
même de dangereux, ça, c'est de l'abus, à mon avis, vraiment, là, de l'abus de
langage, de la même façon que, dans certains articles publiés tout
récemment, tout récemment, il y a eu encore, encore et encore la
dénomination de «police politique» associée à ce projet de loi là, et ça, je
vous avoue que j'en suis tellement désolée pour toutes les personnes immigrantes au Québec qui ont vécu de
vraies polices politiques dans leur pays, qui en ont été meurtries, qui
en ont été marquées pour la vie. Alors,
associer… faire cette enflure verbale autour du projet de loi ne m'apparaît pas
sage, ne m'apparaît pas sage.
Donc, sur ce qui est des pouvoirs d'enquête, ils sont
similaires à ce que nous voyons ailleurs. Il n'y a pas eu d'abus ailleurs, les parlementaires sont très conscients
de ça. Si on veut remettre la chose en question, bien remettons-la au moment de
la commission parlementaire. Puis, à ce moment-là, bien on élargira le débat et
on ira dans tous les ministères qui ont ces
pouvoirs d'enquête là à discuter ou à rediscuter. Et, pour le reste, ne
transformons pas l'étude des crédits
en mini commission parlementaire étude
article par
article et… des mémoires. Ce
serait, je pense, travestir l'étude des crédits. Ceci étant dit, je suis
tout à fait à l'aise de répondre aux questions, bien sûr, qui touchent les
orientations de ces crédits.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci, Mme la ministre. Le
député de LaFontaine.
Tanguay : Mme la
Présidente, je vous remercie. L'étude des crédits, la pertinence quant aux
sujets abordés est extrêmement large. Et ça, la jurisprudence parlementaire nous l'enseigne.
Alors, j'aimerais lancer bien amicalement, Mme la Présidente, par votre
entremise, cette mise au point à la ministre, tous les sujets, de façon très,
très large... Et même la jurisprudence nous enseigne de façon beaucoup plus
large que l'étude
article par
article en commission parlementaire — on va aussi loin que ça selon la jurisprudence — nous permet de poser toutes ces questions.
ministre fait référence à ce qui a été vécu et elle réfère par de nouveaux
arrivants dans leur pays d'origine. Je pense
qu'il ne faut pas être réducteur à ce point-là, Mme la Présidente. Ce qui est
demandé en matière de
Loi sur les commissions
d'enquête et le pouvoir que l'on confère par cette loi, l'Assemblée nationale
devra décider est-ce qu'on donne à la
ministre, dans un dossier qui requiert un équilibre, un doigté, un respect,
est-ce qu'on va donner à la ministre... Puis qu'elle veut faire du... ou qu'elle utilise l'argument du copier-coller,
moi, ça ne me convainc pas, je suis désolé, là, parce que Tout le
monde le fait, fais-le donc , là, ça n'avait pas été un bon slogan à l'époque.
Alors,
en matière linguistique, de donner le pouvoir à la ministre d'envoyer un
subpoena — c'est le pouvoirqu'elle aura — d'exiger la production de documents, d'exiger que l'on
réponde suffisamment — et c'est le terme utilisé par la
Loi sur les commissions d'enquête — à toutes ces questions, par cette approche coercitive, Mme
la Présidente, on vient politiser davantage
le dossier de la langue au gré des stratégies au jour le jour. Et, au-delà du
fait que la ministre, Mme la
Présidente, nous dit : Les autres ministres, il n'y a pas eu d'abus,
faites-moi confiance, il n'y aura pas d'abus, et des enquêteurs, je n'en prévois pas pour ces budgets-ci, donnez-moi le
pouvoir, et peut-être que, dans un an, on en aura, des enquêteurs, alors, Mme la Présidente, c'est
une question tout à fait légitime qui ne cadre pas du tout dans l'approche
qui doit être proactive, qui doit être d'accompagnement dans le dossier de la
langue.
en ce sens-là, Mme la Présidente, je pense qu'il y a là une modification qui
démontre une approche d'apprenti sorcier. J'aimerais savoir de la ministre
pourquoi, si elle dit : C'est du copier-coller puis c'est tout à fait
usuel, pourquoi elle-même, pour elle-même et pour ses enquêteurs, elle
ne s'est pas gardé une réserve de ne pas être poursuivie en justice pour omission ou acte fait de bonne foi
dans l'exercice de ses fonctions. Parce que l'un des pendants, lorsqu'on
a un pouvoir d'enquête, c'est d'avoir une
certaine immunité qui vous protège. Là, ici, elle ne l'a même pas prévue,
cette immunité-là, ce qui démontre qu'elle aborde un sujet qui...
Malheureusement, les personnes qui l'entourent l'ont mal conseillée parce qu'on
ne vient même pas compléter ce qui doit être fait en matière d'usage.
L'article
173 de la Charte de la langue française donne une certaine immunité. Alors, je
pense que c'est un bout, en passant, qu'elle a dû oublier. Je ne sais pas si
elle va amender le projet de loi n° 14 pour le bonifier en ce sens-là.
La Présidente (Mme Vien) : C'est très ingrat, Mme la ministre,
il vous reste à peu près 20 secondes pour répondre.
Mme De
Courcy : C'est vrai que c'est très
ingrat.
Présidente (Mme Vien) : Écoutez, je vais passer la parole aux députés ministériels. Si vous le
souhaitez, vous pourriez, à ce moment-là,
compléter une réponse au ministre de LaFontaine. C'est comme vous souhaitez.
Mme De
Courcy : Si mes collègues sont d'accord.
La Présidente (Mme Vien) : Mais je suis prête à passer la parole. M.
le député de LaFontaine, ça vous va? Le temps
était écoulé. Alors...
La Présidente (Mme
Vien) : Oui? Bon.
Mme De
Courcy : Si les collègues sont d'accord,
je prendrai quelques minutes.
La Présidente (Mme
Vien) : Allez-y. C'est sur le temps
des collègues ministériels.
De Courcy :
Toutes les interventions entourant les pouvoirs additionnels qui ont été faites
par mon collègue m'indiquent qu'il a une très forte suspicion pas seulement quant à la
charte et ce qui pourrait y être inscrit, mais sur toutes les autres lois qui touchent tous les autres
ministères. Parce que je ne le convaincs pas du fait que les parlementaires
ont ce type de pouvoir là. Ça me désole, me sidère un peu, mais je comprends qu'en
commission parlementaire nous aurons l'occasion
de questionner, et, nous-mêmes, de vérifier si, auprès de tous ses collègues,
ils ont très inquiets de tous ces pouvoirs-là qui sont dans d'autres
ministères.
Quant à sa suggestion,
eh bien, comme je le ferai en commission parlementaire, ça va me faire très
plaisir d'entendre les suggestions de bonification du projet de loi. Je crois
profondément en l'intégrité des parlementaires puis au processus parlementaire.
Donc, une suggestion est toujours la bienvenue.
Présidente (Mme Vien) : Mme la ministre, merci beaucoup. Je cède la parole au député de Sainte-Marie—Saint-Jacques, donc, qui s'inscrit
dans le bloc de 20 minutes qui a été entamé avec Mme la ministre.
Breton : Merci,
Mme la Présidente. Écoutez, personnellement, je vais vous dire, honnêtement,
par rapport au dossier du français, je n'ai pas tellement besoin d'imagination, j'ai
surtout besoin de mémoire. Et j'aimerais rappeler au député de
LaFontaine quelques faits suivants, je vais vous lire quelques articles ici.
avril 2004 : «Dans son budget déposé le mois dernier, le gouvernement
[libéral] a coupé de 16 % les dépenses du
ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration. [...]Le
programme d'intégration linguistique est coupé de moitié — on est en 2004. [Ça] signifie, entre
autres, que les étudiants à temps plein ne recevront plus l'allocation de 150 $ par semaine mais seulement 30 $.» C'est
une compression de près de 20 millions de dollars.
2010 , Québec coupe encore : «Plus de 200 moniteurs en francisation
et leurs étudiants ont manifesté hier à Montréal — en 2010, même gouvernement — pour dénoncer la décision de la ministre de l'Immigration
et des Communautés culturelles, Yolande James, d'abolir 31 classes de
francisation pour les nouveaux arrivants, à compter de mai.» 2012, d'autres
coupures.
Donc,
le député de LaFontaine parlait d'équilibre, je suis tout à fait d'accord avec
l'équilibre. Mais moi, ce que je vois, c'est un déséquilibre parce que, pendant ce
temps-là, on a le gouvernement fédéral qui donnait une subvention, il n'y
a pas si longtemps, de 4,4 millions de
dollars pour aider à avoir des cours d'anglais. Dois-je rappeler qu'on est
330 millions d'anglophones en Amérique du Nord? Quand je vois qu'il y a
des coupes dans les cours de français aux immigrants et quand il y a des subventions à l'anglais pour les gens, immigrants qui arrivent
au Québec, je pense qu'il y a effectivement déséquilibre.
pour ce qui est de l'approche qu'il qualifie de positive... C'est-à-dire, donc,
on dit : L'approche coercitive est une approche qui n'a pas sa place. Moi, je peux
vous dire que, pour avoir travaillé en environnement depuis longtemps,
la simple approche de la carotte sans le bâton, ça a donné les effets qu'on
voit avec l'environnement autour de nous, sur la planète. Donc, très souvent,
ça prend un peu des deux.
