Public Finance — 15 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CFP 2022-02-15
Quebec — Committees
(Quinze
heures trente et une minutes)
Le Président
(M. Simard) : Alors, chers collègues, bienvenue, j'allais dire, à
toutes et à tous. Nous voilà réunis afin de procéder... et d'entreprendre
l'étude détaillée du projet de loi n° 17, Loi concernant la mise en oeuvre
de certaines dispositions du discours sur le budget du 25 mars 2021 et
modifiant d'autres dispositions.
Je constate que nous
avons quorum. Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Alors, M. Émond (Richelieu)
est remplacé par M. Provençal (Beauce-Nord) et M. Skeete (Sainte-Rose) est
remplacé par M. Tremblay (Dubuc).
Le Président
(M. Simard) : Ce qui me permet de constater que nous avons
aujourd'hui la présence de deux collègues
présidents de commission : député de Beauce-Nord, qui est président de la
Commission de la santé, notamment, et des services sociaux, et le
président de la Commission de l'administration publique, que je salue
particulièrement.
Alors, nous en sommes
rendus à l'étape des remarques préliminaires. M. le ministre, vous
disposez d'une période de 20 minutes.
M. Girard (Groulx) : Merci, M. le Président. Et je n'aurai pas besoin
de 20 minutes. Bon, je pourrais partir sur une allocution ad lib, mais mon équipe a préparé une allocution d'une
telle qualité que je vais vous la lire, M. le Président.
Alors, nous
entreprenons aujourd'hui l'étude détaillée du projet de loi n° 17, Loi
concernant la mise en oeuvre de certaines dispositions du discours sur le
budget du 25 mars 2021 et modifiant d'autres dispositions.
Je veux tout d'abord
saluer et remercier tous les collaborateurs qui nous accompagnent et dont le
travail est essentiel à la bonne marche de nos travaux. Il y a beaucoup de
travaux préparatoires qui ont été faits, M. le Président, ça devrait aller
rondement. Et, dans chaque cas de notre travail, nous allons donner l'intuition
que tous comprennent bien où nous voulons aller.
Il s'agit d'un projet
de loi important qui permettra notamment de mettre en oeuvre des mesures du
dernier budget. Présentées individuellement, les modifications proposées
nécessiteraient l'adoption de plusieurs projets de loi. Le regroupement en un
seul projet de loi est une façon de faire préconisée depuis plusieurs années.
Je ne ferai pas la liste de toutes les mesures présentées dans le projet de loi
n° 17, mais sachez qu'il touche une multitude de sujets, dont l'aménagement forestier, la lutte contre les dépendances,
les finances publiques, l'Institut de la statistique du Québec, le
secteur financier, la culture et le Régime de rentes du Québec.
Par ce projet de loi,
le gouvernement pourra notamment : simplifier les modalités de
détermination du remboursement des taxes foncières aux producteurs forestiers; transformer
le Fonds de revenus provenant de la vente de cannabis en Fonds de la lutte
contre les dépendances, qui soutiendra des initiatives visant à prévenir, à
réduire et à traiter les conséquences associées à la consommation de substances
psychoactives, à la pratique de jeux de hasard et d'argent et d'autres formes de dépendances; permettre que l'Institut de la statistique du Québec puisse rendre disponibles aux chercheurs des banques des données provenant
de Revenu Québec afin de bonifier le guichet d'accès aux données de recherche; aider les ayants droit de produits
financiers non réclamés à récupérer leurs biens et faciliter
l'administration provisoire de certains de ces biens; répondre à certains
enjeux du Régime de rentes du Québec touchant les personnes invalides afin de
simplifier et d'améliorer leurs prestations de retraite et d'invalidité à
partir de 60 ans.
Alors, voilà, M. le
Président, pour le résumé du projet de loi n° 17. Nous avons beaucoup de
travail devant nous pour en étudier tous les articles, mais je suis convaincu
que le bel esprit de collaboration et de performance qui anime la Commission
des finances publiques — vous
rajouterez le mot «performance» pour les futurs discours, monsieur — nous
permettra de nous acquitter de cette tâche dans les meilleurs délais. Merci, M.
le Président.
Le Président
(M. Simard) : Merci à vous, M. le ministre. Alors, j'invite
maintenant le porte-parole de l'opposition officielle à s'adresser à nous.
