CRC — 18 January 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2017-01-18
Quebec — Committees
(Neuf
heures trente-sept minutes)
Le Président (M.
Matte) : Je voudrais vous souhaiter un bon matin à tous.
Le Président (M.
Matte) : Pardon?
Président (M. Matte) : Oui,
c'est vrai. Donc, le point à l'ordre, il a été fait, s'il vous plaît. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission
des relations avec les citoyens
ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
commission est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet de
loi n° 115, Loi visant à lutter contre la maltraitance envers
les aînés et toute autre personne majeure en situation de vulnérabilité.
Mme la secrétaire, est-ce
qu'il y a des remplaçants?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Plante (Maskinongé) est remplacé par Mme Melançon
(Verdun) et Mme Lavallée (Repentigny) est remplacée par M. Paradis
(Lévis).
Le Président (M.
Matte) : C'est bien. Je vous remercie. Oui, Mme la ministre.
Charbonneau :
J'attendais que vous me donniez la parole, M. le Président. J'aimerais, si
c'est possible, vous remettre les
orientations ministérielles relatives à l'utilisation des caméras et autres
moyens technologiques pour des fins
de surveillance dans les établissements exploitant une mission dans les centres d'hébergement et de soins de longue
durée, donc les CHSLD. Si vous me permettez, je vais vous les remettre à vous.
Le Président (M.
Matte) : C'est un dépôt que vous faites.
Charbonneau : C'est un dépôt que je vous fais pour pouvoir le
donner à mes collègues qui, hier, nous disaient qu'ils avaient un grand intérêt. Puis je me suis
un peu fait jouer un tour. Alors, ce matin, je me suis dépêchée pour les avoir.
Le Président (M. Matte) : Donc, à
titre de président, j'accepte le dépôt,
et on va faire la distribution immédiatement.
M. LeBel :
M. le Président.
Le Président (M.
Matte) : Oui.
LeBel : D'abord,
pour partir sur une bonne note, je souhaite la bienvenue à la députée de
Verdun. C'est la première fois qu'on la voit. Et félicitations pour
votre campagne, c'est le fun de vous voir là. On a un parcours qui se
ressemble, d'attaché politique, de conseiller, et je suis content de vous voir.
L'autre élément, par exemple, c'est un peu
dommage qu'hier, dans les médias, on parle des intentions réglementaires, et, ce matin, on nous les dépose. Je veux juste
dire que j'ai un malaise avec ça, que les médias aient eu ces règlements-là,
ces intentions, avant nous autres. Ce matin, c'est pour ça que je suis arrivé un peu plus tard, les médias me posent
des questions là-dessus, sur un document que je n'ai pas et qu'eux autres ont, et c'est un
peu, comme dirait l'autre, malaisant. Merci.
Président (M. Matte) : Donc,
on ne s'étirera pas plus, là, sur le sujet, mais ce qui est important, c'est
que les dépôts... La ministre
avait pris un engagement de les déposer le plus rapidement possible,
et ce qu'elle a fait ce matin.
Ce matin, nous entendons les groupes et
organismes suivants : la Confédération des organismes de personnes
handicapées du Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de
la jeunesse, la Chaire de recherche Antoine-Turmel sur la protection juridique
des aînés de l'Université Laval et le Barreau de Québec.
Compte tenu que la commission débute ses travaux avec un peu de retard, je vous
demande, là, le consentement pour qu'on puisse poursuivre au-delà de
l'heure prévue. Il y a consentement?
Je vous rappelle que le temps d'exposé pour le gouvernement
est de 16 min 30 s; l'opposition officielle, de 10 minutes et le
deuxième groupe de l'opposition, de 6 min 30 s.
Sans plus
tarder, je souhaite la bienvenue à la Confédération des organismes de personnes
handicapées du Québec pour 10 minutes. Veuillez, s'il vous plaît,
vous présenter ainsi que la personne qui vous accompagne.
Mme Vézina (Véronique) : Merci, M.
le Président. Bonjour aux membres de la commission. Mon nom est Véronique
Vézina, je suis présidente de la COPHAN. J'ai avec moi Camille Desforges, qui
est chargée de projets à la COPHAN.
Donc,
d'entrée de jeu, je vais vous présenter brièvement la COPHAN. On est un
organisme d'action communautaire autonome
qui a pour mandat de défendre les droits des personnes qui ont des limitations
fonctionnelles et de leurs proches. Nous regroupons plus de
60 organismes et regroupements nationaux et régionaux de personnes ayant
tout type de limitations.
Le mémoire
qu'on dépose aujourd'hui fait suite à un avis qu'on a déposé en mai 2016, dans
le cadre d'une consultation menée par
le Secrétariat des aînés, au sujet du plan d'action gouvernemental pour contrer
la maltraitance envers les personnes aînées. Dans cet avis, nous
revendiquions l'étendue du plan d'action aux personnes ayant des limitations
fonctionnelles de tous les âges.
L'inclusion,
dans le
titre du projet de loi n° 115, de toute personne majeure en
situation de vulnérabilité nous laissait croire que cette préoccupation, qui s'inscrit dans les priorités
d'intervention gouvernementale de la politique À part entière, soit
celle d'agir contre toute forme d'exploitation, de violence et de maltraitance,
avait été considérée.
Malheureusement,
à la lecture du projet de loi, nous ne pouvons qu'en venir à la conclusion que
les personnes ayant des limitations et leurs proches en sont en grande
partie exclus, que la préoccupation des personnes en situation de vulnérabilité n'apparaît que dans son titre. Par
sa portée limitée, à vocation principalement institutionnelle, le projet
de loi nous paraît être en contradiction
avec la volonté du gouvernement de favoriser le maintien à domicile des
personnes qui ont des limitations et
des personnes aînées, tel qu'indiqué
dans la politique de soutien
à domicile, Chez soi : le premier choix, et la politique Vieillir
et vivre ensemble — Chez
soi, dans sa communauté, au Québec.
En effet,
l'absence de dispositions visant à lutter contre la maltraitance de la vaste
majorité des personnes aînées et des personnes ayant des limitations qui
vivent à domicile en dit long sur la considération qui est accordée par le gouvernement à ces dernières. Il nous semble
incohérent que les principales mesures prévues par le projet de loi n° 115
n'adressent pas la problématique de la maltraitance à domicile alors même que
le gouvernement met de nombreuses mesures en place pour encourager ces
personnes à demeurer chez elles le plus longtemps possible.
Aussi,
l'absence de reconnaissance de la nécessité d'adopter une approche globale de
lutte contre la maltraitance des
personnes ayant des limitations, comme c'est jugé nécessaire pour les personnes
aînées, nous laisse sceptiques quant à la véritable volonté du gouvernement de lutter contre la maltraitance de
toutes les personnes en situation de vulnérabilité.
Enfin,
l'absence de dispositions claires en matière de dénonciation obligatoire pour
envoyer un message fort pour contrer
la maltraitance est regrettable. Pourtant, le projet de loi n° 399, Loi
visant à enrayer la maltraitance des personnes vulnérables hébergées dans le réseau de la santé et des services
sociaux, déposé en 2013 et mort au feuilleton, contenait des dispositions en matière de dénonciation des
situations de maltraitance. Il introduisait notamment l'obligation, pour
tout professionnel de la santé ou employé d'un établissement, d'effectuer un
signalement à la personne responsable dès qu'il
y avait des motifs raisonnables de croire qu'une personne visée par la loi
faisait l'objet de maltraitance. Reprendre de telles dispositions et même les élargir pour que leur application ne se
limite pas au réseau de la santé et des services sociaux enverrait un
message clair : Au Québec, de tels actes de maltraitance ne seront plus
tolérés.
Desforges (Camille) : Donc, maintenant, je vais maintenant procéder à
l'analyse de certaines dispositions du projet de loi n° 115.
Certaines définitions nous semblent problématiques. Le terme «maltraitance»,
tel que défini à l'article 2, deuxième
paragraphe, devrait être amendé. Cette définition nous apparaît difficile à
appliquer dans les faits. La COPHAN
propose que la définition de «maltraitance» soit remplacée par la définition
suivante : un geste singulier ou répétitif
ou un défaut d'action appropriée qui cause ou est susceptible de causer du tort
ou de la détresse à une personne.
Ensuite, l'expression «personne en situation de
vulnérabilité», à l'article 2, paragraphe 3°, est qualifiée par la capacité à demander ou à obtenir de l'aide. Le
document de consultation du Plan d'action gouvernemental pour contrer la
maltraitance envers les personnes aînées
définissait, quant à lui, les facteurs de vulnérabilité ainsi : les
caractéristiques personnelles de la personne aînée qui peuvent faire en sorte
qu'elle sera plus sujette à vivre de la maltraitance.
Entendu que
la capacité restreinte d'une personne à demander ou à obtenir de l'aide est un
facteur de vulnérabilité, la
COPHAN est d'avis que le projet de loi devrait comporter une définition plus
large de «personne en situation de vulnérabilité» en ligne avec celle proposée
lors de la consultation sur le plan d'action.
Finalement,
l'expression «personne oeuvrant pour l'établissement» au sens du projet de loi est définie à
l'article 2, quatrième paragraphe.
Cette définition n'inclut pas les employés des entreprises
d'économie sociale en aide à domicile et les agences d'aide à domicile privées. Pour
assurer une lutte efficace à la maltraitance, il est nécessaire que la politique s'applique à ces derniers
et que des mécanismes soient mis en place pour que les commissaires aux
plaintes aient la compétence pour traiter les plaintes qui y sont reliées.
Plusieurs
personnes ayant des limitations fonctionnelles choisissent de se prévaloir de
la mesure chèque emploi-service pour l'obtention des services de soutien
à domicile. Les bénéficiaires de cette mesure peuvent embaucher la personne de
leur choix pour leur prodiguer les services de soutien à domicile dont ils ont
besoin. Nos membres nous rapportent que les
CISSS et les CIUSSS n'interprètent pas toujours de la même façon leurs responsabilités par rapport aux actes
de maltraitance commis par les préposés des CES. Le rôle de prévention et d'intervention
de ces derniers en matière de maltraitance à cet effet doit être clairement identifié dans la loi. De plus, des mécanismes
devraient être mis en place pour
s'assurer que les préposés soupçonnés de maltraitance ne puissent
continuer de donner des soins, le temps qu'une décision soit prise par
rapport à la plainte et que des sanctions nécessaires aient été appliquées, le
cas échéant.
Le projet de loi prévoit également l'obligation d'adopter et de mettre en oeuvre une politique
de lutte contre la maltraitance envers les personnes en situation
de vulnérabilité qui reçoivent des services de santé ou des services
sociaux. Mise à
part la notion d'obligation,
le projet de loi n'apporte rien de nouveau ici puisque presque
tous les établissements produisent déjà de telles politiques notamment
dans la foulée du plan gouvernemental en matière de lutte contre la maltraitance
des personnes aînées. La maltraitance n'est pas toujours le fait des employés
en contact direct avec les personnes en situation
de vulnérabilité, mais peut être le résultat de décisions administratives ayant un impact
considérable sur la qualité de vie des personnes ou sur leur capacité d'exercer
leur liberté de choix.
La COPHAN insiste pour qu'il soit requis par la
loi que la politique adresse le phénomène de la maltraitance administrative et systémique. La COPHAN salue les
dispositions du projet de loi relatives à la diffusion de la politique
de lutte contre la maltraitance. Cela dit,
afin d'assurer une diffusion efficace, l'information sur la politique et les
différents mécanismes de plainte qui en
découleront doivent être accessibles aux personnes ayant tout type de
limitation. L'ensemble de la
documentation en lien avec cette politique doit faire l'objet de publications
en format accessible et en média substitut.
Plusieurs
personnes résidant dans une ressource intermédiaire ou une ressource de type
familial font l'objet d'un régime de
tutelle ou de curatelle. Les tuteurs et les curateurs devraient être informés
du contenu de la politique de lutte contre
la maltraitance. Donc, par souci de précision, la COPHAN propose d'ajouter, aux
articles 8 et 9, deuxième paragraphe de la politique, «et à leurs
proches tuteurs ou curateurs».
Finalement,
le
chapitre III du projet de loi donne à la ministre responsable des Aînés la
responsabilité de lutter contre la
maltraitance envers les aînés de façon plus générale en ne se limitant pas
seulement aux établissements de santé. Il s'agit là d'une approche
globale et systémique que la COPHAN salue.
Toutefois,
nous ne pouvons nous empêcher de constater que les autres personnes en
situation de vulnérabilité, dont les
personnes ayant des limitations fonctionnelles, sont totalement exclues de ce
volet du projet de loi. La COPHAN est convaincue
qu'il y a un besoin réel pour le Québec de se doter d'une stratégie globale de
lutte contre la maltraitance de toutes les personnes en situation de
vulnérabilité et non seulement des personnes aînées.
En outre,
comme il s'agit d'un large enjeu, cette responsabilité ne devrait pas incomber
seulement à la ministre responsable
des Aînés. À tout le moins, le ministère de la Santé et des Services sociaux
devrait être également impliqué.
La COPHAN tient aussi à préciser que nous
appuyons les recommandations présentées par l'Association québécoise de défense des droits des personnes
retraitées et préretraitées compte tenu des ajouts et adaptations
nécessaires pour qu'elles s'appliquent également aux personnes que nous
représentons.
En bref, la COPHAN reconnaît la nécessité de
mieux protéger les personnes en situation de vulnérabilité. Cependant, comme
nous l'avons démontré, nous sommes d'avis que le projet de loi n° 115,
dans son état actuel, ne répond pas à cet objectif.
Le Président (M. Matte) : Je vous
remercie pour votre exposé. Nous allons débuter la période d'échange. Mme la
ministre, la parole est à vous.
Charbonneau :
Merci, M. le Président. Mesdames...
(Interruption) Je m'excuse. Bienvenue chez vous.
Merci d'avoir participé à cette consultation et d'être avec nous ce matin pour nous emmener sur un angle un
peu différent. Je vous dis un peu différent parce que les groupes qu'on
a reçus sont principalement des groupes qui
représentaient les aînés ou les résidents dans une institution dite de la
santé. Et vous représentez un spectre plus
large et, vous le dites bien, vous ne vous reconnaissez pas nécessairement bien
dans le projet de loi n° 115 qui
a été déposé parce que
la volonté, au départ, qui partait de 399, c'était de voir les gens qui
étaient en institution de santé, donc CHSLD. Et, de là, on n'allait pas bien à
l'extérieur, on restait ancrés au principe de nos institutions. De ce fait, on a
élargi — et
vous avez bien vu, hein — le
spectre de protection pour nos aînés et pour les gens en situation
de vulnérabilité en allant plus vers l'extérieur aussi, puisque tout geste posé
peut être aussi posé à l'extérieur.
Corrigez-moi si je me trompe, les gens que vous
représentez ont aussi des ententes sociales, ce que nous... Au
niveau des aînés, là, ça ne
fonctionne pas nécessairement tout le temps comme ça, mais faites juste me
préciser, puisque c'est un cadre que je connais un peu moins.