Étant
de Montréal, étant né et ayant grandi à Montréal, moi, j'ai vu l'évolution du
français. J'ai grandi dans une école
francophone, à Montréal, où, dans le même pâté de maisons, de l'autre côté de
la cour d'école, il y avait une école
anglophone, où, je me rappelle, quand on était jeunes, on avait dû changer les
heures de récréation et les heures de dîner
pour ne pas qu'on se batte entre nous. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'à
cette époque-là les relations, dans les années 60, début 70, étaient
très tendues entre anglophones et francophones. Je me souviens, quand j'étais
jeune, de me promener à Montréal, dans le centre-ville de Montréal, et de ne
pas être capables de nous faire servir en français. Et ça, ce n'est pas du
folklore puis ce n'est pas de l'histoire, c'est ma jeunesse, puis je ne suis
pas si vieux que ça.
J'ai
vu, avec l'arrivée de la loi 101, un changement, un changement important, des
gens de ma génération et des gens un peu plus jeunes qui se sont mis à
respecter le français, qui se sont mis à respecter les francophones parce que
nous nous respections, parce que nous nous tenions debout. À un moment donné, c'est
nécessaire, ça. Dans les années 90, je peux
vous dire que j'ai beaucoup d'amis anglophones qui se sont mis à apprendre le
français. Et, étant député dans le centre-ville, je peux vous dire que
je vois clairement un recul du français à Montréal. Et, quand je vois des
coupes dans les cours de francisation à
Montréal chez les nouveaux immigrants, je ne peux pas faire autrement qu'être
inquiété.
vais vous donner quelques statistiques ici. Et je veux, justement, parler du
français au Québec, mais évidemment, dans mon cas, le français à Montréal me préoccupe
particulièrement. Conformément au mandat de surveiller l'évolution de la
situation linguistique qui lui est attribué par la Charte de la langue
française, l'Office québécois de la langue française a rendu publiques en
septembre 2011 — donc, tout récemment — cinq études démolinguistiques réalisées en 2010. Cet office disait à ce moment constater
que les grandes tendances déjà observées se maintiennent et que les
études révélaient aussi certains changements indéniables dans les pratiques
linguistiques.
«Les
données portant sur la langue maternelle démontrent en effet que, dans l'ensemble
du Québec, de 1996 à 2006, le poids relatif de la population allophone a
continué d'augmenter pour se situer à 11,4 % et que, dès lors, celui de la
population francophone a diminué à 79 %, alors que la population
anglophone est demeurée relativement stable,
à — environ — 7,7 %». Ça, ce n'est pas de l'imagination. Ça, c'est
des chiffres. «L'immigration internationale en constante progression, le ralentissement de l'accroissement
naturel, le vieillissement de la population, les migrations interprovinciales et intraprovinciales et, dans
une moindre mesure, les substitutions linguistiques influent grandement
sur le portrait démolinguistique du Québec.
«Pour
ce qui est de la langue le plus souvent parlée à la maison, dans l'ensemble du
Québec, en 2006, le poids relatif des francophones a légèrement diminué pour
stable à 10 % et celui des allophones a augmenté pour atteindre
6,5 %.» Pas de l'imagination, des chiffres.
«Basées, pour une
bonne part, sur les trois derniers recensements canadiens disponibles — 1996, 2001 et 2006 — mais issues d'analyses détaillées effectuées par des
chercheurs indépendants, experts en démolinguistique, les études démontrent
que ces phénomènes touchent l'ensemble du territoire du Québec. Ils sont d'autant
plus perceptibles dans la grande
région de Montréal où s'établissent majoritairement les immigrants — et c'est de ça dont on parle — comme c'est le cas
des autres grandes villes canadiennes. Par ailleurs, dans la mesure où l'étalement
urbain est un phénomène mondial, le Québec n'y
échappe pas. Ainsi, de 2001 à 2006, la proportion de francophones sur l'île de
Montréal a décru en raison des
départs vers les autres régions du Québec, notamment vers la couronne
métropolitaine. Étant donné que les anglophones
et les allophones ont aussi accru leur migration vers cette couronne, le poids
relatif des francophones de la grande
région de Montréal a diminué — 67,9 %
en 2006, 68,6 % en 1996, on a diminué, ce n'est pas de l'imagination, c'est des chiffres — en ce qui a trait à la langue le plus souvent parlée à la
maison.»
Moi,
je peux vous dire que, dans ma circonscription, dans Sainte-Marie—Saint-Jacques,
il y a 10 ans, il y avait une maison de jeunes
qui accueillait neuf enfants sur 10 francophones, Québécois d'origine. Aujourd'hui,
la majeure
partie des enfants qui vont dans
ce centre-là — et c'est un exemple qui se reflète
dans d'autres centres — neuf sur 10, c'est des enfants de l'immigration, beaucoup du Bangladesh.
Évidemment, ces gens-là ne parlent pas français quand ils arrivent.
«…des
personnes de toutes générations ont effectué une substitution linguistique vers
le français, mais dans des proportions
diverses. Pour l'ensemble du Québec, parmi toutes les personnes ayant effectué
une substitution, les générations 1.0 — c'est-à-dire les
allophones nés à l'étranger de deux parents nés à l'étranger, arrivés après l'âge
de 14 ans — et 1.5 — c'est-à-dire les allophones nés à l'étranger de deux
parents nés à l'étranger, arrivés avant l'âge de 15 ans — ont les plus forts taux de
substitution vers le français — 70 % et
45 %. Pour expliquer ce taux élevé, les
auteurs proposent quatre hypothèses : la connaissance du français avant l'arrivée
des immigrants[...], la sélection en faveur d'immigrants
qui connaissent le français, la durée de présence au Québec et l'obligation
pour certains répondants et pour les enfants
des allophones de fréquenter le système scolaire francophone, ce qui a une
influence sur la langue parlée à la maison. Enfin, comme en 2001, plus de neuf personnes sur 10, toutes langues
maternelles confondues, connaissent le français.
«Selon
les hypothèses les plus probables du scénario de référence tracé dans les perspectives démolinguistiques, le
portrait de l'ensemble du Québec en 2031 se dessinerait ainsi qu'il suit :
en matière de langue le plus souvent parlée à la maison, le poids
démographique des francophones baisserait à 77,9 % — c'est une baisse importante, ça — et celui des
anglophones à 10,1 %, alors que celui des allophones augmenterait à
12,1 %. Dans l'ensemble de la grande région de Montréal — mon coin — le poids des
francophones serait de 63,1 %, celui des anglophones de 16,3 % et
celui des allophones de 20,6 %. Dans le
reste du Québec, la proportion des francophones devrait demeurer au-dessus de
93 % avec une légère diminution
du poids des anglophones à 3,6 % et une augmentation minime du poids des
allophones à 3,1 %.»
réalité, c'est que ces baisses-là ne sont peut-être pas si énormes que ça, mais
elles sont constantes. Et, moi, je peux vous le dire, l'état du français à Montréal
est préoccupant. Donc, Mme la ministre, quelles conclusions tirez-vous
de ces données?
La Présidente (Mme
Vien) : Merci beaucoup, M. le député.
Mme la ministre.
De Courcy : Oui.
Mme la Présidente, sans entrer dans l'étude fine de chaque chiffre mentionné,
on constate un certain recul du français, et
ce, dans les études de l'office comme dans la réalité de tous les jours. L'immigration
francophone et un lent progrès des
transferts linguistiques vers le français permettent de limiter l'ampleur du
recul, et, je dirais, heureusement qu'il y a eu immigration francophone.
Il est donc très important d'augmenter la proportion de personnes immigrantes
maîtrisant bien le français et de nous assurer qu'elles puissent vivre et
travailler en français au Québec.
m'a beaucoup frappée récemment, lors de visites que j'ai pu faire dans les
différents services du ministère de l'Immigration, où je suis allée voir aux
renseignements généraux, avec les gens qui répondent aux renseignements
généraux, et on m'indiquait qu'il arrive de plus en plus souvent qu'on fasse la
demande de cours d'anglais au ministère de l'Immigration
parce que, manifestement, francophones et francophiles, l'exigence de l'anglais
sur le marché du travail semble très importante et les empêche de se
tailler une place. Ce que ça veut dire, c'est qu'il y a une détérioration qui... Bien sûr, dépendant de la lunette qu'on
prend, on va dire : Le verre est à moitié plein ou le verre est à moitié
vide. Je dis à ça : Il faut être
toujours vigilant. Et ce fléchissement-là, cet essoufflement-là m'apparaît
suffisamment important pour qu'on puisse agir rapidement à travers la
loi, mais aussi à travers la
Loi sur l'immigration.
Présidente (Mme Vien) : Merci beaucoup, Mme la ministre. En complément, M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques?
M. Breton : Oui. En fait, une chose qui m'intéresse
particulièrement — on en a parlé, d'ailleurs, il n'y a
pas si longtemps — c'est qu'en septembre dernier Mme la première ministre,
Mme Marois, a décidé, lors de la nomination du
Conseil des ministres, de mettre sous la
responsabilité de la même ministre les dossiers du ministère de l'Immigration
et des Communautés culturelles avec ceux de
la Charte de la langue française. Moi, je vais vous dire, personnellement,
je trouve que c'est une excellente idée,
puisqu'on sait tous que l'avenir du français va passer en
partie par l'immigration,
parce que, disons-le, on fait moins de bébés
qu'on en faisait, n'est-ce pas? Moi, chez mon père, ils étaient 16; chez
ma mère, ils étaient 14; ce n'est plus tout à fait comme ça.
Donc, est-ce que le fait de mettre sous la responsabilité
d'une même ministre ces deux responsabilités permet une meilleure cohérence dans l'action gouvernementale? C'est
mon intuition, mais j'aimerais en savoir plus.
