Public Finance — 29 January 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2015-01-29
Quebec — Committees
Depuis 1997,
les garderies et CPE se sont déployés de manière exponentielle pour répondre à
la demande. Les dépenses engendrées
par ces installations contribuent positivement à renflouer les coffres du
gouvernement directement ou
indirectement, que ce soit par le biais des impôts ou des taxes payés par les
garderies privées subventionnées et leur personnel, la construction ou la location de leurs installations, les
achats de leurs équipements, les achats de nourriture, etc. Le gouvernement doit avoir une vision globale
lorsqu'il se penche sur la question du financement des places subventionnées.
Regardons un
peu les chiffres du plan budgétaire 2014‑2015 à la page B.131. L'AGPQ vous cite
qu'un centre de la petite enfance
reçoit 2 758 $ de plus par jour pour une place en... excusez,
2 758 $ de plus par enfant, par année qu'une place en garderie privée. L'AGPQ dit que rien ne
peut expliquer cette... ou justifier cette énorme différence.
Malgré
cette réalité, 2 758 $ de plus par
année, par enfant, un très grand nombre de CPE sont déficitaires ou réalisent
très peu d'économies pour faire face à des situations urgentes, comme
par exemple la réparation d'un toit. C'est encore le gouvernement du Québec qui doit supporter financièrement le CPE pour
faire face à ces obligations. Ironiquement, d'autres CPE ont accumulé,
au fil des ans, des surplus importants, au-delà de 250 millions.
L'AGPQ propose au gouvernement des pistes de
solution. Premièrement, revoir la contribution réduite universelle pour
l'augmenter de 2 $ par jour. De toute évidence, le 7 $ d'aujourd'hui
n'a pas la même valeur qu'en 2003. Au début
du programme, la contribution parentale représentait 20 % du coût du
système, tandis que présentement elle représente moins de 13 %. Il
faut aussi revoir le financement. Tel que stipulé dans le plan budgétaire, une
place en CPE coûte 2 758 $ de plus
par année. Cette différence est énorme, considérant qu'il s'agit, en tous
points de vue, du même service offert à l'enfant, puisqu'on y applique
exactement les mêmes lois et règlements. Cela veut dire qu'un CPE de 80 places reçoit, par année, 220 000 $
de plus qu'une garderie privée subventionnée de même grosseur. À cela on
doit ajouter les taxes municipales que le gouvernement défraie pour le CPE.
Selon nos estimés, cela représente plus de 30 000 $
par année, pour un total... Québec débourse donc un supplément de
250 000 $ par installation de 80 places, pour la simple et unique raison que c'est un CPE. Cela
fait grimper la différence à 3 125 $ de plus par place par rapport à
une place en garderie privée, et, nous vous le répétons, rien ne peut justifier
une telle dépense additionnelle.
En principe,
une institution sans but lucratif comme un CPE devrait coûter moins cher que
son vis-à-vis privé. La gestion de
nos finances doit reposer sur une réalité économique et non pas sur une
idéologie politique. Le gouvernement du
Québec doit réduire la différence entre le financement des CPE et les garderies
privées d'un minimum de 150 000 $ annuellement pour une installation de 80 places. Même avec cette
réduction de 150 000 $, les CPE continueront de toucher 100 000 $ de plus annuellement de par
leur statut d'organisme à but non lucratif. Cette économie représente
160 millions par année pour Québec,
presque 800 millions sur cinq ans. En même temps, le gouvernement doit
cesser de transférer la facture aux garderies privées subventionnées et
leurs employés comme c'est le cas présentement.
À ce jour, malgré 2 758 $ de moins par
place, par année que les CPE pour exactement le même travail, le gouvernement ne se gêne pas de sabrer dans le
financement des garderies privées subventionnées. Ces coupes exagérées
mèneront à une réduction des services et forceront les garderies à niveler par
le bas. Pour ajouter l'insulte à l'injure, le
gouvernement du Québec a gelé l'entente pour le rattrapage salarial des
éducatrices en garderie privée subventionnée. Cette entente visait à harmoniser les salaires des éducatrices en
garderie privée subventionnée aux salaires des éducatrices en CPE. Il faut préciser que c'est un gouvernement
libéral qui avait signé entente quinquennale il y a trois ans, qui ne la
respecte pas cette année.