M. Leitão :
Très bien. Et je dispose aussi de 20 minutes?
Le Président (M. Simard) :
20 minutes, 20 minutes, tout à fait.
M. Leitão :
Seulement 20 minutes?
Le Président (M. Simard) :
Seulement, malheureusement, 20 minutes.
Le Président (M. Simard) : À
moins qu'il y ait un consentement pour vous en donner plus.
Le Président (M. Simard) : Je
constate qu'il n'y a pas de consentement. Je ne sais pas pourquoi.
M. Leitão : Alors, bon, à mon
tour aussi de prendre la parole pour le projet de loi n° 17. C'est un
projet de loi important parce que c'est un projet de loi qui met en oeuvre des
dispositions du budget de mars dernier, un budget qui a été longuement discuté,
bien sûr, et dont un grand nombre de ses mesures sont déjà en oeuvre, sont déjà
en application. Mais il fallait les traduire en texte légal, ce qu'on va faire
ici aujourd'hui.
Alors, oui, on va travailler, on va collaborer,
on va participer à ce débat. Un omnibus budgétaire comme celui-ci, comme M. le
ministre l'a dit, ça a été fait, ce n'est pas la première fois, et ça ne sera
pas la dernière non plus. C'est la façon d'opérer. Et donc opérons. Voilà.
Le Président (M. Simard) :
Merci beaucoup, M. le député de Robert-Baldwin. Y aurait-il d'autres collègues
qui souhaitent intervenir dans le cadre des remarques préliminaires? Non? Sans
quoi nous allons procéder à l'étape des motions préliminaires. Y aurait-il des
motions? Pas de motions?
Alors, nous
allons entreprendre l'étude détaillée
article par article. M. le ministre, la
balle est dans votre camp.
M. Girard (Groulx) : D'accord.
Alors, est-ce que je dois proposer des...
Le Président (M. Simard) : ...
M. Girard (Groulx) : Pardon?
Le Président (M. Simard) : 19,
M. Girard (Groulx) : O.K. On
s'en va...
Le Président (M. Simard) : Oui.
M. Girard (Groulx) : Tout le
monde a... Les procédures sont déjà convenues. On suit cette feuille?
Le Président (M. Simard) : Tout
à fait. Tout à fait.
M. Girard (Groulx) : Il n'y a
pas besoin... O.K. Parfait. Alors, on va à l'article 19.
Le Président (M. Simard) : Oui.
M. Girard (Groulx) : Alors,
nous sommes au... dans la
section
chapitre IV. «Équilibre budgétaire. Loi
sur l'équilibre budgétaire.»
Article
L'article 7.1 de la
Loi sur l'équilibre budgétaire
(chapitre E-12.00001) est remplacé par le suivant :
«7.1. Les articles 6 et 7, qui prohibent un
déficit budgétaire constaté ou prévu, ainsi que les articles 8 et 10 à 13,
qui prévoient les mesures de résorption d'un dépassement, ne s'appliquent pas
du 25 mars 2021 jusqu'à la fin de l'année financière déterminée par le
ministre au plus tard à l'occasion du budget de l'année financière 2023‑2024.»
Commentaire.
L'article 19 du projet de loi
remplace l'article 7.1 de la
Loi sur l'équilibre budgétaire afin que
l'interdiction de constater ou de prévoir un déficit budgétaire ainsi que les
mesures de résorption d'un dépassement soient suspendues à compter du
25 mars 2021, date du discours sur le budget, jusqu'à la date déterminée
par le ministre, au plus tard à l'occasion du budget de l'année
financière 2023-2024.
Le Président (M. Simard) : Merci. M.
le député de Robert-Baldwin.
M. Leitão : Merci, M. le Président.
Alors, bon, on l'avait déjà dit, je l'avais déjà dit dans l'adoption du principe du projet de loi que c'était justement
sur cette question-là, sur ce chapitre, le
chapitre IV, où on aurait peut-être
un peu de discussion avec le ministre. Pas
que les autres sujets ne sont pas importants, ils le sont aussi, et on va y
arriver, mais celui-ci, en tout cas, pour moi,
personnellement, ça m'intéresse particulièrement. Je ne sais pas si les autres
collègues trouvent ça si intéressant que ça, mais moi, je trouve... moi, oui.
