Institutions — 14 January 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2014-01-14
Quebec — Committees
Or, qu'on le veuille
ou non, les signes religieux ostentatoires transmettent un message religieux.
C'est ce qui nous fait dire que d'interdire
le port des signes religieux ostentatoires aux employés de l'État
pendant les heures de travail constitue une proposition juste, modérée,
équilibrée.
D'ailleurs, tous ceux qui sont en faveur d'une
interdiction plus restreinte pour les juges et les policiers, par exemple,
justifient une telle restriction au nom de la neutralité religieuse de l'État.
Ici même, à l'Assemblée
nationale, trois partis sur quatre sont en faveur d'une
forme ou d'une autre d'interdiction. Bref, le point de désaccord ne porte pas
tant sur le principe d'interdire ou non mais sur le champ d'application de
l'interdiction.
Il est important de le rappeler, ce projet de
loi n'empêchera absolument personne de pratiquer sa religion. Rien n'empêchera quelqu'un
d'arborer des signes religieux dans l'espace public en tout temps, sauf en ce
qui a trait à la règle du visage découvert lors de la prestation d'un service
de l'État. Si un employé de l'État considère que le port de signes religieux durant les heures de travail est plus important
que la neutralité religieuse de l'État et le respect de la loi, ce sera son choix. D'ailleurs,
si une personne refusait de retirer son signe religieux, elle confirmerait
qu'elle place sa religion au-dessus de tout le reste, au-dessus de
l'intérêt général, au-dessus de la loi.
Le gouvernement reconnaît que ce changement
pourrait s'avérer déchirant pour certaines personnes. C'est pourquoi nous
proposons des moyens pour qu'il se fasse humainement, dans le respect des
personnes.
Pour ce qui
est du Parti libéral, il n'y a guère d'espoir que la commission
parlementaire change sa position et celle de son chef, qui a déclaré qu'il faudrait lui passer sur le corps pour
faire adopter la charte. La Coalition
avenir Québec a fait preuve de plus
d'ouverture jusqu'à présent. Souhaitons que la commission parlementaire
l'incite à raffermir sa position afin de lui donner une plus grande
cohérence.
En conclusion, reconnaissons qu'il y avait lieu
de prendre la question des accommodements religieux et de la laïcité à bras-le-corps. En nous donnant des
balises, en affirmant certaines valeurs sacrées, en aménageant un espace
de neutralité religieuse au sein de l'État, nous voulons rassembler les Québécois
de toutes les origines et de toutes les confessions
et assurer ainsi plus d'harmonie, plus de cohésion sociale. Personne ne peut
accomplir ce travail à notre place. Je
souhaite que nous le fassions avec sérénité, dans le respect des opinions de
chacun; le ton sera aussi important que le fond.
Je suis convaincu que ce que nous réaliserons ensemble dans les prochaines
semaines marquera un jalon important dans l'histoire du Québec. Merci, M.
le Président.
Le Président (M. Ferland) :
Merci, M. le ministre. J'invite maintenant M. le député de LaFontaine à faire
ses remarques préliminaires pour une durée maximale de
5 min 25 s. M. le député, la parole est à vous.
M. Tanguay : Merci beaucoup, M.
le Président. Bon matin, chers collègues. Nous débutons aujourd'hui les
consultations sur le projet de charte du Parti québécois. La loi proposée
comporte essentiellement cinq éléments, les quatre
premiers recueillent un très large consensus. Nous pourrions faire avancer le
Québec sur ce qui nous unit, à savoir fixer
des balises aux accommodements afin qu'ils soient raisonnables, renforcer le
principe de l'égalité hommes-femmes, inscrire
la neutralité des institutions de l'État dans la charte québécoise des droits
et libertés et décréter que les services de l'État doivent être donnés
et reçus à visage découvert. Là est l'expression de la neutralité de l'État
québécois.
Depuis maintenant six mois, le Québec est divisé
sur un seul élément, un seul : l'interdiction pour tous les employés de l'État de porter des signes religieux.
Cette interdiction viole la liberté de conscience et de religion
protégée notamment par notre charte québécoise des droits.
Sur cette
division, le gouvernement péquiste fait de la stratégie électoraliste. Juillet,
août 2013, rappelons-nous, plusieurs
semaines de fuites ou ballon politique annoncent une limitation du port de
signes religieux. Une certaine division de la population débute, le
gouvernement va de l'avant.
Septembre 2013 : publication d'un document
de consultation qui fait consensus sur ses différents aspects, sauf sur l'interdiction des signes religieux pour
certaines catégories de fonctionnaires. Sur cette interdiction, la contestation est tellement forte dans toute la population
qu'il y a des dommages collatéraux pour le PQ, qu'il
suffise de mentionner Maria Mourani
qui se fait expulser du Bloc
québécois, Jacques Parizeau, Bernard
Landry et Lucien Bouchard qui expriment publiquement leur désaccord avec
cette interdiction.
7 novembre
2013 : dépôt du projet
de loi n° 60, la charte du
PQ. Le gouvernement péquiste augmente la division. Ce ne sont plus certaines catégories
de fonctionnaires qui se verraient interdire les signes religieux mais tous les
employés des domaines public et parapublic. Demain matin, ce seraient plus de
600 000 Québécoises et Québécois qui feraient face à l'interdiction. Ce n'est pas tout, le gouvernement ajoute
désormais à ce nombre les milliers d'employés d'entreprises contractant avec le gouvernement et les employés
de ceux qui reçoivent des subventions, rien de moins. Pour l'ancien
député du Bloc québécois l'abbé Raymond Gravel, et je le cite : «Moi, je
porte ma croix et je n'impose pas ma religion à personne.» Fin de la citation.
Les coprésidents de la commission portant leur nom, Gérard Bouchard et Charles Taylor, dénoncent vivement la fracture
sociale occasionnée par le PQ et déplorent cette atteinte à notre
liberté de conscience et de religion.
8 novembre, le ministre péquiste qui est assis devant moi aujourd'hui
déclare, et je le cite : «…une fois adoptée, cette charte sera
source d'harmonie et de cohésion pour le Québec.» Fin de la citation.
Franchement, soyons sérieux!
La commission des droits de la personne et de la
jeunesse a dénoncé la charte du PQ parce qu'elle viole nos droits de liberté de
conscience et de religion. Cette même commission des droits affirme que ses
données d'enquête, et je la cite, «ne
rapportent aucune situation dans laquelle le port de signes religieux par un
employé de l'État aurait menacé le
principe de neutralité religieuse». Fin de la citation. D'autres groupes le confirment,
comme l'Association québécoise d'établissements
de santé et de services sociaux, de grandes municipalités, les universités. En
somme, le gouvernement péquiste ne
dispose d'aucune étude crédible appuyant ses choix d'interdire. Au contraire,
c'est l'opposé qui est démontré.
Face à tout cela, la CAQ a déjà indiqué qu'ils
sont prêts à négocier avec le PQ les catégories de citoyens qui subiraient
cette violation de leurs droits. La conséquence est stipulée dans le projet de
loi : Respectez l'interdit ou perdez votre emploi.
Parti libéral du Québec, nous nous y opposons. We will not
trade off our liberties for votes or political calculations. We will protect our freedoms with all our might, because
we know the price that we paid to obtain them.
Par ailleurs, au PLQ, nous avons entrepris des travaux sur l'intégrisme
religieux. Là est la véritable préoccupation des Québécoises et des
Québécois. Le PQ a complètement laissé de côté cette question, et, pire, le
ministre en charge a reconnu que la charte ne propose rien pour lutter à
l'intégrisme des religieux… l'intégrisme religieux.
250 heures et plus de commission parlementaire confirmeront qu'il y a une
très vive opposition à l'interdiction de porter des signes religieux.
Nous, du Parti libéral du Québec, nous croyons que la seule chose responsable à
faire, pour un gouvernement, est de mettre
de côté cette interdiction de porter des signes religieux. Pour nous, faire
avancer le Québec, c'est miser sur ce qui nous unit. Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Ferland) : Merci, M. le député de LaFontaine. Merci pour ces
remarques. Alors, j'invite maintenant Mme la
députée de Montarville à faire ses remarques préliminaires pour une durée
maximale de 1 min 20 s.
Mme Roy
(Montarville) : Bien, je serai brève. Bonjour, M.
le Président, M. le ministre, collègues du gouvernement
et de la première opposition et collègue indépendant. Alors, tous autant que
nous sommes, aujourd'hui, au cours des prochaines semaines et des prochains
mois, je souhaite fermement que nous fassions ces travaux dans le plus grand respect de chacun. Nous avons tous un devoir en
tant qu'élus, et ce devoir, ce n'est pas seulement d'écouter les
quelque 250, 270 intervenants qui passeront devant nous mais aussi de les
entendre. Et il y a une nuance à faire : écouter, c'est une chose, mais
entendre, c'en est une autre. Et j'espère, M. le ministre, que ça vous fera
cheminer, vous aussi.
la lumière de ce que nous entendrons, nous devrons donc en arriver à un compromis
pour enfin avoir une charte, mais une charte de la laïcité qui soit
responsable. Nous voulons donc une charte qui rassemble et non qui divise les Québécois,
parce que, il faut l'avouer, actuellement il y a une problématique à cet égard.
Je vous rappelle que la Coalition avenir Québec a
déjà proposé son propre projet de loi, cette charte sur la laïcité.
Plusieurs points sont en commun actuellement avec le p.l. n° 60.
Cependant, la nôtre est plus rassembleuse, plus équilibrée et plus applicable.
Je vous rappellerai qu'à ce sujet les trois anciens premiers ministres
Parizeau, Landry et Bouchard ont rejoint notre position, qui est semblable à
celle de Bouchard et Taylor, avec cependant une interdiction du port de signes
religieux également chez les enseignants du primaire et du secondaire.
Alors,
il faudra discuter pour en arriver à un compromis. Malheureusement, je sais que
le temps qui m'est imparti est très
court, ce que je trouve tout à fait regrettable. Même si la Coalition avenir
Québec représente 27 % des électeurs
au Québec, nous aurons quelques
minutes à peine pour répondre, poser des questions et que les intervenants y
répondent, ce que je déplore ici, mais
je ferai tout en mon possible…
Le Président (M.
Ferland) : Alors, merci.
Mme Roy
(Montarville) :
…pour être la plus constructive possible, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Merci, Mme la députée. J'ai laissé
quand même déborder de quelques secondes parce que c'est important de…
Alors, maintenant… Merci pour ces remarques. Maintenant, j'invite le député de
Blainville à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
1 min 20 s. Allez-y, M. le député.
M. Ratthé :
M. le Président, M. le ministre, chers collègues, très heureux, et je participe
avec beaucoup d'intérêt à cette commission parlementaire, commission
parlementaire qui évidemment sera regardée à la loupe par l'ensemble des
Québécoises et des Québécois. Et je pense qu'effectivement j'entendais déjà ce
matin et de façon correcte les trois partis déjà mentionner leurs positions, et
je pense que le travail aussi consiste à questionner. S'il y a 200 personnes qui viennent ici nous parler,
ont pris le temps de préparer un mémoire, c'est qu'on doit les entendre,
mais, plus que ça, on doit aussi mieux les
comprendre, prendre le temps d'écouter, d'apprécier leurs points de vue. Et
j'espère que tous autour de cette table
pourront, de cette façon, cheminer pour en arriver à un projet de loi qui fera,
je l'espère, le plus large consensus possible.
travail que nous ferons ici sera sûrement un bon exemple de l'application de
cette loi. Si nous avons du mal entre
nous à nous entendre, si nous demeurons campés sur nos positions, si dès le
départ nous sautons aux conclusions, alors les mémoires qui auront été
déposés et les gens qui auront été entendus l'auront fait en vain, et j'ose
espérer, M. le Président, que ce ne sera pas le cas.
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, M. le député,
pour ces remarques. Nous allons
maintenant débuter les auditions. J'invite donc M. Réjean Parent à
nous présenter son mémoire, pour un maximum d'environ 10 minutes. Suivront après 50 minutes, là, d'échange avec les
groupes parlementaires. Alors, la parole est à vous, M. Parent.
M. Parent
(Réjean) : Merci, M. le Président. Merci aussi aux députés pour
prendre le temps, finalement, d'entendre la
population. Il y a des remarques qui viennent d'être faites par rapport à la
sérénité puis au respect. Je pense que
ça va être important, dans les prochaines semaines, les prochains mois,
effectivement, d'être capables de ne pas juste ouvrir les oreilles, mais
d'être en mesure d'essayer d'évoluer, la société québécoise, ensemble.
Moi,
pour l'essentiel — puis je
vais plutôt survoler le mémoire puis, dans le cadre des questions, je pourrai
apporter des précisions par rapport à
l'écrit — je viens
tout simplement dire aux parlementaires : Pour moi, c'est un pas dans
la bonne direction. Les principes qui sont mis de l'avant dans le projet de loi
sont des principes qui sont généralement reconnus par la société québécoise
pour ce qui est de la neutralité de l'État, l'égalité hommes-femmes ou un
certain encadrement ou des balises aux
accommodements raisonnables. Quant à moi, cependant, les exigences qui sont
posées aux salariés de l'État m'apparaissent également des exigences très
raisonnables, très raisonnables. Et là on fait face à un débat qui, à mon avis, est utile. Certains ont
semblé… ont voulu nous faire croire que c'était inutile. Moi, c'est un
débat utile, c'est un débat légitime pour une société et c'est débat, quant à
moi, qui se fait dans un moment propice, parce qu'effectivement on n'est pas dans une phase de crise aiguë où le monde
veut se prendre… ou se déchirer la chemise sur le corps. Ça fait que
globalement, là, ça vous donne un peu le résumé de ma pensée.
gens se posaient la question : Quelle est la motivation d'un ancien
président de centrale de venir exposer son point de vue? Je vous dirais que j'ai passé la majeure
partie de ma vie
en éducation, ça fait que j'ai nécessairement traversé, je veux dire, le
vent de laïcisation du Québec, que ce soit jeune élève, étudiant, ou
universitaire, ou enseignant. Donc, j'ai toujours eu une sensibilité à ce
débat-là.
même temps, fort probablement que, si on n'avait pas essayé de nous faire
passer pour une gang de zouinzouins, puis de xénophobes, puis de
racistes, je serais allé de l'ordre de l'opinion à travers les différents
médias puis j'aurais exposé mon point de vue, sans plus, mais j'ai été
profondément choqué que certains essaient de nous faire passer pour ce qu'on n'est pas, puis comme si on était en
train de mener un débat qui est complètement illégitime, alors que c'est
un débat qui traverse plusieurs sociétés sur le globe terrestre. Ça fait que
c'est dans ce sens-là que vous trouverez ma motivation, celles et ceux qui se
demandent qu'est-ce que c'est qu'il vient faire, le citoyen Parent, dans le
débat.
J'ai
déjà marqué, d'entrée de jeu, mon accord avec le projet de loi, même si je
pense que, sur certains aspects, il gagnerait en cohérence si on règle
le problème spécifié, si on impose aux parlementaires la même règle qu'on veut imposer aux salariés, à savoir que, si ce n'est
pas bon pour pitou, ce n'est pas bon pour minou. Ça fait que, si on
demande aux salariés de ne pas avoir de signes, de ne pas porter de signes
religieux, je pense qu'ils devraient en faire autant pour les parlementaires.