Présidente (Mme Vien) : Je vais
reprendre, si vous me permettez, Mme la ministre... Je me sers de vous, M. le député, pour faire un petit rappel à l'ordre
amical. Les gens qui sont à l'Assemblée nationale, on les interpelle par
leur titre. Alors, c'est Mme la première ministre. Alors, on fait attention
pour ne pas nommer le nom de famille. Pas parce que ce n'est pas beau, mais c'est
la façon de faire...
Breton : ...la première ministre.
Présidente (Mme Vien) : Oui, mais
vous avez nommé son nom. Un petit rappel amical, tout simplement.
Présidente (Mme Vien) : C'est ça.
Alors, madame...
Présidente (Mme Vien) : Voilà, vous
venez de cliquer. Mme la ministre, en réponse, s'il vous plaît.
Mme De Courcy : Bien, Mme la Présidente. Alors, oui,
en effet, j'ai considéré d'abord le grand privilège, un immense privilège que m'a confié la première ministre d'avoir
le mandat de lier le tout, de lier le tout, immigration et langue. J'ajouterai
que, dans le discours d'ouverture, notre première ministre a aussi mentionné qu'elle
en faisait un trio — elle
faisait langue, immigration et emploi — dans une perspective du projet
futur, du projet... dans un futur assez
rapproché et, bien sûr, dans une projection sur 20 ans, sur 30 ans de
ce que serait l'avenir du Québec, quel serait le paysage québécois. Puisque
nous avons reconduit à l'Assemblée nationale, comme mes collègues le savent, la
venue de 50 000 personnes
immigrantes par année, un plan qui est prévu sur trois ans, alors ce visage-là
de l'immigration va être très important. Et, si on veut préserver le
caractère français du Québec, bien il faut donc lier le tout. Alors, ça permet,
donc, une cohésion entre la protection de la langue puis la francisation des
personnes immigrantes.
Le programme du Parti québécois, d'ailleurs,
affirme dès ses premières lignes la primauté de notre langue française, de notre identité et de nos valeurs communes,
sans quoi nous ne pourrons accueillir le monde avec assurance et confiance. C'est donc cette vision d'avenir qui
était proposée. Il énonce, d'ailleurs, que l'aventure du Québec est
celle d'une nation où l'apport des
Québécoises et des Québécois de toutes origines est valorisé. Il faut donc
préserver le caractère français du
Québec et assurer une intégration des personnes immigrantes qui soit
respectueuse de notre caractère distinct.
Je souligne aussi un autre aspect de l'immigration
dont on parle peu, mais qui est un visage très important de cette vision d'avenir,
il s'agit de l'accueil des personnes réfugiées. Comme j'en ai parlé un peu plus
tôt dans cette étude de crédits, je
suis très sensible, et le gouvernement est très sensible au sort qu'ont vécu
ces personnes, et le caractère très humaniste, hein, du
Québec… Et, d'ailleurs, quels que soient les partis confondus, quels que soient
les gouvernements qui se sont succédé,
la question de l'accueil et de l'apport du Québec pour augmenter l'humanisme de
l'humanité en général est très importante.
Et, dans cette vision, donc, de l'immigration, existe aussi cette part-là du
faire sa part en tenant compte de ces personnes et, je le répète, en
tenant compte aussi de la façon dont on a de dire et de faire les choses. Je
pourrais vous raconter, d'ailleurs,
plusieurs anecdotes à cet égard-là, quand j'étais présidente de la commission
scolaire de Montréal, dans une autre
vie pas si lointaine, qui témoignent de l'importance des symboles, de ce que
nous disons. Par exemple, un agent de sécurité qui peut très bien être
interprété comme une police très importante et inquiétante pour ces personnes.
Bref,
langue, immigration, emploi, des axes très importants pour le développement
futur du Québec. Des statistiques, d'ailleurs,
qui avaient été déjà mentionnées dans le passé. L'immigration, c'est réciproque.
On a besoin de cette immigration-là
aussi pour le développement du Québec, le développement de ses régions. Alors,
oui, nous rendons service, bien sûr, nous accueillons avec humanisme,
mais nous avons besoin aussi de ces personnes. J'aurai probablement l'occasion,
j'espère, de pouvoir vous en parler un peu plus tard.
Quelques mesures qui accompagnent la
complémentarité entre langue et immigration. Je vous les mentionne, elles ont été peu nommées, peu connues : en
immigration, une nouvelle grille de sélection, francisation et intégration à l'étranger, des candidats sélectionnés à des cours
de français, une francisation avant l'arrivée et de façon beaucoup plus soutenue et des projets conjoints aussi avec le
MELS pour Télé-Québec, pour faire de l'apprentissage du français en
ligne; un déploiement d'une stratégie interministérielle pour améliorer l'accueil
et le soutien des personnes réfugiées et immigrantes; et, surtout, la
régionalisation et le service aux entreprises. J'aurai l'occasion,
probablement, un peu plus tard, de vous en reparler.
La Présidente (Mme Vien) : Merci beaucoup. Alors, je suis
maintenant prête à céder la parole à Mme la
députée de Montarville, du deuxième groupe d'opposition.
Mme Roy
(Montarville) : Voilà. Bonjour. Vous
allez me permettre, d'abord, de vous saluer, de saluer également Mme la
ministre, les sous-ministres, les fonctionnaires qui sont là, les invités qui
sont là, les membres du gouvernement et également mes collègues de l'opposition
officielle.
D'entrée de jeu, je
tiens à vous dire que, pour la Coalition avenir Québec, pour notre deuxième
groupe d'opposition, la langue française est très importante. Il faut la
protéger, il faut la chérir, il faut la développer. Ça, c'est indéniable. Cependant, nous sommes très conscients qu'il existe
actuellement une loi qui s'appelle la loi 101, une loi qui a été
difficile à mettre en oeuvre au fil des années, mais qui existe et qui, aujourd'hui,
est complète en soi. Nous considérons que la loi 101 devrait être appliquée
dans son ensemble parce qu'il y a là-dedans beaucoup, beaucoup de mesures qui nous permettraient de régler
actuellement les irritants majeurs en ce qui concerne la non-application de
la langue française au Québec,
particulièrement dans les entreprises. Il y a actuellement dans la loi 101 des
sanctions, des peines qui sont là et
qui sont, malheureusement, non appliquées, et autant à l'époque du gouvernement
précédent que du nouveau
gouvernement. Nous, nous disons : Tous les outils sont là, mettons-les en
application. Ça, c'est, d'entrée de jeu, la base de ce que nous croyons
en ce qui a trait à la langue française.
Dans
le projet de loi n° 14, il y a certains irritants pour nous dans cette loi, et
on se questionne sur les moyens qui vont être utilisés pour prioriser et sauver,
protéger la langue française. Et, entre autres, on se questionne beaucoup,
entre autres, en ce qui a trait aux
entreprises, puisqu'on croit qu'il y aura de grandes difficultés d'application
avec ce qu'on a dans le projet de loi n° 14. Si vous me permettez, je
vais citer un journaliste que vous connaissez bien, le journaliste Denis Lessard, qui écrivait le 28 novembre
dernier dans La Presse — alors, c'est tout récent : «Déjà, l'Office québécois de la langue
ne parvient pas à appliquer la loi existante auprès des 6 000 grandes
entreprises, confie-t-on dans le milieu.»
Dans les faits, lorsqu'on
regarde les crédits et ce qui a été octroyé dans le dernier budget, le
gouvernement a octroyé 1,1 million pour
les ressources humaines à l'office, et pour le traitement des plaintes, et pour
mettre en oeuvre ces nouvelles mesures, ces nouvelles actions pour
affirmer le visage français dans le centre-ville de Montréal. Parce qu'on s'entend que, là où le bât blesse pour les
francophones, ce n'est pas à Rimouski, où j'ai demeuré et où on se
faisait toujours servir en français, ni à Mont-Joli, ni ailleurs dans notre
beau grand Québec, c'est principalement à Montréal et dans les villes des
couronnes avoisinantes où, là, il peut arriver qu'effectivement on ne se fasse
pas servir en français — ça, c'est surtout à Montréal — et que l'affichage peut ne pas respecter les normes qui
sont déjà dans la charte, la fameuse loi 101.
L'irritant, il est là.
Donc,
on a ces nouveaux crédits, ce 1,1 million, pour, entre autres, faire en
sorte qu'on affirme le visage français de Montréal, mais l'Office québécois de la langue
française, de son côté, lui, il est déjà débordé. Il ne faut pas oublier
que le gouvernement veut étendre ces
nouvelles dispositions, avec son projet de loi n° 14, aux entreprises de 26 à
49 employés. Et ça, permettez-moi de
vous dire que ça fait beaucoup, beaucoup de monde. Si on étend les nouvelles
dispositions aux entreprises de
26 employés et plus, bien les responsabilités de l'office, là, elles sont
déjà très grandes, mais là elles vont exploser de façon exponentielle.
