Labour and the Economy — 15 September 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2020-09-15
Quebec — Committees
la Présidente, le RQAP est un régime très apprécié des parents, près de neuf
naissances sur 10 donnent lieu à un versement de prestations. Parmi les
familles qui y participent, huit sur 10 utilisent les semaines de prestations
mises à leur disposition. La participation des mères au régime a toujours été
importante, se situant autour de 78 % depuis 2012. La proportion des pères
qui ont bénéficié du régime a nettement progressé également, passant de
56 % à 70 % de 2006 à 2017. Dans
le reste du Canada, le taux de participation des pères au régime fédéral est
passé de 9,7 %, en 2006, à
11,9 % en 2017. Je pense que, collectivement, nous pouvons tous être fiers
de ce qui a été bâti avec le RQAP et les améliorations que nous allons
lui apporter tous ensemble. Merci, Mme la Présidente, et bonne commission.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci beaucoup. Alors, nous invitons
maintenant le porte-parole de l'opposition officielle et député de
Nelligan à faire ses remarques préliminaires pour une durée maximale de quatre
minutes.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente. La même chose, je tiens à remercier le ministre pour
ce projet de loi, remercier la présence des
collègues de la
partie gouvernementale aussi et ma collègue du Parti québécois
qui, somme toute, a contribué avec pas mal d'amendements.
Moi, j'arrive dans le
dossier. C'est mon premier projet de loi avec vous, M. le ministre. J'ai eu
l'occasion de travailler d'autres projets de
loi avec d'autres collègues à vous, et je suis très heureux de participer avec
vous, de bonifier le projet de loi.
On m'a dit de vous que vous êtes quelqu'un qui est très ouvert aux suggestions,
à la bonification du projet de loi. Donc, je tiens bonne note, et ça va
me faire un grand plaisir d'ajouter... et d'améliorer ce projet de loi.
Nous
sommes, bien sûr, en faveur de la refonte de la
Loi sur l'assurance parentale. Comme
vous le saviez peut-être, lors de la dernière législature, nous avions déposé
un projet de loi en ce sens, donc, dont plusieurs éléments sont repris
dans ce projet de loi actuel.
Comme
vous le savez, je suis aussi porte-parole des dossiers PME, travail, emploi. Je dirais, c'est mon premier projet de loi où je vais essayer aussi d'être... d'avoir un équilibre
aussi dans ce qu'on souhaite demander, et l'équilibre, c'est entre les besoins des travailleurs et
travailleuses, mais aussi la capacité de nos entreprises. Ça va être deux
éléments qui vont guider mes
réflexions. Donc, oui, les besoins des travailleuses et des travailleurs, mais
aussi la capacité de nos PME doivent
être au coeur de notre réflexion, surtout avec ce qu'il se passe dans ce contexte de
pandémie. Je pense que la plupart des collègues qui sont avec nous aujourd'hui dans ce projet de loi ont un seul but, c'est améliorer la flexibilité et aussi l'offre de l'assurance parentale, puis, je pense,
ça va être le coeur de nos échanges avec la plupart des organismes,
que je remercie d'emblée. J'ai lu tous les rapports, c'est des rapports très
détaillés.
un autre ordre d'idées, c'est un sujet qui me touche aussi particulièrement en tant que papa, c'est évidemment
à savoir comment on peut encourager les pères qui veulent participer davantage
au développement de leur enfant. Ça me tient
à coeur personnellement, le développement de mes deux enfants, mais, au-delà de ça, le développement des enfants au Québec.
dois aussi reconnaître l'ouverture du ministre par
rapport aux propositions de la députée, la collègue de Joliette concernant les parents adoptants. Donc, ça
démontre l'esprit d'ouverture, ça démontre la volonté du ministre
d'avoir un beau projet de loi. C'est très rassurant. Et ça va me faire
aussi grand plaisir, lors de l'étude
article par article, de voir les aspects à ajouter, ou probablement, si c'est parfait, bien, je vais dire que c'est parfait, ça répond parfaitement au but qu'on veut. Je crois fermement
que le ministre a le même état d'esprit. Donc, ça va être
agréable, Mme la Présidente, de continuer la discussion en écoutant
les groupes, mais aussi de commencer l'étude
article par article. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci au député de Nelligan. Alors, j'invite maintenant
le porte-parole du deuxième groupe d'opposition
et député d'Hochelaga-Maisonneuve à faire vos remarques préliminaires pour une
durée maximale d'une minute.
M. Leduc :
Oh! merci, Mme la Présidente. Bonjour, tout le monde, heureux de vous voir ici.
On se rappellera que
c'était la première journée du supposé retour de la pandémie... On était
supposés de commencer avec ça la semaine qui
a suivi l'annonce du début de la pandémie. Donc, tout ça a été suspendu, puis
j'avais bien hâte de retrouver mon vis-à-vis, M. le
ministre, dans une commission parlementaire. On a eu l'occasion de croiser le fer à
deux reprises depuis le début de la législature, alors j'attendais avec impatience
cette troisième joute.
Vous
le savez, ma priorité, Mme la
Présidente, ça va être la question
des congés parentaux, la question du nombre de semaines. Dès le départ, avant
même le dépôt du projet de loi, j'avais demandé plutôt que les surplus soient déposés
plutôt dans les semaines réservées aux pères, si c'est ça, l'objectif, puis je
pense que c'est l'objectif qu'on partage, M.
le ministre et moi, que davantage de
pères prennent davantage de congés. Je ne pense pas qu'il a pris le bon chemin,
et on va discuter là-dessus dans les prochaines heures. Merci.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci au député d'Hochelaga-Maisonneuve. J'invite maintenant la porte-parole du troisième
groupe d'opposition, la députée de Joliette,
à faire ses remarques préliminaires. Vous disposez d'une minute.
Mme Hivon : Merci, Mme
la Présidente. Alors, on entame, nous
aussi, avec beaucoup de bonheur, l'étude de ce projet de loi là fort attendu.
On partage les objectifs pour plus de flexibilité pour les familles dans le
régime, une meilleure prise en compte de l'importance du rôle du père
et, bien sûr, enfin, la reconnaissance de la nécessité d'une équité de traitement pour les parents adoptants.
Je veux, oui, saluer l'ouverture du ministre, qui aurait pu se braquer après
que j'aie fait quelques sorties un peu
vigoureuses sur le sujet avec quelques alliés dans les parents adoptants. Mais
non, il a été en mode collaboration, on a bien collaboré. Donc, je suis
confiante que ça va continuer comme ça.
De notre côté, je me
permets de rappeler nos engagements en campagne électorale, qui étaient de
consacrer un deux semaines supplémentaire au
congé de paternité et également un 20 jours reportable de flexibilité pour
les cinq premières années de vie des enfants.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Alors, on vous remercie pour ces remarques préliminaires. Nous
allons maintenant débuter les
auditions. Je souhaite la bienvenue au Conseil
du statut de la femme, avec
Mme Cardeau... Cordeau, pardon,
présidente, et Mme Julien, directrice de la recherche et de l'analyse. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé.
Ensuite, nous procéderons à l'échange. Je vous invite d'abord à vous présenter.
Mme Cordeau
(Louise) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour à tous les membres de la commission. Louise Cordeau,
je suis présidente du Conseil du statut de la femme.
Mme Julien (Mélanie) : Bonjour.
Moi, c'est Mélanie Julien, je suis directrice de la recherche et de
l'analyse par intérim.
Mme Cordeau
(Louise) : Alors, le
conseil, aujourd'hui, présente, devant cette Commission de l'économie et du travail, son
mémoire sur le projet de loi n° 51 visant à améliorer le Régime québécois
d'assurance parentale.
Évidemment,
comme on vient de le dire, ce mémoire a été préparé avant la pandémie liée à la
COVID-19. Cette pandémie a,
d'ailleurs, mis en lumière les défis que pose la conciliation famille-travail
et confirme l'importance de réviser les
dispositions relatives au Régime québécois d'assurance parentale afin de mieux
tenir compte des besoins actuels des mères et des pères du Québec.
En cohérence avec sa mission, le conseil axe
donc son mémoire sur les dispositions qui suscitent des enjeux particuliers en
matière d'égalité entre les femmes et les hommes. Bien que le conseil soit
favorable à plusieurs de ces dispositions, nous souhaitons attirer votre
attention sur celles qui méritent, à nos yeux, des ajustements constructifs.
Mentionnons d'abord les dispositions du projet
de loi qui visent à donner plus de flexibilité aux parents, soit celle d'allonger la période à l'intérieur de
laquelle les congés peuvent être pris et celle d'augmenter l'exemption relative
aux revenus de travail gagnés en cours de
prestations de paternité, parentales et d'adoption. Ces dispositions font écho
à des recommandations du conseil en 2015.
Elles pourront permettre aux mères de mieux s'adapter au caractère imprévisible
de la maternité et de retourner
progressivement au travail, y compris à temps partiel si elles le souhaitent.
Elles pourraient aussi répondre aux
besoins des travailleuses et des travailleurs autonomes, pour qui une
interruption du travail comporte un lot d'enjeux particuliers.
Le conseil
constate toutefois une iniquité, puisque ces dispositions s'appliquent à tous
les congés, sauf au congé de
maternité. Pourquoi un tel traitement différencié? Des mères peuvent souhaiter
ou devoir impérativement travailler pendant leur congé de maternité. Le revenu
issu d'un travail peut même être nécessaire pour celles à faible revenu pour
qui les prestations versées par le RQAP demeurent très modestes. Les
femmes en congé de maternité doivent donc pouvoir
bénéficier de la même exemption que celle qui est prévue pour le congé
parental, le congé de paternité et le congé d'adoption. Le conseil vous
en fait la recommandation.
Le conseil
souhaite aussi que le projet de loi prenne mieux en compte certaines réalités
familiales. Pour les fins de cet exercice, j'en mentionnerai trois : les
mères seules, les personnes à faibles revenus et les étudiantes et les
étudiants.
Premièrement, les mères seules. Le Québec
enregistre, par année, environ 2 200 naissances dont le père n'est pas déclaré. Ces mères seules, qui constituent une
population potentiellement vulnérable au plan économique, n'ont pas
accès aux prestations de paternité à moins que le père soit décédé, comme le
propose, d'ailleurs, le projet de loi. Le conseil
souhaite donc que les mères seules puissent utiliser les semaines de congé
réservées aux pères, comme c'est le cas, par exemple, en Finlande.
Deuxièmement, les personnes à faibles revenus.
On le sait, les prestations versées dans le cadre du RQAP sont établies en fonction d'un pourcentage du
revenu. Les montants que peuvent donc obtenir les personnes à faibles revenus
demeurent modestes, pouvant même aller jusqu'à les dissuader de recourir au
RQAP. Le projet de loi prévoit, d'ailleurs, à cet effet, certaines dispositions
afin d'améliorer la situation de ces personnes. Je pense notamment à la possibilité de cumuler des revenus de travail
pendant la durée du congé et de baser la majoration de la prestation sur le
revenu de la personne plutôt que sur son
revenu familial. Mais ces mesures seront-elles suffisantes pour les personnes à faibles revenus? Le projet de loi prévoit que le Conseil de gestion de
l'assurance parentale puisse mettre en oeuvre des projets pilotes. Le conseil de gestion pourrait
ainsi consacrer un tel projet à la situation des parents à faibles revenus,
parmi lesquels les femmes sont surreprésentées.
Troisièmement,
les étudiantes et les étudiants qui ont des responsabilités parentales. Environ
25 % de l'effectif étudiant des universités québécoises a des
responsabilités parentales. Il s'agit de mères étudiantes dans 75 % des
cas. Il est toutefois impossible
actuellement de cotiser au RQAP à même les bourses d'excellence, par exemple,
afin d'être admissible à ce
programme. Tout en maintenant le principe que le RQAP constitue un régime
d'assurance financé par les employeurs
et par les travailleuses et les travailleurs, il semble pertinent au conseil
d'élargir les types de revenus admissibles aux cotisations.
Mes dernières
remarques traitent spécifiquement des dispositions du projet de loi visant à
favoriser l'implication des pères.
Nous sommes évidemment en accord avec cet objectif fondamental. Nous savons que
l'implication du père dès la
naissance de son enfant permet le renforcement de l'attachement envers l'enfant
et influencera par la suite le partage des
soins et des tâches domestiques. L'égalité au sein du couple sera ainsi
favorisée. Nous avons cependant des doutes quant aux moyens retenus dans
le projet de loi. En effet, le projet de loi prévoit l'ajout de semaines de
prestation partageables
lorsque les deux parents utilisent chacun un minimum de semaines de prestations
parentales ou d'adoption. Le conseil ne croit pas que ce moyen soit le
plus approprié pour favoriser l'implication des pères.
Certains pays
qui n'ont pas de congé réservé aux pères ont adopté de semblables mesures
incitatives au partage du congé parental, mais sans succès. C'est précisément
le cas en Italie et au Japon, où le congé parental demeure presque exclusivement pris par la mère. L'ajout
d'un incitatif n'a manifestement pas changé la donne. En revanche, nous avons, au Québec, un congé réservé au père qui est
devenu une norme sociale. M. le ministre, vous en avez fait mention, 80 % des naissances donnent maintenant lieu à
des prestations de paternité. C'est une réussite. Pourquoi ne pas tabler sur
cette réussite pour faire un pas de plus? Si le congé de paternité est devenu
une norme chez les pères, on ne peut pas en
dire autant du congé parental, où seulement 24 % de ces congés donnent
lieu à un partage équitable entre les deux parents. Vous le savez comme
moi, la prise du congé parental par les pères demeure taboue dans bon nombre de
milieux.
Pensons aussi
à certains couples qui, pour différentes raisons, ne peuvent pas partager le
congé parental, notamment lorsqu'il y
a un écart de revenus substantiel entre les deux parties, entre les deux
parents. Dois-je rappeler ici les écarts de revenus qui persistent
encore aujourd'hui entre les femmes et les hommes?
Pour ces multiples raisons, et considérant la légitimité
dont bénéficie le congé de paternité dans la société québécoise, le conseil estime que le congé de paternité apparaît le
moyen le plus sûr pour favoriser l'implication des pères dans les soins des enfants à long terme. Plutôt
que de bonifier le congé parental conditionnellement à son partage équitable
entre les deux parents, le conseil
recommande donc d'augmenter le nombre de semaines de paternité de façon à ce
que le congé de paternité soit
allongé. Une telle avenue a été privilégiée en Finlande, en Norvège et en
Islande, où le congé de paternité est, d'ailleurs, beaucoup plus long
qu'au Québec.
conclusion, le conseil tient à souligner que le Régime québécois d'assurance
parentale est sans conteste un programme
de remplacement de revenu fondamental pour soutenir les mères et les pères
biologiques ou adoptifs ainsi que leurs enfants pendant les premiers
mois de leur vie. Depuis sa création en 2006, le RQAP a eu des effets positifs et majeurs en matière d'égalité entre les femmes
et les hommes. Le conseil salue l'intention du gouvernement de bonifier et d'améliorer ce régime et souhaite que les
recommandations qu'il formule aujourd'hui soient prises en compte afin de
doter la société québécoise d'un régime d'assurance parentale véritablement
équitable, flexible et actuel. Merci.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Je vous remercie vraiment pour
votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le
ministre, la parole est à vous, vous disposez de 16 minutes.
