Labour and the Economy — 22 January 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2021-01-22
Quebec — Committees
Nous regroupons, effectivement, et soutenons...
Parce que l'UTTAM est une organisation populaire, nous ne sommes pas un
syndicat, donc nous avons des membres, mais nous représentons aussi des
travailleurs et des travailleuses qui ne sont pas membres mais qui ont besoin
de soutien. Donc, nous soutenons des travailleuses et des travailleurs qu'on
pourrait qualifier des travailleurs de l'ombre, qu'on a découverts soudainement
pendant la crise sanitaire et qui sont
devenus des travailleurs essentiels ou des anges gardiens. Alors, des gens qui
sont habituellement non syndiqués, qui sont sous-payés, qui travaillent
dans des emplois manuels, dans des conditions de travail dangereuses. Ce sont
souvent aussi des travailleuses et des travailleurs âgés qui ont travaillé
toute leur vie dans des emplois pénibles et qui ont vu leur travail leur voler
une bonne
partie de leur vie et de leur santé.
Alors donc, nous regroupons essentiellement des
travailleuses et des travailleurs que la CNESST... Parce qu'on m'a dit... je
n'ai pas eu la chance d'écouter les travaux, on avait un mémoire à présenter,
mais on m'a dit qu'on avait beaucoup parlé de chronicité, pendant cette
commission-là, alors on peut dire qu'à l'UTTAM on représente, justement, ce que la CNESST qualifie depuis une vingtaine
d'années de travailleurs chronicisés, c'est-à-dire des travailleurs qui
sont gravement handicapés, qui sont en arrêt de travail depuis au moins six
mois et surtout qui coûtent très cher au régime. Alors, les chiffres, la CNESST
les sort régulièrement, là, il y a 4 % des lésions professionnelles qui
engendrent 75 % des coûts du régime. Et donc nous, là, c'est ces gens-là
qu'on représente.
Les organisations patronales et les comptables,
à la CNESST, vous diront que ces gens-là coûtent cher au régime. Alors, nous,
de notre côté, on est plutôt à même de constater que ces lésions-là coûtent
surtout cher aux victimes et à leurs proches mais aussi à l'ensemble de la
société, quand les responsables de leurs lésions parviennent à échapper à leurs
responsabilités, comme c'est trop souvent le cas avec le régime de réparation
des lésions professionnelles qu'on a actuellement, alors... Parce qu'on a
beaucoup entendu parler, depuis quelques années, des coûts, hein, les coûts du
régime. On a vu, la semaine dernière ou il y a deux semaines, des études sortir
disant que le régime québécois coûtait très, très cher, mais ce qu'on oublie de
parler, c'est des coûts humains mais aussi des coûts de la société. Parce
qu'une lésion, une maladie professionnelle qui est refusée, bien, ces gens-là
sont quand même malades et donc ils vont être traités par le système de santé
public, ils vont s'adresser au Régime de rentes du Québec pour avoir une rente
d'invalidité, à l'aide sociale, à l'assurance chômage. Et donc ces coûts-là,
ils ne disparaissent pas parce qu'ils ne sont pas indemnisés par le
régime. Donc, c'est ces gens-là, nous, qu'on rencontre, c'est ces gens-là qui, selon nous, ont le plus besoin de protection du régime,
des gens qui ne sont plus capables de refaire leur travail, qui sont gravement
handicapés.
Alors, évidemment, quand on a vu le projet de
loi n° 59 déposé, on l'a dit publiquement, on était
sous le choc. On était sous le choc pour deux raisons. On savait que le projet
de loi qui s'en venait ne serait pas un cadeau pour les travailleuses puis les travailleurs, on avait quand même
suivi les travaux depuis une dizaine d'années là-dessus, mais on était loin
de se douter que le régime s'attaquerait... c'est-à-dire, qu'on s'attaquerait
au régime de cette façon-là et particulièrement aux gens qui ont le plus
besoin de protection. J'y reviendrai brièvement tout à l'heure. Mais on a été
aussi choqués parce qu'on nous présente cette réforme-là comme une
modernisation, alors que c'est un grand retour en arrière. Au niveau de la
réparation, on retourne 35 ans en arrière; au niveau de la prévention,
40 ans en arrière. Mais nous, on va vous parler surtout de réparation.
Ce qu'on constate, dans ce projet de loi là,
c'est qu'on est en train de défaire ce qui a été fait en 1985, et ça avait été
fait pour des bonnes raisons, c'est-à-dire, de limiter les pouvoirs de la
CNESST, qui s'appelait la CSST, à l'époque, parce qu'elle avait tendance à
abuser de ces pouvoirs-là pour protéger les fonds du régime, sans regarder les
impacts que ça avait sur les travailleuses et les travailleurs. Donc, à cette
époque-là, on a réduit ses pouvoirs réglementaires, on a réduit son contrôle en
matière médicale. Et ce qu'on voit dans le projet de loi, c'est un retour vers
cette époque, où on accorde de plus en plus de pouvoirs discrétionnaires à la
CNESST, où on accorde de plus en plus de pouvoirs réglementaires à la CNESST
pour limiter aussi le contrôle des tribunaux, parce que, si la CNESST interdit quelque
chose dans un de ses règlements, bien, les tribunaux ne pourront rien faire. Et
donc on était choqués sur ces deux questions-là.
J'y vais brièvement parce que le temps passe.
Alors, qu'est-ce qui nous dérange particulièrement dans ce projet de loi là? Alors,
évidemment, toute la question des maladies professionnelles, on en a entendu beaucoup
parler. Le ministre du Travail, depuis deux ans, nous dit qu'il faut moderniser
la liste. Or, quand on regarde cette nouvelle liste là, réglementaire, alors
nous, on s'oppose totalement à ce que... de donner un pouvoir réglementaire à
la CNESST au niveau des maladies professionnelles, parce qu'elle a démontré,
depuis 35 ans, qu'elle est incapable d'ajouter
des maladies professionnelles. Mais, quand on voit aussi ce qui accompagne le règlement,
c'est essentiellement d'ajouter de nombreuses conditions pour faire en
sorte que les gens qui sont malades n'entreront pas dans le régime.
Alors ça, c'est notre grande, grande inquiétude,
l'adoption dans cette loi-là d'un règlement qui va accorder de tels pouvoirs à
la CNESST. Toutes les attaques qui sont aussi faites sur les travailleuses et
les travailleurs qu'on représente, les gens qui sont les plus, appelons ça,
maganés, alors les attaques au niveau de la réadaptation, au niveau de
l'assistance médicale, un dada de la CNESST depuis 40 ans. Elle veut
totalement limiter l'assistance médicale. Alors
là, on est en train de lui accorder des pouvoirs supplémentaires qui vont
permettre de réduire l'assistance médicale qui est offerte par la loi.
J'emploie un gros terme, là, mais on trouve que
c'est un projet de loi de sans-coeur. On s'attaque aux travailleurs âgés, dans
ce projet de loi là, des gens qui ont des limitations fonctionnelles, qui ont
travaillé toute leur vie, qui ne sont plus capables d'occuper leur emploi, puis
on leur dit : Non, vous allez être obligés d'aller vous chercher des
emplois puis, si vous ne faites pas trois, cinq, 10 recherches d'emploi
par jour, on va vous couper. Alors, c'est des mesures qui restreignent les
droits des travailleuses et des travailleurs.
Et avec les économies qu'on va faire, parce
qu'il y a une étude d'impact qui démontre qu'il va y avoir des économies
importantes au niveau de l'assistance médicale et des indemnités qui vont être
versées aux travailleuses et aux travailleurs, alors on va ajouter quelques mesures
de prévention. Alors, ça, c'est assez choquant, parce que les travailleurs
qu'on représente, c'est des travailleurs pour qui la prévention n'a pas
fonctionné. Et, même si on ajoute de belles mesures de prévention, il va encore
y avoir des accidents et des maladies professionnelles. Et on leur dit que,
pour le bien de toute la société, de tous les travailleurs et les
travailleuses, ils vont devoir, eux, payer pour ces mesures de prévention là.
Alors, je vois que le temps passe. Il me reste
environ 30 secondes, donc je vais conclure là-dessus, on aura des
échanges. Alors, évidemment, vous comprendrez qu'on ne demande absolument pas
l'adoption de ce projet de loi là. Ce qu'on veut, c'est un véritable débat, et
on ne voit pas actuellement qu'il y a un véritable débat. Trois jours et demi
de commission parlementaire pour des modifications aussi importantes des deux
lois. Alors, on est insatisfaits du projet de loi, on veut qu'il soit soit
retiré soit amendé fortement, et on invite les parlementaires à poser des
bonnes questions. Et je sais que mon 10 minutes est terminé.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci, M. Lafrance, pour votre exposé. Alors, nous allons commencer
immédiatement la période de questions avec M. le ministre. Vous disposez de
16 min 30 s.
M. Boulet : Oui. Bonjour,
M. Lafrance. Bonjour, M. Lapan. Merci de votre présence et surtout
merci de votre engagement pour les travailleurs victimes de lésions
professionnelles qui sont souvent laissées pour compte par un système, vous le
mentionnez dans votre rapport — bon, votre rapport est quand même assez
substantiel, il y a 150 pages — que nous avons reçu ce matin.
J'ai essayé de le lire très, très rapidement. Évidemment, il n'y a pas personne
de sans-coeur dans mon équipe puis il n'y a pas personne de pas préoccupé par
la prévention puis par l'indemnisation.
Puis quand
vous référez... Il y a des éléments, entre autres, dans ce que vous
mentionnez... c'est la chronicisation. Il faut, d'abord et d'emblée,
souligner qu'il y a quand même des grands virages extrêmement intéressants dans
ce projet de loi là. Puis je citerais le Protecteur du citoyen, dans son
rapport, qui dit, après avoir analysé l'ensemble du projet de loi : «D'entrée de jeu, le
Protecteur du citoyen accueille favorablement ce projet de loi qui permet
[notamment une vision] plus inclusive et plus préventive de la sécurité et de
la protection des travailleurs et travailleuses.» Et là ils font des
développements puis ils font des recommandations.
Je vais, bien sûr, étudier plus attentivement
votre rapport pour m'assurer de bien cerner vos recommandations, mais je vous
rappelle que, pour la première fois dans l'histoire du régime, il y a des
mécanismes de prévention et de participation qui s'appliquent à l'ensemble des
secteurs. Donc, il y avait 25 % des travailleurs qui étaient couverts, et
on s'en va à 94 %. Il y a un déploiement massif de représentants des
travailleurs dans plus de 5 000 chantiers de construction
additionnels.
Vous référez à la notion de personnes handicapées,
qui sont souvent longtemps en absence, et, plus longtemps on est en absence,
plus il y a un risque de chronicisation. Mais là il y a une obligation, dans
notre projet de loi, de prendre en charge les risques sociaux et de les
intégrer dans les programmes de prévention. Sans parler de violence conjugale,
qui est une première, sans parler des travailleuses domestiques, qui sont
généralement... puis ils ne sont pas représentés par des syndicats, les
stagiaires.
Et donc, pour la chronicisation, M. Lafrance,
j'aimerais avoir votre idée, là, mais juste vous rappeler qu'on va vers un
processus de réadaptation plus rapide. Puis moi, tous les médecins à qui j'ai
parlé au fil du temps me confirment que, plus vite on prend en charge la
personne, plus vite on lui fait un plan individualisé, on diminue forcément les
risques de chronicisation. Puis vous parlez même, dans votre mémoire, qu'il
faut aider la personne à se réorienter ailleurs, dans le marché du travail,
quand ce n'est pas possible de reprendre son emploi. On prévoit, dans le projet
de loi, l'utilisation des services publics d'emploi du ministère du Travail
pour accompagner de manière très, très individuelle la personne.
Est-ce que vous pouvez, juste très, très
sommairement, là, parce que j'ai quand même un certain nombre d'éléments à
soulever avec vous... que vous vous exprimiez sur l'impact de l'absence de
longue durée sur le risque de chronicisation des travailleurs avec lesquels
vous avez travaillé?
M. Lafrance (Roch) : Bien, je vais
commencer, puis peut-être que M. Lapan pourra compléter. Écoutez, ce qu'on voit
dans le projet de loi, là, il n'y a rien de nouveau là-dedans, là. La seule
nouveauté, c'est qu'on enlève des droits de
contestation aux travailleuses puis aux travailleurs puis on accorde beaucoup
plus de pouvoirs discrétionnaires à la CNESST.
La lutte contre la chronicité, c'est quelque
chose qui existe depuis le début des années 2000, à la CNESST. Et nous,
là, on est ce qu'on appelle... Parce que, là, on laisse sous-entendre que la
CNESST ne peut rien faire avant la consolidation de la lésion. C'est totalement
faux. La CNESST, depuis le début des années 2000, a un processus de
réadaptation précoce. La grande différence avec le projet de loi, c'est que la
CNESST ne peut pas imposer ces mesures-là si le médecin traitant n'est pas
d'accord. Alors là, on vient, par les nouveaux pouvoirs, tasser totalement
l'opinion du médecin traitant et on va obliger des gens à participer à des
mesures, alors qu'ils ne sont pas capables, ils ne sont pas dans l'état de le
faire, ils ont besoin de traitements.
Alors, nous, on est favorables à ça, là, qu'il y
ait une prise en charge au niveau de la réadaptation rapide, aucun problème avec ça. Ce qu'on veut éviter,
c'est que les travailleurs n'aient pas leur mot à dire, que leurs
médecins n'aient pas leur mot à dire. Alors, ça, là, c'est la base.
Et je veux quand même juste vous souligner que
c'est vrai, puis nous, là, on a fait une étude, parmi les centaines de dossiers
qu'on a publiés il y a quatre ans, et on remarque qu'effectivement le retour au
travail chez l'employeur, c'est un gage de succès tant que l'employeur veut le travailleur.
Un employeur qui ne veut pas le travailleur... Il va retourner au travail, mais
il va être sur l'aide sociale trois mois après ou six mois après, il va être
congédié, alors... Et ça, ça génère cinq ans, ou 10 ans, ou 15 ans,
et les grandes belles études qui sont faites actuellement, là, ils ne regardent
pas ça, l'impact de ces décisions-là à long terme. Nous, on l'a fait, et ce
qu'on se rend compte, c'est que les travailleurs réadaptés par la CNESST qui
ont eu droit à la réadaptation se retrouvent appauvris, cinq ou 10 ans
plus tard, de façon incroyable. Ils ont vécu de l'instabilité au travail parce
qu'ils n'ont pas eu le droit à une vraie réadaptation.
Et donc, puis je termine là-dessus, je veux
juste vous dire que, dans le projet de loi, on ne voit absolument rien... et
c'est une de nos recommandations. La base, là, la base, au Québec, partout, on
entend ça à l'aide sociale, là, la base, c'est l'éducation, c'est la formation.