Alors, parlons-y un peu.
Ça a déjà été fait dans le passé, bien sûr, et,
en fin de compte, on n'a pas le choix, il faut le faire, il faut donc
suspendre... Mais j'aimerais parler un peu, puisqu'on a l'occasion... parler un
peu de, donc, la loi, justement, la
Loi sur l'équilibre budgétaire. C'est une
loi qui vient de loin, et je suis presque persuadé, comme, d'ailleurs, beaucoup
d'autres analystes, économistes, etc., que cette loi-là nous a bien servis
collectivement au Québec. Elle a vraiment contribué
à remettre les finances publiques du Québec sur une bonne voie, et ça, depuis
déjà un certain temps. Mais, comme toute
loi, il serait peut-être le temps aussi de la revoir un peu, pas seulement de
la suspendre, mais de la revoir un peu.
Alors, dans un premier temps, j'aimerais savoir,
de la part du ministre des Finances, s'il est d'accord aussi que, bon, ça nous
a bien servis, au Québec, collectivement et s'il pense aussi que le temps serait
venu pour qu'on revoie cette loi, qui est quand même... Ça date de 1996, et
donc beaucoup de choses... ça a été ajusté ici et là, mais beaucoup de choses
ont changé depuis 1996, donc. Et c'est vrai aussi que c'est une loi un peu
contraignante. Est-ce que le moment ne serait pas venu de la mettre à jour?
Le Président (M. Simard) : M. le
ministre.
M. Girard (Groulx) : Je dirais, sur
l'essence de la loi, je ne vois pas de nécessité de compromis dans le sens que
des finances publiques saines sont un pilier d'une bonne gouvernance de la
gestion de l'État. Et cette loi, qui a été instituée en 1996, comme vous l'avez
dit, il faut comprendre son historique.
Le Québec, qui représente 23 % de la
population canadienne mais seulement 20 % de son économie, était aussi non
seulement historiquement moins performant économiquement, mais plus endetté, et
les Québécois ont décidé de se prendre en main collectivement, d'avoir une
gestion des finances publiques rigoureuse, de réduire le poids de la dette pour
plusieurs bonnes raisons. Puis je soupçonne que le député de Robert-Baldwin
voudra aussi parler de la
loi sur la gestion de la dette et du Fonds des
générations. Je ne vais pas partir sur cette autre loi tout de suite, mais,
donc, sur l'importance de la loi, la nécessité d'être à l'équilibre budgétaire
lorsqu'un déficit est constaté, de revenir à l'équilibre, pas de compromis.
D'autant plus que, cycliquement, nous sommes
dans une période où l'endettement des gouvernements, dans l'ensemble, a
augmenté et qu'il y aura un cycle de hausse de taux d'intérêt pour ralentir
l'inflation. Alors, le contexte cyclique de niveau d'endettement élevé,
puisqu'on a eu une pandémie, une récession, des efforts budgétaires qui ont
amené des déficits, et que là, maintenant, on aura, puisqu'on a une reprise
synchronisée, hausse de l'inflation mondiale... on aura des hausses de taux, il
est extrêmement important de maintenir une gestion rigoureuse. Est-ce qu'à la
marge des changements visant à améliorer des éléments de la loi... Je ne suis
pas contre. J'ai entendu les mêmes propositions, probablement, que le député de
Robert-Baldwin, notamment sur le fait que le seuil de 1 million a
probablement été conçu à...
M. Girard (Groulx) :
...1 milliard, merci, a probablement été conçu à un moment où le budget du
Québec était beaucoup plus petit.
M. Leitão : Oui, en effet. Donc,
vous êtes d'accord, et, de notre côté aussi, nous sommes d'accord que des
finances publiques bien ordonnées et des finances publiques saines et surtout
soutenables à moyen terme, c'est primordial. Donc, au moins, je pense que nos
deux formations politiques sont d'accord là-dessus. Les autres, on verra bien.
Mais je pense que je ne me trompe pas en disant que nous sommes d'accord que
fournir des services publics, de façon récurrente, continuellement à crédit, ça
ne marche pas. Éventuellement, on se trouve dans de très mauvais draps. Et
c'était un peu pour ça que ce