Culture and Education — 22 September 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2021-09-22
Quebec — Committees
L'État doit être exemplaire en matière
linguistique. Il est important de mettre fin à la pratique du bilinguisme
institutionnel, et on doit garantir le droit de travailler en français au sein
de l'État québécois. D'ailleurs, la FTQ tient à saluer la décision récente du
gouvernement du Québec d'appliquer l'article 1 du projet de loi n° 104
prévoyant que l'État québécois s'adresse en français aux personnes morales sur
son territoire.
Nous sommes aussi heureux de constater la
volonté assumée du gouvernement du Québec de jouer un rôle primordial dans la
coordination de l'utilisation et de la promotion du français dans
l'administration publique. Nous soutenons
ainsi l'idée que les organismes de l'administration doivent rendre compte du
nombre de postes pour lesquels ils exigent la connaissance d'une autre
langue que le français ou lorsque cette connaissance est souhaitée. Évidemment,
pour nous, l'État doit donner l'exemple.
Les municipalités font, elles aussi,
partie de
l'administration publique, elles doivent travailler à définir le Québec
francophone. Il importe donc de trouver un équilibre entre l'offre de services
à ses citoyens et citoyennes et la vitalité
du français au Québec. Alors, nous croyons que le gouvernement du Québec
devrait agir de façon plus concrète afin
que le statut des municipalités bilingues soit modifié. Nous croyons aussi que
la création de comités de francisation paritaires dans les municipalités
comptant plus de 50 employés est plus que jamais nécessaire. Les employés
des municipalités doivent aussi pouvoir s'impliquer dans la francisation de
leurs milieux de travail.
Nous croyons aussi que les milieux de la santé
et d'éducation postsecondaire devraient être encore plus actifs dans le
processus de francisation de l'État. Nous demandons de créer des comités de
francisation paritaires dans les milieux collégiaux et universitaires, et
également pour le secteur... le réseau de la santé.
salue la création d'un poste de Commissaire à la langue française, qui va
relever directement de l'Assemblée nationale, tout comme la création
d'un ministère de la Langue française qui, pour nous, viendra jouer un rôle
extrêmement important et stratégique dans la gouvernance linguistique de
l'État.
Quant à l'Office québécois de la langue
française, nous croyons à son rôle primordial. On a toujours collaboré avec
l'office à la réussite de la francisation des milieux de travail, et nous
continuerons à le faire. On croit que l'office
doit être financé adéquatement pour assurer sa mission. Un investissement
supplémentaire sera donc nécessaire pour assurer la gestion des
programmes et la certification en francisation des entreprises de 25 à
49 employés. Et on se réjouit aussi de la proposition à l'effet que l'OQLF
soit appelé à fournir des services de formation et de soutien aux membres des
comités de francisation. C'est une mesure importante pour nous.
De même, nous soutenons le fait que l'Office
québécois de la langue française puisse jouer un rôle plus déterminant dans l'application et le respect
des dispositions de la Charte de la
langue française, dont celui
d'ordonner à tout auteur d'un manquement à une disposition de la charte ou à
l'un de ses règlements de cesser de contrevenir à cette disposition
sur-le-champ.
Les milieux de travail demeurent assurément des
endroits privilégiés pour assurer le visage français du Québec auprès de la population.
À cet égard, une des mesures les plus importantes annoncées par le gouvernement
est sans aucun doute l'application de la loi aux entreprises de 25 à
49 employés. C'est une revendication qui est historique pour la FTQ. On le demande depuis toujours.
Travailler en français, c'est non seulement un droit, mais
aussi c'est un élément supplémentaire pour garantir la sécurité des lieux de
travail. On peut affirmer que des accidents de travail auraient pu être évités
si des manuels avaient été écrits en français.
Pour la FTQ, le travail des comités de francisation
dans les entreprises est un apport positif, concret dans la mise en place de
réels milieux de travail francophones. La décision de confier aux comités de francisation
la responsabilité du programme de francisation et du maintien de la
généralisation du français dans l'entreprise est vue très positivement par la
FTQ.
Nous soutenons aussi l'idée que le comité de
francisation pourra donner son avis sur le fait que l'employeur exige une autre
langue que le français au travail. Toutefois, on croit qu'il faudra envisager à
court terme d'aller plus loin que de simplement donner son avis à ce propos.
Bien que le projet de loi permette à l'office de créer un comité de
francisation dans une entreprise de 100 employés et moins, nous croyons
qu'il aurait été préférable d'obliger les entreprises de 50 employés et
plus à former un comité paritaire.
Selon le projet de loi, les employeurs devront
prendre tous les moyens raisonnables avant d'exiger la connaissance d'une autre
langue. Actuellement, il y a trop d'entreprises qui exigent le bilinguisme d'une
grande
partie de leurs employés sans avoir à faire la véritable démonstration
claire du caractère nécessaire de cette exigence, et l'application stricte de
cette disposition législative sera nécessaire. Le gouvernement devra agir avec
conviction à ce propos.
Il va de soi que la FTQ appuie sans réserve les
objectifs de garantir un réel visage commercial en français au Québec en
renforçant la nette prédominance du français et en protégeant le droit du
consommateur québécois d'être informé et servi en français. C'est notamment
dans le commerce électronique qu'on croit que les efforts devront être
consentis au cours des prochaines années.
Et, tout comme la majorité des observateurs de
la société québécoise, la FTQ est préoccupée par l'augmentation fulgurante du
nombre d'étudiants francophones et allophones qui fréquentent les cégeps
publics anglophones. Il faut une action gouvernementale plus proactive pour
contrer cette tendance. Nous ne demandons pas, pour le moment, l'application de la loi 101 dans le réseau
collégial. Nous croyons cependant que l'État québécois doit se fixer des objectifs à court, moyen terme afin que
les pourcentages de fréquentation des cégeps anglophones et francophones
soient proportionnels ou reflètent la proportion des populations du Québec.
Depuis une quarantaine d'années, le système d'enseignement
a permis avec succès l'accueil et l'intégration dans la société québécoise de
milliers d'enfants de la loi 101. Ce n'est malheureusement pas le cas pour
les nouveaux Québécois adultes qui peinent souvent à compléter leur processus
de francisation. Rappelons qu'au Québec c'est plus de cinq personnes
immigrantes sur 10, donc la moitié, qui se tournent vers l'anglais plutôt que
vers la langue de la majorité, alors que la proportion d'Anglo-Québécois natifs
se situe autour de 10 %.
La création par ce projet de loi de l'unité
administrative Francisation Québec devra rapidement être couronnée de succès.
On croit, à la FTQ, que le processus de francisation doit notamment s'opérer
dans les milieux de travail. Pour l'adulte
apprenant, le milieu de travail est
le second milieu de vie après la cellule familiale. Finalement, nous croyons que les travailleurs et travailleuses
temporaires de tous les secteurs d'activité devraient avoir accès à des cours de francisation. Améliorer le visage du
français au Québec doit se traduire dans le droit à l'accès à la justice en
français.
Bien qu'imparfait, le projet de loi n° 96 insuffle l'espoir d'une avancée pour le dossier de la
langue française au Québec. On assure le gouvernement de notre collaboration
dans l'effort collectif important qui doit être alloué à la promotion du
français dans les prochaines années. On salue d'ailleurs l'idée d'élever la
Charte de la langue française au rang de loi fondamentale. Et en ce qui
concerne les entreprises québécoises de juridiction fédérale, la position de la
FTQ est sans équivoque, tout comme le gouvernement du Québec, nous croyons qu'il
lui revient de légiférer en cette matière et qu'il revient à l'Office québécois
de la langue française d'assurer la réalisation de la francisation des
entreprises de juridiction fédérale au Québec.
Et je vais conclure, Mme la Présidente, en une
seule phrase : Le projet de loi remet enfin, enfin la question de la
langue française au coeur de l'actualité politique québécoise, et, à la FTQ,
nous nous en réjouissons. Et cela dit, notre slogan de la campagne FTQ de la
promotion du français en entreprise : En français, merci .
Des voix : Ha,
ha, ha!
M. Bolduc (Denis) :
En français, merci .
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci pour votre présentation. Les quelques secondes supplémentaires que vous avez prises seront retranchées sur le
temps du ministre, qui les a offertes gracieusement. Donc, M. le ministre, vous avez
15 minutes 58 secondes pour faire... pour débuter vos échanges
avec les gens de la FTQ.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme
la Présidente. M. Bolduc, M. Grondin, merci d'être présents, aujourd'hui,
en commission
parlementaire. Je tiens, tout d'abord, à vous féliciter pour la qualité de
votre mémoire, la FTQ, et je crois que
ça s'inscrit également dans le travail, dans l'oeuvre de Fernand Daoust,
aussi, qui a été longtemps à la FTQ
et qui a permis, et je crois que la
FTQ l'a toujours réalisé, l'importance pour les travailleurs, travailleuses québécois de pouvoir travailler dans leur langue, de pouvoir
travailler en français au Québec, et je pense que votre mémoire s'inscrit dans cette lignée-là, et je tiens à vous féliciter pour
la qualité du mémoire et aussi pour votre cohérence, aussi, au fil des
années dans votre combat pour la défense de la langue française au Québec, et
je tiens à le souligner fortement parce que je pense que ça demande beaucoup de
courage, aussi, de la part de votre organisation.
M. Bolduc (Denis) :
Merci.
M. Jolin-Barrette : Je voudrais
qu'on parle notamment du bilinguisme institutionnel, parce que, de plus en plus
au sein de l'État québécois, au sein de la société québécoise, il y a une forme
de bilinguisme institutionnel. Comment vous voyez ça par rapport à la défense
du français, le fait que la société québécoise se soit bilinguisée et que même
l'État québécois soit de plus en plus bilingue institutionnellement?
M. Bolduc (Denis) :
Que la société québécoise soit bilingue institutionnellement?
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, c'est surtout ce que l'on a constaté, c'est qu'au sein de l'appareil
public, il y a un bilinguisme systématique.
Donc, quel est le danger de ça, du bilinguisme systématique, au sein de nos
institutions?
M. Bolduc (Denis) :
Bien, je dirais que, peut-être le mot est un peu fort, là, mais militer pour le
bilinguisme, à Montréal ou au Québec, c'est militer pour la mort du français.
Alors, je pense que c'est un peu... Je ne veux pas exagérer, là, mais dans mes mots, là, mais il faut que l'État québécois
prenne soin de la langue française. C'est ce qu'on voit dans le projet
de loi. L'application de l'article 1, je l'ai dit en introduction,
récemment, par le gouvernement, qui tardait, depuis longtemps... on le salue
parce qu'on croit vraiment que l'État québécois doit agir dans ce sens-là. Ça prend un État francophone. Un État francophone, en
Amérique du Nord, on est le seul, et donc on ne doit pas être gêné de
faire la promotion du français puis on doit donner l'exemple, et pour nous ça
va au-delà... Vous le voyez dans le mémoire, ça va au-delà du gouvernement,
c'est, par exemple... pour les municipalités, il y a un certain exemple à
donner également.
M. Jolin-Barrette : O.K. Donc, vous êtes en accord avec le fait que, dans
le cadre du projet de loi, on impose la politique linguistique
également aux municipalités, parce que l'on considère que les municipalités
font
partie de l'État québécois, et que cette politique linguistique là,
également, doit couvrir l'ensemble des travailleurs québécois, mais également
les services qui sont donnés à la population.
M. Bolduc (Denis) : Tout à fait.
M. Jolin-Barrette : O.K. Sur la
question de l'embauche, hier, le SCFP est venu nous dire qu'il y avait des situations
qui dégénéraient. Là, on vient resserrer l'article 46 de la Charte de la
langue française. Selon votre expérience, là, avec les milliers de travailleurs
que vous représentez, là, quel est le portrait de la situation, là, sur le marché
du travail relativement à l'exigence d'une autre langue que le français à
l'embauche, ou pour la promotion, ou pour les mutations?
M. Bolduc (Denis) :
Moi, je constate que c'est facile, c'est trop facile actuellement pour une entreprise
de prétendre qu'elle a besoin, que c'est nécessaire qu'une certaine proportion
des employés parlent anglais. On a vu des dossiers où l'entreprise prétend que
100 % du personnel doit parler français, ou même 80 %, 90 %. On
en voit passer beaucoup.
M. Jolin-Barrette : Doit parler
anglais.
M. Bolduc (Denis) :
De parler anglais, oui, je m'excuse. Et donc c'est, pour moi, pour nous, la
FTQ, c'est exagéré, c'est vraiment exagéré.
Dans le projet de loi, on voit qu'il y aura l'obligation pour les entreprises
de démontrer cette nécessité d'exiger des postes bilingues d'une autre
langue que le français. C'est une bonne chose. Dans l'application, il faudra
qu'il y ait des dents là-dessus, là, qu'on ait un pouvoir de... Il faudra que
l'entreprise en fasse la démonstration clairement, et qu'on soit en mesure de
dire... bien là, de contester finalement les demandes de l'employeur.
Parce que j'ai trop vu de dossiers, par exemple des entreprises, dans la
dernière année, l'institut des sports du
Québec, l'institut des sports du Québec qui demande pratiquement à 100 %
de son personnel d'être bilingue ou encore
la Cinémathèque québécoise, je crois que le taux d'exigence du bilinguisme à
l'emploi est autour de 80 %. Alors, pour la Cinémathèque québécoise, ça fait sursauter, des chiffres comme
ça. Il faut vraiment resserrer la vis de ce côté-là.
M. Jolin-Barrette :
Et on aura sûrement l'argument, au cours des prochains jours, là, par les
groupes qui vont venir nous rencontrer ici, sûrement, puis c'est ce qu'on
entend, il ne faut pas imposer un fardeau trop élevé, notamment, pour la
question de dire : Bien, j'ai besoin d'employés qui maîtrisent une autre
langue que le français. Qu'est-ce que vous répondez à ces commentaires-là qu'on
va recevoir au cours des prochains jours pour dire : Vous complexifiez les
choses avec l'article 46?
M. Bolduc
(Denis) : Ah! c'est bien trop facile de dire : Parce que
j'ai un client à l'extérieur du Québec qui est anglophone, bien, mon personnel
doit parler anglais. Pour moi, là, c'est exagéré de prétendre ça.
On a, par exemple,
dans plusieurs villes du Québec, parce qu'il y a une clientèle anglophone avec
laquelle les employés de la ville doivent faire affaire, doivent répondre,
bien, on se retrouve avec des taux d'exigence de bilinguisme autour de
80 %. C'est le cas, récemment, là, à Saint-Lambert sur la Rive-Sud de
Montréal. Sur un quart de travail... dans
une ville francophone, sur un quart de travail, qu'il y ait une personne ou
deux qui parle anglais, qui peut prendre la relève quand il y a un appel
d'un citoyen en anglais, qui ne peut pas s'exprimer en français, ça peut aller.