Alors, le seul organisme, au Québec, qui vient dire que la formation, ce n'est
pas important, c'est la CNESST. C'est extrêmement difficile d'avoir de la
formation, et de la formation dans le réseau public encore moins. Et donc,
nous, ce qu'on constate, c'est que les gens qui bénéficient d'un programme de
réadaptation précoce, qui peuvent retourner à l'école, dans le réseau public,
dans une vraie formation, pas une formation bidon de trois semaines, là, c'est
ces gens-là qui s'en sortent le mieux.
M. Boulet : M. Lafrance, je suis
totalement d'accord, il faut s'assurer de permettre à la personne de réintégrer
un environnement de travail le plus rapidement possible. C'est un bénéfice pour
la société, pour la santé de la personne concernée et de sa famille.
Cependant, moi, ma compréhension de la loi, du
régime actuel est : on ne les met pas en application avant la date de
consolidation, avec une atteinte permanente, on ne met pas en marche le
processus de réadaptation. C'est pour ça
qu'on veut écrire clairement que la
réadaptation sera accessible avant. Évidemment, ça prendra un engagement de l'employeur,
mais, tu sais, les employeurs, il va falloir qu'ils se responsabilisent, parce
que le retour en emploi, ça ne se fait pas en criant ciseau, ça se fait avec un
plan personnalisé de réadaptation, un conseiller, un travailleur ou une
travailleuse et son employeur.
Et, quand vous
dites : Quand ça ne marche pas, ou qu'il s'en va en réadaptation, puis il
n'a pas possibilité de reprendre son emploi, puis qu'on essaie de trouver un
emploi convenable, par ailleurs, c'est là qu'il peut être laissé à lui-même
pendant des années. Puis je suis convaincu qu'il y a des cas, il y a des cas où
ça... les travailleurs reviennent rapidement dans le marché du travail, dans un
emploi convenable qui respecte leurs capacités résiduelles de travail, alors
que, d'autres, ça prend des années. Il ne faut surtout pas les oublier. C'est
la raison pour laquelle on dit : Il n'y aura pas que la CNESST, mais il y
a aussi les services publics d'Emploi-Québec, où on fait beaucoup
d'accompagnement personnalisé, particulièrement, vous le savez, après la
pandémie, pour aider les personnes à développer les qualifications pour
répondre aux besoins du marché du travail.
Et, je vous assure, M. Lafrance, ces
dispositions-là, elles seront appliquées, elles sont écrites, selon moi, de
façon très limpide, et il va falloir que tout le monde se responsabilise. Parce
que le principe auquel vous adhérez, de la prise en charge par le milieu, il ne
faut pas que ça soit purement artificiel.
L'approche réglementaire, bon, la CNESST, je
suis un peu d'accord avec... tu sais, il ne faut pas que tout soit
réglementaire. Mais vous avez parlé de la liste des maladies professionnelles.
Juste se rappeler que 67 % des réclamations où il y a une connotation
psychologique découlent d'un trouble de stress post-traumatique, et c'est
reconnu. Bon, on a actualisé la liste et on va permettre à un comité
scientifique de nous guider pour enrichir la liste en s'appuyant sur les
connaissances scientifiques et médicales. Et on a confirmé hier que ce
comité-là aurait rapidement un mandat pour étudier l'impact de la pandémie, notamment,
sur les emplois à prépondérance féminine et sur la santé mentale, aussi, des
travailleurs. Mais je rappelle que le Protecteur du citoyenmentionne que
l'approche réglementaire permettrait au régime de s'ajuster plus promptement à
toute nouvelle donnée du monde médical pour assurer une réponse plus juste aux
réclamations admissibles.
M. Lafrance, j'aimerais aussi vous
entendre, hein, parce que je réalise tellement que la santé-sécurité, c'est un
secteur qui polarise, là, il y a du pour, il y a du contre. Et on a consulté,
ça fait des années que mes prédécesseurs, d'ailleurs, ont fait du travail de
consultation puis que nous avons poursuivi. Je sais que le conseil... Puis,
vous le savez, un conseil consultatif du travail et de la main-d'oeuvre où il y
a des représentants du marché du travail, vous allez me dire, c'est le monde
syndical et patronal. Mais j'aimerais entendre votre opinion. Par exemple, les
employeurs, puis là j'exclus que ce soit dans un environnement syndiqué ou
non... Puis, ceci dit, M. Lafrance, j'ai énormément d'empathie pour les
travailleurs non syndiqués qui ne sont pas dans des collectivités, qui ne se
fient qu'à eux, souvent. Mais les employeurs nous disent, indépendamment qu'on
soit en milieu syndiqué ou non... ils remettent en question la prépondérance du
médecin traitant. Quel est... encore une fois
sommairement parce qu'on manque
de temps, puis on pourra sûrement se reparler, qu'est-ce que vous pensez de
cette approche des employeurs de remettre en question la prépondérance du
médecin traitant?
M. Lafrance (Roch) : Bien, écoutez,
je vais passer la parole à M. Lapan là-dessus et sur votre question,
aussi, sur les maladies professionnelles. Mais, avant de lui passer la parole,
je veux quand même revenir, parce que vous m'avez interpellé là-dessus, sur
toute la question de l'accompagnement avec Emploi-Québec. Nous, là, on est d'accord, ça fait des années qu'on dit qu'il faut
que ça se fasse, que la CNESST paie, là. Ce n'est pas Emploi-Québec à
payer pour ça.
Mais je veux quand même juste vous expliquer
que, les emplois convenables à la CNESST, où il n'y a pas de formation — alors,
je vous donne une panoplie, là, des pompistes, des voituriers, des commis de
dépanneurs — c'est
ça qu'on dit aux gens : Vous allez vous
chercher ça, cet emploi-là. Alors, quand vous avez des limitations
fonctionnelles importantes puis que vous vous cherchez un emploi de caissier de
station-service, alors vous êtes en compétition avec des jeunes, là, qui n'ont
pas d'expérience, mais qui n'ont pas de scolarité, mais qui sont en pleine
forme. Alors, vous n'avez pas de chance. Et, peu importe qu'Emploi-Québec vous
aide ou non, là, ça ne changera pas grand-chose.
Alors, le problème, il est là, c'est la
détermination des emplois convenables. Et, pour des gens qui sont non
qualifiés, des travailleurs manuels, là, qui n'ont pas travaillé avec un
ordinateur toute leur vie, la CNESST dit : Non, je ne te retournerai pas à
l'école un an, ça coûte trop cher. Alors, ça, c'est le vrai problème.
Mais je passe la parole à M. Lapan sur la
question de la fameuse liste des maladies professionnelles et le BEM, là.
M. Boulet : O.K. Mais j'aimerais ça
répondre, M. Lafrance, si vous me le permettez. Justement, on a mis en
application un nouveau programme, là, d'aide par l'augmentation de la formation
et on concerne... ça peut viser ces personnes-là, par exemple, pour les accompagner pour un
retour en formation, pour avoir une formation complémentaire.
Puis vous le savez qu'on vit un phénomène de
pénurie de main-d'oeuvre dans plusieurs secteurs, et il y a beaucoup d'emplois
moins qualifiés, moyennement qualifiés, auxquels ces personnes-là pourraient
avoir accès. Et ils vont bénéficier d'un parcours qui est personnalisé, un
soutien financier, et une aide à une réintégration en emploi, et, pendant une
période intermédiaire, un accompagnement pour de la formation, puis une
assumation des frais de scolarité, des frais de déplacement et des frais de
garde, là, le cas échéant, parce que, souvent, ces personnes-là ont des enfants.
J'aimerais ça... peut-être rapidement, pour la liste, parce que je veux parle
de déjudiciarisation avec vous autres avant de compléter...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Je
veux souligner qu'il ne reste qu'une minute.
M. Boulet : Est-ce que
déjudiciarisation, M. Lafrance... Bon, écoutez, M. Lapan, oui, allez-y, je
pourrai conclure après.
Lapan (Félix) : Bien, en tout cas, je voulais juste... Il y a plein de
choses dont on pourrait parler, mais, si on y va juste sur la liste des maladies
professionnelles, pour nous, là, c'est une illustration du fait qu'on n'est pas
devant une modernisation du régime. On se retrouve avec une nouvelle liste qui
va, dans les faits, rendre plus difficiles les maladies professionnelles qui
engendrent des coûts à la CNESST. On n'est pas dans une logique de mise à jour
en fonction de la science, on est dans une logique de mise à jour en fonction
d'impératifs comptables, où on vient ajouter des conditions pour les surdités
professionnelles, parce que des surdités professionnelles, c'est la maladie
professionnelle, là, qui est la... qui représente le plus de dossiers.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Alors, c'est tout le temps que nous avons. Alors, on vous
remercie beaucoup. Vous allez pouvoir vous reprendre, là, vous avez... parce
que nous cédons maintenant la parole au député de Nelligan qui dispose de
11 minutes.
M. Derraji :
M. Lafrance, M. Lapan, merci beaucoup pour votre présence en commission,
et la présence, et l'envoi de votre rapport, que je trouve très pertinent. Vous
soulevez pas mal de points. J'ai suivi un peu vos prises de position depuis quelques
jours, je partage pas mal de vos conclusions. Et j'étais extrêmement touché,
quand j'ai entendu que c'est un projet de loi sans-coeur. Venir en commission parlementaire
le dire, je pense que vous avez pesé vos mots, je pense que vous avez vu le pourquoi,
et vous vous sentez interpelés de venir aujourd'hui devant les membres de la commission
nous dire que c'est un projet de loi sans-coeur. Est-ce que vous pouvez
élaborer pourquoi ce projet de loi est vraiment un projet de loi sans-coeur?
M. Lafrance
(Roch) : Bien, un peu comme je l'ai dit en introduction, c'est un projet
de loi qui s'attaque aux gens qui ont le plus besoin de protection, hein? Et
l'objet de la loi, là, que ce soit la loi santé-sécurité ou la loi qui porte
sur la réparation, l'objet de ces lois-là, c'est des lois d'ordre public, et l'objectif,
c'est de protéger les travailleuses et les travailleurs, d'abord, dans les
milieux de travail, au niveau de la
Loi sur la santé et la sécurité du travail.
Mais, lorsque la prévention n'a pas fonctionné, c'est de protéger les travailleurs
au niveau de leurs revenus et de leur offrir des soins dont ils ont besoin pour
qu'ils puissent retourner travailler. Alors, on s'attaque aux gens, au niveau de l'indemnisation, qui ont le plus besoin
de protection. Alors, quand on dit que c'est un projet de loi sans-coeur...
Et moi, je le dis, là, je ne vise personne puis je ne vise surtout pas le ministre,
je sais que le ministre, là, il a bien d'autres dossiers. Puis on sait qui
écrit la loi, c'est la CNESST. Alors, c'est... ça n'a rien de personnel.
M. Derraji :
Oui, oui, je suis comme vous, moi, je ne prends jamais les choses personnel.
Mais c'est pour nous éclairer en tant que membres de commission. Et on est
amenés, au nom de cette commission, d'étudier le projet de loi, et je ne veux
surtout pas entendre, comme membre de cette commission, que mon analyse ne
prend pas en considération le point de vue des groupes, surtout que les travailleurs
non syndiqués représentent 66 %, 66,3 % de nos travailleurs. Et vous
représentez un point qui est extrêmement important, et c'est de là ma deuxième
question : Est-ce qu'on vous a consultés en amont de la rédaction de ce
projet de loi?
M. Lafrance
(Roch) : Écoutez, la démarche, là, sur la modernisation a commencé en
2009. C'est le ministre Whissell, qui était ministre du Travail, qui a lancé...
Et là ça s'est élaboré sur, maintenant, 11 ans et, évidemment, ça s'est fait
devant des portes closes, bon, dans des forums qui existent, qui sont
totalement légitimes, là, mais qui regroupent des grandes associations
patronales et des associations syndicales. Et nous, on n'a pas de problème, là,
tu sais, à ne pas être assis là. Ce qu'on reproche à toute cette démarche-là,
c'est le secret. Ça s'est fait devant des portes closes. Les représentants qui
négociaient là étaient obligés de garder le secret et les organisations
syndicales n'avaient même le droit d'aller dire : On est en train de
négocier ça.
Et, ce qui se passe,
actuellement, parce qu'on... vous lisez les journaux comme moi, la réaction
syndicale, actuellement, elle est très négative. Parce qu'ou bien le projet de
loi représente ce qui a été négocié, mais ils n'avaient pas le droit d'en
parler, donc leur base, hein... Comme dans n'importe quelle négociation. Quand
on négocie une convention collective, on va présenter ça aux membres, puis les
membres disent : Ça ne fait pas notre affaire, bon, ou bien ça ne
représente pas les consensus, ou bien ça les représente, mais la consultation
était biaisée à l'avance puisqu'ils n'avaient pas le droit de consulter leurs
membres.
M. Derraji :
Oui. M. Lafrance, je vous invite juste à être bref dans la réponse parce que je
n'ai pas beaucoup de temps. Et j'ai tellement de questions, parce que j'ai aimé
votre présentation.
Revenons aux faits
que vous soulevez dans le projet de loi. Vous dites que... aucune
modernisation, une lecture comptable versus la science, on donne plus de
pouvoirs à la CNESST, on s'attaque aux personnes âgées. La liste des maladies
professionnelles, vous ne voyez que... juste un pouvoir réglementaire à la
CNESST. Vous critiquez le processus de réadaptation de l'assistance médicale
que la CNESST vous offre. Est-ce que vous êtes en train de nous dire aujourd'hui
que le projet de loi était très mal rédigé et qu'on doit revenir à la table de
dessin pour écrire un vrai projet de loi moderne?
M. Lafrance
(Roch) : Oui, tout à fait. Et, nous, ce qu'on dit, d'ailleurs, là,
c'est que ça n'a pas de bon sens que cette réforme-là de 120 pages, hein,
bien tassées porte sur les deux régimes. C'est deux choses totalement
différentes, là. La prévention des lésions professionnelles dans les milieux de
travail puis la réparation, c'est deux choses différentes. Et nous, là, on
souhaite effectivement qu'il y ait...qu'on scinde le projet de loi, puis qu'on
fasse des débats d'un côté puis de l'autre, et qu'on retourne à la table de
dessin, là.
M. Derraji :
Bien, merci de soulever ce point, parce que vous n'êtes pas le seul. Nous
sommes rendus au mois... à vendredi, il y a beaucoup de groupes qui ont soulevé
beaucoup de drapeaux. Une autre question par rapport au risque, à la notion du
risque. Et j'imagine que vous avez des membres femmes, au sein de votre
organisation, et beaucoup d'organisations représentant des femmes. J'ai entendu
que c'est un projet de loi sexiste, j'ai entendu que c'est un projet de loi qui
n'a pas pris en considération l'analyse ADS, il y a des groupes qui ont demandé
et exigé l'ADS et l'ADS+. Est-ce que vous pouvez clarifier ce point de vue aux
membres de cette commission? Et, comme vous pouvez le constater, il y a pas mal
d'élues femmes autour de la table, donc ça serait bien que vous rameniez
quelques clarifications, s'il vous plaît.
