Culture and Education — 20 March 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-03-20
Quebec — Committees
(Onze
heures trente-quatre minutes)
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte. Je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
mandat de la commission est de poursuivre les auditions publiques dans le cadre
de la consultation générale sur le projet de loi n° 14, Loi
modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de
la personne et d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente.
Mme Charbonneau (Mille-Îles) sera remplacée par Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger) et M. Sklavounos (Laurier-Dorion), par M. Kelley
(Jacques-Cartier).
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci. Pour ce
qui est de l'ordre du jour, cet avant-midi, nous entendrons l'Association
régionale des West Quebecers et Syndicalistes et progressistes pour un Québec
libre. Cet après-midi, nous poursuivrons
avec M. Steven Théberge, M. Charles Campbell, Mme Chantal Fortin et la
commission scolaire Central Québec.
Sans
plus tarder, nous allons commencer nos échanges. Nous avons une première
personne qui est M. Noel Gates. M. Gates, je
vous invite à vous présenter, à présenter votre association. Vous aurez
10 minutes pour faire votre exposé, par la suite suivra une période d'échange
avec les membres de la commission. M. Gates, vous avez la parole.
M. Gates
(Noel) : Merci, Mme la Présidente.
Est-ce que tout le monde m'entend? I
will say just a few words by way of introduction, to begin with. I am the
president of the Regional Association of West Quebecers, which is an organization centered on the city of Gatineau
which concerns itself with the interests and concerns of the English-speaking
population of the region known as the Outaouais.
Maintenant, en tenant compte que les
membres de la commission auront eu l'occasion de prendre connaissance du mémoire que notre association lui a
présenté, je vais faire quelques commentaires en français et ensuite je serai
disponible pour les questions.
Nous
avons donc dit quelque chose relativement au passé de cette région. Je ne veux
pas prendre beaucoup de temps pour en parler, mais il est utile… Étant
donné que d'autres qui m'ont précédé ont parlé des associations
historiques de, par exemple, la région des
Cantons-de-l'Est, on peut parler également, dans le contexte de notre région,
des personnes qui ont contribué largement à la création et l'épanouissement
des villes et des villages des cantons qui constituent aujourd'hui la région de l'Outaouais. Sans même parler, par exemple, de
Philemon Wright, dont le nom est très connu, il y en a d'autres qui sont
peut-être un peu moins bien connus qui ont contribué à la création de villes
comme Shawville, et Campbell's Bay, et
Wakefield, et Chelsea, et d'autres qui sont là aujourd'hui, qui sont, en
quelques instances, florissantes et, dans d'autres, qui malheureusement
ont subi un déclin économique.
Maintenant, Mme la
Présidente, je vais parler de notre mémoire, qui se divise en cinq parties.
Nous
avons parlé d'abord des modifications qu'on propose pour la charte des libertés
et des droits de la personne. Là, franchement,
nous avons été étonnés par cette initiative d'apporter de nouveaux éléments
dans la charte des droits de la personne et
qui semblent franchement… — je pense que je n'emploie pas un
langage excessif — qui semblent être de nature à la
déformer, parce qu'au lieu de servir comme protection des droits énumérés dans
la charte du citoyen cela devient plutôt un
instrument pour faire la promotion du français. La promotion du français, c'est
une chose; la protection des droits de l'individu, ça, c'est autre
chose, et je pense que les deux choses ne devraient pas être mélangées. Ça, c'est
au moins... Ce n'est pas seulement mon point de vue personnel, c'est notre
point de vue comme association.
cela doit être considéré en même temps avec les pouvoirs élargis qui sont
accordés au ministre responsable de la mise en oeuvre de la Charte de la langue
française. Et, si le bill 14 est adopté, de la Charte de la langue
française, telle que modifiée par ce
même bill, il nous semble que, le ministre, on accorde au ministre des pouvoirs
extraordinaires. Le ministre devient le dépositaire de nombreux pouvoirs
qui font du ministre le centre de la politique linguistique, avec la
possibilité d'apporter toutes sortes de modifications à cette politique. Et, si
vous tenez en compte les modifications qui seraient apportées à la charte des
droits de la personne, vous aurez la possibilité que les droits — la protection contre la discrimination, par exemple — dans la charte des droits de la personne pourraient presque
disparaître. Et en tout
cas on se demande jusqu'à quel point les pouvoirs du ministre de formuler des
politiques, de prendre de nouvelles initiatives en matière de langue et
de linguistique au Québec... en quelle mesure cela se ferait avec des
consultations, à
notre avis complètement nécessaires, avant d'apporter une nouvelle législation dans le domaine
de la langue.
Nous
parlons ensuite de la diminution des pouvoirs des municipalités. Et là je ne
parle pas tout simplement de ces pouvoirs qui sont accordés à nombre de
municipalités au Québec qui ont le droit de fonctionner en anglais en
même temps qu'elles fonctionnent en
français. Là, nous voyons que ce ne sont pas seulement ces municipalités qui trouvent
que le droit de fonctionner dans les deux
langues serait menacé, mais aussi nous trouvons que l'ensemble des
municipalités du Québec se trouveraient
obligées... Si vous lisez attentivement les dispositions du bill 14, elles se
trouveraient obligées d'établir des
politiques linguistiques, et, là encore, on se demande avec quelle sorte de
consultation avec les concitoyens dont elles sont responsables, dont ces
municipalités sont responsables.
nous n'avons pas parlé ici de la question de l'exemption accordée aux parents
militaires, la possibilité pour les militaires
francophones d'envoyer leurs enfants aux écoles d'expression anglaise tant qu'ils
résident au Québec. Il me semble que d'autres
avant moi et d'autres qui vont venir ici après moi ont suffisamment parlé de
cette question, et nous sommes entièrement d'accord avec eux dans notre
opposition à la proposition de terminer cette exemption.
Finalement, nous avons
parlé des compétences en français exigées des élèves au niveau scolaire et au
niveau collégial. Et là nous sommes très
conscients du fait qu'on parle non seulement des élèves anglophones, on parle
aussi des élèves francophones, mais
ce qui nous intéresse particulièrement, c'est les compétences qui seraient
exigées des élèves anglophones, et là
il nous semble que le bill 14 parle du niveau de compétence dans des termes qui
sont assez flous et qui ne laissent
pas prévoir ce qui serait exigé de ces mêmes élèves. Et, étant donné que les
systèmes scolaires d'expression anglaise s'occupent beaucoup de l'instruction
en français, que les parents aujourd'hui insistent sur la possibilité d'apprendre
le français et sont très enthousiastes pour l'immersion française, on se
demande vraiment pourquoi il est nécessaire d'ajouter cette
partie au bill 14.
Effectivement,
Mme la Présidente, cela résume le contenu essentiel de notre mémoire, et tout
ce qu'il reste de dire à ce sujet, c'est que nous jugeons que ce bill ne contribuera presque
rien à la préservation du français mais qu'il va nuire aux droits des
anglophones qui existent à l'heure actuelle. Et c'est ainsi que nous avons
exprimé notre...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Merci, M. Gates. Malheureusement, votre temps est écoulé. Nous allons débuter les échanges, et je reconnais
maintenant Mme la ministre responsable de la Charte de la langue française. Mme
la ministre, la parole est à vous.
De Courcy :
Merci, Mme la Présidente. M. le président, merci d'être venu participer à cette commission parlementaire et merci de l'effort que vous
avez fait de vous exprimer en français dans le cadre de cette commission, je l'apprécie tout personnellement. Et votre
français est impeccable, monsieur. Alors, vraiment, je suis très contente
que vous ayez eu cette délicatesse, vraiment.
Maintenant,
j'ai lu avec attention, je vous ai entendu aussi et j'aurai une première
clarification ou une précision, qui ne viendra peut-être pas vous influencer dans
votre opinion mais vous permettra peut-être de mettre en perspective ce
que vous craignez comme pouvoirs associés à le ou la ministre, tel que prévu
dans le projet de loi.
D'abord, sachez que,
sous différents gouvernements, ces mêmes pouvoirs ont été octroyés à plusieurs,
mais vraiment plusieurs ministères, au-delà d'une douzaine, voire 14 — je n'avais pas le chiffre avec moi. Alors donc, il ne
s'agit pas là de pouvoirs exceptionnels dus au sujet qui nous occupe dans cette
loi-là, mais il s'agit de pouvoirs qui normalement sont associés au ministère.
Puis ça aurait permis d'ailleurs de faire un certain type de choses au moment où nous aurions dû les faire, des questionnements
concernant le déroulement de rencontres au conseil de... à la Caisse de dépôt, la Caisse de dépôt, certaines autres
discussions qui pourraient avoir lieu et qui sont en dehors de l'Office
québécois de la langue française, qui a une
mission, un mandat de vigie par rapport à la loi et d'application. Alors,
voilà, ça encercle… ça vous met en
perspective les pouvoirs, donc, qui sont octroyés dans le projet de loi si l'Assemblée
nationale l'accepte comme tel.
La deuxième
préoccupation que j'ai vient de ma tournée régionale dans votre région, dans la
Gatineau, où j'ai eu vraiment... J'ai trouvé
extrêmement passionnante cette tournée-là, qui m'a permis de voir, bien, d'abord
une grande ville frontalière avec une
autre province — dans certains cas, on dira «un
pays» — donc une zone frontalière, et
aussi, je dirais, la volonté très ferme de
la ville de Gatineau de préserver, de préserver le français dans un contexte
extrêmement difficile, où les transferts
linguistiques sont très importants vers la communauté anglophone, et documenté
par différents chercheurs. On
identifie différentes sections, au moins deux points chauds au Québec autour de
ça : il y a Gatineau et, bien sûr, il y a très certainement
Montréal, on y fait évidemment tout de suite allusion.
Alors,
dans ce contexte, et tout en comprenant très bien l'importance d'une
association comme la vôtre qui vise la
protection du droit des personnes d'expression anglaise, comment conjuguer le
mémoire que vous présentez avec, inévitablement, ce qui apparaît très clair
dans les chiffres, documenté, de transferts linguistiques aussi importants? Comment faire pour que cette insécurité des
personnes d'expression française, des francophones de la Gatineau et ce
que vous semblez identifier comme étant les craintes des personnes anglophones,
pourtant dans un contexte de transferts linguistiques importants… Comment
marier les deux, marier les deux?
En fait, la question,
c'est : Le projet de loi n° 14 vise à nécessairement rendre un
peu plus étanches, là, ces transferts-là.
Vous dites que le projet de loi n° 14 n'est pas celui que vous
souhaiteriez. Admettons que ce n'est pas ça. Que feriez-vous, que feriez-vous pour calmer la crainte des personnes
francophones dans le contexte que je viens de vous décrire?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. Gates.
M. Gates (Noel) : Je vous remercie, Mme la ministre, de
votre interprétation. Et, pour prendre vos questions en série, je dirais d'abord :
Relativement aux pouvoirs du ministre, il me semble que ce que j'ai déjà
dit — c'est aussi dans notre mémoire — cela
se tient toujours, parce qu'effectivement c'est le ministre qui est responsable
de l'administration de la Charte de la langue française qui est le centre de formation de
politiques et qui est responsable, en fin de compte, des inspections qu'on va faire pour assurer que la
charte soit mise en vigueur, et donc il me semble que les préoccupations
que nous inspirent ces fonctions du ministre
dépassent de loin les pouvoirs qui sont déjà accordés aux autres ministres
qui ont certaines responsabilités en relation avec le bill 14.
En ce qui concerne
votre visite à la ville de Gatineau, on parle, bien sûr, des transferts,
comment dire, de la population francophone à
la population anglophone, mais le fait demeure — et c'est déjà cité dans notre mémoire — que la population anglophone de l'ensemble de cette
région, dans l'ensemble, c'est stable, et le nombre de personnes qui
parlent le français, pour qui le français
est la première langue officielle parlée, cela dépasse les 80 %. Et donc
il me semble que la région de
Gatineau, même si c'est envisagé du point de vue du gouvernement du Québec
comme une ville frontalière, c'est
une région qui demeure francophone. Et je veux vous dire en passant que nous n'avons
aucun désir de voir la langue anglaise comme langue dominante, parce que
nous acceptons que le français est la langue dominante de la région, comme c'est
la langue dominante de l'ensemble du Québec.
que nous remarquons, c'est qu'il y a des déplacements à l'intérieur de notre
population régionale, c'est-à-dire qu'il y a
un influx de nouveaux résidents qui sont venus de l'Ontario ou peut-être d'autres
parties du Canada. Et cela peut donner l'impression
qu'à un moment donné c'est le français qui perd du terrain, mais il me semble
qu'on devrait faire la part des choses et dire que, dans une population
mobile comme c'est, la population du Canada tout entier, cette mobilité va persister, et on aura certainement des
fluctuations dans la proportion de gens qui parlent l'une des deux
langues et la proportion dans la population
qui parlent l'autre. C'est-à-dire, je me demande franchement si les craintes qu'on
exprime toujours dans notre région ne
tiennent pas peut-être, on peut dire, je dirais, d'une petite couleur d'excès,
parce qu'après tout la Charte de la langue française existe toujours
telle quelle, même si ce bill 14 n'était pas adopté, et ce sont des enfants sortis de familles d'expression française
qui sont obligés de fréquenter l'école d'expression francophone. Il me semble que l'outillage est déjà existant pour
assurer non seulement la survie, mais la vigueur de la langue française
dans notre région. Et, si les anglophones
expriment des inquiétudes, c'est parce que chaque fois qu'on parle de la
question de langue non seulement chez nous, mais aussi ailleurs au
Québec, c'est toujours que la langue anglaise est envisagée comme une menace,
une menace qui doit, dans la mesure du possible, s'assujettir à de fortes
contraintes, et nous nous demandons si c'est la façon constructive de voir les
choses.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci,
M. Gates. Mme la ministre.
Mme De
Courcy : Deux éléments pendant que
nous discutons, une rapide information, et je vais la valider davantage et vous ferai part, et aux membres de la
commission et à votre association… Il y a 28 lois concernées par
des pouvoirs similaires à ce qui est proposé
dans le projet de loi n° 14. Alors, pour s'assurer d'avoir des
données objectives qui vont nous
permettre de pouvoir mesurer l'ampleur, bien ça va me faire très plaisir de
transmettre à l'ensemble des membres de la commission et à votre
association les éléments comparatifs et relatifs à cela.
Maintenant,
vous savez, des fois les commissions parlementaires offrent de beaux hasards,
de beaux hasards. Vous avez abondamment parlé de la question de la Gatineau, vous venez de ce
secteur. Vous vous interrogez sur les inquiétudes mutuelles. Pas très
loin de vous, il y a un éminent chercheur qui est ici parmi nous, qui s'appelle
Charles Castonguay, et qui a fait des recherches très importantes autour des
transferts linguistiques au Québec et dans la région…
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Juste un
instant, Mme la ministre. Oui?