Mais, demander que l'ensemble des employés
qui sont susceptibles d'avoir des contacts à l'extérieur avec des
citoyens qui ne parlent pas français ou parlent uniquement anglais, que cette
exigence-là devienne quasiment la norme, pour nous, c'est exagéré. Alors, moi,
cet argument-là, je ne l'achète pas.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Sur la question de l'application de la Charte de la langue française aux
entreprises de juridiction fédérale, je comprends de votre mémoire que vous
êtes en accord avec le projet de loi pour faire en sorte que ça soit la Charte
de la langue française qui s'applique, et non pas la
Loi sur les langues
officielles du fédéral qui vienne empiéter sur les champs de compétence du
Québec.
M. Bolduc
(Denis) : Oui. On l'a dit, d'ailleurs... je l'ai dit,
d'ailleurs, dans des rencontres assez récentes avec le gouvernement fédéral. On
croit que c'est l'Office québécois de la langue française qui devrait gérer la
langue sur le territoire québécois.
M. Jolin-Barrette : O.K. Parlant de l'OQLF, il y a un nouveau pouvoir
d'ordonnance pour l'OQLF à l'intérieur du projet de loi. Qu'est-ce que
vous en pensez, de ce pouvoir-là qu'on confie à l'OQLF? Et je vous écoute.
M. Bolduc
(Denis) : Bien, ce que j'en comprends, c'est que l'ordonnance
va venir remplacer la mise en demeure, là, dans le processus actuel,
administratif. Donc, avec le projet de loi, il y a un préavis d'une quinzaine
de jours, là, qui est prévu avant d'émettre l'ordonnance. Il y a un processus
aussi de contestation qui est prévu. Mais moi,
je pense que ça va raccourcir le processus administratif, là. On va entrer dans le processus légal plus
rapidement, puis ça va éviter que certaines entités, certaines entreprises
étirent le processus, là. On a vu beaucoup de dossiers qui ont pris
10 ans, 20 ans à se régler, là. Le cas de la ville de Montréal en est
un bel exemple, là, vraiment, là.
M. Jolin-Barrette :
Ça a traîné durant des années avant qu'ils puissent obtenir leur certificat de
francisation notamment.
M. Bolduc
(Denis) : Oui, oui.
M. Jolin-Barrette :
Effectivement. Sur la question des municipalités bilingues, je souhaiterais
vous entendre d'une façon un peu plus détaillée, parce que, dans le fond, dans le
projet de loi, ce qu'on fait, c'est que les municipalités qui n'ont plus le
critère de 50 % perdront leur statut par l'effet de la loi, sous réserve
de l'adoption d'une résolution du conseil municipal.
Qu'est-ce que votre
organisation pense de cela?
M. Bolduc
(Denis) : Ah! bien, pour plusieurs, hein... pour plusieurs
organisations, la barre devrait être à 50 %, là. Si tu n'as pas 50 %
de population anglophone, bien, tu ne devrais pas pouvoir être une ligne...
déclarée comme étant une municipalité bilingue. Nous, on place la barre un peu
plus basse, là, à 40 %. Il y a une certaine tolérance, là, dans cette proposition-là. Puis on dit également qu'à un
certain niveau — puis là
on a eu des discussions pour
déterminer est-ce que c'est 10 %, 15 % ou 20 %, là — mais on dit : Bien, ce sera aux
décideurs... aux législateurs à décider, mais qu'à un certain niveau,
là, l'obligation de fournir des services en anglais, là, pourrait disparaître,
M. Jolin-Barrette :
O.K. Je vais céder la parole à mes collègues. Je crois que le député de
Saint-Jean et le député de Chapleau souhaitent intervenir. Mais je vous
remercie pour votre passage en commission parlementaire.
M. Bolduc
(Denis) : Merci, M. le ministre.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. Donc, je vais céder la parole
au député de Chapleau. Il reste 6 min 10 s.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui, merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci beaucoup,
MM. Bolduc, Grondin, d'être ici avec nous, votre présentation.
Vous avez parlé de façon assez positive des
mesures et des ressources qui sont ajoutées, là, à l'Office québécois de la
langue française, puis vous avez parlé notamment de soutien, de formation aux
membres des comités de francisation.
J'aimerais peut-être vous m'expliquiez un peu
qu'est-ce que vous faites actuellement avec... bon, qu'est-ce qui se passe dans
les comités puis qu'est-ce que ça va permettre de faire, ces ajouts-là de
mesures et de ressources avec les comités de francisation.
M. Bolduc
(Denis) : Si vous me permettez, Mme la Présidente, Gilles, mon
collègue, travaille en étroite collaboration avec les comités de francisation
au Québec. Je pense qu'il peut donner quand même pas mal de détails.
M. Grondin (Gilles) : Ce qui
est intéressant, dans le dépôt du projet de loi, c'est l'offre de soutien aux
comités de francisation qui va être donnée par l'office québécois, notamment en
formation. Il y a beaucoup... Nous, on en
donne, de la formation, mais on est... Les groupes syndicaux donnent... mais
les employeurs n'en reçoivent même pas de formation. Il y a très peu
d'offres de formation. Donc, l'office va permettre justement de donner une
certaine professionnalisation aux comités de francisation — on en
est très content — par
toutes sortes de petites mesures qui sont annoncées dans le projet de loi.
Donc, pour nous, ça va être extrêmement positif parce qu'on considère qu'il y a
là un enjeu de taille pour la francisation des milieux de travail.
M. Lévesque (Chapleau) : O.K.
Est-ce que vous faites le lien également, que vous avez fait initialement, avec
certaines personnes immigrantes qui se retrouvent en emploi, puis vous venez
appuyer, puis vous accompagnez, justement, pour l'apprentissage de la langue
française dans ce...
M. Grondin (Gilles) : Bien, ça
permettrait, je pense... Ce qui serait intéressant, c'est que les comités de
francisation puissent traiter de la francisation des personnes immigrantes
aussi, donc l'offre de cours en francisation sur les lieux de travail, etc. Les
comités de francisation sont plus timides à ce propos, mais je pense qu'il
faudrait qu'ils soient soutenus pour qu'elles-mêmes... pour que ces milieux-là
prennent conscience de leur rôle en matière de francisation parce que, comme on
le mentionnait, le milieu de travail est le deuxième milieu de vie des
personnes immigrantes. Donc, les comités de
francisation pourraient être un lieu d'échange intéressant pour aider à
l'intégration et à la francisation.
M. Lévesque (Chapleau) :
Effectivement, je pense qu'il y a une volonté très forte dans le projet de loi
à ce niveau-là. Pensez-vous que les mesures vont être suffisantes ou vous
proposeriez d'autres éléments supplémentaires?
M. Grondin (Gilles) : Ah! ça,
c'est mystère et boule de gomme, mais...
M. Lévesque (Chapleau) : O.K.
Non, mais votre expérience peut être... il y a-tu des éléments qui seraient
pertinents, que vous dites : Bon, bien, ça, ça prendrait telle mesure,
telle mesure, pour que ça fonctionne?
M. Grondin (Gilles) : Moi, je
pense qu'en partant, plus qu'on parle de français, mieux c'est, plus qu'il y a
de lieux d'échange puis plus qu'on va comprendre l'importance du français,
notamment pour la santé et sécurité au travail aussi, donc ça va aider, et on
va prendre... Donc, tout lieu, tout ajout va être important, là. Il n'y a pas
rien de précis plus que ça.
M. Lévesque (Chapleau) : O.K.
Une petite dernière question, là. Vous avez parlé des entreprises avec
25 à 49 employés puis dont vous trouvez que c'est une bonne mesure
que ça vienne s'appliquer. Quels étaient les enjeux problématiques que vous
voyiez, avec ces entreprises-là, actuellement, sans appliquer?
M. Grondin (Gilles) : Bien,
c'est parce qu'on parle très peu de questions de travail en français dans ces
entreprises-là. C'est une revendication de longue date, qu'on puisse traiter
des...
M. Grondin (Gilles) : Voyons,
pourtant, j'ai bien fermé ça. Il faut que je change mon auto de côté, à
Montréal, parce qu'il y a le nettoyage.
Et donc, ça va être, justement, de permettre,
justement, la discussion dans ces petits milieux de travail là, la discussion
de la place du français, tout comme on croit que les comités de francisation,
on l'a mentionné un petit peu tantôt, devraient être créés à partir de
50 employés et non pas de 100 employés, là.
M. Lévesque
(Chapleau) : D'accord. Merci
beaucoup. Moi, ça complète. Je crois que le député de Saint-Jean pourrait avoir des questions,
Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Thériault) : Absolument. M. le député de Saint-Jean,
2 min 45 s à votre disposition.
M. Lemieux : Merci, Mme la
Présidente. Messieurs, bien le bonjour. M. Bolduc, je partage avec vous
votre nouveau slogan, enfin, et je note votre espoir d'une avancée, une avancée
qui est, dans les circonstances, je pense, équilibrée,
et je vous amener dans les cégeps pour parler de cet équilibre-là. Je crois
comprendre que les tests en français vous
font plaisir et qu'en même temps vous êtes un petit peu, dans le fond, comme le
projet de loi, en train de chercher l'équilibre dans comment gérer les cégeps, parce
que vous n'êtes pas nécessairement de l'opinion que ça prend
l'imposition de la loi dans les cégeps. Vous
avez une position, je ne sais pas s'il faut dire consensuelle, avec le
gouvernement, mais vous êtes pas mal... on est pas mal proche, en tout
cas, là.
M. Bolduc (Denis) :
Bien, en fait, il y a un étudiant sur deux, hein, sur l'île de Montréal, qui
s'inscrit dans un programme préuniversitaire en anglais, alors c'est beaucoup,
c'est vraiment beaucoup. Il y a... on note... Je dirais, là, que, dans le projet
de loi, on trouve que le processus... En tout cas, c'est certain, ce qu'on
voit, là, dans le projet de loi, il y a un processus qui est mis en place pour
stopper, finalement, l'augmentation. Ça, je pense qu'on le voit. Maintenant, à
long terme ou à moyen terme, on voit mal, dans le projet de loi, comment on va
réduire... En tout cas, je pense qu'on va
réduire le nombre d'inscriptions en anglais, mais sur un long terme, puis
petit... à petite dose d'année en année. C'est la lecture qu'on en fait,
et on aimerait que le processus soit un petit peu plus corsé pour qu'on aille
plus vite dans ce sens-là.
M. Lemieux : Je suis d'accord
avec vous. Proportionnalité, contingentement, on verra comment ça... en tout
cas, l'ouverture est là.
Une dernière question rapide, le ministre vous a
félicités sur votre mémoire, et pas seulement parce que vous étiez d'accord
avec lui pas mal, mais parce qu'il est très fouillé. Il y a
47 recommandations et presque autant de pages.
Je vous amène à la recommandation n° 19, qui a piqué ma curiosité, en quelques
secondes, parce que la présidente me regarde avec des gros yeux. C'est
au sujet de l'OQLF, qui aurait le pouvoir, s'il y a lieu, d'une analyse de la
situation linguistique dans les entreprises de moins de 25 personnes
employées. Expliquez-moi ça.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Lemieux : Oups! Excusez.
M. Grondin (Gilles) : Et en
15 secondes. Maintenant, écoutez, oui, je pense qu'il y a aussi dans les
toutes, toutes petites entreprises des contraintes qui pourraient être imposées
et qui devraient être mesurées par l'office, dans ce sens-là qu'on amène la
recommandation, pour s'assurer que ces milieux-là aussi soient en français, là.
M. Lemieux : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, nous allons aller maintenant du côté de l'opposition officielle.
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, vous avez 11 minutes.
Mme David : Ah! oui, oui, je
voulais partir mon truc, en plus, parce que je suis toujours... Bon.
Alors, merci beaucoup, MM. Bolduc, Grondin,
merci. Je vous l'ai dit tout à l'heure, je le redis publiquement,
effectivement, long mémoire, pas mal d'accord avec le projet de loi, je dirais,
donc beaucoup de recommandations reprennent les propositions du projet de loi,
mais il y a quand même des choses qui vous inquiètent. Il y a quelques trucs qui vous inquiètent, entre autres, vous
dites : Savez-vous combien ça va faire d'entreprises de plus? Vous
chiffrez, c'est 20 000 entreprises
de plus de 25 à 49 employés. Et vous vous inquiétez, vous dites :
Est-ce que l'OQLF — là,
la recommandation n° 14 — l'OQLF va-t-elle avoir des ressources pour
ouvrir 20 000 dossiers de plus, parce que c'est ça que ça veut dire, pour certifier des entreprises?
Ça, ça vous inquiète beaucoup. Je vais vouloir vous entendre là-dessus.
Puis, en même temps, page 20, donc deux
pages après, vous dites : Oui, on est pressés, ça fait 45 ans qu'on
attend, pourquoi encore attendre trois ans? Pourquoi le ministre donne trois
ans pour implanter, donc, les mesures puis pour rendre ça, là, légalement
obligatoire, et tout ça? Alors, en même temps, vous dites : Attention! Là,
l'OQLF est mieux d'être équipé pour rendre les services, sinon ça va être
épouvantable. Puis, en même temps, vous dites : On est tellement pressés
qu'on est impatients, puis trois ans, c'est long.
M. Bolduc (Denis) :
Oui, effectivement. D'abord, sur votre première remarque, c'est vrai qu'on
souligne beaucoup de points positifs, dans notre mémoire, concernant le projet
de loi. C'est quand même assez rare, là... un ton
semblable, là, dans nos mémoires, à la FTQ, mais, vraiment,
la question du français, je le disais en introduction, ça fait
50 ans qu'on pousse sur cette question-là, puis, depuis plusieurs années,
on n'en parlait plus publiquement, puis là on en parle, puis il y a quelque
chose de concret qui est sur la table. Dans ce sens-là, ça nous réjouit beaucoup.
Pour... Effectivement, c'est le chiffre qu'on a,
20 000 entreprises et plus. On voit mal, avec les budgets actuels...
puis même s'il y a des sommes qui ont été injectées, des sommes supplémentaires
qui ont été injectées, qui ont été accordées à l'Office québécois de la langue
française, pour mieux rendre sa mission, récemment, bien, on pense qu'il va...
ça va être nécessaire d'en donner davantage. Et il y a un processus, peut-être,
d'embauche aussi qui sera nécessaire, là, parce que ça fait beaucoup de
dossiers supplémentaires.
Puis
en même temps, on a cette impatience-là, vous avez raison de le souligner, on a
cette impatience-là, là, qu'enfin, enfin on agisse. Alors, on comprend un peu
le délai, le délai qui est indiqué, de trois ans, mais ce serait le fun qu'il y
ait un effort de voir pour le rétrécir le plus possible. Est-ce que c'est
possible de faire ça en un an et demi, deux
ans, plutôt que trois ans? Bien, c'est un peu dans ce sens-là
qu'on l'écrit, parce qu'on est conscients, là, qu'il y a quand même un défi là, là.
