Transportation and the Environment — 15 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2015-09-15
Quebec — Committees
Notre intervention porte essentiellement sur
deux thèmes du livre vert, soit l'évaluation environnementale stratégique, qu'on va appeler EES pour le reste de
la discussion pour circonscrire le temps, et l'accessibilité de l'information.
Donc, le
premier point, l'évaluation environnementale stratégique, pour dire que les
mesures qui sont proposées dans le
livre vert concernant les EES, les stratégies, plans et programmes, soit
l'encadrement législatif et l'arrimage avec le processus d'autorisation des projets, ça correspond exactement à nos
recommandations principales au cours des 10 dernières années. Donc, les
objectifs et les avantages qui sont énoncés dans les pages 22, 23 du document
du livre vert font l'objet de larges consensus dans la littérature, à notre
avis. Il nous apparaît donc non seulement indispensable, mais également prioritaire que l'EES fasse l'objet d'un
encadrement législatif au Québec. Les objectifs d'efficacité, de
prévisibilité, de cohérence en dépendent.
Les sujets qui seraient potentiellement visés
sont l'agriculture et l'aquaculture, l'aménagement du territoire, l'énergie et ses filières, la forêt, la gestion
des déchets et de l'eau, l'industrie, les mines, le tourisme. Et ce qui
n'apparaît pas dans le
mémoire, on va vous envoyer un addendum, c'est évidemment le secteur des
transports. Les plans de transport, à travers le monde, font l'objet
d'évaluations environnementales stratégiques depuis des années.
Les EES peuvent être sectorielles, ou
régionales, ou les deux. Pour l'AQEI, les EES régionales sont aussi fondamentales dans le processus. Nous avons
présenté des références en cette matière à la Commission de
l'aménagement du territoire en avril 2011 dans le contexte de la refonte de la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme. On a présenté dans le mémoire qui vous a
été déposé les différentes références en question, qui sont importantes, à
notre avis.
À l'occasion
de la commission de l'aménagement et de l'urbanisme, on avait présenté la
conclusion suivante à la commission :
«L'aménagement du territoire est au coeur du développement durable. Les [...]
dispositions [qui sont] prévues dans
l'avant-projet de loi — celles qui portent, entre autres, sur l'évaluation des incidences
sur l'environnement, le social et l'économique
au moment de réviser des schémas d'aménagement ou des plans d'urbanisme — [vont permettre] une prise de décision mieux documentée et, donc, plus
éclairée. [Ça va venir] combler des lacunes importantes [...] à une
échelle plus grande que celle des projets [pour les] effets cumulatifs.»
Bref, on dit
qu'un cadre législatif est indispensable aux EES à la fois pour la procédure
d'évaluation environnementale, mais
aussi dans le contexte municipal pour l'aménagement du territoire. Puis le rôle
du ministère dans la réalisation des EES,
en plus d'être un accompagnateur, comme il est mentionné à la page 23 du
document, il devrait aussi s'assurer de la qualité des rapports et du
suivi des engagements qui auront été pris par les ministères initiateurs des stratégies,
plans ou programmes.
Pour la deuxième partie, je cède la parole à
Pierre.
M. Vaillancourt (Pierre) : Alors,
accroître l'information disponible sur les autorisations et les occasions
d'intervenir pour le public. Les deux premières mesures présentées pour cette
orientation, à savoir la création d'un registre
pour regrouper l'ensemble de l'information et des documents relatifs aux
projets et la consultation du public en amont de la procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement,
ont été maintes fois documentées et identifiées par l'AQEI comme étant
indispensables.
L'efficacité,
la prévisibilité et la rigueur pour tous les acteurs concernés. L'AQEI a
réalisé de nombreux travaux plus spécifiquement sur la question... sur
des suivis, dont une étude intitulée Stratégie de diffusion des résultats de
suivi environnemental . Les avantages de la connaissance des résultats
de suivi y sont présentés. On les retrouve d'ailleurs dans notre
mémoire.
Au fil des
discussions au sein de notre association, il a souvent été mentionné que la publication
des résultats de suivis environnementaux commande certaines précautions.
Les rapports de suivi ne sont pas uniformes, présentent parfois des résultats
sans introduction, peuvent être mal interprétés et sujets à de mauvais usages.
Il faudra donc se demander, se poser la question : Comment diffuser cette information? On peut, par exemple, penser à l'ajout
de fiches synthèses qui présentent le contexte et les faits saillants.
En 2011, dans le cadre de la révision de la Loi
canadienne de l'évaluation environnementale, on avait déjà imaginé l'effet levier de mesures similaires à
celles présentées dans le livre vert dans l'hypothèse où elles seraient
intégrées et déployées. Nous avions écrit
alors : «Les plans et programmes gouvernementaux, incluant les filières énergétiques, doivent faire l'objet d'évaluations environnementales stratégiques rigoureuses,
pilotées par les ministères concernés, soit au moment de leur adoption
ou de modifications significatives.
«Les
instances responsables de l'aménagement du territoire doivent réaliser des
évaluations environnementales stratégiques
régionales, préalables aux révisions ou aux modifications importantes de leurs
schémas d'aménagement ou de leur plan d'urbanisme.
«Les
informations issues de ces évaluations, nécessairement publiques, seraient
accessibles aux promoteurs et amélioreraient
significativement la qualité de leurs analyses. [Et, à l'autre bout du
spectre], différentes données des études d'impact de projets ainsi que du suivi[...], [pourraient] être compilées
de telle façon [que leur analyse pourrait [supporter] l'analyse plus
globale [...] d'évaluations stratégiques.
«Avec ces
trois paliers d'évaluation, incluant l'évaluation par projet, le gouvernement,
les décideurs [...] ainsi que les promoteurs auraient à leur disposition
l'éclairage nécessaire à leurs responsabilités respectives et enrichiraient
mutuellement [les] travaux. Graduellement, de nombreux paramètres et
considérations de portée générale, analysés au
bon moment et au bon niveau, assureraient l'efficacité de tout le système
d'évaluation et permettraient des décisions bien avisées.»
À ce moment,
nous avions recommandé que l'Agence canadienne d'évaluation environnementale
développe et entretienne une banque
de données géoréférencée, accessible sur son site Internet, en lien avec le
registre pour colliger les données
provenant des évaluations environnementales. Cette même recommandation pouvait
être répétée dans le cadre de cette présente consultation.
Autre mesure importante prévue dans cette
orientation, c'était la consultation en amont. Puis cette question a fait l'objet de notre congrès en 2014, qui était
de repenser les études d'impact pour améliorer la crédibilité et l'efficacité.
Un congrès où il y avait 225 participants,
et les délégués avaient cité le malaise qu'ils avaient face à des rapports de
plus en plus détaillés et volumineux
qu'on qualifiait d'encyclopédiques au moment même où on avait à traiter de
questions de plus en plus complexes.
Alors, la consultation sur les enjeux offre autant de potentiel d'efficacité et
de pertinence... présente des défis pour tous les acteurs concernés. En
effet, cette nouvelle façon implique que des enjeux prioritaires puissent être
détaillés et approfondis, alors que le traitement d'autres éléments jugés moins
ou non pertinents pourrait être analysé de façon plus générale.
L'orientation
5, portant sur la simplification des processus d'analyse et l'objectif de
réduire les allers-retours entre les ministères et les promoteurs, c'est
intimement lié aussi à cette condition. Louise, je te cède la...
Mme Fecteau (Louise) :
Donc, en terminant, on a aussi ajouté un point sur les mécanismes de révision
périodique. Dans la mise en contexte du livre
vert, il est souligné le fait que le régime d'autorisation environnementale n'a
fait l'objet d'aucune modification en profondeur depuis près de 40 ans.
C'est beaucoup trop long. Dans les faits depuis la fin des années 80, des constats et recommandations précis
ont été posés, ça a continué au fil des années sans interruption. Le
livre vert prévoit un mécanisme de révision périodique spécifiquement pour la
liste des projets à la page 30. À notre avis, l'ensemble du régime devrait
faire l'objet de telles révisions périodiques. De nombreux changements sont
prévus qui devraient être évalués et
éventuellement ajustés. Donc, on propose qu'aux 10 ans il y ait une révision
systématique du régime. Donc, le
caractère prévisible, même du régime en tant que tel, serait présent. On se
retrouverait donc en 2024 avec un
ministère de l'Environnement qui amorcerait sa réflexion sur la révision du
régime, préparerait une consultation comme celle qui nous réunit
aujourd'hui et, en 2025, on aurait un régime toujours aussi efficace et branché
sur les enjeux de son temps.
Président (M. Reid) : Merci. Alors, nous allons passer
maintenant à la période d'échange, et je donne la parole au ministre.
M. Heurtel :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Fecteau, M. Vaillancourt. Merci
beaucoup pour votre présentation ainsi que
pour votre mémoire. Ma première question, vous nous avez présenté une série de
recommandations très intéressantes et qui impliquent — puis
ça, on l'a vu au cours de nos travaux — énormément de travail pour le
ministère, et je me demande si vous avez
pensé au niveau organisation du travail et, plus particulièrement,
financement de ces étapes que vous proposez.
Avez-vous pensé comment on pourrait financer ça, au niveau de l'organisation du
travail quel genre d'impact, ça pourrait avoir sur les opérations du ministère
telles qu'on les comprend aujourd'hui?
Mme Fecteau
(Louise) : Une chose est sûre, là, on pense essentiellement au travail
lié à la supervision des évaluations
environnementales stratégiques, au rôle de l'accompagnateur. Il y a quelque
chose qu'on n'a pas écrit là-dedans, mais
personnellement, moi, ce que je voyais dans les autres sections du livre vert,
là, sur la question des tarifications des actes, disons, là, il y a une recherche d'optimisation du remboursement
des coûts réels qui sont dédiés aux demandes de certificat d'autorisation, en tout cas de toute demande de permis ou de
qu'importe, là. Donc, on est à un taux de financement qui est
relativement faible, je crois qu'on vise l'augmentation du taux de financement
des différents actes.
Une chose est sûre, il va donc y avoir des
ressources qui vont être libérées, ce faisant, au ministère de l'Environnement.
C'est peut-être un souhait, là, il ne faudrait pas que ce soit envoyé au fonds
général du gouvernement, il faudrait le conserver
au sein du ministère de l'Environnement pour deux choses. D'une part, il y a
des responsabilités qui sont élargies. Le
rôle d'accompagnateur pour les différents ministères, il est sérieux, mais il
va y avoir un besoin de toujours garder une veille constante puis de formation. C'est tellement important, là, je
veux dire, il y a tellement de solutions qui se trouvent partout ailleurs dans le monde, qui nous
aideraient à être plus efficaces, qui rendraient le travail même des autres
ministères plus efficace. Donc, il y a des
coûts aussi rattachés à ça, puis on sait qu'on est en période où on réduit les
dépenses de formation des
professionnels au sein du gouvernement. Dans le contexte où on parle d'un
régime moderne d'autorisation environnementale
qui vise à faciliter la job pour les promoteurs, pour les municipalités, tout
ça, on peut s'imaginer qu'au ministère de l'Environnement il va falloir
renforcer les capacités pour être capable de faire le travail, effectivement.
Heurtel : Lorsque vous parlez des EES, vous parlez qu'il faut
s'assurer de la qualité des rapports et du suivi des engagements des
organismes et ministères du gouvernement. Vous en avez parlé dans votre présentation,
j'aimerais vous entendre davantage sur la
question qualité, là, qu'est-ce que vous voulez dire exactement. Puis, au
niveau des suivis, encore une fois, concrètement, qu'est-ce que ça veut
dire?
Fecteau (Louise) : Bien, les évaluations environnementales
stratégiques, ça se présente un peu comme nos évaluations d'impact, nos études d'impact traditionnelles. C'est-à-dire
qu'on va y retrouver de manière assez systématique une description de la portée de l'étude puis différentes
évaluations à une échelle plus macroscopique. Mais une chose est sûre, il y a quelqu'un quelque part qui doit
s'assurer de la qualité du rapport de la même manière qu'un promoteur
passe à travers un filtre d'avis ministériels.
À
titre d'exemple, si le ministère des Transports
présente un plan de transport avec une évaluation environnementale stratégique, présente des incidences peut-être sur
le tourisme ou le... il va y avoir éventuellement une démarche similaire
à celle des études d'impact, puis il faut
que ça soit piloté par le ministère de l'Environnement. Puis, de la même
manière, il y a des degrés de qualité
d'études variables, on retrouve ça aussi à travers le monde. C'est d'ailleurs
un problème parce que, dans les
endroits où c'est obligatoire... À
titre d'exemple, en Europe, il y a une
directive européenne qui fait en sorte que
les 27 États membres ont l'obligation de faire des EES sur un paquet de
secteurs. Il y a un problème qui est décrit par plusieurs intervenants comme étant le phénomène de la check-list,
c'est-à-dire qu'il y a des gens qui le font parce qu'ils ont à le faire, point, puis c'est n'importe quoi, là.
Je veux dire, ils peuvent déclarer... donc, rendre des comptes à l'effet
qu'ils ont réalisé l'exercice, mais c'est de piètre qualité. Puis, quand on
entend les intervenants de ces États-là faire leurs évaluations de la qualité des études, bien, ils nous disent qu'il y a un
risque à être trop procédural. À un moment donné, il faut laisser une certaine souplesse, mais, en même
temps, s'assurer de la qualité des rapports. Donc, c'est un équilibre,
on est à la recherche d'un équilibre.
M. Heurtel :
Encore, bon... Oui, allez-y, monsieur.
Vaillancourt (Pierre) : Bien, je voulais juste faire un lien avec...
Vous parliez de budget et de programmes de suivi. Le fait de colliger les informations ou de rendre publiques
les informations, les résultats des programmes de suivi, pour les
promoteurs qui ont à travailler sur des projets, justement, de nature
similaire, ils peuvent aller chercher beaucoup
d'information. Ça réduit l'envergure des études, des efforts d'analyse même du
ministère, il y a là peut-être un gain,
justement, les données étant disponibles. Ça permet en même temps également,
d'une certaine manière, de sécuriser sur
d'éventuels impacts. Soit que, justement, ça nous conforte dans l'idée, ou ça
peut, justement, accentuer des craintes, ou — comment
je dirais ça, donc? — permettre
de mieux cibler les mesures d'atténuation parce que, là, on comprend
mieux l'envergure des impacts en rendant les suivis disponibles.
