CAT — 21 February 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2017-02-21
Quebec — Committees
politiques de participation publique des municipalités devraient également être
conçues en cohérence avec le Cadre de
référence gouvernemental sur la participation publique élaboré en 2016 par le
Secrétariat à l'accès à l'information et à la réforme des institutions
démocratiques du ministère du Conseil exécutif. Ce cadre de référence a fait
l'objet de consultations particulières.
D'ailleurs, l'INM a été invité à soumettre un avis à ce sujet. Et on invite
donc la commission parlementaire,
également, à étudier ce cadre pour assurer une concordance entre les
dispositions de participation prévues au p.l. n° 122 et ce cadre.
Le projet de
loi devrait également appeler les municipalités à l'élaboration de politiques
de participation publique et non pas
d'information et de consultation, et ce, dans le souci d'inclure la totalité du
spectre des niveaux d'engagement sur l'échelle de la participation
publique, qui, bien entendu, prévoit l'information et la consultation mais qui
interpelle également des degrés de
participation plus actifs, notamment le dialogue et la délibération entre les
citoyens et entre les citoyens et leurs municipalités.
choix des outils de participation doit également miser sur une combinaison de
différents outils, dont l'utilisation du numérique, pour d'abord
diffuser l'information mais également pour permettre aux citoyens de prendre
part au débat public
et de contribuer à des délibérations par des forums en ligne. L'élaboration des
politiques de participation publique
municipale devrait également elle-même faire l'objet d'une démarche
participative qui interpelle l'ensemble des citoyens.
Le gouvernement du
Québec, également, dans son projet de loi, on l'invite, en quelque sorte, à
outiller et accompagner les municipalités dans l'élaboration de la politique de
participation publique dont ils se doteront mais également dans la mise en
oeuvre de cette politique pour en assurer le déploiement réussi. Pour s'assurer
d'une réelle participation des citoyens à la
vie démocratique, oui, il faut se doter d'outils, dont les politiques sont un
exemple, mais la mise en oeuvre est
un élément clé de cette possibilité qui est offerte aux citoyens. Le
gouvernement, donc, pourrait entre autres
développer une offre de formation sur la participation publique à la fois à
l'attention des responsables de la mise en oeuvre des politiques mais
aussi auprès des citoyens.
outre, le champ de pratique en participation publique devrait faire l'objet
d'un suivi par une entité indépendante chargée
d'effectuer la veille, l'évaluation, la production d'analyses et l'intégration
des connaissances auprès des praticiens de la participation dans les
municipalités.
Enfin, je vais
compléter ma présentation par un commentaire sur le processus d'approbation
référendaire. L'Institut du Nouveau Monde met en garde le législateur contre
l'abolition des référendums sans avoir fait l'étude systématique des impacts
sur l'aménagement du territoire et sur l'avis démocratique des référendums
consultatifs et approbatifs au Québec,
compte tenu de la polarité des points de vue sur le sujet et de l'absence de
connaissance scientifique récente
permettant de dresser un portrait d'ensemble de processus. À tout le moins, à
notre connaissance, cette connaissance n'est pas à jour ou n'existe pas.
Cela résume
l'ensemble de nos recommandations. Merci de votre attention. Et nous sommes
maintenant disponibles pour répondre à vos questions.
Le Président
(M. Auger) : Merci beaucoup pour votre présentation. M. le
ministre, vous avez la parole pour les 14 prochaines minutes. M. le
ministre.
M. Coiteux :
Oui. Alors, d'abord et avant tout, je tiens à vous remercier pour être avec
nous ce matin, nous présenter ce mémoire qui, certainement... On va le lire
avec beaucoup d'attention et beaucoup d'intérêt.
Puis
on ne peut pas faire abstraction du fait que vous êtes en consultation avec la
ville de Québec sur son propre processus
de consultation à l'heure actuelle. Je n'ai pas lu le rapport que vous avez
remis encore, je pense que c'est très, très
récent, mais j'aimerais ça qu'on en parle un petit peu parce que l'idée du
gouvernement, c'est : Est-ce qu'il y a moyen d'avoir des processus de consultation des citoyens
qui vont permettre de réaliser des projets dans l'intérêt public qui
soient moins soumis, dans certains cas spécifiques, dans le fond, à ce que
certains ont appelé le diktat d'une minorité qui dit «pas dans ma cour», hein, si on campe les choses de cette façon-la?
Alors, on est à la recherche des meilleurs mécanismes. Et, comme vous avez fait ce travail, c'est quoi,
selon vous, là, les bonnes pratiques en matière de consultation, les
bonnes pratiques en matière de participation
des citoyens dans l'élaboration de l'urbanisme de leurs villes et de leurs quartiers?
Mme Caron-Malenfant (Julie) : Eh bien, comme on l'explique très brièvement dans
notre mémoire, mais je peux peut-être
élaborer davantage, on a constaté, par notre expérience des 13
dernières années, que l'information et la consultation sont des dispositifs de participation qui ont
leurs limites, c'est-à-dire qu'ils ne permettent pas la délibération, l'échange, la création, même, de nouvelles
opportunités ou de nouvelles idées. C'est pour cette raison-là que notre
mémoire, mais aussi l'ensemble de nos recommandations aux acteurs municipaux
lorsqu'on les accompagne, c'est de faire intervenir
des dispositifs de participation qui se situent un petit peu plus haut dans
l'échelle de la participation publique. L'échelle de participation publique existe... bien, en fait, il y a
plusieurs échelles qui existent. On en a inclus une, qui est la nôtre, dans le mémoire, donc vous pourrez la
consulter. Elle prévoit notamment les échelons de discussion, de
délibération et de collaboration.
Ça semble théorique,
ces échelons-là, mais je peux peut-être vous donner des exemples de mécanismes
qui interviennent dans ces échelons-là et qui
permettent de faire émerger parfois des nouvelles propositions qui vont
alimenter la réflexion et la prise de
décision des élus municipaux. Le jury citoyen est un exemple, le sondage
délibératif est un autre exemple, les
«world cafés», le modèle de conversation publique de l'Institut du Nouveau
Monde. On a fait une conversation publique
sur l'avenir minier il y a de cela, ma foi, je crois, déjà cinq ans, à
l'échelle du Québec, qui a permis la rencontre de différents acteurs, et la délibération, et l'émergence
d'idées nouvelles pour répondre aux défis auxquels était confronté le
Québec en matière de développement minier. Le budget participatif est un autre
outil qui est mis à la disposition des acteurs municipaux et qui est d'ailleurs
de plus en plus utilisé comme moyen de faire participer et de déléguer une
certaine forme de pouvoir aux citoyens.
Alors,
nous, ce qu'on propose, c'est de faire intervenir différents mécanismes selon
différents niveaux des échelles de
participation pour permettre aux citoyens non pas seulement de présenter un
point de vue pour ou contre un projet, mais bien de s'engager dans une
discussion qui peut permettre l'ouverture vers d'autres formes de solutions.
M. Coiteux : Je vais essayer de le décrire de la façon
suivante. Si on parlait de la politique d'urbanisme d'une ville, les grands paramètres de sa politique, de un, ça pourrait
faire l'objet d'un débat pendant les élections municipales, et puis on pourrait considérer que le parti qui a
gagné les élections qui avait ça sur sa plateforme a toute la légitimité,
par la suite, pour la mettre en oeuvre.
Est-ce qu'on doit répliquer encore d'autres mécanismes d'approbation de cette
politique-là si ça a fait l'objet d'un débat au moment des élections? Puis là
je suis vraiment dans le macro, là, pour l'instant.
Maintenant,
quand on descend dans plus micro, après, lorsqu'il s'agit d'un projet très spécifique qui se réalise dans un périmètre
très, très, très spécifique de la ville mais qui correspond à un intérêt
général puis qui est en accord avec la grande politique d'urbanisme de la ville, qui a peut-être fait
l'objet d'un enjeu électoral, dans le mécanisme actuel des référendums, dans le fond, est-ce qu'on n'est
pas en train de donner un droit de veto à un très petit groupe de gens
qui sont très circonscrits dans une zone
très spécifique d'une ville, un droit de veto sur des décisions qui, dans le
fond, relèvent de l'intérêt commun? C'est l'inquiétude qu'on a. C'est
pour ça que j'aimerais vous entendre là-dessus.
Parce que je
suis d'accord avec vous, là, sur les consultations des grands concepts, des
grands paramètres d'une politique,
mais plus on descend bas dans l'échelle, lorsque des projets répondent, dans le
fond, aux grands objectifs d'une collectivité,
là — puis
c'est toute la ville au complet, à ce moment-là, qui ont peut-être voté pour
cette politique-là — est-ce
qu'on n'a pas un mécanisme, actuellement,
qui donne un droit de veto à des intérêts très particuliers sur l'intérêt
général? C'est ça, l'inquiétude du gouvernement
puis c'est pour ça qu'on fait des propositions différentes de celles qui ont eu
cours au cours des dernières décennies au Québec.
Mme Caron-Malenfant
(Julie) : D'emblée, l'INM, à
l'heure actuelle, n'est ni pour ni contre les référendums, bien au contraire. Cela dit, nos observations nous
permettent de constater que, pour certains citoyens, le référendum est
l'ultime recours qu'ils ont pour forcer l'amélioration des projets.
Dans le cas
de Québec, si vous voulez, on a documenté les cinq référendums
qui ont eu lieu, en fait, depuis 2001, et on a constaté que trois des quatre projets où le Non l'a emporté, le
rejet de ce projet-là, initialement, donc à l'issue du référendum, a conduit
à une refonte majeure des projets, et tous sont aujourd'hui réalisés.
Nous, donc, ce qu'on entend par rapport au référendum,
d'une part, c'est que, pour les citoyens, il s'agit d'un ultime recours qui force les élus — bien,
en tout cas, surtout les promoteurs — à
présenter de bons projets. Par
contre, ce qu'on entend aussi de la part
d'autres acteurs, c'est qu'effectivement le référendum, comme vous le dites, peut être perçu comme une entrave au développement et à l'aménagement du territoire. Alors, nous, on ne croit pas que l'échantillon
de Québec, depuis 2001, est suffisant pour statuer sur le maintien ou l'abolition des référendums, et c'est pour cette raison-là qu'on propose qu'avant d'aller plus loin sur la question
référendaire il y ait une étude qui recense et qui documente de
façon systématique les impacts positifs et négatifs des référendums.
Et je pense que c'est à la lumière d'une telle étude
qu'on pourra se prononcer sur la pertinence de maintenir ou non cet outil.
Le Président (M. Auger) :
Mme Chaumont.
Mme Chaumont
(Caroline) : Oui, bonjour.
Alors, oui, si je peux ajouter également, et on en a fait mention dans le mémoire qu'en fait, pour nous, le référendum,
ça constitue, au même
titre qu'un sondage, un portrait, finalement, à
un moment clé, et que ça ne peut pas être
envisagé comme unique processus, finalement, de participation des citoyens
à la vie démocratique, et qu'il faut
le combiner, finalement, avec d'autres méthodes de participation publique pour pouvoir, justement, exprimer les subtilités, donc, des sentiments, par exemple, des indécisions, des préoccupations par
rapport à un projet et permettre, justement, l'amélioration de ces
projets-là.
Donc, sans nous positionner en faveur ou contre l'abolition
de ce processus d'approbation référendaire, on mentionne également l'importance
de le combiner à d'autres méthodes participatives pour s'assurer que,
justement, on récolte l'entièreté des
opinions, et qu'on soit capables d'évaluer les subtilités et de voir,
justement, s'il s'agit d'un projet d'intérêt public, et qu'on ait un
portrait complet qui ne se limite pas, justement, à des intérêts de proximité.
M. Coiteux :
Peut-être, justement, prenant pour point de départ votre position «ni pour ni
contre, bien au contraire», est-ce
que, dans tous les cas de figure... Parce que, là, vous dites «on a regardé
cinq référendums», mais il y a des fois que la simple addition des signatures à un registre font en sorte qu'un projet
s'arrête immédiatement avant même qu'il y ait cette consultation
référendaire. Est-ce que vous avez fait cette analyse-là, l'analyse de ces
cas-là aussi, ou vous avez juste regardé les cas où il y a eu effectivement
référendum?
Mme Caron-Malenfant
(Julie) : On a analysé les
cas où il y a eu des référendums. Par contre, on est au courant qu'il existe cette possibilité, devant la menace
référendaire, d'un repli stratégique soit du promoteur soit de
l'administration municipale, mais ça
également, ça devra faire partie, de notre point de vue, d'une analyse
systématique des cas, des cas de processus d'approbation référendaire.
Et donc ce n'est pas documenté actuellement.
M. Coiteux :
Parce qu'une question qui peut être soulevée, lorsqu'il y en a un,
effectivement, ou lorsqu'il y a une mobilisation
des gens, lors de l'ouverture des registres, il y a cette impression, dans
plusieurs cas, qu'il y a des gens qui sont très, très, très mobilisés parce que ça touche de manière très
particulière leurs intérêts très, très, très particuliers et que d'autres qui voient un avantage au projet ne vont
pas avoir le même degré de mobilisation, de telle sorte que la prise de photo, vous avez dit tout à l'heure, qui est celle
du référendum, ça ne reflète pas forcément toujours l'opinion éclairée
des citoyens concernés par rapport à la validité du projet. Ça, c'est un enjeu.
Puis un autre enjeu, c'est que, dans une
municipalité, puis en particulier dans une grande municipalité, on parle de Québec ici ou on parlerait de Montréal,
bien, il y a des intérêts contradictoires qui s'expriment. Il y a des
intérêts contradictoires qui s'expriment, puis la question est de savoir si, dans
le fond, les élus municipaux qui sont là parce qu'il y a eu une élection, parce qu'il y a eu des débats, parce que les
gens se sont mobilisés pour aller voter plus largement qu'au cours d'un
référendum spécifique dans un quartier, leur ont fait confiance pour faire les
arbitrages nécessaires.
Alors, c'est
pour ça que, comme vous n'êtes ni pour ni contre, bien au contraire, mais vous
dites : Il faudrait que ça soit
le référendum accompagné de mécanismes de consultation, moi, la question que je
me pose : Est-ce que ça ne devrait pas être plutôt le processus de consultation qui doit être un peu
resserré pour que ça remplace le système actuel et non pas complémente le système actuel? C'est-à-dire, si on avait des
bons mécanismes de consultation, puis qu'il y avait des bons débats à l'échelle
municipale sur ces questions-là, puis qu'on faisait confiance aux élus
municipaux pour éventuellement arbitrer
entre des intérêts qui peuvent être divergents — c'est ça, leur rôle comme hommes et
femmes politiques, comme c'est notre rôle,
nous, en politique provinciale de faire ces choses-là — est-ce qu'on ne devrait pas chercher
un mécanisme alternatif au système actuel?
