CAT — 22 October 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CAT 2020-10-22
Quebec — Committees
(Onze
heures trente et une minutes)
Le Président (M.
Allaire) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission de l'aménagement du territoire
ouverte... de prendre quelques secondes pour éteindre la sonnerie de vos
appareils électroniques, et moi de même.
Donc, la commission
est réunie afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre des
consultations particulières sur le projet de loi n° 67, Loi instaurant un
nouveau régime d'aménagement dans les zones inondables, dans les lacs et des cours d'eau, octroyant temporairement aux
municipalités des pouvoirs visant à répondre à certains besoins et
modifiant diverses dispositions.
Mme la secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Lessard-Therrien
(Rouyn-Noranda—Témiscamingue) est remplacée par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion).
Le Président (M.
Allaire) : Merci. Est-ce qu'il y a des votes par procuration maintenant?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Jacques (Mégantic) dispose d'un droit de vote par
procuration au nom de M. Thouin (Rousseau); Mme Nichols (Vaudreuil),
au nom de M. Kelley (Jacques-Cartier).
Le Président (M.
Allaire) : Merci, Mme la secrétaire. L'ordre du jour pour ce matin, on
reçoit, dans un premier temps, la Fédération québécoise des municipalités et
ensuite L'Union des producteurs agricoles.
Je souhaite donc la bienvenue
à la Fédération québécoise des municipalités. Je vous rappelle que vous aurez
10 minutes pour faire votre exposé. Ensuite, nous aurons naturellement une
période d'échange, là, avec la
partie gouvernementale et ensuite les partis de l'opposition.
Donc, je vous demande de vous présenter, peut-être à tour de rôle, et après
débuter votre exposé de 10 minutes, sans problème, là. Donc, la parole est
à vous.
Demers (Jacques) : Parfait. Bonjour, M. le Président. Bonjour, Mme
la ministre, Mmes, MM. les députés. Troisième mémoire que la fédération dépose
cette semaine. Celui-ci a été fait en collaboration avec l'Association des
directeurs municipaux du Québec et l'Association des directeurs généraux des
MRC aussi. Plusieurs éléments à l'intérieur de cet omnibus, évidemment. Je veux
vous parler spécifiquement de l'article 81, qui touche le monde municipal, plus de 600 municipalités, MRC déjà,
envoyé des résolutions en moins de deux semaines, et plusieurs autres
vont le faire au cours des prochains jours. De ce côté-là, ça nous touche
directement. Je vais laisser M. Châteauvert, notre directeur des
politiques, faire la présentation rapide de notre mémoire.
Châteauvert (Pierre) : Oui. Bonjour, tout
le monde, merci. Donc, le projet n° 67 est important,
il vient modifier plusieurs lois et faire avancer plusieurs dossiers.
Toutefois, il propose de retirer au monde municipal un outil important pour gérer les problèmes de voisinage qui découlent trop
souvent de la location des résidences à court terme.
Les règlements de
zonage existent notamment pour organiser le territoire et assurer la quiétude
des rapports et le bon voisinage entre les résidents de la communauté. Le
problème de la location des résidences à court terme se vit dans... régions,
des élus ayant même été obligés d'intervenir physiquement pour arrêter des
disputes entre voisins.
Aussi,
il est totalement incompréhensible qu'en pleine pandémie, alors que
le tourisme vit des moments difficiles, que le gouvernement profite d'un projet de loi important pour
retirer un pouvoir aussi fondamental aux municipalités.
Au moment de la
publication du projet de loi n° 49 contenant le même
article litigieux, qui est
actuellement à l'étude à l'Assemblée, la FQM
a entrepris des discussions avec les ministères des Affaires municipales et du
Tourisme afin de trouver une solution à cette impasse. Lors d'une rencontre
tenue au ministère des Affaires municipales et de l'Habitation le
3 décembre 2019, peu de temps après le dépôt du projet de loi n° 49, des responsables du ministère du Tourisme avaient
alors admis qu'ils n'avaient consulté que les villes de Montréal et Québec dans
ce dossier et que la FQM, à
titre de porte-parole des régions, n'avait pas été
mise dans le coup.
Malgré
cela, la FQM étant une organisation constructive, notre mémoire fait état d'une
proposition raisonnable. La solution
est simple : permettre aux citoyens de définir le milieu dans lequel ils
désirent vivre et laisser la démocratie locale s'exprimer.
Ainsi, nous proposons que les municipalités
conservent le pouvoir d'interdire les hébergements touristiques de courte durée, peu importe le type
d'établissement, incluant les résidences principales, sur la totalité ou une
partie de leur territoire, à la
condition de mener une consultation préalable de la population de la ou des
zones visées par l'interdiction. Cette consultation devrait s'opérer
selon les étapes prévues aux lois applicables avec la tenue d'un registre et
d'une consultation référendaire, si nécessaire, une procédure connue des
citoyens.
En ce qui concerne les règlements municipaux
actuellement en vigueur, les citoyens des zones visées par cette interdiction pourraient, pour une période de
deux ans suivant l'entrée en vigueur du projet de loi, demander de
rendre cette interdiction inapplicable.
Cette démarche devrait utiliser une procédure semblable à celle décrite
précédemment.
La proposition de la FQM est raisonnable et
démocratique. Elle place le citoyen au coeur de la démarche et respecte les
compétences municipales en aménagement du territoire. Nous invitons les membres
de la commission parlementaire à retirer ou amender l'article 81 du projet
de loi.
Un sujet important sur le projet de loi aussi
est l'aménagement du territoire. Ce projet donne suite au Plan de protection du
territoire face aux inondations, dévoilé en avril dernier, auquel les
partenaires municipaux, dont la FQM, ont été associés. On a beaucoup travaillé
ce plan-là, on était d'accord, on l'appuie.
D'abord, nous croyons que le principe de gestion
de risque doit être érigé en principe directeur dans la loi. Ensuite, le projet
de loi prévoit la prise en charge par le ministre de l'Environnement de la
délimitation des zones inondables et de leur révision. Il semble essentiel que
les MRC et les municipalités soient consultées lors de la délimitation de ces
zones inondables qui aura un impact considérable sur l'aménagement du
territoire.
Toutefois, nous sommes extrêmement préoccupés
par les modifications apportées à la définition des milieux humides,
l'article 94, notamment parce qu'elles assujettiraient les travaux visant
la résilience de nos communautés. Il est en
effet inconcevable d'imposer une compensation pour des travaux essentiels pour
régler des problèmes d'inondation. En le rédigeant de cette façon, le
gouvernement ajoute une barrière financière parfois insurmontable pour
plusieurs communautés dans l'exécution de leurs travaux et projets.
Par ailleurs, le projet de loi introduit de
nouveaux pouvoirs réglementaires aux MRC dans la loi, permettant notamment une
plus grande flexibilité régionale. La FQM salue cette avancée et rappelle que
ce renforcement a fait l'objet d'un accord unanime de tous les intervenants
associés aux travaux du comité municipal pour l'élaboration du plan d'action
gouvernemental en aménagement du territoire relatif aux inondations.
Nous sommes toutefois préoccupés par l'abolition
du processus de dérogation en zone inondable appliqué par les MRC qui pourrait avoir un impact important sur la vitalité de
certains territoires et qui demeure une procédure d'exception dotée de
règles d'approbation strictes impliquant nécessairement et obligatoirement
l'obligation du... De plus, le projet de loi introduit un régime de gestion des
ouvrages de protection contre les inondations.
Les responsabilités des ouvrages de protection
qui seront confiées aux municipalités entraîneront des coûts substantiels
reliés à l'entretien et à la surveillance. Étant donné les normes qui seront
fixées par règlement, il est impossible de mesurer, à ce stade, l'ampleur de
ces coûts. Il semble donc essentiel que le projet de loi soit modifié afin de
prévoir que le transfert de responsabilité d'un ouvrage de protection à une
municipalité fasse suite à une entente avec cette dernière concernant les
conditions de l'octroi de cette responsabilité et non pas aux conditions établies
par le gouvernement. En outre, la FQM est préoccupée par la responsabilité
civile des municipalités suivant la prise en charge de ces ouvrages. Ainsi,
même en cas de transfert, la loi devrait préciser que les municipalités ne
devraient encourir aucune responsabilité civile sauf, évidemment, en cas de
faute grave.
Au sujet du développement local, le projet de
loi propose l'ajout de pouvoirs d'intervention économique aux MRC et aux
municipalités locales pour leur permettre de soutenir leurs entreprises. Nous
saluons cette avancée. Ces propositions répondent à la conception et aux
demandes de la FQM en ce domaine.
Finalement, le rôle d'évaluation est l'élément
de base du régime fiscal municipal au Québec puisqu'il est l'instrument de
partage de la charge fiscale au sein d'une municipalité. Si les mesures de
santé publique devaient constituer une restriction juridique au sens du
paragraphe 19° de l'article 174 dans la
Loi sur la fiscalité
municipale, ce sont une multitude de rôles dont la stabilité est menacée,
entraînant une désorganisation majeure des revenus et dépenses municipales.
Nous sommes d'avis que cette disposition ne peut avoir pour effet de constituer
une aide financière pour le secteur privé sans créer une situation dommageable
aux gouvernements de proximité dont les effets seront ressentis sur plusieurs
années.
Aussi, l'adoption de l'article 135 est
essentielle pour assurer la stabilité du système. Actuellement, les entreprises
de certains secteurs demandent la révision de l'évaluation foncière pour leurs
immeubles pour les aider à combattre les impacts économiques de la COVID. Tel
que mentionné, le système d'évaluation ne peut être utilisé à cette fin, l'aide
doit provenir de programmes ou de mesures spécifiques.
Voilà un court résumé de notre mémoire de
plusieurs dizaines de pages sur ce projet de loi. Je vous remercie.
Président (M. Allaire) :
Merci, M. Châteauvert et M. Demers. Ça termine cette période prévue
pour l'exposé. On débute la période d'échange. Mme la ministre, vous
avez 16 min 30 s, la parole est à vous.
Mme Laforest : Oui. Alors, bonjour,
ça me fait plaisir d'être avec vous aujourd'hui. Ça me fait plaisir aussi, mes chers collègues, d'être ici. Alors, j'ai quand même
quelques questions, évidemment, parce
qu'au niveau de l'hébergement touristique, j'aimerais savoir... parce
que je l'ai demandé hier, avec l'Union des municipalités du Québec, puis je voulais savoir : Il y a
combien de villes qui ont interdit l'hébergement touristique comme, genre,
Airbnb, par le zonage? Êtes-vous en mesure
de nous le dire? Parce que vous dites : Il y a au moins... on a plusieurs
résolutions d'arrivées dans toutes les municipalités, mais dans vos résolutions
que vous avez obtenues des municipalités, est-ce que... il y en a combien,
là-dedans, qui ont déjà interdit la pratique, admettons, véritablement par le
zonage? Est-ce que vous êtes en mesure de me dire le nombre de municipalités
qui l'ont déjà interdit?
Demers (Jacques) : Dans le
fond, il n'y a pas de municipalités qui l'ont interdit, c'est que les
municipalités l'ont zoné. Dans chacune des municipalités, si vous venez comme
ici, à Sainte-Catherine-de-Hatley, on a un secteur qui est le secteur urbain,
qui lui, là, dans le périmètre urbain, tu as le droit de faire du Airbnb.
Chaque municipalité a zoné son territoire. Il y a des endroits où est-ce qu'on
a le droit, des endroits où est-ce qu'on n'a pas le droit. Ce n'est pas de
l'interdire partout, c'est de le décider localement, à quel endroit on le
permet, et là où on on ne le permet pas. C'est à ça que... toutes ces
résolutions appellent au fait de garder le pouvoir de zonage, qui est le
premier pouvoir des MRC et des municipalités.
Laforest : O.K. Puis quand vous dites... parce que c'est sûr que moi,
je veux vraiment bien vous entendre là-dessus parce qu'il n'y a jamais
eu une vraie gestion de l'hébergement touristique, là, c'est vraiment une
nouvelle réglementation. Parce que...
pourquoi, justement, on est allés là... vous comprendrez que j'ai travaillé
avec la ministre du Tourisme. Mais pourquoi on est allés là? Parce
qu'on dit que, justement, des fois... pas des fois, souvent, il y a du
débordement, mais il y a une difficulté à bien encadrer l'hébergement
touristique.
Donc là, nous, on donne la possibilité d'être
plus sévères, si je peux dire, par un avertissement, je crois que c'est
600 $, deuxième, 2 000 $, puis le troisième, bien, on retire la
licence, et les gens qui le font avec leur résidence principale sont obligés de
s'inscrire sur le site du ministère du Tourisme. Alors, c'est la première fois
qu'on le fait. Ça n'a jamais été fait. Puis pourquoi on l'a fait exactement?
C'est parce que... pour donner justement la possibilité aux municipalités
d'être plus rapides sur le fait de retirer des licences.
Moi, j'aimerais savoir, est-ce que vous avez des
dossiers qui sont encore en cour présentement? Puis, est-ce qu'il y en a beaucoup
ou c'est quand même des dossiers isolés? Est-ce que vous êtes en mesure de me
dire qu'il y a plusieurs municipalités qui sont encore en cour avec des
dossiers litigieux par rapport à l'Airbnb par exemple?
M. Demers (Jacques) :
Bien, je pourrais vous parler longuement du dossier directement de chez nous, à
Sainte-Catherine-de-Hatley, celui qui s'est tenu à côté du... du côté de Magog
ou ce qui en train de se vivre du côté d'Orford. Les municipalités avaient déjà
tout le pouvoir de faire ça. Quand on nous dit qu'on nous donne un nouveau
pouvoir, ce n'est pas ça. Ce qui se passe présentement, c'est qu'on passe
par-dessus le pouvoir municipal. Mais ça, certains pourront dire : Bien,
c'est une guerre de pouvoir, un veut décider plutôt que l'autre. Mais le pire,
c'est qu'on passe par-dessus le pouvoir du citoyen. Le citoyen, lorsqu'on fait
un changement de zonage, il peut s'exprimer. On a l'obligation d'ouvrir un
registre. S'il y a suffisamment de personnes qui embarquent dans le registre,
bien, à ce moment-là, on doit faire un référendum. C'est le pouvoir du citoyen
présentement qu'on est en train d'enlever.
Les municipalités, si vous voulez des exemples,
si vous voyez du côté d'Orford, dans la dernière année, puis ça doit se
conclure au mois de novembre, ont regardé avec l'ensemble de leurs citoyens à
quel endroit ils voulaient avoir de la location à court terme, aux endroits
qu'ils n'en voulaient pas. C'est une discussion qu'il se doit y avoir entre les citoyens et ne pas attendre d'avoir des
chicanes de citoyens pour dire : Là, on a eu une plainte, deux
plaintes, on retire le droit. C'est
l'endroit où on n'en veut pas, ça, c'est notre havre de paix, ça, nos
résidences. Si, à cet endroit-là, on attend
qu'il y ait des problèmes avant de réagir... Pourquoi ne pas plutôt écouter les
gens puis voir à quel endroit qu'ils en veulent et des endroits qu'ils
n'en veulent pas?
M. Châteauvert (Pierre) :
Et si vous permettez, Mme la ministre, j'ajouterais, ce que M. Demers a
dit, c'est justement l'objet de la discussion qu'on a eue en décembre 2019 au
bureau des affaires municipales. Ce que vous faites par rapport... la réglementation,
on a même participé sur... qui vient du national, du gouvernement, il n'y a pas
de problème.