M. Heurtel : Encore sur les suivis,
vous nous amenez une suggestion très intéressante, là, celle de la fiche synthèse. Il y a certains groupes qui sont venus devant cette commission
nous parler de la difficulté au
niveau des suivis environnementaux,
par rapport au type d'information qui est diffusé, plus particulièrement le
défi par rapport à de l'information qui serait jugée comme étant un secret commercial, de l'information qui nuirait à la compétitivité d'une entreprise, surtout qu'il y a des compétiteurs qui se servent de ces
procédés-là pour obtenir de l'information sur l'entreprise qui diffuse. Quelle est
votre réaction à ce genre de commentaire là?
Fecteau (Louise) : Oui. Ça,
on a eu beaucoup de discussions au fil des années là-dessus,
là. Une chose est sûre, la notion
d'équité est super importante. Ça fait qu'à partir du moment où il y a des
promoteurs qui se disaient disposés à
rendre leur suivi public, il fallait que ça soit obligatoire de manière
simultanée pour tout le monde. C'est-à-dire que la notion
de secret commercial, en fin de compte, elle rentre en jeu souvent quand il y
en un qui va avoir ses données rendues publiques,
alors que l'autre peut les conserver pour lui. Pour des projets similaires, à
partir où il y a un décret ministériel qui oblige la reddition de comptes, ça l'est, de nature publique. On est
dans le domaine public. C'est certain, comme on disait dans la présentation, les rapports d'analyse, là,
les rapports de suivi, souvent c'est des rapports de laboratoire, là.
S'ils sont présentés tel quel, c'est du
charabia, là. Je veux dire, pour le commun des mortels, on ne comprend rien. On
peut extraire une donnée complètement
hors de son contexte, puis c'est vrai qu'il y a un risque. Puis, au-delà du
secret commercial, il y a beaucoup
plus un risque à la réputation parce qu'on peut démolir royalement une
entreprise à partir d'une information qui a été mal interprétée.
Donc, l'idée
de la fiche, on n'est pas rendus à se poser la question à savoir si les
rapports de laboratoire doivent être
intégralement rendus publics ou si l'information qui en résulte doit l'être. Mais, une chose est
sûre, cette information-là est nécessaire
pour enlever l'inquiétude, l'insécurité des communautés qui entourent les
projets... Tu sais, ce n'est pas normal
que des gens se demandent pour le reste de leurs jours si l'eau qu'ils boivent
est potable ou s'il y a de quoi dans l'air
qu'ils respirent. À un moment donné, les décrets prévoient des suivis, il faut que
les résultats de ces suivis-là soient, d'une manière ou d'une autre,
rendus publics.
Le Président (M. Reid) : M.
le député de Mégantic.
M. Bolduc : Merci, M. le Président.
Bonjour, madame. Bonjour, monsieur. Il me fait plaisir de vous avoir ici aujourd'hui.
Écoutez, on va continuer un peu dans cette veine-là de risque commercial et — comment
je dirais ça? — d'information et désinformation, parce que,
comme vous dites, les rapports techniques, c'est souvent du charabia. Je
n'ai pas de problème avec ça, mais, les
experts, eux, ce n'est pas du charabia. Donc, le risque commercial, moi, je le
vois comme une réalité, l'ayant fait
moi-même dans plusieurs États
américains pour toutes sortes de raisons. Mais l'analyse de
compréhension a vraiment une importance vitale pour la compétition. Ça, c'est
mon premier point, puis je veux vous entendre là-dessus.
Le deuxième
point, c'est que je voudrais aussi parler un peu du risque de désinformation.
On peut envoyer une tonne de
littérature, mais un picogramme de plomb, ça ne veut pas dire, pour beaucoup de
gens, grand-chose, mais ça peut générer
une tempête même pas dans un verre d'eau, mais dans une goutte d'eau pour le
dire littéralement. J'aimerais vous entendre
sur ces deux contradictions-là par rapport à la publication de l'information
dans son sens large. Ce que j'approuve aussi
pour recommander qu'on retienne l'information en dossier, par exemple, au
ministère, pour que l'information, on l'ait analysée sans dire : On
remet tout ça, là, au public, puis on ne sait pas trop ce qui va arriver avec
Mme Fecteau
(Louise) : Une chose est sûre en ce qui a trait au secret commercial,
comme on disait, il y a probablement certaines catégories d'information,
au-delà des résultats sur la qualité de l'air, et tout ça, des catégories d'information quant à la production qui peuvent
être de nature commerciale. Le point est que, s'il est décidé que
certaines catégories d'information doivent
rester confidentielles, il faut qu'elles le soient pour tous les projets
similaires, ça ne peut pas être du
cas par cas. C'est là l'importance de l'équité entre les promoteurs. Un
promoteur ne peut pas se faire obliger à rendre ses données publiques,
alors qu'un autre, deux ans plus tard, aurait le privilège d'avoir certaines
informations qui demeurent confidentielles. L'idée, c'est vraiment d'avoir le
même traitement pour tout le monde.
Quant à l'avalanche de données que le registre
pourrait occasionner, ce qui est constaté ailleurs, là où ce l'est vraiment, de nature publique, là où toutes les
informations, tout au long de la procédure, sont rendues publiques,
c'est qu'une donnée spécifique prend
beaucoup moins d'importance si elle est mise en relation avec les 25, 50 ou 1 000 données précédentes qui auraient, par
exemple, été conformes. À
titre
d'exemple, si on fait des suivis environnementaux au mois puis que, pendant des années, les résultats sont parfaitement conformes
partout, puis, tout à coup, il arrive une donnée qui dépasse une norme dans un
contexte précis, au lieu d'avoir cette donnée-là, qui, pour une raison ou une
autre, ferait l'objet d'une fuite ou
serait rendue publique puis qui provoqueraient une panique générale, là, à
partir du moment où les gens deviennent
plus familiers avec l'information qui leur est rendue disponible puis qu'on a le
reste de l'information pour avoir une bonne perspective de ce qui nous arrive
à un jour J, on a un éclairage plus approprié de la situation. Parce que, d'une manière ou d'une autre, il
y a une information qui peut être difficile à gérer, mais elle peut être rendue
publique en tout temps, de toute façon.
Vaillancourt (Pierre) : Je
voudrais juste rajouter quelque chose. Les programmes de suivi, ça s'étire souvent très loin dans le temps, puis je pensais un peu
aux... L'analogie que je vois, c'étaient les brevets pharmaceutiques, où
le secret a une durée de vie dans le temps. Autrement dit, le gouvernement,
avec l'accord du promoteur, pourrait retenir l'information
pendant un certain temps, je ne sais pas, là, de cinq ans, 10 ans, je ne
sais pas. Une fois que le projet, par exemple,
atteint sa rentabilité ou peu importe les motivations, à ce moment-là
l'information devient publique au même
titre que certaines autres
informations de... Peut-être que c'est quelque chose qui pourrait être
envisagé.
Bolduc : Et vous parlez aussi d'un élément ici, à la page 9, vous
parlez de grand nombre d'enjeux complexes en regard de... par exemple, l'évolution des écosystèmes et des impacts
cumulatifs. Je vais faire une petite référence, puis je voudrais vous entendre comment on va gérer ça.
C'est, par exemple, l'effet du DDT sur les oiseaux insectivores qui a
fait que, 30, 40 ans plus tard,
beaucoup de nos oiseaux ont disparu ou les problèmes avec les abeilles
actuellement, etc. La plupart du
temps, on arrive avec des produits qui ne sont pas documentés sur le plan
réglementaire, donc qui sont peu connus
sur l'impact environnemental, et c'est la tradition où on passe d'un produit
réglementé à un produit non réglementé,
etc. Comment vous entrevoyez cette espèce de gestion environnementale là à
chaque fois qu'on passe à un produit non réglementé où la connaissance
n'est pas vraiment là, puis elle va prendre un temps très, très long à se préciser? De l'autre côté, les entreprises ne
peuvent pas dépenser 25 millions de dollars à chaque élément pour
déterminer, finalement, la potentialité, si on veut, d'un risque.
Fecteau (Louise) : Bien, c'est exactement une des raisons pour
lesquelles les évaluations environnementales stratégiques sont si déterminantes, parce que ça, c'est le genre de
situation — là, on
parle du domaine de l'agriculture — où on traite d'une question à une
échelle vraiment macroscopique. On a eu le même phénomène, à
titre d'exemple,
avec quelque chose de plus concret, là,
qu'on a tous connu, avec les éoliennes. Il y a un paquet de questions, là, par
rapport à la... je ne sais pas, moi, de
manière générale, à la valeur des propriétés, aux effets des pales sur les
oiseaux. En tout cas, quand c'est apparu dans notre paysage, c'était
complètement nouveau. Les premiers projets qui se sont installés, les questions qui ont été soulevées par les
différentes communautés sur les retombées, les redevances, la proximité
qu'on devait avoir avec les lignes
électriques, et tout ça, c'est des questions qui sont tellement générales
qu'elles se sont répétées dans tous les projets.
Dans le
domaine de l'agriculture, à
titre d'exemple, le ministère de l'Agriculture
pourrait avoir dans ses cartons un
programme de subvention ou d'évaluation de différents produits à homologuer...
ou à la Santé, à
titre d'exemple, puis on pourrait avoir envie de se poser des questions sur les incidences sur
l'environnement, mais sur les autres ministères aussi, puis c'est à ça que ça sert, les évaluations
environnementales stratégiques. C'est vraiment une portée qui est
complètement différente, qui se fait au
niveau des ministères eux-mêmes, mais auxquels les experts, dans un premier
temps au niveau de la portée... Quand
on fait l'évaluation de la portée de l'étude, on invite des experts — comment je dirais ça? — à valider notre première évaluation de l'étude, puis ensuite il y a éventuellement
des consultations publiques. Ça fait qu'on se donne le privilège d'aller chercher l'opinion de toutes
les personnes concernées avant même d'adopter le programme en question.
Ça fait qu'on aurait un ministère de
l'Agriculture qui, à
titre d'exemple, des fois, pense qu'il met en place un programme qui va réjouir tous les intervenants
concernés, mais il a en tête ses intervenants du milieu agricole en
particulier. Souvent, traditionnellement,
c'est comme ça qu'on fonctionne. Mais, tout à coup, il se trouve à avoir...
Comment je dirais ça? Dans un premier
temps, c'est un peu dérangeant parce que ça change notre manière de
fonctionner, on a l'impression qu'on ralentit le processus un petit peu,
mais, à terme, on a des stratégies, des plans, des programmes qui ont une
meilleure acceptabilité sociale non seulement pour les populations, mais aussi
pour les autres ministères concernés.
Président (M. Reid) : Merci. C'est tout le temps que nous avons
du côté gouvernemental, ministériel. Alors, nous allons passer
maintenant au porte-parole de l'opposition officielle, M. le député de
Terrebonne.
Traversy : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, Mme Fecteau,
M. Vaillancourt, merci beaucoup pour la présentation de votre mémoire.
J'étais tellement excité à l'idée de venir vous rencontrer ce matin, que j'ai
réussi à m'entailler en me rasant. Alors, si je vous regarde en saignant du
nez, prenez-le pas personnel. Alors, j'aimerais, tout d'abord, vous poser une première question concernant le plan... Ça
permet de détendre un peu l'atmosphère en même temps, M. le Président.
J'ai une photo officielle à faire tout à l'heure aussi. Alors, j'aimerais...
Une voix : ...profil de
gauche.
Traversy : ... — profil de gauche, très bonne idée — donc vous poser une première question
concernant les études
environnementales. Vous avez parlé de l'application des EES dans le domaine des
transports et son application à l'échelle
internationale. On avait une question pour vous, on voulait vous
demander : Pouvez-vous nous expliquer un peu de quelle manière vous voyez s'opérationnaliser, là,
ce genre d'EES pour les projets de transport du Plan Nord, par exemple, ou pour les projets de
planification régionale et locale pour le développement des infrastructures? Je
voudrais juste vous entendre préciser un peu plus cet aspect-là de votre
discours.
Mme Fecteau (Louise) : Ce qu'on
retrouve de manière assez typique, là, par exemple, en Angleterre, où ça fait quand même... Je pense qu'ils en sont à leur
deuxième génération de plans de transport qui font l'objet d'EES. Il y a
des méthodologies qui ont été développées de la même manière que pour nos
études d'impact, c'est-à-dire qu'il y a des grilles
d'analyse typiques pour les plans de transport. Donc, les plans de transport
couvrent, normalement, une région ou un secteur géographique quand même bien défini, puis le promoteur, donc le
ministère des Transports, doit passer à travers une série de tamis. Autrement dit, il y a des
questions qui se posent par rapport au plan spécifique qu'il présente, et on
cherche à faire émerger, justement,
les enjeux prioritaires. Donc, un
plan de transport, à
titre d'exemple, dans la région de Montréal n'a pas les mêmes enjeux qu'un plan de transport
dans la région de la Côte-Nord ou de la Montérégie. Ça fait que, selon les plans, il faut, dans un premier temps,
faire — comment
je dirais ça? — une
démarche de recherche d'enjeux prioritaires par rapport au plan en tant que tel puis, ensuite, bien, faire des
évaluations de toute la documentation disponible par rapport aux effets du plan sur différents éléments tant
environnementaux, sociaux qu'économiques. Et là, bien, on se retrouve un
peu dans une procédure qui ressemble à celle
de l'évaluation d'impacts pour le promoteur, mais le promoteur, dans le
cas dont on parle, c'est un ministère.
Traversy : Parfait. J'aimerais vous poser également une
question... Bon, quand vous dites, par exemple, là, que vous souhaitez
transposer ceci à l'échelle régionale pour les EES, je voudrais voir comment
vous voyez, bien, l'uniformisation, dans le
fond, de cette pratique-là au niveau du Québec, là, dans sa totalité. Parce que
vous nous parlez des particularités,
vous nous dites qu'il y a des grilles spécifiques ou, en tout cas, des moyens
spécifiques. Est-ce que c'est possible d'uniformiser un peu ou ça va
être assez hétéroclite, là, comme façon de faire?
Fecteau (Louise) : C'est certain que, dans le secteur municipal, il
faut être réaliste. En fonction des capacités, selon la taille des différents organismes municipaux qui sont
responsables de la planification du territoire, dans le contexte de la refonte de la
Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme, ce qu'on émettait comme proposition, c'est que ça ne prenne
pas nécessairement la forme d'une évaluation
environnementale stratégique au sens scientifique où on l'entend, là,
avec des rapports volumineux qui ressemblent
à des rapports d'étude d'impacts, mais il faut faire au moins une évaluation
des incidences sur l'environnement du développement qui est envisagé.