Mme Caron-Malenfant
(Julie) : Bien, en fait,
nous, ce qu'on croit, c'est, que le référendum soit maintenu ou qu'il soit aboli, il y a des améliorations
nécessaires en matière de consultation publique. Et là je ne parle pas
exclusivement pour la ville de Québec, mais
je parle à l'ensemble du territoire. La
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme
prône également des mécanismes d'information et de consultation. Comme
on le disait tout à l'heure, à notre avis, ces mécanismes d'information et de consultation ne sont sans
doute pas suffisants, et c'est plutôt dans la délibération et le dialogue,
donc à des échelons supérieurs de cette
échelle ou du spectre de la participation publique, qu'on peut retrouver une
possibilité de faire une
partie des arbitrages nécessaires que vous mentionnez.
Par ailleurs,
on constate de plus en plus, et ce n'est pas uniquement à l'échelle du Québec
mais dans le monde occidental, que la
participation citoyenne et que la démocratie participative, en quelque sorte,
devient un complément qui enrichit la démocratie représentative. En tout
cas, du moins, c'est dans cette tendance que notre action s'inscrit.
Enfin, il y a
un autre élément que je voudrais apporter, c'est que la politique de
consultation ou l'adoption d'une politique
de consultation publique n'est pas suffisante. C'est dans sa mise en oeuvre
qu'une politique, elle est réelle dans ses effets ou dans son impact, et c'est pour cette raison aussi qu'on
insiste sur l'importance de bien former, outiller les élus, les
fonctionnaires ou les officiers municipaux qui seront chargés de mettre en
oeuvre ces processus participatifs mais également les citoyens. D'ailleurs, la
convention d'Aarhus, à l'Union européenne, le recommande.
Président (M. Auger) : Merci. Désolé, c'est tout le temps que
nous avions pour le premier échange. Nous allons poursuivre avec
l'opposition officielle. M. le porte-parole, pour les 10 prochaines minutes. M.
le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour à vous
deux. Je veux juste bien comprendre ou du moins bien résumer votre position. Donc, «pour ou contre, bien au contraire»,
on va essayer de l'éclaircir un petit peu. Ce que vous nous dites, c'est
que chacune des municipalités du Québec devrait se prévaloir d'une politique de
participation citoyenne et non pas d'information et de consultation sans faire
le jeu à savoir s'il y a référendum ou pas. Donc, de saines pratiques de participation citoyenne, tout le monde devrait avoir
ça. Vous nous dites que le référendum peut être un outil démocratique
pour faire valoir, dans un cas précis, des enjeux. Vous dites que son abolition
devrait arriver si la politique de
participation citoyenne, elle est robuste, efficace, qu'elle est, dans le fond,
auditée et qu'il y a un mécanisme un
peu de contrôle pour bonifier sa participation. Et donc vous mettez la table
sur les conditions gagnantes pour qu'et l'élu, et le citoyen, et les
promoteurs, dans ce cas-là, aient le moment et le continuum-temps idéaux pour
arriver à l'élaboration du meilleur projet qui satisfait l'ensemble des
critères des élus mais aussi des critères des citoyens.
Alors, si je
comprends bien, il faut faire une pause sur les référendums et d'abord avoir
une grande réflexion sur quel genre
de consultation ou de participation citoyenne voulons-nous dans nos
municipalités au Québec pour faire que notre vie démocratique amène sur
la planche à dessin des projets qui rassemblent le plus de gens possible. C'est
ce que je comprends.
Mme Caron-Malenfant
(Julie) : Oui, mais
j'apporterais une nuance. Non, la nuance est celle qu'on ne dit pas que le référendum doit être aboli si on satisfait la
condition d'avoir une politique de participation publique robuste. Une
politique de participation publique robuste est nécessaire. L'abolition du référendum ou son maintien
à la lumière d'une analyse systématique
récente des impacts positifs et négatifs des référendums. Donc, sur la question
référendaire, l'un ne va pas nécessairement avec l'autre. Nuance. Voilà.
M. Ouellet : Bon, «mais». Le ministre tout à l'heure vous a
amenées sur le terrain suivant, à savoir que, lorsqu'il y a une élection, un élu peut mettre dans sa
plateforme électorale ses engagements. Et, si dans les quatre années
suivant son élection il met en place les
engagements tels que pris en campagne électorale, il ne devrait pas y avoir de
mécanisme de contrepoids sur ces engagements-là qui étaient connus de
tous et qui ont porté, effectivement, la personne ou le parti au pouvoir.
J'aimerais
vous entendre, l'Institut du Nouveau Monde, sur la démocratie. Est-ce que,
selon vous, c'est une bonne chose de
remettre en question seulement aux quatre ans les décisions de nos élus ou,
dans le cas des référendums, c'est à propos
ou judicieux d'avoir des mécanismes de contrôle ou des jalons au courant du
mandat pour s'assurer qu'entre ce qui
était promis ou engagé on livre la marchandise en termes de participation
citoyenne ou de consultation citoyenne?
Mme Caron-Malenfant
(Julie) : Je ferai un
commentaire puis je laisserai la parole à ma collègue. Mais, d'une part, un élu est l'élu de tous les citoyens et pas
exclusivement de ceux qui ont voté en faveur de son programme ou de sa plateforme électorale. Alors, il est normal qu'il
y ait, dans la communauté, des personnes qui, pendant un mandat, expriment des opinions divergentes à celles qui sont
défendues par la personne qui aura été portée au pouvoir. Dans un contexte, en plus, où le taux de participation aux
élections municipales est extrêmement faible, la démocratie
participative devient en quelque sorte également une façon de pallier à ce
déficit de participation aux élections pour assurer et éclairer, en fait, une
prise de décision qui soit la plus
sensible possible aux impacts des projets sur les communautés. Est-ce que tu
veux poursuivre?
Le Président
(M. Auger) : En complément.
Mme Chaumont
(Caroline) : Oui, peut-être en complément. Donc, tel qu'on l'a aussi
indiqué dans le mémoire, on croit que
le succès, finalement, du déploiement de politiques de consultation ou plutôt
de participation publique, comme on le
disait, doit être en fait accompagné de, par exemple, l'octroi d'un mandat, en
fait, à une entité qui serait chargée d'en coordonner le développement
et l'application ainsi que la mise en oeuvre. Donc, c'est un mécanisme, selon
nous, qui peut être mis en place afin d'assurer, justement, que les engagements
qui ont été pris sont respectés. Et donc cette entité-là serait chargée de
faire en sorte que la politique...
Mme Chaumont (Caroline) : Oui?
Le Président (M. Auger) : Mme
la députée de Taschereau.
Mme Maltais : C'est parce
que nous avons très peu de temps,
nous avons trois à quatre minutes, alors on essaie de tirer l'essentiel
de vos mémoires.
Mme Chaumont (Caroline) : Bien
sûr, oui.
Mme Maltais :
Je vais avoir quelques questions, pour vous, rapides ou quelques commentaires
que j'aimerais que vous commentiez, là. Je veux que le ministre entende
bien aussi ce qu'on va dire.
Écoutez, j'ai
lu votre rapport attentivement. Vous dites, et c'est presque une citation, là,
que, présentement, les pratiques à la
ville de Québec en consultations, même s'il y en a beaucoup, puis ça, vous le
dites, les pratiques sont assez... je
vais dire le mot «bas de gamme». En tout cas, ce sont les processus de
consultation les plus bas en matière de votre échelle, là, de qualité.
Est-ce que je me trompe?
Mme Caron-Malenfant (Julie) :
Notre propos, à mon avis, est beaucoup plus nuancé, pour être une des rédactrices de ce rapport. La ville performe bien
à certains endroits, moins bien à d'autres endroits. L'information et la
consultation sont des dispositifs de
participation qui sont très répandus à l'échelle du Québec. Donc, ce n'est pas
exclusivement au Québec qu'on utilise ce
genre d'outils. On considère que c'est insuffisant. Et on souligne,
d'ailleurs, dans le rapport, qu'il existe des pratiques innovantes, nouvelles
qui ne sont pas prévues à la politique dans la ville
de Québec mais qui suggèrent, justement, des niveaux de participation
plus élevés.
Le Président (M. Auger) : Mme
la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
Donc, page 26 : «La politique favorise les pratiques se situant au
bas de l'échelle de la participation publique.» Je vous cite, à ce
moment-ci. Donc, c'est bien ça, au bas de l'échelle?
Mme Caron-Malenfant (Julie) :
Oui.
Mme Maltais : Je n'ai pas rêvé?
Mme Caron-Malenfant (Julie) :
La politique, c'est une chose.
Mme Maltais : La politique.
Mme Caron-Malenfant (Julie) :
La mise en oeuvre, c'est une autre chose.
Mme Maltais : Oui. La pratique,
actuellement.
Mme Caron-Malenfant (Julie) :
Voilà, c'est ça. Bon.
Mme Maltais :
Vous soulignez... O.K. Donc, la pratique est meilleure que ce que vous dites?
Mme Caron-Malenfant (Julie) :
Ça dépend à quel niveau.
Mme Maltais : Voilà. O.K.
Mme Caron-Malenfant
(Julie) : Ça dépend encore à
quel niveau. Ça dépend des projets. La mise en oeuvre n'est pas toujours
conforme mais elle l'est parfois.
Mme Maltais : O.K. Moi, je ne suis pas dans la conformité, je suis
dans la vie démocratique et la voix citoyenne. Parce que
vous dites quelque chose de très important à la fin, vous dites : «La
réflexion sur cet outil de participation — le processus référendaire — ne doit toutefois pas être prise à la
légère. Son éventuel retrait nécessiterait au préalable une redéfinition
de l'espace dédié aux citoyens dans la prise de décision.»
J'ai émis
l'opinion ici que, tant qu'on n'aurait pas entre les mains une politique de
consultation solide, comme c'est le
cas pour les autres municipalités, on ne devrait pas enlever les référendums.
C'est un peu le sens de ce que vous dites.
C'est-à-dire qu'avant d'y toucher il faudrait vérifier que la voix citoyenne
est entendue, en quelque part, de façon solide.
Mme Caron-Malenfant
(Julie) : Oui, et qu'on
fasse l'étude des impacts positifs et négatifs des référendums.
Mme Maltais :
Oui, tout à fait. Parce que, sur les impacts positifs et négatifs, écoutez,
dans les cinq projets qu'a nommé le
maire, l'îlot Irving, qui est à côté de chez nous, a eu la même mobilisation
pour et contre, c'est allé serré, puis là le gros problème, là, c'est
qu'on est passés de neuf étages décroissants à six étages partout, puis les
citoyens sont satisfaits. Alors, enlever les
référendums parce qu'un projet, finalement, s'est réalisé quand même, vous le
dites bien, est solide, c'est une
chose. L'autre, l'îlot Esso, même le promoteur a dit après qu'il était encore
plus satisfait de son projet. Ça fait
que, là, ça fait deux projets sur cinq qui sont réalisés pareil — puis tout le monde est content — sur 15 ans, puis on veut enlever les
référendums.
C'est pour ça
que je dis qu'il faut être plus solides que ça avant de faire un tel geste, je
pense. C'est pour ça que j'ai apprécié votre mémoire parce que, pour
moi... puis là je dis le courage, la ville de Québec, ils vous ont donné ça
puis ils ont dit : Verdict, s'il vous plaît, complètement retiré, très
bon.
M. Laframboise : Question de
règlement.
Le Président (M. Auger) : Oui.
Juste un instant.
M. Laframboise : Juste une
question de règlement.
Le Président (M. Auger) :
Question de règlement, M. le député de Blainville.
M. Laframboise : Oui. Le
mémoire dont madame parle, on ne l'a pas ici, à la commission parlementaire,
là. Je voudrais juste être bien clair.
Président (M. Auger) :
Oui, mais ce n'est pas une question de règlement, mais c'est une information
importante.
Mme Maltais :
Mais il est sur le site de la ville de Québec en ce moment. La transparence, la
ville de Québec est formidable.
Le Président (M. Auger) : Une
minute, Mme la députée.
Mme Maltais :
Il me reste une minute? Écoutez, vous... Est-ce que le PPU... je pense, celui
particulièrement... est un bon exercice aussi. Je pense aux notes que vous
faites sur le programme particulier d'urbanisme où il y a eu deux consultations sur la zone du Phare, puis à la
fin, malgré les deux consultations, la ville a décidé de procéder
différemment. Mais les PPU sont hors outils référendaires. Qu'est-ce que vous
pensez du PPU, en général, comme pratique? Vous n'en parlez pas beaucoup
là-dedans.
Le Président (M. Auger) : En 30
secondes.
Mme Caron-Malenfant (Julie) :
Le PPU est un outil apprécié des citoyens, c'est un outil apprécié aussi des décideurs. Il permet d'éclairer la prise de
décision. C'est un exemple de dispositif qui permet effectivement une
délibération plus approfondie plutôt qu'une
réaction à un projet. Les citoyens sont invités à définir, d'une certaine
façon, le projet. Alors, en soi, ça peut présenter beaucoup d'avantages
et ça peut satisfaire les citoyens. Il y a des cas particuliers qui ont
peut-être...
Le Président (M. Auger) :
Merci, Mme Caron-Malenfant. Merci. Nous allons poursuivre avec la deuxième
opposition pour les six prochaines minutes et 30 secondes avec le député de
Blainville.
M. Laframboise : Merci
beaucoup. Merci, mesdames, de votre présence. Évidemment, je trouve intéressant
votre mémoire, votre position «ni pour ni
contre, bien au contraire». Mais votre dernière recommandation, à la
page 11, c'est dire que «nous recommandons
l'élaboration d'une étude qui documenterait les cas de référendums consultatifs
et approbatifs au Québec et évaluerait de
façon systématique les impacts positifs, et ce», bon, en voulant dire «avant
d'abolir le processus de référendum, on voudrait une analyse».
Moi, je vais
vous dire, je vais vous conter une situation que j'ai vécue en janvier, là.
Bon, toute la grande région de
Montréal, évidemment, le territoire de la CMM, est soumis au PMAD, là, le Plan
métropolitain d'aménagement et de développement,
et une des grandes conclusions, c'est qu'il faut qu'il y ait de la
densification. C'est un choix qui a été fait. Bon, moi, ma
circonscription de Blainville, on est sur la Rive-Nord de Montréal. En janvier,
je suis à un conseil de ville — puis je ne suis pas allé pour ça, là, parce
que je visite de temps à autre mes conseils de ville — j'assiste à la réunion du conseil de ville, puis
il y a une demande de modification de zonage parce qu'il y a des projets. Et,
oui, c'est à Bois-des-Filion, je n'avais
pas voulu nommer la ville la dernière fois, mais c'est Bois-des-Filion, et une
ville qui est construite à 99,9 %. Donc, dès qu'il y a une demande, il faut
qu'il y ait une modification de zonage, puis pour un projet qui est
attendu par la population le long de la
rivière, bon, pour être capable de loger des aînés autonomes, et tout ça. Sauf
que la densification obligée par le PMAD
fait que ce n'est pas... Les citoyens sont... Je veux dire, la ville a adopté
le PMAD suite aux discussions, puis le gouvernement, qui veut de la densification, mais les citoyens,
eux autres, ils n'en veulent pas. Eux autres,
ce qu'ils veulent, c'est qu'ils... ils ont des unifamiliales autour d'eux
autres puis ils ne veulent pas de projets de développement. Donc, le maire
dit : Écoutez, j'ai un projet, je vais être obligé d'ouvrir les
registres parce que j'ai une modification de zonage, et je vous le dis tout de suite, si on va en référendum, je ne fais pas, je ne battrai pas là-dessus pour la simple et bonne raison
qu'à quelque
part vous n'en voulez pas, puis il n'y a aucun...