Le problème, c'est que vous enlevez le moyen
aussi à la communauté de définir l'occupation de son territoire et le zonage de
son territoire. Pourquoi pas laisser... laissez-nous le pouvoir puis faites le
reste. Nous autres, on ne s'oppose pas au reste. Le problème, c'est que vous
enlevez un pouvoir. Et ça, dans les Laurentides, c'est très chaud, un peu
partout dans les endroits où est-ce que c'est... il y a des problèmes. Mais ce
qu'on ne comprend pas, c'est pourquoi vous enlevez ce pouvoir-là, alors que le
reste, le contrôle qui vient du tourisme et surtout du revenu, évidemment, il
n'y a pas de problème avec ça.
Mme Laforest : Oui, je vous entends très
bien. Mais par contre, hier, j'ai entendu très bien aussi la députée d'Anjou—Louis-Riel
qui disait... qui relatait un exemple dans le passé avec une situation pour
l'hébergement touristique. Si on regarde la situation qu'on offre aujourd'hui
dans notre projet de loi et on regarde dans le passé, la note qui a été donnée
hier par la députée d'Anjou—Louis-Riel,
je pense que c'est la première fois... Puis là vous dites : Oui, c'est une
question... Ce n'est pas une question de pouvoir, mais c'est quand même la
première fois qu'un gouvernement encadre mieux la pratique d'hébergement
touristique. Puis, dans le fond, c'est qu'il y a des dossiers qui ne sont pas
réglés. Mais je pense qu'avec la mesure et l'obligation d'inscription sur la
plateforme et également le... après trois avertissements on peut retirer complètement
la licence d'une résidence principale qui pratique l'hébergement touristique.
Donc, si ça n'a jamais été
fait dans le passé, nous, on le fait. Je ne comprends pas, parce qu'en même
temps... Expliquez-moi, là, la situation que vous nous dites : Vous nous
enlevez les pouvoirs. Quels pouvoirs qu'on vous enlève quand, au contraire, on vous donne le pouvoir d'y aller plus
rapidement? Puis, dans le passé, on a des exemples, comme on mentionnait
hier, qu'il ne s'est rien passé, là, pour cette problématique-là. Ça fait que
c'est pour ça, moi, je veux... tu sais, je
veux comprendre. Puis ça joue vraiment là-dessus, là, parce qu'on parle
toujours du fameux pouvoir. Qu'est-ce qu'on enlève comme pouvoir en
faisant ça? Expliquez-moi vraiment, pour vous, c'est quoi.
M. Demers (Jacques) : O.K. Le problème... Ce qui s'est passé hier, moi, je ne l'ai
pas entendu, là. Ce que je suis en train de
vous expliquer, c'est : Le pouvoir qu'on enlève, c'est le pouvoir de
zonage. On nous dit qu'on va plus vite, c'est-à-dire qu'on impose. Présentement,
on impose au monde municipal d'accepter la location à court terme sur tout son territoire
où est-ce qu'il y a les résidences principales. On impose aux citoyens...
Puis c'est pour ça, tantôt, je prenais l'exemple
de chez nous. Même si c'était interdit, en cour, ça nous a pris quatre à cinq
ans, ça a coûté plus de 20 000 $ à la municipalité pour faire
respecter les droits des voisins qui n'en voulaient pas de location, puis ce
n'était pas permis à cet endroit-là. On ne nous explique pas nulle part qui va
faire suivre ces dossiers-là. On nous dit : Si ça ne va pas bien après
deux ou trois... Bien, on oblige, à ce moment-là, des secteurs à se chicaner, à avoir des problèmes de voisinage avant
d'appliquer plutôt une décision démocratique. On nous enlève complètement le pouvoir de zoner sur notre
territoire. On passe par-dessus nous et surtout par-dessus le citoyen.
M. Châteauvert
(Pierre) : Et, si on
ajoute... à ce point-là, si les municipalités n'avaient pas eu ce pouvoir-là,
probablement que la problématique aurait été encore pire, si on regarde ça à
l'envers. Les cas où est-ce qu'ils ont... J'ai à la mémoire un maire qui m'a
raconté qu'il a été obligé d'aller voir... d'arrêter, et plus qu'une fois, là,
les conflits... quasiment des batailles entre deux citoyens à cause d'une
location à court terme, là. Ça, ce n'est pas dans les statistiques, mais c'est
fréquent. Dans les Laurentides, c'est une problématique fréquente.
Et la discussion dont vous faisait référence
M. Demers, localement, se dire : Bon, O.K., on va le permettre là,
mais l'interdire là parce qu'à cause de telle, telle, telle raison... Mais
c'est un moyen supplémentaire pour... et, à ce jour, qui, peut-être, nous a
permis peut-être de comprendre et d'avoir une situation pire que ce qu'on vit
là, là. Donc, c'est pour ça qu'il faut garder ce pouvoir-là, c'est fondamental.
Mme Laforest : O.K., je vous
entends. Maintenant, par rapport à mon autre question, est-ce qu'il y a des
secteurs... quand vous dites : On veut y aller par zonage, est-ce que vous
pouvez me dire quels secteurs sont privilégiés? Est-ce que des secteurs
vraiment, comment je pourrais dire, avec des résidences plus cossues ou, vous, ce n'est pas la situation de protéger les gens qui
ont des résidences plus cossues ou des secteurs... Vous me voyez venir, là. Est-ce que c'est pour protéger seulement ces
secteurs-là que vous avez... vous comprenez ma question, là, en fait,
M. Demers (Jacques) :
Oui, oui. Je comprends très bien votre question.
Mme Laforest : Parce qu'en fait il y
en a que c'est une possibilité de revenus, petits revenus. On s'entend, là, c'est... on ne fait pas fortune avec du
Airbnb, mais est-ce que c'est pour protéger vraiment des secteurs
hautement...
M. Demers (Jacques) :
Non. Non, bien, si vous voyez l'exemple que je prenais chez nous, c'est le
petit lac Magog, là, ce n'est pas... on ne parle pas du Memphrémagog, on ne
parle pas de résidences de millions. On n'est pas dans cette gamme-là, mais
c'est des endroits où est-ce qu'il y a de la demande réelle. La problématique,
c'est souvent, le citoyen, c'est le plus gros investissement de sa vie qu'il
fait, du moins, c'est l'endroit où est-ce qu'il choisit d'habiter, où est-ce
que c'est tranquille, puis, du jour au lendemain, on permet aux voisins de
devenir des places de location, alors donc, des endroits de fête ou d'activités
beaucoup plus actives que qu'est-ce qu'ils ont. On n'a pas le droit, dans le
monde municipal, présentement, de changer un zonage sans demander aux gens qui
sont dans cette zone de s'exprimer. Là, on
passe par-dessus ce droit-là qui est fondamental pour nous. On ne comprend
pas.
Puis, en même temps, quand on regarde le projet
de loi, on dit : Bien, pour ceux qui sont dans des condos, autrement dit,
des tours qui ont 20, 30 étages et plus, celui de 20 étages plus haut
que mon condo est obligé, lui, de passer par un vote collectif pour savoir
s'ils ont le droit ou pas de le louer, tandis que le résident qui est à moins
de trois mètres de mon terrain, de ma résidence, lui, il peut le faire parce
que le gouvernement lui autorise directement, et je n'ai pas un mot à dire.
Pourtant, c'est là que ma famille grandit puis habite, là.
Mme Laforest : Bon, ça fait qu'on
regarde aussi votre amendement, là, je comprends, puis les résolutions, ne
soyez pas inquiet, on les a toutes lues et reconnues, là, puis ça fait que...
on en parle souvent ensemble quand même, ce n'est pas... mais je voulais quand
même vous entendre.
M. Demers (Jacques) :
Oui, absolument.
Laforest : J'ai une question par rapport aussi au... quand on parle de
pouvoir, là... qu'on donne aux municipalités la possibilité d'aider les
entreprises pour la relance économique, qu'est-ce que vous en pensez qu'on ait
mis ça dans le projet de loi? Est-ce que vous avez pris connaissance? Parce
qu'hier on parlait avec certaines entreprises, puis les gens n'étaient pas trop
au courant qu'on avait donné cette possibilité-là. Mais, en même temps, si on
donne le droit aux municipalités d'aider certaines entreprises qui sont en
difficulté, par exemple, le 500 000 $ ou le
1 % du budget, est-ce que vous croyez que les municipalités vont au moins
reconnaître qu'il faut parfois aider des entreprises sans changer, comme vous
le dites? Parce que là je vois que vous dites que vous êtes contre
l'article 135, mais il y a l'article 135, mais il y a aussi le
pouvoir qu'on donne aux municipalités d'aider les entreprises. Est-ce que vous
êtes en faveur de cette modification-là? Et est-ce que vous en avez pris
connaissance?
Demers (Jacques) : Pierre, je te laisse parler de 135.
Châteauvert (Pierre) :
L'article, Mme la
ministre, l'article 135, on y tient, c'est essentiel. Non, mais, pour le pouvoir, on est tout à fait d'accord, parce
que ce qui s'en vient, les municipalités, les collectivités devront, on pense... parce que, vous savez, avec tous nos services de développement, soutenir, par exemple, nos commerces de proximité, nos services de proximité, et d'offrir la possibilité
aux municipalités de se mobiliser... collectivité pour soutenir
ces commerces qui sont fondamentaux, qui assurent la viabilité de
plusieurs, c'est absolument essentiel et c'est plus que bienvenu.
d'ailleurs, à chaque... on en a discuté et ça fait partie...
pour le futur, dans notre mémoire, ça fait
partie de nos demandes, c'est
notre conception des choses. On a publié, en décembre 2019, une plaquette sur
notre conception, et c'est au coeur de ça. Donc, ce pouvoir-là est plus que
bienvenu.
Et même peut-être que
l'expérience pourra nous permettre de faire évoluer l'ensemble des pouvoirs municipaux
en matière de développement économique plus tard dans...
Demers (Jacques) : C'est un très bel outil dans ce sens-là puis
c'est un outil local que la municipalité peut
ou ne pas utiliser. Puis on aura à le défendre devant nos citoyens
quand on utilise l'argent de leurs taxes pour aider un commerce.
Mais, à bien des endroits, ça va être très utile pour éviter présentement de
perdre des commerces de proximité avec ce qu'on vit, là.
Laforest : O.K. Merci. Au niveau du pouvoir pour la réglementation
avec les MRC pour les inondations, j'entends qu'au niveau de la responsabilité
vous voulez... si je comprends bien, vous voudriez qu'il y ait une entente
entre soit la municipalité et le gouvernement par rapport à la gestion des
digues ou des barrages. C'est ça que j'entends bien? Ou comment vous voyez
cette responsabilité-là à partager?
M. Châteauvert (Pierre) : En fait, même ce matin, on avait une réunion avec
des gens de votre ministère là-dessus, sur
les barrages privés des fois qui sont abandonnés. Effectivement, il faut
qu'on... Et là c'est dans le cas des inondations. Il s'en vient des
travaux importants parce qu'avec ce qu'on a vécu puis ce que le gouvernement...
Puis, vous savez, on a participé puis on est d'accord avec l'approche. On l'a
appuyée et tout ça, mais il arrive... mais la gestion de ces ouvrages retenus,
là, la façon que ça doit être fait, nous autres, on pense qu'il y a une
entente, mais c'est la notion de responsabilité. On ne peut pas demander à une
municipalité... dans un ouvrage d'avoir... sauf en cas de faute grave, là,
d'être responsable de si, supposons, à cause d'un événement, entre autres, une
grosse pluie, quelque chose, il y a un bris puis que là il y a des
catastrophes. Donc, là-dessus, c'est un élément où est-ce qu'on demande à ce
que ce soit inscrit, dans la loi, que la municipalité... elle n'a pas la responsabilité
de ces ouvrages-là. Mais c'est évident que nous, on est d'accord avec cette
approche-là, on l'appuie, mais il faut continuer à travailler.
Un autre élément par
rapport à ça, c'est que... aussi c'est que, sur les dérogations, c'est absolument
essentiel. Je vais vous donner un exemple. Saint-André de Kamouraska, il y a
des aboiteaux dans ce coin-là, mais c'est en zone inondable. Avant, on pouvait
faire des dérogations et là, maintenant, avec... on a retiré... dans le projet
de loi, on retire des éléments, ce qui fait
que, là, on ne pourra pas... là-bas le principal employeur, il doit y avoir un
agrandissement. Normalement, il n'y aurait pas eu de problème avec l'accord de
tous les ministères du gouvernement, on aurait pu permettre, la MRC aurait pu
permettre. Mais là il y a un problème à ce niveau-là, et la compagnie va être
obligée de déménager pour s'agrandir puis continuer à desservir sa clientèle.
Il y a un élément
puis aussi peut-être une correction à apporter au projet de loi, mais c'est quand
même au... préalablement, l'approche, on l'appuie puis on est tout à fait
d'accord.
Laforest : O.K., puis donc, vous êtes d'accord aussi et vous pouvez
valider que si on donne les pouvoirs, par exemple, les pouvoirs régionaux pour
faire cette gestion-là, les MRC ont la capacité de le faire... faut vraiment
savoir, parce que vous voyez où on veut aller avec nos comités au niveau des
régions pour les inondations.
Ça fait que vous
croyez vraiment que les MRC sont en mesure de bien gérer ça et de bien recevoir
ces pouvoirs-là qu'on donne dans les régions? Vous êtes en mesure de nous le
confirmer?
Demers (Jacques) : Il y a deux éléments là-dessus.
Oui, il y a les pouvoirs qui vont aux MRC, mais le besoin aussi qu'il ne faudra
pas oublier, c'est au niveau du ministère, entre autres, de l'Environnement, où
est-ce qu'on sent un besoin de personnel de ce côté-là, où est-ce qu'il n'y a
pas ce qu'il faut présentement dans les régions pour pouvoir avancer plus
rapidement. Sinon, ce qu'on fait, c'est qu'on transfère aux MRC puis aux
municipalités le devoir de le faire et les frais qui vont avec, qui devraient
souvent être des choses faites par le ministère, mais n'ayant pas les employés
nécessaires. Il y a peut-être une difficulté de ce côté-là. C'est vraiment une
belle occasion de ramener les fonctionnaires...
Le Président (M.
Allaire) : Merci, M. Demers. Désolé. Ça fait que ça termine la période
d'échange avec la
partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole à la députée
de Vaudreuil, pour l'opposition officielle. Vous avez 11 minutes. La
parole est à vous.
Nichols : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour, M. Demers.
Bonjour, M. Châteauvert. On a pris connaissance aussi, là, des
nombreuses résolutions des différentes municipalités. Définitivement, quand ça
arrive en nombre comme 400 ou 600, là, on se rend compte qu'il y a peut-être
une problématique ou il faut peut-être enfin... le libeller autrement. Mais on comprend mieux avec vos explications, la
problématique, puis vous en avez passablement parlé avec la ministre,
puis je suis certaine qu'il y a des bonnes notes qui ont été prises à
cet effet-là.