Mme Vézina
(Véronique) : Les gens qui
reçoivent des services et qui sont à domicile ont des contacts directs, bien
sûr,
avec les gens du réseau de la santé. Certains ont des intervenants sociaux.
D'autres en ont, mais ils ne le savent pas. Donc, le lien n'est pas toujours
évident entre la personne qui reçoit des services chez elle et qui a des
limitations et le réseau de la santé. À part
avoir un plan de services, savoir que c'est eux qui vont venir faire l'évaluation, ce n'est pas tout le monde qui est au fait de... j'ai un intervenant social
que je peux l'appeler, je peux lui parler. Ce n'est pas toujours clair.
Charbonneau : O.K. Ce
n'est pas toujours clair et c'est bien que vous nous le disiez parce qu'hier on a eu des intervenants qui nous ont aussi dit la même
chose. Ce n'est pas toujours clair, l'information, un, de mes droits, et
deux, des services que
je reçois et de qui je les reçois. Des fois, il y a une confusion, puis c'est
bon de vous entendre parce que ça nous
permet aussi d'aller plus loin dans le mandat qu'on se donne puisqu'à la fin de
cette commission on va pouvoir parler encore à nos partenaires et leur
dire qu'il y a certaines lacunes auxquelles il faut corriger.
Je vous rassure tout
de suite, au niveau du curateur, il est avec nous depuis le début du processus.
Il n'est pas nommé parce que probablement
qu'on a pris d'emblée le fait qu'il est connu auprès de nos familles et auprès
des gens à qui il donne le service.
Il devrait être avec nous en commission dans quelques heures ou dans quelques
jours, là, je n'ai pas regardé
l'horaire d'aujourd'hui pour voir exactement c'était qui. Mais je sais qu'il va
être avec nous et qu'il a été consulté aussi
dans le principe des orientations pour les caméras, il est avec le principe de
la maltraitance depuis le début parce qu'un peu comme vous, il fait
certains constats sur des gens et les situations de ces gens-là.
Vous
avez dit d'emblée dans votre mémoire que vous êtes pour la divulgation
obligatoire plutôt que celle que nous
proposons dans le projet de loi, c'est-à-dire la divulgation, ouvrir tous les
outils pour aider à divulguer, mais
pas nécessairement l'obliger. Un grand débat se fait à partir du moment où on
oblige. C'est-à-dire devrait-il y avoir des sanctions? Devrait-il y avoir un
prix? Et je le mets entre guillemets parce que vous le savez qu'un prix, ça
peut être quelque chose de monnayable, une contravention, mais ça peut être
aussi une peine.
peine, c'est autre chose. Ça a une conséquence plus grave dans le principe des
sanctions qu'on met en place pour quelqu'un
qui a été pris et pour quelqu'un qui n'a pas divulgué. Parce qu'il y a ça aussi quelqu'un qui est témoin, mais qui ne divulgue pas,
et on est capable de faire la preuve qu'il en était témoin puis qu'il ne l'a
pas fait. Vous voyez ça comment comme conséquence?
Mme Vézina (Véronique) : Pour nous, ce qui est clair, c'est que toute
personne qui pose des actes de maltraitance ou qui est témoin d'actes de maltraitance et qui ne le dénonce pas doit
avoir une sanction. Il ne devrait plus oeuvrer auprès des personnes qui ont des... que ce soient les personnes qui ont des limitations, ou les personnes aînées, ou
toute autre situation de vulnérabilité.
Charbonneau : Je
vous entends puis je vous mets dans une situation que le témoin n'est
pas un employé, n'est pas quelqu'un
qui oeuvre dans les services, mais qui est plus un voisin de chambre, qui est
plus un parent. Il remarque des
choses, mais il tient ça mort, comme on dit, parce qu'il ne veut pas se
retrouver dans une situation
compromettante soit dans la relation qu'il a avec l'intervenant ou soit la
relation qu'il a avec son proche, son aîné ou son voisin. Vous comprenez un peu la situation? Donc, avez-vous une
idée comment on pourrait mettre en
place quelque chose qui fait
en sorte qu'on reconnaît à cette personne-là un manquement?
Mme Vézina (Véronique) : Pour nous, toute personne qui n'oeuvre pas auprès
de ces individus-là... Bon, oui, ils ont
eu des torts, ils ne l'ont pas dénoncé, mais il y a plusieurs
circonstances à prendre en compte. Que
ce soit un proche, un voisin, une personne qui est dans la même chambre
ou dans la chambre voisine, ces gens-là sont aussi, à quelque part, vulnérables. Et souvent, si ces personnes-là dénoncent, elles ont peur,
elles-mêmes, de subir certains actes. Donc, ce ne sont pas les témoins qui sont à risque aussi de
subir des actes de maltraitance, que l'on doit accuser puis pour
lesquels on doit poser différents actes, des
amendes ou d'autres sanctions, c'est pour les gens qui oeuvrent auprès de ces
personnes-là parce que les proches, les
voisins, l'entourage, c'est aussi des gens qui sont souvent vulnérables et que,
s'ils dénoncent, ils vont elles aussi subir les conséquences.
Par contre, je vous
dirais que, pour des gens qui sont à domicile et même pour certains qui peuvent
être en établissement, il
faut être conscient qu'un proche peut
aussi être la personne qui pose des actes de maltraitance. Et là on n'est pas dans la même situation,
on est dans une situation où c'est elle qui a posé l'acte, et là on doit
faire des sanctions parce que ce n'est pas acceptable.
Charbonneau : Vous
avez tout à fait raison. D'ailleurs, dans la plupart des cas, ce n'est pas un
employé qui pose un geste, c'est une personne qui est en relation de confiance.
Et, malheureusement, on le dit, il y a dans cette situation-là quelquefois une relation de proche aidant épuisé. Donc, il faut se préoccuper de nos proches aidants et sachez
qu'on va être au rendez-vous. Mais il y a
aussi toutes sortes de situations où la personne, par méconnaissance de ce
qu'elle peut ou ne peut pas faire, pose les
gestes qui sont inacceptables. Et vous avez raison de nous rappeler que plus
souvent qu'autrement, parce qu'il faut le dire comme ça, c'est quelqu'un qui
est proche puis qui est en confiance.
Donc,
dans le principe des services qu'on reçoit en institution, nous avons une
personne que nous nommons dans le
projet de loi n° 115, qui s'appelle le commissaire aux plaintes. Je
voulais savoir, de votre côté, est-ce que vous vous êtes attardés un peu au rôle? Parce que vous nous
dites : Vous savez, il y a déjà probablement des politiques partout dans
nos institutions. En faisant un tour de roue
assez grand, on s'est aperçus que, un, il n'y en a pas partout,
malheureusement, il y a des gens qui n'ont
pas suivi les règles, puis qu'il n'y en a pas partout ou elles sont plutôt très
différentes de part et d'autre. Donc,
c'est pour ça qu'on l'a écrit dans le projet de loi en se disant : On va
corriger le tir, mais on va s'assurer que... Mais on donne une
responsabilité supplémentaire au commissaire aux plaintes. Je me demandais si,
de votre côté, vous vous étiez attardés au rôle qu'il a en ce moment et à celui
qu'il pourrait avoir dans la suite des choses avec le projet de loi.
Mme Vézina (Véronique) : Si on donne un rôle à la commissaire aux plaintes
d'agir lorsqu'il y a des actes de maltraitance, il faut que le rôle de
la commissaire aux plaintes aille au-delà d'un rôle de recommandation. Elle
doit avoir le pouvoir soit de donner des sanctions ou de transmettre la plainte
à quelqu'un qui va pouvoir sanctionner la personne qui a fait un acte de
maltraitance.
Il faut, par contre, savoir qu'actuellement les
commissaires aux plaintes sont déjà débordés. Donc, si on ajoute un mandat
supplémentaire aux commissaires aux plaintes, il faut aussi qu'il y ait des
ressources qui viennent avec
pour qu'elles soient en mesure de faire rapidement parce que, dans un cas de
maltraitance, on ne peut pas dire : On va traiter votre plainte ou votre commentaire dans 45 jours, il
faut que ce soit traité immédiatement. Donc, il faut que les ressources
soient en place et qu'elle ait le pouvoir d'agir dans l'heure qui suit la
dénonciation qui a été faite.
Charbonneau :
Vous avez tout à fait raison. D'ailleurs, au moment où on a fait la conférence
de presse pour annoncer le dépôt du
projet de loi en Chambre, le ministre Barrette était avec nous, le ministre de
la Santé, et il s'est aussitôt avancé pour dire : Si on a besoin de
plus de ressources au niveau du commissaire aux plaintes, bien, on en mettra en place parce que le plus important, c'est
d'essayer de mettre en place un processus qui fait en sorte qu'il n'y a
plus de maltraitance du tout dans nos institutions. Et, quand quelqu'un lève la
main, il faut qu'on soit capable d'en dénoncer les agissements.
M. le
Président, ça me ferait tellement plaisir si vous pourriez donner la parole à
ma nouvelle collègue, qui est mon ancienne collègue, puis qui va rester
une collègue, qui aurait une question.
Président (M. Matte) : Donc, je vais laisser la parole à la collègue,
la députée de Verdun. C'est à vous la parole, il vous reste six minutes.
Melançon : Merci, M. le Président. Alors, mesdames, tout à l'heure,
vous avez parlé de la maltraitance à domicile.
Ça m'a beaucoup interpelée, puis, à la lecture, bien sûr, de votre mémoire,
vous entrez un peu plus spécifiquement... mais j'aimerais beaucoup vous entendre sur des suggestions que vous
pouvez avoir, précises, là, de façon très pragmatique, là, pour déceler,
justement, toute forme de maltraitance à domicile.
Mme Vézina
(Véronique) : D'abord, il
faut savoir que les services qui sont donnés à domicile sont soit donnés
par des entreprises d'économie sociale, des
agences privées ou des travailleurs
du chèque emploi-services, à l'occasion par des travailleurs de CLSC.
Eux sont déjà visés par le projet de loi, donc je n'en parlerai pas.
Pour les autres instances, il n'est pas clair
pour toutes les entreprises d'économie sociale, les agences privées qu'elles doivent avoir des politiques
pour lutter contre la maltraitance. Ces préposés-là viennent à domicile, des
fois viennent une fois, ne reviennent
pas ou reviennent deux semaines, trois semaines plus tard, il y a un roulement
très important de personnel. Donc, il doit y avoir une vigilance,
puis pour nous ça relève du réseau de la santé et des services sociaux
et non pas du réseau des entreprises d'économie
sociale. Les intervenants sociaux doivent être plus présents sur le terrain,
voir qu'est-ce qui se passe, visiter les
personnes. Parce qu'on les laisse, des fois, pendant un an, deux ans, les
seules visites qu'elles reçoivent, ce
sont les préposés des agences qui peuvent... je ne dis pas qu'elles le font,
mais qui peuvent oser des gestes de
maltraitance, et il n'y a personne qui peut les constater. C'est des gens qui
sont isolés, qui souvent n'ont pas de proches.
Donc, il faut qu'il y ait une vigilance qui soit assurée par le réseau de la
santé et une présence pour venir voir, constater
si tout va bien, si la personne n'est pas victime de maltraitance et qu'elle
ait quelqu'un à qui elle puisse aussi s'adresser
dans le cas où elle souhaiterait le dénoncer. Ce n'est pas toujours
clair. Souvent, les appels sont très courts : Est-ce que ça va bien? Oui, merci. On raccroche.
Donc, il faut qu'il y ait un arrimage qui soit meilleur pour protéger
ces gens-là puis faire de la prévention.
Pour la situation
du chèque emploi-services, c'est une situation qui est un
peu plus particulière parce que
c'est l'individu qui reçoit les services qui
choisit d'embaucher une personne, donc le lien à faire est encore un petit peu plus difficile qu'avec une entreprise d'économie sociale, par exemple. Par contre, la même vigilance du réseau de la santé
doit être présente. Il doit y avoir des
visites régulières, qu'on s'assure de faire de la prévention. Et on doit
surtout s'assurer qu'à partir du
moment où la personne dénonce une situation de maltraitance... Si, moi, mon préposé vient à
mon domicilie, qu'il me fait du
harcèlement psychologique, par
exemple, ou qu'il me vole de
l'argent, si demain matin je lui dis : Tu ne rentres plus, là, j'appelle qui pour venir me coucher ce
soir si je suis en fauteuil roulant, que je ne suis pas capable de le
faire? Donc, il faut que le réseau de la
santé soit en mesure de répondre à ces urgences-là pour que je puisse dénoncer.
Parce que, sinon, je ne dénoncerais jamais une plainte de maltraitance
si je sais que je n'aurai pas d'autres préposés qui vont venir me coucher le soir. Donc, il faut qu'il y ait des
mesures d'urgence qui soient mises en place pour aider les personnes à
d'abord avoir des options pour dénoncer ce
qu'elles subissent mais pour aussi ne pas être victimes du fait qu'elles
n'auront pas de services si elles dénoncent.
Le Président (M. Matte) : Très
bien.
Mme Charbonneau :
Permettez-moi, M. le Président...
Le Président (M. Matte) : Oui,
oui, madame.
Mme Charbonneau : Vous savez que la cinquième mesure — puis
on aimerait vous entendre là-dessus — du
projet de loi, c'est les ententes sociojudiciaires. Donc, à l'extérieur du contexte
du système de la santé, un individu que nous, on appelle un aîné ou un adulte en situation de
vulnérabilité peut être accompagné pour pouvoir cesser la maltraitance.
Je vous lève un petit drapeau pour vous dire
que l'entente socio qu'on a mise en place à Trois-Rivières et qui a fait
objet d'une étude pendant deux ans nous a
fait la démonstration que, plus souvent qu'autrement, c'était financier,
80 % des cas qu'ils ont traités
étaient financiers. Mais cette entente fait en sorte qu'on met alentour de
la même table plusieurs intervenants officiels, en commençant par la sécurité
publique, la santé, il peut y avoir le curateur, il peut y avoir le CAVAC, il peut y avoir plein d'intervenants spécifiques, qui
fait en sorte que la personne que moi, je vais appeler un aîné,
puisque c'est les gens
que je représente plus mais que vous pourriez titrer autrement, la personne
peut être accompagnée jusqu'à temps
qu'on arrive à la fin de cette mauvaise histoire là dans laquelle il est. Dans
ce principe d'étude là, on a regardé, puis ça prend à peu près 18 mois pour que l'histoire se finisse bien.
Donc, pour nous, c'est quand même un grand pas. Et de ce fait, bien, on
s'est dit : Pourquoi on n'a pas partout au Québec ces organismes-là? Et
c'est ce qu'on propose dans le projet de loi n° 115. Après une bonne installation partout dans les
régions, là, puis avec un mandat clair, est-ce que vous voyez une étendue face à votre clientèle, face aux gens que
vous représentez pour pouvoir avoir accès à ce comité sociojudiciaire
Mme Vézina
(Véronique) : Je crois que
c'est intéressant de pouvoir l'étendre aussi aux personnes qui ont des limitations. Par contre, on est dans l'«après».
