Culture and Education — 6 October 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2021-10-06
Quebec — Committees
Dans notre esprit, la langue commune du Québec,
et de Montréal, et du travail est le français. Il n'y a pas d'ambiguïté. Ça n'a
pas toujours été la position de la chambre, ça ne l'a pas été à l'occasion du
débat sur la loi 101, à l'origine. C'est clairement, maintenant, approuvé,
je dirais, déterminé dans la communauté d'affaires que le français est la
langue commune de travail et la langue commune de la société.
On appuie la volonté de renforcer la place du français
et on prend note des inquiétudes qui sont révélées par les sondages, par les enquêtes,
les inquiétudes qui sont dans la population, et il y a effectivement des
données qui nourrissent cette inquiétude, il y a des données qui viennent dire
le contraire, mais on voit bien qu'il y a cette inquiétude et on appuie le gouvernement
dans sa volonté d'agir.
On comprend qu'il y a une réalité aussi qui est
nouvelle. Oui, il y a plus d'immigrants qu'il y en avait, et on en dépend
beaucoup, on voit la pénurie de main-d'oeuvre, on la voit clairement dans le
domaine de la santé et au niveau des infirmières. On voit aussi
l'internationalisation de notre économie, nos grands champions économiques du
Québec, partout sur la planète, et on constate aussi que la langue
internationale qu'est devenue l'anglais est aussi la langue des affaires sur le
Web, et la langue de la technologie, dans bien des cas, et la langue des
applications.
Donc, on convient qu'il faut agir, mais on met
en garde, à travers ce qu'on a lu dans le projet de loi n° 96,
sur trois enjeux majeurs. Le premier, c'est qu'on doit le faire sans miner la
capacité de notre économie et de nos champions de s'internationaliser. Et je le
répète, la langue internationale des affaires est l'anglais. On doit le faire
d'une façon à ne pas étouffer, sous le poids du bagage administratif
additionnel, nos PME. Et on doit faire en sorte qu'à travers nos activités, nos
actions pour soutenir l'intégration des immigrants, la francisation des PME, on
le fasse avec les organismes terrain. Nous
pensons que le gouvernement lui-même, à travers ses institutions et ses
fonctionnaires, n'est pas toujours le mieux placé pour atteindre ces
objectifs-là.
Je rappellerais, je pense, je dirais,
humblement, que la chambre sait de quoi elle parle. Ça fait 13 ans qu'on
agit sur le terrain avec le gouvernement du Québec pour se casser la tête,
comment on fait en sorte que les petites entreprises soient francisées, que les
immigrants soient francisés, que les commerçants soient francisés. On y va de
tous nos efforts, avec toute notre créativité. On arrive avec des solutions, et
le gouvernement nous a appuyés. Je rappellerais qu'on
avait un programme, qui est suspendu, qui s'appelle J'apprends le français, qui
a gagné plusieurs prix, dont un que vous
nous avez remis en personne, M. le ministre, on l'avait beaucoup apprécié. On a
des programmes terrain qui fonctionnent.
Évidemment aussi, depuis 40 ans, on
soutient l'internationalisation de notre base d'affaires. C'est la vision
qu'avaient mes prédécesseurs que nos entreprises d'ici ne réussiront pas et
notre économie n'atteindra pas son plein potentiel sur notre marché intérieur.
Nous sommes régulièrement en mission à l'étranger, et nous faisons des
formations, et nous incitons nos PME à se doter, dès le début de leur plan
d'affaires, d'un plan à l'international, qui implique donc de se poser la
question sur le site Web transactionnel : Doit-il être en anglais? Est-ce
que je dois avoir des ressources internes qui parlent d'autres langues que le français?
Est-ce que, dans mes efforts de mise en marché de mes produits, je dois, dès le départ, penser à mon suivi après vente
en anglais parce que ça va être à l'international? On est au courant des
enjeux des entreprises au quotidien depuis 40 ans.
Le projet de loi, il y a quelques
préoccupations, vous les avez dans le document qui vous a été acheminé. Le
premier, c'est évidemment l'internationalisation de notre base d'affaires.
Avant même de penser aux filiales étrangères qui sont actives au Québec, ce
sont nos entreprises du Québec qui desservent d'abord le reste du Canada dans bien des situations, les États-Unis et
l'international, et là il y a des enjeux touchant cette perception qu'on
devrait réglementer qui on embauche, pour quelles conditions, et, surtout, la
connaissance des autres langues, dont l'anglais.
Ça vaut pour les grandes entreprises. Ça vaut
pour beaucoup de fonctions dans les grandes entreprises. Que ça soit
l'approvisionnement, que ça soit la distribution pancanadienne ou
internationale, que ce soit les ressources humaines
qui vont avoir des ressources un peu partout, pas juste au Québec, que ce soit
sur le marketing, la communication, le suivi après-vente, les systèmes
légaux, dans toutes ces entreprises, il y a énormément de fonctions qui vont
nécessiter la connaissance de l'anglais et qui nécessitent donc la latitude de
l'entreprise de définir ses besoins et ses besoins d'embauche, et, dans le cas
des petites entreprises, de les définir parfois avant que le besoin soit
exprimé concrètement. Une petite entreprise
qui se dit : Dans deux ans, je vais aller à l'international ou, dans deux
ans, j'active mon plan de développement dans le reste du Canada, doit
pouvoir embaucher, dès maintenant, des ressources qui possèdent potentiellement
l'anglais même si, au quotidien, ils n'ont pas encore d'utilisation de
l'anglais. Alors ça met en perspective la difficulté de vouloir réglementer les
exigences de la connaissance de l'anglais à l'embauche.