J'avais
juste une petite question. La ministre demandait s'il y a des dossiers... Il y
a beaucoup de municipalités qui ont dû... qui ont contesté ou qui ont
fait le... qui ont aménagé leur zonage, là, justement, pour prévoir où on peut avoir de la location à long terme, à court terme,
les Airbnb, puis tout ça. Ça a été judiciarisé. Combien de municipalités
ont eu des recours devant les tribunaux pour pouvoir se rendre jusque-là?
Est-ce qu'il y a eu de nombreux cas? Puis ça représente combien? Comme
Sainte-Catherine-de-Hatley, combien vous avez dépensé? Magog?
Demers (Jacques) : Bien oui, Magog, c'est encore plus, mais de
notre côté, c'est plus de 20 000 $ juste pour régler une maison, un
seul dossier. Parce que, là, tu revois tes règlements, tu revois tout ce qu'il
faut puis tu t'aperçois qu'en cour... en tout cas, je peux embarquer le côté,
peut-être, judiciaire, mais la preuve que tu dois faire, ce n'est pas juste de
dire : Aïe! il y a une annonce, il y a quelque chose. Non, non, il y a une
transaction. Il faut que tu prouves la transaction. Il faut que tu aies les
témoins qui veulent venir prouver la transaction que tu fais.
Ça fait que quand on
nous dit : Ça prend une, deux prises, puis après, on peut le retirer, on
sait à quel point ce n'est pas simple comme ça. Puis une fois qu'on est rendus
là, là, vous pouvez vous entendre que, quand ça s'est réglé chez nous, c'est
que la maison s'est vendue. Parce que les chicanes de voisin qu'il y avait dans
ce coin-là, ce n'est pas vrai que ça se règle comme ça. Ce n'est pas plaisant.
On peut le travailler autrement.
Puis c'est vrai que
les Airbnb, là, il y a une vague, il y a quelque chose au niveau mondial, on ne
peut pas passer à côté. Mais en demandant aux municipalités d'en discuter, de
trouver, avec leurs citoyens... de leur permettre de zoner, eux, de la façon...
bien, je pense que, là, on a une écoute. Puis on va en avoir, parce que
plusieurs l'ont déjà fait. Mais je pense qu'on est dans la vague, de ce
côté-là. Plusieurs autres devront le faire aussi, mais ne prenons pas cette responsabilité-là,
sinon...
Déjà, chez nous, ce
qu'on dit, bien, quand on va avoir des problèmes là-dessus, bien, allez voir
votre député, allez voir votre ministre. Nous, on va nous avoir enlevé un
pouvoir. Bien, on ne pourra pas régler ces chicanes-là. On n'en veut pas de
cette façon-là. On veut que le citoyen soit écouté là où il habite, là.
Mme Nichols :
Puis je vais faire un commentaire peut-être personnel, en obiter dictum, mais
je dirais que qui de mieux placé que l'élu municipal pour gérer ce genre de
problème là? Ça se passe puis... sur le terrain des vaches, comme on dit, là,
mais, tu sais, ça se passe directement sur le terrain. Ça fait que moi aussi,
j'ai un problème à ce qu'on relaie ça un peu plus haut, alors que c'est le
monde municipal, ça se passe sur votre terrain. Vous savez... Vous connaissez
vos municipalités, vous connaissez votre territoire, vous savez, là, à quelle
place, oui, là, ça serait permis, oui, là, on pourrait permettre de la location
à long terme, là, du court terme, puis vous êtes les mieux placés aussi pour
transmettre cette information-là à vos citoyens.
Juste
encore, par rapport à ça, une dernière petite question : C'est quoi, les
délais? Tu sais, vous dites... 20 000 $ que ça nous a coûté
pour une maison, puis la finalité, c'est...
Demers (Jacques) : Quatre ans.
Mme Nichols :
Quatre ans?
Demers (Jacques) : Quatre ans pour régler le dossier, oui.
Mme Nichols :
Quatre ans. Alors, je comprends que, même si on y allait d'un premier avis,
deuxième avis, troisième avis, la maison
risque d'être vendue ou ils vont mettre la maison à vendre quelques mois avant.
Il va y avoir des remises, puis les un, deux, trois avis, ça ne se
passera en six mois, ça, là, là.
Demers (Jacques) : Non, puis même avec un jugement, on s'est
aperçu que la personne continuait. Ça fait qu'il faut que tu recommences, même
s'il y a eu un jugement. C'est là qui fait que c'est hyperlong.
Puis ce qui est
important dans ce que vous disiez juste avant, oui, je pense qu'on est les
bonnes personnes pour le faire sur le terrain, mais c'est surtout aussi que,
dans le système de zonage qu'on a présentement, les citoyens vont pouvoir
s'exprimer. Sinon, on leur enlève le pouvoir, aux citoyens. On va offrir des
choses, on va penser à des zonages, mais, après ça, le citoyen va s'exprimer,
si ça lui va ou pas.
Mme Nichols :
Oui, oui, c'est la démocratie municipale. J'ai une question par rapport... On
parlait, là, dans le projet de loi n° 67, il y a... oui, il y a
l'article 135, puis on parle d'un plan aussi pour pouvoir aider les
entreprises pour la relance économique. On vous demandait un peu plus tôt vous
en pensez quoi. Je me demandais, est-ce que... Oui, là, c'est prévu, là, c'est
prévu qu'on peut aider les entreprises, là, soit un an ou trois ans, là. On
peut prévoir un plan pour les aider dans le cadre de la relance économique.
Est-ce qu'on vous a indiqué les montants et jusqu'à quelle hauteur vous
seriez... quelle latitude on vous donne pour pouvoir aider vos entreprises?
Est-ce qu'on vous a mis des balises, des paramètres, des montants?
M. Demers (Jacques) :
Pierre...
M. Châteauvert (Pierre) : Oui, en
fait, c'est dans le projet de loi. Je n'ai pas l'article sous les yeux, mais
oui, effectivement, il y a un pourcentage. Mon Dieu! C'est parce qu'il y en a
beaucoup, là.
Mais
ce qu'on peut vous dire par rapport à ça, pourquoi... puis on l'a regardé avec
notre monde. Actuellement, on... Au début de la pandémie, on avait
proposé au gouvernement d'aider les entreprises. Le gouvernement a mis en place
le fonds d'aide d'urgence aux PME. Les MRC se sont mobilisées. Ils ont fait
vraiment quelque chose de fantastique. M. Demers, il parle de son comité,
puis tout ça, puis ils ont fait vraiment... puis ils ont apporté une aide réelle. Là, ça continue. Il y a encore une autre
mesure qui est venue s'ajouter. Ça fait que ça vraiment fait une
différence, puis ça doit continuer, puis on
a encore besoin de supporter les entreprises. Qu'est-ce que ça va venir...
C'est beaucoup pour l'entreprise locale, et on pense que ça va être
hyperutile — je
n'aime pas beaucoup les hyperboles — mais je pense que là... pour
le commerce de proximité.
M. Demers a
publié une lettre, justement, au début de la pandémie en disant : Faites
attention, le commerce de proximité, le
petit café, la petite épicerie, qui est essentiel à la vitalité de notre
village, on ne l'aide pas suffisamment. Puis à peu près tous les programmes d'aide, même le fonds d'aide
d'urgence aux entreprises, aux PME, tout ça qu'on gère, il n'est pas
suffisant. Mais ça, ce pouvoir-là va probablement venir combler ce besoin-là.
C'est pour ça qu'on appuie, on en a besoin.
Mme Nichols :
Puisque vous en parlez, M. Châteauvert, là, le petit commerce de
proximité, là, on s'entend que les petits commerces de proximité ont plus de
difficulté que d'autres commerces, puis je vais nommer l'épicerie, le
concessionnaire automobile. Le petit commerce de proximité, qui est souvent au
coeur d'un village, a des grosses difficultés,
là, financières, a de la misère à garder la tête hors de l'eau. Oui, il y a
certains programmes qui s'appliquent à lui, mais il reste qu'il y a
quand même beaucoup de coûts fixes autour de tout ça. Et l'article 135
vient un peu lui nuire parce que l'article 135 va venir dire à
l'entreprise : Bien, tu sais, tes coûts fixes comme ton compte de taxes
municipales, là, bien non, il faut que tu le payes quand même. Puis la FQM,
l'UMQ, on est d'accord puis on plaide pour cet article-là. Ça fait que je me
dis : Tu sais, il y a quand même, là... A contrario, est-ce qu'il n'y
aurait pas une ouverture ou une possibilité de travailler d'autre chose pour ce
commerce-là? Parce que ma question, là : Êtes-vous d'accord pour dire
qu'il y a des commerces qui vont bien puis d'autres commerces qui vont moins
bien?
M. Demers (Jacques) : Ah! c'est évident qu'ils n'en ont pas tous de
besoin. C'est pour ça qu'on pense qu'une décision locale... puis on ne
parle pas de prêts, mais d'une aide directe. La problématique, c'est que,
présentement, il y a eu beaucoup d'aide de prêts puis c'était probablement
correct à ce stade-là. Quand on a vraiment la crainte de perdre une entreprise,
certains petits commerces... puis ce n'est pas des sommes astronomiques,
souvent, là, je veux dire, c'est souvent, peut-être, un 10 000 $, un
20 000 $ qui ferait toute la différence, qui va permettre au
dépanneur de rester en place. Puis on le
sait que, dans nos milieux plus ruraux, une fois qu'on le perd, là, il ne
revient pas. Il n'y en a pas 12 qui attendent à la porte pour pouvoir
prendre sa place. On n'est pas dans les grands centres-villes, là.
Mme Nichols :
Non, puis le petit commerce local, là, souvent, là, c'est quelqu'un qui habite
la municipalité aussi, là. Ça fait que le petit commerce local va fermer, ça va
faire un citoyen de plus qui n'a pas d'emploi dans la municipalité. Ça fait que, tu sais, il y a quand même un cercle autour
de ça. Je le trouve... Moi, je vous le dis d'emblée puis je l'ai
dit hier, là, ça fait que tout le monde connaît ma position, je le trouve
un peu dangereux, l'article 135.
M. Châteauvert
(Pierre) : Mme la députée, si vous...
Mme Nichols :
Je pense qu'il y aurait une façon de venir en aide à certains commerces qui en
ont besoin. Il y en a qui n'en ont pas besoin. Est-ce que ça a un impact chez
vous quand il y a un commerce comme ça qui ferme? C'est quoi, l'impact pour la
municipalité quand il y a des commerces qui ferment?
M. Demers
(Jacques) : Bien, on le voit, hein, c'est aussitôt que tu
fermes un commerce... Dans le temps, quand on fermait des instituts...
bancaires ou quoi que ce soit, c'est des services que tu perds automatiquement.
C'est un peu une chaîne, veux veux pas, tu te retrouves à aller plus loin
prendre tes services. Ça fait que même les petits services locaux que tu aurais
pris en faisant le plein d'essence, bien, s'il n'y en a plus de station
d'essence, tu vas plus loin puis tu prends d'autres services qui devraient être
plus locaux. Le principe est connu.
Il faut trouver des
recettes. On est en train de se refaire, présentement, puis oui, on appuie 135.
Je ne dis pas que c'est parfait, mais je pense qu'il faut trouver la façon
d'avancer. S'il y a des meilleures solutions, j'espère qu'on va nous les
présenter.
M. Châteauvert
(Pierre) : Si vous permettez, j'aimerais juste ajouter...
Mme Nichols :
Oui, je m'excuse.
M. Châteauvert
(Pierre) : ...là-dessus. C'est que 135, là, ce qu'on dit, c'est
que ce n'est pas avec le foncier qu'on doit venir en aide aux entreprises.
C'est avec des programmes à côté, et les pouvoirs sont là. Mais 135, lorsqu'on commence à jouer sur l'évaluation...
L'Ontario a joué, dans les années 70 puis dans les années 80, là-dessus,
et ils sont encore dans le problème.
Au Québec, on a une
richesse sur notre système d'évaluation foncière qui est solide par rapport à
d'autres et, si on vient à introduire
pour... dans des périodes comme ça... C'est très difficile, ce qui se passe
actuellement, mais, quand on vient
introduire des éléments qui viendraient déstabiliser le système d'évaluation,
on va payer très cher à long
terme.
Donc, ce
qu'on dit, c'est que pour aider notre commerçant, pour aider les entreprises et
ceux qui revendiquent... là, c'est les plus grosses entreprises qui
revendiquent de changer leur évaluation. Utilisons des programmes à côté,
des programmes d'aide, de soutien au «cashflow», tout ça, aux liquidités, mais
ne jouez pas dans l'évaluation foncière.
Mme Nichols : Et je suis un peu serrée dans le temps. Merci.
Merci, des précisions. Je suis un peu serrée, je pense qu'il me reste
moins d'une minute.
Dans le fond, là, est-ce que je comprends que, le
135, là, c'est parce que les municipalités veulent garder les mêmes revenus, ne
veulent pas avoir des baisses de revenus, puis c'est pour ça que vous appuyez
le 135? Parce que, si on trouvait une autre façon que vous gardiez les mêmes
revenus, mais qu'on trouvait une façon d'aider les entreprises... Parce que, je
le répète, ce n'est pas tous les commerces, ce n'est pas toute l'entreprise.
Les commerces automobiles n'ont pas besoin d'aide, l'épicerie n'a pas besoin
d'aide. Puis j'en profite pour vous lancer même ma question. C'est que vous
n'aurez pas le temps de répondre, mais, tu sais, vous parlez que vous n'êtes
pas contents parce qu'on vous enlève un pouvoir de zonage, mais ici, on vient
d'enlever un pouvoir aux entreprises de contester leurs comptes de taxes. Ça,
c'est correct?
M. Demers (Jacques) :
Souvent, ils ne peuvent pas contester, peut-être, le compte de taxes, mais ils
peuvent toujours contester l'évaluation.
Mme Nichols : La taxe foncière.
M. Demers (Jacques) :
Non, mais l'évaluation, c'est la base. S'ils disent que l'évaluation n'est pas
juste...
Le Président (M. Allaire) :
Désolé, M. Demers.
M. Demers (Jacques) :
...bien, ils peuvent le faire.
Le Président (M. Allaire) : Je
m'excuse, ça termine ce bloc d'échange avec l'opposition officielle.
Mme Nichols : Mais ils ne
pourront plus avec le 135.
Le Président (M. Allaire) : On
est rendu avec... la période d'échange avec le deuxième groupe d'opposition. M.
le député de Laurier-Dorion, vous avez 2 min 45 s. La parole est
à vous.
M. Fontecilla : Merci, M.
le Président. Bonjour,
M. Demers, M. Châteauvert. J'aimerais revenir sur l'article 81,
là. Et vous dites, dans votre mémoire, là,
qu'il y a un pouvoir, qui est inscrit dans la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, qui détermine et encadre
l'usage exclusif pour les municipalités, là, sur le zonage. Est-ce que vous
pensez que l'article 81 est en contradiction avec la
Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme?
M. Demers (Jacques) :
Bien, pour moi, directement, parce que le premier pouvoir d'une MRC, c'est
écrit clairement, c'est l'aménagement de son territoire, et l'aménagement de
son territoire passe par le zonage. C'est que, là, on passe par-dessus
complètement.
M. Fontecilla : Est-ce que les
municipalités ont été consultées sur cette possibilité-là?
