CAT — 22 May 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CAT 2013-05-22
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-huit minutes)
Présidente (Mme Boulet) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la commission... Je ne voulais pas vous
interrompre, M. le ministre, là. Je déclare la séance de la Commission del'aménagement du territoire ouverte. Je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de
loi n° 27,
Loi sur l'économie sociale.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Carrière (Chapleau) sera remplacé par Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce).
Présidente (Mme Boulet) :
Alors, ce matin, nous recevons M. Claude Béland, suivi de La Fédération
des coopératives de services à domicile et
de santé du Québec. Nous entendrons, cet après-midi, la Coalition des
entreprises d'économie sociale en aide
domestique, le Centre d'entrepreneuriat en économie sociale du Québec et nous
terminerons avec l'Association des centres
locaux de développement du Québec. Nous ajournerons donc, tel que prévu, les
travaux à 18 heures.
Alors, je souhaite la bienvenue à nos invités.
Pour les fins d'enregistrement, M. Béland, je sais que vous êtes seul, là, mais ça serait bien aimable de vouloir
vous présenter. Et je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé. Par la suite, nous procéderons
à la période d'échange avec les membres de la commission. Donc, M.
Béland, bienvenue. et la parole est à vous.
M. Béland
(Claude) : Alors, merci
beaucoup, Mme la Présidente. Je suis très heureux d'être avec vous. Je
sens le besoin de justifier un peu ma présence. J'ai pensé qu'une carrière
d'une soixantaine d'années dans le monde de l'économie
sociale me permettait peut-être de venir partager avec vous quelques-unes de mes expériences et j'ai pensé que ça pouvait être utile. Vous
savez, moi, j'ai finalement passé toute ma carrière avec des gens qui croient
vraiment à une économie du bien-être collectif, en opposition avec une économie
du bien-être individuel.
Dans
l'histoire, je dirais, de l'humanité… Je ne veux pas faire une grande
histoire, mais je pense que ce dilemme-là entre une économie qui mise
sur les individus… On a vu des périodes très fortes là-dessus, Thatcher,
Reagan, hein, «there is no such thing as
society», on est juste des individus, et, de l'autre côté, une économie
vraiment qui est basée sur le bien-être
collectif. Et je pense, moi, l'expérience que j'ai vécue dans ces 60 ans là,
autant comme président du Mouvement des
caisses Desjardins mais aussi avec les chances que j'ai eues, grâce à l'État,
de participer à peu près à tous les grands événements depuis les années 70, là, dans tous les grands événements qui
ont marqué l'histoire du Québec, j'ai compris qu'au Québec les valeurs
fondamentales, les valeurs qui sont vraiment les nôtres sont les valeurs d'une
économie du bien-être collectif. Notre fierté, on la tient de la réussite
ensemble.
Quand je dis
que j'ai participé à des grands événements, le premier, ça a été... j'ai été
membre d'un comité du Conseil des affaires sociales qui a publié
finalement trois livres : Deux Québec dans un , en 1989; Agir
ensemble , en 1990; et Un Québec
solidaire , en 1992. Alors, ce n'est pas d'hier, hein, qu'on parle d'un
Québec égalitaire, dans le fond, un Québec qui travaille ensemble puis
un Québec qui se veut solidaire. Et ça, ces valeurs-là, je les ai retrouvées
dans tous les autres grands événements auxquels j'ai participé. J'ai participé
à la commission, la fameuse Commission sur l'avenir
politique et constitutionnel du Québec, j'ai été même nommé membre de son
comité directeur. J'ai présidé le Forum
pour l'emploi des années 1990, 1998, autant de démarches en vue d'une
social-démocratie, je dirais. J'ai présidé le fameux Sommet de
l'économie et de l'emploi et j'ai présidé les états généraux sur les
institutions démocratiques du Québec de 2002‑2003.
Mais, parmi
tous ces événements, celui qui, à mon avis, a le plus d'impact et qui a eu le
plus de résultats positifs, ce fut le Sommet de l'économie et de
l'emploi de 1996, qui avait été convoqué par M. Lucien Bouchard et que j'ai eu
le privilège de présider. Et le document de
réflexion qu'on remettait aux gens, le titre, c'était Pour un Québec
économiquement solide et socialement solidaire . Vous voyez
que ces valeurs-là, au Québec, elles reviennent constamment.
ce qu'on a appelé à l'époque le Chantier de l'économie et de l'emploi a adopté
différents principes directeurs dont
l'un d'eux est le suivant, et je vous le lis : «Le Chantier de l'économie
et de l'emploi est d'avis que cette spécificité québécoise, soit celle d'une société évoluant dans un régime économique
pluraliste, doit être réaffirmée et recommande que le gouvernement du Québec, dans sa
législation, sa réglementation, ses structures gouvernementales et ses
politiques, en tienne compte et agisse en conséquence.»
Alors,
vous devinez qu'à ce sommet-là c'est là qu'a été créé le Chantier de l'économie
sociale. Et le chantier avait décidé
que ce serait pour deux ans. Mais, après deux ans, les résultats du
développement de l'économie sociale avaient été tellement positifs que le gouvernement a décidé finalement : Bien,
on va rendre ça permanent. On confirmait une fois de plus cette économie
pluraliste du Québec et où on a les entreprises à capital-actions, les
entreprises de l'économie sociale et les entreprises d'État.
conséquence, l'annonce de ce projet de loi dont on discute ce matin, vous
devinez que, pour moi, ça a été une excellente
nouvelle. Je pense qu'il était temps qu'on confirme l'importance de l'économie
sociale au Québec. Alors, cette loi,
d'après moi, s'impose pour deux raisons. D'abord, je regarde le
titre et je
pense qu'il y a une incompréhension... que c'est le
titre parfait. Je
vois, dans certains mémoires qu'on aimerait mieux, dans le titre, nommer les
coopératives, les mutuelles, etc. Mais une
loi-cadre, c'est la loi où on met tous ceux qui partagent les mêmes valeurs, le
même ADN. Et, si, moi, je décide un
jour de former une nouvelle structure, une nouvelle forme d'entreprise qui
s'appellerait, je ne sais pas, La Fraternelle, je ne pourrais pas le
faire ou je serais obligé de demander de changer le
titre de la loi. Ça prend un terme générique. La
loi sur l'économie sociale,
quant à moi, ça dit exactement ce que ça veut. Ça campe le fait qu'au
Québec on a une économie qui s'intéresse au bien-être collectif. On ne nie pas
qu'il y en a qui travaillent pour le bien-être individuel puis qui pensent que
c'est comme ça qu'on peut bâtir le Québec, mais nous, quand je regarde l'histoire
que je vous ai racontée, où j'ai participé à ces grands événements, on a
toujours parlé d'une économie qui assurait le bien-être collectif.
Alors,
oui, il faut reconnaître par une loi l'importante contribution historique. Ça,
ça m'apparaît essentiel. C'est ce que
vous proposez par cette loi-là. Je pense que, quand je dis... Parce que c'est
un événement historique. Je dis «historique» parce que la... Il ne faut pas oublier que l'économie sociale, elle est
née au Québec il y a très longtemps. Moi, quand je suis rentré chez Desjardins, évidemment je ne
savais pas que je rentrais dans une économie sociale parce que ça
n'existait pas, le terme, dans le temps.
Mais, avec le temps, on a réalisé qu'il y avait deux façons de bâtir les
sociétés : il y en a une où l'économie est au service de la société
et il y en a une autre où la société est au service de l'économie, ce qui est
le choix... notre choix à nous, c'est le premier choix.
Alors,
je pense que ça, c'est très important de rappeler qu'Alphonse Desjardins, en
1900, il a réussi à réunir des Québécois.
Et j'aime beaucoup cette phrase que j'ai répétée maintes et maintes fois, afin
de «créer un rempart [économique] fort
et solide pour nous protéger contre nos adversaires et nos rivaux». C'est un
projet de société, en fait. Les adversaires puis les rivaux, il ne
disait pas qui c'était, mais je devine que c'est ceux qui ne voyaient pas
l'avenir du Québec de la même façon que nous.
deuxièmement, une contribution historique des coopératives agricoles, c'est
bien sûr. En 1900, 1905, c'est les coopératives,
finalement, qui ont mis fin ou qui ont ralenti l'exode des agriculteurs vers
les États-Unis. Alors, oui, il faut le
reconnaître dans une loi, il faut que le monde sache que l'économie sociale, au
Québec, ça occupe une place importante.
La deuxième raison,
c'est que, dès que fut annoncé le triomphe du néolibéralisme… Je l'ai vécu, ça,
comme président du mouvement, dans les
années 80, début des années 80, où j'ai assisté à un basculement des valeurs
chez les individus parce que la
promotion qui était faite, c'était que, si on voulait faire face aux défis de
la mondialisation, il fallait nécessairement une économie basée sur le
bien-être individuel. Avec Milton Friedman... vous connaissez tous ces grands économistes qui nous ont mis dans la tête
que c'était ça, le nouveau système. Et ça a eu beaucoup d'impact parce
que les universités américaines se sont
mises à enseigner ça et nos universités québécoises aussi. Il a fallu qu'Alfred
Rouleau se choque en disant : Bien, il
faudrait bien que vous enseigniez un petit peu la coopération; on vit de ça au
Québec. Mais le vent était tellement
fort que, depuis ce temps-là — vous
le savez, je viens d'écrire un livre sur le sujet — depuis que ce basculement du monde est
arrivé, aujourd'hui, le monde est en feu. Les populations sont indignées et
tout le monde cherche une alternative.
mon avis, il faut que le Québec confirme son choix d'une économie du bien-être
collectif. Moi, je pense que nous
sommes un grand peuple, nous, les Québécois, je n'en doute pas, mais on n'est
pas nombreux. On n'a pas le choix de l'individualisme. La seule économie
du bien-être individuel ne convient pas à notre collectivité, c'est évident.
La Présidente (Mme
Boulet) : Je vais juste vous demander de conclure, parce que les 10
minutes sont passées, malgré…
M. Béland (Claude) : Je conclus comme ça. Oui, c'est ça. Et, la dernière chose, qui est
très, très importante, il faudrait
que la loi-cadre soit une espèce de gardien des valeurs de la coopération,
qu'elle identifie ce qu'est une entreprise d'économie sociale. J'ai ici
le projet de loi qui va être adopté bientôt, là… qui va être mis en vigueur — il
est déjà adopté — du
gouvernement fédéral. On est en train de changer les lois coopératives
canadiennes pour les rendre applicables partout au Canada. Et, dans ces lois-là, on renie la caractéristique des
propriétaires-usagers, on ne peut être investisseur dans une coopérative sans être membre et on crée
une case d'actions où les investisseurs votent selon le capital investi.
Moi, je crains que, même au Québec, pour les
coopératives de services financiers dans l'Ouest de Montréal, il y a
bien des caisses qui vont être bien tentées de passer sous juridiction
fédérale. Et ça, ça serait mon dernier cri du coeur. Et c'est ce que
60 ans d'économie sociale m'ont enseigné, c'est la force de l'économie
sociale. Merci.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci, M. Béland. Je vais maintenant passer
la parole à M. le ministre. Alors, vous pouvez y aller, M. le ministre.
Gaudreault : Merci, Mme la
Présidente. Merci. Je vous avoue que ça me fait extrêmement plaisir de
vous recevoir ici aujourd'hui, parce que j'ai l'honneur, j'ai la chance d'être
le ministre porteur du projet de loi-cadre sur l'économie sociale, parrain, je le dis humblement, parce qu'il
appartient, ce projet de loi, à l'Assemblée nationale puis, quand il sera adopté, je le souhaite, il
appartiendra au peuple du Québec via sa voix parlementaire qu'est
l'Assemblée nationale. Mais la première ministre m'a confié le mandat de
présenter cette loi-cadre.
Et, vous
savez, pour moi, c'est un moment important de vous recevoir ici aujourd'hui
alors que je suis le parrain de ce
projet de loi, parce que, quand j'étais étudiant, vous étiez président du
Mouvement Desjardins, là, aujourd'hui, par un retour de l'histoire, je
me retrouve ministre, et vous venez ici un peu comme sage — et je
le dis avec beaucoup de respect — pour
nous faire part de vos impressions, de vos commentaires qui sont bien reçus.
Alors, pour moi, je prends ça avec
beaucoup d'honneur, de respect, de reconnaissance pour le travail que vous
faites et beaucoup d'humilité parce que vous avez beaucoup à nous
apprendre, et je tenais à vous le dire aujourd'hui.
Puis j'entends
vos propos puis je me dis :
Malgré qu'on est dans une société où tout va
vite — c'est un
peu un cliché de le dire, mais ça
demeure une réalité — personne
n'est issu d'une génération spontanée, ni les projets de société comme la loi-cadre, le projet de loi-cadre sur
l'économie sociale. Tout ça résulte d'un long processus et qui
réellement a marqué l'histoire du Québec.
Vous nous avez cité Alfred Rouleau, mais vous nous avez cité surtout Alphonse
Desjardins. Et je pense qu'effectivement si on est ici aujourd'hui, c'est parce
qu'on est tous un peu les héritiers de cette tradition québécoise qui se
démarque au niveau international.
Alors, je
pense que ça permet... Votre présentation, votre mémoire nous permet de prendre
un peu de distance, de faire lever un
peu l'hélicoptère, là, pour avoir une vue d'ensemble. Parce que souvent, dans
le quotidien de notre travail, que ce soit au ministère ou dans notre
travail parlementaire, on est dans notre bulle et souvent collés, là, sur
l'arbre, ce qui ne nous permet pas de voir la forêt. Alors, vraiment, je veux
vous remercier pour cela.
J'aurais
évidemment plusieurs, plusieurs questions à vous poser. Sûrement que mes
collègues vont également aller dans
le même sens que moi, parce que, je vais vous dire très franchement, depuis le
début de ces travaux, on n'est pas en forme
d'opposition, on est plutôt en forme complémentarité d'un côté et de l'autre de
cette table, et je souhaite que ça demeure dans cet esprit-là jusqu'à
l'adoption du projet de loi n° 27.
J'aimerais ça
que vous nous disiez, selon vous, quelles différences concrètes va apporter la
loi-cadre sur l'économie sociale par rapport à la situation actuelle.
Hier, on a posé la question, entre autres, aux gens, aux représentants du Chantier de l'économie sociale. Vous savez, on est
souvent questionnés. On en parlait tout à l'heure librement, vous et
moi, là, de l'importance et du pouvoir des
médias qui nous posent la question : Oui, ça apporte quoi, ça? Et nous, on
le sait puis on sait pourquoi on travaille. Mais j'aimerais ça vous
entendre là-dessus. Quelle différence vous y voyez avec une loi-cadre sur
l'économie sociale par rapport à la situation actuelle?
M. Béland (Claude) : On sait que
d'abord elle n'existait pas. Et souvent on considère l'économie sociale globalement et même parfois les coopératives.
Parce que, vous savez, quand on dit le mot «coopérative» au Québec, tout
le monde parle de Desjardins puis de la
fédérée, mais le mouvement coopératif, celui avec lequel je travaille, je
collabore depuis 13 ans, là, depuis que j'ai pris ma retraite, mais même au
temps où j'étais président...
