Institutions — 1 June 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2021-06-01
Quebec — Committees
Donc, je pense qu'il est important de comprendre
que le projet de loi n° 86, c'est un projet de loi qui… Bon, le projet de
loi concernant la dévolution de la couronne vient… est très ciblé, hein? C'est
un projet de loi autoportant qui a un but, et un objet, et une portée extrêmement
précise, qui a effectivement pour effet de venir clarifier et élargir la portée
de l'article qui a été adopté lors de l'adoption de la
Loi sur l'Assemblée
nationale en 1982 et qui est venu remplacer le précédent
article qui
apparaissait dans la
Loi sur la Législature, qui, d'ailleurs, était l'article
qui était en vigueur, si je ne m'abuse, lors de la dernière dévolution de la
couronne.
Donc, cet
article a été adopté. Certains
juristes, certains constitutionnalistes pensent que cet article-là est suffisant,
mais je pense que, compte tenu des impacts potentiels qu'une telle dévolution
pourrait avoir sur le pouvoir législatif, sur le pouvoir exécutif, qui est
naturellement notre Assemblée nationale, on parle du gouvernement, et sur le
pouvoir judiciaire, on parle de tout ce qu'il se passe présentement devant les
tribunaux, le serment qui a été prêté par nos juges, les causes qui sont
présentement pendantes et les conséquences qu'il pourrait y avoir devant les
tribunaux, je pense qu'il est de bon augure. Et ce n'est pas moi qui le dit,
là, c'est le Pr Binette, si je ne me trompe pas, ou Chevrier qui disait
qu'il serait négligent de ne pas le faire. Et naturellement la nature même du
contexte actuel nous amène à procéder avec diligence, pour ne pas dire avec
urgence.
Et c'est pour ça que je salue, présentement, mes
trois collègues de l'opposition qui sont présents avec moi, avec qui on a eu
l'occasion de faire la première… les premières étapes, c'est-à-dire la
consultation, qui s'est faite rondement, avec des questions très pertinentes de
part et d'autre, et… Bon, je viens de m'inclure là-dedans. C'est un peu… mais,
quand même, je pense que je peux dire que ça s'est fait rondement. Et on a
procédé également à l'adoption de principe avec diligence, et je suis
convaincue qu'on pourra procéder à cette adoption en faisant notre travail
respectif, et ça, pour moi... il faut être respectueux du travail des
parlementaires, mais je pense qu'on peut le faire en ayant toujours à l'esprit,
en toile de fond, M. le Président, la nécessité et l'urgence d'agir compte
tenu du contexte actuel que nous vivons.
On parle de la pandémie, mais on parle aussi de
l'âge avancé de la reine Elizabeth II, qui, naturellement, sur le plan
humain, serait tragique, mais, sur le plan, en plus, législatif, exécutif et
juridique, pourrait avoir des conséquences concrètes et réelles. Ce n'est pas
qu'un principe théorique que nous voulons écarter, le principe de common law, aujourd'hui,
M. le Président, mais c'est un concept qui aurait et qui pourrait
potentiellement avoir des conséquences extrêmement concrètes et réelles sur
toutes les activités de l'État québécois.
Et je pense qu'on peut faire consensus ici,
autour de la table, qu'on ne veut pas subir les conséquences de ce qu'il se
passe à Londres, et je pense que la volonté de beaucoup de parlementaires
autour de la table est de s'éloigner, sinon de se défaire de cet État
monarchique, mais le fait est que les bases et le fondement de notre État québécois sont basés sur cette structure et que, dans
l'immédiat, dans le court terme, je pense qu'une des choses les plus nationalistes à faire, c'est de, justement,
s'assurer qu'il n'y a pas d'effet sur notre système et notre État
québécois par le fait de la dévolution de la couronne. Alors, sur cet aspect,
je pense qu'on peut trouver consensus autour de la table sans problème.
Et je vais terminer là mes remarques parce que
je suis bien… compte tenu de ce que je viens de dire, de l'urgence et de la
nécessité d'agir avec diligence, j'ai bien hâte qu'on commence la lecture de
l'article 1. Donc, ce sont mes remarques, M. le Président.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, Mme la ministre. M. le député de LaFontaine, pour
20 minutes.