M. Demers (Jacques) :
Nous, on ne l'a pas été avant que ça sorte. Par la suite, on a eu quand même
des discussions, puis j'ai eu la chance, avec la ministre, d'avoir des
discussions quand même régulièrement. C'est pour ça qu'on arrive quand même avec une proposition. On ne fait pas juste
dire non. On comprend que le Airbnb, pour certains, ça peut être
intéressant, et ceux qui voulaient le mettre... s'il y a une municipalité au Québec
qui veut le mettre en place, ils ont tout le pouvoir de le faire. On n'enlève
rien à personne. Mais il y en a qui n'en veulent pas, puis ils ne veulent
surtout pas se le faire imposer. On dit : Comment ça se fait que, tout
d'un coup, on nous enlève notre pouvoir de zonage puis qu'on nous impose
quelque chose qui... l'impact direct est encore plus sur le citoyen? C'est à ça
auquel on doit crier haut et fort qu'on ne peut l'accepter.
Mais, si vous regardez ce qu'on dit, bien, il y
a une possibilité d'ouvrir un registre, il y a une possibilité de dire : O.K., localement, nous, on
n'en veut pas sur tout le territoire, à quel endroit vous en voulez? Puis à ces
endroits-là, si on en rajoute d'autres,
écoutons le citoyen, permettons au citoyen de venir dire :
Aïe! M. le maire, vous vous trompez peut-être dans ce dossier-là, on
voudrait s'exprimer. Parfait, la démocratie est là, permettons aux gens de
s'inscrire au registre, faisons le référendum comme qu'on fait dans tous les
cas de zonage dans une municipalité.
M. Fontecilla : Il me reste
combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Allaire) :
43 secondes.
M. Fontecilla :
C'est bon.
Le Président (M. Allaire) :
Merci au député de Laurier-Dorion. On est rendu au dernier bloc d'échange avec
le troisième groupe de l'opposition. M. le député de Matane-Matapédia, la
parole est à vous.
M. Bérubé : Bonjour, tout le
monde. M. Demers, M. Châteauvert, je suis nouveau en affaires
municipales, bien que j'aie le record de
municipalités dans ma circonscription avec 45. Alors, je n'ai pas les
connaissances préalables de mes autres collègues. Je présume qu'ils ont
eu le droit à un briefing technique, là, compte tenu de la...
Une voix : Pas encore, ça va
venir.
M. Bérubé : Non? Ça va venir,
d'accord. Alors, ça s'impose. C'est un enjeu qui est complexe.
Une voix : On vous attendait
pour ça.
M. Bérubé : Bien oui, c'est ça,
grosse semaine.
M. le Président, j'aimerais questionner nos deux
interlocuteurs sur quelque chose qui m'étonne, l'article 81. J'ai été
ministre du Tourisme, j'ai peine à croire que la collègue de la ministre lui a
suggéré ça. Si je comprends bien, on vous enlève du pouvoir puis on vous donne
un paquet de troubles à gérer, sans les ressources nécessaires. Vous n'avez pas
demandé ça, mais comme on retrouve dans plusieurs projets de loi de ce
gouvernement, là, vous êtes un peu coincés, parce qu'il y a des choses qui font
votre affaire puis il y a ça. Mais on aimerait que votre organisation
dise : On est pour le projet de loi, puis ça vient avec. On le vit dans
d'autres projets également.
Alors, moi, j'essaie d'imaginer une municipalité
comme Sainte-Luce, par exemple, où il y a eu une annonce, là, de la ministre de
la Sécurité publique, j'étais présent, être confrontée au fait que ça va leur
prendre des ressources, qu'ils vont devoir gérer un tas de plaintes. Je me
trompe-tu ou c'est un peu ça, non seulement on vous enlève un pouvoir, mais on
vous donne un paquet de troubles?
M. Demers
(Jacques) : Bien, c'est
carrément là qu'on... notre crainte, là. Tu sais, dans le fond, pourquoi
qu'on nous impose ça?
M. Bérubé : Bien oui, pourquoi?
M. Demers
(Jacques) : Il n'y a
personne qui a été capable de nous l'expliquer jusqu'à présent. C'est
comme... Puis, en plus, on donne l'opportunité de dire : On est capable de
faire autrement. L'occasion est là.
M. Bérubé : Là, vous voulez
qu'on enlève cet article-là?
M. Demers (Jacques) :
Bien oui. Il y avait 49. Si on l'avait gardé à l'intérieur de 49... Puis, en
plus, on est en période de pandémie, il ne doit pas y avoir urgence que, vous
et moi, on échange nos maisons puis dire : Je vais aller habiter là-bas, venez chez nous, il y a... On n'est pas là. On met
ça à l'intérieur d'un omnibus qui... bien, qui nous dit d'urgence parce
qu'il y a beaucoup d'éléments là-dessus que, oui, il faut qu'ils se passent
rapidement. Mais celui-là doit carrément
être retiré. On a le temps de le regarder. On est exactement dans la période
que ça ne doit pas se passer.
M. Bérubé :
Bien, c'est ça qu'on pense, nous aussi, puis je suis convaincu que vous vous
êtes entendus. Est-ce que les explications, là, de la ministre vous ont convaincus
à cet effet ce matin?
M. Demers
(Jacques) : Bien, j'espère que j'ai pu comprendre, dans ces
explications-là, qu'on va sérieusement regarder l'option de le retirer
ou de permettre aux municipalités de pouvoir légiférer sur son territoire, c'est-à-dire,
même s'il y aurait une obligation de dire aux municipalités de dire :
Faites un registre, ouvrez-le...
Le Président (M. Allaire) :
M. Demers, le député souhaite intervenir.
M. Bérubé : Oui,
juste compléter. Effectivement, c'est important, puis je veux vous dire que
nous respectons les municipalités et nous allons... On vous appuie.
Président (M. Allaire) :
Et malheureusement, M. le
député, ça termine ce bloc d'échange... ce dernier bloc d'échange. Je suis désolé.
M. Bérubé : Il
n'y a plus d'aménagement du territoire dans le nom du ministère, là.
Président (M. Allaire) :
Merci, messieurs, pour votre contribution au bénéfice de cette commission.
Donc, nous allons suspendre les
travaux quelques instants pour permettre à L'Union des producteurs agricoles, là, de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 13)
Le Président (M. Allaire) :
Alors, nous allons reprendre. Je souhaite maintenant la bienvenue à L'Union des
producteurs agricoles. Je vous rappelle que vous aurez une période de
10 minutes pour votre exposé. Après, nous allons procéder à une
période d'échange, là, entre les différents groupes. Donc, je vous cède la
parole. Je vous demande de vous présenter dans un premier temps et débuter
votre exposé après. Donc, la parole est à vous.
M. Groleau (Marcel) : Alors,
pardon, merci beaucoup. Bonjour, Mme la ministre, MM., Mmes les députés. Alors, il me fait plaisir, en tant que président
de L'Union des producteurs agricoles, M. Marcel Groleau, de vous
présenter le mémoire de l'UPA, et je suis accompagné de
M. Paul Racette Dorion, qui est un spécialiste sur les questions
d'aménagement du territoire à l'union.
Alors donc, L'Union des producteurs agricoles,
c'est 42 000 producteurs, productrices répartis sur tout le
territoire, sur 27 000 fermes ou entreprises agricoles
majoritairement, très majoritairement familiales. Alors, l'union est une association
de 12 fédérations régionales, de 25 groupes spécialisés, et donc on
est présents, là, dans toutes les sphères du secteur agricole au Québec.
Nous sommes heureux de participer aux
consultations. L'UPA tient d'abord à saluer la démarche entreprise par le
gouvernement du Québec à la suite des inondations historiques de 2017 et 2019.
Les consultations menées par le biais des comités ont bien permis un dialogue,
ont permis un dialogue constructif entre les intervenants concernés. Elles ont
aussi permis d'identifier des solutions prometteuses, et l'UPA est heureuse de
pouvoir y participer. Il est d'ailleurs essentiel de poursuivre cette démarche.
Comme vous le savez, les activités agricoles et
forestières occupent de vastes superficies sur le territoire. Les modifications
prévues et les décisions qui vont suivre, tant législatives que réglementaires,
auront un impact significatif sur nos
activités. Les producteurs agricoles et forestiers sont directement interpelés
par plusieurs changements prévus à la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, la
Loi sur la qualité de l'environnement
et la
Loi sur les compétences municipales.
Certaines dispositions du projet de loi, telles
que formulées, vont accentuer la pression sur leurs pratiques. Cette pression
nuira non seulement le rapport économique dans nos régions, mais elle va aussi
à l'encontre d'une volonté gouvernementale
et sociétale maintes fois exprimée ces derniers mois. Je fais bien sûr
référence à l'autonomie alimentaire des Québécois et des Québécoises que
le premier ministre a identifiée comme une priorité.
Alors, notre mémoire identifie cinq
préoccupations sur les thèmes suivants, donc : la notion de bien-être général, le règlement sur l'abattage d'arbres, les
délais de prescription, l'aide municipale dans le contexte de la
COVID-19 et les modifications projetées à
Loi sur la qualité de
l'environnement.
Donc, d'abord, la notion de bien-être général.
L'article 6 du projet de loi introduit un nouveau concept à la fois flou
et préoccupant, c'est-à-dire celui du bien-être général. Le texte actuel du
projet de loi prévoit qu'une MRC peut établir toutes normes destinées à tenir
compte de la proximité réelle ou éventuelle d'un immeuble ou d'une activité qui
soumet l'occupation du sol à des contraintes liées au bien-être général. Cette
disposition nous inquiète grandement. Par exemple, est-ce que l'apparence de
certains bâtiments agricoles est une contrainte au bien-être général? Est-ce
que certains types de cultures ou pratiques agricoles le sont aussi? Plusieurs
intervenants municipaux répondraient oui sans hésiter, ce qui nuirait
terriblement au secteur agricole en plus de générer des tensions dans plusieurs
communautés.
Les trois champs d'application du règlement
prévu dans le projet de loi, c'est-à-dire la sécurité publique, la protection
de l'environnement et la santé publique permettent d'encadrer suffisamment les
contraintes à l'occupation du sol. Il nous apparaît donc inutile d'ajouter
celle du bien-être général sans plus de précision.
Le projet de loi prévoit également l'adoption
d'un règlement hors mécanisme de conformité établi. Ce nouveau règlement nous
inquiète aussi parce qu'il n'est pas tenu d'être conforme aux orientations et
objectifs du schéma d'aménagement. Dans le contexte de la loi, la ministre
seule, par le mécanisme de conformité aux orientations gouvernementales en
aménagement du territoire, pourra approuver ou non un règlement qui pourrait
pourtant avoir un impact direct et négatif sur les activités agricoles.
Pourquoi soustraire ce règlement au processus qui prévaut pour tout autre
règlement adopté par les municipalités et les MRC? Le libellé doit donc être
modifié pour que le respect des activités agricoles soit assurément pris en
compte. La notion de bien-être général doit, quant à elle, selon nous, être
complètement retirée.
Deux, le règlement d'abattage d'arbres. Alors,
les producteurs agricoles et forestiers du Québec ont besoin de vastes superficies pour leurs activités. Il est
donc fréquent de voir les terres d'un
même producteur chevaucher plusieurs municipalités. Certains travaux
forestiers peuvent avoir des impacts sur le territoire, notamment sur les
paysages ou sur certaines activités de
conservation et de récréotourisme. Il est impensable que chaque municipalité puisse
encadrer tous ces éléments complexes sur son bout de territoire. Selon nous, la
possibilité de réglementer l'abattage d'arbres devrait être faite et réservée à
l'échelle de la MRC.
De plus, il est parfois difficile pour les
producteurs forestiers de se repérer au milieu de la forêt puisque les limites
administratives des municipalités ne sont évidemment pas tracées sur le sol. Il
peut donc arriver qu'un producteur ait obtenu un permis en bonne et due forme
dans une municipalité, mais empiète de quelques mètres sur le territoire de la
municipalité voisine où s'applique un autre règlement. En confiant la
compétence exclusive du règlement sur l'abattage d'arbres
aux MRC, on minimise les risques d'erreur de bonne foi en réduisant le nombre
de règlements applicables sur un même lot boisé. En résumé, par souci de
cohérence et faciliter l'administration des règlements relatifs à l'abattage
d'arbres, l'UPA demande que les MRC soient tenues d'adopter un règlement
régional d'abattage d'arbres dans un délai de 24 mois suivant l'adoption
du p.l. n° 67.
Les délais de prescription. Le projet de loi
prévoit allonger de beaucoup le délai de prescription pour les infractions
relatives à l'abattage d'arbres. Le délai actuel est d'un an à compter de la
perpétration, et la constatation doit se faire à l'intérieur de ce délai.
L'article 24 du projet de loi prévoit d'ajouter un délai d'un an à compter
de la constatation et prolonger à cinq ans le délai de prescription à partir de
la perpétration. C'est largement exagéré.
Pour les
raisons que j'ai invoquées plus tôt, notamment la difficulté de se repérer en
pleine forêt et la confusion réglementaire
entourant l'abattage d'arbres, il arrive parfois que des arbres soient abattus
de bonne foi. Ces producteurs se retrouveraient alors avec une épée de
Damoclès au-dessus de leurs têtes pendant cinq ans, même s'ils ne savent pas
qu'ils ont coupé des arbres illégalement.
En donnant aux MRC la compétence exclusive de
réglementer l'abattage d'arbres, une ressource avec les compétences nécessaires
serait en mesure de se consacrer à temps plein à la gestion forestière, ce qui
n'est pas le cas pour chaque municipalité, et donc d'assurer un meilleur suivi
sur le terrain. Il n'est pas normal que les municipalités ou les MRC aient
besoin de cinq ans pour faire un tel suivi.
Soulignons aussi que le délai de prescription en
vigueur actuellement est celui prévu au Code de procédure pénale qui prévoit un délai maximal d'un an à
compter de la perpétration. C'est d'ailleurs le délai applicable pour
toute infraction soumise en vertu de la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.
Nous comprenons toutefois que le délai de vérification
terrain puisse être un peu plus élevé en raison des contraintes de déplacement, notamment.
C'est pourquoi nous demandons et proposons un délai de deux ans à partir
de la perpétration et d'un an à compter de la contestation. Cet accommodement
nous semble tout à fait raisonnable et censé.
L'aide
municipale dans le contexte de la COVID-19. La pandémie a des conséquences importantes sur
les entreprises et l'économie. Toute forme d'aide est la bienvenue, et
l'union voit d'un bon oeil certaines mesures prévues au projet de loi.
Par contre, le libellé actuel de
l'article 130 ne convient pas car les producteurs sont d'emblée exclus de
tout problème... tout programme
de soutien municipal. Le projet
de loi exclut d'emblée les
producteurs agricoles et forestiers de tout programme de soutien parce
qu'ils reçoivent une aide gouvernementale qui réduit leurs taxes foncières.
Rappelons toutefois que l'objectif de cette aide, tant du côté agricole que
forestier, est de corriger les iniquités du régime fiscal québécois. Il faut
comprendre qu'au Québec on n'a pas de régime fiscal particulier à l'agriculture
et à la foresterie. On a plutôt prévu
fonctionner par un remboursement d'une
partie des taxes, alors que, dans la
plupart des États et autres
provinces, on a donc des régimes particuliers où les producteurs n'ont pas, par
la suite, de remboursements associés à une subvention.