Je me
souviens, à un moment donné, où je suis allé à une des premières réunions du
Conseil de la coopération dans le
temps. Moi, j'avais préparé un immense discours en disant : Là, je vais
arriver devant une salle, il va y avoir des centaines de personnes. Puis
je me suis retrouvé dans une chambre d'hôtel où on était à peu près 15, et j'ai
laissé mon discours là en disant : Mais ça n'a pas de bon sens, il faut
tenir des états généraux sur la coopération. Ça ne se peut pas que ça soit ça, la coopération au Québec. Moi qui oeuvrait
là-dedans depuis toujours, mon père l'a fait, puis je connaissais ce que
la coopération a apporté au Québec…
Mais je
réalisais que, dans le public en général, chez les hommes d'affaires, dans les
chambres de commerce, même dans les
universités, la coopération, c'était les coopératives, c'était... À part
Desjardins, qui était devenu fort, puis la fédérée, puis Agropur, les
autres, c'étaient des incubateurs pour devenir un jour des entreprises comme
tout le monde, alors que moi, j'ai toujours
compris ça, puis les gens avec qui je travaillais ont toujours travaillé dans
le sens d'un projet de société. Puis
c'en est un, l'économie sociale. Et les entreprises d'économie sociale, ce sont
des entreprises, des mutuelles, des
organismes à but non lucratif, des fraternelles, etc., qui ont le même ADN. On
partage tous les mêmes valeurs, on est supposés partager tous les mêmes
valeurs.
Mais c'est pour ça que j'aurais souhaité que,
dans la loi-cadre, comme on le fait dans la Loi des coopératives, hein, on se dit : Il faut que les usagers
soient... les propriétaires sont des usagers, les réserves ne sont pas
partageables parce que ça a été accumulé,
ça, par les gens qui ont renoncé à leur ristourne, on n'a pas le droit de
liquider puis empocher cet argent-là, ce n'est pas à vous autres, ça
appartient à la collectivité… il y a des principes, l'intérêt limité sur le
capital, etc. Ces principes-là qui sont dans la Loi des coopératives, j'aurais
aimé ça les voir inscrits dans la loi-cadre sur l'économie sociale.
Quand les
gens nous disent : C'est quoi, ça, une économie sociale? Dire, c'est des
gens... Moi, j'ai toujours mes quatre
P, c'est : la propriété est collective, la participation est
universelle... Si je suis actionnaire de la Banque Nationale, je peux
aller aux assemblées, mais, si je suis client de la Banque Nationale, je ne
peux pas aller aux assemblées. Si vous êtes usager de la coopérative, vous
pouvez aller aux assemblées générales. Malheureusement, on dirait que la
participation diminue là aussi, mais ça existe. Le troisième P, c'est le
partage, mais par la ristourne, pas par un intérêt monstre ou des... sur le capital. Ce n'est pas le capital qui domine. Et
le quatrième, le plus important à mon point de vue, c'est le patrimoine parce que des entreprises
d'économie sociale, c'est inaliénable, ce n'est pas opéable, comme
disent les Français. Il n'y a pas d'OPA
possible sur Desjardins. Dieu merci! S'il y avait fallu qu'il y ait une OPA sur
Desjardins il n'y a pas tellement longtemps, je pense qu'on aurait vu
disparaître Desjardins en des mains étrangères.
entreprises d'économie sociale sont des noyaux durs dans l'économie québécoise.
Ce n'est pas rien. Essayez d'imaginer
le Québec d'aujourd'hui sans notre économie pluraliste, là, sans Desjardins,
Agropur, Natrel — bien,
je pourrais en nommer toute une série — ensuite, les entreprises
d'État, la Caisse de dépôt, Hydro-Québec. Essayez d'imaginer le Québec avec sa petite population devant
d'immenses capitaux étrangers qui seraient capables d'avaler tout ça, et
on n'aurait pas le Québec qu'on a aujourd'hui.
Alors, c'est
pour ça, pour répondre à votre question, je dis oui à l'économie sociale, mais
une loi, mais en autant qu'on puisse
savoir, par cette loi-là, que l'économie sociale, c'est l'économie d'une...
c'est les entreprises d'une économie du
bien-être collectif. Nous, notre fierté, puis je l'ai vu souvent, ça, quand on
donnait des prix chez Desjardins, des prix pour l'emploi, puis la fierté
d'un village, la fierté d'une collectivité, c'est-à-dire : tout notre
monde travaille. On avait des objectifs
collectifs. On ne célébrait pas… on n'était pas fiers parce qu'on avait créé
une minorité de riches alors qu'on avait une majorité de pauvres. On n'était pas fiers de ça. Je pense que les
Québécois sont des gens qui sont des promoteurs de l'égalité, de la solidarité. Agir ensemble ,
Québec solidaire , ça disait tout dans ces rapports qui ont jalonné toute
l'histoire du Québec. Quant à la loi, moi,
ce que j'aurais aimé voir au moins qu'on ait une piste en quelque part, qu'on
puisse dire aux gens : Non, toi,
là, tu t'appelles une coopérative, mais tu ne l'es plus. Une appellation
contrôlée, on fait ça pour le vin, on pourrait faire ça pour les
entreprises.
Présidente (Mme Boulet) : M.
Béland, je vais passer la parole à M. le ministre, parce que, d'après moi,
vous allez prendre tout le temps de M. le ministre aussi.
M. Gaudreault : Oui, puis j'ai...
Évidemment, j'ai beaucoup de questions. On va avoir d'autres occasions pour se
revoir, mais il va y avoir mon collègue aussi de Sainte-Marie—Saint-Jacques
à qui je veux laisser quelques minutes, certainement.
Je vous
entendais, puis ça m'a fait penser à votre dernier paragraphe de la page 4 de
votre mémoire, où vous vous placez un
peu en gardien de l'orthodoxie de l'économie sociale en disant : «Je
souhaite que cette loi-cadre soit aussi le rempart qui assure l'orthodoxie des valeurs et des pratiques qui sont
exclusives aux entreprises de l'économie sociale.» Et plus loin vous
dites : «Faire des compromis pour inviter des partisans du "chacun
pour soi" à devenir des prétendus coopérateurs ou mutualistes, c'est de
faire entrer des loups dans la bergerie.»
Alors, vous
êtes un peu sévère. Mais est-ce que vous entretenez une crainte que la
loi-cadre sur l'économie sociale ouvre
la porte à reconnaître d'autres groupes qui ne sont pas vraiment de l'économie
sociale, mais qui se prétendent faire de l'économie sociale?
M. Béland (Claude) : Ah! Ça, j'avais
pris ça...
M. Gaudreault : Et quel rempart ou
quel filtre devons-nous nous garder là-dessus?
M. Béland
(Claude) : Mais j'avais pris
pour acquis que la
Loi sur l'économie sociale, évidemment, référerait uniquement à des entreprises de l'économie
sociale. Mais il faut la définir en quelque part. Quand j'ai écrit ça, je
pense plutôt au fédéral puis je pense plutôt à certaines coopératives qui sont
plus proches de nous, où finalement on se pose la question en disant :
Est-ce que c'est encore des coopératives?
Quand je dis
«faire entrer le loup dans la bergerie», quand vous permettez à quelqu'un
d'acheter des actions pour être
capable d'élire, parce qu'il est investisseur — il n'est pas usager, il est investisseur — on
lui donne le droit d'élire 20 % des administrateurs, le jour que la
coopérative va dire : Bien là, j'aurais besoin encore d'autres capitaux,
l'autre, il va dire : Bien là, tu vas me donner 30 % pour l'élection
des administrateurs. C'est le loup qui rentre dans la bergerie. La force de la
cupidité, on connaît ça.
Présidente (Mme Boulet) : M.
Béland, ce n'est pas parce que c'est intéressant, c'est grandement
intéressant, mais il y a un collègue qui voudrait
poser une question puis il ne restera pas beaucoup de temps pour la
partie
ministérielle. Je vais le laisser... Il reste deux minutes.
M. Breton : Deux minutes?
La Présidente (Mme Boulet) : Oui.
La Présidente (Mme
Boulet) : Mais on va laisser le temps à M. Béland, s'il est bref, de
nous répondre.
Breton : Bien, écoutez, M.
Béland, on se connaît bien. Je dois dire que je suis honoré de vous voir ici et
d'être ici moi-même pour vous poser des questions. Pour la petite histoire,
écoutez, moi, quand j'ai mis sur pied le groupe Maîtres chez nous — 21e siècle, j'avais eu l'appui de nul autre que la Caisse
d'économie solidaire et de M. Claude Béland. Et nous, on s'inspirait du
fameux modèle de Lesage et de Lévesque, on parlait d'être maîtres chez
soi, maîtres chez nous en 1962. Et puis ce modèle-là, justement, c'était
un modèle étatique, c'est-à-dire c'était Hydro-Québec, pour faire en sorte justement qu'on prenne le
contrôle de notre énergie et de nos ressources. Moi, je me rappelle, le 3
mars 2011, d'une déclaration qui a été
signée par nul autre que mon collègue, et par M. Béland, et par Mme David, Mme
la députée de Gouin, justement sur le fait qu'on est en train de perdre le
contrôle de notre énergie et de nos ressources naturelles.
Moi,
j'aimerais ça vous poser une question, puis là j'espère que vous pourrez
répondre, mais moi, je... Vous savez que
maintenant je suis responsable de l'électrification des transports, et je me
demande : En quoi une
loi sur l'économie solidaire pourrait aider à
faire en sorte que l'électrification des transports se fasse pour le bien-être
collectif des Québécois? Et est-ce que ça pourrait avoir un lien aussi avec le
fait que vous avez dit que les entreprises d'économie solidaire, c'est des
entreprises inaliénables, c'est aussi indélocalisable? J'aimerais ça vous
entendre là-dessus.
La Présidente (Mme Boulet) : Une
minute, monsieur.
M. Béland
(Claude) : Oui. J'espérais
que le temps soit écoulé. Non. Toute formule... Moi, ce qui m'intéresse plus, ce n'est pas le type de coopérative, de
mutuelle, c'est : Est-ce qu'on se donne les structures et la volonté de
respecter ces valeurs-là? Est-ce que c'est
important d'assurer la pérennité de certaines de nos forces ici, au Québec? On
l'a fait avec Hydro-Québec. Que ce
soit une coopérative, une entreprise d'État ou une mutuelle, pour moi, ça n'a
pas d'importance. Ce qui est important, c'est de se donner les éléments
d'une économie basée sur le bien-être collectif.
Présidente (Mme Boulet) :
Merci beaucoup, M. Béland. Vous êtes très sage. Alors, je vais passer la
parole à Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, s'il vous plaît.
Weil : Oui, bon, merci, Mme
la Présidente. Bonjour, M. Béland. C'est un grand plaisir. En lisant votre
texte, évidemment je pense qu'on se sentait tous privilégiés parce qu'on aurait
quelqu'un qui va nous raconter l'histoire de ce
mouvement, mais ce qui transpire beaucoup, c'est votre passion, c'est votre
passion pour cette vision de solidarité que vous avez vu croître. Et évidemment nous, on va être appelés à faire...
légiférer, et donc, forcément, il va falloir qu'on arrive sur des aspects techniques. Et donc comment
faire en sorte que les éléments de votre vision… Ça va beaucoup dans le
sens du ministre aussi. Comment on fait en sorte pour amener cette vision?
On ne pourra pas aller jusqu'aux… je ne pense
pas, jusqu'aux frontières où vous voulez nous amener, parce qu'il y a quand même une économie qui existe sous
sa forme actuelle, mais je pense que ce projet de loi-cadre, c'était
pour faire une avancée, poser d'autres
jalons dans ce mouvement. Évidemment, avec le temps et l'évolution, on verra
bien où la société québécoise nous amènera.
Et j'arrive
sur le titre, parce que, là, aujourd'hui, dans le... Moi, j'avais posé une
question hier sur la question du titre,
parce que la Caisse d'économie solidaire Desjardins a fait une proposition.
D'ailleurs, on ne pourra pas les entendre, ils ne viendront pas, mais on a leur mémoire. Et eux, ils
recommandent qu'on change le
titre pour
Loi sur l'économie sociale
soutenant l'entrepreneuriat coopératif, associatif et mutualiste. Et quelques
groupes auxquels j'ai posé cette question voulaient plus un
titre plus général,
garder ça plus général, c'est plus inclusif.
Et là aujourd'hui je vois dans Le Devoir ...
moi, je n'avais pas vu le mémoire, je pense...
M. Gaudreault : ...belle photo.
Weil : Oui, avec le vent. On
voit le ministre avec le vent dans les cheveux. Oui, belle photo, j'ai
remarqué ça. Et donc il y a toute une
discussion sur le titre. Évidemment, le
titre de la loi, on peut considérer que
c'est quand même important, hein?
C'est un message qu'on lance quand on... avec ce titre. Et ça, c'est un des
interlocuteurs, évidemment, privilégiés
dans la loi, c'est le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.
On va les entendre, je pense que c'est
vraiment vers la fin, donc on ne pourra pas poser beaucoup de questions. Alors,
il faut bien lire leur point de vue maintenant pour pouvoir poser des
questions à tous ceux qui vont venir devant nous.
Alors, eux,
le
titre qu'ils proposent... Excusez-moi, je l'avais. J'ai tout souligné ce
matin mais je n'ai pas pu le revoir. En tout cas, ils veulent un
titre — on
va essayer de la trouver — un
titre qui va beaucoup plus précisément, un peu dans le même sens...
M. Gaudreault : On l'a ici.
M. Gaudreault : La
Loi sur
l'économie sociale, coopérative et mutualiste. C'est ça?
Weil : Oui, c'est ça. Donc,
peut-être vous réentendre sur ça, parce qu'évidemment votre point de vue
va être très important, je crois bien.
La Présidente (Mme Boulet) : M. Béland,
on vous écoute.
M. Béland
(Claude) : Oui. Je pense que
ça démontre qu'on est encore un petit peu dans cette période où on est
en concurrence. Et une loi qui porterait ce titre-là, ça fait une loi très
corporative. Où est-ce qu'ils sont, les membres, là? Les coopératives, c'est
pour les membres, ça. Si des membres décident de se créer une coopérative et
d'être affiliés à une
fédération, une nouvelle fédération, ils veulent changer de nom : On va
s'appeler, comme je disais tantôt, des fraternels ou nous, on a quelques
petites différences, on a le même ADN, on a les mêmes valeurs fondamentales,
mais on a des différences… On ferme toute possibilité de dire : On va
innover dans l'économie sociale.
Je ne
comprends pas. Ça fait une loi très corporative. Alors, qu'on ne fasse pas une
loi-cadre, qu'on fasse une loi de la
mutualité. On n'en a pas au Québec. On aura une loi des coopératives, une loi
de la mutualité puis on a la troisième
partie de la loi des compagnies qui traite des organismes sans but lucratif.
Mais là qu'est-ce que vient faire la loi-cadre si on répète tout ça, là? On dit : Ça, c'est la loi pour
les corporations. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la démocratie puis laisser les
gens innover un peu, ne pas être obligés de
passer par le Conseil de la coopération si on veut entrer dans l'économie
sociale par la coopérative. Là, je ne
comprendrais vraiment pas, là. Il faut réfléchir à ça très sérieusement, parce
que je sens derrière ça qu'il y a beaucoup de corporatisme. Les gens
défendent : Aïe! ça fait 100 ans qu'on fait ça, c'est nous autres qui...
