Health and Social Services — 26 January 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2017-01-26
Quebec — Committees
le projet de loi, avec la concordance à la
Loi sur la podiatrie, lui interdit
d'avoir un intérêt dans un laboratoire orthopédique
qui est, en pratique, sa propre clinique. Vous comprendrez que le projet de loi
ne peut lui interdire. C'est comme si
on interdisait à un prosthodontiste, qui est un dentiste spécialiste et dont la
spécialité consiste à fabriquer des prothèses
dentaires sur mesure grâce à son expertise, ce qui n'a rien de comparable à la
denturologie classique, d'exercer sa profession
parce qu'il fabrique lui-même sa prothèse et l'ajuste à son patient. Il s'agit,
sans doute, d'un simple ajustement du texte
de la loi pour s'assurer que la concordance est harmonieuse avec l'objectif
visé, qui n'est assurément pas d'empêcher les podiatres d'exercer leur
profession. Nous sommes convaincus que ce n'était pas l'intention.
le volet de l'imagerie médicale, dans sa pratique, le podiatre utilise
couramment l'imagerie médicale sous toutes ses formes. Certains font eux-mêmes les radiographies ou les
échographies de leurs patients. Le podiatre qui fait lui-même les radiographies à sa clinique doit détenir un
permis d'imagerie médicale spécifique. Nous soulevons aux membres de
cette commission que l'utilisation de la double négation à l'article 15 du
projet de loi fait place à une interprétation qui
pourrait être celle que ni les podiatres, ni les dentistes, ni les
chiropraticiens ne pourraient détenir un permis, alors qu'à sa face même c'est précisément l'inverse qui est
souhaité. Encore une fois, probablement une simple question de libellé.
dernier point, l'article 38 du projet de loi donne la possibilité au
gouvernement de déterminer des obligations de formation au personnel des
laboratoires. C'est une responsabilité dévolue aux ordres. Nous craignons ici
des doubles standards et des décalages. Nous
devons collectivement être plus agiles dans la mise à jour des règlements
touchant la formation des
professionnels. Déjà, les ordres doivent composer avec des règlements de
l'Office des professions qui sont loin
d'être simples à mettre à jour et qui, parfois, disons-le, sont un peu décalés
avec les besoins du terrain. Nous vous soumettons
que les ordres et le ministre de la Santé doivent travailler conjointement. Si
le ministre a des préoccupations en matière
de formation, parlons-nous et nous agirons sur les professionnels que nous
avons la responsabilité d'encadrer. Nous doutons qu'il soit productif que le gouvernement édicte des normes de
son côté et que d'autres normes soient en vigueur du côté des ordres
professionnels. Cohésion et concordance sont les clés pour bien protéger le
public.
conclusion, l'ordre salue ce projet de loi. Toutefois, il est important
d'éviter la confusion quant aux activités effectuées dans les centres de
services orthopédiques. Nous pensons aussi que les modifications de concordance
et la définition doivent être ajustées. Je vous remercie. Nous sommes prêts à
répondre à vos questions, M. le Président.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, Dr Constant, pour votre
exposé. Nous allons débuter la période d'échange avec le député de La Pinière
et ministre de la Santé et des Services sociaux pour un bloc de 16 minutes. M.
le ministre, la parole est à vous.
M. Barrette :
Merci, M. le Président. Alors donc, Dr Constant, bonjour.
M. Constant
(William) : Bonjour.
M. Barrette :
Mme Gosselin, madame... Vous êtes avocate ou...
M. Chamsi
(Mina) : Me Chamsi.
M. Barrette :
Me Chamsi, il me fait plaisir de vous rencontrer. Merci d'être ici aujourd'hui.
Vous avez abordé
plusieurs éléments, puis il y a comme un fil conducteur dans votre
intervention, dans votre présentation. Vous
avez l'impression que le projet de loi pourrait vous exclure de certaines
choses ou ne pas vous inclure selon
l'angle que vous prenez, là, évidemment, mais, par définition, il y a quand même...
Puis là j'aimerais ça... Sentez-vous très
libres de nous éclairer là-dessus, là, il semble quand même y avoir un
chevauchement dans la pratique. Et là je le dis avec la plus grande réserve, il
y a un chevauchement, et pas
simplement une intersection — peut-être, à tort ou à raison, ce que je
vais dire — avec
le domaine des orthésistes-prothésistes. Pouvez-vous, un peu, nous démêler à cet égard-là pour qu'on puisse comprendre
pourquoi vous pensez à ce point-là que les définitions et le champ
d'application de la loi posent tant un problème?
Constant (William) : En
fait, la différence se fait dans le parcours du patient, je vous dirais, le
patient qui a une... On va prendre un exemple d'une douleur, par exemple,
au talon. Le patient a deux cheminements classiques, je vous dirais, qu'il peut prendre, soit voir son médecin de famille ou un
podiatre pour avoir l'évaluation et poser le diagnostic sur sa condition, qui ne nécessite pas toujours,
par exemple, une prescription d'orthèse plantaire. Une fois
que ça, c'est effectué et que le
diagnostic est posé, le patient maintenant a le choix. S'il est chez le médecin de famille,
il peut aller voir l'orthésiste ou même le
podiatre pour aller faire son orthèse plantaire. S'il voit le podiatre, le
podiatre peut soit, lui-même, prendre les mesures, évaluer, et fabriquer
l'orthèse, et la lui remettre ou lui remettre une ordonnance, si le
patient préfère, pour aller voir un orthésiste-prothésiste.
Barrette : O.K.
Vous avez fait référence à la définition de l'inclusion ou non de la chaussure
orthopédique dans la définition d'«orthèse».
Nous, dans le texte de loi, on considère que l'orthèse inclut la chaussure.
Est-ce que j'ai compris que vous voulez que ça ne l'inclue pas?
M. Constant (William) : Exactement,
vous avez très bien compris.
Barrette : Pourquoi exactement?
Parce que, là, je n'ai pas saisi exactement
la nuance que vous avez apportée, là.
Constant (William) : Parce qu'on ne considère pas que la chaussure
orthopédique soit nécessairement une orthèse précise, un service médical
précis. Martine, si tu veux...
Gosselin (Martine) : Oui. En
fait, le podiatre est un prescripteur comme le médecin est un
prescripteur, et nous, ce qu'on ne veut pas,
c'est que le podiatre devienne un vendeur de souliers. Vous savez tous le
principe, là, que qui prescrit ne
vend pas. Il y a une exception qui est permise au podiatre de par sa formation
et c'est l'orthèse seulement. Donc, on
ne veut pas qu'on se retrouve avec des podiatres qui vendent des chaussures ou
des chaussures orthopédiques. Ça ne fait pas
partie de sa formation. Ce qui fait
partie de sa formation, c'est le
diagnostic et la prescription de la chaussure appropriée, que ce soit une chaussure orthopédique ou un autre
type de chaussure qui va être capable de faire fitter — excusez-moi l'expression — une
orthèse dedans. Mais il n'est pas là pour la vendre, il est là pour la
prescrire. Donc, actuellement, la loi l'interdit. On ne voudrait pas ouvrir la
porte à ces conflits d'intérêts là.
Barrette : O.K. Je
comprends. Donc, le problème — parce que je l'avais donc, effectivement, mal perçu — le
problème, c'est que... bien, le problème...
Votre intention est de faire en sorte que vous n'entriez pas dans un nouveau territoire, et non
l'inverse.
Mme Gosselin (Martine) : Oui, absolument.
M. Constant (William) : Exactement.
M. Barrette : C'est exactement ça,
Mme Gosselin (Martine) : Oui, absolument.
M. Constant (William) : Oui, absolument.
Barrette : O.K.
Alors, je l'avais compris peut-être dans l'autre sens, là, mais c'est exactement
l'inverse. Vous nous demandez de faire en sorte que vous autres, vous
n'ayez pas l'opportunité d'embarquer dans un territoire plus commercial. Peut-être
que je peux dire ça comme ça, là.
Mme Gosselin (Martine) : Oui, absolument.
M. Constant (William) : C'est exactement
Mme Gosselin (Martine) : Il faut
éviter ces activités commerciales là.
Barrette : O.K. Ça
marche. O.K. D'accord, d'accord. O.K. Ça va bien parce que nous, dans notre
lecture de notre loi, on ne
considérait pas qu'on allait modifier l'article 13. Parce
que vous faites référence à l'article
13 de votre loi, qui interdit la
vente de chaussures orthopédiques, bon, nous, notre compréhension de la loi ne
vient pas changer ça si ça peut vous
rassurer. Mais peut-être que vous avez une lecture différente. Je comprends
que vous avez une lecture différente. C'est ça?
M. Constant (William) : Exactement.
Gosselin (Martine) : Oui,
dans notre lecture, étant donné la nouvelle définition d'«orthèse», c'est ce
qui vient changer la donne pour notre
article 13.
Barrette : O.K. O.K.
Là, je comprends mieux la chose. O.K. Alors, ça, ça résume le côté principal, je
dirais, de la définition pour ce qui est de votre intervention du côté professionnel,
spécifique de l'orthèse et de la chaussure, là.
Après ça, on
s'en va du côté de l'imagerie, et là, du côté de l'imagerie, est-ce que je comprends bien
que, pour vous, il y a une problématique d'appliquer la loi en termes
d'obtention de permis chez vous?
M. Constant (William) : Je vais
passer la question à ma directrice générale.
Mme Gosselin (Martine) : Est-ce
que je peux vous demander de préciser votre question?
M. Barrette :
Bien, en fait, je veux mieux comprendre quel est votre inconfort par rapport à
la
partie de l'imagerie médicale.
Mme Gosselin (Martine) : O.K.
L'article 15 précise les professionnels qui peuvent obtenir un permis de radiologie spécifique. À l'heure actuelle, le
podiatre qui fait lui-même ses radiographies ou ses échographies doit
obtenir un permis de radiologiste spécifique du LSPQ.
Mme Gosselin
(Martine) : C'est tout à
fait normal. Présentement, la double négation dans l'article 15
semble exclure les podiatres et les autres
professionnels de la détention du permis de radiologie spécifique. Nous, on
pense que c'est une erreur de rédaction parce que je ne pense pas que ce
soit votre intention d'exclure ces professionnels-là.
M. Barrette : Donc, c'est le
même principe. Vous voulez continuer à être visés par ces lois-là.
Mme Gosselin (Martine) : Oui,
absolument.
M. Barrette :
C'est rare, les gens qui viennent en commission parlementaire, qui viennent
nous suggérer d'être inclus dans la loi. Alors, vous comprenez mon
étonnement et les raisons pour lesquelles je pose des questions.
Mme Gosselin
(Martine) : Bon, peut-être
comme on est là pour la protection du public, comme n'importe quel ordre
professionnel.
M. Barrette :
Non, non, c'est parfait. C'est parfait. Alors, on est à la même place. Écoutez,
on va le revoir. Je n'ai pas
nécessairement exactement la même lecture que vous, mais, si ça porte à
confusion, compte tenu de votre commentaire, je peux vous assurer qu'on va s'assurer que vous soyez encore dans le
même environnement réglementaire et législatif.
Mme Gosselin (Martine) : C'est
probablement une simple question de libellé.
M. Barrette : Oui,
certainement. Oui, parce que les choses finalement sont simples.
Et pour ce
qui est des modifications de concordance, là, alors là, je vais vous demander
d'élaborer un petit peu plus parce
que vous, quand vous nous parlez de la concordance, vous nous dites que ce
qu'on écrit va changer la pratique. Alors, ça, c'est une sommation des
deux premières ou c'est quelque chose de plus, là?
Mme Chamsi
(Mina) : La modification qui arrive à l'article 13, qui a été
proposée telle quelle, elle permettrait désormais aux podiatres d'avoir
un intérêt dans une entreprise de vente et de fabrication de chaussures.
M. Barrette : Mais vous ne
voulez pas ça.
Mme Chamsi
(Mina) : On ne veut absolument pas ça parce que c'est dans le code de
déontologie du podiatre aussi. Il est
interdit, pour lui, de quelque façon que ce soit, de s'associer avec une
entreprise de vente ou de fabrication de chaussures. Donc, on veut maintenir cette interdiction pour l'empêcher
de vendre indirectement des chaussures, ce qui est interdit directement.
Donc, on veut qu'il ne fasse aucun profit, que ce soit de manière directe ou
indirecte, à la vente de chaussures.
M. Barrette :
Écoutez, c'est correct, ça simplifie. Alors, je comprends que toute la portée
et la teneur de votre intervention est de vous assurer que vous soyez
visés et que ça soit comme avant.
Mme Chamsi (Mina) : Absolument.
M. Constant (William) : Absolument.
M. Barrette : Bon, voilà.
Mme Gosselin (Martine) : Si je
peux me permettre une autre...
M. Barrette : Je peux vous assurer que j'en prends bonne note,
et que nous allons relire et réécrire, si nécessaire, pour s'assurer — et on vous consultera — que ça vous satisfasse. Je souris, là, mais
c'est vraiment la première fois en de nombreuses
heures de commission parlementaire où un groupe vient me demander de m'assurer
que je suis encore dans la loi, puis
c'est bien parfait comme ça. Alors, c'est bien parfait comme ça. Voilà, j'ai...
Avez-vous des choses à me rajouter?
Mme Gosselin (Martine) : Oui.
Moi, j'ai quelque chose à ajouter. Si je peux me permettre, il y a une autre modification de concordance qui a été faite dans
la loi et qui touche la définition des laboratoires orthopédiques. Dans
la loi, présentement, vous avez une
définition de «laboratoire orthopédique» qui inclut toutes les activités que le
podiatre fait lorsqu'il
fait, fabrique, modifie ou prescrit une orthèse. Cette définition-là, dans la
concordance actuelle que vous avez proposée,
vient lui interdire d'avoir un intérêt dans un laboratoire orthopédique. On
comprend. C'est correct. Par contre, si la définition est maintenue telle quelle, vous venez toucher le coeur de
la podiatrie en ce qui... et les podiatres font autre chose que des orthèses, là, il faut bien
comprendre ça, mais, lorsqu'il fabrique l'orthèse, il se trouve à faire
exactement l'activité que vous avez indiquée
dans votre définition de «laboratoire orthopédique». On ne peut pas lui
empêcher de faire ces activités-là dans sa clinique qui, si on se colle
à la définition, devient un laboratoire orthopédique. Donc, cette définition, si elle est maintenue à
l'article 13 telle quelle, vient empêcher au podiatre de faire ce pour
quoi il a été formé lorsqu'il
fabrique ses orthèses lui-même dans sa clinique. Il faudra aussi que notre
article 13 — c'est ce
qu'on propose — soit
maintenu tel quel. Là, on veut que ce soit
enlevé plutôt — au
contraire de ce que ce soit maintenu — pour qu'il puisse continuer à faire ses activités de podiatrie en ce
qui concerne la fabrication des orthèses dans sa clinique. Donc, vous
allez le voir, dans notre mémoire, on vous propose une rédaction.
M. Barrette : O.K. Parfait.
Bon, écoutez, moi, c'est clair.
Mme Gosselin (Martine) : Merci.