Donc, nous avons aussi des réserves concernant
le programme de soutien pouvant être mis en oeuvre par les MRC. Baser
l'admissibilité des entreprises sur la baisse de leurs revenus suite à la crise
sanitaire peut générer des problèmes d'interprétation. Qu'est-ce qu'une baisse
de revenus en raison de la pandémie? Est-ce que la difficulté d'avoir accès à
des travailleurs étrangers constitue un motif suffisant pour obtenir de l'aide?
Est-ce que le retard de livraison de pièces et de fournitures dû aux fermetures
des usines? Est-ce que le retard dans les semis qui a sévi est suffisamment lié
à la pandémie ou non? Est-ce que le retard dans la construction d'un bâtiment
d'élevage en raison de délais administratifs ou de l'arrêt des chantiers liés à
la COVID-19 au sens de la loi est une raison suffisante?
Pour simplifier l'application de cette aide
municipale...
Le Président (M. Allaire) :
Merci, M. Groleau. Malheureusement, ça termine ce bloc pour votre exposé.
Je cède maintenant la parole à la ministre, là, pour débuter le bloc d'échange
avec la
partie gouvernementale. Vous avez 16 min 30 s.
Mais avant, Mme la ministre, M. le
député de Matane-Matapédia voulait s'adresser à cette commission. Allez-y.
M. Bérubé : Non, ça va. Merci
pour la...
M. Bérubé : Excusez-moi, je...
Le Président (M. Allaire) : Ça
M. Bérubé : Il
faut que je précise à chaque fois que le temps, je peux le récupérer de
quelqu'un qui ne le prend pas?
Le Président (M. Allaire) :
Oui, parce qu'il faut demander le consentement.
M. Bérubé : À chaque fois?
D'accord.
Le Président (M. Allaire) :
Bien, en fait, oui.
M. Bérubé : Bien, j'aimerais
faire ça.
Président (M. Allaire) : Donc, vous souhaitez avoir le
consentement? S'il reste du temps, peu importe, la
partie
gouvernementale...
M. Bérubé : En
résiduel.
Le Président (M. Allaire) :
...ou de l'opposition, voulez-vous récupérer ce temps-là?
Le Président (M. Allaire) :
Parfait. Est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Allaire) : Il
y a consentement. Parfait. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Laforest : Oui. Alors,
bonjour, M. Groleau, M. Racette Dorion, je crois, bonjour à
vous. Je suis quand même très heureuse de
voir que vous reconnaissez les comités et les bureaux de projets pour les
inondations, évidemment. Puis, quand
on parle que vous demandez d'empêcher les comités consultatifs en aménagement
du territoire, qu'il y en ait plus
qu'un, j'aimerais vous entendre là-dessus parce que... Et si, malheureusement,
suite aux inondations, on a des bureaux de projets dans certaines
régions, donc l'aménagement du territoire, les zones agricoles, tout va être
étudié en même temps. Puis je voulais vous entendre à ce niveau-là, parce que,
bref, on va avoir accès à plus de ressources, puis je voulais vous demander
c'est pourquoi cette demande-là.
M. Groleau (Marcel) : O.K. Ça
fait que je vais demander à Paul de vous préciser les raisons pour lesquelles
on vous propose ça.
M. Racette Dorion
(Paul) : Oui, sans problème. Nous, la problématique qui nous
interpelle par rapport au comité consultatif en aménagement du territoire,
c'est plutôt par rapport au transfert de certaines compétences du CCU à ce comité régional là. Selon nous, il y a
certains dossiers, certains éléments relatifs à des règlements à
caractère discrétionnaire qui devraient être plutôt analysés au niveau local
qu'au niveau régional, le niveau régional étant parfois trop loin pour
apprécier les réalités territoriales locales, notamment dans le cadre des
dérogations mineures. C'était surtout sur ce point-là, nous, qu'on a des...
Mme Laforest : O.K. Est-ce que
je peux avoir des exemples?
M. Racette
Dorion (Paul) : Oui, par
exemple, comme on le mentionnait dans le mémoire, est-ce que
l'implantation d'un bâtiment d'élevage qui devrait en théorie respecter une
distance séparatrice relative aux odeurs causées
par les déjections animales de 75 mètres, alors que le règlement prévoit
300 mètres, est une dérogation mineure? Mathématiquement non, mais,
dans les faits, lorsqu'on apprécie le terrain et qu'il y a un massif boisé qui
réduit les odeurs, que tous les voisins sont producteurs agricoles, au niveau
local, tout le monde va s'entendre pour dire qu'il s'agit d'une dérogation
mineure. Au niveau régional, quand les membres du comité consultatif en
aménagement du territoire ne connaissent pas le territoire, il peut arriver
qu'on considère ça comme majeur parce qu'on ne tient pas en compte pleinement
des réalités territoriales.
Mme Laforest : O.K. Parce que
juste pour vous mentionner que l'intention de notre gouvernement, c'est
justement de donner la possibilité aux municipalités d'octroyer des dérogations
mineures. Ça fait que c'est pour ça que je voulais vous entendre.
J'ai une question
par rapport au délai au niveau de l'abattage d'arbres parce que vous en avez
parlé. Est-ce que vous avez entendu également les demandes, hier, des
dirigeants de... des représentants pour le... les Forêts, Faune et Parcs, leurs
demandes de M. Gagnon, d'ailleurs.
M. Groleau
(Marcel) : Oui, c'est ça.
Bien, à ma connaissance, la demande de M. Gagnon est sensiblement
la même que celle que nous vous proposons, un délai de deux ans. C'est sûr
qu'au départ on aurait souhaité même que les
délais d'un an soient maintenus, mais on reconnaît que, dû à la difficulté de
constater sur le terrain, dû aux superficies à couvrir, que, bon, peut-être
un an de plus est acceptable, mais, de là à aller à cinq ans, on trouve ça
déraisonnable.
Mme Laforest : O.K. Parce que dans
vos demandes, vous... bien, ou tantôt, je vous ai entendu. Si j'ai bien
entendu, vous dites que des évaluations terrain pourraient être possibles,
mais, en même temps, vous savez que c'est comme illusoire de penser que des évaluations
terrain pourraient être faites un peu partout, là, parce que ça se fait vraiment
avec les photos aériennes. C'est ça qui est un petit peu plus long et pour...
comme évaluation.
J'ai une question également pour les terres qui
ont été inondées. C'est peut-être une question personnelle, mais, en même
temps, c'est important. Les terres qui ont été inondées, est-ce qu'on a pu
produire comme... autant dans les années passées ou, dû aux inondations, les
terres n'ont pas produit comme elles devaient le faire?
Groleau (Marcel) : Bon, ça varie beaucoup selon la gravité de
l'inondation, naturellement, là. Quand les eaux se retirent suffisamment tôt, habituellement,
on peut produire... on va semer un peu plus tard, mais on va avoir une variété
qui est adaptée à la longueur de la saison disponible puis on va produire
pratiquement autant. Mais c'est des ajustements qui sont faits selon chaque
inondation, selon les cas qu'on a à gérer, là.
Laforest : O.K. M. Groleau, j'ai une question à vous poser, parce
que vous demandez, au niveau de la possibilité de bénéficier d'une aide, là,
vous savez quand même tous les programmes qu'on a en place et tout ce qui a été
travaillé avec mon collègue à l'Agriculture.
Maintenant, j'ai une
question à vous poser, parce que, dans le projet de loi, on a le soutien à
certaines entreprises. Est-ce que vous en avez pris connaissance que les
municipalités peuvent aider des entreprises durant la pandémie? Est-ce que vous
avez vu cette possibilité-là? Par rapport à votre situation, comment vous
l'avez...
M. Groleau
(Marcel) : Bien, nous, ce qu'on a vu dans le projet de loi, c'est que,
lorsqu'on est admissible déjà admissible à une subvention, on est de fait exclu
des programmes d'aide que pourraient offrir des municipalités. Alors, ça nous
apparaît excessif, d'autant plus que les subventions... ce qui est considéré
comme une subvention au regard des taxes municipales n'en est pas, puisque
c'est une façon de rétablir l'équité entre les régimes fiscaux des provinces
voisines ou des États voisins par rapport à un modèle que nous, on a conservé
ici, là, qui est de taxer les terres en fonction des transactions qui ont eu
lieu sur le territoire, là, ce qui n'est pas le cas dans les autres provinces, dans les autres États. Alors, par exemple, en
Ontario, les taxes, c'est 25 % des taxes municipales, c'est ce qui s'applique sur le territoire
agricole. Donc, les producteurs ne reçoivent pas de remboursement de taxes en Ontario,
ils ont un crédit dès le départ de leurs taxes. Donc, c'est ça qui est
différent. Ici, on considère ce crédit-là qu'on reçoit comme une subvention,
alors que c'est une correction. Donc, c'est ça qu'on n'accepte pas, là.
Laforest : O.K., c'est ça, c'est...
M. Groleau
(Marcel) : Je ne sais pas si j'ai... clair, là, mais...
Laforest : Pardon? Oui, oui. En fait, ce que je comprends, c'est que
vous, vous voyez ça comme une correction, tout simplement, et non une aide...
M. Groleau (Marcel) : Oui, parce que d'ailleurs, le Canada...
lorsque le Canada notifie ses subventions agricoles à
l'OCDE, tout ce qui concerne les taxes, le remboursement des taxes n'est pas considéré comme une subvention agricole.
Laforest : O.K. C'est bon.
M. Racette Dorion
(Paul) : Peut-être pour préciser, ce qui pose problème, en fait, c'est
la référence à l'article 92.1 de la
Loi sur les compétences municipales,
laquelle prévoit que toute entreprise qui reçoit une aide visant à rembourser ses taxes foncières n'est pas
admissible au programme que vous souhaitez mettre en place. Donc, c'est
ça, la problématique, de notre côté.
Laforest : O.K. C'est ça. On va examiner cette demande-là. J'ai peut-être
une dernière question. J'aimerais savoir, au niveau — puis
c'est quand même important, vous êtes les mieux placés pour nous le dire — au
niveau de l'été qu'on a passé, c'est quoi, votre évaluation au niveau de la situation
avec la pandémie, au niveau des agriculteurs? Est-ce
que... Les leçons que vous pourriez
nous donner par rapport à l'achat local, par exemple, ce serait peut-être
important pour moi. Puis par rapport aussi... le lien
qu'on pourrait en faire avec le projet
de loi, si on pouvait ajouter du contenu, comment vous verriez ça, en
fait, avec l'été qu'on a passé, là, parce c'est vraiment un été
particulier. Je sais que ça a été très bénéfique pour certains agriculteurs. Maintenant,
quel compte rendu vous en faites, vous?
M. Groleau
(Marcel) : Ah! bon, là, c'est sûr que l'été a été pas facile, notamment
pour les producteurs maraîchers qui ont été privés de la main-d'oeuvre qu'ils
avaient l'habitude d'avoir, là. Moi, je dirais, sur la commercialisation de nos
produits agricoles, c'est sûr qu'on le voit dans le projet de loi, là,
faciliter l'émergence des marchés publics, faciliter aussi le commerce qui se
fait directement sur la ferme, là. On empiète sur d'autres lois que nécessairement les lois que vous tentez de
corriger là, là, mais... on pourrait s'asseoir et en discuter, mais il y a
certainement des propositions qu'on pourrait vous faire pour faciliter le
commerce de proximité.
Laforest : Donc, la
conservation, la disposition pour les marchés publics, vous êtes en faveur,
certain, oui?
M. Groleau (Marcel) :
Oui, c'est ça. C'est ça, oui.
Mme Laforest : O.K. Alors, je ne sais pas... Dernière question,
rapidement. Je ne sais pas s'il reste du temps, mais...
Le Président (M.
Allaire) : Oui, sept minutes.
Laforest : ...je voulais savoir, le projet pilote avec le lac
St-Pierre, pour les zones agricoles, est-ce que vous suivez le projet de loi un
petit peu...
Groleau (Marcel) : Oui.
Laforest : Est-ce que vous le suivez vraiment...
M. Groleau
(Marcel) : Oui, puis c'est le point que j'aurais pu faire.
Laforest : ...ou vous attendez le rapport complètement?
M. Groleau
(Marcel) : On le suit. Non, non, on y participe même, là, puis
j'aurais fait un peu le point sur les derniers commentaires qu'il me restait à
livrer avant qu'on m'interrompe. C'est sûr que tout ce qui concerne la loi québécoise
sur l'environnement, qui vise à protéger les zones inondables, nous, ce qu'on
vous propose, là, c'est... il faut trouver
des façons de maintenir l'agriculture dans ces zones-là en respect de
l'environnement le plus possible, donc adapter nos pratiques agricoles
pour qu'on puisse maintenir ces zones-là, parce qu'au Québec nos terres
agricoles sont dans la... une bonne
partie
dans la plaine du Saint-Laurent, près des cours d'eau. La zone inondable, c'est
grand au Québec. Alors, si on retire
l'agriculture de ces zones-là, on se prive d'un potentiel de production
agricole important, et ça va tout à
fait à l'encontre d'une des priorités du gouvernement, soit améliorer,
augmenter notre autonomie alimentaire.
Laforest : O.K. Donc, ce que vous...
M. Groleau
(Marcel) : Donc, le projet du lac St-Pierre, pour faire une réponse
courte, on le suit, on regarde, on fait des expériences en production en
couverture de sol. Il faut aménager des parties spécifiques pour la faune et la
flore, mais on ne peut pas retirer l'agriculture de tout ce territoire-là.
Laforest : O.K. Puis, si j'ai bien entendu tantôt, vous avez vraiment
mentionné que, même avec les inondations, on a pu produire autant. Donc, les
inondations n'ont pas brisé la culture...
M. Groleau
(Marcel) : En fait, c'est sûr qu'avec la montée des eaux, il y a
certaines parties dont on ne pourra plus cultiver, là, si les prévisions se
réalisent, ce dont je ne doute pas, là. Mais la
partie qui est inondée puis,
après ça, asséchée, elle, naturellement, peut continuer d'être productive, puis
on doit trouver des façons de la cultiver pour que ça ait le moins d'impact
possible sur la biodiversité et l'environnement.
Laforest : O.K. Alors, merci. Moi, ça termine mes questions. Merci
beaucoup, M. Groleau, puis au plaisir de se revoir. Merci.
Le Président (M.
Allaire) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Député de
Mégantic, la parole est à vous.
M. Jacques :
Merci, M. le Président. M. Groleau, M. Racette Dorion, je veux juste continuer,
là, par rapport aux inondations, là. Vous avez dit, là, tantôt qu'il n'y avait
pas eu de pertes, là, pour les productions agricoles lors des inondations de
2017, 2019. Il n'y a pas eu de pertes d'animaux, de bâtiments, de rien lors de
ces événements-là?
M. Groleau
(Marcel) : Non, c'est-à-dire, je vais... Il y a des pertes, mais elles
sont ponctuelles, là, elles ne sont pas... elles ne se répètent pas d'année en
année. C'est sûr qu'en 2017, l'ampleur de l'inondation a entraîné des pertes.
Ça, je ne peux pas le nier, là, mais les zones inondables, on travaille avec ça
depuis des générations puis, d'année en
année, on s'ajuste selon l'ampleur de l'inondation et selon le temps que ça
dure. Mais, en 2017, 2019, il y
a certains... davantage en 2017 qu'en 2019, d'ailleurs.