M. Boulet :
Bien, essentiellement, je veux profiter de ces minutes pour vous remercier de
votre mémoire, qui est bien construit. Les recommandations sont claires.
Il y en a certaines à l'égard desquelles j'ai beaucoup de sensibilité, et c'est ce à quoi sert ce stade d'une commission
parlementaire; on consulte, on écoute, et, au-delà de l'écoute, ça nous
permet d'enrichir et d'améliorer encore un projet de loi.
J'aimerais ça que vous élaboriez un peu plus sur
l'expérience que vous avez des pays, vous en avez cité quelques-uns, qui ont mis en place un incitatif pour assurer que les
pères s'investissent un peu plus dans la sphère familiale. Je le sais,
là, ça m'a été constamment dit et redit, les pères prennent le cinq semaines
puis ils ne partagent pas, puis je sais que,
dans des pays, ils ne permettent pas que le partage soit fait en même
temps. Dès qu'il y a
une prestation partageable ou un congé partageable, il faut que ce soit
limité au parent A ou au parent B.
Donc, il y a certainement des données empiriques à ce stade-ci. Je ne sais pas si vous pouvez
partager avec nous... Parce que vous disiez : On pourrait allonger le congé
de paternité, mais, si on allonge le congé de paternité, le père va
prendre le congé de paternité dans son entièreté, mais ça ne l'incitera pas nécessairement
à discuter avec son conjoint ou sa conjointe
de comment il peut partager, comment il peut aider, comment il peut s'investir
dans la sphère familiale, là, comme j'aime le dire, là. Est-ce que vous
avez des éléments de réponse, Mme Cordeau?
Mme Cordeau
(Louise) : Si vous me permettez, je vais passer la parole à
Mme Julien, qui est la spécialiste qui a étudié l'ensemble de ces données
empiriques, comme vous le dites.
Mais, peut-être,
M. le ministre, si vous me permettez, la fin de votre phrase
m'interpelle, parce que la notion de discussion entre les conjoints
et conjointes ou... peu importe qu'ils soient de même sexe ou non, elle existe de
toute façon, peu importe, je pense, qui prend ou ne prend pas le congé. À partir du moment où on attend un enfant dans un couple et à
partir du moment où le RQAP donne et
prévoit des dispositions à la fois de congé de maternité, de paternité et de
congé parental, je pense qu'il y
a nécessairement des discussions
dans un couple, et comment ces discussions-là ont lieu, ça dépend souvent des revenus de travail, de la pression de
l'employeur. Vous savez autant que moi le nombre de facteurs qui
existent et qui font en sorte que ces discussions-là aboutissent à un choix x
ou y.
M. Boulet : Oui, tout à fait.
Ça me rappelle tout le temps quand j'ai eu le bénéfice d'aller à Trois-Rivières...
Parce
que j'ai fait une présentation du p.l. n° 51 initialement à Québec, après ça, je me suis déplacé
dans un CPE, et, quand j'expliquais
cet incitatif, il y a des jeunes mères qui sont venues me voir la larme
à l'oeil puis me disant : Enfin, ça va les encourager. Enfin, le
discours que vous tenez va les interpeler puis va leur faire réaliser l'importance
que l'autre parent, là, souvent
les pères, doit jouer dans un contexte aussi important dans l'histoire d'une
vie humaine, là, c'est... Ça
fait que... O.K. On peut laisser Mélanie, oui...
Mme Cordeau
(Louise) : S'en tenir aux données empiriques.
M. Boulet : Tout à fait.
Mme Julien (Mélanie) : En fait, on dégage, de l'ensemble
des régions du monde, deux grands modèles. En fait, chacun des pays du monde a
son propre modèle avec ses subtilités, comme c'est le cas aussi avec le modèle québécois. Mais, d'une part, il y a des modèles pour lesquels il n'y a
pas de congé réservé au père. C'est le cas en Italie, au Japon, par exemple, il n'y a pas de congé réservé aux pères, et, dans ces
pays-là, il y a un incitatif au partage du congé parental, et ce qu'on remarque, c'est qu'en dépit
de l'incitatif il n'y a pas partage
du congé parental dans la plupart des cas en Italie et au Japon.
L'autre modèle, c'est
celui des pays scandinaves. Les pays scandinaves, chez eux, on investit les
semaines de paternité, et le nombre de semaines accordées réservées aux pères
sont beaucoup plus nombreuses que c'est le cas au Québec, hein? Au Québec,
selon le régime, le parent... le père peut bénéficier de trois ou cinq
semaines, alors qu'on remarque que, en Islande, en Norvège, ça va jusqu'à 12,
15, 16 semaines, selon le modèle. Alors, il y a vraiment un investissement
dans ces régions du monde là à avoir un congé de paternité qui est substantiel
et il n'y a pas d'incitatif au congé parental. Et ce qu'on remarque dans ces
pays, c'est un peu la même chose qu'au Québec, c'est-à-dire que le congé de
paternité est devenu aussi une norme sociale. Donc, selon le cas, c'est à peu
près 80 %, 90 % des pères qui bénéficient de la totalité de leurs
semaines de paternité. Alors, c'est pour ça que, pour le conseil, on dit :
Voilà là un moyen très sûr d'assurer une
implication d'autant plus grande des pères, en leur permettant de bénéficier
d'un congé de paternité beaucoup plus long.
Puis,
pour faire du chemin sur l'idée qui vient d'être discutée, c'est que bien sûr
qu'on veut favoriser la discussion aussi
à l'intérieur des couples pour le partage des congés, mais les parents font des
choix rationnels en fonction de leur situation propre, et ce choix-là peut être
différent d'une famille à l'autre, alors que le projet de loi... l'incitatif,
c'est un partage d'un minimum de 10 semaines du congé parental qui
soit pris par le père et 10 semaines par la mère. Alors, ça fige un peu,
ça contraint un peu les familles dans leurs discussions aussi.
M. Boulet :
Je comprends. J'ai bien entendu et bien compris, là, les préoccupations aussi
exprimées pour les femmes, les étudiants, la façon de comptabiliser ou la façon
d'identifier ce qui est considéré comme étant un revenu admissible, puis, vous
l'avez bien souligné, Mme Cordeau, les projets pilotes vont nous permettre
de s'intéresser à ces situations-là. Parce
qu'il ne faut pas que ce soit coulé dans le ciment, il ne faut pas que ce soit
trop enraciné, une loi, il faut... Tu sais, souvent, je trouvais que nos
lois étaient des mainteneurs de statu quo, alors que là, avec des projets pilotes, on va pouvoir considérer une nouvelle
situation sociale découlant de l'évolution humaine puis, éventuellement,
faire un projet pilote avec des paramètres précis tenant compte des nouvelles
connaissances que nous avons et de les mettre en application. Je le dis
particulièrement pour les étudiants, parce qu'ils ont soumis un mémoire. Mais
de bien définir, je comprends la volonté
puis l'objectif, mais comment ça pourrait s'appliquer, ça reste quand même à
déterminer.
Peut-être juste un
autre point. Vous mentionnez qu'il faudrait permettre aux mères seules de
bénéficier des prestations de paternité, aux
personnes qui adoptent seules un enfant de bénéficier des prestations
d'adoption réservées à l'autre
parent. Comment ça se ferait, le... Est-ce que le transfert que vous proposez
sera offert uniquement au parent reconnu comme étant seul en lui
accordant les autres prestations de l'autre parent présumé, ou seul sur le
certificat de naissance ou sur les documents d'adoption? Comment on
l'opérationnaliserait, enfin? C'est ma question.
Mme Cordeau
(Louise) : Et c'est une question que j'ai moi-même posée, parce
que...
M. Boulet :
Donc, on s'entend?
Mme Cordeau (Louise) : Oui, on s'entend, parce que l'intention, c'est de
favoriser... de permettre aux enfants qui sont entourés d'un seul parent
d'avoir les mêmes privilèges que tous les autres enfants qui ont deux parents
par rapport au temps qu'on va consacrer à
leur début de vie. Maintenant, quant aux modalités... Parce qu'être mère seule,
c'est... est-ce que c'est parce que le père n'a pas été reconnu? Est-ce
que c'est parce que le père ne s'occupe pas de l'enfant, a disparu rapidement
de la vie de l'enfant? Il y a plusieurs façons, je pense, de le concrétiser.
Mais
ce qu'on voulait faire valoir dans le mémoire, c'est de... au moins d'évoquer
cette situation quant aux mères seules. Évidemment, les 2 200 dont
je parle, qui... pour qui la paternité n'a pas été réclamée, ça semble plus
évident, mais il y a aussi des mères seules
pour qui la paternité a été réclamée, mais dont le père n'est pas du tout dans
la vie de l'enfant.
Donc, il y a... Pour
moi, je n'ai pas de solution pratique à vous donner aujourd'hui, mais c'est une
réflexion, je pense, importante qu'on doit
faire dans la société, justement, par rapport à ce que vous venez d'évoquer,
d'une société qui évolue et d'une
société qui fait en sorte que, peut-être, la donne change par rapport à ce
qu'on connaissait il y a plusieurs années. Mais c'est une réflexion
qu'il y a à avoir de façon approfondie, j'en conviens.
M. Boulet :
Parce que la façon simple d'opérationnaliser, ce serait d'en faire bénéficier
la personne qui apparaît sur le certificat de naissance ou sur les
documents d'adoption. C'est...
Mme Cordeau
(Louise) : Tout à fait, oui, ça pourrait être une des façons.
Mme Julien
(Mélanie) : Si vous me permettez, on pourrait peut-être également
s'inspirer des modèles scandinaves, parce qu'en Norvège et en Finlande ils le
permettent, ça, ils octroient automatiquement le congé, les prestations
de paternité à la mère seule, alors on
pourrait certainement aller voir de quelle façon ils l'opérationnalisent et
s'inspirer pour appliquer quelque chose de semblable au Québec.
M. Boulet :
O.K. Puis c'est les mêmes congés et prestations qui auraient normalement été
consentis à l'autre parent.
Mme Julien
(Mélanie) : ...
M. Boulet :
O.K., je comprends. Moi, ça va, Mme la Présidente, ça compléterait mes
interventions...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : C'est bien?
M. Boulet :
...à ce stade-ci. Encore une fois, merci beaucoup. J'apprécie énormément ce que
vous dites et la contribution que vous apportez à nos délibérations. Merci
beaucoup.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Alors, nous cédons maintenant
la parole au porte-parole de l'opposition officielle.
Présidente (Mme IsaBelle) : Ah! est-ce qu'il y avait d'autres
personnes dans notre groupe? Pardon, effectivement,
je vous ai oublié. Alors, est-ce qu'il y avait des personnes ou des députés
dans notre groupe qui avaient des
questions? Non, pas d'intervention? Parfait, merci. Alors, nous cédons
maintenant la parole au porte-parole de l'opposition officielle, au
député de Nelligan. Vous disposez de 10 min 40 s.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente. Encore une fois, merci pour votre excellent rapport
et des recommandations, je dirais,
qui nous... qui m'ont laissé, vraiment, avec de l'appétit à vous rencontrer et
à vous poser des questions. Dans la
même logique que M. le ministre, vous avez évoqué deux cas, deux exemples,
Finlande et Norvège. Moi, la statistique qui m'a le plus interpelé, c'est quand vous avez dit : Le conseil
se trouve préoccupé par la situation des monoparentaux. Donc, vous parlez du 2 200 naissances
dont le père n'est pas déclaré, 26,5 % des familles monoparentales,
72,5 % des femmes comme chef de
famille. Donc, vous avez construit votre argumentaire avec des faits, vous avez
démontré que c'est important
d'attaquer... ou de trouver des solutions et, au bout de la ligne, vous avez
proposé d'instaurer un projet pilote.
Donc, nous sommes... Moi, personnellement... Avez-vous vu ou avez-vous une idée
de ce projet pilote? Et c'est quoi, l'objectif?
Mme Cordeau (Louise) : Non. Quelles seraient les modalités du projet
pilote, évidemment, c'est de considérer l'ensemble des cas de figure, de considérer l'évolution de la société
québécoise quant à la monoparentalité, quant aux personnes monoparentales, qui
sont plusieurs à faibles revenus, et, quant à la situation des enfants au
Québec, qu'ils naissent de familles
monoparentales ou de parents adoptants, qu'ils aient les mêmes privilèges quant
au temps où leur parent va être avec
eux en début de vie. C'est, essentiellement, le grand principe. Comment le
projet pilote pourrait être construit, ce serait à voir.
M. Derraji :
Vous avez évoqué l'exemple de la Finlande et Norvège par rapport... et vous
dites : Les mères seules peuvent utiliser des congés des pères. Donc, selon
votre argumentaire, ce que vous voulez, c'est un traitement équitable avec eux.
Mme Cordeau
(Louise) : Tout à fait.
M. Derraji : Là, on parle d'un traitement équitable. La
Finlande et Norvège, comment ils ont réglé cette situation?
Mme Julien
(Mélanie) : Ah! on ne va pas
dans le fin détail de la manière dont ils l'opérationnalisent, mais ce que je
suis en mesure de vous dire, aujourd'hui, c'est que, par exemple, en Finlande, les
mères seules peuvent bénéficier des prestations de paternité lorsque le
père n'est pas confirmé et que la mère n'a pas de conjoint pour l'aider, ou
encore lorsque la mère adopte seule, alors
qu'en Norvège les mères seules éligibles au congé parental bénéficient automatiquement des semaines parentales qui sont réservées au père quand il n'est pas
bénéficiaire. Alors, le concret, comment la logistique se fait, là,
aujourd'hui, on n'est pas en mesure de vous le dire, mais assurément que ce
seraient des modèles intéressants à examiner pour voir dans quelle
mesure ils seraient applicables au Québec.
M. Derraji :
Est-ce que c'est quelque chose que vous aimeriez avoir dans le projet de loi?
Mme Julien
(Mélanie) : Bien, absolument que... C'est une recommandation du conseil, au moins, qu'on puisse
l'envisager comme un projet pilote.
M. Derraji :
Vous, vous voulez un projet pilote avant de...
Mme Julien
(Mélanie) : C'est-à-dire qu'on reconnaît que le...
M. Derraji : Moi, j'essaie de comprendre, parce que l'idée, elle est bonne, et j'essaie, dans un esprit de collaboration avec M. le ministre... Moi, j'essaie de comprendre, avec les
11 minutes que j'ai. O.K., c'est une très bonne idée, c'est des faits, il
y a des pays qui l'ont essayé.
