CAT — 23 March 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2017-03-23
Quebec — Committees
(Onze
heures trente-sept minutes)
Le Président (M. Cousineau) : Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de l'aménagement du territoire ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
commission est réunie afin de poursuivre les auditions
publiques dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi n° 121, Loi
augmentant l'autonomie et les pouvoirs de la Ville de Montréal, métropole du
Québec.
Mme la secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Rousselle (Vimont) sera remplacé par Mme
Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger) et Mme Richard
(Duplessis), par Mme Poirier (Hochelaga-Maisonneuve).
Président (M. Cousineau) : Alors, merci. Donc, je souhaite la bienvenue aux membres du premier
groupe, l'Association des sociétés de développement commercial de Montréal.
Vous
avez, comme les groupes précédents, 10 minutes de présentation. Je vous
demanderais, la personne qui va prendre
la parole, là, dans un premier temps, de présenter les deux personnes qui vous
accompagnent. Et puis, après votre exposé, je donnerai le temps de
questions pour chacun des groupes parlementaires. Donc, qui va prendre la
parole? Bienvenue. Oui.
M. Poulin
(André) : Alors, bonjour. Merci beaucoup. Je me présente, je suis
André Poulin, président de l'association des
SDC de Montréal. Je suis accompagné par M. Mike Parente, qui est vice-président
de l'association, et par M. Charles
Olivier Mercier, qui est secrétaire-trésorier de l'association. Et tous les
deux, comme moi-même, sommes directeur général de, chacun, une SDC.
Alors,
merci de nous recevoir et de nous permettre de vous exprimer nos opinions et
commentaires sur le projet de loi.
D'abord, quelques mots sur l'Association des SDC. On regroupe 17 SDC à Montréal
qui, elles-mêmes, représentent 16 000
commerces ou établissements d'affaires. Et notre association existe maintenant
depuis 2007, et on est là pour essayer de
s'entraider les uns, les autres, échanger les meilleures pratiques et aussi
représenter, quand l'occasion se présente, les intérêts globaux des SDC. Et c'est, bien sûr, une occasion qui ne s'est
pas représentée souvent depuis les 10 dernières années, une révision de
la loi concernant les SDC, bien, c'est normal qu'on soit ici, qu'on vous fasse
part de notre réaction à cette loi.
C'est
d'abord une réaction positive, nous sommes très heureux que la ville ait
demandé ces nouveaux pouvoirs et nous
ne pouvons que nous réjouir et du projet de loi et de l'entente-cadre qui est
déjà adoptée depuis l'automne dernier, l'entente-cadre sur le
développement économique de Montréal, bien sûr.
Alors,
il y a des avancées importantes, nous semble-t-il, dans cette loi, dans ce
projet de loi, entre autres — je vais en nommer quelques-unes — le fait qu'on prévoie, si la loi est
adoptée, que la ville puisse donc se donner des programmes d'aide à
l'entreprise, ce qui sera notamment très utile pour aider les entreprises qui
sont situées sur des rues où se produisent des chantiers importants et qui
affectent beaucoup la vitalité économique des entreprises qui y opèrent.
Une deuxième avancée,
c'est la possibilité qui est prévue dans la loi d'obliger un propriétaire à
apporter les correctifs à son immeuble et de prendre les mesures qui
s'ensuivent si les correctifs ne sont pas apportés.
Troisième
élément important, c'est le droit de préemption qui est prévu dans la loi, et
bien sûr que ça sera, bien, utilisé
par la ville pour acquérir des immeubles et, éventuellement, modifier la trame
urbaine de Montréal, et principalement, en ce qui nous concerne, sur les rues commerciales de Montréal. Nous
savons que, dans d'autres pays, ce droit-là est utilisé, et avec beaucoup de succès. On réussit ainsi à
transformer des rues. Donc, c'est des avancées très importantes et qui
seront utiles pour Montréal.
a aussi une certaine préoccupation, qu'on va se permettre de vous mentionner,
d'abord sur la nature du contrat entre la ville et les SDC. Les SDC sont
des sociétés d'initiative, sont des sociétés financées par leurs membres, les
entreprises qui sont sur le territoire, et il faudrait faire attention pour
qu'on ne devienne pas tributaires ou sous la gouvernance,
si on veut, de la ville. Entre autres, lorsqu'il est indiqué que les sociétés
devront adhérer au plan de développement économique de la ville, il
faudrait peut-être nuancer cette obligation qui est prévue dans la loi. Il pourrait y avoir des plans de développement
économique qui sont à l'encontre des objectifs des SDC. Bien sûr que ça
nous ferait plaisir de participer à l'élaboration du plan, mais de forcer
l'adhésion, c'est un peu délicat, nous semble-t-il.
Deuxième élément qu'on se permet de
mentionner, c'est que la fusion des sociétés de développement commercial
échapperait, telle que la loi est rédigée, à
la consultation des membres des SDC concernées. Alors, on pense que la
fusion pourrait être décrétée par la ville
sans consultation des membres des sociétés concernées. Alors, on vous invite à
revoir cet article-là pour s'assurer que les
fusions, comme la mise en place et la dissolution, soient aussi soumises à la
consultation des membres des SDC.
enfin la loi prévoit que la ville pourra définir les règles de fonctionnement
des SDC. Encore là, ce n'est pas le cas actuellement, et on aimerait mieux, si c'était possible, que la loi
prévoie que la ville adopte les règles de fonctionnement plutôt que les
décrète.
Dans
un autre registre, c'est le membership des SDC. Jusqu'à maintenant, depuis
toujours, les SDC sont composées des
établissements d'affaires sur leur territoire. Il est prévu dans la loi, telle
que proposée, que les propriétaires d'immeubles pourraient aussi devenir membres des SDC. On ne pense pas que ça soit
souhaitable que les propriétaires immobiliers soient aussi membres des SDC, ils n'ont pas le... Bien sûr que, s'ils
ont leur bureau sur le territoire, ça va. Mais, s'ils n'ont aucun
établissement d'affaires, on ne trouve pas que ce soit souhaitable.
qui, par ailleurs, serait souhaitable, c'est que, les locaux vacants dans une
propriété, que le propriétaire de ce local-là assume la cotisation à
payer aux SDC pendant la durée de la vacance. Et l'analogie qu'on peut faire,
c'est ce que fait Hydro-Québec. Et
Hydro-Québec, quand un local est vacant, un loyer est vacant, bien, c'est le
propriétaire qui assume les frais
pendant cette vacance-là. On pense que ça pourrait être la même chose pour la
cotisation à verser aux SDC. Mais,
quant au membership, on ne souhaiterait pas que les propriétaires deviennent
membres des SDC parce que leur intérêt n'est pas du tout le même que
celui des établissements d'affaires qui y oeuvrent, qui y font commerce ou font
des affaires.
Où en sommes-nous?
Les activités pouvant être exercées par une SDC. Dans la loi actuelle, il est
prévu, il est énuméré un certain nombre
d'activités que peuvent faire les SDC, et, dans le projet tel qu'il est
proposé, on a enlevé cet article-là
pour dire que c'est la ville qui va décider quelles activités. On pense que ça
serait bon de conserver ce qui est déjà dans la loi, quitte à permettre à la ville d'en ajouter, des fonctions
qui pourraient être exercées par les SDC. Mais je pense qu'il pourrait être utile de conserver ce qu'il y
a déjà prévu à la loi. Je vais vite, mais vous avez eu le document, je
pense, et ça nous fera plaisir d'élaborer à la période des questions.
Un
article qui est déjà
dans la loi, qui n'a pas été utilisé jusqu'à maintenant, ne nous semble pas
pertinent de conserver, et celui-ci traite des frais de perception des
cotisations. Il était dans la loi jusqu'à maintenant, et ça a été reconduit que la ville verse les cotisations
perçues, une fois déduits les frais de perception. Alors, cet article-là n'est
pas utilisé, mais, s'il l'était, il pourrait
mettre en péril plusieurs SDC parce
que bien sûr que c'est la ville
qui perçoit ça. Et, si la ville se
mettait à nous charger tous les frais liés à la perception, ça pourrait faire
des sommes très importantes. Et, comme ça n'a pas été utilisé jusqu'à
maintenant, la ville ne l'a pas fait,
on vous serait reconnaissants d'enlever ces trois, quatre mots entre
deux virgules, là, qui pourraient avoir un impact très important si c'était
utilisé. Et de plus, pour renchérir sur ce
point-là, compte tenu que c'est dans la loi, bien, éventuellement, on pourrait avoir quelqu'un,
dans un contentieux de la ville, qui
dise : Écoutez, on est obligés, c'est dans la loi, de garder les frais de
perception. Alors, pourquoi ne pas régler ça une fois pour toutes et l'enlever, cet article-là... bien, pas cet
article, mais ces trois, quatre mots qui traitent des frais de
perception? Voilà.
Ensuite, vous savez
qu'à Montréal — oui,
je termine avec ça — il
y a souvent des débats entre les pouvoirs des
arrondissements et les pouvoirs de la ville centrale, et la question des SDC
tombe dans cette zone-là parce que, qui est responsable de quoi, est-ce la ville centrale ou les arrondissements?,
on apprécierait que ça soit clarifié que c'est la ville centrale qui est
responsable de l'application de cette loi-là, et non pas que chacun des
arrondissements peut définir les règles de
fonctionnement des SDC puis les relations avec les SDC. Alors, ça nous semble
important qu'il y ait une cohésion
sur l'île et que ce soit la ville. Là-dessus, je vous vois, M. le Président, me
faire des signes, alors j'arrête et...
Le Président (M.
Cousineau) : De toute façon, M. Poulin, vous allez pouvoir,
lors des questions, là, des parlementaires, glisser d'autres informations que
vous vouliez donner aux membres de la commission. Alors donc, à cause du retard que nous avons pris, nous allons
permettre 15 minutes à la
partie ministérielle, neuf minutes à
l'opposition officielle et puis six minutes au deuxième groupe d'opposition.
Alors, M. le ministre.
Coiteux : Oui. Merci beaucoup d'être présents pour nous exposer vos
vues sur le projet de loi. Évidemment, c'est
tout à fait normal, vous vous êtes concentrés sur la
partie sur les sociétés de
développement commercial, et puis c'est l'occasion d'avoir des échanges que
je pourrais appeler spécialisés.
Peut-être pour
commencer, dites-nous un peu — puis je pense que ça va être pour le
bénéfice des gens qui nous écoutent aussi — quelles sont les activités
des sociétés de développement commercial puis de quelle manière ça contribue au
développement économique de la ville, puis de certains quartiers de la ville,
puis de la vitalisation des quartiers et des commerces? Juste pour qu'on ait
tous, là, la même compréhension commune.
M. Poulin (André) : Oui. Bien sûr que cette fonction des SDC a évolué dans le
temps. Au tout début, c'étaient des activités strictement commerciales, genre ventes trottoir,
qui étaient organisées, et, avec le temps, ça a évolué dans le sens d'améliorer la vie de quartier. Et mes collègues
pourraient en témoigner aussi, là, mais, à
titre d'exemple, chez nous,
au centre-ville, bien, on va travailler beaucoup
sur la qualité de vie, sur l'expérience centre-ville. Donc, on va en
ajout des services municipaux pour
avoir plus de fleurs en été, plus de lumière en hiver, des illuminations.
Alors, c'est le genre de choses qu'on
installe avec l'argent qui nous est versé par les membres. On publie un
magazine, qui est Montréal Centre-Ville , qui ne parle pas seulement du centre-ville, et surtout pas commercial, mais
de tout ce qui va bien à Montréal, pour inciter les gens à venir nous voir et
les informer aussi de tout ce qui va bien à Montréal.
On va organiser, dans notre cas, des
équipes de nettoyage. Dans les autres cas aussi, mais à plus petite
dimension. Mais, chez nous, l'équipe de
nettoyage, ce sont entre 30 et 40
personnes, et c'est tout de la réinsertion sociale. Donc, on contribue
aussi à améliorer pas seulement la qualité de vie, mais la relation entre les travailleurs
du centre-ville et les plus infortunés de
notre société en leur donnant du travail, en les intégrant à la société. Donc,
on fait une panoplie de choses qui ne
sont pas strictement commerciales, mais d'aider le milieu, de travailler avec
le milieu pour faire en sorte que nos rues commerciales, nos zones
commerciales soient vivantes, vibrantes et qu'on ait une vie de quartier
agréable. Alors, on est beaucoup sur ça.
En ce moment, compte tenu de la situation
économique et des difficultés, on est de
plus en plus dans le recrutement,
d'aller chercher des commerces nouveaux pour s'installer dans les locaux
vacants, et c'est là que vous avez eu toutes
les demandes du maire de Montréal pour essayer d'aider là-dessus parce qu'on reconnaît l'importance des rues commerciales et de s'assurer qu'on a des commerces de qualité qui
viennent s'installer sur nos rues. Je ne sais pas si je réponds bien à
votre question, M. le ministre.
M. Coiteux :
Non, c'est justement, je voulais qu'on parte de là pour les questions
suivantes. Dans le projet de loi, il y a des articles qui disent... En fait, à l'intérieur de l'article
13, il y a toute une série d'alinéas qui se réfèrent
aux différentes parties de l'article
79 d'une autre loi. On dit que la ville peut déterminer qui, de manière
obligatoire, serait membre d'une
société commerciale. Est-ce que j'ai compris que ça vous posait un enjeu, ça,
cette question obligatoire? Comment ça fonctionne dans le moment?
Le Président (M.
Cousineau) : M. Poulin.
M. Poulin (André) : Oui, en ce moment, il y a tout un processus de mise en place d'une SDC,
d'une société de développement commercial. Il y a un processus
démocratique où est-ce que les gens sont invités à signer un registre d'opposition s'ils sont contre la mise en place,
et, s'il y a suffisamment de signatures, il y a un référendum possible.
Mais, une fois la mise en place faite,
l'adhésion est obligatoire, et la cotisation est déterminée par l'assemblée des
membres à chaque année, lors du dépôt
du budget. Et, une fois ça fait, c'est transféré à la ville, qui, elle, procède
à la perception des cotisations. Ça, c'est le fonctionnement actuel. Je
ne pense pas que la loi prévoie changer ça, sauf qu'elle va déléguer l'autorité
à la ville pour le faire.
Coiteux : Parce que
j'ai peut-être mal compris tout à l'heure, mais j'ai eu
l'impression que vous aviez un enjeu avec le caractère obligatoire de
l'adhésion. J'ai peut-être mal compris.
M. Poulin (André) : Non, c'est qu'en ce moment la loi ne prévoit pas que les propriétaires
immobiliers soient membres, c'est plus les établissements d'affaires qui
sont membres, et le projet de loi prévoit la possibilité que les propriétaires
deviennent membres, ce qui n'est pas souhaité. On ne souhaite pas que les
propriétaires immobiliers deviennent membres, on est d'accord que ça continue
d'être les établissements commerciaux qui soient les membres de nos organisations.
Coiteux : Pourriez-vous nous
éclairer un petit peu sur les enjeux que ça représenterait si les
propriétaires, même s'ils ne sont pas les exploitants des commerces qui
les abritent...
