Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 16 September 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CAPERN 2020-09-16
Quebec — Committees
Mme Guay
Pepper (Béatrice) : Béatrice Guay Pepper, je suis la
directrice générale et secrétaire de l'ordre des huissiers, l'ordre de
la Chambre des huissiers de justice du Québec.
M. Taillefer
(François) : Bonjour à tous. François Taillefer, président de la
Chambre des huissiers.
Avant
de commencer, j'aimerais remercier les membres de la commission pour cette
invitation. Nous apprécions d'être présents parmi vous ce matin pour
appuyer le projet de loi, p.l. n° 35.
Alors, en
introduction, la Chambre des huissiers de justice du Québec est un ordre
professionnel à exercice exclusif dont la
mission première vise la protection du public. La
Loi sur les huissiers de
justice et le Code des professions sont
des lois-cadres définissant l'exercice de la profession, et les huissiers de
justice accomplissent principalement leur mandat selon les dispositions du Code civil du Québec et du Code de
procédure civile, tout en devant respecter diverses lois comme listées à
la
section des références à la page 9 du mémoire.
La profession de
l'huissier de justice comprend la réalisation des actes à l'exécution des
jugements sous l'autorité du tribunal ainsi
que la signification des actes de procédure de tout tribunal, la production de
constats et toute autre fonction prévue par la loi.
Trois ordres professionnels
relèvent du domaine du droit, soit le Barreau du Québec, la Chambre des
notaires et la Chambre des huissiers de
justice du Québec. Au total, on dénombre 28 065 avocats,
3 857 notaires et 426 huissiers de justice. Obligatoirement membres de la Chambre des huissiers de
justice du Québec, les 426 huissiers de justice évoluent dans le contexte qui requiert l'application des
lois et règlements relatifs à l'exercice de la profession ainsi qu'une gestion
efficace de leur entreprise, ce qui inclut les situations souvent pressantes,
de dernière minute, urgentes et imprévues et qui affectent les personnes
visées, débiteurs et créanciers.
niveau du
sommaire. La Chambre des huissiers a l'autorité exclusive pour
délivrer les permis professionnels aux huissiers de justice et voir,
entre autres, à ce que les meilleures pratiques soient suivies. Les huissiers
assurent les services de signification et d'exécution sur l'ensemble du
territoire québécois, quoique principalement à Montréal. Afin de préserver le droit aux citoyens, aux
organisations et aux entreprises d'avoir accès aux services des huissiers de
justice, il importe de rappeler leur rôle notamment en lien avec les
modifications proposées par le projet de loi n° 35.
D'emblée,
la Chambre des huissiers de justice du Québec appuie les objectifs du projet de
loi visant la modernisation des
règles de la publicité foncière par
la numérisation des documents ainsi que l'élimination des déplacements. La chambre applaudit aussi la disposition
identifiant une période de transition qui assurera le passage du document
papier vers le fichier électronique .
Cependant, en tout
respect, nous croyons que la transmission de documents au Registre foncier par
moyen électronique ne doit pas inclure, dans
sa mise en oeuvre administrative, l'imposition de fournisseurs de certification
de signature électronique aux membres
d'un ordre professionnel, particulièrement du domaine du droit. D'abord, la
Chambre des huissiers de justice du Québec assure la gestion du tableau
de ses membres, un élément important de sa mission principalement de protection
du public. Reconnus, donc, par leur ordre professionnel, les huissiers
utilisent déjà une signature électronique officielle.
Entre autres, un élément concerne l'article 63
du projet de loi indiquant deux modifications terminologiques à l'article 705
du Code de procédure. La Chambre des huissiers de justice du Québec souhaite
proposer un élément additionnel à cet
article 63 à l'attention de la
commission proposant... concernant la procédure de transmission des documents
par les huissiers.
En exposé général. La mission : protection
du public. Au départ, la mission d'un ordre porte sur la protection du public. Entre autres, la Chambre des huissiers
encadre, surveille l'exercice de la profession et voit à la formation des
membres dans la perspective du respect des droits des citoyens.
Il nous apparaît important de sensibiliser les
membres de la commission que les citoyens ou les groupes professionnels peuvent
s'avérer utilisateurs du registre. Il faudrait ainsi s'assurer que
l'apprentissage des citoyens et possiblement
les frais d'obtention de certification de la signature électronique ne
réduisent pas la capacité de consultation de la nouvelle plateforme.
Notre chambre
veut rappeler que la modernisation par la numérisation doit comprendre également
la protection du public. Assurons-nous que le passage du papier au
numérique n'apporte pas des droits... n'apporte pas des coûts additionnels,
pardon, qui seront relayés aux citoyens et/ou aux clients.
Selon le projet de loi, des frais s'ajoutent à
ce nouveau processus de certification de la signature électronique. La liste des frais publiés sur le site du Registre foncier prévoit l'ensemble des besoins de
l'utilisateur : l'adhésion, les services de formation et
l'accompagnement. Le principe est bien, mais il y a des coûts.
De plus, sans
être des experts de la question, il semble que certains territoires du Québec
ne soient pas branchés selon les normes souhaitées en connexion
Internet, ce qui pourrait limiter les citoyens dans son accès aux services du Registre foncier. Et les huissiers ont constaté
que plusieurs citoyens n'utilisent pas l'Internet, qu'ils soient en région ou
dans les centres urbains.
Signature électronique et certification. De
toute évidence, l'utilisation de signatures électroniques revêt un objectif
d'efficacité incontestable, entre autres par l'élimination de la production de
documents papier et du transport qui assure la livraison. La certification
d'une signature électronique nous apparaît aussi nécessaire.