Je suis d'accord avec
le député de LaFontaine, je ne pense pas que ce soit un projet de loi qui va
endiguer l'intégrisme religieux. Je pense
que ça méritera d'être complété dans une année future, au même
titre que je
serais peut-être allé plus loin,
avoir été M. Drainville, et j'aurais touché à toute la question du
financement public d'établissements privés qui sont… finalement, leur
projet est fondé sur un projet religieux. Je veux dire, tant qu'à être laïque,
on ne le sera pas à moitié.
Mais
c'est dans ce sens-là que je dis que c'est un pas dans la bonne direction,
parce que le dossier de la laïcisation, il n'est pas né hier, il est né
avant-hier avec la Révolution tranquille. Ça a été des cheminements même… Puis
je me rappelle, dans les années 80,
l'ancien sous-ministre de l'Éducation disait : Ça va prendre 100 ans
avant de se retrouver avec des commissions scolaires puis avec des
écoles non confessionnelles au Québec. Finalement, on a été plus vite que le sous-ministre en question, mais on a pris les
bouchées doubles pour… et par étapes, et par étapes dans un contexte où
on a commencé par restructurer les
commissions scolaires sur une base linguistique, par la suite sur une base… Les
écoles, graduellement on a réduit
l'enseignement religieux. Et tout ça, ça ne s'est pas fait en opposition à des
nouveaux arrivants, là. Là, c'est la majorité qui, finalement, disait à
quelque part, là… quand je dis la majorité, qu'on accuse souvent de tyrannie,
qui elle-même disait : Bien là, il va falloir séparer notre religion de
l'État. Ça, ça…
Mais
en même temps, et là c'est là que je
dis que des fois les parlementaires sous-estiment les réactions
populaires, c'est qu'on a vu monter une
espèce de frustration dans les milieux. Tu sais, qui n'a pas entendu, parmi
vous, quelqu'un dire : Pendant
qu'on sort le crucifix des écoles, on est en train de rentrer les autres
religions dans les écoles? Je ne vous dis pas que je suis d'accord ou en désaccord avec ça. Moi, je pense que ça
traduit un malaise social, pas nécessairement une crise aiguë ou un
cancer qui fait en sorte qu'on doit faire une ablation mais en même temps une
nécessité de faire de la prévention. Et,
dans ce contexte-là, ce dossier qui est devant nous, c'est un dossier
préoccupant. C'est un dossier qui a amené
la commission Bouchard-Taylor, qui a amené des débats dans notre société, qui a
amené une ministre à apporter quelques projets de loi qui n'ont pas
trouvé aboutissement. Donc, ce n'est pas juste une préoccupation, quant à moi, des péquistes. Je pense que c'est une
préoccupation de l'ensemble des partis à l'Assemblée nationale, de trouver la
juste voie pour répondre aux préoccupations puis aux attentes de la population
québécoise.
Évidemment, vivre en
société, ça ne suppose pas seulement que des droits, ça suppose des
obligations. Vous savez, moi, ce que je
salue aujourd'hui, c'est que ce soit l'Assemblée nationale qui essaie de poser
les balises du vivre-ensemble. Là, je
sais, il y a sûrement des avocats parmi vous qui ne seront pas contents, là,
mais, moi, la démocratie des juges, ce n'est pas tellement la mienne. Un
jour, à un moment donné, il faut en arriver à la démocratie du peuple qui
s'incarne en vous. Ça fait que, qu'on arrive à avoir des décisions politiques
qui vont déterminer, je veux dire, sur quelle patinoire on patine, dans quelle
société on vit, c'est quoi qui est dans l'ordre du bien vivre-ensemble, il me semble que ça appartient à l'Assemblée nationale,
et, de ce côté-là, moi, je salue le débat qui a été ouvert par le
ministre.
Je l'ai dit précédemment, là : Ce qui m'a
justifié grandement de venir me faire entendre, c'est les attaques, le fait,
là, que c'est un projet nationaliste, ethnocentrique, xénophobe, raciste. Tu
sais, je pense que le moindrement si on sort de sa bulle puis on va partout dans le
monde c'est le genre de discussion, c'est le genre de débat, sauf de là à
dire qu'on demande des employés de l'État de
renoncer, qu'on est en train de faire deux classes, puis trois classes de
citoyens, tu sais, il faudrait se calmer le
pompon, là. Quant à moi, on parle… Puis c'est là que je reviens à l'exigence
raisonnable, même si je devance mon propos. C'est qu'on demande à des employés,
pendant leurs heures de travail, de faire devoir de réserve et de ne pas
afficher leur appartenance religieuse. On est dans des débats d'éthique, là, de
ce temps-là, là, les commissions, puis on
parle de corruption, puis on dit que l'apparence, c'est aussi important que la
réalité, ça fait qu'il me semble, dans un contexte… quand on parle de
neutralité, bien à quelque
part il faut y aller aussi avec l'apparence.
Donc, moi, tu sais, on est loin d'avoir demandé
à des gens de renoncer à leur foi, puis à leur culte, puis à leur religion. Les trois principes, je n'y reviens pas,
je pense que tout le
monde est d'accord,
autour de cette table, avec ce que j'ai
entendu précédemment. Je viens de mentionner, quant à moi, que les exigences
sont raisonnables. Et faire en sorte de penser que ça ne s'incarnerait pas dans les personnels mais que ça ne va
être seulement que les bâtisses qui vont être neutres, il
me semble que c'est un peu une vue de l'esprit, là. À quelque part, je veux
dire, si l'État est neutre, les artisans de l'État doivent incarner cette
neutralité. Il n'y a personne dans cette salle qui rentrerait dans un établissement
scolaire, qui retrouverait… Là, j'hésite,
là, je ne sais pas si je vais prendre les croix de Mme de Santis ou je vais
prendre le hidjab musulman ou le
kippa juif. Prenez le signe que vous voudrez, mais, si la moitié ou les trois
quarts du personnel étaient… portaient… je m'en allais dire «affublés», ça aurait été
manquer de respect, mais portaient un signe religieux visible, bien on aurait de la misère à faire croire à une
population que l'école est neutre. Ça fait que n'attendons pas d'être rendus
là, parce que ça ne sera pas plus
simple. Statuons-le déjà dans des centres de petite enfance, la situation, où
il y a une majorité de personnels qui sont plutôt à porter des signes
ostentatoires. Et là, là, aïe, on va-tu être obligés de fermer le centre de petite enfance? Bien, moi, je pense qu'il y a
comme une logique. Là, je rejoins le ministre. L'exigence est
raisonnable. Elle demande quelque chose, finalement de fermer le couvert
pendant tes heures de travail. Et tu ne peux même pas, comme fonctionnaire de l'État… tu as un devoir de réserve pour ce qui
est de faire de l'action politique en dehors de tes heures de travail. Pour ce qui est de la religion,
tu pourras continuer d'essayer de convertir après tes heures de travail.
J'ai dit que
c'était un projet de loi qui se posait au bon moment. Si, pour aller dans le
sens… non, je ne veux pas dire aller dans le sens de Mme Marois, mais,
si effectivement il y a des pas qui doivent se commettre…
Le Président (M. Ferland) :
M. Parent, il reste une minute pour conclure.
M. Parent
(Réjean) : O.K., j'achevais.
S'il y a des pas qui doivent se commettre, tu sais, on dit : Bien, ça
devrait-u s'appliquer à tout ou est-ce qu'il faut y aller sectoriel? Y a-tu
certains employés qui pourraient… exclus ou inclus? Moi, j'ai tendance, en tout cas, plutôt à dire tout le monde, à ne pas y
aller d'exceptions, mais, si on veut y aller d'exceptions, je dirais, ma règle générale, c'est ceux qui ne sont pas
en contact avec la population. Tu sais, je comprends, quelqu'un qui est
dans son bureau, enfermé tout seul avec son écran… Mais, encore là, moi, j'ai
tendance à dire : Réglons le problème
maintenant puis appliquons à l'ensemble. Mais ça, regardez, je vais suivre le
débat. Moi aussi, je vais ouvrir mes oreilles puis je vais entendre au
cours des prochaines semaines. Et moi, je n'attache pas ça à l'identité
québécoise, n'en déplaise au ministre. Je pense que les choix qui sont en train
de se faire, ça va colorer notre ADN québécois, mais c'est des choix qui ont
été faits ou qui peuvent être faits par d'autres sociétés que le Québec.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, merci. Merci, M. Parent. Maintenant, nous allons débuter les échanges en
commençant par le groupe parlementaire formant le gouvernement. Je reconnais M.
le ministre pour une période de 22 min 40 s.
M. Drainville : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup, M. Parent. Ce n'est pas un rôle facile que vous
avez, premier intervenant dans cette
commission, avec toute l'attention médiatique que ça… Je vois que vous n'avez
pas perdu vos anciens réflexes.
M. Parent (Réjean) : Je pensais que
j'avais perdu ça un peu, effectivement.
M. Drainville : Non, non, je
vous assure. C'est encore… C'est bien correct.
Je peux-tu
vous demander d'abord… Vous avez fait référence au fait que vous avez fait une bonne
partie de votre carrière dans le
domaine de l'éducation. Pouvez-vous nous faire des liens entre ce que vous avez
connu dans le monde de l'enseignement
et la nécessité du projet de loi n° 60? Vous avez parlé notamment du
fait… du problème que ça pourrait poser ou que ça posera, le jour où une
majorité ou une forte proportion, par exemple, d'enseignants dans une école porteront tous le même signe religieux, vous
dites : Ça va poser le problème de la neutralité religieuse de cette
école-là, mais est-ce que vous pouvez élargir un petit peu et nous dire,
de par l'expérience que vous avez eue, vous, dans le domaine de l'enseignement,
pourquoi ce projet-là, il est nécessaire?
M. Parent (Réjean) : Étant bien sûr
de comprendre, d'abord je n'ai pas dit que l'école ne serait pas neutre au sens
légal…
M. Drainville : Dans la
perception.
M. Parent (Réjean) : …mais, pour le citoyen, dans la perception, ne serait pas perçue comme
étant neutre. Moi, je pense que… Puis là, si je le regarde d'un point de
vue scolaire, on parle d'enseignantes, d'enseignants, de d'autres personnels aussi, mais je
vais parler plus particulièrement des enseignantes, des enseignants. Ce sont
des personnes… puis différentes décisions des tribunaux sont venues
statuer sur le devoir d'exemplarité des enseignantes, des enseignants, sur leur rôle d'autorité. Donc, dans un contexte
comme celui-là, je veux dire, pourquoi le projet de loi… Puis là on vise spécifiquement les enseignants,
là, tu sais, je n'exclus pas les autres secteurs, en tout cas je ne veux pas
m'enfermer dans une logique où on aurait
seulement que le monde de l'éducation, mais, à cause de ce devoir
d'exemplarité, à cause de ce rôle
d'autorité, d'influence chez les jeunes, bien il m'apparaît important que la
personne enseignante, que les personnels en éducation qui sont en contact avec les élèves fassent montre de
neutralité, apparaissent neutres, même s'ils ont leurs croyances et...
Tu sais, tout le monde, y compris le juge à qui on voudrait interdire un signe
religieux, il aura ses croyances intérieures, mais on s'attend à une grande
neutralité et apparence de neutralité, et c'est dans ce sens-là, je pense, que le projet de loi vient répondre, je
veux dire, spécifiquement, si on le regarde par rapport au monde de
l'éducation, à la nécessité d'exemplarité, à la nécessité d'autorité, donc de
faire montre de la plus grande neutralité possible.
M. Drainville :
Pourquoi c'est important, cette apparence de neutralité, pour un élève, par
exemple? Qu'est-ce que ça...
M. Parent
(Réjean) : Ah! Bien là...
M. Drainville :
Tu sais, il y a certaines personnes qui doutent de la légitimité ou de la
nécessité de cette mesure-là, qui disent : Ce n'est pas important, ça, là,
là, que la...
M. Parent
(Réjean) : Bien, moi, si je fais de la prospection, M. le ministre,
là — puis
là vraiment, là, on fait un peu de
prospective — déjà
dans le contexte scolaire actuel, je veux dire, où on retrouve... Puis là on ne
parle pas juste des élèves, on va parler des parents : Je ne veux
pas que ce soit Unetelle qui enseigne à mon enfant ou que ça soit Untel. Puis
là on va ajouter... Puis je pourrais appliquer le même raisonnement en santé
éventuellement, pas nécessairement généralisé
à tous les patients demain matin mais graduellement, où... Pour l'élève, un, je
veux dire, commencer à se poser la question :
Le jugement que le prof pose par rapport à moi-même, c'est-u en fonction de mon
groupe d'appartenance par rapport à
son groupe d'appartenance?, de donner des faux-fuyants à des adolescents… Tu
sais, c'est à l'infini, là, votre question, je veux dire, en termes
d'anticiper ce que ça peut avoir comme conséquences ou incidences, que ce soit chez les élèves, que ce soit chez les parents :
Je ne veux pas qu'elle soit... bien, je ne veux pas que mon enfant soit
dans telle classe. J'en entends, des choses comme ça. J'en ai entendu, des
éléments comme ceux-là.
C'est
pour ça que, jusqu'à un certain point, dans un contexte d'un Québec qui a voulu
se laïciser, issu de la... Moi, je suis un enfant de la Révolution
tranquille, où on a vu graduellement nos institutions se laïciser sur le plan
de l'éducation. Bien, c'était dans un contexte aussi d'éviter de mélanger les
genres. Puis on a même... L'école n'est plus aujourd'hui, là, fournisseur du
service de préparation aux sacrements puis extension de l'Église, mais elle ne
doit pas être l'extension d'aucune Église,
l'école. Et ça, c'est important de façon à ce que l'enfant, si on parle des
enfants, là, parce que c'est effectivement sur ceux-là que vous posiez
votre question, bien il pourra, je veux dire, s'ouvrir à l'ensemble des
cultures et faire ses choix quand il aura l'âge de raison.
M. Drainville :
Vous avez parlé… À un moment donné dans votre mémoire, vous dites... enfin,
vous évoquez une des hypothèses qui a été soulevée par certains, de
dire : Bon, bien on devrait appliquer la neutralité, y compris en matière de signes religieux, seulement à certaines
fonctions, à certains agents, puis on ne devrait pas le faire pour
d'autres, et vous dites essentiellement : Si l'État est laïque, il doit
l'être complètement, là. Je vais retrouver votre citation exacte. Vous dites : «L'État est neutre ou il ne l'est
pas», hein? Et vous dites : «…je suis convaincu de la pertinence d'éviter
un traitement à deux vitesses qui compliquerait l'application ou la mise en
oeuvre du projet de loi.» Dans le fond, vous dites : Ça devrait
s'appliquer à tous les agents de l'État, la neutralité, y compris en matière
d'apparence.
là vous dites aussi : «Si le gros bon sens peut trouver son application
chez les personnels — vous
vouliez dire sans doute chez les personnes — en autorité, je crois
qu'il peut en être de même pour tous les autres visés par la loi.» En d'autres
mots, vous évoquiez… dans votre mémoire, vous disiez : Bon, bien, certains
ont dit : Peut-être ça devrait s'appliquer seulement aux personnes qui ont
un pouvoir contraignant, les policiers, les juges, et tout le reste, et vous
répondez vous-même à la question que vous soulevez en disant : Bien, si le
gros bon sens peut fonctionner pour ce qui est des juges, des policiers, et
tout le reste, il devrait pouvoir fonctionner pour toutes les personnes en
autorité.