Nous, ce qui nous préoccupe beaucoup, c'est l'«avant». Parce qu'à partir
du moment où la personne a porté plainte,
avoir de l'assistance, de l'accompagnement pour pouvoir aller jusqu'au bout,
oui, c'est très bien, mais, si on ne lui en
donne pas avant, de l'assistance, la personne, elle ne portera pas plainte. Et
la journée où elle porte plainte,
elle n'a pas besoin d'un comité qui va évaluer, qui va l'accompagner, elle a
besoin de quelqu'un qui, dans l'immédiat,
va la sortir de cette situation-là puis va lui rendre ces services. Donc, oui,
l'«après», mais il faut prévoir aussi des mesures avant pour lui
permettre d'avoir quelqu'un en qui elle a confiance, à qui elle va pouvoir en
parler et d'avoir quelqu'un pour lui donner des services la journée où elle va
dénoncer la situation.
Mme Charbonneau :
Ça nous éclaire un peu plus dans les possibilités qu'on a. Ce que vous nous
dites, c'est de régler rapidement, pas nécessairement de façon judiciaire mais
de façon pour accompagner les gens jusqu'au bout du processus mais avec une
intervention rapide au moment où la personne lève un drapeau jaune pour dire
qu'il y a un problème.
Mme Vézina (Véronique) : C'est
ce qui préoccupe les gens actuellement.
Mme Charbonneau :
Oui, tout à fait.
Le Président (M. Matte) : Mais
je vous remercie. Votre temps étant écoulé, je cède la parole au député de
Rimouski.
M. LeBel : Merci, M. le Président.
Bienvenue ici. Je ne pourrais pas commencer la journée sans revenir sur mon
plaidoyer que ce projet de loi là vient travailler sur la maltraitance, mais
une maltraitance organisationnelle, une maltraitance
qui est faite par le manque de services offerts par l'État que ce projet de loi
là ne vient pas régler. Ce n'est pas par
ce projet de loi là qu'on va venir donner plus de ressources dans nos CHSLD,
qu'on va s'assurer que nos personnes aînées
et que les gens vulnérables soient bien traités. Actuellement, ils ne sont pas
bien traités, on ne parle pas de bientraitance, et ce projet de loi là
ne vient rien régler pour ces gens-là. Ça, il faut se le dire.
Vous, vous
nous amenez des choses... C'est intéressant parce que souvent, c'est vrai, on
parle souvent, le projet de loi...
puis la ministre des Aînés — je suis porte-parole des aînés — on va parler beaucoup de la protection des
aînés. Vous venez nous dire :
Wo! Wo! Le projet parle d'autres choses, d'autre monde aussi, là, vulnérable.
C'est bien, merci de le faire. Mais,
quand je regarde, déjà, le circuit des plaintes ou du signalement est
compliqué. Hier, on nous disait, à la commission des droits et protection de la jeunesse, l'article 48, le
Protecteur du citoyen, il y a différents circuits pour faire une plainte
ou un signalement, et là on vient en rajouter un, le commissaire aux plaintes.
Vous, déjà, vous avez d'autres circuits. Est-ce
que vous pensez que ça va être clair? Est-ce que vous pensez qu'on vient aider
ou on vient compliquer les choses pour
quelqu'un qui veut faire un signalement ou porter plainte? Comment vous voyez
ça, concrètement, sur le terrain?
Mme Vézina (Véronique) : Pour
nous, peu importe le nombre d'acteurs qu'il y aura pour gérer les plaintes, il doit y avoir une porte d'entrée, et cette porte
d'entrée là fera la distribution à qui ça va par la suite. Mais il faut
éviter de dire : Bien, pour telle
situation ou dans telle situation, vous allez au commissaire, pour telle autre
situation, vous appelez à la Commission des droits. C'est une porte
d'entrée, un endroit, un numéro de téléphone. Il faut éviter de transférer d'un
à l'autre puis de complexifier le système.
Déjà, juste le système de traitement des plaintes régulier dans le réseau de
la santé est complexe à comprendre pour les
gens. Ils ne savent pas nécessairement à qui ils doivent s'adresser. Donc, des
gens qui sont vulnérables, qui sont isolés, qui sont souvent loin de la réalité
de ce à quoi ils ont droit ou ils n'ont pas droit, où est-ce qu'ils doivent aller, il faut leur simplifier la vie. Donc, une
porte d'entrée serait la meilleure solution pour les aider.
Vous nous
parliez tantôt des gens qui sont en CHSLD. Pour nous, quand on parle de
maltraitance administrative et systématique,
ça vise principalement les gens qui ont des limitations et qui se retrouvent en
CHSLD à 35, 40, 45 ans souvent parce
qu'on n'est pas en mesure de leur donner deux, trois heures de services de plus
à domicile. Pour ces gens-là, c'est de la
maltraitance quotidienne qu'ils vivent. Ils se retrouvent dans des CHSLD, où il
n'y a pas des services adéquats pour leur condition, où ils sont
contraints à manger à des heures précises, à se coucher à des heures précises,
où les droits de sortie sont difficiles. Ça
fait que, quand on parle de maltraitance administrative, c'est une chose sur
laquelle il faut travailler. Les
jeunes qui se retrouvent en CHSLD parce qu'elles ont besoin d'une
intensification de services qui est importante, c'est quelque chose sur
lequel on doit travailler parce que c'est une forme de maltraitance qui est
faite, actuellement, à ces personnes-là qui ne sont pas dans des milieux de vie
adéquats.
M. LeBel : Mais pensez-vous que ce
projet de loi là vient régler cette maltraitance?
Mme Vézina (Véronique) : Il ne
règle rien à cette maltraitance.
LeBel : Merci. Parce qu'on parle beaucoup du réseau, mais qu'il faut
s'inquiéter de ce qui se passe au niveau du domicile, il faut protéger les gens
aussi à domicile. Vous parlez de ceux qui travaillent dans les entreprises
d'économie sociale, les agences privées, chèque emploi-services.
reviens au signalement obligatoire. Vous savez, ça peut être la personne qui
offre le service qui pourrait être maltraitant,
mais ça pourrait être quelque chose que la personne qui offre le service voit à domicile. Elle pourrait
faire le tour puis dire : Moi, j'ai vu
le garçon, ce n'est pas bien, bien correct. Puis la maltraitance, vous voyez,
là, il y a beaucoup de niveaux de maltraitance, ce n'est pas toujours
évident à identifier. Si on parle de signalement obligatoire, la personne
qui travaille en économie sociale — ou ça pourrait être une
bénévole aussi — qui
voit quelque chose, mais elle n'est pas certaine,
c'est-u de la maltraitance ou pas, avec une obligation de signaler, soit
qu'elle pourrait signaler des cas qui ne sont pas vraiment de la maltraitance ou, si elle a peur de
signaler, si elle ne signale pas, elle pourrait être elle-même
poursuivie. Vous ne trouvez pas qu'il n'y a
pas un danger? C'est un peu ce que nous dit la chaire sur la maltraitance. Vous
comprenez ce que je veux dire? Quelqu'un
qui arrive et voit quelque chose dans le domicile, il dit : Moi, je suis
obligé de le signaler, je ne suis pas
certain que c'est ça, mais je signale, sinon je pourrais être poursuivi pour quelque chose, vous ne trouvez pas qu'il peut y avoir un problème?
Mme Vézina
(Véronique) : Bien, il pourrait y avoir un danger, dans le sens où les
signalements pourraient augmenter de façon
significative. Mais, pour nous, il vaut mieux avoir un signalement qui n'a pas
de conséquence, donc où on juge qu'il
n'y a pas eu de maltraitance, qu'aucun signalement où il y a
eu de la maltraitance. Et puis il existe actuellement à la Commission
des droits de la personne une équipe d'intervention pour les aînés, en lien
avec l'article 48, qui permet justement
à une personne de pouvoir faire un signalement, de dénoncer qu'il y a eu de la
maltraitance. Malheureusement, actuellement,
l'article 48 est clair, il vise la maltraitance qui est faite aux
personnes aînées et aux personnes handicapées, mais l'équipe
d'intervention qui existe, elle ne vise que les personnes aînées, alors qu'on
devrait élargir leur mandat et s'adresser aussi aux personnes handicapées,
puisqu'on parle de l'article 48.
LeBel : La chaire de recherche sur la maltraitance disait — on parle de cas précis : Quelqu'un va
dans une résidence, un employé
d'entreprise d'économie sociale voit ce qu'il pense peut-être être de la
maltraitance, signale l'affaire contre
la volonté de la résidente ou du résident, et là ça crée toute une histoire. Et
là ce que les gens de la chaire disent, bien, ça peut peut-être créer plus de problèmes que ça va en régler. Mais
mettons qu'on part du principe qu'il ne faut pas rien laisser passer, c'est mieux de signaler, qui va...
Là, ça va se ramasser au commissaire aux plaintes, le commissaire aux plaintes qui est déjà, lui ou elle, impliqué dans
le réseau. Là, ça va être avec le domicile. Est-ce que vous pensez que
la commissaire ou le commissaire aux plaintes a ce qu'il faut pour gérer tout
ça, gérer toutes ces plaintes-là rapidement pour éviter...
Mme Vézina (Véronique) : Actuellement, non. C'est pour ça qu'on recommande
qu'il y ait des ressources qui soient
mises en place puis qu'il y ait des mécanismes qui soient mis en place pour
qu'elle soit en mesure d'agir rapidement. Mais, dans l'état actuel des équipes des commissaires aux plaintes ou
dans les commissariats aux plaintes, ils n'ont pas la capacité de gérer
LeBel : Dans le fond, ce qu'on comprend, c'est que tout le monde
voudrait... L'idée, là, c'est qu'on ne laisse rien passer, mais il faut
vraiment baliser les signalements, il faut avoir un cadre. Ça fait qu'il faut
que les gens soient formés, il faut que le
commissaire aux plaintes ait ce qu'il faut pour gérer les plaintes rapidement
pour éviter que ça déborde ou que
ça... Ça fait qu'est-ce que vous pensez qu'on a tout ça? On n'a pas ce qu'il
faut au commissaire aux plaintes. Tout ce qu'on a, c'est la parole du ministre, qui dit : Ah! on verra s'il a
besoin d'argent. Puis je ne suis pas sûr qu'on peut... c'est difficile à mettre dans une loi, la parole du
ministre, là. Est-ce qu'on a ce qu'il faut? Et est-ce que, sur le terrain, on a
la formation, les gens sont formés comme il faut pour vraiment identifier des
cas de maltraitance?
Mme Vézina (Véronique) : Non. La formation, actuellement, n'est pas nécessairement adéquate,
surtout pas dans les entreprises
d'économie sociale, dans les agences privées, pour le personnel qui
vient de l'extérieur puis qui est embauché par un individu. Par contre,
nous, on part du principe qu'à partir du moment où on met des choses en place,
on doit donner les ressources. Actuellement,
on ne les a pas, c'est clair. Ils n'ont pas les moyens, ils n'ont pas la
formation. Mais, nous, ce qu'on veut,
c'est qu'à partir du moment où on écrit qu'on fait ça puis que ça va
fonctionner comme ça, il faut que les
ressources viennent avec. On ne part pas du principe qu'il n'y en aura pas, ce
qu'on vient vous dire, c'est qu'il faut qu'il y en ait puis il faut qu'on les mette en place pour que le projet
de loi fonctionne et aussi pour que les gens dénoncent. Parce que, si les gens se mettent à dénoncer des
situations puis qu'ils se rendent compte que la commissaire n'a pas les moyens de gérer la situation puis de traiter les
plaintes qu'elle reçoit, ça ne sera pas long qu'après deux, trois
signalements le message va circuler, puis on
va dire : Bien, ça ne sert à rien d'aller là, elle ne peut rien faire, elle
ne peut pas traiter. Donc, si on
l'écrit, il ne faut pas juste l'écrire, il faut qu'on s'assure que les
mécanismes et les moyens sont en place et les ressources sont là pour
donner le service.
LeBel : J'ai pris en note dans votre mémoire aussi les éléments qui
concernent... Vous trouvez que le projet de loi, de temps en temps, dans un
chapitre on parle des aînés et des
personnes vulnérables, dans d'autres chapitres on ne parle que des aînés. J'aimerais ça que vous nous en parliez, qu'est-ce qu'on pourrait faire,
là, dans le projet de loi, pour que
ce soit plus clair, là, est-ce qu'on parle des aînés, est-ce qu'on parle
des personnes vulnérables, que ce soit plus clair.
Mme Vézina (Véronique) : D'abord, de bien identifier les personnes en situation
de vulnérabilité en modifiant, oui, la définition, mais aussi en
spécifiant c'est qui, ces personnes en situation de vulnérabilité là. Puis,
pour nous, la première
section du projet de loi, on ajoute souvent «et toute personne en situation de vulnérabilité»,
bon, on peut s'y retrouver. Par contre, quand on arrive dans la politique,
on est spécifiquement pour les aînés, et c'est là qu'on dit qu'on ne s'y retrouve pas. Quand on a lu le
mémoire, on était contents, on a vu le titre, on a dit : Oui, on est
inclus. On a l'impression qu'on a changé le
titre mais qu'on n'a pas
changé le contenu.
Donc,
il y a des ajustements à faire pour tenir compte de la réalité de l'ensemble
des personnes qui sont en situation de
vulnérabilité. Et il y a des modifications à faire parce qu'actuellement le projet de loi, il lui manque beaucoup de mordant pour vraiment avoir un message fort où on va dire aux
gens : C'est fini, la maltraitance, on n'en veut plus, puis voici les
sanctions qui vont venir si on constate qu'il y a encore des situations.
Le Président
(M. Matte) : Je vous remercie, et je cède la parole au député de
Lévis.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M.
le Président. Bonne journée à tous.
Encore une bonne journée à avancer de façon constructive et objective,
puis je pense que c'est exactement ce que vous faites à nouveau, à travers tous
ceux et celles qui sont venus nous rencontrer. Mme Vézina, merci
d'être là, Mme Desforges également.
Vous
avez raison, et je reviens sur un de vos éléments, vous parlez notamment des
personnes vivant des handicaps maintenant
en centre d'hébergement et de soins de longue durée. C'est une clientèle à
laquelle il faut penser plus que jamais, plus que jamais parce que, pour avoir visité des CHSLD au terme d'un
exercice qui a mené à des recommandations, c'est aussi des préoccupations des employés, des établissements aussi et des
résidents de dire : Nous sommes une clientèle qui a besoin de soins
particuliers. Et on ne peut pas faire un amalgame, également, de ceux et celles
qui se retrouvent en établissement parce que manquant de services à domicile,
et je pense que vous le reflétez bien. Est-ce que c'est une préoccupation constante et dominante? Est-ce que
vous en entendez davantage parler? Est-ce que c'est un élément majeur,
également, dans ce que vous recevez, à travers ceux que vous représentez?