Donc,
on est pris avec une réglementation régionale... bien, disons, Grand Montréal,
là, qui a été poussée par le gouvernement du Québec pour arriver au PMAD
avec des densifications. Donc, il faut augmenter en hauteur plutôt que d'y aller en unifamiliale. Mais, moi, là,
c'est partout, là. C'est mes municipalités qui sont... Lorraine est complète. Puis là, si je fais Sainte-Thérèse, c'est la même
chose. Donc, toutes les villes, là, qui longent la rivière, là, c'est déjà tout bâti. Donc, eux, à toutes les
fois, vont être obligés de...
C'est
pour ça que je vous dis je la trouve intéressante, votre recommandation, mais c'est trop tard. Je
veux dire, les municipalités ont besoin d'outils pour être capables de s'ajuster, ne serait-ce
qu'au PMAD à Montréal. Ça fait
que, là, il y a un problème à quelque part. Puis vous, vous nous dites, j'aime
ça, «information, consultation, discussion, délibération,
collaboration». Ça, j'achète. Mais «il ne faut rien faire de ça, il faut garder
les référendums», ça, j'aime moins ça, par exemple. J'aimerais vous
entendre.
Mme Caron-Malenfant (Julie) : Bien, ce n'est pas exactement notre propos.
C'est-à-dire que l'abandon ou le maintien
du référendum, pour nous, doit se faire... ou la décision doit se prendre sur
la base d'une information, sur la base de données probantes, d'une
analyse approfondie de la question, d'une recension systématique. Donc, sur la
question référendaire, donc, notre position
est la même que tout à l'heure, là, c'est-à-dire qu'on ne prône ni son
abolition ni son maintien tant qu'on n'aura pas sous la main les données
qui nous permettront de savoir si c'est la bonne décision. À l'heure actuelle et d'après les recherches qu'on a
faites, cette connaissance n'existe pas. Alors, nous, ce qu'on dit,
c'est qu'avant de retirer cet outil important... Aux yeux, en tout cas, de
certains citoyens qu'on a entendus, c'est un outil qui est très important. C'est reconnu, d'ailleurs, dans nos démocraties
comme un mécanisme valable. Donc, avant d'en faire le retrait, on suggère un examen plus approfondi de cette
question-là. Et, à la lumière de cette analyse, on pourra déterminer ou
vous pourrez déterminer qu'est-ce qui est le plus souhaitable.
M. Laframboise : Mais vous êtes conscientes que la réglementation municipale applicable,
les concepts TOD, qui sont maintenant
bien ancrés dans la Communauté métropolitaine de Montréal, dans la Communauté
métropolitaine de Québec, défendus par le
gouvernement, approuvés par les municipalités, bien, inévitablement, ça va
heurter les citoyens parce que, quand
on fait de la densification, on construit en hauteur. Je veux dire, moi, à tous
les jours... bien, pas à tous les jours,
mais les villes sont confrontées à ça à tous les jours, là, parce qu'ils sont
obligés d'essayer de proposer des concepts de densification dans leurs
nouveaux aménagements. Donc, c'est pour ça que je vous dis c'est trop tard,
dans le sens où peut-être que l'étude aurait
dû se faire avant qu'on adopte les concepts TOD, puis qu'on fasse le PMAD à
Montréal, puis qu'on fasse la
densification à Québec parce qu'inévitablement ça heurte les citoyens, ça va
heurter le citoyen. Puis je ne vous
dis pas, moi, là... Est-ce que les maires sont satisfaits de tout ça? Bien, je
vous dirais, loin de ça, parce que je les vois faire, ça ne les intéressait probablement pas de faire de
la densification. Ils l'ont fait parce que les gouvernements l'ont
imposé. Puis à Montréal, bien, évidemment,
on veut contrer l'étalement urbain. C'est un choix de société. Mais, dans la
vraie vie, là, là on heurte les citoyens.
sais, c'est pour ça que je vous dis, j'aime qu'on... l'information, la
consultation, je vous dirais, qu'on clarifie la position de consultation, qu'on implique, mais il ne faut plus qu'il
y ait de... Je vous dirais, là, il faut arriver au constat qu'à cause des réglementations que les
villes sont obligées de mettre en place, la densification, les concepts
TOD, et tout ça, on est rendus où le processus référendaire n'est pas efficace
pour notre société. C'est ça je veux vous dire, là, tout simplement. Mais là vous, vous semblez me
dire : Peut-être qu'à la fin des analyses et des discussions... Oui, mais
là on va retarder encore de deux,
trois, quatre ans avant qu'on réussisse à faire ça. Puis présentement les
villes sont confrontées à tous les
jours, ou à toutes les semaines, ou à tous les mois, au moins à tous les mois
quand ils ont leurs conseils de ville, à des situations comme ça.
Mme Chaumont
(Caroline) : Bien, si je peux peut-être ajouter...
Le Président
(M. Auger) : 15 secondes.
Mme Chaumont
(Caroline) : ...très rapidement, bien, je pense qu'il faut aussi, dans
l'information qui est fournie aux citoyens,
lorsqu'il y a, justement, un tel projet de développement, une modification de
zonage qui est nécessaire, bien, de
pouvoir la mettre en... Je ne sais pas si les liens sont toujours faits,
justement, avec les orientations du PMAD et si c'est vraiment bien compris de tous les citoyens, quels étaient ces
objectifs-là et comment les municipalités doivent maintenant les mettre en oeuvre. Donc, c'est toujours de traiter les
projets dans leur ensemble et pas à la pièce, donc de le mettre en
contexte.
Le Président (M.
Auger) : Merci. Merci beaucoup, c'est tout le temps que nous avions à
notre disposition. Donc, Mmes Caron-Malenfant et Chaumont, merci beaucoup pour
votre participation aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants pour
permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 30)
Président (M. Auger) : Nous allons reprendre nos travaux, en
souhaitant la bienvenue aux représentants du Front d'action populaire en réaménagement urbain. Bonjour. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre présentation. Par la suite, il y aura une période d'échange avec les
trois groupes parlementaires. Donc, dans un premier temps, bien vouloir
vous identifier et, par la suite, vous pourrez commencer votre présentation.
Mme Magontier (Céline) : Bonjour.
Mon nom est Céline Magontier, je suis organisatrice communautaire au Front d'action populaire en réaménagement
urbain, dit le FRAPRU, ce sera moins long. Ma collègue Marie-José
Corriveau, qui est coordonnatrice du même regroupement.
Donc, le
FRAPRU est un regroupement formé de 164 organismes communautaires qui sont
actifs dans différentes régions et
villes du Québec. Celui-ci intervient depuis 1978 pour le droit au logement, la
lutte à la pauvreté et des enjeux tels que
le développement urbain. Le FRAPRU s'intéresse au projet de loi n° 122
dans la mesure où celui-ci soulève certaines questions et inquiétudes,
notamment sur l'enjeu du droit au logement et des mécanismes pour en assurer
son respect.
En effet, les
villes et municipalités ont des rôles et responsabilités primordiaux en matière
de droit au logement puisqu'elles
sont au coeur des mécanismes qui peuvent garantir la réalisation de logement
social. Elles doivent assurer la salubrité
des logements locatifs privés. Elles ont aussi des responsabilités envers les
ménages mal logés. Ne pas assumer ses rôles
et responsabilités pourrait se traduire par des dénis de droit menant à un
accroissement des inégalités sociales, voire à l'exclusion sociale des
plus vulnérables.
D'ailleurs,
on peut constater qu'un grand ensemble de villes et de municipalités portent
ces préoccupations. Ce constat est
notamment observable au travers des différentes représentations dans des
contextes prébudgétaires ou électoraux de
la Fédération des municipalités et de l'Union des municipalités du Québec qui
ont dénoncé le manque de logements abordables
et ont fait part de leurs inquiétudes quant à l'avenir du logement social. À
raison, les besoins des mal-logés sont
criants au Québec. En effet, 228 000 ménages consacrent plus de la
moitié de leurs revenus pour se loger au détriment de leurs autres
besoins essentiels tels que l'alimentation et la santé. Cette proportion
représente une augmentation de 12 % par
rapport à 2006. Ces besoins ne sont pas seulement criants en termes de coûts,
mais aussi en termes de taille et de qualité.
En effet, 28 % des logements locatifs privés des six régions
métropolitaines du Québec présentent des problèmes de salubrité et
13 % de surpeuplement. Ces constats sont proprement scandaleux.
C'est
pourquoi le projet de loi n° 122, qui vise à octroyer plus de pouvoirs aux
villes et aux municipalités, ne peut faire
fi de la question du droit au logement. En plus d'accroître leurs pouvoirs,
celui-ci doit mettre à la disposition des villes et des municipalités les moyens adéquats afin de leur permettre
de répondre à leurs rôles et responsabilités en matière de droit au logement. Pour ce faire, le gouvernement
ne doit pas pour autant se délester de ses rôles et responsabilités. Si
le droit au logement est d'abord du ressort
des gouvernements supérieurs et que les ressources à y consacrer doivent
provenir de leurs goussets, ils doivent
doter la population québécoise de grandes orientations politiques, que ce soit
en matière de développement,
d'environnement, d'immigration ou de logement, que les municipalités doivent
être obligées de mettre en oeuvre.
Or, le projet de loi n° 122, tel qu'il est présenté, n'accorde pas aux
villes tous les outils dont elles auraient besoin pour participer, à
leur échelle, à la réalisation du droit au logement.
Pour que les
municipalités accomplissent leur mandat en matière d'aménagement du
territoire et de logement, elles doivent, un, choisir de ne pas
considérer le logement comme une marchandise, une opportunité d'affaires ou un prétexte de rivalité ou de concurrence, dynamique
malheureusement trop souvent constatée entre villes voisines; et elles doivent aussi opter pour le logement social, qui
est la formule la plus durable et véritablement structurante pour
garantir aux familles et aux personnes à faibles et moyens revenus leur droit
au logement.
Rappelons par ailleurs que le logement social
soutient l'emploi local, notamment dans le domaine de la construction, et les montants de loyer épargnés
par les ménages à faibles et à modestes revenus qui y habitent sont le
plus souvent utilisés dans l'achat de biens
et de services de première nécessité dans les commerces et les services de
proximité. Il est donc important que le
gouvernement du Québec et les villes se donnent des objectifs collectifs en vue
de réduire le nombre de ménages mal
logés. Pour ce faire, le présent projet de loi doit consentir aux villes les
moyens réglementaires et financiers
requis pour y arriver. Pour ce faire, toutes les villes devraient avoir le
pouvoir réglementaire de contraindre les promoteurs immobiliers à accepter l'inclusion de nouveaux logements
sociaux dans leurs projets résidentiels sans être limitées aux projets
nécessitant une modification dérogatoire, et ce, en proportion des besoins les
plus urgents.
Par ailleurs, le projet de loi n° 122 est, au
chapitre de l'insalubrité, un
véritable rendez-vous manqué. En
effet, il est du devoir des villes d'assurer
la salubrité des logements locatifs, notamment par des mesures coercitives. Les cas de logement insalubre sont monnaie courante à travers
toutes les villes et municipalités du Québec. De fait, l'intervention du gouvernement
québécois est indispensable pour sanctionner les propriétaires délinquants.
Pour ce faire, celui-ci doit adopter et imposer un code
du logement national qui pourrait prendre exemple sur le règlement sur la
salubrité des logements de la ville de Montréal et il doit aussi prévoir des amendes conséquentes quand les
propriétaires mettent la santé, voire la vie de leurs locataires en
danger.
Québec
doit aussi fournir les moyens de l'appliquer. Or, on observe qu'il n'y a aucune mention d'un tel code dans le présent projet de loi. Bien que l'article 145.41.5, qui donne
aux villes un pouvoir d'expropriation, soit un pas en avant, celui-ci s'avère nettement insuffisant. Les
villes devraient être investies d'un pouvoir de saisie des immeubles,
comme dans le cas des non-paiements des taxes, par exemple, qui devrait
s'appliquer si une municipalité doit effectuer des travaux de rénovation pour assurer la sécurité des locataires
occupants en lieu et place du propriétaire et que ce dernier refuse ou
tarde à rembourser lesdits travaux. Ce
pouvoir permettrait d'éviter que les municipalités ne doivent acquérir ces immeubles à leur
juste valeur marchande, ce qui a pour effet de récompenser les propriétaires
négligents pour leurs agissements plutôt que de les pénaliser.
villes et les municipalités devraient aussi disposer d'un pouvoir de
préemption, tel qu'il est prévu, par
exemple, par l'ajout de l'article
17 du projet de loi n° 121 pour la ville de Montréal, sur tout terrain ou bâtiment non public aux
fins déterminées par la municipalité, dont
la création de logements sociaux. Ceci permettrait la constitution d'une
véritable réserve de terrains et de bâtiments à des fins de logement social.
En plus de doter les
villes de nouveaux pouvoirs, le projet de loi n° 122 devrait leur donner
les moyens de les utiliser. Pourtant, on ne
peut qu'observer l'absence de nouvelles sources de revenus prévues pour les villes dans le projet de
loi.
Les seuls nouveaux moyens de financement proposés sont des pouvoirs de taxation
et de tarification. Or, ce pouvoir s'exerce au détriment des plus pauvres en étant régressif contrairement à l'impôt ou aux transferts gouvernementaux établis en fonction des besoins. Ceci
risque de nourrir la rivalité entre les villes. Les municipalités finissent souvent par consentir des projets de développement
qui s'avèrent inaccessibles aux gens pauvres. De fait, en parallèle aux
transferts de responsabilités, le projet
de loi n° 122 doit engager le gouvernement du Québec à des transferts de
fonds équitables vers les municipalités plutôt que de simplement
confirmer leur pouvoir d'additionner des taxes régressives pour augmenter leurs
revenus.
est aussi très inquiétant... Enfin, la question du processus référendaire et de
son abandon est vraiment inquiétante, d'autant qu'il n'est remplacé par
aucun autre mécanisme obligatoire de consultation publique. Certes, le
processus référendaire est imparfait et mériterait d'être amélioré, mais il
s'avère nécessaire pour forcer les promoteurs et les municipalités à rendre publics les projets immobiliers majeurs et, à ce
titre, permettre l'exercice de la démocratie citoyenne. En effet,
en abandonnant le processus référendaire, les mécanismes de consultation citoyenne se verraient fragilisés au lieu d'être renforcés et protégés, alors que c'est l'objectif
du présent projet de loi. Ça représente aussi un risque réel de développement urbain au gré des promoteurs immobiliers, et ce, au détriment des
ménages mal logés. C'est pourquoi
le processus référendaire actuel doit être maintenu et amélioré et les municipalités
doivent être obligées de se doter de procédures de consultation publique, à
l'exemple de Montréal, pour tout projet immobilier de grande envergure.