Oui, ça fait 100 ans, mais on veut que ça fasse 1 000 ans puis on veut
qu'il y ait d'autres innovations.
La Présidente (Mme Boulet) : Mme la
députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Weil : Oui. Je ne sais pas si vous avez vu l'article,
mais c'est un peu ce que j'ai senti. J'ai senti : Woups! là, on va avoir un débat peut-être un peu déchirant
puis la... Donc, vous, vous êtes à l'aise avec le
titre tel qu'il est
actuellement, vaste et large :
Loi sur l'économie sociale.
M. Béland (Claude) : Non seulement à
l'aise, mais très content.
Mme Weil : Très content. Bon. Très
bien. C'est important. Donc, votre arrivée aujourd'hui est quand même très intéressante, à la lumière de cette question
qu'on n'a pas vraiment débattue à fond. Mais là, donc, lorsqu'on arrive
dans la loi, puis il y a une table de
consultation qui sera créée… On a beaucoup parlé de la composition de cette
table, le mandat de cette table, il y
a différents points de vue, des recommandations qui nous viennent, il y a aussi
ces acteurs privilégiés.
Donc, dans l'article 5 de la loi, on dit que «le
Chantier de l'économie sociale et le Conseil québécois de la coopération et de
la mutualité — qui,
justement, recommandent un
titre beaucoup plus spécifique que ce qui est
actuellement prévu — sont
les interlocuteurs privilégiés du gouvernement en matière d'économie sociale».
Ce que vous
dites, c'est que le fait qu'il y ait peut-être une division de points de vue,
on... Déjà on le voit, là, déjà on le
voit, puis je pense que c'est ça qui sort de cet article. Il va falloir qu'on
fasse attention, je crois, ou regarder bien la loi, la vision qui
sous-tend la loi. Je ne sais pas si vous l'avez analysée, la définition de
l'économie sociale, mais, si vous avez
peut-être des commentaires généraux pour faire en sorte qu'on ne glisse pas,
justement, dans ce qui pourrait être une division, un clash de visions… Mais ce que j'entends, ce que vous dites,
c'est de permettre toujours une évolution, une flexibilité, une
créativité qui vient par la nature même de cette économie sociale qu'on
connaît, et que l'avenir de ce mouvement et
de cette vision, il n'y a personne qui est capable de nous dire ce qu'elle
sera, mais elle sera basée sur les valeurs
que vous avez... C'est beaucoup les valeurs, là, si je comprends bien, qui sont
importantes. Je ne sais pas si vous avez des commentaires un peu
généraux dans ce sens-là, pour les mises en garde, peut-être.
La Présidente (Mme Boulet) : M.
Béland.
M. Béland
(Claude) : Oui. Je pense que
la table qui est suggérée, la table de coordination, la table des
partenaires, est une excellente suggestion
parce qu'il y a des cicatrices à guérir, là. Et je pense que la table des
partenaires peut être un bon endroit
pour commencer à échanger et je... Moi, j'ai vu comment elle était constituée.
Je pense que c'est très bien comme
ça. Je ne la diminuerais pas, mais je ne l'augmenterais pas non plus.
Autrement, ça va perdre sa force. Mais je pense qu'il peut se faire là du
travail au moins qui va être fait par les gens qui sont intéressés à l'économie
sociale sur le plan des valeurs.
La Présidente (Mme Boulet) : Mme la
députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Weil : Oui, merci, Mme la
Présidente. Vous parlez de division. Évidemment, moi, je ne suis pas une
experte du tout dans ce domaine. J'étais
dans le réseau de la santé, où j'ai vu, dans les années 90, évidemment, la
croissance de ce mouvement. Pourriez-vous nous parler un peu de ce dont
vous parlez quand vous parlez de division? Qu'est-ce...
La Présidente (Mme Boulet) : M.
Béland.
Mme Weil : À quoi vous faites
allusion?
M. Béland (Claude) : Je n'ai pas
compris la fin.
Weil : …les divisions. J'ai
compris que vous avez parlé de... qu'il va falloir que les gens s'assoient,
dans un premier temps, à la table, pour essayer d'aplanir ces divisions.
M. Béland
(Claude) : Oui. Non, mais
évidemment ce qui serait souhaitable, c'est que la base souhaite,
finalement, d'avoir un organisme, hein, qui serait l'économie sociale et dans
lequel il y aurait... c'est une famille dans laquelle il y a des gros, des petits, des noirs, des jaunes,
il y a toutes sortes d'enfants, mais c'est la famille qui décide qu'est-ce
qu'ils veulent faire ensemble, et non pas l'inverse, et
non pas une loi, surtout, qui leur empêche... Parce que, quand on
dit «qu'est-ce que va devenir l'économie sociale?», elle va grandir si on
lui donne de l'espace, si on lui donne... et l'espace,
pas nécessairement par les gestionnaires, mais l'espace par ceux qui profitent,
dans le bon sens du terme, des services
des coopératives. C'est à eux à décider. Et je ne voudrais pas qu'une loi
rétrécisse ça en disant : Finalement, c'est du corporatisme, là,
hein? Ça, ça serait étouffant.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci,
M. Béland. Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Weil : Oui. Bien, dans ce
sens-là, peut-être que ce serait utile d'avoir votre opinion sur le mandat de la
table des partenaires. Parce qu'il y a le Chantier de l'économie sociale qui
propose un mandat qui est quand même assez détaillé. Je vais vous lire ce
mandat pour que vous puissiez... On a quelques minutes qui restent?
La Présidente (Mme Boulet) : Il vous
reste trois minutes.
Weil : Excellent. Je vais le
faire vite. Je veux voir si c'est trop détaillé ou si c'est très correct comme
ça. Bon. Premièrement : «Conseiller le gouvernement du Québec dans la mise
en oeuvre de la loi-cadre et de son plan d'action en économie sociale.
«Assurer une
synergie dans les actions menées par les différents partenaires sur le plan…»
Et là on va dans toutes sortes
d'éléments, dont le transfert et la relève d'entreprises. Moi, je n'ai pas le
temps de vous poser la question, quelqu'un d'autre pourrait peut-être vous la poser. On a beaucoup parlé de ça, si
on devrait prioriser le transfert des entreprises lorsque la famille
n'est... il n'y a pas d'héritier qui veut prendre l'entreprise, est-ce qu'on
devrait prioriser les travailleurs. Ce serait intéressant de vous entendre
là-dessus.
Et ensuite il y a une série d'éléments. Ensuite,
on parle de «procéder à l'évaluation de la mise en oeuvre de la loi-cadre et de
son plan d'action. [Et] voir à l'application de la loi-cadre dans le temps.» On
parle de développement d'emplois de qualité, développement de la main-d'oeuvre,
il y a beaucoup d'éléments. Donc, c'est un mandat qui est quand même assez
étoffé. Est-ce que vous pensez que c'est une bonne direction?
La Présidente (Mme Boulet) : M.
Béland.
M. Béland (Claude) : Bien, ça
prendrait beaucoup de temps à expliquer ça. Je vais vous écrire.
M. Béland (Claude) : Il y aurait
tant de choses à dire là-dessus.
Mme Weil : Est-ce qu'il reste 30
secondes?
La Présidente (Mme Boulet) : Il
reste 1 min 30 s, à peu près.
Weil : Ah bon!
1 min 30 s. Bon, le transfert des entreprises, on en a beaucoup
parlé hier surtout. Est-ce que ça pourrait être intéressant? C'est le
Chantier de l'économie sociale qui propose peut-être de prioriser... surtout,
on parlait dans les régions, pour qu'il n'y
ait pas une autre entreprise, peut-être étrangère, qui vienne acheter
l'entreprise puis vendre
l'entreprise, puis là il ne reste plus rien de cette entreprise qui est dans
une région du Québec. Est-ce qu'on devrait prioriser les travailleurs, que les travailleurs puissent acquérir,
donc, cette entreprise, via un modèle? Et ça, ça vient de...
La Présidente (Mme Boulet) : M.
Béland.
M. Béland
(Claude) : Moi, j'ai
toujours été un partisan des coopératives de travail. Je pense que c'est
l'avenir. Dans le livre que je viens de publier là-dessus, je vois deux pistes,
moi, qui sont extrêmement intéressantes. C'est les coopératives de santé, les
citoyens qui savent que le gouvernement en a plein les bras de la dispensation
des services de santé, et les citoyens disent : On est prêts à vous aider,
nous. Et on a une cinquantaine de coopératives de santé actuellement, et ça, on
est dans l'économie sociale pure, là.
Et, de
l'autre côté, les coopératives de travail, vous allez en voir de plus en plus.
Il y a déjà deux St-Hubert Bar-B-Q qui
se sont transformés en coopérative de travail. Ils appartiennent à leurs
employés, et ça, là, c'est la garantie d'emploi, hein? Je pense, le plus bel exemple au Québec, c'est Boisaco. Boisaco,
300 familles, à Sacré-Coeur, qui ont traversé toutes les crises dans le domaine du bois juste grâce au
fait qu'ils sont des entreprises de l'économie sociale. On ne congédie
pas un patron. On peut baisser son salaire,
puis, comme ils sont beaucoup de patrons, ils baissent tous leur salaire quand
ils ont des problèmes, mais ils ne congédient pas 5 % du personnel, là. Je
pense qu'on pourrait parler beaucoup, là-dessus.
Présidente (Mme Boulet) :
Alors, on vous remercie beaucoup, M. Béland. Ça met fin au bloc de
l'opposition officielle. Je vais passer la parole au député de Beauce-Nord.
Vous disposez d'un gros 3 min 30 s.
Spénard : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, à mon tour de vous souhaiter la bienvenue, M.
Béland. Je veux vous féliciter non pas pour
le rapport D'Amours, là, j'étais... mais pour le livre blanc et la charte des
municipalités que j'ai
fait miens depuis longtemps. Et d'ailleurs, vous en parlez et vous revenez, et
ça, je tiens à le rappeler à tout le monde,
là, que le local est le lieu privilégié pour la pratique d'une démocratie à
laquelle les populations peuvent croire. Autrement dit : Laissez ça
sur le plancher, arrêtez de mettre ça dans les airs, et puis ça va peut-être
mieux passer.
On n'a pas beaucoup de temps. Évidemment, quand
on regarde les voeux pieux, en 1996, lors du sommet sur l'économie sociale, tu sais, ça n'a pas apporté grand-chose parce qu'il
n'y a pas eu de loi, là. 17 ans après, on fait une loi. J'espère que ça va marcher. Mais vous avez dit
quelque chose tantôt, M. Béland, si je peux me permettre, vous avez
dit que vous aimeriez que la propriété
collective — ou
une affaire du genre — soit
inscrite dans la loi. Vous avez parlé de ça tout à l'heure.
M. Béland
(Claude) : Mais, c'est-à-dire, on n'a pas besoin de l'inscrire comme tel. Mais, quand on dit que,
dans une coopérative, c'est sous contrôle
démocratique, une personne, un vote, ça fait une propriété collective parce que
la coopérative, elle appartient à tous les
membres. Tu sais, je n'ai pas besoin de dire simplement… J'aime mieux la
définir que dire : C'est une propriété
collective. Elle n'appartient pas à M. Untel parce qu'il détient 60 % des
capitaux. La différence entre
l'économie libérale, c'est que c'est une piastre, un vote. Tandis que dans les
coopératives, c'est une personne, un vote.
La Présidente (Mme Boulet) : M. le
député de Beauce-Nord.
Spénard : Bien, j'ai de la
misère... C'est ça, mais vous dites qu'il y a des coopératives qui ont
peut-être 40 % ou 50 %
de... pas des actions comme telles, mais des parts comme telles pourraient être
exercées par un seul individu.
M. Béland (Claude) : C'est-à-dire
que l'amendement qui est fait pour les coopératives fédérales — et
c'est comme ça qu'ils les appellent,
là — pour les
coopératives fédérales... D'abord, elles vont être régies par la loi des
banques. D'après moi, les coopératives de services financiers, elles n'ont pas
d'affaire à être sous la loi des banques. Mais eux... N'importe quelle coopérative de services financiers actuellement
ici, au Québec, quand la loi va être mise en vigueur, pourrait remplir
un formulaire… faire une assemblée générale, si c'est positif, remplir un
formulaire, devenir sous juridiction
fédérale et profiter de la nouvelle loi des coopératives fédérales qui permet
de créer une
section où quelqu'un n'a pas besoin d'être un usager, un
client, mais il est un investisseur, et, pour ça, on lui donne des actions. Et
cette catégorie-là d'investisseurs ont un pouvoir d'élire 20 % des
administrateurs.
Dans ça, il y
a deux péchés coopératifs. Il faut être propriétaire-usager dans une
coopérative. Ce n'est pas vrai qu'il
y a des propriétaires-investisseurs. Ça, c'est un gros péché. Je ne sais pas si
l'Alliance coopérative internationale va s'en occuper, j'en doute, mais c'est contraire à la loi, à l'ADN des coopératives.
Et, deuxièmement, dans les coopératives, ce n'est pas le capital qui vote. Ça, c'est fondamental. C'est un
contrôle démocratique. Et là tu essaies de faire rentrer dans la même
entreprise un contrôle démocratique pour 80 % des membres du conseil puis
un contrôle capitaliste pour 20 %.
Mais, quand tu auras besoin de capitaux de plus, qu'est-ce qui va se passer?
Là, tu viens de faire rentrer le loup dans la bergerie, la cupidité va
jouer puis... et là on est dans une pente dangereuse.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci,
M. Béland. On a déjà dépassé le temps qui était alloué. Alors, c'est regrettable, M. le député de Beauce-Nord, mais
vous... Je vais passer la parole à Mme la députée de Québec solidaire.
Mme David : Merci, Mme la
Présidente. M. Béland, je n'épiloguerai pas longtemps sur toute l'admiration que vous savez que je vous porte de toute façon.
Mais votre dernière intervention me préoccupe vivement. Moi, j'ignorais
tout de cette volonté fédérale d'agir ainsi dans le monde coopératif. J'imagine
qu'on aura l'occasion de s'en reparler. C'est franchement extrêmement
inquiétant.
Ça fait que
je vais vous poser une seule question. Le ministre vous l'a posée tout à
l'heure, mais je pense que vous avez
manqué de temps pour, je dirais, peaufiner votre pensée. Pour vous, là,
une loi-cadre sur l'économie sociale — je
vais faire comme avec les examens qu'on fait
passer aux enfants — elle
trouvera un sens, si petit point, petit point, petit point… Vous
voudriez quoi? Je sais que vous trouvez déjà que c'est un grand pas en avant,
mais, pour vous, elle va avoir tout son sens, elle va avoir une véritable
portée, elle va apporter de véritables changements si...
