Institutions — 18 February 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2014-02-18
Quebec — Committees
La mission
que s'est donnée ce mouvement social est éducative et éthique, c'est ce qui
nous connecte sur le projet de loi à
l'étude. Cette mission consiste à défendre le droit des enfants et adolescents
à recevoir un enseignement éthique humanisant
et non religieux, ce qu'ils ne reçoivent pas présentement parce que les
contenus d'une telle éthique naturelle, rationnelle, universelle et
laïque n'ont pas encore été créés.
Ce droit que nous
revendiquons pour eux repose sur le concept de dignité humaine qui se justifie
par la connaissance et le respect des exigences de bon développement et
de bon fonctionnement des différentes dimensions des humains dans leur rapport avec le réel, l'environnement, eux-mêmes,
autrui, la société et l'humanité. En somme, nous cherchons à leur donner, au cours de leur parcours scolaire, les cartes
mentales les plus appropriées pour la conduite de leur vie personnelle
afin qu'ils deviennent davantage autonomes et équilibrés.
Le Mouvement
Humanisation regroupe près de 500 membres, a organisé cinq colloques, publié
quatre ouvrages et de multiples prises de position publiques sur les
fondements du concept de la dignité humaine pouvant générer cette nouvelle éthique. Le projet de loi
n° 60 présentement débattu ne répond pas directement à notre mission, mais
il ouvre des perspectives positives à cet égard. C'est pourquoi nous
approuvons l'ensemble de ses propositions.
En effet, ce projet poursuit le processus de laïcisation
de la société québécoise amorcé modestement depuis la Révolution tranquille
dans les domaines de la santé et de l'éducation en le répandant maintenant à
l'ensemble de la fonction publique.
Toutefois, nous regrettons l'absence d'un préambule qui justifierait
l'avènement d'une société laïque sur
le concept de la dignité humaine, concept lui-même fondé sur la connaissance
des exigences de bon développement et de bon fonctionnement des diverses
dimensions de l'humain.
Pour atténuer certains impacts de
cette charte, nous sommes d'accord avec la proposition du sociologue Guy
Rocher de remplacer les dispositions
transitoires par une clause de droits acquis, mais nous y apportons une
exception importante. Les personnes
oeuvrant dans les institutions éducatives obligatoires et subventionnées par
l'État devraient être soumises rapidement
à la loi à cause du caractère hautement influençable des enfants et des
adolescents. De plus, afin de respecter le droit des enfants et adolescents à une éthique humanisante, nous
demandons que l'enseignement éthique soit complètement séparé de l'enseignement actuel de la culture
religieuse, qui, elle, aurait avantage à s'intégrer à l'univers social — histoire,
géographie, et autres — dont
elle est inhérente.
Telles sont donc, M.
le Président, les grandes lignes de notre position sur le projet de loi
n° 60. Et je laisse maintenant à mon
collègue Marcotte le soin de vous présenter quelques justifications
fondamentales de cette position.
M. Marcotte
(Gaston) : Alors, mon rôle est d'essayer de synthétiser dans six, sept
minutes une vingtaine d'années de recherche sur l'identité humaine. Alors, le
début a débuté quand je me suis posé une question sur ma profession, qui
affirmait publiquement que la finalité de l'éducation obligatoire était le
développement intégral de l'élève. Et, quand j'ai cherché des programmes
d'humanisation fondés sur une science et un art transdisciplinaire du développement humain adaptée à chaque catégorie
d'âge et enseignée, transmise par des personnes dûment formées, je me suis trouvé devant un vide intellectuel : ça
n'existait pas. Et ça a été, si vous voulez, le défi de mes derniers 20 ans
d'essayer non seulement de trouver les raisons de cette lacune inadmissible
pour une espèce dont les membres ne naissent humains qu'en potentiel…
Alors,
ma première réalisation, en faisant un peu de recherche, c'est de me rendre
compte que la raison principale, c'est
qu'il n'existe pas actuellement une science et un art transdisciplinaire du
développement humain. Ça fait 20 ans, on a questionné des spécialistes, on a lu, ça n'existe pas présentement.
Et, deuxième point, c'est : Mais pourquoi? Alors, ça, j'admets que
ça m'a pris plusieurs années et, après avoir trouvé une liste d'au moins 20
causes de cette lacune, là, incompréhensible,
je crois que je suis arrivé sur la cause principale : les erreurs que les
êtres humains ont faites sur leur
propre nature tout au long de leur histoire, et ces erreurs-là continuent
encore aujourd'hui. Alors donc…
Et la littérature est
très claire actuellement, cette crise d'identité, ce n'est pas une crise
québécoise, c'est une crise universelle, et
elle met maintenant, quant à nous, l'avenir de l'humanité en question
parce qu'on ne peut pas fonder une unité minimale de l'être humain sans
une conception, un consensus minimal, si vous voulez, sur cette nature-là.
les sociétés, et surtout la nôtre, on est mis devant deux positions ou deux
conceptions irréconciliables de la nature humaine, et ça, c'est ce qui
va être le plus difficile à accepter : une conception qui est fondée sur
la primauté de Dieu et une conception qui
est fondée sur la primauté de l'humain. Et ces conceptions-là sont
irréconciliables parce qu'elles ne sont pas fondées sur les mêmes
fondements : un, c'est sur, si vous voulez, les superstitions, la magie,
les révélations, les récits
mythicoreligieux; alors que l'autre veut être fondée sur la raison,
l'objectivité, la science. Et, à ce moment-là,
quand on regarde bien la conception religieuse, c'est que c'est une conception
dogmatique, c'est inhérent à toutes
religions puisque leur position a été divinement révélée. Et ma position est toujours : Qui suis-je pour m'obstiner avec Dieu?
Alors,
de cette façon, c'est pour ça que les sociétés démocratiques vont être obligées
d'arrêter de penser qu'elles vont pouvoir concilier des positions
irréductibles, inconciliables à cause de la nature fondamentale des positions
sur l'origine et le développement, si vous
voulez, de la nature humaine. La raison, si vous voulez, pourquoi ça doit être
la primauté de l'humain est relativement simple. Combien de minutes, M. le
Président? Le temps?
Le Président (M.
Ferland) : Ah! Il vous reste deux minutes, M. Marcotte.
M. Marcotte (Gaston) : Oh là là! Les raisons sont fondamentales.
Premièrement, tous les êtres humains, de par leur nature, sont une fin en soi. Ce qui est une fin en soi est à
soi-même sa valeur absolue. Ce qui est une valeur absolue est digne d'un
respect absolu. Les humains n'ont pas à regarder à l'extérieur d'eux-mêmes,
comme on a fait depuis le début de
l'humanité, à mettre tous nos définisseurs, si vous voulez, à l'extérieur de la
nature, dans la nature, dans le cosmos, dans les dieux, dans la race — on
n'a pas de limite, j'ai une page remplie.
Alors
donc, si vous voulez, l'être humain étant une fin, il est automatiquement
autoréférentiel, c'est-à-dire
que toutes les directives de son être, dans
ses comportements individuels et collectifs, ne peuvent émaner que de sa
nature. Et les animaux n'ont que leur
instinct, et nous, on a heureusement cette incroyable culture qui nous permet
de nous donner des normes, des lois, des valeurs, des règles parce qu'on
est, de nature, des êtres normatifs. Le cerveau humain cherche constamment un sens et une direction à ses
actions. Et donc, à travers l'histoire, on a cherché des idoles, si vous
voulez, ou des moyens qui pourraient justifier nos comportements, nos façons
d'être.
Et le point
essentiel, c'est que les êtres humains ne sont, de nature, que des êtres de
potentiel. Et donc chaque enfant a un droit
inaliénable naturel à cette éducation et cette éthique humanisantes, fondées
sur l'humain, par l'humain et pour l'humain. Et le Mouvement
Humanisation n'existe... On a fini, là, après 20 ans, on a fini, là, ce
que j'appelle la rationalité, la théorie. Et
maintenant vous allez en entendre parler. On s'est donné ça
comme mission, de faire respecter ce droit,
et on est ici pour faire avancer ce dossier-là pour nous, et non seulement
important pour l'avenir du Québec, c'est important pour l'avenir de
l'humanité, compte tenu de la situation, la conjoncture actuelle. Merci, M. le
Président.
Président (M. Ferland) : Merci, M. Marcotte. Vous êtes très précis, dans les 10 minutes.
Vous avez arrêté au bon moment. Alors, je cède la parole à M. le
ministre pour la période d'échange.
M. Drainville : Merci, M. le
Président. Merci, messieurs, pour votre mémoire et votre présentation. Vous
écrivez, dans votre mémoire, à la page 4 : «Seule une démocratie
véritablement laïque peut être juste et respectueuse de la dignité de tous ses membres sans exception.»
Donc, pour vous, la laïcité, elle est garante de la dignité des
citoyens. Alors, ça, je vais vous demander d'élaborer un petit peu là-dessus.
Puis il y a
une autre citation également que j'ai relevée, à la page 5, là. Vous
écrivez : «Une nouvelle
conception de la commune nature des êtres
humains est devenue vitale pour tout État qui se veut démocratique. Sans une
telle conception, un gouvernement est dépourvu de fondements universels
capables d'unir les citoyens autour d'un socle commun de valeurs et de fonder l'humanisme, l'éthique, le
droit, l'éducation obligatoire, la démocratie et la laïcité ainsi que
toutes les institutions publiques au service du bien commun.»
Et vous
revenez constamment, donc, sur ce thème de l'humanisme et de l'universalité
dans votre mémoire. Est-ce que vous
pouvez nous expliquer pourquoi, selon vous, la laïcité est une valeur
universelle qui est propice à l'harmonie? Parce que certains diront, je
l'entends souvent, des adversaires, en particulier, de la charte, qui
disent : C'est un débat qui nous
divise, c'est un débat… Comment dire? Vous inventez une solution à un problème
qui n'existe pas, etc. Alors,
j'aimerais vous entendre là-dessus, moi : laïcité comme facteur
d'harmonie et laïcité comme condition de la dignité humaine.
M. Boileau
(Roger) : Je dirais, en
premier, qu'il est rare que des projets
de loi, quels qu'ils soient — et
vous êtes bien placés pour le juger — ne
créent pas une certaine dissension dans les rangs politiques
ou dans les rangs de la société, hein? En général, il y a des gens qui y
gagnent, il y a des gens qui y perdent. Alors, c'est donc, à mon avis, dans la
norme des législateurs de faire des mécontents quand on fait une loi.
En quoi
est-ce que la laïcité pourrait être gage d'harmonie? C'est qu'elle
place le substrat des valeurs fondamentales de la société auprès des caractéristiques fondamentales de la
personne. Qu'est-ce qui est nécessaire pour un développement harmonieux d'une
personne dans ses dimensions physiques, mentales, affectives, sociales,
environnementales? Qu'est-ce qui est
fondamental pour que la personne puisse vivre, dans sa tête, et dans sa société,
et dans sa vie, avec des cartes
mentales relativement sûres? C'est ça, la laïcité,
c'est de faire reposer les valeurs fondamentales de la société sur les exigences de bon développement
et de bon fonctionnement de la personne. Mais, pour ce faire, il faut qu'il y
ait des consensus scientifiques et des consensus sur d'autres aspects pour
pouvoir avancer ces préceptes.
Et dans
quelle mesure est-ce que ça créé l'harmonie? Bien, c'est que ces exigences de
bon fonctionnement et de bon développement, ils sont communs à tous les êtres humains. En tant qu'êtres humains,
nous partageons ces exigences-là. Les
cultures les modifient, les modèlent, mais fondamentalement les gens ont des
besoins fondamentaux qui se ressemblent, peu importent les cultures. Et
c'est dans ce sens qu'à notre avis la laïcité est un gage d'harmonie parce
qu'elle créé une plateforme commune au-delà des attentes et des interprétations
religieuses qui peuvent les avoir déformées, une plateforme commune à laquelle
l'ensemble des individus d'une société peuvent se retrouver.
Drainville : Vous
ajoutez, par ailleurs : «Pour être juste, moral et respectueux de la
liberté de conscience de tous les
citoyens, tout gouvernement qui se veut démocratique devrait par conséquent
enlever aux religions tous les privilèges acquis au cours des siècles et
qui ne sont pas disponibles à tous les regroupements de la société civile qui
défendent leurs convictions non pas
religieuses, mais éthiques, idéologiques, etc.» Et là, vous ajoutez ceci :
«Il n'y a aucune raison qui justifie
qu'un gouvernement n'accommode que les croyances religieuses au nom de la
liberté de conscience et non pas les convictions de tous les citoyens et
citoyennes.» Qu'est ce que vous voulez dire?
Marcotte (Gaston) : Je vais
compléter, M. Drainville, la
partie et je reviens à votre point. C'est qu'il ne
faut jamais oublier que la laïcité est une
conséquence de la Révolution française, qui a voulu… puisqu'on a établi un
gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, on a voulu uniquement
mettre fin aux interminables guerres suscitées
par les religions. C'était la première raison : laïciser pour désamorcer
cette force divisive, si vous voulez, des religions entre elles, à l'intérieur d'un même pays, qui le faisait
imploser, et entre les pays. C'était la raison de la laïcité, c'était une protection, si vous voulez, qu'on se
donnait comme le plus important pouvoir, puisqu'on venait d'enlever le
roi, qui était l'hôte avec l'Église.
Mais
l'Église, l'État français ne la contrôlait pas, elle était
contrôlée à Rome. Alors donc, à ce
moment-là, c'était beaucoup
plus difficile. Et, comme elle était...
Et ça, il ne faut jamais oublier, là — moi, j'ai été éduqué par six communautés
religieuses différentes, là — c'est que les religions étaient les
représentants de… je dirais, du système moral de l'humanité. C'est eux qui ont commencé à mettre en place des
valeurs, des exigences. Et donc, je dirais, oui, ils ont fait un travail
du début de tout ça. Le problème, c'est que
c'est devenu une institution où là on en a fait, si vous voulez, un pouvoir
qui, je dirais, a disputé ce pouvoir-là avec
tous les autres pouvoirs dans tous les… aujourd'hui, on a juste à lire les
journaux. Donc, on est devant une forme de pensée qui est dogmatique,
donc, de par sa nature totalitaire.
Deuxièmement,
comme c'est fondé sur une révélation divine, ces gens-là sont dans l'obligation
morale de faire du prosélytisme parce
qu'ils jouent leur bonheur éternel ou leur malheur éternel, dépendant, là, de
leur position. Alors, il faut tenir
compte de ça. Mais on ne doit pas accepter, aujourd'hui, dans une démocratie,
qu'on puisse utiliser ce pouvoir-là qui est sans fondement. Les dieux, ce sont des créations imaginaires, de
toutes pièces, des êtres humains, c'est des socioconstruits. Et on a inventé, les humains, plus de 30 000 dieux
différents. Et on sait que chaque religion sont même en contradiction entre elles. On ne peut pas utiliser
ces formes de pensée pour gérer une société moderne qui se veut fondée
sur l'humain, par l'humain, pour l'humain. On n'y arrivera pas.