Une fois qu'on a dit ça sur nos entreprises
d'ici, il y a les entreprises qu'on cherche à attirer, nos filiales étrangères
basées à Montréal. Je vais prendre une entreprise que j'utilise souvent parce
que, symboliquement, elle est puissante, L'Oréal, entreprise française qui a un
siège social à Montréal qui dessert tout le Canada à partir de Montréal. Chaque
fois qu'on va dire à cette société qu'elle ne peut pas utiliser des outils en
anglais et qu'elle ne peut pas avoir des postes qui utilisent l'anglais ou
qu'elle doit absolument utiliser des stratégies en français au niveau des communications dans ses équipes, cette
entreprise-là et les autres dans cette situation vont se poser la question :
Est-ce que je déménage cette fonction à Toronto? C'est automatique, ils
vont se dire si, au Québec, c'est difficile d'avoir un siège social pancanadien
ou, dans certains cas, mondial, Rio Tinto Alcan, siège social mondial de
l'aluminium pour la compagnie Rio Tinto, à chaque fois qu'on va faire ça, on
fragilise notre base économique de décideurs, de sièges sociaux au Québec.
Dernier point, évidemment, les embauches qu'on
va faire de l'étranger. Il n'y aurait pas d'intelligence artificielle à
Montréal si nous disions à ces gens-là : Vous devez connaître le français,
vos enfants doivent aller tout de suite en français ou vos conjoints doivent tout de suite connaître le français. Ça n'arriverait juste pas. Je vous le
dis, si vous regardez les talents qu'on a attirés à Montréal, ça prend une zone
tampon, ça prend un message d'accueil très ouvert, et c'est comme ça qu'on
s'inscrit dans cette mouvance internationale des talents de très haut niveau
liés aux domaines de pointe. J'ai parlé d'intelligence artificielle, je peux
parler d'aéronautique, je peux parler de technologies de l'information, de
cybersécurité. Ces experts-là, hautement mobiles, ne proviennent pas du Québec
dans bien des situations et ne proviennent pas de la francophonie aussi.
Finalement, la langue des contrats. Nos
entreprises d'ici contractualisent avec des entreprises internationales basées
au Québec, avec des entreprises de l'extérieur, et doivent pouvoir le faire
dans la langue de leur choix, oui, mais dans la langue du choix du partenaire.
Et, si on impose que ce contrat, pour être jugé valide au Québec, doit être en français,
la contractualisation va se déplacer vers Toronto. Ces fonctions-là vont se
déplacer vers Toronto. On est dans le Canada. Quand je vais en Chine avec des
entreprises, j'ai longtemps dit à mes petites entreprises : Faites vos
sièges sociaux à Hong Kong pour être soumis au régime légal de Hong Kong si
vous faites des affaires en Chine. Ça va être le même discours qui va être tenu
pour établir à Toronto les fonctions qui vont nécessiter de contractualiser parce
qu'on va imposer, ici, à des entreprises qui ne désirent pas, de
contractualiser en français.
Le deuxième point, évidemment, c'est les PME.
Vous avez eu le mémoire de la FCEI, qui décrit explicitement l'ajout de charges
de travail pour les PME. On soumet les PME de 25 à 50 employés au régime.
Historiquement, la chambre a toujours été contre. Présentement, nous
disons : Si nous allons de l'avant, faisons-le, mais faisons-le d'une
façon où, en même temps, on ne réduit pas les délais pour arriver à la
conformité et qu'on n'augmente pas les pénalités d'un coût pour les
récalcitrants ou les entreprises de bonne foi qui vont se retrouver en
non-conformité.
Donc, oui, si on les intègre dans le régime,
mais maintenons des délais suffisants pour qu'ils arrivent à la conformité et
créons une gradation avec un système très incitatif, très lié à l'accompagnement,
quand il y aura manquement. On ne peut pas faire les trois en même temps. C'est
arriver d'une façon indue sur le dos des petites entreprises.
Je finirai avec l'accompagnement. Je l'ai dit
d'entrée de jeu, il est important que le gouvernement s'organise et que le
gouvernement s'organise avec des lieux de concentration d'expertise.
L'inquiétude du milieu, et vous en serez peut-être
témoins à d'autres occasions, c'est que le gouvernement se mette à dire :
Sur le terrain, ça sera des fonctionnaires. Je vous le dis, la relation entre
les PME et les gens qui viennent les voir est très importante. Les PME ont peur
d'être en non-conformité même quand elles le sont. Pour les amener à s'ouvrir,
présenter leurs choses de façon volontaire, éventuellement s'ouvrir aux
suggestions qui vont être faites, nous encourageons le gouvernement à
explicitement dire que la mise en application auprès des PME va se faire avec
des organismes terrain.
Je vous le dis, je suis en conflit parce que la
chambre se présente comme étant un organisme terrain, mais quand bien même vous
décideriez que ce n'est pas avec la chambre, je vous le dis, faites-le avec les
organismes terrain, si c'est fait par des
fonctionnaires, ça va créer des tensions, ça va créer des résistances et, à la
fin, on n'atteindra pas l'objectif qu'on vise. Je vous remercie.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. Leblanc. Donc, sans plus tarder, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, M. Leblanc, un plaisir de vous retrouver
ici en commission parlementaire.
J'ai pris connaissance de votre mémoire.