M. Lapan (Félix) : Oui. Je pourrais peut-être
répondre à celle-là. Effectivement, je pense qu'une analyse différenciée selon
le sexe aurait permis de voir que c'est une attaque, c'est un projet de loi qui
attaque, de plusieurs façons, les droits des femmes. C'est un projet de loi qui
va créer des obstacles au retrait préventif de travailleuses enceintes ou qui
allaitent. C'est un projet de loi qui, dans les mécanismes de prévention,
classe des métiers à prédominance féminine comme étant à risque faible, donc
avec moins d'accès aux mécanismes de prévention.
Au niveau de l'indemnisation, là, il y a deux
volets majeurs. Sur la question des travailleuses domestiques, on maintient la
discrimination... vous irez lire qu'est-ce qu'on explique dans notre mémoire
là-dessus, mais on maintient les mesures de discrimination envers les
travailleuses domestiques et on rend plus difficile l'accès à la présomption
pour les troubles musculosquelettiques, qui sont, comme par hasard, une maladie
dont deux tiers des victimes, selon
l'Institut national de la santé publique du Québec... affecte les femmes. Donc,
on s'en va attaquer directement...
M. Derraji : Donc, M. Lapan,
M. Lapan, concrètement, vos membres exigent ou demandent l'ADS ou l'ADS+
avant l'étude
article par article. Est-ce que vous croyez que nous sommes
habilités à commencer l'étude
article par
article avant l'étude ADS et l'ADS+?
M. Lapan (Félix) : Bien, ça, vous le
déciderez, là. On n'a pas de revendication.
M. Derraji : Je demande votre point
de vue. Vous êtes en train de nous dire que, ce projet de loi, certains
articles s'attaquent aux femmes. Il y a des groupes qui ont vu ça, que c'est
sexiste. Il y a même des regroupements de femmes qui constatent que c'est un
recul, alors que le projet de loi parle d'une modernisation. Ma question est
très simple : Est-ce qu'on peut commencer l'étude
article par
article sans
avoir l'ADS ou l'ADS+, sachant que le Secrétariat à la condition féminine, par
rapport au volet des lésions professionnelles, exigeait, depuis 2007, qu'on
ne peut pas aller plus loin si on n'a pas l'ADS dans l'étude de nos projets de
loi?
M. Lapan
(Félix) : Bien, moi, je
pense que ce serait très, très, très intéressant d'avoir une analyse
différenciée selon le sexe, c'est évident. Puis...
M. Derraji : Merci beaucoup. Merci
beaucoup. Combien de minutes il me reste, Mme la Présidente? Deux minutes?
Excellent. Je vais passer à la judiciarisation. Vous soulevez, dès le début,
que la judiciarisation est un réel problème et que les mutuelles de prévention
placent les travailleurs dans des situations de David contre Goliath. Vous nous
avez rapporté que cette commission, la même Commission de l'économie et du
travail, avait étudié l'émergence d'une culture de contestation, à la suite de
la création du BEM, donc le bureau d'étude médicale, et que la même commission
recommandait la création d'un soutien spécifique pour les travailleurs. Ma
question est très simple : Pensez-vous sincèrement que l'abolition de ce
bureau entraînerait une amélioration?
M. Lapan (Félix) : Je peux répondre
là-dessus aussi. C'est évident, là, il faut que le médecin traitant reste au
centre du processus médical. C'est le médecin traitant qui est le mieux placé
pour savoir quel est l'état d'une victime de lésion professionnelle, de quoi
elle a besoin, comment elle évolue. Le système de contestation médicale, à la
CNESST, là, fait en sorte que les gens se ramassent dans des expertises,
contre-expertises, sont obligés... Les gens qu'on défend, là, ils n'ont pas de
syndicat qui va payer leur expertise. Ils sont obligés de s'endetter auprès de
leurs proches, ils sont obligés d'hypothéquer leur maison, de vendre leur
voiture pour payer une expertise dans l'espoir de se défendre face au médecin
expert de l'employeur.
Et, ce qu'on propose dans le projet de loi, il
faut le regarder de près, mais c'est un... Ce qu'on propose, notamment, c'est
de faire payer aux victimes les retards du système, hein? Parce qu'il y a... à
partir du moment où le BEM, le Bureau d'évaluation médicale, ne serait pas
capable de procéder et de produire un rapport dans les 120 jours, là, c'est 90 jours pour assigner le dossier,
120 jours, produire le rapport, eh bien, par défaut, dans ces cas-là,
c'est la CNESST, le médecin de la CNESST, qui... On écarte l'avis du médecin
traitant puis on... Le ministre, cette semaine, a dit, plus tôt : Bon, au
BEM, c'est des arbitres médicaux, on les appelait des arbitres médicaux
autrefois. Là, on nous propose, dans ce projet de loi là, un système où, si
l'arbitre est en retard pour arbitrer le match, hein, bien, par défaut, la
CNESST gagne. Ça n'a aucun sens.
La Présidente (Mme IsaBelle) : En
conclusion. Il ne reste que 20 secondes. Quelle est la conclusion?
M. Derraji : M. Lafrance,
M. Lapan, je vous laisse le mot de la fin, si vous voulez. Moi, j'ai
vraiment aimé votre intervention. Avez-vous quelque chose...
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Il n'en reste plus. Il reste deux secondes. Alors, je vous
remercie. Vous allez pouvoir vous reprendre.
Nous poursuivons avec le député d'Hochelaga-Maisonneuve, qui dispose de 2 min 45 s.
M. Leduc : M. Lapan,
M. Lafrance, très heureux de vous voir en commission parlementaire. Ce
n'était pas acquis qu'on allait pouvoir vous entendre, vous êtes là, je suis content.
Votre mémoire est impressionnant, 150 quelques pages, si je ne me trompe
pas, une soixantaine de recommandations. Vous nous proposez, dans le fond, une
autre réforme de la loi, hein? Il y a celle du ministre, et, avec toutes vos
propositions, on pourrait quasiment réécrire un nouveau projet de loi qui
serait substantiellement différent.
Puis je veux m'attarder sur quelques-unes... Le
mot «aboli» revient souvent dans vos recommandations, à 1 et 2,
notamment : «...droit de contestation de l'employeur sur toutes les
décisions rendues en matière de réparation [...] soit aboli, sauf pour celles
portant sur le financement»; recommandation n° 2 : «Que les
mutuelles de prévention [...] soient abolies.» Un peu plus loin, on abolit
aussi le BEM, on en a déjà parlé. On abolit la Direction de révision
administrative pour la remplacer par quelque chose.
Il y a quelque chose qu'on dirait qu'on oublie,
dans cette discussion-là, qui est le rapport de force entre l'employeur et le
salarié, soit non syndiqué ou soit syndiqué. Vous, vous représentez des
non-syndiqués. On imagine que le rapport de force est encore plus difficile
pour un non-syndiqué. Est-ce que c'est un peu dans cette optique-là que vous
voulez abolir le droit de contestation de l'employeur, les mutuelles de
prévention, pour essayer de rééquilibrer un rapport de force qui est
visiblement inégal en ce moment?
M. Lafrance (Roch) : Bien, c'est une
partie de la réponse. Évidemment, le rapport de force est totalement
disproportionné. Quand vous travaillez... vous êtes non syndiqué puis vous
travaillez pour McDonald's par exemple, là, ou Walmart, là, bien, le rapport de
force, là, oubliez ça. Et donc... mais, plus fondamentalement, vous, vous
conduisez peut-être, en tout cas, probablement, une voiture, vous avez un
permis de conduire, et moi aussi d'ailleurs. Et donc, si vous avez un accident,
hein, puis la SAAQ vous indemnise, est-ce que... Moi, en tant que payeur au
régime, hein, parce que c'est un régime d'indemnisation, est-ce que j'ai le
droit d'aller me mêler de vos traitements? Est-ce que j'ai le droit de
contester des décisions? Alors, nous, là, c'est ça qu'on remet en cause.
L'employeur, là, il est assuré avec la CNESST.
Alors, la CNESST gère le régime. Puis on peut être d'accord ou pas avec comment
il le gère, mais on ne voit pas pourquoi les employeurs s'arrogent ce droit de
contrôler la vie des travailleuses et des travailleurs, hein? Et donc chaque
prescription de pilules, chaque ticket d'autobus que la CNESST va payer,
l'employeur a le droit de contester. Alors, évidemment, un système comme ça,
là, ça fait en sorte que ça judiciarise. Les employeurs contestent, contestent,
contestent. Eh bien, qui, qui paie au bout de la ligne? C'est les travailleuses
et les travailleurs. Et je sais que le temps file.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Et le temps, effectivement, est déjà écoulé.
M. Leduc : Merci beaucoup. Merci à
vous deux.
La Présidente (Mme IsaBelle) : C'est
très bref, 2 min 45 s. Alors, nous poursuivons maintenant avec le
député de Bonaventure.
M. Roy : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, messieurs. Écoutez, je partage votre lecture de ce projet
de loi là. Vous avez parlé de la CNESST comme étant un gestionnaire de fonds de
pension. Quelques chiffres qu'on vient de tirer sur le site de la Caisse de
dépôt : la CNESST a un actif de 18,1 milliards et une capitalisation
de 124 %, ce qui fait qu'elle a un surplus de 3,6 milliards. Ce n'est
pas des pinottes, et ça, dans un contexte où elle va avoir des pouvoirs réglementaires
pour diminuer l'accessibilité à l'indemnisation.
J'ai lu une étude qui... bon, qu'une chercheure
va présenter, tout à l'heure, sur les sans-abri à Toronto, où on dénote qu'à
peu près 57 % d'entre eux, qui ont travaillé, avaient subi un accident de
travail. Avec les nouveaux pouvoirs de la CNESST, est-ce qu'on ne peut pas
risquer de voir une augmentation des sans-abri au Québec, une paupérisation
d'une
partie de la population qui a subi des accidents de travail, dans un
contexte où il y a une capitalisation incroyable?
M. Lafrance (Roch) : Oui, bien, on
en parle un peu, les drames humains, là, tu sais? Oui, il y a les sans-abri. Il
y a aussi dans l'Ouest, hein? On parle beaucoup des régimes, la merveille des
régimes, en Ontario ou en Colombie-Britannique, là, où est-ce qu'on a coupé
plusieurs programmes. Mais, toute la crise des opioïdes, dans l'Ouest, là, il y a des études qui démontrent
qu'il y a beaucoup de travailleurs accidentés, et les commissions
d'accident du travail ont contribué à ça. Et donc de mettre du monde à la rue,
hein, parce que c'est ça, là, tu sais, quand on refuse de traiter des gens, de les aider à se trouver un nouvel
emploi... de mettre du monde à la rue, bien, ça génère ça et ça génère
des coûts aussi pour la société. Alors, c'est un déplacement de coûts du
patronat vers les services publics.
M. Roy : Les opioïdes, donc,
on prescrivait aux gens, au lieu de les soigner, des antidouleurs, ce qui les a
chronicisé vers une intoxication ou... C'est ça?
M. Lafrance
(Roch) : Bien, écoutez, c'est parce que, si vous avez mal puis on vous
retourne travailler alors que vous n'êtes pas prêt à aller travailler, puis
votre médecin ne veut pas que vous alliez travailler, mais on vous coupe les vives, qu'est-ce que vous faites? Vous vous
bourrez de pilules et, à un moment donné, bien, vous fonctionnez de même jusqu'à tant que ça ne fonctionne plus. Et donc,
c'est ça, quand je parle d'un système sans-coeur, là, c'est vers des
choses comme ça que ça mène, hein? On retourne le plus rapidement possible les
gens au travail, et on est d'accord pour retourner rapidement possible, mais
pas dans des conditions qui permettent que ces gens-là travaillent. Et donc,
c'est un peu ça qu'on voit dans ce projet-là.
M. Roy :
Merci infiniment, messieurs.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci, M. Lafrance, merci, M. Lapan pour votre contribution à
l'avancement de la commission. Très apprécié.
Alors, nous
suspendons quelques instants pour donner la chance au prochain groupe de se
préparer. Merci.
(Suspension de la séance à
9 h 29)
Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, bonjour. Nous poursuivons. Nous souhaitons maintenant
la bienvenue aux représentants de Télétravail Québec.
Alors, je vous invite
à bien vous présenter avant de commencer votre exposé.
M. Lemay-Leclerc (José) : José Lemay-Leclerc, je suis président de
Télétravail Québec et je suis accompagné de mon collègue.
M. Santerre
(Mathieu) : Oui. Mathieu Santerre, donc, conseiller pour Télétravail
Québec, conseil externe. Voilà. Merci.
M. Lemay-Leclerc (José) : Parfait. Donc, tout d'abord, bonjour et merci, Mme la Présidente. Merci, le ministre du Travail et les membres de la commission,
de nous entendre ce matin. J'aimerais également remercier le ministre du
Travail ici présent d'avoir eu le grand courage d'ouvrir les livres de lois du
travail après autant d'années d'inaction des autres gouvernements.
Télétravail Québec
est un organisme à but non lucratif qui souhaite améliorer les conditions de
travail des Québécois en partageant les meilleures pratiques concernant le
télétravail. Comme on peut lire dans les journaux, depuis les derniers jours,
la CNESST semble avoir des difficultés à faire appliquer l'obligation du
télétravail. Nous espérons un peu que ce sera résolu sous peu, avec les
conditions qu'on peut vivre.
Pour les changements
qui peuvent... pour les chanceux qui peuvent travailler de la maison et jouir
des avantages du télétravail, plusieurs d'entre eux vivent malheureusement
certaines difficultés, des difficultés qui pourraient être largement atténuées
si des mesures étaient en place afin d'encourager, voire forcer les employeurs
à mettre en place des limites entre la vie privée et le travail, ce qu'on
estime qui serait très important. Les lois actuelles sont applicables mais ne
protègent pas suffisamment l'employé.
Encore une fois,
l'employé ne peut se tourner vers la CNESST dans ce contexte puisque le droit à
la déconnexion n'est pas défini adéquatement. En fait, il n'y a pas de statut
juridique du télétravailleur dans la législation. Et, quand même, le droit à la
déconnexion pourrait être appliqué en se fiant sur plusieurs lois. Ce seraient
la
Loi sur les normes du travail, le Code civil du Québec, la
Loi sur la santé
et la sécurité du travail et même la Charte des droits et libertés de la personne.
Donc, plusieurs
demandes de rencontre ont été envoyées à divers ministères, depuis cinq ans,
mais aucune n'a été répondue de façon favorable. Même avant la pandémie, le
télétravail était déjà en forte croissance et aurait eu avantage à être encouragé
et mieux encadré.
Pour ce qui est du
projet de loi n° 59, quand il est arrivé à nos yeux, on n'a pas pu y lire
du tout le mot «télétravail». On a rapidement vu que ce n'était pas mis de
l'avant dans ce projet de loi là. Les télétravailleurs l'ont bien...
Excusez-moi. Les télétravailleurs l'ont bien dit dans plusieurs sondages :
une fois la pandémie terminée, ils désirent travailler de la maison, pour la
plupart de façon hybride, et ce, pour différentes raisons.