Dans l'aménagement du territoire, là, les
municipalités ont des effets potentiels avec les développements domiciliaires, ou commerciaux, ou industriels sur
leur territoire, qui peuvent avoir des impacts substantiels. Puis, si on
ne fait pas un genre d'exercice semblable, bien, on peut avoir des sérieux
problèmes ou des impacts significatifs sur l'environnement. En termes
d'harmonisation, ce n'est pas nécessairement souhaitable qu'à la fin les
exercices soient similaires à l'échelle du
Québec, mais il y a une démarche qui devrait être la même, mais qui peut être,
je dirais, ajustée en termes de profondeur selon les organismes auxquels
ils s'adressent.
Puis, dans
les évaluations environnementales stratégiques régionales, on les qualifie de
sommaires ou approfondies. On peut
réaliser des évaluations environnementales stratégiques
sommaires. Encore là,
on a des exemples ailleurs dans le monde,
il y a des pays qui sont quadrillés d'EES régionales. C'est une obligation
depuis des années, entre autres dans les pays européens, les schémas d'aménagement font l'objet d'EES. On a eu
une intervenante qui provenait de la France à notre séminaire du mois de mai, et elle nous a exposé
les différents outils qui sont à la disposition des communautés de la
France, puis, honnêtement, c'est
hallucinant. Ils ont vraiment développé les outils les plus utiles avec les
communautés, puis, encore là, ça fait des années qu'ils sont à les
réviser. Donc, on aurait intérêt à s'inspirer de...
M. Traversy : Avez-vous un
exemple quand vous parlez de la France, là, avec un outil qui vous a marqués
particulièrement?
Mme Fecteau (Louise) : Bien,
justement, les outils d'aide à la réalisation d'EES à l'échelle des communes.
Traversy : Et j'ai besoin de vos lumières également pour
éclairer ma lanterne, étant donné que j'ai été nommé, il y a environ une semaine, à cette commission. Vous
nous dites que chaque ministère, dans le fond, devrait être responsable des EES dans les secteurs d'activité auxquels, là,
il est affilié. D'autres groupes nous ont dit souhaiter que le
ministère, dans le fond, de l'Environnement
puis du Développement durable soit le responsable — comment je pourrais dire? — attitré
de la chose. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu ce qui vous a amenés
à réfléchir à cet élément?
Mme Fecteau (Louise) : Tout d'abord,
premièrement, j'ai oublié de vous féliciter pour votre nomination.
M. Traversy : Merci beaucoup.
Fecteau (Louise) : Bienvenue dans le club de l'environnement. Le
ministère de l'Environnement ne peut pas
être à la fois juge et partie, là, ça prend un organisme régulateur de la même
manière qu'on le retrouve dans les autres catégories d'activités. Le ministère de l'Environnement, ici, doit être
l'accompagnateur, celui, justement, qui élabore les outils, les guides
et qui, éventuellement, va les évaluer, les propositions d'évaluation stratégique.
On a un bon
exemple avec le ministère des Ressources naturelles, qui a lancé les
évaluations environnementales stratégiques pour la mise en valeur des
hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent. C'est le ministère des Ressources naturelles qui a fait le
cahier de charges, qui a supervisé l'étude, qui a piloté les consultations. Les
consultations publiques, maintenant,
peuvent être tenues avec le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement si
ça devient plus généralisé, mais on a
un ministère, donc, qui est responsable de la question des ressources
naturelles qui commande les études et qui les présente à la population, à ses collègues ministres autour de la table.
Honnêtement, c'est comme ça ailleurs. C'est comme ça qu'on présente les
évaluations environnementales stratégiques ailleurs dans le monde.
Traversy : Ça me donne des bons éléments, donc,
d'éclaircissement — je vous
remercie énormément — et ça nous permet de faire l'équilibre avec
ce qu'on a entendu aussi avec d'autres groupes.
Sur la
question des informations, pensez-vous qu'on devrait définir la notion
d'information environnementale dans...
et celle du secret commercial à l'heure actuelle? Vous en avez parlé un petit
peu tout à l'heure, pensez-vous que le ministre
devrait également revoir, là, dans les articles concernés dans la Loi de la
qualité de l'environnement, bon, quelle est... les pertes sur la portée ou l'accès à l'information sur certaines
informations émises? Est-ce que vous pensez que ça devrait faire partie,
là, intégrante, là, de la discussion, mais surtout d'une modification
prioritaire, là, à votre égard?
Fecteau (Louise) : Bien, ici, on peut se référer... On a des
collègues... Enfin, j'ai pris un peu de temps pour nous présenter parce qu'on a des collègues qui se
sont présentés devant vous pour toutes sortes de... On a des collègues avocats spécialisés en droit de l'environnement,
d'autres qui sont... Bien, c'est justement dans les différents
ministères ou dans des groupes. Mais, plus
spécifiquement sur la question du droit de l'environnement, il y a eu un
excellent mémoire du conseil
québécois du droit en environnement qui réfère beaucoup à la Convention
d'Aarhus en Europe et du droit absolu d'accès
à l'information des citoyens pour la connaissance de l'environnement dans
lequel ils vivent. Ça fait que c'est certain que, dans ce contexte-là,
on aurait intérêt à s'en inspirer. Puis ce qu'on retrouve là-dedans
essentiellement, c'est que l'information qui
est liée aux procédures d'évaluation environnementale, a priori, elle devrait
être publique. Si on veut la rendre
confidentielle, il faut qu'il y ait une bonne démonstration de la nécessité de
conserver une information confidentielle, à défaut de quoi, bien, son caractère est public. Mais cette question-là
est bien documentée dans la Convention d'Aarhus, qui s'applique, encore là, depuis des années, puis qui circonscrit bien
le droit de l'accès à l'information et à la justice aussi, le droit à la
justice.
M. Traversy : Je termine en
vous remerciant puis en disant qu'on a pris bonne note également de votre suggestion sur la révision périodique, qui a
permis, dans le fond, la conclusion de votre présentation. C'est très
intéressant puis c'est porteur pour l'avenir.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Alors, je passe la parole maintenant au représentant du deuxième groupe
d'opposition, porte-parole qui a été, lui aussi, récemment nommé. À vous la
parole, M. le député de Masson.
M. Lemay : Merci, M. le Président.
Bonjour, Mme Fecteau, M. Vaillancourt. Content de vous rencontrer aujourd'hui, ce matin. Vous savez, plusieurs bonnes questions précédemment, mais
moi, j'aimerais quand même
poser peut-être deux, trois questions si on a le temps.
Vous parlez, à
la page 2 de votre mémoire, là, en entrée de jeu, que... En fait, c'est un
souhait, là, du gouvernement aussi,
là, de rendre le processus plus efficace et plus prévisible pour les
initiateurs de projets et la population
concernée par ces projets. On a entendu plusieurs groupes venir nous parler en commission,
entre autres, de guichet unique, de qu'est-ce
qui se passe avec les directions régionales, de voir que le ministère
soit un partenaire. Est-ce que vous, là, vous pourriez m'en parler un
peu plus, là, c'est qu'est-ce que vous auriez comme propositions à faire au
niveau de rendre le processus plus efficace, plus accessible en particulier?
Fecteau (Louise) : Bien, en
fait, les solutions, elles se trouvent pas mal dans le livre vert, là, il y a...
Je ne peux pas vous citer les pages en particulier, mais toute la notion
d'accompagnement du ministère, dès le début du processus, là, ça, ça a fait
l'objet, justement, de discussions à notre congrès sur l'efficacité de la
procédure. Il y avait beaucoup d'insatisfaction par rapport aux allers-retours
au fil du temps entre le ministère de l'Environnement et les promoteurs ou les demandeurs, quels que soient les
sujets à l'étude, et une des propositions par rapport à ça, c'est qu'il
y ait vraiment une bonne compréhension des
enjeux dès le démarrage d'une étude ou d'une demande. Ça, c'est la
première des choses.
Puis aussi on a vu aussi plusieurs groupes, là,
réclamer une meilleure uniformisation de la compréhension à travers les directions régionales. Ça, je pense,
c'est un enjeu. Ce n'est pas nécessairement écrit comme tel dans le
document, mais c'est quelque chose sur lequel il faut travailler, c'est clair,
Lemay : Alors, seriez-vous en faveur de l'instauration d'un guichet
unique si jamais ça pouvait passer par là, la résolution de ce
problème-là?
Fecteau (Louise) : Bien, je pense qu'on ne peut pas être contre l'idée
d'avoir un seul passage pour aller chercher le maximum d'information.
M. Vaillancourt (Pierre) : On aurait
une harmonisation aussi, d'une certaine manière.
Lemay : Oui, super. Un peu plus loin, vous mentionnez, à la page 4 de
votre document, que, dans le fond, il y
a «une unanimité [qui] émerge aujourd'hui quant au besoin de l'assujettir à une
approche explicitement régionale et stratégique...»
Bon, vous en avez parlé amplement précédemment, mais vous mentionnez aussi les
effets environnementaux cumulatifs.
Puis ça, bien, on comprend, là, que ça relève, là, des évaluations d'impacts,
là, mais, tu sais, pouvez-vous dire à la
commission pourquoi, plus spécifiquement, on devrait tenir compte des effets
cumulatifs? Parce que je ne crois pas que ça soit le cas si on n'en tient pas compte. Donc, votre proposition,
est-ce que vous avez quelque chose à rajouter sur les effets cumulatifs?
Fecteau (Louise) : Oui. Ça, c'est une obligation qui est faite au
promoteur de projet de faire, justement, une évaluation des impacts cumulatifs. Mais, quand on y pense, c'est
pratiquement impossible pour un promoteur avec un projet spécifique de faire ce genre d'évaluation
là parce que, là, la question qui se pose, c'est sur quelle portée, dans
quel horizon de temps, et tout ça. Ça ne
peut pas se faire autrement — comment je dirais ça? — pour avoir une évaluation de qualité,
que de le faire à l'échelle régionale.
Puis, à
titre
d'exemple, si on prend l'exemple de la Côte-Nord, où on a des projets qui se
sont ajoutés les uns après les
autres, on est arrivé à un point où, à un moment donné, on a demandé à un
prometteur de faire une évaluation sectorielle de son projet sur la santé des populations pour des années à venir.
Bien, le promoteur, il va le faire parce que c'est demandé, puis,
éventuellement, il veut aboutir avec son projet. Mais on s'entend que, dans les
évaluations de suivi, la santé de la
population, elle dépend d'un paquet d'autres projets sur le même territoire que
du sien. Ça fait que ce qu'on écrivait aussi dans le mémoire, c'est que, quand on y pense deux secondes, là, si on
pouvait à la fois avoir des évaluations au bon niveau, donc stratégiques par les ministères, régionales
par les organismes municipaux responsables de la planification du
territoire, par projet par les promoteurs, puis que toutes ces informations-là
seraient rendues disponibles, il y ait une fluidité de l'information, là on
aurait les informations à la bonne place par les bons émetteurs de données qui
pourraient rendre l'ensemble plus efficace.
Ça fait que c'est un peu ça, dans le fond, l'idée d'avoir des évaluations régionales
pour avoir au bon endroit l'évaluation des effets cumulatifs.
L'autre chose, c'est que les promoteurs ne
connaissent pas tous les projets sur un territoire. Il y en a qui ne sont même pas publics, ça fait que comment il
fait, lui, là, pour avoir une évaluation de qualité à partir du moment où
il n'a même pas accès à toute l'information
disponible sur un territoire donné? Ça fait que c'est pour ça qu'on dit que
tout est lié, l'ensemble des éléments qui
sont inclus dans le livre vert doivent pratiquement se réaliser de manière
simultanée pour que l'ensemble soit efficace puis soit satisfaisant pour
l'ensemble des parties.
Lemay : Bien, merci. Donc, on en prend bonne note. Et l'effet
simultané de toutes les mesures, effectivement, ça sera tenu en
considération. Merci beaucoup.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Et merci pour votre contribution à nos travaux.
Alors, je lève la séance quelques instants pour
permettre à nos prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 45)
Président (M. Reid) :
Alors, je souhaite maintenant la bienvenue à nos invités de la Chaire de
recherche du Canada en droit de l'environnement de l'Université Laval. Alors, vous connaissez la routine, vous avez 10 minutes. Nous
allons, par la suite, procéder à un échange avec les membres de la commission.
Et je vous demande de vous présenter et présenter la personne qui vous
accompagne pour les fins de l'enregistrement, et à vous la parole.
Mme Halley
(Paule) : Merci. Bonjour, M. le Président, M. le ministre, mesdames et messieurs, membres de la commission. Mon nom est Paule Halley. Je suis
professeure de droit de l'environnement à l'Université
Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada
en droit de l'environnement. Je suis accompagnée d'Aurélie-Zia Gakwaya. Elle
est chercheure associée à la chaire et elle a participé à la rédaction du
mémoire.
C'est avec beaucoup
de plaisir et beaucoup d'intérêt que nous participons à la consultation sur le livre vert. Cette participation cadre parfaitement avec
les objectifs de la Chaire de recherche du Canada en droit de l'environnement, qui est de participer au développement d'un droit de l'environnement qui soit efficace, légitime et effectif et qui
s'inscrive dans la mise en oeuvre du développement durable. Donc, le mémoire qui a été préparé a été réalisé
de manière à appuyer le gouvernement
du Québec dans son projet de modernisation
de même qu'à mettre l'expertise que
nous avons développée en droit de l'environnement au service de ce
projet.
Dans un
premier temps, le mémoire attire l'attention sur les importants développements
qu'a connus le droit de l'environnement
sur la scène internationale, dans la jurisprudence canadienne ainsi que dans
des lois qui ont été adoptées récemment,
la
Loi sur le développement durable, la Loi affirmant le caractère collectif
des ressources en eau et la
Loi sur l'aménagement durable du territoire
forestier. Ces développements, qui ont eu lieu depuis les 40 dernières années,
sont absents de la LQE et de ses régimes d'autorisation environnementale, qui
ont été adoptés en 1972 et 1978, et ils devraient être
introduits dans une
loi sur la qualité de l'environnement modernisée. Nous
avons donc examiné les propositions du livre
vert en ayant à l'esprit ces développements du droit de l'environnement et nous
avons formulé nos observations et suggestions dans cette perspective.
Dans
un deuxième temps, le mémoire s'arrête de manière plus significative sur deux
orientations, l'orientation 2 et l'orientation 3.
Je vais céder la parole
à Aurélie-Zia.
Gakwaya (Aurélie-Zia) :
Donc, d'abord, quant à l'orientation 2, nous tenons à saluer la proposition de doter le Québec d'un régime encadrant spécifiquement les évaluations environnementales stratégiques.