M. Poulin
(André) : Bien, les propriétaires n'ont pas les mêmes visées. À date,
dans l'histoire de nos SDC, à Montréal, ceux qui se sont opposés le plus
fermement à la mise en place, ça a toujours été les propriétaires immobiliers de plusieurs immeubles à Montréal.
Je n'ose pas le nommer, là, mais il est connu, puis, systématiquement,
il s'opposait.
Plusieurs d'entre eux
ne visent pas le développement du quartier. Ils n'ont pas les mêmes valeurs,
les mêmes objectifs d'améliorer la vie d'un
quartier, ils veulent que leur immeuble soit rentable. Et, malheureusement, c'est souvent coûte que
coûte, c'est souvent en installant des bars, en installant des établissements érotiques. Ils n'ont pas les mêmes valeurs que l'ensemble des
commerçants de la rue qui, eux, veulent travailler pour leur quartier et
veulent être en contact avec le client, le citoyen, à tous les jours. Le
propriétaire, lui, il n'est pas là, il est absent.
on a aussi un autre phénomène à Montréal, beaucoup de propriétaires ne sont pas du tout à Montréal,
là. Ce sont des sociétés étrangères,
ce sont des grandes entreprises représentées par des professionnels, soit des
bureaux d'avocats, des bureaux de
comptables, mais ils n'ont pas aucun intérêt dans la vie de quartier. Alors, c'est pour ça,
particulièrement à Montréal, compte tenu de
ce parc immobilier et qui en sont les propriétaires, qu'on ne souhaiterait pas
que les propriétaires soient membres des SDC. Tu voulais ajouter quelque
chose...
M. Parente (Mike) : Ah! si je peux juste rajouter aussi, en ajoutant les propriétaires,
tout ce que les propriétaires vont
faire, c'est renvoyer la facture, de toute façon, à leurs locataires qui sont
nos membres sur nos artères. Ça fait
que nos membres ou les commerçants vont se
retrouver à payer deux fois une cotisation parce que le propriétaire va
seulement que refiler la facture vers ces gens-là, ces gens d'affaires là,
comme est la pratique avec la taxe en ce moment.
M. Poulin (André) : Vous savez, dans les baux commerciaux, toutes les dépenses affectées à
un immeuble sont retransmises aux locataires. Donc, finalement, le
locataire paierait deux fois, là.
M. Coiteux : Je suis en train de prendre des notes, hein?
C'est pour ça qu'on est avec vous aujourd'hui, c'est pour entendre tous ces aspects-là.
Puis c'est pour ça que je dis : On a une discussion plus spécialisée, mais
il est possible qu'on souhaite vous resonder par la suite sur des questions
très spécifiques, là, au besoin.
reviendrais au premier alinéa, en fait, de cet
article 13, où vous avez exprimé
un inconfort. J'essaie de tester la profondeur
de l'inconfort puis comprendre l'enjeu pour vous par rapport à la nécessité de
vous conformer, comme société de développement commercial, à toute stratégie de développement économique adoptée par la ville, puis vous avez
dit : Des fois, on n'est pas nécessairement exactement au diapason.
M. Poulin (André) : On pourrait être en désaccord, et ça deviendrait délicat d'être obligé
d'être en accord avec quelque chose
pour lequel on est en désaccord. Je vais vous donner un exemple. De développer
ce qui est discuté en ce moment, le projet Quinze40, bien, on n'est pas
du tout d'accord avec ça. Mais, si ça devient la stratégie de la ville de développer ça, on ne peut être en accord, là.
Mais, si la loi nous oblige à être d'accord, on est vraiment mal pris et on
ne voit pas pourquoi, dans une loi, on devrait nous obliger à être d'accord
avec la stratégie de la ville.
veut travailler avec eux, on veut collaborer avec eux, mais je vais vous donner
comme exemple que, pendant une
dizaine d'années, là, on n'a jamais parlé, dans la stratégie de développement
économique de la ville, du commerce de détail, des rues commerciales
qu'on représente, ce n'était jamais présent, alors c'était difficile d'être
d'accord avec la stratégie. La loi, vous le savez, c'est pour longtemps, ce
n'est pas quelque chose qui va être là pour un an ou deux, là. Il va y avoir des changements d'administration, il
va y avoir toutes sortes de choses, alors on vous serait reconnaissants
de ne pas obliger qu'on adhère à tout ce qui
va être adopté par la ville dans le futur. On veut collaborer, on veut
travailler avec eux en partenariat. Mais,
des fois, il va y avoir des décisions dans lesquelles on ne sera pas d'accord,
mais on ne voudrait pas qu'une loi nous oblige à être d'accord.
M. Coiteux :
O.K. Puis, encore une fois, je suis en train de tester des choses avec vous. La
dernière phrase dit : «Une telle
société doit principalement oeuvrer au développement économique de son district
et se conformer...» Et là je pense que c'est le dernier bout qui vous
inquiétait, mais le premier bout de ça, ça ne vous inquiète pas. Ça veut dire
que vous oeuvrez principalement au développement économique de votre district.
M. Poulin
(André) : Le premier bout, non.
M. Poulin (André) :
Non, c'est le deuxième.
Mercier (Charles-Olivier) : C'est que le mot «conformer» implique une
obligation, alors qu'on préférerait une suggestion. Évidemment, on va
les lire, les stratégies, on va s'en inspirer. Nous, on aime travailler en
partenariat, mais on se réserverait une
possibilité d'afficher un désaccord s'il y a lieu. Ce qui n'est pas
souhaitable, on ne souhaite pas ça, mais, si une loi nous oblige à
toujours être d'accord, alors c'est autre chose, le sens est différent.
M. Coiteux :
«Tenir compte», ça vous inquiéterait autant que «conformer»?
M. Mercier
(Charles-Olivier) : «Tenir compte»? Aucun problème avec ça.
Une voix :
Pas du tout.
M. Mercier
(Charles-Olivier) : Et même «participer à établir cette stratégie», on
pourrait aller jusque-là.
M. Coiteux :
Vous vous inscrivez dans un esprit où on travaille tous ensemble, mais ça peut
arriver qu'on ait de sains désaccords.
M. Mercier
(Charles-Olivier) : C'est cela.
M. Poulin (André) : Et ce qui serait bon avec le mot «participer», c'est que, là, vous avez
une obligation pour les deux
parties, ce n'est pas seulement les SDC qui sont obligées de se conformer, mais
que la ville soit aussi tenue de travailler
en collaboration avec les SDC. Et c'est vraiment
l'esprit du moment. En ce moment, la ville, le maire, le président du comité exécutif, l'ensemble
des élus souhaitent travailler avec
nous. Et ce n'est pas seulement un souhait, on le fait et on travaille
ensemble.
Coiteux : Sur la question des frais de perception, qui ne sont pas
dans ce projet de loi, mais qui sont là par ailleurs, vous nous avez
dit : Vous seriez gentils si vous pouviez regarder ça.
Excusez
mon ignorance, là, mais vous êtes sûrement encore plus au courant parce que ça
vous touche potentiellement, à tout le monde
directement, depuis combien d'années ça existe, cette disposition-là où il
pourrait y avoir effectivement des frais de perception avant remise des
cotisations?
M. Poulin
(André) : Depuis toujours.
M. Coiteux :
Depuis toujours, c'est-à-dire depuis...
M. Poulin
(André) : Depuis la mise en place de la loi, dans les années 80, là,
lorsque la loi...
M. Coiteux :
Ça n'a jamais été appliqué?
M. Poulin (André) :
Pas à Montréal. Ça a peut-être été appliqué dans d'autres villes du Québec,
mais pas à Montréal.
M. Coiteux :
Oui. Et savez-vous pourquoi ça n'a jamais été appliqué à Montréal puis
peut-être ailleurs?
M. Poulin (André) : Je ne le sais pas. J'imagine qu'au début ça ne l'a pas été, et, par la
suite, ça devenait difficile de
changer la décision. Mais, tel que rédigé en ce moment, il pourrait y avoir
quelqu'un au contentieux qui dit : On est obligés de percevoir nos frais de cotisation parce que c'est dans la
loi. Alors, je n'aimerais pas que ce jeune avocat se révèle à un moment
donné. Et pourquoi ne pas l'enlever, compte tenu que ce n'est pas utilisé?
M. Coiteux :
Vous craignez davantage les jeunes avocats que ceux d'expérience.
M. Poulin
(André) : ...avec ceux d'expérience, on peut toujours discuter, mais
les jeunes, ils veulent faire leur place.
Coiteux : Il y a une disposition, puis, parce que vous êtes dans le
développement économique aussi... Il nous reste peu de temps, hein, M.
le Président?
Le Président (M.
Auger) : Trois minutes, M. le ministre.
Coiteux : Ah! quand même, quand même. Les nouveaux pouvoirs
économiques de Montréal qui sont octroyés par cette loi — moi, j'appelle ça, dans le fond, la disparition d'une série
d'entraves à la prise de décision dans le meilleur intérêt des citoyens
puis de l'économie locale — disent
que le gouvernement du Québec et la ville vont s'entendre sur une vision économique commune à l'intérieur de
laquelle ils vont intégrer leurs actions. Donc, les actions rendues possibles pour Montréal par les nouvelles
libertés, mais les actions que le gouvernement du Québec fait déjà vont se
vouloir aussi, davantage concertées. C'est
une bonne chose, ça, d'après vous? Comment vous verriez ça? Comment ça
devrait s'arrimer selon vous?
M. Poulin
(André) : Bien, je pense que c'est important parce que tout le monde
est conscient que la ville de Montréal est
assez importante au niveau de l'économie du Québec, et il ne faudrait pas ces
deux pouvoirs fonctionnent en parallèle.
Je pense que c'est normal, surtout au niveau de l'économie, qu'on ait des plans
communs. Puis, oui, on est très favorables,
et on espère aussi que, ce qu'on discute aujourd'hui pour Montréal, vous allez
nous aider à faire en sorte qu'il y
ait plus de SDC dans l'ensemble du Québec parce que, si c'est bon pour
Montréal, c'est bon pour les autres villes du Québec aussi. Bien sûr que je vais plus loin que votre question, mais je
pense qu'il serait plus que souhaitable que la ville et Québec
travaillent ensemble à une stratégie de développement économique pour le Québec
et Montréal.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre, 1 min 30 s.
Coiteux : 1 min 30 s? Brièvement, dans un autre projet
de loi, le 122, qui touche toutes les municipalités, on reconnaît les
mécanismes de consultation en matière d'urbanisme de Montréal et on enlève
cette obligation des référendums. Ce qui ne
veut pas dire qu'ils ne peuvent pas en faire, mais on enlève l'obligation.
Comment voyez-vous ça, vous, de votre côté?
M. Poulin
(André) : Bien, pour avoir vécu certaines situations, principalement
au centre-ville, là, dans mon cas, ces
dernières années, je pense qu'à un moment donné il faut limiter ce droit démocratique,
qui a été, dans certaines situations,
un peu abusé, là. C'est peut-être à la pratique, là. Au niveau du principe,
c'était bien beau, mais, au niveau de la pratique, il y a eu certains projets qui ont été bloqués, où le
promoteur s'est retiré parce qu'il y avait quelques personnes qui
avaient signé un registre, mais qui n'avaient aucune... — ces
personnes-là n'avaient aucune vision du bénéfice qui pouvait résulter de cet investissement-là — et qui pensaient plus à leur bout de ruelle
ou à leur intérêt personnel plutôt que l'intérêt
collectif. Alors donc — et là je parle plus au niveau du centre-ville — on n'a vraiment pas de problème à ce
que cette
partie de référendum consultatif, là, soit modifiée ou soit retirée.
Le Président (M. Auger) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions.
M. Coiteux :
Merci, M. le Président. Merci.
Le Président (M. Auger) : Nous
allons maintenant poursuivre avec l'opposition officielle. Mme la députée
d'Hochelaga-Maisonneuve, pour les neuf prochaines minutes.
Poirier : Merci. Dans un premier temps, bon, bonjour,
messieurs. Ça fait plaisir de vous voir. J'aimerais ça qu'on se parle de la... Vous en avez discuté avec
le ministre, mais on le sait très bien, là, moi, je vois ma rue Ontario
puis je vois ma rue Sainte-Catherine, là,
dans Hochelaga-Maisonneuve, là, puis je vois les autres artères commerciales à
Montréal, là, où on a des locaux laissés
vides par des propriétaires qui imposent des loyers beaucoup trop coûteux, ce
qui fait que les locaux restent vides.
Bon, ils
peuvent toujours mettre ça sur leur rapport d'impôt en tant que tel, ça leur
donne un certain avantage, mais je me pose la question sur la stratégie.
Vous, vous réclamez que ce soient les propriétaires de locaux commerciaux inoccupés qui puissent, dans le fond, verser la
taxe, faute de locataires. Je trouve que c'est une idée, mais est-ce qu'il
ne pourrait pas y avoir des moyens un peu
plus corsés pour qu'il y ait une forme de limite à laisser les locaux vides,
mais surtout à faire une hausse des loyers importante, qui fait finalement
monter les loyers à tout le monde sur l'artère commerciale et qui désavantage
l'ensemble de l'artère commerciale?
Moi, je
regarde la rue Saint-Hubert, là, qui est à moitié vide, là, puis pour moi,
c'est... Tu as des bouts de rue qui sont
vides, c'est dangereux, ça, pour l'ensemble de la rue commerciale. Puis on le
sait, il y en a un qui se vide, puis, après ça, ils se multiplient, ces commerces-là, parce que les
loyers sont trop chers. Il est là, l'essentiel du problème. Alors,
comment vous voyez le rôle de la SDC, qui
pourrait être renforcé pour venir à bout de ces propriétaires qui, par intérêt
personnel, on va se le dire, laissent les locaux vides trop longtemps?
M. Poulin
(André) : Comme je l'ai dit
plus tôt à une autre question ou dans la présentation initiale, c'est
que, de plus en plus, les SDC travaillent et travailleront à faire du
recrutement commercial, c'est-à-dire d'aller elles-mêmes chercher... comme elles le font dans les centres
commerciaux, où il y a du démarchage qui se fait pour aller chercher des
locataires. On va de plus en plus assumer ce rôle-là d'aller chercher de
nouvelles enseignes, de nouveaux artisans, entrepreneurs pour venir s'installer
sur nos rues.
Pour les
autres aspects que vous avez touchés, bien, oui, il y a différents moyens de
dynamiser nos rues puis de modifier
les comportements des propriétaires. Entre autres, vos recherchistes, là,
pourraient aller voir ce qui s'est passé récemment en France avec l'adoption de la loi Pinel, qui aide à ce
niveau-là. Il y a, entre autres, des contraintes là-dedans pour s'assurer que, les locaux vacants, il y ait
des conséquences à les laisser vacants. Alors, c'est dans la loi Pinel.
On ne veut pas nécessairement installer une régie des loyers pour les locaux
commerciaux, mais il y a d'autres moyens pour stimuler ces propriétaires-là.
Une autre
chose que vous pourriez faire comme législateurs, c'est de donner un pouvoir à
Montréal concernant le zonage pour
les activités commerciales. Ce pouvoir-là n'existe pas en ce moment, ils ne
peuvent pas... et ça deviendrait utile.
Et on est peut-être rendus là. Ce n'est peut-être dans cette loi-ci que vous
pouvez le faire, mais dans les autres lois, soit 122 ou soit d'autres
dispositions.