Donc, en terminant,
j'aimerais vous faire une lecture de nos recommandations : la première,
que les parlementaires reconnaissent mieux le télétravail dans l'ensemble de
leur travail législatif; la deuxième, qu'il soit clarifié que tout le régime de
santé et sécurité au travail s'applique également en contexte de télétravail;
la troisième, que le projet de loi soit amendé afin qu'une politique de
télétravail soit rendue obligatoire pour les entreprises, notamment afin de
prévoir des mécanismes de protection des télétravailleurs; la quatrième, en plus
des travaux sur le projet de loi n° 59, que le gouvernement du Québec
facilite l'accès à un service Internet haute vitesse en région afin de
favoriser le télétravail dans les régions rurales du Québec; et la cinquième,
que le gouvernement du Québec accorde un financement stable aux organismes
appuyant les entreprises dans leur virage vers le télétravail afin de pouvoir
continuer de soutenir les entreprises souhaitant adopter le travail à distance.
Donc, en conclusion, à l'instar de la politique
en matière de prévention du harcèlement psychologique et de traitement des plaintes rendue obligatoire par la
CNESST depuis le 1er janvier 2019, Télétravail Québec recommande qu'une politique similaire soit rendue obligatoire pour les
entreprises pratiquant le télétravail. De façon non exhaustive, cette pratique
devrait prévoir des mécanismes de protection des travailleurs à plusieurs
niveaux, dont l'ergonomie et le droit à la déconnexion. Donc, je vous remercie,
je suis disponible pour vos questions.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Merci pour votre exposé, M. Lemay-Leclerc. Alors, effectivement,
nous allons commencer la période de questions avec M. le ministre. Vous
disposez de 16 min 30 s.
Boulet : Merci à Mme la Présidente. Merci, M. Lemay-Leclerc,
M. Santerre. Le télétravail, en fait — vous
êtes, je pense, le 27e groupe, là — vous êtes les premiers à nous
interpeller sur ce sujet-là qui, pour moi, est un incontournable, hein, José,
vous le savez. Ça existait, le télétravail, avant la pandémie, ça s'est
accentué parce que c'est une organisation sanitaire du travail.
Et, dès le début de la pandémie, j'ai demandé au
Conseil consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, où c'est là que s'exerce
le paritarisme avec les syndicats puis les employeurs, de faire un comité de
vigie, et le comité de vigie faisait des
suivis dans tous les environnements de travail. Et les syndicats et les
employeurs m'ont fait un rapport, puis vous en avez probablement obtenu
copie, et, dans le rapport, ils disent effectivement que toutes les lois du
travail, puis José, vous l'avez souligné... Puis j'apprécie, d'ailleurs, que
vous ayez souligné le courage du projet de modernisation. Je pense que le
télétravail, il est déjà dans les lois.
Ce que le conseil consultatif nous dit dans son
rapport... Qu'on parle de congé, d'absence, d'environnement de travail, de
santé-sécurité, de normes du travail, de Code du travail, tout demeure exactement
comme c'est. Et ce que le conseil nous propose, cependant, c'est de recommander
aux employeurs, comme vous le dites, d'adopter une politique en matière de
télétravail. Et vous m'avez entendu, sur la place publique, José, à maintes
reprises, le dire : un, de dire que
c'est obligatoire, puis deux, que les employeurs doivent adopter une politique.
Parce que le télétravail, ce n'est
pas du paramétrique, ce n'est pas du mur-à-mur, il faut que ce soit adapté à la
situation de chaque personne. Ça fait que,
dans la politique, il faut que tu délimites les droits puis les obligations
autant de l'employeur que du
télétravailleur.
Puis que ce soit rendu obligatoire, je le répète...
Puis, oui, il y a eu des difficultés avec la CNESST, puis je le reconnais. Au
départ, les inspecteurs disaient : Ce n'est pas dans notre mandat. C'est maintenant
bien compris que c'est dans leur mandat. Puis je vous dirais qu'à peu près sur
une base quotidienne il y a des interventions des inspecteurs pour s'assurer
que le mérite du télétravail soit bien compris. Et, s'il y a des employeurs qui
l'interdisent systématiquement ou qui refusent de manière abusive ou
déraisonnable, bien, il y a une intervention.
Ceci dit, vous dites : Bon, le
télétravailleur qui le désire devrait pouvoir continuer. Mais il ne faut pas
oublier de mentionner que le lieu de travail, ça fait
partie du droit de
gérance de l'employeur, là. Ça fait qu'il ne faut pas que chaque personne
décide ce qu'elle va faire, il faut qu'il y ait une discussion puis il faut que
l'employeur participe de façon prépondérante au processus décisionnel. Parce
que ça dépend des jobs. Il faut tenir compte parfois de la possibilité d'aller
vers une formule hybride. Puis, pour moi, la formule hybride, c'est la formule
de demain : un nombre de jours en présence, pour la supervision — puis
je vois, José, que vous êtes d'accord avec ça — puis un certain nombre de
jours à la maison.
Politique de travail, ça relève d'une autre loi,
la
Loi sur les normes du travail, puis, vous l'avez bien souligné, José, comme
en matière de harcèlement psychologique et, maintenant, sexuel, depuis le
1er janvier 2019, il y a une obligation. Il va falloir que nous fassions
une réflexion.
Puis je sais que mon collègue d'Hochelaga-Maisonneuve
est préoccupé par ça, le droit à la déconnexion, ça relève aussi — bon,
lui aussi hoche de la tête — ...ça
relève aussi de la
Loi sur les normes du travail. L'hyperconnectivité, je lis beaucoup
là-dessus, mais le droit à la déconnexion, il n'y a aucune juridiction qui
réglemente ça en Amérique du Nord. Ça existe en France, je le sais. Mais il y a
un comité d'experts qui a été formé au Canada, en 2019, qui concluait à la
non-nécessité de réglementer le droit à la déconnexion. Il faut laisser aux
parties, que ce soit en environnement syndiqué ou non, de délimiter les
périodes de temps où il y a une possibilité de déconnexion, mais c'est vraiment du cas par cas, puis réglementer la
déconnexion, José, ce n'est vraiment pas évident.
Internet à haute vitesse, bien, ça non plus,
puis ça ne relève vraiment pas de la mission de mon ministère, comme le
financement aux entreprises pour qu'elles s'adaptent au télétravail, ça ne
relève pas non plus de ma mission. Mais soyez assurés que je mets énormément
d'accent sur l'obligation du télétravail.
Puis j'attirerais votre attention, José, aux
articles 49 et 51 de la loi santé et sécurité, qui prévoient que
l'employeur est obligé de s'assurer que l'organisation du travail ne porte pas
atteinte à la santé du travailleur. Donc, peu importe le lieu de travail, que
ce soit dans un café, à la maison, ou à l'établissement, ou peu importe, donc,
il y a une obligation aussi d'utiliser les techniques pour éliminer, contrôler
et bien identifier les risques.
Puis on intègre en plus les risques
psychosociaux, parce qu'en télétravail il y a beaucoup d'anxiété qui découle de
l'isolement. Il y a une obligation de l'employeur de fournir un matériel
sécuritaire, indépendamment du lieu où s'effectue le travail, obligation de
faire de la formation, de la supervision. Même si c'est à l'extérieur, le
travailleur, la même affaire, il a des obligations d'identifier les risques et,
pour permettre à l'employeur d'aller contrôler, de s'assurer qu'il soient bien
identifiés.
Le Conseil consultatif du travail et de la
main-d'oeuvre est mon meilleur guide, et à ce jour, là, puis je parle avec tous
les syndicats puis tous les patrons à toutes les semaines, on est dans la bonne
direction. Et la CNESST va cependant, José, puis je retiens beaucoup ça, là,
faire des guides de bonnes pratiques, là, autant pour les télétravailleurs que
les employeurs, bien identifier les risques possibles reliés au télétravail,
faire les ajustements ergonomiques.
Je veux simplement vous dire à tous
les deux qu'on est évidemment sensibles, et je pourrais vous parler
pendant deux heures et demie parce que le
télétravail, je le favorise. Puis sachez qu'à mon ministère, puis quand le
président de la FTQ m'appelle pour me dire : Oui, mais, dans tel
ministère, c'est un peu asymétrique, j'appelle mon collègue, on rectifie le tir
et tout le monde fait des efforts colossaux pour permettre au télétravail de
s'effectuer, particulièrement pendant la
pandémie. Et je dis, José, à tous les médias qui me le demandent, qu'est-ce que
vous prévoyez dans l'avenir : Je crois que le télétravail va se
pérenniser. Mais je réitère souvent que la formule hybride, c'est ce que
j'anticipe.
Puis j'ai eu des
discussions, encore récemment, avec le directeur général de l'Organisation
internationale du travail, puis il me confirmait que ce que nous faisions au
Québec en matière de télétravail était avant-gardiste et vraiment prometteur.
Et il sera à Montréal, de façon virtuelle, bientôt, et il va me donner
l'opportunité de partager nos pratiques au Québec en cette matière, en matière
de télétravail.
Est-ce que... Puis là
j'ai parlé beaucoup, là, parce que c'est un sujet qui me préoccupe beaucoup.
José, si vous aviez une recommandation spécifique, spécifique pour notre projet
de loi, là... J'ai compris la politique et la déconnexion,
et ça relève de mon ministère, mais est-ce qu'il y a une recommandation
spécifique que vous nous feriez?
M. Santerre
(Mathieu) : Si tu permets, José, je pourrais commenter, puis...
M. Lemay-Leclerc
(José) : Oui. Allez-y.
M. Santerre
(Mathieu) : ...vous me corrigerez, comme président, s'il y a lieu.
Merci à M. le ministre. Je pense que vous comprenez très bien que le
télétravail est dans les lois mais même si les contours sont plus difficilement
applicables, parfois. Vous comprenez aussi que nos recommandations à l'égard du
régime de protection sont neutres, hein? Il y a eu beaucoup de débats publics
sur divers aspects.
Nous, vraiment, la
politique de télétravail, c'est une recommandation qui nous importe. On voit
que vous souhaitez que les entreprises, les employeurs en général en adoptent
une. Bien, notre recommandation, c'est de les forcer à le faire et non pas de
leur recommander.
Vous savez comme moi
que ce n'est pas demain matin qu'une loi de l'ampleur de celle que vous étudiez
aujourd'hui va être présentée à nouveau, et je serais vraiment très surpris que
le personnel de l'Assemblée vous dise que le principe du projet de loi interdit
d'introduire l'obligation d'une politique de télétravail, ce qui est aussi une
question de santé et sécurité, physique et mentale, je vous dirais, pour ce qui
est des employés.
Donc, si vous nous
invitez à suggérer des améliorations à votre projet de loi, je crois que de
passer d'une politique sur le télétravail... d'optionnelle à obligatoire, avec
les adaptations que vos légistes y trouveront, surtout dans le contexte
pandémique, là, avec l'urgence que ça y apporte, bien, on pense que ça pourrait
être une amélioration notable à votre pièce législative.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Votre micro, oui.
M. Boulet :
...les tenants et aboutissants d'une politique puis les droits et obligations
du télétravailleur puis de l'employeur sont déjà dans les lois, et donc ces
droits et obligations-là devraient être reproduits dans une politique que
chaque employeur pourrait mettre en vigueur.
Encore une fois, il
faut que je redise que ça fait l'objet d'un autre débat. Obliger un employeur
d'adopter des politiques, ça relève de l'application de la
Loi sur les normes
du travail, comme pour le harcèlement psychologique et sexuel. Mais c'est
certainement une discussion que j'aurai avec mes collègues dans un réexamen ou
une révision de la
Loi sur les normes du travail.
Mais soyez assurés
que je vais constamment réitérer... puis d'ailleurs les syndicats puis les
employeurs me disent la même chose : Continuez de le réitérer comme vous
le faites, c'est parfait, puis il y a de plus en plus d'employeurs qui vont
réaliser que le contenu de la politique, ce n'est pas compliqué, là, il est
dans la loi.
Puis ce qu'on pourra
faire, Mathieu, c'est de demander à des associations, notamment la CNESST, peut-être,
de faire des projets ou des guides pour permettre aux employeurs d'élaborer des
politiques en matière de télétravail. Et je sais aussi, Mathieu, puis vous le
savez probablement, la CRHA, là, la corporation des conseillers en ressources
humaines agréés, qui est d'ailleurs venue présenter un mémoire devant notre
commission, a déjà un projet de politique de télétravail, puis ça a été
diffusé, là, de façon très, très large au Québec.
Écoutez, je pense que
je dois conclure, faute de temps suffisant. Je veux vous dire merci de votre
présence, puis je suis content que vous soyez présents. Je vous remercie de
votre engagement, parce qu'ultimement le télétravail, ça aura été une nouvelle...
La pandémie, s'il y a des opportunités qui découlent, malheureusement, de cette
circonstance-là, c'est de faire réaliser au monde du travail, à l'échelle
planétaire, que c'était une façon, puis, bon, qui est parfois décriée... Il y
en a qui disent : Ça génère des problèmes d'efficacité ou ça diminue la
productivité, mais moi, j'ai eu beaucoup plus de témoignages, puis la
littérature que j'ai lue, c'est que c'était bénéfique pour l'efficacité ainsi
que pour la productivité. Encore une fois, ça varie d'un emploi à l'autre,
d'une responsabilité à l'autre, mais, de façon générale, c'est apprécié, puis
il faut continuer d'aller de l'avant, puis il faut que la société québécoise
soit perçue... et soit réellement un environnement sophistiqué en matière de
télétravail.
Puis je vous le dis,
là, la CNESST est embarquée dans le train puis on va continuer. Il y a des
cultures nouvelles à développer, puis on va compter sur votre collaboration, bien
sûr, pour aller de l'avant. Merci beaucoup, José. Merci, Mathieu. Puis au
plaisir de vous reparler ou de vous rencontrer bientôt. Merci.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, merci. Nous poursuivons l'échange avec le...
député — pardon — de Nelligan.
Vous disposez de 11 minutes.
M. Derraji :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Donc, merci, messieurs, pour le rapport,
M. Leclerc, M. Santerre, pour votre présence. Et merci de
venir nous rappeler que le mot «télétravail» n'a eu aucune occasion d'être cité
dans l'ensemble des 120 pages du projet de loi. Première question :
Est-ce que c'est, selon vous, un oubli ou bien le projet de loi était rédigé
avant la pandémie?
M. Santerre (Mathieu) : Bien,
on ignore le moment où le projet de loi a été écrit, évidemment, mais, comme
vous le sentez bien, on le souhaiterait, on souhaiterait qu'il y ait une
mention, ne serait-ce que dans une énumération non limitative, qui pourrait
nous permettre d'aller plus loin vers une politique du télétravail dans toutes
les entreprises, notamment, là.