Concernant
les modifications sur les avis publics, bien que le FRAPRU
accueille favorablement la diversification des moyens d'information,
ne plus rendre obligatoire la diffusion des avis publics dans les journaux
imprimés risque d'entraver l'accès à l'information. En plus d'ajouter la contrainte de chercher une information jusqu'à présent facilement accessible via les journaux écrits, il est faux de
croire que toutes et tous ont un accès égal aux outils technologiques.
Les ménages à faibles revenus ont souvent un
accès limité à Internet, et ceci est particulièrement vrai dans les régions éloignées des grands centres, mal desservies par les distributeurs. Les municipalités devraient ainsi continuer d'être contraintes de publier leurs
avis publics via les journaux de la province tout en étant encouragées à
diversifier leurs médiums de communication
afin de ne pas entraver le droit à l'information et favoriser, encore une fois,
la participation citoyenne.
Donc,
nous avons un ensemble de recommandations. Tout d'abord, nous recommandons que le projet de loi n° 122 engage le gouvernement et les municipalités à se donner un objectif commun de développement de nouveaux logements sociaux,
qu'il engage Québec à soutenir
financièrement les municipalités dans leurs efforts pour réaliser cet objectif
de développement et pour maintenir en bon
état, à prix abordable, les logements à loyer modique déjà réalisés et que ce
soutien financier soit indexé annuellement au coût réel de réalisations.
Réciproquement,
le projet de loi n° 122 doit obliger les municipalités à poursuivre le
développement de nouveaux logements sociaux sur leur territoire et à
veiller au maintien en bon état et à l'accessibilité financière des logements à
loyer modique dont elles sont également responsables.
projet de loi n° 122 devrait aussi accorder aux municipalités le pouvoir
de se doter de règlements obligeant l'inclusion
de logements sociaux en proportion suffisante pour répondre aux besoins les
plus urgents, et ce, dans tout projet résidentiel de grande envergure.
projet de loi devrait accorder aux municipalités le pouvoir de préemption sur
tout site non public afin qu'elles puissent se constituer une réserve de
sites pour des futurs projets de logements sociaux.
projet de loi n° 122 devrait aussi confirmer l'adoption, par Québec, d'un
code national du logement, donc d'un règlement
sur la salubrité qui obligerait les municipalités à l'appliquer et à garantir à
celles-ci les ressources nécessaires pour ce faire.
Que, dans
l'article 145.41.5, le pouvoir d'expropriation soit remplacé par le
pouvoir de saisie.
Que le projet de loi
n° 122 annonce un engagement ferme de Québec à effectuer des transferts de
fonds aux municipalités pour qu'elles
puissent accomplir leurs nouveaux mandats, notamment en matière de logements,
plutôt que d'augmenter leurs pouvoirs de taxation, cela au prorata des
besoins de leur population.
le projet de loi n° 122 maintienne, mais également améliore les processus
référendaires pour le rendre plus facilement utilisable par les
citoyennes et les citoyens et impose aux municipalités l'obligation de mettre
en place des procédures de consultation publique pour tout projet de
développement de grande envergure.
enfin, que le projet de loi n° 122 maintienne l'obligation de diffuser des
avis publics dans les journaux imprimés tout en encourageant les villes
à diversifier leurs moyens de communication. Voilà.
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup pour votre présentation. M. le ministre, pour les
15 prochaines minutes.
M. Coiteux :
Mme Corriveau, Mme Magontier, merci beaucoup d'être là ce matin avec nous.
Merci pour votre mémoire, sa présentation.
Je vais
commencer par une question... parce que vous avez mentionné à quelques reprises
les projets de grande envergure, c'est-à-dire la consultation lorsqu'il
s'agit de projets de grande envergure. Pour vous, c'est quoi, un projet de
grande envergure?
Mme Corriveau (Marie-José) : Bien,
je vous dirais qu'un projet de grande envergure, ça peut dépendre du territoire où il se situe. J'imagine qu'un projet
de grande envergure à Montréal va être un plus grand qu'un projet de
grande envergure à Saint-Lin des
Laurentides. Donc, c'est aux municipalités et vraisemblablement au gouvernement
d'établir des barèmes en fonction de la population, déjà, qui y habite et de
l'impact que ça va avoir sur les environs.
Dans les grands centres urbains, à Montréal
notamment, la politique d'inclusion prévoyait des projets de 200 unités et
plus. C'était beaucoup. C'était beaucoup, ç'aurait pu être moins. On peut
concevoir, par ailleurs, que l'inclusion de logements sociaux est peu
envisageable sur des projets de petite envergure, mais il pourrait y avoir une
contrepartie en termes de contribution financière, ce qui a été prévu, par
ailleurs, dans certains arrondissements.
Le problème,
dans ces cas-ci, c'est qu'on parle de politique d'inclusion. Il n'y a pas de
pouvoir réglementaire, d'obligation
et tout se discute, se négocie, en fait, à la pièce, selon que les promoteurs
ont besoin d'aller chercher ou pas des dérogations de zonage, ce qui est
le principal écueil ici.
M. Coiteux : Mais lorsque vous
référez à des projets de grande envergure, vous ne parlez pas que des projets
de construction de logements sociaux, vous parlez de quelque projet que ce soit.
Corriveau (Marie-José) : Des
projets résidentiels de grande envergure. Le plus souvent, ça se passe
dans des projets qui sont sur des sites en
réhabilitation, des sites, bon, souvent, dans les anciens quartiers ouvriers,
où il y avait des industries qui étaient implantées. Il y a un projet de
réhabilitation d'un grand site qui était abandonné depuis de nombreuses décennies et qui doit être réhabilité,
redéveloppé. Alors, dans des cas comme ceux-là, on devrait prévoir et
obliger, pas seulement prévoir, mais obliger l'implantation de logements
sociaux via l'inclusion obligatoire.
Coiteux : Ce qui m'amène à vous poser ma deuxième question, parce que
vous n'y avez pas consacré beaucoup de
temps, mais vous avez quand même dit que, finalement, vous pensez que ça serait
mieux d'améliorer le système actuel des
référendums en matière d'urbanisme plutôt que de le remplacer par une
participation citoyenne différente. Mais on a reçu, la semaine dernière, le maire de Québec qui nous a parlé notamment
du projet de l'îlot Irving, qui justement le projet initial qui avait
été soumis incluait du logement social et que, selon ce qu'il nous a dit, selon
ce qu'il nous a raconté, il y a une
opposition qui s'est soulevée contre le projet, il y a eu effectivement le
nombre de signatures requises au registre, de telle sorte que le promoteur a dû refaire ses devoirs, parce qu'il y
avait eu une mobilisation, mais une mobilisation, nous a dit le maire,
de gens qui ne voulaient pas de logement social dans ce projet.
Et donc
l'application des règles actuelles, ça allait à l'encontre des objectifs que
vous poursuivez, vous, comme groupe.
Alors, c'est pour ça que je suis un petit peu étonné de vous entendre faire la
défense de ce système-là qui, dans un certain nombre de cas — on
nous a cité celui-là — va
directement à l'encontre des objectifs que vous poursuivez.
Si, dans une ville, il y a une administration
qui a été élue, avec des engagements assez fermes en matière de logement social et qui, ensuite, dans certains quartiers
où ils essaient de mettre en place leur politique, se font mettre des bâtons dans les roues par une minorité très
activiste mais qui voit les choses différemment de vous, en quoi le
référendum va servir les grands objectifs
sociaux que poursuivent certaines villes? Puis je pense à Québec ou à Montréal,
par ailleurs, mais d'autres villes aussi.
Mme Corriveau (Marie-José) : Il y a
eu d'autres projets, on pourrait vous en citer d'autres, des projets de logements sociaux qui ont été freinés par des procédures
référendaires entamées par des voisins, à Montréal, à Châteauguay, et il
y en a sûrement d'autres.
Le problème,
c'est le pouvoir que la population a de voir arriver des projets. Parce qu'on
pourrait aussi vous dire l'inverse, c'est que, sans processus de
consultation... c'est ça, à l'heure actuelle, on se rend compte que le
processus référendaire est comme la clé de
voûte pour que les communautés puissent être effectivement consultées sur des
projets, puissent être informées a priori et
puissent être consultées sur des projets. Et tantôt j'écoutais l'intervention
de l'Institut du Nouveau Monde, et on
vous a donné des exemples de processus de négociation qui se sont entrepris
entre la communauté, les élus et les promoteurs pour améliorer les
projets.
Le problème
qu'on y voit en ce moment, c'est qu'on est en train de jeter le bébé avec l'eau
du bain, c'est-à-dire que la clé de
voûte dont on dispose, à l'heure actuelle, pour obliger la transparence, ça
passe par le référendum, qui a des effets pervers, on en convient, quand
il est question de logement social. Mais, a contrario, de ne rien avoir, ou un
flou artistique, ou une volonté on ne peut
plus floue en ce qui concerne la consultation, ce n'est pas mieux non plus.
Alors, ce qu'on dit, c'est : Il faut
maintenir le processus référendaire, l'améliorer pour le rendre plus facilement
utilisable, mais, en complémentarité, un peu comme
les prédécesseurs nous l'ont dit, c'est de le doubler d'un processus de
consultation qui va permettre aux communautés de développer des projets.
Je voudrais quand même vous signaler, par
ailleurs, que, dans l'histoire du logement social, les principaux empêcheurs de développement de logements sociaux,
ça a malheureusement été les élus eux-mêmes. On n'a qu'à penser à Laval qui, pendant des années, a refusé les
montants qui provenaient de Québec et d'Ottawa pour développer du
logement social, et on se retrouve
aujourd'hui avec un maire, et on le comprend, qui déplore amèrement que,
pendant des années, l'ancienne
administration municipale n'ait pas développé de logements sociaux sur son
territoire. Donc, ce n'est pas tant les citoyens qui ont été les
principaux empêcheurs que les élus eux-mêmes, malheureusement.
Coiteux : Si vous me permettez, je reviens à votre notion de la clé de
voûte, là. Est-ce qu'on a la bonne clé de voûte avec le système actuel
ou bien on ne devrait pas essayer de trouver une meilleure clé de voûte que
celle-là, c'est-à-dire...
Corriveau (Marie-José) :
Oui, assurément qu'il faudrait l'améliorer, c'est ce qu'on dit. Le problème,
c'est qu'on ne peut pas le abandonner ce
moyen-là si on n'a pas prévu, d'entrée de jeu, la façon d'y arriver. Là, quand
je vous dis : On est en train de jeter le bébé avec l'eau du bain,
c'est comme si on abandonne, finalement, tous les processus de développement
sans pouvoir citoyen pour y jeter un regard et pouvoir intervenir là-dessus et
notamment pouvoir intervenir sur la présence ou pas de logements sociaux.
M. Coiteux : Bien, peut-être pas.
Peut-être pas, vous ne pensez pas? Parce que moi, je vois, au contraire, un mouvement assez fort, en tout cas certainement à
Québec et à Montréal. C'est assez évident, ça fait
partie des débats,
puis les administrations actuelles, dans les
deux cas, proposent des mécanismes de consultation, proposent de les
améliorer. Moi, je pense qu'on est en train
peut-être de construire d'autres modèles, là, et puis, à ce moment-là, c'est là
que j'ai du mal à comprendre cette
défense, là, de dire : Maintenons le statu quo, maintenons le statu quo,
alors que, dans de nombreux cas, le
statu quo en cette matière est allé à l'encontre même des grands objectifs
sociaux que vous poursuivez. Je suis donc un peu surpris.
Mme Corriveau (Marie-José) : Bien,
on n'est pas dans le statu quo. Je pense qu'on ne s'est pas bien fait
comprendre, on ne l'a peut-être pas bien clairement écrit non plus, mais on
n'est pas dans le statu quo.
Ce qu'on dit,
c'est, à l'heure actuelle, il y a un processus référendaire qui est loin d'être
parfait, qu'il faut améliorer, mais
qui doit être jumelé obligatoirement à un processus de consultation. Et là je
vais prendre en exemple ce qui se passe sur l'île de Hull à Gatineau. Il y a un processus de redéveloppement de
l'île de Hull. Or, les interventions et les façons de faire de la municipalité sont loin d'être encourageantes
quant à l'avenir. Le modèle qu'on est en train d'y développer est loin d'être encourageant quant à l'avenir parce que la
population locale n'a pas le sentiment qu'elle a un pouvoir d'influence.
On conçoit que ce soit les mairies qui décident ultimement, mais les
populations qui sont là devraient pouvoir intervenir.
Cela dit,
vous le mentionniez tantôt, il y a des intérêts différents. Aux intérêts, on
voudrait quand même confronter la notion des besoins. Tous les grands
développements se font, et c'est de ça qu'on parle essentiellement, se font
malheureusement souvent au détriment des ménages les plus vulnérables, parce
qu'on oppose des intérêts sans tenir compte des droits, notamment le droit du
maintien dans le milieu, le droit à un logement décent à un prix qu'on peut véritablement payer et dans des conditions de vie
qui vont permettre le maintien de services de proximité accessibles, etc.
Coiteux : Parfois, ce ne sont pas les droits qui sont en cause.
Parfois, ce sont des conceptions différentes en matière d'urbanisme, en matière d'architecture, et ultimement quelqu'un
doit faire les arbitrages nécessaires. Est-ce que le mécanisme de signature au registre d'approbation
référendaire, c'est le meilleur mécanisme pour faire, de façon
rationnelle, ce type d'arbitrage là? Surtout
dans une ville qui aurait adopté une politique d'urbanisme qui soit conforme
aux souhaits d'une majorité de citoyens qui l'ont avalisée, en quelque
sorte, par leur vote.
Autrement
dit, quand vous dites : Il faut que le référendum, que vous souhaiteriez
maintenir, soit jumelé à une politique
plus robuste de consultation, ma question : Est-ce que ça ne devrait pas
plutôt remplacer ce processus d'approbation référendaire qui, dans beaucoup de cas, mène à ce que des intérêts très,
très, très particuliers, mais super mobilisés empêche un projet de se réaliser et souvent à l'encontre
des intérêts qui ne sont plus du domaine des droits sociaux que vous défendez?
Mme Corriveau (Marie-José) : Bien,
je vous donnerais l'exemple de Montréal, qui va faire objet d'une loi particulière, mais qui pourrait s'appliquer à
d'autres municipalités. À Montréal, à l'heure actuelle, les promoteurs,
pour éviter de se présenter ou de faire face
à un référendum, se rendent d'eux-mêmes devant l'Office de consultation
publique. Donc, le référendum a une utilité
à l'heure actuelle, c'est de convaincre les promoteurs à se présenter devant la
population pour présenter leur projet et en discuter du contenu des projets.