Et, par le
zonage, on peut s'assurer d'une certaine mixité. En ce moment, les
propriétaires, souvent, sont assis sur leur local en attendant le gros
joueur. Puis souvent le gros joueur, c'est une grosse enseigne américaine, et
ce qui fait qu'avec le temps, bien, nos rues
se déshumanisent en ayant beaucoup de grosses enseignes américaines. Et vous
avez le pouvoir ici, à l'Assemblée
nationale, de permettre à Montréal d'avoir un pouvoir de zonage commercial, et
là, on pourrait avoir plus d'outils pour régler le problème que vous
avez soulevé.
Mme Poirier : Mais là vous le
dites même dans votre mémoire, vous demandez qu'il y ait, dans le fond, un zonage — on va se le dire comme ça — pour tout ce qui est érotisme, «pawnshops»,
etc., les Payons Comptant, là, qui se multiplient,
particulièrement dans les quartiers à plus forte concentration de pauvreté.
Alors, pour vous, il serait nécessaire que
les arrondissements... ou, en tout cas la réglementation municipale puisse
avoir le droit d'éliminer ce type de commerce?
M. Poulin
(André) : Bien, au moins, si
vous donniez le pouvoir de faire du zonage commercial, ils pourraient
agir. En ce moment, ils ne peuvent pas agir.
Mme Poirier : Il me reste
combien de temps?
Le Président (M. Auger) : À peu près
quatre minutes.
Mme Poirier : J'en ai une
petite, petite dernière. Vous demandez que ça soit la ville centre, plutôt que
les arrondissements, qui assure les pouvoirs
sur les SDC. J'aimerais ça mieux comprendre. Il me semble qu'il y a un lien
de proximité entre l'arrondissement et la
SDC qui est absolument nécessaire dans une stratégie commune. Alors,
pourquoi vouloir monter ça à la grande ville?
M. Poulin (André) : C'est parce que, dans le projet de loi tel que présenté, vous dites que
c'est maintenant la ville qui va
décider des règles de fonctionnement des SDC, et, en ce moment, la loi prévoit
que ça s'applique à l'ensemble de la
province, toutes les SDC ont le même genre de conseil d'administration, la même
composition, etc. Alors là, vous déléguez
ça à la ville, on ne voudrait pas que chacun des arrondissements décide qu'à un
endroit les conseils d'administration vont être composés de 12 personnes, dans l'autre
ça va être sept, et la composition va être de tel type. On aimerait ça
que ça soit le même modèle pour l'ensemble
de l'île. Après ça, dans le fonctionnement de tous les jours, ça, c'est
différent. Mais, dans la fixation des règles, je pense que c'est
important que ça soit centralisé à la ville centrale.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de René-Lévesque, avec
2 min 45 s.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le Président. Peut-être avoir une précision parce
que vous n'en parlez pas dans votre mémoire, je ne l'ai pas vu,
l'article 21 du projet de loi,
Loi sur les heures et les jours d'admission dans
les établissements commerciaux. On sait que
la disposition va pouvoir permettre à la ville de Montréal de légiférer différemment de ce qui existe, j'aimerais vous
entendre là-dessus. Est-ce que c'est une bonne chose? Est-ce que vous
êtes d'accord avec ce pouvoir-là? Est-ce que
vous voulez en discuter avec la ville de Montréal pour trouver des modalités
qui seraient satisfaisantes pour vos clients? Comment vous voyez ça?
Mercier (Charles-Olivier) :
Je pense qu'on n'est pas intervenus dans le cadre de notre mémoire pour ne
pas l'allonger. Mais, implicitement, on est tout à fait d'accord avec la voie
qui semble être tracée, en ce sens que c'est la ville de Montréal qui va
pouvoir gérer elle-même ces questions-là. Et, quand il y aura
des discussions, si ça se trouve, sur les modalités d'application de ces
nouvelles règles là, j'ai l'impression qu'on va être souvent en accord.
Alors,
je ne pense pas qu'on ait nécessairement eu besoin d'en parler dans le cadre de cette commission, mais ça va être une chose à étudier lorsque Montréal
aura obtenu ce droit-là. Je ne pense pas qu'il y ait d'obstacle à ce moment-ci.
Je ne pense pas qu'il y en ait qui en ait
relevé non plus. Donc, on pense, nous, que ça va se faire, et on travaillera
avec la ville en ce sens-là quand
elle aura le pouvoir de gérer elle-même ses zones touristiques, ses heures
d'ouverture de commerces en fonction des activités propres à la ville de
Montréal.
M. Ouellet : Il n'y a pas d'obligation de vous consulter, elle le fera.
Est-ce que vous êtes à l'aise avec ça? Parce qu'on pourrait mettre dans la
disposition que, lorsqu'il y aura des
discussions par rapport aux changements d'heures ou journées ouvertes dans les commerces, les SDC sont
des acteurs privilégiés et devraient être consultés ou on devrait tenir
compte de leur avis. Parce que, là, on n'en tient pas compte, là.
M. Poulin
(André) : Bon, on apprécierait. On apprécierait être consultés. On
pense que, dans la pratique, ça va être le
cas. Mais, si vous voulez l'ajouter, on n'a pas d'objection. Mais ce n'est pas
une demande qu'on... on a assez de... Adoptez toutes nos demandes, puis
on va être bien contents. Si vous voulez ajouter celle-là, on ne s'y oppose
pas. Mais on n'a pas de souci à ce que ce
pouvoir-là soit délégué à la ville, on pense qu'on va bien s'entendre sur ce
sujet-là.
Le Président (M.
Auger) : 30 secondes.
M. Ouellet :
Article 79.2, vous demandez que la fusion des sociétés fasse, elle
aussi, l'objet d'une consultation au même
titre que sa constitution et
sa dissolution. Pourquoi?
M. Poulin (André) : Bien, pourquoi? Parce que, tu sais, on a deux SDC ici. La ville
décide : On vous fusionne. Bien,
écoutez, là, c'est deux sociétés composées de membres, des sociétés
d'initiative, alors on aimerait ça que les membres aient leur mot à dire
avant que quelqu'un décrète qu'elles doivent se fusionner.
M. Ouellet : Alors, c'est une peu les craintes que vous aviez à l'intérieur de votre
mémoire par rapport à certains pouvoirs que Montréal pourrait avoir sur
l'existence ou la vie de vos sociétés. Et, dans ce cas-là, c'est de forcer une
fusion qui n'aurait pas été voulue par les membres.
Le Président (M.
Auger) : Désolé, nous devons poursuivre avec la deuxième opposition,
malheureusement. M. le député de Blainville, pour six minutes.
M. Laframboise : Merci, M. le Président. Merci beaucoup, messieurs, de votre
participation. Je vais revenir sur votre
zonage commercial parce que ça m'intéresse, là. Dans 122, la ville va pouvoir
faire des sous-catégories de taxation, puis
le maire nous a dit que c'était pour aider ses commerçants, et tout ça. Ça fait
que, le zonage commercial, ce que vous souhaitez, c'est un petit peu
qu'il puisse se faire, à l'intérieur des zones commerciales, du zonage un petit
peu plus chirurgical, être capable d'avoir des sites précis. Je voudrais juste
vous entendre.
M. Poulin
(André) : Bien, ce serait, entre autres, de pouvoir dire qu'un tel
établissement, il ne peut pas y en avoir
plus que tant sur la rue ou tel établissement, on favorise son établissement
sur la rue. En ce moment, c'est vraiment le capitalisme pur, là. S'il y a cinq pharmacies qui veulent s'installer
une à côté de l'autre, personne ne peut empêcher ça, tu sais, il n'y a pas de pouvoir de zonage pour
délimiter, et quels types de commerces peuvent s'établir sur une rue, et
ça serait très utile pour assurer une certaine mixité, s'assurer que les
citoyens autour aient l'ensemble des services auxquels ils devraient avoir
droit... bien, avoir droit... avoir accès, tout au moins.
M. Laframboise :
C'est du zonage plus catégorisé par types de commerces plus que... Parce que le
zonage, habituellement, là, c'est le secteur, là. Moi, je pensais que, dans tel
édifice, on peut faire un... tu sais, moi, je voyais comme ça. Mais vous, c'est plus de catégoriser le type d'entreprise que
tu pourrais avoir sur ton artère, qui pourrait faire ça.
M. Poulin (André) : ...mixité
commerciale.
M. Laframboise : O.K. Puis ça, il y
a d'autres exemples dans le monde, c'est ce que vous disiez.
M. Poulin (André) : Oui, entre
autres à Paris. En France en général, mais à Paris ils sont devenus plus
interventionnistes pour s'assurer que... Certains quartiers avaient pris des
vocations uniservices, si on veut, là, une concentration
de trop de commerces semblables dans le même territoire, alors ils se sont
donné les outils pour changer ça.
Laframboise : Oui, trop de
commerces semblables vient qu'à nuire à... tu sais, sur un long terme
probablement, là. Ce que vous dites, c'est être capables de, tu sais, qu'on...
M. Poulin
(André) : Un autre problème
qu'on en profite pour vous sensibiliser, c'est la question des droits
acquis. Une fois qu'un permis a été donné
pour tel type d'établissement, c'est très difficile par la suite d'enlever ce
permis-là. Et, entre autres, on a ce
problème avec certains types de commerces, soit des débits d'alcool ou des
commerces de nature érotique, on
n'arrive pas à changer le mixte parce qu'il y a des droits acquis. Alors, je ne sais pas à quel point vous pouvez intervenir sur cette question-là. C'est
peut-être plus dans le 122, mais c'est un ennui sérieux qu'on a.
Laframboise : Très
compréhensible aussi. Moi, ça m'amène, parce
qu'il y a toute une
partie de votre
mémoire qui est de dire... bon, puis le ministre
vous en a parlé tantôt, là, par
rapport à la stratégie, se conformer
à la stratégie, vous auriez
aimé mieux plus participer.
Moi, c'est
plus du macro, c'est-à-dire que la ville, évidemment, avec 79.7, maintenant,
elle va pouvoir subventionner. Donc
là, la ville a plus de pouvoirs, elle peut vous aider, évidemment,
les sociétés de développement commercial. Là, évidemment, si la ville
investit plus, bon, moi, ma tendance — je
suis un ancien élu municipal — c'est
de vous dire : Bon, peut-être que, là, si la ville a décidé, peut-être
qu'elle va vouloir que vous vous conformiez à une certaine stratégie.
Là, vous,
vous dites : On ne veut pas se faire imposer rien, là. Mais il faut
comprendre que c'est un nouvel équilibre
quand même, le projet
de loi, là, parce que,
là, on vous entend, puis, évidemment, on va entendre le maire, qui va venir nous
dire, lui, pourquoi ils veulent ces situations-là. Essayez de m'éclairer un peu,
s'il vous plaît.
M. Parente (Mike) : Si vous
permettez...
M. Parente
(Mike) : ...les SDC sont vraiment
des initiatives des gens d'affaires du quartier. Ça fait que c'est des gens d'affaires qui s'investissent dans leur
quartier en injectant des nouveaux argents pour dynamiser leur quartier.
C'est sûr que, comme mes collègues
ont mentionné tantôt, c'est de discuter, d'échanger plutôt
que de se faire imposer. Parce
qu'il est possible qu'à certains moments les
demandes des gens d'affaires d'un secteur donné n'iront pas dans la même direction que la stratégie que la ville pourrait avoir pour certains
projets, ça ne veut pas dire qu'on va être contre la ville sur tout.
C'est juste, en tant que d'organisations, on travaille pour les gens d'affaires
qui ont un intérêt pour leur quartier, pour le dynamiser, et c'est de donner
une certaine liberté aussi pour s'assurer que leurs intérêts sont toujours
défendus.
M. Poulin (André) : Je vais vous
donner un exemple, là.
M. Poulin
(André) : La ville pourrait
décider, compte tenu de l'état de nos parcs
industriels, qu'on met le
paquet sur les parcs industriels pour les cinq prochaines années, et 80 % du budget de développement économique va dans les parcs industriels. Ça se pourrait qu'on soit mal à
l'aise par rapport à cette stratégie-là, et on ne veut pas, par la loi, être
obligés d'y adhérer. Ça ne veut pas dire qu'on va sortir dans les rues avec des
pancartes, là, c'est juste que la loi...
Le Président (M. Auger) : M. le
député, 45 secondes.
M. Poulin (André) : ... oups!
Laframboise : Vous voyez,
là, moi, je ne le lisais pas de la même façon que vous. C'est-à-dire que,
quand «une telle société doit principalement
oeuvrer au développement économique de son district et se conformer à toute
stratégie de développement économique», là peut-être qu'il faudrait rajouter
«pour ce district».
Parce que
moi, dans ma tête, là, c'était vraiment... Parce qu'une fois que la ville va
avoir décidé d'investir des sous, si,
au courant du programme, vous, par vos décisions, vous décidez de changer
l'orientation, là, tu sais, moi, là, c'était plus... C'est drôle, peut-être qu'à le relire l'article est peut-être
mal... peut-être, donne l'impression que le reste de... Moi, ce serait plus : S'il y a une orientation de
développement avec une stratégie pour ce district-là, bien, que vous soyez
obligés de vous y conformer parce qu'une fois que la
ville aura décidé de mettre des sous bien là, à ce moment-là... C'est juste ça,
Président (M. Auger) : M. le député de Blainville, malheureusement,
c'est tout le temps que nous avions. Merci à vous trois, messieurs, de
votre contribution aux travaux de la commission.
Je vais suspendre quelques instants pour
permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 19)
Le Président (M. Auger) : Nous
reprenons nos travaux en souhaitant la bienvenue aux représentants de Projet Montréal. Donc, je vous rappelle que vous
avez 10 minutes pour votre présentation. Par la suite, il y aura
une période d'échange avec les trois groupes parlementaires. Donc, dans
un premier temps, bien vouloir vous
présenter, et, par la suite,
vous pourrez commencer votre exposé. À vous la parole.
Mme Plante
(Valérie) : Merci beaucoup. Alors, bonjour, M. le
Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés.
Alors, je me présente, Valérie Plante, la chef de l'opposition à la ville de Montréal. Et je suis à nouveau accompagnée de mon
collègue le maire François Croteau, le maire de l'arrondissement de Rosemont—La Petite-Patrie.
Alors, merci
de nous recevoir aujourd'hui dans le salon rouge. Alors, c'est une première
fois pour moi, c'est un très bel endroit pour travailler. Et on est très
heureux de pouvoir se prononcer sur le projet de loi n° 121, qui, vous en
conviendrez, nous interpelle directement.
À la lecture
du projet de loi n° 121, il
y a une réalité qui nous est apparue clairement. Autant son objectif est-il noble et, d'ailleurs, favorablement
accueilli par Projet Montréal, autant manque-t-il un élément probant, soit les
moyens pour y parvenir. Par notre témoignage, nous espérons vous faire
comprendre que nous souhaitons offrir aux familles montréalaises une vision
véritablement audacieuse pour la métropole.