M. Derraji : Mais je comprends votre
réponse, mais, quand on parle moderniser — je réfléchis avec vous, parce
que moi aussi, je n'ai pas la réponse — ...quand on parle moderniser
une loi... Quand on dit aux Québécois, depuis le mois de mars, de faire du
télétravail, de travailler de chez eux, que le télétravail est obligatoire et
que, même si les gens n'aident pas les employés à faire du télétravail pour
aplatir la courbe, il y a des mesures, donc, on parle du télétravail d'une
manière extrêmement forte depuis le début de la pandémie. C'est pour bientôt
une année.
Ce projet de loi a été déposé au mois d'octobre,
ça veut dire au milieu de la pandémie, au milieu... où tous les Québécois, ils
ont déjà vécu la première vague. Et qu'aujourd'hui... Le projet de loi a été
déposé au mois d'octobre ou en novembre, j'ai oublié la date, mais, bref, ça a
été déposé à l'automne. Et qu'aujourd'hui vous venez nous parler et nous
dire : Écoutez, MM. les députés et les élus, vous avez un projet de
loi devant vous qui ne prend en aucune...
d'aucune façon la notion du télétravail... C'est quoi, le message qu'on envoie
aux gens qui croient au télétravail?
M. Santerre (Mathieu) : Je peux dire
un mot et puis peut-être José, par la suite. Mais on comprend très bien les
préoccupations des légistes, qui ne souhaitent pas improviser un projet de loi
sur les normes du travail dans le contexte du projet de loi n° 59. On
comprend très bien. Cela étant dit, la réalité du télétravail nous frappe aujourd'hui
avec beaucoup d'acuité, alors ce serait, il nous semble, une belle opportunité
pour clarifier que le télétravail est bien couvert par tout le régime et, par
ailleurs, bien, rendre obligatoire une politique sur le télétravail.
Maintenant, je crois que mon président pourrait ajouter quelque chose
là-dessus.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Je
pense que c'est son micro... il faudrait qu'il allume son micro.
M. Lemay-Leclerc (José) : Oui,
merci. Bien, donc, effectivement, le fait de ne pas avoir le terme
«télétravail» dans le projet de loi, ça pourrait... ça laisse croire que le
télétravail n'est pas une priorité. Je pense que ce serait un minimum de l'inclure au projet de loi, ce serait un
peu une forme de promotion. Puis évidemment, dans un monde idéal, s'il pouvait y avoir davantage
d'éducation du gouvernement, à travers non seulement les lois, mais
leurs sites Web, les normes du travail et
toutes les autres, ça pourrait aller beaucoup plus loin mais afin de montrer
aux entreprises, aux employeurs que le télétravail sera vraiment une
réalité et non seulement une façon de réduire la pandémie, là.
M. Derraji : Oui. Oui, c'est très
clair. Donc, pour vous, aujourd'hui, au-delà des belles paroles, qu'on demande
aux Québécois de faire du télétravail, notamment lors des points de presse du
premier ministre, faites du télétravail, faites du travail, aujourd'hui, vous
venez nous dire, en commission parlementaire qui étudie un projet sur la
sécurité, qui veut moderniser un régime de la sécurité et santé au travail, de
passer des belles paroles aux actes et d'inclure le télétravail dans le régime
de santé et sécurité au travail. Est-ce que j'ai bien compris votre demande?
M. Lemay-Leclerc (José) : C'est
exact, oui.
M. Derraji : Excellent. Je vous
remercie aussi par rapport aux cinq recommandations, notamment celle par
rapport à l'Internet haute vitesse. Je comprends que ce n'est pas le dossier ni
le sujet de notre commission, mais c'est un dossier qu'on suit beaucoup, par
rapport à l'Internet haute vitesse, surtout en région, pour favoriser le
télétravail. Sur ce point, vous avez raison.
L'autre point, vous voulez que le projet de loi...
qu'il soit clarifié que tout le régime de santé-sécurité au travail s'applique
également en contexte de télétravail. J'imagine que vous avez lu les 120 pages
ou les 200 pages, les 300 articles. Est-ce qu'il y a des articles où vous êtes...
où vous avez vu que, s'il n'y a pas la notion du télétravail, bien, ça va être
très difficile pour le travailleur de prévaloir ses droits? Est-ce que vous
avez quelque chose en tête qui vous a un peu interpelés?
Santerre (Mathieu) : Je peux
peut-être apporter un début de réponse, peut-être. Sans nécessairement
pointer un
article précis, là, c'est clair
qu'il y a tout un paquet de situations dont les contours sont plus flous quand
on est en télétravail. Que ce soit
l'endroit, physiquement, où vous êtes, hein — regardez
ici — que ce
soit... c'est en lien avec la déconnexion, mais que ce soient les requêtes à l'extérieur des heures normales de
travail, que ce soient des dispositions qui pourraient traiter du harcèlement puis de tout autre, là, je
dirais, phénomène malheureux, il y a vraiment beaucoup de contours qui sont plus flous quand on est à distance. Il y a
beaucoup d'avantages aussi, mais il y a des contours qui sont plus
flous.
Peut-être qu'un article,
je vous dirais, plus général, qui spécifie que le contexte d'application du
régime n'est pas uniquement dans un lieu physique séparé de la résidence puis que
ça vise aussi le télétravail... peut-être que ça pourrait être contributif.
Mais donc c'est un peu ce que je vois, pour répondre de façon très technique à
votre question. Voilà.
M. Derraji : Mais, sérieux, le but
ce n'est pas vous poser une question technique. Mais vous avez le temps, en
attendant le début de nos travaux sur l'étude
article par article, en fait,
notre relation ne s'arrête pas aujourd'hui en commission parlementaire.
M. Santerre (Mathieu) : D'accord.
M. Derraji : En fait, la demande que
je vous envoie... Je suis extrêmement touché par rapport à votre rapport, et
vous êtes le premier groupe qui nous interpelle par rapport à cette
problématique. N'hésitez pas, parce que je sais que le temps... et les groupes
n'ont pas eu beaucoup de temps pour analyser le projet de loi, qui est quand
même un énorme projet de loi. Je vous invite à avoir cette lecture, et, si vous
voyez des articles où vous avez vu que le législateur a omis de faire quelque
chose, n'hésitez pas à les transmettre aux membres de la commission. On fera le
travail, on va questionner le ministre par rapport à ces aspects.
Donc, je vous remercie. Je pense que mon
collègue le député de Robert-Baldwin aussi a des questions pour vous. Je vous
remercie, messieurs, pour votre présence.
Une voix : Merci beaucoup, M. le
député.
Une voix : Merci. C'est promis.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, la parole est au député de Robert-Baldwin, oui.
M. Leitão : Oui. Pour combien
de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Votre son est un peu faible, peut-être le mettre un peu plus...
M. Leitão : Pardon. Pour
combien de temps? Excusez-moi.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, il vous reste 3 min 40 s.
M. Leitão : Bon, je vais parler
vite. Excusez-moi, j'ai un peu la voix prise. Messieurs, bonjour. Merci, merci
d'être là. Le télétravail, le ministre nous l'a dit, et je pense que, sur ça,
il a raison, il y a beaucoup de... un peu de... ce qui concerne les normes du
travail, ce n'est pas l'objet de ce projet de loi, mais il y a beaucoup de
choses qui concernent le télétravail, et qui peuvent, et qui doivent être
incluses dans ce projet de loi.
J'ai deux questions. Je vais commencer par la
première, bien sûr, et cela concerne l'exemplarité de l'État. Donc, télétravail, ça a été décrété par le
gouvernement en période de pandémie, ça s'applique bien sûr à l'État lui-même.
Les employés de l'État, c'est le secteur tertiaire, c'est les services, donc
c'est propice, vraiment, au télétravail. Pensez-vous
ou jugez-vous que les politiques de télétravail, les procédures de télétravail,
à l'intérieur même de l'appareil public, sont connues, sont efficaces?
Quelle est, un peu, votre opinion là-dessus?
Santerre (Mathieu) : Bien,
je peux peut-être amorcer. Les débats dont on a entendu parler dans les
dernières heures, même, relativement au
télétravail à l'intérieur de l'État, qui, oui, bien sûr, doit être exemplaire à
tout égard, ça démontre bien la
difficulté, parfois — et ça
inclut le secteur privé — la difficulté que la directive ou la recommandation... que ça percole jusque sur le terrain. Donc, ça
vaut pour l'État, ça vaut pour les entreprises. Alors, quand on
recommande qu'il y ait des politiques de
télétravail qui soient obligatoires et que ça soit clair pour tout le monde,
qu'est-ce qu'on doit faire avec ça, est-ce qu'on doit en faire et à
quelles conditions, bien, ça s'applique aussi à l'État comme employeur.
M. Leitão : Parfait. Oui, bien sûr,
c'est là où je voulais arriver. Parce qu'en effet il faut que ces règles soient...
et même si ça ne relève pas directement du ministre du Travail, mais à
l'intérieur du Conseil des ministres. Parce que le ministre du Travail doit
porter ce ballon et il doit s'assurer que ses collègues des autres ministères
et de son propre ministère suivent ces règles-là.
Une autre chose. Le télétravail, on n'a pas...
on ne peut pas deviner l'avenir, mais une tendance qui va probablement se
manifester, c'est qu'on va migrer vers un système encore plus hybride où les
gens pourront travailler à la maison et au bureau, mais le bureau, le bureau,
entre guillemets, de l'avenir va être différent. Il y aura probablement toute
une série de bureaux satellites qui va être créée. Donc, cette espèce de
travail, de télétravail partiel, comment est-ce que vous voyez ça? Est-ce que
c'est quelque chose qui peut faire avancer, disons, la cause du télétravail ou
ça risque de compliquer davantage la situation?
M. Lemay-Leclerc
(José) : Oui. En fait, quelques mois avant la pandémie, le gouvernement
fédéral avait déjà mis en place un grand projet de télétravail pour les
employés fédéraux, et ça incluait une très grande utilisation des tiers lieux. C'était vraiment un projet très novateur,
et ça donnait une très grande influence aux employeurs. Et j'en avais entendu énormément
parler, c'était vraiment majeur, et ça a été certainement une très bonne idée
qu'ils ont eue de faire ça. Évidemment, avec la pandémie qui est arrivée juste
après, ça a pu les préparer... et avoir tout en place afin de, finalement,
permettre aux employés de travailler de la maison et même à travers des tiers
lieux qui, peut-être, étaient mieux adaptés à avoir une distanciation, là, que
certains bureaux.
M. Leitão :
Oui, tout à fait. Et je pense que je termine avec ça, Mme la Présidente, mais,
si on est ici aujourd'hui, si on parle tellement de télétravail aujourd'hui,
c'est, bon, la pandémie, bien sûr, mais aussi parce que la technologie le
permet maintenant. Si on avait cette conversation il y a cinq ans, il y a
10 ans, elle serait très différente. La technologie, maintenant, le
permet. Par exemple, je pense aussi que c'est à nous tous mais à l'État, au ministère
du Travail, au ministre du Travail, de faire un suivi des nouvelles technologies,
parce qu'elles peuvent être très performantes, mais elles peuvent être aussi
très invasives.
Et là on parle de
droit à la déconnexion, et tout ça, «Big Brother» qui vous surveille tout le
temps. Mais la technologie se raffine au
jour le jour, et il y a des aspects extrêmement positifs et enthousiasmants
là-dessus, mais il y a des aspects,
aussi, troublants. Alors, une loi de modernisation de santé et sécurité au
travail doit comprendre des mesures de contrôle de la technologie, parce
que c'est comme... Est-ce que c'est un sujet que votre association regarde
aussi?
M. Lemay-Leclerc
(José) : Effectivement, c'est vraiment là-dessus qu'il faut qu'on
mette des règles. On comprend que ça peut être quand même très complexe, mais
qu'un certain effort serait au moins nécessaire pour, au moins, commencer et
mettre certaines balises pour que ça soit... que ça ait vraiment un effet
intéressant, là, sur la sécurité et la santé, là, surtout psychologique, là,
des télétravailleurs, là.
M. Leitão :
C'est fini, hein?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Bien, et depuis longtemps. Alors, nous
poursuivons.
M. Leitão :
Je compense pour mon absence du début. Merci, madame. Merci, messieurs.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Alors, nous poursuivons avec le député
d'Hochelaga-Maisonneuve. Vous disposez de 2 min 45 s.
M. Leduc :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, MM. Santerre, Lemay-Leclerc.
Télétravail, un sujet important, un sujet
central pour la présente année, pour l'avenir aussi. Moi, j'avoue que je
n'apprécie pas particulièrement l'approche du ministre sur ce sujet-là,
que je qualifierais peut-être d'attentiste, où on a l'avis du CCPM, mais qu'on
laisse voir la suite. Ça m'inquiète surtout par rapport à... Il y a toutes
sortes de volets, là. Puis d'ailleurs on ouvre la Loi des normes du travail, dans le cadre du projet de loi, là, il y
aurait tout à fait pertinence d'ajouter des éléments là-dessus.
Puis je trouve que
c'est attentiste parce que, d'un côté, on dit : Oui, il faut que les gens
négocient les politiques, mais, à ma connaissance, il n'y en a à peu près pas
qui se sont négociées, dans les derniers mois. En tout cas, c'est l'écho que je
reçois des centrales syndicales, à moins qu'on trouve le contraire, au
ministère. Mais l'appel n'a pas été entendu. Et attentiste aussi dans le sens
où on espère peut-être que la jurisprudence ou que les tribunaux qui auront
peut-être à se pencher sur le sujet... Bien, c'est ça, bien, ils s'arrangent
avec ça, puis ils se dépatouillent, puis on
verra ce que ça donne, alors qu'on pourrait, au contraire, faire de
l'effectivité du droit puis adopter des normes ici.
Puis, pour le volet
santé-sécurité, qui nous intéresse aujourd'hui, toute la question tourne
alentour de... le lieu de travail. Parce que c'est le patron, normalement, qui
a la responsabilité de s'assurer de la sécurité de votre environnement de travail, mais là, si c'est chez
vous, ça entre en conflit avec le concept de la vie privée. Où trancher?
Et puis il y a une
belle recherche de Rachel Cox, Jacques Desmarais et Katherine Lippel, c'est des
professeurs d'université — on
a entendu Mme Cox, il y a quelques jours, et on entendra Mme Lippel
tantôt — ils
ont trouvé que la législation de la Colombie-Britannique... ont circonscrit
quand même la chose, dans quel cadre on peut venir chez soi pour encadrer votre
environnement de travail. Je ne vous lis pas tous les détails, mais il y a
toutes sortes de motifs qu'on donne : il faut que la personne y consente,
il faut que la commission ait donné un préavis de 24 heures ou que l'accès ait été ordonné par un mandat, etc.
Avez-vous réfléchi, vous, à ce volet-là de l'environnement de travail qui doit être sécuritaire, mais
responsabilité de l'employeur, mais c'est chez vous? Où on tranche par rapport
à ça?