M. Parent
(Réjean) : Oui. Moi, je vous dis, ma position...
M. Drainville :
Qu'est-ce qui vous rend si confiant que ça peut se faire puis que le gros bon
sens peut prévaloir?
M. Parent
(Réjean) : Moi, je pense, des fois on peut voir des difficultés où il
n'y en a pas pour essayer de se justifier,
dire : On ne devrait pas appliquer ou on ne devrait pas adopter tel ou tel
projet de loi parce que ça va devenir inapplicable. Fort probablement
que c'est le genre de raisonnement qui vient souvent dans... qui précède
l'adoption de projets de loi.
Moi, je… Puis là je
remonte un peu avant votre question, je dirais. Pourquoi j'ai ouvert sur cet
aspect-là? D'abord, je commence par dire : Quelque part, moi,
je crois que ça devrait s'appliquer à l'ensemble, dans un... mais je ne
crois pas non plus que ça doit être le fait de l'unanimité, d'adopter ce projet
de loi là. Ça, différemment un peu… C'est M. Ouimet qui parlait de la
députée Mourani, qui dit que ça devrait être l'unanimité qui adopte un tel
projet de loi. Dans un contexte comme celui-là...
M. Parent
(Réjean) : Pardon?
M. Drainville :
M. Tanguay.
M. Parent
(Réjean) : Ah, excusez. Je suis en train de...
M. Drainville :
C'est le député de LaFontaine.
Le Président (M.
Ferland) : Par leur
titre et non leur nom, s'il vous plaît.
M. Parent (Réjean) : O.K. Merci de me rappeler à l'ordre, M. le Président. Donc, le député de LaFontaine
référait à Mme Mourani, ancienne députée du Bloc, et… — là,
je suis en train de perdre mon fil — et qui parlait qu'un tel projet de loi devrait être adopté unanimement.
Moi, je pense que se condamner à l'unanimité, c'est se condamner à ne
plus bouger. Ça fait que donc il faut avoir un consensus significatif. Ça, je
suis plus proche de cette voie-là.
Et, quand j'ouvre
dans mon mémoire sur cette portion-là, dire : Bien là, s'il faut
éventuellement que le gouvernement ouvre à
une application sectorielle, bien il m'apparaît qu'il y a des secteurs qui sont
incontournables. J'ai parlé entre
autres du monde de l'éducation, j'ai parlé du monde de la santé, des affaires
sociales, donc, plus tout ce qui est la grande fonction publique qui est
en contact avec la population, on devrait appliquer ces principes-là.
Et là, quand je fais
référence... il semble y avoir un certain... en tout cas, tout au moins,
plusieurs partis, puis il y a comme un aval
de plusieurs à l'effet de dire : Bien, c'est normal pour les juges, c'est
normal pour les policiers. Bien, moi,
je me dis, si un policier est capable de comprendre le gros bon sens, je
présume qu'un enseignant doit avoir autant de bon sens qu'un policier
puis une éducatrice en service de garde. Ça, si ça peut trouver application
chez les policiers, chez les gardiens de
prison ou chez les juges, je pense que le reste de la société québécoise n'est
pas plus crétine, est en mesure de s'appliquer les mêmes règles. C'était
ça, le sens du mémoire, M. le ministre.
M. Drainville :
Vous avez fait référence à certains commentaires qui ont été faits. Je ne vais
pas les répéter parce que ça nous heurte
toujours un peu, hein, effectivement, de subir ces commentaires-là, parce qu'on
sait qu'ils ne nous ressemblent pas, on sait qu'on n'est pas ça. Et vous
dites, au terme de cette énumération que vous avez faite : «Ces attaques
révélaient un radicalisme dont on ne pouvait affubler le projet de
loi n° 60.»
Quelles
sont les conséquences, selon vous, de ces exagérations dans les critiques du projet
de loi? Puis là je ne parle pas de
conséquence politique, ça, on va régler ça entre nous, là, mais je parlais
plutôt des conséquences sur la population. Quand la population
québécoise entend ça, c'est quoi, les conséquences, à votre avis?
M. Parent
(Réjean) : Là, c'est vraiment un avis personnel puis c'est un peu,
bon, pour avoir participé à quelques émissions puis avoir eu des discussions
avec quelques citoyens à travers le travail que je peux faire dans les médias. La tendance : ça radicalise d'un côté
comme de l'autre. À mon avis, là, mais, regardez, là, tu sais, si on me
parle que je n'ai pas fait d'étude, là,
scientifique et empirique, je vais vous donner raison. Là, c'est plus un senti
ou une impression. Ce que je vois,
c'est une radicalisation, parce que s'accuser de grands mots fait en sorte que
des gens se radicalisent, tant pour que contre. Et, à mon avis, ce n'est
pas la bonne voie.
Moi,
je pense que… j'en reviens à... Je dis : C'est un débat légitime. C'est un
débat que l'Assemblée nationale peut poser, peut s'interroger. Il y a eu
des tentatives, il y a eu des essais, il y a eu une commission Bouchard-Taylor,
et, bon, on n'a pas encore trouvé la voie.
Ça va vous appartenir, de trouver la voie. Mais, quand on nous traite de
xénophobes, quand on nous traite d'ethnocentristes, quand on nous traite de
racistes… Puis là ce n'est pas le Parti québécois qui est traité comme tel, c'est la société québécoise. Et moi, je suis un
citoyen québécois, et ça m'écoeure, et ça… Bien, ce n'est peut-être pas
correct de dire ça de même dans l'enceinte, mais ça ne me heurte pas un
peu — je
ne veux pas contredire le ministre — ça me heurte beaucoup, parce que c'est des
débats qui, quant à moi, sont sains, puis on a le droit de se poser ces questions-là. Et, s'il y a de
quoi, on est dans une société ouverte. Puis je suis capable de dire la même
chose à des gens qui sont très procharte,
qui disent : Bien là, en Arabie saoudite, là, il n'y en a pas,
d'accommodement raisonnable pour les
chrétiens. Bien, moi, je ne suis pas partisan non plus de faire l'Arabie
saoudite à l'envers au Québec. Tu sais, je pense que c'est un... on cherche un projet de loi qui va être équilibré,
qui va être respectueux des personnes et qui va être respectueux aussi
de notre identité, identité au sens, là, qui n'est pas une identité qui est
juste propre aux Québécois, il y a des États qui ont choisi de se construire
sur une base religieuse. Même la... Je veux dire, on a une constitution canadienne qui repose sur une monarchie
constitutionnelle fondée sur le droit divin. Peut-être que des fois ça vient
nous heurter, quand on est Québécois puis on
est plus républicain, mais moi, je pense
que l'effet de nous accuser de tous les maux, d'abord, un, ça fait
perdre de la crédibilité à ceux qui essaient de nous faire accroire qu'on n'a
pas le droit de se poser ces questions-là, mais en plus ça radicalise certaines
personnes qui seraient de gros bon sens.
M. Drainville :
Vous parlez, dans votre mémoire, de l'endiguement de l'intégrisme, j'ai bien
noté votre commentaire à ce sujet-là. Je suis sûr que vous m'avez entendu, ces
derniers jours, dire qu'à mon avis le projet de loi n° 60 contribue
fortement à lutter contre l'intégrisme de trois façons. J'ai parlé de trois
façons, il y en aurait
d'autres aussi sur lesquelles je pourrais élaborer.
Je disais, d'une
part : D'abord, les intégristes souhaitent avoir un État religieux, ils
souhaitent qu'il y ait une religion d'État. Ils souhaitent, en fait, qu'il n'y
ait qu'une seule vérité au sein du pays ou de la société. Nous, on dit, par la neutralité religieuse de l'État, qu'il faut accepter,
justement, toutes les vérités. Il faut accepter que chaque citoyen
a le droit d'avoir ses croyances, qu'elles soient religieuses ou pas, d'ailleurs. Donc, première chose, premier point : la neutralité
religieuse de notre projet de loi contre la volonté des intégristes d'imposer
leur religion à l'État.
J'ai
dit aussi que les intégristes ont la fâcheuse tendance de demander des
accommodements déraisonnables pour obtenir des précédents, pour obtenir
des exceptions qu'ils vont vouloir par la suite transformer en normes sociales,
et, en mettant des balises comme on le fait
par le projet de loi, on limite, donc on freine ces demandes
d'accommodement déraisonnables.
par ailleurs, j'ai aussi dit que notre volonté d'affirmer et d'assurer donc l'égalité
entre les femmes et les hommes, c'est
aussi un moyen de lutter contre l'intégrisme, parce que ce n'est pas tous
les courants intégristes qui vont nécessairement aussi loin dans cette
volonté-là, mais très souvent on note que, dans les courants intégristes, il y
a une volonté de lutter ou de… de nier,
dis-je bien, l'égalité entre les femmes et les hommes, et le projet de charte
affirme que l'égalité entre les femmes et les hommes est une valeur
incontournable, non négociable au Québec.
Alors,
j'aimerais vous poser la question : Si vous trouvez que le projet de loi n° 60 ne va pas
suffisamment loin dans la lutte contre l'intégrisme, qu'est-ce qui
devrait être fait de plus, à votre avis, pour endiguer l'intégrisme?
M. Parent
(Réjean) : D'abord, en vous entendant, moi, je pense… Quand je
dis : Il y a un pas dans la bonne direction, je pense qu'il y a des éléments
qui effectivement affichent clairement une volonté de l'État d'être neutre. Puis c'est un choix de société, tu sais. Le
Québec, ce ne sera pas le Maroc. Tu sais, le Maroc, le chef d'État, c'est le
roi qui à la fois est le chef de l'Église, puis on mêle les deux genres, puis
le Québec, bien, on va distinguer l'Église de l'État. Donc, dans ce sens-là, oui, effectivement, si vous le regardez comme un
obstacle à l'intégrisme religieux ou à la constitution d'un État
québécois qui serait sur une base religieuse, oui, ça…
Mais,
quand je dis… Moi, je regarde actuellement… Puis là on est dans un contexte où
il y a effectivement une certaine
montée de l'intégrisme religieux ailleurs dans le monde. Plus particulièrement,
on parle de l'islam; moi, je vous dirais
qu'il y a des intégristes qui sont autres qu'islamistes. Mais, dans le projet
de loi actuel, puis c'est là que je disais que c'est très équilibré puis très… c'est plutôt mollo, l'exigence qui est
faite, c'est celle qui est faite au personnel de l'État pendant les heures de travail. Quand vous vous
retrouvez dans le projet de loi par rapport à l'égalité hommes-femmes,
là il y a moins de moyens de mis en oeuvre. Ça fait que comment ça va se
traduire, ça? Tout le débat autour, je veux dire,
de la soumission des femmes voilées par rapport à leurs hommes dans l'islam,
là, ce n'est pas un débat qui est abordé par le projet de loi, là, tu
sais. Même on est loin d'être à la française, là. L'étudiante, l'étudiant dans
une école ou le patient, il va vouloir se présenter avec ses signes religieux
visibles, ce n'est pas remis en question.
Mais
c'est là que, quand je dis «l'endiguement de l'intégrisme», cette espèce de
montée, le financement, là… Puis là je ne veux pas embarquer dans
l'histoire internationale, comment, finalement… l'Arabie saoudite qui à tort se
déploie sur la planète pour subventionner,
financer des mosquées. Puis je ne pense pas que le Québec soit rendu là,
quoique, si vous parlez à certains musulmans,
ils vont vous dire : Oui, c'est presque rendu là. Moi, j'ai une
belle-soeur syrienne. Pour elle, je
veux dire… elle est très procharte puis elle dit : Ne regardez pas ça
juste avec vos yeux de Québécois, regardez ça avec vos yeux du monde. Ça
fait que c'est dans ce sens-là que les mesures spécifiques, comment est-ce qu'on place l'égalité hommes-femmes,
comment ça va se traduire, comment on... tu sais, même malgré que... Pas
malgré, je dirais, heureusement que les employés de l'État devront
afficher cette neutralité, mais il n'en demeure pas moins que, dans la société
québécoise, il va rester des questions en suspens par rapport à cet intégrisme
religieux là.
M. Drainville : Vous parlez des employés. Est-ce que
vous trouvez... Moi, je trouve ça assez fascinant : dans ce débat-là, je n'ai entendu personne remettre en question
le principe de la neutralité politique des fonctionnaires. Personne, à ma connaissance, n'a remis en question le principe de la
neutralité politique des fonctionnaires qui inclut
l'interdiction d'afficher ouvertement ses convictions politiques, donc qui
inclut l'interdiction de porter des signes politiques. À ma connaissance, tout
le monde au Québec, en tout cas qui a pris part à ce débat-là, est d'accord… ou
en tout cas il n'y a personne qui a émis de désaccord.
Donc,
de façon générale, je pense que…
ça, je suis sûr de le dire, là, je pense que je peux le dire, il y a un
consensus très fort sur la neutralité politique des fonctionnaires, y compris
l'interdiction d'afficher leurs convictions politiques. Et pourtant, quand on
arrive puis on dit : La neutralité religieuse devrait inclure aussi,
logiquement, l'interdiction d'afficher tes convictions religieuses, ah, là, les
gens disent : Ah non, là, ce n'est pas pareil, ce n'est pas pareil. La neutralité politique, ça, c'est correct.
L'interdiction des signes politiques, ça, c'est correct. La neutralité
religieuse, on est peut-être d'accord
sur le principe, mais il ne faut surtout pas interdire le droit à quelqu'un
d'afficher ses convictions religieuses.
Comment vous
expliquez, vous, cette espèce de contradiction?
M. Parent
(Réjean) : Bien, moi, bon, je pense que la politique est peut-être
affaire plus d'humains, alors que la religion est affaire de Dieu. Et la
tendance, je veux dire, à avoir des droits, là... On présente ça comme un droit
fondamental. Moi, bon, je n'ai pas la
prétention d'être un juriste. Je suis un citoyen, je l'ai dit tantôt. Dans mon
livre à moi, ce n'est pas un droit
fondamental que de pouvoir porter un signe religieux pendant ses heures de
travail. C'est un droit fondamental, par exemple, de pouvoir avoir sa
liberté de culte, de pouvoir pratiquer, d'avoir la foi qu'on veut, de pratiquer
sa religion selon les préceptes. Mais, encore là, sur les signes, tout ça,
c'est plutôt dans le vague que vague, ce qui
détermine la nécessité ou l'obligation. En tout cas, le Coran ne fait pas
obligation de porter tous ces signes-là. C'est plutôt un comportement
qui s'est développé dans le XXe siècle avec un caractère hégémonique, ce
qu'on appelait islam puissance.
Ça fait que donc... Mais pourquoi, là — parce
que je suis en train encore de m'éloigner — pourquoi la contradiction? C'est que souvent on a tendance…
ah, c'est religieux, aïe, ça, c'est fondamental, ça, c'est religieux,
alors que les droits
politiques, ce n'est pas nécessairement perçu avec la même fondamentalité, là,
tu sais : Regarde, tu es capable de te retenir de parler de
politique ou de ne pas t'afficher politiquement.
En même temps, vous me posez la question, là.