Mme Vézina (Véronique) : Ça fait au moins 15 ans que c'est une
préoccupation à la COPHAN, les personnes en situation de handicap qui sont en CHSLD ou à qui on propose d'aller en
CHSLD parce qu'on n'a pas d'autre moyen de les maintenir à domicile. Ça fait 15 ans qu'on nous dit qu'on s'en
préoccupe, qu'on va arrêter d'en faire au moins entrer en CHSLD. Par
contre, ça fait 15 ans qu'on nous présente les mêmes statistiques puis il
n'y a pas d'actions claires qui sont posées.
Actuellement,
les actions qui ont été posées ont été posées beaucoup par le milieu
communautaire, qui a fait des choix d'ouvrir du logement communautaire
avec des services à domicile pour des personnes qui ont des situations particulières. Mais il n'y a pas eu d'actions
concrètes de la part du gouvernement pour faciliter puis octroyer plus
d'heures de services ou mettre en place des
solutions pour sortir ces gens-là de ces milieux de vie là et aussi pour leur
permettre de vivre avec leurs femmes, avec
leurs enfants, quand elles en ont. Parce que ce sont des gens qui ne sont pas
juste contraints de rester dans un
milieu de vie qui ne leur convient pas avec des horaires qui ne leur
conviennent pas, mais c'est des gens qui
sont aussi séparés du reste de leur famille et qui n'y ont pas accès, qui ont
très peu de vie sociale, donc il faut en tenir compte. Puis nous, on est tannés d'entendre «oui, oui, on s'en
préoccupe, on s'en préoccupe» et de ne pas voir les actions sur le
terrain, et on a de plus en plus de personnes qui font de la pression sur nos
groupes pour qu'on les représente puis qu'on les aide à sortir de ces milieux
de vie là.
M. Paradis
(Lévis) : Vous savez, Mme Vézina, j'ai une bonne mémoire — ça, je
tiens ça de mon père — je
retiens à peu près tout. Et malheureusement j'ai des témoignages en mémoire,
j'ai des images en mémoire, je revois des
gens qui m'ont parlé de ce que vous me dites également et qui souhaiteraient
voir des solutions être apportées. Le projet de loi n° 115, là, ça
nous donne peut-être la chance de se doter de quelque chose, dans la mesure où
on a cette volonté-là de se donner des outils supplémentaires.
là je reviens à ce que vous avez dit. À l'image du 399 de 2013, quatre ans plus
tard, vous dites : Donnons-nous... et faisons en sorte qu'on rende maintenant la dénonciation obligatoire,
nous permettant... puis faisant confiance — et c'est comme ça que je le
comprends, moi — à
la façon dont ça va se faire. C'est bien sûr qu'à partir du moment où il y a dénonciation, il y a enquête puis il y a analyse.
Tout ce qui est porté devant le Protecteur du citoyen, actuellement, ne
mène pas nécessairement à des sanctions. Ils
ont l'intelligence et l'équipe pour analyser une situation puis faire en sorte
qu'on en soit informés et qu'elle puisse cesser, si maltraitance il y a.
je comprends dans votre propos, quand vous dites qu'on devrait aller là, ne
laissons rien échapper. Mieux vaut signaler,
ensuite enquêter que de fermer les yeux, et perdre, et faire en sorte qu'on se
retrouve souvent avec des
histoires qui nous ébranleront, chacun d'entre nous. Je comprends bien votre
vision des choses?
Mme Vézina (Véronique) : Oui. Pour nous, un signalement, oui, oui, même un
signalement qui va s'avérer, je dirais,
négatif, où il n'y aura pas de conclusion où il y a eu de la maltraitance, oui,
c'est difficile pour la personne qui va avoir subi cette sanction-là, ça va être... pas cette sanction-là, mais
cette plainte-là, la personne qui va l'avoir faite aussi, mais au moins, au moins, toutes les situations où il va
y avoir vraiment eu de la maltraitance, on va s'assurer que ça va
cesser. Il vaut mieux dénoncer et constater
qu'il n'y a pas eu de maltraitance que de ne pas dénoncer par crainte de
peut-être déranger un petit peu ces personnes-là dans leur quotidien. Et
c'est important, puis, si on veut arrêter la maltraitance, la seule façon de le
faire, ça va être par de la dénonciation.
M. Paradis
(Lévis) : Les besoins sont énormes, les besoins sont énormes, et vous
parliez, à juste titre, des entreprises d'économie sociale, et là aussi il y a
des gens... Puis je me rappelle très bien récemment avoir donné des certificats
de gens qui travaillent dans des entreprises de ce type-là, avec un coeur gros
comme ça, là, après 15 ans, 20 ans,
25 ans de service, puis ils aiment ce contact-là. En même temps, la
demande est énorme, le roulement de personnel est énorme, et vous dites : Il va falloir qu'on s'arrête à ça aussi
parce que la maltraitance et des politiques de maltraitance ne doivent pas se limiter qu'à des établissements de
santé, faire aussi
partie du cursus et de la façon de faire de ces
entreprises-là.
Actuellement,
avez-vous des rapports? Avez-vous abordé ce thème-là avec des entreprises
d'économie sociale, de plus en plus
présentes, et leur volonté de faire en sorte qu'à ce chapitre-là ils avancent
également, ils ont besoin de soutien?
Mme Vézina
(Véronique) : Actuellement,
on a eu des rapports avec les regroupements d'entreprises d'économie
sociale pour regarder un petit peu les bonnes pratiques qui sont mises en place
de façon générale dans les entreprises d'économie
sociale. Pour nous, la question de la maltraitance doit en faire partie, mais
on est vraiment au début du travail avec eux. Donc, parmi les bonnes
pratiques, toute la question de maltraitance qui peut être faite va faire
partie des discussions qu'on va avoir, c'est certain, mais on n'en est pas
rendus là.
M. Paradis
(Lévis) : Sans signer votre
conclusion, vous en avez une, mais ce que je comprends, en peu de mots,
c'est faire encore davantage et se doter des outils pour le faire.
Mme Vézina (Véronique) : Oui.
M. Paradis (Lévis) : Merci,
mesdames.
Président (M. Matte) : Je vous remercie, le temps étant écoulé.
Je vous remercie de votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux afin de permettre au
prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 23)
Président (M. Matte) :
Sans plus tarder, nous débutons, et je souhaite la bienvenue à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Je vous rappelle que vous avez 10 minutes
pour faire un exposé, et par la suite il
y a un échange. Je vous cède la
parole et je vous demande de vous présenter ainsi que la personne qui vous
accompagne.
Mme Bernard
(Claire) : M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, je suis Claire
Bernard, directrice adjointe du service de la recherche de la Commission des droits de la personne et des droits
de la jeunesse, et je suis accompagnée de Me Evelyne Pedneault,
conseillère juridique au service de la recherche.
Permettez-moi d'abord de vous remercier de
l'invitation faite à la commission de présenter ses commentaires sur le projet
de loi n° 115. La commission a
entre autres le mandat de relever les dispositions des lois du Québec
qui seraient contraires à la charte en vue de faire les recommandations
appropriées. En outre, l'objet du projet de loi interpelle directement la commission, qui joue un rôle important
en matière d'exploitation des personnes en situation de
vulnérabilité, et ce, depuis de nombreuses années. C'est donc à ce double
titre
qu'elle a procédé à l'analyse du projet de loi n° 115.
L'objet et
les dispositions du projet de loi concernent de nombreux droits et libertés
protégés par la charte, citons notamment
le droit à la vie, à la sûreté, à l'intégrité et à la liberté de sa personne,
le droit à la personnalité juridique, le droit au secours de toute personne dont la vie est en péril, le droit à la
sauvegarde de sa dignité, le droit au respect de sa vie privée, le droit au secret professionnel. Le droit
à la jouissance paisible et à la libre disposition de ses biens peut également
être en cause. Il en est de même du droit à l'égalité.
Plus particulièrement, il faut référer à
l'article 48 de la charte, en vertu duquel toute personne âgée et toute personne handicapée a le droit d'être protégée
contre toute forme d'exploitation. Il faut le rappeler, le champ
d'application de cette disposition
s'applique autant aux rapports privés qu'à l'État. Il s'étend à de nombreux
secteurs d'activité, incluant les
services de santé et les services sociaux. En consacrant le droit à la
protection contre l'exploitation à l'article 48 de la charte, l'État québécois s'est engagé à mettre en
place des mécanismes et des recours qui permettent d'en assurer la mise
en oeuvre. En ce sens, la commission tient à
souligner la reconnaissance que constitue le projet de loi de la
responsabilité dans la lutte contre la
maltraitance des personnes en situation de vulnérabilité que partagent l'État
québécois et l'ensemble de la société québécoise, y compris les acteurs
du réseau de la santé et des services sociaux. Elle souscrit aux objectifs du
projet de loi. Celui-ci répond à plusieurs des recommandations qu'elle a faites
par le passé.
Certaines dispositions du projet de loi soulèvent
quelques préoccupations en regard des droits et libertés de la personne. Les
commentaires de la commission à ce sujet se divisent en trois temps.
Dans
un premier temps, la commission tient à rappeler l'importance du droit à la
protection contre toute forme d'exploitation
garanti à l'article 48 et le rôle clé qu'elle joue en la matière. La
commission a entre autres la responsabilité de faire enquête sur toute situation
d'exploitation d'une personne âgée et, je le répète, toute personne handicapée.
Les plaintes qu'elle reçoit peuvent mettre
en cause tous les milieux, y compris les établissements ciblés par le projet de
loi, leurs préposés ou toute autre personne.
Dès l'ouverture d'un dossier en matière d'exploitation, la commission met en
oeuvre les mesures permettant de mettre fin à la situation et d'en prévenir la
récurrence. À tout le moins, la commission met en place des mesures pour former
un filet de sécurité de la personne.
commission agit également de façon à favoriser un règlement entre les parties.
Si elle n'y parvient pas, elle peut, au
terme de son enquête, proposer des mesures de redressement. Fait à noter, ces
mesures de redressement peuvent être de nature systémique ou préventive.
Si ces mesures de redressement ne sont pas mises en oeuvre, la commission peut saisir un tribunal en vue d'obtenir toute mesure
appropriée. De même, la commission peut s'adresser à un tribunal pour demander d'urgence une mesure propre à faire
cesser le risque lorsqu'elle a des raisons de croire que la vie, la santé
ou la sécurité de la victime est menacée. La
commission peut également saisir un tribunal lorsque quiconque exerce ou
tente d'exercer des représailles contre une personne intéressée par le traitement
d'un cas d'exploitation.
Signalons,
par ailleurs, que les pouvoirs d'enquête de la commission
ne se limitent pas à des cas individuels. Elle est intervenue dans des milieux de vie, que ce soient des résidences privées fournissant des services ou des établissements
publics de santé et de services sociaux et que ce soient des personnes âgées ou
des personnes handicapées.
Enfin,
conformément aux différents mandats que lui confère la charte, la commission
collabore depuis de nombreuses années
avec d'autres acteurs. Pensons notamment aux établissements de santé et
services sociaux, aux services de
police, au Curateur public, aux organismes de défense des droits des personnes
aînées. Entre 2014 et 2016, la commission a d'ailleurs fait
partie du projet pilote d'entente sociojudiciaire
portant sur les formes criminelles de maltraitance envers les aînés de la région de la Mauricie et du
Centre-du-Québec. La commission profite donc de l'occasion pour réitérer
son engagement à lutter contre
l'exploitation des personnes en situation de vulnérabilité, et ce, dans le respect
des droits que leur garantit la charte et en vertu de tous les moyens
que celle-ci met à sa disposition.
Certes,
le projet de loi prévoit l'élargissement du mandat du commissaire local aux
plaintes, nommé en vertu de la Loi
sur les services de santé et les services sociaux. Celui-ci serait responsable
du traitement des signalements et il devrait, le cas échéant, diriger les personnes qui formulent un signalement vers une
autre instance appropriée. Cela dit, la commission conserve ses responsabilités et ses compétences en
matière d'exploitation des personnes en situation de vulnérabilité et continuera de les exercer. En ce sens, elle
constitue notamment l'une des instances appropriées vers laquelle le
commissaire local aux plaintes pourra diriger les personnes formulant un
signalement ou une plainte.
En outre, la commission souhaite confirmer sa
volonté de participer à une entente nationale portant sur un processus
d'intervention concernant la maltraitance envers les aînés. Elle y contribuera
notamment en offrant son support à la formation et à la sensibilisation contre
l'exploitation.
Dans un deuxième
temps, la commission a voulu s'assurer que les modalités envisagées par le
projet de loi en cas de signalement de maltraitance de personnes en situation
de vulnérabilité respectent les droits et libertés de ces personnes. Comme
c'est le cas dans le cadre d'une plainte déposée à la commission en vertu de
l'article 48, la procédure de signalement envisagée par le projet de loi ne
nécessite pas nécessairement le consentement préalable de la victime de
maltraitance. L'intervention doit néanmoins se faire en tenant compte des
autres droits de la personne en situation de vulnérabilité, notamment le droit
à l'intégrité, au coeur duquel se retrouvent le droit au respect de son
autonomie et le droit au respect de sa vie privée.
Comme la commission
l'a souligné à maintes reprises, la possibilité d'intervenir sans le
consentement de la victime doit donc
demeurer exceptionnelle. Lorsque possible, la participation de celle-ci est
cruciale à la résolution des cas d'exploitation. En ce sens, le modèle
d'intervention qui découle de la charte en matière d'exploitation implique de développer une approche qui permet à la personne
de décider elle-même où se trouve son intérêt tout en lui fournissant les services qui l'aident à préserver son
autonomie. Dans chaque cas, le défi consiste à trouver les moyens
d'intervention qui optimisent l'équilibre entre l'autonomie de la personne et
sa sécurité.
Ainsi, la commission
tient à insister sur les mesures d'accompagnement, de concertation et de
prévention de la maltraitance des personnes en situation de vulnérabilité.
Comme l'a déjà constaté la commission, accompagner la personne âgée victime d'abus constitue une alternative valable et même
beaucoup plus souhaitable qu'une intervention de force. De plus, des solutions qui préconisent une approche psychosociale
concertée constituent une alternative satisfaisante au refus qu'une
personne en situation de vulnérabilité victime d'abus peut opposer aux
tentatives d'intervention. L'intervention
préventive des abus demeure également de plus grande portée que celle de
l'intervention correctrice, par ailleurs, essentielle.