Et c'est pour
ça que je disais tout à l'heure : On est pris devant ce choix, qui est,
pour moi, un choix fondamental, et on ne peut plus faire semblant de
sauver le chou puis la chèvre. Et c'est ce qu'on essaie de faire dans la
société, toujours, la récupération. Et donc,
même actuellement, au Québec, ça se fait. Et le cours d'éthique et culture
religieuse, pour nous, était le modèle par excellence. Le gouvernement décide
de laïciser les commissions scolaires; ça va. Il essaie de laïciser l'enseignement. La pression du lobby
religieux force la main des fonctionnaires d'intégrer la religion avec un
cours d'éthique qui aurait dû être naturelle. Et vous avez ce que j'appelle un
joli programme bâtard qui ne respecte pas
les droits des enfants à ce droit à une éthique naturelle, humanisante. Et
c'est contre ça qu'on lutte. Et c'est pour ça que la laïcité, pour nous,
est si importante. Parce que, si on a une laïcité tout court, sans
qualificatif, ça veut dire que, M. Boileau l'a mentionné, la culture
religieuse, et je suis d'accord...
Il n'y a pas beaucoup de gens qui ont autant de
bouquins sur l'histoire des religions, tout ça, que moi, dans sa bibliothèque,
c'est important, mais en histoire ou dans les sciences sociales, mais pas dans
un programme d'éthique. Vous dites à un
enfant qui n'a pas la pensée formelle développée : Blanc et noir, et noir
et blanc. Comment voulez-vous avoir
des gens, ensuite, cohérents et rationnels quand on déforme, dans leur
jeunesse, leur cerveau? C'est immoral. Pour moi, c'est le premier crime — puis je l'ai écrit, puis je ne me gêne
pas — c'est le
premier crime contre l'humanité, puisque tous les autres découlent de ce
sous-développement moral, naturel, rationnel et scientifique des êtres humains,
alors que toutes les connaissances sont là. C'est ça qu'il faut… des éducateurs
comme nous qui...
Mais on a été
patients. Ça fait 20 ans. Maintenant, la patience, c'est terminé. On va amener
tout le monde… et j'en avais parlé
une fois avec M. Drainville, nous, on va amener tout le monde sur la place
publique pour se prononcer spécifiquement.
Vous fondez le Québec sur la primauté de Dieu, comme le gouvernement fédéral,
suprématie de Dieu, et vous avez la
primauté du droit. La Presse a passé un
article le 12, je
crois, et le
titre était : Les valeurs fondent le droit .
Et, si la charte des valeurs, des droits et des valeurs, des libertés, au
niveau fédéral, ne respecte pas la décision du peuple québécois, c'est automatiquement... c'est une obligation morale
d'utiliser la clause «nonobstant» parce qu'eux ne sont pas fondés sur
les valeurs de la dignité humaine. N'oubliez jamais, la Déclaration universelle
des droits de l'homme, la Convention relative aux droits de l'enfant, la charte
des droits et libertés du Québec sont toutes fondées sur la dignité humaine. Et on est incohérents par rapport à ça
puisque, même dans nos programmes pour nos enfants, on ne respecte pas
M. Drainville : Vous revenez
beaucoup sur la question des enfants, dans votre mémoire. Et d'ailleurs vous vous prononcez en faveur de la restriction
relative au port de signes religieux justement parce que c'est dans l'intérêt
des enfants, dites-vous. Est-ce que
vous pourriez nous expliquer, vous qui avez oeuvré auprès des jeunes, hein…
Vous avez été, je le répète, tous les
deux, professeurs d'université pendant plusieurs années, donc vous avez oeuvré auprès de
jeunes adultes. Est-ce que
vous pourriez nous expliquer, là, du point
de vue de l'adulte et du rôle de
l'adulte auprès des enfants, en quoi
le port de signe religieux par un enseignant peut poser problème pour le développement d'un enfant? Que ce soit au niveau
des garderies, ou plus tard, au niveau
primaire, secondaire, ou même à des niveaux supérieurs, de quelle façon
le port d'un signe religieux peut influencer négativement le développement d'un
enfant qui est exposé à ce signe?
M. Boileau
(Roger) : C'est qu'il expose
à un discours. Il expose à une réalité qui s'exprime dans la société de multiples façons. L'association du vêtement avec
une religion, c'est un lien qui se tisse, qui s'affiche, c'est un
discours qui s'établit plus ou moins explicitement, mais c'est quand même un
discours et un lien entre une religion, qui a d'autres espaces d'expession dans la société, et la personne qui le porte. C'est
de reconnaître la légitimité de cette réalité dans un milieu éducatif qui, à notre avis, devrait être
axé sur autre chose que le ou les discours religieux. Donc, c'est pour
enrayer cette ligne de pensée au sein d'une institution… ou des institutions
scolaires qui doivent être axées sur autre chose, sur un autre discours laïque, sur la connaissance de ce qui était fondamental,
adapté, bien sûr, au niveau des enfants. Mais la connaissance, l'intégration de conditions
d'existence dans sa dimension physique, comme je disais tantôt,
affective, sociale et autre, c'est ce
qui devrait, à notre avis, être la ligne de pensée, et non pas les
interprétations religieuses de ce qu'est le développement physique,
affectif, social, moral et environnemental.
Drainville : Et vous, M. Marcotte, là, vous avez oeuvré dans
le domaine du sport amateur. Je lis que vous avez été le premier président de la Fédération
du hockey amateur du Québec et de la Confédération des sports du Québec. Vous avez été aussi le premier
directeur du Pavillon de l'éducation physique et des sports, le PEPS, de l'Université
Laval. C'est bien vrai, ça, hein? Bon. Mais parlez-nous-en donc un petit peu, disons, des questions d'accommodemnet dans le domaine du sport, hein?
Il y a eu quand même quelques épisodes et quelques controverses autour de ça. Ça
a dû susciter une réflexion chez vous, non?
M. Marcotte
(Gaston) : Ce qu'on a fait,
si vous voulez, dans le domaine du sport, je calcule que c'est presque unique, la façon qu'on l'a fait. Et on a eu des
résultats depuis ce temps-là, surtout que l'équipe Rouge et Or de
l'Université Laval s'est payée sept championnats, je pense, sur les derniers
neuf. Il n'y a pas un anglophone qui aurait pu penser ça possible il y a 20
ans. Ils doivent se tourner dans leur tombe.
Alors, moi,
je suis un Franco-Ontarien de souche. Je suis arrivé au Québec, je suis venu jouer
au hockey… une année et ensuite je suis allé faire ma maîtrise, mon
doctorat sur des sujets du hockey. Et, quand je suis revenu, j'ai enseigné
trois ans à l'Université d'Ottawa, et l'Université de Montréal est venu me
chercher.
Et la
première réunion que je suis allé, à la ville Laval, c'est Arthur Lessard qui
était directeur des loisirs, je suis arrivé dans une salle où 85 %
des Québécois, avec à peu près 15 % d'anglophones. Et j'ai vu les
Québécois essayer de baragouiner en anglais
pour se faire comprendre des gens qui vivaient au Québec depuis 10, 20, 30 ans
et je me suis senti insulté, agressé.
Je ne trouvais pas ça normal. Et, quand je suis sorti de la salle, j'ai dit à
M. Lessard : M. Lessard, c'est la première fois et la dernière fois
que je vais voir ça au Québec. Ce n'est pas normal.
M. Drainville : En quelle
année, là, à peu près?
Marcotte (Gaston) : On est
dans les années 70 ici et dans les années 60 quelque chose, là. J'étais jeune
dans ce temps-là, j'avais du culot, tout
probable, tout le tour de la tête. Mais on l'a fait. Je me suis payé la
province de Québec, toutes les villes, une après l'autre. J'ai fait
signer les plus grosses villes, les plus grosses associations. On est allés au national, puis on a dit : Vous nous
reconnaissez ou vous perdez x nombre de joueurs de hockey. Et, en ayant mis la
main sur le hockey mineur, ensuite on a mis
la main sur le hockey majeur, et c'est là qu'on m'a voté président des sports,
et on a fait la même chose dans à peu près tous les sports. Et le Québec
est devenu autonome et il a pris sa place.
Alors, maintenant,
nous, parce que je me suis rendu compte qu'on ne respectait pas
le droit des enfants… Alors, je le
répète, là, ça fait plus de 20 ans que je suis sur ce dossier-là parce que,
pour moi, ce n'est pas juste le Québec, là, c'est la profession enseignante et
c'est l'avenir de l'humanité qui va se jouer. Et donc, pour nous, le
gouvernement est au service du peuple,
pas d'un groupe, pas… il est… Puis vous le dites toujours, il est neutre. Il
doit être impartial et il doit être juste. Et les personnes qui viennent pour des services ne doivent pas être mises
devant des formes de pensée qui pourraient être contraires, si vous voulez, à ma façon d'être et à la mienne, et je ne
la veux pas claire, pour que je m'entende, même en apparence, que tout
le monde est neutre devant moi.
Mais c'est
sûr que, par rapport à certaines convictions, si j'arrive devant une personne
et je le sais le moindrement, bien il
y a quelque chose qui cloche parce que, je le répète, c'est des positions
irréconciliables. Je peux bien comprendre que l'autre est pris dans
cette position-là, mais il faut que l'État ait cette neutralité, par respect de
la dignité humaine de chaque citoyen du
Québec qui vient chercher un service commun. Et ça, pour moi, c'est… Il y a
deux choses : une langue, un
socle commun de valeurs et le respect de la dignité humaine. On peut faire un
peuple uni qui s'entend. En autres mots, la nature humaine commune à
tous les êtres humains, c'est universel, c'est ce qui doit fonder toutes les
cultures, à la condition que chaque culture
respecte avant tout cette dignité humaine. Dès qu'elle ne respecte pas sa
dignité humaine, on n'a pas à la respecter, on a à la lutter. Sinon,
c'est illogique.
Drainville : Il me
reste seulement quelques minutes. Je veux vous poser la question de la liberté
académique. Vous savez, il y a des
universitaires qui sont venus devant nous et qui ont dit : Le projet de
loi n° 60, on n'en veut pas, nous, dans les universités, parce que
votre projet, en restreignant le droit, par exemple, d'un professeur à porter
un signe religieux, votre projet porte atteinte à la liberté académique, la
liberté académique de l'enseignant et au principe de l'autonomie universitaire
également.
Alors, vous
qui avez oeuvré pendant de nombreuses années dans le milieu universitaire,
est-ce que vous pensez que la laïcité
doit s'appliquer au monde universitaire? Est-ce que vous pensez que
l'interdiction de porter un signe religieux doit s'appliquer aux profs
d'université? Et est-ce que vous pensez finalement que l'autonomie
universitaire est remise en question par la charte des valeurs ou charte de la
laïcité, comme vous voulez?
M. Boileau
(Roger) : Bien, pour nous,
c'est dans tous les domaines éducatifs subventionnés que la laïcité doit
s'appliquer, incluant donc le milieu universitaire. Quant à la liberté
académique, elle ne repose pas sur l'habillement du professeur, mais sur le contenu. Dans la mesure où le contenu est
protégé par cette liberté universitaire, je pense que l'essentiel est
protégé. Je pense que tout individu à l'intérieur du système éducatif, que ce
soit du préscolaire jusqu'à l'universitaire, à tous ces niveaux, le projet de
loi n° 60 doit s'appliquer.
M. Drainville : Mais on s'est fait dire, là :
Si on fait ça, là, nos universités vont avoir de la difficulté à
recruter des profs, des chercheurs ou elles vont avoir de la difficulté à les
garder.
M. Boileau
(Roger) : Bien, je ne crois
pas. D'abord, il faudrait voir le nombre. Et je ne crois pas que ça a créé des…
Vous savez, vous êtes bien placé pour le
savoir en tant que député, personne n'est irremplaçable. Et il y a plein de
jeunes universitaires qui frappent à la porte des universités pour y avoir un
emploi et qui n'en ont pas parce qu'il n'y a pas de poste de disponible. Alors, si les personnes en cause jugent que leur
vie professionnelle, par rapport à la balance de l'exigence du costume est… et que le costume est plus important et leurs
convictions religieuses associées à ce signe… ostentatoire, on s'entend, et non pas les signes plus discrets qui
peuvent demeurer… Donc, si leur attachement religieux est plus important
que leur carrière professionnelle, c'est à eux de juger, à mon avis.
M. Marcotte (Gaston) : Et surtout,
c'est que, notre emphase, c'est que c'est l'enfant. C'est dans l'enfance et l'adolescence qu'un être humain est, je dirais,
endoctriné malgré lui par la culture.
Alors, plus cette culture-là va s'éloigner de sa nature et ses exigences de bon développement et de bon
fonctionnement, bien il va subir les conséquences une grande
partie de sa vie, et la société aussi. Parce que,
mon point de vue maintenant, c'est que la façon qu'on éduque ou nos
valeurs actuellement de la société produisent plus de malades qu'on est capable
de soigner. Parce que ce qu'on oublie, la médecine,
c'est le curatif, c'est quand on a des problèmes; là, on va à la médecine.
Mais, si on veut éviter les problèmes, on ne va pas à la médecine, on va à l'éducation. Et l'approche préventive
par excellence ne peut pas être autre chose qu'une éducation et une éthique humanisantes. Il ne peut
pas y en avoir d'autres. Vous donnez à un être humain les outils pour actualiser le potentiel que l'évolution lui a mis
en place, avec ce que les cultures ont de meilleur, pour lui dire : On
va t'armer, la vie est difficile. Elle est très difficile. Et tous nous éclopés
le démontrent. Alors, est-ce que…
Et, à ce
moment-là, c'est que le cerveau ne peut pas se défendre contre des signes,
contre des paroles ou contre des gestes
parce qu'il est fragile. Il n'y a pas de structure mentale intellectuelle
développée, et c'est les émotions qui fonctionnent, et ça, les religions
ont toujours, toujours compris ça. C'était le chantage émotif quand ils
n'étaient pas au pouvoir. Quand ils étaient
au pouvoir, ils se servaient du chantage physique aussi, vous le savez. Alors,
dans ce sens-là, une fois qu'un enfant, vous l'aurez développé à penser
par lui-même, à être autonome, à être courageux, moi, ça ne m'inquiète
pas trop qu'on invite un professeur à l'université qui vient même de l'Arabie
Saoudite parce que c'est des adultes, puis
ils vont faire leur partie, et que, s'il
y avait un professeur qui voulait, si
vous voulez, influencer, connaissant les étudiants, ils le mettraient à leur place. Moi, j'ai même eu un étudiant
dans mon cours, il dit : M. Marcotte, vous faites de la morale. Ma
réaction est : Eh oui, pourquoi pas?
Le Président (M.
Ferland) : Malheureusement, c'était tout le temps qu'il y avait
à la disposition du parti ministériel. Alors, maintenant, je vais du côté de l'opposition
officielle avec le député de LaFontaine, je crois?
M. Tanguay :
Oui, merci beaucoup.
Le Président (M. Ferland) :
Allez-y.