M. Lemay-Leclerc (José) : De mon côté, en fait, c'est sûr qu'il y a une
grande différence. Il faut comprendre, avec le télétravail qu'on vit
maintenant, en temps de pandémie, et le télétravail qui devrait être
appliqué... parce que beaucoup de monde, là, font vraiment un lien, et le
télétravail qu'on vit vraiment maintenant, en pandémie, souvent, c'est fait de
façon rapide, et ce n'est pas adapté. Donc, c'est sûr qu'avoir un bureau adapté
avec, vraiment, le temps de prendre en compte tous les aspects de santé et
sécurité qu'il devrait y avoir, soit à la maison ou dans un tiers lieu, bien,
ça permet d'avoir des bien meilleures pratiques et un travail beaucoup plus
efficace, là, pour l'employeur.
M. Leduc :
C'était toute la question des... C'est terminé, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Je peux vous donner quelques secondes de plus.
M. Leduc :
Fort rapidement. La question des logiciels de microsurveillance, entre autres
chez Desjardins, si je ne me trompe pas, où la caméra est ouverte en
permanence, puis, si vous n'êtes pas en train de clapoter, il y a une alerte
qui se met à votre gestionnaire, c'est comme inquiétant, ça. Est-ce que vous
avez une position par rapport à ça?
M. Lemay-Leclerc (José) : C'est
sûr qu'on est contre ça. Ce n'est pas des pratiques qui devraient être faites,
tant en présentiel qu'à distance. Il faut qu'il y ait davantage des pratiques
plus compréhensibles avec l'employé. Et ce n'est pas de la liberté, mais c'est vraiment
une façon de gestion qui devrait être adaptée à ça, c'est sûr. Mais le mot-clé,
c'est vraiment l'équilibre, là, il faut qu'il y ait vraiment un bel équilibre
dans le mode de travail, selon, un peu, les tâches qui sont à faire.
M. Leduc : On va travailler là-dessus,
messieurs. Merci beaucoup.
Présidente (Mme IsaBelle) : Alors, merci pour l'échange. Nous poursuivons avec le député
de Bonaventure. Vous disposez également de 2 min 45 s.
M. Roy : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Lemay-Leclerc et M. Santerre. Écoutez, le ministre
préconise le laisser-faire. Pourtant, c'est une nouvelle réalité qui est de
plus en plus importante dans le monde du travail. Le télétravail comporte des
avantages, hein? Bon, j'ai une liste ici : production accrue, diminution
de stress, flexibilité dans l'organisation du travail, diminution des gaz à
effet de serre, etc. Pourtant, les employeurs, actuellement, souhaitent
favoriser cette pratique, mais, étant
donné qu'il y a un vide et qu'il n'y a pas d'environnement normatif, on ne statue pas sur les droits du
travailleur, etc., bien, ça crée une petite forme de réticence, chez les
entrepreneurs, à pérenniser ce mode de travail là.
Donc, actuellement, bon, chaque municipalité a
sa propre réglementation. Est-ce que vous considérez que, si le ministre réglementait
et, bon, statuait sur les droits du travailleur en télétravail, il y aurait une
pérennisation de ce mode de travail là? Puis
ça améliorerait quand même les conditions de vie d'un nombre important de
travailleurs au Québec.
M. Lemay-Leclerc (José) : Bien,
c'est clair que, s'il y avait des gestes dans la direction d'une clarification,
voire d'une obligation d'avoir des politiques de télétravail plus claires,
c'est sûr que ça pourrait avoir un effet positif partout. Cela dit, bien sûr,
notre rôle à nous ici n'est pas de blâmer personne. Nous, on est plutôt
contents qu'il y ait le projet de loi n° 59 pour avoir la chance de venir
vous parler de télétravail, mais effectivement il y a une opportunité là, qu'on
a avec le projet de loi, la pandémie, votre réceptivité d'aujourd'hui, pour adopter
quelque chose de plus clair pour le télétravail.
M. Roy : Mais vous
comprenez que, dans un contexte comme celui-là, on va avoir un nombre important
de propriétaires d'immeubles commerciaux, avec des bureaux, qui ne la
trouveront pas drôle, hein? Ça fait que vous comprenez qu'il y a quand même des
lobbys qui se manifestent, actuellement, pour un retour au travail au bureau
dans un contexte où les travailleurs sont en train de goûter à ça et d'aimer
ça. C'est pour ça que c'est important, à un moment donné, de comprendre la
nouvelle réalité qui se propose à nous. Merci beaucoup, messieurs. Il reste-tu
du temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui, un petit 40 secondes.
M. Roy : Ah! bien,
allez-y, messieurs. Donc, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour influencer le
ministre actuellement?
M. Lemay-Leclerc (José) : Moi,
je pourrais ajouter que c'est sûr que le milieu immobilier, le milieu du
transport peut être très... énormément impacté par le télétravail, mais que,
justement, si c'est appliqué de façon hybride, équilibrée, il pourrait y avoir
une très bonne utilisation du transport et des immobiliers, voire que ça peut
être même meilleur qu'avant, là. On ne parle pas nécessairement d'expansion ou
d'étalement urbain, mais ça serait une meilleure utilisation des territoires,
ça, c'est certain, et ça aurait un très bon avantage, un très bon impact sur
l'économie, là, j'en suis certain.
M. Roy : Donc, la diminution
du trafic via une alternance du travail qui serait synchronisé ou des
travailleurs qui peuvent aller dans leurs bureaux, tels jours, et d'autres
catégories, tels jours, donc, ça améliorerait les conditions de vie dans les
centres urbains, sûrement?
M. Lemay-Leclerc (José) : Ah!
l'utilisation des transports actifs, par exemple, là... Mais il faut vraiment
contrer l'isolement, ce n'est pas l'isolement qui est la solution pour le
travail. Peut-être pour la pandémie, mais pas pour le travail.
M. Santerre (Mathieu) : Prenons
simplement le phénomène des espaces de travail partagés, qui serait certainement bien vu par les lobbys dont vous parlez, puis c'est à l'extérieur du
domicile, par ailleurs, mais on est en télétravail.
Roy : C'est sûr qu'ils nous écoutent, et ils ont compris. Merci
beaucoup, messieurs.
Présidente (Mme IsaBelle) :
C'est bien, je vous remercie. Alors, merci, M. Lemay-Leclerc et
M. Santerre, pour votre contribution à la commission.
Nous suspendons
quelques instants, le temps d'accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 10)
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Alors, nous poursuivons. Nous accueillons, cette fois-ci,
la professeure Mme Baril-Gingras et la Pre Riel. Je vous invite à vous
présenter et ensuite à commencer votre exposé.
Mme Baril-Gingras
(Geneviève) : Merci. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM.
les députés, bonjour. Je suis professeure titulaire au Département des
relations industrielles de l'Université Laval et je suis accompagnée par la Pre
Jessica Riel.
Mme Riel
(Jessica) : Bonjour. Je suis professeure agrégée au Département de
relations industrielles à l'Université du Québec en Outaouais, ergonome et
responsable de l'équipe de recherche interdisciplinaire sur le travail Santé
Genre Égalité.
Je vous remercie de
nous permettre d'exposer les points saillants du mémoire que nous avons
préparé. Ce mémoire est le résultat d'un travail collectif immense auquel ont
contribué 14 chercheuses de six universités québécoises, et ce, dans un
contexte de télétravail avec la famille. Rappelons que les membres de l'équipe
SAGE, dont la plupart sont également membres du Centre de recherche
interdisciplinaire sur le bien-être, la santé, la société et l'environnement,
le Cinbiose, cumulent plus de 30 ans d'études sur des questions liées à la
santé et au travail des femmes, qui sont reconnues et citées à travers le
monde.
Le coeur de notre
mémoire porte sur l'analyse des effets potentiels du projet de
loi sur la santé
des femmes et des travailleurs et travailleuses en situation de vulnérabilité.
Pour ce faire, nous nous sommes basées sur une approche écosystémique
interdisciplinaire et suivant les principes d'une analyse différenciée selon
les sexes. Nous émettons 49 recommandations concrètes et constructives qui
s'appuient sur l'état des connaissances scientifiques, l'analyse de
l'effectivité des dispositions légales et de nombreuses expériences de
recherche interventions en milieu de travail et menées par les membres de
l'équipe SAGE. Je laisse la parole maintenant à Mme Baril-Gingras.
Mme Baril-Gingras
(Geneviève) : Merci. Alors, le projet de loi n° 59
comporte certaines améliorations en matière de prévention, telles que
l'inclusion explicite d'une obligation de prévention de la violence, des
risques dits ergonomiques et des risques psychosociaux et l'extension de
l'application du programme de prévention et des mécanismes de participation.
Cependant, des inégalités sociales et de genre sont maintenues en matière de prévention. De même, l'essentiel des modifications à la
Loi sur les accidents
du travail et les maladies professionnelles constituerait des reculs et
aurait des effets particulièrement négatifs pour les femmes.
Nous souscrivons aux recommandations
que formulera la Pre Katherine Lippel, que vous recevrez. Faute de temps, nous
nous concentrerons sur la prévention, mais nous souhaitons souligner nos recommandations
concernant les travailleuses domestiques, soit de supprimer du projet de loi la
définition de «travailleur domestique» et de considérer sans distinction ces
personnes comme des travailleurs au sens de la loi, donc de supprimer
l'exclusion basée sur le nombre d'heures travaillées, et toute exclusion totale
ou partielle, et tout traitement différencié. D'autres recommandations
concernent les travailleuses embauchées par l'entremise du chèque
emploi-service.
Donc, maintenant, sur
la prévention comme telle. Le critère de niveau de risque a été beaucoup
discuté ici. En s'appuyant sur les indemnisations passées, ce critère reproduit
le cercle vicieux de la sous-estimation des risques qui affectent en
particulier les femmes du fait de la nature des emplois qu'elles occupent.
C'est le cas des troubles musculosquelettiques non traumatiques et des problèmes
de santé mentale reliés au travail, dont la sous-déclaration et la
sous-reconnaissance sont bien démontrées.
Notre analyse de la
répartition femmes-hommes dans les codes SCIAN à quatre chiffres a montré que
ce critère inapproprié ferait en sorte que 69,3 % des femmes contre
50,2 % des hommes se retrouvent dans des secteurs considérés à risque
faible, selon les estimations les plus précises que nous avons effectuées. Les
effets non souhaitables de ce critère, dans la santé et l'éducation, ont été
soulignés, mais ils ne s'y limitent pas.
En 2017, l'IRSST,
donc l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail, a
publié une analyse par catégories professionnelles et par sexes à l'intérieur
d'un secteur d'activité, ou code SCIAN à trois chiffres. Cette étude a
identifié 286 catégories professionnelles composées soit d'hommes soit de
femmes jugés à risque. Sur les
20 catégories professionnelles, sexes les plus à risque, 11 sont composées
de femmes et neuf, d'hommes. Or, plusieurs de ces catégories se
retrouvent dans des secteurs qui sont classés comme à risque moyen ou faible,
selon le projet de loi n° 59.
Par exemple, selon le projet de loi n° 59,
le secteur hébergement des voyageurs est classé à risque moyen. Pourtant, selon
l'analyse dont je viens de vous parler, la catégorie professionnelle composée
des femmes exerçant un travail manuel dans le secteur
services d'hébergement se retrouve au sixième rang sur les
286 secteurs jugés les plus à risque, avant l'extraction minière. La sous-estimation
des risques pour les femmes est encore plus évidente si on examine les données
d'études sur les conditions de travail et les symptômes rapportés. Nous
pourrons y revenir.
Nous recommandons donc de retirer la notion de
niveau de risque et de rendre accessibles les mécanismes de prévention et de
participation aux représentations pour tous et toutes. L'objectif même de la
LSST est que les risques soient identifiés dans le milieu de travail.
Maintenant,
quant aux programmes de prévention, dont nous saluons l'extension, le programme
multiétablissement comporte un danger élevé de conformité de papier. Nous
recommandons de retirer cette possibilité, comme pour les comités, à moins d'un
accord avec les syndicats présents. Le programme de prévention doit permettre
d'anticiper les risques reliés aux changements organisationnels, technologiques
et architecturaux, dès la conception, plutôt que d'agir une fois les dégâts
faits. Nous proposons des modifications en ce sens.
Le projet de loi n° 59 abolit les
dispositions de la LSST qui concernent le programme de santé spécifique à
l'établissement et la fonction de médecin responsable des services de santé de
l'établissement rattaché au réseau de santé publique, alors que chaque année
cela amène l'identification de situations de surexposition à des risques
importants pour des milliers de travailleurs, dont l'exposition à des
cancérogènes, et que cela permet la prévention des troubles
musculosquelettiques.
Nous recommandons de maintenir et d'étendre le programme
de santé à tous les établissements devant disposer d'un programme de
prévention. Il doit continuer à être élaboré par un acteur indépendant de
l'employeur, compétent, non impliqué dans la gestion des réclamations, c'est-à-dire
les équipes multidisciplinaires du réseau de santé publique en santé au
travail.
Parce que les risques auxquels font face les
femmes sont souvent invisibilisés, le succès d'une réforme reposera en grande
partie sur la capacité du régime à leur donner une voix. Le projet de loi
n° 59 étend la couverture des comités et des représentants des
travailleurs en santé et en sécurité et les rend obligatoires. C'est en effet
la participation représentative des travailleurs qui distingue les régimes qui
sont les plus efficaces.
Or, nous constatons une contradiction entre
l'intention affirmée de renforcer la prévention et, d'autre part, le faible
niveau de ressources en temps qui est alloué au représentant en santé et
sécurité du travail. Une revue systématique des études sur ces personnes, à travers
le monde, montre que le temps est un facteur clé de leur capacité à générer des
changements.
Les représentants en santé-sécurité sont le
levain dans le pain. Vous pouvez aussi utiliser l'analogie de la bougie
d'allumage ou de l'huile dans le moteur, selon vos préférences. Ils activent
les comités et les rendent plus efficaces.
Le nombre d'heures de libération du représentant en santé-sécurité doit donc
être rehaussé significativement.
La recherche démontre que les travailleurs des
petits établissements sont plus à risque. Le projet de loi ne propose qu'une
solution, malheureusement très partielle, à cette situation. De même, il est
démontré que les travailleurs non syndiqués, soit la majorité des femmes dans
le secteur privé, ont plus de difficulté à connaître et à exercer leurs droits.
Il est bien démontré que l'absence d'un syndicat limite l'efficacité des
comités de santé-sécurité.
Nous recommandons donc de réaliser des
consultations visant la mise en place d'un dispositif afin de soutenir la représentation des travailleurs et
travailleuses des petits établissements et des établissements non syndiqués.
Ce dispositif devrait être encadré légalement et doté d'un conseil
d'administration composé de représentants d'associations de travailleurs non
syndiqués. Il pourrait être inspiré des réseaux de représentants itinérants
existants dans d'autres juridictions.
Nous
recommandons également que la CNESST mette en place un service d'information et
d'accompagnement en santé-sécurité destiné aux travailleurs non syndiqués. En
comparaison avec plusieurs autres juridictions canadiennes, le Québec fait piètre figure quant à l'assistance fournie
aux personnes accidentées ou malades du travail. Nous recommandons donc
aussi de mettre en place des bureaux de conseillers des travailleurs et des
employeurs, comme il en existe en Ontario et en Colombie-Britannique.