Le site du
Registre foncier reconnaît deux fournisseurs de certification de signature
électronique. Nous voulons faire
valoir, cependant, que la production d'un document par un huissier de justice
est un acte professionnel qui inclut l'utilisation
de cette signature électronique. En toute déférence, nous réfutons la
pertinence d'imposer les organisations de
certification de signature à nos membres huissiers de justice, alors qu'ils
produisent déjà des documents numérisés, dans le système judiciaire, qui sont acceptés, notamment des tribunaux.
La période de transition du projet de loi permettrait d'ailleurs d'échanger avec le Registre foncier
afin d'harmoniser la technologie actuelle utilisée par les huissiers de justice
et les paramètres requis offrant le niveau de certification identifié par le ministère
de la Justice. Nous croyons que le
projet de loi n° 35 devrait aborder la certification de la
signature électronique des huissiers dans la perspective de l'implication
de notre ordre professionnel.
Certification de la signature électronique par
la Chambre des huissiers de justice du Québec. Le site Internet du Registre foncier indique deux prestataires de
services pour la certification de la signature électronique, soit Notarius
et service de certification ICPG du
ministère de la Justice. D'abord, le conseil d'administration de la Chambre des
huissiers a décidé de ne pas accepter
l'offre de services de Notarius. Nous avons analysé alors les conditions
d'utilisation du service de certification ICPG, ministère de la Justice,
et la politique de certification et les tarifs aux utilisateurs.
Bien que l'utilisation des moyens technologiques
soit utilisée couramment par les huissiers, il nous importe de nous assurer que la façon de faire de nos
membres soit alignée avec les paramètres de sécurité du ministère de la Justice.
Nous sommes d'avis que des rencontres entre
nos organisations respectives permettraient de valider les normes appliquées
actuellement par les huissiers.
Rappelons
que, le 28 mars 2020, les huissiers de justice utilisaient la
signification électronique. Dans le contexte de la pandémie, la ministre de la
Justice a instauré cette mesure d'urgence à l'intention des huissiers de
justice afin de préserver les droits
des citoyens. La signification électronique des actes de procédure est toujours
en vigueur et priorisée, plutôt qu'en mains propres, afin de limiter la
propagation de la COVID-19.
De toute évidence, la signature électronique
doit obligatoirement être reconnue et validée pour chaque acte professionnel,
notamment avec le Registre foncier, et nous souscrivons sans réserve au
principe de validation de la signature
électronique pour l'ensemble des utilisateurs, citoyens et professionnels. En
tout respect cependant, il apparaît qu'ici ni la procédure
d'identification de la signature électronique ni les tarifs aux utilisateurs,
ce qui inclurait les huissiers de justice,
selon notre compréhension de la mise en oeuvre administrative par le Registre foncier,
ne laissent présager une amélioration
à la facture que devront accepter ultimement les citoyens ou les entreprises
qui auront besoin d'utiliser la plateforme du Registre foncier.
Le projet de
loi n° 35, l'article
L'article 63 du projet de loi n° 35
indique les modifications terminologiques de l'article 607 du Code de procédure civile. Nous estimons qu'une
modification additionnelle pourrait s'avérer tout aussi pertinente.
En fait,
selon les dispositions du Code de procédure civile, l'article 607,
l'inscription du procès-verbal de saisie au Registre foncier précède obligatoirement la
saisie. Nous déplorons que la période qui s'impose par la suite, entre la
publication au registre et la saisie, puisse
facilement permettre au défendeur de se départir de l'immeuble visé par
jugement. Pour contrer à cet effet, nous estimons qu'il serait justifié de
permettre à la saisie par la signification d'un procès-verbal de saisie, avant ou après le jugement, au Bureau de
la publicité des droits, et ce, avant que la signification soit effectuée au
débiteur ou au défendeur.
En conclusion, il
nous semble que les recommandations suivent le principe de la signification
administrative soutenue par la Politique
gouvernementale sur l'allègement
réglementaire et administratif, le décret 1166-2017, dont les éléments sont indiqués en
introduction du projet de loi.
À notre réflexion sur
la protection du public s'ajoutent nos commentaires, qui portent
essentiellement sur la certification de la
signature électronique des huissiers par la Chambre des huissiers de justice du
Québec, ainsi que l'ajout de la modification de l'article 63 du
projet de loi, selon notre recommandation exposée précédemment.
Nous
nous félicitons de la période de transition de 10 mois prévue au projet de
loi, laquelle permettra aux huissiers non
seulement d'adopter la nouvelle pratique professionnelle, mais également de la
partager avec la clientèle provenant de l'ensemble du territoire
québécois.
Enfin,
nous tenons à souligner la contribution de l'équipe du Registre foncier, qui a
présenté les orientations du projet de numérisation à notre
congrès 2019.
Mesdames et messieurs de la Commission de
l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles,
nous vous remercions de votre attention.
Président (M. Lemay) :
Très bien, merci beaucoup pour votre exposé. Alors, sur ce, nous allons
maintenant débuter une période d'échange avec les membres de la
commission, et, M. le ministre, la parole est à vous.
M. Julien : Oui, merci, M. le Président. Bien, je
tiens à vous remercier pour votre présence ici aujourd'hui, pour
également la qualité de votre mémoire et des éléments que vous apportez. C'est
très, très apprécié.
Juste
pour avoir un état, un peu, de la situation, de la chambre et de vos membres,
par rapport à la transmission électronique