CAT — 20 August 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2014-08-20
Quebec — Committees
Dans le
passé, certaines municipalités ont pris des congés de cotisations. L'expérience
nous démontre que cette pratique
était imprudente. Dans le passé, des améliorations importantes et permanentes
ont été apportées aux régimes de retraite
et elles ont souvent été financées à même des surplus de nature temporaire.
L'expérience nous démontre que cette pratique aussi était imprudente.
Qui plus est,
le déficit de l'ensemble des régimes était, au 31 décembre dernier, de
3,9 milliards de dollars. Il est le résultat de plusieurs années de laisser-faire. Pourtant, au cours de
cette période, de nombreuses négociations se sont tenues librement sans jamais régler la question des
déficits passés. Sur ce point, il est incontestable que la libre négociation
n'a donné aucun résultat, si ce n'est
de pelleter en avant un problème dont on ne voulait pas parler. Ce temps est
maintenant révolu. Les contextes
économique et démographique actuels font en sorte que, si nous devions
connaître des perturbations semblables
à celles connues dans le passé, de nombreux régimes à prestations déterminées
s'effondreraient tout simplement, entraînant
dans leur sillon les rentes de base actuellement payées aux retraités et la
perspective de retraite des cotisants d'aujourd'hui.
C'est surtout pour cela qu'il faut aller de l'avant : pour la sécurité de
nos retraités, pour la retraite de nos travailleurs
et pour ne pas laisser à nos enfants un problème que nous refusons de voir et
de régler. Il y a ici une responsabilité sociale d'agir pour assurer la
santé financière des régimes et sauvegarder les retraites. Voici le pourquoi il
faut agir.
Maintenant,
comment allons-nous faire? La proposition déposée le 12 juin dernier par le
gouvernement prévoit que les régimes
doivent être restructurés et établit des objectifs précis concernant les coûts
et les déficits. Cette proposition aborde aussi l'indexation automatique
des régimes, les règles de modification et le financement des engagements supplémentaires. Le projet de loi prévoit doter
tous les régimes d'un fonds de stabilisation. Tous s'entendent pour dire
que nous vivrons
d'autres crises boursières et financières dont le moment et l'ampleur sont
impossibles à prédire. Le fonds de stabilisation a précisément pour but
de créer un coussin de protection des régimes dans ces cas.
Cela dit, le
projet de loi accorde une grande place et beaucoup de latitude aux parties pour
négocier et s'entendre sur les changements à apporter. L'embellie actuelle des
marchés est un moment propice pour entreprendre cette démarche puisque
l'effort requis n'en sera que moins grand.
gouvernement fixe une destination et laisse les parties libres de choisir le
chemin pour y arriver. Les négociations sont balisées dans le temps, et personne ne pourra laisser traîner les
choses. Qui dit négociation dit solution sur mesure. Pour les 172 régimes visés par la loi, il pourra y
avoir 172 solutions différentes. On est loin du mur-à-mur. L'objectif que
nous poursuivons est de permettre aux
parties de restructurer le régime et d'en assurer la viabilité à long terme
dans le respect de toutes les parties
impliquées : les retraités, les travailleurs, mais aussi les
contribuables. Voilà, M. le Président, pourquoi nous avons déposé le
projet de loi n° 3.
Nous
commençons aujourd'hui les consultations sur ce projet de loi. Le gouvernement
prend l'engagement, et je suis convaincu qu'il en va de même pour mes
collègues des autres formations politiques, d'écouter les propositions sérieuses qui nous seront faites en vue de
l'améliorer et ainsi rencontrer les objectifs incontournables que nous impose
la situation actuelle. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Auger) : Merci, M.
le ministre. J'invite le porte-parole de l'opposition officielle à faire ses
remarques préliminaires pour une durée maximale de 3 min 30 s.
Therrien : Merci,
M. le Président. Alors, j'en profite pour saluer les collègues, saluer les gens
du parti au pouvoir, le ministre et son équipe ainsi que mes collègues et les
collègues de la deuxième opposition.
Écoutez,
notre parti est conscient qu'il y a un problème au niveau de la pérennité des
régimes de retraite, que les régimes
à prestations déterminées doivent être favorisés et doivent être maintenus. On
a travaillé beaucoup en ce sens-là lorsqu'on était au gouvernement à
l'époque. Notre réflexion a abouti à un projet de loi en février dernier, le
projet de loi n° 79. On avait travaillé
très fort, on a eu, à travers ce projet de loi là, un équilibre. On avait aussi
obtenu un consensus qui faisait en
sorte qu'on mettait la table sereinement pour la négociation. On avait
confiance que la négociation viendrait à bout des régimes de retraite
qui avaient des problèmes de solvabilité.
Le projet de
loi qui est proposé par le ministre actuellement, c'est un projet de loi qui
est quand même assez loin du projet
qu'on avait déposé au départ. On se demande un peu pourquoi d'ailleurs. Ça a
amené beaucoup de tension, ça a amené, comme on l'a vu avant-hier, à des
débordements qui sont très malheureux et qu'on dénonce. Donc, on espère qu'il y aura un changement d'attitude du côté,
justement, des gens qui veulent défendre leur position, mais aussi changement
d'attitude du côté du gouvernement. Ce qu'on
a remarqué, c'est beaucoup d'intransigeance, beaucoup de rigidité, d'abord
avec le ministre qui a déposé ce projet de
loi, mais aussi avec le premier ministre qui a un peu mis en doute l'importance
de la commission pour amener une bonification.
Alors,
évidemment, nous, on espère la collaboration. On est ici pour collaborer.
Évidemment, une commission parlementaire,
ça va nous permettre de mieux comprendre les portées de ce projet de loi qui
est quand même très complexe. Et donc
on va être à l'écoute des gens qui viendront nous voir dans le respect, mais
aussi on va, nous, proposer, de notre côté,
là, des propositions pour justement amener une bonification pour que la
négociation soit davantage possible. Et, quand on parle de bonifier le projet de loi, là, bien, il y a, à quelques
endroits, des changements qu'on désirerait apporter et qu'on viendra expliquer, là, au fur et à mesure qu'on
entendra les gens à la commission et, par la suite, lors de l'étude détaillée.
Soyez assuré de notre pleine collaboration, M. le ministre.
Et donc, en
gros, le mur-à-mur est questionné de notre part, la rétroaction, de faire en
sorte de rouvrir des conventions
collectives, nous, ça nous pose problème dans une société comme la nôtre, où
les contrats doivent être respectés et
que tout le monde qui signe un contrat, tout le monde qui s'entend sainement,
sans entrave, dans un contrat, ces gens-là doivent faire en sorte de pouvoir penser que ces contrats-là sont
valides durant l'échéance, que... pouvoir porter ce contrat-là. Aussi, l'indexation des retraités pose problème,
et finalement, aussi, le problème du plafonnement, du 8 %. On en reviendra
plus tard.
Et donc je
vous salue tous et je vais être dans un élan positif pour, justement, qu'on
fasse en sorte de régler ce problème
qui est extrêmement délicat et de faire en sorte que les prestations
déterminées, ce régime qui est tant convoité, fasse en sorte non seulement de rester présent dans les moeurs des
municipalités, mais également de l'étendre, si on est capables, à
l'ensemble de la communauté, car c'est la meilleure protection appropriée.
Merci, M. le Président.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député. J'invite maintenant le
porte-parole du deuxième groupe d'opposition à faire ses remarques
préliminaires pour une durée maximale de 2 min 30 s.
Laframboise : Merci. Bonne commission, M. le Président. D'abord,
j'aimerais saluer le ministre et tous les députés, ses députés, qui l'accompagnent, de même que les députés de
Sanguinet et de Vachon, mon collègue de Beauce-Nord, qui a la chance de m'accompagner également, sans oublier M.
D'Amours qui a su... M. Alban D'Amours, vous avez su soulever l'ampleur du problème de la solvabilité des
régimes de retraite municipaux puis l'urgence d'agir. J'aimerais également remercier les 27 autres
intervenants, notamment les maires de Québec et de Montréal, ainsi que les groupes syndicaux qui viendront nous faire part de leur
point de vue d'ici mardi prochain. Par ailleurs, je tiens à remercier tous les groupes qui nous ont soumis des mémoires
mais qui ne viendront pas nous les présenter. Sachez que vos arguments seront pris en compte au même
titre que ceux des
intervenants qui sont présents aujourd'hui. Finalement, j'aimerais saluer
et remercier les fonctionnaires municipaux, les citoyens qui ont pris la peine
de nous écrire.
Cela m'amène à
réitérer notre message d'hier. Les récents dérapages, et plus particulièrement
les actes de vandalisme et l'intimidation
qui ont eu lieu lundi soir à l'hôtel de ville de Montréal, sont inacceptables
et inexcusables. Respirons par le
nez. Nous ne sommes qu'à l'étape des consultations, rien n'est encore scellé.
Nous saurons apporter les modifications nécessaires au texte de loi
proposé par le gouvernement, soyez-en assurés.
Le problème est réel.
Selon les prévisions de la Régie des rentes du Québec, le déficit cumulé net de
554 des 170 régimes s'établissait à
4,1 milliards au 31 décembre dernier. C'est impératif, on doit légiférer,
d'une part, pour assurer la pérennité
et la santé financière des régimes de retraite municipaux et, d'autre part, pour
que le fardeau fiscal des contribuables
ne s'alourdisse pas en raison de ces déficits structurels. Mais le cadre
législatif qui sera adopté devra favoriser la négociation et permettre
aux parties de parvenir à une solution adaptée à la réalité de leur régime de
retraite tout en accordant l'autonomie
nécessaire aux municipalités, notamment pour trancher lorsque les négociations
sont infructueuses.
Enfin,
je l'ai annoncé plus tôt aujourd'hui, mais je tiens à le redire devant vous
tous, les 125 députés de l'Assemblée nationale doivent prêcher par
l'exemple. La Coalition avenir Québec est en faveur d'une hausse de la
cotisation des députés à leur régime de
retraite sans discussion sur le salaire. On ne peut pas demander aux
fonctionnaires municipaux de faire
une chose et ne pas être prêts à le faire nous-mêmes. Notre parti déposera donc
un projet de loi visant à revoir les avantages
financiers consentis aux députés dès la rentrée parlementaire. J'enjoins le
gouvernement, au nom du principe d'équité, de le considérer quand le
temps viendra.
Finalement,
j'aimerais demander au ministre qu'il dépose au secrétariat de cette commission
les avis juridiques qui ont été produits à sa demande concernant le
projet de loi. Merci, M. le Président. Et, à tous mes collègues, encore une
fois, bonne commission.
Président (M. Auger) :
Merci, M. le député. Permettez-moi maintenant de souhaiter la
bienvenue à nos invités. Pour les
fins de l'enregistrement, je vous demande de bien vouloir vous présenter. Je vous
rappelle que vous disposez de 10
minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. La parole est à vous.
M. D'Amours
(Alban) : M. le Président, M. le ministre, mesdames et messieurs les
députés, je me présente, Alban D'Amours, président du comité d'experts sur le système
de retraite québécois. M. Bernard Morency, actuaire, m'accompagne à
titre de membre du comité et non comme membre de la haute
direction de la Caisse de dépôt et
placement du Québec. D'ailleurs, une lettre à cet effet est annexée à
notre rapport. M. Morency a siégé à
titre personnel et bénévolement,
comme tous les membres du comité, d'ailleurs.
Nous
sommes honorés d'avoir été invités à venir témoigner devant vous. Outre Bernard
et moi, notre comité était composé de
messieurs René Beaudry, Luc Gobdout, Claude Lamoureux, Maurice Marchon et
Martin Rochette. Tous les membres de notre comité supportent le contenu
de ce mémoire, à l'exception de René Beaudry qui doit s'abstenir de commenter
ce mémoire étant donné son implication dans des dossiers directement liés au
projet.
le Président, je sais que vous serez indulgent si je dépasse de quelques
petites minutes. Je vous en remercie à l'avance.
En introduction, nous
tenons à vous rappeler que notre mandat visait à incarner, dans le système de
retraite québécois, une vision globale de la
sécurité financière à la retraite. Nous avons rapidement réalisé qu'il fallait
innover pour pérenniser le système de retraite et adapter nos régimes
aux nouvelles réalités économiques et démographiques.
Notre
rapport, publié le 17 avril 2013, a entraîné un haut niveau d'acceptabilité
sociale entourant les constats et les recommandations
qu'il contenait. Le statu quo n'est pas une option, il y a urgence d'agir, et
un nouveau contrat social s'impose
pour renforcer la sécurité financière à la retraite de tous les travailleurs
québécois. La démarche que nous avons retenue
s'est appuyée sur trois valeurs, lesquelles ont piloté tous nos
arbitrages : la transparence, l'équité intergénérationnelle et la
responsabilisation. Ces mêmes valeurs sont au coeur du projet de loi n° 3.
Les recommandations
que nous avons soumises témoignent de notre conviction profonde que les régimes
à prestations déterminées sont les meilleurs pour assurer la sécurité
financière à la retraite. Elles témoignent également que des changements sont nécessaires pour assurer la survie et la
pérennité des régimes à prestations déterminées. Ces ajustements sont
nécessaires afin de préserver le plus important des droits acquis, celui de
bénéficier d'un régime de retraite à prestations déterminées.
tiens à souligner que notre mandat se limitait aux régimes à prestations
déterminées sous la surveillance de la Régie des rentes du Québec, dont
les régimes du secteur municipal. En toile de fond, nous pouvons dire à l'égard
de ceux-ci qu'ils présentent un enjeu majeur
de coût et d'équité. Nous aurions tous préféré que les marchés financiers
règlent ces enjeux pour nous.
Malheureusement, ce n'est pas arrivé, et les chances que cela arrive sont
minimes. De plus, comme le ratio des retraités versus les participants actifs
augmente, il est plus dispendieux en pourcentage du salaire de régler le
problème aujourd'hui qu'il y a 10 ou
20 ans et, par ailleurs, moins coûteux que dans 10 ou 20 ans. Il y a donc
urgence d'agir.
Une remontée des taux d'intérêt et une poursuite
de la bonne performance des marchés boursiers aideront, mais les causes sont trop profondes pour que le problème se règle de
lui-même. Si rien n'est fait, les cotisations requises par les employeurs et les taxes augmenteront. Nous
l'avons démontré dans notre rapport, le statu quo n'est pas une option.
y a plus de 150 régimes à prestations déterminées dans le secteur municipal.
Bien sûr, l'ampleur du problème et ses
conséquences sur le contribuable varient d'une ville à l'autre et parfois même
d'un régime à l'autre dans une même municipalité.
Toutefois, il y a plusieurs traits communs qui rendent ces régimes plus
généreux et coûteux que la moyenne des
régimes à prestations déterminées qui continuent d'exister dans le secteur
privé, notamment les conditions en cas de départ à la retraite avant 65 ans, que ce soit à 60 ans, 55 ans, et
parfois même plus tôt que cela, et, dans plusieurs cas, une certaine
forme d'indexation garantie.