Certes, plusieurs
mesures ont été prises à ce
chapitre au cours des dernières années. La
commission rappelle néanmoins l'importance
des mesures que les établissements visés par le projet de loi devront déployer
pour prévenir la maltraitance des
personnes en situation de vulnérabilité, notamment à travers des activités de
sensibilisation, d'information et de
formation. La première recommandation de la commission, dans son mémoire,
réitère d'ailleurs certains éléments dont devront tenir compte les établissements visés, ainsi que la ministre
responsable des Aînés, qui devra tenir compte de ces éléments dans le
cadre des responsabilités qui lui seront confiées en vertu de l'article 16 du
projet de loi.
Enfin, dans un
troisième temps, la commission s'est attardée à l'article 31 du projet de loi.
Cet
article prévoit octroyer au gouvernement le pouvoir réglementaire de
déterminer les modalités d'utilisation des mécanismes de surveillance dans les
établissements régis par la
Loi sur les services de santé et services sociaux.
Il va sans dire que l'utilisation de ces
mécanismes soulève des enjeux majeurs eu égard à certains droits et libertés
protégés par la charte. La commission réserve ses commentaires quant à
la conformité à la charte des modalités encore à déterminer.
Le Président (M. Matte) : Je vous
invite à conclure, madame.
Bernard (Claire) : Elle tient néanmoins à insister sur le sérieux et
la portée des enjeux posés de même que sur l'importance de sensibiliser
les acteurs concernés eu égard à ceux-ci.
Et je pourrai
répondre aux questions par la suite. Nous restons à votre disposition. Donc,
merci de votre attention.
Le Président (M. Matte) : Je vous
remercie. J'invite et je cède la parole à la ministre.
Charbonneau : Merci,
M. le Président. Avant de m'adresser
à nos invités — bienvenue
chez vous — je
voudrais juste lever un drapeau jaune. Il
faudrait faire attention quand on dit que tous les aînés sont maltraités. Je
vous dis pourquoi, M. le Président. Je peux
comprendre qu'on veut faire un propos important, mais on a des gens qui se
lèvent à tous les matins pour donner des
services et faire en sorte qu'on donne des bons services. Il y a des lacunes,
j'en conviens avec mon collègue, mais
il faudrait faire attention quand on prend un propos puis qu'on dit : Tous
les aînés du Québec sont maltraités. Ça me heurte. Donc, on va faire
attention, de part et d'autre, aux propos qu'on tient.
Mesdames, je
suis heureuse de vous voir ce matin, d'autant plus que vous êtes nos premiers
partenaires qui ont eu l'expérience
de Trois-Rivières, du comité sociojudiciaire. Quand vous avez annoncé votre
présence, j'avais hâte de vous voir
puisqu'à chaque fois qu'on parle du comité sociojudiciaire qui a été mis en
place et qu'on a fait en sorte qu'on pouvait faire certaines approches, c'est un peu nébuleux pour les gens, hein? Ce
n'est pas quelque chose qui existe ailleurs et ce n'est pas quelque
chose qu'on comprend bien dans la perspective d'accompagner les gens dans une
situation de maltraitance. Donc, j'aimerais
ça si je pouvais avoir une forme de témoignage de votre part parce que vous y
avez participé de façon active depuis
les deux ans et ça fait en sorte que vos paroles vont porter un peu sur une
action concrète. Moi, je peux en parler puis je vous dirais que
j'apprécie énormément ce comité, mais vous l'avez vécu, ce qui est tout à fait
différent. Donc, j'aimerais bien vous entendre sur cette participation-là.
Bernard (Claire) : Il faut le voir comme un mécanisme de coordination
où la commission est venue jouer son
rôle — comme
elle le faisait par ailleurs — donc, de concertation avec les services
policiers, avec le Curateur public, avec
les établissements et les représentants du réseau. Donc, c'était de s'assurer
de mettre en place les couloirs de référence et d'information dans les
cas qui étaient appropriés.
Charbonneau :
Dans la plupart des cas, quand j'ai rencontré les gens qui étaient en
responsabilité de ce comité, on me
disait que 80 % des cas avaient été plus des cas un peu plus financiers
qu'abus physiques, psychologiques et tous les autres. Est-ce que vous
avez la même perception de votre expérience avec le comité sociojudiciaire?
Bernard (Claire) : Effectivement. Et ça reflète aussi l'expérience de
nos propres plaintes, où, actuellement, la majeure proportion des plaintes dont nous sommes saisis touchent des
aspects financiers, ce qui ne fait pas que... on peut être saisis aussi d'autres cas où que ça se mêle
avec des situations de maltraitance psychologique ou parfois physique.
Charbonneau :
Le défi d'un comité comme celui-là, c'est non seulement l'échange d'expertise,
parce que vous avez chacun vos
créneaux, mais c'est l'aspect de confidentialité des informations que vous
avez. Est-ce que d'avoir un endroit
où les échanges sont simplifiés, confidentiels, peut vous permettre d'ouvrir un
peu sur cette porte-là ou vous gardez toujours une très grande prudence,
malgré les partenaires alentour de la table, sur le principe de la
confidentialité des informations que vous détenez sur la personne ou sur le
dossier en titre?
Bernard (Claire) : Une fois que le dossier nous est référé, on garde
la confidentialité. Il n'y a pas d'échange d'information, il y a des échanges de... en tout cas, pas sans le... Il
y a des échanges, bon, avec... On a un protocole, aussi, d'entente plus spécifique avec le Curateur public
et on a des règles très claires sur qu'est-ce qu'on peut échanger,
qu'est-ce qu'on ne peut pas échanger face à
certaines situations. Donc, l'entente et les protocoles permettent, justement,
de clarifier quelles sont les règles
de confidentialité, et ce qui permet...
Une entente sociojudiciaire, justement, ce n'est pas un endroit où on se met à parler de tous les cas, de toute la
vie privée des gens, mais ils sont plus, effectivement, des... un
mécanisme pour les clarifier et pour, en tout cas, protéger en même temps la
sécurité et ces informations.
Charbonneau : En
vous entendant un peu plus tôt, vous avez fait une ouverture sur le principe de
l'autonomie de l'aîné, son autodétermination. Nous, on aime bien parler de cet
aspect, puisque, entre la divulgation obligatoire
et le principe de mettre en place un mécanisme pour pouvoir avoir accès pour
dénoncer des choses, il reste que, je
vous dirais, la perception que je vais dire que j'ai, moi, parce que c'est très
fort, et je suis têtue, c'est qu'un aîné, c'est aussi un adulte qui a un peu plus d'expérience que les autres, donc une
forme d'autodétermination. Ce n'est pas parce que j'ai 72 ans que je
n'ai plus ma tête puis que quelqu'un devrait prendre des décisions à ma place
sur la relation que je devrais avoir avec une personne. Ce qui peut-être pour
certains — puis
les gens nous l'ont dit — peut
être de la maltraitance, pour d'autres ça
peut être une relation qui a toujours été comme ça, puis qu'on ne veut pas
changer, puis qu'on veut garder dans
ce principe-là. Est-ce que vous croyez que l'autodétermination chez nos aînés
est suffisamment forte pour qu'on garde un principe de filet de sécurité
où c'est lui ou les gens alentour qui peuvent dénoncer et non qui doivent
dénoncer ou on devrait mettre en place un système qui fait en sorte qu'on a
l'obligation de dénoncer?
Bernard (Claire) : Comme on disait, on pense que l'intervention de
force doit rester exceptionnelle. Il faut garder un équilibre. Dans les situations individuelles, c'est ça, la
difficulté de l'enjeu, et, quand on entendait les questions... de là l'importance des formations au préalable.
Parce que ce que vient faire le projet de loi, c'est vrai qu'il ne vient
pas rajouter nécessairement des nouveaux recours. Il
vient clarifier les responsabilités du commissaire local. Il vient clarifier qu'est-ce qu'on doit retrouver dans les
politiques. On nous dit qu'il y a des mécanismes, mais là on vient nous
dire quels sont les mécanismes, et il faut
que les gens connaissent les différents recours, donc qu'ils puissent aussi
diriger vers les bonnes personnes.
Dans certains cas, ça va être le Curateur public, dans certains cas, ça va être
les services policiers, dans certains cas, ça peut être la commission.
Ça peut être aussi ces personnes-là, et, après, nous, on agit en concertation.
Donc, même
dans notre cas, où la charte permet d'être saisi et même de saisir le tribunal
sans le consentement de la personne, c'est une démarche qu'on fait
exceptionnellement dans certaines situations. On s'assure d'abord que la
personne est capable de consentir, de déterminer son intérêt. Et donc,
effectivement, dans cette logique-là, on n'a pas recommandé qu'on aille plus loin dans le signalement. On est très
confortables avec la possibilité de signaler telle qu'elle est prévue
dans le projet de loi.
Charbonneau :
Merci. Dans la relation que vous avez avec l'ensemble des dossiers, vous disiez
un peu plus tôt qu'il est possible
d'avoir une relation d'échange et de confiance avec le commissaire aux
plaintes. Plusieurs nous ont dit avec
raison... Je vous dirais même que, dès le départ, au dépôt du projet de loi, on
en a parlé avec le ministre de la Santé, de lui donner plus de responsabilités pourrait faire en sorte qu'on
se doit de lui donner plus d'effectifs, hein, parce qu'il faut qu'il
soit capable d'interagir rapidement. Mais, dans votre perspective à vous, vous
dites : Il est aussi plausible d'imaginer une relation d'échange qu'on a
déjà avec le commissaire aux plaintes. Est-ce que, dans cette volonté-là, vous voyez une responsabilité qu'on pourrait lui
donner, supplémentaire, par rapport à la relation que vous avez lui ou est-ce que la relation actuelle que vous avez est
suffisamment grande pour faire en sorte que l'enjeu se règle rapidement
entre la responsabilité de l'un et celle qui vous est conférée?
Bernard (Claire) : Je dirais que l'enjeu des ressources est au coeur
de tous les organismes, que ce soient les établissements, donc les commissaires locaux, mais les autres
représentants des établissements, les ressources du Curateur public, les ressources de la commission. Et donc
ça, ce n'est pas une correction législative. On a les mécanismes, on les
exerce. On reçoit déjà les plaintes des
établissements. On reçoit déjà des plaintes parfois de représentants de comités
des usagers, mais de commissaires locaux, d'intervenants. Là, c'est peut-être
clarifier quel est ce mécanisme à l'intérieur de
l'établissement. Il se peut que parfois ce soit nécessaire, parfois ce n'est
pas nécessaire. Là, on vient dire : Bien, dans un établissement, voilà comment ça se passe. Il va y avoir une personne
qui va être responsable de canaliser
les demandes, par exemple, chez nous,
ou vers d'autres intervenants, ou vers, effectivement, la direction
administrative de l'établissement, qui doit continuer à exercer ses
responsabilités.
Charbonneau : D'ailleurs,
dans le projet de loi, on le dit, le premier répondant sera le directeur
général de chaque établissement pour
s'assurer qu'il y ait une personne responsable en
titre et qui peut avoir des
comptes à rendre si les choses ne se font pas de façon régulière.
Dans les
dossiers de la CDPDJ, depuis quelques années, on voit la réduction — je vais l'utiliser comme ça, puis les
mots ne sont pas toujours justes — du cas de dossiers ouverts pour les
aînés. Je vous donne des chiffres ronds, là, parce que c'est ce qu'on me
fournit. De 2012 à 2013, il y avait 87 cas de relevés, 2013 à 2014, 92 — donc
une légère augmentation — mais 2014‑2015, 61. Est-ce que le comité
sociojudiciaire vient faire en sorte que les dossiers qui sont traités là, un, ne sont pas reconnus auprès de la
CDPDJ ou est-ce qu'il y a des formes d'aide qui font en sorte que ça ne
se rend pas jusqu'à vous, on règle avant
parce que l'information se rend chez nos aînés plus rapidement pour trouver
des façons de les aider à se sortir de situations malaisantes?
Bernard (Claire) : Alors, je
vous dirais trois choses. La première, c'est qu'avec l'adoption du plan
d'action sur la maltraitance, effectivement, sur le rôle accru qui n'était plus reconnu, on avait vu une très
importante augmentation des... Donc,
oui, effectivement, on voit une baisse ici, mais ce n'est rien par rapport à ce qu'on voyait avant. Donc, c'est important, et je dirais que
les occasions comme ce projet de loi
et les discussions remettent en mémoire aux gens qu'on a, nous aussi, un rôle à jouer. Donc, ça, peut-être
qu'on va le voir, nous, dans les prochains mois. Donc, ça, c'est la
première chose, c'est tout le rôle qui doit
continuer à être un rôle d'information, de sensibilisation. Et enfin les gens,
ce qu'on entend quand même, c'est
encore un manque d'information et de connaissance, pourtant des choses qui sont
très simples, sur les mécanismes qui existent.
La deuxième
chose, c'est que les chiffres que vous donnez parlent des personnes âgées.
C'est peut-être parce que vous les recevez à
titre de ministre
responsable, mais il y a aussi des données sur les personnes handicapées, qui
sont moindres, mais qui viennent... Après,
les chiffres que vous donnez sont les dossiers d'enquête, mais il y a aussi
tout le volet des dossiers de
plaintes. Et on le dit un peu plus dans le mémoire, c'est-à-dire que nous, dans
les dossiers d'enquête, on les ouvre
une fois qu'on n'a pas réussi à régler la situation, à établir avec les
personnes le filet ou alors qu'on a... parfois, on réfère, effectivement. Donc, il y des cas où on
n'a pas besoin de rester dans le dossier parce qu'en bout de compte, une
fois qu'on fait enquête, nous, si on saisit le tribunal, on devient un recours
civil, mais, dans certains cas, ce n'est pas nécessairement
une demande de dommages-intérêts qui justifie l'intervention de la commission.
Ça dépend des situations. Notamment,
dans les cas où on est intervenus dans des établissements, ce qu'on avait fait
à l'époque, c'était beaucoup plus des recommandations systémiques, et
qui ressemblent à ce que fait le Protecteur du citoyen. Alors, je dirais que,
pour certaines des situations, le Protecteur du citoyen joue un rôle beaucoup
plus, enfin, accru depuis ses responsabilités.
y a aussi toute l'accréditation des résidences privées. Il y a quelques années,
les résidences privées n'étaient pas accréditées,
donc on était les seuls à pouvoir intervenir. Maintenant, les CISSS,
maintenant, peuvent intervenir. En fait, tout ça, ça a permis aussi d'encadrer. Donc, on reste de plus en plus, nous,
avec les situations particulières de familles... enfin, de familles ou de contrats.
On a parlé tout à l'heure de situations, mais c'est sûr que les chiffres ne
reflètent pas les situations qui existent, et ce que le... Parce que ce
que vient faire le projet de loi, c'est effectivement rappeler... Parce que les
dispositions antireprésailles, elles sont
déjà dans la charte, mais on doit expliquer... Nous, on recommandait déjà
dans le rapport de 2001 : Si on
reconnaît le droit à une personne de porter plainte ou de signaler, ça doit
nécessairement venir avec un
mécanisme d'antireprésailles, de protection, mais c'est aussi tout ce qui vient
avec la prévention et la formation. Et ça, c'est important que les employés disposent de ces formations pour savoir
qu'ils peuvent effectivement
signaler, parce qu'on sent encore
cette peur, et ce que vient faire le projet de loi, c'est dire : Non, vous
devez le faire et vous pouvez le faire.