Tanguay : Merci, M. le Président. Merci beaucoup, MM. Boileau et Marcotte, merci pour le
temps que vous avez pris à rédiger le
mémoire, et à nous en faire la présentation, et à répondre à nos questions aujourd'hui. Ma perception est la
suivante à la lecture de votre mémoire : la pierre d'angle de votre
présentation, de votre mémoire, se résume beaucoup à un terme qui est «éducation». Et vous basez
votre approche sur le remplacement et vous citez le fait historique,
1875, en page 12, le philosophe
«Renouvier avait écrit qu'avec la séparation de l'Église et de l'État, l'État
devrait être enseignant et moral».
Plus loin, vous dites : «Laïciser une société sans remplacer les éthiques
religieuses par des éthiques naturelles fondées sur la raison et la
science fut une erreur capitale que les démocraties se doivent de corriger
rapidement.»
Donc,
vous avez brossé le tableau d'une évolution historique, de l'influence que les
religions ont eue. Là, on est très
loin de l'interdiction de porter des signes religieux ostentatoires dans le
secteur public et parapublic, mais ça nous fait du bien parfois de faire
un pas en arrière et de regarder l'ensemble de la forêt.
donc, pierre d'angle, l'éducation. Je reviens à un peu plus tangible. Dans le
débat actuel, on dit beaucoup
et on taxe beaucoup, à tort ou à raison, le gouvernement d'avoir lancé ce débat
sans avoir d'études, sans avoir préparé le chemin,
ce qui fait que, sur l'élément que je vous ai mentionné, l'interdiction des
signes, la société est très divisée là-dessus, qu'on soit pour ou
contre, on le constate. Auriez-vous aimé et auriez-vous, si d'aventures vous
aviez été consultés au préalable, suggéré qu'il y ait une phase éducative ou une phase où là on dirait : Bien écoutez,
nous, on considère, et c'est notre
proposition politique, on considère que la laïcité se décline par tel, tel, tel
élément, et prendre le temps également de déposer… de faire, de solliciter, déposer, publier et discuter sur des
bases d'études, d'études historiques, sociologiques et juridiques
également?
Donc,
trouvez-vous que, dans le débat — puis c'est ma question — très divisif, il y a un manque pour faire
avancer la société québécoise, un manque
d'éducation, justement, quant à cette importante question là? Et
certains, Parizeau en tête, Bouchard en tête, y voient là une rupture,
une rupture historique au Québec. Alors, qu'ils aient raison ou tort, vous
voyez que ce n'est pas tellement là mon propos. C'est sur, justement, cette
marche, à la vue de plusieurs, qui est beaucoup trop haute, que l'éducation
nous aurait aidées à aplanir.
M. Marcotte (Gaston) : …vous dire que ce sentiment que vous avez eu et,
je dirais, ce sentiment que ce qu'on
proposait, pour moi, j'appelle ça, là… c'est primordial, là. Pour toutes les démocraties,
là, ils n'ont pas de choix, il faut
faire ça. Et donc j'étais tellement sensible à ce que vous dites et je trouvais ce
document-là ou la position du Québec tellement importante que j'ai
préparé un préambule, on l'a déposé, en n'ayant que des entendus, considérants
qui justifient ensuite la position. Et on est après préparer actuellement une
charte universelle des valeurs humanisantes pour
pouvoir justifier toutes, je dirais, les positions que le gouvernement va prendre dans tous les secteurs, et fondée sur la dignité
humaine : Voici, c'est la dignité humaine, voici les caractéristiques d'un
humain et, si c'est ça, un humain, voici
comment le gouvernement, nos institutions, l'éducation, le droit
devraient agir pour respecter cette dignité humaine. Là-dessus, je suis 100 %... Et, pour moi, c'est des instruments, ce
que vous faites, puis même pour la question du droit de mourir. On a
fait un rapport, puis je suis après le finaliser, on est allés, parce que c'est
la dignité humaine.
Alors,
imaginez, là, mettez-vous, là, le moindrement cohérent ou rationnel, là. Vous
avez une commission sur la question
de mourir avec dignité, une des plus importantes décisions d'un être
humain : Est-ce qu'il reste en vie ou il décide de mourir?, fondée
sur la dignité humaine et le document dit que cette dignité-là est
universelle, essentielle, tous les qualitatifs
que vous voulez, en ajoutant que chaque personne décide de sa définition. Les
experts le disent, ce concept qui fait
nos documents les plus importants, c'est un concept flou et confus. Et, à ce
moment-là, vous pourrez dire n'importe quoi, tout le monde a raison,
tout le monde a tort.
Alors,
c'est pour ça que nous, un de nos objets précieux, c'est la définition de la
dignité humaine avant tout. Et il faut
dire au peuple québécois pourquoi la laïcité est importante, pourquoi la
démocratie est indispensable à un être qui veut être libre. Ça ne se sépare pas. La démocratie me permet… J'ai toujours
béni le ciel, moi, d'être venu au monde dans une démocratie parce que je
serais mort depuis longtemps. Déviant comme je suis, je n'aurais pas résisté
dans d'autres pays, c'est sûr, alors qu'au
Québec… Je ne le dirai pas, là, mais c'est une farce entre moi puis, souvent,
mes étudiants, là, par rapport à des positions que je peux prendre.
Parce que mon peuple — et
c'est pour ça que j'ai tellement, je dirais, de
respect — mon
peuple m'a permis d'être un être libre, créateur, et j'ai pu faire mon travail,
et j'ai essayé de remercier le Québec pour ça et ce qu'il permet à mes
enfants. Et ça, ça prend des décisions.
Et je dis
toujours : Expliquez au peuple québécois, arrêtez de penser pour lui,
arrêtez d'infantiliser nos aînés, comme
s'ils n'étaient pas capables de décider pour eux-mêmes. C'est leur vie. La
dignité humaine fait juste dire que toute vie est une valeur intrinsèque
absolue, ce qui veut de dire que toute vie est par soi-même sa propre fin.
L'humain existe pour
lui, mais c'est un être social, c'est un être normatif. Il a besoin des normes
pour mettre un minimum d'ordre dans la
société, un minium d'harmonie. On ne lui donne pas, alors qu'on ne soit pas
surpris de ce qui arrive, on ne lui donne pas les outils de se
développer et pouvoir satisfaire d'une façon rationnelle à ses besoins, à ses
désirs et ses aspirations.
Et les
humains ne veulent qu'une chose, tous, c'est écrit dans notre système : On
veut être heureux ici maintenant, ce qui veut dire : Diminuez nos
souffrances et nos douleurs, augmentez nos plaisirs et notre joie de vivre. C'est
incrusté dans tous les systèmes d'information, c'est le dialogique
plaisir-douleur, agréable-désagréable, satisfaction-insatisfaction. C'est Saint-Augustin qui disait : On ne peut pas ne
pas vouloir être heureux et on ne peut pas vouloir être malheureux, ça va contre tous nos systèmes
d'information. Et c'est ça qu'on ne dit pas à nos enfants, c'est ça qui
n'est pas enseigné à l'école, l'humain
M. Tanguay : Et, M. Marcotte, si je ne résistais pas à la
tentation d'être un peu partisan et réducteur, je tenterais de résumer votre point en disant que peut-être, dans
ce débat-là, on a mis la charrue avant les boeufs en essayant,
justement, de faire en sorte que le débat
sur les modalités… Et une modalité fait en sorte que ce sur quoi le 80 %
et plus qu'on pourrait faire avancer le Québec est bloqué sur cette
modalité-là. Et certains iront trouver peut-être un élément électoraliste là-dedans, ce n'est pas à moi de le dire, mais,
chose certaine, je pense qu'il y a là un message très fort. Et vous faites
comme nous le constat — encore
une fois, qu'on soit pour ou contre — de cette division-là au
Québec, cette division-là qui, soit dit en passant, là, ne fait pas avancer
personne, peu importe, là, la couleur du parti, ne fait pas avancer personne,
cette division-là.
Et j'en arrive peut-être sur une finalité qui
devrait être, pour tout gouvernement, je crois, la finalité qu'il y ait le plus
large consensus social, cette finalité-là de dire : Bien, on va passer une
loi qui est fondamentale, qui n'est pas anodine.
Il y a des lois qui ont des impacts moindres dans la vie de tous les gens.
Celle-ci aurait des impacts tangibles et, qui plus est, touche les
droits et libertés de tout le monde, ce qui est fondamental dans le
vivre-ensemble, le désir de vivre ensemble.
Alors, lorsqu'on considère la finalité,
croirez-vous qu'il y aurait lieu, de un, de reconnaître la division, de deux,
que l'on ne peut pas adopter une loi qui, à l'heure actuelle… l'Assemblée
nationale du Québec, la majorité des députés
sont contre cette interdiction mur à mur, et de faire en sorte — et je conclus là-dessus et j'aimerais vous
entendre là-dessus — que ce soit une obligation de résultat,
quasiment de garantie, je vous dirais, qu'il y ait le plus large
consensus possible? Parce que, par la suite,
après, il va falloir vivre tous ensemble avec cette loi fondamentale là. Donc,
j'aimerais vous entendre sur cette finalité-là qui devrait être au coeur de nos
esprits, là, les 125 députés.
M. Boileau
(Roger) : Écoutez,
effectivement, on aurait préféré un débat sur la charte des valeurs, alors
qu'on est en face d'un débat sur la charte
de la laïcité et de la neutralité de l'État, de l'égalité hommes-femmes. C'est
une sélection d'un certain nombre de
valeurs privilégiées qui sont mises maintenant de l'avant et qui font
partie de
la charte. Parce qu'on aurait préféré
une charte des valeurs parce qu'elle aurait permis, dans la discussion,
effectivement, de poser le concept de la dignité humaine, et de le
fonder, et par la suite de faire une sélection, selon les besoins du moment,
qui aurait pu aboutir aux mêmes valeurs privilégiées, mais il y en aurait eu
d'autres en fondement.
Marcotte (Gaston) : Et ce
sont ces valeurs universelles qui vont permettre au peuple québécois de
s'unir, peu importe leur culture, avec une
seule condition, toujours : le respect de la dignité humaine, qui est une
valeur inhérente à toute vie. Et, si on n'a pas ce socle, premièrement,
cette valeur ultime, on ne peut pas hiérarchiser les autres valeurs. Et, si elle n'est pas fondée sur l'humain, on a un
problème majeur. Et les problèmes de l'erreur — et l'humanité l'a payé par des centaines de millions de morts — c'est de ne pas s'être entendus sur leur
nature. Et qu'est-ce qui, je dirais, amène les gens à s'entendre? La science. Pourquoi? Parce que c'est universel. Les
scientifiques à travers le monde se rencontrent puis ils s'engueulent…
mais ils visent l'universel.
Alors, le
fondement de toute démocratie doit être sur la nature commune, universelle de
tous les êtres humains. Et toute démocratie doit mettre en place des
systèmes d'éducation et des institutions qui permettent de respecter cette
nature-là, sa liberté, son égalité. C'est la base. Si vous n'avez pas un être
humain libre, vous n'avez pas de créateurs. Puis tous les totalitaristes, ils
se tirent tous dans le pied parce qu'on arrête de créer, parce qu'un être
libre, lui, crée. L'être qui est conditionné, il ne peut pas.
Alors, dans
ce sens-là, je dirais, M. Boileau a entièrement raison, le problème de
l'humanité, c'est qu'elle ne s'est pas
donné une charte universelle de valeurs sur laquelle elle aurait pu fonder sa
déclaration. Et nous, en fondant la dignité humaine sur l'humain… Il y a
cinq droits qui ne sont pas dans la charte universelle, dont quatre
conditionnent tous les droits qui sont là.
Puis nos études sont finies, le document est fini, c'est sur les fondements de
la dignité humaine et ces cinq nouveaux droits. Le document est fini.
Mais, avec
ça, on est obligés d'aller, je dirais, là, sur-le-champ, là. Depuis un an qu'on
réfléchit à ça, qu'on écrit là-dessus, qu'on essaie de sensibiliser les
gens, dire : Le Québec, vous avez une chance unique de rentrer dans
l'histoire par la grande porte. Il n'y a pas un peuple qui a réussi ça. Et je
suis d'accord avec vous, il faut voir tous les partis, ils sont tous sincères,
hein? Et ils n'avaient pas ces connaissances-là. Nous, on veut que ce soit le
Québec qui profite…
On a mis 20
ans, hein, et des montants d'argent,
du temps, vous ne pouvez pas vous imaginer. Encore au bureau, là, sept
jours par semaine, là, hein? 8 heures le matin à 6 heures du soir.
Vacances, je relaxe un peu, je fais juste cinq, six heures. Mais sachez qu'on a
payé un prix formidable, puis on y croit, pour le peuple québécois. Et, en même
temps, c'est pour l'humanité, parce
que nous, on défend le droit de tous
les enfants et de tous les adolescents contre tous ceux qui ne veulent
pas respecter ce droit, qui est le droit fondamental. On rate ça, on rate tout
le reste.
Regardez juste l'état de l'humanité actuellement, puis ce n'est pas difficile à comprendre qu'on doit faire quelque
chose de mal. On dépense des mille milliards par année pour s'entretuer, en
armements, et on n'a pas d'argent pour sauver 10 millions d'enfants, là, qui ont des problèmes de faim et de maladie. Alors, dites-moi
pas que le développement moral de l'humanité...
Notre problème, l'humanité, c'est qu'on n'a pas suivi notre développement moral
avec notre développement technique et intellectuel. Et l'humain
s'humanise par sa moralité, rien d'autre. Devenir humain, c'est se moraliser.
M. Tanguay :
Merci beaucoup, MM. Marcotte et Boileau, pour votre temps, merci beaucoup, et
pour votre message également, merci.
Président (M. Ferland) : Alors, merci M. le député. Alors,
maintenant, je reconnais la députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) :
Combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Ferland) : Quatre minutes, Mme la députée, oui.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci, M. le Président. Merci, messieurs...
Le Président (M.
Ferland) : Quatre minutes... Excusez, je vous rajoute un
35 secondes.
Mme Roy
(Montarville) :
C'est encore mieux. Merci, messieurs, pour votre mémoire. Comme le temps est imparti, j'aimerais vous amener tout de suite à la
page 16, dans vos conclusions. D'entrée de jeu, tout à l'heure, vous
nous disiez que vous embrassiez la majeure
partie du projet de loi des valeurs ou de laïcité. Mais j'aimerais qu'on parle
plus précisément de l'encadrement des accommodements religieux.
vous écrivez : «Par conséquent, offrir des accommodements aux seules
croyances religieuses et les refuser aux convictions des autres membres
de la société est antidémocratique, irrationnel, injuste et immoral. De plus,
de tels accommodements fondés sur la primauté de Dieu ne respectent pas la
dignité humaine puisqu'ils vont à l'encontre de certaines valeurs universelles
comme la vérité, l'égalité, la liberté et la démocratie.»
Alors,
j'aimerais que vous me parliez du fait que, dans le projet de loi n° 60
actuellement, on encadre les accommodements
religieux, les demandes d'accommodement. Donc, en vos mots, êtes-vous d'accord
avec cet encadrement des
accommodements religieux? Comment les vivez-vous? Voyez-vous qu'ils devraient
être vécus dans nos écoles ou devrait-il ne pas y en avoir? Élaborez,
finalement, sur les accommodements religieux.