M. Barrette : Voilà. Moi, je
n'ai pas d'autre question, M. le Président, à moins que vous ayez d'autres
commentaires. Ça va? Parfait. Merci, M. le Président.
Président (M. Merlini) : Très bien. Merci beaucoup pour ce bloc
d'échange, M. le ministre. Maintenant, vers l'opposition officielle. Mme
la députée de Taillon, vous disposez d'un bloc de 9 min 36 s. À
vous la parole.
Lamarre : Merci beaucoup. Merci, M. le Président. Alors, bonjour, Dr Constant, Mme Gosselin et Me
Chamsi.
D'abord,
vous féliciter parce que, vraiment, votre mémoire est très,
très, très bien présenté, très clair,
facile à se reconnaître et à voir
comment on pourra formuler d'éventuels amendements. Je vous félicite aussi parce que
je pense que vous avez bien démontré votre volonté de protéger le
public. Ce qu'on reproche souvent aux membres, de protéger davantage
ses membres que le public. Donc, vos interventions vont vraiment
dans le sens de bien baliser et de clarifier aussi les différents champs
d'exercice parce que, souvent, ça devient... d'une certaine confusion.
Je pense que vous avez clarifié à peu près
toutes les choses. Il reste une chose, je pense, dont on a parlé hier, l'évaluation biomécanique. Est-ce que vous pourriez me dire en quoi votre évaluation
est différente de celle qui est faite par les orthésistes-prothésistes, par
exemple?
Gosselin (Martine) : Je vais
laisser Dr Constant répondre au niveau de la façon dont il fait l'évaluation puis
ensuite je vais y aller pour ce qui est de l'activité réservée de l'évaluation.
M. Constant (William) : Encore une
fois, le parcours typique clinique d'un patient qui vient à la clinique, se
présente pour une douleur, par exemple, on va pouvoir faire notre évaluation
complète, vérifier justement tous les systèmes, évaluer la douleur. Une fois qu'on exclut
d'autres causes qu'un problème biomécanique, là, on va aller faire notre évaluation
biomécanique, qui est un outil pour amener au diagnostic. Donc, on va évaluer
sa démarche, on va évaluer chaque
articulation, on va évaluer, au degré près, au millimètre près, son pied en entier,
sa démarche, sa posture. On va regarder
aussi la façon qu'il se tient, la façon que ses souliers sont usés. On va aller
chercher tous les éléments dans notre évaluation pour pouvoir amener un diagnostic précis à la
fin. Diagnostic suite à une évaluation ne veut pas dire prescription d'orthèse automatiquement. Il y a
ici, quand même, une nuance à faire. C'est arrivé, ça arrive
fréquemment qu'on fait une évaluation biomécanique et que notre
diagnostic... le meilleur traitement médical pour notre patient ne soit pas une
orthèse plantaire, ça peut être bien
d'autres choses que le podiatre est habilité à faire. Une fois que... Si on
détermine que, oui, c'est une orthèse
plantaire dont le patient a besoin, on va élaborer une prescription, encore une fois, très détaillée, avec tous les angles nécessaires, tous les
millimètres nécessaires, prescription, je crois, d'ailleurs, qu'on vous a fait
parvenir, si vous voulez regarder.
Gosselin (Martine) : Alors,
il faut comprendre que la prescription que vous avez en main a été
élaborée... Vous comprenez que l'activité d'évaluation, qui est une activité
réservée qui est faite par le podiatre, mène à la prescription. C'est donc une activité qui est réservée au prescripteur.
C'est un des éléments, l'évaluation biomécanique, qui lui sert à élaborer son diagnostic. C'est à partir
de celle-là qu'il va élaborer cette prescription-là. Et ce qu'on vous
expliquait, c'est que ça ne va pas
nécessairement mener à une prescription d'orthèse. Donc, c'est un élément parmi
tant d'autres qui va amener à un diagnostic.
Donc, on ne peut pas donner, par le biais d'une
loi, par une porte d'en arrière, une activité d'évaluation qui est une activité qui est réservée, au Code des
professions, à certains professionnels... Même contribuer à cette
évaluation-là est une activité qui est
réservée. Ça sert à élaborer la prescription. Vous avez en main une
prescription de podiatre, qui est une prescription qui est très
détaillée, qui est faite à partir de l'évaluation biomécanique. Souvent, on est
habitué à avoir une prescription d'orthèse qui est faite par un médecin sur un
pad de prescription... écrit «orthèse plantaire» simplement, alors que la prescription d'une orthèse faite par un
spécialiste en podiatrie est beaucoup plus détaillée, beaucoup plus
précise, et cette évaluation-là requiert une expertise particulière et doit
être faite vraiment avec minutie.
Donc, l'orthésiste va arriver après
cette prescription-là, soit la prescription d'orthèse par un médecin ou soit
la prescription d'orthèse par le podiatre. Donc, cette évaluation biomécanique
est faite en amont de la prescription.
Lamarre : On comprend que,
pour les orthésistes-prothésistes, ça semblait être quelque chose d'important d'avoir ce terme-là. Hier, l'ordre nous a
dit : Bien, c'est ça, mais ce n'est pas vraiment ça au sens de l'évaluation comme une activité réservée dans un champ de compétence. Est-ce que
vous auriez une option qui permettrait de nous assurer qu'on ne limitera pas le champ d'exercice des orthésistes
tout en ne leur permettant pas d'aller dans le territoire, là, où l'évaluation
biomécanique semble relever davantage des champs de compétence des podiatres,
selon ce que vous nous dites?
Mme Gosselin (Martine) : En fait, d'une
part, ça relève du ministère de la Justice de déterminer les activités des professionnels.
L'orthésiste prend des mesures. Si, dans votre libellé de l'article,
vous enlevez l'évaluation
biomécanique comme le propose le Collège des médecins et comme on le propose aussi, ce qui reste dans la loi est tout à fait, à notre avis, correct. Ça n'empêche pas de prendre des mesures,
de faire les angles, de prendre les moulages pour préparer puis
fabriquer l'orthèse ou même la modifier. Je pense qu'ils font une appréciation
de l'état du patient, de l'ordonnance qu'on leur fournit, qu'ils sont tout à
fait capables de contribuer avec le professionnel
qui a fait l'orthèse, et d'apprécier leur travail, et d'apprécier les symptômes du patient. À ce niveau-là, je ne crois pas que d'enlever l'évaluation biomécanique du projet de loi va les
empêcher de travailler puis de continuer à faire ce qu'ils font de façon très
professionnelle, là.
Lamarre : D'accord. On aura à revérifier tout ça éventuellement. Donc, pour le reste, écoutez,
je pense que vos commentaires
sont très clairs. Donc, moi, je n'ai pas d'autre commentaire ou question.
Merci.
Président (M. Merlini) : Très bien.
Merci beaucoup, Mme la
députée de Taillon.
Maintenant, nous allons du côté du deuxième groupe d'opposition, le député des
Chutes-de-la-Chaudière. Vous disposez d'un temps de 6 min
24 s. À vous la parole, M. le député.
M. Picard :
Merci, M. le Président. Merci de votre présence ce matin.
Tout à l'heure,
j'entendais que vous êtes des laboratoires parce que vous créez des orthèses et
vous donnez le service aussi, mais il y a
une notion de permis et de dirigeant, là, directeur principal. Est-ce que vous
êtes à l'aise avec cette notion-là dans le projet de loi?
M. Constant
(William) : Je ne suis pas certain d'avoir bien saisi votre question.
M. Picard :
Je pense que madame a saisi, si je ne me trompe pas.
Chamsi (Mina) : Dans la mesure où, bien sûr, c'est une personne qui
fait
partie d'un ordre professionnel. Donc,
nos commentaires à ce niveau-là se rallient avec ceux du Collège des médecins.
Il faut juste s'assurer que ce ne soit pas
une personne qui n'appartienne pas à un ordre professionnel qui puisse détenir
une clinique et déléguer des tâches qui doivent être supervisées puis qui doivent suivre des règles
déontologiques précises. Donc, nous, c'est à ce niveau-là, notre
préoccupation principale.
M. Picard :
O.K. Si je reviens sur... Tantôt, vous avez dit : Quelqu'un qui a mal aux
pieds peut aller voir son médecin de famille
ou peut aller vous rencontrer. Est-ce que des médecins de famille vous réfèrent
des clients aussi? Des patients, bien
sûr. Et donc je comprends que quelqu'un qui a des problèmes n'a pas besoin
d'aller voir un... Vous n'êtes pas considérés comme un médecin
spécialiste.
M. Constant
(William) : Non.
M. Picard :
Non, on peut aller vous voir... Exactement.
Constant (William) : Exactement. Comme un dentiste, par exemple, ou
tout autre professionnel, le patient
qui veut consulter en podiatrie n'a pas besoin d'une référence de son médecin
de famille pour pouvoir consulter un podiatre.
Picard : O.K. Tantôt, vous disiez aussi à M. le ministre que
vous n'étiez pas à l'aise de vendre des chaussures orthopédiques parce qu'il y avait la notion de
vente, mais, dans votre travail actuel, vous pouvez vendre des orthèses
aussi, vous les fabriquez et vous les vendez. C'est ça?
M. Constant
(William) : Uniquement.
Picard : O.K. Uniquement. Mais est-ce que vous avez consulté
vos membres, les membres de l'ordre? Je vous lance ça tout bonnement,
là, il n'y a pas de...
M. Constant
(William) : Consulté nos membres par rapport à...
M. Picard :
Par rapport au fait que vous dites que ce serait mieux de ne pas avoir le droit
de vendre des chaussures orthopédiques, là. Ce n'est pas des chaussures,
là, de grandes marques, c'est vraiment spécialisé, là.
Mme Gosselin (Martine) : Il est difficile de qualifier une chaussure
orthopédique. Vous savez, les chaussures Clarks, que beaucoup de gens portent — il y a même des chaussures Clarks qui ont
des talons hauts — cette
chaussure-là se qualifie de chaussure
orthopédique. Donc, on ouvre la porte grande comme ça à toutes sortes de ventes
de chaussures, et là ça cause un
paquet de problèmes. Nous, on ne veut
pas ça. Donc, vous savez, c'est très difficile après, une fois qu'on a dit : Vous pouvez vendre des chaussures
orthopédiques. Quelle sorte de chaussure, quelle marque, quel modèle? On
ne peut pas réglementer ça. Bien entendu, on s'imagine souvent la chaussure
orthopédique comme une grosse chaussure berceau avec des gros lacets, qui vont compenser, par exemple, peut-être, pour
un membre plus court, ou un membre qui est déformé après une maladie, ou
peu importe, mais ce n'est pas toujours le cas.
Donc,
par exemple, mon exemple de la chaussure Clarks, vous imaginez-vous une
bannière «Chaussures Clarks en vente
ici» chez un podiatre qui est un professionnel de la santé, qui n'est pas censé
vendre ce qu'il prescrit? Alors, on ouvre vraiment la porte aux conflits d'intérêts et on ne veut pas ça. Même si
nos membres voudraient peut-être le faire, on ne veut pas ouvrir la
porte à des activités mercantiles d'un professionnel de la santé.
Picard : O.K. Est-ce qu'il existe des chaussures orthopédiques
qui doivent être modifiées par un professionnel de la santé?
Mme Gosselin
(Martine) : Oui. Et le podiatre va faire la prescription, et c'est
l'orthésiste qui va se charger d'honorer
cette prescription-là. L'orthésiste va faire la modification, va vendre la
chaussure au patient. C'est son travail.
Picard : Dernière question. Hier, il y a un ordre qui nous a
tous surpris, hein, qui nous disait qu'il y avait des professionnels qui exerçaient sans être membres de
l'ordre. Est-ce que chez vous, vous avez le même phénomène ou tout le
monde est membre de l'ordre?
Mme Gosselin (Martine) : Tout le monde est membre de l'ordre. La podiatrie
est une activité d'exercice exclusive.
M. Picard :
Parfait, merci. Merci, M. le Président. Merci pour vos commentaires.
Le Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. le député des
Chutes-de-la-Chaudière. Me Chamsi, Mme Gosselin, Dr Constant, de l'Ordre
des podiatres du Québec, merci pour votre contribution aux travaux de la
commission.
suspends donc les travaux et je demande à l'Ordre des technologues en imagerie
médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec
de venir prendre place à la table. Les travaux sont suspendus.
(Suspension de la séance à
9 h 27)
Président (M. Merlini) :
Alors, nous reprenons donc nos travaux, et je souhaite la bienvenue à l'Ordre
des technologues en imagerie médicale, en
radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec. Vous allez
vous présenter lorsque vous allez faire
votre exposé. Vous disposez de 10 minutes, et ensuite suivra la période d'échange avec les membres de la
commission, et bienvenue.
Boué (Danielle) : Alors, M. le Président, M. le ministre, chers
membres de la commission, bonjour. Je suis Danielle Boué, présidente de l'Ordre des technologues en imagerie
médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec. Je suis accompagnée aujourd'hui,
pour cette présentation, de M. Alain
Cromp, directeur général et
secrétaire à l'ordre, et de Me Marie-Chantal Lafrenière, directrice des
Affaires professionnelles et juridiques.
Alors,
d'entrée de jeu, nous vous remercions de nous accueillir ce matin ici pour nous
permettre de répondre à cette consultation
sur p.l. n° 118. Fondé il y a maintenant plus de 75 ans, notre ordre
professionnel encadre la pratique de plus de 6 000 technologues qui sont issus de quatre secteurs d'activité dont
l'imagerie médicale, la radio-oncologie et l'électrophysiologie
médicale. Donc, le projet n° 118 vient donc toucher directement les
centres où les technologues membres de notre ordre exercent leurs activités.
Relativement à
certaines définitions, nous avons noté, à l'article 3, plus précisément au
paragraphe 6°, que certains termes n'avaient
pas été actualisés. Donc, dans un contexte de modernisation de la loi, nous
pensons qu'il serait approprié
d'utiliser une terminologie juste et qui correspond à la pratique actuelle. On
y retrouve, par exemple, des termes comme
«résonance magnétique nucléaire» alors que c'est un terme qui n'est plus
utilisé. On parle davantage de résonance magnétique ou d'imagerie par
résonance magnétique. Dans le même esprit, il serait plus juste d'employer les
termes «radiation ionisante» et
«radioélément» plutôt que «absorption rayonnement x» ou de «radiation x» et
«radioactivité». Donc, des exemples comme
ceux-ci, vous en retrouverez d'autres dans notre mémoire, bien sûr. Alors,
c'est un peu comme si on utilisait
l'appellation «Commission des liqueurs» pour désigner la SAQ. On conviendra
tous qu'on a une véritable actualisation
à faire sur cet aspect important. Alors, pour ce faire et pour assurer une
harmonisation des termes, nous vous proposons
de vous inspirer des termes utilisés dans la Loi des technologues en imagerie
médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale.