Par contre, pour ce qui est des principes du développement durable, nous
croyons que la proposition, telle que formulée, apparaît insuffisante pour intégrer le développement
durable ainsi que ses principes dans la
Loi sur la qualité de
l'environnement. Nous suggérons, à l'instar
des récentes lois québécoises sur le développement durable, sur l'eau ou sur
les forêts, que la LQE soit dotée d'un préambule, d'objectifs clairs,
ainsi que des principes directeurs du développement durable.
Quant
à ce dernier aspect, nous proposons spécifiquement l'introduction dans la LQE
de sept principes, soit le principe
de prévention et de correction, le principe de précaution, celui du
pollueur-payeur, celui d'accès à l'information, celui de participation du public, celui de conservation de la diversité
biologique, ainsi que celui du respect de la capacité de support des écosystèmes. Vous pouvez aller voir
aux pages 7 et 8 de notre mémoire si vous voulez avoir plus de détails
spécifiquement sur ces principes.
Mme Halley
(Paule) : Alors, je poursuis avec l'orientation 3, qui est relative à
la modulation des régimes d'autorisation en
fonction du risque. Il nous apparaît qu'il n'est pas certain que la notion de
risque soit la plus appropriée si on souhaite que la législation
québécoise soit compatible avec les conventions internationales et les autres
droits nationaux qui retiennent la notion
d'impact sur l'environnement pour moduler les régimes d'autorisation. À ce
sujet, le mémoire souligne les
différences importantes à faire entre la notion d'impact et de risque et
suggère fortement de retenir la terminologie admise en matière
d'évaluation environnementale, à savoir fonder la modulation sur les impacts.
dernière
partie du mémoire est consacrée aux commentaires plus particuliers sur
les autres orientations du livre vert.
Nous appuyons la première orientation du livre vert, consacrée à la prise en
compte de la lutte contre les changements climatiques, et le mémoire souligne l'importance de prendre en compte
les enjeux entourant l'adaptation aux changements climatiques dans
l'évaluation environnementale des projets.
Nous
appuyons l'orientation 4, consacrée à l'amélioration de l'accès à l'information
environnementale. Et, dans le mémoire,
nous faisons certaines propositions entourant le principe de participation
publique afin de retenir les meilleures pratiques en la matière. Et le mémoire de la chaire met en évidence que
la médiation et la participation du public sont de nature différente et qu'elles visent des objectifs
et des personnes différentes, et, par conséquent, elles ne peuvent pas
se substituer une à l'autre. Il nous
apparaît que la médiation est un mécanisme volontaire et complémentaire à la
participation du public. Le mémoire met également en évidence que l'accès à
l'information ne peut pas se substituer à la période d'information du public qui accompagne la consultation, car il s'agit de
droits distincts. Enfin, nous suggérons, par équité, d'élargir les
règles de participation du public appliquées aux autorisations de forage dans
le shale et aux fracturations hydrauliques à l'ensemble des autorisations
environnementales de l'article 22.
Quant
à l'orientation 5, nos observations se concentrent sur la proposition consacrée
à l'encadrement du pouvoir du ministre
d'imposer des conditions, et nos observations suggèrent de s'inspirer fortement
des articles 31.76 à 31.78 de la LQE qui encadrent actuellement les
pouvoirs d'autorisation en matière de prélèvement des eaux. Ce régime est très
explicite, et les autres autorisations environnementales de la LQE gagneraient
à être encadrées de cette façon. Nous suggérons également dans le mémoire que
les autorisations soient révisées de manière périodique et que, lorsqu'elles
sont délivrées, elles aient une période de validité à l'expiration de laquelle
elles deviendraient caduques.
Sur le thème des
responsabilités à partager entre le ministre et les initiateurs de projets, le
mémoire aborde les propositions de manière
plus technique, en termes juridiques, afin de voir de quelle manière la loi
pourrait énoncer de manière claire qui fait quoi à chacune des étapes du
processus décisionnel, c'est-à-dire la demande, l'évaluation et la décision. Et on trouve dans la littérature des exemples qui illustrent qu'on
peut, dans les termes de la loi, s'assurer de faire supporter le fardeau
de preuve à l'initiateur du projet, et de persuasion et de fiabilité de l'information,
il s'agit que la loi soit libellée de cette façon afin que ça ne soit pas sous
silence et que les fardeaux soient correctement partagés.
Enfin,
le mémoire commente la priorité accordée
à la prestation de service auprès des initiateurs de projets, et nous
soumettons à votre attention nos commentaires à ce sujet.
Voici
l'essentiel des observations que nous souhaitions partager à l'occasion
des consultations sur le livre vert. Nous vous remercions
de votre attention et sommes à votre disposition pour répondre à vos questions.
Président (M. Reid) :
Merci beaucoup pour votre présentation. Nous allons maintenant
passer à la période d'échange et nous allons commencer avec le côté ministériel.
Je donne la parole à M. le ministre.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour, Pre Halley, Mme Gakwaya. Ça fait
plaisir de vous revoir. Dans le cas
de la professeure, vous nous avez fait part, dans le cadre de
représentations d'un autre groupe la
semaine dernière, notamment de vos préoccupations par
rapport à la proposition, là, sur la catégorisation basée sur le risque environnemental. Je vais y revenir un peu plus tard,
je voulais d'abord parler de votre proposition de
préambule en matière
d'intégration des principes de développement
durable. Vous nous faites une proposition de préambule basée sur sept énoncés,
alors que l'article 6
de la
Loi sur le développement durable prévoit 16 énoncés de principe en termes
de développement durable. Ma première
question, ça serait de vous demander comment vous conciliez... Parce qu'il y a
évidemment... dans votre proposition,
il y a des absents par rapport à la
Loi sur le développement durable, comment
avez-vous choisi d'exclure certains principes de développement durable
et en favoriser d'autres dans votre élaboration de préambule?
Mme Halley
(Paule) : Pour nous, il est
évident que la
Loi sur le développement durable va continuer à exister
puis à s'appliquer à l'ensemble de
l'Administration, mais les principes qui sont formulés dans la
Loi sur le
développement durable sont formulés en
termes très peu contraignants, ce sont des énoncés généraux. On a vu que, pour
la
Loi sur l'eau, le législateur a introduit des principes qui sont
similaires, mais qui sont formulés en termes de droits et de devoirs, donc qui
ont une portée juridique beaucoup plus précise et qui peuvent donc même fonder
des demandes et des recours.
Quant aux
choix que nous avons faits, c'était difficile. Évidemment, on n'avait pas de
projet de loi. Nous avons visité des
législations, comme la législation française par exemple, et nous avons aussi
visité la
Loi sur l'eau pour retenir des principes qui sont plus particulièrement des principes qu'on va dire
sous le volet environnemental plus que les principes qui seraient sous
le volet économique ou le volet social. Ça a été de cette façon dont on a
retenu, là, les principes. Puis, suivant
notre étude que nous avons faite, là, du droit international, des
développements des 40 dernières années, là, en matière de protection
environnementale, et, vu que c'est la mission de cette loi, qui est d'assurer
la protection de l'environnement, on a pensé
que ces principes-là gagneraient à être introduits puis à être formulés en
termes de droits et de devoirs, et
non pas en termes d'énoncés généraux, plus interprétatifs, comme dans la Loi
sur le développement durable.
Et ce sont
des principes qu'on retrouve dans les législations des pays européens, et le
principe de précaution devient très
important lorsqu'on veut introduire les changements climatiques, la question
d'adaptation. On le voit même avec les prélèvements en eau dans la Loi
sur la qualité de l'environnement. Pollueur-payeur, bien, c'est un principe qui
date de 1972 et qui est maintenant bien
intégré dans... le fait d'intégrer... le fait le prélever, là, sur
l'environnement... ou d'ajouter à l'environnement des charges
polluantes.
M. Heurtel : ...vous ne craignez
pas... Pardon, voulez-vous ajouter quelque chose?
Mme Gakwaya (Aurélie-Zia) :
J'ajouterais peut-être un...
M. Heurtel : Oui, oui, pardon.
Mme Halley (Paule) : Excusez-moi,
j'ai oublié de passer la parole.
Mme Gakwaya (Aurélie-Zia) :
J'ajouterais peut-être un petit quelque chose, simplement le fait que, dans la manière dont on a formulé nos suggestions, il s'agirait
de doter la LQE à la fois d'un préambule, à la fois d'objectifs clairs et de principes. Donc, les principes que nous
proposons, qui sont vraiment... nous avons choisi sept principes que
nous trouvons fondateurs, seraient indépendants du préambule.
Heurtel : Je comprends. Mais, encore une fois, vous ne trouvez pas
que, si on suit votre suggestion, il y aurait un risque de créer une hiérarchisation par rapport à la
Loi sur le
développement durable? C'est parce que le développement durable, veux
veux pas, puis la protection de l'environnement, il y a un aspect économique.
Dans les travaux de la commission, on a entendu plusieurs groupes qu'on
pourrait catégoriser comme étant plus à vocation économique qui sont venus nous parler aussi de la nécessité de tendre
vers un équilibre entre les trois grands principes de développement durable, et donc ce que j'entends, c'est que, là, le législateur s'est exprimé en 2006 en établissant
16 principes. Là, si je comprends bien
votre proposition, c'est qu'on en prend quelques-uns, et on crée une
hiérarchisation, il y en a certains qui sont plus importants que
d'autres.
Mme Halley (Paule) : C'est des lois
qui n'ont pas la même fonction, ils n'ont pas le même objectif. La
Loi sur le
développement durable vise les actes de l'administration publique, et la Loi
sur la qualité de l'environnement vise la
protection de l'environnement contre des activités économiques. Ça fait que
c'est évident que les gens qui ont des droits
de propriété, etc., veulent avoir les autorisations, mais la vocation de cette
loi-ci, c'est de protéger l'environnement. C'est ça, sa fonction, son
mandat, et il y a d'autres lois qui vont être à vocation de développement.
Alors, dans
cette loi-ci, on ne s'adresse pas à l'administration publique. L'administration
publique, elle va l'avoir, sa
Loi sur
le développement durable, elle va devoir continuer à avoir des plans, à voir le
gouvernement développer une stratégie. Mais là ces principes et ces
droits vont s'appliquer aux promoteurs aussi, vont s'appliquer aux citoyens en
général et vont être porteurs de décisions qui vont pouvoir être revues, être
contestées. Ça va encadrer la discrétion administrative
en matière de protection de l'environnement. C'est la mission de cette loi, il
y a d'autres lois qui sont à vocation
de développement économique. Je trouve qu'il est important que cette loi-cadre
de protection de l'environnement ait des dents, et soit outillée, et ait
la terminologie de ce qu'on retrouve à travers le monde aujourd'hui dans les
États développés.
M. Heurtel : ...bien vous
comprendre. Vous avez dit : La
Loi sur la qualité de l'environnement est
contre le développement économique?
Mme Halley (Paule) : Non, elle n'est
pas contre.
M. Heurtel :
C'est parce que je vous ai entendue dire ça.
Mme Halley
(Paule) : Non, mais c'est parce qu'elle, son mandat, sa mission, c'est la
protection de l'environnement, et, en fait, on veut que le développement
économique se fasse dans le respect de cette loi-là pour assurer que le développement soit durable. Donc, ça prend au
moins des instruments... À un certain moment, on s'arrête plus
d'intégrer dans les projets de développement
économique les aspects environnementaux et les impacts de ceux-ci par le biais
de cette législation. Donc, cette législation, elle est faite pour
accompagner le développement en s'assurant d'intégrer dans le développement les
questions environnementales, et il est important d'avoir des principes qui
guident les décideurs. Ça va permettre de moderniser la loi et d'avoir plus de
garanties juridiques et de certitudes en matière de protection
environnementale.
M. Heurtel : Donc, bon, sur les
16 principes, au niveau des évaluations environnementales, donc, si je
vous suis bien, on ne devrait pas tenir compte de l'article 6d de la Loi
sur le développement durable, qui parle d'efficacité économique — puis je
le cite : «L'économie du Québec et de ses régions doit être performante,
porteuse d'innovation et d'une
prospérité économique favorable au progrès social et respectueuse de
l'environnement» — ni de
6p : «"Internalisation des
coûts" : la valeur des biens et des services doit refléter l'ensemble
des coûts qu'ils occasionnent à la société durant tout leur cycle de
vie, de leur conception jusqu'à leur consommation et leur disposition finale.»
Alors, ça, vous trouvez que, pour la LQE... Ça,
c'est deux exemples, là, je pourrais en citer d'autres, mais ces deux
principes-là, on ne devrait pas en tenir compte dans le régime d'évaluation
environnementale?
Mme Halley
(Paule) : Ce n'est pas ce
que je souhaite souligner. Le principe d'internalisation des coûts,
pollueur-payeur est un exemple. C'est des principes
qui sont, somme toute, similaires, sauf pour l'internalisation des coûts,
c'est un principe plus général.
Pour le
pilier du développement durable, le développement économique, moi, je suis tout
à fait en accord que les demandes de
projets soient des projets qui soient porteurs de développement économique qui
soit soutenable au Québec. Mais, le
moment où on s'arrête pour examiner ce caractère de durabilité, bien, on espère
que le projet va être économiquement
viable, mais on va demander à certaines autorités publiques de regarder
certains volets particuliers d'un développement pour qu'il soit viable,
qu'il soit durable, notamment sur les questions d'écologie et de respect des générations futures. Et ça, c'est probablement le mandat de ce ministère qui est responsable de cette
loi sur la
protection de la qualité de l'environnement.
Heurtel : À la page 10
de votre mémoire, vous considérez que — puis
là je cite — «la
modulation des régimes d'autorisation
en fonction du risque pourrait élever le niveau d'assujettissement des projets
et représenter un recul par rapport à la situation actuelle». Pourriez-vous nous donner des exemples
concrets quand vous dites «recul»? Alors, sur quoi vous basez-vous pour affirmer que ça serait un
recul? Puis je chercherais à obtenir des exemples concrets entre le
régime actuel puis ce que vous prévoyez par la suite si on va de l'avant avec
le régime basé sur le risque.
Mme Halley
(Paule) : Je pense
que la première... On a eu cette discussion-là avec le régime nordique, là, de
la Convention de la Baie James.