Gates (Noel) :
Mme la Présidente, je m'excuse, je ne sais pas ce qui arrive, mais je n'entends
plus la ministre.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : D'accord, on va vérifier. Pouvez-vous vous rapprocher du micro, Mme la ministre?
Mme De
Courcy : Oui, je suis très près.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Est-ce que ça
va comme ça? Est-ce que vous nous entendez, M. Gates?
M. Gates
(Noel) : Maintenant, je vous entends
très bien, madame.
Mme De
Courcy : Bon, bien, très bien. Est-ce
que vous m'entendez?
De Courcy :
Bien. Alors, je vais vous répéter… Mais on ne tiendra pas compte du temps,
évidemment, là, de... Ce n'est pas de ma faute
s'il y a un problème technique, là.
Alors
donc, ce que je vous disais, c'est qu'autour des pouvoirs ministériels qui vous
préoccupent, pendant que nous discutions, une
note me parvenait en disant qu'il y a 28 lois concernées pas par
nécessairement mon ministère mais qui touchent des pouvoirs ministériels. Alors, pour le bénéfice des
membres de la commission, parce que ça revientsouvent, cette question-là de pouvoirs supposément qui seraient
différents, accordés dans cette loi-ci, par rapport à d'autres ministères, alors je déposerai, là, dans les
semaines qui viennent, là, ou dans les jours qui viennent, quelque chose
qui va nous permettre de relativiser les
choses et de bien se comprendre autour de ces questions-là. Et je ferai la même
chose, j'enverrai l'information à votre association, et je le ferai pour toutes
les associations qui auront des doutes de ce type.
Deuxièmement,
ce que je vous disais, c'est qu'une commission parlementaire, par moments,
offre de beaux hasards, et il y en a un
aujourd'hui. Vous venez de la région de la Gatineau; il y a un éminent
chercheur qui vient de votre région aussi et
qui a fait des choses très intéressantes autour des transferts linguistiques.
Il est tout près de vous, il est derrière vous. Il s'appelle Charles Castonguay et il va être dans les prochains
interlocuteurs qui vont venir nous voir. Alors, je vous invite, dans la pause que nous ferons, à au moins
le rencontrer, et vous pourrez discuter sans doute à un autre moment de transferts linguistiques, qui me préoccupent
beaucoup et qui préoccupent la communauté francophone de votre région.
Voilà ce que j'avais à
vous dire, M. le président. Et merci de votre participation.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, Mme la ministre. M. Gates, nous allons aller
maintenant du côté du gouvernement, et je reconnais madame... De l'opposition, je m'excuse.
Du côté de l'opposition officielle, je reconnais maintenant la députée
de Pontiac, mais je dois demander le consentement. Est-ce qu'il y a
consentement pour que Mme la députée de Pontiac puisse intervenir? Oui.
Parfait. Allez-y, Mme la députée, la parole est à vous.
L'Écuyer :
Brièvement. Merci, Mme la Présidente. M. Gates, je tiens à vous remercier et à
vous féliciter que quelqu'un de 90 ans
soit encore en amour avec la langue française, que vous avez si bien démontré.
Je veux juste parler
un peu du transfert linguistique. Dans mon comté, qui est le comté de
Pontiac — je vais parler de celui-ci parce que c'est ce que je
connais le plus — nous avons, depuis les 10
dernières années, une augmentation de 10 000 à 14 000 de population qui
nous arrive de l'Ontario. Le transfert linguistique ne se fait pas en anglais,
le transfert linguistique se fait en
français. Je pense que nous sommes rendus à la quatrième ou cinquième école
primaire francophone et aucune école
primaire anglophone, la perte de clientèle est dans les écoles anglophones
actuellement. Et je parle de mon comté. Je pense qu'on a un transfert
linguistique... Les parents qui nous arrivent sont des parents anglophones mais qui sont bilingues. Et je maintiens ce que
disait M. Gates, nous avons beaucoup de personnes qui sont bilingues à
cause de la mixité. Les parents, la mère est anglophone, le père est
francophone… ou le conjoint est anglophone, la conjointe est anglophone. Et ça,
c'est un phénomène qui va se poursuivre. Mes écoles anglophones, même dans la
partie rurale du comté, il y a une école anglophone qui reçoit presque l'ensemble
des étudiants, et c'est une école où il y a
une immersion francophone, et les classes sont pleines. Et ça, je tenais à
faire connaître ça, parce que c'est un gros apport. Et nous continuons à
construire des écoles, là, de façon systématique nous sommes en demande — et d'agrandissement — dans des secteurs
très anglophones, pour des écoles francophones.
L'autre…
C'est vrai qu'on a eu des excès, vous en parliez. Il y a souvent des organismes
qui défendent la langue française qui des fois pèchent par excès et vont
mêler dans leurs démarches l'ensemble de la population, qui ne
représente pas tout à fait ce qu'est notre population. Je vais donner un
exemple : on a eu, une année, 20 000 plaintes de l'Office de la
langue française qui émanaient d'un seul organisme, là, qui avait fait le tour
avec des écrits anglophones sur des produits,
et ils avaient compté le nombre de magasins qui vendaient ces produits-là puis
ils les avaient multipliés. Mais ce n'est
pas ça, la population bilingue d'Aylmer et francophone. Je voulais juste
corriger cet état de fait. Merci, M. Gates.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. Gates.
Gates (Noel) :
Oui. Tout ce que je voudrais ajouter à ce que Mme L'Écuyer a déjà présenté
à la commission, c'est que c'est exactement le fait que j'ai déjà souligné, qu'il y a
différents mouvements à l'intérieur d'une population, dans n'importe
quelle population de n'importe quelle région du pays. Et, dans la nôtre, comme
j'ai dit, dans les années... peut-être l'an 2000, il y a eu un influx de
population à Gatineau qui... Je ne pense pas qu'on ait fait une analyse pour déterminer à quelle sous-région de la région ils
se sont installés, mais c'est probable qu'ils ont ajouté un élément
anglophone à la population de la ville de Gatineau dont… qui n'est probablement
pas très au courant de la langue française. Mais ça, c'est un aspect de la situation dans la ville de Gatineau. Et, comme
j'ai insisté, la proportion des gens dans toute la région qui est d'expression française est demeurée stable
et dans les environs de 80 %, et, pour la ville de Gatineau, le
chiffre n'est pas très différent.
Donc,
il me semble que, même s'il y a des fluctuations presque inévitables dans la
proportion des gens qui parlent une langue et dans la proportion qui parlent l'autre,
cela ne signifie pas la disparition ou même l'affaiblissement du
français, d'autant plus — et vous m'excuserez
si j'insiste — d'autant plus que
vous avez l'outillage en place pour assurer que les enfants des familles d'expression
française continuent de fréquenter l'école française. Et vous avez également ce
que Mme L'Écuyer a très bien souligné, c'est-à-dire la volonté qu'on retrouve
ces jours-ci chez les parents des enfants d'expression anglaise de faire
enseigner le français à leurs enfants et de le faire enseigner de façon
efficace.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. Gates. M. le député de LaFontaine. Vous avez
la parole, M. le député.
M. Tanguay : Oui, merci beaucoup, Mme la Présidente. D'abord et avant
tout, M. Gates, merci beaucoup pour votre
présence ici aujourd'hui. Merci d'avoir pris le temps de rédiger... Et il y a
sûrement d'autres personnes également de l'association, j'en suis
convaincu, qui vous ont aidé à mettre par écrit votre réflexion, qui est très
importante parce qu'il
s'agit, on le sait tous, dans le domaine linguistique, d'un dossier qui est
excessivement important, excessivement délicat, et que ça prend en tout
de la mesure, ça prend une bonne mesure. Et, à travers votre témoignage, je
dirais, j'utiliserais cette expression, à travers votre témoignage... Vous
m'entendez bien?
Tanguay : Oui. À
travers votre témoignage, vous venez, je pense, d'une part, réaffirmer le fait
que,l'épanouissement
du français, nous en sommes tous, l'épanouissement du français est un élément
important qui doit avoir des
réalisations tangibles. Par contre, la façon de faire, la façon d'atteindre cet
objectif-là, et le gouvernement qui martèle depuis son élection, dans ce dossier comme dans d'autres dossiers, hein,
entre autres au niveau budgétaire, que les résultats priment sur les moyens, bien on se rend compte qu'en
matière linguistique en particulier les moyens sont excessivement importants, et ce n'est pas vrai que leur choix
demeure anodin. Il y a différentes façons par lesquelles on peut
a d'abord, effectivement, des modifications législatives, modifications à la
loi, mais elles sont loin d'être les seules, il est loin d'être le seul
moyen. Il y a une réglementation qui peut être adoptée, il y a des politiques
gouvernementales, il y a des programmes gouvernementaux auxquels on doit
accorder, évidemment, si on ne coupe pas trop, suffisamment de fonds. Alors, il
y a tout un éventail de mesures.
Dans
un dossier… Et j'entendais un peu plus tôt la ministre qui mettait un peu de
côté votre point au niveau de ce que l'on appelait la police politique linguistique
ou les enquêteurs qui relèveraient directement de la ministre, la
ministre nous dire : Dans ce dossier-là
comme dans 28 autres, on peut faire copier-coller et on peut accorder ces
pouvoirs-là à la ministre, mais ce n'est pas parce qu'un bon remède… qu'il
fera bien à un cheval on peut l'administrer à un enfant. Ça prend de la
proportion, de la mesure. Ce n'est parce qu'un outil existe par ailleurs dans d'autres
législations qu'on peut nécessairement et que l'on est de facto justifié de l'utiliser
en matière linguistique.
Alors,
cette mesure, cette approche raisonnable et, je vous dirais, réfléchie quant à
ses effets tangibles, je pense, vous en êtes, et également c'est là où en sont les
membres de l'opposition officielle. On pourrait... Et je vous fais grâce
des statistiques — que vous connaissez
très, très bien — des avancées en
matière de langue d'enseignement, tant pour les anglophones que pour les allophones. Et la députée de Pontiac vient de
parler d'un transfert linguistique de manière très éloquente. Alors, il faut avoir une mesure qui ne
viendrait pas utiliser des statistiques à des fins, je vous dirais,
alarmistes pour justifier un remède de cheval — c'est une expression qu'on comprend tous bien — qui ne serait pas du tout de bon aloi, pas du tout
justifié. Nous participons.
il y a plusieurs approches, je vous dirais, qui ne sont pas justifiées,
également les pouvoirs élargis de la ministre,
je viens d'en parler, pouvoir de nommer des enquêteurs, de nommer des
enquêteurs, de mener des enquêtes. Et, à cette question-là, la ministre nous a
répondu, durant les crédits : Bien, vous savez, il n'y aura pas d'abus, de
un; et, de deux, vous savez, je n'ai pas de budget, pour l'instant, pour
engager des enquêteurs. Alors, ça, j'en suis également, nous en sommes
également. C'est loin de nous rassurer.
La diminution
également et, je vous dirais, la modification qui ferait en sorte d'éliminer le
statut bilingue de certaines municipalités,
vous en faites grand état à juste cause dans votre mémoire, tout comme la
lourdeur, la paperasserie administrative
sur des entreprises de taille relativement restreinte, 26-49 employés.
Aujourd'hui, ce sont encore des PME, et, en ce sens-là, il y a lieu d'avoir une approche qui n'est pas
exclusivement coercitive. La loi contient déjà des pénalités et des obligations, mais la loi a un équilibre, la loi a
su vieillir et maturer de façon à atteindre les objectifs qui sont l'épanouissementdu français tout en conservant cet
équilibre-là, et là on pense que la dose, le concentré de coercition du projet
de loi n° 14, comme vous l'exprimez bien, ne se justifie pas.
Autre
exemple, et il y en a plusieurs… Et, vous savez, tous ces exemples-là s'additionnent,
et, si on enlevait ces exemples-là en disant :
O.K., d'accord, on a compris, on le met de côté, il ne resterait presque rien
dans le projet de loi n° 14. On parle, entre autres, des enfants des
militaires canadiens.
Alors, en ce sens-là,
moi, je tenais à vous saluer et à vous remercier pour votre apport. Et merci d'avoir
été ici présent aujourd'hui.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. le député de LaFontaine. Malheureusement, M. Gates, il restait à peine quelques secondes. Donc, nous
allons aller du côté du deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de
Montarville, vous avez la parole.
Roy (Montarville) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Pourrais-je savoir pour une durée de combien de temps?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Trois minutes.
Roy (Montarville) : Merci beaucoup. Je vous salue, gens du gouvernement, premier groupe d'opposition, collègues. M. Gates, merci. Merci pour votre
apport, merci de vous être déplacé.
Tout
comme vous, nous avons des préoccupations, entre autres en ce qui a trait aux
municipalités qui pourraient perdre leur
statut bilingue. Nous nous opposons à cette mesure.
Dites-moi,
chez vous, vous craignez... Vous écrivez : Nous craignons des conséquences
importantes pour notre région de l'application du projet de loi n° 14. Pourriez-vous
me dire, si jamais la loi était adoptée telle qu'elle estactuellement et que les municipalités chez vous qui
ont un statut bilingue le perdaient… Que se passerait-il, selon vous?
M. Gates (Noel) : Vous avez déjà eu une indication,
madame. La mairesse d'une de ces municipalités a dit qu'elle craint, par
exemple, pour l'avenir d'un projet, un projet très intéressant, surtout ces
jours-ci où l'on se préoccupe beaucoup de la population aînée. On parle de la possibilité d'établir un hospice. Je
pense qu'elle parle d'un hébergement pour les gens qui sont à la fin de leurs jours, n'est-ce pas, et c'est
une chose qui devient de plus en plus nécessaire. Je pense que nous en
avons, à l'heure actuelle, un seul dans la région de l'Outaouais. Elle disait
qu'il est possible que, selon la législation proposée, et surtout si le statut
bilingue était enlevé… qu'il ne serait pas possible d'établir un tel hospice et
de le faire fonctionner dans les deux langues. Alors, je pense que ce n'est
certainement pas les jours de la dernière vieillesse qui constituent le
meilleur théâtre pour établir les politiques de langue.
Ça, c'est un seul exemple, mais je vous le
cite parce que j'ai vu que la mairesse de cette municipalité l'a déjà évoqué, et je pense que d'autres exemples pourraient très
facilement survenir où les municipalités perdraient la possibilité de faire
fonctionner leurs institutions d'une façon satisfaisante pour tous les
concitoyens. C'est cela qu'on craint. Et j'abonde entièrement dans le sens des
paroles du commissaire fédéral aux langues officielles quand il a dit...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. Gates.