La très
grande majorité de ces régimes ont fait l'objet de négociations collectives. Un
des principaux enjeux de les modifier est donc cette perception qu'ont
les gens qu'on leur enlève quelque chose qu'ils ont obtenu à la table de négociation et pour laquelle ils ont fait des
concessions. C'est vrai, mais en
partie seulement. En effet, dans la majorité
des cas, le coût des améliorations négociées
s'est avéré bien supérieur à celui prévu. Ce n'est pas la faute de personne.
C'est tout simplement un état de fait
principalement dû aux changements démographiques et économiques et aussi au
fait que, souvent, les hypothèses employées se sont avérées optimistes.
Premièrement,
les gens vivent de plus en plus vieux et, souvent, partent plus tôt à la
retraite. L'augmentation de la longévité
est une bonne chose, mais cela fait en sorte que les rentes doivent être payées
pendant de plus longues périodes. Ce fait est amplifié par les
généreuses conditions de retraite anticipée.
Deuxièmement,
les taux d'intérêt sont à un bas historique. Ça aussi, c'est une bonne chose.
Les Québécois qui s'achètent une
maison paient moins cher pour leur hypothèque. Les entreprises qui veulent investir
paient moins cher leur financement. Le service de la dette dans le
budget provincial est moins coûteux. Le revers de la médaille est que les rendements des régimes de retraite sont moindres
et qu'en conséquence ils s'avèrent plus coûteux que prévu. Il y a longtemps que
les Québécois ont compris ces nouvelles réalités économiques et
démographiques et ont ajusté leur comportement en conséquence. Le Québécois
moyen ne parle plus de liberté 55; il est en train de redéfinir sa retraite.
Par contre,
les régimes à prestations déterminées du secteur public, incluant ceux des municipalités, eux n'ont que peu évolués.
Ils doivent le faire. Ils doivent être revus afin de les adapter aux réalités
économiques et démographiques actuelles
et des 15, 20, 30 prochaines années. C'est sous cet angle qu'il faut réfléchir
et discuter. On ne peut pas demander aux Québécois de changer leur
vision de la retraite, d'épargner plus ou de retarder la retraite et, en même
temps, leur demander de financer des régimes de retraite à prestations
déterminées qui, eux, ne changent pas.
discussions doivent toutefois tenir compte d'une autre réalité, celle de la
diversité des régimes tant au niveau des
prestations que de leur situation financière et du processus de négociation. Le sujet est complexe, et le temps presse. La discussion se doit donc d'être encadrée et elle
doit se tenir avec une obligation de résultat. C'est ce que notre rapport
proposait et c'est aussi ce que le projet de loi propose.
Afin
d'appuyer cet énoncé, je rappelle que les recommandations de notre
rapport touchant la pérennité des régimes
à prestations déterminées sont regroupées sous trois grands volets :
la réalité financière — ce
volet traite des hypothèses et méthodes utilisées pour établir le coût
du régime ainsi que la gestion des risques, incluant les marges pour écart défavorable; la gouvernance et la gestion — ce
volet traite d'une plus grande flexibilité de la loi et notamment
du partage des coûts, incluant celui
associé aux déficits et de l'utilisation des surplus; enfin, la restructuration des
régimes — ce
volet traite de la révision des
prestations prévues par le régime lorsque nécessaire pour en assurer la
pérennité à un coût raisonnable. Je commenterai donc le projet de loi en
utilisant ce cadre de référence.
Nous
souscrivons à plusieurs prescriptions prévues dans le projet de loi, notamment l'encadrement des hypothèses actuarielles, le partage des coûts et la
suspension possible de l'indexation, parce
qu'elles vont dans la bonne direction
pour assainir la santé financière, se
rapprocher de la vérité des coûts et assurer la pérennité des régimes à prestations déterminées du secteur municipal. Nous souscrivons également
à l'idée d'encadrer les négociations afin d'éviter toute impasse, d'imposer
une obligation de résultat et de protéger l'équité intergénérationnelle.
Il est
correct que l'employeur ait un droit unilatéral de réduire certaines
prestations si rien ne bouge. Nous l'avons recommandé dans notre rapport. Cependant, ce droit doit être balisé afin de maintenir un
équilibre dans les négociations. À
vous de voir ce qui sera proposé à ce sujet lors de la commission parlementaire et de décider si des assouplissements au projet
de loi sont à propos.
Le projet de loi propose d'utiliser une nouvelle table de mortalité et un taux
d'actualisation maximale de 6 %,
avec une marge de 10 % dans le calcul
de la cotisation à l'exercice. Selon les données publiées par la Régie des
rentes du Québec, le taux
d'actualisation moyen utilisé par les 522 régimes qui ont soumis une évaluation
actuarielle en date du 31 décembre
2012 était d'approximativement 5,25 %, et plus de 85 % de ces régimes
ont utilisé un taux égal ou inférieur à 5,75 %. Un taux
d'actualisation de 6 % est donc clairement un taux maximum dans le
contexte actuel.
Par exemple,
une caisse de retraite qui investit 40 % en revenus fixes et 60 % en
actifs plus risqués peut s'attendre à
obtenir un rendement, net de frais, entre 5 % et 6 % sur les prochaines
10 années... 10 et 15 ans. Un taux d'actualisation maximale de 6 % représente donc le haut de la
fourchette. Dans le cas d'un régime qui déciderait d'utiliser le taux maximum,
on pourrait facilement exiger une marge de 15 % plutôt que de 10 %.
De plus, le
projet de loi limite cet encadrement à la première évaluation actuarielle. Il
serait souhaitable d'étendre cet
encadrement bien au-delà et de l'accompagner de recommandations quant à la
gestion des risques afin de sécuriser au
maximum les prestations prévues par le régime et d'éviter que la situation
actuelle ne se reproduise à nouveau à l'avenir.
En effet, le
plus grand risque d'un régime, c'est d'être incapable de respecter sa promesse
de rente. Il faut maximiser la
probabilité que la promesse soit respectée. Il faut gérer l'actif en fonction
du passif. Un passif, c'est la promesse; un actif, c'est le capital nécessaire pour respecter la promesse. Il faut
revoir cette pratique qui vise à financer des régimes en escomptant des rendements qui risquent de ne
pas se réaliser, et cela, sans tenir compte du passif et de sa composition.
Pensons aux retraités. On ne peut donc
concevoir une gestion saine et prudente des risques sans la présence de réserves suffisantes, la fameuse provision pour écarts défavorables.
Elles sont les seules, d'ailleurs, ces provisions, à permettre l'usage d'un
taux d'actualisation comportant plus de risques.
Le projet de loi propose un partage 50-50 des
coûts pour services futurs avec...
Président (M. Auger) : S'il vous plaît! M. D'Amours, juste un instant, s'il
vous plaît! Est-ce qu'il y a consentement pour avoir un
délai supplémentaire? Consentement? Consentement. Et on prend le temps à quel
endroit?
Le Président (M. Auger) : Merci. M.
D'Amours, si vous voulez continuer. Merci.
D'Amours (Alban) : Le projet de loi propose un partage 50-50 pour les services futurs avec un maximum
de 18 %, 20 % pour les policiers et pompiers pour la cotisation
d'exercice. Le partage des coûts est aussi un élément essentiel que nous
avions également recommandé.
combinaison du partage des coûts et du maximum de 10 % forcera les parties
à s'entendre sur les meilleures façons
d'adapter leur régime aux conditions économiques et démographiques actuelles et
futures. Il est bon de noter que, malgré
l'ajout de telles restrictions, les employés municipaux continueront à
bénéficier de conditions plus avantageuses que celles dont bénéficient
la majorité des Québécois, qu'ils aient ou non un régime collectif
d'épargne-retraite.
Le projet de
loi n° 3 impose également un partage 50-50 des déficits eu égard aux
services futurs. Le partage de ces
déficits devrait inciter les parties à mieux gérer les risques. Il demande
toutefois des précisions dans ses modalités d'application.
Le projet de loi stipule également les prestations qui peuvent ou doivent être
modifiées tant pour les services futurs que les services passés. Nous traiterons séparément les services futurs
et services passés. Pour le futur, une indexation conditionnelle à la capacité de payer du régime
est une bonne chose; elle doit être non
seulement permise, mais même encouragée. Pour le passé, le projet de loi traite séparément les participants actifs et les retraités, ce qui est parfaitement justifié. Il est toutefois
important que, lors de négociations, les deux soient traités de façon
équitable.
Pour les
retraités, le projet de loi donne le droit à l'employeur de suspendre
l'indexation des rentes sans égard à la
situation financière du régime. Étant donné la grande
diversité des régimes qui existent et les circonstances particulières de chacun, nous croyons que ce droit devrait être
fonction de la situation financière du régime. De plus,
ce droit devrait être restauré si la situation financière s'améliore
au-delà de la pleine capitalisation, incluant la PED.
Pour les
participants actifs, le même principe de balisage selon la situation financière
pourrait s'appliquer. Il est toutefois
important de bien identifier quels avantages peuvent ou non être revus. Nous
pensons ici à l'indexation avant et
après la retraite, la subvention pour retraite anticipée, et le supplément
d'appoint, et la subvention pour la rente de conjoint survivant. En somme, il faut protéger la rente de
base et limiter la restructuration aux prestations accessoires. Enfin, la
restructuration des régimes ne devrait être obligatoire que si la situation
financière du régime l'exige.
En conclusion, le projet de loi favorisant la santé financière et la pérennité
des régimes de retraite à prestations déterminées
du secteur municipal souscrit à la logique de notre rapport. Il est muet cependant
à l'égard de certaines autres recommandations de notre rapport qui mériteraient d'être prises en considération, notamment
celles traitant de la gestion des
risques comme l'obligation pour tous les régimes d'adopter des politiques
de financement, de placement et de prestations. C'est correct dans la mesure
où ces autres aspects sont couverts
lors de l'amendement à la
Loi sur les régimes complémentaires de retraite dans un court laps de temps. Plusieurs
des changements auxquels nous référons ici ne sont pas controversés et
seront utiles lors des négociations. Je pense, entre autres, à la possibilité
de séparer les caisses de retraite entre les retraités
actuels, d'une part, et les participants actuels et les retraités
futurs, d'autre part, et de permettre les achats de rentes en
cours d'existence du régime. À vous de voir si vous voulez les inclure ou non
dans la version finale du projet.
En outre,
nous pensons que la
Loi sur les régimes complémentaires de retraite devrait
permettre de réduire les subventions à la rente de conjoint survivant pour les
services passés et futurs et interdire, pour les services futurs, d'offrir
des bénéfices de retraite anticipée subventionnés à des participants âgés de
moins de 55 ans.
Je ne connais
pas les intentions du gouvernement pour les autres régimes du secteur public, tels
ceux des universités. Il sera
toutefois important d'être cohérent.
Enfin, nous
désirons rappeler que les embellies financières sont cycliques et que les
rendements qu'elles procurent
ne sont pas le reflet de la performance que connaissent les marchés financiers
sur une longue période.
La pérennité
des régimes à prestations déterminées signifie qu'ils survivront aux prochaines
crises financières, que leurs promesses seront respectées, qu'ils seront
abordables et qu'ils ne seront pas remplacés par des régimes à cotisations
déterminées.
Finalement,
certains vous diront que ceci ne règle en rien le manque d'épargne en vue de la
retraite chez plusieurs Québécois. C'est vrai, mais cela est un tout autre
enjeu. Nous l'avons abordé dans notre rapport en proposant deux mesures :
l'adoption des RVER et la rente longévité. Nous vous remercions de votre
attention et de votre indulgence et nous sommes prêts à répondre à vos
questions.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup pour votre présentation.
J'aurais besoin d'un autre consentement, parce que, ce matin, on était censés terminer nos travaux à
12 h 42. On a eu un léger retard, donc je demande le consentement
pour aller au-delà de l'heure prévue. Est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Président (M. Auger) : Consentement. Merci beaucoup.
Nous allons maintenant
débuter la période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous pour une
durée d'environ 22 minutes.
Moreau : Merci, M. le Président. Bienvenue, M. D'Amours; bienvenue, M. Morency.
Merci de vous déplacer pour les
travaux de la commission. Je
pense que, de toute façon, votre passage est incontournable. Vous avez travaillé très fort pour préparer un rapport qui, vous
l'avez dit dans vos remarques, a fait l'objet d'une large approbation d'ailleurs au niveau des partis politiques ici, à l'Assemblée nationale, mais beaucoup plus largement à l'extérieur des murs. Il y a certains
éléments — on
a une vingtaine de minutes — deux
ou trois éléments sur lesquels je vous demanderais d'interagir et peut-être
de préciser.
Premièrement, le député de Blainville le mentionnait, je pense que ça émane aussi de
la proposition gouvernementale, nous
sommes convaincus de la nécessité de l'urgence d'agir. Cette urgence d'agir est
remise en question dans le débat public de façon correcte, là. Il y en a qui disent :
Non, vous allez trop vite. Vous êtes favorable à une action immédiate. Pour quelle raison
y a-t-il urgence d'agir?
M. D'Amours (Alban) : Bien, si nous n'agissons pas maintenant, le problème va devenir encore plus difficile à solutionner dans l'avenir. Alors, nous
avons l'expérience du passé, hein? Dans les années 2000-2005, on anticipait
ces problèmes, on a négocié et, au lieu, à l'époque, de trouver
des solutions durables, par exemple, on a exclu les municipalités de la règle de
la solvabilité. On n'a pas aidé à la solution du problème, on a amplifié les
risques de ces régimes et, avec la
crise de 2008 et finalement l'effondrement des marchés, nous avons hérité de
la situation actuelle. Et il ne faut pas attendre la prochaine crise financière pour assurer la pérennité de nos
régimes; il sera trop tard parce qu'ils se transformeront tous en régimes à cotisation déterminée et entraîneront
la réduction de la sécurité financière des travailleurs québécois qui en
profitent.
Moreau : Vous avez largement, dans votre rapport et encore ce
matin, indiqué, je dirais, votre côté favorable pour les régimes à prestations déterminées, puisqu'ils représentent une
sécurité et une prévisibilité en vertu de la retraite. Donc, le risque de ne pas agir serait de perdre
ces régimes-là, de les voir se transformer en régimes à cotisation déterminée
et, dans certains cas, j'imagine, aussi de
les voir totalement s'effondrer, ce qui mettrait en péril la capacité du régime
à payer la rente. Exact?
M. D'Amours
(Alban) : Absolument.
M. Moreau :
Maintenant, à l'égard des gains obtenus, vous l'avez mentionné dans votre
rapport, vous l'avez mentionné aussi dans
les remarques que vous nous avez lues, vous dites... et on va parler des choses
telles qu'elles sont sur la place
publique, certains disent : Il y a eu des ententes qui ont été négociées
de bonne foi, ça équivaut à renier les signatures
qui ont été obtenues. Vous faites une grande nuance à ça. Vous dites que c'est
vrai, mais que ce n'est vrai qu'en partie,
dans la mesure où les gains obtenus ont été, dans bien des cas et dans la
majorité des cas, plus importants que ce qui avait été négocié ou anticipé au
départ. En réalité, donc, ce que vous dites, c'est que le consentement des
parties à consentir un gain était
fait sur des éléments qui étaient moindres et qui avaient moins de coûts pour
les régimes. J'aimerais que vous développiez là-dessus.