Pour le sud, on peut penser que, s'il
y a des activités qui sont aujourd'hui classées comme étant
assujetties à l'évaluation, l'examen des impacts et à une autorisation du gouvernement, possibilité de faire intervenir le BAPE, que, s'il y a une activité qui est là, et compte tenu qu'on considère qu'on contrôle bien, là, les risques de cette activité, on va la sortir de la liste pour la
soumettre à une déclaration de conformité ou à une autorisation de 22. Bien
là, cette notion-là, ce niveau-là de risque,
dire : Bien, ça, c'est un risque, somme toute, qui est bien puis qui est
mineur, ou léger, ou moyen... les
risques moyens, donc on va le faire descendre à la catégorie de 22, bien là ça,
c'est qu'on recule, là. Une activité qui, peut-être ailleurs à
travers le monde... peut-être que le Canada s'est engagé aussi à ce que cette activité-là soit soumise à une évaluation des
impacts, et non pas à une évaluation du risque, et qu'elle soit
accompagnée ou pas d'une participation du
public, bien là on sent que, pour ce projet-là, on a eu une perte au niveau du
projet, là, de participation du
public et de participation, là, des parties prenantes au développement général,
développement... et local.
Heurtel : Encore sur ce point, vous ne pensez pas, justement, qu'en
ayant une notion de risque, justement, ça nous permettrait d'aller un peu plus loin, puis notamment, sur certains
petits projets, justement, ça nous permettrait de considérer notamment
la notion d'effets cumulatifs et nous permettre, justement, de peut-être
considérer un risque plus grand?
Je comprends
que vous le voyez d'un côté négatif, mais moi, il me semble que la notion du
risque peut nous donner plus de
flexibilité également et nous permettre, justement, de prendre un projet qui
pourrait, vu en silo, comme étant mineur à sa face même... mais justement, si on regarde l'ensemble du risque
puis on intègre la notion d'effets cumulatifs, bien là on pourrait,
justement, trouver là un risque plus important.
Mme Halley
(Paule) : En fait, ça dépend
toujours comment on définit la notion de risque. La notion de risque, dans ce que nous avons trouvé comme définition
dans les documents plus de nature juridique et dans les dictionnaires,
les risques visent un danger, alors qu'actuellement, dans les conventions
internationales, dans les droits nationaux, la modulation des autorisations
environnementales se fait au niveau des impacts. Et les impacts, on peut
toucher à des impacts sociaux, des impacts
environnementaux que, même s'il y a un risque qui est plutôt faible suivant où
l'activité a été entreprise...
Donc,
c'est des notions qui sont différentes et qui, somme toute... On gagnerait au
Québec à utiliser les expressions, les
terminologies utilisées. Ça va dans le sens de l'harmonisation des
législations. Ça fait aussi en sorte qu'on se comprenne mieux, qu'il n'y ait pas des débats sur ces
notions. Et, comme nous le soulignons à la page 10, hein, «la notion
d'"impact," [qui] est retenue dans
la terminologie du droit international, a une portée différente que celle
proposée par [...] la notion de "risque". Dans le domaine
juridique, le risque est, entre autres, défini comme la "mise en danger ou
en péril", [...] un "événement
dommageable dont la survenance est incertaine quant à sa réalisation ou la date
de cette réalisation"», etc.
Donc, c'est
plus la sécurité, ce sont des... vise la sécurité comme concept, notion, alors que, parmi les
impacts, il peut y avoir des enjeux de
sécurité. Donc, quand on évalue puis qu'on examine les impacts d'un projet, on
tient compte d'un des éléments. Donc,
ce n'est pas les impacts qui sont inclus dans l'évaluation du risque, c'est le
contraire. Et je crois que c'est important que la loi utilise des
terminologies qui sont connues, qui sont utilisées de cette façon-là et
qu'on... Je comprends, par ailleurs, que, des technologies qui soient très connues, qu'on veuille les
retirer des évaluations qui sont plus lourdes pour le ministère,
mais il faudrait quand même faire attention aux vocables qui seront utilisés
dans la loi et au fait que même des risques faibles...
Vous le
savez, le Commissaire de l'environnement de l'Ontario, qui a suivi les
modifications similaires apportées dans
la législation ontarienne, le soulève, il est très mystérieux de savoir comment
vont être pris les impacts cumulatifs lorsqu'on
fait la modulation des autorisations par le risque pour les projets à faible
risque, pour les effets cumulatifs. Puis, quand on est venu pour le CCEK, on a souligné que ça ne devrait pas
s'appliquer dans le Nord parce qu'il y a des milieux qui sont vraiment fragiles, le pergélisol, il
fond, etc. Donc, il y a des questions de lieu qui sont très importantes
lorsqu'on développe, là, des activités.
Président (M. Reid) : Merci. M. le député de Mégantic, vous
avez une minute, un peu plus d'une minute.
Bolduc : Ah, mon Dieu! Merci, M. le Président. Bonjour, mesdames. Ça
me fait plaisir de vous avoir ici. Moi, je voudrais juste avoir un petit résumé simple, parce qu'on n'a pas
beaucoup de temps, sur vraiment quelle est la distance qu'on a à franchir entre notre situation actuelle
et le droit... ou l'environnement international auquel vous nous
demandez de se rapprocher. Est-ce qu'il y a beaucoup de travail à faire ou si,
dans l'ensemble, ça ne devrait pas être trop difficile?
Mme Halley
(Paule) : Nous sommes très
heureux, comme juristes, de voir les dernières législations qui ont été adoptées par l'Assemblée législative du Québec.
Pour ce qui est de la
Loi sur le développement durable, la
loi sur l'eau
et la
loi sur la foresterie, le développement durable de...
Mme Gakwaya (Aurélie-Zia) :
Aménagement durable du territoire forestier.
Mme Halley (Paule) : Je te remercie.
Alors, on voit qu'il y a des choses qui peuvent être faites. L'ajout d'un
préambule, des objectifs clairs, des principes, ce serait déjà une bonne façon
de moderniser la loi puis peut-être, à l'occasion, là, ajouter des mots qui ont
fait leur apparition depuis son adoption, «biodiversité»... «Développement
durable», il n'apparaît qu'une seule fois dans la loi si on enlève la
référence au nom du ministère. Donc, de s'assurer, là, qu'on lui fait, mettons,
une petite rénovation de fond, là, pour la mettre à l'heure, là, du droit
international, je ne crois pas que ce soit une tâche qui soit si colossale.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Alors, nous allons passer maintenant à M. le député de Terrebonne pour
l'opposition officielle.
M. Traversy : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, mesdames, de cette présentation exhaustive et très
rigoureuse de la LQE.
Je vais
commencer avec la question des principes parce qu'il semblerait que c'est un
aspect important de votre mémoire,
cette réduction de 16 à sept principes. Le ministre vous a posé quelques
questions, j'en aurais aussi également. À savoir, comment vous voyez la cohabitation? Tu sais, on parlait tout à
l'heure, là, d'efficacité économique versus, par exemple, le principe de précaution. Et là on voit qu'il y en a certains
qui disparaissent, et, même dans ceux qui restent, je voulais juste m'assurer avec vous, est-ce que vous
avez réfléchi à l'espèce d'équilibre dont on parle depuis le début pour
voir si la cohabitation entre ces principes-là vous semble harmonieuse ou s'il
y en a qui prédominent sur d'autres? Visiblement, je vois que l'économie est
peut-être un petit peu moins visible, là, qu'elle l'était auparavant. C'est
donc volontaire de votre part, et je voulais
vous entendre plus spécifiquement là-dessus. Je pense que Mme Halley en a
parlé un peu tout à l'heure, mais je voulais
que vous approfondissiez pourquoi le côté économique ne devrait pas
disparaître, mais, disons, laisser plus de place à d'autres principes à
l'intérieur de ce dit projet de loi.
Mme Halley (Paule) : En fait, les
principes qui sont là, pour plusieurs, ils s'appliquent déjà en matière de protection de l'environnement. Le principe de
prévention et de correction est déjà appliqué, c'est la raison pour
laquelle on fait des autorisations environnementales préalables. Et il y a donc
aussi dans le projet de modernisation des propositions
qui se fondent sur des principes comme l'accès à l'information. Il est déjà
présent dans le livre vert. Le principe de participation publique l'est également. Il est dans la
Loi sur la
qualité de l'environnement depuis 1978, mais il n'est pas énoncé clairement. Mais il est présent avec
les audiences du BAPE, avec les registres, avec l'accès à l'information environnementale. C'est
simplement le révéler. C'est peut-être plus facile de le lire aussi pour le
citoyen quand il voit sa
Loi sur la qualité de l'environnement, c'est
déjà présent.
Et la capacité de support du milieu puis de
conservation de la diversité biologique, écoutez, c'est ça, protéger
l'environnement, s'assurer que les espèces menacées ne le soient pas davantage
et que les écosystèmes ne soient pas détruits.
Puis je pense que ça, si ça n'est pas respecté, les décisions seraient
illégales, elles seraient en dehors du mandat de la LQE. Ça fait que ça, c'est déjà présent, mais c'est juste que ça
l'affirme et ça guide l'interprétation législative, ça guide le
processus décisionnel.
Là, il y a,
évidemment, le principe de précaution qu'on peut peut-être interroger, mais on
l'a déjà introduit dans la LQE pour
les prélèvements en eau. Puis on est très préoccupés, dans le livre vert, des
changements climatiques, ça va ensemble.
Quand on lit les travaux du GIEC, il faut travailler dans l'incertitude. Moi,
je l'ai travaillée, la question des changements climatiques avec les
questions hydriques, puis c'est ça, le message, il faut travailler dans
l'incertitude. Donc, ça m'apparaît qu'une décision aujourd'hui en matière
environnementale dans un contexte de changements climatiques va avec.
Puis
pollueur-payeur, il est déjà présent aussi, exprimé fortement par les tarifs,
par les responsabilités qu'il leur impute. Ça aussi, c'est présent, mais
c'est simplement révélé davantage.
Et je suis
d'accord qu'il y a... les autres principes de la
Loi sur le développement
durable ne vont pas être effacés, ils
vont continuer à s'appliquer à l'administration publique lorsqu'elle va prendre
des décisions, lorsqu'elle va élaborer des projets de modification de
lois comme... On pourrait penser à la suite du livre vert, elle a sa mission de
faire cela.
Et, si j'en
ai oublié, je m'en excuse. Et on s'est basés sur ce qu'on a vu ailleurs pour
s'arrêter puis comme avoir un... se
garder des idées aussi pour le projet de loi qui va être déposé à un certain
moment donné. Et nous avons notamment consulté
le code de l'environnement français. Et nous avons commencé avec ça, et ensuite
on est allés voir les principes, on s'est
assurés de notre cohérence. Et, somme toute, ils sont déjà présents dans la
protection juridique de l'environnement qu'on retrouve dans la LQE, mais ils seraient mentionnés, et c'est une
façon moderne de... Quand on travaille plus sur des objectifs, hein, de
protection, d'amélioration de l'environnement, ça fait un cadre qui guide le
processus décisionnel.
Traversy : Donc, je vous remercie pour ces précisions. On
comprend la préséance, là, à l'intérieur de votre volonté, du livre.
J'aimerais
vous poser une question concernant les études environnementales stratégiques.
Vous avez, dans le cas concernant,
bon, l'encadrement des études environnementales stratégiques, fait mention que
vous pourriez peut-être nous illustrer
les balises ou l'importance que vous voulez y accorder. Je voudrais juste que
vous nous... On a reçu, dans le fond, avant
vous le groupe de l'Association québécoise pour l'évaluation d'impacts, et
j'aimerais que vous nous mettiez un peu plus clairement, dans le fond,
votre proposition sur les EES, là, concernant un peu les balises que vous
voulez voir encadrées. Vous en parlez un peu dans votre mémoire, mais je
voulais vous entendre là-dessus.
Mme Halley (Paule) : En fait, nous
n'avons pas travaillé en profondeur cette orientation. Nous savons que d'autres groupes sont venus puis qu'ils ont des
approches bien définies, comme l'association québécoise d'évaluation environnementale. Et, dans notre mémoire, on le
salue parce qu'on est contents de l'idée de doter le Québec d'un cadre formel pour en faire, et qu'il y a toutes sortes
de façons d'en faire, des évaluations environnementales stratégiques,
puis on recommande que ça soit fait avec les
meilleures pratiques puis que ça soit fait aussi en amont, en amont des
projets.
Mais, sur l'architecture particulière, on a
préféré vous renvoyer, la commission, au mémoire du Centre québécois du droit de l'environnement, que nous
avons eu l'occasion de prendre connaissance de leur mémoire, et, les suggestions qu'ils ont formulées à cet effet-là,
nous souhaitons donc les appuyer. Mais certainement que nous sommes très
heureux, là, de savoir qu'on va avoir une procédure d'évaluation
environnementale stratégique dans la loi.
Traversy : En ce qui concerne la notion de risque et impact, vous avez discuté tantôt avec le gouvernement,
vous dites dans votre mémoire
que c'est non conforme au droit international ou, du moins, c'est... Vous n'êtes pas le
premier groupe à venir nous manifester votre
inquiétude sur la subjectivité de ce qui pourrait être une notion de risque.
Vous qui êtes en droit, j'aimerais ça
encore que vous nous expliquiez d'une façon concrète les avantages d'y aller davantage
avec une notion d'impact plutôt qu'une notion de risque juste pour la
compréhension du public qui nous écoute et moi-même.
Mme Halley
(Paule) : Bon, il peut y
avoir des avantages, des désavantages suivant... Les avantages de quelle
nature? On les cherche, là, économiques ou... Mais nous, on est des juristes de
l'environnement, donc on voit ces notions-là
dans un cadre qui existe déjà. Donc, il
y a déjà beaucoup
d'information sur l'évaluation environnementale des projets.
Ça fait 40 ans que le Canada signe des conventions, prend acte de déclarations. Le Québec est très volontaire aussi derrière ces
signatures. Et on retrouve dans ces textes des notions. Et la notion qui a été
retenue pour moduler les autorisations
environnementales, c'est la notion d'impact. Et là, lorsqu'on
les définit et qu'on définit la notion de risque, on voit que ce sont des notions distinctes et que
la notion de risque est généralement incluse dans une évaluation des impacts
d'un projet, et donc on trouve que ce serait préférable que la législation soit
conforme à ce qu'on retrouve dans ces engagements, hein, ces engagements et
que, donc, on recommande en droit d'utiliser les concepts, les terminologies
qui sont retenus.