Gates (Noel) : Je m'excuse.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Je suis désolée. Je reconnais
maintenant Mme la députée de Gouin. Vous avez
la parole pour un temps de trois minutes également.
David : Oui, merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Gates. Je voudrais vous dire que j'ai beau être une défenseure de la langue française et, je ne m'en
cacherai pas, une souverainiste, je m'opposerais férocement à ce que,
dans des résidences pour personnes âgées anglophones, elles ne puissent pas
recevoir des services dans leur langue. Mais honnêtement je ne pense vraiment
pas que c'est l'objectif du projet de loi qui est sur la table.
J'aimerais vous entendre peut-être encore un
peu davantage sur la question des municipalités qui ont un statut de ville bilingue. Je pense que je peux comprendre le
problème vécu ou ressenti par des gens appartenant à la minorité anglophone et qui parfois depuis de très
nombreuses années, depuis des siècles même habitent dans des
municipalités, ont été habitués à être
servis en anglais, et là se disent : Si on perd le statut de ville bilingue,
on n'aura plus de services en anglais.
Je pense que je peux comprendre ça. Mais comment alors est-ce qu'on résout le
problème? Si on continue dans la situation
actuelle, on pourrait se retrouver avec des municipalités qui auraient, disons,
10 % d'anglophones et un statut de municipalité bilingue parce que c'est une sorte de droit acquis et d'autres
qui verraient le nombre d'anglophones augmenter dans la municipalité, qui auraient, mettons, 25 % ou 30 % d'anglophones,
et qui n'auraient pas ce statut de ville bilingue parce qu'ils ne l'ont
jamais eu et qu'ils ne peuvent pas le demander. Comment on résout ça?
Gates (Noel) : Bien, je me demande,
moi, madame, avec tout le respect que je vous dois : Est-ce que c'est vraiment la bonne façon d'envisager les choses?
Vous parlez… La citation, par exemple, que j'allais faire des paroles du
commissaire fédéral aux langues officielles,
que je ne pouvais compléter, faute de temps, il a dit précisément que
ces, comment dire, exercices de statistique
ne sont pas exactement la façon de résoudre les problèmes d'ordre social.
Vous avez des municipalités qui ont tissé des liens. Pas nécessairement des
liens parfaits, mais quelle est la municipalité qui a des liens sociaux parfaits? Ils ont tissé des liens entre les gens de
différentes expressions. Maintenant, faut-il déranger ce tissu en
imposant une interdiction d'employer une langue ou l'autre dans le domaine des
services? Franchement, je pense que non, madame. Et j'apprécie, en passant, vos
bonnes paroles relativement aux aînés.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, M. Gates, merci
beaucoup. Malheureusement, c'est tout le temps
que nous disposions.
je demanderais aux Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre de
prendre place. Nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension
de la séance à 12 h 18)
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Bonjour, messieurs. Dans un premier
temps, je vais inviter votre porte-parole à se présenter et à présenter les membres
qui l'accompagnent. Vous avez un temps maximum de 10 minutes pour
faire votre exposé, suivront les échanges avec les parlementaires. La parole
est à vous.
Laviolette (Marc) : Merci, Mme la
Présidente. Mon nom est Marc Laviolette, je suis président du club politique Syndicalistes et progressistes pour un
Québec libre. Je suis accompagné de Pierre Dubuc, qui est le secrétaire
du même club politique; M. Charles Castonguay, qui est membre du conseil d'administration.
Alors, Mme la
ministre, messieurs dames les parlementaires, on est bien contents de
participer au débat sur le projet de loi n° 14. Mais peut-être, avant que
je vous résume notre mémoire, je voulais juste parler brièvement qui nous sommes, le SPQ
libre. D'ailleurs, l'article 2 de notre manifeste est très clair :
«Le français, langue officielle du Québec, doit devenir la langue commune dans toutes les sphères de la vie
sociale, plus particulièrement dans les milieux de travail.»
Le club politique
Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre a été créé le
23 février 2004. On est une organisation indépendante qui a ses propres
orientations, ses propres statuts et règlements, et on est incorporé en vertu de la troisième
partie de la Loi des
compagnies comme organisme sans but lucratif. Nos objectifs sont de
former et développer un courant de progressisme et de syndicalisme qui est
organisé sur la scène politique québécoise et plus particulièrement au sein du Parti québécois. On travaille avec le Parti
québécois à soumettre et à appuyer des mesures progressistes dans les
instances du parti et puis on supporte aussi nos membres pour qu'ils occupent
des fonctions à l'intérieur du parti puis qu'ils
puissent se présenter. Et c'est dirigé par... On est 400 membres. On a un
conseil d'administrationqui dirige
le club dont je suis le président — moi-même, je suis vice-président de la Fédération de l'industrie manufacturière de la
CSN — et le vice-président, c'est Sylvain
Martin, qui est le directeur québécois des TCA; Pierre Dubuc; Gabriel Ste-Marie,
enseignant et économiste qui est membre de la commission politique du Parti
québécois. Et on a des conseillers comme
Hélène Guay, qui est une retraitée de la FTQ; Robert Dean, qui est ancien
ministre dans le gouvernement René Lévesque;
Charles Castonguay; Michel Parent, qui est le président des cols bleus de
Montréal, du syndicat; Sylvain Charron, qui est membre de l'exécutif du
Syndicat des débardeurs du port de Montréal; Alain Dion, qui est enseignant,
qui est président du PQ Rimouski; Louis-Philippe Sauvé, qui est étudiant,
membre du comité des jeunes du Bloc; et Kim Comeau, qui est étudiant, qui est
membre de l'exécutif du PQ Vaudreuil. Ça constitue un peu notre organisation.
D'entrée de jeu, je
voudrais saluer le projet de loi n° 14, qui, dans son préambule, introduit
une notion qui est fondamentale pour la
préservation du français, c'est-à-dire, et je cite : «Elle prend acte qu'une
langue commune constitue un puissant vecteur de cohésion sociale dans
une société diversifiée, propre à assurer le développement de celle-ci et à
maintenir des relations harmonieuses entre toutes ses composantes.» Je pense
que c'est fondamental.
rejoint d'ailleurs la commission Gendron qui avait analysé l'état des droits
linguistiques et l'état du français au Québec
en 1968-1972, où il disait : Une langue commune, c'est une langue que tous
connaissent et sont capables d'utiliser, de
telle sorte qu'elle puisse servir naturellement, sur le territoire du Québec,
de moyen de communication entre Québécois
de toutes langues et de toutes origines. Le mot le dit, «commun». «Langue
commune» pas au sens ordinaire du terme mais au sens social du terme.
Ça, c'est dans le préambule. Et une loi, c'est comme toute
chose, on voit ça dans le monde du travail : Ce qui est clair ne s'interprète
pas. Ça fait que ça s'applique. Et on pense que ce concept-là de langue commune
qui est dans le préambule devrait
traverser l'ensemble de la loi, parce que c'est plus fort qu'une langue
normalement utilisée, qu'une langue usuelle, qu'une langue
prépondérante. Et on pense qu'à travers l'article 1, en commençant, on
devrait dire que la langue commune au Québec, c'est le français. À l'article 2,
la même chose, rajouter la langue commune. À l'article 3, pour ce qui est du gouvernement puis des organisations
de son administration, «langue normale et habituelle», ça devrait être
le français, langue commune; la même chose pour les organismes municipaux et la
même chose dans la Charte des droits, l'article 56.
pour bien comprendre, à l'article 45, pour ce qui est du français, langue
de travail, «langue commune», ce que ça veut dire pour les petites entreprises, ce que ça
voudrait dire… Allons-y par l'inverse. Un milieu de travail qui est...
où de façon majoritaire il y a des
anglophones, est-ce que ça voudrait dire qu'on doit obliger les anglophones à
parler français dans le milieu de
travail? Absolument pas. «Langue commune», ce que ça veut dire, c'est que les
francophones qu'il y a dans le lieu de travail ont le droit de
travailler en français. Et, si on leur donne des directives, on s'adresse à eux
ou si on les forme, bien, je veux dire, c'est
en français que ça se fait, mais les... Et donc «langue commune» couvre
vraiment le plus grand dénominateur de l'ensemble des groupes dans la
société.
fait que, donc, une bonne
partie de notre mémoire porte sur français, langue
commune. L'autre
partie porte sur les maillons
manquants. Si on veut renforcer le français, il y a des choses qui défont le
français, qui font qu'on recule présentement, particulièrement à Montréal. C'est
tout l'affichage commercial qui, selon nous, devrait être en français. Ce n'est
pas dans le projet de loi.
charte ne s'applique pas au collégial non plus, et ce qui fait qu'on échappe du
réseau francophone des écoles secondaires à peu près 3 500 étudiants par
année. Dans une carrière, ça fait au-dessus de 100 000 étudiants qui vont
être à un moment où ils vont vraiment, là,
décider qu'est-ce qu'ils vont faire dans la vie, soit au niveau technique ou à
l'université, et que le français, langue
commune, dans ces institutions anglophones là, ça n'existe pas, c'est l'anglais
qui est... Donc, ça, on pense que c'est une absence qui est déplorable.
puis on devrait aussi mettre fin aux nominations partisanes à la présidence de
l'office québécois et le Conseil supérieur de
la langue française, parce que ça doit être vraiment une prérogative qui
dépasse l'esprit partisan que la protection du français comme langue commune au
Québec.
fait qu'en gros notre mémoire porte là-dessus. Et, bien entendu, la situation
politique a évolué au cours de cette commission, on a entendu toutes sortes d'affaires.
Si vous voulez nous poser des questions sur les municipalités bilingues
ou sur l'armée, là, gênez-vous pas, on a des
idées là-dessus. Elles ne sont pas marquées dans notre texte parce que,
quand on l'a écrit, c'était avant que les audiences publiques commencent.
Ça fait qu'en gros c'est
ça. Je ne sais pas, Charles, si...
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Oui, M.
Castonguay.
Castonguay (Charles) : Bien, juste… En ce qui concerne les municipalités à statut bilingue,
les chiffres sont quand même massifs, quoi qu'en dise le Commissaire aux langues
officielles du gouvernement canadien. On sait que le gouvernement
canadien veut faire en sorte qu'on ne parle plus d'assimilation linguistique,
ça n'existe plus. Ça existait au moment de la commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le
biculturalisme au Canada, dans les années 60, et ça existe encore
en ce qui concerne les francophones hors Québec, on parle de l'anglicisation,
on parle des taux d'assimilation. Le commissaire préférerait qu'on n'en parle
pas, Statistique Canada fait des pieds et des mains pour rendre la chose
confuse.
Mais juste… J'aimerais
présenter une couple de chiffres sur la dynamique des langues sur le territoire
des municipalités à statut bilingue. Sur l'île
de Montréal, par exemple, 21 % des jeunes adultes de langue maternelle
française, dans ces 12 municipalités à
statut bilingue de l'île de Montréal, déclarent parler anglais comme langue d'usage
à la maison, comme langue parlée le
plus souvent à la maison. On appelle ça…
En milieu sociologique, ce sont des anglicisés, un taux d'anglicisation de
21 % sur l'île de Montréal, dans les municipalités à statut bilingue. En
contrepartie, le taux de francisation des
anglophones est de 1 %, alors vous voyez où le... qui profite et qui perd
au jeu de l'assimilation linguistique au foyer. Pour les allophones, dans ces 12 municipalités là, 32 %
choisissent de s'angliciser, comparativement à 7 % qui choisissent
de se franciser.
pense que ces municipalités ont un grand besoin d'arrêter une politique, d'élaborer
une politique linguistique sur leur territoire visant à faire du français la
langue commune des citoyens, des concitoyens sur l'île. De toute
évidence, le français a grandement besoin de valorisation.
Dans l'Outaouais où j'habite,
la situation est comparable. Il y a 21 municipalités à statut bilingue.
14 % des jeunes adultes francophones s'anglicisent, à l'heure actuelle,
selon le recensement de 2011, comparativement à 2 % d'anglophones qui se francisent. Les francophones
qui ne connaissent pas l'anglais, il n'y en a que 10 % chez les
jeunes adultes; les anglophones qui ne
connaissent pas le français, d'après les données de recensement, ils sont
51 % chez les jeunes adultes. Ces jeunes adultes sont tous passés
par le régime scolaire de la loi 22, de la loi 101, d'accord, ce sont
les 25 à 44 ans. La loi 101, ça
remonte maintenant à 35 ans. Ils ont à peu près tous commencé leur
scolarisation à l'époque des lois contraignantes en ce qui concerne l'école.
Dans les
18 municipalités à statut bilingue dans la
partie rurale de l'Outaouais, à
l'extérieur de la région métropolitaine de
Gatineau, le taux d'anglicisation des francophones est de 27 %. En
contrepartie, le taux de francisation des
anglophones est de 1 %, c'est semblable à ce qu'il y a sur le West Island. Et, dans le
Pontiac, dans la
partie rurale, où il y a 15 municipalités à statut bilingue,
33 % des jeunes adultes francophones déclarent avoir adopté l'anglais
comme langue courante à la maison, comme langue habituelle, normale,
principale; 0,7 % des anglophones ont fait l'inverse. 2 % des
francophones, des jeunes adultes, déclarent ne pas connaître l'anglais;
63 % des jeunes adultes anglophones du Pontiac rural déclarent ne pas
connaître le français.
Alors,
il y a un déséquilibre massif. On se dirait en Ontario. Qu'il s'agisse du West
Island ou de West Québec, on ne voit des
chiffres comme ça nulle part ailleurs au Québec et uniquement en Ontario. Il s'adonne
que c'est là où les municipalités à statut bilingue sont particulièrement concentrées.
Alors,
il y a un problème, et la raison d'être même de municipalités à statut bilingue
est à repenser. Est-ce que ça ne devrait pas être comme n'importe quelle autre
municipalité? Les écoles pour la minorité de langue anglaise, d'accord,
les services de santé, les services sociaux,
etc., mais peut-être qu'on devrait avoir un régime unique municipal au
Québec et faire en sorte que les concitoyens
de ces municipalités-là s'entendent pour converser entre eux. Quand ils sont de
langues différentes, «langue commune», ça
touche les conversations, les échanges entre personnes de langues différentes.
Entre francophones et anglophones, donc, ça devrait se passer en français,
entre francophones et allophones, et même entre anglophones et allophones.
N'oublions pas qu'à
peu près la moitié des allophones à l'heure actuelle au Québec sont ce qu'on
appelle des francotropes. Originaires de pays comme le Maghreb, l'Afrique
francophone, le Liban, des pays arabes, du Moyen-Orient, le Vietnam, Haïti, etc., ils sont plus portés vers le français
que vers l'anglais. Et il faudrait bien que les anglophones s'habituent
à l'idée que nos allophones, de par notre politique de sélection des immigrants
en place depuis 1978, ne sont plus les
allophones qui étaient ici avant et qu'ils ont, eux aussi, le besoin d'avoir
leur droit d'utiliser le français réalisé dans le vécu, dans le
quotidien.