Sur le dossier de
titulaires de permis, nous sommes heureux que l'encadrement de la pratique de
l'imagerie médicale, plus spécifiquement de
l'échographie, ne se limitera plus qu'aux fins de diagnostic, mais couvrira
également l'ensemble des professionnels de la santé qui détiennent un appareil
d'échographie pour des fins de prévention, de dépistage,
de traitement de la maladie. Est-ce que nous comprenons bien que chaque
personne qui aura ou qui utilisera un appareil
d'échographie maintenant au Québec devra détenir un permis? Si c'est votre
intention, nous sommes d'accord, d'autant
plus que cette nouvelle disposition permettra de solutionner une problématique
de l'échographie de divertissement qui est un dossier qui nous préoccupe
et qui préoccupe également le Collège des médecins du Québec.
L'article 16
qui porte sur les titulaires de permis en imagerie médicale nous apparaît
problématique car il vient carrément
empêcher les technologues d'exploiter leur propre laboratoire de façon
autonome. Pourtant, il existe actuellement, au Québec, des technologues en imagerie médicale qui détiennent des
cliniques d'échographie. Avec p.l. n° 118, les technologues ne
seront plus en mesure d'opérer ces laboratoires et d'offrir des services à la
population, et ceci, indépendamment du
dossier de la rémunération, là, sur la couverture de l'échographie au public.
Ces technologues sont hautement compétents. Ils fournissent des
centaines d'heures de services à la population québécoise. Ils réalisent des examens de manière autonome qui sont ensuite
analysés par des radiologistes, des gynécos, obstétriciens ou des
cardiologues.
Nous posons
donc la question aujourd'hui en commission : Pourquoi un technologue ne
pourrait-il exploiter un laboratoire d'imagerie? À partir du moment où
il se soumet aux mêmes exigences de qualité, d'hygiène, de sécurité, pourquoi la loi l'exclurait? Et notre avis, c'est
que ça va à l'encontre, évidemment, de la tendance actuelle qui vise
plutôt à former davantage des technologues afin que plus d'échographies à des
fins diagnostiques puissent être réalisées de manière autonome afin de soulager
un peu le réseau de la santé.
Relativement
au Dossier santé Québec, le DSQ, nous souhaitons que le gouvernement profite de
la modernisation que propose le
projet de loi n° 118 pour corriger, selon nous, une erreur du passé, un
oubli relativement au DSQ. Alors, nous
avons constaté que le projet de loi apporte des modifications à la loi qui
concerne le partage des renseignements de santé, la loi du Dossier santé Québec. Nous vous demandons de profiter de cette
opportunité, de cette ouverture, pour accorder aux technologues de nos quatre domaines d'exercice
l'accès au Dossier santé Québec parce que ce n'est pas le cas
actuellement. Les technologues n'ont pas accès au DSQ. Cela permettrait de
faire, donc, des gains en efficience et en qualité dans tout le réseau.
Quand un
technologue doit faire une échographie de suivi chez une patiente atteinte du
cancer, nous demandons qu'il ait accès aux images antérieures. Ainsi, il
s'assure de prendre des images des zones précises dont le médecin radiologue a
besoin pour évaluer la progression de la maladie. Un autre exemple sur le DSQ,
donc, un technologue ne peut pas injecter un
produit de contraste à un patient dans le cadre d'un examen ou d'une
intervention sans vérifier un certain nombre de données du patient, qui
sont dans son Dossier santé Québec, évidemment, dont la créatinine puis les
anticoagulants. Donc, des exemples comme ça, il y en a d'autres. Ça nous fera
plaisir de les partager avec vous si vous en avez besoin.
Évidemment, comme ces informations sont
manquantes, certaines pratiques s'installent, depuis 2012, afin de pallier l'absence de données. Par exemple, il y a des ordonnances de laboratoires qui sont
présignées par des médecins spécialistes
pour refaire des examens de laboratoire,
ce qui n'est pas une pratique optimale. Il y a des répétitions
d'analyses de laboratoire, il y a des achats
de lecteurs de créatinine dans les services de radiologie, il y a le report
d'examens d'imagerie à des dates
ultérieures, des changements de protocole pour qu'il n'y ait pas d'injection
parce qu'on n'a pas les données du Dossier
santé Québec puis enfin, finalement, il y a aussi des reprises d'examen. Donc,
c'est non seulement hautement inefficace,
mais cela peut également entraîner des coûts supplémentaires, sans compter les
inconvénients qu'on retrouve ici et les risques pour le patient et la
population québécoise.
Relativement aux normes, l'article 33 du
projet de loi entend permettre au gouvernement, par règlement, de déterminer des normes d'hygiène de protection
d'aménagement qu'il édictera ainsi que des obligations de formation pour
les personnels de laboratoire. Ce que nous
souhaitons ici, c'est une cohérence, donc simplement éviter que la
création de normes par les ordres et aussi d'autres normes par le gouvernement
entraîne des doubles standards, donc entraîne des doubles standards, des dédoublements et des contradictions,
malheureusement, parfois. Donc, dans un objectif d'efficacité, nous souhaitons que le ministère travaille avec
les ordres et nous sommes disponibles à travailler avec le ministère,
bien sûr, afin d'établir ces normes et s'assurer d'une cohérence.
conclusion, donc, l'ordre apprécie beaucoup les efforts qui ont été consentis
pour moderniser la loi et encadrer de
façon législative le secteur de l'échographie et les centres de physiologie
respiratoire. Toutefois, des modifications additionnelles sont, selon nous, nécessaires afin de rendre ce projet
plus acceptable, plus en diapason avec la situation actuelle qui existe
sur le terrain.
Alors, en
vous remerciant de votre attention, nous sommes maintenant disponibles pour
répondre à vos questions.
Le Président (M. Merlini) : Merci
beaucoup, Mme Boué, pour votre exposé. Nous allons débuter la période d'échange avec le député de La Pinière et ministre de la Santé et des Services sociaux. La
parole est à vous pour votre bloc de 16 minutes.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, Mme Boué, ça fait plaisir de
vous revoir, M. Cromp... des années. Et on ne se connaît pas, mais ça
fait plaisir, bienvenue, Me Lafrenière.
Alors, ça me
remet dans mon élément, dans une certaine mesure, et j'ai bien apprécié, et je
n'ai pas été surpris de la teneur, ni du mémoire, ni évidemment de vos
commentaires, ce qui va nous permettre de nous engager dans un débat constructif, parce que vous vous adressez à un
certain nombre d'éléments qui sont pertinents, mais qui ont une portée
que je pense que les gens qui nous écoutent ou qui ne
sont pas familiers avec le milieu ne réalisent peut-être pas. Et on va échanger, là, pour que vous puissiez exprimer la
logique qui sous-tend vos positions. Il y en a une, là, je la comprends
très bien, là, mais maintenant je pense même
que vous allez plus loin que ce que moi, j'ai déjà préconisé. Je pense même
que vous proposez quelque chose de plus, qui
est très nouveau, puis je vous le dis tout de suite, là, je ne suis pas
nécessairement en désaccord avec ce que vous allez dire, mais je veux bien
entendre ce sur quoi vous étayez votre position.
Je vais juste
éliminer deux, trois choses en partant, là. Pour ce qui est de la terminologie,
là, on se comprend-tu qu'on ne va pas
faire un téléroman là-dessus, là? Je comprends l'exemple de la Commission des
liqueurs, c'est juste que la résonance
magnétique nucléaire, c'est le principe fondamental de physique sur lequel est
basé l'examen. Je comprends qu'on
parle d'imagerie par résonance magnétique, là, je veux simplement mentionner
que le principe physique absolu, en science,
c'est la résonance magnétique nucléaire, qui était d'ailleurs le premier terme
utilisé. Et vous avez raison, l'usage l'a évacué, mais les textes de loi sont faits pour être cohérents aussi dans
la durée. Vous avez raison, ça pourrait être actualisé, mais on ne
s'obstinera pas là-dessus pendant le temps qui nous est imparti, on s'entend.
La question
du DSQ, vous avez raison aussi, sur ce que vous avez pris comme exemple, mais
là c'est un autre débat. Ça, c'est un
débat qui est à la Commission d'accès à l'information, et je vous rappellerai
simplement que, même si vous avez
raison, vous... Au moins, les deux. Je ne sais pas vous, Me Lafrenière, si
vous étiez là à l'époque, je pense que non, mais vos collègues y
étaient, j'y étais, et vous savez les débats qui ont eu lieu pendant les
années, qu'on calcule en dizaines, pour
en arriver à cette conclusion-là. Donc, on ne résoudra pas ça ici, puis ce
n'est pas l'objet du projet de loi, mais je comprends votre argumentaire
qui est fondé et j'y adhère à bien des égards.
Maintenant,
on va aller dans le vif du sujet, le coeur, pas le vif mais le coeur qui est
vif comme une plaie ou qui pourrait
devenir une plaie, qui est l'autonomie professionnelle, parce que toutes vos interventions, à l'exception d'interventions
pertinentes et intéressantes, mais qui sont marginales au sens de l'ampleur de
votre mémoire, qui est l'autonomie professionnelle, vous savez bien que
ça, c'est le coeur de votre affaire aujourd'hui, à matin, là.
Alors, on va en parler, parce que, là, je
comprends de votre propos que vous êtes un peu comme dans la série Star Trek , là, vous voulez aller là où aucun technologue n'est allé jusqu'à maintenant.
L'autonomie professionnelle, de la manière
que vous la décrivez, là, est une autonomie complète, complète, complète. Et ce
n'est pas que je suis contre, c'est juste
que la portée de l'autonomie, là, dans sa complétude que vous évoquez, elle est
très, très, très autonome des autres professionnels. Et là vous allez devoir nous
expliquer exactement jusqu'où vous voulez aller, là. Puis là ce n'est peut-être
pas clair, ce que je viens de dire, mais je
vais donc le clarifier en deux phrases bien simples, là. Ce que vous voulez,
et vous devez nous expliquer jusqu'où
vous voulez aller, un technologue autonome, dans la bouche du président de
l'association des radiologues, dans le débat
qui a lieu actuellement sur la place publique, qui est inapproprié en passant,
je suis sûr que, dans sa bouche, ça n'a pas la même signification que
dans la vôtre. Alors, allez-y.
Mme Boué (Danielle) : Ça va me
faire...
Barrette : Et là, pas pour
vous, mais pour le bénéfice de ceux qui ne sont pas familiers avec la chose,
dans la bouche des médecins, autonome, ça veut simplement dire que vous avez
une compétence suffisance pour toute seule produire
un document qui va être passé au professionnel qui va conclure. Est-ce que vous
avez la même lecture? Moi, j'ai l'impression que vous allez un pas plus
loin.
Mme Boué (Danielle) : Ça va me faire
plaisir de répondre à votre question, M. le ministre.
La définition
qu'on a d'autonome n'est pas différente de celle que vous venez de dire et
c'est celle qui est dans notre loi.
Alors, les technologues sont autonomes dans la réalisation des examens,
l'utilisation des énergies pour produire des examens ou des données à des fins diagnostiques. Ça, c'est dans
notre loi et quand on émet un permis à un nouveau membre, il est
autonome de réaliser les examens, la plupart des examens d'imagerie, de manière
autonome. Il fait les examens et qui sont interprétés par un médecin
spécialiste. Donc, ce n'est pas différent dans l'écho.
La seule
différence c'est que, dans le secteur de l'échographie, et là, Dr Barrette, je ne vous apprendrai
rien, au niveau de la formation initiale, on est en retard au Québec, donc
on n'a pas la compétence que nos collègues, par exemple, au Canada, ont depuis 25 ans, parce qu'ailleurs, il se
produit... ils forment, pardon, des véritables échographistes, donc des gens qui sont autonomes. Nous, la
section
d'échographie est à l'intérieur du programme général du D.E.C. de
radiodiagnostic et c'est des enjeux sur lesquels on travaille. Ça fait en sorte
qu'il n'y a pas suffisamment d'heures de formation et quand les technologues
arrivent sur le marché du travail, ils ne sont pas autonomes en écho,
c'est-à-dire qu'ils sont accompagnés pendant
plusieurs années, en partenariat avec les radiologues, les cardiologues, les
gynécos, pour obtenir leur autonomie. Donc, ça prend cinq ans, des fois
10 ans — ça
dépend à quelle fréquence ils travaillent en écho — pour devenir
autonomes.
Le mot autonome
est apparu... les technologues autonomes en écho, pour nous, c'est une nouvelle
création qui date de 2011 environ, un
projet qu'on a élaboré à la demande, d'ailleurs, du Dr Michel Bureau qui...
dans ces années-là, il y avait, comme il y a encore, des listes
d'attente dans le secteur de l'écho. Et constatant qu'on n'avait pas
suffisamment de technologues pour faire le
travail, on a eu un partenariat avec le ministre de la Santé, les
radiologistes, les cardiologues, le Collège
des médecins, les gynécos, pour dire : Qu'est-ce que nos technologues
d'expérience peuvent faire? Parce qu'on a des technologues qui ont
20 ans d'expérience, là, ils sont capables d'aller un petit peu plus loin
puis de travailler en autonomie. Et on a mis
en place le processus d'attestation de technologue autonome en échographie, et
ça, ça s'est fait selon des protocoles. Il y a des critères qui ont été
balisés, qui ont été testés, et ensuite, là, on a mis en place le processus.
Donc, quand
je parle de technologues autonomes en écho, c'est d'eux autres que je parle. Je
ne parle pas de tous les technologues.
Donc, je parle d'un technologue qui non seulement a un permis, mais qui répond
à une norme particulière et qui sont contrôlés à
chaque année sur un nombre d'examens à faire et sur une formation continue obligatoire
dans ce secteur-là. Donc, il y a un encadrement particulier pour ces
technologues-là.
Ce qu'on est en train de vous dire ce matin,
c'est qu'il existe actuellement des technologues autonomes qui correspondent à
ces critères-là et dont même certains sont allés se former ailleurs au Canada,
donc des technologues autonomes qui, eux
autres, sont propriétaires de cliniques d'écho actuellement. Donc, ils sont
autonomes, mais là il faut faire attention, et c'est ça, la différence
entre un futur échographiste. Quand on a un technologue autonome, il est autonome dans un secteur de l'échographie. Donc, par exemple, il obtient de l'ordre une attestation d'autonomie dans le secteur de l'écho obstétricale. O.K.?
Donc, il ne fera pas des examens abdominaux autonomes, il ne fera pas de la
cardio, de l'échocardio autonome. Donc,
c'est vraiment par secteur d'activité parce qu'on comprend que la formation initiale n'est toujours pas présente.
C'est une reconnaissance de compétences et pas de formation.
Donc, il existe actuellement des cliniques dont
les technologues autonomes sont propriétaires et qui offrent actuellement des services à la population
québécoise. En termes d'examens diagnostics, il y a des ententes qui ont
été faites avec des médecins spécialistes pour que ces images-là soient
interprétées dans les règles de l'art comme s'il était en établissement. On
s'entend que, pour le patient, là, qui, lui, arrive avec son ordonnance dans
cette clinique-là, il n'y a aucune
différence par rapport à une autre clinique. L'examen est fait comme
d'habitude, comme la loi nous l'indique, sous ordonnance. Le technologue
fait l'examen, il est interprété par un médecin, et le patient reçoit son
résultat. Ça se fait de la même façon.