M. D'Amours (Alban) : Bien, bien sûr, compte tenu de la démographie qui a évolué puis de la
situation économique, on a constaté
que les coûts de ces améliorations ont été nettement supérieurs à ceux que nous
avions prévus. Ça, ça a été fait de
bonne foi. Il n'y a pas de coupable là-dedans. Mais maintenant on le constate
et on dit qu'on va mettre en péril nos
régimes. Alors, qu'est-ce qu'il faut protéger, c'est l'intérêt général du
régime ou bien non protéger certains droits
acquis que l'on sait, bon, creuser les déficits davantage éventuellement avec
des retours financiers comme on a déjà connu?
Alors donc, il faut absolument que nous progressions dans ce sens-là, et il est
temps de le revoir, et s'asseoir, et, en toute sérénité, discuter de l'avenir. Et, bien sûr, le principe... la
valeur d'équité intergénérationnelle doit nous piloter dans tous ces
exercices.
Moreau : Sur la question de l'équité intergénérationnelle, vous
avez fait une large part de votre rapport et de l'intervention que vous avez faite ce matin au traitement des retraités.
Moi, je veux bien saisir votre opinion là-dessus. Vous dites : Il est correct, et l'alignement
du projet de loi n° 3 sur le traitement des retraités est enligné
correctement dans la mesure où on
sépare les retraités des cotisants actifs. Maintenant, vous dites : La
suspension de l'indexation. Les chiffres que j'ai sont les suivants : compte tenu de la totalité des régimes
visés par le projet de loi, on me dit que la suspension de l'indexation des rentes, de l'indexation des
rentes des retraités, n'aurait aucun effet
chez 85 % d'entre eux parce
qu'il n'y a que 15 % des régimes
qui prévoient une indexation automatique. La plupart des régimes ne prévoient
pas d'indexation. Donc, pour
85 % des retraités, là, la question de la suspension, ça n'a aucune
incidence. Mais, sur la suspension, sur le 15 %, là, qui pourrait subir une suspension temporaire
de l'indexation, vous dites : Il faut faire attention et ne pas le traiter également... il faudrait avoir une
différenciation selon la santé financière du régime. Ma question porte donc sur
la santé financière du régime.
entend toutes sortes de chiffres, il y en a qui disent : 85 % de
capitalisation, c'est un régime qui est en santé. Pourtant, dans votre rapport, vous dites : On
doit avoir un fonds de stabilisation qui équivaut à peu près à 20 % de
plus qu'une capitalisation totale. Donc, c'est 120 % en chiffres
réels. Si mon régime est à 85 %, il y a encore un déficit de 35 % par
rapport à la marge de sécurité que je souhaite obtenir.
Qu'est-ce
que c'est, un régime en santé? Est-ce qu'à 85 %, avec un déficit qui,
compte tenu d'un fonds de stabilisation à
20 %, serait de 35 %, on peut dire que c'est un régime en santé ou
si, là, on doit le considérer également?
M. D'Amours (Alban) : Un régime en santé, c'est un régime qui a une capitalisation de
100 %. Mais il faut bien se
rendre compte ici que les régimes municipaux, là, ils ne sont pas soumis à la
règle de la solvabilité. Si on disait : Un régime en solvabilité est à 85 % et qu'on devrait être tolérants à
85 %, 90 %, bien là on pourrait se rendre à cet argument. Mais, lorsqu'il s'agit de la capitalisation qui
est en mode continu, si on décide finalement d'accepter qu'à 85 % le
régime est en santé, ça veut dire
qu'il y a encore 15 % de déficit. Et qui va payer les déficits? C'est un
transfert intergénérationnel. Et
donc, encore une fois, si on veut arbitrer tout ça avec une recherche de
l'équité intergénérationnelle, on doit définir un régime en santé
lorsqu'il est pleinement capitalisé.
Moreau : Donc, à 100 %. Et la raison pour laquelle, là...
Pour que les gens qui nous écoutent suivent bien nos discussions, vous dites : Bon, les régimes
municipaux ne sont pas soumis au test de solvabilité parce que la municipalité,
elle est pérenne, elle va durer tout le
temps, elle n'est pas... la stabilité de l'institution est là, sauf que,
lorsque je parle de la stabilité de
l'institution, je parle aussi de l'imposition qui est faite sur les
contribuables et, bien que les régimes municipaux ne soient pas soumis au test de solvabilité, j'ai
un équilibre à respecter entre les contribuables qui, ultimement, sont ceux
qui fournissent les sommes pour que les municipalités puissent payer. C'est
exact?
M. D'Amours
(Alban) : ...
Moreau : O.K. Maintenant, donc, vous dites : Un régime en
santé, pour vous, c'est un régime qui est pleinement capitalisé, à 100 %. Un régime qui n'est pas
pleinement capitalisé à 100 %, là, vous dites : On pourrait, dans ce
cas-là, si je suis votre
raisonnement... Je ne veux pas vous mettre les mots dans la bouche, je vous
pose la question; si vous êtes en
désaccord avec la proposition, vous me le dites. Donc, un régime qui ne serait
pas capitalisé à 100 % pourrait, dans le cas des retraités où le régime prévoit une indexation automatique,
voir à la suspension temporaire de cette indexation jusqu'à ce que la capitalisation arrive à
100 % et, à ce moment-là, de façon prioritaire, rétablir l'indexation des
pensions des retraités. Est-ce exact?
M. D'Amours
(Alban) : ...ainsi à, bien sûr, introduire un peu plus de souplesse.
Bernard, est-ce que tu as un commentaire à ça?
Morency (Bernard) : Bien, je pense, M. le ministre, sur la théorie de
suspendre l'indexation temporairement, dans
notre rapport, ce qu'on avait dit, c'est que ça devrait être une solution de
dernier recours. Ce qui devrait se faire, c'est... D'abord, on le regarde, c'est quoi, le constat.
Est-ce qu'on est à 85 %, à 88 %, à 100 %, à 102 %? Et ce
qu'on suggérait fortement ici, c'est
que : un, on prend état de ce constat-là; deux, on regarde la situation
des retraités séparément de celle des employés
actifs, qui est un principe d'ailleurs qui se retrouve dans le projet de loi
n° 3; et, après ça, les parties conviennent d'une façon d'adresser la question des retraités. Dans le cas des
retraités, il nous semblait impératif de protéger la rente qui existe au moment
où on a la discussion. Donc, il n'est pas question de revoir le montant de
rente qui est versé aux retraités.
seule option que les parties devraient se donner, c'est de dire : Est-ce
qu'il y a lieu, dépendant de la situation, de suspendre l'augmentation
de cette rente-là pendant un certain nombre d'années, le temps qu'on recouvre
la santé financière? Donc, on pense que cet esprit-là est celui qui devrait animer ces
discussions-là, et, si nécessaire, à ce moment-là, ça peut amener les
parties à faire ça.
Moreau : Si vous
savez que le projet de loi, tel qu'il est rédigé à l'heure actuelle — puis
je répète qu'on est ouverts à la
discussion — le
projet de loi garantit la rente de base et dit : Vous n'avez pas le droit
de toucher à ça dans la restructuration
du régime, donc c'est une bonne nouvelle pour les retraités, en disant :
Ma rente de base, elle, elle n'est pas touchée, celle sur laquelle je
calcule mon niveau de vie à la retraite, parce qu'avec les formules
d'indexation qui existent, là, bien malin serait celui qui pourrait dire à 25
ans : Voici quelle sera l'indexation que je toucherai pour les cinq premières années de ma retraite. C'est
impensable et c'est impossible à prévoir. Donc, on parle toujours de
l'indexation pour 15 %. Vous me dites : Il faut tenir compte
de la situation. Les chiffres pour Montréal : 1,6 milliard de déficit
globalement sur les sept régimes,
1 milliard attribuable aux coûts de l'indexation, dont 470 millions
attribuables aux retraités. Comment est-ce
que je traite ce problème-là avec les chiffres que la Régie des rentes a à
l'égard des régimes de Montréal? Est-ce que je comprends que votre
raisonnement, c'est de dire : Isolez le 470 millions, parce que
celui-là, c'est l'indexation attribuable à
l'indexation des retraites, et traitez le solde avec les participants actifs?
Est-ce que c'est comme ça que vous m'alignez le problème?
M. Morency
(Bernard) : C'est le principe qui avait été proposé dans notre rapport
et qui a été retenu dans le projet de loi,
de séparer les deux enjeux. L'autre élément, c'est : Quelle est la
situation financière du régime dans son entier? Dans le projet de loi, on dit : On commence par établir cette
situation financière là puis ensuite on alloue ce déficit ou ce surplus-là s'il y en avait un. Donc, oui, c'est la
logique qui prévaudrait. Je n'ai pas les chiffres aussi précis que vous pour
la ville de Montréal, bien sûr.
M. Moreau : Ça va. Maintenant, cette façon de voir les
choses, on l'applique régime par régime. Donc, on tient compte de la situation de chacune des situations
existantes : Le régime prévoit-il une indexation ou il n'en prévoit pas?
Là, on n'est pas dans du mur-à-mur, on est dans du sur-mesure. C'est ce qu'on
prévoit dans le projet de loi.
pousse plus loin le raisonnement. Dans ce contexte-là, à partir du moment où je
suspends l'indexation, là aussi, il
n'y a pas de mur-à-mur, parce que, si j'ai un régime qui est plus capitalisé
qu'un autre, le retour à la santé financière devrait normalement être
plus rapide, et le rétablissement de l'indexation, plus rapide. Alors, je tiens
compte de la situation de chaque régime. C'est exact?
M. D'Amours (Alban) : C'est une
façon de le concevoir.
M. Moreau : Et encore une fois, là, on ne peut pas dire qu'on
adopte une situation qui est mur à mur, mais on adapte une situation à la réalité des 15 % des régimes qui prévoient une indexation automatique. C'est
exact? Alors, la réalité, dans le
fond, puis je pense que c'est ça et je suis très heureux que... Puis il va y
avoir d'autres points de vue qui vont
être entendus durant la commission, mais je pense qu'on a un exercice pédagogique
à faire ce matin. Il y a un réflexe, là,
qui dit : Ah! ça, c'est du mur-à-mur puis c'est trop large. Quand on
l'examine, la réalité des choses n'est pas celle-là, c'est-à-dire qu'on adapte des principes à la
réalité particulière de chaque régime. Et déjà je pense que, parmi les
retraités qui nous écoutent, il y en
a qui, pour la première fois, entendent que, pour 85 % d'entre eux, le
projet de loi n'aura aucun impact. Est-ce que vous confirmez ce fait?
M. D'Amours (Alban) : En effet, et
nous adhérons à cette façon de voir.
M. Moreau :
Parfait. Maintenant, sur les hypothèses actuarielles, vous avez dit :
C'est important de partir d'hypothèses
actuarielles qui sont les mêmes pour juger de l'ensemble de la situation. Pour
quelle raison est-ce qu'on doit... Quelle est l'importance des
hypothèses actuarielles dans le contexte du problème auquel on a à faire face?
M. D'Amours (Alban) : ...les bons
conseils de mon actuaire.
Des voix : Ha, ha, ha!
M. Morency
(Bernard) : Écoutez, ce qui est important, c'est d'encadrer le
processus. Je ne pense pas qu'ici on puisse
dire que les hypothèses actuarielles doivent être identiques pour chacun des
régimes, parce qu'elles doivent être adaptées
selon la démographie du régime, selon la capacité des gens à assumer des
risques, selon les prestations qui sont prévues, mais ce qui est
important, c'est d'encadrer le processus.
Malheureusement,
la science actuarielle, ce n'est pas une science précise. On doit poser un
paquet d'hypothèses sur de très
longues périodes, et donc ce qui est retenu ici, c'est l'importance d'encadrer
ce processus-là de façon à permettre aux
parties, à l'intérieur d'une fourchette qui est acceptable, de prendre la
décision qui leur convient à eux pour l'établissement
de leurs hypothèses. Donc, c'est un élément
essentiel de l'encadrement qu'on veut se donner. Le projet de
loi, il va, d'une certaine façon, en
suggérant une table de mortalité, en suggérant un taux d'escompte qui peut
varier mais qui devrait être un
maximum de 6 %... Ça ne veut pas
dire qu'il faut utiliser 6 %. L'actuaire pourrait décider que, dans ses circonstances à lui, il veut utiliser
5,8 %, mais le projet encadre ça, et je pense que c'est un élément
important de l'encadrement qui doit être donné aux parties.
D'Amours (Alban) : Dans
notre rapport, nous avions proposé la capitalisation améliorée en prescrivant
un taux maximum pour actualiser le
capital nécessaire pour les retraités et les futurs retraités, et c'est une
approche qui a des similitudes. Vous
avez choisi d'aller vers celle que nous vous proposons... que vous proposez, et
il y a une certaine forme d'équivalence.
M. Moreau : Et donc vous
n'avez pas de commentaire négatif, mais vous dites...
D'Amours (Alban) : Bien, le
commentaire principal, celui que j'ai fait, M. le ministre, est : Il ne
faudrait pas encadrer ça simplement
pour l'évaluation actuarielle au 31 décembre 2013. Il faudrait que cet
encadrement-là soit aussi pour le
futur, sinon on risque de connaître ce qu'on a connu dans le passé. Il faut se
donner les moyens de mieux gérer les risques de nos régimes pour
maximiser la probabilité que les rentes seront payées.
M. Moreau :
Alors, vous dites : L'encadrement qui est prévu par la loi, il est correct,
mais il doit être étendu aux autres cycles...
M. D'Amours (Alban) : Absolument.
M. Moreau :
...d'évaluation actuarielle des régimes, sachant que ces cycles d'évaluation
sont une fois tous les trois ans.
C'est exact? Et vous dites : Donc, à tous les trois ans, l'encadrement
devrait valoir de façon continue pour l'avenir. C'est ce que vous dites?
D'Amours (Alban) : Oui, et
j'estime que la Régie des rentes a un rôle à jouer dans ce contexte. Elle doit
avoir... elle devrait avoir le pouvoir dans la loi d'établir cet
encadrement et de fixer des taux maximums.
M. Moreau : O.K.
Dans le rapport que vous avez produit aussi — je vous amène sur un autre élément — on a dit : Le projet de loi protège la rente de base des retraités, donc
ça devrait être de nature à apaiser les inquiétudes qu'il pourrait y avoir. Elle ne touche pas même à la
question d'indexation. Pour 85 % d'entre eux, ils sont totalement exclus
de toute application de la loi. On parle
aussi de la rente du conjoint survivant. Là, j'ai entendu, autant, je pense,
dans les discours syndicaux que chez
les municipalités, un questionnement autour de la protection de la rente du
conjoint survivant en disant :
Bien, dans le passé, pour les retraités, dans le Québec traditionnel d'il y a
plusieurs années, le conjoint n'avait pas
de source de revenus autonomes, et donc la rente du conjoint survivant était un
filet de protection sociale très important. Cette réalité-là, dans le Québec moderne, est moins présente. Quels sont
les commentaires ou les recommandations que vous aurez à faire à la
commission parlementaire sur la protection de la rente du conjoint survivant?
