Transportation and the Environment — 24 November 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CTE 2021-11-24
Quebec — Committees
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Fortin (Pontiac) est remplacé par M. Benjamin (Viau)
et Mme Lessard-Therrien (Rouyn-Noranda—Témiscamingue) est remplacée par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion).
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci beaucoup. Nous entendrons ce matin les
personnes et organismes suivants, soit de Nature Québec et Équiterre.
Je souhaite donc la bienvenue aux représentants
de Nature Québec. Donc, Mme Simard, M. Frazao, bonjour. Bienvenue à
la Commission des transports et de l'environnement. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous allons procéder
à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter et à commencer votre exposé.
Simard (Alice-Anne) :
Excellent. Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Donc, mon nom est
Alice-Anne Simard. Je suis la directrice générale de Nature Québec. Et
je suis accompagnée de M. Cyril Frazao, qui est directeur exécutif de
Nature Québec.
Alors, globalement, Nature Québec accueille
favorablement le projet de loi n° 102. C'est un projet
de loi qui était nécessaire pour ajuster certains aspects défaillants de la
législation existante. D'emblée, on tient à souligner favorablement l'intention
d'améliorer et d'uniformiser les mesures d'application des lois sur la responsabilité
du ministre de l'Environnement. On accueille aussi favorablement, là, le
renforcement de la
Loi sur les pesticides et l'ajustement de la
Loi sur les
barrages. Et nos recommandations visent surtout à bonifier le projet de loi n° 102, à soulever quelques interrogations et à souligner
des éléments qui nous apparaissent particulièrement importants.
Donc, tout d'abord, je sais qu'on n'est pas les
seuls à l'avoir mentionné, là, mais le libellé actuel de l'article 4 ouvre
la porte, selon nous, à une capacité du ministre à sous-traiter l'inspection en
environnement, et ce, même si le ministre a exprimé clairement que telle
n'était pas l'intention du gouvernement. Donc, on croit que le projet de loi
devrait être amendé pour clarifier que l'article 4 et les articles qui y
réfèrent visent uniquement à attribuer certains pouvoirs à des personnes
chargées d'assister ou d'accompagner les inspecteurs en environnement du gouvernement.
Donc, on
recommande donc, là, que le deuxième alinéa de l'article 4 soit modifié pour
se lire ainsi : Le ministre peut également autoriser, par entente,
toute personne autre qu'un fonctionnaire chargé d'assister ou d'accompagner un
inspecteur à exercer en l'absence d'un inspecteur certains pouvoirs normalement
dévolus, etc.
Ensuite, les modifications proposées à la Loi
sur les mines par le projet de loi n° 102 sont des
avancées intéressantes mais sont malheureusement trop modestes. Le ministre
aurait dorénavant davantage de pouvoir pour imposer des conditions aux travaux d'exploration
minière. C'est une bonne nouvelle.
L'article 37, là, obligerait le
titulaire de claim à obtenir l'autorisation du ministre avant de réaliser tous
travaux d'exploration à impacts déterminés par règlement. Donc, le diable est
dans les détails. Il faut voir comment le projet de règlement... En fait, il
faudrait voir ce projet de règlement là pour savoir ce que signifient des
travaux d'exploration minière à impacts. Et, comme on n'y a pas accès pour
l'instant, pour remédier à cette problématique, on est d'avis que tous les
travaux d'exploration devraient nécessiter l'autorisation préalable du ministre.
On recommande
donc, là, que l'article 37 soit modifié par le retrait, au deuxième
alinéa, après «d'exploration», de «à impacts déterminés par règlement».
Et, bon, malgré les
modestes avancées présentées dans le projet de loi n° 102, la
Loi sur les
mines confère, selon nous, encore et
toujours des privilèges qui sont inédits pour l'industrie minière. C'est une
refonte en profondeur de la
Loi sur les mines qui est plus que
nécessaire afin d'assurer une possible cohabitation des intérêts miniers, des
préoccupations environnementales et des intérêts des communautés autochtones et
québécoises.