Dans le
contexte actuel, où on n'a pas encore implanté, validé, expérimenté, plus
qu'éventuellement validé, un processus
de consultation publique, le référendum est le bâton, malheureusement, qui mène
les promoteurs à se présenter devant la population, et c'est ça qu'on ne
peut pas se permettre de perdre pour le moment. C'est un processus en évolution, on en convient, et qui va être à
réviser, mais il n'y a rien de statique dans l'État québécois et dans
l'administration municipale.
Magontier (Céline) : J'ajouterais que le projet de loi ne prévoit pas
d'alternative satisfaisante non plus pour permettre l'expression de la
démocratie puis de la consultation citoyenne.
Coiteux : Le projet de loi prévoit des mécanismes de consultation.
Maintenant, les gens, des fois, veulent avoir plus de détails. Les gens peuvent vouloir avoir plus de détails sur ce
que ça représente, mais ce n'est pas tout à fait exact de dire qu'il n'y
a rien dans le projet de loi qui prévoit des mécanismes de consultation. Ça, je
pense que...
Magontier (Céline) : Je n'ai pas dit qu'il n'y avait rien, j'ai dit
qu'il n'y avait rien de satisfaisant de prévu au projet de loi pour remplacer le processus référendaire qui, on en
convient, est insatisfaisant aussi, là, mais que c'est mieux que rien
actuellement.
M. Coiteux : Est-ce qu'on a encore
un peu de temps, M. le Président?
Le Président (M. Auger) : Quatre
minutes, M. le ministre.
Coiteux : Quatre minutes. Je
reviens à la question que rien n'est statique. Effectivement, donc on propose un mouvement,
là. On propose un mouvement qui va déclencher des nouveaux mécanismes puis notamment
des nouvelles façons de faire
participer les citoyens par des mécanismes de consultation plus robustes. Pour qu'il y ait du mouvement de temps en temps, bien, il y a
des rendez-vous qu'il ne faut pas manquer, je vous dirais. Donc,
on peut attendre quatre ans, cinq ans, 10 ans, il n'y aura pas
grand-chose qui va se faire.
Le fait est
que je sais que les gens disent qu'il
y a des référendums
en Suisse pour l'abolition de l'armée parfois, mais là ce n'est pas
de ça qu'on parle. On parle de projets d'urbanisme qui vont se faire dans un
contexte où il y a un mouvement général pour
éviter l'étalement urbain, faire la densification. Donc, il y a
des cadres qui encadrent tout ça puis ensuite il y a des politiques qui
sont même débattues lors des élections municipales. C'est de ça qu'on parle,
c'est ce type de référendum là.
On est à peu près les seuls au monde à faire ça,
et je ne peux pas croire que dans d'autres grandes villes du monde — des
grandes parce que là on va parler
peut-être de Montréal, mais même des villes plus petites, parce que le
projet de loi n° 122 s'adresse à tout
le monde — je ne
peux pas croire qu'on est les seuls à avoir trouvé la formule magique.
Ne pensez-vous pas?
Mme Corriveau (Marie-José) : Je ne
pense pas que ce soit une formule magique. Elle est perfectible puis elle mérite d'être améliorée. Mais ce que je peux
vous dire, c'est qu'à l'heure actuelle, à Montréal, ce n'est pas vrai
qu'il ne se passe rien. Il faut se promener
dans Ville-Marie pour se rendre compte à quel point il se passe beaucoup de
choses, et pourtant ce qui fait que ce n'est
pas acceptable encore, parce que, notamment, l'inclusion n'est pas un pouvoir
réglementaire, c'est un pour de
négociation. Les promoteurs se présentent devant la population pour ne pas
avoir à faire face au référendum, mais
ça ne les empêche pas de bouger, c'est bien évident. Il n'y a qu'à compter le
nombre de pépines qu'il y a dans le centre-ville pour s'en rendre
compte.
M. Coiteux : Et s'ils se
présentaient sans l'épée de Damoclès? Est-ce qu'on a absolument besoin de
l'épée de Damoclès?
Mme Corriveau (Marie-José) : À
l'heure actuelle, la preuve est faite qu'il faut une épée de Damoclès, malheureusement, et les expériences antérieures
nous l'ont prouvé. Et si ce n'est pas parce que les promoteurs sont
pressés de le faire, c'est aussi pour que
les administrations municipales soient interpellées par leur population. Comme
je vous le disais, dans le domaine du
logement social, les plus grands empêcheurs n'ont pas nécessairement été les
promoteurs, mais bien davantage les
administrations elles-mêmes par le passé, et il faut que ça cesse aussi. Alors,
c'est pour ça que je dirais que c'est
comme une conjugaison de choses qu'il faut mettre en branle, de notre point de
vue, pour garantir le droit au logement,
parce que, quand on parle des villes, on parle de là où les gens habitent,
hein? Essentiellement, c'est de ça qu'on parle et des bonnes conditions
ou des mauvaises conditions dans lesquelles les gens vont habiter.
Quand les promoteurs et les administrations
municipales sont les seuls maîtres du développement sur leur territoire et ne tiennent pas compte des besoins
des ménages à faibles revenus, ceux-là sont systématiquement évincés,
repoussés en dehors des frontières. Puis non seulement ils ont perdu, à ce
moment-là, un logement qui s'avérait plus abordable
que celui qu'ils vont retrouver, mais en plus ils perdent leur réseau
d'entraide, ce qui est dramatique, là. On est en train de tisser
l'exclusion et les inégalités sociales quand on fait ça.
Donc, il faut
voir l'ensemble, et moi, je pense que c'est l'objectif d'un projet de
loi sur
les municipalités, c'est de voir l'ensemble des morceaux et de faire un
tout aussi cohérent que possible en sachant fort bien qu'éventuellement il y aura des améliorations à y apporter, parce
qu'il y aura des expériences de faites, parce qu'il y aura des
expériences validées. Mais, à l'heure où on
se parle, il faut non seulement que les promoteurs soient obligés de se
présenter devant la population et les administrations...
Le Président (M. Auger) : Juste
30 secondes à l'échange. M. le ministre...
Coiteux : Malheureusement, vous n'aurez pas le temps d'y répondre,
mais la question que je me pose, après nos échanges, c'est : Est-ce que c'est vraiment cette formule actuelle
du référendum qui va mener à plus de logements sociaux dans nos villes?
C'est une question que moi-même, je me pose.
Le Président (M. Auger) :
15 secondes.
Corriveau (Marie-José) : Bien, non. Ça, c'est vrai que non. Pour qu'il
y ait plus de logements sociaux dans nos
villes, il va falloir que le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral
investissent dans le logement social. Ça, là-dessus, je vous donne tout
à fait raison.
Président (M. Auger) : Merci. Nous allons poursuivre avec le
porte-parole de l'opposition officielle pour les 10 prochaines
minutes. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, madame. On va d'ailleurs
faire du pouce sur la dernière intervention
du ministre parce que votre mémoire en fait beaucoup mention, le besoin
d'habitation, le besoin de logement. Et
votre première recommandation, c'est que le projet de loi n° 122 engage le
gouvernement et les municipalités à se donner un objectif commun de développement de nouveaux logements sociaux. Et je
veux juste vous lire l'article 1, qui est l'article, en commençant
le projet de loi, qui vient introduire une nouvelle disposition, donc un nouvel
article, 1.2, lorsqu'on parle d'orientations gouvernementales, et je le
lis :
«1° les objectifs et
les orientations que poursuivent le gouvernement, ses ministres, les
mandataires de l'État et les organismes
publics en matière d'aménagement du territoire, tels que définis dans tout
document que le gouvernement adopte
après consultation, par le ministre, des instances représentatives du milieu
municipal, et les projets d'équipements, d'infrastructures et
d'aménagement qu'ils entendent réaliser sur le territoire.»
Alors, quand je vous
entends, vous aimeriez voir le mot «habitation» ici, hein?
Mme Corriveau
(Marie-José) : Bien, plus que ça, le logement social a priori, parce
que ce sont les gens qui ne peuvent pas
réaliser leur droit au logement sans un support de l'État, c'est bien évident.
On parle ici de population à faibles et à modestes revenus.
Quand
on compare, par exemple, les efforts qui ont été faits dans le développement de
logements abordables, que ce soit par
le gouvernement du Québec ou par une municipalité comme celle de Montréal par
sa politique d'inclusion sur le logement
abordable, ce que ça donne comme résultat, c'est des loyers qui sont bien
au-delà de la capacité de payer des ménages... la plupart des ménages
locataires à faibles et à modestes revenus.
Donc,
il faut que ça se fasse par le biais de logements sociaux et il faut évidemment
qu'on dépasse largement les propositions
de développement qu'on a à l'heure actuelle, qui sont de 1 500 unités
de logements sociaux par année au Québec, là. À ce rythme-là, ça va nous
prendre quasiment 200 ans pour y arriver, là.
M. Ouellet :
Donc, ce serait au bon endroit de l'introduire en disant, effectivement...
Mme Corriveau
(Marie-José) : Oui, assurément.
M. Ouellet : ...lorsque le gouvernement s'en va avec ses orientations, il y aura des
discussions sur ces sujets-là. Voici
l'endroit où est-ce qu'on pourrait mettre en commun ces grands besoins ou même,
dans certains cas, des besoins très spécifiques et pour lesquels nous
pourrions faire, effectivement, objectif commun pour y arriver.
Mme Corriveau
(Marie-José) : Ça et la question de la salubrité. On a une grande
préoccupation quant à la salubrité des
logements locatifs existants. Le parc vieillit, il vieillit mal, et ce n'est
pas linéaire, comme processus, c'est exponentiel.
Donc, plus le temps va passer, plus ça va être détérioré. Or, très, très, très
peu de municipalités se sont dotées d'une
réglementation sur la salubrité. Certaines s'en sont dotées mais n'ont pas mis
en place les mécanismes nécessaires pour la faire appliquer.
Donc, les locataires
qui sont en butte à leur propriétaire n'ont pas d'argument pour se présenter à
la Régie du logement. Ils peuvent
difficilement faire reconnaître leurs droits. Et ça, évidemment, ça se fait au
détriment de la santé des personnes.
Puis, dans certains cas, c'est allé jusqu'à la vie, c'est-à-dire, quand il y a
des problèmes pulmonaires chroniques à cause
de moisissures, notamment, ou d'infiltration d'air, les petits enfants finissent
par y laisser un grand pan de leur santé, les personnes âgées également.
Donc, il y a, à ce niveau-là aussi, un grand souci de notre part.
M. Ouellet : Vous arrivez avec une recommandation aussi, la deuxième de votre
mémoire, que «les municipalités ont le pouvoir de se doter d'un
règlement obligeant l'inclusion de logements sociaux en proportions suffisantes
pour répondre aux besoins les plus urgents».
En lisant ça... Parce que j'ai fait la lecture, hier, du mémoire de Gatineau,
et la ville de Gatineau demande
sensiblement les mêmes pouvoirs. Ils parlent, eux autres, plus de logement
abordable et familial. Mais, quand je
vous entendais, tout à l'heure, sur la disponibilité des logements, on est
capable de répliquer cette situation-là à la ville de Gatineau, qui vit
effectivement une augmentation du coût de loyer, avec l'attraction qu'il y a du
côté de l'Ontario. Alors, ils demandent ça.
Alors, je pense qu'on a là, du moins, un point de discussion entre une
municipalité et des organisations qui représentent des gens qui auraient besoin
de plus de logements. Vous êtes d'accord avec ça? Est-ce qu'on inciterait ou on
forcerait, dans tout projet, un certain pourcentage de... C'est ce que je
comprends, là?
Mme Corriveau
(Marie-José) : Oui, pouvoir forcer. Pas inciter, forcer. Parce que
Montréal, ce qu'on a, à l'heure actuelle...
M. Ouellet : Forcer. Imposer?
Mme Corriveau
(Marie-José) : Oui, imposer.
À Montréal, c'est une politique d'inclusion qui s'opérationnalise autour de négociations liées aux modifications de
zonage. Ça donne des résultats aberrants, comme dans le centre-ville de
Montréal, où il y a des besoins criants en matière d'itinérance, on ne réussit
pas à obtenir ni les ressources en termes d'espace
ni les ressources en termes financiers. Parce qu'il pourrait y avoir des
compensations financières, si ce n'est pas au niveau de l'espace, ce
qu'il faut pour faire des logements pour lutter contre l'itinérance, notamment.
Donc, il faut absolument que ce soit imposé,
et cette imposition-là pourrait être accompagnée de fonds de dédouanement, là,
pour les promoteurs qui ne fourniraient pas de l'espace, mais plutôt un
fonds compensatoire. Montréal en a mis un sur pied, mais, là encore, c'est sur
une base volontaire.
Cela étant
dit, je tiens à préciser tout de suite... parce qu'on est à l'heure où les taux
d'inoccupation ont remonté. On n'est
pas au début des années 2000, où il fallait bâtir à tout prix, et on le
sait. Et c'est pour ça que, pour nous, la question du code du logement est aussi importante, puis la
question de la saisie est également aussi importante. C'est qu'on peut
faire du logement social non seulement en construction neuve, puis il y a des
besoins pour ça, il y en a pour les personnes âgées
parce que ça prend des logements véritablement adaptés à leurs besoins, mais ça
prend également... et ça prend aussi du logement pour les familles. À
peu près dans... en tout cas, pas dans toutes, ce n'est pas vrai, mais dans
plusieurs grandes villes on manque encore
cruellement de grands logements pour les familles. Donc, il faut continuer à
construire, et donc une réglementation d'inclusion s'avérerait absolument
nécessaire.
Mais on peut
aussi faire de l'achat-rénovation dans... c'est-à-dire d'acheter, rénover des
logements existants et de pouvoir les transférer en logements sociaux.
Et, par ce biais-là, on pourrait combattre les problèmes d'insalubrité.
Cependant, pour qu'on puisse y arriver, il ne faut pas qu'on soit obligés
d'acheter des immeubles à leur juste valeur marchande, comme c'est le cas à
l'heure actuelle, parce que tout ce qu'on fait... Puis Montréal a été piégée
par cette situation-là, d'ailleurs, il y a
quelques années, où ils ont racheté un immeuble d'un propriétaire délinquant
reconnu de longue date, mais ils l'ont payé au prix du marché, et on
venait récompenser le propriétaire pour tout son mal-faire. Donc, le principe
de la saisie, pour nous, est aussi fondamental.
Donc, un code
du logement vigoureux avec des amendes substantielles et, accompagné de ça, un
pouvoir de saisie quand la ville est
obligée d'opérer les travaux elle-même parce qu'un propriétaire ne le fait pas
ou ne rembourse pas, pour pouvoir ensuite transférer plus aisément un
logement social sans que ce soit une... que ça coûte un bras, passez-moi
l'expression, à la communauté québécoise.
M. Ouellet : Bien, c'est ce que
je comprends bien, dans le fond. Le pouvoir de saisie va permettre à la ville,
rapidement, de mettre la main sur le bâtiment en question.