M. D'Amours (Alban) : Bien, nous avons recommandé de la considérer comme un bénéfice
accessoire. Et, dans l'exercice qui
veut... qui poursuit à l'assainissement de la santé financière d'un régime,
bien on suggère de s'accrocher à
l'essentiel. Quel est l'essentiel d'un régime de retraite? C'est que la
personne puisse, en toute assurance, toucher son chèque de rente au moment où elle prend sa retraite, et préférablement
le plus tardivement possible. Ça, ça confirme la probabilité que la rente sera payée. Ça, c'est l'essentiel. L'indexation
est un bénéfice, entre guillemets, accessoire mais auquel on aspire tous, mais dans une condition
financière qui le rend possible, sinon on doit revenir à l'essentiel, qui est
le chèque. Donc, tout accessoire peut
être négocié et... que ces bénéfices puissent être restaurés — c'est l'esprit de notre rapport — progressivement lorsque le régime sera à bon
niveau, et on aura pleinement capitalisé le régime, et les réserves
seront suffisantes pour restaurer ces bénéfices.
Moreau : Je reformule ce que vous venez de dire. Vous
dites : La rente de base, c'est intouchable, le reste, c'est
accessoire, et certains des éléments accessoires sont plus importants que
d'autres. L'indexation doit être établie prioritairement,
mais tous les accessoires peuvent faire l'objet d'une discussion, y compris la
rente du conjoint survivant. C'est l'opinion que vous exprimez?
M. D'Amours
(Alban) : Oui.
Morency (Bernard) : J'aimerais apporter une petite précision ici, là,
pour être bien certain de ce qu'on veut dire quand on mentionne ça, M. le ministre. Les gens qui sont déjà à la retraite, le
conjoint qui déjà reçoit une rente, le conjoint d'un retraité qui est déjà
à la retraite, ça, ce qu'on dit, c'est que ça ne devrait pas être touché.
M. D'Amours
(Alban) : C'est sûr.
M. Moreau :
Les rentes versées, les rentes de conjoint survivant versées, on ne touche pas
à ça.
M. Morency
(Bernard) : C'est ça, et y incluant le conjoint d'un retraité. Le
retraité, son conjoint, lorsque le conjoint... lorsque le retraité décédera, le
conjoint aura droit à quelque chose. Il n'est pas question de toucher à ça.
M. Moreau :
Alors, une clause grand-père pour ces deux éléments accessoires.
M. Morency
(Bernard) : C'est ça. Ça fait que ça, c'est important.
M. Morency (Bernard) :
Le deuxième élément... Il faut faire attention ici. Ce qu'on a mentionné, c'est
la subvention pour la rente au conjoint, pas la rente elle-même. La rente
elle-même, c'est une clause très importante des régimes de retraite. C'est une protection très importante d'avoir une
rente au conjoint. L'élément ici, c'est : Est-ce que cette protection-là est subventionnée? Et un des
éléments qu'on veut faire voir, c'est que, dans le regard des choses, dans
l'examen qu'on peut vouloir faire pour
adresser le déficit de 4 milliards dont vous avez tous parlé dans vos
notes préalables, un des éléments,
c'est cette subvention-là qui pourrait être reconsidérée, donc pas la rente
elle-même, mais la subvention qui est accordée pour financer la rente.
Ça fait que c'est une...
M. Moreau :
M. Morency, M. D'Amours, merci beaucoup.
Le Président (M.
Auger) : ...temps que nous avions. Je cède maintenant la parole au
député de Sanguinet, porte-parole de l'opposition officielle. La parole est à
vous.
Therrien : Merci, M. le Président. Je vous salue. Merci
d'être présents à cette commission. Écoutez, bon, j'ai quelques
questions par rapport à la présentation que vous avez faite.
D'abord, juste au départ,
parce que vous avez un peu parlé du ratio retraités-employés quand vient le
temps d'évaluer la santé, là, d'un régime de retraite... Puis vous en parlez à
la page 2, là, vous dites : «...comme le ratio des retraités vs les
participants actifs augmente, il est plus dispendieux...»
J'aimerais
vous entendre parce que, c'est sûr que, quand tu as un régime avec financement
par répartition... Je vois l'importance,
c'est très important, mais parlez-moi un peu de l'influence de ce ratio-là
quand on parle de la capitalisation d'un régime comme le régime à
prestations déterminées.
D'Amours (Alban) : Bien,
lorsque la... C'est la maturité d'un régime. Lorsqu'il y a plus de
retraités qu'il y a de participants
actifs, bien sûr que le coût qu'entraîne le financement du régime augmente pour
les participants, pour la cotisation
d'exercice. Il est évident qu'il faut avoir en tête cette situation
démographique qui est de plus en plus lourde à soutenir, et donc il faut revoir notre financement, et il y a différentes
façons : élever la cotisation ou revoir les bénéfices. Il n'y a pas
d'autre solution possible.
Therrien : Et donc
ça, ça touche le taux de capitalisation d'un régime de retraite.
M. D'Amours (Alban) : Bien oui!
C'est le financement...
M. Morency
(Bernard) : Oui, bien sûr. En fait, ce ratio-là, M. le député, il a
deux impacts très importants. Le premier,
c'est celui dont vous parlez et sur lequel Alban élabore, c'est que, lorsqu'on
exprime le coût d'un régime de retraite, on l'exprime toujours en pourcentage de la masse salariale. Donc, bien
sûr, plus on a de retraités qui ne sont pas dans la masse salariale, plus le coût va être élevé en
pourcentage de la masse salariale. Donc, cette progression-là qu'il y a eu dans
le ratio... Donc, d'entrée de jeu, on disait...
la régie disait que c'était 17 pour un, puis là c'est rendu trois pour un, puis
ça s'en va à peut-être deux pour un ou
un et demi pour un. Ça a un impact direct sur le coût lorsqu'il est exprimé en pourcentage. Mais le deuxième, qui est aussi
excessivement important, c'est la capacité du régime et des parties à prendre
du risque. La situation de 2008, pour la
personne qui a 40 ans, bien, il a 20 ou 25 ans pour se refaire. Pour
la personne qui en a 64, qui était
pour prendre sa retraite le 1er janvier 2009, là, c'est pas mal plus
tragique, là. Donc, quand on a un régime
qui a beaucoup plus de retraités, ça a un impact sur la capacité du régime à
vivre avec cette volatilité-là. C'est un élément très important. C'est un élément très important de l'urgence
d'agir parce que ça, là, la démographie, c'est assez prévisible. Nous tous, là, dans 10 ans, on va
être 10 ans plus vieux ou on va être morts. Je veux dire, il n'y a pas
d'autre option. Donc, c'est quelque
chose qui est assez facile à prévoir et qui doit être pris en compte dans la
gestion des risques des régimes.
Therrien : À ce
moment-là, je vous amène à la page 5, quand on parle de la restructuration
des régimes : «Enfin, la
restructuration des régimes ne devrait être obligatoire que si la situation
financière du régime l'exige.» Donc, vous
parlez de la solvabilité qui s'applique dans le privé, là, parce qu'il y a
possibilité que l'entreprise, là, ferme ses portes.
On avait
discuté, là, de la règle de solvabilité quand on parlait des municipalités, que ça devenait plus difficile d'être sévère à ce niveau-là. Et donc la question
qui était posée par M. le ministre, c'était : Bon, à 85 %, c'est-u
bon? À 90 %? Là, ce que vous me
dites... Puis c'était ça, le but de ma question, là, c'est de savoir comment on
pouvait évaluer si un régime doit
être inclus dans ce projet de loi là. J'imagine, s'il doit être inclus, c'est
parce que sa santé, sa pérennité est
en danger. Alors donc, à ce moment-là, comment vous évaluez, à partir de paramètres
comme celui-là, là, entre autres, là, du
ratio employés-retraités, mais aussi par rapport à la capitalisation du... du
pourcentage de capitalisation? Comment vous pourriez dire : Ce
régime-là, il n'est pas en danger, on peut le laisser tranquille? Est-ce que
vous avez pensé à établir des paramètres
comme ça quand vous avez écrit ça? Là, vous dites : «...la
restructuration des régimes ne [peut pas] être obligatoire que si la situation financière du régime l'exige.»
C'est quoi, vos paramètres d'analyse, à ce moment-là, pour évaluer ça?
M. D'Amours (Alban) : Cette
précision que nous apportons, bien sûr, c'est dans le cadre de la recherche de balises et puis pour rassurer tout le monde, dans
le sens où l'employeur n'irait pas abolir, suspendre l'indexation de tout
le monde, alors que son régime est en santé,
en disant : Bon, bien, ça peut me coûter moins cher et... Donc, c'est une
balise que l'on souhaite que le
projet de loi confirme clairement. Et, dans ce contexte-là, il m'apparaît que
c'est tout à fait sain. Dans un
contexte d'équité intergénérationnelle, c'est tout à fait sain de penser de
cette manière-là. Et la démographie, hein,
la longévité fait en sorte que le problème, aujourd'hui, il est moins grave que
celui de demain. Alors, si nous n'agissons pas maintenant, bien, le coût de ne rien faire va être considérable. Et
qui va payer? Ce n'est pas celui qui sera responsable, c'est le citoyen,
hein?
M. Morency
(Bernard) : Juste un point. Vous mentionnez «solvabilité». On ne parle
pas de solvabilité ici, on parle de
la capitalisation sur une base en continu. C'est vraiment important d'apporter
cette précision-là. Et comment elle est déterminée? Elle est déterminée justement avec l'encadrement dont on
parlait il y a quelques minutes. Le projet de loi dit : Voici la façon d'encadrer la détermination de ce
chiffre-là, et c'est un chiffre basé sur la capitalisation, pas la solvabilité.
C'est vraiment important de faire la distinction entre les deux.
Therrien :
Non, je comprends bien, mais c'est parce que tantôt... Je faisais référence à
tantôt, quand on parlait de solvabilité, tout simplement. Mais je
comprends très bien, là, ce que vous dites, là.
Écoutez,
donc, on voit que le projet de loi n° 3, ça va toucher tous les régimes de
retraite. Celui qui était proposé en février laissait tomber les régimes de
retraite qu'on considérait en santé à partir de certaines balises. Est-ce
que vous considérez que tous les régimes de
retraite devraient être inclus dans cette restructuration-là ou qu'on pourrait
justement dire : Bien, si on
veut assurer la pérennité, donc on veut s'arranger pour que les régimes soient
en santé; si les régimes sont en santé, peut-être qu'on n'a pas besoin
de restructurer. Je ne sais pas ce que vous en pensez, de ça.
D'Amours (Alban) : Bien, il
y a de la restructuration que propose le projet pour tous les régimes. Par
exemple, passer de 35-65 à 50-50, ça
exige... le passage, c'est restructurer le régime, d'une certaine manière. Mais,
au-delà de ces prescriptions
dont je viens de parler, si le régime est bien capitalisé, s'il est à 50-50 et
puis il ne dépasse pas le 18 % et qu'il est bien capitalisé, bien, on
pense qu'on ne doit pas créer cette obligation d'aller plus loin que ça. C'est
ça qu'est notre point de vue.
M. Morency
(Bernard) : C'est ça. Et je pense que... Évidemment, c'est un sujet
architechnique, ici. Puis ce que je
vous dirais, c'est qu'en tant que commission, quand vous allez écouter, il y a
trois pôles de choses : il y a le futur, il y a le passé et là il y a la gestion des risques. Le
futur et la gestion des risques, tous les régimes ont besoin de réfléchir à ça.
Tous les régimes ont besoin de réfléchir au
nouvel environnement démographique, au nouvel environnement économique pour le futur. Tous les régimes ont besoin de
réfléchir à la gestion des risques. La
partie où on suggère de baliser, moduler
différemment, c'est la
partie du passé où,
là, ceux qui n'ont pas de déficit n'ont peut-être pas besoin d'avoir des mesures
comme celles qui sont envisagées. Par
contre, ceux qui en ont doivent envisager des mesures pour combler le
4 milliards de déficit. Donc,
c'est cette partie-là qui doit être balisée. Mais la première et la troisième,
elles s'appliquent à l'ensemble des régimes.
Therrien :
Je vais poser une question... Je vais
essayer de simplifier un peu, là. Moi, je suis un travailleur. Mon employeur me dit que le régime est sain, 100 % de capitalisation, peu importe,
105 %, et la cotisation totale, c'est, genre, 22 %, 23 %, bon, peu importe, là, suite à des
négociations. Là, moi, ça va bien dans mes affaires, puis là je me fais dire qu'il faudra qu'on passe à la restructuration
et que je baisse ma cotisation et la cotisation de l'employeur à 18 %, en
incluant un fonds de stabilisation. Comment
vous faites pour vendre cette idée-là à cette personne-là? Je veux qu'on la
convainque.
D'Amours (Alban) : Bon, il y
a l'aspect de l'équité qui est en jeu, là. Alors qu'on est à 22 %,
23 %, 24 %, 25 % dans
certains régimes, et la grande majorité, la cotisation est payée par
l'employeur, et qui promet des bénéfices qui sont au-delà de 2 %, le fameux 2 % — on était rendus à 2,5 % et plus — là, on permet à cette personne qui, dans le
fond, bénéficie d'un privilège, de pouvoir
préparer sa retraite de meilleure façon que le citoyen qui n'a pas ces régimes
et qui, lui, n'a que la Régie des rentes,
les REER, si l'on veut... la Régie des rentes pour assurer sa retraite. Alors,
nos lois fiscales sont claires là-dessus, hein? Il y a le fameux
18 %. Donc, quelles que soient les particularités, la technicalité entourant l'application de nos lois fiscales, le
citoyen va comprendre qu'il y a une iniquité quelque part. Donc, essayons
de composer avec ça. Puis j'estime que tout
le monde peut réfléchir sereinement à ça dans un contexte de recherche
d'équité.
Therrien : Donc,
vous lui dites que son régime est trop généreux comparativement à ce qu'on
retrouve ailleurs; il devrait faire
partie
de l'effort collectif pour justement qu'on espère établir au plus grand nombre
ces avantages-là. C'est ce que vous me dites.
D'Amours (Alban) : Oui. Bien...
Oui. Rappelez-vous que, dans notre mémoire, nous croyons que tous les
travailleurs québécois devraient avoir accès à un régime à prestations
déterminées. C'est la raison pour laquelle on a proposé la rente longévité. C'est la mère de tous les régimes, mais qui
vise... L'essentiel, c'est la rente promise et presque assurée à partir de 75 ans. Et ça, ça, à mon
sens, on accroît la sécurité financière. Il ne faut pas aller dans le sens où
on met à risque les régimes actuels. Il n'y a que 35 % des
travailleurs qui ont un régime à prestations déterminées. C'est une proportion qui est relativement faible. Alors,
protégeons cet acquis-là, mais, en même temps, ouvrons les perspectives
pour les 65 % de travailleurs qui n'ont pas accès à ce type de régime là.
Therrien : Merci.
Le Président (M. Auger) : Quatre
minutes.
Therrien : Quatre
minutes? Je pourrais laisser la parole à mes collègues.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Beauharnois.