Notre
questionnement, c'est qu'à la lumière de... On est très heureux que l'écho soit
couverte dans le p.l. n° 118, mais
il y a ce volet-là qui fait en sorte que nous, ça va mettre... vous comprenez
que ça va mettre la clé dans la porte de ces cliniques-là. Puis là je ne suis pas en train de vous dire qu'il y en a
50, là, O.K.? Donc, ça va mettre la clé dans la porte de ces
cliniques-là qui, selon nous, offrent des services actuellement dans un secteur
où on a grand besoin d'expertise là-dessus.
Je ne sais pas si ça répond à votre question, Dr
Barrette.
Barrette : Oui, ça répond à ma question pour ce qui est de la portée
potentielle, parce que vous comprendrez que le principe d'avoir une formation d'échographiste appropriée, là,
dans le modèle que vous présentez, j'ai toujours été, moi, en faveur de
ça. C'est juste que le mot «autonome», là, au fil du temps, dans le monde
professionnel, a mené au diagnostic. Alors,
ça a toujours mené au diagnostic et c'est correct, là, c'est le chemin qu'ont
pris les infirmières pour arriver aux
IPS. Et c'est très bien, les IPS, c'est une bonne affaire, les IPS. Il faut en
avoir plus, des IPS, mais il n'en reste pas moins que c'est sur une base
d'autonomie.
Alors, le
terme que vous choisissez peut laisser penser qu'on s'en va vers l'autonomie
diagnostique, auquel cas, bien, ça
change la donne en termes de contrôle de la qualité et ainsi de suite. Alors,
d'où ma question de vous demander de
préciser votre pensée et vous allez ou non au diagnostic. Là, vous me répondez
que non. C'est ce que je comprends, là, parce qu'à ce moment-là le qualificatif d'autonome, ça veut d'abord et
avant tout d'avoir une formation appropriée qui n'est pas suffisamment
complète aujourd'hui et ça fait en sorte que la relation avec le radiologue qui,
historiquement, exigeait que le radiologue,
pour employer quelque chose de simple, mette la main sur la sonde pour
contrôler si l'image était adéquate,
là, le radiologue ne met plus la main sur la sonde, et reçoit des images, et
donc sauve du temps, augmente sa productivité
diagnostique et donc sa rémunération. Mais ça, c'est un autre objet, mais c'est
ça qui est l'objectif. Dans la bouche
du président des radiologues, c'est pour facturer plus; dans votre bouche à
vous, c'est la performance professionnelle, la satisfaction professionnelle, la reconnaissance professionnelle. Je
vous comprends très bien, ce n'est pas une question d'argent chez vous,
mais je comprends bien, mais vous n'allez pas au diagnostic.
Maintenant,
quand vous dites ça, là, on retombe quand même au problème initial qui est
celui de la garantie du contrôle de
qualité. Quand on fait cette loi-là, pourquoi ça devrait... Puis j'apprends,
là, que vous avez un certain nombre de cliniques
qui, actuellement, sont la propriété de technologues. Donc, ce que vous me
dites, c'est qu'actuellement il y a des technologues qui font des images, produisent des images qui sont
envoyées en quelque part, électroniquement, évidemment, à un radiologue
qui, lui, fait de l'interprétation. C'est ça que je comprends, là.
Et donc vous
avez un environnement actuel qui, techniquement, est critiquable en termes de
contrôle de la qualité. Ce n'est pas
un jugement, là. Je ne porte pas de jugement, je dis juste simplement qu'au
moment où vous nous dites que la formation, actuellement, n'est pas
idéale, qu'il y a des gens qui ont beaucoup d'expérience puis qui sont bons,
puis vous avez raison. Il n'en reste pas
moins que, dans l'absolu de la chose, il y a une situation qu'on peut qualifier
en partie, au moins, d'irrégulière, que vous voudriez régulariser en
ayant le modèle que vous me dites.
Maintenant,
quand on arrive aux permis, qu'est-ce qui justifie que le professionnel, dans
le cas de l'échographie, soit exclu de ça, en quoi le médecin de famille
soit exclu de ça? Remarquez que, du côté des médecins de famille, probablement que vous êtes meilleure pour le
diagnostic que le médecin de famille qui n'a clairement pas la formation
équivalente à vous pour interpréter les images qu'il voit, en ce qui me concerne.
Mais en quoi ça justifie la formation appropriée
d'exclure le professionnel qui, lui, a la compétence pour faire les diagnostics
basés sur l'image? Parce que, s'il a la
compétence pour faire le diagnostic, il a donc aussi la compétence pour
apprécier si l'image est parfaite, pas parfaite, suffisante ou pas
suffisante.
Là, je trouve
que, là, il y a une marche que vous montez qui m'étonne un peu. Avec tout le
reste, là... Je suis bien d'accord
avec vous, tout ce que vous me dites. Puis je peux même vous dire une chose
pour que ce soit bien clair, vous prendriez
le chemin de l'IPS pour en arriver à, par exemple, avoir l'autonomie pour
statuer qu'il n'y a pas de lésion, je serais
d'accord avec ça. Vous voyez? Mais là c'est un échange entre nous, là. Je vous fais
plaisir, hein? Imaginez, vous n'êtes pas venus pour rien.
Alors, ça, en termes d'accès, ça
serait bon, mais d'évacuer la présence du professionnel qui a, techniquement,
la plus grande compétence, qui est le médecin, peu importe sa qualification,
ça, vous m'étonnez un peu.
Boué (Danielle) : Écoutez, vous avez soulevé plusieurs aspects, là,
dans votre propos. D'abord, je veux vous
rassurer, le mot «autonome», je suis d'accord avec vous, il a été choisi en
2011, ce n'était peut-être pas le meilleur. Pour nous, c'était la
distinction entre le technologue qui arrive avec un permis...
M. Barrette :
...oui, tout à fait, ça, je suis d'accord avec vous.
Boué (Danielle) : C'est ça, exactement. Je peux vous dire qu'on a
425 technologues, actuellement, qui ont une attestation d'autonomie
sur nos mille quelque. Bon, on ne fera pas un débat de mots là-dessus.
Sur l'aspect du hors norme ou de l'aspect qui vous
inquiète, moi, je peux vous dire que les cliniques, actuellement, qui sont détenues par des technologues autonomes
d'un secteur — en écho
toujours, dans l'autonomie d'examen, et non dans le diagnostic, je vous
rassure là-dessus, nous, on n'est pas là — ont subi des inspections, ont
eu des inspections professionnelles qui ont... Je peux vous dire, là, on a
évalué la situation parce que, nous aussi, on avait des craintes.
M. Barrette :
Il ne nous reste pas beaucoup de temps, hein?
Mme Boué
(Danielle) : Je vous rappelle qu'on a un ordre professionnel et on
a...
Barrette : Mme Boué, on va revenir, je veux juste que vous touchiez...
C'est le même raisonnement, mais il me semble
que c'est encore plus délicat dans les laboratoires de sommeil. Là aussi, vous
voulez avoir une autonomie... Bien, c'est
un peu ça que vous nous dites dans votre mémoire, là, vous voulez là aussi être
autonome. Ce n'est pas le terme utilisé, mais vous voulez là aussi être propriétaire. J'ai un malaise, moi, là,
avec ça, à ce que, dans votre mémoire, vous évacuiez le professionnel
qui, lui, a la compétence ultime.
Boué (Danielle) : Je vais essayer de vous répondre rapidement
là-dessus. Nous, ce qu'on soulève ce matin, c'est l'interdiction maintenant qui est dans p.l. n° 118 pour les
technologues, que ce soit les TEPM. ou des technologues en imagerie, d'avoir des activités, d'être
propriétaires. Ça ne veut pas dire qu'on ne sera jamais à l'intérieur, qu'il
n'y aurait pas, par exemple, un directeur médical. On ne s'est pas
rendus là. Actuellement, on est exclus dans le projet de loi.
qu'on voulait ce matin, ce qu'on vous dit ce matin, c'est qu'on souhaiterait en
discuter avec vous. On s'entendra sur
une modalité qui convient à tout le monde, notre objectif étant la sécurité du
patient. Et nous, toute mesure qui pourrait faire en sorte qu'on va
offrir un plus grand accès aux patients, pour nous, c'est aussi de la
protection du public. Donc, oui, Alain?
M. Cromp
(Alain) : Si vous me permettez...
Le Président (M. Merlini) :
Rapidement, allez-y.
M. Cromp
(Alain) : Oui, rapidement. Juste vous rassurer, on n'a pas exclu les
médecins radiologistes ou les autres
professionnels. Ce qu'on dit, c'est de donner la possibilité aux technologues
d'être propriétaires de clinique avec, également, des radiologistes.
Pourquoi pas? Pourquoi exclure cette possibilité-là dans le renouveau de cette
loi-là?
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup pour cet échange. Ça met terme au temps du ministre.
Maintenant, l'opposition officielle, Mme la députée de Taillon, vous avez un
temps de 9 min 36 s pour votre échange.
Mme Lamarre :
Merci, M. le Président. Alors, Mme Boué, M. Cromp et Me Lafrenière, bienvenue.
Écoutez,
moi, ce que je comprends, c'est qu'il faut bien distinguer deux choses. Il y a
la production des tests et il y a l'interprétation des tests. Depuis le
début, je vous entends dire : On n'a pas l'intention de s'engager dans l'interprétation des tests, on maintient le statu
quo. Mais, dans la production de tests, le projet de loi n° 118 fait un
recul et fait en sorte que des situations où vous étiez propriétaires actuellement vous interdiraient dorénavant
d'être propriétaires, donc des fermetures de cliniques ou — on va
dire les vraies choses — un
transfert d'une propriété d'un technologue à un radiologue qui, lui, devient le
seul éligible maintenant, à peu près. Alors, c'est ça, l'enjeu. Il est là,
l'enjeu.
Alors,
la question qu'on doit se poser, c'est : Qu'est-ce qui est essentiel pour
la protection du public? Et je pense qu'on
a entendu clairement le fait que votre formation vous rend très conscients,
très connaissants, très compétents des risques,
des enjeux et peut-être même plus que d'autres professionnels à qui on permet
ce genre de clinique là, donc des risques de l'utilisation de l'imagerie
médicale et de ce qui l'entoure.
Alors,
moi, je pense que ce que vous demandez, c'est tout simplement un statu quo où
vous ne demandez pas un élargissement de votre champ de compétence pour
aller du côté de l'interprétation, mais vous dites : Nous, au niveau des tests, au niveau de la production des tests,
d'avoir une clinique médicale, on est capables de donner des garanties
au ministre à l'effet qu'on va respecter tous les standards, toutes les normes,
tous les processus de certification, tous les processus de vérification qui
sont nécessaires pour assurer la protection du public. Est-ce que ma lecture
est exacte?
Mme Boué
(Danielle) : Votre lecture est parfaite. Donc, on reste dans
l'autonomie de réalisation de l'examen. On n'est pas allés dans le dossier, comme me questionnait M. le
ministre, sur l'interprétation. On n'est pas là puis on n'a pas la formation
initiale, actuellement, pour faire ça. On n'est pas là. Est-ce que les gens y
seront dans 20 ans? Peut-être, on verra, mais, actuellement, on
n'est pas dans cet aspect.
Lamarre : Parce qu'on a aussi — et je l'ai dit dès le début — l'importance de la sécurité, mais
l'importance de l'accessibilité. Il y a combien de cliniques, actuellement, qui
sont opérées par des technologues?
Mme Boué (Danielle) : On en avait
trois, on en a deux actuellement.
Mme Lamarre : Vous en avez deux au
Québec?
Mme Boué (Danielle) : On n'est pas
dans les volumes, là...
Lamarre : O.K. Et donc ces cliniques permettraient d'améliorer ou
permettent déjà d'améliorer l'accès?
Mme Boué
(Danielle) : En fait, jusqu'à la couverture des frais, là — ça, c'est un autre dossier, dans lequel je
ne veux pas embarquer ce matin, là — mais oui, ils offraient des services à la
population, dans le secteur de l'échographie, avec des technologues
autonomes, dans chacun de leurs secteurs d'activité, dûment attestés et dûment
évalués par l'inspection professionnelle.
M. Cromp
(Alain) : Juste pour compléter, on offre des services, pas seulement
aux radiologues, mais on offre des
services également aux cardiologues, aux gynécologues. Donc, il y a une vaste
assiette, si on veut, de services qui est couverte par les technologues
autonomes dans ces cliniques-là, actuellement.
Mme Lamarre : Bien, en fait, vous
offrez des services à une multitude de patients qui ont des besoins dans différents secteurs, et ça, je pense qu'on n'a
plus les moyens au Québec de se priver de sources d'accès appropriées
dans la mesure où elles sont sécuritaires
pour les patients. Il faut arrêter de diminuer l'accès et plutôt aller vers une
reconnaissance, des balises claires, et je
vois que vous ne vous opposez pas, d'aucune façon, à ces balises claires et que
votre champ de compétence vous permet d'exercer.
Donc, si on
vous abolissait ce privilège-là, ce droit-là, dans le fond, on resserre encore,
on refavorise un monopole au détriment d'une amélioration et d'un
élargissement au niveau de l'accès?
Mme Boué
(Danielle) : Bien, nous, on ne le voit pas comme un resserrement. En
fait, c'est la décision, puis on est favorables à cette décision-là,
d'inclure l'échographie dans la définition, là, de la
loi sur les laboratoires.
L'écho n'était pas là avant. Donc,
évidemment, les technologues ont pu, sans avoir à passer par le processus de
permis, ouvrir ces cliniques-là. Donc
là, le fait que l'écho soit couverte et incluse à l'intérieur des définitions
de l'imagerie médicale de la loi, je pense
que nous, dans un objectif de protection du public, c'est parfait et on ne
s'oppose pas à ça. Il y a un dommage collatéral qui est l'impact sur cet
aspect-là.
Mais nous, on continue d'être convaincus que les
technologues en imagerie médicale qui sont du secteur de l'échographie, ils font
partie de la résolution du
problème des listes d'attente en échographie, parce que, même si tous
les médecins peuvent faire l'échographie,
que ce soient les radiologistes, les gynécos, les cardiologues, on comprend
que c'est un geste technique pour lequel, normalement, là, on a la compétence
et la reconnaissance légale. Donc, on est là pour aider le patient dans cet
aspect-là.
Mme Lamarre : Dans le fond, ce que
vous dites, c'est : On est mieux de garder le temps médical pour
l'interprétation, et non pas pour la réalisation du test.
Mme Boué
(Danielle) : ...notre vision, évidemment, puis je pense qu'on veut tous améliorer notre réseau,
donc c'est un objectif qui est partagé, j'imagine, par tous.
Mme Lafrenière
(Marie-Chantal) : Si je peux
apporter une précision, le projet de
loi permet d'encadrer qui peut
détenir un permis de laboratoire en imagerie
médicale.
L'article 3, paragraphe 6°, vient déterminer, vient définir ce qu'est l'imagerie médicale, et en aucun cas on ne vient
parler d'interprétation ou de diagnostic. Donc, tout ce qui est couvert
à l'intérieur de la définition d'«imagerie médicale», nos technologues peuvent
faire ces activités-là.
Mme Lamarre :
Donc, il s'agirait d'ajouter en 6° les technologues. Quelle serait votre
recommandation au niveau d'un amendement?