Mme David :
Oui. Oui, gros défi, gros, gros, gros défi, effectivement. Vous êtes vraiment
les... Vous avez mis les mains à la pâte, là, puis on sent que vous y êtes vraiment,
probablement, M. Grondin, beaucoup, là, dans la question de la francisation,
et puis vous êtes vraiment sur le terrain. Et vous dites quelque chose qui
retient mon attention, qu'on soupçonne, mais qu'on... Vous le dites clairement
à la page 28, là, et à la page 22, vous dites : ce n'est pas suffisamment
pris au sérieux, dans les entreprises, ce qu'on appelle les comités de francisation.
Ça, vous le dites, clairement.
Et vous dites... Et
j'imagine tellement... Quand on a travaillé dans des milieux institutionnels ou
des entreprises, on... Ah! bien, il faut des réunions, mais, tu sais, on fait
la réunion, puis ce n'est pas vraiment important, puis, etc. C'est comme la connaissance des politiques linguistiques.
Beaucoup d'employés, même au gouvernement, n'ont aucune idée que les
politiques linguistiques existent, dans les universités où j'ai été non plus,
donc. Et vous dites... vous saluez, donc, qu'il y ait plus de... Bien, deux
fois par année, ce n'est pas très, très exigeant. Vous
allez même, vous, jusqu'à trois fois par année, vous dites : Aux
quatre mois, là, ce serait mieux. Mais parlez-moi de ce que vous trouvez n'être
pas pris au sérieux, les comités de francisation.
M. Grondin
(Gilles) : Bien, effectivement, je pense que, trop souvent, on va
dire : Bon, bien, il nous faut deux personnes, là, regarde, toi puis toi,
tu y vas, puis tu t'en vas sur le comité de francisation, puis toi, du côté
patronal aussi, puis vas-y, on te choisit. Il y a un enjeu de taille, au niveau
des comités de francisation, c'est, notamment, évidemment
de s'assurer de la santé, et de la
sécurité, et d'autres choses. Et, oui, ce n'est pas nécessairement pris
au sérieux, c'est vrai. On ne peut pas dire que les syndicats le prennent complètement
au sérieux non plus, là. Eux autres aussi, parfois, il peut arriver... Mais
c'est en la rendant plus attrayante, plus professionnelle, en offrant du
soutien, de la formation, comme on dit, que l'office pourrait donner, que ça va
rendre les enjeux beaucoup plus pertinents, comme on peut trouver en santé et
sécurité au travail, par exemple, avec les comités de santé et sécurité au travail
dans les entreprises. Nous, c'est un peu notre défi, notre objectif, c'est de
le prendre aussi au sérieux qu'en santé et sécurité au travail, là.
Mme David :
...c'est intéressant. Vous y allez, page 28, d'une suggestion assez
audacieuse. Je ne suis pas sûre que les
patrons vont aimer ça beaucoup. Alors, vous voulez associer les comités de
francisation dans la définition des postes de travail où l'exigence
d'une autre langue que le français est demandée. Avez-vous l'impression que
vous allez avoir une réception positive des employeurs?
M. Grondin
(Gilles) : On pensait que oui, jusqu'à présent, là, mais là vous me
mettez un doute. Non, effectivement, on sait bien qu'on va évoquer le droit de
gérance, on va évoquer un paquet de choses, mais il y a toujours possibilité de
rêver et d'espérer que l'ensemble de la société québécoise, incluant les
employeurs, prenne au sérieux la question de la francisation. Vous savez, des
fois, on a des... Je furetais, à un moment donné, sur un site d'une entreprise,
puis ils cherchaient un gardien de nuit en Mauricie, dans une grosse compagnie,
puis ils exigeaient le bilinguisme. À un moment donné, je pense qu'il faut être
sérieux, là, tu sais. Je ne pense pas qu'un gardien de nuit, en Mauricie, a
besoin d'être bilingue pour exécuter son travail, tu sais.
Donc, je pense que
c'est un appel à ce que tout le monde prenne conscience que l'enjeu de la
langue est important au Québec, là.
Mme David :
C'est intéressant. Je vais laisser la parole à mon collègue de D'Arcy-McGee. Je
reviendrai, s'il reste du temps, parce que ça soulève beaucoup de questions,
votre mémoire.
La Présidente
(Mme Thériault) : Et vous avez 4 min 25 s, M. le
député.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. Merci, MM. Bolduc et Grondin, pour votre
présentation ainsi que l'implication constante et de longue date de la FTQ dans
cette question très importante. Je vois aussi, dans vos remarques
préliminaires, vous avez parlé du fait qu'il faut mettre fin au bilinguisme
institutionnel. Dans un premier temps, je crois qu'on pourrait discuter de
l'étendue et de l'ampleur de ce bilinguisme institutionnel, mais, par contre,
je vais aller ailleurs.
Il y a un consensus,
au Québec, qui perdure depuis 30 ans, partagé par des gouvernements, tous
confondus, du PQ, libéral, les établissements, ainsi, j'ose dire, que par les
syndicats, et je parle de ce qui a trait à l'accès à des services désignés et
limités de santé et services sociaux en anglais. Vous allez vous rappeler que
l'ancien premier ministre lui-même, Lucien Bouchard, a constaté que, rendu à
l'hôpital pour un test sanguin, on n'a pas besoin d'un test de langue. Je
serais curieux de savoir si les travailleurs de la FTQ qui auraient participé,
depuis 30 ans, dans ce consensus ont maintenant des questions, et, si, de
votre lecture, le gouvernement remet en question aussi ce consensus, dont, je
vous soumets, le Québec devrait être très fier.
M. Bolduc
(Denis) : Offrir un service de santé... Quelqu'un qui est
unilingue anglais qui se présente dans un hôpital, qui a besoin de soins, on
peut facilement penser qu'il doit pouvoir expliquer qu'est-ce... c'est quoi,
son problème, en anglais. Mais, cela dit, il y a quand même... c'est une... ce
n'est pas nécessaire que l'ensemble du personnel parle anglais, hein? Donc, ça
prend quelques personnes, hein, ça prend quelques personnes, là, qui puissent
répondre. Mais il ne faut pas être gênés, quand même, d'affirmer que la langue
principale, la langue commune au Québec,
c'est le français. Les Suédois l'ont fait, hein, ils ont légiféré
pour introduire... donc, pour affirmer que la langue principale commune
en Suède, c'est le suédois. Il y a également, dans la législation suédoise, une
responsabilité dans l'emploi des autorités publiques. Ils ont introduit le test
des langues, des tests de langue et de connaissances civiques, même, en Suède,
concernant le français.
Alors, oui, les gens... On ne peut pas mettre la
vie d'une personne en danger parce qu'elle ne parle pas français, mais, en même
temps, il ne faut pas se servir de ce prétexte-là pour en faire une
généralisation, où, dans les hôpitaux, il faut absolument que le personnel
parle anglais, là. Tu sais, la situation est grandement différente entre sur l'île
de Montréal puis en région, là. Si on parle de la Côte-Nord ou de l'Abitibi-Témiscamingue,
ce n'est pas la même situation qu'à Montréal. À Montréal, il y a des hôpitaux
anglophones.
Présidente (Mme Thériault) : Je m'excuse. On doit suspendre les travaux, on a un problème
d'enregistrement.
Donc, on va suspendre quelques instants, le
temps de régler le petit problème technique.
(Suspension de la séance à 12 h 09)
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, nous allons poursuivre nos travaux. Il y a un petit problème
technique qui s'est présenté dans toutes les salles de commission. Donc, Mme la
députée de Marguerite-Bourgeoys, il vous reste 1 min 16 s pour
aller avec la fin de la présentation.
Mme David : Bon, je vais y
aller le plus vite possible. Je vous ai souligné tout à l'heure que
j'appréciais beaucoup votre exemple des toutes petites entreprises, ou alors,
de travailleurs, souvent, avec un statut temporaire. Et à la page 36, vous
parlez du service... des entrepreneurs de services d'édifices Québec inc., où
vous avez une entente avec l'UES-800. Mais
tout ça pour dire que l'industrie de l'entretien ménager, pour vous, c'est une industrie importante, où il y a beaucoup de
francisation à faire, et j'en suis tout à fait d'accord, et vous avez des
propositions. Alors, parlez-nous-en un peu, parce que vous voudriez que la CPMT
augmente le financement.
La Présidente (Mme Thériault) :
En 40 secondes.
M. Grondin (Gilles) : Bien,
écoutez, oui, il y a une entente particulière de signée, comme il y a un décret
de convention collective. Ça facilite les choses, donc, entre l'union des
employés de service et l'association patronale. Donc, ils ont mis sur pied un processus de francisation fort
intéressant, donc, avec le support de la CPMT. Le syndicat reçoit une
subvention, francise des travailleurs. Ces mêmes travailleurs-là ne sont pas
pénalisés sur leur chèque de paie, et c'est le syndicat qui rembourse
l'employeur pour les dépenses, tu sais. Donc, c'est un processus qui roule
assez bien, qui permet, justement, avec ton univers, d'avoir des cours de
français des gens de ton groupe, et ça donne des beaux résultats, et on en
parle beaucoup dans le film Langue à l'ouvrage — Migrer
vers le français au travail, que je vous invite à voir. Donc, je cherchais
une façon de le pluguer, et c'est fait.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, M. Grondin. Je dois
mettre fin à l'échange. Je me tourne maintenant du côté de la députée de
Mercier pour votre échange, de 2 min 45 s.
Mme Ghazal : Merci, Mme la
Présidente. Je vais sûrement le regarder, ça m'intéresse. Justement, je veux
vous parler de francisation en entreprise, qui est un sujet très, très
important. La recommandation n° 37, vous parlez de
maintenir l'esprit du fonds de développement et de reconnaissance des
compétences — donc,
ça, c'est la loi du 1 % — et même, voir à rehausser le seuil
d'assujettissement de la loi afin de bonifier le financement et l'offre de
francisation via ce fonds, ce qui n'est pas le cas actuellement. Moi, j'ai fait
une proposition, au nom de Québec solidaire, un petit peu semblable pour
l'augmenter, pour que les entreprises paient 0,5 %, au lieu... en plus du
1 %, pour que ce soit à Montréal, donc, parce qu'ailleurs ça se pose
moins. Donc, j'aimerais vous entendre un peu plus en détail sur cette
proposition-là.
M. Bolduc (Denis) :
Vous aussi, vous ne devez pas être très populaire auprès du patronat.
Des voix : Ha, ha, ha!
Mme Ghazal : On est pareils.
M. Bolduc (Denis) :
Mais on réclame...
Mme Ghazal :
Vous voyez juste.
M. Bolduc (Denis) :
Oui, parce que ce qu'on s'est rendu compte, c'est que, sans la loi du 1 %,
la formation en entreprise serait beaucoup moindre, il y a beaucoup... On a
fait des tests, puis la réponse qu'on a eue de beaucoup d'employeurs, c'est
qu'on le fait, la formation parce que la loi est là puis nous oblige à le
faire. Sinon, sinon, ils ne le feraient pas. Alors, ça prend ce genre de loi là
pour inciter les entreprises.
Mme Ghazal : C'est quoi, la
bonification que vous mettez dans votre... Quand vous dites «bonifier», ça...
Parce qu'en ce moment ça s'applique aux entreprises de 2 millions de...
voyons...
M. Bolduc (Denis) :
De masse salariale.
Mme Ghazal :
...de salaires, là, salariale... masse salariale. Est-ce que vous dites qu'il
faudrait que ce soit plus bas? Quelle bonification vous voyez avec cette
mesure-là?
M. Bolduc (Denis) :
En fait, sur le pourcentage, hein, on a déjà parlé de 2 %, nous.
M. Bolduc (Denis) :
Oui. On a déjà parlé de 2 % sur cette question-là. Sur le plafond
salarial, honnêtement, là, ça fait longtemps qu'on a eu des discussions, là, à
ce propos-là.
Mme Ghazal : Mais vous voyez
qu'il faudrait que ce soit bonifié, puis qu'on fasse la francisation aussi via
ce fonds, ce qui est une bonne chose.
Je voulais aussi vous entendre sur les
travailleurs et travailleuses temporaires. Vous dites qu'elles et eux aussi devraient avoir de la francisation. Le
problème n'est pas en amont, le fait qu'il y a beaucoup trop de
travailleurs et travailleuses étrangers,
puis c'est vers ça un petit peu que le gouvernement veut de plus en plus aller,
dans l'immigration, pour avoir de la main-d'oeuvre. Est-ce que vous avez
une position là-dessus?
La Présidente (Mme Thériault) :
En 15 secondes.
M. Grondin (Gilles) : Bien,
écoutez, les travailleurs et travailleuses, on pense que, oui, le processus de francisation est important pour eux et elles
aussi, là, donc, parce qu'il y en a plusieurs qui vont devenir, possiblement,
des demandeurs de citoyenneté.
Mme Ghazal : ...est-ce que la
FTQ a une position là-dessus ou on fait avec le gouvernement?
M. Grondin (Gilles) : On n'est
peut-être pas dans la bonne commission parlementaire. Je vais laisser...
La Présidente (Mme Thériault) :
Et je n'ai plus de temps, donc je dois mettre fin à votre échange. Et je
regarde immédiatement le député de Matane-Matapédia pour lui céder la parole.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à la fédération des travailleurs du Québec. Tout à
l'heure, vous avez dit : Enfin, une intervention en matière de langue!
Vous avez quand même oublié le projet de loi n° 14, en 2013. Puis je
regarde votre site Internet, vous aviez condamné avec beaucoup de force le
Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec de ne pas avoir appuyé ce
projet de loi, qui réglait plein d'enjeux importants. Je vous le rappelle parce
que c'était une pièce importante. Et Partenaires pour un Québec français, dont
vous êtes membre, avait appuyé sans réserve cette initiative législative. Donc,
je voulais le rappeler pour le débat.
Vous critiquez une mesure du projet de loi
n° 96 concernant le contingentement en matière d'enseignement supérieur.
Vous mentionnez, et je vous cite : «Cette mesure n'est pas une mesure pour
renforcer les réseaux scolaires postsecondaires francophones, mais plutôt une
politique tiède visant à ne pas heurter la susceptibilité des institutions
scolaires anglophones.» Je vous laisse développer là-dessus.
M. Bolduc (Denis) :
Ça revient un petit peu à ce que je disais tout à l'heure. On sent, dans la
proposition législative, qu'on veut stopper,
finalement, l'hémorragie, je le dirais comme ça, là. Il y a de plus en plus de
francophones qui s'inscrivent en
postsecondaire en anglais, donc on sent qu'on veut stopper. Mais, à long terme,
on voit qu'on cherche une diminution, mais, pour nous, ce n'est pas
suffisant, une diminution timide. On aimerait quelque chose qui viendrait,
finalement, forcer le pas, là, pour qu'il y ait moins de francophones qui
s'inscrivent à l'école anglophone.
M. Bérubé : Je vous suggère
humblement qu'on peut l'empêcher pour les francophones et les allophones.