M. Leclair :
Merci, M. le Président. Alors, tout d'abord, d'entrée de jeu, j'aimerais saluer
les collègues, M. le ministre, les
gens qui vous accompagnent. Merci beaucoup, M. D'Amours, ainsi que les
gens qui vous accompagnent, pour votre mémoire et votre temps que vous
prenez à faire avancer cette cause-là.
Bien entendu,
tantôt, lorsque vous avez résumé votre mémoire verbalement, dans vos 10 premières
minutes, vous avez parlé de la
perception des travailleurs qu'ils font leur part. J'aimerais peut-être avoir
votre vision. Lorsqu'on dit à un travailleur
ou à un groupe de travailleurs qui décident, dans une convention collective
autant passée que future, de ne pas demander une augmentation de salaire
en disant : On va mettre tout le... l'aspect financier, au lieu de le
mettre sur le salaire à l'heure, on va
bonifier notre fonds de pension... Ces gens-là qui ont pris cette décision-là à
tort ou à raison, qui voient leurs employeurs qui, eux, prennent un
certain congé de cotisation, puis qu'on leur dit aujourd'hui... Bien, ces travailleurs-là ont la perception qu'ils bonifient
le... ou qu'ils aident toute la société à tenter de rétablir tout ce qui n'est
pas uniforme dans nos régimes de retraite.
On sort des chiffres, là, on dit 4 milliards, mais malheureusement ces
chiffres-là, ça reste en suspens,
mais on n'a jamais eu de chiffre, là, autant de la part du ministre, autant des
régimes des rentes, on n'a pas de
chiffre à se baser. Lorsqu'on dit : Si tu demandes 2 $ de l'heure de
plus ou bien tu demandes de bonifier de 5 $ ton fonds de retraite, personne n'a ces chiffres-là.
On ne les a pas. C'est les actuaires qui nous parlent de ça. Puis tantôt, d'entrée
de jeu, vous
dites : La perception que les travailleurs, ils font leur part... Moi,
j'aimerais que vous nous disiez comment vous voyez ça. Lorsqu'un groupe de travailleurs décident de ne pas
demander une augmentation de salaire de l'heure puis qu'ils bonifient leur fonds de pension, c'est leur
choix. S'ils décident, en groupe... Lorsqu'on
leur dit aujourd'hui : Bien, là, les régimes sont non fonctionnels, on va devoir couper, vous allez
devoir encore repayer... Comment vous voyez ça si l'employeur, lui, avait pris — dans
certains cas, ce n'est pas tous des employeurs — un congé de cotisation? Comment qu'on explique ça au travailleur qui, lui, avait
décidé, dans les trois dernières conventions collectives, de dire : On n'augmentera
pas notre salaire de l'heure, mais on va mettre ça sur nos fonds de pension,
puis aujourd'hui on vient leur dire
avec un projet de loi : Bien, là, «too bad» là, ça ne marche pas?
J'aimerais vous entendre là-dessus. Comment qu'on expliquerait ça à ces
travailleurs-là qui ont pris cette décision-là?
Le Président (M. Auger) : Une
réponse, si c'est possible, à l'intérieur d'une minute.
D'Amours (Alban) : Je vous
rappelle que, dans les années 90, c'était l'effervescence, les marchés
financiers allaient très bien. On s'est
donné, de fait, des congés de cotisation par la suite, on a bonifié nos régimes
de retraite. Depuis, ces
bonifications dans les régimes de retraite sont devenues des droits acquis, et
les congés, pour la plupart, ont tous été remboursés.
Deuxièmement,
à cette époque, on considérait que le régime de retraite, c'était une façon de
s'enrichir. On avait développé une
culture du rendement. Aujourd'hui, il faut changer notre paradigme, il faut
aller vers une culture de la sécurité financière
et se mettre dans un contexte de sécurité ou d'accroître... d'améliorer la
gestion de nos risques, faire en sorte que la contribution des uns et
des autres soit équitable sur le plan intergénérationnel aussi. Et, dans ce
contexte-là, la contribution des travailleurs, elle est jugée compte tenu que
les acquis font en sorte que...
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup.
D'Amours (Alban) : ...les
coûts sont plus élevés actuellement. Donc, forcément, il faut restaurer un
équilibre à cette situation.
Président (M. Auger) : Merci. C'est tout le temps que nous avions. Je
cède maintenant la parole au député de Blainville, du deuxième groupe
d'opposition.
Laframboise : Merci beaucoup, M. le Président. D'abord, merci,
messieurs, pour... devant nous, M. D'Amours, M. Morency. J'ai
beaucoup de respect pour vos compétences. Je vais essayer de m'en servir un
peu.
Évidemment,
nous, comme parti politique, on considère que les fonds de pension font
partie
de la rémunération globale. Donc,
c'est possible qu'il y ait des différences par rapport aux fonds de pension,
là. Nous, on part de ce principe-là. Puis,
quand on regarde les chiffres qui nous ont été fournis — parce qu'on n'a pas pu avoir les chiffres
sur les 172 régimes, M. le
ministre, là, nous, on en a 154 de répertoriés — on en a 10 qui ont plus de 95 % de
capitalisation, il y en a 10 qui ont plus de 100 % de
capitalisation.
Ma question
va être simple : Ces régimes-là, on les associe à la même loi puis aux
mêmes restrictions, selon vous? Ceux qui sont en capitalisation de plus de
95 % puis ceux qui sont à plus de 100 %, est-ce qu'on les assujettit
à la même loi, là?
D'Amours (Alban) : On a dit
qu'on considère qu'un régime en santé, c'est celui qui est capitalisé à
100 %. On n'est pas en
solvabilité, on est en capitalisation en mode continu. Donc, oui, si on n'est
pas capitalisé à 100 %, bien, si
on décide qu'il est en santé, ça signifie qu'on va demander aux payeurs de
taxes, aux générations futures, de payer ce déficit. Alors, si on veut
que les choses soient équitables, il faut qu'il soit capitalisé, à ce
moment-là, à 100 %.
M. Morency
(Bernard) : C'est important juste de comprendre, si on a un régime qui
est à 95 % puis un autre qui est à 80 %, l'ampleur de ce qui
est demandé est complètement différente. Ils sont sujets à la même obligation d'adresser le problème, mais bien sûr, dans un cas,
le problème, c'est 5 %, puis, dans l'autre cas, c'est 20 %. Donc, ce
qu'ils ont à faire n'est pas du tout de la même ampleur. Ça fait qu'il
faut faire attention à ça.
M. Laframboise : Sauf qu'ils ont
quand même quelque chose à faire, selon vous. C'est pour ça que...
M. Morency (Bernard) : Pour la
partie passée, oui.
M. Laframboise : Pour la
partie
passée... Bien, si on est à 100 %, la
partie passée, tu sais, là...
M. Morency (Bernard) : À ce
moment-là, on n'a pas besoin de rien faire.
Laframboise : C'est pour ça que je veux... C'est parce que nous, on
essaie de faire de la politique autrement, là, c'est-à-dire que, quand on part avec comme prémisse qu'on aura de
l'arbitrage, bien, c'est ça que ça fait : le Parti québécois qui
donne des marges de manoeuvre plus importantes à l'arbitre, puis le
gouvernement qui donne moins de marge de manoeuvre,
on a encore de l'arbitre, là, puis finalement l'arbitre n'a pas de latitude,
alors que nous, ce qu'on dit : À la fin, ça devrait être la ville qui tranche, parce que... Et j'aimerais vous
entendre sur ma deuxième question : Qu'est-ce que vous allez dire
au maire de Montréal, qui va vous demander : Mes bleus, j'ai signé
jusqu'en 2017, je voudrais les retirer parce que je veux respecter la parole de la ville?
Est-ce qu'on les assujettit, les bleus de Montréal, à cette même loi-là ou
on lui donne certaines marges de manoeuvre pour qu'il puisse être capable de
respecter la parole qu'il a donnée?
M. D'Amours (Alban) : La logique de
nos recommandations devrait s'appliquer à tous les régimes. Mais pourquoi est-ce qu'on traiterait un régime de
façon toute particulière parce que son problème est plus gros? La démarche
qui est proposée devrait convenir à tous les
régimes, et les pistes qui sont proposées devraient leur permettre, compte tenu
de leurs situations particulières, de leur
donner les marges de manoeuvre suffisantes, en termes de négociation en particulier, pour ramener les régimes à
l'équilibre.
M. Laframboise : Donc, vous voyez, là, mon dilemme à moi, là, avec
le régime encadré avec l'arbitrage, ça fait ça, ça fait qu'on n'a pas de
marge de manoeuvre.
Sur le
partage 50-50 des déficits, j'aimerais juste vous donner la chance, là, de vous
exprimer, futur, passé, là, M. Morency, là, vous, là, juste nous
encadrer bien la position, là, votre position par rapport à ça.
M. Morency
(Bernard) : Bien, d'abord,
un des principes : il faut respecter les ententes qui existent, là. Votre
exemple de : Si on a eu une entente, est-ce qu'il faut la respecter? Bien sûr qu'il
faut la respecter, bien sûr. La question, ici, c'est de dire : Ces
régimes-là ont un défi important de pérennité, donc pour le futur. La réalité
est que les gens vivent beaucoup plus vieux
qu'ils ne vivaient. La réalité est que les taux d'intérêt sont beaucoup plus
bas, donc les régimes plus coûteux
qu'ils ne l'étaient. Donc, ce qu'on dit, c'est que, pour qu'ils survivent, ces
régimes-là, ils doivent, pour la
partie future, réfléchir à comment ils peuvent revoir leurs dispositions pour
s'adapter à ces circonstances-là. C'est vrai de tous nos défis. On doit s'adapter à cet
environnement-là. Donc, c'est ça qu'on dit. Et cet exercice-là doit se faire
absolument dans le respect du
processus de négociation. Nous, on n'est pas des experts du droit du travail.
Donc, c'est pour ça que, dans les
notes d'introduction, on a dit : Pour ce qui est de cet aspect-là des
choses, les parties qui sont des experts dans le droit du travail vont vous faire des suggestions. C'est à vous de
moduler comment vous allez les interpréter. Nous, on est des experts de la retraite. Alors, ce qu'on vous
dit, c'est qu'à long terme, dans un processus de discussion, ces questions-là
doivent être adressées.
Laframboise : Et, par
rapport au passé, d'après vous, est-ce que ça doit concerner ceux accumulés
avant l'entrée en vigueur de la loi, les nouvelles conventions
collectives? Il faut s'attaquer à tout le problème, là, même ceux qui...
M. Morency
(Bernard) : Écoutez, c'est très difficile, et c'est pour ça que la
solution doit se passer à la table des discussions
des divers régimes et des diverses municipalités. Il n'y a pas une solution
miracle qui va régler l'enjeu de tous, là,
mais la réalité est la suivante, vous l'avez tous dit : il y a
4 milliards de dollars qui manquent pour l'ensemble de la situation. Ces 4 milliards de dollars là, ils
doivent venir de quelque part, et il n'y a que quatre options. La première,
c'est que les rendements soient
supérieurs à ceux qui sont prévus. Nous, ce qu'on vous a dit, c'est : Les
chances sont que ça ne réglera pas le
problème, ça, quand on regarde les attentes de rendement. Donc, il n'en reste
que trois : les participants actifs, les participants retraités et le payeur de taxes. Ce n'est pas
compliqué. Alors, la question est : Comment on se répartit ce montant-là tout en respectant un principe d'équité
intergénérationnelle, de ne pas en repousser trop sur les plus jeunes, de respecter ce principe-là qui veut qu'on ne peut
pas juste repousser ce 4 milliards de dollars là sur les plus jeunes? Ce
qu'on vous dit au niveau du 100 %, ou
du 85 %, ou du 90 %, c'est : Plus on repousse, plus on va à
l'encontre de ce principe d'équité
intergénérationnelle là. Donc, ce qui nous motive de vous suggérer de
considérer la barre au 100 % de capitalisation, c'est ce
principe-là. C'est ça qui nous motive dans notre réponse.
M. Laframboise : Le député de
Beauce-Nord, M. le Président.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Beauce-Nord.
Spénard :
Merci, M. le Président. À mon tour de saluer le ministre ainsi que mes
confrères présents aujourd'hui, confrères et consoeurs.
Alors,
M. D'Amours, j'ai lu ça, j'ai lu votre rapport. J'ai trouvé ça fort
intéressant. Par contre, on parle peu des travailleurs. On parle des régimes; on parle peu des travailleurs. Un
travailleur qui a un régime de retraite... Je pense qu'à Montréal, les cols bleus, la moyenne des rentes,
c'est 25 000 $ par année, 25 000 $ ou 26 000 $
par année. Alors, ce n'est pas le
Pérou, là. N'allons pas penser que tous les retraités sont riches. Puis, selon
les données fournies par Aon Hewitt, il
y a 50 % des régimes de retraite qui ont un coût en proportion de la masse
salariale qui sont au-dessus de 18 % — oublions les policiers et les
pompiers — puis
il y en a même qui dépassent 30 %.
Moi, je me
demande : Pensez-vous qu'une aussi grande réduction, c'est nécessaire?
Évidemment, c'est des cas par cas,
là, mais ce n'est pas trop préjudiciable pour certains travailleurs qui sont
déjà retraités ou les travailleurs à faibles revenus?
D'Amours (Alban) : Ce que
l'on propose, nous — puis on
est d'accord avec ces balises — ce sont des balises qui vont amener les gens autour de la table des
négociations. Et, bien sûr, la suspension de l'indexation, elle sera temporaire.
Il faut ramener en santé financière le
régime. Donc, ce n'est pas préjudiciable parce qu'on travaille pour sauver son
régime. Alors, ce serait
préjudiciable si on ne faisait rien. Là, ça coûterait cher parce qu'on met ces
régimes à risque, et un jour il y
aurait... on serait très tentés... Si jamais on ne trouve pas les formules
actuelles ensemble, un jour, le problème sera si
aigu qu'il y a des solutions qui seraient transversales. On sera obligés de
couper de 10 % la rente de tout le monde. Il y a des pays actuellement qui pensent... qui ont pensé dans ces
termes. On coupe à travers, et ça, avec un pourcentage. On réglerait le problème pour tout le monde, mais
ça serait préjudiciable pour ceux qui ont déjà ce bénéfice et ce droit
acquis. Il faut le protéger, ce droit acquis d'avoir accès à un régime à
prestations avec promesse.
Le Président (M. Auger) : En
30 secondes. Il reste 30 secondes, M. le député.
Spénard : Il reste
30 secondes?
Le Président (M. Auger) : Oui.
Spénard :
En ce qui concerne l'indexation comme telle, la suspension de la clause
d'indexation, est-ce que vous en
parlez par régime? Est-ce que vous en parlez par catégorie de travailleurs
aussi? Est-ce que c'est... Il faudrait en parler par catégorie de travailleurs, c'est-à-dire qu'un travailleur qui
a une rente de 75 000 $ par année puis un autre qui en a une de 26 000 $ par année, ce n'est
pas la même affaire, même s'ils font
partie du même régime. Alors, est-ce qu'on
suspend unilatéralement pour tout le monde?