Comment on peut l'opérationnaliser? Est-ce
que c'est l'ajouter dans le projet de loi, dans un
article qui touche les monoparentaux, ou... Parce qu'un
projet pilote, c'est... et corrigez-moi si je me trompe, M. le ministre, je pense, on peut... si on a un projet pilote, c'est un projet pilote. Si on l'ajoute dans la loi, on l'ajoute dans la loi, dans le projet
de loi.
Mme Julien
(Mélanie) : Mais je... La proposition du conseil...
Présidente (Mme IsaBelle) : ...vous acceptez que le ministre réponde à la question du député de Nelligan? Ça prend le consentement, quand même, c'est ça.
Est-ce qu'on a le consentement? Parce qu'il demande qu'est-ce que c'est,
un projet pilote, alors le ministre... Ah! ce n'est pas ça que vous voulez?
M. Derraji :
Non, non, je sais c'est quoi, le projet pilote.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : O.K., d'accord. Excusez.
M. Derraji :
Mais, par contre, par rapport à leur proposition, c'est... du moment que le
groupe, il est là.
M. Boulet :
...le soulignait Mme Cordeau, dans le projet de loi, il y a une
habilitation réglementaire qui permet de mettre en place des projets
pilotes pour répondre à des situations sociales nouvelles ou qu'on n'a pas pu
adresser dans le cadre du projet de loi n° 51. Le cas des étudiants est,
manifestement, un dossier qui pourrait faire l'objet, dans
mon esprit à moi, d'un projet pilote, et c'est essentiellement ce qui était
soulevé par le conseil.
Présidente (Mme IsaBelle) : ...oui?
M. Derraji :
Je vais saisir le ballon au bon moment. J'en aurais deux. Alors, dans ce cas,
donc, le ministre m'ouvre la porte, donc on va, en temps et lieu, parler avec
le ministre par rapport à ça. Mais je trouve l'idée très bonne, et je vais aller faire mes devoirs par
rapport... et, si vous avez des documents à nous faire parvenir, ce serait
extrêmement important, mais on va faire nos devoirs par rapport aux cas
de la Finlande et Norvège, que je trouve très
pertinents. Je vais ajouter un autre point, parce que, sur ce point, je pense
qu'on s'entend avec vous, je sens qu'il y a une très bonne ouverture de
la part du ministre, c'est excellent.
autre point, la question de l'admissibilité pour les parents étudiants. Vous
ramenez le point des 2 000 $ et vous soulevez la
question : Est-ce que la séquence études-travail-famille est fatale?
Pourquoi le RQAP ne tient pas compte de la
parentalité étudiante, qui se pose, souvent, plus pour la mère, d'ailleurs?
Donc, c'est un questionnement que vous soulevez. J'imagine que même le ministre
est sensible à cette question.
Mme Cordeau (Louise) : Sans entrer dans tous les détails, il faut faire
attention, parce que, ce dont le conseil parle, ce sont les étudiants
et les étudiantes, majoritairement
des étudiantes, qui ont des bourses d'excellence. On peut avoir des
étudiants et des étudiantes qui gagnent... qui ont un salaire, qui travaillent
à temps partiel et qui, donc, ont plus de 2 000 $, cotisent au RQAP,
mais on parle spécifiquement des étudiants et des étudiantes qui ont des
bourses d'excellence, pour qui ce n'est pas
considéré comme un revenu et qui, donc, ne cotisent pas et, en contrepartie,
n'ont pas d'employeur, entre guillemets, qui cotise non plus. Alors,
c'est cette situation-là que l'on vise particulièrement.
M. Derraji :
Et votre suggestion par rapport à ça?
Mme Cordeau (Louise) : Notre suggestion, c'est d'élargir les types de
revenus admissibles au RQAP, donc, de se poser, justement, ces questions-là, à
savoir est-ce qu'il y aurait des modalités qui soient possibles pour que ces
étudiants et, particulièrement, ces étudiantes-là soient admissibles
pour cotiser au RQAP. Il s'agit de cotisations, là.
M. Derraji :
Donc, votre suggestion, c'est que, pour les étudiantes qui bénéficient d'une
bourse, et, s'ils veulent... Est-ce que c'est obligatoire ou si c'est à leur propre
volonté de cotiser RQAP pour pouvoir utiliser... Est-ce que j'ai bien...
Mme Cordeau (Louise) : Bien, pour le moment, ce n'est pas prévu dans le
régime, alors il faudrait faire en sorte qu'il y ait des dispositions qui
prévoient ce type d'admissibilité là et qui fassent en sorte que des
cotisations s'effectuent selon des modalités à déterminer, là.
M. Derraji :
Je n'ai pas de problème. J'ai senti que...
Présidente (Mme IsaBelle) : Le laisser parler? D'accord. Si on a
le consentement, on va laisser la parole au ministre.
M. Derraji :
Oui, je n'ai aucun problème.
M. Boulet : En fait, on aura certainement l'opportunité d'en discuter, mais, pour verser des
prestations, ça prend des
cotisations. Si on s'en va dans le milieu étudiant, qui va cotiser? Est-ce que
ce sera tous les étudiants, alors qu'une minorité est parent? Et sur quoi on va
cotiser pour assurer quel niveau de prestation? Ça fait que c'est un... je
pense que c'est une problématique qui est assez globale, qui mérite une
attention particulière, et c'est la raison pour laquelle je réitère que le projet pilote peut être une belle
avenue à emprunter, ceci dit, sous réserve des discussions que nous aurons
plus tard.
M. Derraji : Oui. Avec les
groupes, oui. Mais...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Il vous reste deux minutes.
M. Derraji : Oui. Mais c'est
excellent, parce que ça... Si ça peut avancer dans les discussions, je n'ai
aucun problème. Vous savez que j'aime
beaucoup mon temps, mais on bonifie. Et c'est là, ma question : Avez-vous,
au sein du Conseil du statut de la femme, évalué l'impact? Parce que
vous ramenez une bonne proposition, mais l'impact... Est-ce que les parties prenantes sont d'accord? Parce que, quand on
parle, il faut cotiser pour pouvoir bénéficier, ce serait bien. Si vous n'avez pas de réponse maintenant, ce
n'est pas grave, mais nous aimerions vraiment être documentés, moi,
personnellement, avant d'aller plus loin dans la réflexion.
Mme Julien (Mélanie) : Il y a
plusieurs groupes étudiants qui, dans les dernières années, se sont positionnés
favorablement à avoir une possibilité de cotiser au RQAP dans le cadre de leurs
études, alors qu'ils sont parents. On parle
des bourses d'excellence, hein? Des organismes subventionnaires de la recherche
subventionnent les étudiants au cycle
supérieur pour leur permettre de cheminer dans leurs études, puis, avec
l'allongement, justement, des études, ces étudiants, ces étudiantes-là,
qui sont âgés à la fin vingtaine, début trentaine, même, parfois, alors,
décident de fonder une famille alors qu'ils
sont encore sur les bancs d'école, à l'université. Alors, les groupes étudiants
se sont... plusieurs d'entres eux se
sont prononcés favorablement à avoir une certaine ouverture pour pouvoir
cotiser au RQAP dans le cadre de leur... la réception de bourses
d'excellence. Alors, ça mériterait d'être repris, cette avenue-là.
M. Derraji :
En termes de nombre, avez-vous une idée sur le nombre de personnes qui seraient
probablement intéressées ou affectées par cette mesure?
Mme Julien (Mélanie) : Le
Conseil national des cycles supérieurs, qui est affilié avec la FEUQ, évaluait
à 1 300 étudiants par an, femmes ou hommes, qui ne pouvaient
bénéficier du RQAP, là, en raison de la nature de leurs revenus, là, via les bourses d'excellence ou les revenus obtenus de la
part des subventions de recherche de leurs professeurs.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
30 secondes.
M. Derraji :
...deux cas de figure. 2 200, c'est dans le cas des situations
monoparentales et, l'autre cas, on parle de 1 300 étudiants
affectés par les bourses annuelles.
Mme Julien (Mélanie) :
Exactement. Ce sont les évaluations dont on dispose.
M. Derraji : Merci. Merci, Mme
la Présidente.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci au député de Nelligan. Alors,
nous y allons maintenant avec le porte-parole du deuxième groupe
d'opposition, le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente, bienvenue...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Vous disposez de 2 min 40 s.
M. Leduc :
Bienvenue. Merci de vos présentations. J'ai beaucoup aimé votre mémoire.
J'étais content de votre recommandation,
là, qui allait un peu dans le sens qu'on avait soulevé, là, la 9, si je me ne
trompe pas, d'augmenter les semaines
de paternité, plutôt que le partage forcé. Donc, je suis content de savoir que
cette idée-là prend aussi de l'ampleur. J'espère qu'on aura l'occasion d'en rediscuter avec d'autres
présentations et que ça mènera à des modifications lors de l'étude
détaillée.
Mais une de
mes interrogations, puis je ne me rappelle pas si vous l'abordez directement
dans le texte de votre mémoire, c'est que, si le ministre garde son modèle et
qu'il force le partage des 10 semaines, avec un bonus de quatre, il
me semble qu'avec un petit calcul assez, assez simple, globalement, ça va faire
en sorte qu'il y aura moins de semaines utilisées par les femmes. Je veux dire,
ça va d'une simple logique. Si, d'habitude, les femmes prennent beaucoup le
congé parental, souvent, au complet, pour toutes sortes de raisons, bien, si on
force le partage, du moins, si l'intention
est de forcer le partage de 10, même si on en rajoute quatre puis qu'on les
donne toutes à la femme, ça fait quand
même qu'elle en a perdu six. Est-ce qu'il n'y a pas une crainte, au final,
après quelques années, si cette mesure-là est utilisée beaucoup, de voir une
diminution du nombre de semaines utilisées par les femmes, et donc un certain
recul pour les femmes?
Mme Cordeau
(Louise) : De notre point de
vue, ce que l'on vise essentiellement, c'est l'implication des pères. Donc, s'il n'y a pas de partage de congé parental,
il n'y aura pas les quatre semaines de bonification. Donc, il n'y a pas de
perte, là, actuellement, parce qu'elles n'existent pas, ces semaines-là, et,
s'il n'y a pas de partage de congé parental, elles n'existeront pas plus, là. Alors, lorsque vous parlez de pertes
pour les femmes, si le père prend davantage de congés, est-ce qu'on doit le voir comme des pertes pour
les femmes ou une contribution, une implication plus grande du père?
M. Leduc :
C'est une bonne question, je ne saurais la trancher. Je sais juste qu'au final
ce n'est pas un hasard s'il y a beaucoup, beaucoup de femmes qui
utilisent ces congés-là. On peut faire toutes sortes d'analyses. Est-ce que
c'est un problème de salaire, en général, dans la vie? Est-ce que c'est un
problème de culture, de masculinité, où les hommes
ont moins la possibilité ou moins le... peut-être, même, le courage de demander
des congés des patrons, qui sont moins
à l'aise de les donner quand c'est des hommes aussi? Il y a beaucoup de
réponses culturelles, je pense, à ce phénomène-là. Reste que, au final,
moi, c'est des inquiétudes qui m'animent.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : En conclusion.
M. Leduc :
...oui, vous poser une question : Advenant que c'était Noël et que vous
pouviez obtenir à peu près tout ce que vous vouliez dans vos
recommandations, mais qu'il fallait y aller par priorités, on commence par
quoi?
Mme Cordeau (Louise) : Je pense que c'est tout ce qui concerne
l'implication des pères, qui fait en sorte que la conciliation
travail-famille, à long terme, devient sur de très, très bonnes assises, sur de
grandes assises. Et moi, je me souviens,
j'étais... je dirigeais des entreprises lorsque le congé parental est arrivé et
lorsque le congé des pères est arrivé, et,
comme employeur, lorsqu'un homme nous demandait de prendre son congé, on était
parfois un peu surpris puis on posait des questions, même si on était de
bonne foi.
société québécoise a tellement évolué.
Aujourd'hui, les pères qui disent : Je prends mon congé,
on considère que c'est normal, on
considère que c'est une responsabilité qui leur est dévolue puis qu'ils sont... c'est tout à fait légitime.
Alors,
si on prolongeait la durée de ce congé-là, bien, je pense qu'au niveau de
l'implication des pères, au niveau de
la façon dont dès la naissance de l'enfant, on crée des liens d'attachement
puis on réalise c'est quoi, les tâches
domestiques aussi, peut-être que la conciliation famille-travail, qui est
encore loin, très loin d'être acquise au Québec... je pense qu'on pourrait encore faire un pas de plus
pour favoriser une plus grande conciliation famille-travail.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Merci au député
d'Hochelaga-Maisonneuve. Nous y allons maintenant avec la porte-parole
du troisième groupe d'opposition, la députée de Joliette. Vous disposez de
2 min 40 s.
Mme Hivon :
Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, merci, excellent mémoire. Je ne
me répéterai pas... je ne répéterai pas ce que les autres ont dit. Je
pense qu'on a tous le même objectif, on veut favoriser, encourager, augmenter l'implication des pères, donc il faut
trouver le meilleur moyen. On pense aussi — c'est ce qu'on avait dit en campagne électorale — qu'il faudrait augmenter le temps dédié au
père, mais on est à la recherche, aussi, de voir comment on peut, de manière globale, y arriver. Donc, vos
études sont percutantes, puis on va chercher toutes les bases de données,
toutes les informations qu'on peut avoir dans le courant de ces travaux-ci.
Moi,
je veux vous amener sur la question de la flexibilité du régime, un enjeu que
vous n'avez pas eu le temps de beaucoup aborder. À la page 12 de votre
mémoire, vous rappelez qu'au fil du temps vous avez fait... le conseil,
vous avez été très actifs sur l'enjeu de la conciliation. Vous avez recommandé
qu'on puisse parler en termes de jours, et non
uniquement de semaines, et je voulais savoir si, dans cette nouvelle
flexibilité que le ministre veut amener, vous trouvez que l'idée de pouvoir utiliser une
partie des
semaines en jours, et pour les premières années de vie des enfants, quand,
souvent, on est étouffés dans la conciliation et que c'est difficile... est-ce
que c'est une avenue qu'on devrait analyser et inclure?
Mme Cordeau (Louise) : Tout à fait. D'ailleurs, depuis 2015, le conseil
aborde cette avenue-là. Évidemment, on est
conscients aussi des contraintes que ça peut vouloir... que ça peut représenter
pour les employeurs. Aussi, la façon de
concrétiser ces calculs-là, là, ce n'est pas simple. Mais tout ce qui va
favoriser la conciliation travail-famille, je pense qu'on doit être
ouverts à évaluer les dispositions qui seraient de cette nature-là.
Mme Hivon :
Comme par exemple, on pourrait penser à un plafond d'un nombre de jours,
exemple, l'équivalent de quatre semaines ou 20 jours, mais
divisible en jours. Pas de dire qu'on peut reporter six mois en jours, là, on
se comprend que, pour les employeurs, ça
peut être costaud, mais d'un certain nombre de jours, un plafond dédié qui
pourrait être reporté sur une
certaine période pour favoriser ça. Nous, c'est ce qu'on a en tête. Est-ce que
c'est des avenues que vous avez regardées, ou qui existent, ou...