M. Béland (Claude) : Bien, si elle
est connue. C'est déjà beaucoup. Quand vous allez l'adopter, elle va être connue, donc c'est déjà un geste de
reconnaissance. Son contenu, j'aimerais ça qu'on puisse y référer. On le
fait déjà, mais peut-être qu'on
pourrait le faire plus clairement, référer à cette loi-là pour dire :
Oui, ça, c'est une entreprise d'économie sociale, et ça, ce ne l'est pas. Parce qu'aujourd'hui, là, si on laisse
aller ces espèces de mariages bizarres, on ne reconnaîtra plus si c'est vraiment une coopérative ou si ce ne
l'est pas, ou une mutuelle. Ça, ça m'apparaît très, très important. Ou
bien, si on ne veut pas faire ça… On le fait
dans la Loi des coopératives, hein? On dit : Les réserves, dans une
coopérative, ne sont pas partageables. Alors, faisons une loi de la
mutualité. On n'aura pas besoin d'une loi-cadre. Mais, moi, ce que je trouvais
la bonne nouvelle, c'est qu'on prend toute cette famille-là puis on dit :
Vous allez avoir une loi-cadre, une même loi qui s'applique à vous tous. Et ça,
c'est encourageant.
Présidente (Mme Boulet) :
Mme la députée de Gouin, il vous reste 30 secondes, mais peut-être un mot
de la conclusion, là, parce que ça sera la dernière intervention.
David : Alors, je vais
transmettre, dans le fond, ce 30 secondes à M. Béland. Si vous aviez un mot de
la fin, ce serait lequel pour ce matin?
M. Béland (Claude) : Bien, je suis bien content que vous vous penchiez
sur cette importante question. Je répète, quand j'ai appris qu'il y
avait cette loi-là, je me suis dit : Bien, il faut que j'aille partager
avec eux les expériences que j'ai vécues de 60 ans de vie dans l'économie
sociale. Et ça, pour moi, ça a été une vie extraordinaire parce qu'on travaille
avec des gens qui sont des bâtisseurs de société, et ça, c'est très
intéressant.
La Présidente (Mme
Boulet) : Alors, merci beaucoup, M. Béland. Alors, nous vous
remercions de votre participation, de votre collaboration.
Et je vais suspendre
les travaux quelques instants. Et j'invite le prochain groupe à prendre place.
(Suspension de la séance à
12 h 17)
La Présidente (Mme Boulet) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Je vais
demander aux invités s'ils veulent bien prendre place. Ce n'est pas parce que je veux vous bousculer, mais parce
que le temps nous est compté. Alors, je voudrais que vous ayez le
maximum de temps pour vous entretenir avec nos parlementaires.
Alors,
évidemment, je souhaite la bienvenue à nos invités. Il s'agit de La Fédération
des coopératives de services à domicile
et de santé du Québec. Pour les fins d'enregistrement, je vous demande de bien
vouloir vous présenter. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Donc, la parole est à vous.
M. Brouillard (Robert) : Mon nom est Robert Brouillard, et je suis
président de La Fédération des coopératives de services à domicile et de santé du Québec. Mme la Présidente, M. le
ministre, messieurs mesdames les députés, merci de nous donner
l'occasion de présenter ce mémoire cet après-midi. J'aimerais vous présenter, à
mon extrême droite, Mme Renelle Valade, vice-présidente, secteur Services à
domicile et directrice générale de la coopérative de services à domicile...
Mme Valade
(Renelle) : Orléans.
M. Brouillard (Robert) : ...Orléans, excusez. À ma gauche, c'est M. Pierre
Beaulieu, vice-président, secteur Santé, et président de la coopérative
de santé Pointe-du-Lac, et M. J. Benoit Caron, directeur général de la
fédération, que nous avons mandaté pour vous présenter notre mémoire et
répondre à vos questions.
Fondée
en 1996, La Fédération des coopératives de services à domicile et de santé du
Québec regroupe 38 coopératives et 18 OBNL de services à domicile, soit
56 entreprises d'économie sociale en aide à domicile ainsi que 35 coopératives
de santé, étant tous membres ou membres auxiliaires de la fédération.
Les coopératives et OBNL de services à domicile de
la fédération comptent environ 40 000 usagers et 3 000 employés.
Pour leur part, les coopératives de santé affiliées à la fédération comptent
178 000 patients, dont 60 000 membres. Les coopératives de santé
initient également des activités en prévention de la maladie et en promotion de
la santé.
Outre
sa fonction de représentation, la fédération offre à ses membres divers
services-conseils et de la formation, des publications, des services
d'information et de communication, des regroupements d'achats, différents
outils de gestion ainsi que des activités de réseautage et de partage
d'expertises. La fédération est aussi membre du Conseil québécois de la
coopération et de la mutualité. Je cède maintenant la parole à M. Caron.
M. Caron (J. Benoit) : Mme la Présidente, M. le ministre, je suis très
heureux d'avoir le privilège de m'adresser à vous aujourd'hui. Cependant, certains me connaissent, je suis
quelqu'un de très bavard. Donc, pour respecter le 10 minutes, je vais
m'en tenir au texte que j'ai sous les yeux, et ensuite on aura 50 minutes,
j'espère, de discussion.
Peut-être
préciser qu'en tant qu'individu je faisais de l'économie sociale avant que ça
s'appelle de l'économie sociale et je fais de la coopération depuis à
peu près 20 ans.
Alors,
La Fédération des coopératives de services à domicile et de santé du Québec
souscrit aux objectifs généraux du
projet de
loi sur l'économie sociale qui reconnaît la part de la troisième voie
dans le développement socioéconomique du Québec. On ne doit toutefois pas perdre de vue que les entreprises
d'économie sociale, coopératives et mutualistes ont fort bien réussi jusqu'à maintenant. Le projet de
loi devrait donc préserver les traits distinctifs et les attributs propres
aux divers types d'entreprises que forme cette troisième voie et surtout
travailler à éliminer les contraintes à leur développement et ainsi leur
permettre d'offrir des services sur un pied d'égalité avec les autres modes
d'entreprises. Le projet de
loi sur l'économie sociale comporte plusieurs
dispositifs exprimés en termes très généraux et, par conséquent, sujets à
interprétation. Il nous apparaît opportun et nécessaire de modifier des
éléments du projet de loi afin de mieux baliser sa mise en application.
On a travaillé le
projet de mémoire sous trois angles : la reconnaissance de la diversité,
la mise en oeuvre de l'action gouvernementale et aussi la concertation entre
les acteurs.
Au niveau de la reconnaissance de la diversité,
le projet de loi évacue à plusieurs égards toute référence à la diversité des
modèles d'entreprises collectives, regroupant et confondant alors les
coopératives, les mutuelles et les organismes à but non lucratif sous le vocable
unique d'économie sociale. Bien que les coopératives de services à
domicile et de santé soient des entreprises d'économie sociale, elles se
reconnaissent d'abord et surtout en fonction de leur appartenance première,
c'est-à-dire la coopération. Alors, c'est un citoyen qui est membre d'une
coopérative, une coopérative qui est membre d'une fédération, une fédération
qui est membre du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.
Dans
l'ensemble, dans le projet de loi, les expressions «économie sociale» et
«entreprise d'économie sociale» devraient,
à notre avis, être remplacées par les expressions «économie sociale,
coopérative et mutualiste» et «entreprise d'économie sociale,
coopérative et mutualiste».
Il pourrait s'avérer néfaste que, par souci de
cohérence, le gouvernement uniformise systématiquement ses interventions visant
à favoriser le... De plus, il pourrait s'avérer néfaste que, par souci de
cohérence, le gouvernement uniformise
systématiquement ses interventions visant à favoriser le développement des
différentes formes d'entreprises collectives.
Le projet de loi ne doit pas faire obstacle au maintien et au développement
d'outils spécifiquement destinés à l'une
ou l'autre des formes d'entreprises, que ce soient les organismes à but non
lucratif, les coopératives ou les mutuelles. Chacune de ces formules-là
ont des caractéristiques, des outils, des accompagnateurs, ont des
caractéristiques qui les distinguent et font en sorte qu'elles réussissent, ces
organisations-là.
L'utilisation
du concept d'économie sociale engendre une confusion malheureuse en ce qui a
trait aux organismes de représentation que sont le Conseil québécois de
la coopération et de la mutualité et le Chantier de l'économie sociale. On ne
peut prétendre, en effet, que le Chantier de l'économie sociale coiffe ou chapeaute
l'ensemble des entreprises collectives,
coopératives, mutuelles et OBNL. Comme il y a, dans le projet de loi, le
Chantier de l'économie sociale et le
Conseil de la coopération et de la mutualité, pourquoi pas une loi qui
reconnaît les trois dans un même nom?
Les coopératives québécoises ont choisi de se
regrouper au sein de structures démocratiques, telles les fédérations et les confédérations sectorielles, de
même qu'au sein du Conseil québécois de la coopération. Je vous l'ai dit
tantôt, il y a un citoyen qui devient membre d'une coopérative, cette
coopérative-là est membre de sa fédération et la fédération est membre du
Conseil québécois de la coopération et de la mutualité. Alors, comme
démocratie, je pense qu'on est assez solides.
De plus, la
fédération, par son travail de représentation, a été, jusqu'à maintenant, un
interlocuteur important auprès du gouvernement du Québec en ce qui
concerne les entreprises de services à domicile ou les coopératives de santé.
Les coopératives de services à domicile et de santé ainsi que leurs membres
reconnaissent ces organisations qu'ils financent
et contrôlent démocratiquement comme les seules qui sont habilitées à les
représenter auprès des gouvernements. Ce
n'est pas un choix d'organisation, ce n'est pas la fédération qui décide de
représenter les coopératives de services à domicile et les coopératives de santé. Ce sont les membres de ces
coopératives-là qui, au sein de structures démocratiques, nous donnent
des mandats.
Alors,
l'article 5 du projet de loi devrait préciser que le Chantier de l'économie
sociale et le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité
sont les interlocuteurs privilégiés du gouvernement en matière d'économie
sociale, coopérative et mutualiste en tenant
compte de leurs domaines de représentation respectifs. Le projet de loi devrait
spécifier que le statut d'interlocuteur
privilégié conféré au conseil et au chantier ne préjudicie en rien au pouvoir
des regroupements sectoriels de représenter leurs membres auprès des
ministères et des organismes gouvernementaux intervenant dans leurs domaines
d'activité respectifs.
Nous, à la
fédération, on travaille beaucoup avec le ministère des Affaires municipales,
avec le ministère de la Santé et des Services sociaux et, bien entendu,
beaucoup aussi avec le ministère des Finances et de l'Économie. Dans «économie sociale», je vous rappelle qu'il y a
«économie» et il y a «sociale», et le ministère des Finances et de
l'Économie est très important pour nous. Cependant, on travaille directement
avec ces ministères-là. Il ne faudrait pas que le projet de loi, que ce soit
par l'entremise des deux acteurs importants nationaux qui sont reconnus ou
autrement… qu'on perde ce lien-là important avec nos partenaires
gouvernementaux.
Au niveau de
la mise en oeuvre de l'action gouvernementale, le plan d'action en économie
sociale constituerait un élément
structurant clé de l'intervention gouvernementale en matière d'économie
sociale, à notre avis. Le ministre des Finances et de l'Économie devrait
donc être mentionné expressément à l'article 8 en tant que partenaire conjoint
avec le ministère des Affaires municipales pour l'élaboration du plan d'action.
Le projet de
loi dispose, à l'article 8, que le plan d'action devrait être adopté au plus
tard le 1er avril 2014. Alors, on
trouve que c'est peut-être un peu rapide. On croit que la précipitation dans
l'élaboration du plan d'action en économie sociale, en raison d'un
échéancier trop serré, pourrait vicier le processus, miner la concertation avec
les intervenants et éventuellement réduire considérablement l'efficacité et la
portée du plan d'action en économie sociale. Le projet de loi devrait prévoir
aussi une date plus éloignée, par exemple le 1er septembre 2014 — et ce
matin on disait même peut-être le 1er décembre 2014 — comme
échéance pour l'adoption du plan d'action en économie sociale.
La Présidente (Mme Boulet) : Il vous
reste une minute, M. Caron.
M. Caron
(J. Benoit) :
L'article 9 du
projet de loi devrait prévoir la participation du ministère des Finances
et de l'Économie… je vous expliquerai tantôt, j'espère que quelqu'un posera une
question, mais il devrait impliquer le ministère des Finances et de l'Économie
de façon plus importante.
Il y a
plusieurs commentaires qu'on a dans notre mémoire sur les délais, aussi bien
pour le plan d'action que pour la révision, le rapport qui doit être
produit sur la loi, et je serai heureux tantôt de vous en reparler.
L'idée d'une table de concertation réunissant
les principaux intervenants en matière d'économie sociale pourrait favoriser la cohérence, selon nous, des
interventions gouvernementales. Le mandat de la table des partenaires en
économie sociale ne doit cependant pas chevaucher ou se
confondre avec le rôle des interlocuteurs privilégiés. Le projet de loi devrait banaliser, à notre avis, la
composition de la table des partenaires et également identifier de façon
plus claire ces partenaires-là. Nous croyons aussi que la participation
éventuelle de représentants de d'autres organismes devrait être approuvée par
les ministères et les organisations représentant l'économie sociale.
La Présidente (Mme Boulet) : Ça va
faire le tour, M. Caron. Est-ce que...
M. Caron (J. Benoit) : J'ai terminé.
Présidente (Mme Boulet) :
Vous êtes bien aimable. C'est gentil. Alors, je vais laisser la parole à M. le
ministre. On va procéder rapidement aux échanges, si vous permettez.
Gaudreault : Alors, merci
beaucoup de votre présentation. Il me fait plaisir de vous souhaiter la
bienvenue ici, à l'Assemblée nationale.
Sachez que j'ai beaucoup d'estime et de reconnaissance pour le travail des
coopératives de services à domicile,
que je connais bien, entre autres dans ma région, alors… étant moi-même un
utilisateur personnel — alors
je dévoile mon conflit d'intérêts — et je suis très, très, très
satisfait.
Maintenant,
j'aimerais pouvoir aller un petit peu plus loin dans vos propos et avec votre
présentation, et vous me direz si
c'est moi qui comprends mal, ou peut-être que ça va nous permettre de mieux se
comprendre, là, par rapport à votre
perception sur la loi, mais on dirait que j'ai l'impression que, pour vous, la
loi vient comme créer des distinctions entre différents acteurs du vaste
milieu de l'économie sociale. J'ai l'impression que vous avez la crainte d'une
forme de hiérarchisation chez les différents
partenaires que sont, entre autres, le Chantier de l'économie sociale et, bien
sûr, le Conseil québécois de la coopération
et de la mutualité, alors que — je veux tout de suite vous rassurer,
là — l'objectif de la loi est vraiment d'être
inclusive, et vraiment d'être ouverte, et tout sauf du mur-à-mur. Et je veux
que cet objectif ou cette intention soit bien comprise.
Et je veux
juste vous ramener aux considérants, le quatrième et le cinquième considérant
avant le début comme tel, des articles de la loi, là, quand on dit, par
exemple, au quatrième considérant, que «ces entreprises sont fondées sur des valeurs collectives qui se traduisent de
manières variées dans leur structure et leur mode de fonctionnement et
qu'elles permettent une forme d'économie
solidaire et durable». Le considérant suivant dit que «la plupart de ces
entreprises se sont regroupées au sein de deux grandes organisations, à
savoir le Chantier [...] et le Conseil québécois de la coopération et de la
mutualité, lesquelles sont appuyées par des réseaux sectoriels et régionaux».