M. Tanguay : Merci
beaucoup, M. le Président. D'abord, vous saluer, saluer
Mme la secrétaire et celles et ceux qui travaillent avec la
commission, saluer la ministre, et mes collègues des oppositions, et saluer
celles et ceux qui accompagnent Mme la ministre.
Nous sommes en faveur du projet de loi. Il
s'agit, pour nous, d'une police d'assurance advenant le cas où décès de la
reine Elizabeth II ou abdication. Nous avons des institutions au Québec.
Nous nous sommes dotés, avec le temps, dans le cadre fédératif, incidemment,
d'institutions législatives, exécutives et... législatives, exécutives et
judiciaires qui ont leurs modalités de fonctionnement. Par exemple, l'Assemblée
nationale fait des élections à date fixe, et
ainsi de suite. Alors, oui, la couronne est un fait canadien, mais, advenant la
dévolution de celle-ci, qu'elle n'ait pas un impact sur les institutions
dont nous nous sommes dotés, nous, au Québec, avec les années. Quand je
dis : On s'est dotés de telles institutions, je parle, entre autres, des
modalités de fonctionnement qui ne sont pas des détails, mais qui sont
importantes, et j'inclus, là-dedans, évidemment, le côté administratif, entre
guillemets.
Alors, effectivement, M. le Président,
hâtons-nous lentement, mais c'est important, ce que nous allons faire, et nous
allons acquérir collectivement cette police d'assurance pour ne pas qu'il y ait
d'impact négatif si d'aventure il y avait dévolution de la couronne. Voilà, M.
le Président. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de LaFontaine. M. le
député de Jean-Lesage, pour 20 minutes, s'il vous plaît.
M. Zanetti : Merci. Pour
combien de temps?
Le Président (M.
Bachand) : 20 minutes.
M. Zanetti : 20 minutes?
M. Zanetti : Oui, ce n'est pas
une obligation. Oui, alors, j'étais content d'entendre, dans les remarques préliminaires de la ministre au sujet du projet de
loi, son intention ou son souci de faire aujourd'hui la chose qui est
une des choses les plus nationalistes à
faire, pour reprendre ses termes exacts. J'espère qu'on va avoir un débat sur
quelle est la chose la plus
nationaliste à faire dans... en cas de dévolution de la couronne. Moi, je doute
que la chose la plus nationaliste à faire, ce sera simplement de
dire : On fait comme s'il n'y avait pas de monarchie. Dans un contexte,
par exemple, où le peuple québécois,
lorsque sondé sur son intérêt de préserver la monarchie, dit, à plus de
95 % : On serait plutôt favorables à son abolition, je pense
que ça veut dire que la chose la plus nationaliste à faire, ce serait d'aller plus loin que ça, ce serait d'écouter
ça et de suivre cette volonté d'affirmation puis d'affranchissement d'un cadre
politique qui, bien sûr, a déterminé
l'ensemble de nos institutions politiques, mais, en même temps, n'a
aucune légitimité et n'a jamais été véritablement choisi. Tu sais, de quelle
façon est-ce que le cadre monarchique... on est a été choisi? Il a été choisi un
mousquet sur la tempe, si vous me permettez
l'expression, au sens où c'est le fruit, ultimement, d'une conquête
armée par les armes de, à l'époque, le plus grand empire, et le plus puissant
empire, et la plus grande armée du monde.
Alors,
essentiellement, ce qui mène à 1867, c'est la Conquête. C'est, de façon plus
rapprochée, l'Acte d'Union de 1840. L'Acte d'union de 1840, c'est une
réaction, dans l'urgence ultraconservatrice et monarchiste, aux espoirs et à la
rébellion des Patriotes. Donc, c'est quelque chose, l'État canadien qui a été
fait, qui a été déclenché en réaction à une volonté plus que nationaliste, là,
vraiment souverainiste et indépendantiste des peuples québécois, je dirais du peuple québécois, mais du peuple québécois au sens
large, au sens où pas exclusivement les Canadiens français, mais plus que ça. On sait que la première déclaration
d'indépendance du Bas-Canada a été écrite et déclarée par Robert Nelson,
qui est un fils de loyalistes américains, et
on sait qu'il habitait au... qu'il a grandi au Bas-Canada et on sait que son
frère aussi, Wolfred Nelson, donc,
était à la tête de la seule bataille victorieuse des Patriotes à Saint-Denis.