Avez-vous une réflexion là-dessus?
M. Bolduc (Denis) :
Mais, en fait, on a... Oui, on pourrait, hein, on pourrait, mais on ne va pas
jusqu'à ce point-là actuellement.
M. Bérubé :
D'accord. L'accès, pour un travailleur... En fait, le droit de travailler en français...
Ne serait-il pas mieux, selon vous, explicitement, d'interdire à l'embauche? Parce
que ce n'est pas ce que le projet de loi fait, il tourne un peu autour du pot,
là. Pour une organisation de travailleurs, il me semble qu'il faudrait que ce
soit plus clair. On interdit le critère de l'utilisation de l'anglais, puis ça
finit là.
La Présidente
(Mme Thériault) : En 25 secondes.
M. Grondin
(Gilles) : Les processus ne sont pas simples non plus, là, quand il
arrive une embauche. Vous avez, tous et toutes, passé par des embauches, des
comités de sélection, etc. Il y a plein de mesures, il y a plein de façons de
faire pour détourner l'attention. On aurait beau l'interdire, l'empêcher, mais
il y a toujours une manière pour essayer de placoter en anglais avec le candidat,
puis voir s'il le parle ou s'il ne le parle pas, puis d'aller sur une autre décision. Donc, on s'est dit que nous...
Oui, il y a des mesures, il y a peut-être un dialogue social à établir là-dessus,
mais c'est loin d'être très... aussi simple que ça, là.
La Présidente
(Mme Thériault) : Et je dois vous remercier pour votre parution
en commission, merci pour les échanges.
Et je vais maintenant
suspendre les travaux de la commission jusqu'à 15 heures. Bon appétit à
tous.
(Suspension de la séance à
12 h 22)
Présidente (Mme Thériault) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, la Commission
de la culture et de l'éducation reprend ses travaux. Nous poursuivons
les auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet
de loi n° 96,
Loi sur la langue
officielle et commune du Québec, le français.
Cet après-midi, nous
entendrons l'Union des municipalités du Québec, M. Patrick Sabourin et Guy
Rocher ainsi que le Mouvement national des Québécoises et Québécois. Donc, nous
aurons quatre groupes.
Donc, j'aimerais
souhaiter la bienvenue aux représentants de l'Union des municipalités du Québec.
Je vais vous demander, M. Côté, de peut-être décliner votre identité,
votre fonction et nous présenter les personnes qui vous accompagnent et, par la
suite, de nous faire votre présentation d'une durée de 10 minutes avant
les échanges avec le ministre. La parole est à vous.
M. Côté
(Daniel) : Parfait. Merci, Mme la Présidente de la commission, M. le ministre
responsable de la Langue française, Mmes et MM. les membres de la commission. Alors,
je m'appelle Daniel Côté, je suis président de l'Union des municipalités du
Québec et aussi maire de la ville de
Gaspé. Je suis accompagné par Mme Sylvie Pigeon, qui est
conseillère aux politiques de l'UMQ.
Donc, je vous
remercie de nous recevoir aujourd'hui dans le cadre des consultations sur le
projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune
du Québec, le français.
D'abord, j'aimerais
rappeler que depuis maintenant plus de 100 ans, l'UMQ rassemble les
gouvernements de proximité de partout au Québec, dans toutes les régions, afin
de mobiliser l'expertise municipale, accompagner ses membres dans l'exercice de
leurs compétences et valoriser la démocratie municipale. Nos membres
représentent plus de 85 % de la population du Québec.
Tout comme le
gouvernement, l'UMQ est préoccupée par les dernières statistiques produites par
l'Office québécois de la langue française sur le déclin du français. C'est
pourquoi nous accueillons favorablement la volonté du gouvernement de faire du
français la langue officielle et commune de l'État. Il est toutefois important,
pour l'UMQ, que le projet de loi préserve le climat de paix linguistique dans
les municipalités qui bénéficient en ce moment d'un statut d'organisme
bilingue. Les dispositions prévues dans la pièce législative sont donc
satisfaisantes pour l'UMQ, dans la mesure où il sera possible pour ces
municipalités de conserver leur statut.
Nous avons,
toutefois, quelques préoccupations en ce qui concerne l'application de la loi,
notamment, en ce qui a trait à la politique linguistique de l'administration
ainsi que les effets de la
loi sur la gestion des contrats municipaux. Nos recommandations
porteront donc sur ces deux sujets.
D'abord, nous sommes
d'accord avec ministre, à
titre d'organisme public, les municipalités doivent
être exemplaires en matière de langue française autant dans leurs
communications orales que dans leurs communications écrites avec leurs
concitoyennes et concitoyens. Ainsi, les municipalités devront se conformer aux
exigences de la nouvelle politique linguistique de l'administration et
déterminer, de un, les cas où elles pourront communiquer dans une autre langue que le français. Chacune d'entre
elles devra alors adopter une directive dans à ce sujet qui sera ensuite
approuvée par le ministre et en rendre compte annuellement. De deux, les moyens
de contrôle de la qualité du français au sein de la municipalité. Et, de trois,
plusieurs autres aspects, dont la mise en place d'un environnement de langue
française. Il s'agit donc de nouvelles obligations pour les municipalités qui
pourraient être difficiles à mettre en oeuvre, surtout pour les municipalités
moins populeuses, détenant moins de personnel en poste.
En ce qui concerne,
par exemple, la directive selon laquelle chaque municipalité doit déterminer
les situations où elle pourra communiquer dans une autre langue que le
français, l'UMQ se demande sur quels critères le ministre
va pouvoir se baser pour les approuver ou non puisqu'il existe plusieurs
situations où une municipalité pourrait avoir besoin de communiquer dans une
autre langue que le français — je pense notamment au cas des nouveaux
arrivants. Le projet de loi prévoit un délai d'adaptation de six mois
suivant leur arrivée au Québec. Après cette
date, la communication devra se faire en français seulement. Ce délai nous
semble particulièrement court, notamment pour les 14 municipalités qui sont des pôles d'accueil pour les
réfugiés qui arrivent au Québec. Certains d'entre eux ne connaissent pas
du tout le français à leur arrivée sur le territoire, donc un six mois, ça
nous paraît court. Mais il est certain que,
dans un monde idéal, nous désirons que toute la population puisse communiquer
facilement en français avec leurs municipalités, surtout pour les services essentiels.
Malheureusement, il faut reconnaître que ce n'est pas toujours une possibilité puis il va falloir faire preuve
d'une certaine flexibilité, surtout lorsqu'il est question de santé puis de
sécurité.
Donc, tout en
favorisant l'apprentissage du français chez ces personnes, nous pensons qu'il
faut laisser une certaine souplesse aux municipalités afin qu'elles puissent
continuer à offrir des services adaptés à leur situation particulière, ce qui
m'amène à la première recommandation, qui est que l'UMQ demande au ministre de
prévoir une période de transition assez longue pour que les municipalités puissent
se conformer aux nouvelles dispositions de la loi. Ensuite, l'adoption du projet
de loi n° 96 et de la politique linguistique doivent,
selon nous, pouvoir insuffler la volonté d'agir concrètement pour protéger la langue
française et favoriser son utilisation avec exemplarité dans les municipalités. Il serait dommage qu'elle soit perçue comme une nouvelle contrainte
administrative. Nous considérons que les municipalités sont des
partenaires du gouvernement, et l'UMQ souhaite, donc, travailler étroitement
avec le ministre lorsqu'il entamera ses travaux menant à l'adoption
de la politique linguistique. Il s'agit, selon nous, d'une
condition essentielle pour que cette politique suscite une forte adhésion du
milieu municipal et qu'elle corresponde aussi à nos réalités propres sur le
terrain.
Donc, notre deuxième recommandation
se décline en deux points. D'abord, que le ministre consulte officiellement le milieu
municipal lors de l'élaboration de la politique linguistique de
l'administration et qu'il tienne compte de leurs diverses réalités,
conformément à la politique gouvernementale de consultation et de
simplification administrative à l'égard des municipalités, et ensuite, qu'elle
accompagne le milieu municipal en lui fournissant des guides, des formations et divers documents ou modèles de documents
adaptés à la réalité administrative des municipalités pour faciliter la
mise en oeuvre de la politique.
Finalement, l'UMQ a
des préoccupations au sujet des impacts du projet de
loi sur la gestion
contractuelle municipale et les sanctions civiles découlant d'un manquement à
la Charte de la langue française. L'octroi de contrats est très important pour
les municipalités, parce que c'est ce qui leur permet d'offrir des services
souvent très essentiels à la population en
déneigement, enlèvement des matières résiduelles, eau potable, eaux usées, etc.
Il y a plusieurs modifications législatives qui ont été apportées dans
les dernières années pour que les contrats de construction, d'approvisionnement
et de services puissent être octroyés rigoureusement. Donc, à l'UMQ, nous
offrons, d'ailleurs, à nos membres un service d'accompagnement juridique, parce
que la valeur des contrats octroyés chaque année par l'ensemble des
municipalités du Québec représente des centaines de millions de dollars.
Ainsi, on est
préoccupés par les sanctions civiles entraînées par un manquement à la Charte
de la langue française, qui pourrait amener à l'annulation automatique d'un
contrat octroyé par la municipalité. Le gouvernement du Québec pourrait même
demander la résolution, la résiliation ou la suspension de l'exécution d'un
contrat en cours dans une municipalité. Ça
pourrait occasionner de très lourdes conséquences, par exemple, des retards
dans la réalisation de projets
d'infrastructure majeurs, des retards dans l'approvisionnement de produits
nécessaires au bon fonctionnement de la municipalité ou même l'arrêt
d'activités essentielles comme le déneigement, l'enlèvement des déchets ou la fourniture d'eau potable. Donc, c'est pourquoi l'UMQ
recommande que le ministre précise la portée des manquements possibles à
la Charte de la langue française, afin que ça n'entraîne pas l'annulation
automatique des contrats octroyés par les municipalités dans le contexte que je
viens de mentionner.
terminant, je réitère la volonté de l'UMQ de travailler en partenariat avec les
parlementaires pour que cette réforme
majeure porte ses fruits, mais surtout qu'elle nous donne le goût, à nous, tous
et toutes, de préserver notre langue française. Je vous remercie de
votre écoute puis je suis disposé à répondre à vos questions avec ma collègue
Sylvie.
Présidente (Mme Thériault) : Parfait. Merci beaucoup,
M. Côté. Donc, M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Bonjour, Mme la Présidente. Merci. Bonjour, M. Côté et
Mme Pigeon, un plaisir de vous retrouver ici en commission parlementaire.
Merci pour votre présence.
D'entrée de jeu, je
souhaite remercier l'UMQ, parce que vous accueillez favorablement la volonté du
gouvernement de renforcer le statut du français. Et je crois que les
municipalités font
partie de l'État et, en tant que corps public, je trouve ça
très intéressant que vous vous positionnez du fait qu'effectivement les
municipalités ont un rôle à jouer tout comme
les entreprises, les organismes gouvernementaux, que les municipalités font
partie de la solution. Et je pense que c'est tout à votre honneur de le
souligner, tout comme les cégeps, les universités, de prendre cette
responsabilité-là en tant que corps public. Alors, je tiens à vous remercier
pour ça.
Je voudrais vous
entendre sur la question des municipalités bilingues parce que, nécessairement,
ça touche certains de vos membres, et c'est
une
partie du projet de loi qui a été analysée. Certains ont dit... On rappelle
la mécanique, dans le fond, à partir du moment où une municipalité n'a
plus 50 % de sa population de langue anglaise, elle perdrait le statut par l'effet de la loi, en fonction du
recensement, à moins que son conseil municipal adopte une résolution
pour préserver ce statut-là. Alors, certains
nous ont dit : Vous devriez complètement, de façon permanente, enlever le
statut des municipalités bilingues. D'autres
disent : Vous devriez abaisser le seuil. Certains disent : Bien, oui,
vous devriez les laisser comme ça. Alors, quelle est l'opinion de l'UMQ
à ce niveau-là?
M. Côté
(Daniel) : Merci, M. le ministre, pour votre question. En fait, on est
d'avis que le projet de loi qui est en analyse présentement a atteint le point
d'équilibre requis à cet effet-là. Donc, on croit que ce que vous avez
mentionné dans le projet de loi répond aux attentes des municipalités, répond
aussi aux attentes en particulier des municipalités
bilingues, et que le processus qui est dans le projet de loi actuellement
fourni atteint le point d'équilibre requis pour garder une paix
linguistique au Québec.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Hier, on a entendu le Syndicat canadien de la fonction publique, qui a
indiqué... bien, en fait, ils ont beaucoup de membres, eux, dans les
municipalités, et je pense qu'ils ont 70 % des employés qui travaillent
pour les municipalités, au Québec, qui sont membres de leur syndicat, et qui
disait... notamment dans certaines villes, notamment Gatineau, pour dire qu'il
y avait des exigences démesurées au niveau des exigences pour la connaissance
de l'anglais d'une façon systématique. On l'a constaté un peu également avec
l'étude de l'OQLF, notamment à Montréal, hein, près de 50 % des
municipalités sur l'île de Montréal où les arrondissements exigeaient la
connaissance d'une autre langue que le français à l'embauche. Quel est votre
son de cloche, par rapport à ça, sur le fait que certaines municipalités
exigent systématiquement la connaissance d'une autre langue que le français à
plusieurs corps de métier, à plusieurs employés?
M. Côté
(Daniel) : Bien, en fait, d'une part, il faut se rappeler aussi que
les municipalités sont dans les services
essentiels à la population, en tout cas, dans la plupart des services qu'on a,
donc c'est important qu'on puisse communiquer avec les gens et qu'on
soit compris, surtout quand il arrive des situations d'urgence, par exemple,
donc, que les gens puissent nous comprendre.
On comprend que
l'objectif ultime de la loi, ce sera que la langue française soit vraiment
pleinement déployée partout, au Québec. Par contre, sur les prochaines
échéances, il faut quand même que les municipalités se fassent comprendre et les municipalités parlent via des employés. Donc,
là-dessus, je pense qu'il y a des éléments qu'on devra travailler ensemble dans le cadre des prochaines consultations,
là, sur la politique linguistique de l'administration, c'est l'une de
nos recommandations, qu'on travaille ensemble sur les détails du déploiement de
cette loi-là, sur les impacts que ça
pourrait avoir, aussi, au niveau des ressources humaines. On pourra trouver une
voie de passage qui sera à la satisfaction de tout le monde pour
mais aussi, pour respecter, aussi, le fait
qu'on dessert des services essentiels, souvent, dans les mesures d'urgence,
dans des contextes très particuliers,
et on doit s'assurer, aussi, que les municipalités soient comprises de la part
de leurs citoyens.
Donc, on trouvera la
voie de passage requise, je suis certain, lorsque vous nous consulterez sur la
politique.
M. Jolin-Barrette :
Bien, ça nous fera très, très plaisir de vous consulter lorsque le projet de
loi sera adopté pour le développement de la politique, qui doit rentrer en
vigueur au maximum un an après la sanction de la loi.