Vous savez,
c'est extrêmement rare d'avoir des lois qui sont adoptées ici avec des
considérants. En tout cas, moi, de mon
expérience parlementaire, je pense que c'est la première que j'ai à étudier
avec des considérants, ce qui dénote une volonté d'avoir un statut. C'est pour ça qu'on parle d'une loi-cadre. Ce
n'est pas une charte, là, mais, avec les considérants, c'est un genre de manifeste, d'une certaine
manière, qui est légalisé par le cadre d'une loi-cadre, c'est le cas de le
dire.
Alors, j'aimerais savoir si ces considérants-là,
vous les acceptez, s'ils vous rejoignent, surtout sachant que, dans le cadre
d'une loi, les considérants vont servir d'outil d'interprétation. Jamais
quelqu'un ne pourra ignorer les considérants
dans l'interprétation, ou dans le travail, ou dans le plan d'action, même, qui
va suivre la loi. Forcément, le plan d'action — puis
on en reparlera tout à l'heure — devra s'inspirer de la loi, sinon il
serait illégal ou illégitime. Il devra tenir
compte de la loi. Et les considérants seront comme l'épine dorsale, si on veut,
de la loi. Alors, j'aimerais ça vous entendre un petit peu plus
là-dessus parce qu'on dirait que ça m'envoie un drôle de signal, votre mémoire.
M. Caron (J. Benoit) : Je ne voulais
pas vous envoyer de drôle de signal, M. le ministre. Je vous rappellerai cependant que le mémoire qu'on dépose aujourd'hui
a, naturellement, cheminé depuis quelques semaines déjà par un comité de travail, un conseil d'administration
représentatif, là, des deux secteurs qu'on représente à la fédération.
Effectivement, les considérants sont rassurants. Par moments, quand on va plus
loin dans le projet de loi, cependant, avouons que c'est très général.
Alors, oui,
au niveau des considérants, je pense qu'on reconnaît des éléments importants
que j'ai mentionnés tantôt. Cependant, quand on arrive et qu'on étudie
le projet de loi, on constate qu'il y a beaucoup d'endroits où on tombe dans des aspects beaucoup plus généraux qui, pour
celui qui l'interprétera dans cinq ans… pourrait l'interpréter peut-être
avec une différence de celle qu'on aura
aujourd'hui. Alors, c'est sûr qu'aujourd'hui quand on en parle, quand on
réfléchit au projet de loi dans le contexte dans lequel on est, on peut être un
peu moins insécurisés. Cependant, si on voit à plus long terme, on peut... Selon nous, les recommandations qu'on fait dans notre
mémoire sont des moyens de solidifier tout ça et de faire en sorte que
l'interprétation en soit plus facile.
La Présidente (Mme Boulet) : M. le
ministre.
M. Gaudreault : Oui. Bien, autrement
dit... Parce que j'ai surtout remarqué, dans votre mémoire... Je suis très heureux de lire, à la page 5 :
«…d'entrée de jeu [...] la [fédération] souscrit aux objectifs généraux du
projet de
loi sur l'économie sociale.» Alors, je comprends que vous êtes
d'accord avec le principe, vous êtes favorables à l'adoption d'une telle loi.
Mais plus
loin, à la page 7, je vous avoue que je vous trouve sévères quand vous
dites, en caractères gras, là, à peu près dans le milieu de la
page : «Une uniformisation à outrance ou une approche "mur à
mur" aurait pour effet d'altérer les
traits distinctifs qui font la force des différentes formes d'entreprises
collectives, dont les coopératives.» Alors, c'est justement pour éviter
ce mur-à-mur et cette uniformisation, ce risque d'uniformisation, je dirais,
que nous nous sommes assurés, justement, d'avoir des
considérants qui, à notre sens, rassemblent la plus grande diversité possible
des types d'organisations couvertes par la loi.
Mais aussi je
veux être très clair, que les deux partenaires privilégiés, pour nous, ont le
même statut, là, que ça soit le chantier ou le CQCM. Et ça, c'est
l'autre chose. Tantôt, je vous disais qu'il est rare qu'une loi comporte des
considérants. Et je vous avoue qu'on a eu à batailler, là, pour un deuxième
aspect, parce qu'il est rare qu'une loi reconnaisse des interlocuteurs
privilégiés nommément dans son texte de loi. Ça, on a eu une bataille — bien,
une bataille… — on a eu à le démontrer, puis à le justifier, puis
je pense que c'est correct. Puis, je veux dire, moi, je ne pars pas avec des ornières au point de départ, là. Et, pour
moi, ça, ça m'apparaissait important de le faire parce que je crois que,
dans son principe même, il faut aussi que les différents acteurs soient assis
autour de la même table et soient capables de travailler
ensemble. Alors, c'est pour ça, à la page 7, là, je trouvais sévère votre
propos. Comment vous réagissez à ça?
La Présidente (Mme Boulet) :
M. Caron.
M. Caron
(J. Benoit) : Merci, Mme la
Présidente. Avec le même confort qu'à mon arrivée, M. le ministre — je vous explique — parce qu'il est évident que, dans le projet de loi
qui est sur la table actuellement, de par son nom ou de par son approche générale, on veut, puis des gens qui
sont passés avant moi l'ont affirmé clairement, éviter la division,
hein? On veut uniformiser, on veut mettre sous un même parapluie tout ce beau
monde, aussi bon soit-il. À faire ça, il y a un danger. Nous, on demeure persuadés qu'en confondant les caractéristiques
des uns et des autres on perd peut-être un peu de la force et de la
richesse de chacun.
Je vous l'ai dit tantôt, j'ai fait de l'économie
sociale avant que ça s'appelle de l'économie sociale, et de la coopération
depuis 20 ans ou à peu près. Alors, que ce soit l'association, l'organisme
à but non lucratif, que ce soit la coopérative
ou la mutuelle… Les coopératives et mutuelles, depuis un peu plus de
150 ans, on est tous des coopérateurs au Québec, hein, parce qu'on
est tous membres d'une coopérative et même quelques fois de deux ou trois
coopératives, que ce soit financière ou autre. On connaît la force et la
richesse de la coopération.
De façon
éloquente et exceptionnelle peut-être, depuis 1996, suite au Sommet sur
l'économie et l'emploi, on doit saluer
et applaudir le travail qui a été fait par le Chantier de l'économie sociale et
le travail qui a été fait dans plusieurs secteurs, notamment au niveau des services d'aide à domicile, etc. Et j'ai
fait des coopératives dans tous les secteurs, dans une autre vie, dans
les coopératives de développement régional ou à la Confédération québécoise des
coopératives d'habitation. Chaque
secteur, chaque formule a sa richesse et fait en sorte qu'au Québec l'économie
sociale est si florissante et dénote autant de réussites et de succès.
Je vous donne l'exemple. Au niveau du
développement coopératif, un peu plus tôt aujourd'hui, on parlait du développement... du rachat, du transfert
d'entreprise par l'acquisition de l'entreprise par l'entremise d'une coop de
travail, une coop de travailleurs
actionnaires. Bien, à ce niveau-là, il y a des programmes qui sont spécifiques,
il y a des mesures fiscales, notamment le Régime d'investissement
coopératif. Si on regarde au niveau du développement coopératif au Québec, avec le ministère des Finances et de
l'Économie, on a l'Entente de partenariat relative au développement des
coopératives. C'est ce qui contribue à faire en sorte qu'au Québec on crée 100
ou 150 coopératives par année. Alors, en
voulant tout mettre sous un même chapeau, on va, par la force des choses,
uniformiser, essayer de niveler, et on croit qu'il y a un danger à
perdre les caractéristiques qui se traduisent par des bénéfices.
La Présidente (Mme Boulet) :
M. Caron, on va laisser la parole au ministre parce que le temps file,
alors… D'accord.
Gaudreault : Oui.
Évidemment, j'aurais beaucoup à vous dire et à vous demander. Puis les
collègues vont sûrement aller aussi plus loin. Mais c'est sûr qu'on a un
défi, là — moi,
j'aime mieux le voir comme la beauté de la chose,
là — c'est de
s'assurer d'incarner, à travers la loi, la force de la diversité du vaste
milieu. Alors, méchant défi pour des
législateurs comme nous. Et nous croyons que la table des partenaires, d'une
part, et la reconnaissance de deuxpartenaires
privilégiés sont cette voie de passage. Et moi, je veux vous assurer, vous
rassurer, vous confirmer qu'il est dans notre intention de ne pas
uniformiser, de ne pas hiérarchiser — puis là je suis enregistré,
ici, là, puis c'est l'intention du législateur — ce n'est vraiment pas
notre objectif. Voilà.
Alors, est-ce
que vous croyez que la table des partenaires… Puis peut-être en un oui ou en un
non parce que je sais que le temps
file, là. Est-ce que la table des partenaires… Puis on pourrait discuter de sa
composition. Mais la table des partenaires et la reconnaissance de deux
partenaires privilégiés, est-ce que, pour vous, ce n'est pas une belle voie de
passage pour relever ce défi?
M. Caron
(J. Benoit) : Je vous en
remercie. Nous vous en remercions. Effectivement, la table et
l'identification des deux partenaires que sont le chantier et le conseil
québécois, pour une première fois, je dirais, aussi ouvertement et aussi solidement, c'est un gain, c'est un gain
important. Puis on le reçoit positivement, avec certaines réserves sur
certains aspects, mais on le reçoit très positivement.
Présidente (Mme Boulet) :
Merci, M. Caron. Je vais passer la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce,
si vous me permettez.
Mme Weil :
Oui. Merci. Alors, nous sommes... Oui, M. Brouillard, M. Caron,
M. Beaulieu et Mme Valade, moi, je voudrais vous féliciter pour votre mémoire très détaillé. D'ailleurs,
vous touchez à beaucoup d'enjeux qu'on discute depuis le début de la consultation, surtout quand
on arrivera… mandat, composition de la table et définition. Le ministre
a déjà posé les questions sur le
titre même, mais évidemment là on a des points
de vue différents, mais je pense que l'idée,
c'est d'avoir une approche inclusive. Alors, je ne vais pas retourner là-dessus
parce qu'il y a tellement d'autres questions
à vous poser sur le reste. Mais je retiens tout ce que vous avez dit et je
pense que ce que vous voulez vous assurer, c'est que la diversité de ce milieu-là soit bien reconnue puis comment
est-ce qu'on peut s'assurer de faire ça dans les libellés.
Alors, on va aller
sur votre deuxième recommandation, c'est page 7 de votre mémoire. Vous
dites : «C'est pourquoi nous proposons
d'inclure dans le libellé de l'article 2 — ce serait un autre paragraphe que vous
rajouteriez — un
énoncé clair à l'effet que cette disposition
n'aura pas pour effet de faire obstacle au maintien et au développement
d'outils spécifiquement destinés à l'une ou
l'autre forme d'entreprises collectives.» Pourriez-vous juste m'expliquer
comment vous voyez ça dans l'article 2?
La Présidente (Mme
Boulet) : M. Caron.
M. Caron (J. Benoit) : Merci, Mme la Présidente. Ce serait un ajout,
simplement. Parce que, l'article 2, on parle de promotion, de soutien et de favoriser le
développement de l'économie sociale au Québec, alors naturellement on est
en accord avec l'article 2. Cependant,
toujours avec la même préoccupation d'uniformisation et de la perte des
caractéristiques ou des réalités… Parce que, bon, on parle d'économie sociale
plus souvent et plus ardemment depuis 1996, mais, au niveau de la coopération, ça fait quand même quelques dizaines de
décennies qu'on en parle et qu'on a installé aussi... Tantôt, je parlais du Régime d'investissement
coopératif, je parlais de l'Entente de partenariat relative au
développement des coopératives, au REER
autogéré, etc. La préoccupation qu'on avait, c'est que, dans l'article 2,
tout ce qui y est dit se fasse en respectant ce qui existe déjà.
La Présidente (Mme
Boulet) : Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Weil :
Donc, c'est à la lumière de... Si le
titre est modifié pour inclure, est-ce que
c'est... Quand vous dites «cette disposition», vous référez à quoi?
«...n'aura pas pour effet de...»
M. Caron (J.
Benoit) : ...disposition de l'article 2, c'est-à-dire la
promotion...
Mme Weil :
Parce que — excusez-moi,
Mme la Présidente — l'article 2,
c'est : «La présente loi a pour objectif…» Donc, là, on est en
train d'énoncer les différents objectifs. Et vous parlez de «cette disposition
n'aura pas pour effet».
Présidente
(Mme Boulet) : M. Caron.
M. Caron (J. Benoit) : Je ne sais pas exactement ce qui est écrit, je ne
relis pas tout le texte. Tout ce que je vous dis, c'est qu'il y a trois articles dans l'article... il y a trois
alinéas dans l'article 2 : un sur la promotion, un sur le
soutien et un sur favoriser le développement
de l'économie sociale au Québec. Nous, ce qu'on dit dans notre deuxièmerecommandation, c'est de faire en sorte que tout
ça se fasse en respectant les caractéristiques, encore une fois, et les
réalités de chacune des formes d'entreprise.
Il y a des programmes de développement… si vous me permettez, il y a des
programmesde développement où il y a
des accompagnateurs, des développeurs dans un qui ne sont pas dans l'autre, et
vice versa. Alors, c'est de composer avec la réalité actuelle des
choses, simplement, et ne pas l'altérer.
La Présidente (Mme
Boulet) : Alors, Mme la députée.
Mme Weil :
Merci. Là, on va aller à l'article 5, sur les interlocuteurs privilégiés.
Juste par curiosité, comment vous avez perçu ou comment vous... Comment
définir l'interlocuteur privilégié? Comment vous voyez le rôle? Là, on en a
deux. Vous, vous avez une recommandation qui va dans le sens... «en matière […]
en tenant compte de leur [demande]». Bon.
Vous
faites une proposition : «[Nous proposons] que l'article 5 du projet
de loi soit modifié de manière à préciser que le Chantier de l'économie sociale et le Conseil québécois de la
coopération et de la mutualité sont les interlocuteurs privilégiés du gouvernement en matière d'économie
sociale — mais
là vous, vous avez votre définition — coopérative
et mutualiste — qui
sera, oui ou non, retenue — en
tenant compte de leur domaine de représentation respectif.»
va juste... Moi, ce que je retiens de ce que vous dites, c'est qu'il faut
toujours faire attention que, dans ce qu'on dit, ce soit très inclusif.
Je ne sais pas comment éventuellement, dans la loi, ce sera reflété, mais je
pense que c'est votre message, là. Mais...
La Présidente (Mme
Boulet) : M. Caron. Ah! Ça va, Mme la députée? Excusez-moi,
j'ai...
Mme Weil :
Oui. Mais est-ce que vous êtes d'accord, donc, que ces deux grands organismes,
le Chantier de l'économie sociale et le Conseil québécois de la coopération et
de la mutualité, soient des interlocuteurs privilégiés?
La Présidente (Mme
Boulet) : M. Caron, la parole est à vous.
M. Caron (J.
Benoit) : Brièvement, oui. De façon un peu plus élaborée, on a vécu...