Honnêtement je ne suis pas vraiment surpris, je m'y attendais un peu, comme les
acteurs du domaine économique. Il y a toujours des tensions, hein, entre
protéger la langue française et le domaine économique parce que, bien entendu,
le fait de faire un choix pour protéger et promouvoir la langue française,
bien, nécessairement, ça vient avec certaines contraintes, ce n'est pas la
liberté la plus complète comme dans d'autres
états parce qu'il y a une particularité spécifique à la langue française au
Québec pour assurer la pérennité de la langue. Et je comprends les
intérêts légitimes de vos membres, des entrepreneurs de dire bien :
Écoutez, on est en faveur, mais, dans l'application, il faut que ce soit
réaliste à notre réalité, puis je suis très sensible à ça.
J'aimerais qu'on parle de la question des
contrats que vous avez soulevée tout à l'heure. Dans le projet de loi, on
vise les contrats d'adhésion, notamment. Pour bien comprendre la réalité des
entreprises, est-ce que vous nous dites que lorsqu'une entreprise, entre
deux parties privées, là, une entreprise au Québec, une entreprise à
l'étranger, je pense que vous avez donné l'exemple de Hong Kong, est-ce que je
dois comprendre que, dans le cadre des contrats qui existent, ils font des
contrats d'adhésion entre l'entreprise québécoise et l'entreprise située à
l'étranger, comme ça? Parce que, moi, de la façon dont la disposition est
libellée, à partir du moment où il y a une entente contractuelle entre les deux
parties, donc une entreprise québécoise et une entreprise à l'étranger, ils ont
la liberté contractuelle de rédiger dans la langue de leur choix, s'ils veulent
le faire en mandarin, s'ils veulent le faire en anglais, ils peuvent le faire
aussi. L'enjeu de la disposition il est véritablement sur le contrat d'adhésion,
notamment quand les citoyens québécois contractent avec une entreprise, il faut
que le contrat puisse être en français. Mais je veux juste avoir des
éclaircissements de votre
part là-dessus.
M. Leblanc (Michel) :
Deux choses. Je reviendrais sur votre préambule. Quand vous mettez en
opposition un peu les intérêts de mes membres et le milieu des affaires, moi,
je vous dirais que c'est les intérêts du Québec. Et j'ai la prétention de dire
que le développement économique et la performance de nos entreprises qui
pourraient être affectés négativement, si elles n'arrivent pas à embaucher des
ressources bilingues lorsqu'elles le jugent nécessaire, ce n'est pas juste mes
membres, c'est le Québec en entier qui va en souffrir.
M. Jolin-Barrette : On va y revenir.
M. Leblanc (Michel) :
Parfait. Je vous remercie. Pour ce qui est de la contractualisation, c'est
vraiment dans la relation d'entreprise à entreprise. Donc, ce n'est pas
d'entreprise à citoyen. Que le citoyen québécois, dans sa contractualisation
avec des entreprises qui font affaire au Québec, le fasse dans sa langue pour
qu'il comprenne sa langue, c'est bon. Que ce soit entre entreprises qui
contractualisent, et pas juste vers l'international, c'est des entreprises
basées au Québec... Donc une entreprise étrangère qui aurait des filiales
partout dans le monde, qui aurait un contrat type, à qui on dirait, ici, pour
une PME d'ici qui veut faire affaire avec cette entreprise-là : Non, non,
vous devez, avec cette PME-là, contractualiser en français, ça risque de faire
en sorte que l'entreprise va simplement dire : Moi, je ne contractualise
plus à partir du Québec, je vais simplement contractualiser à partir de
Toronto. Puis toi, tu es une entreprise du Québec, tu veux contractualiser, tu
vas aller contractualiser à Toronto, puis tout, tout, tout l'aspect légal va se
gérer de Toronto. C'est l'inquiétude que les cabinets d'avocats m'ont soumise
depuis des semaines, en disant : Cette clause-là va affaiblir toute,
toute, toute la base de compétences au Québec liée à la contractualisation,
entre entreprises québécoises et entreprises internationales qui
contractualiseraient au Québec avec ces entreprises-là.
M. Jolin-Barrette : O.K. Bien,
on va regarder ce commentaire-là. Je l'accueille positivement. Et un des
objectifs que nous avons... et lorsque vous dites : L'intérêt de vos
membres, c'est l'intérêt du Québec, j'en suis, et le gouvernement du Québec, bien entendu, veut protéger les sièges sociaux,
bien entendu, veut s'assurer que l'économie du Québec soit florissante.
Et vous dites : On amène nos entreprises, dès le départ, vers
l'internationalisation, et ce qui est une
bonne chose, notamment, pour attirer des capitaux, les exportations, on
veut les augmenter aussi, mais lorsque vous dites, bon, il faut que
les... ça prend une marge, ça prend un tampon pour que les enfants, lorsqu'on
attire des travailleurs étrangers, bien, puissent, je comprends, ne pas aller
dans les écoles francophones tout de suite.
Dans le projet de loi, ce qu'on a fait, c'est qu'on
a mis fin au bar ouvert, du fait que, pour les travailleurs étrangers, il n'y
avait pas de limite de temps. On a mis une limite de trois ans. Donc, il y a
encore la liberté, pour un travailleur particulier,
d'envoyer son enfant dans une école d'une autre langue que le français pendant
une période temporaire de trois ans. Sauf qu'il y a des impératifs étatiques
aussi, à un moment donné, pour faire en sorte que l'intégration des personnes
qui choisissent le Québec se fasse en français aussi.