C'est pourquoi
nous ne rejetons pas le projet de loi n° 121 du revers de la main, au
contraire, mais nous croyons qu'octroyer
de nouvelles responsabilités sans un financement correspondant risque de
s'avérer un cadeau empoisonné. Le mémoire
déposé par Projet Montréal, et que vous avez entre les mains pour étude
approfondie, contient une dizaine de recommandations
concrètes qui feraient en sorte que le projet de loi n° 121, une fois
modifié, ait un impact bénéfique pour tous les Montréalais.
M. le
Président, tout d'abord, je tiens à exprimer qu'il va de soi de souligner le
caractère et les responsabilités uniques
de la métropole au Québec qui se manifestent à plusieurs égards. Par exemple,
en étant le moteur économique, touristique
et culturel de la province, ou encore en étant la seule ville dont le corps
policier municipal est de niveau 5, ou en étant responsable de
l'entretien de dizaines de kilomètres de routes nationales. Mais, par-dessus
tout, en étant un pôle d'accueil et
d'intégration incontournable des immigrants et des réfugiés qui arrivent au Québec
et en devant gérer des problèmes d'itinérance aggravés par la désinstitutionnalisation
de personnes souffrant de troubles mentaux dans les années 1990, entraînant du
coup un transfert des besoins en ressources du ministère de la Santé aux municipalités.
Voyez-vous,
l'idée de faire adopter une loi visant à augmenter l'autonomie et les pouvoirs
de la ville de Montréal nous plaît énormément. Là où le bât
blesse et où Projet Montréal identifie la lacune principale au coeur du projet de loi, c'est que l'octroi de responsabilités particulières et
de l'autonomie accrue de la métropole dans des sphères telles que
l'immigration et la lutte à l'itinérance est carrément inconcevable sans
nouveau financement permettant de réaliser ces aspirations.
Le pouvoir
d'ouvrir des bars jusqu'à 6 heures du matin, comme on dirait, c'est
bien «cute», mais ça ne change pas fondamentalement les choses les plus
importantes. Comme vous le savez, au terme de notre témoignage, ce constat est d'ailleurs...
Comme vous allez le voir, en fait, c'est que ce constat est d'ailleurs
applicable à plusieurs aspects du projet de loi, et c'est ce que nous
allons tenter de vous démontrer cet après-midi.
Comme Projet Montréal le dénonce depuis
plusieurs années, la ville de Montréal dépend de la taxe foncière pour 70 % de ses revenus, pourcentage qui
augmente d'année en année. Cette inadéquation entre les besoins
spécifiques de Montréal et ses sources limitées de revenus nuit gravement à la
compétitivité de la métropole à l'échelle régionale, nationale et
internationale.
Certes, les
ententes sectorielles bilatérales entre la ville et le gouvernement prévues
dans l'entente-cadre ont toujours existé,
mais leur caractère non pérenne les rend vulnérables aux changements
d'orientation du gouvernement en plus de rendre difficile la planification à long terme pour la ville. On est
donc loin de l'autonomie suggérée dans le
titre du même projet de loi,
le projet de loi que nous étudions aujourd'hui.
Pour aller
plus dans les détails de ce que nous souhaitons voir modifié ou amélioré, je
laisse maintenant la parole au maire de Rosemont—La Petite-Patrie,
François Croteau.
M. Croteau
(François William) : Merci beaucoup, Valérie. Alors, j'aimerais
poursuivre en mentionnant que, les nombreuses
modifications législatives entraînées par l'adoption éventuelle du projet de
loi n° 121, il y a
sept sections qui nous préoccupent particulièrement.
Tout d'abord, l'article 18 du projet
de loi permet à Montréal
de transformer sa Stratégie d'inclusion de logements abordables en un règlement
applicable pour tous les projets de construction résidentielle. Il s'agit là
d'une très bonne nouvelle pour quiconque se
préoccupe de l'abordabilité de
l'habitation à Montréal, ainsi que la rétention des familles. Projet
Montréal salue cette modification de la Charte de la Ville de Montréal, puisque
l'enjeu du logement de qualité pour l'ensemble des Montréalais nous interpelle
particulièrement.
Toutefois, ce nouveau pouvoir n'apporte pas de
solution concrète au manque de financement des projets de logement social. Cela
représente une énorme lacune quand on considère qu'il y a 25 000 ménages
en attente d'un HLM à Montréal, alors qu'il
ne s'en libère que 2 000 par année. Des moyens accrus pour lutter contre
l'insalubrité des logements sont
aussi nécessaires, sachant que, selon la Direction de la santé publique, le
tiers des ménages de Montréal vit des problèmes d'insalubrité, le tiers.
Encore une fois, aucune mention sur cet aspect dans le projet de loi.
Enfin,
comment passer sous silence l'omission des bonifications au programme de
décontamination des sols, un obstacle
majeur à la réalisation des projets immobiliers intégrant les logements
abordables, sociaux et communautaires sur le territoire montréalais? Pour donner à la métropole les moyens de
mieux protéger et d'améliorer son parc de logement locatif, nous recommandons de revoir les clauses
de l'article 18 et d'y inclure une hausse du financement permettant la construction de davantage d'unités de logement
accueillant des familles, la réduction du temps d'attente pour pouvoir
avoir accès à un logement social, la lutte à l'insalubrité et la
décontamination des sols.
Par ailleurs,
M. le Président, j'aimerais réitérer que Projet Montréal souhaite revaloriser
le rôle des commissions permanentes de la ville de Montréal,
particulièrement en ce qui a trait à la Commission de la sécurité publique de l'agglomération de Montréal. Malheureusement, sous
sa forme actuelle, ce projet de loi ferait exactement l'inverse en faisant perdre l'influence de la Commission de la
sécurité publique. Vous savez, il est impossible de passer sous silence
le fait que Montréal a été ébranlée par un
scandale d'espionnage et de fabrication de preuve impliquant le SPVM. Cela a
défrayé les manchettes pendant des semaines, et la confiance des Montréalais
envers le SPVM a été mise à dure épreuve.
Or, dans la
foulée de ce scandale, comment se fait-il que les articles 116, 117 et 122 de
la charte, définissant les pouvoirs
de la Commission de la sécurité publique, soient abrogés dans le projet de loi?
Le projet de loi devrait prévoir des dispositions
pour rendre la Commission de la sécurité publique plus pertinente et plus
transparente afin de multiplier les instances où élus et citoyens
peuvent discuter ouvertement des affaires policières et de la sécurité
publique. C'est étrangement le contraire qu'on y retrouve. Cela n'a rien pour
rétablir la confiance du public envers le SPVM.
Nous vous
demandons de retirer les articles qui réduisent l'influence de la commission
pour plutôt augmenter sa transparence, par exemple en inscrivant
l'obligation de tenir régulièrement des séances publiques. Ce faisant, en plus d'accroître la transparence des commissions
permanentes, nous croyons qu'il en faut davantage pour protéger la
neutralité et l'indépendance du greffier de la ville de Montréal. Actuellement,
le greffier est nommé par un vote du conseil à majorité simple. Nous sommes d'avis qu'un vote aux deux tiers des voix
pour nommer ou destituer le greffier serait de mise, comme c'est
actuellement le cas pour le vérificateur général ou l'inspecteur général de la
ville.
En reconnaissant Montréal comme moteur
économique de la province, il est impératif de lui donner les moyens de
poursuivre son développement par tous les moyens possibles. L'une des façons
par lesquelles Montréal encourage l'entrepreneuriat et protège ses commerçants
est par le biais des SDC, soit les sociétés de développement commercial. Par contre, il est inquiétant de
constater que, sous le projet de loi n° 121, les SDC devraient se
conformer à toute stratégie de développement
économique adoptée par la ville. Cette dernière aurait ainsi la capacité de
créer ou de dissoudre une SDC à son
bon vouloir, alors que ce pouvoir est actuellement réservé au milieu
d'affaires, soit les commerçants sur le terrain.
Nous croyons fermement que les SDC sont et
devraient demeurer des entités autonomes, à l'abri, autant que possible, d'une vision du développement économique
guidée par des orientations politiques. M. le Président, nous pensons que, dans un esprit d'augmenter réellement
l'autonomie et les pouvoirs de la métropole, le gouvernement du Québec
aurait pu accorder à la ville de Montréal le
pouvoir de modifier elle-même sa loi fondamentale, c'est-à-dire la future loi
sur la métropole du Québec.
Évidemment, nous suggérons de baliser un pouvoir
aussi important afin d'éviter toute sorte d'abus. On pourrait, par exemple, prévoir qu'un changement à la loi requière une
majorité qualifiée d'élus au conseil de ville. Nous pensons que cela
s'inscrit dans une logique qui anime l'esprit de ce même projet de loi.
M. le Président, l'unicité de Montréal passe
aussi par la protection de son patrimoine, d'autant plus que nous célébrons son 375e anniversaire cette année. Nous
craignons que le conseil de ville de Montréal obtienne, grâce au projet
de loi n° 121, la possibilité de
dissoudre le Conseil du patrimoine de Montréal. L'expertise du Conseil du
patrimoine s'est pourtant avérée
essentielle dans plusieurs dossiers de protection du patrimoine bâti. Pour
prévenir la perte d'autant de bâtiments
patrimoniaux, nous demandons au gouvernement du Québec de retirer le Conseil du
patrimoine de l'article 4 du projet de loi n° 121 afin de mieux
veiller à la protection du patrimoine montréalais et québécois.
Enfin, comme
nous l'avons expliqué ici même lors de notre témoignage sur le projet de loi
n° 122, l'article 89 de la
Charte de la Ville de Montréal est un pouvoir unique qui permet au conseil de ville
de Montréal de soustraire des projets structurants,
généralement d'exception, du processus référendaire prévu sur la
loi sur
l'aménagement urbain. Malheureusement, l'article 5 du présent projet de
loi permettrait de faire passer de 25 000 mètres carrés à 15 000
mètres carrés l'échelle des projets résidentiels commerciaux industriels
pouvant faire l'objet de l'article 85.
L'expérience récente démontre pourtant que
l'article 89 est abondamment utilisé pour retirer les droits au référendum en urbanisme à des citoyens qui
s'opposent à des projets immobiliers surdimensionnés ou inadéquats pour leur milieu d'insertion. De plus, cet
article aura
pour effet de retirer certains pouvoirs aux arrondissements en faveur de
la ville centre, ce qui est contraire à la
volonté du gouvernement du Québec de reconnaître le principe de subsidiarité
des municipalités
québécoises, principe notamment honoré par le projet de loi n° 122. Pour
ces raisons, nous demandons au gouvernement du Québec de retirer
l'article 5 du projet de loi n° 121. Maintenant, j'aimerais repasser la
parole à ma collègue la chef de l'opposition officielle...
Le Président (M. Auger) : Juste un
instant.
M. Croteau (François William) : ...à
l'Hôtel de Ville, Mme Valérie Plante.
Le Président (M. Auger) : Juste un
instant. Nous avons dépassé déjà le temps d'une minute.
M. Croteau (François William) : Ah!
désolé.
Le Président (M. Auger) : Est-ce que
vous en avez encore pour très longtemps, madame?
Mme Plante (Valérie) : Non, c'était
plutôt une conclusion. Mais, si on pourrait également...
Le Président (M. Auger) : À moins
que le ministre permette la conclusion?
M. Coiteux : Je permets la
conclusion. Vous me direz ensuite combien de temps il me reste, M. le
Président.
Le Président (M. Auger) : Avec
plaisir, M. le ministre. Vous pouvez continuer, madame.
Mme Plante (Valérie) : Merci, c'est
gentil. Donc, en terminant, M. le Président, force est d'admettre que les attentes étaient élevées pour ce projet de
loi sur
le statut de la métropole, et, malheureusement, nous sommes un peu
déçus, car, selon nous, une loi augmentant
concrètement l'autonomie et les pouvoirs de la métropole doit absolument
prévoir de nouvelles sources de financement.
Bien que le
projet de loi reconnaisse la spécificité de Montréal dans l'exercice de
certaines fonctions, de certains pouvoirs
et certaines responsabilités particulières, l'absence de financement
supplémentaire ou de pouvoirs de financement autonome pour accompagner ces responsabilités oblige Montréal à
continuer à négocier des ententes sectorielles bilatérales avec le gouvernement du Québec. En bref, pour
passer de la parole aux actes, il manque les ressources nécessaires pour
continuer à développer la métropole à l'image des aspirations des Montréalais,
et c'est ce que nous soutenons dans notre mémoire.
Projet Montréal tient à saluer les nouveaux
pouvoirs en matière de logement abordable et familial, mais il faut faire beaucoup plus pour que les familles
voient la différence là où ça compte vraiment, sur le terrain. Nous
croyons qu'avec de la bonne volonté
politique il est possible d'améliorer le projet de loi n° 121 afin que ces
nouveaux pouvoirs profitent réellement aux familles montréalaises.
Merci.
Le Président (M. Auger) : Merci à
vous deux pour votre présentation. M. le ministre, pour
12 min 45 s.
Coiteux : 12 min 45 s. Bon, bien, alors, écoutez, on s'est
rencontrés récemment à l'occasion d'une discussion sur le projet de loi n° 122. Ça me fait
plaisir de vous voir à nouveau, d'autant plus que les deux projets de loi sont
très, très, très complémentaires dans le cas
de Montréal, évidemment, parce qu'on parle du projet de
loi sur Montréal. Et
donc on peut poursuivre les échanges à partir d'où on les a laissés la
dernière fois, mais il y a des nouveaux éléments.
J'écoutais
votre présentation, puis dites-moi si je me trompe... mais j'ai l'impression
que je ne me trompe pas, dans le
fond, vous dites : Grosso modo, à quelques exceptions près, on aime bien
ce projet de loi, mais on voudrait qu'il y ait des moyens financiers accrus qui puissent permettre de
réaliser certaines des ambitions rendues possibles par ce projet de loi.
Est-ce que c'est à peu près ça, grosso modo, que je dois conclure?
Mme Plante (Valérie) : Oui. Je pense
qu'on peut se dire que, là, on est en accord avec les pouvoirs qui nous seraient donnés, mais on veut avoir une réelle
compréhension des besoins et d'avoir les ressources financières qui
seraient liées à ces nouveaux pouvoirs.
M. Coiteux : D'accord. Ce qui
m'amène, dans le fond, à peut-être apporter un certain nombre de réponses à ces questions-là ou à ces demandes-là. L'une
d'entre elles se trouve dans le document qui accompagne le projet de
loi, qui est l'entente Réflexe Montréal. Au
moins une. Il y en a plus que ça, en fait, mais il y a actuellement, dans le
cas de Montréal, toute une série de
transferts qui permettent à Montréal de soutenir son rôle de métropole. Donc,
on reconnaît qu'elle a des enjeux
particuliers et qu'elle a besoin d'un soutien supplémentaire de la part du
gouvernement du Québec et donc, dans le fond, de l'ensemble des contribuables du Québec, indépendamment de
l'endroit où ils habitent, y compris même dans les régions éloignées de
Montréal. Des soutiens à peu près inconditionnels, c'est-à-dire on ne demande
pas une reddition de comptes, là, tatillonne, là, qu'est-ce que vous avez fait
avec ces argents-là.