Vous savez, le Chantier de l'économie sociale et le Conseil québécois de la
coopération et de la mutualité, au cours... depuis 1996, il y a une réalité terrain, il y a
un historique, il y a une expérience terrain. Et, quand on arrive avec ces
recommandations-là, avec ces
précisions-là, ça tient compte de cette expérience depuis 1996. Donc, c'est
quand même un peu plus de 15 ans, là. Et, ce qu'on a constaté
depuis 1996, c'est... J'ai applaudi, tantôt, le travail du Chantier de
l'économie sociale, comme j'applaudis à tous
les jours le travail du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.
Cependant, stratégiquement, il faut faire en sorte que ces deux
interlocuteurs privilégiés, ces deux organisations nationales qui jouent un
rôle si important l'une et l'autre, qu'on améliore la façon de travailler
ensemble.
ça a été de belles réussites depuis 15 ans, mais je suis persuadé, avec
les deux, qu'on peut faire encore beaucoup mieux. Cependant, il faut reconnaître à chacun ce qu'il est. Il faut
aussi reconnaître les compositions qui composent ces deux organisations-là. Il y a des entreprises, des
membres, coops, qui sont au chantier, qui sont au conseil,
effectivement. Mais il demeure quand même
qu'il y a des institutions démocratiques qui se sont... que les membres des
coopératives, par exemple, se sont donnés — je
ne vous répéterai pas ce que je vous ai dit tantôt du citoyen qui devient
membre, qui devient membre de sa coop, etc. — et ça, il faut
absolument protéger ça et le reconnaître de façon... comme le fait la loi. En
reconnaissant les deux interlocuteurs privilégiés, à mon avis, pour une rare
fois, on joue un rôle égal, que ce soit le
chantier ou que ce soit le conseil, et ce, même si, quand on analyse les deux
organisations, il y a des historiques qui sont différents, il y a également un membership, il y a des partenariats
qui sont différents. Il faut exploiter les deux de la meilleure façon
possible.
La Présidente (Mme
Boulet) : Merci, M. Caron. Mme la députée.
Mme Weil :
Il reste cinq minutes?
La Présidente (Mme
Boulet) : Il vous reste à peu près cinq minutes, oui.
Mme Valade
(Renelle) : …
Présidente
(Mme Boulet) : Oui, Mme Valade, vous voulez compléter
la réponse? Alors, on…
Mme Valade
(Renelle) : Oui. Ce que je dirais, c'est : On a innové, dans les
15 dernières années, de par nos structures.
Si vous voulez nous donner la chance, O.K., au niveau du terrain, de continuer
à se courtiser entre l'économie sociale,
le Chantier de l'économie sociale puis nos structures coopératives… Il faut
innover. On a commencé à le faire. Notre
fédération, on a trouvé des façons d'inclure des membres auxiliaires pour qu'on
travaille ensemble, mais c'est en reconnaissant qui on est qu'on est
capables d'aller de l'avant, puis de se parler, puis de travailler ensemble.
Puis on a des gros défis à relever. Parce
que ce n'est pas si vrai que ça que c'est indéniable, le mouvement coopératif.
C'est fort, c'est puissant en autant qu'on travaille ensemble puis qu'on
applique la démocratie. Ça fait que je vous remercie vraiment des considérants que vous avez mis, je les ai bien entendus,
puis on va les faire valoir auprès de nos membres.
La Présidente (Mme
Boulet) : Alors, merci, Mme Valade. Mme la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Weil :
J'aimerais arriver sur la table, la composition de la table. Puis il y a peu de
temps. Donc, je retiens tout
simplement toutes vos recommandations sur les échéanciers, c'est intéressant.
Le plan d'action, c'est vraiment bien expliqué. Je pense que nous, on
pourra regarder ça et de voir s'il y a des améliorations à appeler, à amener.
j'aimerais vous amener sur le mandat de la table. Je ne sais pas si vous avez
suivi, donc, les recommandations pour le mandat de la table qui est
recommandé par le Chantier de l'économie sociale, si vous êtes d'accord avec la
description du mandat tel qu'ils l'ont… Et
vous entendre sur la composition de la table aussi, et s'il faudrait avoir,
donc, des critères de composition.
La Présidente (Mme
Boulet) : M. Caron.
M. Caron (J. Benoit) : Notre position au niveau de la table des partenaires… Bien entendu, il y
a les deuxinterlocuteurs importants.
Le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du
territoire est, bien entendu, là. On croit qu'au niveau du ministère des
Finances et de l'Économie, il devrait y être aussi. Et la crainte qu'on peut avoir… ou, en tout cas, le commentaire
qu'on avait, c'est peut-être qu'il ne faut pas que cette
table-là vienne qu'à remplacer un ou l'autre des deux interlocuteurs
privilégiés, un ou l'autre des deux ministères qui, pour nous, sont très
concernés. Il ne faudrait pas non plus qu'à cette table-là on ferme la
porte. Vous m'avez rassuré, puis M. Gaudreault l'a fait abondamment
tantôt, là : c'est très inclusif, tout ça.
Moi, je travaille,
comme directeur général de la fédération, avec le ministère de la Santé depuis
cinq ans intensivement, et il n'y a pas personne d'autre qui va faire notre job
à notre place, c'est nous qui y allons. Alors, il ne faut pas que cette table-là fasse en sorte que, quand on parlera, par
exemple, de coops de santé, de coopératives de santé, ce soient d'autres
interlocuteurs qui parlent à notre place. Donc, par moments et selon les
circonstances et les besoins, on croit qu'à cette table-là, en plus des deux
organismes nationaux, des deux ministères, doivent s'ajouter aussi des regroupements
sectoriels.
La Présidente (Mme
Boulet) : Merci, M. Caron. Il reste moins de deux minutes, Mme la
députée.
Weil : Bien, peut-être,
puisque j'ai un peu de temps, peut-être qu'on pourrait... vous pourriez
peut-être vous exprimer sur le plan et
les échéanciers, les recommandations que vous faites, là, sur le trois... les
cinq ans — attendez,
il faudrait que je le retrouve, là — premièrement, à quel échéancier… Donc, vous
proposez «que le projet de loi indique une
date ultérieure«, premièrement,» au 1er avril 2014, par exemple le 1er
septembre». Ça, peut-être que le ministre va apprécier, dans un sens, de repousser parce que c'est vrai que c'est un
travail complexe. Ça, je veux dire, je pense que c'est beaucoup au
ministre de voir à ça.
Ensuite :
«Il nous paraît que le délai de cinq ans prévu à l'article 9 — je
pense que vous parliez de l'article 10, en fait — pour
la révision du plan d'action est nettement trop long. [Et qu'il] devrait être
ramené à trois ans.» Il y a un autre groupe aussi… deux autres
peut-être, qui ont fait cette recommandation. Je ne sais pas s'il y a d'autres
choses que vous voulez mentionner à ce point de vue. Et que… Oui. Écoutez, moi,
j'ai...
Mme Weil : Oui. Est-ce que
vous êtes pour inclure le mandat, donc, dans la loi?
La Présidente (Mme Boulet) : En
moins d'une minute, M. Caron, je vous laisse la conclusion.
M. Caron (J. Benoit) : Le mandat?
Mme Weil : De la table.
M. Caron (J. Benoit) : Oui.
La Présidente (Mme Boulet) : Ça va,
Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce?
Mme Weil : Oui, c'est excellent.
Merci. Merci beaucoup.
Présidente (Mme Boulet) :
D'accord. Alors, on va passer la parole au député de Beauce-Nord. Vous
disposez de 3 min 30 s.
Spénard : Alors, merci.
Merci, Mme la Présidente. C'est le pendant d'être la deuxième opposition
officielle, on aurait autant de questions, mais on ne peut pas avoir autant de
réponses. Alors, Mme Valade, MM. Beaulieu, Caron, Brouillard, alors,
bienvenue.
Vous semblez
avoir beaucoup de questionnements en ce qui concerne la représentativité de
votre fédération par rapport aux
différentes interventions que vous pouvez faire aux ministères, les deux
principaux ministères, le ministère des Finances et le MAMROT. Alors,
pourquoi? Parce qu'après l'adoption de la loi vous n'aurez plus... vous n'avez
pas l'impression que vous allez quand même pouvoir accéder aux ministères en
question?
La Présidente (Mme Boulet) :
M. Caron.
M. Caron (J. Benoit) : On n'a pas
l'impression qu'on ne pourra plus, on veut juste s'assurer de continuer à pouvoir. Alors, c'est sûr que le développement de
l'économie sociale au Québec, au cours des 15, 16 dernières années,
s'est fait d'une façon… avec les structures
qui sont en place, les programmes, les soutiens, etc., et les représentations
qu'on a faites. Et, que ce soit le chantier
ou que ce soit le conseil, c'étaient nos deux regroupements nationaux avec qui
on travaille, dépendamment des occasions; dans notre cas, plus souvent
avec le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité. Et il y a une façon de faire qui fait en sorte que,
quand on tombe dans le spécifique, dans le sectoriel... J'ai donné
l'exemple des coops de santé tantôt. Quand on veut parler avec le ministère de
la Santé des coopératives de santé, le conseil
ne parle pas à notre place, il va parler avec nous, mais ne parle pas à notre
place. Alors, on veut simplement la continuité
de ces pratiques-là et que le projet de loi n° 27 ou encore la table
des partenaires, ça n'ajoute pas des intervenants et qu'ils viennent peut-être briser ce lien direct
qu'on a, qu'on est privilégiés d'avoir avec des représentants gouvernementaux.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci.
M. le député de Beauce-Nord.
Spénard : Par contre, vous
vivez bien avec la table des partenaires qui est là, mais vous aimeriez aussi
que, quand c'est question de coops de santé, vous soyez présents pour défendre
votre point de vue.
M. Caron (J. Benoit) : Absolument.
Spénard : O.K., c'est ça.
C'est ça que je comprends. La mise en oeuvre de la loi, vous trouvez ça vite,
vous, le... votre organisme, là, et vous proposez de reporter ça au
1er septembre 2014 pour le plan parce que...
M. Spénard :
Oui, le plan d'action.
La Présidente (Mme
Boulet) : M. Caron.
M. Caron (J. Benoit) : On est quotidiennement, comme vous, dans les
opérations sur le terrain en concertation avec des partenaires, avec des
secteurs aussi, avec nos secteurs. Dans une année, il y a de longues périodes
où on est un peu moins efficaces au niveau
des activités, que ce soit l'été, que ce soit la période des fêtes, etc. On
pense que la force du plan d'action viendra de l'adhésion qu'il
suscitera, ce plan d'action là. Pour avoir une adhésion, il faut mobiliser les
gens, il faut les concerter autour d'un projet commun. Ça demande un petit peu
de temps.
Dans un monde idéal,
on n'a rien contre le 1er avril 2014, ça peut même être le
1er décembre 2013, aucun problème. La
seule chose, c'est qu'on veut s'assurer d'atteindre la cible et de faire le
plus grand succès possible de ce plan d'action là. Pour ce faire, on
croit que c'est peut-être serré un peu, 1er avril 2014.
La Présidente (Mme
Boulet) : M. le député de Beauce-Nord, là, juste le mot de la fin. Il
vous reste quelques secondes.
M. Spénard : Ah bien! Le mot de la fin... Bien, j'aimerais les remercier, mais un
petit mot de la fin que je vais vous laisser… Est-ce que ce projet de
loi n° 27 là vous aide?
M. Caron (J. Benoit) : J'espère que le projet de loi n° 27
changera les choses. Je l'ai dit tantôt, depuis 15 ou 16 ans, on l'a vécu sur le terrain, on était tous là. Et,
dans le quotidien, c'est extraordinaire, ce qui s'est fait, c'est
extraordinaire, ce que fait le chantier,
c'est extraordinaire, ce que fait le conseil, mais ça pourrait être encore
beaucoup plus extraordinaire si le projet de loi pourrait avoir pour
effet de reconnaître chacun, de les respecter et de faire en sorte de tirer le
meilleur, le plus opportunistement, de chacun de ces regroupements-là et de
leurs secteurs.
La Présidente (Mme
Boulet) : On reçoit bien votre message, M. Caron. On remercie la
Fédération des coopératives de services à
domicile et de santé du Québec. Alors, M. Brouillard, M. Caron,
M. Beaulieu et Mme Valade, merci de votre présentation.
Et, compte tenu de
l'heure, je suspends les travaux de la commission jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 58)
La Présidente (Mme Boulet) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Alors, je
souhaite la bienvenue à nos invités. Je vais répéter ce que je vous ai dit ce matin. Pour les fins
d'enregistrement, je vous demande de bien vouloir vous présenter. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons, comme d'habitude, à
la période d'échange avec les membres de la commission parlementaire. Alors, la
parole est à vous.
Mme Gasse
(Marie-Claude) : Donc, bonjour. Mon nom, c'est Marie-Claude Gasse, je
suis la présidente de la Coalition des
entreprises d'économie sociale en aide à domicile, que l'on nomme EESAD. Je
suis également la directrice générale de l'entreprise appelée Coup de
main à domicile, qui est située à Rimouski, dans le Bas-Saint-Laurent. Je suis accompagnée d'André Richard, qui est le
porte-parole de l'aile rurale, et de Benoit Caron, qui est le directeur
général de la Fédération des coopératives de
services à domicile et de santé du Québec. Donc, il y a trois réseaux qui
représentent les EESAD au Québec, et ce sont nos trois réseaux. Je laisserai
ces messieurs se présenter plus en détail tout à l'heure.
Donc, tout simplement
pour vous remercier de nous recevoir. Je pense qu'il n'y a pas beaucoup de
secteurs d'activité qui ont l'occasion de
venir présenter l'impact qu'ils ont sur le terrain. Donc, on l'apprécie
beaucoup aujourd'hui. De manière générale, nos organisations sont
d'accord avec les objectifs du projet de
loi sur l'économie sociale ainsi
qu'avec les principales orientations qu'il met de l'avant afin d'assurer le
développement de l'économie sociale et des entreprises
collectives qui en sont le moteur. Donc, plusieurs organisations intéressées
pas l'économie sociale sont venues ou viendront vous présenter leurs
observations, commentaires, suggestions, recommandations sur différents aspects
techniques rattachés au projet de loi qui est présentement sous étude.
Nous, de notre côté,
nous avons délibérément choisi d'apporter une contribution originale aux
travaux de la commission et du ministre en illustrant de façon concrète
l'apport pour l'économie et la société québécoise, la vision et les préoccupations d'entreprises qui, selon
nous, sont très représentatives de l'économie sociale au Québec, donc
les EESAD. On a un défi important aujourd'hui. On est trois personnes qui
sommes passionnées par notre champ d'activité. Donc, le défi, c'est d'arriver à
ramener tout ça en dedans de 10 minutes
Donc, je pense qu'il y a eu beaucoup de
discussions ce matin. Il y a 101 entreprises au Québec. On a eu un problème il
y a quelques années. On s'est rendu compte qu'il n'y a pas beaucoup
d'entreprises qui étaient réseautées. Donc la coalition a décidé de se former pour
permettre aux entreprises d'avoir un autre moyen pour se réseauter.
Donc, à partir de ce moment-là, ça fait déjà
cinq ans que nos trois réseaux travaillent en étroite collaboration. On
s'entend sur la majorité des points.