Mme Cordeau (Louise) : Le conseil ne s'est pas spécifiquement penché sur
une modalité, là, de partage en jours plutôt qu'en semaines, sauf qu'on
convient que tout ce qui pourrait être acceptable, tout ce qui pourrait
bénéficier à la fois au père, à la
fois à la mère, favoriser la conciliation famille-travail, le conseil serait
ouvert à évaluer les différentes possibilités.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Il vous reste une seconde.
Mme Hivon : Bien, je vais vous dire merci. J'avais une question
sur les revenus des mères, mais on va y revenir en échange.
Présidente (Mme IsaBelle) : Ça va? Alors, je vous remercie. Merci, Mme Cordeau et
Mme Julien, pour votre contribution aux travaux de la commission.
Nous
suspendons les travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe
de s'installer. Alors, merci
beaucoup pour l'échange.
(Suspension de la séance à 10 h 49)
Présidente (Mme IsaBelle) : Alors, je souhaite la bienvenue au Conseil du patronat du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé. Avant de commencer, je vous inviterais également à vous présenter,
Mme Kozhaya et M. Blackburn.
M. Blackburn
(Karl) : Karl Blackburn, président et chef de la direction du
Conseil du patronat du Québec.
Mme Kozhaya (Norma) : Bonjour, Norma Kozhaya, vice-présidente à la
recherche et économiste en chef au Conseil du patronat du Québec.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, vous pouvez commencer votre exposé.
M. Blackburn
(Karl) : Merci beaucoup. M. le ministre, Mmes, MM. les députés, le
Conseil du patronat du Québec souhaite
rappeler, pour commencer, que nous vivons aujourd'hui dans un monde
complètement différent de celui que l'on
connaissait au moment du dépôt du projet de loi. Nul besoin de mentionner que
les employeurs et les travailleurs font
face à des défis sans précédent. D'ailleurs, en avril dernier, dans sa feuille
de route pour une relance économique sécuritaire
et durable, le CPQ recommandait, dans
ces défis, que «les gouvernements devraient suspendre toute démarche
réglementaire ou toute réglementation qui devait entrer en vigueur au cours des
prochains mois à moins qu'elle ne soit
considérée comme essentielle ou que le but soit d'alléger le fardeau des
entreprises». Nous présentons cependant, ci-dessous, nos commentaires
sur le p.l. n° 51 qui est à l'étude.
CPQ appuie les objectifs et mesures de conciliation travail et famille,
d'amélioration de la qualité de vie des familles et d'épanouissement des jeunes à tous les niveaux. En ce sens,
il accueille favorablement des aspects du p.l. n° 51
qui améliorent la flexibilité à l'intérieur
du régime. Ces dispositions, par le fait même, pourront, dans certaines
circonstances, répondre aux besoins
des employeurs en termes d'organisation du travail tout en répondant aux
aspirations des parents. Par ailleurs, plusieurs mesures prévenues...
prévues par le p.l. n° 51, dont les semaines
additionnelles de congé, ne contribuent
sûrement pas à répondre aux besoins en main-d'oeuvre, impliquant... impliquent
une gestion, pardon, plus complexe des absences pour plusieurs
employeurs et augmentent le coût du régime.
Le CPQ rappelle aussi que les dernières
modifications apportées à la
Loi sur les normes du travail, en 2018, ont aussi
notamment bonifié les congés personnels et familiaux ainsi que les modalités des droits de refus de
travailler, alors que plusieurs entreprises prévoient déjà un bon nombre
de congés personnels payés.
CPQ rappelle, par ailleurs, que le Québec s'est doté de programmes sociaux en
général, et de programmes et de politiques familiales en particulier,
parmi les plus généreux au monde et sûrement les plus généreux au Canada et en Amérique du Nord. On n'a qu'à penser aux congés
prévus par le régime d'assurance parentale, dont il est question dans ce
projet de loi, beaucoup plus étendus et généreux que le reste du Canada ou aux
services de garde à tarifs réduits. Ce n'est
pas pour rien que le Québec est qualifié de paradis des familles, et c'est tant
mieux. Évidemment, les services publics
étendus impliquent des coûts. Le CPQ rappelle aussi... ainsi que les coûts des
entreprises en charge sur la masse salariale
sont les plus élevés au Canada. En ce sens, il faudrait faire attention à ce
que le taux de cotisation à l'assurance parentale n'augmente pas et
qu'il diminue idéalement.
Nous
présentons ci-dessous des commentaires plus spécifiques sur les différentes
mesures prévues par le projet de loi.
Conseil du patronat du Québec voit d'un bon oeil l'augmentation de l'exemption
qui permet de gagner un revenu pendant
que les prestations sont payées. Un parent ne pouvant pas gagner en revenu de
travail plus de 25 % de sa prestation d'assurance parentale s'il ne
voulait pas voir cette prestation diminuer, le p.l. n° 51
lui permettrait de gagner jusqu'à l'équivalent
de la différence entre son revenu et sa prestation, lui donnant donc la
possibilité de recevoir la totalité de son revenu hebdomadaire habituel.
Cette mesure peut impliquer certains coûts au régime et semble aller à
l'encontre de l'objectif qui est
d'indemniser un parent pour être près de son enfant. Elle peut toutefois
inciter les parents à travailler davantage
et de maintenir leur lien d'emploi et leur contribution à l'activité
économique. En ce sens, elle est bienvenue et répond, entre autres, à
des besoins de main-d'oeuvre.
Malgré un taux
de chômage qui a augmenté à cause de la pandémie, des besoins de main-d'oeuvre
sont toujours présents dans plusieurs
secteurs économiques. De plus, dans une perspective de plus long terme, avec le
vieillissement de la population, ces besoins sont appelés à persister.
On se rappelle, d'ailleurs, qu'avant la pandémie la rareté de la main-d'oeuvre
représentait l'enjeu numéro un des employeurs.
L'augmentation
de la période à l'intérieur de laquelle les prestations peuvent être prises
introduit également de la flexibilité
au régime. La période à l'intérieur de laquelle les prestations parentales, de
paternité et d'adoption peuvent être
prises passerait de 52 à 78 semaines. Cette flexibilité peut être
appréciée par plusieurs employeurs, entrepreneurs, employés salariés et travailleurs autonomes. Il
est important de noter que le prolongement de la période doit se faire avec
le consentement de l'employeur. Cette latitude pourrait, dans certains cas,
permettre à un employé d'interrompre son congé
parental pour répondre à un besoin ou saisir une opportunité professionnelle
sans perdre des semaines de congé. Elle peut aussi être particulièrement
appréciée dans des entreprises de nature plus saisonnière.
En résumé,
les visées qui sous-tendent les modifications du régime sont louables, mais
les... il importe, pardon, que toute
entente qui pourrait être conclue en ce sens par le travailleur et l'employeur
puisse prendre d'abord en considération
les besoins opérationnels de l'organisation ainsi que les ressources humaines
nécessaires pour pallier à ces absences.
Selon un
sondage maison auprès des membres du CPQ, mené en 2018, une prolongation de la
période à l'intérieur de laquelle les
prestations parentales, de paternité ou d'adoption peuvent être utilisées et du
congé de maternité aurait un impact significatif pour 63 % des
répondants, impact très significatif pour 24 % des répondants, et
significatif mais acceptable pour 39 %
des répondants. Ce résultat démontre que les employeurs subissent des
inconvénients non négligeables lors
des modifications du genre. Ils sont toutefois en grande
partie prêts à
s'accommoder et accommoder les travailleurs-parents.
Tel que
discuté plus haut, l'ensemble des mesures proposées par le projet de loi
entraîne différentes sortes de coûts pour les employeurs : coûts de
remplacement des absences plus importants, coûts additionnels de conformité. Il
faut ajouter également un manque à gagner dû à des heures
supplémentaires qui pourraient devoir être versées et à une diminution du chiffre d'affaires pour les
entreprises qui ne voient... qui ne sont pas en mesure de remplacer leurs
employés. Les coûts nets, pour les
entreprises, des différentes mesures proposées par le projet de loi n° 51 sont estimés à 37 millions de dollars, ce, avant les amendements proposés le
12 mars devant coûter 4,3 millions de dollars.
Le projet de loi permet, par ailleurs, la mise en oeuvre par le conseil de gestion de
projets pilotes afin d'étudier ou
d'expérimenter de nouvelles mesures portant sur les conditions d'application du
régime et permet que des exceptions au
calcul des prestations puissent être prévues par règlement pour l'établissement
du régime... du revenu hebdomadaire moyen d'un employé. Si l'idée de projets
pilotes peut être intéressante a priori, le CPQ exprime certainement
certaines craintes puisque la tentation est
toujours grande de proposer... de procéder, pardon, à des bonifications
lorsqu'un régime est en bonne santé financière.
Le Québec est sans contredit le paradis des
familles, et c'est tant mieux, et la souplesse dans la vie parentale est certes un enjeu important. Les employeurs ont
également besoin d'être compétitifs, d'autant plus dans le contexte actuel
d'incertitude et de défis que nul n'avait
soupçonnés. C'est pourquoi nous souhaitons que le Québec devienne également
le paradis des entreprises et des hommes et
des femmes qui, chaque jour, se lèvent pour créer plus de richesse pour notre
société et ainsi participer à la création de services, notamment pour les
familles. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci, M. Blackburn, pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange. M. le ministre, à vous la parole. Vous disposez de 16 minutes.
M. Boulet : Oui, merci,
Mme la Présidente. Je veux d'abord
saluer la contribution du Conseil du
patronat du Québec, qui, encore une fois, a su préparer un mémoire bien
équilibré qui tient compte évidemment des intérêts, des préoccupations du
monde patronal québécois. Bien sûr, vous avez noté la modification dans les
changements, dans l'environnement de
travail. Vous avez fait référence à la volonté du CPQ qu'il y ait une relance
sécuritaire. Je pense que, oui, on a
suspendu des démarches, oui, on est en mode allègement réglementaire, vous
l'avez mentionné, sauf pour ce qui est essentiel.
Je pense que
ce qui réside dans ce projet de loi là, ce n'est certainement pas notre volonté
d'alourdir le fardeau réglementaire des entreprises au Québec. On
reconnaît leur souci de compétitivité, de flexibilité, et c'est un régime, il faut le voir, qui donne une flexibilité
additionnelle à l'employeur, et je vais y revenir, là. Mais vous dites sauf ce
qui est essentiel, et la qualité de vie des familles et des parents,
pour nous, ça nous apparaît essentiel.
Je veux aussi
vous rappeler qu'il y a eu des baisses du taux de cotisation de 4 % le
1er janvier 2019 et de 6 % le 1er janvier 2020, et qu'il y a... le conseil de gestion a annoncé
un maintien du taux de cotisation pour le 1er janvier 2021. Et le 6 % de réduction le 1er janvier
2019, ça représente 141 millions, pour les employeurs, un peu plus que
90 millions, là, dans le retour, donc un retour qui est
particulièrement intéressant à cet égard-là.
J'aimerais ça, M. Blackburn, que vous...
J'ai senti un peu de chaud et de froid pour les revenus concurrents. L'augmentation de l'exemption qui actuellement est
de 25 % du montant de la prestation, alors que maintenant c'est l'écart entre le revenu hebdomadaire et le
montant de la prestation, on y voit un bel incitatif à travailler à temps
partiel. Moi, souvent, on me donne l'exemple
du comptable, pendant la période des impôts, qui peut revenir travailler
quelques heures et ne pas être
pénalisé quant au montant de la prestation. J'aimerais juste vous réentendre.
Est-ce que je comprends que le CPQ est favorable à cette mesure-là?
M. Blackburn (Karl) : Bien, ce
que le projet de loi apporte, c'est davantage cette flexibilité. Mais j'irais
par étapes, M. le ministre, si vous me le
permettez. Dans un sens, effectivement, les baisses de cotisation qui ont été
accordées visent à reconnaître, je
dirais, la situation économique dans laquelle on se retrouve actuellement, mais
évidemment, aussi, la qualité et, je dirais, la saine santé financière
du fonds actuellement.
Dans une mesure
où on veut faire des modifications réglementaires, telles que proposées dans le
projet de loi n° 51, dans
la mesure, oui, ces projets de... ces modifications réglementaires apportent
une certaine flexibilité. Mais, en bout de piste, c'est... ce projet de loi a quand même un
impact important, un impact important au niveau financier sur les entreprises,
mais également sur la gestion, je dirais,
des ressources humaines à l'intérieur de son organisation, malgré la
flexibilité qu'apporte le projet de loi n° 51.
Alors, il est clair que, dans le contexte
actuel, le statu quo ferait en sorte qu'on reconnaîtrait la situation telle qu'elle est, que les efforts qui doivent être mis
de la part des gouvernements respectifs soient considérés d'abord et avant
tout pour une relance économique forte, sécuritaire et durable, pas en allant
contre des avantages ou des services davantage
bonifiés pour les familles du Québec. Au contraire, on en veut tous, on en veut
plus. Mais, dans un contexte où
l'économie est forte et solide, les employeurs du Québec vont contribuer à
cette création de richesse collective, qui est extrêmement importante.
Et, par la suite, on sera, bien évidemment, en mesure de pouvoir se doter
davantage de services pour les familles, de services pour nos aînés et de
services pour nos jeunes.
Alors, dans ce sens-là, c'est pour ça qu'on dit
un peu le chaud et le froid dans notre présentation, parce que l'objectif du projet de loi est quand même
louable. Mais le contexte économique, malheureusement, dans lequel on se retrouve mérite qu'on y accorde une importance
toute particulière pour que toutes les décisions gouvernementales, quelles
qu'elles soient, soient en fonction de cette
relance-là, qu'elle soit le plus fort possible, le plus sécuritaire et le plus
durable possible, et ça, au bénéfice des entreprises, des employeurs et
des employés.
M. Boulet : Et, vous savez,
M. Blackburn, ça me donne l'occasion de redire que, la situation
économique prépandémie, à bien des égards,
il y a des similarités avec la situation postpandémique. Vous savez qu'il y a
de la pénurie de main-d'oeuvre dans
plusieurs secteurs, et l'augmentation
de la capacité de faire des revenus concurrents, et l'augmentation de la
période à partir de laquelle les prestations peuvent être prises, là, de 52 à
78 semaines, on y voit, dans les consultations qu'on a faites auprès des
milieux patronaux, un grand avantage pour répondre aux besoins de main-d'oeuvre pendant les... pour les entreprises saisonnières, pour les entreprises
qui ont des besoins plus importants à des périodes particulières de l'année.