Puis vous le savez, tout comme moi, que c'est un
équilibre qui est délicat, et on partage le même objectif du fait que l'économie
du Québec puisse croître, qu'on
puisse devenir des leaders, mais ce que je reçois comme message, c'est
que vous préféreriez qu'on ne touche pas à grand-chose.
M. Leblanc (Michel) :
Non, non, non, là, vous me caricaturez. Ce que je vous dis, la nervosité, c'est
que le talent présentement est sursollicité de partout. Et ça se joue sur des questions
de détail. Et donc, si à Helsinki on embauche des gens chez Nokia ou à
Stockholm chez IKEA dans les technologies de l'information et qu'on dit à ces
gens-là : Tes enfants, tu n'auras pas besoin de les envoyer à l'école
suédoise dans trois ans ou à l'école finlandaise dans trois ans, tu vas pouvoir
continuer de les envoyer dans une école en anglais, parce que tu es mobile puis
parce que tu penses que tu es ici pour un temps indéterminé, ce que je vous
dis, c'est le genre d'élément qui, du point de vue de l'embauche de gens, puis
c'est sensible, les enfants, puis c'est sensible, le conjoint, peut avoir un
impact qui... simplement, ça réduit de 10 %, 15 % les gens qu'on est
capable d'attirer.
Et je ne suis pas en train de dire que c'est
simple. Puis c'est pour ça que je refuse d'être caricaturé en disant : On
ne veut pas. Mais...
M. Jolin-Barrette : Ah bien! ce
n'est pas ma prétention.
M. Leblanc (Michel) :
Ce que je vous dis, c'est que c'est très sensible. Et on est à l'intérieur du
Canada. Et Toronto, les entreprises de Toronto ont les mêmes enjeux
d'attraction de ressources. Et mon homologue de Toronto et celui de...
l'équivalent de Montréal International est en train de dire à toutes sortes
d'entreprises : Ces fonctions-là, si vous les logez à Montréal, là,
regardez comment ils vont vous gosser sur vos ressources, mettez-les à Toronto.
Puis ça, c'est la vraie game qui se joue.
Ça fait que, quand les entreprises me parlent,
ils disent : Assure-toi que le gouvernement est bien conscient qu'à partir
du moment où on va dire à des ressources hautement mobiles que tes enfants, là,
ils sont-tu un petit peu... ils sont-tu sous le spectre de l'autisme, ils
ont-tu des enjeux... Mais au bout de trois ans, envoie-les à l'école française.
C'est là qu'on est dans la sensibilité dans un marché international.
Et, si je suis à Helsinki, je ne suis pas
nerveux. Si je suis au Québec parce que je suis en Amérique du Nord, j'ai le
défi qu'on a collectivement comment je maintiens le français comme langue
commune. Mais je vous dis, on joue dans la zone qui va nous affaiblir sur les
talents qu'on cherche à attirer.
Puis ce qui est aussi fatigant, c'est qu'on dit
aux entreprises : Avant d'embaucher des Québécois, là, que tu veux
bilingues, là, il va falloir que tu justifies. Puis là, encore là, on joue dans
une zone où on a des PME puis on veut que, le plus rapidement possible, elles
soient performantes à l'international. Puis on leur dit : Oh! par exemple,
attends, attends, il va falloir que tu me fasses la démonstration que tu en as
vraiment besoin. On est dans la zone où on peut fragiliser notre base
d'affaires.
M. Jolin-Barrette : Mais c'est
faire abstraction du marché également à Montréal et des récentes études où on
exige la connaissance d'une autre langue que le français alors que ce n'est pas
nécessaire. On est en pénurie de main-d'oeuvre, selon certains, à Montréal, et
il y a des candidats unilingues francophones qui ne se font pas embaucher. Et
là on se retrouve à avoir une exigence systématique du bilinguisme. Est-ce que
c'est vraiment requis?
Écoutez, la Fédération des chambres de commerce
était sensiblement d'accord avec l'article 46. Et moi, je trouve que
l'imposition de 46.1, pour le fait que les Québécois puissent travailler dans
leur langue en français, je ne pense pas que c'est déraisonnable. Et on
n'empêche pas les employeurs d'exiger la connaissance d'une autre langue que le
français. Cependant, il y a certains critères aussi pour éviter que
systématiquement les emplois requièrent une autre langue que le français.
M. Leblanc (Michel) :
Trois éléments. Premièrement, M. le ministre, avec tout le respect,
il y a une pénurie de main-d'oeuvre à Montréal, ce n'est pas : Certains
prétendent que ou certaines pensent que, il y en a une, ça fait que je vous le
dis de terrain, là, il y a une pénurie de main-d'oeuvre à Montréal. Et
l'adéquation qu'on fait... Il y a des gens
qui n'ont pas d'emploi puis il y a des emplois non comblés. Bien oui, mais la
réalité, dans la vie, c'est qu'un emploi non comblé, ça requiert peut-être
des compétences que la personne qui est sur le chômage ou qui est sans emploi
ne peut pas avoir ou n'a pas. Alors, ça, c'est juste pour qu'on arrête cette
prétention qu'il y aurait une vue de l'esprit qu'il n'y a pas de pénurie de
main-d'oeuvre à Montréal parce qu'il y a du chômage, c'est une vue de l'esprit.
M. Jolin-Barrette : Juste un
point là-dessus. Moi, je dis qu'on disqualifie des gens à Montréal parce qu'ils
ne sont pas bilingues puis qui ont des compétences, ça, vous ne pouvez pas le
nier, là, on voit.