On a convenu avec Montréal
qu'on les regrouperait en un transfert de 83 millions de dollars annuel — je commence par celui-là, hein? — indexé. Et on se voulait novateurs parce
qu'on a eu une discussion sur, justement, cette excessive dépendance à
l'impôt foncier, on a essayé de voir si on ne peut pas répliquer quelque chose
qui serait pratiquement indexé à un taux qui
correspondrait à la TVQ perçue sur le territoire de Montréal, puis on s'est
rapidement aperçus que
ça serait plus difficile à faire qu'à imaginer parce qu'il y a beaucoup
d'entreprises qui ont leur siège à Montréal qui perçoivent de la TVQ,
mais sur des activités qui sont générées à l'extérieur de Montréal. Donc,
c'était un enjeu.
Alors, on travaille
plutôt sur une formule d'indexation à l'activité économique. Donc, plus il y a
d'activité économique, plus ça va donner
lieu à une croissance de ce transfert inconditionnel. Donc, vous comprenez que,
lorsque je regarde... C'est sûr que mon
verre est très plein, là, à l'heure actuelle, mais supposons que je prenais une
gorgée puis je le regardais, je
dirais : Il en manque peut-être un quart. Mais je vois trois quarts dans
le verre d'eau et je trouve que cette disposition-là,
par rapport à la situation actuelle, où ces transferts inconditionnels ont une
date de fin — aucune
garantie, donc, quant à l'existence dans le
futur, aucune indexation — ce 83, dans une entente formellement signée par le
gouvernement du Québec et indexée à l'activité économique, représente un grand
progrès par rapport à la situation actuelle. Est-ce que vous l'aviez vu, ça, ou
vous ne l'aviez pas vu?
Mme Plante
(Valérie) : Veux-tu y aller, François, ou tu veux...
Le Président (M.
Auger) : M. Croteau.
Croteau (François William) : Oui. Oui, on l'avait vu. Bien entendu, on
demandait davantage par rapport à certains
pouvoirs, d'ailleurs certains éléments que nous mentionnons, d'ailleurs, dans
notre mémoire, entre autres en ce qui
a trait au programme ClimatSol, en ce qui a trait au financement des unités de
logement social. Et également, bon, on a parlé du point de taxe de TVQ qui donnerait plus de flexibilité à la
métropole parce qu'à à l'heure actuelle, à 70 % des revenus qui
dépendent de la taxe foncière, c'est le propriétaire montréalais qui vient
finalement financer l'ensemble d'activités
de la métropole. Et il y a plusieurs autres moyens, au-delà de la TVQ, qui
peuvent être mentionnés en matière de financement autonome, et, à ce
niveau-là, il faudrait voir de quelle manière on pourrait donner à la métropole
plus de moyens d'y arriver. Et c'est là que Montréal pourrait être plus
autonome, c'est-à-dire en fonction des besoins qu'elle reconnaît et des
pouvoirs qui lui ont été transférés, venir ajouter...
M. Coiteux :
...mais, néanmoins, 83 millions pérennes et indexés, c'est mieux que
83 millions non pérennes et jamais indexés, c'est un progrès.
M. Croteau
(François William) : Tout à fait. La situation est meilleure
aujourd'hui qu'elle ne l'était hier.
Coiteux : Heureux de l'entendre. Je suis heureux de l'entendre. Il y a
une autre disposition aussi qui... Parce qu'on parle de ressources financières, c'était vraiment le point sur
lequel vous avez le plus insisté. Encore une fois, puis on le fait à
l'égard de tout le monde, hein, parce que, vous savez, notre démarche... il y a
des fonds de développement économique qui vont aller à Québec, capitale
nationale, et sa région. On a pris des engagements, d'ailleurs, de porter cette
somme à un montant annuel de 25 millions d'ici cinq ans dans le cas de
Québec et de sa région, donc Portneuf et Charlevoix incluses.
Dans
le cas de Montréal, on va jusqu'à 50 millions, et ça, là, c'est de
l'argent neuf, là, puis ça n'existait pas, ce transfert-là. Je ne vous ai pas entendu parler de ça alors que c'est un
levier financier qui vient accompagner les nouvelles libertés. D'un côté, on dit : Vous avez le
droit de faire des choses que vous n'aviez pas le droit de faire, et, d'autre
part, l'ensemble des contribuables du
Québec, les Montréalais, bien sûr, mais même ceux des Îles-de-la-Madeleine qui,
lorsqu'ils paient leurs taxes et leurs
impôts... C'est pour bien comprendre que c'est le gouvernement du Québec, donc
c'est tout le monde qui est prêt à faire un transfert annuel à Montréal
pour le développement économique, qui va atteindre d'ici cinq ans 50 millions de dollars. Puis on fait
la même chose avec les autres régions, où on va jusqu'à 100 millions de
dollars. Faites le compte, là, il y a
beaucoup de ressources financières nouvelles, annuelles, récurrentes qui vont
être consacrées au développement
économique en laissant une grande latitude, dans ce cas-ci, à Montréal pour
l'utiliser au meilleur escient possible. Est-ce que ce n'est pas là une
bonne nouvelle aussi?
Plante (Valérie) : Bien oui, M. le ministre, vous avez raison, ce sont
des bonnes nouvelles. Mais vous savez que
nous, on est ici pour amener le projet de loi à être encore meilleur. C'est ça,
notre rôle. C'est de voir comment la ville de Montréal, qui va profiter de ces ententes-là, sectorielles... On trouve
que ce sont d'excellentes nouvelles. Tant qu'à ne pas avoir d'argent,
puis maintenant on en a, c'est une excellente nouvelle.
Mais
une chose qu'on oublie, c'est que la ville de Montréal doit aussi avoir sa
propre... sa façon de diversifier ses sources
de revenus. Et ça, on y tient beaucoup, nous, à Projet Montréal, parce que,
pour l'instant, on reste tributaires des sommes qui sont injectées par le gouvernement québécois. On est
heureux d'avoir ces sommes-là, mais on veut avoir la capacité de diversifier nos sources de revenus
pour pouvoir faire des choix éclairés également. Donc, je pense qu'il faut aussi garder ça en tête, c'est comment on peut
aller plus loin dans le développement
de... encore une fois, de
diversifier les sources de revenus. C'est là-dessus qu'on veut mettre de
l'emphase.
Coiteux : Là-dessus,
je suis totalement d'accord aussi avec vous. C'est pour ça qu'on avait déjà
octroyé dans le passé le pouvoir
général de taxation à Montréal. Et vous savez que, dans le projet de loi n° 122, on étend ce pouvoir général de
taxation à tout le monde pour qu'il y ait une meilleure diversification, une
plus grande diversification. Pas une compétition
des différents ordres de gouvernement dans leurs propres assiettes fiscales, mais
une plus grande diversification. Mais,
dans le cas de Montréal, ça existe déjà, c'est déjà un
instrument qui existe. Est-il totalement utilisé? Ça, c'est une autre question. Ça appartient aux élus montréalais de déterminer
ce qu'ils peuvent faire de ce pouvoir général de taxation, mais il existe, il
est là. Il est vraiment là.
L'habitation... J'ai
combien de temps?
Le Président (M.
Auger) : Cinq minutes.
Coiteux : Cinq minutes pour
l'habitation. Dans l'entente Réflexe Montréal,
on prend un engagement. Puis, d'ailleurs, on est en train d'en négocier,
là, le... comment on va le faire en pratique parce qu'il va falloir qu'il y ait
un transfert, on va permettre à Montréal de
gérer ses propres programmes en matière d'habitation. Autrement dit, plutôt
que de dire : Voici les programmes de
la SHQ, qui ont leurs normes, et donc c'est nous, à Québec, qui établissons les
normes du programme, on va dire : Non, ce qu'on va faire, c'est qu'on va
vous donner l'argent à la place, et vous allez pouvoir concevoir des programmes
sur le territoire de Montréal qui sont conformes à vos réalités et à vos
besoins.
Moi,
je pense, c'est une grosse affaire qu'on est en train de faire en habitation
avec Montréal. Très gros, très gros. J'imagine que, ça, vous accueillez
ça aussi favorablement, ça, cette partie-là.
Le Président (M.
Auger) : M. Croteau.
Croteau (François William) : Oui. Bien, en fait, l'article qui traite
de l'habitation... les articles sont accueillis favorablement, du moment
où la Stratégie d'inclusion sociale et de logement abordable va devenir plutôt
une politique. Parce que, présentement, la
stratégie fait qu'elle s'applique uniquement aux projets dérogatoires, donc
lors de projets particuliers, ce qui limite notre capacité de pouvoir
développer du logement abordable et du logement social à Montréal. Cependant...
M. Coiteux :
...Québec qui interférons là-dedans, hein?
M. Croteau
(François William) : Non, mais vous permettez que la ville puisse
adopter une politique, donc il y a une
flexibilité. La question du financement, ce qui, pour nous, est crucial, c'est
que présentement on peut développer moins
de 3 000 logements sociaux par année avec le financement actuel. Nous, on
demande beaucoup plus d'argent pour être
capables de répondre aux besoins réels. On l'a dit, il y a 25 000 ménages
qui sont en attente d'un logement social. Si on ne relève pas la barre
du financement pour développer davantage de logement social à Montréal, on ne
réussira pas à combler les besoins. Et, avec le nombre de nouveaux arrivants
qui arrivent à Montréal chaque année, ce problème va uniquement s'accroître d'année en année, et on ne pourra pas répondre
aux besoins réels en matière de développement social sur cet aspect-là.
C'est pour ça qu'on demande davantage de financement plutôt que celui qui est
actuellement celui établi par le gouvernement du Québec.
Coiteux : Ce qui n'est pas forcément une question de projet de loi,
c'est beaucoup plus une question de grandes orientations dans les politiques en matière d'habitation, de ressources
disponibles pour l'habitation, etc. Je peux vous dire juste une chose à cet égard, puis c'est dommage
que mon collègue de Côte-du-Sud, là, il était là il y a quelques
secondes... Vous savez qu'il a fait une grande tournée du Québec pour aller
consulter les gens sur le terrain sur la question de l'habitation, notamment
sur le programme AccèsLogis, et ce n'est pas parce qu'il y a un projet de loi
sur le statut de métropole ou une entente Réflexe Montréal qu'on ne travaille
pas simultanément aussi à améliorer nos programmes de façon générale.
moi, je peux vous dire que j'ai eu aussi la chance de visiter beaucoup de
groupes qui sont actifs dans ce domaine-là, je suis allé... ils m'ont
fait visiter des projets très concrets qui ont été mis sur pied en particulier
à Montréal — pas
seulement à Montréal, mais en particulier à
Montréal — au cours
des... Bien, en fait, ça fait un peu plus d'une année, là, que je suis responsable de l'habitation, j'ai eu
l'occasion de le faire et je peux vous dire qu'on travaille certainement dans
un esprit qui est à améliorer les choses
dans ce domaine-là. Donc, il ne faut pas se limiter juste au projet de loi
n° 121, je pense qu'on va
pouvoir faire beaucoup de choses au cours des prochaines années en travaillant
de concert dans ces domaines-là.
Mme Plante
(Valérie) : Si je peux...
Le Président (M.
Auger) : ...
Plante (Valérie) : On est heureux d'entendre ça parce qu'on parle
beaucoup de l'habitation au niveau de pouvoir
accéder, évidemment, à un logement, mais il y a deux problématiques qui sont
importantes à Montréal,
qui... Une problématique qui freine
le développement, c'est toute la question de la contamination des
sols, et ça, c'est un... Vous le savez,
mais je tiens à le redire parce que c'est quelque chose qui bloque systématiquement
la création d'habitations parce que c'est trop coûteux. Alors, il faut vraiment
bonifier ces programmes-là.
Puis
la deuxième chose, c'est la question de l'insalubrité. C'est tellement
important à Montréal, on a une famille sur trois, un ménage sur trois, à Montréal,
qui vit dans des conditions d'insalubrité, du petit courant d'air qui fait que
le petit dernier tousse toute l'année
jusqu'à des problèmes de vermine puis de moisissure. Et ça, ça a des impacts
majeurs et ça fait... Le fait de ne
pas trouver un logement ou d'avoir le logement insalubre, ça fait que nos
familles quittent Montréal.
Puis nous, on a 46 000 familles qui ont
quitté la ville de Montréal depuis 2010, ça n'a pas de sens, il faut freiner
cette tendance-là. Alors, oui, le
programme, avec ce qui est proposé avec le projet de loi, est un bon pas
dans la bonne direction, mais il faut vraiment considérer l'aspect de Montréal.
Le Président (M. Auger) : Merci, merci. Nous allons poursuivre avec Mme la députée d'Hochelaga-Maisonneuve,
porte-parole de l'opposition officielle, pour les neuf prochaines minutes.
Poirier : Merci, M. le Président. Alors, bienvenue, Mme Plante, M. Croteau.
Toujours un plaisir. Écoutez, c'est
de la musique à mes oreilles, là, ce que vous venez de dire, là. Je ne sais pas
si vous avez écouté la période de questions où j'ai réclamé le programme ClimatSol, qui est censé être là depuis
deux ans déjà, ClimatSol-Plus, pour lequel on nous a promis 50 quelques millions. On n'a pas vu encore
la couleur de l'ombre de la feuille de papier sur laquelle pouvait être imprimé le programme, et on en a besoin, on en a
besoin particulièrement dans l'est de Montréal. Puis on le sait parce qu'on a tellement de terrains contaminés, on a beau nous parler de
Stratégie maritime puis de Cité de la logistique,
puis amenez-en, des projets, mais, si on n'a
pas d'argent pour décontaminer le sol, on n'aura pas de développement économique durable dans l'est de Montréal. Alors, ça, là-dessus,
on n'a pas à se convaincre. On n'a pas à se convaincre, on a juste à
convaincre nos collègues d'en face d'arrêter de nous promettre des projets,
puis qu'ils se réalisent.
Mais,
en matière d'AccèsLogis, la réponse du ministre
m'interpelle. Quand le ministre dit : On est prêts à déléguer les pouvoirs à Montréal et à donner la
possibilité à Montréal de bâtir ses propres programmes, ce n'est pas
exactement ce que dit l'entente, c'est à l'intérieur des programmes du gouvernement.
Donc, est-ce que votre interprétation de cette réponse-là, c'est que Montréal... Et le problème, c'est avec le même argent,
là, parce qu'on sait que le gouvernement
a coupé 50 % des sommes en AccèsLogis,
ce qui fait qu'au lieu de faire 1 200 unités par année on en fait juste
500 quelques. Ça, c'est une réalité. Le gouvernement a décidé de mettre
de l'argent dans les programmes de supplément au loyer. Il y en a 2 700
actuellement sur la table, il y en a seulement que 400 de distribués
présentement. Ça, c'est une donnée importante.
Alors, ça, c'est la preuve, là, que... Quand l'ancien ministre nous disait que
c'était long à réaliser, des AccèsLogis, bien, des suppléments au loyer,
c'est aussi long, donc ce n'est pas une meilleure solution.
Comment
vous voyez les outils dont aurait besoin Montréal pour vraiment se doter d'une
stratégie — et je
reprends vos paroles — en lien avec l'insalubrité? Parce que
Réno-Québec a été coupé par le gouvernement, ce qui fait qu'on n'a plus
d'argent pour faire de la réno pour contrer l'insalubrité.
mon dernier volet — parce
que vous abordez l'indivision, vous savez, c'est ma marotte, l'indivision,
là — est-ce que
vous pensez qu'on ne devrait pas ajouter un
article dans la loi pour modifier
la
Loi sur la Régie du logement et faire en sorte que la Régie du
logement puisse entendre l'indivision?