Donc, c'est des mesures qui, nous l'estimons, seront extrêmement bénéfiques pour les entreprises
du Québec et, sans négliger le fait — puis là je vous donne mon opinion — d'avoir un régime d'assurance parentale qui a les paramètres que
nous connaissons, est aussi un atout pour recruter et retenir les travailleurs,
qu'ils ne se sentent pas pénalisés
financièrement pendant une période de congé de maternité, paternité, parental,
et adoption. Moi, je le vois beaucoup comme ça.
Ceci dit, est-ce que, dans votre mémoire, vous
ne référiez pas aussi à la cotisation, au niveau de cotisation? J'aimerais vous
entendre là-dessus.
M. Blackburn (Karl) : Pour le
niveau de cotisation, ce que je pourrais faire, je pourrais demander à Norma davantage de vous donner les détails, compte tenu
de ses compétences, mais Norma va donner davantage d'information sur le
taux de cotisation.
Mme Kozhaya
(Norma) : Effectivement,
depuis le début du régime, nous... pour le CPQ, c'est un régime qui est social et qui a, certes, sa raison d'être et
sa valeur ajoutée, mais qu'on voit mal pourquoi les employeurs cotiseraient
la majorité, donc comme c'est le cas en ce
moment, 60 %, pour rappel, la part des employeurs, versus 40 %, la
part des employés. Donc, on pense que
ça pourrait être soit un partage équitable 50-50, soit également un
partage où le gouvernement pourrait
contribuer. C'est aussi une demande qu'on fait au niveau de l'assurance-emploi
au fédéral pour le volet qui est davantage de nature sociale et non pas
assurantielle. Par exemple, par le passé, vous savez qu'au régime d'assurance-emploi, le gouvernement contribuait 20 %,
avec 40 % pour les employeurs, 40 % pour les employés. Donc, on pense
que ce genre de partage serait
pertinent et approprié également pour le régime d'assurance parentale, qui
est... que ce n'est pas vraiment un
régime d'assurance dans le sens d'une perte d'emploi, mais un régime... un
programme social qui est apprécié et qui est... qui a une grande valeur.
M. Boulet : Merci, Norma. Vous
savez que, notre régime d'assurance parentale, il est spécifique au Québec. Ça découle, comme je l'ai dit un peu plus tôt,
d'une entente entre Ottawa
et Québec, puis on est sortis du régime fédéral d'assurance-emploi. On a créé notre propre régime. Et, quand on
réfère à une entente, il y a des clauses, notamment une d'équivalence, qui imposent à Québec
de maintenir minimalement les mêmes avantages que le régime qui s'applique dans
le reste du Canada.
Actuellement, la cotisation, c'est 7/12
employeur, 5/12 salarié. C'est un fonds où il n'y a pas contribution gouvernementale, mais c'est un fonds qui est
autogéré, qui est autonome, qui est géré par le Conseil de gestion de
l'assurance parentale. Il y a
un conseil d'administration où tous les segments de la société
sont bien représentés. Et, à cet
égard-là, il faut
que je vous mentionne, puis ça fera plaisir à certaines personnes,
là, mais un partage à 50-50 à compter de 2021, soit à un taux uniforme de
0,593 %, aurait pour effet de diminuer le taux de cotisation des
employeurs de 14 % et d'augmenter celui des travailleurs de
20 %. Donc, on ne peut pas aller dans cette direction-là. Puis je pense
que, le partage, sans être égal, il est
équitable, il assure aux travailleurs, et ça donne... Quand il y a des baisses
du taux de cotisation, évidemment, les employeurs en bénéficient plus.
Quand je référais au 6 %, il y a une portion plus importante qui bénéficie
aux employeurs. Ça fait que je tenais quand même à faire ce commentaire-là, là,
sur le taux de cotisation.
Ceci dit, moi, ça compléterait, Mme la
Présidente. Quant au reste, M. Blackburn, Norma, merci énormément de votre présence, de votre contribution, et on
vous a bien entendu sur la situation financière. Ce qu'on fait, c'est que le
contexte financier du fonds nous permet de le
faire. On s'adapte. Il y a eu, évidemment, pendant la période de pandémie, beaucoup de mises à pied qui ont eu des
conséquences. On a pris les dispositions pour avoir une marge de crédit pendant la pandémie, puis il y a eu zéro
utilisation de cette marge de crédit là. Ça fait qu'il n'y a pas péril en la
demeure. Il y
avait des provisions pour les aspects financiers qui ont été établies en collaboration avec des actuaires, et
donc tout est sous contrôle, puis on
va s'assurer que ça le demeure, et pas simplement pour ce projet de loi là,
mais pour les années à venir. Voilà, si ça peut vous rassurer. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci pour l'échange. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, oui, députée de Jean-Talon.
Mme Boutin : Simplement une
brève question par rapport... Parce qu'on comprend l'impact sur les coûts potentiels, pour certaines entreprises, dans le
cadre d'une pénurie de main-d'oeuvre, on... là, on est en crise, mais la
pénurie va revenir. Est-ce que vous
avez un portrait global, au niveau du Québec, par rapport à certains secteurs
qui seraient plus affectés par ça que d'autres, les TI ou la santé?
M. Blackburn (Karl) : Bien, si
je peux me permettre, peut-être un bref commentaire, également, par rapport à la saine santé du fonds. Au lieu de regarder la possibilité de se donner davantage de services, compte tenu de la situation exceptionnelle dans laquelle on
se retrouve, pourquoi ne pas profiter d'une réduction encore plus importante,
qui profiterait, bien entendu, aux entreprises, mais qui
profiterait à 100 % des employés, qui verraient leurs cotisations
diminuer, et non seulement les
employés qui ont accès à des services? Je pense que ce serait important,
peut-être, de l'évaluer également.
Les secteurs,
pour revenir à question précise que vous posez, qui sont davantage touchés, je
dirais, par la pénurie de main-d'oeuvre, il y a des secteurs reliés au
tourisme, il y a des secteurs reliés au commerce de détail, des secteurs reliés à l'agriculture, à l'hôtellerie. On le sait
que, dans les dernières semaines, dans les derniers mois, certains de ces
secteurs ont eu, je dirais, un vent
dans le dos, en fonction de la volonté des Québécois de... davantage d'investir
de leur argent au Québec, dans les
régions du Québec, et ces secteurs ont été un peu, en quelque sorte, sauvés, si
je peux m'exprimer ainsi, par rapport
à la réalité mondiale dans laquelle on se retrouve. Mais force est de constater
que ces secteurs névralgiques, pour
plusieurs régions du Québec, vont vivre des périodes extrêmement difficiles
dans les prochains mois et peut-être dans
les prochaines années. L'automne va être excessivement difficile pour le
secteur touristique, le secteur de l'hôtellerie. L'hiver va être excessivement difficile pour ces gens-là également.
Alors, l'économie est en train de se réinventer d'une certaine façon.
j'utilisais, dans une discussion récente avec quelqu'un... puis je pense que
l'image, elle est bonne, dans le sens... en tout cas, moi je la trouve bonne, rappelez-vous, il y a une vingtaine
d'années, en l'an 2000, on pensait que la Terre allait arrêter de tourner. Alors, tout le monde
s'attendait à la pire catastrophe, parce que, là, il n'y a plus rien qui allait
fonctionner. Surprise, tout a très bien
fonctionné. Je pense que notre bogue de l'an 2000, on l'a connu le
13 mars dernier, tous ensemble
sur la planète, et là, qu'on le veuille ou non, on est maintenant rendus dans
le XXIe siècle. Peut-être que certaines
personnes voudraient revenir au 6 mars, mais ce que je dis à ces
personnes-là : Le 6 mars, oubliez ça, jamais qu'on ne va
revenir en arrière, il faut regarder en avant.
Et les programmes sociaux, les soutiens
gouvernementaux doivent nous servir, pas de remparts contre nos adversaires ou nos compétiteurs, mais comme de
tremplins pour faire en sorte que le Québec, aujourd'hui, certains secteurs
qui vont être plus durement affectés, bien, qu'on apporte du soutien avec ces
travailleurs, pour de la formation, de la compétence,
qu'on les forme pour être capable de pallier à cette pénurie de main-d'oeuvre dans des secteurs névralgiques de notre
positionnement.
Alors, je pense que le gouvernement du Québec,
le gouvernement du Canada ont pris des mesures sages et essentielles lors de la pandémie, et, maintenant, on travaille en
étroite collaboration à tenter de trouver des pistes d'atterrissage, si je peux le dire de cette façon,
pour que l'économie du Québec, de nos entreprises de toutes les régions
du Québec soit forte, soit solide et qu'on soit un leader à travers le monde.
Et, hier, je discutais, en terminant, avec...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Il vous reste une minute.
M. Blackburn
(Karl) : En terminant. Hier, je discutais avec un maire d'une région de l'Abitibi, qui me mentionnait : Karl... il dit : Moi, tout
ce que j'ai besoin de la part des gouvernements, c'est d'avoir accès à des services, des infrastructures
technologiques de haute technologie pour être capable de faire compétition à Toronto,
à Boston, à Shanghai, à Hong Kong, parce que
c'est ça, aujourd'hui, la planète. Alors, si on est capable d'avoir des
infrastructures de
qualité, dignes du XXIe siècle, dans toutes les régions du Québec, je pense
que, collectivement, on va s'en sortir plus forts et plus
grands qu'avant la pandémie.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Il reste 38 secondes.
M. Boulet : ...j'aimerais faire une intervention. Ceci dit, avec respect, une baisse du taux de cotisation
ne nous permettrait pas, hein, comme vous vous en doutez bien,
d'améliorer la flexibilité de notre régime et d'améliorer aussi la conciliation travail-famille. Pour les
employeurs, la cotisation au RQAP, c'est 0,6 % de la masse salariale, et il y a eu 131 millions qui est retourné dans les poches
des employeurs en 2019 et 2020, découlant des baisses du taux de cotisation.
Je le répète, l'augmentation des revenus concurrents, la période...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci, M. le ministre.
M. Boulet : ...c'est des
avantages concurrentiels importants.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci, M. le ministre. Nous cédons
maintenant la parole au porte-parole du groupe de l'opposition
officielle, à la députée de Fabre.
Mme Sauvé : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
M. Blackburn, Mme Kozhaya, je sais que mon collègue de Nelligan souhaite aussi vous saluer. Donc, merci
pour cette présentation. Je vais y aller un peu avec une introduction puis
ensuite je m'adresserai... Combien de temps dont je dispose?
Présidente (Mme IsaBelle) : Vous disposez de 10 minutes...
Oui, j'avais enlevé mes lunettes, moi, là, hein?
10 min 40 s.
Mme Sauvé : Parfait, alors je
vais essayer quand même de freiner un peu mes élans, parce que j'ai plusieurs
questions. Alors donc, je voulais, dans le
fond, dans un premier temps... puis on en a parlé, le ministre en a parlé aussi,
l'avant-pandémie et la réalité actuelle, on
risque d'être dans... on est et on sera dans une réalité de rareté de main-d'oeuvre,
pour ne pas dire de pénurie. Mais est-ce que vous croyez... puis je sais,
évidemment, vous jouez un rôle aussi à la Commission
des partenaires du marché du travail... est-ce que vous croyez qu'on est dans
la même réalité de pénurie? Parce
que, là, on s'entend que l'emploi se transforme. Il y a, évidemment, l'impact
des technologies, il y a le télétravail, alors donc, vous l'avez bien dit, on doit se réinventer, parce que tout
change. Est-ce que vous croyez véritablement qu'on est dans la même réalité de pénurie de main-d'oeuvre après
pandémie que nous l'étions auparavant?
M. Blackburn
(Karl) : Bien modestement,
je pense que certains secteurs de pénurie
de main-d'oeuvre avant la pandémie
vont demeurer les mêmes secteurs après la pandémie. Par contre,
des nouveaux secteurs risquent d'apparaître, entre autres, les secteurs au niveau
de la technologie. On voit bien, là,
à quelque part, que ces secteurs sont en croissance de façon exponentielle, et, malheureusement, il
n'y a pas assez de personnes pour être capable d'occuper ces emplois-là.
C'est sûr qu'il y a des secteurs comme ceux-là qui vont nécessiter une plus
grande attention.
Et j'aimerais
juste apporter un élément, aussi, de réflexion pour vous, les parlementaires.
Si on prend chacune des mesures
individuellement, c'est souvent des petits montants, peut-être, si on compare
ça à des milliards de dollars, mais,
lorsqu'on additionne chacune de ces mesures, il est clair que ça a des
incidences extrêmement importantes pour les entreprises et les employeurs du Québec, alors je pense qu'il faut
le mettre dans son ensemble. Et le contexte, encore une fois, économique
dans lequel, malheureusement, on se retrouve est extrêmement difficile pour les
employeurs au Québec. Et, comme le disait un
ancien premier ministre du Canada : Il n'y a rien de plus nerveux qu'un
billet de 1 000 $. Alors, dans le contexte actuel, cette
incertitude dans laquelle on se retrouve, elle nécessite des mesures
extrêmement prudentes.
Mme Sauvé : Mme la Présidente, dans une prochaine question,
je voulais revenir sur — puis la collègue en a un peu parlé tantôt, et, dans le
mémoire, c'est clairement nommé — l'impact économique. On entend bien votre
volonté d'aller vers la conciliation
travail-famille et ce que propose le projet de loi, mais, en même temps, vous
nommez l'impact au niveau de la
gestion des ressources humaines, donc, et vous mettez l'accent sur la réalité
des PME. Alors, je veux vous entendre
là-dessus, parce que, on le sait, au Québec, il y a beaucoup aussi de PME qui
n'ont pas de service de ressources humaines. Alors, je voulais vous
entendre sur l'impact spécifique pour les PME versus, par exemple, la moyenne
des grandes entreprises, des plus grandes entreprises.
M. Blackburn
(Karl) : J'ai eu le privilège, dans mon parcours professionnel, de
lancer une PME, alors... dans un
certain domaine d'activité au Lac-Saint-Jean, et, pour des petites PME, elles
n'ont pas nécessairement des services de
ressources humaines très déployés, très organisés dans leurs départements ou
dans leurs organisations. Souvent, c'est des commerces qui nécessitent une gestion extrêmement vigoureuse et
rigoureuse au quotidien. Et d'avoir, je dirais, la capacité de compter sur des employés avec des
horaires stables, déterminés à l'avance, c'est beaucoup plus facile que d'avoir à jongler, par exemple, avec l'ajustement
de certains horaires ou même de la pénurie de main-d'oeuvre. Parce que, vous savez, quand, le samedi matin, un
employé appelle pour dire qu'il ne peut pas rentrer, pour différentes raisons,
bien, souvent, c'est l'employeur de la
petite PME qui doit prendre la relève. Alors, au-delà de ces heures normales,
c'est souvent des heures
extraordinaires qui sont ajoutées à leur travail. C'est normal, c'est leur
entreprise, mais, en même temps,
ça se fait au profit de tellement d'efforts que, dans ce contexte, un
assouplissement ou un allègement au niveau de la gestion des ressources humaines, entre autres, serait certainement
quelque chose qui serait salué de la part des employeurs, et c'est ce que prévoit, d'ailleurs, le projet de
loi, avec un assouplissement des règles. Mais, ceci dit, encore une fois, comme
je l'ai mentionné, l'addition de plusieurs
petites mesures vient faire en sorte qu'à la fin ça peut peut-être être des
mesures qui sont extrêmement importantes et exigeantes pour les
employeurs.