Alors,
voilà. Le français, langue commune, je crois que c'est un bel objectif. C'est
emballant, c'est généreux, c'est une ouverture
aux autres. C'est un dénominateur commun, c'est un ciment de cohésion sociale,
comme c'est dit mais de façon pas tout à
fait assez directe et claire dans le préambule du projet de
loi n° 14, et je pense que ça pourrait être mieux dit aussi,
mieux exprimé dans la modification que vous proposez, dans ce projet de loi, à
la charte des droits de la personne du Québec, mais c'est vraiment emballant,
et j'en suis notamment... Enfin, je suis un anglophone francisé, pour tout vous
avouer, et je m'en porte assez bien, merci.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. Castonguay. Je veux juste préciser que je vous
ai laissé continuer. Avec l'accord de la
ministre, le temps a été amputé du côté du gouvernement. Mme la ministre, la
parole est à vous.
De Courcy :
Merci, Mme la Présidente. Alors, bien, merci, messieurs, d'être venus présenter
ce mémoire, qui est un mémoire non complaisant, qui est critique à l'égard du projet de
loi mais qui le fait évoluer, qui le fait évoluer et qui nous permet de voir qu'il y a des précisions, là, que vous apportez
qui m'apparaissent très pertinentes, très
pertinentes.
Maintenant, vous vous êtes attardés sur un
certain nombre de choses, mais je ne veux pas prendre pour acquis ce que je
pourrais prendre pour acquis, à savoir : Puisque vous n'avez pas commenté
certaines parties du projet de loi, est-ce que je peux conclure ou
induire que vous n'avez pas de problème majeur avec l'ensemble des dispositions
autres qui ont été mises de l'avant, par exemple les dispositions qui
concernent les entreprises de 26 à 49 employés, qui devront faire une évaluation de
leur situation linguistique et prendre les mesures de francisation nécessaires,
s'il y a lieu, bien sûr, bien sûr en accompagnement assez serré des
comités sectoriels de main-d'œuvre, parce qu'on comprend qu'elles ne pourraient
pas le faire, là, ces petites entreprises, seules? Alors, est-ce que je peux
présumer que vous êtes d'accord avec ces dispositions, principalement
celles-ci?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, Mme la ministre. Monsieur...
Laviolette (Marc) : Oui, je vais
répondre.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Allez-y, M. Laviolette.
M. Laviolette (Marc) : Oui, tout à fait, parce qu'il n'y a rien qui tombe du ciel, hein? Les mesures volontaires, là, à ce
que je sache, le français, c'était la langue officielle jusqu'à maintenant, c'était
supposé de s'appliquer à tout le monde, mais, s'il y a un endroit où il
y a du travail à faire, c'est dans les milieux de travail.
Et puis, dans les grandes entreprises, on le
fait avec les comités d'entreprise. J'ai vu que vous avez annoncé hier qu'il y avait eu une petite coquille ou erreur, là,
parce qu'on parlait de les enlever. Mais, pour les petites entreprises, le seul commentaire qu'on a, c'est sur la langue
commune, là, tu sais, parce qu'elles n'ont pas... mais sur ce qui est
suggéré c'est excellent. Mais les
entreprises entre 50 et 100 ne sont pas couvertes dans le projet de loi, et je
pense qu'elles auraient la taille
pour avoir un comité d'entreprise, parce qu'à la Fédération de l'industrie
manufacturière on a beaucoup de syndicats, donc, qui sont dans des entreprises de 50 à 100, et c'est un outil, je
pense, qui ne serait pas trop lourd pour les moyennes entreprises. Mais,
les comités sectoriels pour les petites entreprises, je suis moi-même
coprésident d'un comité sectoriel de l'industrie
des produits chimiques et je pense qu'il y a là tout ce qu'il faut pour
supporter les petites entreprises dans leurs accomplissements, là, pour
être capables de franciser leur entreprise. Pierre.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Oui, M. Dubuc, vous voulez rajouter?
Dubuc (Pierre) : Oui. Sur les autres
aspects du projet de loi, on est tout oreilles, parce qu'on apprend, évidemment, on suit aussi très attentivement les
débats. Donc, il y a peut-être d'autres volets auxquels on n'a pas été
éveillés dans un premier temps, et on va
suivre. Donc, on réserve notre opinion là-dessus. Mais, de façon générale,
nous, ce qu'on veut en insistant sur le français, langue commune, ce qu'on
veut dire, c'est que, même si, dans des petites entreprises de 26 et 50, on introduit le français au travail,
si, le travailleur, quand il sort de l'entreprise, tout l'affichage est
bilingue, s'il s'adresse à l'administration
publique et on lui répond en anglais, s'il va dans des commerces et on lui
répond en anglais, bien je pense qu'à ce moment-là les efforts qu'on va
faire dans l'entreprise ne seront pas suffisants. Donc, on essaie de voir. Il faudrait que... C'est pour ça qu'on pense
que la clé, c'est la question du français, langue commune. Et on l'a vu
depuis le jugement de la Cour suprême en 1988. La Cour suprême, quand elle a
invalidé les dispositions de la loi 101 sur l'affichage, a introduit un nouveau concept qui était celui de la nette
prépondérance du français, qui veut dire, finalement, le bilinguisme institutionnel, qui veut dire deux
langues communes, et je pense qu'il faut bannir ce concept-là et il faut
revenir au concept initial qui était du français, langue commune et l'appliquer
dans toutes les sphères de la vie sociale.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci.
Mme De Courcy : Une sous-question. Assez rapidement,
parce que mes collègues veulent vous poser d'autres questions.
Lors
d'une présentation précédente, le président du Conseil du patronat nous a parlé
rapidement des comités sectoriels de main-d'oeuvre
et, à cet égard-là, il disait qu'ils étaient d'inégale efficacité. Bon, ma
perception, je voudrais la valider auprès de vous, M. Laviolette, qui
avez une vaste expérience des comités sectoriels de main-d'œuvre. Est-ce que...
Et je crois que ça a transcendé les gouvernements, qu'ils soient du Parti
québécois ou du Parti libéral. Je crois sincèrement que les comités sectoriels
de main-d'oeuvre sont un instrument d'État qui regroupe des entreprises et des syndicats dans une formule absolument gagnante
pour le développement économique québécois et que, si ces comités sectoriels là de main-d'oeuvre appuient les
entreprises de 26 à 49, ça va dans le sens de la protection économique de
ces entreprises-là dans l'exercice de
francisation, s'il y avait lieu qu'il y ait des impacts économiques pour elles.
J'ai donc une très grande confiance dans les comités sectoriels de
main-d'œuvre. Je vous demande de me dire si j'ai tort ou raison.
Laviolette (Marc) : Absolument pas,
vous avez tout à fait…
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. Laviolette.
Laviolette (Marc) : Oups! Excusez.
Vous avez tout à fait raison...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
C'est juste pour les fins d'enregistrement, M. Laviolette, je suis désolée.
Allez-y.
Laviolette (Marc) : Pardon?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
C'est juste pour les fins d'enregistrement. Comme vous êtes plusieurs
intervenants, je dois nommer la personne qui a la parole.
Laviolette (Marc) : O.K., c'est bien. Vous avez tout à fait raison. Bon, un des gros
avantages de ces comités-là, c'est que le Québec contrôle le développement de
la formation de sa main-d'oeuvre, et ça se fait de façon paritaire avec
les syndicats et les organisations patronales. Et, à la Fédération de l'industrie
manufacturière, à la CSN, nous autres, on regroupe
les syndicats de la métallurgie puis du papier puis on est dans… le nombre
exact, là, je ne me rappelle pas, mais dans
beaucoup, beaucoup de comités sectoriels de main-d'oeuvre, puis je n'ai pas
entendu de critique négative du tout sur leurs actions. C'est sûr que ce n'est pas parfait, mais c'est pour ça qu'il
y a une table puis un conseil d'administration, puis on tente d'améliorer les choses, mais ils font un
excellent travail. Et ça, ça transcende les gouvernements, comme vous
avez dit. Je veux dire, autant sous l'autre
gouvernement ou le Parti québécois… Ça
n'a rien à voir, là, je pense. Ces
politiques-là sont excellentes, et moi, je
trouve que c'est naturel que... Parce que, quand tu fais de la formation de la
main-d'oeuvre, bien, si tu t'assures qu'elle se fait en français, il me
semble qu'on contribue à franciser les lieux de travail, il va de soi.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Oui. Bien, vous
avez environ une minute.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : O.K. Moi, ça
serait juste une demande que je voudrais faire.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Parfait. M. le
député de Saint-Hyacinthe.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Oui, merci, Mme la Présidente. J'aurais une demande à
faire à M. Castonguay. Tout à l'heure, il a mentionné un rapport statistique ou des chiffres,
là, sur les transferts linguistiques. Est-ce que ce serait possible de déposer au profit de la commission,
des membres de la commission ces données-là? Et ce serait intéressant de
les avoir pour qu'on puisse en prendre connaissance, tout le monde, parce qu'il
semblait y avoir contradiction entre ce que la députée de Pontiac a mentionné
et ce que vous, vous mentionnez.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. Castonguay.
Castonguay (Charles) : Oui. Bien, le document est public, mais ça provient essentiellement du recensement de 2011, les chiffres que je vous ai cités en
direct, là. Je n'ai pas travaillé sur les chiffres d'une façon ou d'une autre.
Si j'ai bien compris
la députée de Pontiac, elle parlait de transferts linguistiques d'une école à l'autre
ou la formation d'écoles françaises et de...
Ça aussi, on parle de ça, mais ce que j'ai reconnu là, c'est le même réflexe qu'on
trouve à l'extérieur du Québec, c'est-à-dire
l'immersion en français à la petite école, mais ensuite les vraies affaires se
passent en anglais, en Ontario, à Vancouver,
etc., et c'est peut-être... Il y a beaucoup d'anglophones au Québec qui sont en
immersion, d'enfants anglophones qui sont en
immersion partout, pas juste dans l'Outaouais, sur le West… dans l'île de
Montréal. Il y en a énormément, et cependant les anglophones au cégep
français se font très rares.
Alors,
on ne parle pas de la même chose, là. Moi, je parle des comportements
linguistiques des individus au foyer, dans l'intimité du foyer, et Mme la députée de
Pontiac, je crois, traitait des transferts scolaires, de changement d'école,
d'enfants anglophones qui vont à l'école française, des choses comme ça. C'est
une autre paire de manches.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Malheureusement, c'est tout le temps que nous
avions pour le côté du gouvernement. Je vais maintenant du côté de l'opposition
officielle. M. le député de LaFontaine, vous avez la parole.
M. Tanguay : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, merci beaucoup d'abord
et avant tout à vous, les représentants du SPQ libre, d'avoir pris le temps de
rédiger un mémoire, bien évidemment, et de participer à l'analyse du projet de
loi n° 14.
D'abord,
vous me permettrez peut-être une question au président. M. Laviolette, j'aimerais
juste savoir un peu le statut du SPQ libre. Vous dites que vous êtes un organisme indépendant,
une organisation indépendante constituée en vertu de la troisième
partie
de la
Loi sur les compagnies comme organisme sans but lucratif, donc vous êtes
un organisme indépendant, mais, d'un autre
côté, votre action est beaucoup, beaucoup centrée sur le Parti québécois.
Alors, je voudrais juste comprendre votre existence au sein du Parti
québécois et quelle existence avez-vous au sein du parti. Je pense que ce
serait bon que vous nous éclairiez là-dessus.
M. Laviolette
(Marc) : On n'a pas...
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Oui, allez-y,
M. Laviolette.
M. Laviolette (Marc) : Mme la Présidente, je vais finir par
apprendre. Les clubs politiques comme formule
au sein du Parti québécois n'existent plus,
O.K., et parce que le congrès de 2005 au Parti québécois avait développé,
pour développer les débats à l'interne, à l'intérieur du parti, qu'on pouvait
créer en son sein des clubs politiques, et ils devaient être reconnus par le parti, il y avait
certaines conditions, et puis on a été le seul qui s'est créé, les
syndicalistes. Donc, le parti a mis fin à ça à son dernier congrès.
Donc, on n'existe pas comme entité, club
politique au sein du PQ, mais on est autonomes, on a un fonctionnement, on a
nos assemblées, puis nos militants, bien, ils militent au sein du Parti
québécois. Comme moi, par exemple, je suis président de l'association de
comté du Parti québécois de Beauharnois, puis on est présents à l'intérieur du
parti, mais on est regroupés au sein du club politique.
M. Tanguay : Et dernière question là-dessus, parce
que j'ai d'autres questions, évidemment, sur le fond du projet de loi n° 14. Donc, si je comprends bien,
vous existez toujours, même s'il n'y a pas de reconnaissance, il n'y a plus de reconnaissance formelle du Parti québécois, mais
on constate que, sur vos objectifs — puis, encore une fois, c'est la dernière question à ce chapitre-là — sur vos objectifs, M. Laviolette, qui sont de l'ordre
de quatre, les quatre sont axés sur une action
exclusivement, là, au sein du Parti québécois. On parle d'adopter des mesures,
de nommer des candidats, d'avoir des représentants
sur les postes électifs et de faire adopter par le Parti québécois des… ce que vous
appelez des résolutions progressistes,
et voilà. Alors, si je comprends bien — dernière
question là-dessus — votre action est quand même...
vos quatre objectifs sont exclusivement, tels que listés, là, au sein du Parti
québécois, là.
Laviolette (Marc) : Oui. On est
partisans à ce compte-là, oui, tout à fait.
Tanguay : Actifs. O.K. Bien, je vous
remercie beaucoup.
On a parlé un peu plus tôt, avant que vous ne
veniez devant nous, des enquêteurs que la ministre désirerait pouvoir se nommer. Je
vous réfère — évidemment, vous l'avez lu — à l'article 3 du projet de
loi n° 14, il y a là une demande de
la ministre, en quelque sorte, faite à l'Assemblée nationale, si d'aventure l'Assemblée
nationale adoptait le projet de loi n° 14,
qui lui permettrait de nommer des enquêteurs. Et je cite l'article, le deuxième
paragraphe de l'article 1.3 : «Il peut enquêter lui-même — on parle du
ministre — ou donner par écrit à toute personne
compétente l'autorisation d'enquêter, à sa
place, sur toute affaire se rattachant à ses fonctions.» Et en ce sens-là on
lit, troisième paragraphe du projet de loi n° 14 :
«Le ministre — ici, la ministre — ou la personne qu'il délègue a, dans ce cas, pour les
fins de cette enquête, tous les pouvoirs mentionnés aux articles 9, 10 et 11
de la
Loi sur les commissions d'enquête, sauf celui d'imposer une peine d'emprisonnement.» Alors, la
Loi sur les
commissions d'enquête, comme on sait, elle existe, c'est un remède qui peut
être utilisé à l'occasion, et on peut voir, entre autres, que la commission
Charbonneau a été constituée en vertu de la
Loi sur les commissions d'enquête.