Et, que ce soient des coopératives ou des organismes à but non lucratif, je
pense qu'on est le meilleur exemple
pour prouver qu'on est capables de travailler harmonieusement tous ensemble en
économie sociale. Donc, je vais laisser M. Richard présenter l'aile
rurale.
M. Richard
(André) : Donc, bonjour.
Donc, comme Marie-Claude l'a dit, André Richard. Dans une autre vie,
autre que porte-parole de l'aile rurale, je suis aussi directeur d'une
entreprise d'économie sociale en aide à domicile dans La Côte-de-Gaspé. L'aile rurale est venue au monde pour défendre
les droits des entreprises d'économie sociale en aide à domicile qui oeuvrent en milieu rural et qui se démarquent aussi
par une intensité des services sur le terrain. On a comme principale fonction de représenter les
entreprises auprès des instances gouvernementales pour faire reconnaître
les particularités dans l'organisation des
services dans les milieux ruraux sur des grands territoires où les services de
proximité sont peu ou pas existants et avec une clientèle dispersée. Voilà. Je
laisserais Benoit y aller.
M. Caron
(J. Benoit) : Parfait.
Alors, pour certains, vous me reconnaissez. Benoit Caron, je suis directeur
général de la Fédération des coopératives de
services à domicile et de santé du Québec. Je vais sauver du temps sur la
présentation de la fédération. Simplement
vous rappeler… — parce
que je vous l'ai mentionné ce matin — vous
rappeler qu'on regroupe des coops et
des organismes à but non lucratif de services à domicile, 56 entreprises, en
fait, 56 EESAD, 35 coopératives de santé.
Et on est une fédération assez conventionnelle, c'est-à-dire par l'offre de
services spécialisés aux secteurs qui sont membres de cette fédération-là. On
travaille à cette table-là avec les deux autres regroupements, un peu comme
le précisait Mme Gasse il y a un instant, de façon harmonieuse et constructive
depuis cinq ans.
On m'a aussi
demandé de vous... pour introduire le sujet, parce que je suis pas mal sûr
qu'on a déjà trois minutes de passées...
M. Caron
(J. Benoit) : Quatre, même?
Alors, je vais faire très rapidement. Le Sommet sur l'économie et
l'emploi, M. Béland vous en a abondamment parlé ce matin, le Sommet sur
l'économie et l'emploi de 1996, un grand chantier s'entreprend, notamment au niveau de l'aide à domicile, une volonté de
répondre à des besoins d'usagers, de personnes en perte d'autonomie ou
présentant une déficience, une volonté aussi de créer des jobs, créer des
emplois, donc de répondre à un besoin de
création d'emplois, et également, ce qu'on a oublié avec le temps, de contrer
le travail au noir. Alors, c'étaient les trois objectifs qui étaient là.
C'est un
chantier ou c'est un projet qui a réussi admirablement, à mon avis et de l'avis
de plusieurs. 101 entreprises sont
créées de ce chantier-là. On couvre les 17 régions administratives du Québec,
alors on est partout. On livre, simplement dans le Programme d'exonération financière, programme qui permet à
l'usager d'obtenir une aide financière pour avoir accès aux services,
alors, simplement dans le cadre de ce programme-là… Parce qu'on offre aussi...
on vend des heures à des usagers dans
d'autres volets d'activité. Mais, simplement dans le PEFSAD, c'est
5,6 millions d'heures de service
qui sont livrées par 6 800 préposés d'aide à domicile à 84 000
usagers au Québec. On se concentre au niveau des activités de service,
au niveau des activités de la vie domestique, bien entendu, mais de plus en
plus aussi au niveau des activités de la vie quotidienne, c'est-à-dire prendre
soin de la personne dans son intégrité, et tout ça. C'est un chiffre d'affaires
d'un peu plus de 125 millions, c'est peut-être même, si on considère les
autres services, au-delà de 130 millions.
C'est le secteur que nous représentons cet après-midi. Et, comme vous l'a dit
Mme Gasse, contrairement à d'autres présentations, on va se concentrer
sur notre réalité à nous et avec une approche plus sectorielle.
Mme Gasse
(Marie-Claude) : Donc, on
trouve que le terme «économie sociale», dans notre secteur d'activité, est quand même très représentatif parce qu'on a
des impacts tant au niveau social qu'au niveau économique. On a
d'ailleurs réalisé, il y a très peu de
temps, en collaboration avec le MAMROT, une étude, une analyse d'étude d'impact
économique de la contribution des EESAD sur la société québécoise. Donc, on est
des entreprises de service, on est au service des individus et des familles, que ce soient les coopératives ou les
organismes à but non lucratif, on est tous exploités à but non lucratif
et, dans notre étude qu'on a réalisée, on nous prouve qu'on est des entreprises
rentables pour le Québec.
On donne beaucoup de... On donne du lest
financier et humain à la famille et aux proches de par les services qu'on donne.
On favorise le maintien prolongé à domicile, c'est prouvé, on contribue
également à la baisse des coûts d'hospitalisation et on génère des économies
considérables pour la société. On est des entreprises qui sommes aussi créateurs d'emplois. Au-delà des services qu'on
donne aux individus, on a quand même 6 800 employés dans notre
secteur. Et on a un défi important à relever dans les prochaines années, qui
est le vieillissement de la population. Donc, on a 6 800 travailleurs... travailleuses, je devrais dire, parce qu'à
95 % ce sont des femmes, mais on a encore de la place pour créer
beaucoup d'emplois supplémentaires.
On est aussi des entreprises qui sont créateurs
de richesse collective, toujours avec la même étude dont je citais tout à
l'heure. Les activités des EESAD, en 2011‑2012, ont produit un avantage social
net de 333 millions de dollars. Donc, ce n'est quand même pas négligeable.
Et on dit que, globalement, pour chaque dollar investi dans le programme du
PEFSAD, la valeur totale des avantages quantifiables générés par notre secteur
d'activité pour l'économie du Québec s'élève à 5,27 $.
a évidemment beaucoup de préoccupations quant au projet de loi dont on parle et
quant à sa mise en oeuvre. Il faut
vraiment que le gouvernement comprenne que, quand on investit dans l'économie
sociale, c'est bien un investissement et non pas une dépense, donc, pour les deux volets
qu'on vient de citer. On a une problématique particulière dans notre secteur, c'est que l'économie sociale relève du
MAMROT, mais on est aussi avec nos travailleurs au ministère du Travail,
tu as le ministère de la Santé pour les
usagers, et c'est important d'avoir une belle transversalité, là, dans les
différents ministères. Donc, je vais laisser M. Richard suivre tout de suite
avec les recommandations.
M. Richard (André) : Donc, j'y vais tout de suite avec les six recommandations, les trois
regroupements. Donc, la première
recommandation : Que le gouvernement du Québec adopte une politique
permettant de faire appel prioritairement aux entreprises de l'économie
sociale plutôt qu'à l'entreprise privée dans la livraison de services aux
personnes et aux communautés.
Deuxième
recommandation : Que le gouvernement du Québec adopte des mesures
favorisant le maintien à domicile des personnes âgées et soutienne financièrement
ces services.
La troisième :
Que le gouvernement du Québec soutienne les initiatives d'entrepreneuriat
collectif afin d'en favoriser le développement et la consolidation.
quatrième : Que le gouvernement du Québec adopte une politique pour favoriser
l'utilisation des ressources et services produits par les entreprises de
l'économie sociale, par les ministères et les organismes publics.
cinquième : Que le gouvernement du Québec adopte des mesures et politiques
visant à favoriser la création et le maintien d'emplois en région.
la dernière : Que le gouvernement du Québec assure un financement adéquat
de l'économie sociale, notamment en
matière de services à domicile, afin d'assurer le maintien de services de
qualité en réponse aux besoins croissants des personnes et des
communautés.
La Présidente (Mme Boulet) : Alors, bravo! 10 minutes pile. Alors bravo,
Mme Gasse, M. Richard, M. Caron. Alors, je vais laisser tout de suite la
parole au ministre pour procéder à la période d'échange.
M. Gaudreault : Oui, alors, merci beaucoup, Mme Gasse, M. Richard, M. Caron, pour votre
présentation et aussi pour le temps que vous avez consacré à la
rédaction de ce mémoire qui correspond à votre réalité.
est vrai que vous êtes... vos organisations sont à cheval sur plusieurs
ministères, je dirais, ministère des Affaires municipales pour l'économie sociale, tout le volet occupation du territoire
aussi — parce
que je vois que vous avez une préoccupation très importante pour les
milieux ruraux, on pourra y revenir tout à l'heure — mais aussi évidemment avec le ministère de la Santé, sur lequel,
aujourd'hui, évidemment, je n'aurai pas nécessairement des réponses à
toutes les questions, puis je ne pense pas
que ce soit l'objectif. Mais je comprends, par exemple, avec votre
recommandation 6 sur le financement en matière de services à
domicile, le maintien de services de qualité, etc., bon, vous savez que notre
gouvernement est extrêmement préoccupé par ça. Mon collègue à la Santé déposera
bientôt un livre blanc ou une politique, là, sur une assurance autonomie, et
sûrement que j'aurai l'occasion de lui transmettre vos préoccupations,
particulièrement sur ce volet-là.
Mais,
si on regarde plus précisément la loi-cadre sur l'économie sociale que nous
proposons aujourd'hui et que nous étudions aujourd'hui, je comprends
que, de façon générale, vous êtes favorables à l'adoption d'une telle loi et, pour vous... Bien, j'aimerais ça vous entendre un
peu plus, là, sur ce qu'elle peut apporter de concret, ou de nouveau, ou
de différent par rapport à la situation actuelle, avec une telle loi.
Mme Gasse
(Marie-Claude) : J'y vais?
La Présidente (Mme
Boulet) : Alors, Mme Gasse.
Mme Gasse (Marie-Claude) : Oui. Donc, comme on l'a nommé tout à l'heure, une
des problématiques qu'on a, c'est
qu'on relève vraiment de pleins de ministères. Outre le ministère du Travail,
le MAMROT, le ministère de la Santé, on a aussi le ministère de l'Emploi
et Solidarité sociale, ministère des Finances parce que beaucoup de nos
travailleuses sont ce qu'on appelait des sans-chèque, on les a intégrées ou
réintégrées sur le marché du travail, ou c'étaient des travailleurs qui étaient éloignés du marché du travail. Et, depuis
quelques années qu'on travaille avec
le MAMROT, la coordination entre ces différents ministères là a été très
facilitante. Toutefois, on s'aperçoit que l'économie sociale, des fois, n'est pas le secteur qui est privilégié
par tous les ministères. Donc, au-delà de la loi, au-delà de camper l'économie sociale, ça va être important
d'assurer une vigie face à ça et de peut-être mettre les moyens en place
pour que vous puissiez avoir l'autorité nécessaire pour réagir si jamais on
passait outre ça.
Vous
avez nommé, tout à l'heure, le livre blanc du ministre Hébert. C'est sûr qu'on
a les grandes lignes qui nous ont été
citées. On pense que le ministre va nous faire une grande place, mais on a
aussi un enjeu majeur quand on parle du réseau privé, où on ne sait pas exactement quel genre de réseau peut
arriver, peut se créer pour être capable d'avoir accès à ces
services-là. Et, vous le nommiez aussi en introduction, la qualité des
services, pour nous, est très importante. Donc,
notre réseau est déjà étendu à la grandeur du Québec, ça fait 17 ans qu'on
existe, ça fait 17 ans qu'on travaille à améliorer les emplois, à améliorer les compétences de nos travailleurs,
à améliorer les services qu'on donne sur le terrain. Donc, c'est certain que, si le MAMROT est capable,
avec cette loi-là, d'assurer cette coordination-là intergouvernementale,
ce serait facilitant pour notre secteur d'activité.
La Présidente (Mme
Boulet) : M. le ministre.
M. Gaudreault : Oui. Il y a plusieurs éléments que vous avez
mentionnés et qui nous permettent d'aller plus loin, de faire du pouce. Vous parlez de vigie,
l'importance d'avoir une vigie, une fois que la loi sera adoptée, pour
s'assurer, entre guillemets, je dirais, là,
que ce ne soit pas une loi qui soit tablettée ou juste un... que ça demeure un
voeu pieux puis qu'il n'y ait pas de
conséquences directes. Est-ce que, pour vous, la désignation dans la loi de
deux partenaires privilégiés que sont le CQCM et le Chantier sur
l'économie sociale et aussi la création, via l'article 11 et l'article 12 — en
fait, le
chapitre V du projet de loi — d'une table des partenaires en économie
sociale, est-ce que, pour vous, ça fait
partie de ce qui pourrait contribuer à faire une vigie, à la
fois les deux partenaires privilégiés mais aussi la table? Alors,
j'aimerais ça vous entendre un petit peu plus sur ces deux éléments-là.
La Présidente (Mme
Boulet) : Mme Gasse.
Mme Gasse (Marie-Claude) : Oui. Merci. C'est sûr qu'on pense que cette
table-là peut être facilitante. C'est important que les deux
organisations, et le Chantier de l'économie sociale et le CQCM, puissent y
siéger. Mais, outre le fait d'y siéger et d'arriver à détecter si cette loi-là
est respectée, souvent on se fait dire que le MAMROT a la responsabilité de
coordination, mais qu'il n'a pas de pouvoir nécessairement sur d'autres
ministères. Donc, il faut vraiment que cette table-là ait l'autorité nécessaire
pour réagir.
Et, si je vous amène
dans le un petit peu plus pointu, sur le terrain, ce qu'on vit, dans notre
secteur, c'est beaucoup des agences de
placement sur le terrain, où il y a une réalité qui est très difficile, que les
CLSC, les centres de santé doivent faire toujours avec des budgets
restreints et ils veulent desservir le plus grand nombre de personnes possible.
Donc, au lieu de dire : On va payer le
prix que ça coûte, ce qu'ils vont faire, c'est qu'ils vont passer par des
agences de placement pour engager des
travailleurs au noir ou des travailleurs autonomes, entre autres, en se
disant : Ça coûte moins cher, on
est capables de servir plus de monde qu'en payant vraiment le prix que ça
coûte. Donc, ça, dans notre secteur, c'est un enjeu qui est très important. Et, si le MAMROT ou la table des
partenaires n'a pas l'autorité nécessaire pour réagir, bien ça pourrait
compliquer.
La Présidente (Mme
Boulet) : M. le ministre.
Gaudreault : Êtes-vous d'accord avec le
titre
Loi sur l'économie
sociale?
Mme Gasse
(Marie-Claude) : Oui.
M. Caron (J.
Benoit) : Évidemment, vous comprendrez que je n'interviendrai pas sur
ce sujet.
La Présidente (Mme
Boulet) : Mme Gasse.
Mme Gasse (Marie-Claude) : Oui. C'est sûr qu'on est d'accord. Je l'ai dit en
introduction. En tout cas, pour notre secteur
d'activité, l'économie sociale, ça fait
partie du
titre de nos entreprises,
c'est les entreprises d'économie sociale en aide à domicile, et les
impacts qu'on a sont aux deux niveaux. Et notre réseau regroupe autant de
coopératives que d'organismes à but non
lucratif ou presque. Et, comme j'ai nommé tout à l'heure, malgré tout, on
arrive à travailler de manière harmonieuse tous ensemble.