M. Leblanc (Michel) :
La discipline de marché, là, la discipline de marché, elle va opérer puis là,
les économistes vont vous dire : Laissez du temps au marché de jouer, là,
parce que c'est clair que les entreprises ne vont
pas se mettre en faillite ou vont refuser de faire des sous parce que
soudainement ils font la fine bouche avec des employés potentiels qui
pourraient répondre à leurs besoins.
Le deuxième, c'est que
c'est clair que c'est intéressant de dire : Ça va prendre des critères. La
question qui est posée dans le mémoire,
c'est : C'est-tu un fonctionnaire qui va dire : Soumets-moi ton plan
d'embauche? Envoie-moi tes critères d'embauche puis justifie-moi comment
est-ce que tu détermines qu'ils ont besoin de l'anglais ou pas. La demande des entreprises
présentement...
M. Jolin-Barrette : Non, ce n'est
pas ça. Ce n'est pas ça, puis vous le savez que ce n'est pas ça. Honnêtement, l'article 46
de la charte actuellement, ce n'est pas ça. Vous savez que 46.1, ça ne sera pas
ça. Alors, quand vous dites ça en commission parlementaire, honnêtement, vous
essayez de faire peur aux entreprises, puis je n'accepte pas ça. C'est un
droit...
M. Leblanc (Michel) :
Les entreprises ont peur, M. le ministre, les entreprises ont peur.
M. Jolin-Barrette : C'est un droit
qui est prévu dans la loi... Oui, mais la peur des entreprises n'est-elle pas
accentuée par les propos que vous tenez en commission parlementaire présentement?
L'article 46.1 prévoit des modalités et des
droits. Est-ce que, dans le projet de loi, c'est prévu que c'est les
fonctionnaires qui vont venir vérifier ça? Non. Ça ne l'a jamais été et ça ne
le sera pas. C'est un processus qui est en place pour faire en sorte que les entreprises...
un processus légal, puis les entreprises sont assujetties à une série de règles
dans tous les domaines, pas uniquement pour la langue française, mais pour beaucoup
d'autres choses.
Alors, lorsque vous présentez ce point de vue là
puis vous dites : Les entreprises ont peur, ça va être des fonctionnaires,
tout ça, attention. Il n'y a personne qui va soumettre son plan d'embauche.
Vous savez comment ça fonctionne. Puis vous m'avez dit...
Leblanc (Michel) : Non, mais
je suis très heureux de vous l'entendre dire clairement comme ça, M. le ministre, très heureux.
M. Jolin-Barrette : Vous m'avez
dit : J'ai consulté beaucoup d'avocats puis mon conseiller. Je doute
fortement qu'ils vous aient dit ça.
M. Leblanc (Michel) :
Ah! les avocats, ce qu'ils nous ont dit, c'est que ça ouvre la porte à un
éventuel contrôle des politiques d'embauche — à un éventuel — puis
moi, je suis très heureux de vous entendre dire que ce n'est absolument pas
l'intention de l'État de le faire à aucun moment. Je suis très heureux.
M. Jolin-Barrette : Lorsqu'il y a
des règles qui sont établies, s'il y a violation des règles, vous savez que les
gens peuvent porter plainte, puis il y a des recours du travailleur, qui, lui,
peut se dire : Bien, j'ai le droit de travailler en français, puis on m'a
exigé la connaissance d'une autre langue, alors que ce n'est pas nécessaire.
Vous connaissez les mécanismes. Mais il faut juste faire attention, quand on
invoque, en commission parlementaire, certains éléments que vous savez qui ne
sont pas exacts.
M. Leblanc (Michel) : Déjà là, ce que vous dites amène les entreprises à être
inquiètes sur la multiplication des plaintes, et éventuellement la
judiciarisation de ces plaintes, puis éventuellement les risques réputationnels
parce que des employés quérulents, comme il existe des citoyens quérulents, se
mettraient à contester que des réunions se passent en anglais, que des
embauches se passent en exigeant de l'anglais ou qu'éventuellement des emplois
soient transformés parce que, dorénavant, on exigerait l'anglais. Il y a une
grande crainte de la multiplication de ces plaintes d'employés.
Les gens disent souvent : À partir du
moment où il y a quelqu'un de Toronto qui parle juste anglais, dans une réunion
Zoom, présentement, il fait parler en anglais. Il y a des entreprises qui disent :
Oui, je le sais, puis, en même temps, progressivement, on s'internationalise,
puis c'est ça qui est en train de se passer. Puis on peut penser qu'une société
comme L'Oréal, pendant longtemps, a fonctionné en France, à Paris, en français,
puis un jour L'Oréal a décidé que ses réunions de ses employés Français à Paris
se passeraient en anglais. C'est là où il y a une nervosité. C'est quand vous
dites : On ne va pas contrôler les plans d'embauche, la perception, c'est
non, mais vous ouvrez la porte à une multiplication
des plaintes, à une forme de risque réputationnel. Les entreprises
vont devoir continuellement s'expliquer pourquoi ça se passe en anglais
à tel moment puis à tel autre moment.
M. Jolin-Barrette : Mais vous ne
pensez pas que — actuellement,
dans le marché du travail québécois, là, effectivement, il y a des entreprises qui s'internationalisent, mais ce n'est pas tout le monde qui est à l'international — vous
ne pensez pas qu'il y a un enjeu, sur le marché du travail montréalais, dans
l'environnement de travail, qu'il y a beaucoup de Québécois qui doivent travailler dans une autre langue que
le français, alors que ce n'est pas nécessaire? Est-ce
que, pour votre organisation, c'est un fait?