M. Boileau (Roger) : Vous parlez du
chapitre qui parle des modalités d'encadrement des
demandes? Bien, elles existeront,
elles continueront d'exister, et ça nous semble sage que le gouvernement tente
de les baliser pour les gestionnaires
qui auront à gérer ces situations, sans remonter à un projet de loi à chaque
fois. Et on n'a pas vu d'élément de critique particulière à la lecture
de ces modalités d'encadrement des demandes éventuelles.
Mme Roy
(Montarville) :
Donc, si je comprends bien, c'est que vous êtes en faveur de l'encadrement de
ces accommodements religieux ou des
accommodements religieux dans les écoles, par exemple, demander une nourriture
x, y, z, demander des locaux de prière. Je voudrais vous entendre parler
là-dessus.
M. Boileau
(Roger) : Comme je vous dis, ils seront existants... On a affaire
présentement à quelques grandes religions.
On peut imaginer que, dans les prochaines décennies, le nombre de religions
étant effarant à travers le monde, et le
Québec étant un pays ouvert, les demandes d'accommodement seront encore plus
nombreuses et encore plus variées, et même inimaginables par rapport à
ce qu'on connaît déjà. De l'excision à la circoncision et à la castration,
qu'on a connues à travers les grandes religions, il y aura plein d'autres
choses sur plein d'autres éléments.
on constate, comme d'autres, qu'effectivement le phénomène religieux revient
dans nos sociétés malgré tout. Je
pense aux étiquetages halal et casher, qui étaient... qu'on ignorait il y a
plusieurs années; eh bien, ils sont là. Les signes religieux sur notre
monnaie canadienne, c'est toujours là, le «À la grâce de Dieu» est toujours
imprimé en latin sur toute notre monnaie solide. Bon. La royauté d'Angleterre
est primat de l'Église anglicane, etc.
Donc,
les phénomènes religieux nous imprègnent dans la société, et les demandes vont
continuer. Alors, que le législateur essaie de soulager les
administrateurs, les gestionnaires, ça nous semble normal, sinon on tombe dans
l'interdiction totale tous azimuts. Et il peut y avoir des demandes qui soient
effectivement peu demandantes.
M. Marcotte (Gaston) : Et, sur votre autre point, je ne peux pas, moi,
comme un citoyen québécois, me faire dire
que moi, je n'ai pas le droit de faire accommoder mes croyances... mes
convictions plutôt, pas mes croyances, mes convictions sur la politique, sur l'éthique, sur l'économique, alors
que, parce qu'un croyant qui n'a pas de fondement, si vous voulez, rationnel... Et ça, bien, c'est
démontré, personne n'a pu prouver l'existence de Dieu, il ne faut pas se
conter des histoires. Alors, pourquoi une
personne qui a des croyances sans fondement, on se sent obligés de l'accommoder
parce que c'est sa foi qu'il faudrait
respecter, alors que moi, on n'accommodera pas mes exigences intellectuelles,
morales, éthiques, politiques? Je ne pourrai pas les démontrer, aller
m'habiller en conséquence, voter humanisation, ou peu importe, là, je vous
donne un exemple. Qu'est-ce qui fait qu'on...
Le Président (M. Ferland) :
C'est tout le temps qui est imparti à la députée de Montarville. Je vais aller
du côté... Vous avez encore un 4 min 35 s. M. le député de
Blainville.
Ratthé : Merci, M. le Président. M. Marcotte, M. Boileau, je
voulais clarifier quelque chose avec vous. J'ai bien compris que vous auriez souhaité qu'une charte sur des valeurs
basées sur l'humain aurait été adoptée bien avant. Tantôt, le député de LaFontaine vous demandait
s'il aurait dû y avoir des études auparavant. Et j'ai compris également,
dans votre témoignage, que vous nous avez dit qu'il ne devrait pas y avoir de
signes ostentatoires à tous les niveaux d'école.
Donc, si je vous comprends bien, même s'il n'y a pas eu d'études, même si votre
souhait est qu'il y ait une valeur, une
charte des valeurs basée sur l'humain, ceci ne veut pas nécessairement dire que
vous n'êtes pas en faveur de l'interdiction du port des signes
ostentatoires. Je veux être bien clair sur... Je voudrais être bien certain de
Il y a des gens, et vous le dites, tout à
l'heure vous l'avez dit, il y a des gens qui sont très convaincus, puis ils ont
leurs convictions, qui sont venus nous dire, par exemple — et
vous avez été dans le domaine de l'éducation tous les deux — que de
ne pas permettre ce port de signes ostentatoires, par exemple, par des
professeurs, c'est à l'inverse se fermer, ne pas permettre l'ouverture
d'esprit aux enfants, ne pas leur permettre de s'ouvrir à la diversité et
donc...
Vous savez, moi, je ne suis pas là actuellement
pour... pour juger plus d'un que de l'autre. Les gens sont convaincus, hein,
une commission scolaire est venue nous en parler la semaine dernière, on nous
dit : Il n'y a pas de problème; au
contraire, si vous appliquez cette règle-là, vous allez créer des problèmes et
vous allez refermer les gens sur eux-mêmes.
Alors, vous qui venez un peu défendre l'inverse, si j'ai bien compris,
pourriez-vous peut-être élaborer sur le sujet, sur comment vous voyez
cette différence, vous, d'ouverture sur le monde, si je peux dire, là?
M. Boileau
(Roger) : Pour avoir discuté
avec des professeurs qui sont en lien quotidien avec des enfants dans
des écoles multiethniques, je ne sais pas si vous en avez eu ici, autour de la
table, mais ces croyances religieuses génèrent
toutes sortes de problématiques peu agréables pour les professeurs, en
particulier les professeures féminines. Donc, de réduire l'imprégnance du phénomène religieux dans le système scolaire
obligatoire et subventionné nous apparaît effectivement quelque chose de
positif puisqu'il écarte, comme j'ai dit précédemment, ce lien entre le
phénomène religieux et l'institution scolaire.
Mais on a
dit, au début, qu'effectivement on aurait préféré un débat sur la charte des
valeurs dans un premier temps, mais
ce qui ne nous a pas empêchés, le phénomène étant... le projet de loi étant en
marche, d'y reconnaître des avancées pour
la laïcité dans la société. Et nous sommes pour ces avancées de la laïcité.
C'est un peu comme, ma foi, le lac qui gèle au printemps : il ne gèle pas partout uniformément, ça gèle par zone.
Bien, l'avancée de la laïcité dans la sphère publique nous semble un
fait positif, c'est pour ça que nous l'appuyons, tout en regrettant qu'on n'ait
pas de débat fondamental qui puisse étendre et générer une position, une plaque
des valeurs qui puissent être communes à l'ensemble des citoyens.
Marcotte (Gaston) : Et en
plus il faut arrêter de penser que l'enfant passe toute sa vie à l'école. C'est
que c'est un être social, et cette
diversité-là, il va la rencontrer partout, au marché, au cinéma. Alors, il ne
faut pas penser qu'on va le refermer,
tout ça, c'est… pour moi, non. Mais il y a un lieu qui doit rester neutre,
universel, respectueux de tous les jeunes en les traitant sur un pied
d'égalité, sans distinction. Ils les auront assez vite puis ils auront à
prendre des décisions assez tôt. Mais est-ce
que, dans ce moment où ils devraient être là pour s'actualiser, s'humaniser,
est-ce qu'on pourrait faire en sorte que : Vous êtes tous égaux, on
vous traite tous égal, vous êtes des humains?
Ma position, c'est qu'à l'école vous êtes des humains.
Vous n'êtes pas des démocrates, vous n'êtes pas des islamistes, vous n'êtes pas des chrétiens, vous n'êtes... non, vous
n'êtes pas catholiques, tu es un humain. Nous, c'est t'aider à t'humaniser, point. C'est tout ce qui nous
intéresse. Puis on va te donner les outils ensuite, quand tu arriveras sur la
place publique avec toutes ces
différences-là, avoir des normes pour pouvoir juger. Et c'est ce qu'ils n'ont
pas actuellement.
M. Ratthé : Vous avez bien
répondu à ma question. Je vous remercie beaucoup, messieurs.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, ceci met fin aux échanges et à la présentation de votre mémoire. Je vous
remercie, M. Marcotte et M. Boileau, pour le temps que vous avez pris pour, bien
sûr, préparer le mémoire et de vous être déplacés pour venir le présenter ici,
en commission parlementaire.
Sur ce, je
vais suspendre quelques instants afin de permettre aux représentants de la Fédération des
commissions scolaires du Québec à prendre place.
(Suspension de la séance à 17 h 1)
Le Président (M. Ferland) :
Alors, la commission reprend ses travaux. Nous recevons maintenant les représentants
de la Fédération des commissions scolaires du Québec.
Je vais vous
demander, Mme la présidente, de vous présenter ainsi que les personnes qui
vous accompagnent. Et vous avez 10 minutes pour présenter votre mémoire,
suivi bien sûr d'un échange avec les parlementaires. La parole est à vous.
Mme Bouchard (Josée) : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour à vous, M. le ministre d'abord, et Mmes, MM. les
députés.
Alors, m'accompagnent, bien sûr,
ma directrice générale Pâquerette Gagnon — on a l'habitude de venir ici, je pense que vous nous connaissez — Me
Bernard Tremblay, qui est secrétaire général et directeur des relations de
travail à la fédération; et Me Alain
Guimont, qui est conseiller juridique à la fédération. Alors, voilà. Vous
permettez que je mette mes lunettes de la cinquantaine? Voilà.
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y, Mme Bouchard, allez-y.
Mme Bouchard (Josée) : Alors, la Fédération des commissions scolaires du Québec tient à souligner qu'elle se sent particulièrement
interpellée par les principes énoncés dans le projet de loi n° 60, car la
diversité religieuse et ethnoculturelle est
une réalité pour un très grand nombre de commissions scolaires. Outre
sa collaboration aux travaux menés par le Comité
consultatif sur l'intégration et l'accommodement raisonnable en milieu scolaire
en 2006, comité présidé par M. Bergman
Fleury, la fédération a déposé un mémoire dans le cadre de la consultation publique menée en 2007 par la
Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux
différences culturelles présidée par MM. Bouchard et Taylor.
Plus
récemment, en 2010, la fédération a déposé un mémoire dans le cadre de la consultation générale portant sur le projet
de loi n° 94 intitulé Loi
établissant les balises encadrant les demandes d'accommodement dans
l'Administration gouvernementale et dans certains établissements. Dans ce
mémoire, la fédération accordait son appui aux principes de la neutralité religieuse de l'État,
de l'égalité entre les femmes et les hommes, de même que l'obligation du personnel du secteur public d'avoir le visage découvert lors
de la prestation de services.
Aujourd'hui, la Fédération des
commissions scolaires du Québec
entend commenter certains articles du projet de loi n° 60 en intervenant sous deux aspects, soit sur les principes qu'ils énoncent et sur leur application dans le réseau scolaire.
Concernant la
neutralité religieuse et le caractère laïque de l'État, la fédération y est favorable
puisque les commissions scolaires ont connu, depuis les modifications apportées
à l'article 93 de la Loi constitutionnelle de 1867 en 1997, une évolution importante en
matière de confessionnalité de leurs
structures et de l'enseignement religieux. De nos jours, le consensus
social est en faveur du maintien de la neutralité des structures scolaires.
Concernant
la définition d'un organisme public, la fédération s'interroge sur la
portée du champ d'application de ce projet
de loi puisque les écoles régies par
la
Loi sur l'enseignement privé sont totalement exclues de son application. En effet, il serait paradoxal qu'un État qui
se veut neutre et laïque maintienne et finance un réseau privé exclu de l'application
d'une loi charnière dans la législature québécoise.
N'oublions
pas que ce projet de loi défend des valeurs partagées par l'ensemble des
Québécoises et Québécois et que les
jeunes du Québec sont ceux et celles qui défendront ces valeurs, quel que soit
leur réseau de scolarisation. Ainsi, il y a lieu de se poser les questions suivantes. La mission des écoles
privées serait-elle différente de celle des écoles publiques au niveau de la socialisation et de la formation à
la citoyenneté? Souhaitons-nous un système qui soit à deux vitesses non
seulement sur le plan du financement, mais également au niveau des valeurs
communes de la société québécoise? Sommes-nous en train de fragiliser le réseau
public en faisant reposer sur ses seules épaules la redéfinition des règles du
vivre-ensemble? Il est donc impératif que tous les établissements scolaires du
Québec financés à même les fonds publics soient assujettis aux mêmes règles et
aux mêmes obligations, quel que soit leur statut.
Concernant
les devoirs de neutralité et de réserve du personnel en matière religieuse, la
fédération est en faveur d'assujettir
le personnel d'une commission scolaire au devoir de neutralité et de réserve.
Cependant, l'application de ces dispositions
serait susceptible de poser certains problèmes de relations de travail. À
titre
d'exemple, l'expression «dans l'exercice de ses fonctions» ne permet pas
de cerner avec exactitude l'étendue des obligations du personnel d'un organisme
public, et les contestations qui en découleraient pourraient engendrer des
coûts de gestion importants pour les commissions scolaires.
ailleurs, concernant la restriction relative au port d'un signe religieux, bien
que la fédération soit d'accord avec
le devoir de neutralité imposé au personnel du secteur public, elle juge cette
restriction inapplicable dans le contexte scolaire. En effet, elle serait la source de nombreux conflits de
relations de travail et générerait à coup sûr des contestations très
coûteuses pour les commissions scolaires, car elles devraient assumer les frais
juridiques qui en découleraient. Or,
considérant les contraintes budgétaires importantes qu'elles vivent depuis
plusieurs années — on va
s'en reparler jeudi au budget — elles ne peuvent envisager
d'assumer un tel fardeau.
ce sujet, il est important de rappeler que la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys
a dû assumer seule les coûts associés
au dossier du port du kirpan dans une de ses écoles, soit plus de 500 000 $ en frais d'avocat
seulement. De même, la commission scolaire des Chênes a dû défendre sans l'aide
de l'État le Programme d'éthique et de culture religieuse mis en place par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du
Sport, et cette défense est aussi chiffrée à plus d'un demi-million de
dollars en frais d'avocat.
plus de générer un alourdissement significatif au regard de l'embauche du
personnel et dans le traitement des situations
problématiques qui en découleraient, le respect de cette disposition obligerait
les directions d'établissement à allouer plus de temps à la gestion
administrative et à la gestion de conflits liés à l'application de la charte,
disposant ainsi de moins de temps pour la gestion éducative.
Concernant
l'obligation d'avoir le visage découvert, la fédération est en faveur
d'assujettir le personnel d'un organisme
public à l'obligation d'exercer ses fonctions à visage découvert puisque cette
exigence est un juste compromis entre la liberté de religion d'un
individu et le devoir de neutralité et le caractère laïque de la commission
scolaire. La fédération est également en faveur d'assujettir les prestataires
de services à l'obligation d'avoir le visage découvert.
Par contre, il
faudrait préciser la portée de l'expression «lors de la prestation d'un
service», car un élève ne reçoit pas nécessairement un service entre deux cours
ou sur l'heure du dîner, par exemple. De plus, la fédération se demande si le texte proposé est suffisamment clair pour
obliger une personne à respecter son obligation d'avoir le visage découvert tout au long de la prestation de
services. Ainsi, l'expression «compte
tenu du contexte» permettrait-elle
à une commission scolaire d'obliger une personne portant un voile couvrant son
visage de le retirer non seulement le temps de son identification avant la
tenue d'un examen, mais également pendant toute la durée de cet examen?