En conclusion,
l'AGPQ tient à rappeler à la commission que M. Couillard a promis de gérer
la province différemment, a promis de
ne pas augmenter les impôts et a promis d'indexer uniquement les frais de garde
pour ne pas avoir un choc tarifaire pour les parents. En réalité, c'est tout
à fait le contraire qui se produit aujourd'hui. C'est une solution simpliste que d'équilibrer le budget de
la province en transférant le déficit aux contribuables. L'AGPQ réitère
sa position, à l'effet qu'elle est contre la modulation des frais de garde en
fonction des revenus des parents, et ajoute que
l'orientation gouvernementale d'augmenter les frais de garde jusqu'à 20 $
par jour est inquiétante. Le gouvernement du Québec doit maintenir ce
programme, qui fait l'envie de plusieurs provinces et autres pays dans le
monde. Au lieu de transmettre la facture aux parents de la classe moyenne, le
gouvernement aurait dû mieux gérer le système de garde au Québec, comme le
propose l'AGPQ depuis des années.
L'AGPQ
réitère qu'en appliquant les pistes de solution proposées dans ce mémoire le
gouvernement économisera 280 millions par année. L'AGPQ est
convaincue qu'avec un changement de philosophie...
Le Président (M. Bernier, Montmorency) :
Je vous invite à conclure, s'il vous plaît.
Mme Borrega (Mona Lisa) : ...des
réaménagements suggérés dans ce mémoire, une volonté politique de la part du gouvernement nous pourrons continuer à
offrir ce système à nos enfants et à nos familles pour des générations à
venir. Merci de votre écoute.
Président (M. Bernier, Montmorency) : Merci. Merci de votre
présentation. Nous allons donc débuter les échanges avec les parlementaires.
Donc, du côté ministériel, M. le ministre.
M. Leitão :
Très bien. Merci, M. le Président. Bonjour, chers collègues, bonjour, tout le
monde. D'abord, je m'excuse de mon léger retard, mais, voilà, les choses
arrivent...
Le Président (M.
Bernier, Montmorency) : ...bonne note.
Leitão : ...l'hiver est comme ça, M. le Président. Vous en prenez
bonne note. L'hiver arrive à chaque année, mais enfin... O.K.
Le Président (M.
Bernier, Montmorency) : ...des fois, ça alterne, ça.
M. Leitão :
Il y a le printemps après l'hiver, des fois.
Le Président (M.
Bernier, Montmorency) : Ça alterne d'un côté comme de l'autre.
M. Leitão :
O.K. Mme Borrega, M. Alahmad et Mme...
Leitão : ...Quirion, c'est ça, merci d'être là. J'ai bien écouté votre
présentation. Je dois vous dire d'entrée de jeu que je suis un peu surpris, un peu beaucoup surpris. Je ne pensais
pas que votre opinion serait de cette nature-là. Alors, pour vous
rassurer, je veux... pas poser la question, mais faire quelques constats.
D'abord,
notre intention, c'est de s'assurer que le système des garderies tel que nous
l'avons depuis le milieu des années 90 puisse être soutenable à long
terme. Ce n'est pas du tout notre intention de déconstruire ce système-là, que nous trouvons qu'il est toujours très utile, et
qui, en effet, nous a très bien servis depuis déjà presque une vingtaine
d'années, et qui est très original en
Amérique du Nord, et donc nous voulons que cela se poursuive. Une des
originalités du système que nous
avons, c'est cette mixité de secteur public, secteur privé, CPE, organismes à
but non lucratif, garderies privées subventionnées, garderies privées
non subventionnées; milieu familial, très important aussi. Donc, c'est cette
mixité qui rend notre système particulièrement différent des autres, bien sûr,
et aussi le coût aux parents.
Pour
ce qui est du coût aux parents, la modulation que nous introduisons maintenant,
c'est en effet un système différent
de ce qui a existé jusqu'à aujourd'hui, mais, encore là, c'est loin d'être,
d'abord, une grande révolution, ça se fait comme ça dans d'autres pays
aussi. Et, en plus, de la façon dont nous l'avons modulé, ça signifie que...