Je tiens, par contre,
dès maintenant, à vous rassurer relativement aux enjeux que vous soulevez en
termes de santé et de sécurité et de situations d'urgence. C'est déjà prévu,
ces exceptions-là, dans la loi. Alors, ce que fait la loi, le principe général, c'est l'exemplarité de l'État, l'usage
exclusif du français, donc, ça, c'est le cadre général. Mais, bien entendu, on a mis des exceptions dans des cas
comme ça, comme vous le soulignez. Donc, en matière de santé, en matière
de sécurité, en matière de situations d'urgence comme celle-là, effectivement,
ce sera possible, dans ces situations-là, pour
les citoyens de communiquer dans une autre langue que le français. Même chose,
également, pour les ayants droit, ils
conservent leur droit de recevoir leurs communications et de communiquer avec,
notamment, les municipalités dans leur langue, en anglais. Alors, ça, je
tiens à vous rassurer, dès le départ, pour faire en sorte que ça soit très
clair et qu'il n'y ait pas d'enjeu à ce niveau-là.
Mais revenons sur la
question, là... parce que, là, ça, c'est le dépôt du projet de loi, puis ce que
vous soulevez, c'est : Voici ce à quoi
ça pourrait nous amener et voici la crainte que nous avons, à laquelle je viens
de vous répondre. Mais sur la question du taux d'exigence, avec la
Charte de la langue française actuelle, là, la situation factuelle en fonction
des études que certaines municipalités exigent. Pour les travailleurs, ça peut
représenter un frein à l'employabilité également ou un frein à obtenir une
promotion.
M. Côté
(Daniel) : Je comprends ce que vous me mentionnez. En fait, les
dossiers qui ont été soumis à la commission, hier, on parle de deux
municipalités, alors qu'il y en a 1 100 au Québec, là. Je ne pense pas que
c'est si généralisé que ça et que ce soit un énorme frein à l'embauche.
Par contre, on est
ouverts à en discuter, ça, c'est clair qu'on est ouverts à en discuter et
trouver la voie de passage nécessaire, tout comme ce sera nécessaire aussi de
trouver ou de saisir les nuances qu'il y a au niveau des questions de santé et
de sécurité publique que vous mentionniez tout à l'heure. Oui, la loi le
prévoit d'une manière, cependant, jusqu'où on va dans l'application très
précise et très concrète? Par exemple, s'il y a un bris de conduite
d'alimentation en eau potable, est-ce que c'est une question de santé et de
sécurité au sens de la loi ou est-ce qu'on est sur une zone d'entre-deux entre
un service public et une question de santé et de sécurité?
Bref, vous voyez, il
y a 50 nuances, là, possibles. Donc, toutes ces nuances-là, on devra...
bien, on devrait les clarifier lors de l'élaboration de la politique. C'est
pour ça... Puis c'est la même chose aussi au niveau des ressources humaines, il
y a plein de possibilités, il y a plein de cas de figure.
Nous, comme UMQ, ce
qu'on revendique beaucoup, c'est des questions que... on a été reconnus comme
des gouvernements de proximité, là, puis on devrait disposer d'un
maximum d'autonomie que possible. Mais on comprend que l'enjeu de la
langue française nous chapeaute ou est par-dessus tout ça. Donc, il y a, encore
une fois, de trouver le juste équilibre entre la protection de la langue
française, le respect de l'autonomie municipale et comment on peut déployer
tout ça ensemble.
Mais on partage les mêmes objectifs,
ça, c'est l'excellente nouvelle, mais sur les... des fois, des détails
techniques qui peuvent accrocher puis on veut s'assurer que, quand la loi va
entrer en oeuvre, qu'elle retombe comme il
faut sur le terrain, qu'il n'y ait pas trop d'écueils. C'est pour ça qu'on
soulève un peu quelques préoccupations. Mais je suis content
qu'on va pouvoir les travailler ensemble puis atténuer peut-être ces petits
écueils potentiels là, si on veut que la loi atterrisse là où elle doit
atterrir.
M. Jolin-Barrette : Tout à fait.
Je suis d'accord avec vous. Peut-être une dernière question avant de céder la
parole à mes collègues qui souhaitent vous poser vos questions. La ville de Montréal
est membre de l'Union des municipalités du Québec notamment. On a vu, au cours
des derniers mois, bon, certains arrondissements ont obtenu finalement leur
certification, ça faisait des années et des années, depuis la nouvelle fusion,
la nouvelle ville.
Pour l'UMQ, Montréal occupe une place importante
au sein de l'UMQ. Quel est... Comment est-ce que Montréal peut, à l'intérieur
de l'UMQ, être un vecteur, une locomotive pour faire en sorte que l'ensemble
des municipalités puissent prendre exemple
sur Montréal? Comment vous voyez le rôle de Montréal
dans la protection, la promotion du
français, à l'intérieur de votre organisation,
pour faire en sorte que ça constitue un vecteur de changement?
M. Côté (Daniel) : Bien, en
fait, Montréal, oui, est la principale ville au Québec, est membre de l'UMQ,
vous faites bien de le mentionner. L'UMQ compte tout près de 400 membres.
Donc, c'est certain que l'opinion de Montréal, comme métropole québécoise, a
souvent... en fait, a du poids auprès de nos membres, c'est clair. Par contre,
l'UMQ fédère, dans le fond, la réalité de toutes sortes de municipalités
de la plus petite à la plus grande au Québec. Donc, Montréal est, oui,
un membre important chez nous, mais, au-delà de ça, il y a aussi tout près de
400 autres membres qui ont aussi leur mot à dire sur la façon dont ils
exercent leurs pouvoirs, la façon dont ils voient certains enjeux. Les enjeux
sont souvent différents d'une municipalité de 200 habitants versus la
métropole. Donc, à l'UMQ, on laisse de la place à tout le monde.
Donc, oui, Montréal peut assumer souvent un rôle
de locomotive ou un rôle de leadership fort, mais on tient aussi compte de la
réalité terrain de différentes municipalités. La moitié de nos membres, à peu
près, ont moins de 2 000 habitants, donc c'est une réalité qui est
tout autre. Et ça nous amène aussi à toute la question qu'on mentionnait dans
notre préambule sur les étapes au niveau de la reddition de comptes et de la
mise en oeuvre de la loi où, pour les plus petites municipalités, souvent,
c'est des éléments qui sont peut-être un peu plus difficiles parce qu'ils n'ont
pas nécessairement de ressources humaines. Quand tu as un directeur général et
un employé aux travaux publics dans ta
municipalité, remplir des rapports et faire des formulaires supplémentaires,
des fois, ça pourra peut-être poser certaines problématiques.
Donc, les
réalités sont différentes, l'UMQ conjugue tout ça, et c'est ce qu'on vient vous
présenter aujourd'hui. Mais évidemment on comprend qu'il y a des enjeux
spécifiques à la métropole, mais on respecte tout ça et on tente de fédérer
tout ça.
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup, M. Côté. Alors, merci pour votre passage en commission. Je cède
la parole à mes collègues.
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui. Alors, sans plus tarder, le député de Saint-Jérôme,
6 min 30 s à votre disposition.
M. Chassin : Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous, M. Côté,
Mme Pigeon. Dans le fond, je voudrais peut-être vous poser, essentiellement,
une question, j'ai l'impression de comprendre, grosso modo, qu'effectivement on
s'entend sur les objectifs, même sur un certain nombre de mécanismes, puis qu'en
même temps vous demandez certaines précisions ou certaines indications sur la
suite des choses. Puis, en même temps, puis là je ne veux pas vous prêter
d'intention, là, je vous appelle à me corriger si vous pensez que j'erre dans
mon interprétation, mais vous parlez, entre autres, par exemple, des directives qui vont devoir être adoptées
chez vous par vos municipalités, puis, à la limite, vous demandez, en plus, des précisions là-dessus
puis des délais. Mais est-ce que ce n'est pas là, justement, un respect, en partie, de l'autonomie des municipalités pour que chacune
puisse avoir cette souplesse d'adapter à ses propres circonstances les
tenants et aboutissants de la loi?
M. Côté
(Daniel) : Effectivement... oui, effectivement, on le
reconnaît, on le reconnaît très bien aussi qu'il y a une certaine souplesse qui est offerte aux
municipalités. L'une des craintes qu'on a, c'est souvent sur les délais d'application,
où on va peut-être avoir besoin d'une certaine souplesse
supplémentaire, c'est pour ça qu'on vous invite un peu à la prudence sur les délais d'application,
notamment le délai de six mois pour que les nouveaux arrivants
doivent apprendre le français. On comprend qu'ils peuvent avoir une certaine
base pour aller faire leurs courses et/ou répondre à certains besoins
essentiels, mais, dans les cas, souvent, d'éléments un peu plus techniques au
niveau de la santé et de la sécurité, etc., des mesures d'urgence, je comprends
qu'il y a une exception à la loi pour ce type d'items là. Cependant, il y a toutes les nuances qui viennent derrière les exceptions,
c'est ça qu'on va avoir besoin de préciser, où on va avoir besoin du
maximum de souplesse que possible.
Et c'est la même chose en reddition de comptes.
Si on doit remplir une panoplie de paperasse à chaque année... en fait, on en
veut le moins possible, de paperasse, le rapport Perrault était clair à cet
effet-là, et que moins on remplit de paperasse, mieux on se consacre aux
services citoyens et plus c'est un signe de confiance, aussi, du gouvernement
du Québec envers ses municipalités, quand on nous demande un peu moins de
paperasse.
M. Chassin :
Je suis très sensible à cette demande, de moins de paperasse. Évidemment, je
pense que le ministre l'a précisé, là, il y a une certaine souplesse,
justement, par exemple, pour des notions de santé et sécurité. Dans le fond,
là, je comprends qu'il y a parfois des enjeux, notamment pour des municipalités
peut-être plus petites, et qu'à l'UMQ, justement, vous avez des services
d'accompagnement juridique. À quel point est-ce que vous seriez prêts à
participer, même, à l'élaboration de guides ou d'exemples, de références, etc.,
pour que ça puisse être des outils pertinents pour les municipalités, pour vos
membres?
M. Côté (Daniel) : C'est clair
qu'on va être au rendez-vous aussi pour accompagner nos membres. Ce qu'on a
besoin, aussi, en fait, ça va être de s'entendre, d'abord, sur jusqu'où on fait
atterrir la loi, c'est quoi, toutes les nuances dont on parlait tout à l'heure,
on va d'abord s'entendre là-dessus. Mais ensuite, oui, l'UMQ a toujours été un
partenaire du gouvernement du Québec pour la mise en oeuvre de toutes sortes de
politiques publiques, celle-ci en sera une, aussi, de plus, où on pourra agir
en partenariat, où on pourra guider nos membres. Mais avant de guider nos
membres, ça va nous prendre, un peu, votre propre guide.
M. Chassin :
Évidemment. Puis là, évidemment, on commence par la loi, hein, puis, après ça,
il y a quand même un exercice de détailler, après la loi, d'autres éléments.
Et, d'ailleurs, je reviens à votre première
recommandation, vous parlez d'une période de transition suffisamment longue. Il
y en a déjà une, en quelque sorte, là, ça ne sera pas à la sanction de la loi
qu'on va exiger, du jour au lendemain... il y a une certaine période pour vous
permettre de mettre en place, dans le fond, les mécanismes adéquats. Est-ce que
vous avez l'impression que ce qui est prévu dans le projet de loi est trop
court? Parce que vous ne précisez pas, dans
le fond, qu'est-ce que serait une période de transition adéquate, en même
temps, sachant qu'il y a quand même une volonté d'agir, là.
M. Côté (Daniel) :
Effectivement, sans être tout à fait précis là-dessus, sur la question des
délais, je pense que c'est un peu à
géométrie variable d'une municipalité à l'autre. Puis on n'a pas nécessairement
toute la précision, encore, sur quel sera l'impact concret dans chacune
des sphères de la vie des municipalités, donc c'est un peu hasardeux d'arriver
avec un délai très précis aujourd'hui.
Ceci dit, c'est qu'il nous faut le maximum de
souplesse que possible pour faire atterrir la loi là où elle doit atterrir.
C'est pour ça qu'on se garde une certaine latitude au niveau des délais, mais
on estime déjà... Il y en a un qu'on a mis
en exemple, c'est le délai de six mois pour les nouveaux arrivants. Ça peut arriver qu'on frappe un écueil, un certain moment
donné, en tout cas, à l'égard de certaines personnes dont la langue maternelle
était très loin du français, donc ça peut arriver qu'on frappe un écueil,
c'est pour ça qu'on lève la main sur celui-là. Sur les autres, je vous
dirais que ça va prendre le maximum de souplesse que possible, et se faire
confiance mutuellement là-dedans.
M. Chassin :
Merci, Mme la Présidente. Je pense que j'ai un autre collègue qui...
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui. M. le député de Chapleau, il reste 1 min 35 s.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, je tâcherai de faire ça rapidement. Merci
beaucoup de votre présentation. Puis là j'aimerais peut-être revenir sur un
point dont le ministre faisait mention tout à l'heure, là. Certaines municipalités,
sans avoir de statut bilingue, vont avoir quand même de fortes obligations en
termes d'employabilité. Puis avec le critère, justement, de langue anglaise,
bien, pour certains postes, il va y avoir des proportions très élevées en
termes de nombre de postes. Puis ça, ça va au-delà de la santé et de la
sécurité dont vous faisiez mention. Je prends l'exemple, là, hier, on a
mentionné Gatineau, où est-ce que la ville n'est pas bilingue puis il y a plusieurs, plusieurs postes qui sont... qui ont des demandes de
critères, donc, de langue anglaise. Comment vous allez percevoir ça, en
termes de capacité d'adaptation puis de se conformer à cette exigence-là, chez
vos membres, particulièrement?
La Présidente (Mme Thériault) :
En 40 secondes...
M. Côté (Daniel) : Oui. En
fait, sans aller dans tous les cas d'espèce possibles au Québec, ce qui va être
important, c'est qu'une municipalité suive la loi, mais il faut que la loi soit
aussi fidèle à ce qu'on peut faire sur le terrain, en respect aussi des
services qu'on doit offrir à la population. Donc, il y a un équilibre à
trouver, il y a des points d'équilibre qui sont drôlement intéressants dans le projet
de loi, dont celui sur le statut des municipalités bilingues. Dans ce cas-ci, bien,
je pense qu'il y a un point d'équilibre à trouver, mais je n'ai pas la réponse
parfaite pour cet après-midi.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, je me tourne maintenant du côté de l'opposition officielle, avec Mme
la députée de Marguerite-Bourgeoys. La parole est à vous.