Leblanc (Michel) : Oui, puis
je suis prêt à vous rejoindre là-dessus, c'est-à-dire que moi, je pense qu'il y
a eu des réflexes d'entreprises d'exiger du bilinguisme partout. Je pense que,
donc, c'est nécessaire de regarder comment on peut corriger ça. Mais ce que je
vous dis, c'est qu'il y a un risque, et le risque, je le vois sur
l'internationalisation des entreprises et non pas sur le restaurant de
Montréal-Nord où ça se passerait en anglais, alors que ça devrait se passer en
français. Donc, ça, je vous l'accorde.
Puis je ne vous dis pas
que... c'est pour ça que, quand vous dites : Je suis contre, je ne suis
pas contre. Ce que je vous dis, c'est qu'il y a une zone de risque, puis elle
est sur les entreprises susceptibles d'aller vers les marchés à l'exportation
ou des entreprises susceptibles d'être dans des lieux à haute fréquentation
touristique. Donc, le même restaurant qui est à Montréal-Nord, s'il est dans le
Vieux-Montréal, pourrait décider que lui, non pas qu'il veut que ça se passe en
anglais, mais il exige systématiquement une connaissance de l'anglais pour tous
ses serveurs parce qu'il y a une panoplie de touristes, d'étrangers qui vont se
présenter. Donc, encore là, dire : Bien, en restauration, on n'a pas le
droit de l'exiger, non, parce qu'il y a des endroits où la restauration vit du
touriste. Et de la même façon que quand moi, je vais au Japon, qu'est-ce que je
cherche, un restaurant où on peut me parler en anglais, bien, de la même façon
qu'un Japonais qui vit à Montréal, il risque de chercher un restaurant où on peut
y parler en anglais aussi. C'est ça, la réalité.
M. Jolin-Barrette : Encore là, avec
respect, 46.1 du projet de loi, ce n'est pas ce qu'il dit. Il ne dit pas qu'un
restaurateur dans le Vieux-Montréal ne pourra pas embaucher des serveurs qui ont
une maîtrise de la langue anglaise pour servir une clientèle étrangère. Ce
n'est pas ce que 46.1 dit. Et je l'ai dit, on n'est pas dogmatiques
relativement aux emplois qui peuvent exiger la connaissance d'une autre langue
que l'anglais, mais il y a certains critères pour s'assurer que, généralement,
sur le marché du travail, ce soit le français qui prédomine. Et, bien sûr, il y
a certains corps d'emploi qui exigent la connaissance autre que l'anglais. Le
cas des serveurs... effectivement, ça peut être le cas, hein, ça peut être le
cas, parce qu'il y a une clientèle internationale à Montréal... O.K. Il n'y a
pas d'enjeu. Mais de dire que le projet de loi vient interdire à un
restaurateur d'embaucher quelqu'un qui a une connaissance de la langue
anglaise, c'est inexact. Bref... Mais je vais céder la parole à mes collègues
qui souhaitent poser des questions, mais je vous remercie pour votre passage en
commission parlementaire.
La Présidente (Mme Thériault) : Et, M.
le député de Saint-Jean, vous avez exactement 1 min 20 s pour
poser une question et avoir une réponse de M. Leblanc.
M. Lemieux : Je m'excuse, je n'avais
pas mes écouteurs. Combien 20?
La Présidente (Mme Thériault) :
1 min 20 s.
M. Lemieux : D'accord. J'étais
rendu... Bonjour, M. Leblanc. J'étais rendu exactement où était le ministre,
mais j'essayais de ramener ça, dans ma tête, à la vraie vie, et pas seulement
dans le siège social.
M. Leblanc (Michel) :
C'est la vraie vie, dans le siège social.
M. Lemieux : Genre, la mairesse,
hier, est venue nous dire : C'est la plus grande ville francophone en Amérique
du Nord, il faut que ça paraisse. Et je pense que si on a le projet de loi, en
ce moment, c'est parce qu'on sent, tout le monde, qu'il faut protéger le français.
Puis je pense que ça ne paraissait pas assez, un bout de temps, puis là on
essaie de corriger ça.
J'ai apprécié votre... d'emblée, dire :
Puis on est d'accord, puis même 25, on peut vivre avec ça, mais dans la vraie
vie, dans les compagnies dont on parle, il n'y a pas juste le siège social puis
les 10 qui travaillent avec l'étranger en permanence, il y a des centaines de personnes,
là-dedans. Ils ont le droit de parler en français, et de vivre, et de
travailler en français, ces gens-là.
M. Leblanc (Michel) :
Je vous entends. Je vous corrigerai... d'abord, le siège social, c'est la vraie
vie aussi. Deuxièmement, quand vous dites qu'il y a 10 personnes puis des
centaines, moi, je vous corrigerai, c'est des centaines de personnes, dans les sièges
sociaux, qui doivent fonctionner en anglais. Mais là où je vous rejoins,
c'est... L'objectif, je pense, qu'on veut atteindre, c'est que lorsque ce n'est
pas nécessaire, on n'a pas à l'exiger. Mais je vous dis que c'est souvent nécessaire,
c'est ça mon point.
M. Lemieux : Est-ce qu'il y en a
trop en ce moment? On est-tu capable de descendre ça?