Ensuite, l'article 76 du projet de loi, qui
propose la modification à la
Loi sur la protection des arbres, ça semble
mineur, mais, pour nous, on croit que ça pourrait avoir des impacts assez
importants, là, pour la qualité de vie de certains citoyens, citoyennes. On
comprend que ces modifications visent à prévenir de potentielles coupes de
services d'électricité. Cependant, on trouve que 24 heures pour aviser le
propriétaire d'un arbre avant un abattage préventif, ça va être trop peu. On
voudrait qu'il y ait un délai de 72 heures, là, pour... qui serait plus
approprié dans le cas, je le rappelle, d'un abattage préventif, et essayer de
voir pour avoir des spécialistes, finalement, de foresterie urbaine qui
pourraient vraiment appuyer ces recommandations-là d'abattage d'arbre.
Ensuite, au niveau des modifications sur... à la
Loi sur la qualité de l'environnement, on tient à souligner positivement
l'article 84 du projet de loi, qui permet au ministre de transmettre sa
recommandation au gouvernement avant la fin de l'évaluation environnementale
lorsque l'initiateur du projet n'a pas répondu à ses demandes. Enfin, là, on
va... on n'aura plus à attendre, là, après des promoteurs qui s'obstinent
parfois, là, à ne pas répondre aux questions du ministre lors de l'évaluation
de leurs projets.
Et on souligne aussi positivement l'article 95,
qui permet au ministre d'ordonner à une municipalité d'exercer ses pouvoirs en
matière non seulement d'environnement, mais de protection de la santé, de la
sécurité, du bien-être, du confort et aussi la protection des autres espèces vivantes.
On a même hâte de voir comment le ministre va utiliser ces nouveaux pouvoirs et
ramener à l'ordre certaines municipalités.
Maintenant, malgré quelques ajouts intéressants,
certaines modifications proposées à la
Loi sur la qualité de l'environnement soulèvent des interrogations.
D'ailleurs, à ce niveau, on aimerait que le ministre explique son intention
derrière la dernière phrase du cinquième
alinéa de l'article 84, à savoir pourquoi veut-il que la procédure
d'encadrement de certaines activités se poursuive malgré une
recommandation défavorable du ministre à la délivrance d'une autorisation avant
la fin de la procédure.
Et, au niveau de l'article 95, qui
introduit un délai d'au moins 15 jours pour l'initiateur d'un projet pour
qu'il présente ses observations suite à l'envoi par le ministre d'un préavis
avant de lui transmettre une recommandation défavorable, on est d'avis que le
délai de 15 jours ne devrait être exigé que lorsque le préavis a été
envoyé avant la fin de l'évaluation. Et, pour nous, ça devrait être un délai
maximal de 15 jours et non minimal, parce qu'autrement on ouvre la porte à
ce que des promoteurs allongent le processus d'évaluation indéfiniment pour
présenter leurs observations de dernière minute.
Ensuite, bien que le projet de loi ajoute
certains pouvoirs au ministre en matière de réglementation des véhicules, il
est essentiel que les exigences de crédit correspondent à la cible
gouvernementale de réduction des émissions
de GES pour 2030, qui, selon nous et selon plusieurs autres groupes, doit
elle-même être révisée pour s'assurer que le Québec fasse sa juste part
dans l'effort climatique mondial.
Donc, Nature Québec recommande que le
gouvernement procède dans les plus brefs délais à une refonte de la réglementation de la norme véhicules zéro
émission, plus sévère et visant à paver la voie pour l'interdiction complète de
la vente et de la location, là, des véhicules à essence, avec diesel ou
hybrides non rechargeables, en s'assurant que les exigences de crédit
correspondent à la cible révisée de réduction des émissions de GES pour 2030.