Regardez, posez la question à ceux qui n'y voient pas de contradiction. Moi, je n'ai pas de misère à ne pas
porter de signe religieux puis je n'ai pas de misère à ne pas afficher
mes allégeances politiques.
Drainville : Parce
que, je vais vous dire, je trouve ça fascinant, parce que la liberté d'afficher
ses convictions politiques, c'est un droit qui relève de la liberté
d'expression, le droit d'afficher sa religion ou ses convictions religieuses
procède de la liberté de religion, et donc ceux qui sont contre... ceux qui
sont pour la neutralité politique, y compris
en matière de signes politiques, mais qui sont contre l'interdiction sur les
signes religieux qui découle, donc, de notre
conception de la neutralité religieuse, c'est comme si, dans le fond, ils
disaient : La liberté d'expression est moins importante que la
liberté de religion…
M. Parent (Réjean) : Ça peut...
M. Drainville : …parce qu'ils
disent : C'est correct de ne pas permettre à quelqu'un d'exprimer ses
opinions politiques sur les heures de
travail, mais ce n'est pas correct de lui interdire d'exprimer ses convictions
religieuses sur les heures de travail.
Alors, c'est
comme s'ils disaient : La liberté d'expression en matière politique est
moins importante que la liberté de religion.
Moi, je ne suis pas d'accord avec ça, moi, je pense que la liberté d'expression
est tout aussi importante que la liberté
de religion. Et donc, si la liberté d'expression peut s'accommoder d'une
neutralité politique pour les fonctionnaires, je vois très, très mal
pourquoi la neutralité religieuse ne pourrait pas s'accommoder d'une
interdiction d'afficher ses convictions religieuses pendant les heures de
travail quand tu es un agent du service public, du service public.
M. Parent
(Réjean) : Moi, je n'ai aucun problème avec ça, M. le ministre. C'est pour ça que, quand vous me posez la question, là… Moi, la liberté d'expression, je le sais
comme salarié de l'État parce que j'ai été salarié de l'État longuement dans ma vie, il y avait un encadrement à cette
liberté d'expression. Tu sais, on a mis beaucoup l'accent, avec les chartes, sur les droits pour perdre de
vue les obligations. Moi, je
pense qu'il faut trouver le juste équilibre entre les droits et les obligations,
et c'est pour ça que je qualifie vos exigences de raisonnables. Parce qu'on
parle souvent d'accommodements raisonnables; là, c'est les exigences qui sont
posées. Mais c'est au même
titre vrai, je veux dire, par rapport à… dans l'exercice
de son travail, quand on confine notre expression. Je veux dire, il y a un certain devoir de réserve, il
y a une certaine éthique. C'est vrai
dans l'exercice de ses droits religieux, puis ça va être vrai dans l'ensemble
de nos droits.
Le Président (M. Ferland) :
M. Parent, c'est terminé pour ce bloc, la
partie du gouvernement. Maintenant,
je reconnais le porte-parole de l'opposition officielle, le député de LaFontaine,
pour un temps de 18 minutes et des poussières, là.
M. Tanguay : Parfait. Merci
beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup, M. Parent. Bienvenue ce matin
en commission parlementaire. Merci d'avoir pris le temps de réfléchir sur la question,
d'avoir rédigé votre mémoire et de nous le présenter aujourd'hui.
J'aimerais
donc prendre la balle au bond et vous demander, là, de façon... selon votre
perception… Puis, je pense, c'est
important de bien établir, pour les gens qui nous écoutent à la maison, les
fondements, les postulats à partir desquels vous bâtissez votre
raisonnement et votre présentation — puis on vous en remercie.
Ma première question, j'aimerais savoir,
M. Parent… Vous vous souvenez, là, tout à l'heure j'ai cité, là, l'abbé Gravel qui disait : «Moi, je porte ma
croix et je n'impose pas ma religion à personne.» Est-ce que, selon vous,
il est concevable… Et je prendrai l'exemple
de porter la kippa pour un Juif. Est-ce que, selon vous, il est concevable
qu'une conviction religieuse puisse également inclure la conviction de porter
un signe et l'importance de porter un signe? Et prenons l'exemple du Juif avec la kippa. Est-ce que, selon vous, c'est
concevable comme postulat qu'effectivement, oui, dans sa conviction religieuse, sa religion, porter la kippa, c'est
important, et il doit le faire? Est-ce que vous reconnaissez ça?
M. Parent (Réjean) : Moi, pour la
personne pratiquante, qu'elle considère que c'est important, je peux
reconnaître qu'elle, elle trouve que c'est important pour elle. Si vous me
demandez autrement la question : Est-ce que
vous considérez que c'est un droit, pour la personne, qu'elle puisse porter sa
kippa, ou son hidjab, ou son turban, ou sa croix pendant ses heures de
travail?, moi, je dis non. Mais là, regarde, je comprends qu'elle y tienne beaucoup,
à son signe, mais je ne le transforme pas en
droit. Pour moi, ce n'est pas un droit fondamental. Ce n'est pas d'observance stricte, ce n'est pas… Ça peut être important
pour… Il y a bien des choses qui sont importantes
pour moi, il y a bien des choses sur lesquelles j'ai dû plier dans ma vie de travailleur. J'aurais voulu faire autrement, mais je vivais à l'intérieur d'un régime avec des normes.
J'avais des droits, mais j'avais des obligations. Et, si je n'avais pas été à l'aise avec ces
droits-là… Moi, je suis un pacifique; je ne suis pas allé travailler
dans une usine de chars d'assaut. Ça fait que, tu sais, c'est sûr aussi qu'il faut que tu trouves une certaine… une
conformité de tes valeurs avec les valeurs de l'entreprise. Bien, moi, à
votre question : Est-ce que c'est
important pour elle?, je peux vous dire : Oui, fort probablement que, pour
elle, c'est important. Mais maintenant, pour moi, est-ce que ça
constitue un droit fondamental au point que le législateur ne pourrait pas
légiférer?
Tanguay : Est-ce que… Et juste pour bien comprendre votre
réponse, donc, pour vous, l'importance, oui, de la liberté de religion
n'inclut pas, dans les cas que l'on nomme, là, le port de signes religieux. Je
prenais l'exemple d'un Juif avec la kippa. Pour vous, la liberté de religion
n'inclut pas — puis
c'est important de le comprendre dès maintenant — l'obligation pour un croyant de porter un
tel signe religieux. Pour vous, il faut les dissocier, les deux, là.
M. Parent (Réjean) : Répétez votre
question pour être sûr.
M. Tanguay : Aussi
fondamentale que soit la reconnaissance de la liberté de religion, selon vous,
ça n'inclut pas l'obligation de porter un signe?
M. Parent (Réjean) : Bien, moi, je ne pense pas que ça inclut
l'obligation de porter un signe dans les heures de travail, là. Tu sais, ça va jusque-là, là.
Regardez, la liberté de religion, c'est de pouvoir choisir sa religion, c'est
de pouvoir la pratiquer selon les
préceptes de la religion. Qu'on veuille l'afficher, moi, je… puis qu'on veuille
faire du prosélytisme, je suis capable de reconnaître qu'un chrétien
veuille en convertir d'autres, comme un islamiste, ou tout ça, mais je ramène toujours ça dans le cadre du projet qui
nous est soumis, l'exigence qui est posée est à travers les heures de
travail. Peut-être que ça aurait été plus
compliqué dans un contexte… j'aurais plus de réserves si vous me disiez :
Aïe, c'est-u normal, je veux dire, il
a fini son travail puis encore là, tu sais, sa croix, il faut qu'il la laisse
rangée ou… Ce n'est pas ça qui est
dans le projet de loi. Ça fait que
c'est pour ça que, je pense, j'en suis… Je suis capable de comprendre les
émotions du monde, mais, leurs émotions, est-ce que ça doit gouverner le Québec?
Ça, c'est une autre paire de manches.
M. Tanguay : Est-ce
que, M. Parent, vous mettez... Parce que,
vous savez, à partir du moment où on est citoyen québécois, qu'on a
18 ans, on peut voter aux élections, puis dans notre vie on vote des fois…
à
part celles et ceux qui sont militants,
mais même là, comme militants, il y
en a qui ont changé de parti. Alors,
dans la vie typique, évidemment, il y
a la partisanerie, on peut voter
libéral, on peut voter Parti
québécois, il y a des
gens qui vont... Est-ce que vous mettriez la partisanerie au même pied
qu'une conviction, sur le même piédestal qu'une conviction religieuse? Est-ce
que l'importance de la partisanerie est égale à une conviction religieuse,
selon votre conception?
M. Parent
(Réjean) : Même si on peut
changer de religion aussi dans la vie, hein? On parle de partisanerie parce
qu'on peut changer de parti, mais y compris... on a vu des chrétiens se
convertir à d'autres religions comme d'autres religions se convertir à la
chrétienté, donc...
Mais est-ce que
je mets ça sur le... Personnellement… Bien, c'est parce que,
là, vous parlez de partisanerie politique versus la religion. Non.
Sûrement que, là, il y a un piège que je ne vois pas encore, mais je vais le
voir au fur et à mesure, là.
M. Tanguay : Non, non, mais
je... Non, non, il n'y a pas de piège, là. On jase, là, M. Parent, on
jase. Il n'y a pas de piège.
M. Parent (Réjean) : Ah! Bien,
regardez, si on jase pour jaser...
M. Tanguay : Donc, vous
dites, vous ne mettez pas ça sur le même pied. La partisanerie politique et une
conviction religieuse — c'est
important, là — vous
dites non.
Pourquoi vous dites non pour la… ce n'est pas
sur la même importance dans les deux cas?
M. Parent
(Réjean) : Bien, moi, je
pense que... Regardez, moi, je ne
suis pas un religieux, là, je suis athée, mais je pense qu'une personne
qui a fait son choix spirituel à travers l'observance d'une religion ou d'une
autre ça doit être quelque chose d'assez majeur ou important pour elle. Je
présume que tu changes moins facilement de religion que tu changes de parti
politique. Ça fait que... Mais là...
M. Tanguay : Et, dans le
fond, vous faites écho au vieil adage : La politique, ce n'est pas une
religion. Je me rappelle, moi, je me suis fait... j'ai déjà entendu ça souvent,
hein : La politique, ce n'est pas une religion. Et je pense que vous
faites écho à ce vieil...
M. Parent (Réjean) : Mon grand-père
puis le curé de la paroisse, en Gaspésie, eux autres en avaient fait une
religion puis...
M. Tanguay :
Ils en avaient fait une religion, puis certains diront que d'autres aujourd'hui
en font une religion.
M. Parent
(Réjean) : L'enfer était
rouge, puis le ciel était bleu, là. Mais, rendu à notre âge, c'est moins vrai,
M. Tanguay :
O.K. Alors, juste pour conclure sur cet aspect-là, évidemment, on se rend
compte que, lorsqu'on veut limiter la
partisanerie, l'expression... On vient de conclure que la politique, ce n'est
pas une religion. Lorsque l'on veut
limiter l'expression d'une partisanerie, ce n'est pas sur le même piédestal que
lorsque l'on veut interdire un signe religieux
qui participe d'un sens que l'on donne à sa vie. On ne donne pas un sens à sa
vie en étant libéral, ou péquiste, ou caquiste, on donne un sens à sa
vie par la religion. Et certains auront la conviction qu'ils doivent porter un
signe, pas toutes les
religions mais certaines religions, et certaines personnes même dans toutes les
religions auront l'occasion de dire : Bien, moi, je dois porter ce
signe-là. Alors, je pense que c'est important de faire cette distinction-là.
M. Parent, vous avez eu l'occasion de lire
les commentaires des anciens premiers ministres, Jacques Parizeau qui disait précisément, sur l'interdiction de
porter des signes religieux, qu'elle devait davantage préciser les balises,
ce sur quoi, vous l'avez bien dit dans votre mémoire… ce sur quoi tout le monde
s'entend, préciser les balises quant aux accommodements. Et il concluait :
Au fond des choses, pourquoi diable est-ce qu'on veut légiférer là-dessus? Fin
de la citation. Ça, c'était Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et…
pensez-vous de ces sorties qui ne sont pas anodines d'anciens premiers ministres du Parti québécois qui sont contre cette proposition
d'interdire les signes religieux chez un grand groupe de Québécoises et
Québécois?
M. Parent (Réjean) : Si vous me
permettez, avant de tomber dans cette question-là, je vais revenir un peu sur
la partisanerie et la religion.
M. Parent (Réjean) : Si je suis
votre raisonnement puis que c'est encore plus fondamental, la religion, ça doit être vrai pour toutes les communautés. Et, dans
un contexte comme celui-là, ça doit être encore plus vrai qu'il faut interdire les signes religieux visibles pendant
les heures de travail pour refléter l'État laïque ou l'État neutre, parce
que c'est encore plus sensible.
Mais, ceci dit, regardez, vous allez avoir
250 autres heures pour pouvoir échanger sur la question. Moi, je respecte les propos des ex-premiers ministres
comme je respecte votre propos, comme je respecte les propos du ministre
Drainville. Je suis en désaccord. Moi, je
pense que les options, les choix qui ont été faits par M. Parizeau,
M. Bouchard... Bon, M. Landry, je
ne sais pas exactement, parce que, dépendant de la journée que tu lui parles,
il a comme tendance à dire : Peut-être j'ai parlé trop vite ou... Mais,
bon, mettons que M. Bouchard, M. Duceppe, à qui j'ai parlé parce que
lui aussi a fait une déclaration, puis vous ne l'avez pas mentionné, et…
M. Tanguay : Il y en a plusieurs,
hein?
M. Parent (Réjean) : Bien, il y en a
plusieurs, bien oui, puis c'est…
M. Tanguay : Pourquoi il y en
a plusieurs comme ça?
M. Parent
(Réjean) : Mais c'est tant
mieux, c'est tant mieux. Non, mais ça donne d'abord, un, un grand
signe, je veux dire, que, même si on peut avoir une même partisanerie politique,
on peut avoir des opinions différentes sur des sujets. Ça fait que ça…
M. Tanguay : …pas une
religion.
M. Parent (Réjean) : Hein?
M. Tanguay : Ce qui n'est pas
une religion.
M. Parent
(Réjean) : Bien, oui, oui.
Puis ça, j'espère que ça s'applique dans tous les partis du Québec,
hein?
M. Tanguay : Tout à fait. La
réflexion, exactement.
M. Parent (Réjean) : Vous avez bien
compris, bon, vous avez bien compris. Moi…
M. Tanguay : Des fois, on voit une fausse
unanimité, hein, c'est important de réfléchir. Mais je vous… Excusez-moi,
je vous ai coupé.
M. Parent
(Réjean) : Il n'y a pas de
problème, M. le député de LaFontaine. Mais, où je voulais en arriver,
moi, je pense… Puis là, regardez, pour ne
pas… comme je n'ai pas parlé avec M. Parizeau puis avec M. Bouchard,
là, je vais me garder une petite
réserve. Moi, je pense qu'ils sont profondément en accord avec la vision
gouvernementale. Cependant, je pense qu'ils trouvent que ça va trop
vite. Et moi, je suis plutôt du genre à penser qu'ils ne vont pas assez vite.
Ça fait que
vous voyez que, dans une société, il peut y avoir différentes façons de
constater et de regarder. Moi, je serais allé plus loin que le projet
que le ministre a mis de l'avant, mais je suis capable de respecter son projet.