Mme Corriveau
(Marie-José) : C'est ça. Et
qu'on peut ensuite transférer en logement social, sans que ce soit une
récompense au propriétaire, mais qu'on ait mis les locataires à l'abri des
problèmes de logement. Donc, les deux sont importants
à l'heure où on se parle. Si on veut parler de conjoncture, là, les deux sont
importants à l'heure où on se parle.
Le Président (M. Auger) : Trois
minutes.
M. Ouellet : Oui, rapidement. L'office... pas l'office, mais l'Office de consultation
publique, à Montréal, votre expérience, c'est bon? C'est moins bon? Des améliorations? Parce qu'on en a parlé beaucoup. La contrepartie de ne pas avoir un référendum, c'est d'avoir des offices de consultation ou une mécanique de consultation. Les gens à l'INM nous parlaient plutôt de
participation citoyenne. Donc, votre opinion là-dessus?
Mme Corriveau
(Marie-José) : Bien,
l'expérience qu'on en a eue, ça a été variable, effectivement. Personnellement, j'ai présenté des mémoires à plusieurs occasions dans différents
arrondissements pour différents types de projet. Je vous dirais que la réception ou le résultat dépend
aussi de l'attitude de l'arrondissement, des élus de l'arrondissement qui
vont être prêts à entendre et à entreprendre une négociation à la lumière de ce
qu'ils auront entendu en consultation auprès des promoteurs. Alors, c'est mieux que rien. Par ailleurs, je suis assez
âgée pour me souvenir d'une époque où il n'y avait pas de consultation, et c'est clair que c'est une nette amélioration. La population a vraiment la sensation de pouvoir contribuer à l'élaboration et au développement de son
territoire, dans ce contexte-là, et à pouvoir faire entendre ses préoccupations.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Oui. Les avis publics. Donc, si je comprends
votre mémoire, c'est ce que vous dites, c'est que, si on les rend exclusivement accessibles par les outils
technologiques, Internet, la clientèle avec qui vous travaillez, les
gens que vous côtoyez n'ont pas les moyens
d'avoir ces outils-là entre les mains, n'ont pas les moyens d'avoir ces
connexions-là et donc sont privés d'un droit démocratique d'être informés de
façon gratuite sur les décisions subséquentes de leurs municipalités. C'est ce
que je comprends?
Le Président (M. Auger) :
Mme Magontier.
Mme Magontier (Céline) : Oui.
En effet, en n'imposant plus la diffusion des avis publics sur les journaux écrits, ça demande, un, à la population d'aller
chercher l'information, elle n'arrive plus directement aux gens, donc
c'est déjà un problème, puis deuxièmement,
comme on le disait, il est faux de croire que tout le monde, même en 2017, a
accès à ces outils-là, comme vous le
mentionnez, et notamment dans les régions éloignées du Québec où ce n'est pas
forcément bien desservi.
Donc, c'est problématique, puis ça nuit forcément à la consultation citoyenne
et à sa participation, et donc ça rend
un peu plus opaques les processus démocratiques, finalement, ça fait que...
Mais on encourage quand même que les avis soient diffusés sur Internet
parce qu'on encourage la diversification des moyens d'accès à l'information.
Parce qu'il y a quand même une grande
partie
de la population qui utilise Internet, mais on pense que ça devrait rester
obligatoire dans les journaux provinciaux.
Le Président (M. Auger) : 30
secondes, M. le député.
M. Ouellet : On ne couvrira pas
tout le monde. C'est ce que je comprends.
Mme Magontier (Céline) : Oui.
Le Président (M. Auger) : 30
secondes.
M. Ouellet : Ça va être
terminé, M. le Président. Merci, mesdames. Merci.
Président (M. Auger) : Ça va? Merci beaucoup. Nous allons
poursuivre avec le porte-parole de la deuxième opposition, M. le député
de Blainville, pour 6 min 30 s.
M. Laframboise : Merci beaucoup, M. le Président. Merci,
Mme Corriveau, Mme Magontier, merci beaucoup. Moi, compte tenu
du temps que j'ai, je vais me concentrer sur le logement social. Je vais vous
expliquer.
Vous, vous
voulez des modifications importantes dans le projet de loi 122. Et je vous
dirais que vos préoccupations sont
intéressantes, mais ce n'est pas le bon outil, le projet de loi n° 122,
pour une raison bien évidente. Les municipalités, au Québec, de 25 000 à 100 000, il y en a
35, de 25 000 à 100 000 habitants.
Au-dessus de 100 000, il y en a huit ou neuf, là, donc, et il y a
1 137 municipalités au Québec. Donc là, si on veut, dans un projet de
loi, mettre les municipalités responsables
du logement social, d'abord, je vous dirais que, pour la grande majorité, ils
n'ont pas les moyens de faire ça, donc ça prend une aide
gouvernementale.
Je comprends
ce que vous voulez dire, là, vous dites : Bon, bien là, oui, on va leur
donner la responsabilité du logement social, après ça on va obliger le
gouvernement à donner l'argent. Je veux dire, ça va prendre une loi bien précise. Je ne vous dis pas... Tout le logement
social doit être modernisé, je suis d'accord avec vous, y compris tout
le secteur du locatif au Québec, là. Je
pense qu'il y a un grand ménage qui doit être fait. Mais on ne peut pas faire
ça avec le projet de loi n° 122.
Il y a des choses intéressantes, être capable, quand on reprend des terrains,
tout ça, d'avoir... être plus sensibles par rapport au logement social.
Moi, je trouve ça intéressant.
Par contre,
vous avez beaucoup de critiques, mais l'article 40 du projet de loi
dit : «Elle peut également se rendre caution d'une coopérative de solidarité qui s'est, par ses statuts,
interdite...» Donc, il y a des coopératives de solidarité dans le milieu
de l'habitation, puis maintenant les villes pourront se porter caution. Moi,
dans mon idée, tant qu'on ne modernisera pas
tout le système du logement au Québec... Là, il faut encourager des villes qui
veulent y aller. Donc, moi, je trouve que c'est une mesure qui est
intéressante parce que, dans les coopératives de solidarité, il y en a qui sont
en habitation. Est-ce que vous trouvez que
cette mesure-là... Je ne vous ai pas lu, là, dans votre mémoire. Est-ce que
vous trouvez que c'est intéressant que les villes puissent se porter caution
des emprunts, évidemment, des coopératives de solidarité qui seraient dans le
milieu de l'habitation? Est-ce que vous trouvez ça intéressant?
Mme Corriveau
(Marie-José) : Bien, c'est
intéressant, mais ça devrait être élargi aux deux autres formules de
logement social, les coopératives à proprement parler et les OSBL. Parce qu'une
coopérative de solidarité, c'est une formule,
c'est une formule de... c'est une tenure qui a sa valeur, mais qui n'est pas
nécessairement celle qui pourrait être choisie par d'autres projets de
logements sociaux qui seraient importants pour les municipalités.
Et là-dessus, je vais me permettre de vous
mentionner qu'on a vu apparaître, pas partout, j'en conviens parce qu'il n'y avait pas suffisamment de subventions à
l'échelle du Québec qui étaient disponibles, mais on a vu apparaître
dans plusieurs petites municipalités des projets d'organismes sans but lucratif
d'habitation, des OSBL, comme on dit maintenant...
des OBNL, pardon, d'habitation, pour pouvoir maintenir, notamment, les
personnes âgées dans les municipalités. Autrement, elles étaient
obligées de déménager ailleurs, elles ne pouvaient plus rester chez elles.
Donc, c'est une façon d'occuper le territoire,
je vous dirais, donc de permettre aux villes de maintenir leurs populations. Et là, donc, la tenure, pour moi, est
selon les groupes, la volonté des groupes, et selon ce que le milieu a
besoin. Et je ne pense pas qu'on a à imposer
une tenure plutôt qu'une autre. Alors, j'élargirais cette possibilité-là à la
fois aux coopératives d'habitation et aux OSBL d'habitation, pas
uniquement aux coopératives de solidarité.
M. Laframboise : Bien, moi, je
serais sensible à ça, mais c'est un choix. Vous ne l'avez pas mis dans votre
mémoire parce que c'est un choix que vous avez fait?
Mme Corriveau (Marie-José) :
C'est peut-être un oubli. On va le dire comme ça.
M. Laframboise : O.K., parce
que...
Mme Corriveau
(Marie-José) : Mais vous pouvez nous enregistrer sur le sujet, il n'y
a pas de problème.
M. Laframboise : Non, non, c'est ça. C'est parce que, compte tenu que c'est déjà là,
c'est plus facile de l'élargir pour être capable d'aider, comme je vous
dis, celles qui veulent. Puis ça, je suis tout à fait d'accord. Présentement,
il y a un mouvement d'occupation du territoire puis les municipalités qui se
sentent...
M. Laframboise : ...les aînés responsables, et tout ça, qu'ils y aillent. Comme je vous
dis, à cause du nombre, au Québec,
là, c'est difficile. Mais il faudrait qu'il y ait une politique sur le logement
social, je vous le dis, avec, s'il y a des obligations, bien, une obligation des deux paliers de gouvernement. Je
pense qu'il y a un intérêt. Mais, à cause du nombre de municipalités au Québec, moi, je vous dirais que
celles qui sont capables d'assurer entièrement la responsabilité, c'est
les 25 000 et plus, là, qui ont 25 000 habitants et plus.
Peut-être que ça peut être un petit peu... mais je vous dirais, au Québec, là, tu sais, qui seraient capables
d'assurer pleinement puis faire payer. Parce que, quand on fait ça, quand
vous dites : Bien, il faut que la ville
s'oblige, bien, inévitablement, la taxation municipale, c'est elle qui va
subventionner la construction de ces
logements-là, donc c'est les citoyens, autour, qui vont aider à construire les
équipements. Donc, il faut que tu
aies une masse critique, aussi, de payeurs de taxes pour être capable de faire
ça. Et donc je pense que c'est... En tout cas, je voudrais vous entendre
par rapport à ça.
Mme Corriveau (Marie-José) : Bien, je ne peux que répéter ce que vous venez de
dire, effectivement. On peut concevoir
que les toutes petites municipalités ont plus de difficultés. Mais, en même
temps, comme je vous disais, on a vu des projets d'OSBL d'habitation, ça
a été des efforts surhumains, on ne se le cachera pas. D'autant que la
proportion d'efforts à fournir par les locataires
est de plus en plus grande, et ça, ça a été constaté avec le programme
AccèsLogis, et la contribution du
gouvernement du Québec de plus en plus faible au fil des ans. Donc, il y a un
effort démesuré de ce point de vue là, et il faudrait qu'il y ait une
aide conséquente du gouvernement du Québec.
qu'on constate par ailleurs, dans les plus petites municipalités, c'est que les
gens ont souvent été propriétaires de leurs maisons, n'ont plus les
moyens de l'entretenir, les maisons vont à l'abandon. Les gens vivent des
conditions de logement déplorables, ne
veulent pas quitter, par ailleurs, leur milieu de vie. Donc, là aussi, il y a
des responsabilités qui doivent être
assumées à la fois par les villes, mais, j'en conviens, avec les ressources
requises de la part des gouvernements supérieurs.
M. Laframboise :
Vous voudriez...
Le Président
(M. Auger) : 30 secondes, M. le député.
M. Laframboise : Ah! Bien, ça... Bon, je vais vous laisser sur le 145.1, le pouvoir
d'expropriation. Vous vouliez le remplacer
par le pouvoir de saisie. Il faut juste éviter, là... Je comprends ce que vous
voulez. Rapidement, là, ce que vous voulez,
c'est que la ville puisse... L'expropriation, ça donne une chance de négocier
avec le propriétaire, là, je veux... tu sais, c'est comme si on
arrachait la propriété à...
Mme Corriveau
(Marie-José) : Non, non. On parle, là, de propriétaires délinquants,
entendons-nous, on ne parle pas d'une négociation de gré à gré, là. Parce qu'il
s'en fait plein... il s'en est fait plein, il s'en fait un peu moins
aujourd'hui, mais il s'en est fait plein dans le passé, des projets de
logements sociaux en achat-rénovation, dans des contextes de négociation de gré
à gré. Mais là on parle de propriétaires délinquants multirécidivistes qui
mettent la vie de leurs... Vous savez, l'expérience...
Le Président
(M. Auger) : Mesdames...
Mme Corriveau
(Marie-José) : Oui. Je n'ai plus de temps?
Le Président
(M. Auger) : Merci beaucoup. Donc, madame...
Mme Corriveau
(Marie-José) : Il y a des histoires d'horreur que je pourrais vous
raconter.
Président (M. Auger) : Mmes Corriveau et Magontier, merci
beaucoup pour votre participation aux travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à
11 h 14)
Le Président (M. Auger) : Nous
allons reprendre nos travaux, en souhaitant la bienvenue aux représentants de
la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec. Et je vous rappelle que
vous avez 10 minutes pour votre présentation. Par la suite, suivra une période
d'échange avec les trois groupes parlementaires. Dans
un premier temps, bien vouloir vous identifier, et par la suite vous
pourrez commencer votre présentation.
M. Ste-Marie (Benoit) : Alors,
Benoit Ste-Marie, directeur général de la CORPIQ.
M. Brouillette (Hans) : Et Hans
Brouillette, directeur des affaires publiques.
M. Ste-Marie
(Benoit) : Alors, Mmes et
MM. les députés, M. le ministre, M. le
sous-ministre, merci de nous permettre de vous présenter notre mémoire
qui porte essentiellement sur les articles 145, 146, qui est le droit de
mutation. Mais on va s'attarder surtout à l'article 10,
qui permettrait à des villes de procéder à des expropriations après une
période de seulement 60 jours.
Écoutez, on partage les mêmes objectifs en habitation,
c'est-à-dire d'avoir un parc locatif qui est en bon état, sécuritaire et qui procure des logements où est-ce
qu'il y a une bonne qualité de vie à ses occupants. Pour ce qui est des objectifs, on est vraiment sur la même longueur
d'onde. Mais, quand on arrive aux moyens pour atteindre ces
objectifs-là, on arrive, nous, à la CORPIQ, avec des moyens vraiment différents
de ce qu'on a pu voir adopté ici même.
En fait, loi
après loi, ça va toujours dans le sens coercitif. C'est comme si vous agissez
en aval d'une problématique majeure, qui est celle de la rénovation,
mais qu'il n'y a rien qui se fait en amont. Et la CORPIQ, notre vision, c'est d'encourager justement... d'agir en amont,
c'est-à-dire d'encourager la rénovation. Donc, ce qu'on vous demande, en
fait, c'est d'avoir un cadre réglementaire normal pour avoir un parc immobilier
normal, comme il existe ailleurs dans le monde, ailleurs au Canada.
Et donc, sans
en être parfaitement conscients, je crois, plutôt que d'encourager la
rénovation, il s'est posé des gestes et
d'année en année, en publiant des taux de rendement sur la rénovation qui
rendent une rénovation presque impossible. Donc, année après année, la
régie publicise des taux — on
pensait s'en sortir cette année, on pensait que c'était la fin — mais
un message aux propriétaires qui essentiellement est de dire que de rénover ne
donne à peu près rien en rendement. Donc, il
s'est créé un gros déficit d'entretien des immeubles, un déficit important, et,
plutôt qu'il se fasse des investissements de l'ordre de 5, 6 milliards
par année dans le secteur, il s'en fait la moitié. Et donc le gouvernement se
prive d'entrées fiscales de l'ordre de 1 milliard à tous les trois ans.