Concernant les conditions
de travail du personnel d'une commission scolaire, la fédération est d'avis que
le dialogue devant précéder l'imposition
d'une sanction pour non-respect de la restriction relative au port d'un signe
religieux serait la source de contestations
très coûteuses et d'une importante jurisprudence arbitrale sur le sens à donner
au mot «dialogue», une exigence qui n'existe pas présentement en droit
du travail.
Concernant
les règles applicables en matière de congé religieux, la fédération considère
que la possibilité d'une contrepartie possible de la part d'un membre du
personnel est un pas dans la bonne direction. Toutefois, la formulation
de cet
article devrait être renforcée de manière à permettre l'imposition d'une
telle contrepartie lorsqu'elle est possible et non seulement prévoir la possibilité
de la considérer.
Finalement,
concernant la période transitoire applicable à l'interdiction du port d'objets
et de signes religieux par les
membres du personnel, la fédération est d'avis, sous réserve de la position
exprimée plus tôt, que les commissions scolaires devraient être autorisées à prolonger la période
transitoire de quatre années supplémentaires, comme il est prévu pour les collèges et
les universités.
En terminant, nous
tenons à réitérer le rôle fondamental de l'éducation dans le processus
d'intégration des immigrants à la société québécoise et le rôle clé des commissions
scolaires dans ce contexte. La
fédération tient également à réitérer
son appui au principe de ce projet de
loi même si elle considère que
certaines dispositions devraient être revues puisqu'elles
seraient difficilement applicables dans le réseau scolaire. Je vous remercie.
Le Président (M.
Ferland) : Je vous remercie. Merci, Mme Bouchard. Maintenant,
nous allons à la période d'échange. Et je cède la parole à M. le ministre pour
un temps de 22 min 40 s.
M. Drainville : Merci pour votre mémoire et votre présentation.
On va y aller tout de suite avec un extrait de la page 15 de votre
mémoire où vous vous réjouissez du fait que le projet de loi n° 60 propose
des balises pour gérer les demandes
d'accommodement religieux. Et là vous dites, donc, que cette idée, donc, de
faire de l'égalité hommes-femmes un critère incontournable,
dirions-nous, vous vous réjouissez de ça. Là, je cherche la page 15, voilà.
Alors :
«Par ailleurs, la référence au droit à l'égalité entre les femmes et les hommes
est fondamentale puisque les problèmes
qui nous sont rapportés par les écoles et les centres de formation portent
souvent sur cette question. En effet, plusieurs demandes d'accommodement
présentées pour des motifs de nature religieuse ou culturelle l'ont été avec l'objectif d'obtenir soit une séparation physique
des hommes et des femmes ou afin d'éviter de devoir traiter d'une
question avec une femme.»
Est-ce
que vous pouvez nous préciser un petit peu ce que vous voulez dire, quels sont
les types de demandes que vous
recevez qui vont, donc, à l'encontre du principe de l'égalité entre les hommes
et les femmes? Est-ce que vous les avez répertoriés? Et quelle est la réaction de vos directions d'école… ou vos
directions de commission scolaire, dis-je, et des enseignants lorsqu'ils
reçoivent ces demandes dans les semaines ou les mois qui suivent?
Mme Bouchard (Josée) : Parce que, M. le Président, vous savez, depuis
une vingtaine d'années, nous autres, en fait, on a vraiment le devoir
d'accommoder, comme on dit, c'est le signal qu'on a, puis on travaille vraiment
dans ce sens-là. Et les cas auxquels fait
référence M. le ministre, c'est essentiellement des cas où, par exemple, le
père d'un élève a besoin de parler à une direction d'école, mais qui est
féminine, et, dans sa pratique, dans sa croyance religieuse, il ne peut
s'adresser à une femme en autorité, donc il demande à ce qu'il puisse échanger
avec un homme.
je vais vous dire qu'actuellement, en fait, ce qui nous a été rapporté dans ce
qu'on réussit à trouver comme accommodement, le plus souvent, c'est lorsqu'il y
a un adjoint masculin à la direction de l'école,
c'est l'adjoint, par exemple, qui va faire la rencontre. Dans le cas où il n'y
en a pas du tout, bien, là, écoutez, comme on dit, il y a une réflexion à faire de la part du parent comme tel. Et
c'est pour ça qu'on dit — ça fait longtemps qu'on le demande : On veut des
balises claires qui vont faire en sorte qu'on n'ait pas à vivre des choses
comme ça, à négocier à toutes les fois au Québec. C'est très difficile pour les
directions d'école. Est-ce que vous voulez ajouter des choses?
Mme Bouchard
(Josée) : Oui.
M. Drainville :
Si je comprends bien, en tout cas, par le ton de votre propos, c'est que ça… En
tout cas, personnellement, je pense que ça vous heurte un petit peu. Je pense
bien décoder votre…
Mme Bouchard
(Josée) : Vous décodez bien.
Mme Bouchard
(Josée) : Vous décodez très bien.
M. Drainville : Et ce que je
comprends aussi, c'est que, dans certains cas, ça heurte également la direction
d'école qui se fait demander ça. En général, ce sont des femmes directrices
d'écoles qui se font demander ça par des papas. Et ce que vous nous dites, c'est :
Comme il n'y a pas de balises claires, on accommode, donc on
essaie de trouver un adjoint masculin
à qui le papa va s'adresser possiblement en présence de la directrice qu'il ne
regarde pas, à qui il ne s'adresse pas, qui n'existe pas pour lui.
Exact?
Mme Bouchard (Josée) : Absolument.
Drainville : Et ce que vous décodez dans le projet de loi n° 60, c'est : Enfin un
signal clair qu'à l'avenir on ne sera plus obligés d'accepter ça. Exact?
Mme Bouchard (Josée) : Absolument.
Drainville : Moi, je
vais vous dire… Puis on va parler des autres points où vous êtes moins d'accord
avec nous, là, faites-vous en pas, là. Je suis conscient et je n'essaie pas
d'inventer un appui inconditionnel au projet
de loi n° 60 que vous ne donnez pas. Mais, je dois vous dire, sur cet
aspect-là, je trouve que vous faites tellement la démonstration de la
nécessité de ces balises-là. Parce que parfois on se fait dire : Il n'y en
a pas, de problème; lâchez-nous, il n'y en a
pas, de problème. Et nous, on dit qu'il y en a un… enfin, on dit qu'il y en a
plusieurs. Et moi, je suis assez renversé
qu'on soit obligés de déposer un projet de loi pour que nos directions d'école
mettent leurs pieds à terre, pour
enfin qu'elles obtiennent le cadre légal qui va leur permettre à l'avenir de
mettre leurs pieds à terre. Moi, bien,
je suis un peu découragé, je dois vous dire, parce que je me dis : Comment
ça se fait que, dans une société
comme la nôtre, on soit arrivés là, en fait? Vous devez vous poser la même
question.
Mme Bouchard (Josée) : Je peux vous
donner aussi un autre exemple auquel on fait aussi référence dans le mémoire.
Vous savez, quand on dit... On parle, par
exemple, des congés, là, autrement dit, où le fondement est religieux,
là, les congés qui sont demandés par notre personnel. Les gens ont dit :
On salue le fait qu'effectivement le projet
de loi aborde ça, mais, en fait, on
vous lance aussi un message supplémentaire, allez donc un petit peu plus loin, considérez
que ça laisse encore une marge de
manoeuvre. De dire que, ça, là, non,
c'est quelque chose qui ne se négocie pas, ça, ça aiderait énormément parce que, là, c'est de la gestion à la
pièce, commission scolaire par commission. Puis, considérez, ça laisse
encore une marge de manoeuvre.
Et vous savez
que, si on est dans ce mode-là aussi d'accommodement, puis de tous les travaux
qu'on a faits, puis précédemment
aussi… Le parti de l'opposition, hein, lorsqu'il était au pouvoir aussi a tenu
une commission parlementaire aussi
là-dessus avec un projet de loi. On a toujours eu ce même message d'importance
de bien baliser. Ça, c'est extrêmement important. Et pourquoi c'est
important effectivement de légiférer autour de ça? C'est parce qu'aussi il faut être conscients que notre Charte canadienne
des droits et libertés, elle est basée aussi sur la liberté de religion
ici. Donc, c'est ça qui nous amène à des
contestations aussi judiciaires. On a besoin de protéger, dans le fond, nos
institutions par rapport à ça.
Drainville : La charte le fait dans le cas des demandes
d'accommodement qui briment l'égalité hommes-femmes…
Mme Bouchard (Josée) : Oui.
Drainville : …et elle le fait, dans votre esprit, en matière de congés religieux. Juste avant qu'on aille plus loin sur la question des signes religieux, où effectivement vous n'êtes, disons, pas tout
à fait d'accord avec ce qu'on
propose, je veux juste… Sur la question
des accommodements et de l'égalité
hommes-femmes, est-ce qu'on a une idée de… Tu sais, est-ce que ça vous arrive, je ne sais pas, moi, à chaque semaine,
à chaque mois qu'on vous rapporte des cas comme ça? Y en a-tu beaucoup?
Puis y a-tu moyen de savoir combien il y en a?
Mme Bouchard (Josée) : Alors,
d'abord, puis ça, je pense qu'on l'a écrit quelque part, on n'a pas colligé ça simplement parce que ça ne fait pas… on n'a pas le
droit de faire ça. On n'a pas le droit de faire ça à l'embauche, et
puis, si on le faisait aussi, on se le ferait reprocher.
M. Drainville : Oui, mais,
sur les demandes de parents.
Bouchard (Josée) : Et, sur
les demandes, on n'a pas de statistiques précises là-dessus. Mais, écoutez, nos présidents des commissions scolaires, qui sont très concernés par ces questions-là,
nous ont quand même dit que ce n'était
pas quelque chose de très fréquent, là. Ça, je
peux juste vous dire ça. Est-ce
que…
Mme Gagnon
(Pâquerette) : Mais peut-être
une précision, si vous permettez, M.
le Président, M. le ministre. Sans l'avoir répertorié, à
plusieurs reprises depuis, je dirais,
une bonne décennie, là, on en parle, de cette question-là. On a fait
partie des
travaux avec la commission… c'est-à-dire Bergman Fleury, et le mot d'ordre dans le
réseau public de l'éducation, c'est : On accommode, on accommode, on met… La primauté sur les
services aux élèves, c'est la qualité du service. Donc, ça se règle…
M. Drainville : On accommode
le parent?
Mme Gagnon
(Pâquerette) : Bien…
M. Drainville : On accommode
le parent, là.
Mme Gagnon
(Pâquerette) : On va
accommoder, quand c'est possible, le parent. Quand c'est possible, on va
l'accommoder.
Drainville : O.K. Alors, disons qu'il y a deux femmes, une
directrice, puis son adjointe, c'est également
une directrice. Puis le papa, il ne veut pas rencontrer de femme. On fait quoi?
Mme Gagnon
(Pâquerette) : Probablement que le parent n'aura pas un accommodement qui va être pour lui.
Ce n'est plus raisonnable pour nous parce qu'on ne pourra pas faire venir une
autre personne, une autre direction d'une autre municipalité. Parfois, on a 20,
25 kilomètres. On ne le fera pas. En général, on trouve une solution.
M. Drainville : Oui. Mais on
se comprend que ce n'est pas raisonnable.
Mme Gagnon (Pâquerette) : Tout à
fait.
Drainville : Non, mais ce n'est pas raisonnable de le
demander, même s'il y
a un homme adjoint, là, ce
n'est pas raisonnable. Bon.
Mme Bouchard (Josée) : Ce n'est pas
raisonnable au Québec.
Mme Gagnon
(Pâquerette) : Mais on a
toujours gardé la philosophie d'essayer le plus possible d'accommoder.
M. Drainville : Oui. Bien, on
est allés trop loin là-dedans. C'est clair. Maintenant, sur la question des
congés religieux, est-ce que c'est davantage étayé, est-ce que c'est davantage
quantifié?
Tremblay (Bernard) : Il n'y a pas eu de recensement récent de fait à
l'ensemble du réseau scolaire. Je vous dirais
qu'évidemment c'est une réalité dont on entend plus parler dans la grande
région de Montréal. Et on sait effectivement
que des commissions scolaires, comme la commission scolaire de Montréal, la
commission scolaire Marguerite-Bourgeoys,
ont quand même recensé, je vous dirais, plusieurs centaines, là, de demandes de
congé annuellement. Je ne suis pas en
mesure de vous donner un chiffre précis, mais c'est quand même un phénomène
suffisamment important chez eux. Et
c'est pour ça qu'on l'avait mentionné à plusieurs reprises, hein, dans le cadre
la commission Bouchard-Taylor et dans
le cadre de la commission parlementaire sur le projet de loi n° 94, de ce
besoin-là pour nous d'avoir, encore une fois, des balises sur l'octroi
de congés pour fête religieuse.
On nous a souvent répondu que c'était un
phénomène plus spécifique à l'éducation. Oui, notre calendrier de travail, il est basé sur un calendrier religieux,
mais il demeure quand même que, pour nous — et c'est
pour ça qu'on salue le projet de loi — pour nous, on répond enfin à quelque chose
qui doit être universel. C'est-à-dire, l'octroi de congés pour fête
religieuse, ce n'est pas spécifique à l'éducation, et on devrait avoir un
régime qui est commun à l'ensemble des employés
et à l'ensemble des employeurs du Québec. Et c'est pour ça qu'à ce titre-là on
est heureux évidemment qu'on en traite dans le cadre du projet de loi.
On aurait souhaité, comme le disait Mme
Bouchard, qu'on aille un petit peu plus loin, qu'on vienne vraiment camper
fermement l'idée d'une contrepartie qui peut être exigée par l'employeur parce
que, dans le fond, dans les centaines de cas
que je mentionne, là, qui sont répertoriés annuellement, même si je n'ai
pas un chiffre précis, il reste que les
gens nous témoignent, dans les commissions scolaires, qu'il y a un fort
sentiment d'iniquité chez le personnel entre les gens qui n'ont pas le
droit de bénéficier de ces congés-là et ceux qui y ont droit. Hein, vous savez,
un enseignant est payé pour 200 jours
de travail par année, alors, si je suis un enseignant, j'offre mes
200 jours de prestation de travail et que je suis un autre enseignant à côté et que j'en offre 195, 192, bien,
évidemment, pour les gens, il y a une iniquité, là, qui est difficile à
accepter.
Le Président (M. Leclair) :
Merci, M. Tremblay. Alors, M. le ministre, la parole est à vous.
Drainville : Nous, en
tout cas, je vais vous dire, on a plusieurs témoignages, nous, de gens qui nous
disent à quel point c'est frustrant, à quel
point ça suscite vraiment, au quotidien, dans le fonctionnement des écoles, des
frustrations parce que, comme vous le dites,
il y a un sentiment d'iniquité qui est vécu par certains enseignants qui voient
de leurs collègues obtenir, dans le
fond, plus de congés payés à cause de leur religion. On s'entend là-dessus?