Fort probablement… Puis ce que j'ai essayé
de décortiquer, là, c'est vraiment, là… et là vous avez raison de le dire,
c'est une impression. Moi, mon
impression, c'est que, pour eux autres, là — un peu ce que vous mettez de l'avant — commençons
par planter les clous qui sont facilement
plantables, puis on verra plus tard. Moi, j'ai tendance à dire :
Occupons-en-nous maintenant parce que ça va devenir encore plus complexe
plus tard.
M. Tanguay :
Dernière question, M. Parent, en ce qui me concerne, parce que je veux
céder, M. le Président, la parole à mes collègues qui auront des
questions. Selon vous, est-il tout à fait possible… Et, je pense, vous, comme ancien président, là, d'un syndicat, il faut déjà le
reconnaître, que des personnes vont perdre leur emploi à cause de cette
interdiction-là. Est-ce que vous, vous n'êtes pas de ceux qui se mettraient la
tête dans le sable en diminuant ça? Reconnaissez-vous effectivement le risque
qu'il y a des gens qui vont perdre leur emploi avec ça?
M. Parent
(Réjean) : D'abord, un, je
présume que la présidente qui m'a succédé à la Centrale des syndicats du
Québec un jour viendra témoigner devant cette commission puis pourra répondre
de façon spécifique. Je pense qu'ils ont annoncé… ils ont affiché leurs
couleurs.
Mais, si vous
demandez au citoyen Parent, moi, ce que je vais vous dire, c'est que, dans le
monde du travail, comme salariés, on est soumis à différentes normes, à
différentes obligations. On a des droits contractuels, mais on a aussi des obligations, et on peut être licenciable,
congédiable pour différentes raisons. Et, dans un… Moi, j'ai compris que
ça pouvait être une raison invoquée. Mais,
tu sais, la contrepartie, c'est que, si je ne suis pas d'accord avec une norme
ou avec une loi, je fais comme je veux.
Bien, je suis convaincu que vous-même, vous ne seriez pas d'accord pour
dire : Bien, on va semer
l'anarchie un peu partout, hein? Pour avoir déjà discuté avec l'ex-chef ou le
premier ministre, le prédécesseur de l'actuel ministre, dans le conflit
étudiant il avait hâte de sortir de l'anarchie.
Moi, je pense
que, dans une société, c'est normal qu'à un moment donné il s'édicte des normes
puis qu'on apprenne à vivre avec. Tu sais, moi, je suis conscient, là,
que, si quelqu'un se présente une demi-heure en retard au travail tous les
matins, il risque d'être congédié.
M. Tanguay : …M. le
Président, je vais laisser la parole à mes collègues.
Le Président (M. Ferland) :
Je reconnais la députée de… Bourassa-Sauvé, je crois.
Mme de Santis :
Merci beaucoup, M. le Président. Combien de minutes il me…
Le Président (M. Ferland) :
Il reste environ six minutes.
Mme de Santis :
O.K., très courte, une question. D'après le projet de loi, on parle de signes
religieux ostentatoires, et on dit
aussi qu'on va laisser au gouvernement de déterminer c'est quoi, un signe
ostentatoire. Dans votre mémoire…
M. Parent (Réjean) : Votre croix était
passablement ostentatoire.
Mme de Santis :
Exact. Dans votre mémoire, vous avez remarqué que nous ne retrouvons aucune
référence spécifique à une religion à
l'intérieur de ce projet de loi. Comme vous avez dit, je suis rentrée dans
l'Assemblée nationale avec une croix ostentatoire, mais le jour avant je
suis rentrée avec une croix qui n'était pas ostentatoire. En tant que
chrétienne, je peux porter une petite croix et je peux porter une croix que
tout le monde va remarquer. Si je suis un homme
juif, je porte une kippa, la kippa peut être ostentatoire si mes cheveux sont
blancs et la kippa est noire, mais… Si mes cheveux sont blancs et la
kippa est noire, c'est ostentatoire.
Comment on
porte un voile qui n'est pas ostentatoire? Comment on porte un turban qui n'est
pas ostentatoire? Est-ce qu'il n'y a pas là une certaine discrimination?
Quand j'ai
porté la croix ostentatoire, ce que je voulais indiquer, c'est que moi, j'ai le
choix de porter quelque chose qui est beaucoup moins visible, mais, si
j'étais d'une autre appartenance religieuse, ça serait très visible. Quelle est
votre opinion là-dessus?
M. Parent
(Réjean) : Bien, c'est sûr que je pourrais porter un
scapulaire sous ma chemise puis j'aurais mon signe religieux non
visible. Je pense, quand on parle de, justement, ostentatoire… Moi, j'ai
préféré utiliser l'expression «visible».
Moi, je fais plutôt confiance au bon jugement de l'homme de la rue. Tu sais, dans le fond, le principe en arrière de ça, c'est faire preuve de neutralité,
incarner la neutralité. Bien, effectivement, dans un contexte comme celui-là, à
savoir, là, il va-tu falloir mesurer la
hauteur de la croix ou du scapulaire, ou, le foulard, c'est-u un foulard
islamiste ou c'est un foulard de dame coquette, tu sais… Mais à quelque
part il me semble que la règle, c'est : Tu n'affiches pas tes
appartenances religieuses.
Ça fait que
c'est sûr qu'il y a des gens qui pourraient peut-être essayer de
contourner. Moi, je ne vois pas ça comme discriminant, je vois ça tout
simplement, regarde, pendant les heures de travail, faire preuve d'abstention
d'affichage, devoir de réserve. Bon, je
comprends que la politique n'est pas une religion, mais essaie de faire
comme avec la politique. Puis, dans ce sens-là, moi, je ne suis pas tant
dans l'ostentatoire puis… je suis plus : Est-ce que vous avez apparence de
neutralité? Là, aujourd'hui, il me semble… Mais peut-être que je me trompe totalement,
parce que je ne vous vois pas d'assez près.
Mme de Santis :
Merci. Je laisse la parole à mon collègue.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, je reconnais le député de Lotbinière-Frontenac. M. le député.
Lessard : Merci beaucoup. Merci, M. Parent. J'ai peu de temps, donc je vais poser la
question directement. Dans votre
mémoire, vous ne prévoyez pas de problème de… peut-être vous prévoyez même peut-être
que la concrétisation peut être
laborieuse, donc l'application. Dessus les principes, on s'entend, là, la
neutralité de l'État, l'égalité hommes-femmes, à visage
découvert, etc. Je regarde, les deux unions municipales actuellement,
aujourd'hui, au Québec, sont incapables de
se faire une idée sur le projet de
loi, sur son application. Je m'en vais payer mes taxes.
Vous dites «la neutralité». Je
m'en vais payer mes taxes, j'arrive au
service au comptoir, la personne a une croix. Écoute, ça coûte
1 195 $. Ça coûte 1 195 $.
Que la personne ait une kippa, un foulard, etc., une petite croix, vous, vous
trouvez que ça influence le 1 195 $, dans votre application,
parce que vous dites : La perception, c'est ça?
M. Parent
(Réjean) : Vous êtes ancien maire. Vous devez savoir où ça a été
influencé, la taxe, là.
Lessard : Oui. Je fais affaire avec la… Je vous donne une
série d'exemples parce que… Le citoyen ordinaire s'en va à l'école. Ça veut dire que le concierge… Le concierge, lui,
peut-il porter sa croix? Le service de bibliothèque, service de
technicien, bon, il n'est pas en relation d'influence. Parce qu'on traite de la
question de qui qui est en autorité. Là,
vous parlez souvent des enseignants, mais, le service de technicien en
laboratoire, je ne le sais pas, tout le personnel qui gravite alentour.
Parce
que, là, le ministre l'étend à tout le monde. Exemple : la Société
d'habitation, qui donne du logement social, on vient de convertir une
église à Thetford Mines, une ancienne église. Il y avait une croix après le
bâtiment, ils ont dit : On l'arrache-tu ou pas? Le curé est venu bénir.
Ils ont reçu une subvention. Alors, tout le monde qui sont à la Société d'habitation,
qu'ils soient en relation ou pas avec le citoyen, la journée qu'ils le
deviennent, en relation…
Alors,
comment le citoyen va finir par comprendre notre affaire? Parce qu'il y a un
débat entre eux autres : Qui qui va
le porter, qui qui ne va pas le porter? Sincèrement, est-ce qu'il y a un
problème d'application, sincèrement, dans ce que le ministre présente
actuellement?
M. Parent (Réjean) : Bien, moi, je pense que ça risque d'en créer un la journée où on veut
faire des exclusions, bon, où on établit une règle générale, c'est tout
le monde avec des exclusions, ou on établit spécifiquement telle ou telle
personne, mais qu'on créé deux régimes, et là ça va être : Pourquoi Untel,
pourquoi pas Untel? Moi, j'ai plutôt tendance à dire tout le monde, puis à un
moment donné ça va faire
partie des moeurs puis de la société québécoise.
Mais maintenant, là,
quand vous dites, monsieur… — je m'en allais dire «M. Lessard» — M. le
député de Lotbinière : Est-ce que ça n'aurait pas une incidence?, fort probablement
qu'il peut y avoir des citoyens qui, parce que vous portez…
Président (M. Ferland) : Merci, M. Parent. C'est le temps
qui nous était imparti pour le parti de l'opposition officielle.
M. Parent
(Réjean) : Ah! Bien, ça aurait été un plaisir de vous répondre. À la
prochaine.
Président (M. Ferland) : Maintenant, je reconnais la
porte-parole du deuxième groupe d'opposition officielle, la députée de
Montarville, pour un temps de 4 min 30 s à peu près.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. Parent. Merci pour votre
mémoire.
D'abord,
d'entrée de jeu, j'aimerais préciser quelque chose pour les téléspectateurs qui
nous écoutent. J'aimerais spécifier
que le deuxième groupe d'opposition, la CAQ, on veut interdire le port de
signes religieux chez les enseignants du primaire et du secondaire de même que chez les directions d'école. Et je
vous dis ça parce que vous avez passé votre vie en éducation, vous
connaissez ce domaine-là. Et vous êtes aussi un négociateur, un syndicaliste,
un négociateur, et c'est à cet égard-là que
j'aimerais vous entendre, parce que vous conviendrez avec moi que, lorsqu'on
négocie pour arriver à une entente, si on veut vraiment une entente, il
faut faire des compromis en quelque part.
la lumière de ce que vous savez jusqu'à présent des débats, de tout ce qu'on a
entendu, lu, les propos du ministre, selon
vous, est-ce que le ministre, le gouvernement est prêt à faire des compromis et
veut faire des compromis pour avoir une entente? Puis là je parle au
négociateur, là, qui sait comment ça fonctionne.
M. Parent (Réjean) : Bien, moi, si j'étais le ministre négociateur, je me serais comporté
comme il se comporte jusqu'à présent : faire preuve de fermeté au
point de départ mais me garder des cartes pour éventuellement, la nuit des longs couteaux, faire les affaires qui
pourraient rejoindre, je dirais, à la fois sa base puis rejoindre la base de
vos partis, là. C'est vous qui me posez la question.
Donc,
moi, je pense qu'un négociateur n'est pas obligé de mettre toutes ses cartes
sur la table au point de départ. Comme on dit dans notre jargon, il
n'est pas obligé de se déshabiller tout de suite. Et, moi, c'est ce que je
comprends actuellement, c'est qu'il ne se
déshabille pas, il place les éléments qui sont importants, et, si j'étais le
chef négociateur dans ce dossier-là,
j'aurais adopté passablement cette attitude-là, là, de bien... comme vous le
faites vous-même pour aller à nos endroits, parce que la même question
va se poser. Si j'étais à votre place, je ferais un peu comme vous faites,
c'est de la saine négociation. Mais
éventuellement vous allez entendre plusieurs heures d'audience, puis
éventuellement il y a des bonnes idées qui vont sortir à gauche et à
droite puis vous allez essayer de trouver le chemin commun. Je vous le souhaite, je nous le souhaite comme société
québécoise parce que c'est un dossier qui, de toute façon, s'il ne trouve
pas aboutissement maintenant, il va être dans l'air. Chez nous, dans le
Bas-du-Fleuve, on dirait : C'est comme un feu de tourbière. Ce n'est pas parce qu'on ne le voit pas qu'il n'est pas en
train de ravager, ça fait qu'on est mieux de s'en occuper.
Mme Roy
(Montarville) :
Cela dit, vous avez dit quelque chose d'autre avec lequel je suis d'accord.
Vous avez dit : Quant à moi, un signe ostensible, ostentatoire, je
n'aurais pas dit ça, je les aurais interdits. Je suis d'accord avec vous, c'est notre position. D'ailleurs, nous, ce que
nous disons, c'est : Nous devons interdire le port de signes religieux, point. Parce que, dans le
pratico-pratique, dans le monde de l'éducation, comment allez-vous voir
l'application, la vérification des signes
religieux ostentatoires? Comment ça va se faire, dans les faits, d'aller
vérifier si la croix que porte l'enseignante, elle est légale ou elle
est illégale? Est-elle trop grande? Est-elle trop petite? Comment vous allez
voir l'application de ça?
M. Parent
(Réjean) : Moi, je pense que
vous répétez ce que je mentionnais à Mme de Santis. À un moment donné, là, regarde, la règle étant la règle, un coup
qu'elle est établie clairement, bien, vit avec la règle. Puis moi, je pense
que c'est plus facile de dire :
Regarde, fais montre de discrétion, porte-z-en pas. C'est pendant les heures de
travail. C'est pour ça que moi, je
reviens souvent, là, à exigence raisonnable. Est-ce démesuré? On n'a pas
demandé à personne de renoncer à sa foi puis on ne leur demande pas de
ne pas en parler en dehors des heures de travail, ils peuvent même continuer,
je veux dire, de tenter de convertir ou de
faire du prosélytisme en dehors des heures de travail, mais, à l'intérieur des
heures de travail, regarde, exerce un devoir de réserve.
Mme Roy
(Montarville) : Donc, si on revient à l'application de la
loi, savoir ce qui est ostentatoire ou non, pour vous, ce n'est pas
suffisamment clair, il faudrait être plus clair pour que ce soit applicable à
cet égard-là.
M. Parent
(Réjean) : Moi, je pense...
Regardez, pour vous avoir vu dans vos démonstrations avec votre règle,
là, moi, je pense que vous avez bien raison, je vais vous rejoindre sur ce
point-là, là. Tu sais, soyons clairs, c'est pas de signe, puis merci, bonsoir, ou… pas de signe ou, comme je le disais
tantôt, si tu as un scapulaire sous la chemise, s'il n'est pas apparent…
Moi, c'est pour ça que j'ai utilisé le mot «visible».
Mme Roy
(Montarville) :
À l'intérieur de la chemise, on ne le voit pas.
M. Parent (Réjean) : C'est ça. Bien
là...
Mme Roy
(Montarville) : Bien, M. Parent, j'ai même dit à
M. Drainville dans certaines entrevues, je ne sais pas s'il les a
entendues, mais : Vous vous compliquez la vie, M. le ministre.
Simplifiez-vous la tâche en interdisant le port de signes religieux, point.
Cela dit, il me reste à peine quelques secondes,
je pense.
Le Président (M. Ferland) :
C'est tout le temps qui était imparti, Mme la députée.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci, M. Parent.