Donc, ce
déficit d'entretien, il se fait aussi au détriment des locataires, les
occupants, qui ont des logements, hein, qui ne sont pas nécessairement rénovés, qui ont une faible efficacité
énergétique, donc au détriment de l'environnement et au détriment de la valeur foncière des villes,
puisqu'on n'a pas investi dans un parc qui a en grandement de besoin,
donc au détriment de la prospérité du Québec.
M. Brouillette
(Hans) : Alors, bon, évidemment, l'article 10, on comprend bien,
là, qu'il vise à donner des moyens coercitifs aux villes pour pouvoir
intervenir dans des cas plus extrêmes d'insalubrité ou de logements endommagés.
Il y a trois acteurs qui sont responsables,
selon nous, de l'état du parc de logements au Québec : bien sûr, les locataires qui font un mauvais usage des lieux, et
il y en a, il y en a beaucoup; il y a également les propriétaires
délinquants, heureusement une très faible
minorité, mais on comprend très bien que ce type d'investisseurs existe, et
malheureusement ils ont choisi l'immobilier.
On aimerait pouvoir s'en débarrasser, mais ils existent, et on doit intervenir,
bien sûr, contre ces gens-là. Mais est responsable aussi le gouvernement
du Québec. Parce qu'il y a bien sûr une grande majorité de propriétaires qui veulent garder leurs immeubles
en bon état, qui veulent réinvestir, apporter des améliorations,
augmenter le confort, la fonctionnalité de
leurs logements, les adapter aux besoins des ménages, les besoins changeants
des ménages, mais ils ne le peuvent pas.
Il y a, dans
les critères de fixation de loyers décrétés par le gouvernement du Québec, deux
critères en particulier. Un, sur
l'entretien. Quatre fois, au cours des 10 dernières années, le critère de
fixation de loyer pour les dépenses d'entretien des propriétaires
donnait zéro. Que le propriétaire ait mis 1 000 $, 5 000 $,
100 $, ça ne donnait absolument rien, il n'y avait pas de retour sur les
investissements en entretien. Dans le cas des travaux majeurs, c'est encore
pire. Au cours des dernières... bien, enfin, au cours des décennies, on a
graduellement abaissé de huit ans que ça prenait pour amortir le coût des rénovations majeures... Ça, on parle des
années 80. Aujourd'hui, c'est 41 ans. Vous le voyez sur le
tableau, en page 15 de notre mémoire : 41 ans. Donc, je mets
1 000 $ de travaux ou 10 000 $, le montant que je peux récupérer par mois va prendre 500 mois à
récupérer. Donc, on dépasse évidemment la durée de vie utile de ce qui est
rénové.
Le groupe qui est passé avant nous l'a dit, et
nous, on est tout à fait d'accord avec ça, le parc de logements au Québec vieillit, il y a des problèmes importants
en termes de rénovation de structures, rénovation aussi d'aménagements à
l'intérieur des logements. Et, quand on regarde la fiscalité, c'est encore
pire. Parce qu'on dit toujours : Ah! Les propriétaires, ils ont les
déductions d'impôt. Bien, on a fait le calcul, vous l'avez aussi dans notre
mémoire, ça prend 131 ans pour
récupérer l'investissement, si on tient compte de la fiscalité. Donc, on
détruit de la valeur, au Québec, et ça, ça doit cesser. 80 % des
propriétaires disent : Bien oui, on veut investir, on veut rénover, mais,
nous, ça nous prend un retour de l'investissement dans une période qui est
10 ans maximum. 80 % des propriétaires disent 10 ans.
Malheureusement,
chaque année, les propriétaires perdent 150 millions de dollars en
dommages aux logements; 200 millions
de loyers impayés; il y a 4 % à 5 % des logements qui sont vacants,
donc c'est des revenus manquants; des taxes
municipales en augmentation plus vite que l'inflation, qui sont très difficiles
à transférer aux locataires dont la capacité de payer a ses limites. Et, pendant ce temps-là, on a adopté une loi
n° 122 — on parle
de la loi de 2010 — une loi
n° 122 qui force
l'inspection et la rénovation des façades. On a des nouvelles normes de
sécurité incendie à respecter. On a une Régie du logement qui diminue les loyers parce que le locataire ou les
locataires ont subi des inconvénients de bruit, de poussière et de
dérangement pendant les travaux. Ça ne fonctionne plus.
On a des
villes aussi qui reçoivent des réclamations, parce que les propriétaires
disent : Bien, là, mes façades se lézardent
parce qu'il y a des vibrations qui proviennent de la rue dont la dalle est
brisée, ou j'ai des infiltrations d'eau parce que le réseau d'aqueduc est en décrépitude. Et les villes, plutôt que de
répondre à ça, retournent le fardeau de responsabilité aux
propriétaires, en disant : Vous êtes mis en demeure d'apporter des
correctifs à vos installations pour pouvoir corriger vos fondations, vos
propres drains, etc.
Alors, ce
sont des contraintes qui sont énormes. C'est la raison pour laquelle on
dit : Bien — et c'est
dans nos recommandations — qu'aucun pouvoir additionnel coercitif
supplémentaire ne soit accordé aux villes tant qu'on n'aura pas revu les critères de fixation de loyers. Et là, à
ce moment-là, on pourra faire la distinction entre ces propriétaires
délinquants qui, malgré les incitatifs, ne
voudront toujours pas investir et les autres propriétaires qui, graduellement,
vont essayer de remettre en état le parc immobilier.
Alors, il y a
des avantages, bien sûr, à la rénovation : On stimule l'économie, on
améliore le confort, la sécurité et la fonctionnalité
des logements pour les occupants, on peut diminuer les coûts d'énergie aussi
des occupants, c'est substantiel, il
y a des recettes fiscales pour le gouvernement, il y a de la valeur foncière
aussi qu'on peut aller chercher. Alors, bien sûr, si on met en place ces incitatifs, on va stimuler
la rénovation, mais il faudrait quand même intervenir aussi en
permettant une certaine période de transition.
L'autre chose
qui est très importante aussi, c'est dans les interventions. Écoutez, les
villes, on le voit en particulier à Montréal,
des interventions partiales toujours visant le propriétaire, jamais l'occupant.
On a des interventions tatillonnes, il faut
le dire, pour des non-conformités qui touchent l'esthétisme. Bon, par exemple,
des murs à repeindre, des corniches à repeindre,
parfois des planchers à remettre de niveau, des portes qui ferment mal, des
joints de fenêtres. Ce sont toutes des non-conformités
qu'on retrouve dans des avis qui ont été émis à des propriétaires qui, aujourd'hui, ont leurs noms sur la liste des
immeubles ayant un avis de détérioration. Et ce sont ces immeubles-là qui
pourraient éventuellement être expropriés.
Bon, écoutez,
on comprend qu'il y a des immeubles vacants, actuellement, mais il y a aussi des immeubles où, si vraiment
il y avait un danger pour la sécurité, ces immeubles-là, ils auraient été
évacués, et ce n'est pas le cas. Alors, ça, c'est assez problématique, avec des menaces de 30 jours pour apporter
des correctifs qui parfois sont très importants. On ne peut pas faire du neuf avec du
vieux du jour au lendemain.
Alors, créons des conditions de
réinvestissement, on va améliorer les immeubles, et ceux qui ne le feront pas, à ce moment-là, on pourra sévir contre eux. On ne peut pas avoir des logements
impeccables avec un parc de logements vieillissants, des loyers très bas
qu'on ne peut pas augmenter. On ne peut pas récupérer les investissements.
Et on remarque,
comme par hasard, il y a aussi des immeubles qui sont situés à des
endroits assez stratégiques, et ça
ferait l'affaire de la municipalité de pouvoir s'approprier l'immeuble et le
terrain, et on peut se poser des questions. Il y a des cas qui ont été
portés à l'ombudsman, d'ailleurs. Donc, ce sont des préoccupations qu'on a.
Donc, on
recommande, en trois, troisième point, que, s'il y a des correctifs à apporter
qui pourraient mener à un avis de détérioration, il faut que ce soit des
éléments qui touchent la sécurité immédiate et la santé des occupants, pas des
questions de vétusté.
Et, juste en
terminant, pour ce qui est des droits de mutation, bien, on le mentionne ici,
recommandation quatre, que les droits ne soient pas modifiés, pour
respecter aussi la capacité de payer des nouveaux acheteurs. Merci.
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup pour votre présentation. Nous allons commencer les échanges. M. le
ministre, pour les 16 prochaines minutes.
M. Coiteux :
Oui. Alors, merci beaucoup pour la présentation. Si on résume, dans le fond,
vos recommandations, c'est : Ne
changez rien aux lois actuelles par rapport aux pouvoirs des municipalités qui
touchent directement leur capacité d'intervenir
en cas d'insalubrité, notamment, ou détérioration marquée des immeubles, à
moins qu'il y ait un changement important dans le cadre réglementaire du
marché de la location. C'est bien ce que j'interprète.
M. Brouillette (Hans) : C'est
exact. En fait, il faut changer l'approche. Pourquoi? Parce que cette approche coercitive nécessite des ressources immenses. On a
et on va avoir besoin d'encore plus d'inspecteurs. Il va y avoir des
contestations judiciaires, parce qu'évidemment les propriétaires ne se
laisseront pas faire exproprier si facilement. Il y a des gens qui vont dire : Un instant, moi, je suis prêt à me
battre. Donc, on judiciarise, on complexifie les démarches, ça coûte
plus cher aussi en inspecteurs. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'avant d'en arriver
là voyons en amont quelles conditions on
pourrait rendre plus favorables, qui fait que la majorité, qui ne sont pas des
propriétaires récalcitrants, vont se remettre
à investir dans le parc, et ensuite on pourra intervenir contre ceux qui,
malgré les incitatifs, dorment sur leurs deux oreilles pendant que les
locataires vivent dans des taudis.
M. Coiteux :
Vous avez quand même reconnu qu'il y avait différentes causes au vieillissement
du parc locatif. Maintenant, il y a
le vieillissement du parc locatif, mais il y a une
partie du parc locatif qui
vieillit plus mal que d'autres. Donc,
vous, vous estimez à combien, là, le pourcentage du parc locatif qui est devenu
vraiment problématique du point de vue de la santé et de la salubrité?
M. Brouillette
(Hans) : On a fait un sondage auprès de nos membres. C'est important
de mentionner que, quand on voit des chiffres provenant du recensement,
le recensement questionne l'occupant. Il faut faire attention. L'occupant n'est pas au courant des
problèmes de fondations, de toiture, de fournaise, etc. Donc, nous on arrive au
chiffre que 24 % des logements,
au Québec, ont besoin de travaux de rénovation... pardon, 17 % ont besoin
de travaux de rénovation majeurs et
24 % ont besoin de travaux de rénovation mineurs. Certains ne touchent pas
nécessairement la sécurité. Si on parle d'une cuisine ou d'une salle de bain vétustes, ça ne va pas nécessairement
mettre en danger les occupants. Mais il peut y avoir des problèmes d'humidité, bien sûr, il peut y
avoir des problèmes de chauffage, il peut y avoir des problèmes de
structure qui peuvent aussi causer des risques, et on comprend très bien ces
problèmes-là.
M. Coiteux : Vous avez dit
24 %, des travaux majeurs, c'est bien ça?
M. Brouillette (Hans) : Pardon,
17 %, travaux majeurs...
M. Coiteux : 17 %, des
travaux majeurs.
M. Brouillette (Hans) :
...24 %, travaux mineurs. Et les propriétaires en sont conscients.
M. Coiteux :
Est-ce que vous êtes en mesure de faire un recoupement avec... Parce qu'il peut
y avoir des travaux majeurs, sans que
ce soient des travaux qui soient requis pour la sécurité et la santé, là, des
fois, c'est... bien, à long terme, oui,
j'entends, mais qui posent des problèmes immédiats, là, de salubrité, qui
remettent en question la santé. Est-ce que vous avez des chiffres plus
précis, de votre côté, là-dessus?
M. Brouillette
(Hans) : On n'a pas de chiffre plus précis, mais il faut comprendre
une chose, les propriétaires qui sont
conscients qu'il y a un élément de danger
immédiat vont vouloir le corriger, là. Des travaux d'urgence, il s'en
fait quand même beaucoup. Bien sûr, il y a des raisons de sécurité
des personnes, il y a des raisons d'assurance aussi. Et je pense
que les propriétaires, de toute façon, sont quand même consciencieux par
rapport à ça.
Sauf que le
parc, à un moment donné, vieillit à un tel point que le déficit
d'entretien devient très, très difficile à combler financièrement, en
termes de ressources, très, très
difficile à combler. Mais, bon, dans les travaux, on regarde, là, des
avis de non-conformité reçus des villes touchent, par exemple, des fissures
dans les fondations, c'est possible qu'il y
ait de l'humidité et de l'eau qui s'infiltre. Est-ce qu'il y a un danger pour
les occupants, immédiat, qui nécessiterait de mettre l'immeuble en avis de détérioration, éventuellement une
expropriation? Bien sûr que non. Mais on doit faire des inspections, on
est conscients de ça, et on doit faire des travaux.
Coiteux : Vous avez dit qu'en dehors du cadre réglementaire... si on a
le temps, on y reviendra, mais, en dehors du cadre réglementaire, vous avez dit : Il y a quand même des
détériorations qui sont dues à... Vous avez cité trois facteurs, vous avez dit : Des fois, ce sont les
occupants, donc les locataires eux-mêmes, qui contribuent à la détérioration de
leurs propres logements. Vous avez dit qu'il
y a aussi, parfois, des conséquences externes, c'est-à-dire des causes
externes, la municipalité elle-même,
si elle a un réseau d'aqueducs qui est déficient, ça peut causer une détérioration,
etc. Puis vous avez dit : Il y a aussi des propriétaires
délinquants. Donc, vous avez dit : Il y en a trois, il y a trois cas de
figure. Vous estimez à combien, vous, la part de ces cas-là qui sont dus à des
propriétaires délinquants?
M. Ste-Marie
(Benoit) : On n'a pas vraiment de statistiques là-dessus. Mais je vous
dirais, là-dessus, peut-être que les
médias en mettent parfois plein la vue. Tantôt, là, on entendait parler du
fameux cas de l'Acadie, je pense qu'on en a entendu parler pendant 10 ans. Donc, c'est très, très peu. Puis,
à ce que je sache, là, si je me fie à la région de Montréal, ce fut très
peu.