O.K. Puis, vous dites, l'encadrement qu'on propose, c'est un pas dans la bonne
direction, même si vous souhaiteriez que ça aille encore un petit peu plus loi,
comme vous le disiez, Mme Bouchard.
Parlons des
signes religieux. Alors, je suis sûr que vous avez été bien «briefée», Mme
Bouchard. En général, vos interventions sont bien documentées puis, je
pense, vous êtes une femme qui fait ses devoirs. Et donc on a dû vous dire qu'il y avait eu plusieurs
témoignages qui nous avaient été livrés ici, qui viennent de toutes sortes d'horizons, mais la trame, l'espèce de ligne de force de
plusieurs de ces témoignages-là, c'est que le rapport entre le citoyen…
ou le rapport entre l'usager et la personne
qui porte un signe religieux peut vraiment remettre en question la confiance
que l'usager
peut avoir envers le service qu'il reçoit de l'État. Alors, ça peut être la
remise en… Il peut se sentir jugé ou
condamné dans son orientation sexuelle. Il peut se sentir jugé ou condamné dans
sa façon de s'alimenter. L'enfant, voyant un signe religieux, peut…
Je vous donne
l'exemple. Par exemple, il y a deux femmes qui ont travaillé pour la DPJ
pendant plus de 10 ans, qui sont
venues nous dire : Écoutez, imaginez une adolescente, par exemple, qui est
soumise à des pressions dans son milieu familial, des pressions… en
fait, des violences liées à l'honneur, hein, et cette jeune femme, cette
adolescente cherche de l'aide là où elle
peut en trouver. Elle ne peut pas en trouver à la maison parce que les parents,
par exemple — ou
le père — la
soumettent à des pressions.
Alors, elle
se retrouve à l'école. Elle aimerait pouvoir en parler avec son enseignante,
sauf que l'enseignante porte un signe religieux de la même religion que
sa famille, et cette adolescente-là, donc, craint, dans le fond, de se confier à l'enseignante… ou ça pourrait être une psychologue,
également, dans l'école, peu importe, mais elle craint de se confier à cette personne qui porte un signe religieux, donc
qui affiche ses convictions religieuses, parce qu'elle a peur, dans le
fond, de se faire dire : Regarde, tu n'as pas raison. Et donc, la relation
de confiance… Il peut y avoir…
Dans le fond,
cette jeune femme-là peut vivre un conflit entre les valeurs culturelles ou
religieuses de sa famille et, je
dirais, les valeurs que nous, comme société, on essaie de mettre de l'avant, de
cultiver, de renforcer, qui est notamment celui du droit à l'égalité pour une jeune femme comme elle, de vivre,
par exemple, un amour interdit ou de se sentir obligée de porter un signe religieux alors qu'elle ne le souhaite pas.
Bon. Il y en a eu, des cas comme ça. Alors, tout ça pour vous dire que le port de signes religieux,
c'est très clair, peut, dans certains cas, miner la relation de confiance.
Et moi, je me dis : Je suis certain,
Mme Bouchard, que vous êtes sensible à ça. Je suis certain que vous êtes
sensible à ça. Et donc je me
dis : Est-ce que ces cas-là ne justifient pas l'interdiction de porter des
signes religieux pour le personnel scolaire?
Mme Bouchard (Josée) : Alors, M. le
Président? C'est avec beaucoup de plaisir que je vais vous répondre, M. le ministre. C'est sûr que Josée Bouchard, la
femme, elle a son idée. Et Josée Bouchard, la présidente de la
Fédération des commissions scolaires du
Québec, a évidemment mis ce projet de loi au jeu avec l'ensemble de ses
présidents. Et les présidents,
écoutez, avaient toutes sortes d'opinions sur les signes ostentatoires. On a
tous vécu ça dans nos milieux de travail, dans nos familles, avec nos
amis, tout ça. Et c'est pour cela que vous ne retrouvez pas dans notre mémoire
de position ferme sur : On est-u d'accord avec le hijab, avec le niqab,
avec la croix, telle grosseur, tout ça? Vous n'en voyez pas parce que…
D'ailleurs,
on fait un lien avec ça dans le cadre de notre mémoire, en disant :
Regardez, déjà, là, de la façon que c'est
là, on craint que ça va être difficile, la gestion de tout ça dans nos écoles,
que la décision repose sur les directions d'école, sur les enseignants. C'est pour ça qu'on dit : Si
effectivement le gouvernement décide d'aller de l'avant avec le projet de loi, s'il vous plaît, soyez le plus
clair possible pour que ce soit le plus facilement gérable possible. Je m'attendais à ce qu'aussi vous me posiez la
question : Il y a comme une contradiction, là, tu sais, vous êtes
d'accord avec visage découvert, mais, là, dans le fond, le hidjab, ça veut dire
que c'est à visage découvert, il y a un
foulard qui se porte à visage découvert, mais, en même temps, vous nous dites,
Mme Bouchard, que vous êtes pour le principe de l'égalité hommes-femmes
quand on sait qu'il y a des femmes peut-être qui portent ces vêtements-là puis
qui ne sont peut-être pas dans un vécu d'égalité hommes-femmes. Puis l'exemple
que vous m'apportez, c'est ça.
Mais la fédération, en fait, le conseil général
a décidé de plutôt mettre de l'avant justement toute, je dirais, cette
importance qu'il faut considérer dans le projet de loi par rapport au principe
à protéger, hein, à faire prévaloir, l'égalité
hommes-femmes, et en même temps de dire : Écoutez, nous, on n'a pas envie
de trancher, hein, c'est quoi qui va être
acceptable ou pas acceptable. On vous demande effectivement de faire cette
réflexion-là puis d'équiper notre monde sur le terrain pour que ça puisse être gérable puis surtout aussi, si je
pousse le raisonnement encore plus loin, pour ne pas qu'on se retrouve
aussi avec un paquet de griefs ou de contestations qui vont faire qu'on va
avoir des coûts astronomiques.
Vous avez vu, nous autres, c'est notre pratique,
là, qui parle. On l'a vécu puis, nos commissions
scolaires, là, Marguerite-Bourgeoys puis des Chênes, ils n'ont jamais
eu de support de la part du gouvernement au niveau financier, pour financer ça, toutes ces contestations-là. Dans
le cas de des Chênes, de la région de Drummondville, c'est un cours Éthique et culture religieuse qui
nous vient du gouvernement, qui fait
partie du régime pédagogique, ce
n'est pas la décision de la commission scolaire des Chênes de l'avoir donné,
puis il y a eu une contestation, puis ça leur a coûté 500 000 $. Des Chênes, c'est la région de Drummondville,
là, ce n'est pas une grosse commission scolaire, là. Ça fait que c'est
tout ça, là, que je dis.
Drainville : Quand
vous dites que vous souhaiteriez... Il me reste seulement quelques minutes.
Quand vous dites : Si vous êtes
pour aller de l'avant avec la restriction sur le port des signes religieux,
assurez-vous que ce soit clair, moi, je trouve qu'on est plutôt clair,
c'est-à-dire qu'on ne commence pas à s'enfarger dans : Tel signe est
permis puis tel autre n'est pas permis, puis tati, puis tata. On dit :
Regardez, à partir du moment où vous travaillez dans le service public, vous devez garder pour vous vos convictions
religieuses, donc il n'y en a pas, de signes religieux ostentatoires.
Moi, je trouve ça pas mal clair, mais visiblement, ce n'est pas tout à fait
votre avis. Qu'est-ce que vous souhaiteriez de plus pour clarifier encore
davantage l'interdiction de porter un signe religieux? Qu'est-ce que vous
aimeriez de plus pour clarifier ça?
Mme Bouchard (Josée) : Alors, je
vais demander à Me Tremblay d'ajouter...
Tremblay (Bernard) : Évidemment, pour nous, la difficulté est en lien
avec l'article 14, hein, beaucoup plus, hein, c'est le fait de devoir procéder à un dialogue et qu'on y fasse
référence, à l'article 14, à des mesures disciplinaires. Alors, dans le processus,
là, que vous connaissez, là, de relations de travail, la notion de dialogue est
nouvelle. On sait que, est-ce qu'on aura assez dialogué dans un cas x,
pas assez dialogué dans un cas y, quels seront les éléments de ce dialogue-là,
le projet de loi évidemment n'en traite pas. Et on imagine facilement la longue
jurisprudence et les coûts astronomiques qu'on va devoir supporter pour définir
cette notion-là. Tout comme le fait de référer à des mesures disciplinaires, pour nous, nous embête, parce que,
pour nous, on comprend que, si, donc, la décision du législateur était
de prévoir, là, que les signes ostentatoires
ne doivent pas être présents dans... chez le personnel de l'État, on se dit que
ça devrait être une exigence de l'emploi, un
peu comme ne pas avoir d'antécédents judiciaires, dans les commissions
scolaires, c'est une exigence de l'emploi.
Et, dans ce contexte-là, on voit mal qu'on se place dans un processus de
gradation des mesures disciplinaires,
donc un dialogue qui implique une sanction qui implique un autre dialogue qui
implique une deuxième sanction plus
sévère. Et c'est ça qu'on décode dans l'article 14, qui nous inquiète et qui
fait en sorte que, pour nous, ça devient
très lourd d'application, et qu'on critique, dans le fond, par notre
commentaire sur l'article 5 et l'article 14. On critique plus le
caractère d'applicabilité de cette mesure-là que le fondement même, dans le
fond, sur lequel on ne se prononce pas, comme disait Mme Bouchard.
M. Drainville :
Il ne doit pas me rester grand temps, mais je veux juste vous dire...
Le Président (M.
Ferland) : ...
Le Président (M.
Ferland) : Deux minutes.
M. Drainville :
Merci, M. le Président, vous êtes généreux. Dans notre esprit, puis s'il faut
resserrer — comment dire? — la formulation, le
libellé, on le fera, mais, dans notre esprit, le processus de dialogue ou le
moment de dialogue, il précède le processus
disciplinaire. Il n'y a pas de dialogue, processus disciplinaire, on retourne
au dialogue. Voyez-vous? Et ça s'inspire,
soit dit en passant, de ce qui a été tenté dans les écoles françaises...
publiques françaises, ça a plutôt
bien fonctionné là-bas. Alors, c'est ça, l'idée. Nous, on ne fera pas
du… comment dire, on retourne au dialogue. L'idée, c'est : La
loi, on se donne un an, la loi entre en vigueur et là on s'assoit avec les
personnes concernées, et puis, là, bien, avant d'arriver dans le processus
disciplinaire, on veut d'abord en discuter.
Président (M. Ferland) : M. le ministre, le temps est écoulé. Je dois aller du côté de
député de LaFontaine, pour un temps de 18 minutes.
Tanguay : Merci beaucoup, M. le Président. Merci à vous quatre d'être présents, présentes aujourd'hui pour répondre à nos questions. Merci d'avoir rédigé le mémoire. Et je vais
essayer d'être efficace, nous n'avons que 18 minutes, et je sais que mes
collègues auront des questions pour vous, notamment au niveau des
accommodements que l'on veut raisonnables, et des balises, et du débat qui
avait eu lieu lors du projet de loi n° 94, en 2010.
J'aimerais revenir,
donc, sur l'article 5. On vient d'entendre le ministre faire état de malaise
pour une personne à la vue d'un signe
religieux. Et on voit que le ministre développe la logique : un malaise à la vue
d'un signe religieux ne devrait pas exister, pas de signe, pas de
malaise, alors que l'on sait qu'un signe religieux, une croyance religieuse, c'est un motif de non-discrimination,
on ne peut pas discriminer. Et toute personne pourrait avoir des
malaises liés à un motif de non-discrimination, et ça ne serait pas en faisant
disparaître cet élément-là que l'on serait justifiés de dire : Bien, pas de motif de discrimination présent, donc, pas
de malaise, j'ai fait avancer la société. Je pense qu'on n'est pas du tout dans le bon paradigme, alors que vous en faites état,
la diversité au Québec, et c'est une richesse, nous devons, évidemment,
faire en sorte que les enfants, les élèves puissent y voir là une richesse et
puissent l'accueillir.
Vous faites
référence, à la page 11 de votre mémoire, au niveau du port de signes religieux
et vous dites carrément :
L'article 5…
Et 80 % et plus de la charte déposée, nous sommes d'accord, on veut faire avancer le Québec. Vous
avez mis le doigt :
L'article 5, interdiction de port de signes religieux,
nous sommes contre, parce que contre la liberté de conscience et de
religion. Et votre recommandation 4, vous, la Fédération des commissions
scolaires du Québec, recommande qu'il soit retiré, tout simplement.
J'aimerais vous
entendre sur la phrase suivante : «Alors que le milieu scolaire a réussi,
au fil des ans, à gérer efficacement cette problématique dans le respect des orientations
véhiculées par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport...»
J'arrête là, la citation de la phrase. Pouvez-vous nous parler, pour les gens
qui nous écoutent à la maison, de ce que sont ces orientations? À quoi
faites-vous référence ici?
Mme Bouchard
(Josée) : Pouvez-vous répéter la dernière phrase?
Tanguay : Oui. Lorsque vous parlez, à la page 11 de votre
mémoire, d'«orientations véhiculées par le ministère de l'Éducation», à
quoi faites-vous référence ici?
M. Tremblay (Bernard) : Finalement,
un peu comme le disait, donc, Mme Gagnon il y a quelques minutes, il faut se rappeler que, depuis 20 ans,
effectivement, le message, je dirais, général au Québec, hein, c'était de
favoriser les accommodements. Donc, évidemment, en milieu scolaire, on l'a
beaucoup favorisé et c'est sûr qu'on a travaillé dans cette
perspective-là. Les exemples que Mme Bouchard et Mme Gagnon vous ont donnés
tout à l'heure, par rapport à, entre autres,
des directions d'écoles, bien c'était le message qui était transmis, sans que
ce soient des orientations. Là, on ne
parle pas ici d'orientations nécessairement écrites toujours, mais c'était
l'esprit dans lequel l'ensemble, je pense, des institutions, là,
publiques travaillait. Et là, effectivement, donc, on a appris à travailler
dans cette perspective-là. Je pense que c'est à ça qu'on fait référence ici,
dans notre mémoire.
M. Tanguay :
Toujours en mettant de côté le débat, je laisserai mes deux autres collègues
poser des questions là-dessus, au niveau des balises aux accommodements,
nous sommes tous d'accord pour clarifier le tout.
Page 12, vous
dites : «Les commissions scolaires qui emploient un nombre important de
personnes portant des signes religieux ostensibles, notamment dans la
grande région de Montréal…» Donc, il y a déjà des commissions scolaires qui emploient, vous dites «un nombre
important de personnes portant des signes religieux ostensibles,
notamment dans la grande région de
Montréal». Les enfants, les élèves qui sont assis sur les bancs d'école, face à
de tels professeurs, sont-ils en péril? Parce que le ministre, il voit
une urgence et un péril.
Bouchard (Josée) : Les
enfants ne sont pas en péril. Non. En fait, il faut rassurer tout le Québec sur
le fait que, écoutez… De toute façon,
nos enseignants n'ont pas à parler de leurs croyances religieuses ou… de toute
façon, on ne tolérerait pas ça, hein, dans nos institutions. Mais,
écoutez, sur toute cette question encore des signes ostentatoires, je vous le
rappelle, nous, on ne veut pas commencer à discerner qu'est-ce qui devrait être
permis, non-permis.