Parce que, si on vérifie les chiffres qui nous ont été fournis, Mme la
ministre, un portrait des entreprises de 11 à 49 employés — un portrait qui a été produit en 2008 par l'Office
québécois de la langue française — démontre qu'il y a
27 000 entreprises de 11 à 49 employés au Québec, dont 72 %
ont entre 11 et 25 employés. Mais ce
qui nous intéresse là aussi, c'est le 28 % d'entreprises au Québec qui ont
entre 26 et 49 employés. C'est surtout à eux… à ces entreprises, à
elles, devrais-je dire, que le projet de loi n° 14 s'adresse. Alors, ça, ce
28 % d'entreprises nouvelles qui viennent s'ajouter, c'est
7 500 nouvelles entreprises.
y en a actuellement, avant le projet de loi n° 14, il y en a 6 225 de ces
entreprises de 50 employés et plus qui sont inscrites à l'Office québécois de la langue
française. Donc, si je fais un petit calcul très simple, là, le
gouvernement veut plus que doubler le nombre d'entreprises qui seront
assujetties aux dispositions du projet de loi n° 14, donc des modifications
apportées à la loi 101. Alors, malgré ce que veut faire croire le gouvernement,
le gouvernement, selon nous, n'a pas donné les ressources nécessaires à l'office
pour bien faire son travail, puisqu'on ajoute 1,1 million de dollars pour
doubler la charge de travail.
À la question 25, on
vous demandait, dans l'étude des crédits que nous avons reçue vendredi, à
16 heures, donc que nous avons regardée en catastrophe ce matin, on vous
demandait quel était le nombre d'inspecteurs sur le terrain parce que c'est ce
qui compte, le terrain, nos commerces qui ne nous répondent pas en français.
Actuellement, en 2012‑2013, il y a sur le terrain neuf inspecteurs. C'est dans
vos crédits, à la question 25. Alors, si j'additionne les anciennes
entreprises qui sont déjà assujetties, les 6 000 quelques, plus les
nouvelles qui seront assujetties, les 7 000 quelques,
on arrive à 13 725 entreprises, au total, qui seront assujetties pour
neuf inspecteurs sur le terrain. Alors, Mme la ministre, je vous demande bien respectueusement : Comment
est-ce qu'on va appliquer, là, toutes ces nouvelles mesures qui sont
inscrites dans le projet de loi n° 14 avec si peu de monde?
La Présidente (Mme
Vien) : Merci beaucoup, Mme la
députée de Montarville. Mme la ministre.
De Courcy :
Bien, Mme la Présidente, je suis, d'abord, heureuse de constater, et dès l'entrée
de jeu de votre intervention, Mme la députée,
que vous vous positionnez en faveur du français à l'honneur au Québec. Je suis
très heureuse de constater ça, ce qui fait que nous ouvrons le dialogue
beaucoup plus facilement à cet égard.
Vous avez fait une démonstration éloquente,
vraiment éloquente que c'est impossible que l'Office québécois de la langue française soit le seul responsable parce qu'à
cet égard-là, dans la situation actuelle, j'ai fait un calcul rapide pour
Montréal, et ça nous donnait 750 personnes à engager seulement pour la
région de Montréal à travers les petites entreprises.
Bref, la méthode actuelle, la méthode actuelle ne fait qu'engendrer, je dirais,
un monstre étatique. Alors, ça ne peut pas
être. C'est pour ça que le projet de loi agit sur différentes facettes et fait
la proposition suivante, que nous aurons
l'occasion de discuter, bien sûr, plus avant en commission parlementaire. Mais,
comme vos questions portent sur cet
aspect, d'abord vous dire que ce n'est pas par le nombre d'inspecteurs
supplémentaires, quoiqu'il y a déjà 12 postes qui devraient être comblés, là, de plus… Parce qu'il
y en avait 25 de prévus — ça, vous
avez dû voir ça aussi dans l'étude des crédits — mais ça ne sera jamais suffisant.
comités sectoriels de main-d'oeuvre et les associations doivent être intimement
reliés à ce projet, et les consultations préliminaires que j'ai faites autour
de ce projet de loi là m'indiquent que ça fait un bon moment que les comités sectoriels de main-d'oeuvre veulent être
mis à contribution de par leurs connaissances puis du fait qu'il faille
se concentrer sur certains secteurs d'activité plus que d'autres. Et qui de
mieux pour agir sur certaines problématiques particulières que ces personnes,
qui sont en parité, d'ailleurs, hein, avec les travailleurs… les grands
entrepreneurs et puis les syndicats, pour qu'on puisse arriver à bien cerner la
chose?
Il faut agir en partenariat avec les comités
sectoriels de main-d'œuvre, les entreprises. Les entreprises elles-mêmes doivent, elles
aussi, être responsabilisées. Comment les responsabiliser? Bien, en étendant
une mesure, une mesure que vous avez
vue dans le projet de loi, qui était bonne pour les entreprises de
50 employés et plus. C'est-à-dire qu'on peut contracter avec le
gouvernement et son Administration, c'est-à-dire commissions scolaires, municipalités, bon, et puis tout — je ne détaillerai pas à chaque fois, là, vous le savez
très bien — si on se conforme. Alors, ça, normalement, l'entrepreneur, là, va être en mesure, là, d'avoir
une motivation supplémentaire pour aller de l'avant. Alors, il faut aussi, bien sûr, accompagner, accompagner et faire
du volume, faire du volume. Et il y a des choses, là, qui ne sont pas faites présentement et qui donnent pourtant du
résultat. D'ailleurs, à l'initiative, entre autres, de l'Office québécois
de la langue française, les vastes campagnes, là, de promotion avec insistance
autour de la question de la francisation donnent un certain nombre de
résultats. C'est donc tous ces facteurs combinés qui vont nous donner du
résultat.
Je présume qu'éventuellement vous allez poser
des questions sur la stratégie commune qu'il y a à Montréal. Alors, je pourrai vous
indiquer les mesures qui ont été les plus probantes à cet égard-là et qui
rejoignent essentiellement ce que je viens de vous dire, Mme la députée.
Présidente (Mme Vien) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Mme la députée.
Roy (Montarville) : Et,
effectivement, nous aurons à en discuter et nous discuterons…
De Courcy : Bien sûr.
Mme Roy (Montarville) : Maintenant, il y a un irritant
particulier pour nous dans le projet de loi n° 14, et on se questionne beaucoup. Comme vous le savez,
actuellement, au Québec, 90 municipalités et arrondissements ont ce qu'on appelle un statut bilingue, des petites
villes où francophones et anglophones vivent en harmonie. Ce sont
surtout des petites villes. Il y en a quelques grandes, mais ce sont surtout
des petites villes. La paix sociale existe au Québec, et elle a été acquise au fil du temps après l'arrivée
de la loi 101, donc il y a 35 ans. Et, au fil des ans... Cette
loi 101 avait fait beaucoup de remous lorsqu'elle est arrivée, mais
elle était nécessaire pour protéger la langue française, pour ne pas que nous
nous fassions assimiler en tant que francophones dans cette mer anglophone qui
nous entoure, et on n'en doute pas, de sa nécessité.
Ce qu'il y a de particulier, cependant — et
ça, il faudrait le prendre en considération — c'est qu'au fil des ans les anglophones du Québec qui étaient farouchement
contre l'application de la loi 101 nous ont quittés pour des raisons qui
sont leurs, et ceux qui sont demeurés avec nous, et qui sont d'ici, et qui sont
Québécois se sont très bien adaptés. D'ailleurs,
la loi 101 a eu, entre autres, comme conséquence que les anglophones que
nous rencontrons un peu partout, eh bien, ils ont été très nombreux à
devenir bilingues et ils maîtrisent très bien le français, pour plusieurs, ce
qui est tout à leur avantage. Les anglophones, au Québec, sont devenus
bilingues.
Cependant, la loi conférait aussi à l'époque — la loi 101 — à certaines municipalités du Québec qui le demandaient un statut
bilingue, compte tenu qu'une majorité de citoyens parlant une autre langue que
la langue française y vivaient. La loi permettait aussi à ces
municipalités de ne plus avoir ce statut si elles en faisaient la demande. Mon
inquiétude, c'est la suivante, Mme la
ministre et Mme la Présidente. Avec ce projet de loi n° 14, la ministre s'octroie
maintenant le droit de retirer ce
statut de municipalité bilingue si elle juge, maintenant, que moins de
50 % de la population qui y vit est anglophone. Et là il n'y a plus
question que les municipalités, qui sont des gouvernements élus, aient leur mot
à dire. Nous croyons que les municipalités
devraient choisir elles-mêmes de conserver, oui ou non, leur statut bilingue si
c'est pertinent pour elles. C'est ce que nous croyons en tant que deuxième
groupe d'opposition.
Alors, la ministre peut-elle nous expliquer
comment elle va s'y prendre pour décider qu'une municipalité perd ou conserve son
statut? On parle de 50 % dans la loi. Son collègue, un autre ministre,
parlait, lui, de 40 %. Ce n'est pas clair pour nous. Et est-ce que la ministre va prendre en considération ces
conseils de ville qui ont commencé à se mobiliser et qui adoptent des
résolutions pour conserver leur statut de municipalité bilingue parce qu'elles
veulent le conserver?
Présidente (Mme Vien) : Merci
beaucoup, Mme la députée. À la question, Mme la ministre.
Mme De Courcy : Même si nous nous éloignons de
beaucoup de l'étude des crédits, ça va me faire plaisir de vous parler de cette
question-là, dont nous n'aurons pas fini de discuter, là, bien sûr. Et prenons
pour acquis que ce que vous avancez aujourd'hui, comme ce que j'avancerai
aujourd'hui, fera objet de délibérations subséquentes lors de la commission
parlementaire et nous permettra de pouvoir faire avancer cette question.