Mais il faut savoir que, comme on disait tantôt,
quand il n'y a pas d'entretien en amont, tranquillement, il se gonfle une balloune, et on déplace tranquillement
la difficulté de rénover. Puis, si je prends une image, là, ici, là, si
on prend une fissure de briques, ce qui
n'est rien, mais, si on n'y voit pas, tranquillement, il va y avoir une
infiltration d'eau; si on n'y voit toujours pas, il va y avoir une
espèce de balloune dans le mur; si on n'y voit toujours pas, de l'infiltration;
si on n'y voit toujours pas, peut-être
effectivement des problèmes d'humidité dans la maison. Donc, qu'est-ce que je
veux dire, c'est qu'il faut vraiment agir en
amont, parce que plus on attend, plus on crée des problèmes structurels dans
cette industrie-là, dans ce parc-là.
M. Brouillette
(Hans) : Si vous me permettez, pour répondre à votre question. Très
difficile d'avoir les chiffres parce que, comme il n'y a pas
d'incitatif, au départ, à réinvestir, comment on fait la distinction entre ceux
qui sont récalcitrants et ceux qui ont des
logements ou des immeubles en mauvais état mais qui n'ont tout simplement pas
la marge de manoeuvre financière pour rénover?
On voit les
travaux des municipalités pour remettre en état les aqueducs, les routes; le
gouvernement du Québec, les édifices
publics, les H.L.M., l'Assemblée nationale. On voit les travaux. Mais, les
propriétaires privés, d'où tiennent-ils les revenus nécessaires?
Seulement que des loyers. Alors, c'est important de pouvoir faire la
distinction entre les récalcitrants et les
propriétaires de bonne foi. Et cette distinction-là ne peut pas vraiment se
faire tant qu'on n'a pas créé les
conditions qui vont faire que la majorité va dire : Oui, maintenant, je
peux réinvestir, j'en ai la capacité. Et les autres, on les identifiera
rapidement.
M. Coiteux :
O.K. Et donc vous, dans le fond, vous identifieriez un problème généralisé de
manque de rentabilité des
investissements dans l'immobilier locatif. C'est ça, dans le fond, que vous
dites. Est-ce que c'est un problème vraiment généralisé,
ou il y a certains segments du marché locatif qui sont sujets à une très faible
rentabilité? Parce qu'il y a d'autres
immeubles qui sont bien entretenus, là, puis qui ont les locataires, et puis
que ça se passe bien. Ça existe, ça aussi, en même temps. Donc, j'essaie juste de voir si on a un cas
particulièrement problématique qui va nécessiter des interventions
spécifiques, ou si c'est vraiment un phénomène généralisé.
Parce que, si je
regarde le mémoire tel qu'il est présenté, c'est comme s'il n'y avait, dans le
fond, aucun immeuble qui était susceptible
d'être maintenu en état, au Québec, en vertu des règlements actuels. C'est un
peu ça qui se dégage. C'est pour ça
que j'aimerais vous entendre un peu plus. Est-ce qu'on a affaire à des réalités
très spécifiques, de sous-segments très spécifiques du marché locatif,
ou c'est vraiment généralisé?
M. Ste-Marie
(Benoit) : Moi, je vais vous dire, je pense que c'est vraiment
généralisé, dans le sens que tout ce qui est comme cadre, actuellement, envoie vraiment le message que ce n'est
pas rentable. Et, je vous dirai, autant on a des cas, là, de grands propriétaires immobiliers qui ont
investi énormément. C'est dans le but de revendre, je veux dire, dans le
sens que ça ne se peut pas, actuellement, qu'il y ait de la rénovation, on va
dire, rentable.
Là où il y a de
l'exception, c'est les propriétaires-occupants, dont je suis, par exemple, qui
n'est pas dans une rationnelle, mais pas du
tout, parce qu'on habite là. Donc, on
va pouvoir rénover dans nos balcons, nos façades, nos ci, nos ça, mais absolument pas dans une rationnelle
financière. C'est parce que je veux une qualité de vie qui est la
mienne, mais ça n'a pas, comment dire... Ça, c'est la seule différence.
Maintenant,
si on regarde la rentabilité des duplex, des triplex au Québec, partout, là, ça
n'a plus aucun sens à ce que ça a
déjà été, hein? On a tous eu des parents qui ont dit : Oui, investis dans
l'immobilier, achète-toi un plex, quoi que ce soit. Aujourd'hui, le parent qui dit ça, là, il ne donne
pas un bon conseil à ses enfants. Je veux dire, il faut prendre acte de
ça. On a un marché dont la valeur
intrinsèque de l'immeuble et la valeur, disons, extrinsèque, celle du marché,
s'est complètement déconnectée. Donc,
au prix d'achat de ces immeubles-là, c'est impossible, dans les conditions
actuelles, de les rénover. C'est ceux
qui ont besoin d'amour, comme on dit, là, les immeubles, ça ne vaut pas la
peine de les rénover. On en est là.
M. Brouillette
(Hans) : Je pourrais ajouter deux précisions. Dans le cas des petits
immeubles, vous en voyez beaucoup aussi qui
disparaissent du marché locatif : 100 000 $, 200 000 $
à mettre, les fondations, les toits, les structures. Ils sont occupés
éventuellement par des copropriétaires. Dans le cas des plus gros immeubles, il
y a une meilleure rentabilité, mais, même
là, on en voit de plus en plus, ils sont donnés en gestion, ou encore il y a
une concentration de la propriété, donc des plus grandes compagnies,
plus solides financièrement, arrivent à consolider.
M. Coiteux :
O.K. Donc, il y a vraiment des sous-segments. C'est à ça que je voulais en
arriver. Je veux être capable de faire la
différence entre différents sous-segments du marché locatif. Il y en a qui vont
plutôt bien, il y en a qui vont moins bien, il y en a qui donnent lieu à
des changements dans la structure de propriété. Mais, une fois que ce
changement à la structure de propriété a lieu, est-ce que les entretiens se
font, ou ils ne se font pas plus?
M. Brouillette
(Hans) : Ça devient des propriétaires occupants ou des copropriétaires
d'un triplex, par exemple. Alors,
bien sûr, les gens se disent : C'est mon endroit, c'est là où je vis, j'ai
les moyens de me payer l'endroit où je vis. Alors, ils vont mettre l'argent nécessaire. C'est sûr que, si les gens
achètent une maison à 1 million de dollars, ils ont les moyens, c'est leur affaire. Mais, quand on parle
d'immeubles locatifs, ça veut dire que je vais payer pour que quelqu'un d'autre habite dans ces lieux-là. J'ai besoin d'un
retour sur l'investissement, sinon, ça devient du logement social. Donc,
je dois récupérer mon argent.
Beaucoup
disent : Oui, mais les propriétaires ont fait beaucoup d'argent, là,
regardez, les immeubles ont triplé de valeur
depuis 2000. Bien, je regrette, mais ils ont triplé de valeur, mais il y a un
autre qui s'est endetté d'autant. Donc, le gain en capital de un ne sera pas le gain en capital de l'autre. Alors,
il faut être capable de pouvoir récupérer les investissements en améliorations, en rénovations, il faut récompenser
les propriétaires qui veulent investir, qui veulent améliorer, et sévir ensuite, bien sûr, pour ceux
qui ne respecteront pas les règles, sévir contre ceux qui, malgré les
incitatifs, dorment sur leurs deux oreilles.
M. Coiteux :
J'ai combien de temps encore?
Le Président
(M. Auger) : Cinq minutes.
M. Coiteux :
Je vais vous amener sur un terrain un peu connexe, mais néanmoins un petit peu
différent. Parce que vous
dites : Ne changez pas les dispositions actuelles des lois, à moins qu'il
y ait un changement profond dans le cadre réglementaire avant. On a
entendu, par exemple, sur les référendums tout à l'heure : N'abolissez pas
les référendums à moins d'avoir pensé à des mécanismes alternatifs de
consultation. On a entendu ça aussi. Mais je veux me mettre dans ce
contexte-là.
Admettons que... je
vais le mettre comme ça, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, bien entendu,
mais supposons que vous écririez le nouveau
cadre réglementaire, O.K.? Ce n'est pas votre rôle, c'est notre rôle de
législateurs de s'occuper de ces choses-là,
mais supposons que vous aviez le crayon, supposons que vous aviez le crayon
puis que vous dites : Ça prend un cadre réglementaire qui va faire
en sorte que vraiment, là, s'il y a détérioration des immeubles, désormais, dans tous les cas, ça ne va être que
des propriétaires délinquants, tous les autres facteurs auront été
éliminés. Je sais que c'est une question un
peu piège, mais juste pour qu'on... ce n'est pas piège, je devrais dire, mais
juste pour qu'on se donne une espèce
de compréhension commune. Disons, dans un marché comme Montréal, les
pourcentages d'augmentation des loyers pourraient représenter combien?
M. Ste-Marie
(Benoit) : Bien, premièrement, la CORPIQ s'est déjà penchée sur cette
question-là, non seulement penchée, mais on a mandaté les plus éminents
économistes pour proposer des solutions. Et on proposait, disons, une méthode
de fixation de loyers qui avait un plafond, qui était basée notamment sur un
certain cap basé sur l'inflation.
Donc, on a mandaté... d'ailleurs, c'est l'étude
du Dr Lapointe, qui, dans le fond, propose tout simplement de dégager un peu plus d'espace pour permettre cette
rénovation-là, tout en respectant effectivement les capacités de payer
des locataires. Et c'est ce cadre qui va permettre de l'investissement continu.
Parce qu'à partir du moment où il y a cette logique
d'investissement là il se crée la culture de l'investissement. Mais, savez-vous
quoi? Les propriétaires qui ne sont pas dans cette culture-là vont être
les perdants dans le marché.
Aujourd'hui,
je ne suis pas convaincu. C'est-à-dire qu'au contraire les gens, tout
simplement, laissent aller parce que
ça ne sert à rien. C'est comme si on donne raison à des gens qui n'investissent
pas. C'est ça qui se produit. Donc là, avec un marché favorable à la rénovation, les gens qui ne rénovent pas seraient
perdants, et il y aurait probablement, comme tel, un transfert de
propriété vers les gens qui veulent investir. Vous comprenez?
M. Coiteux :
Mais ça amènerait quoi comme type de hausse de loyers? Parce que, visiblement,
vous dites : Ce n'est pas assez
rentable pour que se réalisent les investissements requis, et donc ça voudrait
dire qu'il faudrait que les loyers augmentent pour permettre de dégager
la rentabilité nécessaire aux investissements en maintien. On parle de hausse de loyers de combien? Qu'est-ce qui manque? C'est
quoi, le «gap», en d'autres termes, là, par rapport à ce que vous dites,
ce qui permettrait de faire en sorte que, si jamais ça ne se fait plus par la
suite, c'est forcément des délinquants?
M. Brouillette
(Hans) : On peut regarder les condos neufs qui sont en location. Ils
sont loués à plus de 1 000 $, 1 200 $, 1 300 $. Là, on parle d'immeubles âgés.
Alors, c'est bien évident qu'on n'atteindra jamais ces niveaux-là avec
des immeubles âgés. Mais on a des loyers aussi à 400 $, 500 $,
300 $, 400 $, 500 $, c'est des immeubles en grande détérioration. Si on ne permet pas des rénovations
à ces immeubles-là, pas pour rejoindre les condos neufs ou les immeubles
locatifs neufs, mais au moins d'augmenter un
peu, vous savez ce qui va arriver? C'est que les immeubles perdent toute
valeur en mode locatif traditionnel. Il faut leur permettre d'augmenter à un
certain niveau. Mais ils ne pourront pas augmenter
de plusieurs centaines de dollars sans perdre des locataires. Les propriétaires
qui rénovent mais qui ne sont plus capables de louer — on a
des taux d'inoccupation de 5 %, 6 % dans certaines villes — vont
y perdre au change.
Donc, oui, il doit y avoir des
réinvestissements, mais on est dans un marché avec l'offre et la demande, et
les propriétaires n'auront pas le choix de
s'y ajuster. Ils ne pourront pas faire exploser les loyers en disant :
J'ai un condo neuf dans un immeuble de 1956. Ça se peut qu'ils ne
puissent pas trouver de preneurs.
M. Ste-Marie
(Benoit) : Et d'ailleurs le marché, tel qu'il s'organise, si on se met
à rénover, ça fait une compétition à
la qualité. Ça apporte au marché, ça garde le marché locatif, disons... Parce
que, là, on est en perte de logements, du moins du logement traditionnel, donc la loi de l'offre et la demande va faire
en sorte que le prix, lui, ne va pas nécessairement augmenter de façon,
disons, importante.
M. Coiteux :
...que 30 secondes. Je pense que je n'aurai pas assez de temps. Parce que
ma deuxième question, ça aurait été
qu'on compare, par exemple, Toronto, Montréal, en termes de cadre
réglementaire, tout ça. On n'aura pas le temps, malheureusement. Peut-être que l'un de mes collègues aura cette
question, peut-être pas, ça leur appartiendra, mais le genre de
discussion qui pourrait nous intéresser. Merci.
Président (M. Auger) : Merci. Pour les 10 prochaines
minutes, M. le député de René-Lévesque, porte-parole de l'opposition officielle.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le Président. Merci à vous,
messieurs. Bien, j'aurais d'abord une information, une statistique, je veux savoir si vous l'avez.
Vous avez parlé tantôt des propriétaires qui ont acheté récemment dans
un marché qui était assurément haut. Par
pourcentage, présentement, là, les membres de votre association, votre
regroupement, ils détiennent leurs immeubles depuis combien de temps?
M. Brouillette (Hans) : On a
cette donnée-là dans des sondages, mais on ne serait pas en mesure de vous la
fournir maintenant. On a quand même beaucoup de nouveaux propriétaires qui nous
appellent et qui adhèrent à l'association
parce qu'ils ont des problèmes, des difficultés. Ils ont peut-être un peu moins
d'expérience dans certains cas. Mais on a aussi des propriétaires qui
ont un immeuble depuis 30 ans.
Le Président (M. Auger) :
...puisse la faire parvenir plus tard?
M. Ouellet : J'aimerais ça,
oui, s'il vous plaît.
Le Président (M. Auger) : S'il
vous plaît.
M. Ouellet : Oui, parce qu'on va préciser un peu la nature des
autres discussions. Parce que vous avez exposé tout à l'heure ce fameux gain en capital qui s'est fait, à l'époque, de
celui qui l'a vendu versus celui qui l'a présentement, et qui aura à le vendre subséquemment, et qui,
peut-être, malheureusement, va voir son gain beaucoup plus minime que ce
qui était fait à l'époque. Mais, selon vous, comment le législateur pourrait
intervenir pour moduler ce... Parce que, là, on est dans un peu de spéculation, il y a des
conditions de marché qui s'opèrent. Comment le législateur pourrait
normer ce marché-là qui est un marché, tel
qu'on le connaît aussi, immobilier? Je veux dire, comment est-ce que, par une
loi, on pourrait s'assurer que celui qui achète en a pour son argent
puis celui qui vend n'en fait pas trop mais réussit à vivre? Tu sais, j'essaie
de voir...
M. Brouillette (Hans) : Bien,
on a fait faire une étude, en 2011, sur la rentabilité des plex dans R