Le Président (M.
Auger) : M. Croteau.
Croteau (François William) :
On a parlé des outils pour doter Montréal de plus de pouvoirs pour faire du développement. Donc, de se doter elle-même de sa stratégie, justement, les moyens, c'est là qu'est le noeud
du problème. Vous parliez du nombre
de logements sociaux qu'on peut développer. En arrondissement, lorsqu'on a des
projets immobiliers qui sont
développés, nous, par exemple, dans Rosemont—La Petite-Patrie, pour donner cet exemple-ci,
on a une stratégie d'inclusion de
20 % de logement social, 20 % de logement abordable. Or, récemment,
il y a deux projets qui ont été
déposés dans l'arrondissement qui sont bloqués parce que la ville de Montréal n'a pas les sommes suffisantes pour venir concorder à notre 20 % d'inclusion. Donc, vous parliez des
moyens, les moyens, justement, ne nous donnent pas la capacité d'adopter nos propres politiques
locales, ce qui veut dire que nos ambitions en termes d'inclusion ne sont
pas possibles parce que les moyens financiers n'y sont pas. Ça, c'est le
premier problème.
Le deuxième problème,
vous parliez de l'insalubrité et la question de l'indivision. C'est d'ailleurs
une de nos recommandations, on croit pertinent que Montréal devrait avoir plus
de pouvoirs en cette matière-là pour être active davantage sur son territoire.
Montréal a des problèmes en matière de logement locatif que plusieurs
autres villes du Québec n'ont pas. Par exemple, il y a beaucoup de logements locatifs qui sont perdus actuellement en conversion en indivision. Contrairement
aux copropriétés divises, où la ville
de Montréal a des pouvoirs pour
contrôler ou empêcher cette conversion, en matière d'indivision on n'a aucun pouvoir. C'est-à-dire il y a, par exemple, certaines rues où on a perdu près de 75 %
du parc locatif à cause de la spéculation et
de la conversion, et donc c'est toute la question de la protection du parc
locatif qui est un enjeu.
la question de l'insalubrité, bien, c'est clair qu'on n'a absolument pas les
moyens de nos ambitions pour lutter réellement contre le logement
insalubre. Donc, ça aussi, on réclame plus de pouvoirs pour que Montréal puisse
agir directement sur son territoire, d'une
certaine manière, les pouvoirs de la Régie du logement, qu'ils puissent être
transférés directement à la métropole pour qu'on puisse agir concrètement sur
ces deux aspects-là.
Mme Poirier :
Une autre des recommandations que vous faites, c'est... Dans le fond, vous vous
opposez à l'article 5, si je ne me trompe
pas, qui vient faire en sorte que la Commission de la sécurité publique...
Alors, c'est assez étrange que le
ministre de la Sécurité publique abolit la Commission de la sécurité publique.
Alors là, celle-là, je ne l'avais pas
vue venir, mais je viens de faire cette association-là pendant votre lecture.
Alors, pour vous, ça veut dire quoi, cette dynamique-là? Parce que c'est
assez clair, là, moi, je l'avais bien lu, là, que, la Commission de sécurité
publique, «les articles 116, 117 et 122 de cette charte sont abrogés». Alors,
dites-moi donc ce que ça va faire.
Plante (Valérie) : Bien, c'est une très bonne question. Alors, la
commission, actuellement, va se prononcer. Donc, la Commission de la sécurité publique de la ville de Montréal, on
a le SPVM, également des élus, on siège à huis clos, et je tiens à mentionner qu'on est la seule ville au Canada qui
garde toutes ses rencontres à huis clos. Ailleurs, c'est en toute transparence, on peut y assister. Déjà, c'est un
problème que l'on souligne, mais la commission, elle va se prononcer sur
les objectifs du service de police, alors,
sur les grandes orientations, elle va déterminer le nombre de policiers, les
effectifs, elle va également déterminer... c'est elle qui va analyser le budget
du SPVM. Alors, c'est très important.
Alors,
d'enlever la Commission de la sécurité publique, pour nous, c'est un non-sens.
On veut plus de transparence, on veut
avoir un processus démocratique et on s'explique très mal, surtout avec ce
qu'on vit en ce moment, comment se fait-il
qu'on est prêt à se débarrasser de ce mécanisme de contrôle, ce mécanisme de
transparence. Qui pourrait l'être encore plus, mais on s'explique très,
très mal... et on pense que c'est dangereux, ça pourrait être un dérapage.
Mme Poirier : Quelque chose
que vous n'abordez pas dans votre mémoire, puis je vous pose la question, à l'article 3, on vient modifier le plafond de
l'octroi des subventions. Entre autres, tout ce qui concerne, dans un
premier temps, celles qui étaient à
25 000 $ et qui passent à 150 000 $, et aussi, dans le
volet 2, celles qui étaient à 25 000 $ passent à
150 000 $. Vous ne vous êtes pas interrogés là-dessus?
Mme Plante
(Valérie) : En fait, on a fait des choix, je dois être très honnête
avec vous. Et, pour Projet Montréal, toute
la question, justement... tout ce qui est en lien avec l'habitation, entre
autres, était notre premier domaine. On le sait que, dans plusieurs cas,
l'octroiement de subventions, là, à des organismes communautaires permet... ce
sont des partenaires dans l'organisation de
la ville, les organismes communautaires, qui font différents... les OBNL,
pardon. Donc, on ne s'est pas
particulièrement penchés sur ce sujet-là. Je ne sais pas si François, toi, en
tant que maire d'arrondissement, si tu as une position en tant que
telle.
Le Président (M. Auger) : Mme la
députée.
Mme Poirier : Si vous n'avez
pas de réponse, j'aurais une question.
Mme Plante (Valérie) : Ah! allez-y,
on va en prendre une autre, d'abord.
Le Président (M. Auger) : O.K.
1 min 15 s.
Mme Poirier : Le Conseil du
patrimoine est aboli. Le maire a publié un communiqué de presse pour dire aux autres conseils qu'ils seraient rétablis en
tant que tels, mais pas celui-là. Il y a le Comité Jacques-Viger qui est
parallèle à ça. Quelle est votre lecture?
Le Président (M. Auger) :
Rapidement.
M. Croteau (François William) :
Bien, pour nous, c'est très problématique. Du moment où le conseil
Jacques-Viger s'exprime sur des orientations en matière d'urbanisme de façon
générale, il va identifier des projets immobiliers
et donner ses recommandations sur la valeur du projet, et non pas, plus
spécifiquement, sur le patrimoine.
Dans le cas du patrimoine, le Conseil du
patrimoine aide beaucoup les CCU — en arrondissement plus particulièrement — à avoir plus de pouvoirs en matière de
recommandation et ensuite au conseil d'arrondissement, ce qui permet de mieux protéger, entre autres, le patrimoine
modeste qui se retrouve parfois dans les quartiers, et ça a une valeur vraiment importante pour les arrondissements, et
ce qui nous permet, entre autres, de protéger le patrimoine bâti de Montréal.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. Malheureusement, c'est
tout le temps que nous avions. M. le député de Blainville, pour six
minutes.
M. Laframboise : Merci beaucoup. Merci, Mme Plante,
M. Croteau. Merci de votre présentation. Moi, avec le temps que j'ai, je vais me concentrer sur deux
sujets. Bon, votre recommandation n° 1, qui est, bon, des nouvelles
sources de revenus qui permettraient à la
ville d'exercer leur pleine compétence, je veux vous entendre parce que la
ville de Montréal, moi, je l'ai
connue dans une pas mal plus mauvaise situation, là. Tu sais, en 2014, la ville
de Montréal a fait 214 millions de surplus, en 2015, 146 millions, en 2016, là, en avril, le maire va
sûrement annoncer ses surplus. Donc, je peux comprendre le maire quand il vient nous demander dans un
projet de loi : Je veux aider le développement économique, donc
donnez-moi des pouvoirs. Parce que, maintenant, il a les moyens de faire du
développement économique, donc ça...
Là, quand
vous nous demandez des nouvelles sources, là, c'est là... Tu sais, la ville,
comme je vous dis, là, la ville n'est
pas en mauvaise situation. Et, en tout cas, à moins que vous... Puis vous êtes
l'opposition, ça fait que vous allez nous dire la réalité de la ville,
là. Puis c'est un peu ça, là, ma question.
M. Croteau (François William) :
...merci pour votre question. C'est très pertinent parce qu'il faut un peu
démystifier quand on parle de surplus pour une municipalité ou pour un
arrondissement. En fait, lorsqu'on parle de surplus,
c'est avant tout, souvent, des dépenses qui n'ont pas été occasionnées, par
exemple, par moins de neige. Donc, lorsqu'on
adopte le budget, c'est des prévisions budgétaires que la ville adopte. À la
fin de l'année, lorsqu'on dépose le réel, le budget réel, c'est là qu'on va mentionner qu'il y a eu des surplus.
Or, ce n'est pas des surplus réels dans ce cas précis.
Je vous donne un exemple. Si un arrondissement
ou la ville budgète les opérations de déneigement pour 11 millions de
dollars par année, il y a moins de chutes de neige et que vous dépensez
simplement 8 millions de dollars, vous
vous retrouvez avec un surplus de 2 millions de dollars à la fin de
l'année. C'est de cette manière-là qu'on vient le qualifier.
L'autre
élément de surplus, c'est souvent les octrois de permis de construction
supplémentaires prévus au début de l'année. Donc, par exemple, je vais
prendre le cas encore une fois de Rosemont‑La Petite-Patrie parce que je
gère cet arrondissement.
On a dépassé, cette année, d'environ 5 % nos prévisions d'octroi de
permis. Donc, on va se retrouver avec un surplus budgétaire non prévu.
Donc,
le problème budgétaire que nous vivons à Montréal, c'est que tout est fait en
fonction de prévisions budgétaires,
et non pas de réel. Et donc on se retrouve avec une question de surplus, et
donc on est dépendants souvent de facteurs
qu'on ne contrôle pas, qui vont déterminer si, oui ou non, on a des surplus. De
là l'importance d'aller chercher des sources
de financement stables et fixes, que nous contrôlons d'année en année, pour
faire davantage de développement et pour
mieux contrôler nos finances publiques. Ce qui n'est pas le cas actuellement,
on dépend des aléas soit de l'immobilier montréalais ou encore du
climat, ce qui n'est pas souhaitable pour la métropole.
M. Laframboise : Et, dans vos nouvelles sources de revenus, est-ce que vous avez
planché, vous, comme parti politique, sur les nouvelles sources qui vous
intéresseraient?
Mme Plante
(Valérie) : Bien, il existe plusieurs formules, mais celle que nous,
on privilégie à ce moment-ci, c'est
vraiment le point de TVQ. On pense que ce serait une façon équilibrée ou, du
moins, une façon efficace aussi de pouvoir
avoir une source de revenus qu'on pourrait redistribuer en fonction de nos
besoins parce que, comme le disait François, on a une limite à la
planification qu'on peut faire à la ville de Montréal en se basant, justement,
sur des conditions qui nous échappent.
Donc,
le point de TVQ nous semble le moyen le plus efficace à ce moment-ci, mais il
existe bien d'autres options. L'écofiscalité
serait également des mesures à mettre en place, à étudier, évidemment, mais il
faut avoir la possibilité de faire cette
évaluation-là, de vraiment se lancer dans comment travailler en amont puis,
surtout, d'arrêter de dépendre de la taxe foncière résidentielle et non résidentielle, qui est dure pour les
résidents. Mais on n'a même pas parlé des commerçants, c'est abominable
pour eux, là, cette façon de voir, d'être taxés, entre autres.
M. Laframboise : Mon deuxième sujet sera la sécurité publique, là, l'abolition de la
commission. Ouf! Je ne comprends pas. Donc, aidez-nous à nous faire
connaître la Commission de sécurité publique parce que, pour qu'on l'abolisse, ça veut dire qu'elle ne servait à
rien. Puis, s'il y a quelque chose qui devrait servir présentement à
Montréal, c'est bien cette commission-là, là. Expliquez à la population qui
nous écoute.
Mme Plante
(Valérie) : Écoutez, on se l'explique très mal, nous aussi, et ça me
fait penser à la question, tout à l'heure,
de Mme Poirier aussi sur le Conseil du patrimoine. Ce sont des organes
consultatifs qui nous aident, nous, qui aident l'administration, les élus à prendre des bonnes décisions tant au
niveau du patrimoine, dans les arrondissements, et pour la ville, et pour la sécurité publique. C'est
fondamental. Quand je vous disais : On se prononce sur les orientations de
notre service de police, qui est le deuxième
plus grand au Canada, alors d'abolir la commission, c'est une très mauvaise
idée. Et il ne faut pas oublier le climat dans lequel on se trouve
actuellement, on a une commission sur la protection des sources journalistiques, on a une crise au SPVM. Ce n'est
absolument pas le moment de se débarrasser et de jeter aux poubelles une
commission, encore une fois, sur laquelle siègent et des élus, qui représentent
les citoyens, et le SPVM. Donc, il faut absolument enlever du projet de loi cet
article.
Le Président (M.
Auger) : 30 secondes, M. le député.
M. Laframboise : Oui. Et, juste pour dire, vous êtes... C'est parce que, moi, là, ça
veut dire que... En tout cas, merci, parce que j'en aurais trop...
j'aurais trop long à vous demander, là...
Mme Plante
(Valérie) : ...de la commission, je pense, hein?
Laframboise : ...puis je manque de temps, là, tu sais. Merci.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député. Donc, Mme Plante et
M. Croteau, merci beaucoup pour votre participation aux travaux de
la commission.
Et la commission
suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 13
h 1)
Président (M. Auger) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
de l'aménagement du territoire
reprend ses travaux. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs appareils électroniques.
Nous
poursuivons les auditions publiques dans
le cadre des consultations particulières sur le projet
de loi n° 121, Loi augmentant l'autonomie et les pouvoirs de la
Ville de Montréal, métropole du Québec.
souhaite maintenant la bienvenue à Mme Anne-Marie Hubert, accompagnée
de Mme Marie-Danièle Ménard. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre présentation. Par la
suite, il y aura une période
d'échange avec les trois groupes parlementaires. Donc, à vous la parole.
Mme Hubert (Anne-Marie) : Merci
beaucoup. Donc, moi, je suis Anne-Marie. Merci de nous entendre aujourd'hui. Marie-Danièle et moi, on faisait
partie du comité qui a été mis sur
pied par la ville de Montréal pour regarder la compétitivité des taxes municipales
et des programmes de soutien aux entreprises.
Avant
d'entrer dans le détail, je veux dire deux mots sur le comité. Vous avez vu sa
composition assez éclectique, donc
des gens qui amenaient différents points
de vue, communauté
d'affaires, urbanistes, chercheurs, puis c'était voulu pour s'assurer
qu'on prenait toutes les perspectives. Marie-Danièle n'était pas formellement
sur le comité, mais nous a accompagnés dans
tous les travaux, fait beaucoup de recherches. Et puis c'est intéressant, j'essaie toujours d'avoir, quand je peux, la perspective des plus jeunes dans ce que l'on fait. Ils ont des
idées fraîches. Ils ont des idées, des fois, qu'on n'aurait pas, les
gens qui ont vécu d'autres défis par le passé puis qui n'oseraient pas
recommencer.