D'Amours (Alban) : Bien là, si on introduit un mécanisme de subvention
pour l'un ou pour l'autre et puis... il y en a un qui va payer pour, et c'est celui qui a un régime peut-être
plus généreux. Il va payer pour les autres. Alors, je trouve que, là, il
y a un problème d'équité, là, dans une approche semblable.
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions. Je tiens à vous remercier,
M. D'Amours, M. Morency, pour votre présentation.
Je vais suspendre les travaux le temps que le
prochain groupe puisse prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 57)
Le Président (M. Auger) : S'il vous
plaît, les gens dans la salle! On reprend place. Merci beaucoup de votre
collaboration. Donc, nous allons reprendre nos travaux.
Permettez-moi de souhaiter la bienvenue à nos
nouveaux invités. Pour les fins de l'enregistrement, je vous demande de bien vouloir vous présenter, bien sûr,
et je vous rappelle que vous disposez d'un temps de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. La parole est à
vous.
Labeaume (Régis) :
Merci, M. le Président. Je suis Régis Labeaume. Je suis le maire de Québec.
Normalement, je vous ferais ça en 10
minutes, mais il m'arrive d'être lent, alors... Je ne devrais pas dépasser 12
minutes et je présume que les civilités sont exclues, là.
Alors, M. le Président, M. le ministre, mesdames et messieurs les députés, d'abord,
permettez-moi de présenter les personnes
qui m'accompagnent. M. Jonatan Julien, vice-président
du comité exécutif de la ville de Québec, M. André Legault, directeur
général de la ville de Québec, M. Benoit Richer, directeur des services des
ressources humaines, Benoit, et Mme Chantal Pineault, trésorière et directrice
des services des finances.
Je remercie
la commission de nous permettre de nous exprimer sur ce projet de loi crucial
pour l'avenir des régimes de retraite des municipalités.
M. le
Président, le projet de loi n° 3 répond à la nécessité de mettre fin à une
profonde injustice sociale, fiscale et intergénérationnelle dont les
contribuables québécois, et surtout notre jeunesse, font les frais. Ce projet
de loi est absolument pertinent, juste et incontournable.
gouvernement du Québec fait ici preuve d'un courage politique que nous saluons,
et il ne doit pas douter un seul instant de l'appui massif des
Québécoises et des Québécois dans ce débat, surtout des 65 % de la
population ne possédant pas de régime de
retraite et se demandant avec appréhension, voire avec une certaine angoisse,
s'ils auront les ressources
nécessaires pour vivre décemment leur retraite. Je tiens d'ailleurs à rappeler
que je peux en parler avec légitimité, car
je me suis fait élire, en novembre dernier, avec un mandat clair de la
population de Québec pour régler la situation des déficits des régimes de retraite. Depuis que le débat est engagé sur
ce dossier, il s'est dit n'importe quoi et son contraire, et je voudrais
aujourd'hui profiter de ma présentation pour rétablir certains faits.
D'abord, il y a le mythe des déficits qui se
résorberont grâce aux rendements boursiers. M. le Président, c'est totalement faux, et, comme l'a affirmé le comité
D'Amours, et je le cite : «Certains croient qu'une embellie des marchés,
soutenue et significative, réglera les
problèmes à long terme, et qu'il suffit [...] d'être patient. [...]une telle
embellie appartient plutôt [aux]
mirages.» Ceux qui prétendent le contraire ont un discours purement jovialiste.
Nos actuaires-conseils estiment que
le niveau de déficit des régimes de la ville de Québec, qui s'établissait, en
2010, à 516 millions de dollars, se situerait, à la fin de 2013, à plus de 600 millions de
dollars. Et pourquoi ce déficit a progressé de 20 % dans les trois
dernières années, alors que les
rendements ont pourtant été tout à fait conformes aux attentes? La réponse est
simple : L'évolution des tables de mortalité. Grand
bien nous fasse, M. le Président, les Québécois vivent plus vieux. Ceci dit,
cette situation est toutefois désastreuse sur la capitalisation des
régimes de retraite.
Pour
beaucoup d'employés municipaux, les années de retraite dépasseront le nombre
d'années au travail, et, pendant ce temps, les comptes de taxe des
contribuables ne cesseront de s'alourdir. Si, en 2003, avec une dépense
annuelle de 21 millions de dollars,
l'impact des régimes de retraite sur le compte de taxe d'une maison moyenne à
Québec était de 78 $, il sera de
339 $ après impôt, en 2015, avec une dépense qui sera passée à
132 millions de dollars par année. M. le Président, c'est tout à
fait intenable.
Deuxième
mythe qui a la vie dure : les employés crient au vol en affirmant que les
villes ont profité de congés de
cotisation. C'est encore faux, M. le Président, faux de prétendre que les
déficits sont dus à des congés de cotisation pris par les municipalités. À Québec, le seul arrêt, temporaire, de cotisation
qui a eu lieu s'est déroulé jadis à la ville de Sainte-Foy. Il s'appliquait tant aux employés qu'à l'employeur et n'a
duré qu'une courte période, en 1998 et 2001, pour environ 11 millions de dollars. De plus, il
faut bien comprendre ça, cet arrêt de cotisation était obligatoire en vertu des
lois fiscales fédérales.
Ensuite,
il y a le mythe qui cherche à faire croire que les employés municipaux ont
accepté de moins bons salaires en
contrepartie de régime de retraite plus avantageux. On parle ici, M. le
Président, de salaires reportés. À moins qu'on nous explique pourquoi la rémunération totale des employés municipaux
dépasse de 38 % celle des employés du gouvernement du Québec, je crierai à l'indécence concernant cet
argument. Jusqu'à tout récemment, une personne à l'emploi de la ville, à partir de 25 ans jusqu'au
moment de sa retraite à 60 ans, gagnait, clair dans ses poches, plus à la
retraite que pendant qu'elle
travaillait. Dans certains cas, ça allait jusqu'à 114 %. Les conditions
sont telles à la ville que notre taux de roulement annuel est de
1 %. Vous comprendrez qu'on n'a aucun problème de rétention.
Comment
peut-on avoir une rémunération plus importante à la retraite que lorsqu'on
travaille? Sans compter que la
proportion des cotisations au régime payées par l'employeur a longtemps été
plus importante que celle des employés. Par exemple, en 2005, juste avant que je devienne maire de Québec, la
cotisation moyenne des employés à leur régime de retraite variait de 33,5 % à 45,5 % alors que celle de
l'employeur était de 54,5 % à 66,5 %. Et qu'est-ce que ça veut
dire en clair, ça, M. le Président? Ça veut
dire que ce sont les payeurs de taxes qui ont constitué la majorité des fonds
des régimes de retraite des employés municipaux.
Autre mythe :
les villes cherchent à appauvrir les retraités en exigeant un retour vers le
passé en suspendant l'indexation de leur
pension pendant 15, voire 20 ans. Rien de plus faux, M. le Président,
encore. Selon nos experts, le remplacement
de l'indexation automatique par une indexation conditionnelle en fonction de la
santé financière des régimes permet
de réduire de près de 300 millions de dollars, soit 50 % du déficit
total accumulé jusqu'à maintenant à Québec. Cependant, et c'est très important de le souligner, dès 2017, soit dans
moins de trois ans, les retraités de trois des six régimes de retraite à la ville pourraient voir leurs
rentes pleinement indexées des pourcentages d'indexation de 2014, 2015 et 2016,
les retraités du quatrième régime bénéficieraient
quant à eux déjà d'une indexation partielle, et, pour les deux autres régimes,
cette indexation pourrait être rétablie
concrètement dans moins de six ans. M. le Président, on est très loin des 15 à
20 ans du discours de leurs
représentants. De plus, nous venons justement de nous entendre avec nos
employés cols bleus et cols blancs qui ont eux-mêmes accepté cette
mesure, soit la suspension temporaire de l'indexation.
Dernier
mythe auquel je voudrais m'attaquer, c'est celui en vertu duquel les élus
seraient des enfants gâtés qui exigent
des autres des sacrifices qu'ils ne souhaitent pas faire eux-mêmes. C'est
encore là faux. J'ai dernièrement demandé pour la troisième fois, avec le maire de Montréal, que le régime de
retraite des élus municipaux soit modifié. Je crois que le projet de loi n° 3 doit aussi s'appliquer à
tous les élus municipaux, parce qu'ils doivent être responsables et assumer à
parts égales le coût de leur propre régime de retraite.
le Président, au-delà des mythes, il y a la réalité, celle des coûts qui
devront être assumés par les contribuables. M. le Président, il est hors de question pour moi de leur refiler à eux
seuls la facture des déficits des régimes de retraite. M. le Président, ils ne seront plus les dindons de
la farce. C'est pour cette raison que, depuis au moins quatre ans, je n'hésite
pas à remettre en question le système
actuel. Le système m'apparaît totalement, totalement immoral et insoutenable.
Il n'est pas normal qu'une majorité
de contribuables ait à payer les avantages financiers d'une minorité. Loin de
moi d'ostraciser les syndicats, mais
force est d'admettre, M. le Président, que le balancier penche beaucoup trop du
même côté. Je l'ai dit et je le répète, je suis un social-démocrate en
colère qui cherche à rétablir ou à remettre de l'équité dans le système.
le rappelle, à Québec, nous avons dernièrement réglé avec les cols bleus et les
cols blancs. Ceci dit, nous avons signé ces conventions dans la mesure
où nous avons complètement laissé de côté toute référence aux déficits passés, autrement aucune négociation ni aucune entente
n'auraient été possibles. Nous avons fait la démonstration, M. le Président,
que toutes négociations sur le partage des
déficits passés sont absolument impossibles sans son imposition par le projet
de loi n° 3. Ces conventions comprennent une entente — et
j'achève — sur
les régimes de retraite de façon succincte...
Président (M. Auger) : Est-ce qu'il y a consentement pour qu'on puisse
terminer? Et on prend le temps à quel endroit?
M. Moreau :
...qu'on prend ça sur la
partie ministérielle.
M. Labeaume
(Régis) : Merci, très aimable.
Le Président (M.
Auger) : Merci. Vous pouvez continuer, M. le maire.
Labeaume (Régis) : Ces conventions comprennent une entente sur
les régimes de retraite, et, de façon succincte, nous avons convenu des
éléments suivants : une réduction, à compter de 2014 — et
donc on ne retourne pas dans le passé — de la
formule de rente afin de limiter le coût du régime à 18 % de la masse
salariale, incluant un fonds de stabilisation, soit un niveau de contribution
assurant l'accumulation d'une rente comparable à celle accordée par les meilleurs régimes de retraite existants. M. le
Président, pourquoi les contribuables devraient-ils assumer des coûts de régime
plus élevés pour les employés des villes,
alors qu'ils ne peuvent pas contribuer eux-mêmes à plus qu'un maximum de
18 % annuellement en vertu des règles applicables pour les REER, et
d'ailleurs ce que bien peu de contribuables ont d'ailleurs les moyens de se faire? Nous nous sommes aussi entendus sur
le partage à 50-50 entre la ville et les employés des coûts des services futurs du régime, aussi sur
les calculs pour déterminer le niveau de rente fondé maintenant sur le salaire moyen des cinq meilleures années au lieu
des trois dernières, et finalement sur une augmentation de l'âge de la
retraite.
Si, pour les
représentants syndicaux, M. le Président, le projet de loi est si mauvais,
pourquoi les nouvelles conventions
collectives convenues avec nos fonctionnaires et nos employés manuels
s'alignent presque exactement sur celui-ci en ce qui a trait aux
contributions des services courants et futurs des régimes de retraite?
Depuis
le dépôt du projet de loi, je suis extrêmement déçu qu'on n'ait pas entendu
d'arguments rationnels pour trouver
des solutions de la part des syndicats. Par ailleurs, la ville souhaiterait
voir bonifiés certains aspects du projet de loi, plus particulièrement les dispositions touchant le processus
d'arbitrage. La loi devrait favoriser le plus possible la négociation et empêcher le recours à l'arbitrage comme une
possibilité d'escamoter l'obligation de résultat. La ville de Québec constitue
un exemple probant que la négociation peut conduire aux résultats recherchés.
Nous sommes d'avis qu'un processus d'arbitrage
qui comprend, comme vous le proposez, la possibilité de tenir compte des
concessions antérieures dans le cadre des
négociations syndicales-patronales nous conduit inexorablement sur le chemin de
l'arbitrage, et il faut absolument éviter
ça. Rappelons-nous que les enjeux d'aujourd'hui, ce sont la pérennité des
régimes de retraite municipaux, l'équité entre les générations et la capacité des citoyens à défrayer le coût des
régimes de retraite qu'eux-mêmes n'ont pas les moyens de se payer.
M. le Président, je termine en demandant au gouvernement de ne pas dévier de sa route et de garder le cap.
Des changements mineurs sont peut-être
nécessaires au projet
de loi n° 3, mais la volonté politique
qui le sous-tend ne doit en aucun
temps, en aucun temps, être modifiée. Les
Québécoises et les Québécois nous
surveillent et se demandent si, pour une fois, l'intérêt général de la population
passera avant les intérêts corporatistes. Il est clair pour moi que toute modification importante au projet
de loi n° 3 se fera au détriment
des contribuables du Québec qui en paieront la facture. Que le gouvernement sache que, dans les conditions actuelles, nous le
soutenons et ne l'abandonnerons pas, j'en fais la promesse formelle.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup pour votre présentation. Nous allons débuter la période d'échange.
M. le ministre, la parole est à vous.
Moreau : Merci de
votre participation. Bienvenue, M. Labeaume. Je souhaite également
la bienvenue à ceux qui vous
accompagnent : M. Julien, qui est vice-président du comité
exécutif, M. Legault, votre directeur
général, Mme Pineault et M.
Richer. Bienvenue à la commission parlementaire. Merci pour votre contribution.
Je pense
qu'on peut résumer votre position en disant que vous êtes assez favorable au projet de loi. Mais il y a des éléments
très précis de votre intervention sur
lesquels je veux revenir, et certains de ces éléments-là sont des éléments
qui ne sont pas contenus dans le projet de
loi, notamment, on va parler de l'arbitrage — on y viendra dans un instant — vous souhaitez des modifications; Régime de retraite des élus
municipaux — vous
êtes le premier à introduire le sujet — j'aimerais en parler.
Mais parlons de ce
qui est prévu déjà dans la loi, et un des éléments, c'est la question de la
suspension de l'indexation chez les
retraités. Là, vous êtes le premier à nous apporter un exemple chiffré, un
exemple concret basé sur la réalité.
J'ai dit — je pense
que vous étiez présent à la présentation de M. D'Amours — que, pour 85 % des retraités, là, le
projet de loi, la suspension de
l'indexation, ça n'a aucun effet puisque, de toute façon, ils n'ont pas
d'indexation et que l'indexation
automatique touche 15 % des gens. Là, vous, vous êtes dans ce 15 % là
lorsque vous nous parlez, parce qu'à la ville de Québec il y a des clauses d'indexation. Et vous nous dites, là,
pour contrer... Puis on a un exercice pédagogique, on va faire le même exercice pédagogique avec tous
ceux qui vont passer à la commission, avec la même ouverture, parce que je pense que c'est important que les gens
comprennent l'enjeu et la portée des débats. Alors, vous avez six régimes
de retraite à la ville. Qu'est-ce qui vous
permet de dire que, pour la moitié de ceux-ci, le rétablissement de
l'indexation pourrait avoir lieu aussi rapidement que dans trois ans?