M. Caron (J.
Benoit) : En évitant les sujets qui peuvent nous diviser. Merci, M. le
ministre.
La Présidente (Mme
Boulet) : M. le ministre.
M. Richard
(André) : Nous, de l'aile rurale, on est d'accord aussi avec «économie
sociale» parce que, sur le terrain, nous
aussi, c'est ce qui nous représente. On est des entreprises d'économie sociale,
peu importe le statut juridique.
La Présidente (Mme
Boulet) : Alors, M. le ministre.
M. Gaudreault : Oui. Alors, à votre recommandation 1 et votre recommandation 4... Je
les mets ensemble, parce que la
première dit que vous souhaitez que le gouvernement «adopte une politique [qui
permet] de faire appel prioritairement aux entreprises d'économie
sociale plutôt qu'à l'entreprise privée pour la livraison de services aux
personnes et aux communautés» et, au point... à la recommandation 4, vous
dites… vous souhaitez que le gouvernement «adopte une politique pour favoriser
l'utilisation des ressources et services produits par les entreprises de
l'économie sociale, par les ministères et organismes publics».
Alors, pour moi,
c'est, en gros, dans le même volet, là. C'est une politique pour faire appel
prioritairement soit aux entreprises
d'économie sociale ou en tout cas favoriser l'utilisation des ressources et
services produits par les entreprises
d'économie sociale. J'aimerais ça que vous m'en disiez un petit peu plus
là-dessus. Qu'est-ce qui bloque, à l'heure
actuelle? Quels sont les problèmes concrets que vous vivez et qui vous poussent
à faire ces deux recommandations-là particulièrement?
La Présidente (Mme
Boulet) : M. Caron.
M. Caron (J. Benoit) :
La question, M. le ministre, est très intéressante. Puis effectivement, dans
nos six recommandations, plusieurs recommandations s'entrecoupent et ont
une interrelation entre elles.
La politique de développement de l'économie
sociale, bon, on l'applaudit, c'est merveilleux, extraordinaire. Maintenant, cependant puis, après demain,
lorsqu'elle sera adoptée, il faudra l'opérationnaliser. Dans
l'opérationnalisation de cette politique-là, ça devrait se traduire par des
gestes concrets pour le gouvernement, mais également pour les entreprises d'économie sociale, pour nos deux
regroupements nationaux. Et c'est quotidiennement qu'on devrait la
vivre, cette politique-là.
On devrait la
vivre aussi par l'entremise de l'ensemble des ministères. On a travaillé, nous,
les trois regroupements, avec 10 ministères
grâce à un comité interministériel, qui avait été mis sur place par le
ministère des Affaires municipales, régionales
et de l'occupation du territoire, sur nos entreprises. Force est de constater
cependant qu'on n'a pas suscité l'intérêt de plus de deux ou trois
ministères, alors qu'on arrivait avec des propositions, avec des solutions,
avec... On ne demandait pas, là. On arrivait avec des solutions qui répondaient
à des besoins qu'on pouvait retrouver dans certains ministères. Malheureusement, il n'y a pas eu d'action concrète par la
suite. C'est-à-dire, si la politique, on veut qu'elle réussisse, qu'elle soit un succès, il faut que, du
côté de l'appareil gouvernemental, dans les ministères, on préconise et
qu'on favorise, qu'on fasse la promotion de l'économie sociale et qu'on la
traite peut-être distinctement.
La Présidente (Mme Boulet) : M. le
ministre.
Gaudreault : J'aimerais vous
entendre un petit peu plus sur le suivi sur la loi et sur le plan d'action.
Vous en parlez dans votre mémoire, là. Dans la loi, nous parlons d'un suivi...
Dans le projet de loi, c'est-à-dire, nous parlons d'un suivi aux sept ans pour la loi et on parle ensuite d'une...
«[Adopter], au plus tard le 1er avril 2014, un plan d'action». Je
voulais savoir c'est quoi, votre perception de cela, autant sur...
Là, on dit
que le plan d'action, par exemple, doit être révisé tous les cinq ans. «Il peut
toutefois reporter, pour une période
d'au plus de deux ans, un exercice de révision.» Ça, c'est l'article 10. Alors,
on réviserait le plan d'action aux cinq ans et on aurait une révision de
la
loi sur sept ans. Qu'est-ce que vous dites de ça?
La Présidente (Mme Boulet) : Mme
Gasse.
Mme Gasse
(Marie-Claude) : Évidemment,
c'est un délai, dans notre cas, qui est extrêmement long. Quand on
parle... J'ai dit tout à l'heure qu'on avait un défi principal dans les
prochaines années, qui est le vieillissement de la population. Je ne sais pas si vous avez regardé, dans les sept
prochaines années, quel est le nombre de personnes âgées actuellement et
quel sera ce nombre-là dans sept ans. Ça avance à une vitesse faramineuse. Et,
avec encore — j'ose
encore nommer parce que ça nous rejoint beaucoup — les travaux du
ministre Hébert, on nous a déjà annoncé, pour le
1er avril 2014, qu'il y aurait des modifications au niveau du panier de
services du PEFSAD, qui est la principale... C'est ce qu'on offre finalement dans nos entreprises.
Donc, il y a beaucoup d'entreprises qui ont déjà développé les soins à
la personne, mais il y en a qui ne sont pas
rendues là encore. Donc, pour nous, le 1er avril, ça arrive très rapidement, et
on va avoir besoin d'une coordination
beaucoup plus intense. Donc, la révision de cette loi-là dans sept ans, c'est
aux antipodes, il faudrait que ça soit fait beaucoup plus rapidement que
ça. Je pense que M. Caron parlait, ce matin, de… Cinq ans?
M. Caron (J. Benoit) : Trois et cinq
ans.
Mme Gasse (Marie-Claude) : Trois et
cinq ans. Même là, c'est déjà long, mais il faudrait au minimum qu'il y ait un
suivi qui soit fait après ce délai-là.
M. Caron (J. Benoit) : Peut-être
juste ajouter que, dans le quotidien, quand… Si on regarde tout le parcours de l'économie sociale au cours des 17 dernières
années, il s'est construit énormément, je l'ai dit ce matin… on a eu une
croissance incroyable, que ce soit, nous, les ESSAD ou que ce soient d'autres
secteurs de l'économie sociale. Bien entendu,
ça s'est fait parce qu'on était dans l'action. On était dans l'action, que ce
soient les deux regroupements nationaux, que ce soit nous, les entreprises, les développeurs, les CLD, les CDR,
tout ce monde-là était dans l'action quotidiennement. Et ce n'était pas... on ne se posait pas la
question «trois ans ou cinq ans plus tard?», on remettait en question
annuellement, tout au moins, ce qui se passait pour pouvoir s'ajuster.
La Présidente (Mme Boulet) : M. le
ministre.
Gaudreault : Mais je veux
qu'on distingue bien les choses. Là, on parle d'une loi-cadre avec les
considérants, et tout. Plusieurs
intervenants ici avant vous nous ont dit : C'est un pas très important qui
est posé, c'est une reconnaissance envers le milieu de l'économie
sociale au sens large.
On ne la veut
pas trop contraignante non plus, c'est pour ça qu'on nomme les institutions
qu'elle crée, comme la table des partenaires, les partenaires
privilégiés également, mais tout en gardant une souplesse pour l'adapter puis faire
une nomination. On n'a pas voulu tomber dans une description précise des
mandats de cette table-là parce que, justement,
c'est une loi-cadre. Alors, une loi-cadre, bon, par définition, c'est une loi.
Alors, est-ce qu'il faut enfermer, je dirais, les gouvernements qui se
suivent dans des révisions annuelles ou aux cinq ans? Si je prends l'exemple de
la
Loi sur l'équité salariale, qui a été
quand même un jalon important, qui a été adoptée en 1997, la révision de la Loi
sur l'équité salariale, c'est 10 ans. On l'a fait — j'étais sur la
commission à ce moment-là — en
Et, par ailleurs, en plus de la loi,
bon, on a le plan d'action. Ça, le plan d'action, ça le dit, c'est un plan
d'action, alors il peut être révisé plus
régulièrement. Alors, je veux être sûr, là, qu'on parle de la même chose quand
on parle d'une durée à plus long
terme, être capables de se projeter un peu plus dans le futur puis sur le long
terme avec la loi-cadre, quitte à avoir un plan d'action adaptable ou
révisable plus régulièrement, là.
La Présidente (Mme
Boulet) : Mme Gasse.
Mme Gasse
(Marie-Claude) : Bien, je vous dirais qu'on l'a nommé tout à l'heure.
Puis vous venez de dire : La table des
partenaires, les mandats ne sont pas nécessairement très bien définis. Donc, je
pense qu'effectivement, dans l'opérationnalisation,
quand ces mandats-là seront mis en place, ça serait peut-être d'une importance
capitale d'assurer le suivi de la loi
et, s'il y a des choses qui ne fonctionnent pas bien, de ne pas attendre aussi
longtemps pour pouvoir apporter les correctifs. Donc, dépendamment des
mandats qui seront donnés à cette table-là, bien ça pourrait convenir.
Gaudreault : O.K. Donc, si je comprends bien, vous dites : On
peut avoir la loi-cadre, justement, qui est encadrante, qui est large, mais,
tout dépendant des mandats qui sont confiés à la table, il pourrait y avoir des
mandats de vigie — je pense que c'est vous, tout à l'heure, qui
disiez ça, là, des mandats de vigie — mais
qui ne remettent pas nécessairement en cause l'économie au complet de la
Loi sur l'économie sociale. Alors, c'est ce que je comprends?
M. Caron (J. Benoit) : Peut-être juste préciser. En tout cas, je
comprends, M. Gaudreault. Cependant, les objectifs de la loi, il y a trois choses : la
promotion, le soutien et favoriser. On est dans... Les trois objectifs de la
loi sont des objectifs d'action.
Alors, oui, la loi-cadre, il y a le plan… Si tout ça s'articule et
s'opérationnalise dans le meilleur des mondes et au plus grand intérêt
de la société québécoise, bravo. Cependant, on ne... En fait, ce qu'on ne veut
pas, c'est être obligés d'attendre cinq ans
ou sept ans pour dire : Woups! il y a des choses qui accrochent, qui ne
fonctionnent pas. Et, si on veut atteindre
nos objectifs de promotion, de soutien et de favorisation, il faut qu'on puisse
changer les choses plus rapidement.
La Présidente (Mme
Boulet) : Il reste trois minutes.
M. Gaudreault : Bien, écoutez, je pense qu'au fond on parle à peu près le même langage,
là, dans le sens que moi, à mon sens,
là, les partenaires privilégiés puis la table des partenaires seront là pour
ça, pour s'assurer d'une adaptation puis d'une forme de vigie, là, sans
nécessairement remettre en question l'esprit et la lettre de la loi.
Mais,
avec le temps qu'il me reste, je ne peux pas faire autrement que de questionner
M. Richard pour le volet rural parce qu'il y a des groupes qui sont
passés avant vous, qui nous ont questionnés entre autres sur la composition de
la fameuse table des partenaires. Je pense que c'est hier qu'on a reçu les
conférences régionales des élus, qui veulent être
là. On a eu des représentations aussi pour que les pôles en économie sociale
soient représentés pour avoir vraiment une vue de… un point de vue, je
dirais, de la diversité des régions, des milieux ruraux.
Alors,
vous, vous voyez ça comment? Et je veux juste vous dire, en passant, là, que
moi, je crois fondamentalement au fait que, quand on parle d'occupation
du territoire, la dimension aide à domicile pour les personnes âgées ou en
perte d'autonomie, c'est fondamental parce qu'elles appartiennent, elles ont
vécu depuis longtemps, elles ont une appartenance
à un territoire, puis c'est important de les soutenir. C'est pour ça d'ailleurs
que, sous mon autre chapeau des Transports, là, je travaille beaucoup
pour le transport collectif en milieu rural. En tout cas, bon, je dérape, là,
mais je veux surtout vous entendre sur la représentativité des régions, sur la
question des partenaires, la table des partenaires.
M. Richard (André) : Bien, comme vous disiez, c'est sûr que c'est important, les services
d'aide à domicile en région, en milieu rural, c'est primordial. Quand on
sait — je
dis toujours la même chose, et souvent ça fait rire bien du monde — que, dans certains villages, il n'y a même
pas d'épicerie, rien du tout, donc il y a des déplacements qui sont obligatoires, et tout ça, donc l'organisation de
services est très différente. Pour nous, et ça, ça n'engage pas la
coalition et la fédération, mais, pour l'aile rurale, oui, ce serait important,
à la table des partenaires, d'avoir une représentation urbaine et rurale, donc que les deux soient là et très bien représentés
aussi parce que c'est important d'avoir les deux côtés.
Pour nous, l'aile
rurale, on est nés suite à des décisions gouvernementales qui ne faisaient pas
notre affaire, il faut le dire. Donc, il y
avait eu abolition d'une certaine prime qui a amené des... une prime à la
ruralité, entre autres, qui a amené
des problèmes dans les entreprises, et c'est là qu'on est nés. Et on essaie de
défendre justement ces particularités rurales.
Et ce serait important d'avoir les deux représentations et avoir une
représentation aussi de secteurs, car un secteur comme l'aide à domicile serait un secteur important. On a quand même 17
ans d'expertise dans le milieu, en économie sociale, dans un secteur qui va se développer encore plus, tel que Mme
Gasse le disait tantôt. Donc, oui, représentation secteurs et, oui,
représentation rurale et urbaine.
La Présidente (Mme
Boulet) : Alors, merci, M. Richard. Ça met fin au bloc qui était attribué
à la
partie ministérielle. Je vais maintenant passer la parole à la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Weil :
Merci, Mme la Présidente. Alors, bonjour, Mme Gasse, M. Richard, et rebonjour,
M. Caron. Il y a beaucoup des questions qui ont été posées par le
ministre. J'allais revenir sur le titre, mais je pense qu'on a eu la réponse. Mais je n'ai pas posé la question, ce
matin, tantôt, mais quand même, votre mémoire indiquait bien dans quel… pas camp, je ne voudrais pas dire dans quel camp
vous êtes, mais, par rapport à votre intervention, ce matin… Alors, ça
Donc, un titre…
J'aimerais vous entendre là-dessus, parce que c'est important parce qu'on aura
différents points de vue. Il y a deux points de vue là-dessus : soit que
le
titre rajoute les autres modes de… formes d'économie sociale ou bien, la loi, le
titre est large, et
«large» voulant dire inclusif, le moins de mots possible, et l'économie
sociale comprend tout ça. Peut-être vous entendre expliciter un peu plus sur
ça, parce qu'il va falloir prendre des décisions éventuellement.
La Présidente (Mme
Boulet) : Mme Gasse.
Mme Gasse (Marie-Claude) : Vous comprendrez que, de par nos origines, on n'a
pas nécessairement le même point de
vue là-dessus. Je vous dirais que souvent il y a bien des noms qu'on essaie de
nous donner. Outre les coopératives, les
OBNL, quand on arrive dans nos régions, on se fait dire les organismes
communautaires, on se fait dire... On peut nous donner plein d'a