Donc, il y avait, dans cet élan,
quelque chose, vraiment, qui dépassait même le cadre des aspirations des
Canadiens français conquis par la couronne britannique.
On est dans
un système, donc, et j'ai posé la question à un des professeurs de droit qui
est venu nous présenter son avis sur le projet de loi, le professeur
Taillon, et je lui ai demandé : Quelle est la légitimité de la monarchie?
Sur quoi elle repose? Il a dit : Bien, en droit, on
ne se questionne pas sur la légitimité parce que la légitimité est une question
qui est en dehors du droit, qui est plus philosophique, on se questionne sur la
cohérence, sur l'intérieur du système. Mais, essentiellement, il nous a
dit : Bien, sa légitimité vient de la force et de la conquête. Elle vient
de la violence. La violence, c'est moi qui le rajoute, là, c'est une
conséquence nécessaire.
Donc, est-ce que, vraiment, on trouve ça
important de préserver ça? Est-ce que c'est important de préserver, de
continuer à maintenir, en s'en accommodant toujours de façon... de façon,
disons, partielle, là, un système qui n'a aucune légitimité démocratique, et
qui est issu vraiment d'une autre époque, et qui force, encore aujourd'hui,
toutes sortes de choses antidémocratiques? Alors, évidemment, je pense que non
et je pense qu'on a, ici, une opportunité importante avec ce projet de loi, si
court soit-il, de poser un geste fondamental pour l'avenir des peuples du Québec.
Et je parle ici des peuples parce que je parle évidemment
du peuple québécois, mais je parle des peuples autochtones aussi, qui vivent, en
ce moment, des moments extrêmement tragiques qui sont directement en lien avec le colonialisme qu'ils ont subi et avec les
régimes monarchistes qui se sont implantés ici pour leur soutirer absolument
tout et les faire disparaître. On est dans un moment historique où il est plus
que jamais pertinent de faire reculer les institutions colonialistes dans la
pratique, dans les institutions, dans les règles et aussi dans les symboles. Et
je pense qu'aujourd'hui on pourrait envoyer un signal positif intéressant qu'il
y a une volonté, au Québec, de changer de cadre, qu'il y a une volonté, au Québec,
de changer, de sortir d'institutions coloniales qui ont toujours été
construites de façon opposée à la souveraineté des peuples et à leur liberté de
choisir leur avenir.
Je vais, donc, proposer, évidemment,
aujourd'hui, des amendements qui vont en ce sens-là et qui visent à nous
donner... à donner l'opportunité à ce gouvernement qui se dit nationaliste de
faire des pas en avant et de véritablement faire quelque chose. Parce qu'il y a
beaucoup de promesses nationalistes qui ont été abandonnées en cours de route,
là : le rapport d'impôt unique, c'en est une qui est vraiment dommage;
transferts en santé, on a essayé quelque chose, aucun résultat durable. Il y a
toutes sortes de choses qu'ils se sont dites : Ah oui! On va le faire,
etc. Abolition de la fonction du lieutenant-gouverneur, finalement, quand ça va
adonner. Ça, ça veut dire jamais.
Donc, il y a ici une occasion. J'espère vraiment
sincèrement que la ministre va la saisir et que les autres parlementaires aussi
vont voter en faveur. Je vous remercie, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le député. M. le
député de Matane-Matapédia, s'il vous plaît.
M. Bérubé : Merci, M. le
Président. La monarchie britannique au Québec, c'est un vestige archaïque et
colonial issu de la conquête par les armes. C'est ça, la monarchie. Ce n'est
rien d'autre que ça. Et, comme parlementaire québécois qui a prêté serment au
peuple du Québec, d'avoir à légiférer, aujourd'hui, pour poursuivre cette occupation de la monarch