Le Président (M. Ferland) :
Maintenant, je reconnais le député de Blainville pour un temps de 4 min 30 s
environ. M. le député.
M. Ratthé :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Parent. Merci pour le dépôt de votre
mémoire. Je veux revenir sur un paragraphe dans lequel vous nous dites
qu'on semble esquiver certains points. Et je ne voudrais surtout pas qu'on les
esquive ce matin, vous êtes là avec nous.
Alors, vous nous parlez évidemment…
Parce que, souvent, ce qui heurte les citoyennes, les citoyens, peu
importe la religion, c'est lorsqu'on s'en
prend peut-être un peu plus personnel à leurs propres convictions ou que
l'application de la loi va les toucher de façon un petit peu plus
personnelle. Et c'est là que l'émotivité, je vais dire, entre en compte et
qu'on sent des réactions, d'où...
M. Parent (Réjean) : Surtout quand
c'est religieux.
M. Ratthé : Oui, surtout
quand c'est religieux, d'où souvent la tendance à vouloir faire des exceptions.
Vous nous dites carrément : On a esquivé
certains… «…à cause de contraintes réglementaires ou politiques à court terme, n'aborde pas ou esquive certaines
questions épineuses…» Bon, vous
parlez du crucifix dans l'enceinte
de l'Assemblée nationale, le port de signes religieux ostentatoires par les
élus et le financement public des institutions privées sur un projet de loi… religieux. J'aimerais vous entendre un peu plus là-dessus,
parce que vous l'avez mentionné à quelques reprises,
mais, quant à vous, il faudrait que le projet de loi aille aussi loin que ça,
là, quand je parle surtout des institutions privées fondées sur la religion.
M. Parent
(Réjean) : Bien, c'est parce qu'à partir du moment où on met un
financement public à des institutions privées que leur projet éducatif…
Là, je parlais… C'est sûr que, dans mon livre, c'étaient principalement, là,
nos reliquats de la Révolution tranquille, le compromis fait avec l'Église à
l'époque, où on a conservé des écoles privées, cours classique, fondées sur un projet religieux qui aujourd'hui
continuent de vivre, financées et fondées sur un projet religieux. Ou ils renoncent à leur projet religieux
puis ils recevront le financement, là. Moi, je n'ai pas voulu ouvrir le
débat sur le financement ou pas des… mais, tu sais, à quelque
part il y a comme
une rigueur à y avoir.
Mais en même
temps je vous dirais que, tout en disant que ces éléments-là ne sont pas là, je
vous rappellerai, on est parti… Dans la déconfessionnalisation du
système scolaire, on a commencé par déconfessionnaliser les commissions scolaires, mis sur une base linguistique, les écoles
demeuraient confessionnelles. Après ça, là, on a commencé à faire disparaître les cours d'enseignement religieux au
primaire, graduellement, puis au secondaire, ça s'est fait sur l'espace d'une quinzaine d'années. Ça fait que c'est dans
ce sens-là que moi, je suis capable de comprendre qu'il y a des choses
que, tu sais, ça aurait peut-être été trop
fort d'y arriver d'un seul coup, mais je vous donne une indication, finalement,
c'est une feuille de route pour les prochaines années.
M. Ratthé :
De par votre expérience syndicale, vous l'avez brièvement abordé aussi tout à
l'heure, on parlait... en fait on
peut encore entendre, on sous-entend que peut-être des gens pourraient perdre
leur emploi. Ça revient toujours à la même chose, en disant : On veut…
Tantôt, on mentionnait le fait qu'on pourrait peut-être enlever les croix sur
les édifices; le projet de loi ne va jamais jusque-là.
Il y a des
centrales syndicales qui ont déjà mentionné qu'elles seraient dans… même si
elles sont en accord avec la charte,
elles seraient dans l'obligation de défendre un employé qui se verrait, par
exemple, victime de certaines mesures qui auraient été prises. Vous
sembliez dire, mais je veux être certain, que, dans votre cas… Et je sais que
vous parlez pour vous-même.
Est-ce qu'un syndicat aurait, selon
vous, cette obligation-là? D'un côté, il est d'accord avec la charte, mais, de l'autre côté, il semble dire : Bien,
s'il y a une pénalité, s'il y a une sentence quelconque ou du moins… on
devra défendre nos employés.
M. Parent
(Réjean) : Moi, je ne veux
pas parler pour les centrales syndicales. Ils vont venir le faire. Ils vont
le dire, comment ils se prononcent par rapport à la charte. J'ai lu à travers
les médias, là, les positions qui sont prises, puis ça leur appartient, puis
ils viendront en témoigner.
Maintenant,
si on parle de régime de relations de travail, dans un cadre de relations de
travail, dans un régime, on est soumis à un code, on est soumis à des
obligations contractuelles. Le syndicat a une obligation de défense pleine et entière en vertu du Code du travail, mais pleine et entière, ça ne veut pas dire une défense aveugle, puis
il appartient… Je veux dire, quand tu fais l'appréciation, l'évaluation
d'un dossier, bien c'est sûr qu'au cours des dernières années des plaintes en vertu de 47, pour mauvaise
représentation, ont rendu les organisations syndicales plus chatouilleuses, mais, à
sa face même, si le salarié dit :
Moi, les normes, la loi, le règlement m'imposent que, et je ne veux rien savoir, puis il
fait le bras d'honneur, à un moment donné, tu ne peux pas demander à ton
syndicat de défendre l'indéfendable si toi-même, tu te poses dans une situation d'irrégularité. Mais là, si on est dans l'ordre
strict du droit, comment les centrales veulent naviguer avec ça, les
syndicats, tout ça, ça leur appartient à eux autres.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, merci. Merci, M. Parent. Merci pour votre présentation.
Alors, je
vais suspendre quelques instants pour permettre au prochain groupe de
prendre place. On va suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 4)
Le Président (M. Ferland) :
Alors, la commission va reprendre ses travaux. Maintenant, nous recevons M. Sam Haroun. Alors, M. Haroun, vous
disposez d'un temps de 10 minutes pour présenter votre mémoire,
suivra ensuite une période d'échange. Alors, à vous la parole.
M. Haroun (Sam) : Merci, M. le
Président. M. le Président, Mmes, MM. les députés, la charte des valeurs répond à une attente. Depuis les années 80,
le Québec est confronté à des manifestations d'intégrisme de la part
d'individus de toutes religions qui croient que la souveraineté de Dieu est
supérieure à la souveraineté des institutions humaines. Or, dans une démocratie, seul le peuple est souverain et seul le
Parlement est le dépositaire de cette souveraineté. Pour la première
fois au Québec et au Canada, un gouvernement propose une politique traitant des
rapports entre l'État et la religion. Cette
politique a l'avantage d'être globale et cohérente, et c'est tout à l'honneur
du gouvernement d'ouvrir le débat à l'ensemble de l'opinion publique.
La charte, donc, répond à une attente. Mal,
hélas! Son approche frontale heurte l'esprit libéral et pragmatique nord-américain. Son intitulé et son abrupte
logique hérissent les sensibilités d'une
partie importante de nos
compatriotes. Qu'il nous soit permis de
rappeler que tout ce qui touche à la religion relève de croyances et de
perceptions, de représentations et de symboles. Un mot mal placé, une
phrase mal tournée, et très vite les esprits s'échauffent, les débats s'emballent, et fusent les invectives et
les excommunications. Sujet délicat, la religion, qui nécessite, pour
éviter de fâcheux malentendus, une approche consensuelle de la part des
législateurs et du politique.
Je m'emploierai, durant le temps qui m'est
imparti, à dire tout le bien que je pense de ce projet de charte. Et sur le fond j'adhère tout à fait aux principes qui
l'inspirent, mais aussi je ne manquerai pas d'exposer respectueusement
et en toute franchise les défauts de la cuirasse.
C'est une loi
nécessaire. Il est nécessaire de donner force de loi à l'idée de séparation de
l'État et de la religion pour bien montrer que seule l'Assemblée
nationale est habilitée à légiférer en matière d'institutions, ni Dieu ni
diable. Cette vision des choses est entrée dans nos
moeurs et dans notre conception de l'État, mais on ne la trouve nulle part, ni
dans nos lois ni dans nos chartes, ni au Québec ni au Canada. Il y a donc une
inadéquation, d'une part, entre les réalités
et les mentalités acquises à la séparation de l'État et de la religion et,
d'autre part, l'absence totale de cette séparation dans l'arsenal
juridique et constitutionnel de l'État. Or, il est nécessaire, face à
l'apparition des îlots d'intégrisme et à l'irritation que ceux-ci suscitent
dans la société, de clarifier les choses. Dans ce sens, le projet de charte
fait oeuvre utile et oeuvre pionnière au Québec et au Canada.
Il faut
dire que, depuis la loi des
«rectories» de 1852, il n'y a
plus de religion officielle au Canada, puisque
l'Église d'Angleterre fut désétablie,
«disestablished». Toutefois, cela n'empêche pas les accommodements religieux d'introduire dans l'État
des pratiques et des usages de religion d'État. Nous nous retrouvons en situation
de porte-à-faux. Il n'y a pas de religion d'État,
mais, à cause des accommodements, la religion est dans l'État.
L'inscription de la séparation de l'État et de la religion dans la charte
québécoise des droits et des libertés est d'autant plus nécessaire que la
jurisprudence issue de la loi des
«rectories», jurisprudence canadienne, est insuffisante pour prémunir l'État
contre les intrusions du sacré. Elle est également nécessaire pour
contrebalancer la reconnaissance de la suprématie de Dieu dans le préambule de
la Constitution du Canada qui crée une
confusion entre la supposée suprématie de Dieu et la primauté effective du
droit, car le droit est inhérent à l'espèce
humaine et ne saurait aucunement être subordonné à une autre entité, fût-elle
surnaturelle.
Sur le registre des accommodements religieux, à
l'origine du malaise dans notre société, il devient urgent de sortir du flou artistique dans lequel nous
évoluons depuis quelque temps : accommoder par ci, accommoder par là.
Entre nous soit dit, Dieu n'est pas accommodable, on n'accommode pas Dieu comme
on accommode les restes d'un repas. À trop
mêler Dieu à toutes les sauces, on ne réussit qu'à altérer le sens de Dieu pour
ceux qui y croient et à altérer le goût de la bonne cuisine.
Quand quelqu'un nous dit : Dieu m'ordonne
de faire ceci ou cela, et du même souffle il s'abrite derrière la liberté de religion pour accomplir la volonté de
Dieu sur terre, il y a maldonne, car la liberté qu'il brandit est une
liberté factice, puisqu'elle fait appel à une entité surnaturelle, Dieu,
immatérielle, insaisissable, irresponsable. Devant quel Parlement Dieu est-il responsable? Dans une démocratie fondée sur le
droit, liberté n'est pas licence mais exigence, mais responsabilité,
mais civisme. Il ne faut pas que les libertés qui nous sont reconnues servent
de prétexte à esquiver les responsabilités qui nous incombent. Qu'on arrête
d'invoquer Dieu à tort et à travers. Dieu n'est ni un slogan ni un produit de
marketing.
Malheureusement,
la charte des valeurs pèche par son approche frontale et son caractère
catégorique. En un mot, elle n'appelle pas le consensus. Et d'abord
l'intitulé. La Charte de la langue française, c'est simple, c'est clair, c'est
beau. La Charte des droits et libertés du Québec, c'est simple, c'est clair,
c'est beau. La Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité
religieuse de l'État ainsi que l'égalité des femmes et des hommes et encadrant
les demandes d'accommodement, c'est long,
c'est lourd, compliqué, encombrant et indigeste. Qui trop embrasse mal étreint,
selon la vieille sagesse. Pour parler
prosaïquement, on a trop chargé la barque, avec en prime un pléonasme — laïcité et neutralité religieuse, c'est la même chose — une redondance — l'égalité des femmes et des hommes est dans
toutes les chartes et dans tous les codes de loi — et
une contradiction — laïcité
et accommodements ne font pas bon ménage. En matière de religion, les mots
comptent. La clarté et la précision s'imposent.
Au lieu de
cet intitulé filandreux, pourquoi pas «loi n° 60 sur la séparation de
l'État et de la religion»? C'est clair comme
de l'eau de roche et simple comme bonjour. Pourquoi «charte des valeurs»? Ne
trouve-t-on pas qu'elle fait double emploi
avec l'actuelle Charte des droits et des libertés du Québec? Celle-ci répond
parfaitement à la définition d'une charte puisqu'elle énonce des
principes irréfutables, ne prétend à aucune controverse.
Quant au
vocable «laïcité», je le dis avec regret, mais je le dis avec certitude, le mot
«laïcité» a mauvaise presse en Amérique
du Nord. La laïcité est associée, en Amérique du Nord, aux pires excès de la
Révolution française et à la lutte terrible
entre la République et l'Église durant le XIXe siècle. Sa traduction courante en anglais est «secularism» — et parfois on ajoute «French secularism», ce qui
n'aide pas — souvent
synonyme de société sans Dieu, ce qui, en Amérique du Nord,
est une atteinte à la sacro-sainte liberté de religion, inscrite dans les
mythes fondamentaux du continent. Quitte à
me répéter, et à mon corps défendant, il vaut mieux éviter d'employer ce mot et
employer plutôt «séparation de l'État et de la religion», qui en est la
traduction politique et institutionnelle et qui reflète mieux l'esprit libéral
et pragmatique de nos institutions.
Dans un autre ordre d'idées, s'abstenir de
porter des signes religieux par les agents de la fonction publique et
parapublique est conséquent avec le principe de la séparation de l'État et de
la religion, mais j'aimerais insister sur un point : ou bien tous les
agents de l'État ont le droit de porter des signes religieux ou nul n'a le
droit de porter des signes religieux. Au
moins, le principe d'égalité est préservé. L'idée selon laquelle on interdirait
aux seuls juges et policiers le port des signes religieux est doublement
discriminatoire, il y a discrimination évidente... Oui?
Le Président (M. Ferland) : ...une
minute pour conclure.
M. Haroun (Sam) : C'est tout?
Le Président (M. Ferland) :
Oui.
M. Haroun (Sam) : Oh, mon Dieu! Il y
a discrimination administrative évidente… Bien, je vais faire la conclusion,
alors. Je peux aller à la conclusion?
Le consensus existe, il est sous nos yeux depuis
plusieurs années. Il était sous les yeux de la commission Bouchard-Taylor,
puisque le mandat de celle-ci était de baser ses recommandations sur trois
principes : la primauté de la langue française, l'égalité hommes-femmes et la séparation de
l'État et de la religion. La loi qui a créé la commission
Bouchard-Taylor comprenait ces trois principes, et cette loi a été adoptée à l'unanimité
par l'Assemblée nationale, elle a été accueillie favorablement par l'opinion
publique. Construisons sur ce que nous avons et qui est consensuel, c'est-à-dire sur le principe de la séparation de
l'État et de la religion, et nous verrons ensuite les modalités
d'application.
Moi, je m'arrête puisque...
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, M. Haroun.
Nous allons maintenant débuter la période d'échange. Alors, M. le
ministre, la parole est à vous.
M. Drainville : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Haroun. Merci pour votre présentation.
Je veux juste
être bien sûr, là, d'avoir saisi votre pensée. Si je vous comprends bien, vous
êtes d'accord, vous, avec l'interdiction de porter un signe religieux
pour un agent de l'État.