Donc, comme
j'ai dit, revoir la compétitivité des taxes non résidentielles et des programmes.
Au-delà des taxes puis des programmes
de soutien, cependant, les entreprises regardent plusieurs autres critères
avant de décider si on s'installe ici ou
ailleurs. Donc, on jugeait important de comprendre les
forces et faiblesses de Montréal pour attirer les entreprises, puis on a
pas mal plus de forces que de faiblesses.
L'autre
chose, il y a trois autres facteurs. C'est impossible d'être
compétitif, que ce soit en fiscalité résidentielle ou non résidentielle, si on dépense trop. Donc, il a
fallu regarder à ce qu'on dépense, il y
a-tu moyen de réduire les
dépenses. C'est impossible d'être compétitif
si on finance tout avec des dettes, alors que le reste de la planète a des
moyens beaucoup plus novateurs de financer les dettes des taxes. Il y a
d'autres moyens de financer les activités, donc de regarder les alternatives également.
Ce n'est pas le sujet qu'on va aborder aujourd'hui, mais on jugeait important
de regarder cet aspect-là.
Puis la
qualité des services de base, l'exemple que j'ai donné au départ, moi, j'ai un
chalet, puis on sait que ceux qui restent
sur le bord du lac, on paie 90 % des taxes puis on est moins de 10 %
des citoyens. Mais on ne chiale pas tant qu'on ramasse nos vidanges puis qu'on nettoie le chemin. C'est la même chose
pour les entreprises à la ville de Montréal, on a besoin des services de
qualité. Donc, on a exploré ces trois volets-là également.
J'ai abordé,
en premier lieu, le contexte budgétaire de la ville de Montréal. C'est un défi
en soi. De 2002 à 2015, ses dépenses
ont augmenté de 2,57 %, l'inflation était 1,77 %. On l'a déjà dit, si
on dépense trop, c'est dur d'être compétitif. La ville a mis en place un plan de réduction de dépenses qui porte fruit.
Donc, ils font un très bon travail, mais ils doivent pouvoir compter sur
vous également.
Il y a des
choses qui ont été faites. Ce que vous avez fait dans la négociation des
pensions, chapeau, il fallait faire quelque
chose, puis il faut peut-être continuer. Projet de loi n° 110 sur les
négociations collectives puis les de règlements de différends, ça fait une différence. Il faut aborder
ces choses-là, ça a un impact trop important sur les budgets des municipalités. La ville a besoin d'un cadre
juridique administratif simplifié, puis adapté à une grande métropole, puis
d'avoir des outils fiscaux adaptés.
Donc, la
recommandation du comité, c'était de remplacer plusieurs transferts qu'il
fallait négocier à tous les ans par un
seul transfert inconditionnel, établi en fonction... On avait suggéré un
pourcentage de la TVQ, mais, dans le fond, le but, c'est que ça soit indexé, donc, au lieu de
renégocier plein de choses puis de rendre compte tout le temps. C'est
inefficace pour les deux parties, et pour le gouvernement et pour la ville.
Donc, le gouvernement a répondu avec un transfert inconditionnel de 83 millions, qui va être indexé. Donc, chapeau,
c'est exactement dans l'esprit de ce que nous recommandions.
On ne l'a pas
abordée de front dans le rapport, la structure, parce qu'on savait que, si on
parlait de structure, il n'y a rien
d'autre qui avancerait, ça serait la seule chose dont on parlerait dans les
journaux. Mais 19 arrondissements, tu regardes les comptes de taxes, ils ne facturent pas de la
même manière. Tes modèles pour la facturation, pour l'exécution, c'est
un gros spaghetti, c'est très compliqué.
C'est difficile d'être efficace puis de contenir tes dépenses dans une
structure pareille. Donc, on a fait
des suggestions d'harmonisation, etc., là, mais on devrait sans doute penser un
petit peu plus comment on peut faire évoluer la pensée publique pour
accepter qu'on doit harmoniser plus de choses, plus rapidement à la ville de
Montréal.
Deuxième
volet, les programmes de soutien au développement économique. Donc, vous avez
prévu un fonds, qui va atteindre
50 millions en 2021‑2022, pour soutenir les projets économiques sur le
territoire de la ville, puis il y a des nouveaux pouvoirs de soutien au développement économique également.
Nous, ce qu'on disait dans le rapport, c'est qu'on ne pourra jamais
compétitionner avec les Américains, puis il ne faudrait pas commencer à se
compétitionner entre nous autres. Par
contre, ça prend des moyens, la ville a besoin de moyens. Ça prend un minimum,
et il faut impérativement qu'ils
revoient régulièrement est-ce qu'on rencontre les objectifs visés, donc qu'il y
ait toujours une revue de programmes en
continu pour s'assurer qu'on utilise bien les fonds, mais il faut donner des
moyens aux municipalités pour agir plus près du terrain puis être capables, en coordination avec les autres agents,
de faire une différence pour attirer des investissements ici.
Le grand
problème qu'on a soulevé, c'est les grands travaux. Vous êtes tous allés à
Montréal, vous en avez vu, des cônes
orange, notre marque de commerce. Il y a des dommages importants quand des
travaux durent longtemps. La durée de vie d'une entreprise sur une rue
commerciale n'est pas très longue s'il y a des travaux qui empêchent les
clients d'y aller. Donc, quelque part, on prend une décision qui va bénéficier
à l'ensemble des contribuables, mais il y en a quelques-uns qui paient très
cher pour ça.
Donc, on recommande que, de façon similaire à ce
qui se fait en Europe, on puisse, dans le fond, réparer les dommages ou rembourser des pertes de revenus
avec... Ils doivent avoir un modèle, là, qui doit être cadré pour ce
faire. Donc, le projet de loi, les nouvelles
dispositions du projet de loi n° 121 lui donnent la capacité de ce type de
programme pour réparer les dommages dans le
cas de grands travaux pour que les entreprises ne meurent pas, finalement,
quand on a des travaux qui durent longtemps.
Mais, d'abord et avant
tout, avant de donner de l'argent, on devrait travailler pour les faire plus
rapidement, travailler 24 sur 24, sept sur
sept, donc prendre les mesures pour que ça ne dure pas aussi longtemps. On ne
pourra jamais compenser pour les pertes des entreprises, donc
travaillons pour que ça se fasse de façon plus efficace.
L'autre défi
en matière de commerce, c'est les petits commerçants. Ils ont tous vu leur
facture de taxes augmenter beaucoup à
cause de l'évaluation foncière, mais les revenus n'ont pas toujours suivi.
Donc, ce qu'on a suggéré pour faire face
à ça... On ne veut pas se retrouver avec des quartiers où tu n'as plus de coiffeur, tu n'as plus de boulanger, tu
n'as plus de cordonnier. On veut une vitalité commerciale dans les quartiers,
donc un taux différencié, de permettre un taux différencié pour la première tranche de valeur foncière non
résidentielle. Puis ça aussi, dans le projet
de loi n° 122, on le permet, dans
le fond, à toutes les municipalités
du Québec, donc ça
va exactement dans le sens de ce
que l'on recommandait pour aider les petits commerçants. Excellent.
Troisième
volet, des mesures pour améliorer la qualité des services aux entreprises
puis en réduire le coût. Donc, comme j'ai dit plus tôt, on ne l'a pas
abordé de front dans le rapport, on a proposé que la ville et ses arrondissements
conviennent d'un modèle de gestion qui facilite l'harmonisation des politiques
des normes et services, qui fasse du benchmarking.
Tu as des quartiers où ça prend trois semaines, avoir un permis. Tu en as
où ça prend six mois, puis, des fois, tu
ne l'as pas. Donc, être capable d'harmoniser, simplifier pour celui qui veut
faire du développement. Tu vas partager les meilleures pratiques. Ils essaient de s'aider,
mais tu as 19 patrons, 19 façons de faire. Tu essaies d'harmoniser, ce
n'est pas simple. Donc, tout ce qui pourrait être fait pour réfléchir à comment
simplifier.
On a vu, les
comptes de taxes, 19 façons de faire. D'autres services, j'ai parlé des permis.
Donc, c'est le type de préoccupations que nous avions, là, autant au niveau
des coûts qu'au niveau de la facturation, des... donc, si on veut, les
coûts. Donc, ce sont les grandes choses que l'on a regardées dans le cadre de
notre mandat. Donc, je vais te laisser le mot de la fin.
Mme Ménard
(Marie-Danièle) : Pour
conclure — merci,
Anne‑Marie — je
pense qu'Anne-Marie a très
bien résumé l'ensemble des éléments
principaux sur lesquels le comité a mis énormément d'énergie lors de
ses discussions, lors de la recherche. Pour conclure sur une note
légèrement différente, je dirais que, du point de vue des gens de ma
génération, c'est rassurant de voir que la ville de Montréal met en place des
comités indépendants pour se poser des questions sur des éléments qui nous
touchent et sur des éléments qui ont un impact sur notre vie au quotidien.
C'est aussi
rassurant de voir que le gouvernement est en mesure de s'aligner avec ces recommandations-là. Je pense aux recommandations qu'on a mentionnées en termes de développement économique, de revitalisation des artères
commerciales, tout ce qui touche aussi à la structure de la ville, des éléments
fiscaux qui peuvent aussi favoriser la vitalité commerciale de la ville de
Montréal. C'est tout des éléments que les gens de ma génération ont énormément à coeur — je pense,
ça touche la majorité aussi des résidents à Montréal — qui vont avoir un impact à long terme.
Donc, on est très satisfaits de voir que le gouvernement abonde dans le sens des recommandations du rapport, puis je pense qu'on a hâte de voir la suite.
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup pour votre présentation. Donc, nous allons débuter la période
d'échange. M. le ministre, pour à peu près 23 minutes.
Coiteux : On a 23 belles
minutes pour échanger, donc ça va nous donner l'occasion d'aller un petit
peu plus loin. Puis ce n'est pas tant
des questions précises par rapport à des articles de loi. Parce que vous faisiez
l'énumération de ce que vous demandiez dans
le rapport, puis vous compariez ça avec les outils qui sont donnés dans le projet de loi soit 121 puis, des fois, le 122, puis, vous avez bien
raison, ça forme un tout, là. On aurait pu avoir un 121 avec certains des
articles qui se trouvent dans le 122, et
vice versa. Mais il se trouve, évidemment, qu'on a un statut de capitale
nationale, on a un statut de
métropole, puis on a une
loi sur les gouvernements de proximité, puis tout ça
est simultané, on parle de la trilogie.
Si je vous
posais la question pour commencer... Puis c'est une question très ouverte, là,
c'est pour vous entendre là-dessus : Est-ce qu'il manque des choses
importantes pour l'avenir, là? On fait un pas important avec ce projet de loi là, avec ces projets de loi là, qu'est-ce qui
nous permettrait peut-être même d'aller encore plus loin éventuellement?
Mme Hubert (Anne-Marie) :
Simplification des structures, transports. Ça prend des moyens efficaces pour faire bouger les gens, faire bouger les matières.
Ce n'est pas dans le cadre du projet
de loi, là, mais les infrastructures,
le REM, le transport en commun, ce qui a
été fait aussi, communautés urbaines, là, pour regrouper, puis consolider,
puis simplifier tout ça aussi, ce n'était
pas dans le cadre dans ce mandat-là, mais c'est clair que les commerçants
parlent du transport. Il faut que, les employés, que ce soit efficace
pour venir travailler puis retourner à la maison.
L'infrastructure technologique, l'Internet également, ainsi que le transport des marchandises. Donc,
tout ce qui va toucher le transport, l'efficacité, dans ce sens-là,
c'est très important.
M. Coiteux : Bien, justement, avec
la mise en place de la nouvelle gouvernance des transports en commun, l'ARTM, le RTM, l'intégration tarifaire sur
l'ensemble de la communauté métropolitaine, est-ce que ça, c'est
suffisant ou il manquerait encore d'autre
chose? Parce qu'on fait beaucoup de réformes en même temps, là, qui vont
affecter directement la capacité des gens de Montréal et de la région
métropolitaine de livrer des services.
Mme Hubert
(Anne-Marie) : On ne l'a pas
regardé en détail dans le cadre du comité, puis je n'ai pas regardé en parallèle, mais il est clair que de regrouper ces
choses-là puis d'avoir une vision commune, ça ne peut rien faire d'autre
que des synergies puis améliorer la qualité
du transport, puis avoir une vision commune de ce que ça prend, là. Le REM,
il est très important.
L'aéroport, ça fait 30 ans qu'on en parle, là. Donc là, il y a toutes sortes de
consultations qui ralentissent les choses,
mais il ne faut pas se laisser ralentir là-dessus, là. On est au Moyen Âge,
là... pas au Moyen Âge, mais, mettons, le siècle passé, dans nos
transports, là.
Coiteux : Ce n'est pas dans le n° 121, mais, par contre, c'est
dans le n° 122. Les propositions qu'on fait sur la question de la participation citoyenne en amont,
dans des processus de consultation en amont en matière d'urbanisme,
plutôt que de réagir par référendum ou des signataires qui demandent un
référendum, comment vous voyez ça, vous, de votre côté?
Mme Hubert
(Anne-Marie) : On a entendu
parler de tellement de projets qui auraient été tellement logiques pour la qualité de vie des gens, le développement
économique, qui ont été stoppés par... Ce n'est pas les gens qui veulent
les projets qui vont au référendum, c'est
ceux qui ne les veulent pas. Tu en as cinq qui ne le veulent pas, tu n'en as
pas. Tu en as 10 qui ne le veulent pas, tu n'en as pas. Donc, de se
doter...
Il faut
consulter, hein? Il ne faut pas escamoter, il faut consulter, c'est très
important. Mais, par référendum, on a souvent
ceux qui n'en veulent pas au lieu de ceux qui souhaitent quelque chose. Parce
qu'on ne pense jamais qu'on va se le faire
stopper quand c'est tellement logique d'aller de l'avant avec le projet, donc
il faut impérativement aller de l'avant dans quelque chose du genre, là,
qui... Il ne faut pas escamoter la consultation, il faut un autre mécanisme.
Coiteux : Donc, vous êtes globalement aussi favorables aux
orientations qui sont dans le 122 par rapport à ça.
Je reviens à la question des structures. Quand
je vous écoutais là-dessus, vous avez parlé de la nécessaire harmonisation,
hein, trop de pratiques différentes. Est-ce que c'est possible de procéder à
cette harmonisation-là sans changer les pouvoirs et les responsabilités de la
ville centre et des arrondissements? Est-ce que c'est possible de le faire? Est-ce qu'il y a un modèle qui nous permet
de le faire sans passer par un changement dans la gouvernance de la
ville centre et des arrondissements?
Mme Hubert (Anne-Marie) : C'est
possible, sans doute, mais en combien de temps, combien d'efforts? Les exemples, là, on nous expliquait le fonctionnement
de la fiscalité. Lui, il met un tarif sur ci; lui, un tarif sur ça, pas le
même tarif. Tu as 19 fois des affaires pas
pareilles, tu ne peux pas forcer une façon de faire. Ça va se forcer quand?