Jacques : Parfait. Parce
que, dans le fond, le cours d'eau, là, va prendre l'espace du champ, dans le
fond, mais, un coup qu'il reprend sa place, bien, la production peut
continuer d'être faite, là.
M. Groleau
(Marcel) : Bien, c'est ça, les terres s'assèchent, puis ça retarde
l'ensemencement, mais habituellement on est quand même en mesure de cultiver.
M. Jacques : O.K. Donc, pour que... Dans le fond, si les MRC
sont capables d'adapter, là, des règlements régionaux pour la production ou pour les
zones inondables, là, c'est possiblement, là, quelque chose qui est important
pour vous, là.
M. Groleau
(Marcel) : Ah oui! absolument, puis je dirais davantage le ministère
de l'Environnement, parce que d'avoir des règlements régionaux ou municipaux
pour les zones inondables, il risque d'y avoir des traitements très différents.
Sur un même cours d'eau, des municipalités voisines vont réglementer
différemment. Des fois, la pression populaire fait qu'il y a moins ou plus de
tolérance vis-à-vis certaines productions. Alors, moi... nous, on souhaite davantage
que ce soit le ministère de l'Environnement qui régisse et réglemente l'usage
ou la pratique agricole dans les zones inondables. Ça, c'est ça.
M. Jacques : Parfait. Donc, les
zones vont être mieux régies, là, en tenant compte de la réalité agricole,
étant donné qu'on sait que... bon, c'est ce qu'on disait tantôt, là, que ça
vient et ça part puis que tout peut se...
M. Groleau (Marcel) : Bien, il faut... C'est ça, il faut tenir compte
de la réalité agricole. Et nous, on est conscients que, dans ces zones-là, il y a des pratiques
agricoles qui doivent être modifiées pour protéger la qualité de l'eau et
éviter l'érosion, par exemple, ou l'entraînement des nutriments dans les cours
d'eau. Donc, c'est sûr que des pratiques agricoles, des bandes riveraines peut-être
un peu plus larges, des aménagements... garder un certain couvert végétal... Donc, c'est des choses comme ça qu'on est en train
d'expérimenter pour à la fois maintenir l'agriculture dans ces zones-là,
et malgré les inondations occasionnelles, et protéger au maximum
l'environnement et la biodiversité.
M. Jacques :
Donc, la protection des berges est importante. Je vois dans ma circonscription,
là, sur la rivière Eaton... bon, bien, la terre, l'autre côté de la rivière,
grandit puis, de l'autre côté de la rivière, la terre rétrécit. Donc, la
protection des zones riveraines, là, au niveau agricole, est très importante
aussi, là.
M. Groleau
(Marcel) : Oui, et ça, je vous dirais aussi qu'on a tendance, ces
dernières années, à vouloir laisser libre
cours à l'écoulement des eaux plutôt que d'intervenir pour corriger certaines situations où il y a de l'érosion
excessive. On a de la misère à obtenir des certificats d'autorisation du ministère
de l'Environnement pour faire des travaux dans les cours d'eau, et ces
travaux-là sont nécessaires si on veut empêcher l'érosion, bien des fois. Les municipalités, c'est compliqué pour elles d'obtenir ces autorisations-là, et ça, c'est quelque
chose sur lequel on devrait
travailler. Nous, nos producteurs se plaignent de ces situations-là.
M. Jacques :
Parfait. Merci. On a parlé, là, de comité consultatif d'urbanisme tantôt. Mais,
au niveau de la composition du comité de consultation agricole, là, qui
pourrait être... un producteur agricole qui produit sur une MRC pourrait être membre d'une autre... sur le
comité consultatif d'une autre MRC, entre autres parce que les bassins versants d'une MRC peuvent aller sur les terres,
là, des voisins, et... Bon, pouvez-vous me partager votre opinion là-dessus?
M. Groleau (Marcel) : Bon, c'est ça, c'est... En fait, c'est l'adresse de résidence qui
détermine dans quelle MRC un
producteur peut participer au comité consultatif agricole, alors que sa ferme
peut être dans la municipalité voisine et... Puis là, ça, c'est des situations qu'on va voir de plus
en plus, parce qu'on a du morcellement agricole. Il y a des producteurs maintenant qui ont des fermes, mais demeurent au
village, et, peut-être, le village n'est pas dans la même municipalité
que la terre qu'ils cultivent. Donc, nous,
on serait ouverts à ce qu'un producteur dont la ferme est située dans une
municipalité ou dans une MRC puisse
participer au comité consultatif agricole malgré que sa résidence ne soit pas
dans cette municipalité.
Président (M. Allaire) : Merci, M. Groleau. Malheureusement, ça
termine ce bloc d'échange avec la
partie gouvernementale. C'est
maintenant le tour de l'opposition officielle. Je cède la parole à la députée
de Vaudreuil. La parole est à vous pour 11 minutes.
Nichols : Merci, M. le Président. Merci à vous deux d'être présents.
Est-ce que c'est possible de compléter la réponse du député de Mégantic?
Parce que je m'en allais pas mal aussi avec ça, le CCU puis le CCA, puis quand
il y a une ferme et... parce qu'il y a un lien, là. Ce n'est pas vrai que c'est
une ligne territoriale qui vient délimiter ça aussi facilement. Donc, est-ce
que vous pouvez peut-être poursuivre votre réponse dans ce sens-là?
M. Groleau
(Marcel) : Bien, j'avais pratiquement terminé, mais ce que je disais
en fait, c'est que nous... Actuellement,
c'est le lieu de résidence qui détermine dans quelle municipalité ou MRC un
producteur peut participer au comité
consultatif, ou aux différents comités municipaux, ou... de la MRC. Nous, on
n'aurait pas d'objection à ce qu'on considère aussi que l'emplacement de
la ferme puisse lui permettre de participer aux mêmes comités dans les
municipalités où la ferme est située.
Mme Nichols :
Merci. Donc, ça pourrait être seulement qu'un petit amendement avec le «et/ou»,
là, pour pouvoir permettre la...
M. Groleau
(Marcel) : Oui, c'est ça.
Mme Nichols :
C'est ça, c'est... ça peut être quelque chose qui est facile à corriger. Merci
de l'explication.
Je veux juste être
certaine, quand on parle... le CCU puis le CCA, là, on s'entend que le comité
consultatif agriculture, là, fait
partie de la MRC, là, puis ce n'est pas une
étape supplémentaire, là, qu'on vient ajouter, là, c'est une consultation
commune ou ça fait
partie de la même étape.
M. Groleau
(Marcel) : C'est ça. On a fait une proposition aussi sur le CCA, là,
que... le comité consultatif agricole, que ça puisse être des élus municipaux,
pas nécessairement uniquement les maires des municipalités, qui siègent sur ces
comités-là, parce que, quelquefois...
Mme Nichols :
Donc, des conseillers ou...
M. Groleau (Marcel) : Conseillers municipaux, par
exemple, aussi, qui ont une meilleure
connaissance du milieu agricole, par exemple.
Mme Nichols :
Oui, oui, très souvent, puis il y en a même qui sont... dans des plus petits
villages, là, il y en a même qui sont eux autres mêmes agriculteurs, là. Merci.
On a parlé, un petit peu plus tôt, du soutien aux entreprises, là, qui est prévu dans le projet de loi, puis j'ai compris que vous, après l'avoir analysé, vous aviez
compris que vous étiez exclus de faire cette demande-là à la municipalité.
M. Groleau (Marcel) : C'est ça,
exclus. Oui, c'est ça. En fait, comme je l'expliquais, tous les producteurs
agricoles reçoivent un montant pour compenser le coût des taxes foncières
agricoles, et ça, c'est considéré comme une subvention, et le projet de loi
prévoit... ou la loi prévoit que, si tu reçois déjà une aide de l'État, peu
importe de quel ministère, tu es exclu des aides que pourrait te donner la municipalité.
Alors, nous, on trouve que c'est exagéré puis on
considère aussi que, par exemple, une entreprise de transformation alimentaire
associée à une ferme serait exclue, là, parce que, même s'il y a sept ou huit
employés qui travaillent à la transformation
du lait en fromage à partir de la ferme, si la ferme a reçu une subvention municipale pour ses taxes... une subvention gouvernementale pour ses taxes, ça exclut
l'entreprise qui transforme du fromage, là. Donc, on trouve que c'est
exagéré, cette condition-là.
Mme Nichols : Oui, ça a un impact
peut-être sur le plus petit commerce, qui est la fromagerie, là.
M. Groleau
(Marcel) : Oui, puis ça...
On devrait laisser aux municipalités le soin de décider si leurs
entreprises agricoles ont accès ou non, et non pas exclure de fait toutes les
entreprises agricoles, d'autant plus...
Mme Nichols : Oui, en effet,
c'est... je trouve que ça peut être quelque chose qui est favorable, justement,
pour aider nos régions, donc c'est un
amendement aussi qui peut être apporté au présent projet de loi. Ça, c'était à
l'article... Vous m'aviez... Mais je pense... O.K., je vais le retrouver. Je pense
que c'est 81, hein, l'article que vous nous aviez mentionné tantôt, auquel ça
faisait référence?
M. Racette Dorion (Paul) : C'est
130. C'est 130 du projet de loi.
Mme Nichols : 130 du projet de
loi, mais vous faisiez référence à un autre...
M. Racette Dorion (Paul) : À l'article 92.1
de la
Loi sur les compétences municipales, auquel on fait référence dans
l'article 130 du projet de loi.
Mme Nichols : Parfait. C'était
l'article 92 que je n'avais pas pris en note. Merci beaucoup.
J'imagine que ça arrive qu'il y a des
producteurs agricoles, là, qui contestent leur compte de taxes ou qui
contestent l'évaluation auprès de leur municipalité.
M. Groleau (Marcel) : Oui, oui, ça
arrive. On a d'ailleurs, l'an dernier, plusieurs producteurs dans des municipalités où on a connu des hausses de taxes très importantes. Il y a eu
des mouvements pour contester cette hausse de taxes là, là, due à l'évaluation importante... l'augmentation importante du prix des terres. Alors, oui, ça arrive,
mais ça arrive aussi pour la valeur des bâtiments. Lorsqu'une ferme... par
exemple, une étable est en exploitation, il y a des vaches puis... mais le
producteur vend son troupeau, puis l'étable se retrouve vide, c'est sûr qu'elle
n'a pas la même valeur que lorsqu'elle était... Donc, il peut y avoir une
demande de réévaluation de la valeur de ces bâtiments-là. Des choses comme ça,
ça arrive régulièrement, oui.
Mme Nichols : J'imagine, on en a
parlé aussi, là, mais il y a plusieurs producteurs qui ont été affectés entre
autres par la COVID.
M. Groleau
(Marcel) : Oui. Comme je
l'expliquais, principalement le printemps dernier, parce que, lorsqu'on
a fermé les restaurants, l'hôtellerie, les écoles, c'est sûr que le marché a
subitement changé. Il y a presque 25 % de la production agricole qui est
dirigée vers ces marchés-là, et, du jour au lendemain, ces marchés-là ont fermé
sans que le marché du détail soit prêt à prendre la relève, là, parce que ce
n'est pas les mêmes formats, ce n'est pas les mêmes distributeurs. Alors, ça a perturbé de façon importante
le marché pendant quelques semaines. Mais, je dirais, après trois,
quatre semaines, là, la situation s'est rétablie dans le secteur laitier, dans
le secteur de la volaille.
On a connu
aussi des problèmes au niveau de l'abattage, parce qu'il y avait
un abattoir qui a dû fermer dans le porc. Donc, oui, on a eu des enjeux... la main-d'oeuvre dans le secteur
horticole. Alors, ça a été une année assez difficile, oui.
Mme Nichols : Puis je ne veux pas
comparer nécessairement, là, l'impact des inondations puis l'impact de la COVID, là, je pense que ce n'est pas... on ne peut
pas le comparer. Mais, dans le cas des inondations, là, quand les terres
viennent... quand les terres sont inondées, est-ce que...
Puis je comprends, là, l'importance de les garder actives. Est-ce qu'il faut changer... Puis là c'est vraiment
une question... Je ne suis pas de ce domaine-là, mais pas du
tout, là, donc excusez mon manque de connaissances. Mais est-ce qu'il
faut changer la culture ou on peut continuer avec la même culture?
M. Groleau
(Marcel) : Non. Il arrive qu'on doive changer le plan de culture,
parce que, par exemple, du maïs, ça prend 30 jours de plus pour se rendre
à maturité que du soya. Donc, si, au début de la saison, je suis obligé de retarder mes semis, bien, peut-être que j'avais prévu
semer du maïs, mais finalement je vais semer du soya, et ça... ou je vais semer
autre chose. Une céréale comme de l'avoine, c'est encore plus court, l'orge
également. Donc là, je vais ajuster mon plan de culture en fonction de la
longueur de la saison restante, si l'inondation perdure. Mais normalement, les
champs sont quand même cultivés.
Mme Nichols :
Puis je sais qu'il y a des champs, là, qui sont cultivés, pour avoir fait le
tour du Québec pendant un été, puis on me disait entre autres... Comme dans
Maskinongé, là, je sais qu'il y a des terres qui sont depuis toujours inondées, puis justement, là, ça fait une culture
particulière à cause des minéraux, là, qui envahissent le...
M. Groleau
(Marcel) : Ça fait des... C'est ça, c'est des terres qui sont très,
très riches, parce que...
Mme Nichols :
Oui, fertiles.
M. Groleau
(Marcel) : ...fertiles, c'est ça, parce que l'eau amène des nutriments
qui nourrissent la terre et les plantes qui y poussent.
Nichols : J'ai une question
relativement au niveau de l'élargissement des bandes riveraines. Vous
pensez quoi de ça, l'élargissement des bandes riveraines?
M. Groleau
(Marcel) : Moi, je crois que la... ça doit être en vertu de certains
critères, ça ne peut pas être généralisé. Sur les cours d'eau dits plus
fragiles ou plus exposés, oui, c'est envisageable, mais pas de façon généralisée. Et l'autre élément, et
on va en discuter un peu cet après-midi, j'espère, lorsqu'on va... lorsque le
ministre va lancer le plan de
l'agriculture durable, là, c'est : un producteur, ce n'est pas... Tous
les producteurs ne sont pas impactés également, parce que ce ruisseau-là
ou cette rivière-là est spécifique à certains producteurs, à certaines terres.
Alors,
si on exclut de la zone cultivable une plus grande superficie parce qu'on
élargit la bande riveraine, bien, il faudrait en quelque sorte compenser l'effort qu'on
demande à ce producteur-là, parce que, lui, il se retire de cette zone-là
pour protéger l'environnement au bénéfice de
tous les Québécois. Alors, on lui demande, lui, de se retirer, de cultiver
moins sur une terre qui lui
appartient, mais on continue de lui facturer 100 % des taxes sur cette
bande riveraine là. On lui demande de
l'entretenir, on lui demande peut-être même de la verdir pour faciliter la
biodiversité, mais on ne lui donne rien en retour, là. Alors, nous, on souhaite qu'il y ait une
contribution de l'État pour aider ce producteur-là qui fait cet effort-là pour
la société.
Nichols : Quand vous parlez de compenser, vous voulez dire soit être
indemnisé pour la
partie qui ne sera plus cultivable, ou soit ajuster le
compte de taxes, ou ajuster en fonction du nombre de pieds carrés ou de...