Vous,
j'aimerais savoir, là, la position du SPQ libre. Est-ce que vous êtes en faveur
de ce, en quelque sorte... Il y a deux choses, hein, vous m'avez compris. Je
vais les verbaliser pour que ce soit encore plus clair. Il y a, de un, évidemment le double emploi avec les pouvoirs que
l'Office québécois de la langue française a déjà en matière d'enquête, il nomme, l'office, des enquêteurs sous ce même
chapitre, et là il y aurait en quelque sorte un dédoublement, et les
objectifs ou les matières en lesquels ces
enquêteurs ou sur lesquels ces enquêteurs-là pourraient agir sont extrêmement
vagues. Et je voudrais... Pas vagues,
pardon, ce n'est pas le mot juste. Tellement larges, c'est le mot juste, autrement dit sur tout aspect de la Charte de langue française. Alors, double
emploi, de un; de deux, également des pouvoirs qui sont extraordinaires.
Dans un dossier où on parle d'avoir du
doigté, un dossier délicat où on parle d'avoir un équilibre, est-ce que vous, SPQ libre, vous
êtes d'accord avec la ministre sous ce
chapitre de nommer directement par la
ministre des enquêteurs?
M. Laviolette (Marc) : Tout à fait. Je veux dire, quand il s'agit
de l'avenir de notre nation et des pressions
que notre langue subit, moi, je n'ai pas aucun problème avec ces éléments-là de
la loi, absolument pas. Je n'ai pas trouvé ça
abusif. Je trouve que c'est se donner les moyens pour savoir exactement où on s'en
va et corriger les situations qui ont à être corrigées, voilà.
Tanguay : Et dernière question sous
cet aspect-là. J'ai eu l'occasion de le verbaliser déjà, puis ça, c'est une
opinion personnelle, mais j'aimerais entendre la vôtre. La ministre justifiait
les enquêteurs en disant entre autres : Il n'y aura pas d'abus, de un; et,
de deux, je n'ai pas... À l'étude des crédits, elle avait affirmé : Je n'ai
pas de budget de prévu pour l'instant pour nommer des enquêteurs, alors ne vous
inquiétez pas. Est-ce que vous vous réconciliez, vous, avec ces deux
justifications-là?
Laviolette (Marc) : J'espère que
les... Oh oui, c'est vrai, il faut que j'attende le go, O.K.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Oui, M. Laviolette.
M. Laviolette (Marc) : Oui. Écoutez, je veux dire, les
enquêteurs n'ont pas le droit de faire des abus. S'il y a des abus, j'espère qu'ils
vont être sanctionnés, là, tu sais. Et ce n'est pas parce que tu nommes des
enquêteurs qu'automatiquement il va y avoir des abus. Moi, je n'ai
pas... Le dernier abus que j'ai vu — puis je pense qu'il
a été remis à l'ordre assez rapidement par la ministre — c'est toute l'histoire des «pastagate», là, et je pense
que... Moi, j'ai trouvé que ça avait été fait correctement.
Ça fait que moi, je n'ai pas de problème avec ça.
Ce n'est pas parce qu'il y a des enquêteurs qu'il y a automatiquementdes abus, surtout face à la langue commune des
Québécois qu'est le français, qui, je tiens à le répéter, recule présentement.
Elle recule, tu sais, ça fait qu'il ne faut pas perdre ça de vue.
Pour ce qui est des budgets, bien je pense qu'on va attendre
d'adopter la loi. Quand la loi sera adoptée, je
veux dire, si on trouve que les budgets ne
sont pas suffisants, la ministre sait très bien qu'elle va nous entendre, tu
sais. Ça fait que moi, je n'ai pas de problème. Je ne parlerai pas des
budgets avant que la loi soit adoptée.
M. Tanguay : Donc, je pense que la ministre a pris bonne note de votre
conclusion.
Vous
avez dit, puis j'aimerais ça que vous expliquiez davantage… Puis je vous
paraphrase, là, puis corrigez-moi si j'ai tort. Vous avez dit, il y a une minute :
Je ne crois pas qu'en nommant des enquêteurs il y ait des abus, surtout
quand on parle d'un dossier aussi important que la langue. Qu'est-ce que vous
vouliez dire par là?
Laviolette (Marc) : C'est parce que la langue, c'est le ciment de notre nation, je veux
dire, on ne peut pas laisser le ciment s'effriter. Si la ministre nomme un
enquêteur, je suppose qu'elle présume qu'il y a quelque chose à
enquêter, il y a quelque chose à vérifier.
Ça fait que ce n'est pas parce qu'on dit «enquêteur» qu'automatiquement il y a
un abus, tu sais, je veux dire, elle nomme peut-être aussi un enquêteur
parce qu'il y a des abus à enquêter. Mais c'est juste ça que je voulais dire,
là, tu sais.
M. Tanguay : Et, au niveau des abus possibles… Parce que c'est
important. Comme législateur, l'Assemblée nationale
peut conférer à l'Exécutif, à certains ministres des pouvoirs qui parfois, oui,
sont extraordinaires, même s'ils peuvent
être utilisés dans d'autres lois, dans des contextes bien précis. Les
enquêteurs seraient nommés — puis j'aimerais vous entendre là-dessus puis je vais faire en
sorte de vous laisser suffisamment de temps — en vertu de la
Loi sur les commissions d'enquête, donc, en matière linguistique, dossier délicat.
On en est tous pour l'épanouissement du français. Néanmoins, tous les
moyens ne justifieront pas la fin.
Vous ne voyez pas là
une possibilité d'égarement, que l'Assemblée nationale donne à la ministre le
pouvoir d'envoyer des subpoenas, d'exiger de quiconque la production de tout
document, d'exiger de quiconque de répondre directement
à la ministre ou à ces gens nommés par elle à toutes les questions de façon
suffisante, tel que le reprend la loi?
Et, le tout, si ce n'est pas à la satisfaction de la ministre, il y aurait
possibilité d'outrage au tribunal. On a déjà parlé, dans un autre contexte, là, d'un printemps que l'on
connaît, des excès. Certains ont plaidé des excès en matière d'outrage,
mais là il y en aurait aussi, des outrages qui pourraient être soulevés par la
ministre. Alors, tout ça, vous, vous n'y voyez pas des questions importantes et
extrêmement délicates que l'on doit se poser avant d'accorder ces pouvoirs-là?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Quelques
secondes, M. Laviolette.
Laviolette (Marc) : Oui. Bien, écoutez, je pense que c'est parce que la question est
sérieuse. La langue, c'est le ciment de la nation. Mais j'ai suffisamment
confiance... J'ai confiance dans la démocratie québécoise. S'il y a de l'abus,
si la ministre se comporte en dictatrice,
vous pouvez être sûrs que ça va lever un peu partout dans la société, hein? Ça
fait que, là-dessus, je ne suis pas inquiet, je ne suis absolument pas inquiet.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, M. Laviolette. Nous allons maintenant du côté du deuxième groupe de l'opposition. Mme la députée de
Montarville, vous avez la parole pour 2 min 30 s.
Roy (Montarville) : Oh, mon Dieu, c'est peu! Merci. Merci beaucoup, messieurs. Merci pour
votre mémoire.
Brièvement, on a reçu
en début de commission des gens des Cantons-de-l'Est, des Townshippers. Il y a 46 000 anglophones dans les Cantons-de-l'Est.
Je leur ai demandé : Si vous perdez votre statut de municipalité
bilingue, que pensez-vous… comment la population anglophone va réagir? Ils nous
ont dit : La moitié de la population va quitter.
craignez-vous pas qu'il y ait un effet pervers et que ces anglophones se
déplacent des petites villes du Québec pour
aller sur l'île de Montréal?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. Castonguay.
M. Castonguay
(Charles) : J'aimerais quasiment,
madame, vous répondre en anglais…
Mme Roy (Montarville) : Go ahead.
M. Castonguay (Charles) : …mais, puisque j'ai à coeur le
français, langue commune, je vais y aller dans
ma langue seconde.
y a beaucoup de chantage. En anglais, on appelle ça du «bullshit», O.K.? Je ne
sais pas ce que c'est en français, là,mais… En français, on dit de la «boulechite»
aussi, b-o-u-l-e-c-h-i-t-e. Et, vous savez, M. Gates qui s'est présenté ici
juste avant moi, Bernard Taylor, qui est un anglophone comme moi et qui était
président du Parti québécois il y a une couple d'années, et moi-même, qui s'occupe...
qui s'intéresse beaucoup à la question linguistique, voulions rencontrer M. Gates. Finalement, la rencontre n'a jamais eu
lieu. Il faut qu'on vienne à Québec pour rencontrer certains
anglophones, nous, anglophones de l'Outaouais, Bernard et moi.
Il y a un problème de deux solitudes qui
perdure au Québec, et c'est quelque chose qu'il faut briser, et la langue commune, ce concept riche, et fertile, et apaisant,
est la solution, je crois. Et je pense que ces municipalités bilingues sont devenues... elles ont été détournées un peu
de leur nature. La loi initiale de 1977 créait cette possibilité d'avoir
un statut bilingue en fonction d'un certain
pourcentage de la population qui était anglophone, mais c'était dans une
économie générale d'une loi qui imposait le français
comme unique langue d'affichage commerciale sur le territoire. Donc, la
municipalité bilingue avait peut-être un sens dans ce contexte-là, pour donner
de la visibilité dans le paysage aux anglophones, pour qu'ils se reconnaissent,
eux aussi, dans le paysage linguistique, mais le français occupait la vaste...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, M. Castonguay.
Castonguay (Charles) : Il y avait un
équilibre et...
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Je dois... Je suis désolée,
M. Castonguay. Je reconnais maintenant
Mme la députée de Gouin. Vous avez la parole pour 2 min 30 s,
Mme la députée.
Mme David : Merci. Alors, comme le temps presse,
je vais y aller rapidement. J'ai deux questions. J'en aurais bien d'autres, mais je vais me contenter de deux.
La première va faire suite à d'autres
questions sur le statut des municipalités bilingues. Si je comprends bien vos propos, vous proposez carrément d'abolir l'existence
même de ce statut. Et je vous demande : À ce moment-là, qu'en est-il des
droits historiques de la minorité anglophone?
Ma deuxième question est la suivante. Ça concerne les milieux de travail, qui nous intéressent
beaucoup. Vous dites : Il faut remplacer l'alinéa, là, qui parle de faire du
français «la langue normale et habituelle du travail» par «la langue
commune». J'aimerais ça savoir concrètement quel effet aurait votre
proposition en milieu de travail.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. Castonguay.
M. Castonguay (Charles) : Merci, Mme la Présidente. Concernant
les municipalités bilingues, quand on regarde
le projet de loi… ou si on regarde la
loi 101 actuelle, la différence essentielle qui se trouve entre une
municipalité ordinaire et une
municipalité bilingue, c'est que la municipalité bilingue peut s'appeler City
of Westmount, ville de Westmount, mais autrement la municipalité où j'habite,
Gatineau, offre des services en anglais aux concitoyens anglophones que nous
avons dans la ville de Gatineau, et le projet de loi, si je ne m'abuse,
continue dans le même sens. Et ça a été monté en épingle, cette histoire de
municipalité bilingue, je n'en reviens pas, parce que, sur le plan des droits,
c'est à peu près juste le droit d'occuper un peu plus de paysage avec un peu
plus d'anglais.
situation a changé radicalement depuis la loi de 1977, on voit maintenant... c'est
vraiment un paysage linguistique qui est
aliénant, pour un francophone, sur l'île de Montréal, par exemple dans le
centre-ville. Alors, ce n'est plus la
même chose, là, ce n'est plus l'affichage en français seulement qu'il y avait
en 1977 jusqu'en 1988... pardon, jusqu'en 1993, mais on est dans une
mondialisation maintenant qui était quelque chose d'imprévu par les auteurs de
la loi de 1977. L'anglais est omniprésent.
Il s'agit d'articuler le français, langue commune sur le territoire québécois
avec ce qu'est devenu l'anglais,
langue commune du monde sur le plan de la mondialisation. L'anglais a une
puissance de pénétration et une présence dans le paysage qu'il n'y a
jamais eu auparavant.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Merci beaucoup. Merci,
MM. Laviolette, Dubuc et Castonguay.
Malheureusement, c'est tout le temps que nous avions.
Nous allons suspendre nos travaux jusqu'à
15 heures. Je veux dire aux parlementaires que vous pouvez laisser vos documents, la salle sera sécurisée. Merci.
(Suspension
de la séance à 13 h 1)
La Présidente (Mme Vien) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors,
nous allons reprendre nos travaux, que nous
avions suspendus le temps de quelques heures, pour poursuivre avec les
auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le projet de
loi n° 14, Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte
des droits et libertés de la personne et d'autres dispositions législatives.
Alors, chers collègues, comme toujours, on prend bien soin de fermer la
sonnerie de nos appareils électroniques, cellulaires entre autres.
Et nous sommes prêts déjà à entendre notre
premier intervenant. Il s'agit de M. Steven Théberge. M. Théberge, bienvenue à
votre Assemblée nationale. Vous disposez de 10 minutes, après quoi il y
aura entre vous et les parlementaires un échange d'un certain nombre de
minutes. Alors, on vous écoute, M. Théberge. Et bienvenue, encore une fois.
M. Théberge (Steven) : Mme la Présidente et autres membres
de cette commission, je tiens à vous remercier
pour me donner la chance de m'exprimer. Je me présente, je m'appelle Steven
Théberge. Je représente des milliers et des milliers
de personnes, voire des millions de Québécois qui veulent la liberté de
choisir l'éducation qui convient à eux-mêmes et à leurs propres enfants.
Je suis un de ces bilingues nés avec ces deux langues apprises au Québec.
Rappelons-le, ces langues — et je cite la
première ministre — sont les langues
historiques du Québec.
Au cours de ma vie, j'ai voyagé vers une
centaine de villes, réparties dans au moins 20 pays, et je travaille souvent avec des personnes dites de l'international.
Contrairement au député de Sainte-Marie—Saint-Jacques, j'ai fréquenté l'école française et anglaise. Mes enfants ont
également ce choix, et leurs enfants auront ce choix également.