Après ça, tu as un changement
culturel à faire, mais tu as 19 patrons, là, dans le fond, hein, qui n'ont pas
toujours envie de changer leur façon de faire, qui n'ont pas tous des
cultures de résultat.
Je regardais
un des modèles qu'on utilise, Desjardins, dans son mouvement, fait de
l'innovation. Donc, tu as une ligne
où est-ce que tu appelles pour avoir des idées pour éliminer la procédurite,
etc., puis la redescendre, mais on met beaucoup,
beaucoup de ressources, beaucoup, beaucoup d'énergie, beaucoup, beaucoup de
temps. On va livrer quand? Ils le font petit à petit. Puis tu ne peux
pas tout changer en même temps, mais ça pourrait être tellement plus efficace
si on poussait un petit peu plus fort.
On a vu ce
qui s'est passé avec la neige, il y a quelques années, là, la ville centrale a
eu plus de pouvoirs. Tu sais, tu avais la charrue qui arrêtait au coin
de rue, puis là l'autre charrue arrivait l'autre bord, là, tu sais, c'était
parce que tu changeais d'arrondissement. Dans
le secteur privé, là, ce serait complètement ridicule, là, on ne pourrait pas
vivre des affaires de même, là, mais c'est comme ça que ça se passe à la
ville de Montréal parce que c'est structuré comme ça.
Donc, oui, on
peut se donner des «benchmarks». Puis, quand tu vois que, lui, ça prend trois
semaines puis, toi, ça te prend six
mois, à un moment donné tu ne voudras pas avoir l'air du cancre trop longtemps.
Mais il faut que tu fasses tes
«benchmarks». Tu fais de la mesure, tu leur mets dans la face, tu leur fais
honte une couple de fois. Ils décident de changer les choses, ils parlent à... Ça ne se fait pas
vite quand on approche le problème de cette façon-là. Donc, on pourrait
aller plus vite. Ils vont y arriver, mais,
en plus, il va y avoir d'autres élections, le monde va changer. Ce n'est pas
simple de faire du changement, puis
on en a besoin. Aujourd'hui, là, la robotisation, la technologie, tout change
tellement vite, tout ce qu'on peut faire pour permettre de s'ajuster
plus rapidement, on devrait l'envisager.
M. Coiteux : Qu'est-ce que vous
changeriez dans la charte actuelle pour favoriser ça?
Mme Hubert (Anne-Marie) : Il
faudrait que je lise la charte.
Coiteux : ...parce qu'on parle ville centre, arrondissements, il y en
a 19, il y a des responsabilités de part et d'autre. Il y a probablement un désir et une nécessité d'harmonisation.
On peut y arriver par le consentement, la volonté, l'harmonie et la bonne humeur, mais il existe un
article, qui est le 85.5, qui dit qu'on peut rapatrier des compétences
dans certaines circonstances avec certaines
majorités. Est-ce que ça ne suffit pas s'il y a une réelle volonté pour aller
de l'avant?
Mme Hubert (Anne-Marie) : Là, on
demande 66 %, je crois, les deux tiers, quelque chose de même?
Coiteux : Bien, si on
simplifie les choses, pour des rapatriements de compétences à durée limitée,
une majorité de 50 % au conseil est suffisante. Pour des
rapatriements de plus longue durée, voire même permanents,
théoriquement, c'est aux deux tiers du
conseil. Et donc il existe un mécanisme à l'intérieur de la charte actuelle
pour changer la nature des choses sur
qui est compétent sur quoi. Ça existe déjà, cette chose-là, et ça s'est fait
particulièrement pour des rapatriements à durée déterminée.
Hubert (Anne-Marie) : Oui.
Bien, je pense qu'il faut donner les moyens pour que ça se fasse... durée
plus longue. Il faut équiper pour qu'ils
puissent faire les changements. Donc, peut-être que le deux tiers est élevé.
Peut-être qu'on pourrait avoir un 51 %, un 52 %, une majorité
simple.
M. Coiteux : Pensez-vous que ça
passerait, ça, partout sur le territoire, dans les arrondissements? Est-ce
qu'il y a une volonté...
Mme Hubert (Anne-Marie) : Bien,
écoutez, non, là, on le sait bien, on voudrait une ville, dans le fond, là.
Coiteux : Est-ce qu'il y a une volonté, disons, dans les différents
quartiers de Montréal pour aller vers ça?
Mme Hubert (Anne-Marie) : Pardon?
M. Coiteux : Est-ce que vous sentez
qu'il y a une volonté à Montréal pour aller vers ça?
Mme Hubert
(Anne-Marie) : Non, c'est
ça, le contexte politique... C'est pour ça que je disais : On n'a pas
voulu aller de front, trop loin sur la structure. On a dit : Faites des
efforts d'harmonisation, etc., parce qu'on sait que les journaux, le lendemain,
tout le monde aurait été là pour dire : Ah! on n'en veut pas, d'une ville,
on n'en veut pas.
Mais les
citoyens ne réalisent pas combien plus cher ça leur coûte, la perte de qualité
de service, le citoyen ne réalise pas
ça, là. Tu as du monde dans ton quartier qui veulent garder leur job. Tu as les
élus du quartier, sa secrétaire, etc., tu as toute une infrastructure, ils veulent garder leur job. Ils n'ont pas
d'intérêt personnel, donc ils parlent autour puis ils disent : On n'en veut pas. Donc, puis on a eu beaucoup plus
de messages contre une île, une ville que le contraire. On a été obligé
de reculer parce qu'il y avait trop de soulèvement populaire, mais la réalité,
là, c'est que le citoyen, il n'est pas gagnant là-dedans. Le citoyen a une
moins bonne qualité de service, paie plus cher parce qu'il y a de
l'inefficacité.
Donc, comment
on peut permettre de gagner plus d'efficacité, plus rapidement sans... puis que
le citoyen voie qu'il y a des
avantages quand la ville centre reprend puis arrive à gérer plus efficacement,
qu'il y a des économies d'échelle, qu'il
y a une qualité de service qui s'améliore? Peut-être que, si on permet de faire
les choses un petit peu plus vite, on pourrait
arriver à quelque chose de plus efficace et de moins coûteux pour l'ensemble.
Puis il n'y en a pas plus, d'argent, dans
les poches du monde, là. La croissance économique accélérée, c'est fini. Donc,
il y a plus de monde qui prennent leur retraite
que de monde qui commencent à travailler, il n'y a pas plus de monde qui va
contribuer. Ça ne poussera pas dans les arbres, là, il faut optimiser puis continuer à travailler fort pour
générer de la croissance. Mais les taux de croissance élevés, c'est
derrière nous, là. Ce n'est pas les bébés qu'on n'a pas faits qui vont nous
faire grandir économiquement.
Coiteux : O.K. Vous en avez parlé tout à l'heure, on propose dans
l'entente Réflexe Montréal d'instituer un transfert qui s'appelle fonds
de développement économique, mais qui est un montant annuel récurrent qui va
attendre 50 millions de dollars rendu à la cinquième année. Qu'est-ce que
vous pensez que Montréal devrait faire avec ces 50 millions de dollars annuels? Dans le fond, comment elle pourrait
faire une différence dans son développement avec ça?
Mme Hubert
(Anne-Marie) : Bien,
Montréal doit... il y a tellement de moyens de faire une différence,
quelque
part il faut être à l'affût de ce
qui se passe autour aussi. Donc, de temps en temps, tu cherches à attirer des
investisseurs étrangers, puis ils te disent : Bon, bien, si je vais là,
ils offrent ça. Bien, on ne pourra jamais compétitionner, comme je le disais plus tôt, avec les Américains, qui
ont des États, des villes, etc., qui donnent... Ils donnent plus que
50 millions dans une fois, là, quand
ils veulent quelqu'un. Mais, au moins, on est capables, intervenir puis
dire : On fait quelque chose. Ils sentent qu'ils sont voulus par
l'ensemble des intervenants.
Donc, ça
prend un minimum d'outils. Ensuite, comment tu l'utilises? Des fois, ça va être
pour de la main-d'oeuvre. Des fois, ça va être pour des locaux. Ça va
être de différentes façons, ça peut être pour des services. Il va y avoir de multiples façons qui peuvent être explorées. On en
a vu des dizaines et des dizaines, de façons de faire. Donc, de quoi on a besoin demain? Si le voisin commence à faire
quelque chose d'autre, il faut qu'on ait la capacité de réagir. Puis il y
a des choses qui sont bonnes qu'on n'a pas les moyens de se payer maintenant,
donc ils vont pouvoir avoir plus de marge de manoeuvre. Mais on ne veut surtout
pas que Montréal commence à compétitionner avec Laval et Longueuil.
Coiteux : Bien, d'ailleurs, peut-être deux choses là-dessus. D'abord,
le projet de loi en lui-même, si j'oublie la question du fonds, il donne à Montréal des libertés qu'elle n'a pas.
Donc, même sans transfert de 50 millions, pour autant que Montréal a les ressources disponibles pour le
faire — puis sa
santé financière s'est améliorée — elle pourrait faire un paquet de choses après le projet de loi
n° 121 qui lui sont tout simplement interdites aujourd'hui. Donc, elle ne
pourrait même pas le faire, même si elle avait la capacité financière. Et donc elle aura,
si elle maintient sa santé financière à long terme, la capacité de faire beaucoup plus en
termes d'intervention que
l'équivalent d'un fonds de 50 millions par année.
Ça, pour
nous, c'est... on comprend ça parfaitement. On aurait pu faire juste la
partie
nouvelles libertés, puis déjà ça aurait
permis de faire des choses qui n'existaient pas avant. Mais on a proposé à Montréal
dans l'entente Réflexe Montréal de
nous entendre entre nous, c'est-à-dire de s'entendre, Montréal et le gouvernement du Québec, sur une vision économique commune. Regardons ce que Montréal
peut faire et veut faire. Regardons ce que le gouvernement du Québec fait et
peut faire davantage ou différemment à l'avenir, notamment par le biais d'Investissement
Québec.
Puis on se dit : Entendons-nous sur une vision
économique commune — appelons
ça un plan économique
conjoint, on l'a appelé comme ça — et,
une fois qu'on s'est entendus là-dessus, bien on coordonne nos actions plutôt que d'y
aller en rangs
dispersés. Ça, se veut très novateur. Maintenant, notre souhait, c'est que ça marche bien. Comment
qu'on peut s'assurer que ça marche
bien, ça, une chose comme ça? Comme je vous dis, on a quelques minutes, mais
c'est pour discuter de sujets comme ça que...
Mme Hubert
(Anne-Marie) : Il faut toujours se rattacher à des objectifs communs, puis des
principes gouverneurs, puis une
gouvernance adéquate. Donc, si on convient de qui seront les parties prenantes,
et qu'est-ce qu'on essaie d'accomplir, puis quels sont les principes
dans l'allocation, la suite des choses devrait fonctionner. Mais les fondations
sont excessivement importantes.
Je dois juste
nuancer : Oui, Montréal aura une marge
de manoeuvre s'ils continuent dans la
même direction et si, et seulement si les gouvernements successifs
continuent de faire ce qui s'impose en matière de négociations collectives, pensions, etc. Puis le gros point d'interrogation
pour moi... Moi, je présume que, si l'espérance de vie est 88 ans aujourd'hui, j'assume que je vais vivre jusqu'à 110 avec la recherche. Qu'est-ce
qu'on va faire avec les fonds de pension? Ça va coûter combien? Puis combien les gens qui vont travailler
jusqu'à 70 vont devoir payer pour permettre les retraites à l'âge où les
gens du secteur municipal prennent leur retraite, etc.?
Donc, ça, la pension, là, ça a complètement...
Moi, ça a mis un paquet de nos clients en... On a fait beaucoup d'argent avec des faillites parce qu'on avait mal
anticipé les hypothèses de fonds de pension. On mourait à 67, puis on
est rendu à 88. On va être à quoi tout à
l'heure? Donc, ça, c'est une grosse, grosse variable qu'on ne maîtrise pas,
personne. Donc, directionnellement, je suis
d'accord, mais il y a des choses qui peuvent changer et faire en sorte que ça
ne sera pas ce que l'on pense, puis c'est probablement une des plus
grandes variables.
Coiteux : La variable démographique, là, justement, on
reconnaît dans le projet de loi que Montréal a un rôle à jouer dans l'accueil, l'intégration des
immigrants, dans l'identification, avec le gouvernement du Québec, des
besoins pour le marché du travail, etc.
Qu'est-ce que ça prendrait, là, pour... bien, pas dynamiser Montréal, qui ne
passe une mauvaise période, là, Montréal est plutôt dans une bonne
période de dynamisme économique, mais, pour que ça se maintienne dans le temps,
là, juste la variable démographique, qu'est-ce qui manquerait?
Mme Hubert
(Anne-Marie) : Là, je vais
sortir un petit peu du cadre du comité, je ne parle plus comme
présidente du comité, je parle comme
Anne-Marie Hubert sur les immigrants. Donc, le taux de chômage des immigrants
au Québec est le double du taux de
chômage des gens qui sont nés ici. Si on est un immigrant francophone à
Toronto, le taux de chômage de
Toronto est plus élevé que celui de Montréal, mais c'est plus facile pour un immigrant
francophone de trouver une job à
Toronto qu'à Montréal. On a un problème profond, dans la plupart des
économies développées, avec l'islamophobie. On choisit des immigrants qui sont souvent d'origine culturelle différente,
on a beaucoup de défis à les intégrer en entreprise.
Je vais vous
donner un exemple concret. J'ai un jeune Ph. D. super bon, là, tout le monde me parle de Maurice, Maurice,
Maurice. C'est qui, Maurice? Je ne le connais pas, Maurice, dans mon équipe.
Ah! Maurice? Bien non, c'est Mohammed.
Pourquoi vous l'appelez Maurice? Bien, si on l'appelait
Mohammed, pas sûr que les clients voudraient le voir. Donc, pour qu'il puisse entrer... Il travaille pour des banques au
Japon, à Londres, à New York, à Toronto, mais, dans notre environnement
à nous, s'appeler Mohammed, ce n'est pas facile. Donc, comme société, autant la
ville, le gouvernement du Québec, les entreprises, les citoyens,
on doit réaliser que, fondamentalement, les droits de la personne, les valeurs sont souvent les mêmes.
Ne pas être capable de dire qu'on est musulman, c'est comme ne pas être capable
de dire qu'on est gai, on le cache. Donc, ça, c'est un problème profond.
On ne peut
pas faire venir des immigrants qui
sont compétents puis, après, ne pas les... Donc, ce n'est pas juste le gouvernement, il y a une responsabilité de la
ville, il y a une responsabilité des employeurs. Puis c'est culturel, c'est
viscéral. On l'a vu dans le sondage qui a
été fait pour Radio-Canada, il y a deux semaines, là, c'est très, très dérangeant.
Donc, les immigrants, c'est une réalité à
Montréal, c'est une personne sur trois, si je ne m'abuse. Donc, on ne peut pas
avoir un taux de chômage qui est deux
fois plus élevé, on doit réfléchir différemment à notre relation puis à notre acceptation
des différences.
M. Coiteux :
...c'est une responsabilité du gouvernement, de la ville et des entreprises.
Comment on peut asseoir tout le monde autour de la table avec des