C'est plus de pieds carrés, là, mais que...
M. Groleau (Marcel) : Bien là, le... C'est ça. Bien, le minimum... Pour certains producteurs,
ça peut représenter des hectares, là.
Alors, le minimum, ça serait que ça ne soit pas taxable. Minimalement, ça ne
devrait pas être taxable, et on devrait aussi, par rapport à la perte de
revenus pour ces entreprises-là, avoir une considération quelconque, là.
Nichols : Parfait, c'est
noté. Dans le fond, c'est un peu là où je m'en allais aussi. Concilier
l'agriculture puis la protection du littoral d'un cours d'eau, c'est possible?
M. Groleau
(Marcel) : C'est nécessaire. C'est nécessaire, c'est possible et
nécessaire.
Mme Nichols :
Et important.
M. Groleau
(Marcel) : Et important, oui, c'est ça.
Mme Nichols :
Parce que, au niveau de l'entretien de ces cours d'eau, on sait que c'est la
base...
Le Président (M.
Allaire) : Malheureusement, Mme la députée, ça met fin à votre bloc
d'échange. On est rendu maintenant au député de Laurier-Dorion. La parole est à
vous pour 2 min 45 s.
Fontecilla : Merci, M. le Président. Donc, en ce moment, au Québec,
là, on a deux impératifs, là : d'une part, c'est protéger contre les
inondations et, d'autre part, protéger notre production alimentaire, notre
souveraineté alimentaire et nos terres agricoles. Est-ce que vous pensez que le
p.l. n° 67 arrive à faire cet équilibre-là entre la
protection contre les inondations et la production agricole?
M. Groleau
(Marcel) : Bien, je crois qu'il y a un effort de fait, et on
demande... Nous, on souhaiterait que ce soit... Puis ça, ce n'est peut-être pas
dans le p.l. n° 67, parce qu'on parle de la loi
québécoise sur l'environnement, puis il y a d'autres éléments, là, surtout au
niveau des lois sur l'environnement, qui devraient être étudiés et avec les...
et on discute avec le ministre de l'Environnement sur ces questions-là.
Mais, pour nous, ce qu'on souhaiterait, nous,
c'est qu'il y ait un principe général au niveau de l'État qu'on doit maintenir
nos superficies agricoles, minimalement; minimalement, maintenir nos
superficies agricoles malgré l'étalement
urbain, malgré les constructions supplémentaires de routes, malgré les parcs
industriels qu'on voit poindre un peu partout. Actuellement,
la zone agricole est la seule zone qu'on se permet de rétrécir continuellement.
En plus qu'on ait une loi pour empêcher
l'accroissement des superficies en culture dans plus de 600 municipalités
au Québec, il n'y a aucune loi solide
qui assure qu'on maintienne cette superficie-là. Alors, on perd... on a perdu
ces 162 000 hectares... J'avais ça dans mes notes un peu plus
tôt, mais sur les... je pense, c'est...
M. Racette Dorion (Paul) : Depuis
M. Groleau (Marcel) : Depuis 1992,
c'est 160 000 hectares de terres agricoles au Québec qu'on a perdus
au profit d'autres usages. Alors, c'est sûr que, si on retire l'agriculture des
zones inondables ou on la limite, si on retire l'agriculture des milieux
humides ou on limite... et la foresterie aussi, si on continue l'étalement
urbain, regarde, à un moment donné, il faut... ce n'est pas sérieux de parler
d'autonomie alimentaire, si on continue de faire ça.
Fontecilla : Donc, en quelque sorte, l'agriculture, c'est les...
comment dire, c'est la dernière préoccupation. Il y a toujours d'autres
préoccupations qui passent avant, et c'est l'agriculture qui finit par être
perdante.
M. Groleau (Marcel) : C'est ça.
Alors, on parle beaucoup de densification des milieux urbains, mais, dans les
faits, quand vous regardez les municipalités continuer d'étendre leur
territoire pour l'urbanisation... Dans tous les schémas d'aménagement qu'on
voit, nous, de toutes les MRC, il y a toujours des demandes d'agrandissement...
Le Président (M. Allaire) : Merci,
M. Groleau. Malheureusement, je dois vous arrêter. M. le député de
Matane-Matapédia, vous avez 2 min 45 s. La parole est à vous.
Bérubé : Bonjour,
messieurs. Il me fait plaisir de vous retrouver, et, M. Groleau, je suis très
sensible à votre plaidoyer sur la protection
du territoire agricole, et vous comprendrez que l'actualité de cette semaine
concernant la MRC de Montcalm m'a touché profondément comme un député rural. Et
je suis convaincu que ça ne vous a pas plus plu
à vous qu'à moi d'apprendre cette nouvelle-là. Donc, c'est un combat qu'il faut
maintenir, celui de la protection des terres
agricoles. On ne peut pas plaider l'autonomie alimentaire et l'achat de
produits locaux et en même temps prendre cette question-là de façon
désinvolte.
Ceci étant dit, hier, l'Ordre des urbanistes a
souligné que ça prend une vision plus globale de l'aménagement du territoire, et ça, c'est important — d'ailleurs, moi, j'ai été surpris de voir
que ce n'est plus dans le
titre du ministère, l'aménagement du
territoire — et,
lorsqu'on a un aménagement qui est concret, un aménagement qui est logique, le
reste suit. Alors, avez-vous l'impression que le ministère, d'une certaine
façon, cherche à se délester de certaines responsabilités au détriment d'une
vision qui serait plus durable et concertée de l'aménagement du territoire?
M. Groleau (Marcel) : Alors, j'ai
combien de temps pour répondre à ça?
Le Président (M. Allaire) :
1 min 40 s.
Bérubé : Il peut
répondre à la première
partie de mon intervention aussi, hein?
M. Groleau (Marcel) : Oui, oui, c'est
ça. Non, mais... Oui, c'est ça, mais, en fait... Bien, c'est sûr que nous, on
avait réagi dans le dossier Montcalm, là, sur... On comprenait mal que ce schéma
d'aménagement là soit autorisé. On ne connaît pas tous les tenants et
aboutissants, là, mais on comprenait mal qu'il soit autorisé.
Sur la question plus spécifique d'une politique
nationale d'aménagement du territoire, nous, avec les urbanistes puis les
architectes, Vivre en ville et les autres groupes... plusieurs autres groupes,
on milite pour une politique nationale d'aménagement du territoire dans
laquelle on aurait des règles encore plus précises et plus claires pour la
protection des terres agricoles et aussi les activités agricoles, parce
qu'actuellement, souvent, on va limiter la production agricole par le... en
restreignant les activités agricoles, et ça, on le voit de plus en plus. Je
vais vous donner un exemple très simple, là. Quand des municipalités adoptent
des règlements pour limiter l'usage des pesticides, bien, indirectement, on vient limiter les
activités agricoles de façon... clairement, là, lorsque c'est pour les odeurs,
lorsque c'est pour l'établissement de certains types d'élevage. Alors, c'est
sûr qu'il y a beaucoup... il y a une action concrète qui doit être faite par
l'État pour protéger non pas seulement la zone agricole, mais les activités
agricoles également.
Le Président (M. Allaire) :
10 secondes.
M. Bérubé : Merci beaucoup pour
votre réponse. Et on plaide pour la même chose, un aménagement du territoire
qui répond à des exigences de développement durable. Et, comme disait Bernard
Landry, il n'y a personne qui aime plus la terre que les agriculteurs.
Le Président (M. Allaire) : Merci, M.
le député. Ça met fin à ce bloc d'échange. Donc, merci, messieurs, pour votre
contribution aux travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures. Bon dîner à tous.
(Suspension de la séance à 13 h 01)
Président (M. Allaire) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La
Commission de l'aménagement du territoire reprend ses travaux. Je vous demande de bien vouloir
éteindre la sonnerie de vos appareils électroniques, naturellement.
Merci.
Nous
poursuivons les auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet
de loi n° 67, Loi instaurant un nouveau régime d'aménagement dans
les zones inondables des lacs et des cours d'eau, octroyant temporairement aux municipalités des pouvoirs
visant à répondre à certains besoins et modifiant diverses dispositions.
L'ordre du jour pour l'après-midi, on
reçoit, dans un premier temps, l'Association des aménagistes régionaux du
Québec et, ensuite, M. Guillaume
Lavoie, chargé de cours à l'École nationale d'administration publique et
président du comité de la modernisation du système québécois et
classification des établissements d'hébergement touristique.
Alors, bonjour,
j'espère que vous allez bien, merci d'être avec nous. Dans un premier temps, je
vais vous demander de vous présenter à tour de rôle, et après, vous pourrez
débuter votre exposé, là, de 10 minutes. S'ensuivra ensuite, là, une période d'échange, là, avec
l'ensemble des parlementaires... des groupes parlementaires, pardon.
Alors, dans un premier temps, allez-y, la parole est à vous.
Mme Boucher (Cynthia) : Donc, bonjour. Je me présente, Cynthia Boucher, je
suis présidente de l'Association des aménagistes régionaux du Québec et
je suis directrice de l'aménagement et de l'environnement à la MRC des
Appalaches.
Lapointe (Martin) : Bonjour.
Je me présente, Martin Lapointe, donc administrateur, donc, au sein du conseil
d'administration de l'AARQ pour la région de Montréal,
Laval, Laurentides, Lanaudière, et directeur à l'aménagement du
territoire à la MRC de L'Assomption. Bonjour.
Boucher (Cynthia) : Donc, M. le Président, Mme la ministre, Mmes, MM. les députés, les inondations
qu'a connues le Québec au cours de la dernière décennie ont éveillé le monde politique
et l'ensemble de la population sur l'urgence et la nécessité d'agir dans les
secteurs inondables. Ces inondations n'étaient pas celles que certains milieux
avaient l'habitude de vivre et de subir. Elles ont été plus fortes, plus
longues et sur de plus grandes superficies. Suivant
ces événements, le gouvernement
du Québec a réagi en décrétant une
zone d'intervention spéciale où les secteurs inondés lors des
inondations de 2017 et de 2019 ont été introduits dans cette ZIS, au même
titre
que les zones inondables identifiées dans les schémas d'aménagement et de développement
des MRC. De plus, le gouvernement a entrepris,
à l'hiver 2020, une réflexion sur la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.
Parmi les éléments étudiés, on trouve la possibilité d'augmenter les pouvoirs réglementaires en matière d'urbanisme et d'aménagement
du territoire aux MRC.
D'abord, l'Association
des aménagistes régionaux du Québec applaudit que le gouvernement du Québec
adopte le projet de loi n° 67, dans lequel il est
proposé de prévoir de nouveaux pouvoirs réglementaires d'application locale. Le
projet de loi n° 67 met en place les dispositions qui
sont nécessaires à l'adoption d'un tel règlement et pour lequel il y aura une
gestion du risque d'inondation complètement nouveau au Québec. Ces modifications
sont cohérentes avec les recommandations qui ont été faites par le comité
municipal, auxquelles a participé l'association, pour l'élaboration du plan
d'action gouvernemental en aménagement du territoire relatif aux inondations.
Ce projet de loi
omnibus traite de plusieurs éléments, mais l'association s'en tiendra aux
éléments suivants dans sa présentation, donc : nouveau régime de gestion des risques liés aux inondations,
pouvoirs réglementaires dédiés aux MRC, îlots de chaleur et hébergement
touristique. Donc, pour le premier point, le nouveau régime de gestion des
risques liés aux inondations, le principe de gestion de risques liés aux
inondations a fait l'unanimité, autant dans le comité municipal que dans le comité scientifique, lors de l'élaboration
du plan d'action gouvernemental en aménagement du territoire relatif aux
inondations, qui a mené au Plan de protection du territoire face aux
inondations, paru le 3 avril dernier. L'association reconnaît l'intention
du gouvernement d'aller en ce sens, mais est d'avis que le principe de gestion
du risque devrait être introduit à même le préambule de la
Loi sur la qualité
de l'environnement.
Un second consensus
des comités municipal et scientifique concernait l'importance d'une
méthodologie commune pour la cartographie des zones inondables, lesquelles
seraient basées sur les meilleures connaissances et les plus récentes données disponibles. Ces zones inondables ne seraient
plus déterminées par des récurrences 0-20 ans ou 20-100 ans,
mais plutôt par niveau de risques. Ainsi, les aléas et les vulnérabilités
seraient pris en compte. Il est donc recommandé de distinguer, dans le futur
règlement provincial, chacune des catégories de risques auxquelles les zones
inondables seront associées.
À l'article 95
du projet de loi n° 67, il est prévu que le ministre de l'Environnement et
de la Lutte contre les changements climatiques établisse les limites des zones
inondables. Bien qu'il soit possible que la délimitation soit déléguée aux municipalités, il est primordial que
les MRC et les municipalités soient
partie prenante de la démarche de détermination des limites de zones inondables et
de leur révision lorsque la démarche est prise en charge par le
ministre.
Tout
au long de la démarche d'établissement et d'intégration des limites des zones
inondables et de mobilité dans les
schémas d'aménagement et de développement et les règlements d'urbanisme, il
serait opportun que le gouvernement, de même que le comité national
d'experts en matière de gestion des zones inondables, accompagnent les MRC et
les municipalités. Ils pourront alors offrir leur expertise développée afin
d'aider à mieux comprendre et à mieux expliquer ensuite aux citoyens ces
nouvelles cartographies.
L'association rappelle que
des inondations, au Québec, sont en eaux libres, mais aussi par d'autres types d'inondations, dont ceux par embâcle. À l'instar
des zones de mobilité, les zones par embâcle et tout autre type
d'inondation devraient se trouver à l'article 95 du projet de loi
n° 67 également.
Un régime de mise à jour régulière des zones
inondables et de mobilité entraîne des conséquences sur l'aménagement du territoire et sur l'occupation du territoire. En ce
sens, il serait important de prévoir des mécanismes de droits acquis
lors de l'actualisation des zones inondables et de mobilité.
L'article 93 du projet de loi n° 67
propose que les dispositions de la
section des milieux humides et hydriques de
la
Loi sur la qualité de l'environnement reposent sur le nombre de personnes et
de biens exposés aux inondations, plutôt que sur le risque que causent ces
personnes et ces biens exposés aux inondations. La réduction du nombre de personnes ne constitue qu'un des
indicateurs de l'approche de gestion par le risque, alors que la
vulnérabilité est un indicateur plus intégré
à privilégier. Il est donc recommandé de modifier l'article 93 du projet
de loi n° 67 afin de viser à réduire la vulnérabilité des personnes
et des biens exposés aux inondations, plutôt que de réduire le nombre de
personnes et des biens exposés aux inondations.
Deuxième
point, les pouvoirs réglementaires dédiés aux MRC. Bien que favorablement
accueillis par l'association, certains éléments du plan de gestion des
risques liés aux inondations méritent d'être portés à l'attention de la ministre des Affaires municipales et de
l'Habitation. Le document
explicatif précise qu'il est prévu que le gouvernement autorise, dans des secteurs situés en zones inondables et
dont l'indice d'exposition aux inondations est faible ou négligeable,
certains travaux, constructions ou interventions, conditionnellement à l'adoption, par la MRC, d'un plan de gestion des
risques liés aux inondations. Il est primordial que ce plan de gestion puisse
être applicable à l'ensemble des risques, et non seulement à l'indice
d'exposition aux inondations faible ou négligeable. Le principe de
vulnérabilité devrait être privilégié. Il pourrait ouvrir la possibilité
à une souplesse supplémentaire pour des usages autorisés dans des zones
d'exposition élevée ou modérée et dont la
vulnérabilité aux inondations serait faible, par exemple, pistes cyclables,
terrains municipaux ou sportifs, parcs urbains, infrastructures de
résilience. À l'inverse, une maison pour personnes âgées située dans une zone
d'exposition négligeable est beaucoup plus vulnérable aux inondations.