Je ne pourrai pas faire la lecture complète
du mémoire que j'ai déposé en dedans des 10 minutes que je dispose. Par contre, je
suis confiant que vous en avez pris connaissance et j'espère qu'il sera pris en
considération lors de vos travaux sur le projet de loi n° 14.
Et, si je peux vous assister, il me fera plaisir de le faire.
Contrairement...
Mme la Présidente, Mme la ministre, je viens ici dans le but de présenter des
faits et des conclusions, des conclusions
des études effectuées sur le bilinguisme. Dans les faits, la génération
québécoise actuelle a été confrontée
à des changements profonds qui ont influencé l'état d'esprit de la population.
Devant la multiplication des ententes
de libre-échange, la mondialisation, l'éclatement des frontières, les Québécois
sont conscients que les communautés cherchent à se regrouper pour
affronter l'avenir à l'intérieur de partenariats plutôt qu'à se diviser, pour
mieux bâtir ensemble, «everyone together».
Avec la mondialisation, les jeunes qui
passent présentement sur les bancs d'école auront à faire des affaires avec des Allemands, des Chinois, des Australiens, des
Brésiliens, des Russes; bref, avec des gens de toutes provenances. Être bilingue, c'est pouvoir utiliser de manière
convenable nos deux langues courantes, le français et l'anglais. Rappelons-le,
toutes deux sont des langues historiques du Québec. Pour la majorité des
Québécois, le bilinguisme est une habilité qu'ils
ont acquise dans la rue, dans des cours privés ou à la suite de séjours en pays
étranger. Le bilinguisme est un outil linguistique
avantageux mais surtout essentiel pour communiquer de par le vaste monde. Il s'agit
d'un choix individuel qui se veut
apolitique, pratiqué dans tous les domaines d'emploi et dans tous les secteurs
de la société et par des personnes de tous
âges. Il est important de bien en saisir les mots si nous ne voulons pas être
vus comme ayant une «strange identity» au lieu d'une «strong identity».
Les bilingues obtiennent d'excellentes
opportunités de carrière et ont surtout plus de choix. Selon les agences de placement, le fait d'être bilingue facilite le
placement des salariés. Nous le savons tous, vous le savez tous, l'anglais est un prérequis pour plusieurs emplois, dans
plusieurs domaines. On ne peut pas simplement ajouter cette compétence comme un bonus si l'emploi exige que l'on
communique avec des non-francophones. On croit de manière assez générale
que la connaissance de l'anglais et du français est un atout économique pour le
Québec, et l'avantage économique est habituellement le principal motif
mentionné pour l'acquisition d'une langue seconde, une perception largement
partagée par la population québécoise.
Bref,
faisant route vers le troisième millénaire, le bilinguisme se manifeste dans
tous les pays du monde. Il est estimé que plus de la moitié de la population du
monde est bilingue. Pourquoi ne pas en faciliter l'accès au monde de chez nous?
bilinguisme offre des possibilités qui ne se présentent pas à toutes les
personnes unilingues. Comme le démontre la
recherche, le bilinguisme peut également avoir des effets positifs durables sur
les capacités d'apprentissage.
Le cerveau des enfants... des bébés croît à
une vitesse phénoménale. Il double en volume durant la première année et atteint sa
taille adulte à peine quatre ans plus tard, à la maternelle. Pour soutenir
cette croissance de l'apprentissage, le cerveau des bébés compte environ
1 000 billions de synapses — des connexions entre
les cellules du cerveau — soit deux fois plus que celui d'un adulte. Ce n'est pas
étonnant. Lorsqu'on regarde un enfant, on se demande à quoi il peut
penser.
enfants bilingues disposent d'une faculté à la pensée créative accrue. Ils
réussissent significativement mieux dans les tâches où il ne s'agit pas de
trouver la réponse correcte à une question mais d'imaginer une multitude de
réponses.
La plupart des enfants parviennent à
apprendre une deuxième langue assez facilement. Il faut d'abord savoir que… cette langue
seconde est apprise jeune, plus l'enfant aura de la facilité. En revanche, une
école bilingue, la cohabitation de nos
deux langues, avec idéalement une moitié de cours dans une langue et l'autre
dans la deuxième langue, serait une belle... une bonne façon d'apprendre. Toutefois, même avec deux heures par jour,
on peut espérer apprendre des choses dans l'autre langue, parce qu'il ne
s'agit pas que les enfants apprennent la langue mais apprennent des choses dans
l'autre langue.
La grande majorité de la population mondiale
utilise régulièrement plus d'une langue. Donc, il est normal que nos enfants grandissent en entendant et en utilisant plus
d'une langue.
Du côté des inconvénients, on évoque le
retard scolaire et cognitif de l'enfant bilingue. Pourtant, la recherche montre que,
contrairement à la croyance populaire, le bilinguisme n'entraîne pas de
confusion, n'a pas d'impact négatif inhérent sur le développement des
enfants.
est vrai que les résistances contre le bilinguisme sont multiples. Elles
reposent en fait sur trois types de crainte :
la crainte de surcharger les enfants, de leur demander un effort intellectuel
important trop tôt; la deuxième, la crainte
que l'acquisition d'une seconde langue se fasse au détriment de la maîtrise de
la langue maternelle; et, la troisième, la crainte de surcharger le
système éducatif, notamment les enseignants non formés dans l'enseignement des
langues étrangères — rappelons-le une
fois de plus, la langue anglaise n'est pas une langue étrangère mais bien de
chez nous.
Aucune de ces craintes n'est réellement
fondée sur des arguments scientifiques. En fait, ces inconvénients ont très peu à voir avec le
bilinguisme en tant que tel, ils sont plutôt dus à la situation psychosociale
dans laquelle se trouvent les différents
bilingues. Certains font
partie de la classe dominante d'une société, tandis
que d'autres ne le sont pas. Certains ont reçu une scolarité complète, d'autres
pas. Certains appartiennent à un groupe social majoritaire, et d'autres non.
La vision négative que certaines personnes d'une
langue majoritaire peuvent avoir de la langue minoritaire reflète souvent, en fait, l'idée qu'ils ont de tel ou tel
groupe linguistique minoritaire et non pas la langue en soi. Jamais un
francophone ne sera moins francophone s'il est bilingue; l'inverse est aussi
vrai pour l'anglophone. Le bilinguisme n'enlève rien à une langue ou à l'autre.
On peut choisir d'être bilingue ou pas.
Ce sont ces facteurs-là qui expliquent
principalement les prétendus désavantages du bilinguisme, et non le fait de se servir de manière régulière d'une ou
deux langues. L'acquisition de deux premières langues dès le jeune âge
est aussi naturelle que le fait d'en apprendre une seule.
Il y a une différence entre notre langue
seconde et une langue étrangère. La langue seconde se définit généralement d'abord en
fonction de son pays et de sa province d'appartenance, tandis qu'une langue
étrangère représente celle d'un immigrant d'un autre pays lointain. L'allemand,
le russe, le portugais, le chinois, l'espagnol, ce sont toutes des langues étrangères.
nombreuses études linguistiques ont démontré que les élèves suivant un
programme d'immersion bilingue maîtrisent mieux leur langue maternelle que les
élèves monolingues suivant un programme traditionnel dans leur langue maternelle. J'ai fréquenté des jeunes en
immersion, et voir l'épanouissement dans leurs yeux quand je leur
demande s'ils aiment communiquer par deux langues m'incite à me présenter
devant vous et de pousser davantage le dossier des écoles bilingues et en
immersion.
D'autres études ont montré que les enfants
bilingues obtenaient de meilleurs résultats que les unilingues à plusieurs tests d'habileté
cognitive, y compris la flexibilité mentale, les tâches de résolution de
problèmes non verbaux, lacompréhension
de l'origine classique des noms, la distinction entre la similarité sémantique
et phonétique et la capacité à juger de la grammaticalité des phrases.
Les spécialistes sont unanimes : exposer
un enfant à deux langues dès la naissance est la meilleure façon qui soit à devenir
bilingue. Les résultats d'études montrent que le bilinguisme pendant l'enfance
est une expérience importante qui a le pouvoir d'influencer la
trajectoire et l'efficacité du développement des enfants.
Sur le plan culturel aussi, le bilinguisme offre
des avantages, puisqu'en fait de donner à l'individu la connaissance et la
maîtrise de sa propre langue, de sa propre culture, renforçant ainsi son
sentiment d'appartenance à une communauté, élément indispensable à son équilibre, il lui donne aussi accès à une
autre langue, une autre culture. Tout ce qui contribue à l'enrichissement
culturel de l'individu bénéficie à la communauté tout entière. En plus, les
Franco-Québécois et nos Anglo-Québécois
partagent tous la même culture. On mange tous la même nourriture, jouons
ensemble à des sports, allons aux mêmes spectacles, empruntons tous les
mêmes routes, sauf qu'on se le dit différemment.
Nous
entendons souvent des histoires de Montréal qui s'anglicise, mais cette
tendance s'explique en grande
partie par le simple fait que les Québécois
francophones, surtout les couples avec jeunes enfants, quittent Montréal pour
les couronnes nord et sud dans une proportion plus grande que les anglophones.
Lorsqu'ils quittent la ville, les francophones sont plus portés à se diriger
vers les municipalités situées à l'extérieur de l'île, comme Longueuil,
Terrebonne ou Repentigny.
Présidente (Mme Vien) : Ce sera votre
mot de la fin, cher monsieur.
Théberge (Steven) : Il me reste deux
pages.
La Présidente (Mme Vien) : À moins que Mme la ministre vous
permette de poursuivre… Vous avez donc écoulé
10 minutes, qui était un temps alloué pour vous.
Théberge (Steven) : Ça va trop vite.
La Présidente (Mme Vien) : Mais oui, mais le temps passe vite,
monsieur. C'est comme ça dans la vie, hein, c'est
de même dans tout.
la ministre, la parole est à vous pour une période d'échange avec notre invité,
M. Théberge.
Mme De Courcy : Oui. Ça
me fait plaisir de vous recevoir aujourd'hui, et votre intervention... D'abord,
je veux souligner
le fait qu'il est rare... moins rare dans cette commission-ci, il y a eu
plusieurs citoyens comme vous qui se sont présentés et qui ont donné des
opinions. Je trouve le geste civique, citoyen très intéressant et très bien, d'autant
plus que vous auriez pu le faire par questionnaire, mais vous avez choisi de
demander une audition. Alors, je vous félicite de cela puis vous remercie.
Votre intervention me permet, dans les faits,
de la décoder de la façon suivante. Ce n'est peut-être pas le message que vous souhaitiez que je reçoive, mais je vais
vous dire comment je le comprends.
J'accueille
votre intervention comme une conviction profonde que vous avez de l'importance
de maîtriser deux langues pour la société d'aujourd'hui, celle de demain pour
les enfants qui auront à oeuvrer dans le monde de demain. Et, à cet égard-là, je ne peux pas ne pas être d'accord avec
vous. Je suis d'accord avec vous que le bilinguisme individuel, voire le
trilinguisme individuel, et quatrième ou cinquième langue, si possible, est une
bien bonne chose.
Vous savez, je suis de la génération
québécoise de francophones pour qui l'apprentissage de l'anglais n'était pas automatique, et, dans le cas des apprentissages à
venir, c'est bien souffrant quand on a à le faire plus tard. Alors, c'est pour ça que, dans la réforme scolaire — mais c'était présent même avant — dans le cursus scolaire québécois, la présence de... l'apprentissage
d'une deuxième langue et d'une troisième langue est présent, et j'en suis très
fière. Il y a des mécanismes aussi d'apprentissage qui ont été mis en
place, qui sont réputés et qui donnent d'excellents résultats.
Dans mon ancienne vie, j'étais présidente de
la commission scolaire de Montréal. Évidemment, à Montréal, les résultats en anglais des enfants étaient très élevés,
c'étaient les meilleurs qu'ils avaient, mais c'était pour eux un atout puis un
acquis que je trouve très important. Alors donc, nous nous entendons sur la
question de l'importance de la maîtrise de plusieurs langues, la langue
maternelle, bien sûr, et les autres.
Là où je voudrais
cependant profiter de votre intervention pour faire la nuance suivante, c'est
que, si je suis en parfait accord avec la question du bilinguisme individuel, dans une mer
anglophone en Amérique du Nord, ce Québec qui est une nation francophone, avec une minorité historique, pour laquelle
j'ai beaucoup de respect, il n'en demeure pas moins que le français est la langue officielle au Québec
et que, dans ce sens-là, la bilinguisation des institutions, quant à
moi, elle est très questionnante. Et c'est
ce que je questionne à travers le projet de loi n° 14. Je dis bien le
bilinguisme automatique, hein, parce
que je crois qu'il faut donner des services, absolument et très certainement, à
tous et toutes dans leur langue, à la minorité d'expression anglaise, et
ce, dans toutes les sphères de la société, ce qui implique donc que, dans
certains cas, il y aura du personnel bilingue pour répondre à cette
intention-là, mais la question du visage français du Québec à travers ses
entreprises, à travers ses institutions publiques, ses administrations
publiques m'apparaît extrêmement importante à maintenir.
Alors, c'est un commentaire. Je n'ai pas de
question, parce que votre propos était très clair et très senti autour de cette importance-là que vous accordez à l'apprentissage
de plusieurs langues. Je vous apporte la nuance suivante qui est présente dans le projet de
loi n° 14. J'espère que vous sortirez convaincu de l'Assemblée
nationale que, dans une vision des années futures, dans un Québec que j'espère
prospère, nous pourrons vivre et travailler en français tout en étant
bilingues, trilingues, quadrilingues, je le souhaite vraiment. Merci, monsieur.
Présidente (Mme Vien) : M. Théberge,
il y a M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques qui voudrait vous poser une question.
Breton : Oui. Merci beaucoup d'être
venu présenter votre mémoire. Je trouve que ce débat-là est très important, et
d'avoir des apports comme le vôtre, ça contribue à la richesse du débat.
Vous avez parlé de mondialisation beaucoup,
et c'est drôle, parce que ce matin j'écoutais un documentaire qui parlait de Montréal
dans les années 40, 50, 60, où, bien que beaucoup de Québécois francophones
restaient à Montréal, l'affichage
était en anglais. Mon patron… Pas mon patron. Mon père travaillait dans une
usine où ils étaient 1 200employés
et où il fallait qu'il s'adresse à ses patrons en anglais. Je suis certain que
vous connaissez tout ça, que vous connaissez ces faits historiques. On s'est
battus pour la reconnaissance du français, le respect du français, le respect
de la société francophone québécoise, et la loi 101 a fait
partie de cette
bataille-là.