M. Drainville : Et vous
n'avez aucune réserve là-dessus?
M. Haroun (Sam) : Non, pas du tout.
Mais… Et là j'ai été, pardonnez-moi, interrompu. Ce que je voulais dire, c'est que l'idée d'interdire aux seuls juges
et policiers sous prétexte qu'ils détiendraient une autorité, n'est-ce
pas, est une fausse bonne idée, parce que le
critère choisi, le critère d'autorité, est tout à fait subjectif. Il n'est dans
aucune loi, il n'a aucune assise
juridique. Si... Et, pire que ça, on est en train de privilégier la notion
d'autorité qui n'existe dans aucune des lois au détriment du principe d'égalité qui est un des fondements de
notre démocratie. Il y a quelque chose qui ne va pas. Et je préfère, moi
qui suis pour que les fonctionnaires s'abstiennent — je préfère le mot
«s'abstenir» qu'«interdire», n'est-ce
pas? — s'abstiennent
de porter... Je préfère qu'ils aient le droit de le faire, mais tous qu'ils
aient le droit de le faire ou tous
qu'ils n'aient pas le droit de le faire. Au moins, le principe d'égalité est
préservé, alors qu'avec la formule Bouchard-Taylor,
juges, et policiers, et gardiens de prison, ni le principe de laïcité n'est
respecté ni le principe d'égalité n'est respecté. Voilà.
Drainville :
Pourquoi? Pourquoi le principe d'égalité n'est-il pas respecté avec la formule
Bouchard-Taylor?
M. Haroun
(Sam) : Bien, parce qu'il y
a des agents de l'État qui ont un droit que d'autres n'ont pas. Et il y a
un autre argument aussi : il y a une forme moins manifeste mais aussi réelle
de discrimination. Nous constatons que la majorité
des juges et des policiers sont des hommes et que la majorité des membres des
corps… des personnels infirmier et enseignant
sont des femmes. Dois-je comprendre que les postes majoritairement occupés par
les hommes ont plus d'autorité que les postes occupés majoritairement
par les femmes? C'est une question que je pose.
Drainville : Et pourquoi, à votre avis, la neutralité
religieuse de l'État passe-t-elle par l'interdiction des signes
religieux ostentatoires? C'est quoi, les conséquences, selon vous, de… Quelles
sont les conséquences, selon vous, qu'un agent de l'État porte un signe
religieux ostentatoire?
M. Haroun
(Sam) : C'est exactement
pour les mêmes raisons que pour la neutralité politique. C'est pour
cela que je suis plutôt favorable à ce qu'on
modifie les articles 10 et 11 de la
Loi sur la fonction publique qui parlent de neutralité politique des fonctionnaires et
d'ajouter juste «neutralité politique et religieuse».
Pourquoi
est-ce important? Parce que, quand un citoyen ou un usager s'adresse à un
service public, le service, il doit pouvoir s'identifier au service
public. Par conséquent, que l'usager ou le citoyen soit de quelconque religion,
ou athée, ou etc., il faut qu'il puisse
s'identifier. Quand nous avons enlevé les crucifix dans les écoles, j'étais enseignant, je suis enseignant retraité, et c'était une bonne
mesure pas parce qu'on a envie d'enlever le crucifix mais parce que nous
avions en face de nous des enfants qui venaient de toutes les religions et de…
Comme ça, ils pourront s'identifier à l'école,
c'est leur école. S'il y a une croix ou si le professeur porte une croix ou
autre chose, eh bien, il pourrait y avoir un malaise. C'est ça, la
neutralité politique.
Et, quand on
dit que la neutralité religieuse demandée est contraire à la liberté de
religion, j'aimerais, s'il vous plaît, mettre une nuance. Ce n'est pas
une atteinte à la liberté de religion comme ce n'est pas une atteinte à la…
C'est une limitation de la liberté
d'expression religieuse. Ce n'est pas une atteinte à la liberté de religion;
c'est une limitation — ce qui est tout à fait normal — à la
liberté d'expression religieuse. Quand il y a, par exemple, discrimination à
l'égard d'un fonctionnaire pour des motifs religieux, là il y a atteinte à la
liberté de religion. Voilà.
Drainville : Je veux
aller un peu plus loin sur la question du port des signes religieux. Vous
parlez donc de l'importance que le
citoyen puisse s'identifier au service public à travers la personne qui donne
ce service public. Pourquoi est-ce qu'il ne s'identifierait pas au
service public si la personne portait un signe religieux?
M. Haroun (Sam) : Pas seulement avec
la personne mais avec tout le décorum, n'est-ce pas? Pourquoi il ne
s'identifierait pas? Bien, je vous donne un exemple, et l'exemple est vice
versa aussi.
Il y a des
athées qui considèrent que les croyants sont des superstitieux bornés et
stupides. Il y a des croyants qui considèrent que les athées sont des
gens sans foi ni loi, puisqu'ils sont sans foi. C'est une pensée.
Imaginez qu'un athée
arrive puis il a en face de lui plusieurs signes religieux. Il va être mal à
l'aise, n'est-ce pas, ce n'est pas lui. Il
dit : Qu'est-ce que je viens faire ici? Pourquoi est-ce qu'ils mettent
leurs signes religieux? À l'inverse, si
un croyant vient dans un service public et il trouve en face de lui un
athée — c'est
son droit — il met
un bandeau ici «Je suis athée» — c'est la liberté de conscience, n'est-ce
pas, qui concerne les croyants et les incroyants — il sera également mal à l'aise. Il va
dire : Mais pourquoi est-ce qu'il met ce bandeau-là, «Je suis athée»?
Il y a, si
vous voulez, une distorsion, une inadéquation. Que font les signes religieux
dans le milieu de travail? On vient
ici pour travailler, pour servir les gens, je ne vois pas la… Comme pour le… Si
un fédéraliste vient dans un service public puis il a en face de lui un
souverainiste qui porte un signe ostentatoire ou un signe disant qu'il… bien il
y a un malaise qui va se faire, et c'est tout.
C'est une
limitation à la liberté d'expression. Ce n'est pas une atteinte à la liberté de
religion, et c'est très important de
le dire. Tout principe, liberté ou égalité est limité par la loi. Le travail de
la loi, c'est de définir et de limiter les droits, parce que sinon c'est
le laisser-faire, laisser-aller. Alors, je dis que la neutralité religieuse,
c'est la même chose que la neutralité politique. C'est une limitation à la
liberté d'expression politique ou religieuse.
Drainville : Il y a une phrase dans votre mémoire
que j'ai particulièrement appréciée, c'est celle où vous dites, je
cite : «On se tromperait gravement si l'on confondait la liberté avec le
laisser-faire et le laisser-aller.» Vous venez d'évoquer ça. Fin de citation.
Quelles ont été justement les conséquences de ce
laisser-faire et de ce laisser-aller ces dernières années?
M. Haroun
(Sam) : J'en ai parlé au
début, quand j'ai parlé des accommodements religieux. Nous sommes dans
un flou artistique, n'est-ce pas? On ne sait pas, n'est-ce pas, ça dépend. Il y
a des gens qui disent : Il faut étudier ça cas par cas. Or, cas par cas, tous les deux, trois mois on a un mélodrame ou
un psychodrame, n'est-ce pas, parce qu'il y a ceci et cela. Personne ne sait ce qu'il faut faire, ni les
directeurs d'école, ni les directeurs de services publics, ni… Personne
ne sait, il n'y a rien. Alors, on vit, n'est-ce pas, dans ce flou-là, et puis
il y a… Attention, il n'y a pas de crise, n'est-ce pas, ce n'est pas la fin du
monde. Mais il y a un malaise, et, ce malaise, il faut le résorber, c'est tout,
il faut le dissiper.
Drainville : Par
ailleurs, vous dites dans votre mémoire qu'il est nécessaire de clarifier la
laïcité de l'État, notamment avec l'apparition d'îlots d'intégrisme et
de l'irritation que cela suscite dans la société. Expliquez-nous comment
l'affirmation de la laïcité vient répondre aux intégrismes.
M. Haroun
(Sam) : Elle envoie le
message que les manifestations d'intégrisme ou de religion s'arrêtent là
où l'État commence. L'État doit être neutre. C'est ça, la laïcité. C'est ça, la
séparation de l'État et de la religion.
Au départ,
n'est-ce pas, au XVIIIe siècle, quand est apparue l'idée de séparation de
l'État et de la religion, c'est parce
qu'il y avait de plus en plus une diversité de religions dans une société. Il y
avait les catholiques, puis ensuite il y a eu les protestants, il y
avait des Juifs en Europe. Alors, les penseurs, les philosophes ont dit :
Il faut que l'État soit libre de toute ingérence du religieux dans les affaires
publiques pour que le protestant, le chrétien, le catholique, le Juif et toutes
les… et l'athée aussi se retrouvent dans cet État, s'identifient avec cet État.
Je reprends
l'exemple des enfants dans les écoles publiques. Il fallait les enlever… Non
seulement je n'ai rien contre le crucifix, je suis catholique, moi-même,
donc ce n'est pas pour ça, mais c'est pour les enfants que j'avais en face de moi. C'était pour eux, leur classe, leur
école. Ils n'avaient pas besoin de savoir : Pourquoi il y a une croix ici?
Puis ils vont chez leurs parents : Il y a une croix. C'est quoi, la croix?
C'est catholique, ce n'est pas catholique, ainsi de suite. Donc, il y a une
identification de l'usager, du citoyen avec le service public.
M. Drainville : Ça fait déjà
deux reprises que vous faites référence à votre expérience dans le domaine de
l'enseignement. Juste avant que je continue avec mes questions, pouvez-vous
nous résumer un peu votre parcours? Parce
que vous avez visiblement réfléchi beaucoup à ces questions-là. Parlez-nous un
peu de vous, là. Ne prenez pas trop de temps, mais juste pour situer
peut-être les gens qui nous écoutent, là, qu'ils sachent un peu à qui ils ont
affaire, là.
M. Haroun
(Sam) : J'ai été enseignant
pendant 29 ans dans une commission scolaire anglophone, j'ai
enseigné en français. Et puis j'ai pris ma retraite il y a quelques années et
j'ai écrit un livre sur la laïcité au Québec qui est intitulé L'État n'est pas soluble dans l'eau bénite . Et puis j'ai écrit plusieurs articles et des… La
question m'intéresse beaucoup.
Drainville : Et vous
êtes un Québécois de quelle origine? Ça fait combien d'années que vous êtes au
Québec?
M. Haroun (Sam) : Depuis 1975.
M. Drainville : Et vous êtes
un Québécois de quelle origine?
M. Haroun (Sam) : Libanaise.
M. Drainville : Alors, ça
m'amène à vous poser la question. Certaines personnes ont dit ou en tout cas
ont laissé croire que tous les néo-Québécois
ou à peu près tous les néo-Québécois étaient tous dans le camp opposé à la
charte. Votre présence parmi nous fait la démonstration que ce n'est évidemment
pas le cas. Vous qui vivez donc au Québec depuis, donc, 40 ans, c'est ça,
est-ce que vous ne pensez pas que le débat sur la charte, ça pourrait devenir
un bon moyen pour démontrer justement la variété des
points de vue chez les néo-Québécois et que ce n'est pas un bloc monolithique
notamment sur la question de la charte, qu'il y a effectivement différents
courants? Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Haroun
(Sam) : Je suis tout
à fait d'accord avec vous, il n'y a
pas de bloc monolithique, et c'est là où je suis en désaccord avec les
tenants du multicuralisme ou de l'interculturalisme qui disent : Il y a le
bloc canadien-français, il y a le bloc anglophone, puis il y a
ce qu'ils appellent les minorités ethnoculturelles. Mais la ligne de
séparation, la ligne de fraction
entre les différents points de vue est une ligne politique et non pas
ethnoculturelle, c'est-à-dire qu'à l'intérieur, parmi les Libanais… Je n'aime pas parler de communauté libanaise ou
de... parce que ça fait du multiculturalisme. Parmi les Libanais que je connais, il y
en a qui sont pour et il y en a
qui sont contre. Parmi des Français que je connais, il y en a qui sont pour, il y en a qui sont
contre, et ainsi de suite. Et, parmi les Québécois francophones, il y en a qui
sont pour, il y en a qui sont contre. Parmi les anglophones, il y en a qui sont
pour et qui sont contre.
Alors, peut-être
qu'il y a des majorités qui se dessinent, mais il n'y a pas de bloc
monolithique ethnoculturel ou ethnolinguistique, ça n'existe pas. Et la
ligne de division est politique, c'est-à-dire qu'il y a des Québécois qui sont
pour la laïcité comme il y a des Libanais qui sont pour la laïcité, comme il y
a... et ainsi de suite. Ou contre.
Drainville : Bien sûr. Sur les accommodements raisonnables, vous
considérez qu'ils sont incompatibles avec la séparation de l'État et des
religions, car ils serviraient, selon vous, à introduire des pratiques
religieuses dans les pratiques de l'État. Est-ce que
vous pouvez nous donner des exemples de demandes d'accommodements religieux
qui sont, à votre avis, incompatibles avec la laïcité et nous dire en quoi ils
sont incompatibles avec la laïcité?
M. Haroun
(Sam) : Parce qu'ils introduisent dans l'État, n'est-ce
pas, des pratiques et des usages. Par exemple, le port de signes religieux,
ça, c'est un. Par exemple, on veut des lieux de prière, on veut des...
Alors, pour
les journées de congé, par exemple, pour les journées de congé religieux, c'est
intéressant, par exemple, ce qui se passe. On ne sait pas ce qui se passe. Il y a à peu près
une douzaine de fêtes statutaires au Québec, n'est-ce
pas? Statutaires, c'est-à-dire tout le monde les prend : Noël, Pâques, jour... fête
nationale, fête du Canada, etc. Et ce qui est normal, ce qui est tout
à fait justifiable : il y a un bill fédéral qui dit que les uniates, les
Grecs orthodoxes et les Juifs ont droit à un
jour de congé supplémentaire pour leur fête particulière à eux, les orthodoxes,
les Juifs et les uniates, ce qui est
très bien. Mais évidemment nous avons d'autres religions aujourd'hui qui se trouvent au Québec, et alors là chacun se débrouille comme il
peut, etc.
suggérerais, par exemple, que l'Assemblée
nationale accorde une journée mobile,
n'est-ce pas, de congé à tous les Québécois, qui serait appelée la journée de la liberté de
conscience, et chacun choisira sa journée. Ça existe déjà dans certaines conventions collectives.
M. Parent qui était là juste avant sait très bien que, dans les
conventions collectives des enseignants, par
exemple, il y a une journée qu'on appelle «journée affaires personnelles». Et
qu'est-ce qu'il y a de plus personnel que la religion? Alors, si je veux
prendre ma journée tel jour, bien je la prends.
On oublie une
chose très importante. Quand on parle de liberté de religion, on oublie les
athées et les agnostiques, qui sont, eux, des citoyens à part entière.
Donc, on devrait tenir compte également des athées et des agnostiques.
Voilà. Voilà
d'autres exemples d'accommodement. Et je ne veux pas, n'est-ce pas… Il ne faut
pas qu'il y ait une inclusion de ces pratiques religieuses dans le
fonctionnement de l'État, dans le service public. C'est ça. C'est tout.