Bien que la Politique de protection des rives,
du littoral et des plaines inondables sera abrogée, il reste que certaines MRC
au Québec ont adopté des plans de gestion qui ne sont pas en lien avec les
zones inondables, mais plutôt en lien avec
les rives et le littoral. Le projet
de loi n° 67 est muet sur ce
qu'il adviendra de ces plans de gestion, qui font
partie intégrante de
schémas d'aménagement et de développement. Il y a lieu de modifier les
articles 6 et 97 du projet de loi n° 67 pour y inclure les plans de
gestion liés aux rives et au littoral, au même
titre que les plans de gestion
des risques liés aux inondations.
Troisième point, les îlots de chaleur. Le projet
de loi n° 67 oblige l'identification de toute
partie du territoire municipal
qui n'est pas végétalisée, très imperméabilisée ou sujette au phénomène d'îlots
de chaleur urbains ainsi que la description de toute mesure permettant
d'atténuer les effets nocifs ou indésirables de ces caractéristiques dans les
plans d'urbanisme. Ces éléments sont très précis comparativement aux autres
obligations du plan d'urbanisme, qui s'en tiennent aux grandes orientations,
aux grandes affectations et aux tracés projetés des voies de circulation.
Cela dit, l'association reconnaît qu'il y a des enjeux relatifs aux îlots de chaleur, mais
toutes les municipalités n'ont pas nécessairement des problématiques reliées spécifiquement à ces enjeux. Il serait
plutôt opportun de ramener cette disposition au niveau du schéma d'aménagement
et de développement, ce qui permettrait de mieux prendre en compte les particularités régionales et locales et
ainsi mieux cibler les municipalités qui auraient à identifier de tels îlots.
Les îlots de chaleur pourraient même être inclus, de façon plus globale, dans
des enjeux relatifs aux changements climatiques. L'association propose de
remplacer l'article 8 du projet de loi n° 67 par
une modification de l'article 6 de la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme
pour y introduire la notion des changements climatiques et les mesures d'adaptation
requises.
Quatrième
point, les hébergements touristiques. Le
projet de loi vient retirer le droit aux municipalités d'interdire
l'exploitation d'un établissement d'hébergement où est offert, au moyen d'une
seule réservation, de l'hébergement, dans la
résidence principale de la personne physique qui l'exploite, à une personne ou
à un seul groupe de personnes liées à
la fois et n'incluant aucun repas servi sur place. Bien que cette disposition
relève surtout du domaine local et de l'urbanisme, mais aussi, plus généralement,
de l'aménagement du territoire, l'association considère que, selon le principe du respect des échelles de planification,
il s'agit d'un empiétement, par ailleurs, non souhaité, sur les pouvoirs
dévolus aux municipalités locales. Il est
donc recommandé de retirer du projet de loi n° 67
l'article 81 sur les établissements d'hébergement touristique, soit les
établissements de résidence principale.
En conclusion, les aménagistes régionaux du
Québec sont les grands artisans techniques de la planification de l'aménagement
du territoire au sein de leur MRC. Leur rôle se situe au centre de la démarche
de concertation et de conciliation entre les
divers intervenants locaux, régionaux, métropolitains et gouvernementaux face
aux problématiques d'aménagement...
Le Président (M. Allaire) : Mme
Boucher...
Mme Boucher (Cynthia) : Oui?
Président (M. Allaire) :
...je m'excuse, Mme Boucher, malheureusement, ça met fin à votre 10 minutes, là, requis pour votre exposé. On débute la période d'échange. Je cède maintenant la parole à Mme
la ministre. Vous avez
16 min 30 s. La parole est à vous.
Laforest : Oui. Alors,
bonjour à vous deux. Je suis quand
même très heureuse de vous entendre parce que, si j'entends bien et que j'ai
bien lu votre mémoire, il y a plusieurs demandes qui seront, justement, dans le
projet de loi n° 67. Alors, je suis quand même très
heureuse de vous entendre, et vous serez satisfaits également, parce qu'on
prend plusieurs mesures qui sont selon votre demande.
Alors, j'ai quand même, par exemple...
j'aimerais ça avoir plus d'exemples. Quand vous dites, au niveau des pouvoirs des applications locales,
j'aimerais ça avoir quelques exemples, si c'est possible, parce que,
comme je le disais tantôt, oui, ça va être dans le règlement, mais quand
vous parlez des catégories de risque, est-ce que vous pouvez en nommer, par
exemple, des... J'aimerais ça vous entendre sur ça.
Mme Boucher (Cynthia) : Oui. C'est
sûr que, par rapport... quand on a discuté avec le comité municipal, lors de l'élaboration du plan de protection, on
parlait beaucoup de niveaux de risque. Là, on est surtout à... les
niveaux, je dirais, faible courant, fort
courant, donc 0-20 ans ou 20-100 ans. Ce qu'on voit surtout, puis ce qu'on
voulait ramener, puis c'était les demandes des deux comités, là, autant
municipal que scientifique, c'était d'amener ça, vraiment, sur la forme du
risque.
Donc, il peut y avoir de fortes inondations avec
des vulnérabilités faibles et des faibles inondations avec des vulnérabilités
fortes. Donc, il ne fallait pas seulement prendre en compte la récurrence des
inondations — elle
arrive une fois par année, elle arrive une
fois aux cinq ans — mais
aussi toute la question de l'aléa lui-même. Est-ce qu'il est... est-ce
qu'il va rester longtemps? Est-ce que l'inondation va être plus longue dans le
temps, va être plus en hauteur? Donc, est-ce
que c'est 30 centimètres d'eau ou c'est deux mètres d'eau qu'il va y
avoir, là? Peut-être que deux mètres d'eau,
c'est exagéré, là, mais donc... mais, quand même, c'est des choses qui sont
arrivées. Donc, les catégories de risques, à notre sens, devraient être
«fort», «modéré», «faible» et «négligeable», en prenant en considération autant
l'aléa que les vulnérabilités.
Laforest : C'est bon. Après ça, quand vous parliez des zones par
embâcle, j'aimerais ça savoir... vous parlez également des mécanismes
des droits acquis. Est-ce que c'est possible aussi d'avoir des exemples, pour
vous, les droits acquis les plus essentiels, les plus précieux qu'on devrait
respecter, à ce moment-là?
Mme Boucher (Cynthia) : Bien, moi,
je le vois, là, beaucoup avec le fait qu'on va réviser régulièrement les zones
inondables. Je prends un exemple. Demain matin, la nouvelle cartographie est
sortie, je vais à la municipalité, je demande un permis de construction. Je
suis légalement érigée en dehors de la zone inondable. Cinq ans plus tard arrive une nouvelle cartographie des zones
inondables, qui considère les changements climatiques. Oups! je me
retrouve dans la zone inondable et,
pourtant, j'ai été légalement érigée, j'ai eu mon permis, je suis en dehors de
la zone inondable.
Qu'est-ce qui va se passer pour ces
bâtiments-là? Qu'est-ce qui va se passer pour ces bâtiments-là qui se sont légalement érigés en toute connaissance de cause,
puis, bon, ils étaient vraiment en dehors de la zone inondable, et que,
là, cinq ans plus tard, 10 ans plus tard, 20 ans plus tard, ils se
retrouvent dans une zone inondable, bien malgré eux? Je comprends que c'est toute la question de la précaution aussi, mais
qu'est-ce qui va se passer avec ces bâtiments-là?
Mme Laforest : O.K., c'est certain,
bien, vous savez, de toute manière, qu'on va fonctionner par bassins versants,
sûrement. Alors, au niveau de la gestion du risque, ça, ça va être étudié...
votre demande va être étudiée avec cette nouvelle réglementation dans le plan
des inondations.
Je voulais vous entendre aussi, à savoir...
Pourquoi vous dites que la MRC, c'est la meilleure échelle pour réglementer les
risques au niveau... les MRC sont les mieux outillées, si on peut dire? Quand
vous dites ça, qu'est-ce que vous voulez entendre?
Mme Boucher (Cynthia) : Par rapport,
encore une fois, aux gestions... toute la gestion du risque?
Mme Laforest : Oui, quand vous
parliez du risque naturel tantôt.
Mme Boucher (Cynthia) : Oui. Là, je
vais juste me remettre dans mes notes. Martin, si tu veux...
Mme Laforest : Bien, en fait, ça va
avec les pouvoirs des MRC.
M. Lapointe
(Martin) : Est-ce que votre demande, Mme la ministre, est en lien avec
la question des îlots de chaleur?
Mme Laforest : Bien, non, en fait,
aussi, c'est pour les inondations, parce que... Ma question est très simple : Est-ce que vous croyez que les MRC,
c'est la meilleure échelle, si on peut dire, ou la meilleure instance
pour avoir cette possibilité-là, ces pouvoirs-là? Est-ce que vous trouvez que
travailler avec les MRC, c'est une bonne solution?
M. Lapointe (Martin) : Oui, tout à
fait, et la MRC, en fait, a déjà, justement, ces acquis-là de travail de concertation avec les organismes de bassins
versants et toute la question de l'arrimage avec les plans de
développement... les plans directeurs de l'eau, pardon. Donc, effectivement,
c'est l'échelle de planification la plus appropriée pour intervenir sur la
gestion intégrée des ressources en eau, mais aussi au volet de la gestion des
risques. Et quand le territoire d'une MRC se retrouve au sein d'une communauté
métropolitaine, on y voit là aussi une alliée pour nous, parce qu'au niveau de la Communauté métropolitaine
de Montréal, par exemple, ils ont tout développé, avec le bureau de
projet de gestion des risques liés aux inondations, une expertise pointue.
Donc, effectivement, ce sont des acteurs qui sont fort pertinents dans cette
démarche-là.
Mme Laforest : O.K., merci. Une
autre question. Je ne sais pas si vous avez entendu les demandes, les
recommandations pour la forêt et l'agriculture, comme, ce matin, l'UPA, quand
ils parlaient des pouvoirs aussi de la MRC par rapport à la coupe de bois puis
à l'agriculture, quand on chevauche... soit une municipalité locale qui en
chevauche une autre...
Est-ce que vous avez pris connaissance de ces
demandes-là des deux... Ce matin, je crois que... C'est l'UPA qui est venue ce matin, puis ils réclamaient aussi
cette demande-là, puis, pour la coupe de bois aussi, ça a été demandé.
Est-ce que vous avez pris connaissance de leurs demandes?
Mme Boucher (Cynthia) : Je suis
désolée, je n'ai pas pris connaissance, moi, de mon côté...
M. Lapointe (Martin) : En fait, oui,
pour ma part, oui, et puis c'est effectivement une demande récurrente de l'UPA. Est-ce qu'il y a une vision régionale au
niveau des normes qui régissent l'abattage et la protection du couvert
forestier? Donc, nous, de notre côté, c'est ça, on est d'avis que c'est aussi
au niveau régional que cet enjeu-là doit être abordé, pour préserver et pour
avoir une vision, justement, dans le sens de la protection de nos massifs
forestiers.
Mme Laforest : Et donc une vision
plus régionale que locale, vous préconisez ça aussi.
M. Lapointe (Martin) : Oui, Mme la
ministre, oui.
Mme Laforest : O.K. J'ai peut-être
juste deux autres questions, je vais y aller rapidement. Au niveau des îlots de chaleur, c'est sûr que c'est un point
assez particulier, puis on a rencontré d'autres groupes aussi, puis quand
on leur demande de nous exprimer leur
volonté par rapport aux îlots de chaleur, comment est leur vision, bien, c'est
sûr que c'est un peu flou.
Vous, comment vous verriez ça, la possibilité de
la gestion avec les îlots de chaleur, dans un schéma d'aménagement, ou encore, avec les grandes villes? C'est quoi, votre
vision, c'est quoi... Comment vous voyez ça? Parce que c'est sûr qu'on
dirait que c'est très flou. On dit... Il y en a plusieurs qui disent que c'est
important de mentionner les îlots de chaleur. Maintenant, quand on demande
comment, ils n'ont pas beaucoup de solutions. Je ne sais pas si vous avez des recommandations
ou des informations à nous mentionner.
Mme Boucher (Cynthia) : Dans un
premier temps, je pense que les îlots de chaleur, c'est un élément, à mon sens,
assez précis, qui devrait être englobé dans un plus grand... un plus tout, si
je peux m'exprimer comme ça, par
rapport aux changements climatiques. Donc, ça fait
partie de toute l'adaptation
aux changements climatiques de diminuer ces îlots de chaleur là. Donc, c'est
pour ça que nous, de notre côté, ce qu'on privilégie, c'est plutôt de
l'intégrer, d'avoir à l'intégrer dans les schémas d'aménagement, parce qu'on a
une vision plus générale. Et je vais prendre exemple
sur ma MRC. J'ai trois municipalités où je n'ai pas de périmètre urbain. J'ai donc
très peu de chances d'avoir des îlots
de chaleur dans ces municipalités-là. Par
contre, elles devront quand même
avoir l'obligation de modifier leur plan d'urbanisme, si ça
reste comme c'est écrit dans le projet de loi. Elles devront quand même
modifier leur plan d'urbanisme pour
dire : Bien, moi, chez nous, je n'ai pas d'îlot de chaleur, parce que
je n'ai pas de périmètre urbain, et, sinon,
c'est de la forêt ou de l'agriculture qu'il y
a sur mon territoire. Donc, en le
ramenant vers la MRC, premièrement, on peut faire un peu cette
modulation-là d'aller exprimer...
Oui, dans certaines municipalités où il y a des
périmètres urbains, où il y a une densité d'occupation plus grande, là, il y aurait effectivement la notion d'aller identifier ces îlots-là et, ensuite, trouver des
solutions pour diminuer ces îlots de chaleur là, ne serait-ce que par
prévoir des stationnements plus végétalisés, par exemple. Et, ensuite de ça, bien,
par rapport aux changements climatiques, c'est sûr qu'il y a un paquet d'autres
informations, là, qui pourraient être intéressantes, là, à ce niveau-là.
Toute la gestion des zones inondables fait un peu
partie de l'adaptation aussi
aux changements climatiques, là.
Mme Laforest : O.K., c'est bon.
Donc, si on parlait d'îlots de chaleur, en même temps, avec nos comités qui
vont être instaurés dans des régions où il y a eu des inondations, ce serait
peut-être une possibilité. Selon vous, ce serait peut-être une bonne idée?
Mme Boucher (Cynthia) : Bien, ce
serait une forme d'adaptation aux changements climatiques, là, d'aller prévoir
des règles différentes pour améliorer la vulnérabilité, là. On ne peut pas
jouer sur l'aléa, mais on peut jouer sur la
vulnérabilité des personnes et des biens. Puis c'est sûr qu'il y a d'autres
possibilités aussi, là, de faire de l'adaptation aux changeme