Concernant, maintenant, la date limite fixée,
là, à 2035, là, pour l'interdiction des véhicules à essence, etc., on
recommande que le gouvernement évalue sérieusement la possibilité de la
devancer à 2030, au lieu de 2035, afin d'inspirer d'autres États en Amérique du
Nord à se doter d'une cible ambitieuse en la matière, ce qui pourrait créer un effet boule de neige et forcer l'industrie
automobile à accélérer la cadence. On considère, en fait, que le gouvernement
sous-estime le message qui est envoyé aux autres législations et à l'industrie
quand un État comme le Québec adopte une législation climatique ambitieuse.
Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que le
gouvernement fédéral a révisé sa propre échéance, en juin dernier, pour
s'aligner sur l'objectif du Québec. De plus, il y a plusieurs États dans le
monde, présentement, qui étudient l'adoption du même type de loi et qui
observent, donc, ce qui se fait à l'international. Et le Québec pourrait, comme
dans plusieurs domaines de l'environnement, être un leader en devançant son
échéance à 2030. Le Québec ne doit pas sous-estimer le rôle qu'il a en matière
de leadership climatique en Amérique du Nord et donc le poids important qu'il peut avoir sur le marché automobile. Il ne
faut pas oublier non plus que le Royaume-Uni, qui avait une échéance en
2040, l'a devancée également en 2030. Les autres pays européens qui ont une
échéance en 2030 sont le Danemark, les Pays-Bas, l'Islande et la Suède. Et la
Norvège a même un échéancier plus ambitieux de
Malgré tout cela, de façon générale, on tient
aussi à souligner l'importance que le Québec se dote d'une stratégie pour
diminuer globalement le parc automobile et non l'augmenter. On sait que ça sort
un peu, là, du projet de loi en tant que tel, mais on pense que cette
réflexion-là doit être de plus en plus pressante. Notre société, elle ne peut pas seulement se contenter, là, de remplacer
tous les véhicules actuels par des véhicules zéro émission. Même si le
Québec remplace toutes les voitures polluantes par des voitures électriques,
les impacts principaux, sur la société, de l'augmentation du parc automobile
resteront les mêmes, notamment l'étalement urbain, la destruction de milieux
naturels pour construire des routes, des coûts exorbitants pour entretenir les
infrastructures routières, la sédentarité et les
problèmes de santé associés, l'endettement des ménages, l'augmentation de la
congestion sur les routes et les coûts associés, la diminution des
espaces publics et des services de proximité, l'augmentation du prix et du stress,
etc.
Donc, pour diminuer la taille de son parc
automobile, le Québec doit notamment investir massivement en transport collectif et actif dans toutes les
régions, réglementer la publicité automobile, revoir en profondeur
l'aménagement du
territoire afin de décourager l'utilisation de l'auto solo
et arrêter de construire des nouvelles infrastructures routières comme des autoroutes, des ponts et des tunnels,
qui finissent inévitablement par augmenter l'achalandage, l'étalement
urbain et la congestion.
Finalement, Nature Québec recommande que l'article 156
du projet de loi soit modifié pour que le règlement sur l'interdiction des
véhicules polluants soit adopté au plus tard le 31 décembre 2022 et
non 2024. On est d'avis que d'attendre à la fin 2024 pour adopter un tel règlement,
c'est trop tard, et on s'explique mal pourquoi le gouvernement prévoit attendre
si longtemps. Reporter l'adoption de ce règlement dans trois ans pourrait
brouiller le signal envoyé à l'industrie. Voilà. Merci.
Présidente (Mme Grondin) : Merci beaucoup, Mme Simard. Donc, nous allons maintenant
commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous, et
vous avez un bloc de 16 minutes.
Charette : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Et je vais vous informer que ce sera un bloc
partagé, compte tenu qu'il y a
plein d'éléments intéressants, là, qui sont soulevés, sur lesquels on va
vouloir échanger.
Donc, merci à vous deux. Toujours un plaisir de
vous rencontrer, de