En fait, ce
qu'on recherche, dans le fond, et je pense que ce que le gouvernement devrait
rechercher, c'est vraiment la bonne…
en fait, les bons libellés qui vont faire en sorte qu'on ne se retrouvera pas
avec des problèmes de jurisprudence après,
des poursuites légales, et tout ça. Dans le fond, je dirais que c'est le fond aussi de notre présentation, ce
n'est pas d'être contre quelque chose, c'est vraiment d'allumer une lumière
puis de dire : Nous autres, à la lumière de
notre vécu sur le terrain puis avec ce qu'ont vécu certaines commissions scolaires, bien, si le gouvernement du Québec
décide de se donner, justement, une charte des valeurs, bien, soyons certains,
là, qu'on ne mettra pas le monde dans le
trouble, comme on dit en bon québécois, puis qu'on ne se retrouvera pas avec un bon
nombre de poursuites puis des coûts associés à ça. Oui, Mme Gagnon, peut-être,
pourrait ajouter quelque chose.
Mme Gagnon
(Pâquerette) : Je veux juste
préciser et rappeler qu'en 2006 on a participé à d'importants travaux, un comité qui s'est appelé le Comité
consultatif sur l'intégration et l'accommodement raisonnable en milieu
scolaire, Bergman Fleury, et, ce rapport-là,
on a vraiment travaillé pour donner des balises pour avoir un cadre de
référence. Bien sûr, accommodement pour des élèves, mais ce qu'on dit,
c'est que, s'il y avait une application d'un projet de loi de cette sorte, il faudrait avoir des balises claires pour
le personnel, pour les élèves pour empêcher que ce soit le milieu
scolaire qui ait une bureaucratie
extraordinaire à faire là-dedans, une gestion de conflits très difficile. C'est
de ça qu'on parle, dans le fond, on
dit : On veut des balises claires, un cadre de référence. Je finis en
disant que les fameux travaux n'ont jamais été publiés, ils ne sont jamais sortis du ministère de l'Éducation, ces
travaux-là, et on y a travaillé plus de deux ans. Alors, où sont-ils?
Qu'est-ce qu'on en a fait? Mais il y avait là des recommandations extrêmement
intéressantes.
M. Tanguay : …témoignage. Et
je veux, encore une fois, laisser du temps à mes collègues. On pourrait en
discuter longuement. Et d'où peut-être, et vous m'excuserez, l'aspect un peu
télégraphique de mes questions parce qu'on
manque de temps. Mais je vous invite à le faire et sinon à préciser ce qui ne
serait pas votre pensée si je vous
avais mal compris. Une commission scolaire, à l'heure actuelle, notamment de la
région de Montréal, embauche et a à son service des enseignants et des enseignantes qui ont des signes
religieux. Basés sur votre expérience de décennies — vous
représentez 60 commissions scolaires — pouvez-vous nous dire
aujourd'hui si, oui ou non, les enfants qui assistent à de tels cours ont une carence ou pourraient être mis en péril quant à
leur développement, directement ou indirectement, et quant à leur
passage académique?
Bouchard (Josée) : Bien,
non. Puis je suis un petit peu perdue, mais je pense que, dans le fond, je
pense que ce n'est peut-être pas le meilleur angle pour attaquer, je dirais, le
projet de loi. De toute façon, on le sait,
là, que ce n'est pas ça, que ce n'est pas ça qui se passe, là, dans nos écoles.
Comme vous le disiez, il n'y a pas… C'est vrai qu'il n'y a pas de péril en la demeure, mais ça ne veut pas dire
qu'il n'y a pas des situations qui sont problématiques puis qui méritent
vraiment d'y apporter une attention puis surtout, comme on le disait, des
balises claires. Puis on l'a fait… On l'a dit aussi, lorsque votre parti était
au pouvoir, avec Mme Weil comme ministre, aux travaux de Bergman Fleury, là, puis, comme disait Mme Gagnon, ça
concernait les élèves. Me Guimont y participait, d'ailleurs, à ces
travaux-là.
Alors, voilà,
c'est ça, l'idée, soyons sages, soyons… Nous sommes tous des élus, des
représentants de la population, le but, il
ne faut surtout pas, vous avez raison, là, il ne faut pas alarmer la
population, là, on n'est pas à feu et à sang
au Québec, là, puis la Fédération des commissions scolaires du Québec, ce n'est
pas ça qu'elle dit non plus dans son
mémoire. Mais la Fédération des commissions scolaires du Québec, c'est qu'elle
reconnaît qu'il y a effectivement des
problématiques, effectivement qu'on collige, forcément, là, par toutes sortes
de… bien, de griefs, bon, ou de
situations qu'on a à régler et qui démontrent qu'effectivement on a besoin de
balises, de balises claires.
M. Tanguay :
Merci beaucoup, Mme Bouchard. Vous êtes présidente, donc, de la Fédération des
commissions scolaires du Québec et vous avez dit, avec le sourire dans la voix,
que ce n'est pas l'angle pour attaquer le projet de loi n° 60. Vous avez tout à
fait raison parce que c'est l'angle pris par certaines personnes pour justifier
l'interdiction mur à mur de port de signes
religieux du secteur public, parapublic et de tout le corps professoral et
celles et ceux qui travaillent au sein de nos
établissements d'enseignement. C'est justement… Et je vois votre réaction très claire et nette qui fait en sorte que vous êtes
partie à rire spontanément. C'est un argument central notamment du
ministre et de certaines personnes qui sont venues témoigner ici en disant qu'il y avait péril en la demeure et qu'on devait
justifier l'interdiction mur à mur par cet élément-là. Vous avez référé à ma
collègue, je vais laisser ma collègue poser des questions. Merci beaucoup.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, Mme la députée Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Weil : Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Ferland) :
Il reste environ 8 minutes.
Mme Weil : Mme Bouchard, Mme Gagnon, Me Tremblay, Me
Guimont, merci. Alors, on se revoit trois ans plus tard, et ce que je trouve intéressant, c'est que tous les points essentiels
de 94, vous êtes toujours d'accord avec ça. On avait fait la promotion de balises claires, vous aviez
souligné les problématiques, et on était très ouverts à ça, et donc il y
avait une suite à tout ça, puis on allait s'adresser à ça. Neutralité
religieuse de l'État, vous étiez tout à fait en accord pour qu'on l'inscrive,
et le visage découvert. Et je vois que vous êtes aussi d'accord avec la
position qu'on avait alors, qu'on ne pouvait
pas voir d'interdiction mur à mur. J'étais accompagnée par les juristes du
ministère de la Justice. Les opinions juridiques
étaient très claires, parce qu'à l'époque c'était la même division, même
division : ceux pour l'interdiction mur à mur et ceux qui disaient
que ça allait contre la Charte des droits et libertés. Nous voilà trois ans
plus tard, et vous avez la même position.
C'est un peu frustrant parce qu'on aurait pu avancer beaucoup. On aurait pu
maintenant avoir ces balises dont
vous faisiez état à ce moment-là. On les aurait en place, là, si on avait
avancé. Et, si, à l'époque, l'opposition avait voulu aller de l'avant
avec des balises claires, on était là.
J'aimerais
vous entendre sur l'inapplicabilité. Parce qu'on a deux juristes ici, de votre
organisation, et ce serait intéressant
parce que je vous dirais qu'il y a beaucoup de gens qui font ce commentaire. Il
y a des expériences en Europe justement qui ont fait des études sur des
projets de loi… des lois très, très semblables, à Berlin. Ils ont été inondés… Je
comprends que vous ne vouliez pas aller sur le fond de la chose, mais sur
l'impact d'une loi semblable, et vous parlez
d'inapplicabilité. Et donc ils ont été inondés de plaintes de discrimination à
l'emploi. J'aimerais vous entendre,
si vous pourriez aller un peu plus loin sur cette question-là, les coûts et les
entraves à votre fonctionnement quotidien de faire face à ces plaintes qui
vont certainement suivre. Vous êtes des juristes, vous le savez, l'opinion du Barreau, de la Commission des droits de la
personne, Louise Arbour, à peu près tous les juristes, même les juristes
lorsque j'étais ministre de la Justice allaient exactement dans le même sens.
Mme Bouchard (Josée) : Juste avant
de céder la parole justement aux deux maîtres, ici, présents, c'est ça, je crois que peut-être aussi la réflexion de départ,
en tout cas, ce qu'il était important de considérer, oui, au départ et qui
est à la source souvent des contestations judiciaires — vous
me direz si je suis dans l'erreur — mais, si, par exemple… on prend souvent l'exemple de la France, leur charte
est basée sur la neutralité, au départ, de l'État, donc, déjà, ça met la
table, alors qu'ici la charte canadienne est basée sur la liberté de religion.
Donc, déjà, ça crée des espaces différents. Oui?
Mme Weil : Juste pour clarifier, c'est plus
basé sur la laïcité, en France, la
loi sur la laïcité, mais la liberté de
religion existe dans les deux pays de
façon importante, autant en France qu'ici, mais leur cadre juridique est
légèrement différent.
Mme Bouchard (Josée) : …à Me
Tremblay.
Tremblay (Bernard) : Oui. Pour répondre à votre question, je vous
dirais, évidemment, le réseau scolaire, hein, c'est un gros réseau, hein, c'est 180 000 personnes. C'est un
réseau effectivement qu'on a incité à se diversifier et qui cherche à se diversifier en termes de provenance,
hein, des gens qui y travaillent. On a une
loi sur l'accès à l'égalité
en emploi qui est très lourde à gérer et qui nous oblige à procéder, donc, à
beaucoup d'accommodements. Alors, c'est sûr aussi qu'on a des organisations
évidemment qui sont fortement syndiquées. Vous le savez comme moi qu'il y a deux fédérations qui représentent le personnel
enseignant. Il y a d'autres personnels que le personnel enseignant, il
ne faut pas l'oublier. On parle beaucoup des enseignants.
Mais, si je prends les enseignants, juste à
titre d'exemple, une fédération qui est en appui à la charte, l'autre fédération qui est contre. Alors, de penser que
celle en particulier qui est contre… et même dans l'autre cas, il y aura
des griefs, il y aura des gens qui vont
contester, donc, cette charte, qui vont la contester sur la base de la charte
canadienne, de la charte québécoise, pour toutes sortes de raisons, qui vont,
donc, se présenter devant des arbitres de griefs qui vont devoir rendre des décisions qui vont, par la suite,
être portées en révision judiciaire, fort probablement jusqu'en Cour suprême. Alors, tout ce contexte-là, pour
nous, on y voit évidemment un impact important dans nos milieux en
termes de climat de travail, en termes de difficultés de gestion.
On parle de
directions d'établissement qui n'ont pas été recrutées pour gérer des conflits
juridiques, hein, qui sont là — et on le leur dit — pour
gérer évidemment la réussite éducative, aider évidemment la réussite éducative
et gérer la pédagogie. Et donc, c'est sûr que de leur demander, dans certains
cas, évidemment, ce n'est pas l'ensemble des
écoles du Québec, mais, dans certains cas, d'être au coeur de ces débats-là, de
gérer le fameux dialogue, qui est un concept
qui, selon nous, n'est pas clair, et de devoir procéder quand même
à un processus, là, de mesures disciplinaires qui peut être lourd et fastidieux… Et on a une jurisprudence abondante, en éducation, où on sait évidemment
ce que c'est que de mettre fin à un lien d'emploi dans le cadre des mesures
disciplinaires. C'est excessivement coûteux
et c'est excessivement long parce
qu'on a des organisations en face de nous qui ont les moyens évidemment de contester et de porter ces contestations à des
niveaux supérieurs, et, en plus de ça, donc, tout ça dans un contexte où il n'y
a pas un consensus social, là, absolu. Alors, c'est sûr que c'est sur cette
base-là que, nous on dit : De demander aux gestionnaires scolaires de
faire cette gestion-là…
je vous rappelle que, on le souligne dans notre mémoire, nous serons les
premiers à aller au bâton parce
que les universités, les hôpitaux auront un délai de grâce plus grand que nous.
Et donc nous serons les premiers à faire les frais — c'est
le cas de le dire — un
peu des tests, là, qui seront portés devant les tribunaux. Alors, c'est à ce
niveau-là qu'on parle d'inapplicabilité
dans le cadre actuel des choses. Et, comme le disait Mme Bouchard, on ne se
prononce pas sur pour ou contre, mais on se prononce sur le fait que, de
devoir appliquer ça demain matin, ce sera particulièrement difficile en éducation.
Mme Weil :
Ce qu'on remarque dans le cadre de cette consultation, c'est que la population québécoise
et les intervenants sont très, très
divisés sur cette question. Beaucoup sont contre l'interdiction. Même ceux qui sont
pour disent : Il vaudrait mieux scinder le projet de loi, aller sur
ce qui fait consensus, notamment les balises. Il y a tellement un consensus
là-dessus. Nous, ça fait au moins trois ans qu'on en parle
que des organismes veulent des balises claires pour aller de l'avant. C'est le plus important. Pensez-vous
que ce serait intéressant, qu'on devrait scinder pour adopter ce qui
fait consensus, la neutralité religieuse de l'État et des balises claires afin
d'aller de l'avant?
Mme Bouchard (Josée) : La fédération, vous comprenez, n'a pas réfléchi à cette
hypothèse-là. Alors, c'est vous, Mmes, MM. les députés, qui allez avoir
le plaisir de trancher cette question.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, merci. Il reste à peine 40 secondes, mais…
de Santis :
O.K. Alors, le ministre nous a dit que le projet de loi est clair. Sauf
que l'article 5 parle de signes ostentatoires. «Ostentatoire» n'a aucune définition encore. Il y aura des règlements du gouvernement qui vont
nous dire c'est quoi, un signe ostentatoire. Et ça va être encore à vous
de déterminer si, oui ou non, quelqu'un porte un signe ostentatoire. Ça va ajouter au débat et aux coûts. Ce qui m'intéressait
aussi, c'était de savoir, la politique de mise en oeuvre, pourquoi vous
étiez contre ça.
Mme Bouchard (Josée) : D'abord, parce qu'on pense qu'on n'a pas besoin
de légiférer là-dessus. On est capables de se donner nos propres
politiques. Voilà.
Mme Gagnon (Pâquerette) : C'est prévu dans la
Loi sur l'instruction
publique qui nous régit, que la commission scolaire peut se doter de
politiques de mise en oeuvre sur n'importe quelle loi au Québec.
Président (M. Ferland) : …met fin aux échanges avec la
partie
de l'opposition officielle. Je vais maintenant du côté de la députée de
Montarville.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci, M. le Président. Bonjour mesdames. Bonjour messieurs, merci pour votre mémoire. J'aimerais tout de suite vous amener à la
page 11. Je vous cite : «Bien que la fédération soit d'accord avec
le devoir de neutralité imposé au personnel du secteur public, elle juge
inapplicable l'article 5 dans le contexte scolaire.»