Mme David :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. M. Côté, Mme Pigeon, bonjour. Très
intéressant de vous écouter, M. Côté, vous êtes clair et vous avez un art de
la communication qui est formidable. Alors, bon, je vais commencer
par les compliments et puis je vais aller tout de suite sur quelque chose de
fort intéressant. Vous faites référence à 2016, on en sait quelque chose, on
était aux Affaires, à ce moment-là, et je me souviens très bien de la Politique
gouvernementale de consultation et de simplification administrative à l'égard
des municipalités. Je dirais juste au ministre qu'il est très conscient qu'il
doit garder l'UMQ de bonne humeur. Alors, on va essayer de vous garder de bonne
humeur, mais, quand on est au gouvernement, il faut garder les municipalités de
bonne humeur, et je pense qu'à ce moment-là, en 2016, on les avait mises de
bonne humeur. Et vous avez donné des mots clés que sont, entre autres, l'autonomie
municipale et le besoin de consultation, d'être consulté. Or, vous dites, à la
page 8 : «Or, aucune consultation
formelle n'a été faite jusqu'à présent en amont de ce projet de loi...» Oui,
votre recommandation n° 2 dit : Demande de consulter «officiellement
le milieu municipal lors de l'élaboration de la politique linguistique», mais
je crois lire ou que vous sous-entendez que vous auriez aimé être consulté en
amont aussi du dépôt du projet de loi. Est-ce que je me trompe?
M. Côté
(Daniel) : En fait, on apprécie toujours être consultés autant sur cet
enjeu que sur tous les enjeux. On apprécie être consultés sur tout ce qui, à quelque
part, va atterrir dans notre cour un jour ou l'autre. Donc, dans ce cas-ci, on
sollicite une consultation, et le ministre vient de nous répondre par
l'affirmative qu'on sera consultés pour la politique de mise en oeuvre, mais,
oui, on apprécie toujours être consultés. Si c'est... telle est votre question,
telle est ma réponse.
Mme David :
Parfait. Et vous avez aussi dit que vous étiez inquiet pour le fait que le ministre,
sur quoi il va se baser, dites-vous à la page 7, sur quel critère pour ne
pas approuver une directive. Alors, c'est l'inverse de dire : Comment? Sur quel critère il va approuver? Mais
comment va-t-il refuser une directive? Pouvez-vous élaborer un peu?
M. Côté
(Daniel) : Oui. Bien, en fait, ça revient un peu à ce que je
mentionnais dans les dernières minutes, c'est toute la question des nuances qui
sont... où on a toujours une crainte de frapper... d'avoir un écueil, c'est-à-dire,
quand je vous donnais l'exemple, tout à l'heure, des questions, par exemple, de
bris de conduit d'eau potable. Oui, on s'entend que l'eau potable est un
service essentiel, mais est-ce que c'est un enjeu de santé ou de sécurité
publique au sens que la loi l'apporte? Pas nécessairement. Mais est-ce qu'on
peut communiquer avec les citoyens de langue anglaise pour les informer qu'ils
n'auront pas d'eau pendant les 24 prochaines heures? C'est là, des fois,
où il y a une certaine nuance qui n'est pas encore tout à fait claire.
Cependant, on
souhaite mettre en oeuvre cette loi-là, mais il faut juste s'assurer de tous
ces petits enjeux là subtils qui, dans notre cour à nous, on voit, on voit où est-ce
qu'on devrait aller, où est-ce qu'on ne devrait pas aller, mais on doit
s'entendre au niveau de la politique de mise en oeuvre du projet de loi, on
doit juste s'entendre sur la façon de le livrer pour s'assurer d'atteindre les objectifs
de la loi, mais tout en respectant ce qu'on doit offrir aussi en termes de
services essentiels à notre population.
Mme David :
Donc, on peut conclure pour ma partie, parce que, Mme la Présidente, je vais
passer la parole à mon collègue de D'Arcy-McGee, que le diable pourrait être
dans les détails. Alors, il va falloir être très prudent. Donc, si vous le
permettez, je passerais la parole à monsieur...
La Présidente
(Mme Thériault) : Vous avez 7 min 55 secondes, M.
le député.
M. Birnbaum : Merci,
Mme la Présidente. À mon tour, je
vais laisser du temps pour mon collègue de La Pinière. Bonjour, M. le
maire Côté et Mme Pigeon, et merci beaucoup pour votre présentation.
Vous constatez qu'il
y a une trentaine de vos membres municipalités qui ont le statut de municipalité
bilingue selon les exigences de 29.1. J'aimerais que vous nous aidiez à
préciser parce qu'il y a peut-être une «mésappréhension» qu'on parle d'un
bilinguisme institutionnel, une obligation sur chaque employé. C'est assez
circonscrit. Qu'est-ce que sont les droits additionnels qu'elles ont, ces
municipalités-là?
M. Côté
(Daniel) : Sylvie, est-ce que tu pourrais y aller?
Mme Pigeon
(Sylvie) : Oui, oui, bien sûr. Selon donc l'article 29.1
de la Charte de la langue française, les municipalités qui ont le statut
d'organisme bilingue peuvent faire toutes leurs communications à la fois en
anglais et en français, donc, par exemple, le site Internet, toutes les
communications, dans le fond, officielles de la municipalité peuvent se faire à
la fois en français et en anglais, donc. Puis c'est pour ça aussi qu'elles
peuvent embaucher aussi des personnes qui sont capables de s'exprimer dans les
deux langues, parce que c'est leur statut de municipalité bilingue qui leur
permet de faire ça.
M. Birnbaum :
Merci. Je vous cite dans votre mémoire, et, dans vos remarques, vous parlez de
l'importance de maintenir le climat de paix linguistique vécu actuellement dans
les municipalités. Suite à ça, vous notez que vous êtes à l'aise avec 29.2 du
projet de loi où on parle, et je cite : «Que la reconnaissance obtenue par
la municipalité lui est retirée du seul effet de la loi à l'échéance d'un délai
de 120 jours à compter de la réception de l'avis transmis par l'office. La
reconnaissance est toutefois maintenue si la municipalité adopte, avant cette
échéance, une résolution à cette fin. Elle en avise alors l'office sans délai.»
Bon.
M. le maire, vous êtes maire d'une municipalité quand
même, vous ne trouvez pas que, là, on parle d'un seuil, qui n'aurait plus à
être atteint, de 50 %. Donc, il y aurait des municipalités qui se
réjouissent depuis longtemps d'un consensus qui n'aurait
pas été nécessairement mis en question par qui que ce soit, soit un employé,
soit un membre de la communauté. Là, vous avez un processus qui déclenche
automatiquement avec un délai assez court, et un débat ordonné par le
gouvernement du Québec. Est-ce que, pour vous, ça rejoint votre objectif de
maintenir la paix linguistique au sein de ces communautés-là?
M. Côté (Daniel) : On croit, en
fait, que la manière dont est formulé le projet de loi, et ça fait suite aussi
à certaines recommandations qu'on avait pu faire en amont et certaines
représentations qu'on avait faites, on croit en fait qu'on atteint un juste
équilibre avec la... de la manière dont c'est formulé dans la loi. Donc, les
municipalités qui ont un statut bilingue peuvent le conserver, même si elles
n'ont pas le seuil du 50 % de population anglophone, si elles le demandent
par voie de résolution adoptée à la majorité des membres du conseil.
Donc, on croit qu'on arrive à un certain
équilibre à cet effet-là puis on pense que ça fait peut faire le travail au niveau... autant de l'effort requis pour la
mise en oeuvre de la loi que de préserver un peu des droits acquis qu'il y
a au sein des municipalités présentement.
Donc, pour le maintien de la paix linguistique,
ce qui figure au projet de loi à cet effet-là, pour nous, est satisfaisant.
M. Birnbaum : Et le fait que le
débat, c'est ordonné, ce n'est pas qu'une municipalité est invitée à réexaminer
l'affaire, vous êtes à l'aise avec ça?
M. Côté (Daniel) : Bien, en
fait, on est un peu... c'est un peu comme si on était consultant, on nous donne
120 jours pour se positionner par voie de résolution, dans le cas des
municipalités qui avaient le statut bilingue, sans avoir le 50 % de
population anglophone. Donc, un peu comme... c'est ça, un peu comme si on nous
laissait le choix entre ce... dans le fond, perdre notre statut de ville
bilingue ou le maintenir. Donc, en termes de finalité, on a exactement le même
choix, que ce soit ordonné ou que ce ne le soit pas. On est plus, à mon avis,
en tout respect, dans une question de sémantique plutôt que de finalité. Au
niveau de la finalité, on arrive exactement à la même finalité, c'est nous qui
avons le choix.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci... maintenant le député de La Pinière. Il vous reste
3 min 20 s.
M. Barrette :
Merci, Mme la Présidente. Alors, M. Côté et Mme Pigeon, un plaisir de
vous recevoir aujourd'hui, et permettez-moi de vous remercier aussi pour
la qualité de votre mémoire.
J'ai pris une note, hier, des propos du
ministre, parce qu'il nous a parlé, comme mon collègue vient de le rappeler, ce
sont ses mots, de bilinguisme institutionnel, même systématique. Or, vous êtes
un palier de pouvoir qui représentez, vous l'avez dit, 85 % de la
population, ce qui n'est pas rien. Est-ce que vous avez l'impression de vivre
dans un bilinguisme systématisé?
M. Côté (Daniel) : La réponse
est non. En fait, en tant que gouvernement de proximité, on est un peu à
géométrie variable, si on veut. La situation chez moi, à Gaspé, est fort
différente de celle de la ville de Sept-Îles ou de celle de la ville de Montréal. Donc, en tant que gouvernement de
proximité, notre travail, c'était de s'assurer d'avoir les services
publics qui correspondent à la réalité de notre territoire. Chez moi, à Gaspé,
il y a 13 % de la population qui est anglophone, on a un fort historique
anglophone du côté particulièrement du centre-ville, qui était anglophone il y
a une cinquantaine d'années passées, tout juste. Ceci dit, on n'a pas le statut
de ville bilingue, donc je ne peux pas le réclamer. Mais, d'un autre côté, on
s'accommode. Tant qu'on est capable de communiquer en langue anglaise avec les
citoyens qui ont ces besoins de service là, on s'y accommode.
Donc... et la réalité est tellement différente
d'un endroit à l'autre que c'est difficile. Je ne peux pas parler de
systématique, loin de là.
M. Barrette : Sur la question
des contrats, vous réclamez des précisions. Si vous réclamez des précisions, c'est que vous avez identifié, dans votre
quotidien, un certain nombre, petit et probablement grand, où déjà,
aujourd'hui, vous considérez qu'il y a un risque important pour vous comme
donneur d'ouvrage, signataire de contrat, si les choses ne sont pas claires.
Ça, ça veut dire que tel qu'elles sont écrites, ça va poser un problème.
Pouvez-vous être plus précis en nous donnant des exemples qui font en sorte qu'actuellement,
la loi peut vous mettre en péril? Et le péril, ce sont les millions de vos
contribuables.
M. Côté (Daniel) : Oui, en
effet. Les périls qu'on voit, c'est, par exemple, si on octroie un contrat, je
peux donner le déneigement, par exemple, ou le ramassage des matières
résiduelles sur le bord de la route ou peu importe quel service essentiel qui
est offert par les municipalités, la fourniture d'eau potable, etc., souvent,
il y a des approvisionnements qui nous viennent de l'externe. Évidemment, la
municipalité ne produit pas tous ses biens et tous ses services par elle-même,
on donne des contrats. Mais, s'il y a des contrats dans le service essentiel
qui ne respecteraient pas toutes les exigences de la loi et qu'on se faisait
annuler ces contrats-là, bien, ça pourrait se traduire,
à ce moment-là, par des ruptures de services en déneigement, en eau potable, en
matières résiduelles ou dans d'autres services essentiels.
C'est
là où on voit un certain écueil, où il faut avoir une certaine souplesse dans
la mise en oeuvre de tout ça. Notre
objectif, c'est de se conformer à la loi. Il n'y a pas de problème, on veut
préserver et valoriser la langue française, mais, techniquement, il y a,
quelque part, une certaine... je dirais, un certain dosage à faire entre
l'objectif ultime et ce qu'on offre en services essentiels.
M. Barrette :
Maintenant, de nous identifier les articles qui vous apparaissent trop rigides.
La Présidente
(Mme Thériault) : En 10 secondes.
M. Côté
(Daniel) : J'ai entendu «en 10 secondes». Les articles, Sylvie?
Mme Pigeon
(Sylvie) : Oui. C'est à partir du nouvel article, là, 204.17 et
les suivants. Puis ce qu'on constatait, tu
sais, à l'analyse du projet de loi, c'est : Quels types de manquements à
la charte qui pourraient entraîner, par exemple, l'annulation d'un
contrat? Et dans quelles circonstances aussi le gouvernement du Québec pourrait
intervenir et demander la résiliation du contrat? On parle de manquements, mais
il nous manque, là, d'exemples pour bien saisir la portée, là, de ces
modifications législatives là.
La Présidente
(Mme Thériault) : Et je dois mettre fin à l'échange avec le
député de La Pinière. On va aller maintenant du côté de la députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, madame, bonjour, monsieur. Merci pour votre
présentation. Moi, j'ai 2 min 45 s. Justement, par rapport aux
contrats, moi aussi j'avais cette question-là, de quelles exigences... quelles
sont les exigences dont vous êtes inquiets, que les municipalités ne pourraient
pas répondre? Est-ce que c'est, par exemple,
les contrats sont rédigés en anglais? C'est quoi... D'où vient votre inquiétude
qu'il y ait un bris de service
parce qu'on ne respecte pas la Charte de la langue française?
Mme Pigeon (Sylvie) : Oui. La majorité des contrats sont rédigés en
français, actuellement, dans les municipalités, sauf peut-être certaines
exceptions, quand les entreprises avec qui la municipalité fait affaire est
située à l'extérieur du Québec. Par exemple, même à l'interne, nous, à l'UMQ,
on a des regroupements d'achats pour les assurances, et, à un moment donné, il
y a eu un enjeu, parce que comme... la compagnie était basée en Angleterre,
donc il y avait eu des enjeux. Et là est-ce que la loi va être extrêmement
stricte, par exemple, s'il y a un manquement, c'est ça, dans l'exécution du contrat? Est-ce que
ça pourrait être, par exemple, l'utilisation d'un logiciel qui n'est pas complètement
en français ou, bon, entre... des communications orales entre certaines personnes
qui sont impliquées dans le contrat, ça va donner lieu à un manquement à la charte?
C'est ça, il nous manque de précision dans le... jusqu'où ce sera strict dans
l'application de ces nouveaux articles là.
Mme Ghazal :
Entre les contrats qui sont rédigés dans une autre langue que le français,
etc., vous, est-ce que vous demandez... si c'est strict, est-ce que vous allez
demander... les municipalités pourraient pallier à ça par des services de
traduction, et tout ça, ou est-ce que vous demanderez que le gouvernement vous
aide là-dedans?