La Présidente (Mme Thériault) : Et
je...
M. Lemieux : Ah! excusez, Mme la
Présidente. Désolé...
La Présidente (Mme Thériault) : Je
n'ai plus de temps, désolée. Merci. Donc, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys,
la parole est à vous.
Mme David : Merci beaucoup. Bonjour,
M. Leblanc.
M. Leblanc (Michel) :
Bonjour, Mme David.
Mme David : Ça fait longtemps qu'on
ne s'était pas vus. Écoutez, la question, justement, des créneaux stratégiques,
les créneaux stratégiques, on le sait, on s'est beaucoup réjoui du secteur de l'intelligence
artificielle, évidemment, le Mila a fait tout ce qui
gravite autour de ce succès mondial, l'aérospatial, avec des écoles, je le souligne, collégiales formidables là-dessus puis
tout ce qui s'est développé en recherche et développement, les technologies
propres, vous dites aussi, enfin on peut en nommer plusieurs, mais les jeux
vidéo...
Et puis là, vous dites,
recommandation 3 : S'assurer que la loi reconnaît la nécessité
d'intégrer sur les lieux de travail des travailleurs qui ont un niveau de
connaissance de français limité lors de leur embauche, bon, ce qui pourrait
impliquer des accommodements temporaires. Ça a été fait récemment par la CAQ
pour des travailleurs, si je me souviens
bien, il y a quelques mois, vous me corrigerez, pour des travailleurs justement
en intelligence artificielle, je crois, où ils ont carrément dit :
On n'exigera pas le français. Est-ce que je me trompe?
Leblanc (Michel) : Il y a
des déclarations qui sont faites puis après ça il y a des textes. L'enjeu,
c'est les textes. Et pour nous, l'important, c'est qu'on reconnaisse
que, dans tous ces secteurs-là, non seulement ils se développent en attirant
des talents qui viennent compléter nos équipes locales, qui sont souvent des
spécialistes... Puis je ne dis pas qu'ils viennent de pays anglophones, du
tout, je dis juste que leur langue internationale de travail, c'est l'anglais,
la langue de la recherche, c'est l'anglais. Ça, c'est un.
Deux, je dis qu'au moment de l'embauche, il faut
réaliser que... Puis là, je prends l'intelligence artificielle parce que c'est
l'exemple... c'est comme si c'est l'éléphant dans la pièce. Il n'y a pas
d'intelligence artificielle au Québec si ça ne fonctionne pas en anglais, je
vous le dis, il n'y en a pas. Probablement qu'il n'y en aura pas pendant très
longtemps si on ne laisse pas savoir que ce milieu-là, là, c'est des gens
partout sur la planète. Ils arrivent ici, ils ne connaissent pas le français,
ils arrivent ici à cause de l'excellence de nos institutions puis la capacité
de travailler avec les meilleurs chercheurs entre eux puis on est en train de
bâtir ça. Bien, c'est un enjeu majeur et le signal qu'on doit lancer, c'est
qu'on est ouvert à ça.
Alors, ce qu'on a fait sur l'intelligence
artificielle, il faut le faire en aéronautique. Il faut le faire dans des
secteurs de pointe. Et si on était, encore une fois, à Helsinki ou à Amsterdam,
on l'admettrait collectivement puis on dirait : Ce n'est pas dangereux,
c'est normal.
Notre enjeu, c'est quand on dit, puis comme on
vient de le dire précédemment : O.K., mais dans les restaurants, comment
ça se passe? Puis dans les restaurants, selon où ils sont situés, comment ça se
passe? Puis à Montréal, il arrive beaucoup d'immigrants puis les immigrants ne
connaissent pas tous le français en arrivant, ne connaissent pas tous l'anglais
non plus. Puis là, ça devient une capacité de les accompagner, ça devient une
capacité de travailler avec eux avec un lien de confiance. On est heureux
qu'ils viennent, on a des pénuries de main-d'oeuvre. Comment est-ce qu'on
travaille sur le terrain, puis comment est-ce qu'on travaille dans une
dynamique qui ne les angoisse pas, qui ne crée pas de l'anxiété?
Mme David : Tu sais, un peu
là-dessus, justement, le Mile End, là où est Ubisoft, Mila, etc., là, c'est
rendu Mile End, Mile-Ex, le campus MIL, que vous connaissez très bien évidemment,
évidemment qu'il y a beaucoup d'anglophones et de parlants anglais pour, entre eux,
bon, faire toutes les recherches, et tout ça. Ça ne veut pas dire que ce n'est
pas des chercheurs extraordinaires qui parlent un français exceptionnel. Je
veux dire, l'Université de Montréal, avec Yoshua Bengio, là, il parle français
de façon remarquable, mais c'est sûr que, dans sa journée, si on faisait le
calcul, probablement qu'il y a pas mal d'anglais. Mais seriez-vous d'accord
avec le principe qu'on fasse le maximum pour que ces gens-là qui habitent
Montréal, vivent à Montréal, vont dans les restaurants à Montréal, vivent dans
le Mile End, apprennent le français, qu'on les accompagne justement?
M. Leblanc (Michel) :
Complètement, complètement. Et je le dis, ce qu'on veut, c'est
qu'éventuellement ils choisissent de rester ici, parce que la qualité de vie
est incroyable, parce que ça se passe bien pour eux et leurs familles, et,
éventuellement, parce que c'est excitant que ça se passe en français, parce que
c'est excitant ce lieu-là.