Mme Sauvé : Il me reste un peu
de temps?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Il vous reste six minutes.
Mme Sauvé : Ah! excellent. Je sais que, M. Blackburn,
vous avez parlé, dans votre présentation et dans le mémoire, surtout, de votre opinion par rapport au projet
pilote, donc d'expérimenter, parce que, dans les faits et dans la vertu du
principe, vous êtes d'accord, mais vous
étiez un peu inquiet parce que, finalement, le fonds... le régime est en bonne
santé. Il y a une réalité démographique qui est liée à ça, puis, en même temps,
bien... Est-ce qu'à votre avis la notion même des projets pilotes pourrait quand même être une
avancée intéressante s'il y a certaines conditions qui sont rencontrées, par
exemple, des éléments de prévisibilité, et tout ça? Est-ce qu'il y a des
éléments qui feraient en sorte que vous seriez encore plus favorables à
l'idée des projets pilotes?
M. Blackburn
(Karl) : Si vous me le permettez, je vais demander à Norma de vous
donner davantage d'informations là-dessus. C'est le travail d'équipe,
qu'on appelle.
Mme Kozhaya
(Norma) : Effectivement, le
fait... l'idée de projet pilote est intéressante en soi, parce que, même,
peut-être qu'il y a des éléments qui sont
présentement dans le projet de loi qui auraient pu faire l'objet de certains
projets pilotes. Mais c'est,
effectivement, l'encadrement aussi, et puis là on dit : Ça vient du
Conseil de gestion de l'assurance parentale.
Est-ce que... Donc, ça va être soumis, bon, il va y avoir un règlement. C'est
quoi, l'encadrement de ces projets pilotes là?
on sait, comme on le disait aussi dans le mémoire, que la... il y a toujours de
bonnes raisons de bonifier, et puis c'est tant mieux, et c'est pour ça
aussi qu'on dit : Bon, si le gouvernement veut bonifier, il peut
contribuer et puis bonifier, mais pas que ce
soit... se fasse... et donc c'est vraiment l'encadrement de ces projets pilotes
là, la prévisibilité, vous avez parlé
peut-être aussi, mais, par nature... et l'évaluation, après coup, en, toujours,
ayant à l'esprit la saine gestion financière
et la vision de long terme. Bien, en ce sens, on apprécie qu'il y a eu des
études stochastiques sur le financement à long terme du régime,
qui prévoient, d'ailleurs, que le taux actuel... que le taux moyen aurait pu
être à 10 % plus bas que le taux
actuel, et, en ce sens, ça nous renforce aussi dans notre positionnement, peut-être,
pour réduire les taux de cotisation.
Donc, ce n'est pas l'idée en soi, mais plus l'encadrement et puis qu'est-ce qui
risque de s'en venir après ça.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Il reste 3 min 30 s.
Mme Sauvé : Je vais être très brève. Si on avait à mettre l'accent sur une proposition-phare de votre mémoire — vous
êtes favorables, mais vous avez des préoccupations — ce
serait quoi, l'élément de proposition que vous souhaiteriez que nous retenions aujourd'hui?
M. Blackburn
(Karl) : Encore une fois, si je pouvais me permettre, ce serait de ne pas augmenter le fardeau des entreprises, concernant le projet de loi n° 51. Mais pourquoi ne
pas profiter de l'occasion pour le réduire et réduire également le fardeau des employés? Parce que la réduction du
fardeau viendrait affecter 100 % des employés et non seulement ceux
qui auraient accès au régime de congés parentaux.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Trois minutes, 2 min 50 s.
Mme Sauvé : Parfait. J'ai une autre question. Je veux revenir sur votre sondage que
vous avez fait. Est-ce que vous
avez... parce que je trouve ça bien de pouvoir monitorer aussi l'impact que ça
a sur, bien sûr, les entreprises. Est-ce que vous avez prévu, au fil des
travaux ou selon l'impact, alors, si le projet de loi est adopté, s'il y a eu
des propositions qui ont été faites, la réglementation, est-ce que vous avez
l'intention également de refaire l'exercice de sondage pour voir un peu, de
façon très ciblée, l'impact des nouvelles...
M. Blackburn
(Karl) : Je vous dirais que ça fait
partie de l'ADN du Conseil du
patronat du Québec, d'abord, de
représenter la position des 70 000 employeurs du Québec, quelle que
soit la région dans laquelle ils opèrent, quel que soit le secteur dans
lequel ils opèrent. Alors, effectivement, en 2018, il y a un son de cloche qui
a été fait auprès des employeurs concernant
cette réalité-là, et c'est clair qu'on va suivre ça de très près, parce qu'il
n'y a pas seulement les modifications
du projet de loi n° 51 qui risquent d'affecter le monde des employeurs et
des employés, si je peux m'exprimer ainsi, à court ou moyen terme, il y
a toute la réforme, aussi, du régime de santé et sécurité.
Comme
vous le savez, bien évidemment, la nouvelle réalité concernant le télétravail
occupe une place de plus en plus
importante, je dirais, auprès des employeurs et des employés. D'ailleurs, le
Conseil du patronat, la semaine
dernière, a eu l'occasion de lancer un guide pratique sur les bonnes pratiques
concernant le télétravail. Alors, il y a un environnement qui change, il y a un environnement qui change,
actuellement, de façon très rapide. Il y a quelques mois, personne n'était capable de penser qu'on pouvait
être opérationnels en télétravail, alors que, du jour au lendemain, on a
démontré, au Québec, qu'on était capable de le faire.
Maintenant, regardons
ce que nos compétiteurs font et là surtout où ils sont situés, et, dans ce
sens-là, moi, je suis convaincu que,
collectivement, on est capable de faire de très bonnes avancées. Le monde des
employeurs n'est pas insensible à cette réalité dans laquelle on est.
Plus les employés sont dans un environnement sécuritaire, enviable, plus ils vont aimer leur travail et plus ils vont
apporter une certaine stabilité. Alors, les employeurs ont tout intérêt à
s'assurer que leurs employés profitent des meilleures conditions
possible dans le contexte actuel. Mais, en même temps, les employeurs doivent bénéficier d'un environnement économique compétitif pour leur survie, pour leur entreprise
et pour leur permettre d'être compétiteurs sur la planète, et non
seulement entre régions, si je peux l'exprimer ainsi.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Alors, merci à la députée de Fabre. Nous cédons maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe de
l'opposition, au député d'Hochelaga-Maisonneuve. Vous disposez de 2 min 40 s.
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, bonjour
et bienvenue. Je vais être honnête avec vous, j'ai été très surpris par
le contenu de votre présentation, de votre mémoire, surpris par l'article qu'on
a lu ce matin, qui en faisant référence. Tout d'abord, je voudrais évoquer le
fait... Vous soulignez que la pandémie a été difficile pour les entreprises. J'en suis certain, mais elle a été
difficile pour tout le monde, elle a été difficile pour les salariés, elle a été
difficile pour les sans-emploi, elle
a été difficile pour les prestataires d'aide sociale, elle a été difficile pour
tout le monde. Alors, là-dessus, je pense qu'on est tous
au même diapason, ça a été difficile, bon.
Je suis allé
vérifier un peu d'autres positions que vous avez prises dans les dernières
semaines, soit avant ou pendant la
pandémie, par rapport à d'autres programmes sociaux. Quand il a été question de
rajouter des congés familiaux aux normes
du travail, vous étiez déposés... une position contre : Ah! ça va coûter
cher, c'est compliqué. Vous l'évoquez dans votre mémoire. Quand on fait
référence à hausser le salaire minimum, c'est toujours trop fort, c'est
toujours trop vite. Quand on fait
référence à réformer la
loi sur santé et sécurité au travail, vous reportez ça
dans le futur, ça vient trop vite, alors qu'on la réclame, cette
réforme-là, depuis des mois.
Et là, sur le
RQAP, ce que je lis : C'est trop généreux, ça va trop vite, ça va être
trop compliqué. Il y a toujours un frein au progrès social quand on lit
vos mémoires. C'est une position qui vous appartient, mais elle me surprend, surtout sur le RQAP, qui est un des programmes
sociaux les plus populaires au Québec. Il est utilisé par presque tous les
parents, et ceux qui l'utilisent l'utilisent
presque jusqu'à la dernière minute, au complet, tout le temps disponible, on
l'utilise. Alors, je suis vraiment
surpris, à quelque part, si j'ose dire, d'une certaine déconnexion par rapport
aux besoins des familles, par rapport à l'appétit des Québécois pour
pouvoir profiter de ce régime-là.
Et ce qui me surprend le plus, pour être bien
franc avec vous, c'est votre demande par rapport à la baisse de cotisations. En janvier, là, on vient d'en
appliquer une, on vient d'en appliquer une. Ce n'était pas la première, on en a
appliqué une autre en 2019. Là, c'était
6 % en janvier; 2019, 4 %; 2016, 2 %. 12 % de baisse de
cotisations en quatre ans, et vous
venez, aujourd'hui, nous en réclamer une nouvelle. C'est surprenant, alors
qu'il y a plein de choses à bonifier dans le régime. Il est loin d'être parfait. Il est très bien, cela dit, mais
il est loin d'être parfait, les gens qui vous ont précédés, ils ont fait une liste impressionnante de choses à
améliorer. Mais vous venez ici puis vous dites : Surtout, n'améliorez pas
le régime et, au contraire, continuez à baisser les cotisations. Moi, je suis
surpris de votre demande. Je me demande...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
En conclusion. Il reste 15 secondes.
M. Leduc : Y a-t-il une fin à cette gloutonnerie? Et je
constate, M. le ministre, que la stratégie d'avoir coupé la poire en deux, c'est-à-dire, on va couper un peu
les cotisations, bonifier un peu, c'est un échec, parce qu'ils viennent aussi,
aujourd'hui, nous dire qu'il faut continuer à couper. Ma question, c'est...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci.
M. Leduc : Comment on peut s'assurer que vous restez
connectés aux besoins des Québécois, M. Blackburn?
Présidente (Mme IsaBelle) : Alors, merci, c'est tout le temps que l'on disposait. Alors, nous
cédons... Merci au député d'Hochelaga-Maisonneuve. Nous cédons
maintenant la parole au troisième groupe d'opposition, avec la députée
de Joliette.
Mme Hivon :
Oui. Bonjour, merci beaucoup de votre présentation. Effectivement, je pense que
vous savez très bien que vous venez nous présenter votre point de vue,
mais qu'il y a des gens, dans d'autres groupes, qui trouvent que ce serait l'occasion d'être beaucoup plus
généreux que ce que le ministre propose dans sa réforme. Donc, je pense qu'il y a une volonté de trouver un équilibre et
puis je pense qu'on le recherche tous ensemble, mais en préservant un acquis
social extraordinaire, qui a fait énormément pour les familles du Québec et
pour, je dirais, le bien-être collectif.
Moi, je veux
vous entendre sur un point spécifique — vous l'avez abordé rapidement — c'est la question de la flexibilité du
régime. Donc, le ministre prévoit maintenant que les prestations peuvent être
prises pendant une période qui peut
aller jusqu'à 18 mois, et là j'essaie de comprendre où vous vous situez,
parce que vous dites, d'une part : Ça peut être positif, parce qu'il peut y avoir des besoins, de l'employé et de
l'employeur, d'un retour ponctuel. Par ailleurs, vous dites : Ça peut être un enjeu, un fardeau.
Donc, quelle est votre position, puis avez-vous des recommandations spécifiques
par rapport à ça?
M. Blackburn
(Karl) : Bien, d'abord, on
recherche la position d'équilibre que vous recherchez également. Et je comprends la position des autres groupes qui
sont venus présenter leur point de vue. Le Conseil du patronat du Québec n'est
pas rétrograde par rapport à ces recommandations, ou à ces discussions, ou ces
présentations qu'on fait. Au contraire, on est vraiment au coeur de
l'histoire du Québec. Mais je m'adresse à vous, tout à fait, mais je voulais
quand même répondre un peu au député
d'Hochelaga-Maisonneuve, parce que, malheureusement, je n'ai pas eu l'occasion
de répondre à ça.
Mais
l'équilibre est au niveau de la flexibilité. Parce qu'à partir du moment où,
par exemple, je remets mon chapeau d'un petit employeur qui n'a pas de
département de ressources humaines, qui travaille en fonction de certaines périodes
hautes ou certaines périodes plus basses
dans son secteur d'activité, cette flexibilité-là que permet le projet de loi
n° 51 vient, je dirais, complexifier la situation de gestion de
l'employeur. Parce qu'imaginez un employé, par exemple, qui déciderait
de reporter son congé dans une autre période, qui, pour l'entreprise, est une
période peut-être un peu plus achalandée, où
il a besoin de son personnel d'expérience. Alors, vous voyez que ce n'est pas
toujours aussi simple. Ce n'est pas
toujours du 9 à 5, du lundi au vendredi, c'est souvent plusieurs heures
variables, c'est plusieurs jours par semaine, variables. Et, dans ce
sens-là...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
En conclusion. Il reste 15 secondes.
M. Blackburn
(Karl) : ...le Québec est le paradis des familles, on souhaite que le
Québec soit aussi le paradis des entreprises.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Alors, nous... C'est tout le temps que nous disposons. Merci,
M. Blackburn, Mme Kozhaya,
pour votre contribution aux travaux.
Je voudrais juste préciser que la députée Blais, d'Abitibi-Ouest, dispose
d'un droit de vote par procuration au nom du député... M. Bélanger, d'Orford.
Alors,
écoutez, la commission suspend ses travaux jusqu'à cet après-midi après les
affaires courantes. Donc, on se retrouve à 15 h 30. Merci,
tout le monde.
(Suspension de la séance à 11 h 52)
Présidente (Mme IsaBelle) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend
ses travaux, et je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
appareils électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et les auditions
publiques sur le projet de loi
n° 51, loi visant principalement à améliorer la
flexibilité du régime d'assurance parentale afin de favoriser la conciliation
travail-famille.
après-midi, nous allons entendre trois groupes : la Fédération canadienne
de l'entreprise indépendante, la Fédération des chambres de commerce du
Québec ainsi que les Manufacturiers et exportateurs du Québec.
Alors, nous
avons... D'abord, tout de suite, je vais préciser que nous avons coupé dans le
temps de parole du ministre lors de
l'échange, la période d'échange, pour rattraper le temps que nous avons perdu
par rapport aux affaires courantes.
Alors, nous
souhaitons immédiatement la bienvenue à M. Vincent, de la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante.