Mme Lafrenière
(Marie-Chantal) : Oui. Et,
en fait, le malaise ou la gêne de dire : Bien, nos technologues ne peuvent pas interpréter ou diagnostiquer ne se
retrouve pas, de toute façon, dans la définition d'«imagerie médicale»
pour détenir un permis de laboratoire.
Mme Lamarre : C'est au niveau des permis, dans le fond, ce que
vous voulez, qu'on ajoute le mot «technologues».
Mme Lafrenière (Marie-Chantal) :
Oui.
Mme Lamarre :
D'accord. Il me reste combien... Deux minutes? Au niveau de l'échographie, je
constate que vous avez quand même aussi de grandes connaissances et
compétences. Le niveau de risque... Parce que, quand on réserve l'accès, par exemple, à l'imagerie médicale, il y
a des enjeux de risque. L'échographie, vous la qualifiez comment au
niveau du risque?
Mme Boué
(Danielle) : L'échographie, c'est moins l'énergie qui est à risque
pour le patient, puis c'est plutôt ce qu'on
en fait avec ou ce qu'on pense voir. Parce que faire de l'échographie, en tout
cas, je pense que par rapport à ce qui a été dit hier, ce n'est pas juste mettre une sonde sur une paroi
d'abdomen d'un patient. C'est beaucoup plus complexe que ça. C'est ce qu'on dirait une technique qui est
opérateur dépendant. Donc, s'il y a une lésion qui n'est pas vue, si on
ne scanne pas, par exemple, si on n'est pas
habile au niveau technique pour aller chercher chacun des petits recoins du
foie, bien, la lésion que nous, on doit
mettre en image, elle est peut-être dans le petit coin qu'on n'a pas vu. Et
c'est tout cet aspect-là que nous, on
défend. Faire une échographie à des fins diagnostiques, ça demande une
compétence, ça demande des
connaissances qui sont importantes. Donc, le risque, il est là. C'est ce qu'on
pense voir ou ce qu'on pense ne pas voir puis qu'on n'a pas vu. Donc, le
risque pour le patient est là, donc, d'avoir un faux diagnostic là-dessus.
Mme Lamarre :
...combien d'heures, dans votre formation, vous avez à l'échographie?
Mme Boué
(Danielle) : Actuellement, je suis presque gênée de vous le dire, là,
dans le D.E.C. actuel, qui date des
années 1990, il y a à peu près 150 heures. Donc, vous comprenez
pourquoi, quand on leur donne un permis, on leur dit : Non, tu ne seras pas autonome en échographie, ça va te
prendre beaucoup d'expérience. Et c'est tout le dossier qu'on a de rehaussement de la formation initiale pour
former des échographistes, au Québec, qui seraient, là, au jour 1 de
leur obtention de permis, autonomes pour faire les examens d'échographie, je
tiens bien à le repréciser, au complet dans tous les secteurs de l'échographie.
Mme Lamarre :
Et donc, quand les technologues obtiennent leur statut d'autonome en
échographie, vous dites, tantôt, là,
c'était basé sur l'expérience, 10 ans, 15 ans, mais est-ce qu'ils ont
un certain nombre d'heures de formation théorique supplémentaires à...
Mme Boué
(Danielle) : Il n'en existe pas, malheureusement, au Québec.
Mme Lamarre :
Donc, c'est seulement basé sur l'expérience.
Mme Boué
(Danielle) : Ce que je peux vous dire, par exemple, c'est que les
technologues qui ont des cliniques, elles,
ce qu'elles ont fait, c'est qu'elles sont allées se former à l'extérieur du
Québec. Elles sont allées faire des cours à l'extérieur et elles ont une reconnaissance canadienne. Donc, elles sont
royalement plus formées que nos nouveaux gradués qu'on accueille, à qui
on donne un permis, là.
Mme Lamarre :
Est-ce que vous seriez...
Le Président
(M. Merlini) : Juste compléter...
Mme Lamarre :
...ouverte à avoir, par exemple, une obligation dans la loi d'une
reconnaissance, ou d'une compétence, ou
d'une exposition à un certain nombre... ou d'une année d'expérience, ou
certains types de spécifications pour permettre de maintenir le permis
ou pour permettre d'avoir accès à ce permis?
M. Cromp
(Alain) : Bien, justement, quand on a préparé tout le volet de
l'autonomie du technologue, les rencontres
avec les associations de médecins spécialistes, donc les cardiologues, les
gynécologues et les radiologues avec le Collège des médecins, on a déterminé, exemple, le nombre de cas faits
par les technologues avant de devenir autonomes, le nombre d'années d'expérience et le nombre de cas
qu'ils devaient faire annuellement pour maintenir cette compétence-là. Et ces accords-là ont été signés par tous les
partenaires, donc les associations médicales, le Collège des médecins et
nous. On était tous d'accord avec les paramètres fixés pour s'assurer du
contrôle de qualité de ces technologues-là.
Mme Lamarre :
Alors, cette démarche-là a déjà été validée.
M. Cromp
(Alain) : Ça a déjà été fait...
Mme Boué (Danielle) : Et j'ajouterais qu'on est en travaux actuellement
avec les gens à la Santé et à l'Enseignement supérieur pour l'évaluation d'une nouvelle fonction de travail au Québec
qui serait des échographistes, là, et ça, c'est un dossier qui a suivi
tout le processus d'attestation qu'on a mis en place. Donc, je pense que
c'est...
Mme Lamarre :
Dernière question. Depuis que vous avez ce...
Le Président
(M. Merlini) : Allez-y très, très, très rapidement.
Mme Lamarre :
Oui. Depuis que vous avez ce nouveau statut, là, de 2011, vous considérez que
ce que vous faites, ça permet aux radiologues de faire combien de plus de
tests, rapidement, l'interprétation des tests?
Mme Boué
(Danielle) : Écoutez,
ça, je n'ai pas cette donnée-là. Moi, ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a
eu actuellement, dans le réseau, beaucoup d'ouvertures de
postes de technologues autonomes avec des appareils, des fois décentralisés aussi, donc à l'extérieur, hors
établissement, de manière à donner un accès. Et je pense que les
technologues autonomes, les technologues en
imagerie qui ont accepté de faire ce travail-là, donc prendre cette responsabilité-là, bien, je pense qu'il faut les remercier parce qu'ils ont été
une valeur ajoutée dans l'offre de services actuellement.
Président (M. Merlini) :
Merci beaucoup pour ce bloc d'échange avec l'opposition officielle. Maintenant, vers le deuxième groupe d'opposition, le député
des Chutes-de-la-Chaudière. Vous disposez de 6 min 48 s, M. le
député.
M. Picard :
Merci, M. le Président. Merci, mesdames et monsieur. Je vais poursuivre. Vous
dites qu'il y a eu des permis de donnés pour des technologues autonomes
dans le réseau? Vous venez de dire...
Mme Boué
(Danielle) : Non, non. Il y a eu des déploiements de nouveaux
appareils d'échographie et il y a eu des
postes d'ouverts technologues autonomes pour vraiment travailler à la
réalisation d'examens à des fins diagnostiques.
M. Picard :
O.K. C'est bon. Puis vous dites que, dans les autres provinces, il y a
de la formation, il y a une formation qui
permet. Vous avez dit tout à l'heure à la députée de Taillon que vous
travaillez à modifier le cursus pour pouvoir
un jour, vraiment, avoir des gens, en sortant de l'école, qui aient peut-être
la dénomination d'autonomes pour offrir des meilleurs services à la
population, meilleure efficience du réseau. Vous voyez ça sur quel horizon?
Mme Boué (Danielle) :
Idéalement, c'était pour hier.
M. Picard : Oui, mais
dans la vraie vie?
Mme Boué
(Danielle) : Dans la vraie
vie, bien, écoutez, le ministère
de la Santé a fait un excellent
travail là-dessus avec la collaboration du ministère
de l'Enseignement supérieur. Il y a des analyses de la profession qui se tiendront
dès février prochain. Nous, on souhaite
avoir une réponse d'ici la fin du printemps. Bien sûr, après, là, c'est dans la
machine éducative. Donc, former des gens, ça
prend quand même des... on parle de milliers d'heures de
formation, là. Donc, il y aura des
choses à attacher. Mais vous savez, nous, ça fait depuis 2009 qu'on travaille
sur ce dossier-là, sur le rehaussement de la formation, et évidemment, avec la formation d'échographistes va disparaître
le terme «autonome», là. Donc, au moins, on va régler cet aspect-là, on aura des échographistes qui seront des
personnes dûment formées et compétentes pour réaliser des examens
d'échographie à des fins diagnostiques.
M. Cromp (Alain) : Si je peux
ajouter un complément. Au niveau canadien, si on compare dans les autres provinces, les programmes de formation pour faire
un échographiste, on parle de plus de 2 000 heures de formation,
alors qu'au Québec, on a mentionné tantôt,
on a 150 heures, actuellement, dans le programme de base. Donc, d'où la
nécessité d'avoir un D.E.C. en échographie
pour former des échographistes comme partout ailleurs au Canada
et pas mal partout ailleurs dans le monde également.
M. Picard : O.K. Actuellement,
il y a beaucoup de technologues québécois qui vont se former à l'extérieur?
Mme Boué (Danielle) : Je n'ai
pas cette donnée-là.
M. Picard : Vous n'avez
pas cette donnée-là.
Mme Boué (Danielle) : Je suis
désolée, là, c'est des choses plus particulières. Évidemment, on a un peu plus d'informations sur nos technologues qui sont
propriétaires de cliniques, parce que c'est des dossiers qu'on a suivis
dans un objectif de protection du public, donc c'est des gens
qu'on connaît. C'est des gens qui sont considérés comme nos expertes dans le secteur de l'échographie, toujours
dans la réalisation de l'examen. Donc, on connaît leurs profils et leurs
formations. Mais, oui, on en a eu parce
qu'au Québec il y a des technologues qui souhaitaient avoir
une formation plus qualifiante en écho
parce que c'est un dossier qui les intéresse, puis elles veulent performer en
écho, puis elles ont eu à coeur, puis elles sont allées se former à
l'extérieur.
M. Picard : Merci. Est-ce qu'à votre connaissance il y a déjà eu des plaintes de patients parce que l'examen
avait été fait par un technologue au lieu d'un radiologiste?
Mme Boué (Danielle) :
Aucunement.
M. Picard : Aucunement. Dernière question. Tout à l'heure, vous avez dit — puis
je voudrais que vous m'informiez là-dessus — l'échographie de
divertissement. C'est quoi, ça?
Mme Boué
(Danielle) : L'écographie de divertissement, écoutez, c'est dans un
secteur très précis. C'est un dossier où il
se fait une échographie sans ordonnance, normalement, à des fins de
divertissement, où les gens vont mettre en images le foetus pour que vous l'ayez en photo sur votre tasse, votre
calendrier, votre porte-clés, votre tee-shirt, votre pyjama ou tout
autre... C'est une activité exclusivement mercantile qui n'est pas faite dans
un objectif de diagnostic, évidemment, que
toutes les parties prenantes du dossier de l'imagerie médicale dénoncent. C'est
quelque chose qui échappe à notre contrôle parce que ce n'est évidemment pas des membres de l'ordre qui réalisent ça, vous
comprenez qu'ils le font sans ordonnance. Ces cabinets d'affaires là
vont chercher des personnes qui font de l'écho mais que ce n'est pas à des fins
diagnostiques.
Donc, nous,
c'est quelque chose qu'on dénonce, en commun avec le Collège des
médecins, parce que ça envoie, entre autres chez les femmes,
des messages qui peuvent être mal interprétés. Les patientes peuvent aller dans
ces secteurs-là en croyant qu'en payant 300 $, 400 $, 500 $ et en ayant tout
ça sur CD elles ont eu un examen diagnostique, alors ce qui n'est pas le cas du tout. Donc, nous, dans un objectif de
protection du public, on lève un drapeau, en disant : Attention,
là, il faut que ce soit clair sur cet aspect-là.
M. Picard : Si je
comprends bien, c'est un acte illégal?
Mme Boué (Danielle) : Bien, ce
n'est pas illégal parce qu'il n'y a pas d'ordonnance, mais...
M. Picard : Non, mais,
pour avoir un écho, ça prend une ordonnance?
Mme Boué
(Danielle) : Je reviens sur
l'aspect que, jusqu'à p.l. n° 118, l'échographie n'était pas couverte par...
les gens n'avaient pas besoin d'avoir un permis pour faire l'acquisition d'un
appareil d'échographie. Ce qu'on vient dire aujourd'hui, c'est en complément : Si toutes les
personnes qui font de l'échographie ou veulent faire de l'échographie
doivent avoir un permis, bien, c'est sûr que ces domaines-là vont probablement
devoir disparaître.
M. Picard : Merci. Merci,
M. le Président.
Président (M. Merlini) :
Merci beaucoup, M. le
député des Chutes-de-la-Chaudière. Mme Boué, Me Lafrenière,
M. Cromp, représentant l'Ordre des technologues en imagerie médicale, en
radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec, merci de votre
contribution aux travaux.
Je suspends
les travaux quelques instants, et j'invite l'Association des cliniques
médicales du Québec à prendre place. Les travaux sont suspendus.
(Suspension de la séance à 10 h 12)
Président (M. Merlini) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux. Et j'ai le plaisir
d'accueillir Mme Isabelle Girard, de l'Association des cliniques médicales du Québec. Bienvenue à la commission. Vous
disposez de 10 minutes pour faire votre
exposé, et ensuite suivra la période d'échange avec les membres de la commission.
À vous la parole. Et bienvenue.
Mme Girard (Isabelle) : Merci
beaucoup. Premièrement, je tiens à m'excuser au nom de notre président, le Dr François Loubert, qui n'a pu se joindre à moi
ce matin, étant légèrement occupé sur le terrain par le dossier des
frais accessoires en ce 26 janvier.
Donc,
permettez-moi premièrement de vous présenter l'association. Donc, l'Association des cliniques médicales du Québec
est née en 2013, et elle a pour objectif de contribuer à l'amélioration des services
de santé en première ligne. Elle regroupe
les cliniques médicales qui sont affiliées à la RAMQ et représente, évidemment,
des cliniques de type GMF, cliniques
réseau, communément maintenant appelées les supercliniques, les cabinets
médicaux et également les cliniques de spécialistes.
Donc, l'ACMQ
est très heureuse de participer aux discussions sur le projet de loi
n° 118 puisqu'elle a à coeur, évidemment, la sécurité des patients
et l'assurance qualité qui est offerte au sein de notre système de santé.
Donc,
mentionnons d'emblée que nous sommes très favorables au projet de loi n° 118, qui vise à encadrer la qualité de la pratique et des procédures de l'offre de
service au sein des fournisseurs à
l'extérieur des établissements de santé au Québec. Vous comprendrez que, pour les propriétaires et
gestionnaires de cliniques médicales, il est important, à défaut de dire essentiel, de s'assurer que leurs partenaires
au sein de la communauté et de leurs territoires offrent des
services qui répondent à des
standards de qualité et de pratique, comme il se fait également
dans le système au niveau des établissements de santé.
partenaires sont des fournisseurs de services souvent à vocation privée et se
spécialisent habituellement
dans un domaine spécifique de la santé. En effet,
les cliniques de radiologie, les laboratoires biomédicaux, les centres de
services d'orthopédie
et de physiologie respiratoire font
partie de ces fournisseurs et partenaires.