Charbonneau : Une dernière question, qui est une question
qui relève d'une autre possibilité, mais, dans le projet de loi, on ouvre la porte à la divulgation
du secret professionnel d'une façon plus ouverte. Je vais dire plus
ouverte parce qu'un professionnel peut aller
au-delà, mais il faut vraiment qu'il y ait danger de mort imminente ou un
danger plus grand. Nous, ce qu'on
dit, c'est : Quand il y a un soupçon ou une perspective de maltraitance,
le professionnel peut sortir de son rôle de professionnel et aller
porter... je ne dirais pas une plainte, mais il pourrait aller donner son
soupçon d'une possibilité de maltraitance en
outrepassant son secret professionnel. Je voulais savoir ce que vous en pensiez
par rapport au projet de loi.
Mme Pedneault
(Evelyne) : À ce sujet-là, la commission rappelle que la Cour suprême
du Canada a énoncé trois conditions qui
permettent l'exception au droit au secret professionnel dans les circonstances
que vous énoncez. La commission a
rappelé ces trois conditions-là. La nouvelle formulation proposée par le projet
de loi change très peu de choses
quant aux deux premières conditions, à savoir qu'il faut qu'il y ait une personne
ou un groupe identifiable qui soit clairement
en danger. La deuxième, c'est que cette personne-là ou ce groupe de personnes
là doit risquer d'être blessé gravement ou tué. Et la troisième, c'est que le danger doit être imminent. La
nouvelle formulation proposée par le projet de loi nous semble correspondre à la définition que fait la
Cour suprême du terme «danger imminent», à savoir que le risque doit
être sérieux et qu'il doit inspirer un
sentiment d'urgence. En ce sens-là, la commission est d'accord avec cette
exception-là dans la mesure où elle
correspond aux balises établies par la Cour suprême et où la nouvelle
formulation est interprétée comme respectant les cadres établis par ces
balises-là.
Mme Charbonneau :
Merci.
Président (M. Matte) : Je vous remercie. Le temps étant écoulé,
je cède la parole au député de Rimouski.
LeBel : Merci, M. le Président. Je vous salue. Je vais commencer par
relever le drapeau jaune de la ministre de tantôt. Je ne me souviens pas d'avoir dit que tous les aînés étaient des
gens maltraités, au contraire. Et je rappelle que je suis très d'accord avec ce que l'AQRP disait hier,
qu'on est dus pour des états généraux sur les aînés — je ne l'ai pas dit encore, mais je le répète — et ça pourrait être des états généraux sur
une façon non partisane et qui nous permettraient de discuter de l'enjeu très large des aînés, et,
entre autres, de souligner l'extraordinaire contribution de nos aînés, dans
toutes les régions du Québec, dans la vie de nos communautés. Ça fait que je
suis très ouvert. Je relance la ministre là-dessus.
Moi,
depuis hier, là, j'entends... Puis je ne suis pas un expert, hein, j'écoute,
puis j'essaie de me faire une tête sur différentes
choses, mais ce que je trouve de plus en plus compliqué, là, à chaque fois,
c'est qu'on dirait qu'on met une couche
sur la complexité du réseau, là, comment la personne, là, qui a à faire une
plainte ou un signalement, là, à qui elle fait la plainte puis comment ça... Je trouve que ça devient de plus en plus
complexe. Et vous avez une expérience là-dedans, la ministre, tantôt, parlait d'un tableau qui parlait
des enquêtes, des dossiers que vous avez ouverts, 2013‑2014, qui étaient
de 92, 61 en 2014‑2015, et moi, je rajoute
48 en 2015‑2016. Vous avez expliqué un peu la problématique, mais vous
avez ouvert des enquêtes là-dessus,
j'aimerais savoir, les enquêtes que vous avez ouvertes, est-ce que vous avez un
portrait de qui a fait les signalements? Ça vient-u du réseau, de la famille
ou... Est-ce que vous avez un portrait?
Mme Bernard (Claire) : Je n'ai pas nécessairement les chiffres de qui...
je ne peux pas vous les donner maintenant, mais je vous réponds que, oui, ça peut venir, donc, de travailleurs
sociaux du réseau, donc, et de la famille, de proches, d'institutions financières. Donc, il n'y a pas de
groupe plus que l'autre, là. Mais je pourrais vous les transmettre, par
contre.
LeBel : Je posais la question parce que, quand je regarde les
statistiques de la ligne Abus Aînés, là, ce que je vois, c'est que le signalement vient surtout des
victimes elles-mêmes, des membres de la famille, c'est à 70 % à peu
près, et du réseau, que 3 point
quelques pour cent. Ça fait que je me demandais, j'essayais de voir parce que
ça me pose la question pourquoi que
les gens du réseau ne signalent pas dans la ligne Abus ou... J'essaie de voir,
je pose la question, c'est en relation avec les signalements
obligatoires. Parce que le signalement obligatoire viendrait nous assurer qu'il
y ait des signalements qui soient faits dans le réseau plus que maintenant, et
je posais la question pour ça.
Dans
votre mémoire, vous parlez aussi
d'une entente nationale prévue à la loi. Je ne sais pas si la ministre
peut nous le dire, mais ce que j'ai lu dans
la loi, on parle plutôt d'ententes... c'est plutôt régional ou local, là, avec
les établissements. Je ne vois pas
là-dedans où on parle d'une entente nationale qui est prévue dans la
loi sur la
maltraitance, c'est plus que la ministre coordonne des ententes, en fait, avec les établissements et...
Mais je trouve l'idée intéressante d'avoir une entente nationale. Ça
pourrait peut-être répondre à plusieurs questions sur le circuit que les
plaintes pourraient être faites et comment chacun pourrait intervenir.
Qu'est-ce que vous voyez dans ce genre d'entente nationale sur la maltraitance?
Qu'est-ce que vous voyez là-dedans? Ça servirait à quoi, cette entente
nationale?
Mme Bernard (Claire) : En fait, le projet de loi ne parle ni de
national ni de régional. Il y a des discussions sur les suites, et ce que je peux vous dire, c'est que la commission,
elle ne peut pas s'engager dans des ententes régionales ou même locales. Il
y a eu des tentatives, mais on est
quand même une petite équipe et on ne peut pas s'engager dans des
ententes. On répond aux demandes, aux
plaintes sur tout le territoire du Québec, mais avoir des ententes, il y a
quand même beaucoup de réunions, de...
Donc, nous, on préfère répondre dans les situations particulières
plutôt que d'être engagés dans chaque entente régionale parce qu'on n'a
pas assez de représentants de la commission pour participer à toutes les
réunions. Mais, par ailleurs, ce que le
mécanisme national doit prévoir, c'est effectivement quand on doit agir, là,
comme on le fait... Comme je vous dis, ça vient formaliser des pratiques
qu'on fait déjà, que ce soit avec le Curateur public, les services policiers,
le CSSS ou le CISSS maintenant.
LeBel : O.K. Parce que
je lis votre mémoire, là : «La commission souhaite également confirmer sa volonté de participer à une entente nationale portant sur un
processus d'intervention concernant la maltraitance envers les aînés que
prévoit la loi n° 115. Elle contribuera notamment en offrant un support de
formation en sensibilisation contre l'exploitation.»
Je trouve ça superintéressant, mais j'aurais... j'aimerais ça... Cette
entente-là, qui devrait être, selon vous, les signataires ou les partenaires d'une entente comme ça? Comment cette
entente nationale, où chacun s'entend sur son rôle... comment ça va
faire en sorte que la personne qui vit de la maltraitance, ce sera plus clair
pour elle, cette personne-là, comment faire son signalement ou ses plaintes?
Bernard (Claire) : On le
voit plus comme le haut de la pyramide, mais après, pour les cas individuels,
ce sera par les ententes locales. Mais c'est
plus, en fait, pour... Parce qu'au
niveau national, c'est la Sécurité publique, le ministère de la Sécurité publique, ce n'est pas
nécessairement, par exemple, les services policiers individuels. Après, dans...
au niveau régional, c'est, par exemple, la ville de Montréal. Donc, ce
n'est pas une entente nationale pour répondre aux besoins individuels. Ce que nous, on dit, c'est qu'on est
prêts à s'engager dans une entente nationale, mais qu'on... Bien, voilà,
c'est ce qu'on dit par rapport aux ententes.
LeBel : Moi, le souhait que
je ferais pour une entente nationale, c'est que ça clarifie le processus
puis que, dans les régions, ça nous
aide à établir nos politiques, à savoir comment la personne... Parce que,
tantôt, on a posé la question, là, avec
la COPHAN, tu sais, la personne qui est vulnérable, qui subit de la
maltraitance ou qui a peur de faire le signalement ou... ça devient compliqué quand tu regardes qui
fait quoi. Et moi, je pense que ce projet
de loi là, s'il y a
quelque chose qu'il doit faire, c'est de clarifier tout ça,
avoir un processus très clair, et l'idée d'une entente, je trouvais
ça intéressant. Si ça vient aider les
gens qui mettent en place des politiques dans chaque région, ça vient les aider à
clarifier le processus, moi, je trouvais ça une bonne idée.
Tantôt,
les gens de la COPHAN, puis d'autres aussi, nous... Tu sais, on parle beaucoup
du réseau, on parle moins du domicile. Tantôt, on disait : Bon, il
y a des gens qui interviennent à domicile. Puis là j'amène l'idée du
signalement obligatoire, comment vous voyez
ça? Comment on peut amener... pour ne rien laisser passer? C'est ça,
l'objectif, on ne laisse
passer aucune maltraitance. Comment on peut s'assurer qu'il y ait un signalement, mais que... Le signalement, si on le rend obligatoire, est-ce qu'il y a des sanctions
qui doivent être données à ça? Est-ce
que ça ne fera pas l'effet
contraire, les gens ont peur des sanctions
et ne signaleront pas? Comment vous voyez ça? Dans votre expérience, comment ça
pourrait aider, le signalement obligatoire avec des sanctions?
Bernard (Claire) : Bien,
comme on vous dit, nous, on prône plutôt ce qui est proposé, qui est le signalement
facultatif. Et, encore là, tout notre exposé, c'est de dire que ça ne
doit pas être automatique, mais qu'il faut impliquer la personne qui est au coeur de la démarche. Donc, il
faut aller en chercher... Quand on parle de son consentement aussi, ce n'est pas nécessairement un consentement, oui ou
non — est-ce
que tu es d'accord? — c'est de
lui expliquer quels sont ses recours,
quelles sont ses possibilités face à sa situation et c'est ce qu'on fait déjà,
nous, dans nos démarches. Donc, c'est effectivement
prévoir que, dans certains cas — et comme on le fait actuellement, comme la
chartre nous le permet — le consentement de la personne n'est pas obligatoire. Mais,
dans la plupart des cas, nous, on procède avec la personne.
LeBel : Bien, moi, ça me permet, en terminant, de plaider pour... Il y
a des groupes communautaires qui font ça, qui aident les personnes, je pense, les CAAP, communautés d'aide aux
plaintes. Il faut mieux financer ces groupes-là. Parce que les régions sont grandes, tu sais. Tantôt, on
parlait souvent de ça, mais moi, je vois des villages, là, puis je vois
des... Et ça, ça prend des gens qui soient sur le terrain, et ce n'est pas si
facile que ça. Et, pour ça, il faut mieux outiller nos organisations, les
groupes communautaires, entre autres, les réseaux qui s'occupent de ça, sinon
ça n'aboutira à rien. Ça me permet de plaider pour un meilleur financement du
milieu communautaire.
Le Président
(M. Matte) : Je vous remercie. Et je cède la parole au député de
Lévis.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le Président. Bonjour et bienvenue, Me
Bernard, Me Pedneault. Merci d'être là. Je prends une seconde pour dire
aussi, également, puis je rappelle à la ministre... Je ne sais pas, M. le
Président, d'où la ministre tenait ses
informations concernant le propos voulant que tous les aînés soient maltraités.
Effectivement, je n'ai pas entendu
ça, je ne sais pas qui a pu dire ça, mais force est de constater que c'est loin
d'être le cas et que ce ne doit pas l'être. Mais ceux qui vivent des situations de maltraitance, bien, travaillons
pour faire en sorte que ça ne se reproduise pas, quel que soit le type
de maltraitance, bien sûr.
Vous avez dit
beaucoup de choses, mesdames, puis c'est important de vous avoir parce que vous
avez été citées à de nombreuses
reprises par des groupes qui se sont présentés avant vous comme étant peut-être
le chemin idéal. Et cela, c'est bien important
parce que vous avez parlé d'information, vous avez parlé de clarification. Vous
avez parlé de l'article 48, c'est intéressant que vous nous l'ayez lu
également parce que les gens ne le savent peut-être pas, mais cette notion — toute personne âgée ou toute personne
handicapée a droit d'être protégée contre toute forme d'exploitation,
telle personne a aussi droit à la protection et à la sécurité que doivent lui
apporter sa famille ou les personnes qui en tiennent lieu — je
pense que c'est fondamental, hein, c'est la base même d'une société qui
fonctionne bien.
Mais je
reviens sur le chemin, il y a des gens qui nous ont dit que ça doit passer par
votre organisation. Il y a des gens
qui sont venus nous dire : Le Protecteur du citoyen devrait être le chemin
que l'on utilise, sachant pertinemment qu'on utilise l'un et l'autre,
là, et vous nous le disiez il y a deux instants. Mais il y a une espèce de flou
pour l'ensemble des citoyens, j'en suis
convaincu, à savoir qui fait quoi. D'ailleurs, vous le disiez, la Commission
des droits de la personne et de la jeunesse, peut-être qu'il y a bien
des gens qui ne savent pas qu'ils ont la possibilité de s'adresser à vous. Et
là le chemin qu'on privilégie, c'est celui du commissaire aux plaintes.
Deux options, deux questions. Est-ce que, selon
vous, c'est le chemin idéal? Deuxième question... Parce que plusieurs ont dit : Encore, faudrait-il qu'il
ait, au terme de l'exercice, un pouvoir exécutoire, et non pas seulement un
pouvoir de recommandation sur l'aboutissement de ce qui lui sera présenté. À la
première : Est-ce que c'est le chemin idéal?