Et, par ailleurs, on voyait bien que, la modulation qui était proposée par le livre vert,
le seul nouveau régime, c'est le régime
de déclaration de conformité. Est-ce que, si ce seul régime
là était basé sur la notion de risque... Bon, peut-être qu'il n'y aurait pas
d'impact sur les engagements qui ont été pris, par ailleurs, à évaluer des
impacts. Il faudrait s'assurer que, dans ces activités, elles ne sont
pas visées par ces textes internationaux dans lesquels on s'engage à évaluer
leurs impacts. Et, si
c'est le cas, bien, ce serait quand même important de définir qu'est-ce que
c'est que cette notion de risque faible
et les conditions qui vont encadrer... Nous avons mis dans le mémoire des
préoccupations qui étaient ressorties du Commissaire à l'environnement de l'Ontario, s'assurer, là, que la loi
encadre ce processus de déclaration de conformité de manière à ce que ça
soit prévisible, qu'est-ce qui va se retrouver dans les règlements, dans ces
listes.
M. Traversy : Alors, je vous
remercie énormément. Je pense qu'il nous reste une seconde, n'est-ce pas?
Le Président (M. Reid) : 20
secondes.
Traversy : Bien, je vous remercie. Et j'ai pris note pour la
question de la révision périodique, la validité et l'aspect caduc passé
une certaine date.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Alors, nous passons maintenant à M. le député de Masson, du deuxième
groupe d'opposition.
Lemay : Merci, M. le Président. Mme Halley, bienvenue encore à
l'Assemblée. On vous a vue la semaine dernière
dans le cadre de comité consultatif environnemental de Kativik. Mme Aurélie-Zia,
bonjour... de vous avoir avec nous aujourd'hui.
Alors, vous
savez, bien, tout d'abord, j'ai bien entendu tous vos propos concernant la
notion d'impact. Plusieurs groupes nous ont parlé d'impacts.
Effectivement, il y a une nuance à voir entre le risque, qui évalue
généralement la probabilité d'occurrence
puis qui a des enjeux, tu sais, primaires sur la sécurité, alors que l'impact,
bon, va beaucoup plus loin. On peut
aller au niveau des impacts cumulatifs, impacts sur l'environnement. Bien content
d'entendre vos propos aussi
concernant que la LQE ne devrait pas être un régime d'autorisation, mais
devrait plutôt être un régime de protection de l'environnement. Vous l'avez si bien dit tout à l'heure, là, c'est
quoi, la mission première de cette loi. Donc, ça, on vous rejoint de ce
côté-là aussi.
Je regardais
les questions précédentes, toutes des très bonnes questions. Vous avez des très
bonnes réponses aussi, mais peut-être
un sujet qu'on a moins parlé, c'est dans l'orientation 4 au niveau, là, d'accroître
l'information disponible pour le
public. Vous savez, on en avait discuté aussi la semaine dernière, mais il y a
des différences entre le Nord et le Sud.
Bon, ça, c'est ça, mais, au niveau du droit, si vous aviez un souhait le plus
cher qui devrait être inclus au niveau de pouvoir... tu sais, qu'est-ce que vous mettriez dans la réforme pour
dire : Bien là, avec ce processus-là pour entendre le public...
Est-ce que ça serait le processus d'appel, peut-être, pour les citoyens que
vous désireriez le plus voir ou ce serait une autre facette?
Mme Halley
(Paule) : C'est sûr que,
sans moi, s'il fallait choisir le gâteau que je veux, ça peut être long,
mais, bon, on peut penser que ça peut varier
quand on module les autorisations, donc, d'un régime d'autorisation à l'autre et que, lorsque les
impacts sont plus importants, il
faudrait que le public soit informé le plus tôt possible, hein? On vous
a parlé de la convention d'Aarhus, je crois qu'on doit référer à ça. Même si le
Canada ne l'a pas signée, c'est considéré comme
un standard international à l'heure actuelle. Donc, on peut s'en inspirer pour
faire harmoniser nos législations.
Donc, si
c'est un projet à impact important, avant même de déposer sa demande,
l'initiateur du projet devrait déjà aller
voir les gens qui vont être impactés, les tiers impactés qui vont être les
personnes concernées. Donc, ça aussi, on pourrait introduire dans la LQE le concept de personnes concernées qui
devraient être informées, là, des autorisations qui sont émises puis qui
vont avoir des impacts sur elles.
Il peut être
intéressant aussi d'avoir un processus qui n'est pas fermé, donc d'avoir des
processus de pétition. Ça peut
dépendre peut-être des régimes d'autorisation, mais, si on peut faire ce qu'on
veut, bien, on pourrait les mettre pour tous, tous les régimes de pétition. Donc, lorsqu'il y a une liste qui
reçoit tant de signatures, ça peut soumettre un projet à audiences
publiques, par exemple, même s'il serait dans une autre des catégories. Donc,
ça, ça permet au public de dire : Bien
là, nous, ici, là, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, puis il faut
qu'on vous explique, vous manquez d'information.
Ça peut être une façon aussi de mettre en veilleuse un peu les déclarations de
conformité et de permettre pendant un
certain temps des oppositions pour informer, justement, le décideur que, dans
ce coin-là, bien, il y a tels et tels éléments qu'il faut prendre en
considération qui font que l'activité n'est plus à risque faible, par exemple.
Donc, un
mécanisme pour que le public puisse... Un peu comme la pétition qu'on retrouve
en droit fédéral, où le public peut
poser des questions, et les ministères sont tenus de répondre. Et c'est le
commissaire à l'environnement fédéral qui administre les correspondances
du public avec les ministères, et donc ça permet d'éclairer aussi
l'administration publique, qui n'a pas les yeux partout, là, sur le territoire.
C'est les citoyens qui sont les premiers gendarmes de la protection environnementale parce qu'ils sont des
yeux partout, même si, des fois, il y a des substances qu'on ne peut pas
voir à l'oeil puis qu'il faut quand même que le ministère passe à l'occasion,
là. Donc, d'avoir des mécanismes où il peut
y avoir un partenariat. Donc, parmi les parties prenantes, il y a le public qui
pourrait chercher à pouvoir faire valoir ou partager son information
avec les décideurs.
Gakwaya (Aurélie-Zia) : Si je peux peut-être ajouter quelque chose, je
pense que, outre les trois volets qui sont
vraiment spécifiquement identifiés dans la convention d'Aarhus, il serait
peut-être important de bonifier l'accès à l'information environnementale, donc l'article 118.4 de la LQE. On n'en
a pas parlé spécifiquement dans notre mémoire, mais, encore une fois, on
renvoie au mémoire du CQDE, du Centre québécois du droit de l'environnement, et
nous appuyons vraiment tout ce qu'ils ont à dire sur ce point-là.
Lemay : Merci. En fait, c'est très bien. J'aurais pensé que vous
m'auriez parlé du droit d'appel, mais, bon, ce que vous me mentionnez, c'est quand même très important. Vous savez,
dans les processus, moi, je l'imagine, si je me vois d'un côté plus technique, je me dis : Bon, bien, d'abord, ça
prend comme un tableau de bord, un outil Web. Moi, je suis plus technique, là, formation d'ingénieur,
désolé, mais je veux juste essayer de voir comment que ça se concrétise.
Comme si, moi, je suis le citoyen puis je
veux intervenir sur mon projet, je comprends qu'on veut rendre la
formation accessible, disponible. On peut pouvoir intervenir avec ce que vous
avez mentionné, peut-être même un processus de pétition, mais je voyais... j'imagine, il devrait y avoir un gros outil
informatique de développé pour rendre l'information comme en temps réel.
Mme Halley (Paule) : Évidemment,
aujourd'hui, l'accès à l'information environnementale... On souhaite vivement que le projet de modernisation soit
l'occasion de moderniser la LQE parce que l'information environnementale
est difficilement accessible. Ça demande
beaucoup d'accès à l'information, alors qu'avec les outils, le
développement des technologies des
communications, les Québécois devraient avoir accès, là, à l'information
environnementale directement et
pouvoir aussi peut-être en transmettre. En recevoir, de l'information, mais
pouvoir aussi en transmettre. Est-ce que c'est par une contestation
devant le TAQ? Là, il faudrait voir, régime par régime d'autorisation, quelle
serait la meilleure formule pour que ça arrive à point nommé parce que, quand
tout est attaché aussi, c'est un peu tardif.
Président (M. Reid) : Alors, merci. Alors, Mme Halley, Mme
Gakwaya, merci de votre contribution à nos travaux.
Alors, je lève la séance jusqu'à cet après-midi.
(Suspension de la séance à 11 h 30)
Le Président (M. Reid) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Je souhaite la bienvenue à nos invités de
l'Association de l'exploration minière du
Québec. Vous avez une dizaine de minutes pour faire votre présentation. Par la
suite, nous aurons une période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous demanderais, pour fins de
l'enregistrement, de vous nommer et nommer les personnes qui vous accompagnent.
Et vous avez la parole.
M. Mariage (Frank) : Certainement.
Mon nom est Frank Mariage, président du conseil de l'Association de
l'exploration minière du Québec. À ma droite, M. Mathieu Savard,
administrateur de l'AEMQ; à ma gauche, Valérie Fillion, directrice générale de
notre association; et, à ma gauche toujours, Alain Poirier, directeur de projet
au sein de notre association.
Bon. Alors, M. le Président, membres de cette commission, chers participants et collègues, au nom de
l'Association de l'exploration minière du Québec, je désire remercier la Commission
des transports et de l'environnement de nous accorder l'occasion de faire part
de nos positions relativement au livre vert.
Mon nom est Frank Mariage. Je suis avocat
spécialiste en droit minier au sein du cabinet d'avocats Fasken Martineau et
président du conseil d'administration de l'AEMQ. Je suis accompagné,
aujourd'hui, à ma gauche, de Mme Valérie
Fillion, géologue et directrice générale à notre association; à ma droite, M.
Mathieu Savard, géologue et membre du conseil; et, à ma gauche toujours,
M. Alain Poirier, directeur de projet au sein de notre association.
M. le Président, la filière minérale québécoise
est aujourd'hui le fer de lance d'une industrie qui contribue grandement à
l'économie du Québec et de ses régions ressources. De récentes données
provenant de l'Institut de la statistique du
Québec nous indiquent que 85 % des travaux d'exploration hors site,
c'est-à-dire hors d'un bail minier, sont effectués par des PME d'exploration minière. Notre filière maintient,
selon les cycles, entre 2 000 et 3 000 emplois en recherche et en développement du sous-sol québécois.
Notre expertise est internationalement reconnue pour sa rigueur, son
savoir-faire et sa volonté d'oeuvrer de manière responsable.
Au cours des
dernières années, notre secteur a été contraint d'évoluer avec un long cycle
économique baissier, un fonds de
charges réglementaires accru, un encadrement environnemental parfois aléatoire
et un niveau de débat public émotif
qui ont collectivement nui aux efforts de nos entreprises d'exploration à
recueillir sur les marchés internationaux les fonds requis pour assurer
le développement de cette filière.
L'association
souscrit à l'objectif d'améliorer le processus de délivrance d'autorisation aux
entreprises, et plus particulièrement
aux sociétés minières opérant au Québec, et ce, sans réduire les exigences environnementales.
Cependant, toute modification apportée au cadre législatif et réglementaire
doit viser à ne pas introduire de nouveaux éléments d'incertitude et
d'imprévisibilité qui caractérisent notre environnement d'affaires depuis de
nombreuses années. Le gouvernement a une
opportunité avec cette consultation de suggérer des modifications législatives
et réglementaires qui doivent contribuer à améliorer l'attractivité du
secteur minier et stimuler son développement.
Nous
demeurons toutefois prudents en ce qui a trait aux suggestions proposées. On ne
retrouve pas dans ce livre vert des
indications concrètes qui mèneraient à cette simplification annoncée et surtout
à l'atteinte d'une efficacité dans l'application de la
Loi sur la
qualité de l'environnement. On y retrouve également des indications où le livre
propose d'accroître
les pouvoirs discrétionnaires du ministre. De tels changements conduiront à
accroître l'imprévisibilité de notre environnement d'affaires en
élargissant notamment les occasions de consultation, qui entraîneront
automatiquement plus de délais, plus de
lourdeur et un accroissement des coûts d'opération de nos PME. On est donc loin
de retrouver la simplification annoncée du livre vert.
L'association est
préoccupée par certains des voeux exprimés dans le livre vert, notamment celui
d'encadrer davantage ces modifications
autour du concept d'acceptabilité sociale. Nous rappelons qu'il n'y a toujours
pas de définition claire de ce
concept, qui est largement utilisé pour stimuler l'opposition à des projets de
développement. Le gouvernement devrait
plutôt privilégier l'établissement de meilleurs mécanismes de conseil et de
consultation entre les experts et auprès des parties pertinentes concernées
tout en assurant que le grand public soit bien informé des enjeux. Les
conditions d'acceptation d'un projet
mériteraient d'être définies, précisées et encadrées afin de réduire,
justement, les interventions aléatoires.
L'association
est également d'avis que le ministre doit élargir la consultation actuelle afin
de lui permettre de revoir en
profondeur l'ensemble de l'encadrement environnemental de l'État. Cela doit
inclure le mandat et le fonctionnement du BAPE. Le BAPE nous a largement démontré au cours des dernières années
ses limites et surtout, malheureusement, le côté biaisé de son processus consultatif. On n'a qu'à penser à son rapport
sur le projet de Mine Arnaud à Sept-Îles et son rapport générique sur notre filière uranifère. Nous
croyons que l'objectif doit être la mise en place d'un processus
transparent, et non partisan, permettant de
poser les conditions de mise en oeuvre d'un projet dans le respect des
principes fondamentaux du développement durable.
Nous souhaitons
attirer votre attention à des enjeux plus précis, notamment la question de la
gestion des délais, qui est critique pour
nos entreprises d'exploration minière. Les saisons propices à l'exécution de
nos travaux sont particulièrement
courtes, notamment dans le Nord-du-Québec. Chaque retard dans l'émission
d'autorisations a un effet direct sur
la viabilité de nos projets. L'AEMQ croit que cet enjeu serait amoindri si
toutes les demandes de certificat étaient canalisées vers un seul guichet dédié au traitement uniforme et homogène
des demandes. L'efficacité de dédier une équipe permanente n'est pas à
démontrer. Cela ne peut être que bénéfique pour une gestion plus efficace des
demandes.
nombreuses incohérences existent entre les lois et règlements encadrant notre
secteur. Ces différences exercent un
effet nuisible à nos activités. Les mêmes activités sont soumises au même
moment, par exemple, à la
Loi sur les mines, la
Loi sur la qualité de
l'environnement, la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme et la
loi sur la protection
des terres agricoles. Il existe dans notre corpus législatif autant
d'interprétations et de mesures différentes ou superposées, souvent superflues, qui génèrent des délais coûteux à
l'émission des certificats et qui ne contribuent aucunement à une meilleure
protection de l'environnement. Les
demandeurs de certificat devraient connaître au préalable les conditions et
obligations à rencontrer. La réduction des
dispositions discrétionnaires dans l'application et l'interprétation du processus d'autorisation est
essentielle. Il faut de plus chercher à instaurer davantage de cohérence dans
nos lois et règlements.