Je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour votre exposé et je vous
invite à bien vous présenter avant de commencer votre exposé.
M. Vincent
(François) : Mme la
Présidente, M. le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale,
Mmes et MM. les députés membres de la
commission, je vous salue. Je me nomme François Vincent. J'ai le privilège
de représenter les petites et moyennes entreprises québécoises à
titre de
vice-président de la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, la FCEI, qui regroupe 110 000 petites et
moyennes entreprises au Canada et 24 000 au Québec.
Je vous
remercie beaucoup de nous permettre de commenter le projet de loi n° 51,
parce que les membres de la FCEI sont directement interpelés par le Régime
québécois d'assurance parentale, le RQAP. Ils le sont d'abord parce
qu'ils contribuent majoritairement au programme et parce que leurs employés y
ont recours.
Nous espérons
que le mémoire que nous avons déposé contribuera positivement à la réflexion, à
l'établissement d'un régime plus flexible adapté à la fois pour les familles,
mais pour la petite et moyenne entreprise et sans oublier adapté selon
nos moyens. Et, pour bien établir les modifications à un régime qui est financé
par les cotisations des employeurs en
majorité, il faut prendre en considération leur environnement d'affaires, et,
actuellement, Mme la Présidente, c'est très dur pour les PME.
Quand on se promène dans la rue, on peut
remarquer immédiatement que les entreprises nous accueillent à nouveau. Bon, on peut se dire : Bon, les
choses sont revenues à la normale. Eh bien, ce n'est pas le cas. Deux PME sur
trois n'ont pas retrouvé leurs revenus
normaux, deux sur trois. Elles ne sont que 46 % à avoir retrouvé leur
niveau normal de personnel. On n'a
même pas atteint la moitié des entreprises. Une PME sur cinq déclare ne pas
pouvoir réaliser ses revenus normaux
en raison de la difficulté à obtenir la main-d'oeuvre nécessaire. Puis ce n'est
pas fini, là, les PME ont cumulé,
depuis juin, une dette moyenne de 135 000 $ en raison des impacts de
la COVID-19, puis, pour 41 % pour des PME, ça va prendre plus d'un
an pour rembourser ces dettes-là.
En fait, la
situation est telle qu'on parle, selon nos évaluations, des fermetures
possibles de 18 000 PME au Québec. Pour les accompagner, les PME demandent... les demandes des PME sont
claires : 85 % mentionnent de garder les taxes et impôts à un niveau acceptable, 75 %
souhaitent que le fardeau administratif et réglementaire diminue. Avec la pole
position qu'occupe le Québec en matière de taxes sur la masse salariale puis le
coût important de la paperasserie, il n'est
pas étonnant que ce soient les deux priorités qui sont citées par les PME.
Espérons qu'elles n'auront pas de nouvelles contraintes suivant
l'adoption du projet de loi n° 51.
Parlons-en,
du projet de loi n° 51. D'abord, nous désirons remercier le ministre qui
améliore le régime pour ne pas défavoriser
le retour au travail lorsqu'une personne reçoit des prestations. Rappelons-nous
que la moitié des entreprises au
Québec comptent moins de cinq employés. Donc, pour ces dernières, perdre un
employé représente au minimum une réduction de 20 %
de sa force de production ou de création. Nous croyons donc que
l'article 41 est mieux rédigé pour permettre
de donner une option au travailleur de recevoir une certaine rémunération pour
travail rendu, ce qui répond aux besoins des entreprises et à la réalité
particulière des petites entreprises. En ce sens, nous appuyons
l'article 41. Nous demandons aux membres de la commission parlementaire de
l'adopter.
Maintenant,
je désire vous parler de l'allongement du congé, du partage et de l'octroi des
semaines supplémentaires. Prises individuellement, ces mesures peuvent paraître
intéressantes pour les employés et peut-être inoffensives pour les
employeurs, mais c'est lorsqu'on les additionne que l'équation est difficile à
appliquer pour les petites entreprises.
En effet,
trouver un remplaçant temporaire pour quelques semaines ici et là, c'est un
véritable casse-tête pour un dirigeant
de petite entreprise qui vont compenser eux-mêmes pour les départs. Il y a même
l'analyse d'impact réglementaire du projet de loi qui dit que, pour les
entreprises qui connaîtront une diminution de leur chiffre d'affaires en raison
du non-remplacement, le coût sera de 5 312 $ par entreprise
concernée. Pour l'ensemble des entreprises, on parle d'un coût de 1 500 $, selon l'analyse. Bien,
on ajoute aussi que les plus grandes entreprises pourront planifier plus
facilement les absences parce
qu'elles disposent d'un bassin plus grand pour, justement, partager le travail,
ce qui n'est pas le cas des petites entreprises.
D'ailleurs, nous portons à l'attention des
parlementaires que le fardeau administratif et réglementaire est inversement proportionnel à la grosseur de
l'entreprise. Nous posons donc la question ici : Est-ce le moment de
complexifier la vie des propriétaires d'entreprise?
Mme la
Présidente, j'aimerais maintenant vous parler de l'augmentation des semaines de
prestation de l'article 14.1, de
trois semaines supplémentaires si les parents partagent huit semaines sur le
régime particulier ou de quatre semaines si les parents se partagent 10 semaines selon le régime de base. Nous
constatons déjà qu'il y a un changement d'implication des parents. On voit aussi une participation
accrue des pères qui est visible. Avons-nous vraiment besoin de donner des
semaines supplémentaires en plus? C'est
pourquoi la FCEI demande, justement, aux parlementaires de ne pas procéder
à ces modifications. Si le gouvernement veut
vraiment, mais vraiment aller de l'avant, bien, on pourrait utiliser le nouveau
pouvoir réglementaire qui est offert au conseil de gestion pour faire des
projets pilotes, puis pouvoir évaluer plus concrètement l'impact de ces
différentes mesures et ainsi les appliquer au moment plus adapté.
Pour ce
nouveau pouvoir réglementaire, je précise, bien que, la FCEI, on ne s'y oppose
pas. Par contre, on demande que soit
ajoutée une disposition afin de garantir que l'impact financier sur les projets
pilotes sur les cotisations salariales soit
évalué et pris en compte lorsqu'ils vont être lancés et s'ils sont pérennisés.
Il faut garder en tête qu'on a un programme des plus généreux au Canada,
et que le Québec est le champion canadien des taxes sur la masse salariale.
Le conseil de
gestion avait pris une bonne direction avec les baisses de cotisations des
dernières années. Il serait triste de revenir aux années de départ là où les
cotisations ont connu des hausses successives. N'oublions pas qu'une économie
instable peut avoir comme répercussions de diminuer les rendements du fonds et
mettre de la pression sur l'augmentation des
cotisations. L'amélioration de la générosité du programme en fera tout autant.
Rappelons qu'en cas de hausse des contributions les employeurs
assumeront davantage.
Avant de
conclure, la FCEI demande aux parlementaires d'utiliser le présent projet de
loi pour établir un taux de cotisation
de 50-50 entre employeurs et employés. La FCEI comprend la volonté
gouvernementale de vouloir accompagner le
plus possible les familles. La FCEI comprend les travailleurs de vouloir des
programmes plus avantageux. La FCEI ne
comprend pas pourquoi ces derniers ne contribuent pas à leur juste part au
régime. Nous demandons aux députés de saisir
avec autant d'ardeur le dossier de partage égal de contribution qu'ils auront
pour les autres aspects présentés dans ce projet de loi. Il y a une
occasion à saisir ici de donner une plus grande légitimité à la générosité du
programme tout en réduisant le poids qui pèse sur les épaules des PME.
En conclusion... en conclusion — c'est
que je me suis perdu dans mon... excusez-moi — en conclusion, il est primordial que le gouvernement et les
parlementaires prennent en considération la situation particulière de la
COVID-19... a sur les PME dans les
décisions législatives. La FCEI n'a pas demandé un moratoire réglementaire pour
le plaisir de le faire. Les PME sont
en train de reprendre leur équilibre, évitons donc de créer un fardeau
supplémentaire. Les PME doivent reprendre leur vitesse de croisière.
Évitons de les freiner avec une augmentation de leurs cotisations salariales.
Mme la Présidente, quand j'ai appris à mon fils
à faire du vélo sans roue d'appoint, je ne l'ai pas envoyé sur une rue avec des dos-d'âne en lui demandant de
porter, dans son sac à dos, des poids et haltères de 10 livres. Disons que
ça n'aurait pas été prudent et que ça aurait créé des conditions pas propices
pour qu'il prenne sa vitesse et trouve son équilibre
pour réussir. C'est ce qu'on demande aujourd'hui, d'être prudent et de prendre
les bonnes décisions pour créer
des conditions propices pour les entreprises qui se trouvent encore au coeur de
la tempête. Merci.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci, M. Vincent, pour votre
exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre, la
parole est à vous, vous avez neuf minutes, hein, je vous rappelle qu'on a coupé
le temps. Alors, M. le ministre, vous avez neuf minutes.
M. Boulet : Oui, merci, Mme la Présidente. Dans un premier
temps, François, excellente présentation, mémoire bien préparé. Je l'ai dit souvent, j'ai énormément
d'estime pour la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante. Les PME, c'est l'épine dorsale de notre structure
industrielle, c'est elle qui crée le plus d'emplois au Québec, qui ont été,
bien sûr, affectées par la pandémie, mais
qui reprennent assez vigoureusement. Mais je sais que le niveau des opérations
n'est pas à sa pleine capacité et le niveau d'emploi n'est pas non plus à sa
pleine capacité.
Puis, le fardeau réglementaire, c'est une
préoccupation que nous partageons totalement et, juste à
titre d'information,
on m'informait, d'ailleurs... Tu sais, on se souvient que le régime québécois
découle d'une entente Canada-Québec en 2006. On a créé un régime distinct, mais on se
sert encore du relevé d'emploi qui doit être produit en vertu de la loi fédérale sur l'assurance-emploi. C'est là qu'on
cueille toutes nos informations, et il y a une entente qui permet de divulguer
l'information et qui diminue l'impact
réglementaire sur, notamment, les PME. On appelle ça une mesure d'allègement
des échanges de renseignements. Et on le
fait aussi parce que, depuis février 2019, il y a une liste d'employeurs qui
exigent de recevoir des demandes
d'informations par écrit, qui a été constituée et, depuis juin de cette
année-là, dès que tu demandes de
produire un relevé d'emploi modifié, tu peux le faire verbalement dans le
respect, évidemment, de certaines normes de conformité, mais la déclaration verbale est acceptée et suffisante
pour modifier le dossier, et ça, moi, à chaque fois que j'ai des témoignages de PME qui, souvent,
n'ont pas de département — tu
le dis souvent, François — de
ressources humaines, c'est extrêmement apprécié.
cotisations, elles ont baissé de 4 %, le 1er janvier 2019, de
6 % le 1er janvier 2020, et ça, c'est un retour dans les poches, si j'ose... si je peux dire, des
entreprises au Québec, de 131 millions de dollars. Ça fait que c'est quand
même un retour qui est intéressant et, sur la masse salariale d'un
employeur, ça représente 0,6 % de sa masse salariale, donc c'est sûr qu'il y a un coût-bénéfice, hein, pour
une PME, puis pour les entreprises du Québec. On se donne un régime, oui, qui est intéressant, d'assurance parentale,
on le fait pour la qualité de vie des
Québécois, des Québécoises pour assurer un soutien financier aux familles et aux parents, c'est éminemment
apprécié, et on devait le mettre à jour. Souvent, on me dit : Il fallait le moderniser, mais il
fallait le mettre à jour puis tenir compte des nouvelles réalités du marché du
travail.
Puis
je ne peux pas m'empêcher, François, de dire à quel point l'augmentation de
l'exemption pour les revenus concurrents,
ça va profiter aux PME parce qu'il y a plein de personnes, en contexte de
pénurie de main-d'oeuvre, qui vont retourner
travailler à temps partiel sans être pénalisées sur le calcul de leurs
prestations. C'est extrêmement avantageux. L'augmentation de la période
d'étalement pour le congé parental, d'adoption, de paternité, il faut que ce
soit fait avec le consentement de
l'employeur et, ça aussi, il y a des avantages pour les PME qui peuvent
bénéficier de la présence des personnes.
C'est
sûr qu'une personne qui est en congé parental, ça implique parfois du temps
supplémentaire, des coûts de remplacement
pour les PME, mais il y a un fardeau social que, je pense, collectivement, les
entreprises sont prêtes à assumer pour permettre à nos familles et nos
parents de bien gérer la naissance d'un enfant.
Puis,
François, maintenant, peut-être quelques questions. Dans votre rapport, vous
souhaitez qu'on analyse l'impact du régime sur le taux de natalité.
C'est quoi, ça, ce questionnement-là?
M. Vincent (François) : On se questionne sur l'impact que le régime a eu
sur le taux de natalité, et ce qu'on dit, c'est : On a le régime le plus
avantageux, mais ça n'a pas eu un impact d'être la province où le taux de
natalité a été plus élevé. Donc, on
dit : Est-ce qu'on atteint effectivement un objectif visé, et est-ce que cette générosité-là atteint
cet objectif-là?
Donc,
on a mis ça en parallèle pour dire que ça ne va pas mieux que dans le reste du Canada à cet égard-là, qui a un régime plus... moins, moins, moins favorable.
M. Boulet : Et ce n'est pas le but de ce que nous faisons.
Moi, j'ai toujours cerné les objectifs de ce que nous
faisons comme visant à améliorer la flexibilité du régime dans un contexte de conciliation
travail-famille. C'est beaucoup
dans ce contexte-là qu'on le fait. Ce
n'est pas pour avoir un impact sur le taux de natalité. C'est un fonds autonome
autogéré, il y a
des revenus puis des dépenses, François, puis le taux de natalité, dépendamment
de sa variation, ça a un impact, bien
sûr, sur la santé financière du
régime. Plus le taux de natalité est élevé, plus ça exerce de pression sur le
montant des prestations, et aussi,
par voie de conséquence, ou corollaire, sur les cotisations, mais ce n'est pas
ce que nous avions en tête. Je pense
qu'il faut trouver un bon équilibre. Puis vous savez que le taux de cotisation
va demeurer le même aussi le 1er janvier 2021.
Est-ce que
les projets pilotes... François, autre question : Est-ce qu'il y en a un, ou des, projets
pilotes découlant de l'habilitation réglementaire que nous devrons
raffiner, là? Parce que je ne veux pas non plus que le pouvoir réglementaire serve à aller au-delà de ce que la loi permet de faire, mais on
s'assurera, dans nos discussions et quand on fera l'étude
article par
article, de s'assurer que ça nous permet de le faire. Mais comme quoi... Est-ce
que vous référez à certaines bonifications que nous annonçons qui devraient
être transformées en projets pilotes?
M. Vincent (François) : La question, c'est : Qu'est-ce que vous devriez
faire comme projets pilotes? Est-ce
que c'est bien ça?