D'abord vous dire que, souvent, on n'a parlé
que du pourcentage, que du pourcentage, puis c'est normal. Quand un projet de
loi vient d'être déposé, on n'en mesure pas toujours ou on n'a pas toujours mis
de l'avant tout ce qui y est accolé. Il faut que vous sachiez que le projet de
loi ne crée pas d'automatisme et qu'il prévoit un mécanisme d'examen périodique de la situation qui fait appel
à une évaluation circonstanciée. Et il y a certains critères, que je
suis certaine qu'on va me donner dans
quelques secondes parce que je ne les ai pas sous les yeux, il y a des
critères, là, qui sont autres que les
pourcentages. Et d'ailleurs, autour des indicateurs, justement, j'ai eu l'occasion
de pouvoir discuter avec M. Fraser, le Commissaire aux langues
officielles, qui a témoigné de son inquiétude pas tant au niveau de l'intention
gouvernementale, mais surtout de l'utilisation unique des pourcentages. Et il a
dit à ce moment-là, dans cette rencontre-là — et ça me fait plaisir de le partager avec vous — qu'il avait fait des études autour d'indicateurs
qualitatifs qui peuvent parler des vitalités des communautés. Et, d'entrée de
jeu, je lui ai dit que, compte tenu que nous
sommes dans un travail en progrès, bien sûr, et en consultation, puisque c'est
l'objet d'une commission parlementaire, que je vais prendre acte de ces
indicateurs-là et tout ce qui permettra de bonifier le projet pour que tous et
toutes, nous nous sentions en situation d'équilibre et en situation d'équité.
Pour ma part, je serai ouverte.
Je donne les critères. On parle de tenir en
compte l'ensemble des circonstances, notamment la présence historique d'une
communauté anglophone. La municipalité, donc, aura... Et on dit bien,
notamment : La municipalité, donc, aura l'opportunité aussi de faire valoir son point de vue. Mais, comme nous
pourrions passer plusieurs heures aujourd'hui à ne travailler que sur la question des villes
bilingues, je vais, au moins, vous donner ce qu'à ce stade-ci le projet de loi
ferait.
Elles n'auront pas, donc, à devenir
unilingues francophones. Elles devront, cependant, clarifier leur fonctionnement en matière de langue. Les anglophones
peuvent recevoir des services en anglais même dans une municipalité unilingue, c'est juste qu'il n'y a pas d'automatisme
bilingue. Par contre, la langue utilisée dans les affaires publiques, la
dénomination, affichage et ses
communications internes, la langue de travail… devront donc être faits en
français, c'est tout.
pour plusieurs municipalités, ce statut date des années 80, et certaines ne
comptent plus aujourd'hui qu'une faible
proportion de résidents de langue maternelle anglaise. En étant très
conservatrice, si je ne m'abuse, on est à une vingtaine où les taux sont
assez faibles sur 80 % ou 83 %. Des fois, les chiffres oscillent,
83 %, 85 %, là, mais à cause des offices et de certaines choses. Pour
plusieurs municipalités, donc, ce statut date, et, à l'heure actuelle, ce statut ne peut être révoqué qu'à la demande de l'organisme
municipal qui en bénéficie, c'est vrai. Mais on comprend qu'à cause du
caractère très sensible, c'est difficile pour une municipalité de faire cette
demande-là. J'ai donc proposé dans le projet de loi n° 14 de faire un examen
périodique de cette situation-là.
Je voudrais ajouter, en concluant sur cette
matière, que les démocraties de proximité que sont les municipalités, s'il y a une chose qu'elles doivent très bien
traduire dans leur façon de faire, dans leur façon d'être, dans leur façon de
se conduire, c'est bien d'être en assez grande osmose avec la population.
Alors, quand on a un statut bilingue et qu'il ne reste que 10 %, 15 %, 20 % de la population, le statut
bilingue devient un peu à côté de ce que représente la municipalité. Par
ailleurs, le 20 % dont on parle a plein droit pour recevoir des services
dans la langue. Et, à cet égard-là, c'est l'équilibre de ce projet de loi qui
sera toujours présent, préserver les droits des minorités et leurs
institutions. Ça, ça m'apparaît très important que nous notions cela. J'aurai l'occasion
de vous reparler.
Très
certainement, vous allez me poser des questions sur les militaires.
Présidente (Mme Vien) : Mme la
députée de Montarville, pour deux minutes encore pour votre bloc de
20 minutes. Ça passe vite, hein?
Mme Roy (Montarville) : Oui, c'est court, deux minutes. Mme
la ministre, je vous soumettrais
respectueusement, pour ce qui est de cet
irritant concernant les municipalités, je vous soumettrais de réfléchir à l'idée
que les municipalités puissent décider par elles-mêmes. Et vous dites
que c'est justement quelque chose de sensible, alors peut-être pourraient-elles le faire elles-mêmes par une consultation
de leur propre population, ce qui permettrait d'avoir l'heure juste, de
savoir quelles sont... Il y en a 90. Alors, ces municipalités-là, lesquelles
décideraient de demeurer bilingues dans la
mesure où la population le veut également.
Il est fort possible — nous pourrions avoir des surprises — que certaines municipalités ne le souhaiteraient pas, compte tenu du nombre de citoyens qui se
présenteraient ou qui signeraient un registre quelconque, qui se prononceraient. Alors, je vous soumets respectueusement
cette idée. Et l'idée que nous préconisons, nous, en tant que deuxième
groupe d'opposition, que les municipalités décident elles-mêmes de conserver ou
non leur statut, leur statut bilingue, ça pourrait se faire par une
consultation à l'interne.
Mme De Courcy : J'accueille votre suggestion en
voulant la documenter, surtout dans sa portion de consultation, de consultation. Nous
aurons l'occasion d'en reparler. Vous dites : Elles pourraient consulter
leur population. J'imagine que vous faites référence à des référendums,
de ce type de consultation là.
je vous signale, le sous-ministre m'indique que les études auxquelles je fais
allusion, M. Fraser nous les a communiquées aujourd'hui. Alors, il me fera
plaisir de les déposer aux membres de la commission aussitôt que j'en aurai
pris connaissance dans leur format.
La Présidente (Mme Vien) : Bien, merci beaucoup, Mme la
ministre. Merci, Mme la députée de
Montarville. Je cède maintenant la parole au député de Saint-Hyacinthe pour un bloc
de 18 minutes.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci,
Mme la Présidente. Je vous félicite pour votre présidence. Je salue Mme la
ministre, les gens qui l'accompagnent, les gens qui sont derrière. Je salue les
députés de l'opposition, de l'opposition officielle et de la deuxième
opposition.
Alors,
Mme la ministre, je vais vous entretenir sur la langue d'accueil et de service
au Québec. Mais, avant, je voudrais revenir sur l'historique, un petit peu, des
lois sur la langue française. Mon collègue de LaFontaine, il a résumé tantôt, et je pense que c'est important de
le mentionner, oui, en 1961, sous Jean Lesage, en 1974, sous les
libéraux de M. Robert Bourassa… Mais, en
1977, ça a été la Charte de la langue française, la loi 101 qui a été adoptée.
Et je pense que c'est à partir de là
qu'il y a eu réellement du mouvement en faveur de la langue française, et on a
senti qu'il y a eu des actions d'entreprises,
les gens… Dans les entreprises, les grandes entreprises, il y a eu des actions dans
les milieux, dans les municipalités,
un peu partout, et là on a vu que la langue française progressait. Elle a
progressé grâce à la loi 101. Par contre, il y a eu quand même le
gouvernement fédéral qui est venu mettre, on peut dire, du... garrocher un pavé
dans la mare, autrement dit, en venant rapetisser la loi 101 dans certains
aspects, et ça, ça a fait mal aussi au Québec. Il ne faut pas se leurrer de ça.
2002, il y a eu la loi modifiant la charte, c'est encore sous le Parti
québécois. La loi, elle a été modifiée, on a
fusionné l'Office de la langue française et la Commission de protection de la
langue française au sein de l'Office québécois
de la langue française. Deux nouveaux mandats, puis un des mandats, justement,
c'était au niveau des plaintes, au
niveau des plaintes. Quand on parle de services, bien on parle aussi de
plaintes, hein? Et puis, je regarde ici, au niveau des plaintes, en 2006 — c'est
les statistiques qu'il y a ici — 29,5 % des plaintes
provenaient de la région de Montréal déjà, en 2006. En 2006 aussi, dans la région de l'Outaouais…
24,2 % des plaintes venaient de la région de l'Outaouais. Ce n'est
pas pour rien, la région de l'Outaouais est aussi identifiée comme une région
problématique au niveau de la protection de la langue française parce que,
justement… la proximité de l'Ontario, les services fédéraux qui sont juste de l'autre bord de la rivière, à Gatineau.
Alors, ça, il faut en tenir compte aussi dans notre réflexion globale. Et
le restant des plaintes, bien, disons, on peut dire, c'était en Montérégie,
10,6 % des plaintes provenaient de la Montérégie en 2006.
Alors,
c'est un mandat que l'OQLF occupe actuellement, la responsabilité... Et je
pense bien que c'est à partir de là qu'il faut quand même se poser des questions. S'il
y a tant de plaintes… Puis là je parle de 2006, mais, en 2013, j'imagine
qu'on est rendu encore plus loin. Alors, quand on parle de comment le français
se porte comme langue d'accueil et langue de
service, bien je pense qu'il faut se poser ces questions-là parce qu'il existe
des mécanismes, mais est-ce que les gens
les connaissent tous, les gens s'en servent comme tout… Parce que je pense que
les plaintes, quand elles sont adressées à l'Office de la langue française, il faut que les plaintes soient signées.
Les plaintes qui ne sont pas signées ne sont pas acceptées. Donc, à ce moment-là, les gens, des fois, ils n'osent pas s'identifier
quand ils portent une plainte. Ça aussi, c'est...