Toutefois, il en existe également de nombreux
autres, tels que les centres de réadaptation et de physiothérapie, les
pharmacies, les cliniques d'audiologie, les cliniques de podiatrie et bien davantage. Nous savons que le projet de loi n° 118 ne vise qu'à encadrer au niveau de la radiologie et des laboratoires, de la physiologie respiratoire et de
l'orthopédie, mais nous espérons que cette assurance qualité pourra être transposée à l'ensemble
des fournisseurs de services de santé au sein de la communauté.
Il est normal pour nous et, je crois, pour tout le monde que les
services de santé répondent à des standards de qualité qui assurent la sécurité
des patients et des usagers.
Actuellement, les cliniques n'ont que très peu
accès à l'information sur les standards de qualité au sein de ces entreprises
et de ces fournisseurs et doivent malheureusement se fier tout
simplement à la bonne foi de ces
fournisseurs. Malheureusement, nous savons également qu'à chaque année plusieurs
fournisseurs ou professionnels sont sanctionnés via leur code de déontologie ou tout simplement pour avoir offert des services qui ne correspondaient pas à des
standards de qualité minimaux. Nous espérons
donc que le projet de loi pourra empêcher certaines de ces situations
et éviter que des patients reçoivent des services ou aient accès à des
traitements de mauvaise qualité.
Il est important
de comprendre que les cliniques médicales ont beaucoup plus de relations
avec les fournisseurs qui sont à l'extérieur des hôpitaux. En
effet, le personnel au sein des établissements de santé comme les hôpitaux, les CLSC ou les UMF ont habituellement tendance à utiliser beaucoup
plus les services qui sont à
l'intérieur des établissements,
comparativement au personnel et aux
professionnels qui vont travailler au sein des cliniques médicales. Ces organisations
parviennent plus facilement à développer des relations avec ces partenaires
privés qui ont souvent une meilleure accessibilité à des plages de rendez-vous, et c'est beaucoup
plus facile pour les professionnels au sein des cliniques de travailler avec eux que de développer justement
des corridors d'accès ou de prise de rendez-vous avec les établissements de la santé. Les cliniques sont donc plus enclines à
développer des corridors d'accès avec les partenaires privés, et,
voulant éviter tout dirigisme de la part du personnel, c'est important aussi
pour les entreprises, les cliniques médicales, de pouvoir s'assurer que les fournisseurs, à l'intérieur de leurs territoires et de leurs communautés, vont être tous aux mêmes standards de
qualité. Voilà pourquoi il est important de s'assurer que l'ensemble des
fournisseurs aient vraiment tous les mêmes standards.
De plus, il
faut comprendre que de nombreux fournisseurs ont fait leur apparition sur le
marché dans les dernières années. Il y a vraiment
une prolifération de petits fournisseurs des services de santé. On l'a vu quand même beaucoup, je vous dirais, dans les dernières années, au niveau de la physiologie respiratoire, donc, ce qui rend l'enjeu de l'encadrement
et de l'assurance qualité d'autant plus important aujourd'hui.
Permettez-moi
également d'aborder l'aspect de l'indépendance
professionnelle, qui est en lien également, selon nous,
avec ce projet de loi. Nous savons que plusieurs fournisseurs de
produits et de services à l'extérieur des établissements sollicitent régulièrement
les cliniques et les professionnels au sein de ces cliniques afin de leur
permettre de pouvoir développer davantage
leurs marchés et, évidemment, leurs chiffres d'affaires, ce qui est normal pour
une entreprise privée. Toutefois, bien que cela soit légitime et normal,
comme je disais, pour une entreprise, certaines d'entre elles le font de façon
plus ou moins éthique, et certains offriront des avantages financiers aux
cliniques ou à certains professionnels pour l'utilisation de leurs services ou produits, tandis que
d'autres offriront d'autres types d'avantages. Nous
sommes donc d'avis que le projet de
loi n° 118 permettra d'encadrer davantage ce type de comportement et
d'assurer une meilleure indépendance professionnelle sur l'ensemble du
territoire, sur l'ensemble du réseau.
Ensuite, n'oublions pas l'arrivée également des
nouveaux tests sur le marché, comme les tests en lien avec la génétique ou les nouveaux types d'orthèses. Ces
nouveaux produits et services se doivent d'être encadrés pour assurer la
sécurité des patients, surtout que de plus
en plus de fournisseurs des services de santé sont la propriété de gens
d'affaires qui n'ont pas nécessairement la
même connaissance ou compétence du réseau de la santé et le même intérêt via
les standards de qualité.
Donc,
l'uniformisation des pratiques et des standards au sein des systèmes de santé
public et privé, via la délivrance de
permis et des processus d'agrément, ne peut être que positive et contribuer à
l'amélioration de l'offre de service à la population québécoise. Nous croyons que ces mises à niveau doivent se
faire dans les meilleurs délais et c'est pourquoi nous jugeons que le
délai pour l'obtention de l'agrément, prévu à trois ans dans le projet de loi,
devrait être planifié dans un échéancier d'environ deux ans. Il n'est jamais
trop tôt pour assurer la qualité de nos services de santé.
La mise en
place et l'obligation d'obtenir un agrément n'est toutefois pas sans coût pour
ces entreprises. Nous aimerions donc
sensibiliser le ministère quant aux risques inhérents à ces obligations pour
ces fournisseurs. Nous sommes effectivement
un peu craintifs quant à l'impact sur les prix et la possibilité pour ces
entreprises d'en faire assumer les coûts à leurs clientèles. Nous
espérons que cela ne se produira pas mais sommes tout de même inquiets à ce
sujet. Même si certains des services liés à
ce projet de loi sont des services assurés, qui font maintenant l'objet d'une
abolition des frais associés à ces
services — les
frais accessoires — demeurent
des services non assurés pour lesquels le patient doit payer certains
frais. C'est pour ce type de services que nous sommes le plus inquiets.
Tel que
mentionné, nous sommes des plus favorables à ce projet de loi, mais, pour que
celui-ci ait toute la portée souhaitée,
il sera important que le gouvernement mette en place un système de diffusion de
l'information transparent et facilement accessible aux professionnels,
aux cliniques et à l'ensemble de la population également pour qu'ils puissent
s'y référer. On tient également à ce que l'information sur les restrictions ou
les sanctions qui pourraient être données à
certains fournisseurs soit également transmise dans les meilleurs délais à
l'ensemble des professionnels pour que ceux-ci puissent s'assurer de
bien faire les références auprès de leurs clientèles.
Le projet de loi n° 118, en terminant, nous
semble également favorable à la mise en place de mécanismes et de procédures
qui permettront de faire une certaine distinction entre le diagnostic et le
traitement, assurant ainsi l'indépendance professionnelle. À l'heure actuelle,
plusieurs des entreprises visées par ce projet de loi pourraient abuser de leur pouvoir au
niveau du diagnostic afin de permettre la vente de produits ou de services. À
titre d'exemple, l'orthésiste, qui a
la possibilité de faire une évaluation biomécanique, pourrait être tenté de
recommander l'achat d'orthèses plantaires
s'il en est le fabricant ou tout simplement parce qu'il génère des profits
grâce à cette vente. Le projet de loi n° 118 assurera une certaine
distinction plus importante entre les deux.
N'oublions
pas que le p.l. fait également en sorte que des directeurs médicaux et/ou des
personnes responsables doivent être nommées, rendant ainsi l'entreprise
et son représentant imputables de la qualité des services qu'il offre à sa
clientèle.
conclusion, l'Association des cliniques médicales du Québec voit positivement
l'adoption de ce projet de loi.
Malgré tout, il serait souhaitable que
le ministère de la Santé et des Services sociaux diminue le délai d'obtention
de l'agrément à deux ans, s'assure que les
changements ne soient pas à l'origine d'une augmentation de prix pour les
patients, s'assure également d'augmenter
l'étendue de l'assurance qualité à l'ensemble des fournisseurs de services et
de produits en santé et prévoie
également un mécanisme de diffusion de l'information transparent et facilement
accessible aux intervenants de la santé et à la population. Je vous
remercie de votre attention.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, Mme Girard, pour
votre exposé. Nous allons débuter les échanges avec le député de
La Pinière et ministre de la Santé et des Services sociaux. Vous disposez
d'un bloc de 16 minutes. À vous la parole.
M. Barrette : Alors,
Mme Girard, bienvenue. Comme toujours, c'est toujours intéressant de vous
entendre, surtout dans votre position. Je
pense que vous l'avez dit en introduction, là, vous avez une longue expérience
en santé, vous êtes une
professionnelle de la santé vous-même, et vous avez une expérience de gestion
qui est longue et vaste parce que vous
êtes dans une organisation qui ne traitez pas simplement de cliniques de
médecins, mais aussi d'autres secteurs de la santé, là. C'est important
de le mentionner parce que ça ajoute beaucoup de poids à vos commentaires.
Et je vais vous avouer que, très sincèrement, vous m'inquiétez, en ce sens que j'ai senti beaucoup
de réserve et de retenue dans vos propos, qui sous-entendaient qu'il y
avait beaucoup d'influence dans le milieu des cliniques.
Mme Girard
(Isabelle) : C'est un fait. Effectivement, c'est un marché, c'est un marché privé qui... Vous le savez, depuis déjà de nombreuses années, il y a
eu plusieurs lois et plusieurs réglementations qui ont été mises en place. On
n'a qu'à penser au dossier des
pharmaceutiques et des relations entre les cliniques et les pharmacies, qui a
été adressé déjà depuis quelques
années. Par contre, à travers les autres fournisseurs que je vous ai
nommés, effectivement, il y a
encore des demandes parfois de passe-droit où, effectivement, il y a des
comportements que nous considérons non éthiques et qui peuvent nuire à
l'indépendance professionnelle. C'est la réalité.
M. Barrette : Ce n'est pas un
reproche...
Mme Girard (Isabelle) : Tout à fait.
Barrette : Non, non, ce que
j'allais dire, ce que je vais dire n'est pas un reproche. Vous n'avez pas
nommé de fournisseur. Vous avez dit qu'il y avait
des fournisseurs, et je comprends votre réserve ici de ne pas nommer les
situations de façon spécifique, là. Je comprends très bien votre
réserve, mais il n'en reste pas moins que vous soulevez un grand nombre de réalités. J'allais dire de possibilités,
mais, de la manière que vous en parlez, c'est de réalités. Et non
seulement ce sont des réalités, avec ce que
vous dites, vous faites même des liens avec les frais accessoires. Là, vous
avez fait un lien avec les frais
accessoires, et là on tombe dans le monde du public pur, là, c'est couvert par
la RAMQ. Alors, je pense que ça montre encore plus l'ampleur du problème
qu'il y avait à résoudre. Mais là où ça m'inquiète et ça m'étonne... ça ne m'étonne pas, mais ça m'inquiète, vous êtes
heureuse du projet de loi parce qu'il devrait permettre de mettre un frein
à tout ça sans nécessairement abolir... Parce que vous nous mettez en garde...
Mme Girard
(Isabelle) : Tout à fait.
Dans le fond, ce qu'on dit, c'est : Effectivement, le projet de loi... Je
ne crois pas que le projet de loi
puisse complètement éliminer ce type de comportement. Par contre, il est la
base en assurant certains standards
de qualité, en octroyant justement des permis sur la façon de délivrer les
services. Donc, on va quand même s'assurer
aussi que tout le monde travaille de la même façon, que le patient va être
servi selon les mêmes standards de qualité. Donc, ça devrait prévenir
certains comportements, des fois, qui étaient inadéquats. Par contre, je ne
vois pas, à l'intérieur du projet de loi n° 118, d'éléments qui peuvent
vraiment assurer cette indépendance professionnelle.
Barrette : Alors, c'est exactement là où je voulais aller. Vous avez
bien lu ma pensée, là. Évidemment, le projet de loi, comme je l'ai dit depuis le début de nos consultations, c'est un
projet de loi de protection du public en termes de qualité. Ce matin, vous vous adressez à un autre
élément qui peut avoir, mais n'a pas nécessairement, un impact sur la qualité et vous évoquez le fait que le projet de
loi n'est peut-être pas suffisamment mordant pour avoir l'effet ultime
que vous semblez escompter. Alors, avez-vous
des suggestions précises? De la manière que vous le dites, là — puis vous venez de le dire il y a quelques instants — bien, peut-être qu'il manque un certain
nombre de choses. Oui, l'agrément pour la qualité, oui, l'environnement que ça créé, l'état d'esprit que ça créé
par le permis, l'agrément, contrôle de la qualité et ainsi de suite,
mais vous semblez nous dire que ce n'est peut-être pas assez, et, si c'est ça
que vous nous dites, avez-vous des suggestions à nous faire ou des mécaniques
qu'on peut identifier plus spécifiquement, auxquelles on pourrait s'adresser?
Girard (Isabelle) : J'en ai
glissé un mot dans mon allocution. Dans le fond, ce qu'on dit, je crois que
ce qui est important, effectivement, c'est
la distinction entre le diagnostic et les services subséquents à ce
diagnostic-là, et c'est là, des fois,
qu'on a un enjeu d'indépendance professionnelle entre les deux. J'ai nommé
l'exemple des orthésistes. On pourrait nommer l'exemple également de
l'apnée du sommeil, etc., où il y a eu dans le passé des situations
particulières où on sentait qu'il y avait
peut-être un surdiagnostic ou un diagnostic... disons, sans être un
surdiagnostic, plutôt un diagnostic un peu plus précoce pour permettre,
justement, d'offrir un service subséquent à une entreprise qui génère également
des sous par rapport à ça.
Barrette : Si je peux
prendre un exemple théorique, là, un diagnostic qui amènerait à la vente d'un appareil, par exemple,
Mme Girard
(Isabelle) : Exact. On parle
d'apnée du sommeil dans le projet de loi n° 118. Donc, évidemment, le dépistage de cette pathologie versus la vente
de l'appareil, qu'on appelle un CPAP, par la suite, qui est quand même
assez importante, donc, et, après ça, tout
le support et l'entretien qui est lié à cet appareil-là aussi, qui va être,
dans le fond, vendu, parce que c'est
un service qui est non assuré, donc, évidemment, bien, il pourrait y avoir un
intérêt supplémentaire. Puis là je tiens
quand même à dire que ce n'est quand même pas la norme. Entendons-nous, les
cliniques et les professionnels de la santé,
dans la plus grande majorité, à défaut de dire probablement à 98 % des
cas, sont conformes à leur code d'éthique, et respectent les règles de l'art, et ont des standards. Par contre, il
existe toujours des petits cas qui viennent nuire à l'image qu'on se fait aussi de ces professionnels-là et à
l'abus que la population peut penser que ces professionnels-là peuvent
faire dans leurs diagnoctics pour, justement, vendre des produits.