Nous saluons le maintien du programme Pour une
maternité sans danger dans la
Loi sur la santé et la sécurité du travail. Face
aux modifications proposées, cependant, nous souscrivons aux recommandations
proposées dans les mémoires des professeures Anne-Renée Gravel, Romaine
Malenfant et Maria De Koninck. Nous souhaitons toutefois mettre en relief la
recommandation 29 de notre propre mémoire, qui vise à inclure...
La Présidente (Mme IsaBelle) : En
conclusion.
Mme Baril-Gingras (Geneviève) : Oui,
je conclus, oui. Nous demandons que soient inclus les risques pour la
travailleuse enceinte dans le programme de prévention.
J'aimerais revenir autour de vos questions sur
une disposition que nous suggérons d'ajouter pour une meilleure protection des
travailleurs d'agence de location de personnel, qui est un problème vraiment
important. Et, puisque l'adoption d'une loi ne suffit pas à son application,
nous souhaitons aussi que soient augmentées substantiellement les ressources
des inspecteurs et inspectrices. Le ministre du Travail a exprimé sa volonté de
prendre en compte la situation des femmes. Pour que la réforme constitue une
véritable modernisation, cela doit transparaître dans l'ensemble du projet.
Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Merci
pour votre exposé. Alors, nous commençons la période d'échange avec M. le
ministre. Vous disposez de 16 min 40 s... 30 secondes,
pardon, 16 min 30 s.
Boulet : Merci, Mme la Présidente. Merci, Pre Baril-Gingras.
Merci, Pre Riel. Merci de votre engagement pour la santé et
sécurité, la cause des femmes, bien sûr. Et votre mémoire contient des
recommandations que je trouve particulièrement prometteuses et intéressantes.
D'ailleurs, il faut que je le souligne, hein,
s'il y a eu des effets indirects quant aux emplois à prépondérance féminine, ce
n'est certainement pas intentionnel, hein? Parce que je suis entouré d'une
équipe, évidemment, d'une équipe vraiment
compétente, professionnelle et qualifiée et à forte prépondérance féminine, des
personnes, d'ailleurs, qui ont bénéficié de votre enseignement,
Mme Baril-Gingras, qui sont très près de moi et qui sont préoccupées.
Puis je vais en profiter pour faire peut-être
quelques avancées immédiates. Tu sais, je vais avoir un échange avec vous,
notamment sur les agences de placement. Mais les inégalités sociales et de
genres, quand vous dites que c'est maintenu, perpétué depuis 40 ans...
Puis moi, je veux essentiellement que Québec contribue à améliorer son régime
et à s'assurer qu'il y ait des mécanismes de prévention et de participation des
travailleurs et travailleuses pour tout le monde dans tous les secteurs. C'est
ça, mon objectif.
Maintenant, les niveaux de risque. Quand vous
dites que ça perpétue les inégalités de sexes, quand je lis des portions de
votre rapport — puis
vous avez fait de la recherche extensive — moi, là, je le dis, là,
devant tout le monde, les niveaux de risque, là, s'il faut mettre ça de côté
pour respecter l'impact de la tertiarisation de l'économie et les types d'emploi
à prépondérance féminine, on les mettra de côté. Je pense qu'ultimement ce qui
nous intéresse, c'est d'améliorer la prévention, d'avoir des travailleurs, des
travailleuses en meilleure santé. Et, si ce n'est pas ultimement bénéfique, on
va mettre ça de côté, parce que moi, je suis totalement ouvert, parce que je ne
veux pas qu'on ait un projet de loi qui perpétue des inégalités de sexe. Je le
dis de façon très claire. Puis, professeur, si on a à se reparler de cette
thématique-là, je vous demanderai des avis plus spécifiques. Mais je veux
certainement éviter que cet objectif-là... Bien, en fait, que l'objectif des
mécanismes de prévention et de participation soit atteint, ça, pour moi, c'est
clair, et d'éviter l'effet discriminatoire indirect sur la santé des femmes ou
de perpétuer des inégalités de sexe. On n'aura certainement pas, au Québec, un projet
de loi qui modernise deux lois fondamentales en faisant cette... en perpétuant
ces inégalités-là.
Vous dites, dans votre recommandation n° 9 : Ajouter la notion d'intégrité psychologique à
l'article 2 de la loi. Puis, c'est vrai, l'article 2 de la loi, je le
relis, tu sais, on... La loi, fondamentalement, elle a pour objet
l'élimination, à la source même, des dangers pour la santé, la sécurité et
l'intégrité physique des travailleurs. Et votre recommandation, on va la
suivre, professeure, on va le rajouter. Il faut le rajouter. Et évidemment je
ne veux pas avoir l'air de prendre des décisions de ma propre initiative, là,
mais moi, comme pour l'égalité des sexes, pour l'intégrité psychologique, je ne
voudrais pas que ce soit imprécis ou je ne veux pas qu'on fasse de compromis.
Ça fait que ce sera éventuellement rajouté.
Vous dites
aussi, pour les troubles de stress post-traumatique, c'est une de vos
recommandations, bon : Est-ce
qu'on n'aurait pas pu identifier certains métiers? Je pense que vous référiez
aux infirmiers, infirmières puis aux premiers répondants. L'approche qu'on a
adoptée, un, je pense, professeur, que c'est une avancée considérable de
reconnaître que les troubles de stress post-traumatique, c'est une... c'est
dans la liste des maladies professionnelles présumées, parce que 67 % des
réclamations que nous avons, à la CNESST, à connotation psychologique,
découlent de troubles de stress post-traumatique. On a décidé de ne pas la
limiter à certains métiers. Il y a un syndicat qui nous disait : Vous
auriez dû parler des pompistes ou de tel ou de tel métier. On a décidé de ne
pas limiter les corps de métier et de faire
en sorte que ce soit accessible, indépendamment de la nature de ton travail. Si
tu es un ambulancier, si tu es un gardien de prison ou si tu es un
premier répondant, ça apparaît plus évident, mais il y a des métiers où ça
n'apparaît pas d'emblée, où le trouble de stress post-traumatique peut avoir
une certaine utilité.
Vous mentionnez aussi, pour les lésions
musculosquelettiques... tu sais, je vois qu'il y a des conditions
additionnelles. Tu sais, moi, je dis souvent : Bon, c'est les tendinites,
bursites, ténosynovites, c'est du travail qui implique des gestes répétitifs
sur une période de temps prolongée, il me semble que la jurisprudence est assez
claire. Donc, ce qui a été rajouté, moi, je vous exprime mon ouverture à ce que
ce soit élagué. Puis il me semble que les critères dégagés et retenus par le Tribunal
administratif du travail, et avant la CLP et la... la Commission des lésions
professionnelles, c'était, pour moi, relativement clair.
Vous dites... ah! je veux vous comprendre comme
il faut, là, vous dites : Les risques doivent tenir compte des changements
organisationnels, technologiques. Je suis totalement d'accord avec vous, mais
vous avez dit, peut-être que je n'ai pas
bien compris, «les changements architecturaux». À quoi vous référiez plus
précisément, là? J'ai peut-être une idée, mais je ne suis pas certain.
Mme Baril-Gingras (Geneviève) :
Vous m'entendez bien?
M. Boulet : Oui, tout à fait.
Mme Baril-Gingras (Geneviève) :
En fait, cette disposition-là, ce qu'on propose, donc, on propose que, dans le
programme de prévention, on rajoute que ça doit prendre en considération les
changements avant qu'ils soient implantés, pour qu'on anticipe de ne pas
inviter des risques dans le milieu de travail, et donc de prévoir que les
aménagements vont être adéquats pour que l'activité de travail se déroule sans
risque et donc ne pas produire de dégâts sur la santé des personnes. Et donc
c'est beaucoup moins coûteux de la faire de cette manière-là.
Et on a, au plan international mais aussi au
Québec, de belles expériences d'intégration de la prévention lors de
changements architecturaux, ou organisationnels, ou d'équipement. On peut
penser au simple fait que, parfois, les femmes sont invitées à... commencent à travailler
dans des milieux de travail où on n'avait pas pensé qu'un jour elles arriveraient, et donc il n'y a pas de toilettes pour les
femmes. On pourrait aussi donner pour exemple qu'il y a actuellement de
nouveaux supermarchés qui ouvrent et où les postes de travail sont toujours
debout, pour les caissières, alors que la CNESST a produit un guide sur la
manière adéquate d'intégrer des sièges assis-debout pour permettre que les
caissières ne passent pas toute leur journée debout. Et, malgré ça, il y a encore
de nouveaux supermarchés qui se construisent et qui n'intègrent pas ces sièges.
Alors, l'objectif est donc que la prévention puisse être intégrée dès la
conception.
Et on peut penser aussi aux changements
organisationnels, des modifications dans la manière d'organiser le travail. On a vu certains dégâts qui ont été faits
par le «lean», dans certains établissements de santé, et donc c'est le
but de cette recommandation-là. C'est une pratique qui est déjà inscrite dans
la législation qui s'applique au niveau fédéral.
M. Boulet : Merci, professeure.
Puis, c'est vraiment l'intention que nous avons. Puis, si précisions nous
devons faire, nous le ferons.
D'ailleurs, parlant de précisions, une de vos
recommandations, la 26, vous dites : Il faut s'assurer de l'autonomie
décisionnelle du médecin traitant. Là, c'est dans l'application du programme de
maternité sans danger. Le protocole, vous le savez, hein, le protocole vise à
assurer un meilleur accès puis une meilleure équité au programme de maternité
sans danger, indépendamment des régions puis des médecins, là. Parce qu'on
avait beaucoup d'iniquités, là, puis ça a été soulevé notamment par plusieurs
syndicats. Mais ce protocole national là va être fait par la Santé publique,
donc de manière indépendante et objective. Et je veux assurément que les
médecins qui font le suivi de la grossesse conservent leur autonomie, soient
les émetteurs ou émettrices du certificat, qui est ultimement une demande de
réaffectation, et que cette autonomie décisionnelle là soit intègre. Moi, je
vais être un partisan de... On va le préciser dans l'article pour que ce soit
clair, professeure. Parce que, pour moi, ça m'apparaît évident que la personne,
ultimement, qui doit autoriser le retrait préventif, c'est celle qui connaît
les particularités ou les spécificités de la travailleuse qui est enceinte,
évidemment, pour la protéger, tenant compte de son état de grossesse ou, bien
sûr, l'enfant à naître.
Peut-être dernière thématique, professeure,
parce que'on pourrait se parler longtemps, là, mais les agences de placement de
personnel, vous dites, à un moment donné : Il faut «sanctionner les
agences qui ne s'acquittent pas de leurs obligations en tant qu'employeur.» Je
suis convaincu que vous avez pris connaissance de notre Règlement sur les
agences de placement de personnel et d'agences de recrutement de travailleurs
étrangers temporaires. Évidemment, c'est des travailleurs, travailleuses qui
sont vulnérables, qui arrivaient au Québec, qui étaient entassés, qui étaient congédiés, dont on confisquait les
papiers, à l'égard desquels on exigeait des frais, à l'égard desquels il y
avait des clauses restrictives d'emploi. Ce n'est plus le cas. Maintenant, ces
agences-là doivent obtenir des permis de la CNESST, que ce soit une agence de
placement ou de recrutement de travailleurs étrangers temporaires, et il y a un
suivi qui est fait. Ce n'est pas parfait, il y a encore de la vulnérabilité,
mais on a perpétué ça pendant des années. Et je vois... je réfère souvent à mon
collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, avec qui j'ai discuté de ce règlement-là, je
pense qu'on a fait une avancée qui est intéressante.
Puis, quand vous dites, à votre recommandation 31 :
«Rendre explicite l'interdiction d'un transfert contractuel de responsabilité
entre l'entreprise cliente et l'agence quant aux obligations prévues par la
LSST», on l'a prévu dans le règlement, en fait, sous forme de responsabilité
solidaire de l'agence et de l'entreprise cliente à l'égard des obligations qui
sont prévues dans des lois du travail au Québec. Et ça, je voulais m'assurer
que ce soit... qu'on soit sur la même longueur d'onde. Mais est-ce qu'il y a
des éléments d'information qui me manqueraient, professeure, pour me permettre,
éventuellement, d'adapter?
Mme Baril-Gingras (Geneviève) :
Alors, je ne suis pas juriste. Ce mémoire-là a été écrit, comme ma collègue
Jessica Riel l'a dit, par 14 chercheurs, dont deux personnes sont spécialisées
dans ce domaine-là, donc Dalia Gesualdi-Fecteau et Rachel Cox. Et donc nous
avons inclus dans notre mémoire des précisions quant à la manière dont les
dispositions légales devraient être précisées pour qu'il y ait une meilleure
protection de ces travailleurs d'agence pour qui ce n'est pas toujours évident,
même, généralement, ça ne l'est pas, de savoir qui va s'occuper de bien les
former, qui doit s'occuper de leur fournir l'équipement de protection adéquat,
qui doit s'occuper de leur fournir la supervision adéquate. Et donc il peut...
Ce qu'on veut éviter, c'est que, par contrat, l'un des acteurs se débarrasse
d'une de ces responsabilités-là.
Puis actuellement, quand on regarde les
jugements sur ces situations-là, on voit que ce n'est vraiment pas simple puis
qu'un peu tout le monde se renvoie la balle, pensant que c'est un ou pensant
que c'est l'autre, et que... Ce qui arrive, à la fin, c'est qu'un travailleur
est blessé, puis parfois des blessures extrêmement graves. Puis donc on pense
que les dispositions qui sont proposées dans notre mémoire aideraient à
préciser ces choses. Et donc on s'inspire, entre autres, de dispositions qui
proviennent du Code canadien du travail à cet effet-là. Donc, vous avez nos
recommandations détaillées, là, à partir de la recommandation 32 jusqu'à
la recommandation 36, avec des précisions, là, sur ce qui devrait être
écrit, à notre avis.
M. Boulet :
Merci. Je pense que c'est des informations qui sont totalement pertinentes,
puis je vais m'assurer, tant dans le règlement... Parce que ce que vous
décrivez, là, un transfert de responsabilités pur et simple, là, moi, je...
c'est contraire à la loi depuis l'entrée en vigueur de ce règlement-là. Du
moins, le transfert de responsabilités comme
vous le précisez, ça ne serait pas conforme à ce règlement-là. Puis, dans la
loi sur la santé-sécurité, là, je me souviens bien aussi qu'il y a des
articles qui confèrent des responsabilités spécifiques, là, dans un contexte de
relation tripartite, là, où il y a l'agence de placement, l'entreprise cliente
et le travailleur, pour s'assurer de bien protéger le
travailleur, qui est ultimement beaucoup plus vulnérable dans des contextes de
relations contractuelles de cette nature-là.
Bon, il y a d'autres
recommandations qui m'apparaissent... Encore une fois, je l'ai mentionné un peu
plus tôt, quand vous dites, notamment : Il faut que la CNESST accentue ses
activités de formation... puis vous parliez même d'informations spécifiques aux
travailleurs et aux travailleuses non syndiqués, donc qu'on ait un nombre
spécifique de personnes qui soient dédiées à de la formation en milieu non
syndiqué, pouvez-vous me mettre ça un petit peu en perspective, professeure?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Il ne reste que 40 secondes.