Je vais revenir un
petit peu sur la bilinguisation des municipalités — je pense que c'est une belle ouverture — puis les villes bilingues, mais il ne
faudrait pas non plus partir en peur en disant que les anglophones vont perdre des droits.
Les municipalités vont continuer de communiquer avec les anglophones, à leur demande,
en anglais, puis elles vont
communiquer en français aux francophones qui veulent recevoir les services en
français. Mais une chose est sûre, c'est
que, là, il n'y aura plus, peut-être, dans ces villes-là... les francophones
vont recevoir des lettres en français, ils
ne les recevront pas en anglais, tu sais, dans les deux langues. Ça, c'est un
changement, mais je ne pense pas que ça enlève des droits aux
anglophones du Québec, là, les anglophones vont continuer à recevoir leurs
communications dans la langue de leur choix.
Alors,
conformément au mandat de surveiller l'évolution de la situation linguistique
qui lui est attribué par la Charte de la
langue française, l'Office québécois de la langue française a rendu publiques
en juin dernier des études portant sur la
langue d'accueil et la langue de service. L'office a procédé à deux collectes
de données — en 2010 et en 2012 — par des observations
sur le terrain effectuées par des observateurs externes, anonymes, formés par l'office
sur les obligations prescrites par la loi. Le procédé utilisé était une
simulation de la relation commerçant-client auprès d'un échantillon de commerces divers comme les cafés, les restaurants, les
bars, les dépanneurs, les boutiques, les vêtements, les chaussures, les librairies, les garages, etc.
Rappelons tout d'abord que l'objectif de la charte est de faire du
français la langue normale et habituelle de
travail, des communications, de l'enseignement, du commerce et des affaires. La
charte garantit aux citoyens le droit que
les entreprises communiquent avec eux en français, et elle garantit aux
consommateurs le droit d'être informés et
servis en français. Les chercheurs se sont penchés sur la langue dans laquelle
les consommateurs sont accueillis et
servis au centre-ville de Montréal, l'accueil étant la première salutation
reçue à l'entrée du commerce et le service, la langue des échanges entre
le commerçant et le consommateur.
Sur les données
recueillies en 2012 — alors, c'est tout récent,
là, ça ne date pas d'il y a 10 ans — l'accueil se faisait en
français seulement, c'est-à-dire sans aucune autre langue, dans 74 % des
commerces du centre-ville de Montréal, alors que cette proportion se
chiffrait à 89 % en 2010. C'est une baisse de 15 % en deux ans.
L'accueil
bilingue, c'est-à-dire français-anglais, a connu une forte augmentation,
passant de 1 % à 13 %. Il est vrai
que l'accueil bilingue n'est pas une infraction, mais l'augmentation de cette
pratique contribue certainement au sentiment
que la métropole s'anglicise, l'accueil bilingue étant plus répandu dans les
commerces sur rue, 14 %, que dans les centres commerciaux,
9 %; dans les commerces sur rue, l'accueil également plus fréquent lors
des visites du soir et du samedi, 18 %, que lors des visites de jour,
10 %.
L'Office
a également procédé à deux sondages téléphoniques — toujours en 2010 et en 2012 — pour connaître les
expériences des consommateurs en matière d'accueil et de service. En 2010, une
enquête téléphonique a été menée auprès d'adultes
de la région de Montréal afin de connaître leur expérience quant à la langue d'accueil
et de service dans les commerces du
Québec. Pour actualiser les données, l'office a fait effectuer un nouveau
sondage en 2012. En 2010, 27 %
des répondants ont affirmé qu'il leur est arrivé de ne pas être accueillis en
français dans un commerce du Québec au moins une fois au cours des six
mois précédant l'enquête. En 2012, cette proportion était de 40 %. De
27 % à 40 % en deux ans. Les difficultés à être accueilli en français
étaient plus fréquentes dans les établissements de restauration, cafés, bars,
restaurants, dans les magasins de vêtements ou de chaussures ainsi que dans les
dépanneurs.
Lorsque l'accueil n'est pas en français, 64 % des gens
sondés disaient réagir en répondant en français, ce taux atteignant à ce moment-là 73 % chez les
personnes qui parlent uniquement le français à la maison. Lorsque les
consommateurs répondaient en français à un accueil fait dans une autre langue,
82 % des commerçants passaient au français.
En 2010, 25 % des répondants ont déclaré qu'il leur est arrivé à au moins
une reprise au cours des six mois qui ont précédé le sondage de ne pas être servis en français dans un commerce du
Québec. En 2012, cette proportion était de 23 %.
Pour tous les types de
commerces confondus, les consommateurs montréalais ont indiqué avoir reçu un service dans une autre langue que le français au
centre-ville, 43 %, dans l'Ouest-de-l'Île, 29 %, et au Nord-de-l'Île,
22 %.
Alors, vous savez, Mme
la ministre, c'est une analyse, quand même, qui a été faite par l'OQLF et qui
est très sérieuse. Alors, j'aimerais ça,
avoir vos commentaires, savoir ce que vous en pensez et qu'est-ce qui va nous
permettre de faire… dans le futur, avec le projet de loi qui s'en vient, d'intégrer
à ce projet de loi… pour, justement, rendre compte de ces statistiques-là ou de
cette analyse-là faite par l'OQLF.
La Présidente (Mme
Vien) : Mme la ministre.
De Courcy :
Bien. Alors, bien, merci, d'abord, beaucoup du rappel, M. le député… Mme la Présidente. Merci beaucoup pour ce rappel de cette
analyse-là. On l'oublie, il y a tellement eu d'analyses, de chiffres, hein, qui
circulent. D'ailleurs, ça me permettra de
faire une parenthèse à cet égard. Dans les notes et dans les allocutions que
j'ai prononcées lors du projet de loi, j'ai souvent mentionné qu'il n'y a pas d'indicateurs
gouvernementaux reconnus, complets, sur lesquels les membres de l'Assemblée
nationale peuvent se reposer et dire : Voici les chiffres que nous
reconnaissons tous, et ce sera important, éventuellement, qu'on développe ce
type d'indicateurs.
Donc,
on agit, c'est sûr, pour que le français... Et on a le français à coeur, mais c'est...
On agit, mais c'est l'affaire de tous, et c'est l'objet de ce projet de loi là.
C'est que ce n'est plus que la responsabilité de l'Office québécois de la
langue française. Puis j'en profite pour
souligner son excellent travail, mais ça ne peut pas être que l'office qui soit
vigilant autour de la langue, il faut que nous le soyons tous. Et, entre
autres, il faut qu'on ait des moyens pour l'être, des moyens quand on est un
employeur, des moyens quand on est un employé et quand on est un citoyen. Ce n'est
pas étranger, d'ailleurs, à ce que votre
préambule portait sur comment on fait des plaintes, comment on doit réagir. On
aura peut-être l'occasion d'y revenir, mais, en effet, c'est important
que chacun, chacun, on puisse faire sa part.
rappelle que, l'étude à laquelle vous référez, il y a
seulement 57 % des francophones qui disaient réclamer le service en français lorsque cette offre dans la langue
officielle n'est pas spontanée. Je sais que ce n'est pas toujours facile d'insister, mais nous voulons que le
français demeure notre langue commune, puis il est important que chacun
fasse un petit effort. Et on me disait aussi que, dans ce type d'enquête là,
quand on questionne les gens, on a tendance à vouloir
répondre ce que l'intervieweur nous indique comme le sens de ce qu'on devrait
répondre. Alors, probablement que ce chiffre-là est probablement encore
plus faible que ce que l'on croyait.
il est clair qu'il faut que, d'abord, nous tous, nous soyons conscientisés. Et
moi qui ai participé à la stratégie commune
pour Montréal, j'ai fait
partie des premiers comités de travail avec une
contribution qui provenait du milieu
scolaire, tous et toutes, à ce moment-là, chambres de commerce de Montréal
réunies — il y avait du monde, du monde de partout, de tous les milieux — nous avions été sidérés, à l'époque, de constater, en
effet, une forme de résignation ou une forme
d'abandon de la part de nos concitoyens quant à une exigence… Une exigence, d'ailleurs,
qui peut être ferme, mais gentille, qui peut
être ferme et gentille. Et, très souvent, le commerçant ou bien l'entreprise
avec qui on fait affaire, qui reçoit cette demande-là, plus souvent qu'autrement,
va tout de suite vouloir donner ce service-là. Très souvent, il suffit de le
demander.
Présidente (Mme Vien) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Il vous reste un peu moins de six minutes.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : Six minutes. O.K.
Je vous amènerais maintenant, Mme la ministre, sur les étudiants… les services au centre-ville de Montréal surtout. Et on se
rend compte qu'au centre-ville de Montréal il y a quand même beaucoup d'universités
qui sont concentrées dans le milieu de Montréal, et on a souvent beaucoup d'étudiants
étrangers. Puis c'est tant mieux qu'il y en ait; plus on en a, mieux c'est. Je
pense, les étudiants qui viennent étudier ici, c'est le signe d'une qualité, on
a une bonne qualité d'enseignement au niveau des universités, contrairement à
ce qu'on peut laisser voir aujourd'hui. Mais les étudiants étrangers qui
viennent, ils travaillent beaucoup dans les services au centre-ville. Alors,
traditionnellement, les étudiants étrangers bénéficiaient seulement du droit de travailler sur le campus.
Cette situation a changé depuis quelques années parce que le
gouvernement fédéral leur a permis,
maintenant, permis aux étudiants étrangers de travailler hors campus, et, à ce
moment-là, on sait fort bien que c'est un grand bassin de main-d'oeuvre
au centre-ville de Montréal, et largement non francophone aussi.