Quand vous parlez de la liberté de choix, ça
veut dire que vous revenez aussi sur la loi 101, parce que c'est ce que vous dites, si je
ne m'abuse. Vous avez parlé de moi tout à l'heure. Vous avez dit que vous,
contrairement à moi, vous étiez allé
à l'école française et à l'école anglaise. Donc, si vous avez entendu ce que j'ai
dit, vous avez entendu que moi et les gens de ma génération, mes amis, à 95 % on est tous allés à l'école en
français puis on a tous appris l'anglais. Donc, je suis tout à fait d'accord
avec Mme la ministre quand elle dit : Je suis tout à fait d'accord avec le
bilinguisme, le trilinguisme, le quadrilinguisme. De dire qu'il faut que ça
passe par l'école, ma génération en est la preuve vivante, qu'on n'a pas besoin
d'aller à l'école en anglais pour apprendre l'anglais.
La question de libre choix, en fait, c'est
faux de dire qu'on peut avoir un libre choix, c'est absolument faux. Ça, pour moi, c'est un
fantasme. Pourquoi? Parce que, si on veut vraiment parler de libre choix, on
laisserait les gens apprendre la langue qu'ils veulent, pas le français
ou l'anglais, ce n'est pas un libre choix. Bien oui, mais, écoutez, si on veut
aller au bout de votre pensée, ce n'est pas du libre choix, c'est entre deux.
Vous comprenez ce que je veux dire?
Donc, considérant que 50 % — on en a parlé ce matin — des francophones du Québec de ma génération et de la génération qui
suit sont bilingues et que 10 % de ma génération et de la génération qui
suit du Québec d'origine anglophone sont bilingues, je serais tout à
fait en faveur qu'il y ait plus d'anglophones qui apprennent le français. Ça,
oui, je pense qu'il y a du travail à faire là-dessus.
Quand vous avez dit tout à l'heure, moi qui
est député de Montréal, dans Sainte-Marie—Saint-Jacques à Montréal, vous
dites : Les communautés anglophone et francophone, on va voir les mêmes
spectacles, moi, je peux vous confirmer que ce n'est pas le cas, au niveau culturel il y a des différences
marquées. Et je vous parle de ça parce que je parle beaucoup à mes amis
anglophones. Il y a, au niveau culturel, une différence énorme. La télévision,
ce n'est pas la même. Les spectacles, ce n'est pas les mêmes. Le théâtre, ce n'est
pas le même. Bref, avec mon expérience, mon éclairage, mes connaissances et
votre éclairage et vos connaissances, je me demande comment on peut en venir à
des conclusions si différentes à partir des mêmes données de base.
Et donc oui, je suis en faveur du fait que
les gens apprennent plusieurs langues, mais, comme Mme la ministre a dit, n'eût
été de la volonté des Québécois de toutes souches de respecter la loi 101,
on n'aurait pas un visage francophone aujourd'hui. Et, vous, ce que vous
dites, c'est que vous voulez revenir là-dessus même. On n'est même pas dans 14,
là. Vous, ce que vous dites, c'est que les
dispositions de la loi 101 elles-mêmes ne font pas votre affaire. J'aimerais
ça vous entendre là-dessus.
M. Théberge (Steven) : Je n'ai jamais dit que j'étais contre
la loi 101. Oui, il est important de conserver notre beau charme
francophone de cette belle province que nous aimons tous. Even if we're an
Anglophone, we love this province,
too. C'est hors de tout doute.
Je me mélange dans les deux groupes, les deux
communautés, et je ne suis pas d'accord avec qu'est-ce que vous dites sur le fait
que les anglophones n'ont pas la même culture, ne vont pas dans les mêmes
shows, dans les mêmes... c'est ça, dans les mêmes shows, parce que j'y
vais, moi, avec des anglophones. On aime la musique française, on aime la
musique anglaise. Ça ne nous empêche pas de se mixer, là.
M. Breton : Mais, quand vous dites que vous voulez un libre choix en
matière d'éducation… C'est ça que je comprends bien?
M. Théberge (Steven) : …libre choix, je crois, comme j'ai pu
entendre hier, tu avais des personnes qui
souhaiteraient avoir le libre choix envers leurs enfants, à l'éducation qu'ils
veulent pour leurs enfants.
Comme je vous disais, je suis allé à l'école
anglaise, je suis allé à l'école française. Quand j'étais à l'école anglaise, on
apprenait... on avait autant des francophones avec nous et des anglophones. On
s'entraidait, la gang. On finissait l'école, on jouait ensemble, les
Anglais et les Français ensemble. Les fins de semaine, on avait du bon temps
ensemble.
Alors, quand je suis allé à l'école
française, c'était fini. Après un cours de 40 minutes, 50 minutes, c'était
fini, on ne pratiquait plus rien. Et on
apprenait à haïr la langue anglaise. Ça, c'était mon expérience dans ces
années-là.
enfants sont allés à l'école anglaise; je les ai transférés à l'école
française. Ma liberté, mon choix. Leurs enfants auront ce choix-là aussi.
Pourquoi pas les francophones?
Avec l'expérience que j'ai eue avec un de mes
enfants, de partir de l'école anglaise, aller en français, il a fallu qu'il se convertisse en
professeur d'anglais à son prof d'anglais, en français, à l'école française. Il
y a un problème quelque part, là, puis je crois que, les deux
communautés, on devrait briser la barrière qui nous divise. Les écoles
bilingues, c'est une solution. Je l'ai vécu
en allant à l'école anglaise. Toutes les deux communautés, on était toujours
ensemble à s'entraider. On ne voit pas ça dans les écoles françaises.
Moi,
c'est de même que j'ai été élevé. Je suis né par deux parents autant anglais
que français, tout à fait des Québécois.
Leurs parents à eux également, ils sont nés ici, au Québec, qui étaient tout à
fait des parents qui avaient des parents bilingues, et ainsi de suite. J'ai
toujours fait... Nos ancêtres étaient tout le temps bilingues, on a toujours
vécu là-dedans. Je ne vois pas de la même
façon qu'un unilingue franco peut voir. Oui, je suis d'accord que les
anglophones doivent apprendre le français, c'est
primordial, ça. Je suis d'accord aussi que tous les nouveaux arrivants qui
arrivent au Québec, au Canada sachent
parler français. Le français, pour moi, n'est pas la même vue que vous avez,
étant donné que…
Je suis dans les dossiers linguistiques
depuis plusieurs années maintenant. J'ai monté très haut dans l'Arctique, un petit village de 200 personnes, dans
le temps, qui s'appelle Arctic Bay. Il est...
Présidente (Mme Vien) : Merci. Merci
beaucoup.
Théberge (Steven) : Ah, pas déjà!
Présidente (Mme Vien) : Je sais bien,
M. Théberge, mais le temps file...
Présidente (Mme Vien) : Je le sais,
je le sais, mais justement, moi, je veux être équitable et juste, c'est la
raison pour laquelle je vous... Mais vous aurez l'occasion de poursuivre,
puisque vous entreprenez un échange avec l'opposition.
Présidente (Mme Vien) : Oui, oui,
avec l'opposition officielle. 13 minutes, M. le député.
Tanguay : Continuez sur votre lancée.
Théberge (Steven) : Bien, merci.
Tanguay : Je vous en prie.
Théberge (Steven) : Alors, comme je
disais, Arctic Bay, petit village, les jeunes sont venus nous voir, demander
des questions. On nous parlait en français, d'autres nous parlaient en anglais.
D'autres nous parlaient dans leur langue qu'on
ne comprend pas pantoute, l'inuktitut, mais ce n'est pas grave, il y avait une
communication qui était là.
a un organisme ici, à Québec, qui s'appelle Canada Youth for French, et le
président, le responsable est un anglophone. Il quitte vers les autres
provinces pour promouvoir la langue française, et ça fonctionne. Je suis allé
dans leur groupe. Autant les jeunes adorent la langue française, des
anglophones.
Aux États-Unis, il y a beaucoup de demande
pour des professeurs francos bilingues, pour enseigner le français là-bas. Harlem, il y a beaucoup d'écoles
en immersion scolaire, maintenant, français-anglais qui sont en train de s'implanter.
Alors,
le français, pour moi, n'est pas en train de reculer, mais il faut avoir cet
amour pour la langue française comme toutes les autres personnes ont en dehors
de cette province-ci. Il faut le promouvoir, mais il ne faut pas empêcher les
gens non plus de pouvoir communiquer avec les autres personnes.
J'habite,
moi, dans le coin ici, où est-ce qu'il y a foule de touristes, et l'été je m'assois
avec eux autres, je vais prendre un café, on
parle. Ils aiment venir ici parce qu'ils se sentent comme en Europe, en France.
Ils aiment notre langue, mais ils ne comprennent pas, alors, en anglais,
je vais leur expliquer les termes francophones, le mot «bonjour», qui ouvre
beaucoup de discussions.
J'ai
commencé à voyager dans des pays, j'avais 12 ans, sans mes parents. J'ai
embarqué sur un bateau qui partait de Saint-Romuald, qui allait au Venezuela.
Par mes deux langues, j'ai pu voyager. J'ai rencontré du monde, je n'arrête pas
de rencontrer du monde.
C'est important, mais
il ne faut pas empêcher les gens de bien parler la langue seconde.
La Présidente (Mme
Vien) : M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Oui,
merci, Mme la Présidente. Alors, merci beaucoup, M. Théberge, de prendre
le temps de venir nous rencontrer, de prendre le temps de nous communiquer votre réflexion
sur le sujet. Votre mémoire, effectivement, est très étayé quant à la
réflexion que vous avez menée et les conclusions que vous nous soumettez.
Alors, merci beaucoup de prendre ce temps-là dans un débat qui est délicat,
important et qui sera toujours central au Québec.
de la population en Amérique du Nord. Je pense que votre message aussi… Et vous
l'avez dit clairement un peu plus tôt. Quand
on parle de l'importance de la loi 101, on vous a demandé : Êtes-vous
pour ou contre la loi 101?, vous avez
dit : On n'est pas contre la loi 101. Et je pense que, l'épanouissement
du français, vous reconnaissez l'importance et la justification d'avoir cette préoccupation-là au Québec. Par
contre, vous suggérez évidemment des moyens qui ne sont pas précisément
les moyens que l'on retrouve au projet de loi n° 14, et ça participe
de votre réflexion quant à cela.
Également,
vous avez parlé… Et c'est un point fort, c'est peut-être la pierre centrale de
votre mémoire, l'importance du bilinguisme, qu'on parle, entre autres, et que
l'on pense à l'ouverture des marchés, à l'ALENA, suite à la signature de
l'ALENA, fait en sorte qu'au Québec les échanges extérieurs, dans les
années 90, ont plus que doublé sur 10 ans, et la signature de l'ALENA en était évidemment un des facteurs; qu'on pense
également au grand défi que représentent les nouvelles technologies. On
sait qu'Internet — la dernière fois que
j'ai regardé les statistiques — 35 % des
utilisateurs d'Internet au niveau mondial, 35 %, étaient anglophones. Or,
on sait que 57 % du contenu sur Internet est en anglais. Alors, il y a là une ouverture, des opportunités
qui exigent que l'on demeure vigilant, par contre pas par n'importe quel
moyen. Et il y a là des opportunités à
saisir par ailleurs, et, le bilinguisme, le fait d'être capable de tirer son
épingle du jeu, on l'avouera tous là-dessus. Et je pense qu'on a plus qu'un
consensus. L'importance, moi, je n'ai pas vu personne ici, à l'heure actuelle, qui est venu nier l'importance d'apprendre
l'anglais en plus du français. Je pense que c'est unanime. Je n'ai pas vu personne venir ici dire qu'il ne devait pas
y avoir de moyen tangible pour acquérir cette langue, parce que c'est
bien beau dire : Je suis capable de baragouiner en anglais, mais ça prend
plus que ça si on veut tirer son épingle du jeu.
ce sens-là, on constate, et la ministre l'a dit un peu plus
tôt, que, tout dépendamment de sa génération, il
était plus facile ou plus difficile d'apprendre l'anglais, et Mme la première
ministre l'a reconnu également. On voit le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques qui dit — et qui participe tout près de la même génération de la
ministre et de la première ministre — que lui, il n'a pas eu de difficulté. Dans son contexte,
dans son exemple à lui, il a appris l'anglais. Donc, en ce sens-là, il est important de reconnaître que des
efforts ont été mis. Et hier soir nous recevions les représentants de la commission scolaire Lester-B.-Pearson, qui se
classaient parmi les meilleurs au Québec dans l'enseignement du
français. Alors, beaucoup de jeunes
anglophones qui apprennent le français sur les bancs d'école dans une
commission scolaire anglophone et qui
font en sorte de participer, sont de véritables partenaires, justement, dans l'atteinte
de cet objectif-là.
Quand on parle de
tirer son épingle du jeu, ce n'est pas en apprenant une deuxième langue… L'anglais,
encore une fois, quasi-unanimité. Je n'ai
pas d'exemple à vous citer de personnes qui disent : Non, non, non, il ne
faut pas apprendre l'anglais. Quasi-unanimité sur l'importance, pour
pouvoir tirer son épingle du jeu, d'apprendre l'anglais. Mais, pour ça, comme société, il faut se donner
les outils et il faut le favoriser. Il faut reconnaître, je pense, les bons
coups qui se réalisent.
Pourquoi
l'importance? On sait que les PME... Les grandes entreprises, c'est facilement
comprenable, les multinationales qui
interéchangent — il y a des études qui ont
été déposées au
Québec — qui interéchangent
très facilement entre entités d'un même conglomérat. Il y aura des
communications entre le Québec, les autres provinces canadiennes et ailleurs à travers le monde, il y aura beaucoup de ces
communications-là qui seront en anglais. Les PME, au Québec, 20 %
des PME exportent aux États-Unis et 50 % des PME importent des États-Unis.
Alors, en ce sens-là, je pense que c'est important de reconnaître la capacité
pour nous.
Puis
on le veut tous pour nos enfants. Puis, vous voyez, je vais même citer en
exemple les gens qui représentaient le
Mouvement national des Québécoises et des Québécois, qui sont venus nous dire
la semaine passée qu'ils avaient, eux
également, reconnu qu'il y avait une demande de plus en plus croissante pour un
bilinguisme dans la population. Ça, ce sont les pères et les mères de
famille qui, pour leurs enfants, veulent, tout en conservant la langue qu'est
le français... Et, si mon enfant est de
langue maternelle anglophone, l'importance d'acquérir le français, vice versa,
bien ces gens-là sont ouverts au bilinguisme comme étant un atout. Puis
on ne perd pas sa langue en apprenant une deuxième, et c'est là où il n'y a pas
menace.