M. Barrette : Je voudrais avoir
votre opinion. La loi n° 92, que vous avez sûrement suivie aussi, là, ça
me surprendrait que vous ne l'ayez pas suivie, là, ne trouvez-vous pas que,
dans 92, il y a suffisamment de leviers, des incitatifs
qui, combinés à ce qu'il y a dans 118, va nous permettre de se rapprocher de
l'ultime sécurité sur ce plan-là?
Mme Girard
(Isabelle) : Tout à fait. Je
suis d'accord avec vous que la loi n° 92 va venir encadrer également
ça. Par contre, il faut les dépister au
départ. Il faut savoir aller trouver l'information aussi. Et vous comprendrez
aussi que c'est des comportements qu'on ne voit pas non plus apparaître
et que ce n'est pas évident pour personne de savoir qu'il peut y avoir ce genre d'attitude, ou de ristourne, ou de choses
comme ça, là, au sein... Mais oui, la loi n° 92 va venir améliorer
la situation également.
M. Barrette : Parce que, quand vous
parlez de fournisseurs, à un moment donné, dans votre discours, on a parfois l'impression que vous... Parce que, quand
vous dites fournisseurs, on parle de fournisseurs de matériel. Mais, à
un moment donné, vous êtes allés à
l'hôpital, pas l'hôpital, rendez-vous, pas rendez-vous, puis là on a compris
que vous alliez aussi chez les professionnels eux-mêmes, peu importe la
catégorie, là.
Mme Girard
(Isabelle) : Exactement. Il
faut bien comprendre que, comme je vous disais, les cliniques médicales travaillent avec l'ensemble des fournisseurs. Le
fournisseur peut être effectivement l'hôpital, le CLSC ou n'importe quel
établissement du système public, mais
évidemment il y a tous les fournisseurs autres, de services et de produits.
Donc, il y a les deux, là. On parle autant d'un laboratoire biomédical
qu'effectivement de l'orthésiste qui va aller vendre simplement une orthèse pour un genou ou autre, là. Donc, ça couvre
l'ensemble, là. Donc, les fournisseurs sont multiples et les cliniques sont en contact beaucoup plus avec
ces fournisseurs-là, comme j'expliquais, parce que c'est une question d'accessibilité. Malheureusement, ce n'est pas facile
toujours pour les cliniques de développer des corridors d'accès avec les
établissements de la santé. Donc, souvent,
ils vont utiliser les services à caractère un peu plus privé ou les services
qui sont plus accessibles au sein de leur territoire et de leur communauté.
M. Barrette : On se rapproche
dangereusement des frais accessoires.
Mme Girard
(Isabelle) : Effectivement,
mais ça demeure quand même deux dossiers assez distincts, là, quant à moi, entre le... Vous me disiez tantôt que le
frais accessoire et l'indépendance professionnelle... Je suis d'accord,
mais, quand je vous parle vraiment de la
relation entre les professionnels et certains fournisseurs, ce n'est pas
nécessairement lié aux frais accessoires. Au
contraire, ce n'est souvent pas lié aux frais accessoires. Le frais accessoire,
c'est vraiment le frais lié à un acte médical, et, habituellement, les
fournisseurs privés ou publics n'ont aucun lien direct avec le frais accessoire
en soi, là.
M. Barrette : O.K. Le lien, là, avec
l'hôpital ou le réseau public, est-ce qu'il est, à votre avis, du moins, en
apparence, potentiellement problématique à ce point-là?
Mme Girard (Isabelle) : Honnêtement,
pas du tout. C'est très, très difficile de développer des corridors, de
s'adresser aux bonnes personnes. Mais je vous dirais que chaque région a sa
réalité qui est vraiment complètement différente. Donc, d'un CISSS, CIUSSS à
l'autre, il y a certaines régions qui sont extrêmement dynamiques avec les
cliniques de leur territoire, puis je peux vous en nommer deux particulièrement.
Le CISSS de Laval et le CIUSSS de l'Estrie
sont deux établissements qui sont extrêmement impliqués avec leurs cliniques.
Donc, ils travaillent étroitement à développer
ces corridors-là. Dans d'autres régions, malheureusement, cette relation-là ne
se fait pas de la même façon, est beaucoup plus complexe. On a souvent, sur le
terrain, des cliniques qui nous disent : On est juste comme pas
capables d'obtenir des services ou juste de
rejoindre la bonne personne. Vous comprendrez que, des fois, surtout dans le
volume de patients qu'on peut voir dans une
clinique médicale dans une journée, on n'a pas le temps d'attendre pendant 20
minutes au téléphone qu'une téléphoniste
nous réponde à l'hôpital ou qu'on trouve la bonne personne à l'intérieur du
CIUSSS qui va nous permettre de développer
ça. Et là on a encore, malgré la loi n° 10, plusieurs paliers de décision
à passer à travers pour réussir à
faire quelque chose de concret. Donc, c'est dommage, mais beaucoup de cliniques
vont baisser les bras puis vont
dire : Bon, bien, ça ne donne rien ou c'est trop compliqué, donc laissons
tomber. Je crois qu'il y a un énorme travail à faire de ce côté-là. Je pense que, d'uniformiser aussi les pratiques et
le support que peut offrir le CISSS ou le CIUSSS à son groupe de
cliniques, c'est essentiel.
Puis je vais vous donner le meilleur exemple.
Dans le dossier des frais accessoires, vous savez que les CISSS et CIUSSS ont
envoyé, depuis vendredi dernier, des lettres pour informer les cliniques du
fonctionnement pour l'approvisionnement en
lien avec les médicaments. Vous seriez surpris du nombre d'appels que j'ai
reçus de cliniques qui me
disaient : C'est quoi, la procédure, Isabelle, on n'est pas informés. Puis
là je disais : Bien, vous n'avez pas reçu la lettre du CISSS ou des CIUSSS? Non, pas du tout, quand
est-ce que je dois avoir reçu ça, comment j'ai reçu ça, à qui ça a été
envoyé? Et là, tu sais, je leur donnais l'information. Les gens appelaient,
justement, puis, souvent, le CISSS ou le CIUSSS disait : Ah! on ne vous
avait pas dans notre banque de données. Donc, déjà, les établissements n'ont
pas nécessairement l'information, à savoir
qui sont les fournisseurs des services. Il faut comprendre que, quand c'est un
GMF ou une clinique réseau, cette information-là, c'est sûr et certain qu'elle
est connue, et, souvent, l'établissement va avoir deux, trois noms, même, et adresses courriel de personnes à rejoindre
pour transmettre l'information. Et c'est pour ça que je vous parlais justement de s'assurer de bien
diffuser l'information. On l'a vécu cette semaine avec les frais
accessoires.
Barrette : Je pense que ça démontre bien la différence qu'il y a entre
les GMF qui sont quasiment intégrés dans le réseau versus les cliniques
solos, là, qui sont encore malheureusement un peu en retrait.
Mme Girard
(Isabelle) : Par contre, on
a quand même d'excellents fournisseurs de services, surtout en
spécialités. Je vous dirais que la lacune première
vient probablement des cliniques de spécialistes. Qu'on parle de
musculosquelettique, de gastroentérologie,
ou de physiatrie, ou quoi que ce soit, c'est souvent ces cliniques-là qui ne
sont pas répertoriées par le CISSS et
le CIUSSS. Par contre, tout ce qui est cabinet et, comme vous dites, les
cliniques qui n'ont pas encore adhéré aux GMF... Mais, malgré tout, Dr Barrette, j'ai des GMF qui m'ont appelé
pour me dire qu'ils n'avaient pas reçu l'information ou, malheureusement, l'information a été donnée
seulement au médecin responsable, qui, lui, était peut-être en vacances
cette semaine, donc là, n'a pas regardé ses courriels, n'a pas pu transmettre
l'information à son équipe. Donc, c'est important
aussi de ne pas avoir juste un point de contact dans la clinique, mais bien de
diffuser l'information, mais sous différents canaux de diffusion.
Barrette : Le temps file. Je vais juste aborder une dernière chose qui
m'a étonné, puis j'ai eu de la misère à vous suivre là-dessus, c'est au début, un peu, de votre intervention.
Vous l'avez mentionné à plusieurs reprises, vous nous disiez que,
toujours dans la communication, vous n'êtes pas toujours au courant des
standards des fournisseurs?
Mme Girard
(Isabelle) : C'est difficile
pour moi de voir avec... Si j'ai quatre ou cinq fournisseurs de
services, mettons, de physiologie respiratoire sur mon territoire, comme j'ai
dit, évidemment, on doit se protéger de faire du dirigisme, et ce qui est important pour nous quand on fait une référence
à un patient, c'est de lui donner la liste de tous les fournisseurs disponibles sur le territoire, et ça
sera au patient de faire son choix éclairé et de choisir, dans le fond, où
il veut aller consulter, et c'est là qu'on
n'a pas l'information, à savoir c'est quoi, la distinction entre ces quatre ou
cinq fournisseurs différents là. Est-ce qu'ils offrent exactement le même type de tests? C'est quoi, la différence
entre leur appareil versus celui de
leurs compétiteurs? Nous, on n'est pas en mesure de juger de ça. C'est là qu'on
pense que le projet de loi n° 118 va permettre
justement, avec des standards et l'uniformisation des
standards, d'avoir une plus grande confiance envers ces fournisseurs-là qui... Comme je vous dis, là,
souvent, ils ont des produits qui sont complètement différents, et nous, on n'a pas nécessairement les compétences pour juger est-ce que
leur appareil qu'ils vont utiliser est meilleur que celui d'à côté ou
quoi que ce soit. C'est dans ce sens-là qu'on n'a pas accès aux standards.
M. Barrette : Non, je comprends,
c'est parce que, quand vous... Bien là, on a fini. Voilà.
Président (M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Ça met un terme à ce bloc
d'échange. Maintenant, à l'opposition officielle, Mme la députée de
Taillon, vous avez un bloc de 9 min 36 s. À vous la parole.
Lamarre : Merci beaucoup. Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Girard.
Alors, merci pour votre mémoire succinct,
mais, quand même, avec des messages qui sont intéressants et
clairs. Donc, vous avez été peut-être un des premiers groupes à aborder plus les
enjeux de l'article 34 du projet de loi, qui vise, finalement, à s'assurer qu'il
n'y ait pas de situation qui favorise le choix d'un fournisseur par rapport à
un autre.
Mme Girard (Isabelle) : Tout à fait.
Mme Lamarre : Je le lis pour que les
gens nous comprennent : «Aucun laboratoire ou centre de physiologie
respiratoire ni aucune personne agissant pour son compte ne peut organiser des
concours ou donner à quiconque, directement ou indirectement, des primes, consultations gratuites,
certificats, cadeaux, échantillons, ristournes ou autre avantage
destinés à attirer ou à fidéliser la clientèle.» Vous avez été témoin de plusieurs
de ces situations-là?
Mme Girard
(Isabelle) : On a entendu beaucoup
de choses. Témoin, c'est un grand mot, par contre, on le sait, il
y a des discussions, il y a des messages qui passent dans le réseau. Oui, oui,
c'est connu, c'est connu.
Lamarre : O.K. Est-ce qu'il y a des possibilités qu'il
y ait aussi des mesures entre un
centre et des médecins, par exemple, des prescripteurs? Est-ce qu'il
peut y avoir des stratégies qui visent à fidéliser ou à favoriser de diriger
un patient vers un centre plutôt qu'un autre? Est-ce que vous avez eu connaissance
de ça?
Mme Girard
(Isabelle) : Ce que je peux
vous dire, c'est que les cliniques et les professionnels sont très
sollicités par les fournisseurs de services.
Est-ce que les gens adhèrent à ça? Comme je vous ai dit, la
plus grande majorité, non. Est-ce que ça s'est déjà vu, des cas d'abus?
Je pense qu'il y en a dans toute situation dans la vie. Que ce soit dans n'importe quel domaine, il y a
des gens qui sont tentés par certaines propositions qui leur sont faites. Par contre,
je peux vous dire qu'il y a
quand même beaucoup,
beaucoup de sollicitation qui... Tu
sais, qu'ils reçoivent des pads de prescription d'entreprises
spécifiques, etc., avec leur nom, c'est quand même une forme de sollicitation
cachée qu'on va retrouver régulièrement, là, dans le réseau.
Lamarre : On a un article,
48, qui prévoit des amendes de 2 500 $
à 12 500 $ pour une personne physique ou 7 500 $ à
37 500 $ pour d'autres cas. Est-ce que ça vous semble assez
dissuasif?
Mme Girard
(Isabelle) : Je pense qu'il
va falloir le tester, mais je crois que oui. Dès qu'on parle d'argent
dans le domaine de la santé, c'est toujours
un sujet chaud. Donc, effectivement, je crois que ça peut être assez dissuasif
si c'est bien connu, par contre.
Lamarre : Vous avez parlé un
peu de frais accessoires. J'ai lu récemment dans un
article de
Profession Santé qu'il y avait, sur le 30 %, dans le fond, qui
était prévu pour les médecins de famille sur les frais de cabinet... que, dans le fond, des cliniques privées qui offraient toute une gamme de services
de soutien aux médecins de famille ne
réussissaient pas nécessairement à avoir tout ce pourcentage-là et que, parfois,
ce qui semblait être la norme, c'était plus autour de 10 % à
15 % du 30 % qui avait été accordé aux médecins. Est-ce que c'est un
peu ce que vous constatez?
Mme Girard
(Isabelle) : Oui, ça, c'est vraiment
la réalité. Ce que je peux vous dire, antérieurement, on parlait de 30 %. Par contre, avec
la nouvelle nomenclature, là, qui est entrée en place cet été, là, via la FMOQ,
on parle davantage de 25 % quand on regarde la différence
aujourd'hui. Mais oui, c'est la réalité. Je vous dirais qu'on est plus autour
de 15 % à 20 %, mais j'ai des
cliniques qui, malheureusement, pour réussir à attirer certains médecins et
tout, bien, se doivent de diminuer
pour concurrencer les autres, là, tout simplement, et il y a différentes
problématiques liées à ça, mais c'est un enjeu majeur pour le
recrutement de médecins. C'est vraiment les taux de loyer et non la qualité des
services ou l'organisation de travail qui va
être proposée par la clinique qui devient l'élément vraiment central pour le
choix de son site de pratique.
Malheureusement, l'aspect financier est très, très important. Puis
effectivement c'est ce qu'on a dit, là, les frais accessoires ou les enjeux — dont je parle ici — d'indépendance professionnelle sont souvent
liés à l'aspect financier, et c'est
tout simplement que les médecins ne comprennent pas bien la raison d'être de la
majoration des frais. Puis ce qui est le plus cocasse que je peux vous donner pour bien comprendre la situation,
c'est qu'on dit que c'est une majoration quand ils travaillent justement en cabinet pour payer le
frais de cabinet, et, si vous regardez sur le terrain, souvent, vous allez
entendre les médecins dire : Aïe! non,
mais moi, là, quand je travaille à l'hôpital, je suis payé bien moins cher, tu
sais. C'est l'inverse.
Lamarre : Donc, ce que vous dites, c'est que, par exemple, si on veut
solliciter des médecins au niveau des cliniques privées, on s'entend,
là, ce n'est pas nécessairement les GMF ou les plans de... mais on peut avoir
deux ou trois cliniques qui vont devoir
diminuer leurs frais, dans le fond, aux médecins pour pouvoir bénéficier de la
présence du médecin dans leur clinique plutôt que dans une autre.