L'AEMQ
s'interroge sur la pertinence d'intégrer la lutte aux changements climatiques
et les principes de la
Loi sur le développement durable dans les
processus d'autorisation, surtout que le livre évoque très peu l'importance du développement économique dans la recherche de l'équilibre en matière de développement durable. Les
deux approches vont complètement à l'encontre de l'objectif de
simplifier le fardeau administratif.
La suggestion
d'augmenter les tarifs se doit d'être regardée dans son ensemble, et non pas
seulement dans la perspective de recherche
de nouvelles sources de revenus. Cela passe immanquablement par une
amélioration du processus de gestion du ministère lui-même. Il y a des
gains d'efficacité importants à réaliser avant de conclure que seule une augmentation de frais va régler la situation. Le
gouvernement ne doit donc pas s'engager sur la voie d'une telle réforme
sans accorder un effort sérieux et précis à l'harmonisation de l'ensemble du
cadre juridique affectant notre secteur.
En conclusion, nous
sommes en accord que le gouvernement souhaite moderniser son régime
d'autorisation environnementale et alléger
le processus d'autorisation en le modulant en fonction des risques.
L'association croit que le gouvernement doit aussi profiter de cette
occasion et revoir en profondeur la mise en oeuvre complète de sa mission
environnementale. Pour réussir une telle initiative, cette réforme doit aussi
inclure une réflexion d'ensemble sur le développement
durable et sur l'acceptabilité sociale tout en actualisant le concept de
consultation publique, situé au coeur de
ces enjeux. Au nom de l'AEMQ, nous vous remercions, M. le Président, de
l'intérêt porté à nos propositions et sommes à votre disposition pour
répondre à vos questions. Merci.
Président (M. Reid) : Merci à vous. Nous allons procéder à
notre période d'échange et nous commençons par le côté ministériel. M.
le ministre, vous avez la parole.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour, madame, messieurs. Merci pour votre mémoire ainsi que votre présentation aujourd'hui. Je vais tout de suite commencer avec votre opposition — en tout cas, je la perçois comme ça, là — au niveau d'explorer l'idée de mieux
internaliser les coûts qui sont
générés par des projets provenant de promoteurs.
première question sur ce point-là, c'est... Il y a deux principes de développement durable qui sont reconnus dans la
Loi sur le développement durable, qui
reconnaissent l'idée d'internaliser les coûts puis, également,
qui reconnaissent le principe de
pollueur-payeur. Alors, comment vous juxtaposez ces principes-là à votre opposition,
à ce qui semble être un peu, je dois vous dire, du gros bon sens?
C'est-à-dire s'il y a un projet qui nécessite un travail important d'évaluation
environnementale ou de vérification de
processus de suivi, pourquoi le promoteur ne devrait pas contribuer à sa juste
part aux frais que génère ce travail de suivi environnemental là?
M. Mariage (Frank) :
Premier élément de réponse, comme nous l'avons expliqué, on pense qu'évidemment
il y a un processus, à l'intérieur du
ministère, qui doit être fait d'évaluation de vos ressources avant de justifier
l'imposition de tarifs
additionnels qui sont déjà existants dans le processus de révision
environnementale. Et nous croyons que mettre de l'avant un guichet unique pour la délivrance de permis va permettre au
ministère aussi d'économiser au niveau des coûts. Alors, nous, c'est
notre raisonnement.
Heurtel : Dans votre présentation ainsi que dans votre réponse, ça
fait deux fois, là, que vous mentionnez les processus de gestion. Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de
comment on devrait améliorer les processus de gestion à l'intérieur du ministère? J'ai compris la question du guichet
unique, là, je veux bien... Revenez-moi pas, s'il vous plaît, avec la
question du guichet unique, ça, j'ai compris. Je veux des exemples concrets
d'amélioration aux processus de gestion du ministère, s'il vous plaît.
M. Mariage (Frank) :
Je vais passer la parole à mon collègue Alain Poirier.
M. Mariage (Frank) :
Oui, Mathieu, pardon. Mathieu.
M. Savard
(Mathieu) : On peut vous donner des exemples. Concrètement,
l'industrie s'est habituée lors... Évidemment,
on fait toutes sortes de CA, et puis de plus en plus... Puis il y a deux points
à la réponse que je vais vous donner.
Le premier point, c'est l'utilisation des ressources. D'abord, il y a beaucoup
d'analyses à plusieurs dossiers... Quand on parle de gestion des
risques, il y a plein de dossiers qui demandent des autorisations dont le
risque est minime qu'il y a beaucoup de
délais de traitement là-dedans, souvent qui peuvent retarder des programmes
d'exploration. Entre autres, on parle
d'une saison. On sait qu'au Québec... disons que la saison d'exploration est
assez courte. Et puis, si les délais
seraient plus rapides et qu'il y aurait plus d'inspecteurs, probablement que ça
serait beaucoup plus efficace. Moins de délais, moins de traitement puis
plus de gens au niveau des inspections, ça, on serait pour ça. Parce que, là, à
l'heure actuelle, il n'y a pas beaucoup d'inspections qui se font.
L'autre
point, au niveau des délais, on a constaté que, quand on fait des demandes au
niveau de CA, même si la demande est complète, on se retrouve deux,
trois semaines plus tard avec des questions souvent contenues dans le document initial. Donc, il y a une tendance qui se
fait, c'est que les gens retirent volontairement des éléments de réponse
ciblés parce que, justement, on sait
exactement qu'il va y avoir un délai, on ne sait pas pourquoi, puis ensuite on
a le retour des questions, puis on
les renvoie tout de suite pour éviter des délais. Autrement, on se retrouve
avec des questions qui n'ont rien à
voir avec la demande de CA. Des fois, on a l'impression que c'est seulement
pour le bénéfice de poser des questions pour étirer le processus. Ça,
c'en est un, exemple concret que nos intervenants vivent pratiquement à chaque
jour au niveau des CA.
Le Président (M.
Reid) : Merci. M. le député d'Abitibi-Est.
Bourgeois : Bien, si vous me permettez... Bonjour, madame, messieurs.
Pour faire un peu plus de millage là-dessus,
dans vos processus, bon, vous nous dites : C'est important que ça se fasse
dans des délais rapides parce que nos saisons
sont courtes. On vous demande : O.K. Comment on peut faire en sorte,
au-delà d'un guichet unique, de trouver des solutions? L'imposition d'un délai fixe, est-ce que ça peut être une
solution appropriée? Et, à la lumière de ça, comment on fait pour la
gérer? Parce que, de part et d'autre, il peut y avoir des omissions volontaires
pour ne pas être pris avec le carcan.
en complémentaire, quand vous dites : Si on a des travaux, bien, ça
prendrait plus d'inspecteurs, bien, avant qu'il y ait des inspecteurs sur le site, il faudrait que les permis
étaient émis, là. Donc, il y a dichotomie, là, vous ne pouvez pas faire des travaux si vous n'avez pas eu vos
permis. Donc, je comprends que le processus, lui, dans ce cas-là, il a été fait.
M. Poirier (Alain) : Globalement, une des plus grosses lourdeurs qu'on peut avoir au niveau
administratif, c'est le fait qu'il
n'y ait pas d'harmonisation entre les différentes lois et règlements. Exemple,
on est encadrés par la
Loi sur les mines
et par la
Loi sur la qualité de l'environnement, et les deux ne se parlent pas
nécessairement. On peut avoir la même définition
dans les deux cas, mais elle va être interprétée de façon différente. Ça, ça
nous pose déjà un problème. On n'est pas
tellement dans l'allégement réglementaire, on est plutôt sur la concordance
réglementaire. On pense qu'il y a des gains importants d'efficacité à
obtenir si les ministères se parlent mieux, ont une meilleure collaboration.
Quand on fait des demandes, il faut accélérer ces dits processus là.
Pour
qu'est-ce qui est des délais fixes, oui, c'est effectivement intéressant. On
note aussi que, dans le livre vert, il
y a des éléments, des catégories qui sont beaucoup plus légères, qui
permettraient d'avoir une autorisation beaucoup plus rapidement. Nous,
on souhaite que la plupart des travaux d'exploration minière avant la mise en
valeur ne soient pas obligés d'obtenir le processus d'autorisation.
On sait aussi que,
dépendamment du bureau régional dans lequel vous allez faire votre demande, ça
peut être deux semaines, deux mois ou un délai supplémentaire. Il n'y a pas
d'uniformité, là, à ce niveau-là. Le fait d'avoir plus d'inspecteurs, nous, ce qu'on dit, c'est : Regardez, on perd beaucoup
de temps à analyser, à traiter les demandes papier de ces autorisations-là, qui sont souvent assez
les mêmes, les projets sont souvent les mêmes,
les mêmes types de travaux. Donc, au lieu de passer beaucoup de temps là-dedans, bien, le ministère devrait passer plus
de temps à s'assurer que, sur le terrain, ça soit réalisé de la bonne
façon.
Le Président (M. Reid) : M.
le député de Dubuc.
M. Simard : Je
vous ai entendu, puis vous avez fait une suggestion qui m'apparaît, en tout cas,
tout au moins intéressante parce
que vous avez expliqué que les
délais, pour vous, c'était extrêmement important en raison que vous deviez aller sur les marchés les marchés internationaux pour aller chercher des fonds, c'est très clair.
Maintenant, vous faites une
proposition à l'effet de centraliser les demandes dans une équipe dédiée.
Est-ce que vous voulez parler d'une équipe
dédiée à l'industrie minière ou encore... Bien, j'aimerais que vous expliquiez
ça un peu parce que je pense que c'est important, là.
M. Mariage
(Frank) : Oui,
effectivement, dont le mandat spécifique est de traiter ce type de demandes là.
Je pense qu'il y a un parallèle
intéressant à faire avec l'équipe qui a été formée au ministère du Revenu pour
traiter les demandes au niveau de
l'impôt minier. Il y avait des gros problèmes dans la machine au niveau des
délais. Et, pour nous, ça, c'est un
excellent exemple, un parallèle à faire avec une équipe spécifiquement dédiée
aux demandes venant de l'industrie, de tout centraliser les
connaissances et les délais à cet effet.
Simard : Parce qu'il faut bien se le dire, là, dans un ministère il y
a des gens qui sont vraiment spécialisés dans un domaine, il y en a d'autres qui pognent des dossiers puis qui...
Oui, c'est des dossiers environnementaux, mais ce n'est pas nécessairement dans leurs connaissances
pointues. Mais ce que je comprends dans votre proposition, c'est que vous dites : Écoutez, ça serait intéressant
que les inspecteurs ou encore les gens qui analysent nos demandes, eux,
aient une connaissance pointue de
l'industrie minière qui va nous permettre d'accélérer nécessairement l'analyse
et d'avoir des réponses rapidement. C'est ce que j'ai compris. J'espère
que j'ai bien compris.
M. Mariage (Frank) : Vous
avez bien compris.
Simard : Bon. Ça m'amène à vous poser une autre question maintenant.
Vous avez parlé dans votre mémoire que
le ministre devrait élargir sa consultation, entre parenthèses le BAPE.
J'aimerais — pour les
gens qui nous écoutent, tout au
moins — que vous
expliquiez c'est quoi, le fondamental de votre préoccupation ou encore de votre
affirmation.
M. Mariage (Frank) : La
raison derrière ça est la tendance observée dans les dernières années au niveau
du processus du BAPE, où on semble vouloir
mêler les faits, les données scientifiques avec l'émotif, avec le côté émotif
de l'implantation d'un projet. Et on pense
que, compte tenu de ça et de cette tangente du BAPE, les rapports qui ont été
soumis, ce que ça occasionne pour notre
industrie, je crois... En tout cas, on l'a mentionné, le BAPE, sur la filière
uranifère, fait mal à notre
industrie. C'est un processus qui mérite donc dans ces circonstances, compte
tenu de ces faits et de cette tendance lourde qu'on observe au sein du
BAPE... que le moment est opportun pour réviser son mandat et de s'assurer
qu'il se concentre sur son mandat, justement.
Le Président (M. Reid) : Oui,
merci. M. le député d'Abitibi-Est.
Bourgeois : Toujours
dans l'optique de ce que vous souhaitez voir, un processus plus simple, plus
rapide, mais aussi simplifié, directement en ligne avec vos besoins, au
niveau de l'étude environnementale stratégique, vous ne semblez pas en faveur,
mais est-ce que ça ne serait pas un moyen de simplifier aussi le processus par
rapport à l'ensemble de l'industrie?
M. Poirier
(Alain) : Une des problématiques qu'on peut avoir, c'est qu'au
niveau de l'exploration il n'y a pas un projet qui est le même. Dans une étude stratégique globale... Puis on l'a vu dans l'étude
du BAPE sur la filière uranifère, il a étudié globalement ça. En fait,
il a étudié l'ensemble du secteur minier plutôt, mais chaque projet est
différent. Dépendamment du type de minerai
et des conditions dans lesquelles tu te retrouves, si tu es plus dans le Nord,
plus dans le Sud, il y a beaucoup
d'éléments, et on croit que c'est faire du mur-à-mur au niveau de l'exploration
minière de vouloir adresser ces questions-là. O.K.?
Et même on se
demande : Puisque ce sont des travaux d'acquisition de connaissances et
que l'impact sur le sol est soit
négligeable ou nul... M. le ministre faisait référence à pollueur-payeur, bien,
quand on quitte le terrain, le terrain est entièrement restauré. O.K.? C'est la règle qu'on a. Il y a même des
garanties financières qui sont données en exploration et aussi des plans
de restauration dépendamment des types de travaux. Donc, on voit mal de quelle
façon on pourrait appliquer ce genre d'étude
là, qui va être très vaste, très vague et qui ne va pas adresser chacun des
projets un à un. Et on sait que, si
un projet d'exploration va de l'avant, il va y avoir un BAPE ou une
consultation qui va être fait avant que le bail minier soit donné à
l'entreprise. Donc, on trouve qu'il y a déjà assez d'éléments sans en rajouter
par-dessus.
Le Président (M. Reid) : M.
le député d'Abitibi-Est.
M. Bourgeois : Toujours dans
l'optique de simplification ou d'amélioration du processus, l'intégration d'un processus de médiation, vous ne semblez pas non
plus, de ce côté-là, être plutôt en faveur. Pourtant, on pourrait
croire, à prime abord, que ça faciliterait certaines réalisations.