M. Labeaume
(Régis) : Il faut expliquer une chose : le déficit des
régimes de retraite des retraités est de 190 millions.
Si nous suspendons temporairement l'indexation, 85 % du déficit s'élimine,
techniquement. Le déficit des employés
actuels est de 150 millions. Nous devons en assumer 50 %, donc 75, et
les employés actuels en assument 75. Si
nous suspendons temporairement l'indexation, le déficit total des employés
actuels est éliminé. Il reste un surplus de 45 millions qu'on peut appliquer aux retraités. Et donc,
techniquement — et c'est
pour ça, des fois, que je me demande pourquoi
on se bat — à
Québec, si nous suspendons temporairement l'indexation, les déficits sont
complètement éliminés, à
part celui
de l'ancienne ville. Et là à ce moment-là qu'est-ce qui se passe? Comme dans
les conventions qu'on a signées avec
les bleus et les blancs, nous créons le fonds de stabilisation, et
l'indexation, pour que les retraités recouvrent l'indexation, ça prendra des rendements. Ce qui nous fait dire, selon
nos analyses au moment où on se parle, que, dans la moitié des régimes une fois qu'on fait
l'évaluation, dans trois ans, ils vont recouvrer leur indexation, accumulée
pendant les trois dernières années,
en pourcentage. Ça, c'est la moitié des régimes, trois sur six. Un autre
recouvrera déjà une
partie de l'indexation, et les deux autres, qui sont
plus mal en point, ça va se faire à l'intérieur de six ans.
Alors, quand
on parle de 15, 20 ans, c'est fou, là. À Québec, ça ne donnera pas ça. Puis
ceux qui parlent le plus, c'est les représentants de nos retraités de
Québec. Et ça, ce sont des calculs précis. Et je veux répéter, M. le ministre, je ne sais pas si les
gens ont bien compris, là. Nous suspendons temporairement l'indexation chez les
employés actifs, et, chez les retraités, il n'y a plus de déficit, techniquement.
M. Moreau :
Alors, c'est dire le poids de l'indexation sur les régimes. Et je pense que
vous faites cette démonstration-là,
mais vous faites une démonstration additionnelle avec des éléments chiffrés et précis, c'est-à-dire qu'avec les dispositions actuelles du projet de loi, ce
que le projet de loi nous permet de faire, là, on n'est pas dans du mur-à-mur.
On est non seulement dans du sur-mesure pour
la ville de Québec, mais on tombe dans du sur-mesure régime par régime, puisque, pour trois des six régimes, on aurait un
retour plus rapide. Alors donc, on fait une démonstration, là, que cet élément
de mur-à-mur, il faut arrêter de mettre ça
dans notre vocabulaire. Je suis prêt à en discuter avec tous ceux qui vont
passer, parce que le projet de loi
prévoit une situation qui s'applique à tous mais dont les effets pratiques
seront différents dans chacun des cas. Et là je pense que c'est un
élément.
Deuxième
élément, et là on sort du projet de loi n° 3, mais on est dans le
débat des régimes de retraite, vous avez parlé du régime de retraite des élus. Le député de Blainville,
dans ses remarques introductives, indiquait que les députés de l'Assemblée
nationale doivent avoir la même
ouverture d'esprit. Le leader du gouvernement a déjà déposé une lettre disant
nationale se penche... puis aller de
l'avant avec le rapport. Vous, vous
allez plus loin. Vous dites : Les élus municipaux, alors, dont le régime
de retraite est prévu par une autre loi,
la
Loi sur le régime de retraite des élus municipaux, on doit modifier ça pour
que ce soit 50-50. Je ne suis pas fermé d'aucune façon à ce qu'il y ait même une modification législative dans
le projet de loi n° 3 pour le permettre, pour amender cette
loi-là.
Je veux
aussi, dans un but didactique, là, discuter avec vous puis avoir vos réactions
sur ça. La moyenne de la rémunération
des élus municipaux est bien inférieure à la rémunération des employés
municipaux. C'est vrai aussi pour les
ministres par rapport à leurs sous-ministres, c'est vrai pour vous par rapport
à votre directeur général, c'est vrai, je pense, dans l'ensemble du Québec, d'une part, mais je ne vise pas votre
directeur général. L'autre élément, c'est que la durée moyenne d'un
mandat d'un élu, qu'il soit au Québec, à l'Assemblée nationale ou dans un hôtel
de ville, est de beaucoup inférieure à la
durée de prestations de travail d'un employé municipal. En amenant 50-50,
est-ce que vous ne voyez pas là un déséquilibre? Je ne dis pas que moi,
j'y vois un déséquilibre. Je veux savoir quelle est votre opinion là-dessus. Est-ce qu'il n'y a pas une inéquité
dans le traitement ou si vous dites : Laissez faire l'inéquité, la
perception est tellement importante que vous devez aller de l'avant avec
une mesure semblable? Je veux vous entendre là-dessus.
Labeaume (Régis) :
Nous, à la ville de Québec, on voulait revoir toute cette question-là. Moi,
c'est la troisième fois que je le
demande. Je l'ai demandé la troisième fois avec le maire de Montréal,
qui venait d'être élu. Pour compenser le
fait qu'il n'y ait pas de sécurité d'emploi — on sait
qu'en politique il n'y a pas de sécurité d'emploi — il existe ce qu'on appelle des primes de départ. Alors, ce que je
dis, ça serait la
partie qui justifierait encore plus le fait que c'est un
métier incertain et qui pourrait
aider des gens à vouloir faire un peu de politique. Pour le reste, pour une
question de principe, je pense qu'on
doit arriver à 50-50, et la
partie prime de départ pourrait, je pense, être
encore plus justifiée pour couvrir le fait que c'est un métier, entre
guillemets, incertain.
M. Moreau :
Alors, ce que vous dites, ce n'est pas : Bonifiez la prime de départ. Vous
dites : La prime de départ est
une compensation à ce qui pourrait être une inéquité si on n'agissait que
sur — sans
prime de départ — le
partage à 50-50.
M. Labeaume (Régis) : M. le
ministre, au total, l'élu est perdant, mais ce n'est pas grave.
M. Moreau : Parce qu'il y a
une question de perception qui est très importante.
Labeaume (Régis) : Parce qu'il y a une question de perception.
Alors, ce métier-là, il est incertain puis il est incertain jusque-là.
M. Moreau : Alors, ça
confirmera l'idée qu'on ne va pas en politique pour faire de l'argent.
Labeaume (Régis) : Bien, moi, si vous voulez que j'en parle
avec vous, ça va me faire plaisir, là, mais je précise qu'on l'avait demandé, et le maire de Montréal,
lui, a annoncé hier qu'ils votaient lundi, alors je lui ai dit qu'on suivrait
pour lundi prochain aussi. On va voter, au
conseil de ville de Québec, une résolution pour demander officiellement que
la loi n° 3 s'applique...
M. Moreau : Au Régime de
retraite des élus.
Labeaume (Régis) : ...au Régime de retraite des élus
municipaux, et incluant le passé, en passant. Je regrette pour les
anciens, là, mais c'est ça.
M. Moreau :
Bien. Sur la question des déficits passés, vous avez amplement fait part, dans
vos remarques, dans votre mémoire déposé à la commission, du fait que
vous avez été, à la ville de Québec — et là ça s'applique autant à l'administration de la ville qu'aux associations
syndicales — extrêmement
actifs dans la négociation et dans la modification des conventions collectives pour s'aligner vers
les principes du projet de loi n° 3, vers les balises que prévoit le
projet de loi n°
Malgré le fait que vous ayez peut-être été... je
ne sais pas, je ne veux pas faire un jugement négatif sur les autres municipalités,
mais probablement dans la tête de peloton des municipalités les plus actives en
négociation, vous n'avez jamais réglé la question des déficits passés.
Pourquoi?
Labeaume (Régis) : Bien, premièrement, je pense que tout le
monde va convenir que, depuis cinq, six ans, ce n'est pas à Québec où
les relations patronales-syndicales étaient les plus harmonieuses, hein? Je
pense que je ne surprends pas personne en disant cela. Et le ticket d'entrée,
le billet pour commencer sérieusement à négocier, c'était d'accepter qu'on élude complètement la question des déficits passés. Si on n'avait pas fait ça, on ne
négocierait pas, on n'aurait pas eu
d'entente. Il faut vivre en temps réel, sinon c'est de l'angélisme. Il n'y a
aucun syndicat, avant cette loi-là, qui
accepterait que les employés remboursent le déficit passé. Oubliez ça, là. On
peut bien se conter des histoires, c'est non. Moi, je l'ai vécu en temps réel pendant six ans : impossible.
Mais, comme je savais que la loi s'en venait, je me suis permis
d'accepter qu'on l'élude. Et, en passant, non seulement on a éludé la question
des déficits passés, ce qu'on a négocié et
conclu, c'est à peu près copier-coller la loi : coût du régime à 18 %, 50-50 pour le futur, etc., c'est à peu
près copier-coller la loi. Comment ça
se fait qu'elle est si mauvaise que ça, cette loi-là, si on l'a signée, nous
autres, avec des gens à Québec, des leaders syndicaux qui ne sont pas
toujours faciles non plus? C'est comme le maire, hein, tu sais?
M. Moreau :
Le maire non plus n'est pas facile?
M. Labeaume (Régis) :
C'est ce que je dis.
Moreau : Voilà,
voilà. Mais, dites-moi, sur la question des déficits passés, donc, j'entends
une ouverture où on dit : Bon,
oui, peut-être que les déficits passés devraient être réglés,
comme le prévoit la loi, sur une base de 50-50. J'entends ça dans le discours. On me corrigera si mes
oreilles me font défaut. Mais ce que j'entends aussi, c'est de dire : Si
j'exige un partage à parts égales du déficit passé, il ne doit pas y
avoir d'écart entre l'obligation faite à la ville, donc aux contribuables à travers elle, et aux cotisants.
Alors, si tout le monde doit payer, tout le monde doit payer la
première année et non pas étaler ça.
Une ville aurait une possibilité d'emprunter puis d'amortir son emprunt sur plusieurs
années. Mais n'entrons pas dans les détails du droit ou de la procédure
municipale.
D'abord,
comment voyez-vous ça? Est-ce que la ville doit payer immédiatement et les associations syndicales immédiatement ou est-ce qu'on doit aussi être ouvert au discours
de dire : Le coût, pour les associations, peut, dans certains
cas, être important, et ne pas modifier la répartition à 50-50, mais étaler
dans le temps la possibilité d'acquitter cette somme-là, étant entendu que la
loi doit établir une date butoir pour qu'il
n'y ait pas d'ambiguïté et qu'on
dise : On doit régler les déficits passés?
Labeaume (Régis) :
Première chose, tout retard se fera au détriment des payeurs de taxes. Plus on
retarde... Plus les employés
retardent à éliminer le déficit, c'est le payeur de taxes qui paie. C'est tout.
Si vous me parlez d'urgence, moi, c'est maintenant, parce qu'on veut que
ça se termine maintenant. Dans le cas des employés réguliers de la ville, techniquement, il n'y a plus de déficit si on
lève l'indexation. On l'a fait dans les deux cas. Voyez-vous, auprès de ces
gens-là, ça n'existe plus, on a même 45
millions... On est 45 millions au-dessus de nos affaires. Bon, alors, tout
retard, là, moi, je pense qu'à chaque fois qu'on va le faire il y a quelqu'un
qui va payer, ça va être le payeur de taxes.
Maintenant,
je veux juste revenir, pour suivre votre raisonnement, sur les retraités. Le
citoyen payeur de taxes, il a perdu
de l'argent dans les dernières années, la crise financière,
etc., il est obligé de réorganiser sa retraite. Il sait que, comme le disait M. D'Amours, ce n'est plus liberté
55, c'est terminé, il doit revoir son futur. Mais le retraité municipal dit à ce payeur de taxes là : Moi, je ne
perds pas une cenne sur ma rente, — parce qu'il ne perd pas un sou — peu importe ta condition, je veux mon augmentation de salaire de toute façon. Parce
qu'une indexation, excusez-moi, c'est un revenu de plus. Donne-moi plus d'argent, à part du fait que je suis sûr d'avoir
ma rente de base, donne-moi-z-en plus, à peu près 1,5 million par année, peu importe ta situation.
Que tu aies perdu de l'argent, ce n'est pas mon problème, je veux mon
indexation. Ce qui est insensé, c'est ça.
je veux revenir, là. Moi, je vais vous dire, M. le ministre, je suis ouvert
parce que, bon, un projet de loi, c'est un projet, puis il faut que ça finisse par une loi officiellement, mais
je vous demande d'éviter toute modification dans la loi qui ferait en sorte, au moins pour Québec, que les
payeurs de taxes continuent à payer. Pour moi, le projet de loi doit terminer
le moment où le payeur de taxes en paie
trop. Plus on retarde, plus il va payer, puis c'est toujours lui qui est au
bâton.
Moreau : J'ai deux autres questions à vous poser, là : la
première en relation avec le sujet dont on parle; puis, la deuxième,
j'irai sur la question de l'arbitrage. Il nous reste à peu près cinq minutes.
Première
question. À Québec, vous dites : Si je suspends l'indexation, je règle le
problème, donc, chez nous...
M. Labeaume
(Régis) : Techniquement.
Moreau : ...techniquement, chez nous, là, le problème ne se
pose pas vraiment. Je vais vous demander de mettre votre talent au service des autres municipalités
du Québec. Mettons que vous n'êtes pas à Québec et que la suspension de l'indexation ne règle pas le problème. Est-ce
que vous êtes fermé à l'idée d'étaler dans le temps, dans une peut-être très courte période, l'obligation qu'auraient et
la ville et les associations syndicales à payer le déficit passé? Est-ce que
ça peut être étalé sur un an, deux ans, trois ans?
Labeaume (Régis) : M. le ministre, regardez ce qu'on a fait à
Québec. Oui, l'indexation temporaire qui est levée règle le problème, mais on a fait plus que ça. 18 %, vous
l'avez dans la loi, coût du régime. Vous savez, juste calculer la rente sur cinq années
au lieu de trois années, c'est beaucoup d'argent. Reculer l'âge de la retraite
comme on a fait, c'est beaucoup
d'argent. Alors, au lieu d'étaler, là, que les gens prennent les moyens pour
arriver à leurs fins. On l'a fait, nous. Imaginez-vous qu'on l'a fait à Québec. Si on a été capables de le faire
à Québec, tout le Québec est capable de le faire.