Alors,
à ce moment-là, Mme la ministre, quelles sont les conséquences sur la langue du
service et sur la langue de travail de la
présence de ces nombreux étudiants dans les commerces au centre-ville de
Montréal? Et qu'est-ce qu'on pourrait faire pour améliorer leur français ou le
français de ces personnes-là qui viennent étudier au Québec, mais qui... Il
faut qu'ils travaillent au Québec aussi s'ils veulent payer une
partie de leurs
études. Alors, j'aimerais ça, avoir votre opinion là-dessus.
La Présidente (Mme
Vien) : Mme la ministre.
De Courcy : Oui.
En effet, Mme la Présidente, c'est plus de 20 000 étudiants qui peuvent,
dès lors, travailler, le plus souvent au
centre-ville de Montréal, et essentiellement dans le secteur des services. On
les retrouve dans les restaurants,
dans les dépanneurs, dans les boutiques de vêtements, dans les magasins, bon,
les librairies, les disquaires. Or, le plus souvent, ces étudiants
étrangers ne parlent pas français, alors qu'ils maîtrisent l'anglais, surtout s'ils
étudient dans les établissements d'enseignement anglophones. La conséquence est
évidente puis elle est palpable au centre-ville
de Montréal, en particulier dans le secteur compris entre les rues Atwater et
Saint-Laurent. Il est de plus en plus
difficile d'être accueilli et d'être servi en français, en outre parce qu'il s'agit
généralement d'entreprises ne comptant, au mieux, que quelques dizaines d'employés répartis sur plusieurs quarts
de travail et que la connaissance de l'anglais est bien souvent exigée
de tous les employés. L'anglais est la langue commune et elle devient, de
facto, la langue de travail.
Alors, il aurait été
souhaitable que les autorités fédérales tiennent compte de la dynamique
linguistique au centre-ville dans leur prise
de décision. Il aurait été, par exemple, tout à fait concevable d'assujettir l'obtention
du permis de travail pour les étudiants étrangers à l'obligation, pour
ceux-ci, de suivre des cours de français dans leur parcours académique… m'apparaît évident. Or, non seulement
le gouvernement fédéral n'a pas eu ce réflexe-là, mais il vient de
prépublier un projet de règlement où il annonce son intention que le permis de
travail soit automatiquement accordé à tous
les étudiants étrangers. J'ai l'intention de sensibiliser le ministre de l'Immigration
du Canada aux conséquences de ce type de décision, mais j'ai peu d'espoir,
là, qu'il modifie ses intentions. Mais on va tenter le coup quand même.
Dans
ce contexte, les renforcements proposés par le projet de loi au
chapitre de la
langue de service et de la langue de travail dans les entreprises de 26 à 49
employés prennent tout leur sens. Puis je souhaite également que les
universités agissent en bonnes citoyennes
corporatives et qu'elles incitent les étudiants étrangers non francophones à
entreprendre l'apprentissage du français et à prendre conscience qu'une bonne
partie de la clientèle des commerces du centre-ville est francophone et souhaite se faire servir en français. Ces
orientations devraient figurer dans leur politique linguistique au
niveau des universités.
Vous
verrez aussi qu'il y a eu des bourses qui sont données par l'Office québécois
de la langue française pour inciter... mais c'est
très peu de bourses par rapport à l'ampleur des personnes qui veulent se
prévaloir d'un travail au centre-ville et
qui ne parlent pas français. C'est clair, hein, qu'il y a une limite à la
capacité aussi de francisation, là, quand on est dans un petit milieu de
travail. C'est tout, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Vien) : Il reste
1 min 20 s.
Présidente (Mme Vien) : Sur le prochain bloc? Bien sûr, bien entendu. Alors, maintenant, à vous
la parole, cher collègue et député de
LaFontaine.
M. Tanguay : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Mme la Présidente,
quand une personne fait une plainte, formule
une plainte à l'Office québécois de la langue française, évidemment l'office s'en
saisit. Il y a par la suite — première
étape après la réception de la plainte — il y a enquête. L'enquête démontre s'il y a ou pas
infraction. S'il n'y a pas d'infraction, le
dossier s'arrête là. S'il y a infraction, il y a là, je crois comprendre de la
présidente-directrice générale de l'Office
de la langue française, des discussions qui s'entament avec la personne qui
serait fautive. Les discussions font en
sorte, par la suite, lorsque les correctifs ne sont pas mis de l'avant ou
appliqués, il y a une mise en demeure. Il y a une escalade qui est appliquée. Après ça, on envoie
une mise en demeure demandant à la personne formellement de respecter la
Charte de la langue française, lui donne un
délai aussi pour mettre en place les correctifs. Et, si la personne n'obtempère
pas, bien, ultimement, le dossier sera transféré au Directeur des poursuites
criminelles et pénales du Québec.
question à la ministre : Pourquoi veut-elle formellement enlever l'étape
de mise en demeure dans ce processus?
La Présidente (Mme
Vien) : Mme la ministre.
Mme De
Courcy : Sur cette question-là, je n'irai
pas de façon pointue, je pourrai y revenir lors de la commission parlementaire. Honnêtement, je n'ai pas l'intention d'aller
sur les détails, là, du projet de loi, bien que pour certains des participants à cette étude de crédits,
là, on puisse penser que ce n'est pas des détails, et ça n'en est
sûrement pas. Mais, dans le cadre de l'étude des crédits, honnêtement, je n'irai
pas dans le détail des mises en demeure, des mécaniques de l'OQLF et etc. Ça m'apparaît
vraiment, vraiment, et très franchement, éloigné.
j'ai des notes qui me parviennent en cours de rencontre, dans le cadre d'une
question que je pourrai répondre, j'y
reviendrai. Mais, à ce stade-ci, non, je ne répondrai pas à cette question-là,
qui m'apparaît trop éloignée.
Tanguay : Mme la
Présidente, je m'en remets à votre décision. J'ai devant moi — à vous de me dire si c'est
nécessaire — une jurisprudence
constante,
article 211 de notre règlement de l'Assemblée nationale, qui fait en
sorte que, «lors de l'étude des crédits
budgétaires, la règle de la pertinence doit être appliquée avec moins de
sévérité que lors de l'étude
détaillée de projets de loi. La jurisprudence indique qu'elle doit être
appliquée [de] façon très large.» Je continue à citer : «Ainsi, les
interventions des membres peuvent se rapporter à l'ensemble des activités d'un
ministère, pour autant que ces interventions aient un lien avec un élément de
programme.»
J'ai, devant moi, Mme
la Présidente, si vous le jugez nécessaire, de la jurisprudence à cet effet-là.
Que la ministre n'ait pas la réponse, c'est
une chose. Mais qu'elle ne veuille pas répondre à la question, qui a un impact
majeur sur notre ministère de la Justice, sur les travaux de l'Office de la
langue française, sur l'approche, justement, du Parti québécois en matière de langue française, qui est plutôt coercitive…
Alors, Mme la Présidente, je vous demanderais de demander à la ministre, même si elle n'a pas un chiffre précis… À ce
stade-ci, je ne lui demandais même pas de chiffre précis.
Puis peut-être que je l'aide, là. Ça fait quoi, trois minutes que je parle,
là... deux minutes, je l'aide, là. Alors, si
elle peut, sur un point de vue philosophique — et je pense que c'est nécessaire — me dire pourquoi ils veulent retirer formellement l'étape de mise en demeure lorsqu'il
y a une infraction de soulignée à l'Office de la langue française.
La Présidente (Mme
Vien) : Alors, effectivement, Mme la
ministre, dans le cadre des crédits... de l'étude...
Présidente (Mme Vien) : Pardon? Si vous permettez. Dans le
cadre de l'étude des crédits budgétaires, il
est de tradition, mais aussi découle d'une décision qu'effectivement les
discussions entre parlementaires se font dans un cadre beaucoup plus large. Je sais que vous le comprenez. Et tout le
monde comprendra également qu'il n'appartient pas à la présidence
également de juger de la qualité ou de la pertinence et de la question ou
encore de la réponse. Alors, j'invite chacun
et chacune des parlementaires autour de la table, ici, à faire preuve de
compréhension en regard du contexte dans
lequel on se trouve actuellement et dans le cadre des discussions dans lequel
on se trouve aussi. Donc, il s'agit d'étude de crédits budgétaires. Moi,
depuis 10 ans que je suis ici, effectivement, ça se fait toujours dans un cadre
beaucoup, beaucoup plus large.
M. le député de
Sainte-Marie—Saint-Jacques, vous avez une
question.
Breton : Bien,
en fait, Mme la Présidente, en vertu de l'article 81, peut-être que la réponse
ne fait pas l'affaire du député de LaFontaine,
mais c'est son droit…
Présidente (Mme Vien) : A contrario, monsieur, peut-être que la question ne fait pas l'affaire
aussi de certains parlementaires. Alors, je
vous invite à poursuivre, s'il vous plaît.