M. Poirier (Alain) : Le problème, c'est qu'on est contre le fait qu'il soit au BAPE. On
pense que les ressources... Bien, on
ne pense pas, les ressources minérales appartiennent à tous les Québécois, le
gouvernement en est le gestionnaire, et, s'il y a une médiation à faire
ou un arbitrage, ça relève du gouvernement du Québec, et non pas du BAPE. C'est
pour ça qu'on
préférerait que ça soit adressé directement au gouvernement du Québec, comme
c'est déjà le cas à l'heure actuelle.
Bourgeois : Si je vous comprends bien, à ce moment-là ce que vous me
dites, c'est que vous n'êtes par réfractaires
à la médiation, c'est avec le mécanisme pour la faire, la médiation, que, là, à
ce moment-là, vous jugez que ça ne serait pas le bon véhicule. Il
reste-tu encore un peu de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Reid) : À peine pour un commentaire.
Bourgeois : Un commentaire?
Le Président (M.
Reid) : Oui.
Bourgeois : Au niveau de votre financement, est-ce que les frais qui
sont générés par les études pour l'obtention
des permis sont admissibles? Et, s'ils le deviendraient par rapport au
processus de financement, est-ce que ça pourrait être quelque chose qui
vous permettrait d'être un peu plus ouverts au niveau des frais à assumer en
lien avec ces études-là?
Une voix :
Veux-tu que je réponde?
M. Poirier (Alain) : Non, non. O.K. Il y a dans le dernier budget fédéral et dans le dernier
budget provincial une allocation de
15 % sur les études environnementales. Malheureusement, le fédéral a été
surpris parce qu'on ne sait pas encore,
à date, qu'est-ce que ça va contenir. Donc, on ignore, au moment où on se
parle, qu'est-ce qui pourrait être déduit ou pas ou qu'est-ce qui pourrait être demandé au niveau de crédits. Ça
fait qu'on va demeurer prudents sur ce qui devait arriver, mais il y a
un montant...
Le Président (M.
Reid) : Je dois vous interrompre pour protéger le temps qui est
réservé pour les groupes d'opposition
également. Alors, je passe la parole au porte-parole de l'opposition
officielle, M. le député de Terrebonne.
Traversy : Merci beaucoup, M. le Président. Alors,
M. Mariage, Mme Fillion, M. Savard et M. Poirier,
merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui.
Je ne dirai pas que vous êtes les casseux de party de la journée, mais disons
que vous avez un regard très sévère dans
votre mémoire par rapport au livre vert du ministre avec des termes assez
colorés pour, j'imagine, attirer l'attention
et susciter des bonnes réflexions de la part des parlementaires. Vous nous avez
fait part de vos inquiétudes dans
votre présentation sur les délais, la viabilité, les impacts que cela peut
avoir, là, sur votre milieu. Vous avez
parlé des nombreuses lois sur lesquelles vous êtes assujettis,
Loi sur les
mines,
loi sur l'environnement, la protection du territoire agricole,
etc. Je comprends qu'il y a une inquiétude qui est sincère, mais j'avoue que
vos prises de position aujourd'hui vont dans
une tout autre direction que bien des groupes que nous avons rencontrés avant
vous, et, là-dessus, je compte sur vous pour essayer de nous éclaircir
un peu.
Et là je vais
utiliser votre mémoire pour qu'on puisse suivre ensemble, vous dites que votre
association est inquiète pour la réputation
du Québec sur les marchés internationaux. Vous dites qu'à partir de collages
d'opinions tels que l'introduction de
l'évaluation environnementale stratégique il est évident qu'une telle approche
a un effet contraire à ce que propose
le livre vert. Donc, vous dites que les études environnementales stratégiques
sont, en quelque sorte, des collages d'opinions,
et là je voudrais vous laisser expliquer un peu votre opinion. J'ai plein
d'autres exemples pour démontrer un peu votre «crunchy», votre sévérité
et votre couleur dans cette discussion.
M. Poirier (Alain) : On ne pense pas avoir été «crunchy» dans ce qu'on a écrit. On débute le
mémoire en disant qu'on est en faveur
que le gouvernement révise la façon dont il attribue les certificats d'autorisation. On a des
inquiétudes par rapport à la façon de le
faire. On a parlé des études environnementales tout à l'heure, on a parlé du
BAPE. Je pense, les gens qui ont eu
l'occasion d'assister à une seule séance sur le BAPE sur la filière uranifère
ont été un peu découragés.
Vous
savez, ce n'est pas facile d'aller sur les marchés et d'obtenir des sommes
d'argent pour explorer au Québec. D'ailleurs,
l'argent ne vient pas du Québec, il vient principalement de l'extérieur du
Québec et même du pays. L'objectif, c'est
que plus il y a d'étapes... Les investisseurs choisissent dans quelle
juridiction ils vont faire affaire. O.K.? Nous, on a des projets ici qui sont en compétition avec
l'Afrique, avec le Chili, avec l'Australie, c'est comme ça que ça
fonctionne. La planète minière est uniforme, les gens prennent des décisions
par rapport à ça. Et on pense que la façon dont les autorisations sont données
et, surtout, de la façon dont elles pourraient être données, ça va permettre de
protéger l'environnement de la même façon
qu'il est protégé là, sinon plus, mais ça va donner de la flexibilité et de la
rapidité aux entreprises, et l'un n'est pas incompatible avec l'autre.
comme on vous l'a dit tout à l'heure, on n'a pas demandé d'avoir un allégement
réglementaire ou d'enlever des règlements,
on veut juste que ça fonctionne bien et qu'on soit en mesure d'avoir un système
qui est prévisible, qui est stable et
est connu d'avance. Nos entreprises fonctionnent dans ces paramètres-là et
veulent s'assurer, quand ils rencontrent des gens pour financer leurs projets, qu'ils peuvent leur dire : Nous,
on pense sincèrement que, dans six mois, on peut faire tels types de travaux à tel moment dans tel secteur
parce qu'on a la conviction que, la façon dont le gouvernement donne ses
autorisations, on va être capables de le faire à ce moment-là. Ça fait que
c'est juste ça, c'est de mettre de l'huile dans l'engrenage et s'assurer que le
système fonctionne bien. Et, si le système fonctionne bien, ça va coûter moins
cher à l'industrie, mais ça va coûter moins cher au gouvernement aussi.
M. Traversy : Donc,
je comprends que vous êtes dans l'amélioration du mécanisme, vous voulez une
certaine stabilité pour être capables,
justement, là, de rassurer peut-être certains investisseurs ou, du moins,
essayer de garder une sécurité dans
le cadre du marché. Je sens quand même qu'il y a une certaine... pas
exaspération, mais on a l'impression, peut-être, que votre secteur a été
ciblé plus que d'autres, là, au cours des dernières années, et je vous sens
plus sur la défensive, peut-être, que d'autres associations.
vais donc vous poser une autre question. Dans le cadre toujours de votre
réflexion, vous nous dites que vous vous
questionnez également sur la logique d'intégrer la lutte aux changements
climatiques et, surtout, les principes de la Loi du développement durable dans les processus d'autorisation. Il y
a beaucoup de groupes qui sont venus nous dire, évidemment, le contraire en saluant, là, cette initiative pour imbriquer
le tout dans le processus. Rappelez-nous un peu, là, ce qui vous inquiète là-dedans. Est-ce que c'est
toujours par rapport au mécanisme et à l'instabilité? Est-ce que ça
tourne toujours autour du même critère?
M. Poirier (Alain) : Oui. Bien, d'ailleurs, il existe déjà un système, et il fonctionne
bien. L'inquiétude qu'on peut avoir,
c'est par rapport à nos travaux au niveau de l'exploration. On est assez
convaincus qu'on ne fait pas
partie de ce groupe-là, mais on se verrait mal se faire imposer des études pour le
prouver et que ce soit de façon récurrente dans le temps. O.K.? Donc, ce
qu'on essaie d'éviter, c'est justement d'avoir à produire des études, qui,
encore là, coûtent de l'argent et augmentent les délais. On ne comprend pas
pourquoi que ça devrait être intégré dans la
Loi sur la qualité de l'environnement, puisque ça existe déjà et ça
semble assez bien fonctionner. Si le gouvernement juge utile de
descendre le niveau de
25 000 tonnes à 15 000 tonnes ou 20 000 tonnes,
bien, ça, il n'y a pas de problème, mais il faut prévoir que les entreprises qui n'auront pas à se soustraire à ce
processus ne doivent pas, elles, produire étude par-dessus étude, et ça,
à tous les deux ans, trois ans, quatre ans
ou cinq ans. Parce que, nous, nos travaux sont évolutifs. On peut partir d'un
prospecteur sur le terrain. Après ça, on peut avoir d'autres types de travaux,
des forages, avant de se rendre à la mise en valeur, où est-ce que, là, les forages de délimitation, il y a beaucoup plus
d'employés sur le terrain, etc. Ça fait qu'on a différents niveaux
d'intensité de travaux sur le terrain, et on veut s'assurer qu'on n'ait pas à
produire moult études.
Traversy : J'aurais également une question par rapport aux
membres, dans le fond, que vous représentez. Juste pour me donner une
idée, parce qu'évidemment vous êtes les professionnels et les mieux placés pour
le savoir, est-ce qu'il y a beaucoup des
membres de votre association qui seraient soumis, dans le fond, au marché du
carbone, là, pour les gaz à effet de serre, notamment, advenant la mise
en application? Il y a-tu beaucoup de monde ou c'est marginal?
Mme Fillion (Valérie) : Je vais répondre. Bien, c'est nos membres
producteurs, ceux qui opèrent des mines qui le seraient, dans notre perception. Le prospecteur, la compagnie junior
d'exploration, toutes les entreprises de services qui font les travaux pour les compagnies d'exploration,
c'est des compagnies de forage, des laboratoires d'analyse, des choses comme ça, ça fait qu'on ne pense pas que... Donc,
c'est pour ça qu'une liste d'assujettis ou non, ce serait intéressant,
parce que, selon nous... bon, peut-être les
producteurs, nos membres producteurs, mais il y a quand même le SPEDE, là,
donc...
M. Traversy :
Donc, je prends bien note de ce que vous venez de nous rappeler.
M. Mariage (Frank) :
Parce qu'on représente l'ensemble de la filière en exploration, donc,
forcément, des producteurs sont aussi membres chez nous, puisque les
producteurs font aussi de l'exploration minière.
M. Traversy :
Et rapidement, parce que je sais que le temps passe vite, mais vous avez aussi
parlé beaucoup du Bureau d'audiences
publiques, le BAPE, et vous avez, là, mentionné plusieurs qualificatifs aussi
poignants, le fait que, des fois,
c'était une opinion biaisée, que le BAPE était un outil partisan. Ça m'a surpris
parce qu'on a cette volonté, il me semble,
lorsqu'on fait appel au BAPE, de dépolitiser, justement, le choix ou, en tout
cas, la décision, et donc je voulais juste bien comprendre votre fond en
disant au ministre aujourd'hui que vous souhaiteriez voir une modernisation. Est-ce qu'une proposition comme, exemple, nommer
les membres du BAPE de façon apartisane à l'Assemblée nationale pourrait être une solution envisageable pour
redonner de la crédibilité au BAPE à vos yeux ou... Qu'est-ce qui
pourrait être fait pour essayer de rehausser un peu, là, sa crédibilité à votre
égard? Parce qu'elle semble être atteinte.
M. Mariage (Frank) :
Comme je l'expliquais tantôt, la tangente qu'on voit dans les dernières années,
effectivement, était un processus beaucoup
plus politisé où on mêle un ensemble de faits pour en arriver à une
conclusion qu'on ne comprend pas toujours. Améliorer le processus de
nomination, je crois, est, définitivement, une avenue à explorer. Si on regarde le BAPE sur la filière uranifère, autant
l'industrie, je crois, on n'aurait pas accepté que le BAPE soit présidé par un président de société d'exploration
dans l'uranium, on trouve un peu particulier que, parmi les
commissaires, se retrouvent des gens qui ont
pris position ouvertement dans le passé contre l'industrie minière. Et, pour
nous, ça met un doute sur
l'impartialité de l'institution, doute que nous avons fait valoir, et on n'a
pas accepté notre mémoire au BAPE à cause de ça. Merci.
M. Traversy :
Je vous remercie de votre franchise aujourd'hui.
Le Président (M.
Reid) : Merci. Alors, nous passons maintenant au deuxième
groupe d'opposition, et je donne la parole au député de Groulx.
M. Surprenant :
Merci, M. le Président. Alors, M. Savard, M. Mariage, Mme Fillion, M. Poirier,
bienvenue. Alors, je vais commencer par une
question à M. Savard. Tantôt, vous avez fait état qu'il y a beaucoup de
questions qui seraient posées pour
étirer le processus. Alors, ça m'interpelle. Alors, on aime bien quand on
allège les processus, et non pas
quand on les alourdit. Alors, à quel genre de questions faisiez-vous allusion?
Et puis peut-être nous aider un peu en nous éclairant, peut-être qu'on
pourrait peut-être ramener les processus...
M. Savard
(Mathieu) : Sans aller dans les détails, écoutez, il y a différents
processus, évidemment, puis on en fait
référence. Et, quand les critères sont clairs puis qu'ils ne donnent pas place
à plusieurs interprétations dépendamment des gens au dossier puis de leur niveau d'expérience, normalement tout
promoteur va tenter de faire une demande la plus complète possible. Par contre, quand tu reçois ensuite un avis comme de
quoi, bon, on a besoin de plus de renseignements, vous lisez les questions, les réponses sont déjà
contenues dans la demande initiale, vous vous demandez : C'est quoi,
le bien-fondé, d'abord, de ces questions-là
qui sont déjà clairement exposées? Donc, pour accélérer les processus, tu
t'organises pour que les questions qui vont revenir — parce
qu'il va en revenir, de toute manière — tu les choisisses,
finalement. Puis ça, bien, évidemment, c'est un petit peu décourageant, là, en
tant que promoteur. Je veux dire, si ton document,
il est complet puis il est méritant, pourquoi poser des questions qui sont déjà
contenues? C'est un non-sens à notre avis, je ne peux pas répondre plus
loin que ça.
Surprenant : Vous avez probablement déjà indiqué, là, cette
problématique-là, puis on ne vous a pas rien répondu, il n'y a pas eu
d'ajustement.
M. Savard
(Mathieu) : Ça semble être un modus operandi. Je ne suis pas du côté
du ministère, je ne peux pas vous répondre
là-dessus. Est-ce qu'i