Mme Bernard
(Claire) : Je répondrais que ce n'est pas le chemin unique. Pour nous,
ce n'est pas de pointer un seul
chemin, c'est que tous les acteurs soient bien conscients des passerelles qui
existent et c'est ce que vient faire le projet de loi. Quand il dit que le commissaire local est la personne
responsable, va pouvoir faire des recommandations, c'est celles, par exemple, qui touchent des mesures correctrices,
qui impliquent l'établissement. Évidemment, ça ne va pas toucher le cas
de toute autre personne, puisque le projet
de loi, ce qu'il prévoit, c'est qu'on pourra signaler aussi des situations d'un
proche, d'un membre de la famille, qu'il
soit à domicile ou dans la chambre, par exemple. Donc, ce qui est très bien,
c'est que, là, le commissaire local,
même s'il est mis au fait, il pourra être le canal. On vient renforcer qu'il
sera le canal, et il ne pourra pas dire : Mais écoutez, ça, ça ne
relève pas de ma compétence parce que c'est un cas de maltraitance familiale.
Donc, ça va être un canal de référence.
Les canaux
existent déjà. Le Protecteur du citoyen a actuellement un canal vers nous dans
la chartre. Quand il est saisi d'une situation qui ne relève pas de sa
compétence, il est prévu qu'il nous le réfère. Il y a aussi un canal vers le Curateur public. Dans la chartre, si on est saisi
d'une situation et on continue d'enquêter, mais où le Curateur public devrait
intervenir parce qu'on est face à un besoin de protection, c'est déjà prévu.
Alors, il y a des canaux déjà prévus, et ce que vient faire le projet de loi,
ce n'est pas, à mon avis, écarter, ça vient renforcer, rappeler et
responsabiliser.
Ça vient
responsabiliser aussi les établissements et les commissaires locaux. Alors, ça, ça va
être aux établissements aussi de se
dire : Bon, là on est face à des situations de maltraitance, la loi nous le dit très
clairement, on doit agir. À
mon avis, ils devaient déjà agir parce
que les droits qui sont reconnus, ils
sont déjà dans la charte et sont déjà
dans la
Loi sur les services de santé
et les services sociaux. Mais ça vient dire très clairement que ce sont des situations
de maltraitance et ça vient responsabiliser, donc, à la fois le
commissaire local mais, encore là, les établissements eux-mêmes.
M. Paradis
(Lévis) : Vous dites :
Il va falloir que cette confusion, parce
qu'il y en a une... en tout cas, que cette façon de faire là, que cette approche-là soit extrêmement claire pour les utilisateurs. Est-ce
que vous ne craignez pas que
ce que l'on vit actuellement... Vous dites que ça existe, hein? Manifestement, c'est là, là. Force
est de constater qu'il faut bonifier ça aussi. Est-ce que vous pensez
que, dans l'état actuel des choses... Parce que plusieurs nous ont dit que le commissaire local aux plaintes ou le commissaire
aux plaintes est déjà débordé. On nous dit : On croule sous les
dossiers que l'on ne peut traiter. Est-ce que
vous pensez que, dans l'état actuel des choses, cette organisation-là est capable ou serait capable de recevoir et de remplir la
mission qu'on lui souhaite?
Mme Bernard
(Claire) : Ce n'est pas à la
commission à le dire. Ce qu'elle dit dans son mémoire,
c'est que l'État québécois a des responsabilités, il est en train de les
mettre en oeuvre, il prend des engagements. Il va falloir que ces engagements
soient aussi des engagements de ressources ou financières.
M. Paradis
(Lévis) : Je comprends par
votre message qu'à ce chapitre-là, et on rejoindra des propos qui ont
été tenus, le gouvernement doit aussi ajouter la force des moyens, bien sûr,
pour être en mesure d'atteindre les objectifs.
Je reviens sur le pouvoir de ce commissaire aux
plaintes... local aux plaintes ou le commissaire aux plaintes. Alors, des gens ont dit : C'est dommage de
voir qu'il n'y ait pas... qu'il n'y ait qu'un pouvoir de recommandation. Est-ce que vous avez l'impression que cette organisation-là devrait avoir davantage de pouvoirs qu'elle en a présentement dans le cadre du projet de loi
n° 115?
Le Président (M. Matte) : Une
courte réponse, s'il vous plaît.
Mme Bernard
(Claire) : Notre analyse,
qui s'insère dans les mécanismes actuels, est que les sanctions sont déjà
de la responsabilité de la direction
générale, des directions disciplinaires. Par exemple, il y a
des mécanismes, mais on n'a pas fait l'analyse pour voir est-ce qu'ils
sont déficients. Ce n'était pas notre objectif.
Le Président (M. Matte) : Je
vous remercie de votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 8)
Le Président (M. Matte) :
...tarder, je souhaite la bienvenue à la Chaire de recherche Antoine-Turmel sur
la protection juridique des aînés de l'Université Laval. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes et je vous
invite à vous présenter ainsi que les personnes qui vous accompagnent.
Mme Morin
(Christine) : Alors, je vous remercie. Bonjour. Mon nom est Christine Morin, je suis professeure à la Faculté de droit de l'Université Laval et
titulaire de la Chaire de recherche Antoine-Turmel sur la protection
juridique des aînés. Je suis accompagnée par
Marie-Hélène Dufour, qui est avocate, étudiante au doctorat et chercheuse à la
chaire, et de Katherine Champagne,
qui est notaire et coordonnatrice de la chaire. Alors, on est très heureuses de
pouvoir être ici avec vous aujourd'hui et on vous remercie pour
l'invitation. Sachez par ailleurs que c'est une première pour Katherine, pour
Marie-Hélène et pour moi. Alors, merci.
Mme Morin (Christine) : Merci,
merci. Alors, comme je l'ai mentionné tout à l'heure, on est trois juristes
associées à la Chaire Antoine-Turmel, et c'est à ce
titre qu'on est présentes aujourd'hui.
Alors, la
Chaire Antoine-Turmel a été lancée à l'automne 2014. Elle regroupe des
professeurs et des étudiants qui s'intéressent
aux questions en lien avec la protection des droits des personnes âgées. Donc, l'objectif de notre
présence aujourd'hui à l'Assemblée
nationale, c'est de contribuer à la réflexion sur l'environnement juridique
global pour venir en aide aux personnes âgées qui sont maltraitées et
autres personnes majeures en situation de vulnérabilité.
Alors, bien
entendu, vous le devinerez, on accueille favorablement le projet de loi
n° 115, on considère que c'est une
initiative louable pour contrer la maltraitance. On se réjouit de la volonté
politique de lutter contre la maltraitance des personnes aînées et autres personnes majeures en situation de
vulnérabilité et on est contents du message qui est transmis par le législateur quant au caractère inacceptable
de cette maltraitance. Vous me permettrez par ailleurs de me désoler du
fait de constater qu'au Québec on a encore
besoin de nouvelles lois pour que les personnes âgées ne soient pas
maltraitées.
Alors, comme
vous avez pu le constater à la lecture de notre mémoire, on fait plusieurs
commentaires, certaines propositions.
Mais ce qui est, selon nous, particulièrement important avec le projet de loi
n° 115 et ce qu'il va falloir, selon nous, retenir de nos propos aujourd'hui, c'est qu'il faut chercher à
favoriser l'accessibilité du droit et la cohérence du droit en matière
de protection des personnes âgées contre la maltraitance.
Alors, je
m'explique. Au niveau de l'accessibilité du droit, on considère que, d'une
part, c'est fondamental que les personnes
âgées et leur entourage connaissent leurs droits, ce qui est loin d'être le cas
dans plusieurs situations. D'autre part, on pense qu'il est important,
encore une fois, que les personnes âgées et leur entourage sachent quoi faire
et à qui s'adresser lorsqu'elles constatent
des situations où il y a de la maltraitance. Alors, on croit qu'il faut d'abord
essayer de voir pourquoi ce qui est
déjà en place au Québec ne fonctionne pas dans toutes les situations — il y a des situations où ça
fonctionne, heureusement, mais pas toujours — et il faut ensuite veiller à
coordonner les propositions du projet de loi
n° 115 avec les mécanismes déjà prévus, de manière à obtenir la meilleure
façon d'intervenir pour régler le fameux problème de la maltraitance aux
aînés et autres personnes vulnérables.
Alors, comme on a peu de temps pour la
présentation, je vais revenir seulement sur trois parties du mémoire, les
parties 1, 3 et 5, mais on va évidemment être heureuses de répondre aux
questions sur toutes les parties.
Dans la
partie 1, sur les considérations générales, on s'interroge sur la portée
et le champ d'application du projet, qui nous apparaissent
restreints parce qu'on vise surtout les personnes âgées qui ont des soins et
des services, ce qui semble exclure une
partie des autres personnes âgées.
Je vous le
mentionnais tout à l'heure, on s'interroge et on se préoccupe de la cohérence
du projet de loi avec les dispositions déjà en place. Et je dirais que c'est particulièrement vrai par rapport à la charte québécoise et à la Commission
des droits de la personne. En fait, on était
très étonnées que le projet de loi ne mentionne ni la charte ni la Commission
des droits de la personne, contrairement à
ce que faisait le projet de loi n° 399.
Alors, on croit que la commission est importante et on croit qu'elle
devrait d'ailleurs être expressément mentionnée parmi les organismes qui
participent aux ententes sociojudiciaires.
Dans la
troisième
partie du mémoire, celle qui porte sur la politique de lutte contre
la maltraitance et sur le rôle accru
du commissaire local aux plaintes, bien, on se réjouit du fait que les établissements
vont devoir adopter une politique de lutte
contre la maltraitance, ça va mettre en évidence la volonté de lutter contre la
maltraitance et ça va avoir aussi un effet de sensibilisation.
Pour ce qui
est du rôle du commissaire, qu'on veut accroître dans le projet, bien, là on se
demande : Est-ce qu'il s'agit vraiment de la meilleure
personne-ressource à qui dénoncer les situations de maltraitance? À première
vue, le commissaire a moins de pouvoirs que la Commission des droits, moins de
pouvoirs que le Curateur public, alors on s'interroge.
Par ailleurs, on a un rapport de juin 2016 de la Commission de la santé et des
services sociaux sur les conditions de
vie des adultes hébergés en CHSLD qui révèle que peu de personnes âgées
dénoncent les situations au commissaire. Alors, on pense que ce n'est peut-être pas la meilleure personne,
notamment pour les situations de maltraitance organisationnelle, notamment parce que le commissaire est nommé par le
conseil d'administration de l'établissement et parce qu'il relève de ce
conseil d'administration.
Pour
ce qui est de la
partie cinq du mémoire, à propos des dispositions
modificatives, sur le secret professionnel, on est favorables à la volonté de modifier le Code des professions et les
lois qui régissent les professionnels pour revoir les dérogations qui permettent la levée du secret
professionnel dans certaines situations. On a cependant l'impression
qu'avec le projet de loi c'est un peu le
statu quo, qu'on fait simplement reprendre ce qui a été établi par la Cour
suprême, ce qui n'est pas mauvais en
soi parce que ça a une fonction pédagogique. Par ailleurs, on pense qu'on
aurait pu profiter du projet de loi pour aller un peu plus loin.
Ma collègue
Me Dufour et la professeure Raymonde Crête ont beaucoup travaillé sur ce secret
professionnel là, eu égard aux
situations de maltraitance par rapport aux personnes âgées, et elles
proposaient d'adopter une disposition qui permettait d'intervenir dans un plus grand nombre de situations. Je vous
laisse le soin de vérifier leurs propositions dans notre mémoire. Mais l'avantage de ce qu'elles
proposaient, c'était de laisser plus de place à la compétence et au
jugement des professionnels, sans toutefois les forcer à intervenir.
Je mentionne
d'ailleurs immédiatement que, pour toutes les questions sur la dénonciation
obligatoire et le secret professionnel, c'est Me Dufour qui va pouvoir
répondre à vos questions.
Un mot maintenant sur les caméras cachées...
bien, en fait, les caméras de surveillance. Est-ce qu'elles seront cachées? On verra. On veut simplement mentionner
encore une fois ici qu'on se désole de constater qu'on en est rendus là.
Ça montre bien la méfiance de la population par rapport au réseau de la santé.
Par contre, comme la maltraitance existe dans
certains milieux d'hébergement, bien, on pense que, oui, il faut permettre
l'utilisation des caméras, mais il faut le faire avec beaucoup de prudence, il faut respecter la vie privée des
personnes hébergées, il faut respecter la vie privée des employés. Mais, par ailleurs, c'est un moyen
effectivement utile pour prévenir la maltraitance et pour détecter les
situations où il y a de la maltraitance.
Alors, je
conclus en mentionnant qu'on est favorables au projet de loi, c'est une
initiative louable pour contrer la maltraitance envers les aînés et
autres personnes en situation de vulnérabilité. On est très conscientes qu'il
n'y aura jamais de législation parfaite,
mais on pense que le projet est néanmoins perfectible et que, si on veut
vraiment mettre en place un
environnement législatif global pour mettre fin à ces situations de
maltraitance, il faut penser — et ici je vais me répéter — cohérence
et harmonisation des mécanismes et des ressources en place et accessibilité du
droit pour les personnes concernées. Sur ce, je vous remercie.
Président (M. Matte) : Je vous remercie. Pour le début des
échanges, je cède la parole à Mme la ministre.
Mme Charbonneau :
Merci, M. le Président. Je suis en train d'écrire en gros «harmonisation» sur
ma feuille, puisque vous en faites un éloge. Bienvenue, mesdames, merci
d'être avec nous aujourd'hui. J'avais très hâte de vous rencontrer, comme la plupart des gens, mais tout particulièrement
Mme Morin, parce que j'ai lu avec beaucoup d'attention votre lettre d'opinion que vous avez faite, le
billet que vous avez fait pour rappeler plusieurs aspects, hein, du travail
que vous faites et que vous avez constatés.
Je vais me
faire plaisir personnellement, je vous le dis, aujourd'hui, je suis un peu
égoïste, je me fais plaisir, je vais vous
relire parce que... Probablement que, vous, vous le savez par coeur, parce
qu'avant de l'envoyer on la lit bien des fois, cette lettre, pour s'assurer de tout. Mais vous finalisez vos propos en
disant : «Le problème de la maltraitance envers les personnes aînées, comme celui de toute forme de
maltraitance, est complexe et multifactoriel. La meilleure législation
ne réussira jamais à résoudre tous les
problèmes, si la société ne s'intéresse pas davantage au sort des personnes
âgées qui sont en situation de
vulnérabilité. De meilleures lois peuvent certes améliorer la situation, mais,
face à un problème social, chacun de nous doit se sentir concerné.»
Je vous dis
que je suis égoïste en relisant ce dernier
chapitre de votre lettre parce que
le premier constat que j'ai fait en
arrivant au ministère, au Secrétariat des aînés, en parlant de différents
dossiers, c'est qu'effectivement, si chacun d'entre nous se donnait une responsabilité — et je suis passée par l'intimidation, je
suis passée par la maltraitance, dans un passé pas si lointain, j'étais en éducation, sur la persévérance
scolaire — si
chacun d'entre nous se donnait une responsabilité civile, forte et engagée, il y a bien des choses qu'on ne
ferait pas en législation, on n'aurait pas besoin de le faire. Donc, je
voulais souligner cet aspect que vous avez apporté.