M. Vincent (François) : Bien, nous, on pense que vous devriez faire, les projets pilotes, des modifications quant aux
générosités que vous proposez dans le projet
de loi, mais, pour ça, il ne faudrait
pas que vous adoptiez ces propositions-là dans
le projet de loi. Donc, le 70 semaines, l'augmentation de quatre semaines, le partage pourraient se faire en projets pilotes pour voir réellement l'impact plus concret. Nous,
on pense que ce n'est pas le temps de le faire maintenant, puis on a trouvé peut-être une avenue pour être capable de mieux analyser
l'impact que ça peut réellement avoir sur les petites entreprises, sur
le changement de comportement des parents avec ce nouveau pouvoir là.
Maintenant,
on est contents que les cotisations diminuent. On l'a annoncé lorsque vous l'avez
annoncé et on l'a réitéré dans le
mémoire, mais on est quand même inquiets. Les revenus de placements du conseil de
gestion passent de 14 millions à 63 millions en 2023. Mais je
n'ai pas fait le calcul, mais c'est quand même une augmentation assez significative, puis on ne sent pas que ça roule extrêmement bien au niveau économique, puis on a peur qu'on revienne comme dans les années 2008, 2009, 2010, 2011,
2012, où on a connu des cotisations... des augmentations de cotisations. Donc, on est inquiets puis on voulait
vous le partager aujourd'hui.
M. Boulet : C'est pour ça qu'on fait un suivi qui est extrêmement prudent. Ce que nous faisons est teinté, d'ailleurs, de cette
prudence-là. Il y avait une provision pour s'assurer que nous avions
une marge au conseil de gestion. Il y
avait une marge de crédit qui
a été négociée avec Financement-Québec pour la... pendant la pandémie, et elle
n'a pas été utilisée du tout.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
En conclusion, M. le ministre, il reste 10 secondes.
M. Boulet :
D'accord. Qu'est-ce que vous dites à un
comptable, qui a une période active de travail pour les impôts, qui ne peut pas étaler son congé parental au-delà
de 52 semaines, et à ceux qui revendiquent que ce soit 104 semaines?
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Très bonne question, mais vous n'aurez pas le temps d'y répondre.
Alors, nous y allons immédiatement avec le porte-parole de l'opposition
officielle, avec le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Je trouve la question bonne. Vous pouvez répondre.
M. Vincent
(François) : O.K. Qu'est-ce
que je dis à un professionnel? Bien,
qu'il va pouvoir retourner dans la deuxième
partie de son congé sans
être défavorisé parce que vous avez mieux rédigé l'article, puis, donc, ça ne
sera pas, je crois, de 25 %
ou 20 % de 50 %, là. Donc,
ce n'était vraiment pas beaucoup. Donc, il va pouvoir aller contribuer à
augmenter son revenu pendant la deuxième
partie de son 52 semaines. Puis,
après 52 semaines, bien, il va pouvoir retourner au travail et contribuer
pleinement à l'entreprise.
Qu'est-ce que
je dis à ceux qui proposent 108 semaines? Ça pourrait être 252, M. le
ministre, ça pourrait être 500. On
pourrait offrir 100 % des cotisations pour les parents qui les reçoivent.
Nous, on trouve que le régime tel quel, il est bien, il est généreux,
puis les cotisations des employeurs sont déjà extrêmement élevées.
Puis je vous invite tous à aller voir à la
page... à plusieurs pages de notre mémoire, pas toutes les pages, mais, à la page 7, vous pouvez voir vraiment
comment le Québec se distingue au niveau des cotisations salariales qui sont
les taxes les plus défavorables pour
les entreprises. Puis, si on veut aussi tirer notre épingle du jeu au niveau
économique, ça pourrait être bien de
pouvoir ne pas être les premiers là-dedans. Puis, oui, tendre vers un régime
des plus généreux, mais, oui, tendre
vers un allègement fiscal dont les PME ont besoin surtout actuellement.
J'espère que je n'ai pas trop tout pris votre temps.
M. Derraji : Mais je ne voulais
pas vous arrêter, mais ce n'est pas grave.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Il reste neuf minutes, là.
M. Derraji : Droit au but. Je
sens qu'il y a quand même une inquiétude par rapport à la FCEI. Je comprends la
problématique, surtout qu'on voit que nous sommes à la porte où nous sommes
déjà dans une deuxième vague. Je comprends
le rôle de la FCEI, et vous le faites très bien, de défendre les intérêts des
PME. Je suis moi-même le premier à se lever en Chambre, à plusieurs reprises, à
demander, je dirais, de plus d'aides directes que ce soit au collègue du
ministre du Travail, donc le ministre de
l'Économie. Là, selon vous, ce n'est pas le bon moment d'aller de l'avant avec
ce projet de loi, si j'ai bien compris votre première introduction.
M. Vincent (François) : Bien,
c'est certaines dispositions du projet de loi qui vont, quand tu les
additionnes ensemble, créer une plus grande problématique. Si on allonge
sur 78 semaines, qu'on partage plus le congé, qu'on rajoute des semaines,
bien, il va avoir plus de départs pour des petites périodes qui vont être
difficiles à compenser pour les PME, puis, à ce moment-là, bien, ils
vont avoir de la misère, puis ils vont faire eux-mêmes le travail. Je pense que
c'est le deux tiers ou le trois quarts. Là,
je pourrais trouver la donnée exacte. On avait fait un sondage sur la pénurie
de main-d'oeuvre, qui disait : Qu'est-ce que vous faites quand vous manquez un travailleur? Bien, ils compensent par
eux-mêmes, là. Ils sont déjà dans le
tourbillon, puis là on va rajouter une plus grande flexibilité et générosité
dans un régime, puis nous, on ne pense pas que c'est nécessairement le
bon moment actuellement.
M. Derraji : Donc, le contexte économique, pour vous, est
défavorable. Si je rajoute la pression sur les augmentations de
cotisations au régime, donc c'est un fardeau supplémentaire pour l'ensemble des
PME?
M. Vincent (François) : Ça
pourrait. Puis, là-dessus, on offre une solution de créer un régime à parts
égales de 50-50 entre employeur et employé,
puis donc ça pourrait réduire les cotisations des employeurs puis améliorer la
générosité du programme. Bon, on a pensé : Pourquoi les
employeurs contribuent davantage? Bon, ça vient de l'assurance-emploi. Donc, logiquement, même si la FCEI demande à ce
que ça soit des parts égales aussi avec l'assurance-emploi, on peut
comprendre qu'il y a des contributions supplémentaires parce que l'employeur a
un pouvoir dans la fin d'emploi de l'employé,
puis donc il peut compenser avec une contribution supplémentaire. Mais j'ai
fait des recherches, mais je ne vois
pas en quoi l'employeur a un lien ou une implication à avoir dans la création
d'un enfant ou l'adoption d'un enfant dans
une famille, ça, c'est la responsabilité des individus, d'où le fait que ça
serait un petit peu plus logique d'aller chercher une contribution égale
entre employeur et employé.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
...le ministre voudrait intervenir. Est-ce que j'ai votre consentement?
M. Derraji :
Ah! là, vous abusez de ma gentillesse.
M. Boulet : Non, c'est parce que j'ai fait la précision ce
matin, c'est 7/12, cotisation de l'employeur, 5/12, cotisation de l'employé,
puis ça, ça a été convenu. Il y a eu une négociation de clause d'équivalence
pour que Québec offre un
régime minimalement équivalent à ce qui existe dans le reste du Canada. Et on a
fait le calcul, si c'était 50-50, il y aurait une augmentation de 20 % de
la cotisation des employés, incluant les travailleurs autonomes, et de
14 % pour les employeurs. Ça fait que ça a été calculé en tenant
compte de l'équité dans le partage.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci, M. le ministre. N'abusez pas trop.
M. Derraji :
...récupérer son temps. Non, mais... parce que c'est extrêmement
important, ce que vous avez mis sur
la table. Et, juste pour nous sensibiliser davantage, j'ai lu qu'il y a déjà
une dette 135 000 $, 41 % des entreprises, plus qu'un an nécessaire pour rembourser la dette.
Donc, je comprends le contexte actuel. Donc,
vous, vous êtes venus nous sensibiliser
qu'à court terme ce projet de loi risque d'avoir des effets — je
ne sais pas quel mot utiliser — néfastes
pour les PME.
M. Vincent
(François) : Ça peut
augmenter la complexité dans la gestion de la main-d'oeuvre. Ça peut augmenter
le temps que l'employeur va avoir à faire
pour sa productivité sans avoir de travailleur. Ça peut avoir une pression sur
l'augmentation des cotisations.
Maintenant,
il y a des bonnes mesures aussi, là, sur la flexibilité permettant aux
travailleurs d'avoir une meilleure option
pour retourner au travail. Bien, ça, ça peut répondre à une réalité
particulière de la petite entreprise, ça peut donner un choix à l'employé. Il
n'est pas obligé, là. Il n'est pas obligé, mais il ne sera pas défavorisé s'il
le fait par rapport à la contribution au régime. C'est ça qui est
intéressant, je trouve, dans la formulation de cet article-là.
Donc, oui, tu
sais, il y a des articles qui nous créent des problématiques, on les a cités
là-dessus, mais on ne veut pas nécessairement que tout le projet de loi
aille sur pause, là, que les dispositions qui font l'affaire des entreprises
puissent être adoptées.
M. Derraji : J'ai vu aussi une note qui est importante par
rapport à la masse... en fait, au nombre de taxes sur la masse salariale. Le Québec, il est toujours...
on peut dire qu'il est le champion, c'est 12,98, ce que vous avez mentionné,
sur la masse... pour un salaire de
50 000 $. Et, si on se compare par rapport aux autres provinces,
bien, il y a la Colombie-Britannique à 10,51, l'Ontario, 10,23.
Donc, pour
vous, déjà, au niveau de la compétitivité des entreprises, vous pensez que
l'ajout de ces mesures va, encore une fois, augmenter le poids sur la
taxe sur la masse salariale?
M. Vincent
(François) : Tout
dépendamment de la générosité de l'impact que ça va avoir sur le conseil de
gestion, de l'instabilité économique
sur le fonds de rendement... Mais disons que ce n'est pas en augmentant la
générosité de notre programme qu'on
crée des conditions gagnantes à diminuer les cotisations ou de ne pas créer
d'augmentation, disons-le comme ça.
Deux
éléments, bon, la pression sur les cotisations, puis on trouve que c'était une
bonne direction que le conseil de gestion avait prise en diminuant les
cotisations, puis il faut continuer dans ce sens-là pour aller chercher une
meilleure compétitivité, puis diminuer une taxe qui va vraiment faire
une différence pour une entreprise, parce qu'ils fassent de l'argent, qu'ils ne
fassent pas d'argent, ils vont payer le même montant basé sur le salaire de l'employé.
Puis l'autre
aspect à prendre en considération, c'est le fardeau administratif et
réglementaire, c'est le coût de la paperasserie, puis il n'y a pas rien,
là. À la page 15 puis à la page... à la page 15 de l'analyse d'impact
réglementaire, et, quand même, c'est marqué
clairement qu'il va y avoir de la prolongation des prestations parentales...
L'adoption pourrait fournir... de
fournir des pièces justificatives va
créer des formalités administratives. On parle, bon, de 80 $ par
employeur, par entreprise visée, mais c'est quand même une somme
supplémentaire, puis, à la page 21 aussi, on précise par rapport à
ça, donc, les formalités en tant que telles. Maintenant, ça, ces formalités-là,
si vous rajoutez le fait que... je vais juste conclure,
là... que je suis une... la moitié des entreprises ont moins de cinq employés,
que j'en perds un sporadiquement à chaque deux semaines, bien, je
ne vais pas aller remplacer quelqu'un pour un mois, là.
M. Derraji :
Dernière question, projets pilotes. J'ai entendu votre réponse. Pouvez-vous
juste être beaucoup plus clair? Parce
que je ne l'ai pas bien compris. Pour vous, la FCEI veut qu'une disposition
vienne garantir que l'impact financier des projets pilotes sur les
cotisations des employeurs soit pris en compte avant qu'ils soient lancés.
M. Vincent (François) : Oui. On
peut...
M. Derraji : Avez-vous quelque
chose à nous partager par rapport à ça? C'est quoi, l'impact sur les PME?
M. Vincent
(François) : Bien, c'est ça
qu'on veut qui soit évalué, parce que ça pourrait créer une possibilité de
faire plein de projets pilotes puis
de légitimer le fait que, ah! bien oui, c'est apprécié, ça n'a pas trop
d'impacts sur les entreprises, alors
mettons-le, là, un sur un, sur un, ça va faire en sorte que le régime va
prendre de l'ampleur. Donc, par rapport à ça, si on fait une analyse préalable, avant l'établissement d'un projet pilote,
de l'impact que ça va avoir sur le fardeau administratif, l'impact sur les futures augmentations de
cotisations, bien, ça peut donner une image un petit peu plus claire au
régulateur dans l'établissement des projets
pilotes puis ne pas devenir un véhicule pour augmenter le fardeau administratif
et réglementaire des entreprises.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
En conclusion. Il reste 30 secondes.
M. Derraji :
Oui. Parlons des propriétaires de PME utilisateurs de ce service. Avez-vous des
pourcentages à nous partager?
M. Vincent
(François) : J'ai vu que,
les travailleurs autonomes, c'était très faible. Je pense que c'était en bas de...
C'était vraiment faible. Je ne veux pas dire
n'importe quel pourcentage, mais sur... Il y a un rapport des utilisateurs du
service qui a été fait en 2019 qui est sur
le site du conseil de gestion, puis qui donne une tarte de la participation.
Mais c'est...
M. Vincent (François) : Ce
n'est pas les travailleurs autonomes qui bénéficient en majorité du RQAP, non.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Merci pour l'échange. Merci au député de Nelligan. Nous cédons maintenant
la parole au porte-parole du deuxième
groupe d'opposition, avec le député
d'Hochelaga-Maisonneuve. Vous disposez de
2 min 40 s.
M. Leduc : Je vais essayer d'être plus discipliné que ce
matin, Mme la Présidente. Bonjour, M. Vincent. Bienvenue à
l'Assemblée.
J'avoue que
je suis assez subjugué par votre référence au taux de natalité, parce que c'est
quand même un vieux débat, d'associer le RQAP à des politiques
natalistes. C'est un terme qu'on n'utilise plus ou à peu près plus depuis au moins 20, 25 années dans les politiques
publiques. On dit plutôt politiques familiales. Moi, personnellement, je trouve
que le RQAP, c'est une politique féministe. Ça vise à donner un bien-être à la
femme, à la famille, au père aussi, bien sûr, puis à maintenir un lien d'emploi, parce qu'autrement, dans la culture entrepreneuriale du passé, ça existe encore
malheureusement. Combien de femmes
ont perdu leur emploi? Ma propre mère a perdu son emploi parce qu'elle est
tombée enceinte. Combien de femmes se
font demand