Et là vous nous donnez plusieurs exemples où ça a coûté très, très cher, entre
autres, pour le kirpan, la bataille juridique
qui a coûté 0,5 million. Et, plus bas, vous terminez en disant : «…il
nous semble irréaliste, considérant les coûts et les difficultés d'application, de demander maintenant aux gestionnaires
des établissements scolaires de faire respecter la règle prévue à
l'article 5…»
Alors,
pour le bénéfice des téléspectateurs, l'article 5, c'est l'article qui dit
justement : Interdiction de porter des signes religieux ostentatoires. Et vous nous dites dans votre mémoire
que cet article-là, vous voulez le voir disparaître. Alors, ce que je comprends de vos propos puis ce
que vous êtes venus nous dire, c'est que c'est strictement et principalement
avec l'applicabilité pour des raisons
monétaires que vous en avez contre l'article 5. Alors, ma question est la
suivante : S'il n'y avait pas de conséquences financières pour la
fédération, pour les commissions scolaires, est-ce que vous seriez pour
l'abolition ou l'interdiction du port de signes religieux dans les écoles?
Mme Bouchard
(Josée) : Je suis contente que vous me posiez cette question.
Mme Roy
(Montarville) :
Allez-y, Mme Bouchard.
Mme Bouchard (Josée) : Bien, la réponse, c'est : Bien oui, ça…
Écoutez… Mais le passé nous a démontré… Je vais être bien franche avec
vous. Le passé nous a démontré qu'à toutes les fois qu'on nous a dit :
Bien oui, on va s'occuper de ça — tu sais, là, croire quelqu'un
sur parole — ce
n'est pas arrivé. Si c'est ça, là, si c'est la volonté, donc, du gouvernement, inscrivez-le, soyez clairs, encore une fois, dans la loi, prévoyez des
dispositions qui vraiment
viendront encadrer, je dirais, le financement des coûts qui seront générés par
de futures contestations, par exemple.
Mme Roy
(Montarville) :
Donc, si je vous comprends bien, s'il n'y avait pas de conséquences financières
pour les commissions scolaires, vous
seriez pour l'interdiction du port de signes religieux dans les écoles pour le
personnel.
Gagnon (Pâquerette) : On a encore des nuances.
Mme Roy
(Montarville) :
Oui, allez-y, allez-y.
Mme Gagnon
(Pâquerette) : Si vous permettez, on aurait encore quelques nuances...
Mme Roy
(Montarville) :
Allez-y.
Mme Gagnon (Pâquerette) : ...notamment sur la bureaucratie, sur la difficulté de gérer ça dans un
contexte où nos écoles… Il faut se rappeler qu'on a de très petites
écoles au Québec. On a des écoles où la direction d'école n'a pas d'adjoint, n'a pas de secrétaire à temps plein et
elle a toutes ces lois et toutes ces obligations, hein, parce
qu'on a aussi la loi pour contrer l'intimidation et on a beaucoup,
beaucoup de gestion à faire et de reddition de comptes.
L'aspect financier est très important,
comme Mme Bouchard vient de le dire. Je corrobore les mêmes propos, on n'a jamais
eu la démonstration que ces promesses-là avaient été tenues pour
appliquer une nouvelle loi. Donc, on n'y croit pas beaucoup qu'on aurait tout l'argent nécessaire
puisqu'on a plaidé pour Marguerite-Bourgeoys et pour des Chênes le financement
en tout ou en
partie de ces causes-là
puis ces deux commissions scolaires là n'ont jamais eu un sou. Alors, ça, mais aussi la
lourdeur administrative que ça va imposer.
Mme Roy
(Montarville) :
Plus de paperasserie, plus de comptes à rendre, plus de redditions, plus...
Mme Gagnon (Pâquerette) : Tout ce qu'on dit qui est trop lourd dans les commissions scolaires et dans les écoles. Dans le fond, on a là, devant nous... En plus, madame posait la question
sur la politique de mise en oeuvre alors qu'on a tous les moyens, tous les outils dans notre réseau pour
mettre en oeuvre une nouvelle loi sans avoir à se doter d'une
nouvelle politique de reddition de comptes.
Mme Roy
(Montarville) :
Il me reste un peu de temps?
Mme Roy
(Montarville) :
Parfait. Je vous amène à la page 22 de votre mémoire. À la fin, vous
dites : «…la fédération est d'avis que les commissions scolaires
devraient être autorisées à prolonger la période transitoire actuellement
d'une année, tout comme les collèges et les universités
peuvent le faire.» Pourriez-vous élaborer? Pourquoi vous voulez plus de
temps?
Mme Bouchard
(Josée) : …faudrait demander plutôt au gouvernement pourquoi il a
prévu une différence entre les réseaux. On ne comprend pas puis…
Mme Gagnon (Pâquerette) : On a la même question pour l'enseignement privé; on ne comprend pas. Ça, c'est une réponse que nous n'avons pas
trouvée. On a tenté de le trouver, pourquoi cette différence entre les enfants
qui fréquentent le réseau privé, qui sont
des citoyens à part entière comme dans le public, et pourquoi
cette différence entre le collège et l'université, en termes de délai. Et la différence est énorme, hein? On
parle d'une année plus quatre. Puis, pour nous, il n'y a aucune
extension.
Mme Bouchard
(Josée) : Tout à l'heure, Me Tremblay a bien expliqué, hein, ce que ça
peut entraîner pour notre réseau, le fait que, bien, on soit les premiers à
passer à la caisse, dans le fond, là.
Mme Gagnon
(Pâquerette) : On va tracer la voie, hein?
Mme Bouchard
(Josée) : Voilà. Alors, là encore, on vous demande d'y réfléchir.
Président (M. Ferland) : Alors, ceci met fin au temps imparti à la députée de Montarville. Je vais du côté du
député de Blainville.
Ratthé : Merci, M. le Président. Mesdames, messieurs, fort
intéressant. On va continuer dans la même veine. J'avais à peu près la même question que la députée de Montarville. Donc,
effectivement, on comprend bien que ce n'est plus juste pour une logique d'applicabilité, de recours judiciaires,
surtout pas… vous ne vous êtes pas prononcés contre le fait que l'article 5 pourrait atteindre la liberté de
conscience et de religion, comme semblait le dire notre collègue de LaFontaine.
Moi,
je ne suis pas juriste, mais je vous ai entendu dire, tantôt : Dans le
contexte actuel, tel que c'est actuellement… Puis Mme Bouchard a fait
référence à la charte des droits et libertés canadienne. Je vais vous poser
peut-être une question que les gens à la maison qui ne sont pas juristes, comme
moi, pourraient se poser la question.
Dans
le projet de loi, d'une part, on voterait une loi, là, en supposant qu'elle
serait dans sa forme actuelle, là. Le projet de loi prévoit une
modification de la Charte des droits et libertés québécoise, donc, pour que ça
tienne la route justement, peut-être… de contestation. Et on a beaucoup dit au
ministre ici : Bien, s'il le faut — parce qu'il pourrait y avoir contestation, j'imagine, en fonction de la
charte des droits et libertés canadienne — il devrait y avoir la clause
«nonobstant» qui s'applique.
Alors, écoutez, éclairez-moi, là. Je
ne suis pas un juriste. Si toutes ces conditions-là sont rassemblées, est-ce
que ça vient d'une part diminuer les
risques? Est-ce que ça vient diminuer les coûts? Est-ce que ça a un impact...
Moi, je suis plus là pour me faire
éclairer. Je ne suis pas un avocat, je ne suis pas un juriste puis je pense que
le papa puis la maman à la maison voudraient peut-être comprendre cet
aspect-là aussi.
Tremblay (Bernard) : Écoutez, il y a d'éminents juristes, hein, qui
sont passés ici, et qui vont vous éclairer, et qui pourront vous donner
des avis sur cet aspect-là. Je pense qu'effectivement le test de la loi par
rapport à la charte canadienne sera un test
important. Et effectivement on peut se poser des questions par rapport à l'opinion des tribunaux dans ce
contexte-là.
Mais
notre commentaire, nous, il visait plus, quand on parle
d'inapplicabilité ou de difficulté d'application…
il portait à la fois sur des aspects très, très
pratiques, comme je le disais, le dialogue et la question des mesures
disciplinaires et de ne pas prévoir clairement qu'il s'agit d'une exigence de
l'emploi. Donc, dans notre esprit, si c'est une exigence de l'emploi, tu n'y réponds pas, tu n'es plus admissible
à ton emploi, et on n'a pas besoin de t'accompagner par une gradation
des mesures disciplinaires. C'est dans cette perspective-là que, pour nous, au
niveau juridique, il y a des risques de contestation.
Au-delà de
la contestation par rapport à la loi versus la charte canadienne, mais il y a
aussi, comme on le disait par rapport à la bureaucratie, le fait qu'avec
des coûts de gestion, vous le savez, de 4,6 %, les commissions scolaires ont peu d'effectifs administratifs pour diriger,
évidemment, le personnel syndiqué. Alors, de demander, dans une école,
par exemple, de l'Ouest de Montréal qui est
composée présentement d'un ensemble d'individus, au niveau du service de
garde, au niveau des enseignants, au niveau
du personnel professionnel, peut-être avec 50 %, 60 % de gens qui
portent des signes religieux
ostentatoires présentement, de demander à une personne, qui est la direction de
l'école, de devoir gérer, demain matin,
l'accompagnement de ces gens-là, le dialogue avec ces gens-là et éventuellement
la sanction de ces gens-là, vous imaginez ce que ça représente. Alors,
c'est de ça aussi dont on parle ici et c'est de ça dont on parle quand on parle
de la difficulté d'application de l'article 5 et de l'article 14.
Ratthé : …une charge
qui évidemment… ça pourrait être lourd. Et c'est dans cet
angle-là que vous abordez de façon bien spécifique l'article 5. Ce qui m'étonne,
c'est que vous dites : On devrait le retirer, mais en même temps, vous nous dites, bien…
Ratthé : C'est parce que
vous n'avez pas trouvé la solution. Voilà. O.K. Donc, dans
l'applicabilité, là, vous n'avez pas
de suggestion à nous faire encore, mais, si on en trouve, bien,
à ce moment-là, il
faut être cohérent, il faut être clair, et vous êtes ouverts
aux différentes suggestions.
Alors,
écoutez, je pense que ça clarifie vraiment votre point par rapport à, des fois, ce qu'on essaie d'imputer aux gens qui viennent nous voir, et, pour moi, là,
c'est très clair. Je vous remercie beaucoup de nous avoir déposé ce mémoire. Merci, M.
le Président.
Le Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. le député. Ceci met fin à la période d'échange. Alors, Mme
Bouchard, Mme Gagnon, M. Guimont et M. Tremblay, je vous remercie pour
la préparation du mémoire et d'être venus vous déplacer pour le présenter.
Avant
de suspendre, je veux juste mentionner aux parlementaires que vous pouvez
laisser vos documents ici. La salle sera sécurisée pendant
l'heure du souper. Alors, on suspend.
(Suspension de la séance à
18 h 3)
Président (M. Ferland) : Alors, à l'ordre, s'il vous
plaît! La commission
va reprendre ses travaux. Ce soir, nous recevons les représentants de la
Communauté des druides du Québec.
Alors,
je vais vous demander de vous présenter et ainsi que la personne qui vous
accompagne, en vous mentionnant que
vous avez 10 minutes pour présenter votre mémoire, et suivra une période
d'échange avec les parlementaires d'une durée de 50 minutes. Alors, je vous
cède la parole, et vous présentez celui qui vous accompagne.
M. Boutet (Michel-Gérald) : Merci, M.
le Président. M. le premier ministre… M. le
ministre, excusez, Mmes et MM. les députés. Je m'appelle Michel Boutet, je vous
présente Réal Genest, président et vice-président de la Communauté des druides
du Québec. M. Genest va vous présenter un peu ce à quoi on voulait parler ce
soir.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, M. Genest, la parole est à vous.
M. Genest (Réal) : Oui. Alors, nous, nous ne sommes pas des légalistes, hein, alors nous
voulons tout simplement vous faire
savoir pourquoi nous supportons, nous appuyons la charte. Il y a trois points,
en fait, sur lesquels nous nous appuyons. Le
premier point est, à notre avis, que toute société ou tout État doit se bâtir
autour d'une structure légale, de savoir, de
connaissance, de rationnel, de logique. Et ça, c'est la structure qui doit
normalement, à notre avis, représenter
la société. De l'autre côté, avec la population, il y a une présence des
mythes. Les religions sont des mythes, et ces
mythes-là ne doivent en n'aucun temps venir et influencer, ou exercer un
certain pouvoir, ou avoir des ramifications avec
l'État. Ici, au Québec, sur le plan de notre démarche, nous demandons à ce que
le droit, la primauté du droit ne soit
pas placée au même niveau que le mythe religieux, et donc on doit maintenir une
laïcité authentique à l'État.
Ça, c'est les trois
points sur lesquels on veut discuter. Comme on dit, on n'est pas des légalistes,
donc. En tant que druides, nous appartenons
à une longue tradition, et notre mission actuellement est de faire
découvrir chez les Québécois, chez nos concitoyens leurs racines
celtiques. La Communauté des druides existe depuis, quoi, 12 ans maintenant?
10 ans? 12 ans?
M. Boutet
(Michel-Gérald) : 2004.
M. Genest (Réal) : 2004. Et notre démarche a été constamment d'instruire nos concitoyens
sur leurs traditions celtiques. Et,
en tant que tradition celtique, ils ont aussi une tradition… ils ont aussi une
spiritualité qui n'a rien à voir avec la religion. Et c'est actuellement ce que l'on est en train de faire découvrir tranquillement à nos concitoyens. Alors, on
n'est pas opposés aux religions, on s'entend
bien, on n'est pas en guerre contre aucune religion. La seule chose, c'est
qu'on veut que l'État demeure laïque et qu'en aucun temps le religieux soit
hissé au même niveau que le savoir, la connaissance et le rationnel. Michel?
M. Boutet (Michel-Gérald) : C'est ça. Aussi, il faut savoir que toutes les
religions sont porteuses de cultures, et ces cultures, en fait, sont à l'origine de ces systèmes religieux. Et il
n'y a pas une seule religion sur la planète qui peut se dire universelle. Peut-être qu'une charte peut
être universelle en ce qu'elle encadre, finalement, la société ou les
besoins de l'homme, mais la religion ne peut pas le faire.
exemple, la charte canadienne, dans le préambule qui stipule «attendu que le
Canada est fondé sur les principes qui
reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit», c'est que
finalement on met… On le sait, on est dans une constitution monarchique.
Le fait que Dieu et le droit sont placés d'une façon juxtaposée comme ça, pour
nous, ça nous apparaît aberrant et
discriminatoire, hautement discriminatoire parce que, premièrement, on sait que
Dieu, c'est le dieu judéo-chrétien,
qu'il a une histoire, un fondement, c'est-à-dire qu'il a été créé à un certain
moment par un certain besoin, un peuple l'a créé parce que finalement ça
répondait à un mythe fondateur qui pouvait rallier, finalement, ce peuple-là,
mais ce n'est certainement pas…
C'est un personnage
de fiction. Donc, la mythologie, c'est toujours une fiction, ce n'est pas la
réalité. Donc, c'est un personnage de
fiction,