M. Drainville : Il me reste
quelques minutes seulement. Je veux reciter le point de départ, si je ne
m'abuse, oui, de votre mémoire parce que je l'ai trouvé... j'ai trouvé que
c'était très bien écrit. Je vous ai trouvé éloquent, M. Haroun. Alors, je le cite : «La charte des valeurs répond à
une attente. Depuis les années 80 et la montée des intégrismes religieux, la démocratie québécoise, comme
d'autres démocraties occidentales, est confrontée à des manifestations et
à des comportements issus d'individus ou de groupes d'individus qui croient que
la souveraineté de Dieu est au-dessus de la
souveraineté des institutions humaines, ce qui est incompatible avec l'exigence
citoyenne et l'esprit laïque. Pour la première fois au Québec — et au
Canada — un
gouvernement propose une politique...»
Bon, je vais arrêter là parce qu'on va dire que je me pète les bretelles, mais j'aimerais ça que vous
élaboriez un peu sur le point de
départ, sur cette tension entre la souveraineté de Dieu et la souveraineté des institutions humaines. Je ne sais
pas si vous m'avez entendu dans les remarques préliminaires que j'ai faites,
mais je disais : Si un employé de l'État considère
que le port de signes religieux durant les heures de travail est plus important
que la neutralité religieuse de l'État et le respect de la loi, ce sera
son choix. Et je dis : D'ailleurs, si une personne refusait de retirer son
signe religieux, elle confirmerait qu'elle
place sa religion au-dessus de tout
le reste, au-dessus de l'intérêt général, au-dessus de la loi. Ça
rejoint un peu l'idée de ce que vous exprimez ici dans l'ouverture de votre
mémoire. J'aimerais ça que vous élaboriez un petit peu là-dessus. Il nous
reste, quoi, deux minutes à peu près?
Le Président (M. Ferland) :
Trois minutes facile, oui.
M. Drainville : Trois
minutes. Alors, vous avez trois minutes pour étendre un peu votre réflexion,
M. Haroun
(Sam) : Oui. Dans le sens… Et je me répète : Ce n'est pas une
atteinte à liberté de religion de demander
aux fonctionnaires de ne pas porter de signes religieux. C'est une limitation
de la liberté d'expression religieuse, comme la neutralité politique
aussi. Tout principe, liberté ou égalité a des limites, il n'y a pas de… Ce
n'est pas illimité, les privilèges ne sont pas illimités. Je ne fais pas ce que
je veux, personne ne fait ce qu'on veut. Toute liberté qui n'est pas accompagnée de responsabilités ne
vaut pas, elle ne sert à rien parce que c'est l'anarchie qui va… chacun
va faire ce qu'il veut.
vous permettez, il y a un texte de la Cour suprême des États-Unis qui est
intéressant, qui dit : Il ne faut pas que les croyances religieuses soient supérieures… «to the
laws of the land», aux lois fondamentales, et en effet qui permettrait à
chaque citoyen de devenir une loi par
lui-même. Il ne faut pas que chacun fasse ce qu'il veut. Ma liberté de
conscience est illimitée, mais, quand elle rencontre d'autres consciences, elle
n'est plus illimitée, elle est limitée par la rencontre d'autres libertés de conscience. C'est ça, l'importance de la limitation
des principes de liberté et d'égalité. D'ailleurs, les chartes, toutes les chartes de droits dans le
monde commencent par le principe suivant : Les êtres humains sont libres
et égaux en droits, n'est-ce pas, en droits, c'est-à-dire les principes sont
limités par la loi. Voilà.
M. Drainville :
Très bien. Merci beaucoup de votre contribution, c'est très apprécié. Et est-ce
que je peux vous demander combien de temps vous avez mis à préparer ce mémoire,
juste par curiosité? Il me reste une minute, je pense, là.
Le Président (M.
Ferland) : Deux minutes.
M. Haroun
(Sam) : Bien, c'est-à-dire, ça m'a pris une journée, mais c'est parce
que j'avais déjà des notes accumulées, j'avais déjà écrit des articles
là-dessus.
M. Drainville :
Et, en quelques mots, l'importance de cette commission à vos yeux…
M. Haroun
(Sam) : Elle est très importante.
M. Drainville :
…l'importance de notre mandat, là, comme élus, là, comme parlementaires?
M. Haroun
(Sam) : Oui, c'est très important. Et je suis très sensible à la,
comment dirais-je… au processus parlementaire. Je trouve qu'il est très ouvert,
qu'il permet à tous les citoyens de pouvoir se présenter. C'est très bien, et
je vous en remercie.
M. Drainville :
C'est nous qui vous remercions.
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, M. le ministre.
Maintenant, je reconnais le député de LaFontaine, du parti de
l'opposition officielle. Alors, à vous la parole, M. le député.
Tanguay : Merci beaucoup, M. le Président. M. Haroun,
merci pour votre temps ce matin. Merci d'avoir pris le temps de rédiger
le mémoire, et de nous en faire la présentation aujourd'hui, et de répondre à
nos questions.
est intéressant de noter également que vous êtes tout en nuances, ce qui
malheureusement, dans le débat politique, quand on a sept secondes, on ne peut pas faire dans la nuance comme on
peut le faire ce matin avec vous. Et j'aimerais d'abord, tout dans cette nuance, vous poser une question et clarifier un
point. Je crois avoir bien compris, mais j'aimerais vous donner
l'occasion de le réitérer. Est-ce que je dois comprendre que, dans le contexte
actuel, si d'aventure le projet de loi
n° 60… Et on parle entre autres de l'interdiction… Ce qui fait écueil, là,
la crise, c'est sur l'interdiction de port de signes religieux. Si
d'aventure il était reconnu que ça allait contre la charte québécoise et la
charte canadienne, vous suggérez, à ce moment-là, d'utiliser la clause
«nonobstant», n'est-ce pas?
M. Haroun
(Sam) : Je vais vous répondre. Si le… Parce qu'il faut faire la
différence entre le principe de la séparation
de l'État et de la religion et l'interdiction de signes religieux, qui est une
modalité d'application du principe. Il y a une différence entre les
deux.
principe est fondamental, il n'est pas négociable. Si le principe de la
séparation de l'État et de la religion est invalidé par la Cour suprême
du Canada, à ce moment-là, oui, je demanderai le… je saisirai la clause
«nonobstant», n'est-ce pas, parce que c'est un principe fondamental.
Pour la modalité
d'application, je réfléchirais par deux fois. Pourquoi? Parce que le principe
de la séparation est un principe qui est consensuel, c'est-à-dire toute
l'Assemblée nationale est d'accord là-dessus, puisque vous avez voté là-dessus.
M. Tanguay :
Tout à fait, tout à fait.
M. Haroun (Sam) : La modalité d'application, c'est-à-dire l'interdiction, il n'y a pas de
consensus, et recourir à la clause
dérogatoire quand il n'y a pas un consensus derrière est risqué, et c'est
aventureux. Donc, je ferais la nuance, encore une fois, entre le
principe et la modalité d'application.
vous permettez, quand M. Bourassa a eu recours à la clause dérogatoire
pour la loi 178, n'est-ce pas, l'affichage linguistique, il avait derrière lui… et il y a d'ailleurs une modalité
d'application, mais il avait derrière lui toute l'Assemblée nationale,
sauf les quatre députés anglophones, je crois. Alors, il était… Et il avait non
seulement le consensus parlementaire, mais il avait le consensus populaire,
l'opinion publique était d'accord avec lui.
Donc, il faut être prudents, n'est-ce pas? Je me
répète, la prudence est de rigueur dans bien, bien séparer ce qui est principe
de ce qui est modalité, utiliser les mots qu'il faut, les phrases qu'il faut,
et ainsi de suite.
M. Tanguay :
C'est extrêmement important, M. Haroun, la distinction que vous venez de
faire là, et extrêmement éclairant.
Vous distinguez bien, évidemment, ce qui fait un très large consensus,
l'unanimité, vous l'avez bien noté, de la séparation de l'Église et de l'État, très clairement, versus une
modalité d'application qui est l'article 5 et l'article 18 du projet de loi n° 60, de dire :
Bien, nous, on pense que, pour appliquer ça, bien, tiens, tiens, on pense qu'il
faut interdire tous les signes
religieux à tout le monde, public, parapublic. Demain matin, c'est plus de
600 000 Québécoises et Québécois. Sur ça, vous dites : Si d'aventure cette modalité-là ne respecte pas la
charte québécoise et canadienne… Et corrigez-moi si j'ai tort, mais vous
dites : À ce moment-là, n'y allez pas avec la clause dérogatoire,
contrairement à ce que dit l'ancien ministre
de la Justice, M. Bégin, Paul Bégin, qui dit, lui : Bien, il faudrait
l'avoir déjà. Pour lui, il y a déjà une contradiction entre les deux, il
propose qu'il y ait déjà une clause dérogatoire dans le projet de loi, mais
vous, clairement, vous n'iriez pas là. Vous
dites que c'est important sur le… même sur le fondement on s'entend, on va de
l'avant. Sur la modalité d'application, l'interdiction, n'y allez pas.
Expliquez-moi,
M. Haroun, s'il vous plaît, pourquoi c'est si fondamental et important. Et
vous le dites bien dans votre mémoire, vous le dites, la nécessité d'une
approche consensuelle. Le consensus nécessaire, on ne le répétera jamais assez.
Pourquoi c'est si fondamental dans une société démocratique, cela?
M. Haroun (Sam) : D'abord parce
qu'on parle de religion. Juste… Revenons un tout petit peu en arrière. Il y a eu une fuite dans les journaux : Le
gouvernement lance une charte. Vous vous rappelez? Personne n'avait lu la
charte, personne ne savait ce qu'il y avait
dedans, et puis c'était déjà comme s'il y a eu un lâché d'éléphants dans un
magasin de porcelaine, n'est-ce pas? Tout le
monde est sorti, n'est-ce pas? C'est malheureux, M. Drainville a été
traité de Poutine, et quelqu'un d'autre… Enfin, bref. Donc…
M. Haroun (Sam) : Non, vous n'êtes
pas M. Poutine.
Le Président (M. Ferland) :
…rappeler qu'on nomme les parlementaires par leur
titre et non par la poutine, s'il
vous plaît. Alors…
M. Haroun (Sam) : Pardonnez-moi, M.
le Président.
Le Président (M. Ferland) :
Allez-y, monsieur.
M. Haroun
(Sam) : La religion, c'est quelque chose de très sensible, donc il
faut bien choisir ses mots, il faut bien choisir ce qui peut rassembler
le maximum de personnes autour d'une idée-force. Vous dire franchement, je
n'aime pas trop l'idée des compromis, parce que, les compromis, on prend un peu
d'ici, un peu de là. C'est qu'on va faire un costume
avec des retailles de tissu mal assorties, n'est-ce pas? Mais une
idée-force, la séparation de l'Église et de l'État, de la religion et de
l'État, ça fait consensus. Allons-y, on l'inscrit dans la Charte des droits et
des libertés.
Pour les
modalités, d'abord, on a le temps, c'est-à-dire on a quelques semaines ou
quelques mois, on a le temps. S'il y
a quelque chose qui accroche, n'est-ce pas, s'il y a quelque chose qui
accroche, on peut demander à la Commission des droits de la personne du
Québec un avis, attention, sur la base du principe de la séparation de l'État
et de la religion, n'est-ce pas, parce que
maintenant il n'y a pas ce principe de l'État et de la religion. Sur la base de
ce principe, demandons, quand il y a quelque chose qui accroche, à la
Commission des droits de la personne, et puis on aura quelque chose de
consensuel.
Par exemple,
je vous dis franchement, je ne suis pas sûr que la… S'il y a la séparation de
l'État et de la religion dans la
charte, je ne suis pas sûr que l'interdiction du port des signes religieux par
les fonctionnaires soit rejetée comme ceci par la Cour suprême du Canada. Parce que que nous disent les juges? Les
juges disent : Écoutez, nous, nous travaillons, les juges, sur les
textes que nous avons. Or, il n'y a pas de séparation de l'État et de la
religion dans aucun texte de loi, ni provincial ni fédéral. C'est quand même
important.
Alors, les
juges, eux, ils disent : Nous, nous travaillons sur la charte canadienne
et sur les lois provinciales. Alors, à partir du moment où nous
inscrivons ceci dans la charte québécoise, l'État québécois sera plus renforcé
pour aller devant les cours de justice.
M. Tanguay :
Et, pour reprendre votre logique, qui est très limpide, seriez-vous d'accord
qu'il serait sain, comme on l'a
proposé, de scinder le débat, que l'on s'entende sur le fondement, la
séparation de l'Église et de l'État, que tous les Québécoises et
Québécois veulent, et le respect de cela, et de faire avancer le Québec sur ça?
Seriez-vous d'accord avec une telle approche
qui dirait : Bien, écoutez, sur ce qui fait très, très large consensus,
séparons, scindons le projet de loi, et allons cibler davantage, et faisons
avancer le Québec déjà sur ce qui fait consensus?
M. Haroun (Sam) : Oui, je suis... De
procéder par consensus, c'est-à-dire par étapes consensuelles.
Juste pour
le... parce que je n'ai pas eu le temps de le dire, je serais d'avis — et je l'ai dit dans le mémoire — que
de laisser les municipalités déterminer sur le plan des signes religieux
seulement, hein, de laisser les municipalités déterminer elles-mêmes leurs
politiques en la matière. Les municipalités sont des entités démocratiques tout
à fait légitimes, elles ont leurs budgets,
elles ont une autonomie budgétaire, politique, administrative, bien que de
juridiction provinciale, bien sûr, mais leur laisser déterminer cette
politique-là est une marque de reconnaissance démocratique. Et j'insiste là-dessus. Peut-être qu'elles vont
choisir comme l'État provincial, mais, enfin, qu'elles décident elles-mêmes,
parce que la municipalité est une démocratie de proximité.
M. Tanguay :
Et, juste pour terminer sur ce point, on a déjà vu plusieurs municipalités
d'ores et déjà annoncer que, si c'est
fait tout en bloc et imposé, bien elles contesteront devant les tribunaux, ce
qui serait évidemment très malheureux.
J'aimerais,
M. Haroun, revenir... Et j'ai eu l'occasion de lire votre livre, L'État
n'est pas soluble dans l'eau bénite . Et vous faites mention dans votre mémoire, en page 2… Vous
dites : La charte, hélas… «Son approche frontale heurte l'esprit libéral et pragmatique nord-américain.»
Et je vais vous citer, à la page 34 de votre livre, le court extrait
suivant. Vous écriviez, je pense que c'est en 2007, de mémoire…
M. Haroun (Sam) : 2008, oui.
M. Tanguay :
2008. Vous exprimiez ce qui suit : «Il existe donc deux façons d'envisager
la laïcité qui correspondent à des
mentalités et des évolutions historiques différentes : l'une, américaine,
ouverte à des manifestations individuelles
de religiosité; l'autre, française, intransigeante sur la neutralité des
institutions publiques. À cet égard, le Québec constitue un cas
d'exception.» Fin de la citation.
Avec, M.
Haroun, votre présentation toute en nuances, en subtilité, êtes-vous d'accord
avec moi qu'il est important de ne pas faire de copier-coller, si vous
me permettez l'expression, de ne pas dire : Bien, voyez-vous, nous, il y a
eu une immigration qui est venue de la France historiquement, vous voyez tout
ce qui s'est fait en France, et