Mme Pigeon
(Sylvie) : Bien oui, dans certains cas, oui, on pourrait faire
affaire avec des traducteurs pour vraiment, là, traduire les contrats. Mais
c'est ça, puis il y a certaines municipalités aussi, par exemple, dans certains
contrats, on fait affaire aussi avec des multinationales qui ne sont pas basées
au Québec, et tout ça, donc des fois ça peut être... la connaissance du
français n'est pas nécessairement toujours adéquate, là.
Mme Ghazal :
...peu de temps. Une dernière question que je ne veux pas manquer : Le six
mois, vous dites que c'est trop court. Quel délai vous voyez? Quel autre délai
raisonnable vous voyez?
M. Côté
(Daniel) : C'est très difficile à établir et c'est vraiment des cas
d'espèce. Quand le nouvel arrivant arrive ici, et avec une, je dirais, une
connaissance de base du français ou avec une langue d'origine latine, par
exemple, où le français est plus facile à apprendre, peut-être que le six mois
est suffisant. Mais, dans certains autres cas où ça va être complètement... en
fait, ça va devenir très, très, très difficile d'avoir une connaissance requise
pour bien comprendre ce que la municipalité offre comme services.
Mme Ghazal :
Parce que, dans la loi, il faut mettre un temps. Là, vous... c'est ça, c'est
juste qu'est-ce qu'on peut proposer autre que six mois? Est-ce que j'ai encore
quelque temps?
M. Côté
(Daniel) : J'aimerais vous lancer une réponse, mais je ne veux pas
commettre d'impair.
Mme Ghazal :
Très bien. Merci.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. Le temps est écoulé. Je vais maintenant
du côté du député de Matane-Matapédia, pour votre 2 min 45 s,
vous aussi.
M. Bérubé : Bienvenue. Question courte, réponse
courte : Vous trouvez, donc, acceptable qu'une municipalité qui ne
compte que 12 % d'anglophones puisse avoir le statut bilingue et le
maintenir?
M. Côté
(Daniel) : Dans l'optique où elle avait ce droit-là jusqu'à maintenant,
bien, dans l'optique du maintien des droits acquis, la réponse est oui si la municipalité
est à l'aise à conserver son statut.
M. Bérubé :
Si je vous suggère que j'ai devant moi une offre d'emploi d'une municipalité
qui compte 12 % d'anglophones et qui exige le bilinguisme pour être
engagé, c'est une des trois conditions, pour une offre d'emploi qui se
terminait le 20 août dernier, est-ce que vous trouvez ça toujours acceptable?
M. Côté
(Daniel) : Dans l'optique où on doit préserver au maximum l'autonomie
municipale tout en respectant évidemment d'autres objectifs
linguistiques, c'est l'autonomie municipale qui prime, tant qu'à moi, là-dessus.
M. Bérubé :
D'accord Le poste, c'est chef de division sport et programmes à la ville de
Rosemère. Pouvez-vous me confirmer si cette ville est membre de votre
organisation?
M. Côté (Daniel) :
Sylvie, est-ce que tu y vas?
Mme Pigeon
(Sylvie) : Oui. Oui, de mémoire, oui.
M. Bérubé :
Merci. Alors donc, Rosemère est membre de votre organisation, 12 %
d'anglophones, exige le bilinguisme pour engager quelqu'un à un poste de sports
et loisirs, et vous trouvez ça acceptable. J'ai un autre exemple pour vous.
Mme Pigeon
(Sylvie) : Pourquoi?
M. Côté
(Daniel) : Oui, allez-y.
M. Bérubé :
Une autre municipalité, 18 % d'anglophones, ville Mont-Royal, pour
travailler à un poste de sécurité publique qui s'est terminé récemment,
on demande l'anglais oral et écrit. Est-ce que vous trouvez ça acceptable?
M. Côté
(Daniel) : Si la municipalité a le statut bilingue et qu'elle dispose
de l'autonomie requise en vertu de la loi, c'est l'autonomie qui prime.
M. Bérubé :
Est-ce que ville Mont-Royal est membre de votre organisation?
Mme Pigeon
(Sylvie) : Oui.
M. Bérubé :
Écoutez, je vais me permettre un commentaire. Je ne sais pas si la paix
linguistique que vous voulez préserver ou la paix dans votre organisation,
mais, en ce qui nous concerne, des municipalités qui comptent moins de 20 %
de la population et qui veulent exiger une connaissance de l'anglais à
l'embauche, c'est un obstacle, c'est
inacceptable au Québec. Vous comptez 13 % d'anglophones à Gaspé, est-ce
que vous demandez le bilinguisme?
M. Côté
(Daniel) : Non, parce qu'on n'a pas le statut de ville bilingue non
plus.
M. Bérubé :
Merci. Pas d'autre question, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. Donc, il ne me reste plus qu'à vous
remercier d'avoir participé à cette commission parlementaire, qui enrichira
certainement les travaux, la réflexion du ministre.
nous allons suspendre quelques instants pour permettre à l'autre groupe de
prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
15 h 47)
Présidente (Mme Thériault) : Bonjour. Donc, nous reprenons nos travaux. Et, sans plus tarder, nous
allons entendre M. Sabourin, qui est
démographe. M. Sabourin, vous avez une dizaine de minutes pour nous
présenter vos recommandations, votre exposé,
par la suite, il suivra un échange avec le ministre et les différents partis
d'opposition. Donc, bienvenue en commission parlementaire, la parole vous
appartient.
M. Sabourin (Patrick) : Ça
marche. Merci beaucoup, Mme la Présidente, merci beaucoup, pardon. Donc, mon nom est Patrick Sabourin, on vous l'a dit déjà, je
suis démographe à l'Institut national de la recherche scientifique, mais je témoigne ici à
titre personnel. Mon collègue
Guillaume Marois, qui devait être là, ne peut malheureusement pas se joindre à nous, et il s'en excuse. Mais,
entre vous et moi, comme d'habitude, il m'a laissé tout le boulot.
J'aimerais m'excuser aussi à la commission de ne pas avoir soumis notre mémoire
plus tôt, je blâme mes enfants, bien sûr, mais je vais le faire parvenir à la commission
d'ici la fin de la semaine, sans faute.
Avant de vous donner mes propositions,
j'aimerais souligner, d'abord, quelques-unes des avancées majeures qui se
trouvent dans le projet de loi n° 96.
Donc,
l'exemplarité de l'État en matière de protection de la langue française, une
notion qui traverse tout le projet de loi, apparaît aujourd'hui
tellement évidente qu'on est surpris que ça ait pris plus de 40 ans pour y
parvenir — mais ce n'est pas parce qu'on y voit, après coup,
une évidence qu'il aurait été simple d'y arriver — alors, ça, c'est très bien, on dit bravo!
La francisation de l'État québécois et l'utilisation exclusive du français dans
les relations de l'État avec les citoyens constituent, donc, un grand pas en
avant.
Le renforcement du droit de vivre en français,
au Québec, est également une avancée significative sur le plan juridique, notamment en ce qui a trait à la langue
utilisée au travail. Donc, les Québécois qui ne parlent pas anglais, ils
sont de plus en plus rares par ailleurs,
doit-on le souligner, ne devraient pas être discriminés sur le marché de
l'emploi.
Finalement,
on ne peut qu'approuver la volonté du gouvernement d'offrir des services de
francisation cohérents et efficaces par l'entremise de l'organisme
Francisation Québec. Donc, les structures d'intégration des immigrants,
pourtant si essentielles, ont trop souvent été le parent pauvre de la politique
linguistique.
Donc,
maintenant, on a envoyé quelques fleurs, maintenant, c'est l'heure des pots.
Mes propositions vont porter sur
trois aspects de la politique linguistique et du projet de loi n° 96. Donc, le premier volet, ça va être la
production des connaissances,
deuxième volet, ce sera la politique d'immigration
et troisième volet sera le financement institutionnel.
Donc, on va commencer par la question de la
production des connaissances. Donc, on est démographes, puis, en mémoire, on
veut toujours plus de données, toujours plus d'enquête, c'est dans notre
nature, mais, sur la question linguistique, il faut admettre qu'il y a un réel
manque de profondeur dans la recherche et dans les données de recherche, et il
y a plusieurs facteurs en cause là-dessus.
D'abord, la collecte de données. La plupart des
données de recherche sont produites à Ottawa par Statistique Canada et sont
soumises à des contraintes qui sont spécifiques au gouvernement, aux objectifs
du gouvernement fédéral. Donc, Statistique
Canada n'est pas en cause ici, l'agence fait un excellent travail, mais elle
répond du gouvernement fédéral, dont les priorités ne sont pas celles du
Québec.
Un autre problème avec le mandat de recherche de
la charte qui est écrit dans la charte est dispersé au sein de ces organismes,
ce qui laisse place à interprétation sur qui doit donner l'heure juste sur la
situation du français. Ce flou a, dans le passé, nuit à la production
scientifique en créant une tension entre le mandat de recherche de l'OQLF et
celui du Conseil supérieur de la langue française. Donc, le projet de loi
n° 96 ne règle pas ce problème. Il reste un flou encore sur les
responsabilités en termes de recherches.
Finalement, la démolinguistique et la sociologie
des langues... la sociologie quantitative des langues a pratiquement disparu
des universités. Il y a une abondance de recherches qualitatives à
l'université, mais ce type de recherche est,
à notre avis, mal adapté à l'élaboration des politiques publiques. Donc, j'ai
trois propositions dans ce volet.
Proposition 1.1 : ajouter un poste de
directeur de la recherche indépendant — c'est le mot «indépendant»
qui est important — qui
serait chargé de développer, coordonner et diffuser la recherche sur langue.
Proposition 1.2 : confier un mandat
clair à l'Institut de la statistique du Québec pour collecter des données et
publier les indicateurs nécessaires au suivi de la situation linguistique.
Proposition 1.3 :
établir des chaires de recherche en démolinguistique et en sociologie
quantitative des langues afin que ces disciplines reprennent racine dans
les universités québécoises.
Maintenant, deuxième volet. La politique
d'immigration, c'est un enjeu très complexe et difficile d'aborder succinctement, surtout dans le cadre d'une
audition en commission parlementaire, mais on va essayer de faire ça
rapide et clair. On va commencer par donner un peu de contexte. Donc, dans les
années 70, au moment d'adopter la loi 101, l'immense majorité des immigrants s'intègrent à la communauté
anglophone, mais, à partir de la loi 101, la proportion des
transferts linguistiques vers le français s'améliore graduellement. On a
souvent attribué ce revirement... encore aujourd'hui, on lit ça dans les
journaux, on a attribué ce revirement de situation à la loi 101 parce que
ça coïncide, là, disons qu'il y a une amélioration des transferts linguistiques
à peu près en même temps que l'arrivée de la loi 101, mais c'est plutôt du côté de la politique
d'immigration qu'il faut se tourner pour comprendre les améliorations. Parce
que c'est, également, à partir de cette période que le Québec obtient des
nouveaux... en immigration et qu'il les exerce. Donc, la priorité est donnée aux immigrants déjà francisés ou fortement
susceptibles de se franciser, ce qu'on appelle les francotropes, et les
candidats sont interviewés et évalués par des agents d'immigration, on a une
grille de sélection. Et voilà. Donc, la politique de sélection des immigrants
est, sans contredit — c'est
ce que montrent mes travaux, les travaux d'autres aussi — la
mesure la plus conséquente de la politique linguistique du Québec.
Or, depuis
10 ans, le gouvernement du Québec abandonne sa stratégie et compte de plus
en plus sur l'immigration temporaire et le Programme de l'expérience
québécoise pour admettre les immigrants. Le gouvernement du Québec laisse,
donc, toute la place au fédéral sur la sélection des immigrants puisque les
immigrants temporaires relèvent du gouvernement fédéral. Les immigrants
arrivent donc au Québec avant d'avoir été sélectionnés et entament leur
processus d'intégration dans les entreprises ou dans les établissements
d'éducation où la présence de l'anglais est souvent importante. Le gouvernement
mise donc sur la francisation sur place plutôt que sur la sélection dans les
pays sources. Cette stratégie nous apparaît très risquée.
Proposition 2.1 : revenir à un
processus de sélection rigoureux dans les pays sources afin que les requérants
soient interviewés et évalués par un agent d'immigration du Québec avant leur
arrivée.
Proposition 2.2 :
inscrire dans la loi, comme le suggère le rapport de la CAQ, une langue commune
à tous et pour tous, que le ministre
de la Langue française soit aussi le ministre de l'Immigration, et ce, afin
d'assurer une cohérence dans les politiques.
Proposition 2.3 : instaurer des
enquêtes suivies obligatoires de la sélection des immigrants jusqu'à
cinq ans après l'émission du certificat
de sélection afin de déterminer les parcours linguistiques et économiques des
immigrants.
Finalement, mon troisième et dernier point, il
faut, je crois, rapprocher la part du financement des institutions anglophones
du poids démographique des anglophones. Concrètement, ce que ça veut dire,
c'est : présentement, par exemple, dans les institutions postsecondaires,
on investit 2 $ à 3 $ d'argent public dans les établissements de
langue anglaise pour chaque anglophone alors que, pour chaque francophone, on
investit entre 0,80 $ et 0,90 $ pour les établissements de langue
française. Donc, le projet de loi n° 96 va dans ce sens-là, avec un
plafonnement des places aux cégeps anglais.
Mais d'autres
actions du gouvernement vont à contre-courant, par exemple avec l'injection de
100 millions de dollars pour l'expansion du collège Dawson ou la
cession de l'Hôpital Royal-Victoria , à McGill, pour la création d'un centre de recherche international. Ces éléments auront
clairement un impact important sur la situation linguistique à Montréal.
Donc,
proposition 3.1 : appliquer la loi 101 au cégep, la solution
retenue par le gouvernement, et le plafonnement des admissions avec
cliquet, c'est fragile et, dans une certaine mesure, arbitraire. Les mécanismes
de la loi 101 sont éprouvés, rigoureux,
structurants et justes en ce qu'ils réservent l'accès aux établissements
anglophones à ceux dont les parents ont également fréquenté l'école anglaise.
Nous comprenons que le gouvernement a cherché à
couper la poire en deux en agissant pour rééquilibrer le financement des
institutions postsecondaires anglophones, mais ce compromis nous apparaît
davantage comme un compromis politique que comme une solution rationnelle à un
problème donné.
Proposition 3.2 :
créer un bureau d'audiences publiques sur la langue qui examinerait l'impact
linguistique de tous les
investissements publics dans les institutions de langue anglaise. En fait, une
idée serait de créer un organisme similaire au BAPE, le Bureau
d'audiences publiques en environnement, pour évaluer l'impact linguistique des
projets. Donc, on organise des audiences publiques pour s'assurer de sauver les
grenouilles et les milieux humides, puis ça, je n'ai rien contre les
grenouilles et les milieux humides, j'ai une maîtrise en biologie, mais on
octroie et on coule des centaines de millions de dollars dans des projets qui changent totalement la donne linguistique sans même en examiner les impacts. Donc, je pense
qu'un bureau d'audiences publiques en langue nous permettrait de mieux... de
pouvoir mieux évaluer l'impact sur l'aménagement linguistique qu'ont les
investissements publics.