M. Moreau :
Dernière question parce que je pense que c'est tout le temps que nous aurons,
en tout cas pour la
partie
ministérielle. Vous avez parlé de l'arbitrage. Et c'est le troisième alinéa de
l'article 38 du projet de loi qui prévoit qu'«en outre, l'arbitre doit prendre en considération les concessions
antérieures qu'ont consenties les participants à l'égard d'autres éléments de la rémunération globale». Cet
alinéa-là complète le précédent, qui dit : «[L'arbitre] doit prendre en
considération, notamment, la capacité de
payer des contribuables, l'équité intergénérationnelle, la pérennité du régime
de retraite, le respect du partage des coûts
et des objectifs visés par la présente loi, les congés de cotisation ainsi que
les améliorations apportées au régime.»
L'idée
derrière cette proposition-là, c'est de créer un équilibre. On dit : Congé
de cotisation, ce n'était pas une bonne
pratique — ça,
c'est du côté des villes; amélioration des régimes, ce n'était pas une bonne
pratique — c'est du
côté des associations syndicales. Mais, lorsque les associations
syndicales ont consenti des concessions importantes, pour quelle raison est-ce que l'arbitre ne devrait pas
en tenir compte? Parce que ce que vous me dites, c'est : Là, on ne veut
pas créer un incitatif aux associations,
dire : Vous ne négocierez pas, on s'en va à l'arbitrage, on reste les deux
mains... on est assis sur nos mains.
Les associations syndicales nous disent : Le contexte de l'article 38
fait en sorte qu'il y a un risque que les municipalités restent assises
sur leurs mains.
Labeaume (Régis) : Je vous dirai que tout d'abord,
techniquement, ça va être incroyable de pouvoir... de devoir reculer dans le passé, se documenter. Six mois, ça
ne sera jamais assez. Tu recules de 10, 20, 30, 40 ans, tu arrêtes où?
M. Moreau : Sur l'arbitrage.
Labeaume (Régis) : Pour l'arbitrage, hein? D'ailleurs, j'étais
favorable, au début — je m'en
veux un peu, puis je vous l'ai dit — mais on y a pensé comme il
faut.
D'autre part, ce n'est pas vrai que les salariés
ont laissé quelque chose sur la table pour avoir des meilleures pensions. C'est faux, ça, M. le ministre. Ça
n'existe pas, parce qu'ils gagnent 38 % pour les mêmes jobs au
gouvernement du Québec. Ça n'existe
pas. C'est un leurre et c'est un mythe. Et ça m'enrage, ça. C'est faux. Ils
n'ont rien laissé sur la table, parce
qu'ils gagnent 38 % de plus qu'au gouvernement du Québec et ils gagnent
plus que les grandes entreprises syndiquées. C'est totalement faux, et c'est pour ça que, parce que ça n'existe pas,
ça ne vaut pas la peine d'arbitrer dans ce sens-là.
Et, en plus
de ça, en attendant, si on prolonge... Et, vous savez, les organisations
syndicales vont prendre une chance d'aller
vers l'arbitre s'ils ne s'entendent pas. Ça, ça veut dire qu'on prolonge de
quelques mois à maximum un an à 18 mois, puis, pendant ce temps-là, ce sont nous, les villes, qui vont payer les
cotisations d'exercice et les cotisations d'équilibre. Excusez-moi, les
villes, c'est le payeur de taxes. Alors, là-dedans, il y a une perte pour le
payeur de taxes, garantie.
Et c'est faux,
faux, archifaux que les employés municipaux ont laissé des choses sur la table.
Ils gagnent plus que tout le monde. C'est un mythe, c'est un leurre.
M. Moreau :
M. le maire, là-dessus — puis je complète, j'en fais plus une
remarque — j'entends
très bien ce que vous me dites, mais
il y a quand même... dans la perspective de ne pas avoir de mur-à-mur, il y a
des cas documentés, notamment à
Montréal, où il y a eu des congés de cotisation qui équivalent à peu près à
850 millions de dollars. Alors, il faut aussi, dans la balance des inconvénients et dans l'équilibre des
choses, faire en sorte que l'arbitrage, ce soit vu comme un élément
inquiétant pour les deux parties, de sorte que l'effet net sera de favoriser la
négociation.
M. Labeaume (Régis) :
Écoutez, je ne veux pas me mêler de Montréal, parce qu'il y a quelqu'un...
M. Moreau : Non, non. Bien,
je ne vous demande pas...
M. Labeaume (Régis) : ...il y
a quelqu'un, derrière moi, qui me surveille, mais je doute...
M. Moreau :
Oui, oui, oui. Je comprends. Mais je
vous dis, pour éviter le mur-à-mur... Oublions Montréal, là, il y a peut-être d'autres cas...
Labeaume (Régis) : Je
doute qu'il y ait... Comment dire? Je vais le dire autrement. Dans les grandes
villes, je doute qu'il y ait des
policiers sous-payés. Je vais le dire comme ça. Il y a peut-être
des cas particuliers de congés de cotisation,
mais encore là n'exagérons rien. Je pense que, s'il y a eu des congés de
cotisation, après, au long des années, les employés ont dû aller
chercher un peu plus de bonifications. Je le pense sincèrement.
M. Moreau : Mais vous convenez avec moi que la loi... je ne parle pas de la situation de Québec,
mais que la loi doit tenir compte ou
doit ouvrir la possibilité à tenir compte des situations particulières pour
éviter justement d'être un mur-à-mur et de s'appliquer aux situations
particulières de chaque municipalité.
Le Président (M. Auger) : Désolé,
c'est tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole au
porte-parole de l'opposition officielle, le député de Sanguinet.
Therrien :
Merci, M. le Président. Je souhaite la bienvenue à M. le ministre et ses
collègues qui l'accompagnent...
Une voix :
M. le maire.
Therrien :
M. le maire. M. le maire, excusez-moi. Peut-être ministre un jour, on ne sait
pas.
Alors
donc, écoutez, très intéressant, comme intervention. J'aurais quelques
questions. Il y a des questions qui sont d'information, parce qu'il y a
des choses que j'entends, puis je veux juste préciser, là, certains aspects.
Vous
parlez d'un déficit de 500... 600 millions. Vous, il n'y a pas de congé de
cotisation qui s'est pris. En tout cas, ce que vous avez dit, là :
Précédemment, mais, bon, ça fait longtemps, puis c'était très peu, là, à ce
qu'on a vu.
M. Labeaume
(Régis) : M. le député, c'était pour les employés et les
employeurs, les deux.
Therrien : C'est ça. Non, non, ça va, puis j'avais bien
compris. En 2006, il y a une taxe supplémentaire aux citoyens qui a été imposée dans l'ancienne ville
de Québec. Est-ce que cette taxe-là, c'était en
partie pour financer... Je
vous pose la question, là, c'est une
information que j'ai. Est-ce que cette taxe-là, c'était pour justement aider le
financement du déficit des fonds de retraite? Puis je pourrais vous
poser cette question-là...
Labeaume (Régis) : Ça concerne... Il y a trois déficits à
Québec, hein? Vous avez le déficit de l'ancienne ville de Québec. On ne peut pas demander à la personne
de... pas de Val-Bélair... de payer l'ancienne ville. Alors, ce déficit-là,
il est de 260 millions. On doit
l'assumer complètement et on le taxe actuellement, hein, on le taxe depuis
2006, si l'information que vous avez
elle est exacte. Il y a le déficit des retraités, de 190 millions; il y a
celui des employés actifs, de 150 millions. Ça fait 600. Et, même à
la fin de l'exercice de la loi, la ville continuera à payer, au total,
60 % avec les taxes.
Therrien : Et ça, ce montant d'argent là, est exclu, vous
l'avez retiré du montant de 600 millions que vous m'avez mentionné
tantôt.
Une voix :
Non, il est inclus.
Therrien :
Ça veut dire que c'est 600 millions, en considérant ces revenus de
taxation.
Labeaume (Régis) : Là, on est en train de le taxer, c'est ça
que je vous dis. Depuis 2006, on taxe pour rembourser le
260 millions de déficit de l'ancienne ville de Québec, et on en a pour
encore très longtemps.
Therrien :
O.K. Donc, ça sert à rembourser. Ce n'est pas mis de côté, là.
Labeaume (Régis) : C'est uniquement, uniquement pour rembourser
la taxe de l'ancienne... la dette de l'ancienne ville de Québec, et
c'est taxé seulement aux habitants du territoire de l'ancienne ville de Québec.
Therrien :
Et, dans votre évaluation, vous en tenez compte, évidemment.
M. Labeaume
(Régis) : Bien oui!
Therrien : O.K. Moi, j'aurais des questions par rapport à
l'entente que vous avez signée récemment, là. Vous avez dit que vous avez, là... en tout cas, vous
vous êtes profilé sur le projet de loi n° 3 puis... En tout cas, c'est
assez clair, là. Est-ce que vous
attendez, évidemment, le projet de loi n° 3 pour ensuite tomber dans le
déficit passé? Est-ce que vous allez
utiliser ce cadre-là, ce nouveau cadre, pour justement régler les déficits passés
que vous n'étiez pas capables de régler auparavant?
Labeaume (Régis) : Oui, absolument. Tout d'abord, bon, il n'y
aucun syndicat qui voudra le négocier. Puis, deuxième affaire, la loi nous empêche de le faire parce que la loi dit
que ce sont les villes qui paient les déficits. Légalement, on ne peut
pas le faire, en plus.
Therrien : O.K. Autre chose : dans cette entente-là, ce
qu'on voit... corrigez-moi, mais en tout cas c'est écrit, là, c'est assez clair que l'âge de la retraite va
augmenter, que les syndicats ont accepté de prolonger, là, le temps de travail;
l'âge de la retraite augmente. C'est bien ce
que j'ai constaté. Je pense que je ne me suis pas trompé, c'était très clair
dans votre mémoire. Vous dites aussi
dans votre mémoire que la prolongation de l'espérance de vie cause des
problèmes de financement des régimes de retraite. Je pense que tout le
monde en convient.
Moi,
je voudrais vous demander, comme ça : Est-ce qu'il y a eu de l'évolution
entre la date d'entrée des employés et
la date de sortie des employés, récemment, depuis 10, 15, 20 ans? Est-ce
que vous avez noté que les employés arrivent plus tard et terminent plus tard ou il n'y a pas vraiment de changement
à ce niveau-là qui fait en sorte que vraiment les retraités sont appelés
à être beaucoup plus longtemps à la retraite?
Labeaume (Régis) : Ah! bien, c'est mathématique, en ce sens que
l'espérance de vie d'un homme, je pense, c'est rendu à 85, d'une femme, 87. Ça a augmenté de 10 ans dans les
dernières 50 années et de deux ans dans les trois, quatre dernières
années. Alors, c'est mathématique, hein?
vous dirais qu'avec la nouvelle entente on ne verra plus de sortie à
55 ans puis on... Normalement, on ne verra plus de retraités qui gagnent plus à la retraite que quand ils
travaillent. Ça, je pense qu'on a éliminé ça. Quant à savoir... C'est sûr que maintenant ils sortent plus tard. Je
vais vous donner un exemple : les employés manuels. Ce que font les
gens, c'est qu'ils s'en vont dans une entreprise
privée puis ils s'en viennent à la ville se constituer un fonds de pension.
Ça, ça fait que, quand on calcule leur âge d'entrée à la ville et l'âge de
titularisation de ceux qui sont des travailleurs temporaires, ça donne, dans ce cas-là des employés manuels, 40 ans
à peu près. Mais c'est un cas exceptionnel. Alors, c'est bien sûr qu'ils ne partiront pas à
55 ans, parce qu'ils ont été dans une entreprise privée où il n'y avait
pas bien, bien de fonds de pension ou
c'était plus à risque, à cotisations déterminées, ils s'en viennent à la ville
avec un superfonds de pension puis ils vont travailler jusqu'à 60,
65 ans parce qu'ils vont sortir de là avec...
Vous savez,
un policier, là... un pompier, à Québec, qui rentre à 20 ans puis qui sort
à 50 ans, son fonds de pension vaut
1 million de dollars. Un policier, pour la même bracket, là, le même
temps, ça vaut 840 000 $. En connaissez-vous, vous, des travailleurs dans ce style-là qui ont un
fonds de pension de 1 million de dollars? Moi, je n'en connais pas. Et, en
passant, je veux juste répéter, hein, la
majorité des fonds de pension ont été payés pas par les travailleurs, par les
payeurs de taxes. Parce que les travailleurs disent : Aïe! on a constitué
ça, nous autres, on a mis de l'argent là-dedans. C'est parce que la vérité, c'est que la majorité de l'argent
vient des payeurs de taxes. Les travailleurs ont toujours payé moins que
les villes, dont les payeurs de taxes. Ça, c'est une autre fausseté qu'il faut
raplomber, là.
Therrien :
Je vais vous poser la question... Moi, je me questionne beaucoup, je
m'interroge là-dessus beaucoup parce
que je n'ai pas été dans le monde municipal. Et je vais vous poser une
question, puis je ne sais pas si ça va sortir tout croche. En tout cas,
je ne veux pas que vous m'en teniez rigueur, là, mais c'est une question que je
me pose, là. Comment se fait-il qu'on se
retrouve dans une situation de déficit comme ça? Et moi, j'imagine que, quand
vous avez signé des ententes, par le
passé, à quelque part, vous avez dit aux employés : C'est correct, on
trouve que ça a du bon sens. Vous
avez signé, ils n'avaient pas le couteau sur la gorge, rien. Ça fait que, moi,
c'est ça que je trouve un peu surprenant, c'est que vous dites : Ah! bien là, on se retrouve... on a payé
beaucoup trop, puis le contribuable, il supporte tout ça. Mais moi, je me dis : La municipalité est censée
protéger les contribuables. C'est ce que vous faites aujourd'hui, mais je me
dis : Quand vous avez signé, là, à quelque part, là, vous aviez...
Tu sais, vous avez eu cette conscience-là de protéger les contribuables. Mais pourquoi vous signez? Première
question. Et pourquoi on ne retrouve pas des situations similaires dans l'ensemble des régimes des municipalités? Je
ne sais pas si ma question est plate, mais c'est une question que je me pose,
Labeaume (Régis) : Bien, regardez, je ne peux pas parler pour
moi, parce que ça fait six ans; tout ce que j'ai signé, moi, on était gagnants. Dans le passé... Je ne veux pas accabler
mes prédécesseurs, mais, premièrement, la première réponse, c'est qu'il n'y a pas... il est
impossible d'avoir un sain rapport de force dans le domaine municipal. La ville
n'a pas de pouvoir. Tout le monde le
sait. Et c'est ça qui a fait que, d'année en année, les maires ont laissé aller
bien des choses, et c'est rendu
intenable. Première affaire. La grosse réponse, c'est celle-là : Il n'y a
pas possibilité d'avoir un sain rapport de force dans le domaine
municipal des négociations.
Deuxième
affaire — M. D'Amours
l'a dit — écoutez,
les rendements ne sont pas là. Ce n'est pas bien compliqué, là. Ça coûte moins cher, une hypothèque aujourd'hui.
Un financier... un industriel se finance à moins cher. Ça, ça veut juste
dire qu'on n'a pas de rendement, nous autres, dans les villes, puis comme tous
les investisseurs.
Puis
finalement c'est la fatalité. Moi, je ne pense pas que le maire Lamontagne
avait prévu qu'aujourd'hui les gens vivraient 10 ans de plus. Moi,