Mme Girard
(Isabelle) : Exactement, et
de là découlent ensuite, des fois, des intérêts à chercher des modes de
rémunération ou de financement différents et que, là, dans les circonstances du
projet de loi n° 118, ça peut devenir intéressant,
quand on se fait solliciter par une entreprise, de dire qu'il peut y avoir une
ristourne ou d'autres éléments, là, pour convaincre.
Mme Lamarre : D'accord. C'est une
réalité à laquelle il faut s'intéresser, je pense. Vous parlez, dans votre mémoire, là, du délai de trois ans pour
l'obtention de l'agrément. Vous recommandez plutôt deux ans parce que,
pour vous, il doit y avoir un sentiment
d'urgence. Quand vous voyez ce genre de situation là qui dévie un peu, vous
devez vouloir...
Mme Girard (Isabelle) : Je ne vous
dirais pas nécessairement d'urgence, mais nous nous questionnons tout
simplement à savoir pourquoi trois ans et pourquoi pas deux ans? Il me semble
que, quand on cherche, justement, à améliorer la qualité, et les standards, et
la sécurité de la population, bien, ce n'est jamais trop tôt pour le faire.
Donc, pourquoi attendre encore trois ans que ce processus-là se fasse? On pense
que c'est réaliste pour ces entreprises-là d'être capables de passer à travers ce
processus-là dans un délai de deux ans et que, la troisième année, c'est juste
de retarder un peu plus et de les encourager à ne pas entamer les démarches
dès maintenant.
Lamarre : Vous avez donné deux autres exemples où vous pensez que ce
serait intéressant aussi peut-être de mieux encadrer, là, des exemples
en audiologie et en réadaptation. L'audiologie, ça peut un peu se comprendre
parce qu'il y a comme un équipement en
réadaptation. Est-ce que c'est parce qu'il y a aussi des équipements en
réadaptation qui sont proposés aux gens?
Mme Girard
(Isabelle) : Oui,
effectivement, ou, des fois, c'est des programmes d'entraînement. Des fois, c'est...
Tu sais, c'est la vente subséquente
d'autres services, mais c'est surtout basé sur le fait que c'est des
professionnels de la santé et que, de
la même façon que j'expliquais à Dr Barrette tantôt, pour nous, on n'est pas en
mesure d'aller valider, justement,
quelle est l'offre de services de ces fournisseurs-là, est-ce que c'est une
bonne chose de référer la clientèle à aller à cet endroit-là. Bien,
nous, c'est juste de s'assurer que tous les fournisseurs en santé ont un degré
ou un niveau de standards de qualité qui est
minimal partout et qu'après ça, bien, il y en a qui se distingueront de par
leur offre de service. Mais nous, on
veut juste s'assurer que, quand on réfère le patient à un endroit, bien, on
s'assure que ça va pouvoir répondre à ses besoins dans les meilleurs
délais et dans la meilleure qualité.
Mme Lamarre : Vous avez bien insisté
sur la diffusion de l'information. Moi, je pense que le lien que vous préconisez entre les CISSS, les CIUSSS et les
cliniques privées est tout à fait réel, mais je pense aussi qu'on doit
penser peut-être, dans le projet de loi, à
des processus d'affichage des certifications, affichage de l'agrément, pour
donner au public la possibilité de valider aussi... peut-être un site
qui pourrait donner également la liste des fournisseurs de services qui sont...
Mme Girard
(Isabelle) : Tout à fait. Exactement, tout à
fait, parce que, souvent, l'information, justement, sur l'agrément, on va la voir quand on entre dans un établissement qui a reçu son sceau d'agrément. Donc, je pense que ça serait une bonne chose. Puis on le voit déjà actuellement avec les CMS, qui est les centres médicaux spécialisés, là, les
blocs opératoires, cette information-là n'est pas connue. Le patient peut difficilement faire un choix
éclairé entre : Est-ce
que je devrais aller me faire opérer là ou
là? C'est souvent des services privés dans nos CMS. Donc, on pense que ça
serait une bonne chose aussi que la population
et les professionnels de la santé... quand le patient nous questionne,
de pouvoir dire : Bien,
regardez, vous avez un site. Donc, nous, encore là, c'est une question
de s'assurer qu'on n'est pas mêlés au choix du patient et qu'on fait ça
sans faire de dirigisme.
Président (M. Merlini) : Merci
pour ce bloc d'échange avec l'opposition
officielle. Maintenant, le deuxième groupe
d'opposition. M. le député de Chutes-de-la-Chaudière, vous disposez d'un bloc de
6 min 24 s. À vous la parole.
M. Picard : Merci, M. le
Président. Mme Girard, bienvenue. Merci pour vos commentaires. Dans un premier temps,
je voudrais savoir, l'Association des cliniques médicales du Québec, c'est des cliniques publiques et privées
ou seulement publiques?
Mme Girard
(Isabelle) : Non, comme j'ai
mentionné, on ne représente que les cliniques à vocation publique, donc
les cliniques qui sont affiliées à la RAMQ, dont le médecin va offrir des
services assurés.
M. Picard :
O.K. Je vais élaborer sur une situation qui m'a été rapportée à plusieurs reprises.
Je voudrais avoir votre avis sur...
Parce que, pour moi, l'important des cliniques publiques ou privées, c'est le
meilleur service à la population, mais tout en respectant l'équité. On
s'entend là-dessus?
Mme Girard (Isabelle) : Tout à fait,
dans les meilleurs délais.
M. Picard :
Il m'a été rapporté à quelques reprises que des patients qui vont dans des
cliniques privées rencontrent un
omni, et qui doit référer à un spécialiste, et que, là, il y aurait un «fast
track», on va dire, là. On appelle à l'hôpital, on appelle au CIUSSS puis on dit : O.K. Tel
patient... et ça se passe très, très rapidement. Moi, quand je vous dis que ça
m'a été rapporté, là, c'est des citoyens et
des médecins du public. On dit : Regarde, ça ne marche pas, là, parce que,
lorsque les citoyens vont voir un
médecin du public, bien là, O.K., là, on te donne le document pour aller
prendre ton rendez-vous avec le
spécialiste, tu appelles, tu attends, tu appelles, tu attends. En tout cas,
c'est la procédure, là. Donc, je voudrais avoir votre avis. Est-ce qu'à
votre connaissance, qu'est-ce que je viens d'élaborer, ça existe ou c'est une
fabulation?
Mme Girard
(Isabelle) : O.K. Vous avez
tout à fait raison, c'est des choses qu'on va voir, et là votre point
est lié beaucoup plus à l'organisation de travail au sein de cette clinique-là.
Il faut comprendre que les cliniques privées doivent
offrir un service à la clientèle de très haute qualité pour être capables
d'attirer de la clientèle, donc ils vont prendre beaucoup plus de temps
pour développer ces corridors-là, ces relations-là avec certaines gens,
certaines personnes ou certains établissements pour permettre d'offrir un
meilleur service à la clientèle, à leurs patients. Malheureusement, encore aujourd'hui, c'est un concept qui est
encore très abstrait dans les cliniques médicales publiques, l'aspect du
service à la clientèle. Et là on pourrait
même entrer aussi dans la performance du personnel, des fois, qui nous est
prêté, et dont on a déjà discuté dans
le passé avec le ministère. Ce personnel-là n'étant pas sous la responsabilité
officielle de la clinique, de la gestion de la clinique, mais bien sous la
responsabilité du médecin responsable du GMF, il devient des fois
difficile aussi de leur demander de faire
certaines actions ou interventions. Donc, ça peut faire en sorte que, par la
suite, les relations ou certains services qu'on voudrait prioriser ou
rendre plus accessibles à notre clientèle ne se feront pas parce que...
Je vous donne
un exemple. Si je demande à une infirmière en GMF de faire certaines démarches,
bien, si elle me dit qu'elle est trop occupée puis qu'elle n'a pas le
temps de s'en occuper, j'ai difficilement un contrôle ou un pouvoir
d'intervention auprès de cette personne-là pour l'amener à adhérer un petit peu
soit au projet ou à la vision, là, de l'entreprise.
Donc, pour
répondre à votre question, effectivement, ça se voit. On pourrait faire mieux,
on pourrait travailler beaucoup plus
en collaboration, et ça ne serait pas si compliqué. Il faut juste savoir,
premièrement, identifier les bonnes personnes.
Et, pour revenir encore au point, on doit mieux diffuser l'information. Encore
une fois, vous seriez surpris de voir le
nombre de cliniques avec qui j'interviens et qui me disent : Isabelle, je
ne sais même pas c'est qui, la personne qui est responsable des GMF,
ou : Je ne suis pas au courant de qui est responsable du recrutement puis
des primes au sein du CIUSSS; on n'a pas été
avisés qu'il y avait une activité, justement, pour faire la promotion de notre
clinique pour les jeunes facturant pour les primes, des choses comme ça.
On a un
problème de communication entre les cliniques et les établissements, et ça, que
ce soit le CIUSSS, de façon très
générale, et son personnel de soutien à ces cliniques-là ou que ce soit tout
simplement, justement, les hôpitaux en soi, où on veut développer, justement, des corridors d'accès un petit peu plus
rapides, et ça devient difficile. Puis on pourrait parler de réorientation P4, P5 aussi, où là vous
verriez qu'il n'y a pas une région au Québec qui gère la situation de la
même façon et qui a les mêmes résultats non
plus. C'est un autre exemple diagnostique du manque de communication puis du
manque d'uniformisation entre les régions dans leurs communications entre la
clinique médicale et l'établissement.
M. Picard : O.K. Donc,
qu'est-ce que je comprends, c'est que les cliniques privées prennent le temps
pour s'attirer une clientèle. Mais, en tout
cas, moi, pour moi, le principe d'équité, tous les citoyens du Québec devraient
avoir le même accès. Et, si je me
questionne, ce n'est peut-être pas sur le travail qui est fait en
clinique — les
cliniques privées offrent les services pour avoir une clientèle, vous,
vous manquez de ressources ou vous manquez d'information pour l'offrir — moi, c'est plus le professionnel qui
accepte, je vais dire, de by-passer un peu les délais parce qu'il reçoit
un appel du médecin. Parce que, moi, les situations, là, ce n'est pas
l'infirmière, là, c'est le médecin qui appelle, là, qui dit : Aïe! Là,
j'ai un cas, là, il faudrait que...
Mme Girard (Isabelle) : Mais,
dans ce cas-ci...
Le Président (M. Merlini) :
...Mme Girard, très rapidement, s'il vous plaît.
Mme Girard
(Isabelle) : Oui. Ce n'est
pas une question de by-passer, c'est une question
juste d'adresser une problématique, une pathologie. Le médecin a fait
une consultation, il a établi une urgence de traitement, et là il va communiquer avec un collègue pour lui demander de
voir le patient plus rapidement en fonction de l'évaluation qu'il a
faite. Donc là, c'est lié à une évaluation, ce n'est pas lié juste à : Je
sors du bureau, j'ai une consultation non urgente, puis il y a quelqu'un qui me
donne un passe-droit pour avoir un accès plus rapide à un rendez-vous.
Là, dans ce
cas-ci, de ce que je comprends de la situation que vous me présentez, ce n'est
pas la situation, c'est vraiment
juste lié à une condition médicale qui est adressée et que, là, le médecin
dit : Regarde, moi, je vais prendre le temps parce que je considère
que ça ne peut pas attendre puis je vais prendre le temps de l'expliquer à mon
collègue pour que lui, il le comprenne et qu'il puisse le prioriser aussi.
C'est une question de priorisation de cas, là.
M. Picard :
Je termine, M. le Président. J'entends vos propos, sauf que vous allez admettre
que, pour la même problématique, si
moi, je pars avec un papier puis j'appelle au centre des rendez-vous ou le
médecin appelle le spécialiste, il va y avoir un traitement différent.
Mme Girard (Isabelle) :
100 % d'accord avec vous.
M. Picard : C'est beau.
Merci.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. le député des
Chutes-de-la-Chaudière. Mme Girard, représentant l'Association des
cliniques médicales du Québec, merci de votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends
les travaux quelques instants et j'invite l'Ordre professionnel des
inhalothérapeutes du Québec à venir prendre place. Les travaux sont
suspendus.
(Suspension de la séance à 11 h 4)
Président (M. Merlini) :
Alors, nous reprenons donc nos travaux avec l'Ordre professionnel des
inhalothérapeutes du Québec. S'il vous plaît, vous identifier. Vous avez 10 minutes pour faire votre exposé, et
suivront ensuite les échanges avec les parlementaires de la commission.
Bienvenue à la commission.
M. Vachon
(Jocelyn) : Merci. M. le Président, M. le ministre, chers membres
de la commission, bonjour. Je
me nomme Jocelyn Vachon. Je suis le
président de l'Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec. Je suis accompagné de ma directrice générale et secrétaire de
l'ordre, Mme Josée Prud'Homme. Nous vous remercions de nous
accueillir.
D'entrée de
jeu, sachez que l'Ordre professionnel
des inhalothérapeutes est favorable à
ce nouvel encadrement, en particulier pour les centres du trouble du
sommeil. C'est d'ailleurs ce volet précis du projet de loi qui nous concerne de
premier chef.
Comme ordre professionnel, nous avons le pouvoir
de contrôler la pratique des inhalothérapeutes mais nous n'avons aucun levier sur les tiers que sont les
centres ou les laboratoires du sommeil. Ce projet de loi vient ainsi
poser un jalon supplémentaire pour améliorer la qualité et la sécurité des
soins et des services qui sont offerts dans les centres privés. Nous en sommes
ravis.
Je vous amène tout de suite à la page 5 de
notre mémoire. Nous vous proposons de modifier le libellé et la définition du centre de physiologie respiratoire.
Nous comprenons, à la lecture du projet de loi n° 118, que votre
objectif est d'encadrer précisément les
centres qui offrent des examens diagnostiques entourant les troubles du
sommeil, et non pas toute clinique ou
équipe ambulatoire qui offrirait des tests de la fonction respiratoire. Or, la
définition précise de «test diagnostique
de la fonction respiratoire» est très large. Cela pourrait inclure la
spirométrie, les bilans de base ou encore les épreuves d'effort. Comme
on vise les laboratoires du sommeil, nommons-les ainsi.
Autre point
important, nous souhaitons que vous ajoutiez à la définition non seulement «un
centre qui offre des tests», mais
aussi «des services afin d'évaluer et de traiter des troubles du sommeil». Dans
les faits, c'est cette portion de l'offre
de services des centres du sommeil qui doit attirer votre attention. Nous y
reviendrons. Nous nous sommes inspirés de la terminologie utilisée dans
les différents guides produits par le Collège des médecins du Québec et de
l'Ordre professionnel des inhalothérapeutes
pour vous proposer une nouvelle définition de «centre de physiologie
respiratoire», qui deviendrait un «centre
d'études du sommeil».
La définition pourrait se lire ainsi : «Un
professionnel, société ou association qui
exploite une unité ou une clinique qui réalise des tests diagnostiques et qui
offre des services afin d'évaluer et de traiter les troubles d