M. Tanguay : Alors, même question, Mme la ministre.
De Courcy :
Bien, je vais vous faire la même réponse que je vous ai faite parce que
probablement que vous ne m'avez pas entendue
correctement ou que je me suis mal exprimée. Mais ce que je vous ai dit, c'est
que j'ai eu un commentaire sur le fait que je trouvais que votre question était
très éloignée. Je vous ai aussi dit qu'en cours de commission, aussitôt que j'aurais potentiellement la réponse, je vous la
donnerais. Je ne l'ai pas maintenant, vous l'aurez plus tard. Soyez
patient.
dans ce contexte-là, je voudrais vraiment, M. le député, Mme la Présidente, qu'on
ait la sagesse de la présidence. C'est-à-dire
que nous sommes dans des conditions où nous ne sommes pas en commission
parlementaire pour étude
article par
article. Vous êtes un juriste renommé, très bien. Mais, à cet égard-là, prenons
la mesure de l'étude des crédits. On est
sur des orientations de fond, on est sur ce que nous allons faire au secrétariat
à la langue, on est aussi sur ce que nous allons faire dans le cadre du
projet de loi, et vous ne m'avez pas vue hésiter une seule seconde de parler du
projet de loi. Maintenant, quand on est dans
des conditions très, très précises, je demande, à cet égard-là, qu'on puisse
prendre le temps nécessaire, et, non,
trois minutes, ce n'est pas suffisant. Et, si jamais, à la commission, le temps
ne me permettait pas d'aller dans des questions très pointues, au moment
où je le signifierai, ça me fera plaisir de donner la réponse à l'ensemble des parlementaires. J'ai trop de
respect pour le travail parlementaire pour ne pas être totalement
disponible à l'étude des crédits, évidemment.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci beaucoup, Mme la
ministre. M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Alors,
Mme la Présidente, je vais aider la ministre dans sa compréhension du projet de
loi qu'elle a déposé le 5 décembre dernier.
Mme De
Courcy : J'aimerais beaucoup...
Excusez-moi, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Vien) : Je vous en prie, Mme la
ministre.
De Courcy : Je
pense qu'il faut d'emblée, comme parlementaire… que, lorsqu'une ministre a
déposé un projet
de loi, que, de façon évidente, elle en a une bonne compréhension. Qu'on
veuille avoir des précisions, je conviens. Mais, la compréhension, je
trouve ça un peu trop fort, un peu trop fort. Je vous invite à avoir un bon
ton, M. le député de LaFontaine.
La Présidente (Mme
Vien) : Dans ces circonstances, je
vous invite à vous adresser à la présidence. Alors, M. le député de LaFontaine,
allez-y.
Tanguay : Mme la
Présidente, je comprends qu'il y a des questions importantes qui sont posées à
la ministre, mais le ton a toujours été très
bon. Mais les réponses doivent être données à la population. On parle d'un
équilibre fragile. Lucien Bouchard lui-même nous disait que la langue française — l'ancien premier ministre — ce dossier était un dossier délicat qui demandait du doigté,
un équilibre. Nous soumettons respectueusement que le projet de loi n° 14
est un pavé dans la mare.
Je suis heureux d'apprendre de la bouche même,
Mme la Présidente, de la ministre qu'elle a — et je la cite — une très bonne compréhension du projet de loi que j'ai
déposé. Fin de la citation. Je lui réfère à l'amendement à l'article 177 — je
peux lui donner l'article de la loi, du projet de loi, Mme la Présidente — l'article
52 de son projet de loi qui vient, sur une
base philosophique — et je veux juste l'entendre
sur cette base philosophique là — retirer formellement l'étape de mise en demeure d'un contrevenant
par l'Office de la langue française.
Et, si elle le veut, je peux lui référer au
rapport de la présidente-directrice générale de l'Office de la langue française, qui se
targuait, à raison, de dire que «98 % des dossiers de plainte traités par
l'office se sont réglés sans renvoi au Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec». Fin de la citation. C'est
la page 16, Mme la Présidente, du rapport annuel 2011‑2012 de l'Office
de la langue française. Et ça a toujours été l'approche raisonnée, raisonnable,
respectueuse de l'office, puis c'est un
autre exemple, Mme la Présidente, que le projet de loi n° 14 vient donner
un dur coup. Alors, sur un point de vue philosophique — je ne lui demande pas de chiffres, elle connaît très
bien son projet de loi — pourquoi
retirer l'étape, formellement, de mise en demeure?
Présidente (Mme Vien) : Mme la
ministre.
Mme De Courcy : Alors là, j'ai eu le temps nécessaire
qu'on puisse vérifier auprès de Mme Marchand, et
non pas sur les articles. Je ne nommerai pas
les articles, là, on n'est pas à cette étape-ci. Alors, ce que notre P.D.G.
nous indique, c'est que l'OQLF est le seul organisme qui a ce genre d'obligation
là et qu'abolir l'étape de la mise en demeure va simplifier de beaucoup le
travail de l'OQLF, qui pourra agir plus vite. Alors, on dit que la contrainte d'une
telle étape ne se retrouve pas dans d'autres
lois, puis cette obligation-là peut créer des délais inutiles dans les cas où
il paraît plus évident qu'il n'y aura pas de correction utile à la
situation.
Une mise en demeure suppose de donner un délai pour
inciter le contrevenant à corriger la situation. Et, à cet égard-là, j'indique que la philosophie de l'Office
québécois de la langue française m'apparaît tout à fait opportune, tout
à fait intéressante. C'est-à-dire qu'il y a
toujours beaucoup, beaucoup d'accompagnement puis il y a aussi un certain
nombre de mesures coercitives qui peuvent
arriver, et il y a vraiment un très bon équilibre, autant dans ce qui est prévu
par la loi que dans la direction
actuelle. Elle a pour résultante, donc, que l'OQLF est obligé de retourner
faire une inspection pour pouvoir faire une mise à jour de la situation
et permettre la prise d'une poursuite pénale, ce qui alourdit les coûts d'inspection, entre autres. Entre autres, je pense
que ça sera important pour tous de le voir. Sans cette mesure, l'OQLF
sera mieux placé pour exercer sa discrétion, de voir l'opportunité de donner un
avertissement ou de donner une chance de
plus au contrevenant de s'amender. À cet égard-là, on pourra poursuivre le
débat en commission parlementaire, là,
s'il s'avère utile, et voir aussi des... J'espère qu'on recevra des gens qui
vont nous expliquer comment ça a été intéressant d'être accompagné, mais
que, dans certains cas aussi, là, il fallait qu'il y ait aussi d'autres
mesures. Je suis certaine qu'on aura ce type de témoignage. Merci, Mme la
Présidente.
Présidente (Mme Vien) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Alors, un peu moins de 10 minutes dans ce bloc, M.
le député.
Tanguay : Merci, Mme la Présidente.
Clairement, il nous apparaît qu'il s'agit là d'une judiciarisation des dossiers
des plaintes qui résultent de... à l'Office de la langue française. J'aimerais
utiliser, Mme la Présidente, une analogie — et j'en suis au niveau philosophique pour le bénéfice de
Mme la ministre — il y a un programme de traitement non
judiciaire de certaines infractions criminelles commises par des adultes — et
c'est l'analogie que j'utiliserais — où là il est dit, entre autres... — et c'est son collègue ministre de la Justice qui en
est le garant, de l'application de cette politique-là
auprès de la Direction des poursuites criminelles et pénales — qui
fait en sorte, afin de ne pas engorger les
tribunaux ni restreindre indûment le temps qu'ils peuvent consacrer à la
répression des crimes graves... Il y a là une déjudiciarisation politique, dont
tout le monde verra les bénéfices, où, pour certains crimes, la lettre d'avertissement
peut être envoyée, une mise en demeure
également pourra être envoyée, et on précise même dans cette politique :
L'envoi d'une mise en demeure permet de s'assurer
dans chaque cas particulier que le contrevenant fait fi des accusations,
alors, qui seraient portées et qu'il en soit
donc mis au courant. «La mise en demeure est une lettre que le Procureur aux
poursuites criminelles et pénales envoie au contrevenant pour lui rappeler qu'il
avait une obligation légale à remplir, que les délais pour ce faire sont
expirés et que, s'il ne s'exécute pas rapidement, une dénonciation sera
déposée.»
Alors,
Mme la Présidente, à la ministre, encore une fois au niveau philosophique, en
quoi ce qui serait bon pour des actes
criminels de moindre importance commis, des infractions criminelles commises
par des adultes permettraient une
déjudiciarisation, mais qu'en matière de langue il y aurait nécessité,
contrairement à ce qu'on fait dans ce cas-là, dans l'analogie, d'envoyer
une mise en demeure, bien on retire l'étape de mise en demeure et on va, tout
simplement, judiciariser?
Présidente (Mme Vien) : Mme la
ministre.
Mme De Courcy : Deux choses, mais le débat n'est
certainement pas clos. La première, c'est que je pense que tous les Québécois
et les Québécoises cherchent à ce que nous ayons une bureaucratie plus légère
et que tout ce qui fait en sorte qu'on multiplie les étapes, multiplie
les coûts, ça inquiète l'ensemble de nos concitoyens.
Deuxièmement, malgré tout le respect et l'estime
que j'ai pour l'expérience que nous avons réunie autour de la table en commission
parlementaire, au sein du Parlement, vous comprendrez que l'Office québécois de
la langue française, qui a une expérience très longue en matière de
respect de la loi et des approches très variées… en font pour moi un
interlocuteur extrêmement important en termes de recommandation.
Cependant,
comme je l'ai mentionné en point de presse plus tôt et depuis le début du
projet de loi, je crois profondément dans les processus parlementaires. La
commission parlementaire va nous permettre aisément de pouvoir mesurer nos inquiétudes en termes de judiciarisation ou non.
Mais, à ce stade-ci, je vous dirais que le point de vue de l'OQLF m'apparaît
à tenir en compte très fortement, en n'excluant pas le vôtre, bien entendu, et
en l'analysant en commission parlementaire.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci, Mme la Présidente. M.
le député de LaFontaine.
M. Tanguay :