Mme Baril-Gingras
(Geneviève) : Écoutez, il y a deux aspects. Il y a les propositions
qu'on fait pour que la représentation des travailleurs en matière de prévention
dans les établissements non syndiqués et les petits établissements soit
maintenue, ça, ça serait par des... un organisme spécial qui serait formé à cet
égard-là, mais il y a aussi tout le soutien en matière d'indemnisation, de
l'information et du soutien juridique qui est assuré pour les autres fonctions
de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et sécurité, mais pas en
matière de santé et sécurité du travail, alors que ça se fait ailleurs. Et
même, en Ontario et dans une autre province, là, dont je ne me souviens plus,
on offre du soutien en matière d'indemnisation aux travailleurs, puisqu'autrement
ça représente un fardeau vraiment important, et puis c'est David contre
Goliath, comme on l'a dit, dans plusieurs cas.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Alors, nous poursuivons l'échange...
M. Boulet :
Merci beaucoup. Merci, professeure. À bientôt.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Nous poursuivons l'échange avec le député de Nelligan.
Vous disposez de 11 minutes.
M. Derraji :
Merci, Pre Baril-Gingras et Pre Riel, pour votre présence et la qualité de
votre mémoire, 108 pages de très bonnes recommandations. C'est très
difficile pour moi, pour les 11 minutes que j'ai, pour passer à travers
tout le mémoire, mais je vais juste vous dire quelque chose, que je partage
avec vous votre première inquiétude, où vous avez questionné le choix du gouvernement
d'accorder un temps de consultation publique. C'est court pour un projet de loi
qui est costaud. Et vous avez même rappelé, au niveau des médias, qu'en 1979 il
y avait 11 jours d'audiences. Donc, c'est extrêmement important de garder
cela en tête, parce qu'on le voit jour après jour, groupe après groupe, que le
projet de loi est extrêmement complexe.
Ma première question
à vous deux, professeures, c'est par rapport à des groupes de femmes qui sont
venus nous dire en consultation l'importance d'avoir un regard particulier sur
l'analyse différenciée selon le sexe. Plusieurs groupes de femmes nous ont
alertés que ce projet de loi cible en premier lieu des femmes. Est-ce que,
selon vous, et depuis le progrès que nous avons eu au Québec avec... notamment
qu'on ne peut pas, surtout en termes de lésions professionnelles... depuis
2007, un projet de loi ne peut pas être rédigé sans prendre en considération
l'ADS, est-ce que vous partagez avec moi le même point de vue?
Mme Baril-Gingras
(Geneviève) : Je vais laisser ma collègue Jessica répondre.
Mme Riel
(Jessica) : En fait, nous considérons que la question du processus
relève des parlementaires et pas des scientifiques. Nous avons exprimé notre point
de vue dans notre mémoire. Toutefois, nous invitons les membres de la commission
à examiner le projet de loi à la lumière des constats faits par plusieurs
groupes, dont les groupes de femmes et le nôtre, à l'effet que le projet de loi,
dans sa forme actuelle, comporte des dispositions qui perpétuent les inégalités
sociales et de genre.
M. Derraji :
Je comprends le sens de votre réponse, et ma question, je vais la reposer d'une
autre manière : Est-ce que, selon vous, aujourd'hui, le projet de loi tel
que présenté en sa mouture actuelle nous donne l'heure juste par rapport aux
effets, aux effets? Il y a des groupes qui ont dit : C'est
discriminatoire. Il y a d'autres qui ont dit : Les inégalités envers les
femmes... Est-ce que, selon vous, le fait de ne pas avoir l'ADS ou l'ADS+ va
compromettre la lecture féministe de ce projet de loi?
Mme Baril-Gingras
(Geneviève) : Je peux poursuivre, oui? En fait, on a fait, nous, nos
constats par rapport au projet de loi tel qu'il était présenté... et elles sont
exposées, là, dans notre mémoire. Maintenant, pour le reste, bien, ça relève
des parlementaires, là, de voir comment ce projet de loi là peut effectivement
être modifié pour intégrer les préoccupations qui ont été formulées par les
groupes de femmes...
M. Derraji :
Donc, nous sommes d'accord par rapport aux préoccupations des groupes des
femmes et le fait qu'au niveau de l'étude
article par
article l'analyse
différenciée selon le sexe doit être un regard qu'on doit porter au niveau de
l'étude
article par article?
Mme Baril-Gingras (Geneviève) :
Bien, je suis heureuse de savoir que vous porterez ce regard dans une
préoccupation qui intégrera la santé des femmes.
M. Derraji :
Moi, je le porte, professeure. Et, vous savez, je pose la question presque... à
beaucoup de groupes, et j'ai la chance d'avoir en face de moi deux
professeures, que je respecte, et j'ai lu votre mémoire, j'ai lu vos
publications, j'ai lu vos déclarations depuis le début du projet de loi, mais
je voulais quand même m'assurer... Parce que j'ai l'opportunité d'avoir deux
femmes, en face de moi, qui connaissent très bien c'est quoi, le régime de santé
et sécurité au travail, et, si vous nous le dites aujourd'hui que :
Écoutez, chers parlementaires, vous devez faire attention à ce volet, bien, je
pense qu'on doit vous écouter. C'est pour cela que je n'essaie pas de vous
imposer une réponse, mais je comprends, je comprends parfaitement ce que vous
voulez dire par rapport au volet des femmes.
Maintenant, je vais aller à l'accès à
l'indemnisation. J'ai cru comprendre ou corrigez-moi, madame...
Pre Gingras, vous avez dit qu'on est face à un iceberg : les coûts
d'indemnisation sont la
partie immergée, et dessous il y a toute une montagne
de coûts reconnus de lésions et de problèmes de santé pour lesquels on va
s'absenter en utilisant d'autres régimes ou rien du tout, et on va continuer à
souffrir au travail ou simplement s'en aller, changer d'emploi, et là, on est dans
le problème du roulement de la main-d'oeuvre. C'est toute une déclaration,
Pre Gingras. Et comment vous voyez que ce projet de loi doit prendre en
considération votre déclaration et ne pas tomber dans cette spirale que vous
êtes en train de nous décrire?
Mme Baril-Gingras (Geneviève) :
Bien, il y a deux aspects à votre question, hein? Il faut accentuer la
prévention, le projet de loi va dans ce sens-là. On propose des modifications,
comme que j'ai exposé tout à l'heure, et qui sont détaillées dans notre
mémoire, pour que la prévention soit plus effective. Et l'autre volet de votre
question, c'est tout ce qui relève de l'indemnisation, et donc éviter qu'il y
ait une si grosse partie, là, de l'iceberg qui soit sous l'eau. Et puis pour
tout ce qui relève, là, de l'indemnisation, bien, je vais vous inviter à garder
vos questions pour la prochaine intervenante, notre collègue Katherine Lippel,
puisque c'est la spécialiste sur le sujet et que nous souscrivons aux recommandations
qu'elle va vous formuler.
M. Derraji : Aucun problème. Mais,
Pre Gingras, vous avez déjà dit que «les avancées "bien incomplètes" en
matière de prévention — donc
il y a des avancées bien incomplètes, et je continue la même citation, hein,
corrigez-moi si je me trompe — s'effectuent "au prix de reculs [de
l'indemnisation] pour réduire les coûts du régime.» Donc, est-ce que
l'intention du législateur... Parce que j'essaie de comprendre comment on est
arrivés à avoir un tel projet de loi. Si on a bien fait notre travail en amont,
est-ce qu'on va arriver aujourd'hui à recevoir de telles confirmations que
c'est des avancées bien incomplètes en matière de prévention, au prix de reculs
de l'indemnisation, pour réduire les coûts
du régime? Est-ce que l'intention du législateur, c'est uniquement la
réduction des coûts du régime ou bien l'intention du législateur, avec ce
projet de loi, c'est la santé-sécurité du travailleur?
Baril-Gingras (Geneviève) :
Je ne crois pas que, la question, ce soit moi qui puisse y répondre
puisque je crois que je ne...
M. Derraji : C'est votre
déclaration, c'est votre déclaration. Je n'ai rien inventé, je l'ai trouvée.
Mme Baril-Gingras (Geneviève) : Je
ne crois pas avoir déclaré quoi que ce soit sur l'intention du législateur.
Mais simplement, ce qui est certain, c'est que, si c'est plus difficile de
faire reconnaître les effets du travail sur la santé à certains égards, bien,
c'est clair que ça n'aide pas la prévention. Donc, les deux sont liés. Et donc,
si on veut vraiment qu'il y ait des améliorations en matière de prévention, il
ne faut pas que, par ailleurs, les énergies des travailleurs accidentés, des
gens qui les représentent et des syndicats et les énergies des employeurs soient mises à... sur l'indemnisation et les
bagarres légales qui doivent avoir lieu pour faire reconnaître ces enjeux-là.
Alors, il faut recentrer les énergies sur la prévention, et donc c'est dans ce
sens-là qu'on a formulé des recommandations.
M. Derraji : Merci à vous deux. Je
pense, Mme la Présidente, que mon collègue député de Robert-Baldwin a deux,
trois questions. Merci à vous deux, chères professeures. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous donnons la parole au député de Robert-Baldwin. Il n'y aura pas
beaucoup de questions puisqu'il ne reste que 2 min 30 s.
M. Leitão : Merci. Une question...
pardon, mesdames, une question. Les travailleuses domestiques, vous avez
mentionné très, très rapidement au début de votre intervention et vous
suggérez, tout simplement, de supprimer la contrainte d'heures. On en a
discuté, de cela, avec plusieurs intervenants, avant, hier, avant-hier. M. le
ministre nous revient toujours avec l'exemple du jeune homme qui va tondre le
gazon chez son voisin. Je pense qu'on parle... de tout. J'aimerais juste si vous pouviez rapidement, avec le temps qui nous reste, nous préciser pourquoi
vous suggérez de tout simplement supprimer la contrainte de temps.
Mme Riel (Jessica) : Bien, en
fait, je vais me permettre de répondre. Les travailleuses domestiques, selon
notre analyse, ne devraient pas être exclues du projet... devraient exclues. La
définition de «domestique» devrait être exclue du projet de loi parce que ce
sont des travailleuses à part entière, les travailleuses domestiques. Donc, on
ne devrait pas considérer un groupe plutôt qu'un... dans le fond, de diviser, c'est-à-dire
que les travailleuses domestiques qui font un nombre d'heures qui est prévu par
le projet de loi soient couvertes et qu'un autre groupe ne le soit pas, ce qui
perpétue de la discrimination à leur endroit. Et donc elles doivent être
considérées à part entière comme des travailleuses. Et
donc c'est pourquoi nous, on recommande qu'elles soient... qu'on abolisse, finalement,
la question de travailleuses domestiques pour les intégrer à la définition de «travailleur».
M. Leitão : Très bien. Merci.
Et c'est d'ailleurs ce que plusieurs de vos collègues ont déjà mentionné aussi,
les autres intervenants, aussi, suggestion à laquelle j'adhère entièrement.
Alors, merci beaucoup, mesdames.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci.
Alors, nous poursuivons l'échange avec le député d'Hochelaga-Maisonneuve. Vous disposez de
2 min 45 s.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Mme Baril-Gingras, Mme Riel. Très heureux de
vous entendre aujourd'hui. Le temps étant très court pour un deuxième parti d'opposition...
Vous avez évoqué dans votre présentation la création d'un... vous appelez ça un
dispositif de représentation pour les non-syndiqués. Et puis, plus tôt ce
matin, il y avait les collègues l'UTTAM qui, dans... Bon, il y avait plusieurs
recommandations, on n'a pas eu le temps d'en parler, mais il y avait quelque
chose qui ressemblait à ça aussi, là, la création d'un organisme public
indépendamment de la CNESST, financé par le régime indemnisation, ayant comme
mandat d'offrir des services d'information. Donc, ma question est double :
Est-ce que ça ressemble pas mal à ce qui a été présenté ce matin par l'UTTAM,
votre suggestion? Puis, surtout, est-ce que ce n'est pas déjà ce que fait un
peu l'UTTAM? Ou comment ça fonctionnerait, cette proposition-là? Parce que je
la trouve bien intéressante.
Mme Baril-Gingras (Geneviève) :
Bien, je vais me concentrer sur la prévention. Les petites entreprises,
c'est... leurs travailleurs sont plus à risque. C'est démontré dans plein
d'études puis c'est un défi important pour tous les régimes de prévention sur
le plan international. Le projet de loi améliore leur couverture en faisant en
sorte que, même dans des établissements de
moins de 20 travailleurs, il y ait des représentants en santé et sécurité,
selon le niveau de risque. Le
problème, c'est que, généralement, ces établissements-là ne sont pas syndiqués
et ils ont de plus grands défis que les autres parce qu'ils sont soumis
à une série de contraintes, justement, du fait d'être de petits établissements.
Le dispositif efficace qui existe ailleurs, ce
sont des représentants itinérants qui couvrent des secteurs d'activité, mais
qui sont vraiment des représentants des travailleurs. Donc, je ne parle pas ici
des ASP, je ne parle pas de mutuelles, je parle vraiment de gens qui vont aider
à faire en sorte que la participation représentative des travailleurs va être
effective, efficace, même dans des établissements petits et dans les
établissements non syndiqués.
Alors, c'est complexe, bien sûr, mais ce n'est
pas parce que c'est complexe que ça doit être tassé. Ça existe ailleurs. Il y a
des études qui montrent bien comment ça fonctionne. Dans le secteur de
l'agriculture, au Royaume-Uni, ça existe, en Norvège, ça existe, en Italie et,
bien sûr, en Suède, depuis 1974, ça existe. Ça permet justement à ce pays-là
d'avoir des taux de lésions, de décès par accident du travail qui sont, je
crois, si je me souviens bien, là, au moins trois fois inférieurs à ce qu'on a
au Canada. Puis, au Canada, on est dans une situation pire que les États-Unis.
Alors donc, je pense qu'on a beaucoup de progrès à faire, puis il faut vraiment
cibler les travailleurs des petits établissements avec des mesures
particulières.
M. Leduc : Si je comprends bien, ça
permettrait de rendre effectif le droit. Il ne serait pas juste sur papier,
mais il y aurait des gens qui le rendraient vivant, organique, sur le terrain,
réel?
Mme Baril-Gingras (Geneviève) : Tout
à fait, oui. En fait, là, les comités de santé et sécurité, c'est une mesure
essentielle, mais ce n'est pas automatiquement efficace. Ce qui les rend
efficaces, ce sont les représentants en santé et sécurité, qui disposent de
formations puis de temps de libération, et donc c'est vraiment ça qu'il faut
viser. Puis, pour que ça puisse couvrir les établissements non syndiqués et les
petites entreprises, bien, ça va prendre des mesures pour soutenir ç