Donc, voilà, tels étaient mes trois points. Je
vous remercie de votre attention et j'attends vos questions.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci beaucoup, M. Sabourin, pour votre présentation. Donc, sans plus
tarder, nous allons du côté ministériel. M. le ministre, la parole est à vous
pour vos 16 min 40 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme
la Présidente. Bonjour, M. Sabourin. Merci d'être présent aujourd'hui en
commission parlementaire et merci pour votre intervention.
Au cours de
la dernière année, même au cours des deux dernières années, M. Sabourin, je
crois personnellement que c'est
indéniable qu'il y a eu la démonstration que le français est en déclin au
Québec. Certains ont contesté cet état de fait là. On l'a vu, là, dans
les médias, à plusieurs reprises, il y en a qui disent : Tout va bien, Mme
la marquise, tout est beau, il n'y a pas de
déclin du français. Quel est le juste portrait? Est-ce qu'il existe un déclin
du français au Québec? Et, surtout,
je crois que vous avez déjà abordé la question avec M. Pratte en lui
répondant à sa lettre ouverte, mais j'aimerais vous entendre. Quelle est
votre opinion par rapport à la situation du français au Québec?
M. Sabourin (Patrick) : Bien,
le français au Québec est en situation de déclin. Excusez-moi, M. le ministre,
est-ce que vous... O.K., ce n'est pas... Excusez-moi, mon image était décalée.
Je vous voyais encore... mais je ne vous entendais pas.
Donc, ma position — bien, ma position,
c'est la position des données qu'on a — c'est que le français est en
déclin au Québec, et ce, depuis des décennies, et la raison est simple et
indéniable, c'est qu'à la fois les francophones et les anglophones au Québec sont en état de sous-fécondité,
c'est-à-dire qu'ils ne font pas assez d'enfants pour renouveler leur
population, donc, ce qui permet à la population de ne pas décroître, ce sont
les apports en immigration. Or, les immigrants choisissent l'anglais à peu près
une fois sur deux, ce qui est nettement insuffisant pour maintenir le poids
démographique du français. Donc, là, il y a certains...
J'aime bien comparer la question linguistique à
l'environnement. Donc, les chiffres, en population et en démographie, ne
bougent pas très vite, c'est long. C'est un peu comme la température terrestre,
finalement. Donc, on ne peut pas voir les effets dans le court terme. Mais, si
on regarde les grandes tendances, le déclin du français est évident et
indéniable.
M. Jolin-Barrette : Depuis quand est-ce que le français... on
constate que le français est en déclin au Québec?
M. Sabourin (Patrick) : Bien,
on le sait à peu près depuis que la fécondité est passée sous la barre du seuil
de remplacement. Donc, je dirais, depuis les années 90, on fait... 80, 90,
on fait des projections qui montrent que le français est en déclin. Il y a des
variables qui changent, hein? Par exemple, dans les années 80 et 90, il y
a beaucoup d'anglophones qui sont partis du Québec, ce qui a eu pour effet de
rehausser le poids des francophones par la bande. Mais ce n'était pas vraiment
un... comment dire, une amélioration... Ce n'était pas dû à l'amélioration de la francisation des
immigrants, par exemple. Forcément, c'était vraiment parce que les Anglais
partaient, ça francisait le Québec par défaut. Mais là les anglophones partent
moins. Alors donc, ça, ça fait... c'est un autre facteur qui fait que le français
décline un peu plus, surtout depuis le début
des années 2000. Donc, je vous dirais que c'est... on le sait depuis peut-être 30 ans,
et puis, depuis le début des années 2000, ça s'accélère un peu, parce
qu'il y a eu moins de départs des anglophones vers les autres provinces
canadiennes.
M. Jolin-Barrette : Donc, si je
comprends bien, on le sait depuis fin des années 80, 90 que le français décline, on constate également
au tournant des années 2000 qu'il
y a une accélération du déclin du français.
Donc, lorsque l'ancien député de
Borduas, M. Curzi, en 2009, 2010, 2011, indiquait clairement
qu'il fallait agir sur la question de la langue, je comprends que les
données, les statistiques, les tendances étaient là, et tout le monde le savait
qu'il y avait un déclin du français à ce moment-là.
M. Sabourin (Patrick) : Ah oui,
oui! Écoutez, les recensements qui sont clés, là, dans la question du déclin du français sont les recensements
de 2001 et 2006. Donc, en 2001 et 2006, il y avait des indications claires
qu'il se passait quelque chose,
surtout en 2001, où l'exode des anglophones a vraiment beaucoup ralenti. Donc
là, le poids des francophones a chuté. Donc, c'est depuis au moins les
années 2000, là, au moins le recensement de 2001.
M. Jolin-Barrette : Tout à
l'heure, vous avez abordé la question des structures associées à la langue française. Vous, là, comme démographe, là, comment
vous expliquez que les données de l'OQLF n'étaient pas rendues
disponibles durant des années, que les études n'étaient pas rendues publiques?
M. Sabourin (Patrick) : Bien,
c'est une question un peu torvice. Bien, mon... évidemment, mon opinion, c'est que c'est une question politique. Donc, la
présidente de l'office... le président ou la présidente de l'office, c'est
une personne nommée par le ministre, donc dépend du ministre, et donc, s'il y a
des choses qui ne sont pas convenues sur le
plan politique, eh bien, on peut les retenir, on peut attendre. Donc, il n'y a
pas de règle. Le problème, c'est... un, c'est que la présidente de
l'office, c'est une nomination politique. Deuxièmement, c'est qu'il n'y a pas
d'obligation de résultat fort sur... par exemple, sur la publication des
indicateurs, ou sur la publication des projections, ou ne serait-ce que sur
l'émission d'un avis. Je me souviens, on demandait à la présidente de
l'office : Bon, est-ce que le français va
bien ou ne va pas bien? La réponse, c'était : Oui, vous savez, c'est comme
une grande famille, le français, il y en a des choses qui vont bien, des choses qui ne vont pas bien. Alors, c'est
extrêmement difficile pour le citoyen de comprendre quelque chose,
d'avoir une espèce de synthèse de ce qui se passait au niveau de la langue.
Alors, il manque... Donc, pour revenir à
votre... pour faire un... revenir à votre question, il manque une nomination
non partisane du président de l'office ou d'une autre structure — je
sais que, dans le projet de loi, il y a la question du commissaire — et la
définition... une définition claire des indicateurs et des éléments de
recherche qu'on veut publier à des dates fixes.
M. Jolin-Barrette : C'est
intéressant, vraiment, votre dernière intervention. Dans le projet de loi, ce
qu'on fait, c'est qu'on vient faire en sorte
que l'office devra publier des rapports, donc un rapport aux cinq ans, un autre
rapport périodique également à mi-terme entre les deux, et l'office va indiquer
clairement les indicateurs sur lesquels elle va se pencher, mais ça va être
validé par le Commissaire à la langue française, qui, lui, va être nommé aux
deux tiers de l'Assemblée nationale.
Qu'est-ce que vous pensez de cette
proposition-là, du fait que l'office va devoir faire préapprouver ses
indicateurs, justement, pour avoir un véritable portrait de la situation par
une personne neutre et indépendante?
M. Sabourin (Patrick) : Oui,
c'est un bon pas en avant. Comme je l'ai mentionné dans mon allocution, et
c'est vrai que ça va vite, là, mais je l'ai... on l'a aussi mis dans le
mémoire, je pense qu'il faut aussi nommer ou... ça peut être soit l'Assemblée
nationale qui nomme ou le commissaire, mais un responsable de la recherche,
quelqu'un qui va vraiment guider la
recherche. Et donc, si cette personne travaille au sein du commissariat à la
langue officielle, bon, bien, cette personne pourra valider les
indicateurs. Je pense que c'est une très bonne idée, c'est la... l'idée est là.
Je pense qu'il faut centraliser la recherche.
Là, présentement, elle est un peu dispersée dans les organismes, au conseil, à l'office, et là, dans le projet de
loi n° 96, elle est un peu dispersée à l'office et au commissariat à la
langue officielle. Je pense qu'il faudrait concentrer les activités de
recherche et l'autorité sur la recherche à un seul endroit. Moi, je propose,
dans mon mémoire, que ce soit un directeur de la recherche nommé. J'imagine que
vous pouvez peut-être trouver une autre structure qui s'y apparenterait. Mais
avoir un directeur de la recherche indépendant qui puisse mener ses propres
enquêtes, ses propres questions... à faire avancer ses propres questions de
recherche serait quelque chose de... un plus important.
M. Jolin-Barrette : Dans le
projet de loi, on prévoit... Parce que, tout à l'heure, vous avez dit : On
est tributaires et on est dépendants de la recherche qui est effectuée par le
fédéral en fonction... Et vous avez dit quelque chose de très intéressant, vous
avez dit : Écoutez, les données que nous avons sont en fonction des
besoins ou de l'orientation du gouvernement
fédéral. Donc, on utilise des données où le demandeur ou celui qui passe la
commande cherche un objectif aussi. Ça fait que ça peut teinter les
indicateurs.
M. Sabourin (Patrick) : Exact.
M. Jolin-Barrette :
Il y a un volet dans le projet de loi où on confie à l'Institut de la
statistique du Québec également un mandat de recherche, également. Est-ce que,
sans nécessairement... Parce que, là, je vous entends, vous nous dites : Ça prendrait un directeur de la
recherche. Mais, si on confie une
partie du mandat ou le mandat en
totalité à l'Institut du Québec... l'Institut de la statistique du Québec,
est-ce que vous pensez qu'on est dans la bonne voie?
M. Sabourin (Patrick) : C'est
une bonne avenue. D'ailleurs, dans le mémoire, on propose qu'une partie,
surtout la collecte de... ce qui a rapport à la collecte des données, à
l'analyse des données, ce soit fait à l'Institut de la statistique du Québec.
Donc, ça, c'est une bonne chose.
Mais il faut se demander si l'Institut de la
statistique du Québec aurait l'indépendance et la latitude pour mener les programmes de recherche qu'il veut sur la question
linguistique. Si je vous entends bien, vous me demandez peut-être
si on pourrait peut-être déplacer la recherche vers l'Institut de la statistique du Québec en sa totalité. Peut-être, peut-être, c'est quelque chose à voir, c'est... Je ne
suis pas contre, là, d'emblée, c'est quelque chose qui pourrait être
intéressant. Nous, on...
M. Jolin-Barrette : Parce
que...
M. Sabourin (Patrick) : Oui.
Allez-y.
M. Jolin-Barrette : Allez-y,
allez-y.
M. Sabourin (Patrick) : Chez
nous, on proposait de joindre ça au commissaire, parce que le commissaire, lui, dans l'exercice de ses fonctions, va faire
face à différentes questions, va constater différentes choses, et il
pourrait alimenter, je pense, un directeur de la recherche en lui disant :
Bon. Là, ici, on a telle, telle problématique, mais on a un angle mort, on ne
sait pas pourquoi ça se passe. Bon. Est-ce que vous pourriez... Est-ce que vous
pensez que c'est possible de faire de la recherche là-dessus? Il y aurait... Je
pense qu'il y aurait une certaine synergie entre le commissaire et le directeur de la recherche qui pourrait être
intéressante. Mais, comme je vous dis, il n'y a... pas dogmatique
là-dessus, ça pourrait être aussi un groupe de l'ISQ qui s'occupe de toute la
recherche sur la langue.
M. Jolin-Barrette : Parfait. Je
vous remercie beaucoup, M. Sabourin. Ce que je retiens notamment pour vous, c'est le critère d'indépendance des données
de la recherche pour vraiment que les Québécois aient un portrait juste.
Donc, je vais
céder la parole, je sais que j'ai mes collègues de Saint-Jean
et Chapleau qui souhaitent intervenir. Merci,
M. Sabourin.
M. Sabourin (Patrick) : Grand
plaisir.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, nous allons passer avec le député de Saint-Jean. Vous avez
6 min 50 s.
M. Lemieux :
6 min 50 s. Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Sabourin.
Si vous le permettez, je pense que vous allez être content, on va continuer de
parler de recherche, mais l'idée, c'est... je voulais aller aussi dans le
résultat des recherches, que vous avez fait avec le ministre, mais le dernier
bout me passionne davantage, c'est-à-dire la
recherche elle-même, comment on la fait, pourquoi on n'en avait pas
autant et l'explication de dire que la commande est passée par le
fédéral, qui a des besoins bien précis, là, sans arrière-pensées nécessairement,
mais des besoins précis, pose les questions pour avoir les réponses qu'elle
cherche. Bon.
Corrigez-moi si je me trompe, mais, quand il est
question de langue, c'est autodéclaré dans le questionnaire qu'on remplit, «langue maternelle», «langue parlée
à la maison». Il n'y a pas d'évaluation très stricte, là, on
autodéclare, et la recherche part de là. Ou est-ce qu'on va valider ensuite
avec des recherches plus fines les données fondamentales avec lesquelles on
travaille pendant toutes ces années, là?
M. Sabourin (Patrick) : Non,
vous avez raison, c'est autodéclaré. D'ailleurs, toutes les questions du
recensement se font autodéclarées, incluant... bien, maintenant, c'est moins
vrai, mais à une certaine époque, là, bien, incluant
le revenu, ce qui se... posait toutes sortes de problèmes, la religion, etc.
Donc, tout est autodéclaré et, bon, je vais donner un exemple qui va dans le sens de ce que vous me dites. Dans
le recensement, il y a une question sur la connaissance des langues
officielles. Donc, on demande aux gens : Est-ce que vous êtes capable de
soutenir une conversation en français ou en anglais?, et les gens répondent
oui, non à cette question-là. Donc, on a une estimation du bilinguisme des Québécois
et des Canadiens, mais on n'a pas une mesure vraiment précise de ce bilinguisme-là.
Donc, quand je parlais, tout à l'heure, qu'il reste des grands... il reste des
trous dans notre connaissance, ça, c'est ce genre de trous là dont je parle.
M. Lemieux : Bon. Mais là, on a
une donnée quantitative que j'oserais appeler d'approximative, mais je ne suis
pas démographe, encore moins statisticien, là, puis sur le qualitatif, bien là,
on repassera, là.
M. Sabourin
(Patrick) : Oui. Bien, sur le qualitatif, il y a quand même pas mal de
recherches en... qualitatives sur la langue. D'ailleurs, c'est presque
exclusivement qualitatif maintenant sur la langue, sauf ce qui a trait aux données qui
sont recueillies par Statistique
Canada, mais la recherche originale,
avec des nouvelles questions, des nouvelles données, c'est surtout de la
recherche qualitative qu'on fait.
M. Lemieux :
Sur la qualité de la langue parlée?
M. Sabourin
(Patrick) : Sur la langue.
M. Lemieux :
O.K. Là, quand on est en tr