Vous avez mentionné la famille avec un
revenu moyen de 100 000 $
par année. Cette famille-là va payer, au maximum, 9 $ par jour, par enfant, un montant autour duquel il y avait un
grand consensus au Québec. 9 $ par jour, par enfant, ce serait un
montant raisonnable. Et donc, en plus, il
n'y a personne, personne qui va payer 20 $ par jour. Le montant maximal
qui pourrait arriver pour une famille
qui a un revenu annuel de 200 000 $ et plus, le maximum, ce serait
15 $ par jour, par enfant, en prenant en considération tous les
crédits d'impôt — fédéral,
provincial, tout ça.
Donc,
les parents continuent de payer 20 %, à peu près, après la réforme, et
l'État continue à assumer 80 % des coûts, donc le système demeure hautement subventionné. C'est vrai que
les parents ou les personnes qui ont un revenu annuel de 150 000 $, 200 000 $ par année paient déjà
de l'impôt sur le revenu, mais même ces parents-là vont continuer de
bénéficier d'un système de garderies qui demeure encore hautement subventionné,
beaucoup plus que dans d'autres provinces canadiennes. Donc, je ne vois pas
pourquoi est-ce que l'introduction de la modulation des tarifs serait un
changement tellement dévastateur qu'il mettrait le système en péril. J'aimerais
vous entendre là-dessus.
Et une deuxième question,
si vous voulez, un peu plus pratique, celle-là. Dans la deuxième
partie de
votre présentation, vous avez aussi
mentionné... et c'est quelque
chose qui... les chiffres sont
différents, mais d'autres groupes l'ont
déjà mentionné aussi, que les coûts en CPE sont plus élevés que les
coûts en garderie privée. Vous avez mentionné 2 758 $ par enfant par
année. Si vous pourriez élaborer un peu plus d'où vient cette différence. Donc,
c'est les deux questions : la modulation, que vous semblez
évidemment ne pas aimer du tout, et les coûts plus élevés en CPE qu'en garderie
privée.
Le Président (M.
Bernier, Montmorency) : M. Alahmad.
Alahmad (Samir) :
Bonjour. Samir Alahmad. Premièrement,
si je commence par votre deuxième
question, de : Où le chiffre de 2 758 $... C'est vraiment le
budget que vous avez déposé, que M. le ministre des Finances a déposé récemment, le dernier budget. Le document
s'appelle le plan budgétaire. Il y a une page B.131, il y a un tableau qui dit : Évolution de la
subvention moyenne et de la contribution parentale d'une place en services de
garde . Les chiffres de 2013‑2014 : subvention gouvernementale pour le
centre de petite enfance, c'est 13 988 $; pour une garderie
subventionnée, c'est 11 230 $. C'est vraiment le chiffre du budget,
le plan budgétaire. Tout ça a été déposé il y
a quelques mois.
M. Leitão :
...les coûts différents des deux systèmes.
Alahmad (Samir) : Ça, c'est le coût par place, c'est le coût par
place. Au CPE, c'est à peu près 14 000 $ par place; en garderie privée, c'est 11 000 $. On a pris toutes les places, le budget
divisé par le nombre de places, c'est vraiment à 0,01 $ près, c'est
la différence des deux.
M. Leitão : Ma question, c'est : Comment vous l'expliquez? C'est dû
à quoi? Les salaires plus élevés, moins élevés?
M. Alahmad
(Samir) : Pour nous, c'est sûr — peut-être on est un peu
biaisés, mais c'est la réalité — nous, on
ne trouve rien qui justifie cette différence. C'est sûr et certain que, un CPE,
il y a une structure un peu plus rigide à gérer qu'une garderie privée,
mais quand même ça demeure des institutions sans but lucratif, puis,
normalement, une institution sans but lucratif doit, selon nous, coûter un peu
moins cher que soi-disant les privés, qui sont là pour faire de l'argent. Mais c'est tout le contraire qui se
passe ici. Le 2 758 $ par
80 places, c'est 220 000 $ par année. Et, si on inclut la taxe
municipale, c'est à peu près 160 millions par année de plus. Sur cinq ans,