Vous savez... Et je le
dis avec tout le respect que je lui dois, à Mme la ministre, mais je vais la
citer lors de la conférence de presse ici
même le 5 décembre dernier, tiré, donc, de la transcription de l'Assemblée
nationale, je la cite : «…63 % des travailleurs à l'échelle du
Québec et 82 % à Montréal utilisent l'anglais au travail. Il s'agit d'une
alerte qui indique au gouvernement qu'il
faut agir.» Fin de la citation. Vous avez vu le... Et puis tout le monde est de
bonne foi dans ce débat-là. Jusqu'à preuve du contraire, tout le monde
est de bonne foi, tout le monde veut l'épanouissement du français, mais je pense qu'il est important d'avoir
l'honnêteté intellectuelle de reconnaître là où les différences se
fondent. Quand on dit que l'utilisation de l'anglais
au travail est une menace, représente une alerte, bien, en ce sens-là, je
pense qu'il est important de relativiser, toujours en gardant en tête l'importance
de demeurer vigilants, de se donner des outils pour accompagner et de faire en
sorte que l'on puisse aussi tirer notre épingle du jeu.
Alors, moi, je voulais, M. Théberge, vous remercier, vous
féliciter pour votre mémoire. Et je ne sais pas si vous avez des... si mon commentaire vous en a inspiré d'autres,
si vous voulez ajouter d'autre chose également.
M. Théberge
(Steven) : Je vous remercie de vos
commentaires, j'apprécie.
M. Tanguay : …c'est tout.
Présidente (Mme Vien) : Merci beaucoup, M. Théberge. Nous allons maintenant aller du côté... à
moins qu'il y
ait des collègues ici… Ça complète? Alors,
nous allons du côté du deuxième groupe d'opposition avec la députée de
Montarville.
Mme Roy
(Montarville) : Oui, merci. Pour
combien de temps? Trois minutes? Parfait, merci.
Merci
beaucoup, M. Théberge, pour votre mémoire, pour vous être déplacé. J'ai bien
compris le contexte et le contenu. Vous parliez d'éducation. Ce que je
trouvais intéressant, c'est que vous parliez des connexions synaptiques
qui se font très rapidement chez les enfants, qui apprennent très rapidement
les autres langues. Alors, je me demandais : Qu'est-ce que vous pensez, si
on parle d'éducation, du fait que le gouvernement en place veut mettre un frein
sur l'enseignement de l'anglais intensif en sixième année?
M. Théberge
(Steven) : Ça, ce projet-là, c'est
sorti en 2010. Mettre un frein à l'anglais...
Mme Roy
(Montarville) : À l'enseignement de l'anglais
en sixième année. Vous en pensez quoi?
Théberge (Steven) : Moi, je suis né dans mes deux langues et je ne crois pas que ce serait
une bonne idée. Le plus jeune que l'enfant est, mieux que c'est. Quand l'enfant en
maternelle... Bien, plus que l'enfant est jeune, plus que son éponge va
absorber plus de choses.
Alors,
quand il arrive en sixième année, il a déjà perdu des synapses. Il faut
pousser, au contraire, l'enseignement, mais
bien apprendre le français aussi, mais on est capables de faire les deux. Ça se
fait dans les écoles d'immersion, les écoles bilingues qui existent maintenant
au Québec.
J'ai
parlé avec des jeunes, puis juste voir l'épanouissement dans leurs yeux quand
je leur demandais : Tu aimes-tu ça, parler les deux langues… Puis ça me répondait
avec un bon français et un bon anglais, sans accent. J'ai parlé avec
leurs professeurs, puis eux autres me
disent : Regarde, ils apprennent autant dans les deux langues qu'une
seule. Alors, pourquoi mettre un frein là-dessus? Pourquoi ne pas
développer une façon de pouvoir parler les deux langues comme il faut?
Mme Roy
(Montarville) : …M. Théberge. Merci.
Présidente (Mme Vien) : Merci beaucoup, M. Théberge, de vous être déplacé cet après-midi,
ça a été un plaisir de vous recevoir à votre
Assemblée nationale. Bonne continuation, merci.
On va suspendre
quelques instants.
(Suspension de la séance à
15 h 47)
La Présidente (Mme
Vien) : Merci. Alors, nous
accueillons maintenant M. Charles Campbell. Bonjour, M. Campbell.
Bienvenue à l'Assemblée nationale.
M. Campbell
(Charles) : Bonjour. Merci.
Présidente (Mme Vien) : Nous sommes très contents de vous recevoir cet après-midi. Vous aurez
un temps, donc, de 10 minutes, comme vous
le savez, pour présenter votre mémoire, après quoi il y aura des échanges entre
les parlementaires et vous-même. Alors, je vous invite à commencer dès
maintenant.
M. Campbell
(Charles) : Est-ce qu'avant les deux
dernières minutes vous pouvez m'avertir?
La Présidente (Mme
Vien) : Je vais vous faire un grand
signe.
M. Campbell
(Charles) : O.K., c'est correct. C'est
parce que j'avais présenté un petit mémoire d'une page et un tiers, et, quand j'ai reçu l'invitation, on m'a
dit que j'avais le droit à 10 minutes pour présenter mon mémoire, alors
je vous l'ai détaillé un petit peu. Je vais
quand même parler vite un petit peu, parce que je sais que 10 minutes, ce
n'est pas long.
Le résumé de mon
mémoire : J'aimerais vous formuler trois suggestions pour améliorer la
loi 101 au niveau des stations de radio entendues dans les établissements
des sociétés d'État du Québec, des postes de radio entendus dans
les commerces du Québec et pour le pourcentage obligatoire de chansons
francophones exigé dans les postes de radio francophones.
Exposé
général de mon mémoire : Je voudrais vous suggérer trois... vous donner trois
suggestions pour améliorer la loi 101. L'anglicisation du Québec se fait
beaucoup, actuellement, par l'invasion de chansons anglophones dans les
postes de radio dans les restaurants, bars
et autres commerces, dans les casinos du Québec, etc., comme dans les hôtels ou
dans les fêtes d'adolescents, et j'ai beaucoup d'autres exemples. Il faudrait ajouter un
article dans la loi 101 ou mettre une directive
administrative — là, je vais en parler un petit
peu plus tard — pour que toutes les sociétés d'État où l'on fait jouer la radio, notamment dans les casinos du Québec,
fassent entendre obligatoirement des postes de radio francophones.
Je vais dans les
casinos de Montréal, Mont-Tremblant et Lac-Leamy. On y entend presque seulement
des chansons anglophones. Aussi, je vais quelquefois dans les succursales de la
SAQ et j'entends parfois des postes de radio uniquement anglophones.
Je vous donne quelques
autres détails sur mon premier dossier. Au sujet des succursales de la SAQ, c'était
le gérant — ça
m'est arrivé quatre, cinq fois, là — c'était le gérant ou les
employés qui décidaient de faire entendre un
poste de chansons uniquement anglophones. J'ai
fait une fois une remarque à une caissière, qui m'a révélé que c'était un
employé de nuit qui avait choisi ce poste, alors je lui ai fait remarquer qu'on
était rendus à 2 heures de l'après-midi. Alors, j'ai pu constater qu'il n'y
avait aucune directive administrative donnée aux employés de l'État concernant
le poste de radio à faire écouter.
vous allez au Casino de Montréal, vous entendrez presque seulement des chansons
anglophones. J'ai rédigé une première plainte le 11 novembre 2011,
mais rien ne semble avoir changé depuis ce temps. Pour avoir des preuves
fraîches, je suis allé au Casino de Montréal dimanche dernier, donc il y a
trois jours, de 12 h 30 à 16 h 30 : je n'y ai entendu
que des chansons anglophones. Je suis même resté pendant une demi-heure devant
l'entrée principale du casino; je n'ai
entendu aucune chanson francophone. Quel bel accueil le casino réservait à sa
clientèle, qui est sûrement à 80 % francophone!
Après la présentation
de mon mémoire, j'aimerais vous donner plus de détails sur mon dossier du
Casino de Montréal. Vous l'avez à la fin, là. Si je n'ai pas le temps de finir,
j'aimerais ça que quelqu'un me pose la question.
situation du Casino de Montréal est semblable à celles du Casino du Lac-Leamy
et du Mont-Tremblant, qui devraient avoir l'obligation morale de montrer
notre culture, surtout à ceux qui viennent de l'extérieur du Québec.
Tout cela est très grave.
vous présente mon deuxième dossier. L'Office québécois de la langue française
ou un autre organisme approprié devrait organiser à chaque année une campagne
publicitaire pour encourager les commerçants à faire entendre des postes
de radio francophones dans leurs établissements. Comme les commerces sont du
domaine privé, on ne peut pas les obliger à faire entendre des postes de radio
francophones, mais on peut les encourager à le faire, notamment avec des
campagnes publicitaires.
vous présente quelques exemples qui sont très graves. Aux parties de hockey des
Maroons de Lachine, alors que les supporters et les joueurs sont à au moins
80 % francophones, on n'entend aucune chanson francophone pendant
et entre les périodes. Depuis deux mois, j'ai
fait parvenir trois lettres de plainte au propriétaire du club — je les ai ici, je peux
vous les donner.
Malgré cela, rien ne semble avoir changé.
Alors,
quand c'est rendu qu'on ne met aucune chanson francophone dans les parties de
hockey, c'est plus que grave, là, ça n'a pas de sens. Imaginez si on ne faisait
entendre que des chansons francophones dans une banlieue de Toronto
comme Mississauga. Ce serait une révolte. Mais nous, on ne se révolte pas.
Si vous allez à
Lachine — une très belle ville — souper au Bar Grill 12, vous n'y entendrez aucune chanson
francophone, même pas durant les spectacles du samedi soir. J'ai fait l'expérience,
plusieurs commerces et restaurants de
Montréal ne font entendre que des postes de radio anglophones. Et, même à
Lachine, là, je suis allé commander de la nourriture à La Belle Province
hier, le poste était juste en anglais. Pourtant, la majorité de la clientèle
était française. Et même chose à Dollarama, à Lachine, et au restaurant
Québerac. Et que dire des bars de la région de Montréal? Vous pouvez compter
sur vos doigts de la main le nombre de chansons francophones rythmées qu'on y
entend.
Mon troisième dossier
parle de l'importance... Ah oui! Excusez, c'est correct. Mon troisième dossier
parle de l'importance, pour le gouvernement du Québec et pour l'Office de la
langue française, d'exiger que le minimum de chansons
de langue française entendues dans les postes de radio francophones passe de
65 % à 80 % lors des prochaines audiences du CRTC. Cela aiderait
énormément à franciser le Québec. Cela aiderait nos chanteurs et chanteuses
francophones à faire entendre davantage leurs oeuvres et les faire apprécier du
public.
Pour
régler les problèmes de chanson presque exclusivement anglophone dans les
casinos du Québec, dans les arénas, dans les commerces, restaurants et
notamment dans les bars, je voudrais vous suggérer une quatrième
proposition. Les quatre propositions seront à la suite de cette feuille.
suggère qu'un fonds d'au moins 5 millions de dollars soit constitué
pendant plusieurs années par des organismes gouvernementaux, par les casinos du Québec et par
des organismes privés pour faire avancer la chanson francophone. Un comité serait formé pour donner des bourses de
plusieurs milliers de dollars à des chanteurs, qui composeront de belles
chansons francophones. La priorité serait
donnée aux chansons qui pourraient être entendues dans les bars et les
arénas, parce que c'est là, les plus gros
problèmes. Un tel fonds permettrait aussi d'ajouter annuellement des milliers
de chansons francophones — j'ai calculé, ça donnerait à peu près 2 500, là, je pourrai
vous donner les chiffres à un moment donné — qui
pourraient être entendues dans les postes de radio. Les comités actuels de
sélection de chansons des postes de radio francophones auront donc un plus grand
choix — parce que c'est de ça qu'ils se plaignent, qu'ils n'ont pas assez de choix — ce
qui permettrait que le minimum de chansons francophones entendues à la radio
passe de 65 % à 80 %. Ce serait plus
représentatif du nombre de francophones du Québec.
Je vais vous parler du
5 millions qui devrait le payer dans mon dossier du casino. Plusieurs
chanteurs francophones talentueux et inconnus
pourraient pouvoir dévoiler leurs talents grâce à ces bourses. Moi, j'ai un de
mes amis qui a composé un disque, et là il
est très beau, son disque. Ça passe un petit peu à travers le Québec; à
Montréal, plus ou moins. Et lui, il a 36 chansons encore qu'il
aimerait mettre sur disque, il n'a pas l'argent, mais c'est un talent
extraordinaire.
fait de faire entendre une chanson sur cinq en anglais permettrait de choisir
les meilleures chansons anglophones, alors
qu'on fait entendre actuellement plusieurs chansons insipides… que moi, je
trouve insipides — pas toutes, il y en a
des très bonnes, anglophones — tout
simplement parce qu'elles ont un son américain. Cela permettrait de faire épanouir un son rock francophone qu'on
pourrait entendre dans les bars et les arénas.
quatre recommandations.
Une directive administrative : La
loi 101 devrait obliger toutes les sociétés d'État, notamment les casinos
du Québec, à faire entendre des postes de
radio francophones dans leurs établissements.
L'Office
québécois de la langue française ou un organisme approprié devrait organiser à
chaque année une campagne publicitaire pour encourager les commerçants à faire
entendre des postes de radio francophones dans leurs établissements. Ce n'est pas normal que nous, les francophones, on soit
obligés de demander qu'ils mettent un poste de radio. Parce que ces personnes-là, elles disent : Bien là, on met
ça pour nos... pas pour la clientèle, on fait ça pour ceux qui travaillent pour nous. Bien, excusez, on fait
ça... Juste à La Belle Province, hier, il y avait deux employés sur trois
qui étaient anglophones : ils ont fait entendre un poste de radio
anglophone. Mais la clientèle, ça n'a pas d'importance.
L'Office
québécois de la langue française et le gouvernement du Québec devraient exiger
que le minimum de chansons de langue française
entendues dans les postes de radio francophones passe de 65 % à 80 %
lors des prochaines audiences du CRTC.
Quatrième proposition : Un fonds d'au
moins 5 millions de dollars devrait être constitué pendant plusieurs années par des
organismes gouvernementaux, par les casinos du Québec et par les organismes
privés pour faire avancer la chanson francophone. Un comité serait formé
pour donner des bourses de plusieurs milliers de dollars à des chanteurs qui composeront de belles chansons francophones. La
priorité serait donnée pour les chansons qui pourraient être entendues
dans les bars et les arénas.
Est-ce
que j'ai le temps de parler du Casino de Montréal?
Campbell (Charles) : Est-ce que j'ai le temps de parler du Casino de Montréal?
Présidente (Mme Vien) : ...M.
Campbell, le temps est écoulé.
Campbell (Charles) : O.K. S'il y en a
qui veulent me poser la question sur le Casino de Montréal…
Présidente (Mme Vien) : Mais vous
avez...
Campbell (Charles) : C'est plus que