Mais
j'aimerais ça peut-être vous donner l'opportunité de nous parler un peu, de par
la Chaire de recherche, mais aussi par les constats que vous en faites,
comment peut-on amener une population, autre que par ce sujet qu'on a aujourd'hui... Parce que vous savez qu'avant d'en
parler de façon légale, hein, avant de dire qu'on dépose un projet de
loi sur la maltraitance, tout ce qu'on a, c'est quelques rubriques médiatiques
qui nous rappellent un peu à l'ordre comme société,
qu'il se passe des choses inacceptables. Comment peut-on faire, comme
gouvernement, comme société, pour guider notre société dans un regard
meilleur sur comment on s'occupe bien de notre monde? Parce qu'on pourrait
prendre la jeunesse puis dire que la DPJ, si
elle existe encore, c'est parce qu'il se passe encore des choses. La sécurité
publique pourrait nous passer en rubrique
plein de choses qui se passent, du vol à la maltraitance auprès des personnes
handicapées, on en parlait ce matin,
à toute autre forme de geste inconcevable. Mais comment peut-on faire, comme
gouvernement ou comme société, pour
mettre une lumière fluorescente sur ce fléau que nous subissons et comment
faire en sorte que tout le monde se donne cet engagement-là de ne plus
tolérer la maltraitance?
Mme Morin
(Christine) : En fait, je
pense qu'on est sur une bonne voie, notamment depuis 2010, avec le plan d'action contre la maltraitance. Mais je pense que
ce qui est particulièrement important, c'est qu'on en parle. La campagne
de publicité qui a eu lieu par rapport à la
maltraitance, moi, je pense que ça a effectivement sensibilisé les gens, ça a
fait en sorte que les gens en parlent. Et
c'est la même chose, ne serait-ce qu'avec les commissions parlementaires, en ce
moment; dans les journaux, hier on en
parlait; dans les médias, ce matin, on en parlait. Et on ne parlait pas que
d'un cas isolé, on parle vraiment de la problématique. On se rend compte qu'elle a une
importance, qu'elle existe toujours, malheureusement, au Québec, et
c'est à force d'en parler que les gens vont être de plus en plus conscientisés.
Et c'est la
même chose avec l'ensemble des problèmes sociaux. Quand on a parlé de
protection de la jeunesse, bien, c'est à force de conscientiser tout le
monde qu'on en est venus à avoir un organisme, à mieux s'organiser, et tout ça.
Il faut faire la même chose pour la maltraitance envers les personnes aînées et
autres personnes majeures en situation de vulnérabilité.
Les politiques qu'on recommande d'adopter dans
le projet de loi, ça aussi, je trouve que c'est une
partie de la solution, parce que, là encore, ça manifeste la
volonté de lutter contre la maltraitance. On a une politique formelle
qui explique ce qu'est la maltraitance, ce
qu'on doit faire pour l'enrayer. Mais, une fois qu'on a tout ça, il faut qu'on
s'assure qu'une fois qu'on va avoir conscientisé les gens à la maltraitance,
s'ils veulent dénoncer, il ne faut pas que ce soit compliqué, il faut qu'ils
sachent où dénoncer, quoi faire, comment le faire. Il ne faut pas que ce soit
un dédale de possibilités. Il faut qu'il y ait une voie, la voie optimale. Pour
les enfants, c'est la DPJ. Quand il y a une urgence, c'est le 9-1-1. Quand il y a la maltraitance des aînés, on fait quoi? La
majorité des gens ne le savent malheureusement pas.
Mme Charbonneau :
À partir du moment où vous me dites : Il faut simplifier l'action et
l'interaction de la dénonciation, est-ce qu'elle se doit d'être obligatoire ou peut-on laisser une place à
l'autodétermination et le bon jugement des gens?
Mme Champagne
(Katherine) : Il nous semble
important effectivement, comme vous le dites, de ne pas oublier que la personne
âgée est néanmoins
une personne autonome et de respecter justement son autonomie. Avec un régime de dénonciation obligatoire, on prive la personne âgée de sa propre autodétermination sur sa personne, sur sa vie, sur sa
façon de gérer sa vie comme elle l'entend.
Et aussi il ne faut pas oublier, Me Morin l'a dit, la maltraitance est une
problématique très complexe,
multifactorielle, donc ça peut être très difficile de reconnaître des situations
de maltraitance. C'est pour ça qu'avec une plus grande sensibilisation
et puis une incitation à aider ça nous semble préférable qu'une dénonciation
obligatoire.
Président (M. Matte) :
Oui. Donc, je laisserais la parole à la députée de Verdun.
Il vous reste huit minutes.
Mme Melançon : Merci. Merci
beaucoup. Mesdames, bonjour. Merci beaucoup d'être parmi nous. Et je vais me permettre un commentaire. Si c'est votre première expérience comme ça
parmi nous, je veux vous dire que moi aussi, c'est ma première
expérience aujourd'hui. Alors, nous allons partager ce moment.
J'ai bien lu, j'ai bien parcouru tout le dossier
et je sais que votre chaire se penche particulièrement sur la maltraitance financière. Et en ce sens, un peu plus tôt, avec la Commission des
droits de la personne et des droits de la jeunesse, on a parlé du projet pilote en Mauricie, où on a parlé où
c'était autour de 80 %, là — si le chiffre est exact — des cas
qui étaient soulevés qui étaient de la maltraitance financière. Moi, je veux savoir — et
j'imagine que la chaire s'est penchée
là-dessus — est-ce
que nos établissements, donc je pense aux banques, je pense à nos caisses...
est-ce qu'ils sont bien outillés, justement,
pour offrir un soutien? Est-ce qu'on dispose suffisamment d'outils pour
faire de la prévention?
Mme Morin
(Christine) : Eh bien, en fait, je dois vous dire que les
institutions financières et tout ça sont de plus en plus conscientisées. Quand on fait des activités à la
chaire, par exemple, ce n'est pas rare qu'on ait des
représentants des institutions financières.
Et ils ont le même problème qu'un peu tout
le monde, ils se disent : On
constate une situation, est-ce qu'on
peut faire quelque chose? Est-ce qu'on peut geler un compte? Est-ce qu'on
doit aviser quelqu'un de la famille? Parce que, malheureusement,
parfois, c'est des gens de la famille aussi qui font l'exploitation financière
ou la maltraitance financière. Alors,
qu'est-ce qu'on fait rendu là? Si on parle à la personne âgée puis qu'elle nous
dit : Non, non, c'est correct, on
ne fait rien, c'est ma fille, c'est correct, jusqu'où peut aller l'institution financière? À qui elle peut demander de l'aide? Donc, on est conscients qu'il y a
des gens qui téléphonent dans les CIUSSS, demandent à des travailleurs sociaux,
il y a des gens qui se
renseignent à la Commission des droits de la personne, mais les gens ne savent
pas où se diriger, même lorsqu'ils veulent intervenir.
Par ailleurs, pour les institutions financières, il y aurait peut-être
lieu de les inciter ou peut-être même de modifier les lois pour qu'elles puissent intervenir plus facilement.
Je pense, par exemple, à l'utilisation des cartes de crédit. Vous savez tous que, quand on part à l'étranger, ce n'est pas
rare que, si on n'a pas avisé la carte de crédit, on va bloquer notre
carte de crédit. Mais pourquoi une personne
âgée qui a un compte de banque où, tout
à coup, il y a
des gros retraits significatifs, pourquoi
il n'y a pas une lumière rouge? Pourquoi il n'y a
pas une réaction de la banque quand on constate une situation comme ça,
anormale? Là aussi, ça permettrait d'arrêter l'exploitation avant qu'elle soit
rendue trop loin, avant que le compte de banque soit à zéro. Donc, les institutions
financières, ce serait bien qu'elles aient plus de ressources mais peut-être également
qu'elles aient plus de pouvoirs pour intervenir dans ces situations-là.
Mme Melançon :
Intéressant. En ce sens-là, tout à l'heure, lorsque vous avez débuté votre intervention,
vous avez parlé que les aînés devaient mieux, peut-être, connaître leurs
droits. Encore faut-il que les aînés connaissent mieux leurs droits, et, en ce
sens-là, auprès des institutions financières, est-ce
que vous ne croyez pas qu'on pourrait
peut-être aller vers une campagne de sensibilisation ou... Puis là je sais, là, que les institutions financières sont
d'ordre fédéral, mais à quel point, à ce moment...
Mme Melançon : Ah! je savais que j'étais pour te faire sourire.
Mais j'aimerais bien connaître... avez-vous déjà eu des liens avec les institutions
financières pour voir avec eux? Oui, il y aurait une mesure à prendre pour
mieux faire connaître le droit des aînés?
Mme Morin (Christine) : Oui, puis ce n'est pas seulement avec les institutions financières, c'est dans tous les milieux, à tous les niveaux. Même les gens qui oeuvrent dans le domaine
de la santé, parfois, ils ont une connaissance approximative des droits
des uns et des autres. Donc, toutes les campagnes d'information et de
sensibilisation à ce sujet-là sont les bienvenues, c'est certain.
ailleurs, quand on fait des campagnes de sensibilisation, d'information, il
faut faire attention, il faut vulgariser l'information pour qu'elle soit
facilement accessible. Parce que, si on pense, par exemple, à Internet, on a
des sites merveilleux avec plein
d'informations — je pense
simplement à Éducaloi, le site de la Chambre des notaires — mais il faut que ce soit accessible,
facilement compréhensible.
on se rend compte aussi dans nos recherches que l'accessibilité du droit, ce n'est
pas juste connaître la loi, c'est parfois
avoir quelqu'un pour nous accompagner pour faire les démarches, une fois qu'on
sait qu'on a droit à quelque chose, donc
avoir une espèce de soutien. Bien, pas pour toutes les personnes âgées. Et là
je ne l'ai pas encore mentionné, mais tout le monde a compris que les personnes âgées, ce n'est pas un groupe
homogène, là, la plupart des personnes âgées n'ont aucunement besoin de
protection législative supplémentaire. Mais là on parle de celles en situation
de vulnérabilité. Et, pour celles-là, bien, il y a un besoin accru
d'accompagnement. Donc, pas juste de donner l'information, mais d'accompagner
la personne.
Président (M. Matte) :
Merci. Je céderais la parole au député de D'Arcy-McGee. Il vous reste
2 min 30 s.
M. Birnbaum : Merci, M.
le Président. Mes Morin, Champagne et
Dufour, merci pour votre présentation. Bon, c'est une première fois.
Dans les deux cas, je trouve que c'est assez bien réussi.
Vous
avez noté que vous auriez souhaité que la portée du projet de loi touche aux aînés qui ne sont pas soit en établissement ou en train de recevoir des services. Intéressant. Deux questions qui
me viennent. Dans un premier temps, est-ce
qu'on peut comprendre, donc, que les
instances actuelles et les lois en place ne sont pas suffisantes pour cette
plus grande cible là? Dans un
deuxième temps, sinon, comment on aurait pu faire appliquer un tel projet de loi pour cette population-là?
Mme Morin (Christine) : O.K. En fait, la nouveauté du projet de loi, c'est un rôle accru au commissaire
local, ce qui est super pour les gens qui
sont dans le réseau de la santé et
des services sociaux. Mais que peut
faire un commissaire local aux
plaintes, si on lui dit qu'il y a de la maltraitance financière qui est faite par le fils de la personne? Quel
est le pouvoir du commissaire local
aux plaintes de contacter le fils de la personne âgée pour lui dire d'arrêter
de faire ça? C'est quoi, ses moyens?
Donc, ici, on se rend compte que, vite, il atteint ses limites. Pour les gens
qui oeuvrent dans le réseau de la
santé, là c'est différent, et le commissaire devient peut-être une ressource de
proximité qui est intéressante, mais pour les autres situations qui n'ont pas trait aux soins de santé, c'est plus
difficile. On parlait des institutions financières. Je serais très
surprise qu'une institution financière qui constate une situation de
maltraitance ait le réflexe de contacter le commissaire local aux plaintes.
Donc,
c'est pour ça que je me dis qu'il faut avoir un organisme à la base qui est la
première ressource qu'on va contacter,
et par la suite, bien, peut-être que ce groupe-là pourra renvoyer à d'autres
endroits. Mais il faudrait avoir un lieu commun où on s'occupe de la maltraitance envers les personnes âgées, et
pas plein de petits réseaux, plein de petits canaux. Parce que là, commissaire local aux plaintes,
Commission des droits de la personne, Curateur public, on peut contacter
tout le monde. Est-ce que tout le monde se
parle? Est-ce que tout le monde partage les informations? Est-ce que ça se
pourrait, éventuellement, qu'il y ait une
plainte de maltraitance contre une personne déposée à ces trois endroits-là
puis qu'on ne sache pas, dans les
trois cas, qu'il y a des plaintes aux autres endroits? Donc, c'est pour ça
qu'on parle d'environnement global, d'harmonisation, de cohérence, pour
qu'on sache vraiment quelle est la façon d'intervenir dans les situations de
maltraitance.
Le Président
(M. Matte) : Je vous remercie. Je cède la parole au député de
Rimouski.
LeBel : Bonjour, vous trois. J'ai lu votre mémoire, puis la
présentation était très bien faite. Puis je vais continuer sur la même
question que mon collègue, prenons, exemple... vous avez parlé de la caissière
qui voit qu'il se passe quelque chose de pas
normal, tu sais. Effectivement, pour l'instant, le projet de loi ne touche pas
à ces personnes-là ou on ne semble
pas, comme vous le dites, on ne semble pas... On parle surtout des gens qui
sont dans le réseau, mais pas à ceux qui sont... Mais, mettons que le projet de loi ouvre et qu'on a un circuit
qui est plus clair, comme vous demandez. Si j'arrive maintenant au signalement obligatoire, la
caissière en question, est-ce qu'elle doit faire le signalement obligatoire?
Et, si elle ne le fait pas, est-ce qu'on
parle de sanctions? Comment on peut mettre en place l'idée du signalement
obligatoire si on ouvre à des cas comme ça?
Mme Champagne
(Katherine) : Bien, encore une fois, le signalement obligatoire ne
nous semble pas nécessairement la voie à
suivre. On préconise plutôt une incitation, une sensibilisation pour amener les
gens, volontairement, à d'abord
outiller la personne âgée, l'informer de ses droits, l'amener elle-même à
reconnaître la situation de maltraitance et aller chercher les ressources.
Il ne faut pas oublier que la personne âgée
continue d'être une personne autonome et qu'elle peut décider pour elle-même. Évidemment, si on parle d'une
personne inapte, peut-être qu'il y aurait lieu de faire certains
ajustements. Mais,
pour une personne qui est apte, mais qui est en situation de vulnérabilité...
la caissière d'une institution financière, par exemple, devrait d'abord l'accompagner et, si elle juge que la situation
nécessite vraiment un signalement, eh bien, là, elle pourrai