Mme David : Mais est-ce qu'on le
rendrait obligatoire ou on les accompagne s'ils ont le goût, ce qui fait qu'il
y a des rues maintenant à Montréal, où effectivement ça se passe beaucoup plus
qu'avant en anglais?
M. Leblanc (Michel) :
Moi, je suis d'accord qu'on lance un signal, que ça va finir par devoir se passer
en français. Je dis, essayons d'éviter de dire que c'est à l'intérieur de trois
ans pour les enfants, je fais juste dire ça, pour les enfants.
Mme David : Oui, ça, on va y revenir
sur le trois ans. O.K.
M. Leblanc (Michel) :
Pour les... eux-mêmes, que la francisation, qu'il y ait des objectifs de
francisation, tout à fait d'accord, pour qu'il y ait de l'accompagnement, tout
à fait d'accord, et que des entreprises qui n'auraient pas les bonnes
stratégies ou les bons plans en francisation, je suis d'accord qu'on
intervienne, qu'éventuellement on leur dise qu'ils doivent se conformer puis éventuellement
qu'il y ait des amendes. C'est juste qu'il faut que les délais soient
suffisants puis que les amendes soient progressives.
Mme David : O.K. Dans J'apprends le français,
que j'ai bien connu, ça aussi, ça a parti dans une université que je connais
bien puis ça a fait des petits, puis là c'est rendu quatre universités, c'est
un programme exceptionnel, là, qui a été
reconnu. Comment ça se fait que ce n'est pas reparti, ce programme-là? C'est
génial, je dirais, c'est formidable.
Leblanc (Michel) : Écoutez, les circonstances, c'est ceci, pour
ceux qui ne sont pas familiers, j'apprends le français est un programme qu'on a
développé où des gens des universités qui sont dans les facultés où on apprend,
où on apprend à enseigner le français, vont rencontrer des commerçants dans le
commerce pour leur apprendre le français lié à leur travail. C'est un programme
qui répond à 12 ans d'apprentissage, essais, erreurs, puis qui fonctionne
parfaitement, parce que pour l'immigrant ou le non connaissant du français qui
travaille, c'est le moment où il peut le faire sur son lieu de travail, c'est
un français qui lui est directement utile puis, pour les étudiants, c'est
génial parce qu'ils vont tester, sur leur terrain, toutes leurs théories.
On arrive en pandémie, au moment du
renouvellement du financement, et c'est un programme qui est basé sur la
proximité entre un jeune enseignant puis un commerçant quelques heures par
jour, par semaine. Et donc le gouvernement a décidé de suspendre le
financement, on a arrêté d'un coup, on a mis tout le monde à pied, et donc le
programme est inopérant. Et, après ça, bien, d'abord, les communautés n'ont pas
compris, les commerçants n'ont pas compris, les listes d'attente se sont
allongées.
Au moment où on se parle, ce que je dis au
gouvernement, c'est : On sort de la pandémie. Il y a possibilité de se rencontrer. Est-ce qu'on ne devrait pas
immédiatement réactiver ce financement-là? Parce qu'on a des commerçants
heureux de se franciser, notamment dans la
communauté chinoise, qui était une communauté qui n'était pas si
volontaire dans le passé.
Puis
deuxièmement, je vous dis, il n'y a rien qu'un commerçant désire le plus que de
rentrer à la maison puis d'être capable de montrer à son enfant qui va à
l'école francophone que lui-même maintenant est capable de parler français.
Mme David : Et on parle de tout
petits commerces, là.
M. Leblanc (Michel) :
C'est ça.
Mme David : On parle de
dépanneurs, on parle de Côte-des-Neiges. C'est rendu à Laval...
M. Leblanc (Michel) :
C'est ça. C'est ça.
Mme David : ...c'est rendu un
coiffeur près de l'Université Concordia qui a dit : J'ai appris le
français. C'est vraiment extraordinaire.
Alors, je suis contente que vous en parliez, parce que j'ai déjà questionné le
ministre là-dessus puis je vais continuer à le questionner là-dessus.
M. Leblanc (Michel) :
C'est un exemple de programme dans la vraie vie. C'est vraiment le programme
sur rue. C'est le nettoyeur qui apprend ce
que ça veut dire, un ourlet. Et, à travers ça, une campagne de sensibilisation
de toute la communauté autour pour dire : Ces commerçants-là qui
apprennent le français, parlez-leur en français. Parlez un petit peu plus
lentement. Expliquez-leur vos termes. Mais ne basculez pas dans l'anglais. Et
donc, dans la vraie vie, c'est aussi un message à la communauté d'être fière
d'utiliser le français dans sa relation avec des commerçants.
Mme David : Je vais
m'interrompre parce que mon collègue va vous poser une question.
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui. M. le député de D'Arcy-McGee, vous avez 3 min 45 s.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Leblanc. Merci beaucoup pour votre présentation.
Je veux réaborder la question des séjours
temporaires, que le projet de loi propose de limiter à une seule période de
trois ans pour éviter, pour citer le ministre, le «bar ouvert».
Vous avez parlé à juste
titre de la qualité de
ces personnes-là, qui sont souvent non francophones, pas nécessairement
anglophones, et leur apport aux grappes essentielles, à leur apport au Québec.
De mon expérience de 10 ans comme directeur général de l'Association des
commissions scolaires anglophones du Québec, où venaient beaucoup de ces gens-là, c'étaient justement des
séjours temporaires, dans un premier temps, qui n'accordaient
aucunement, mais aucunement des droits acquis en ce qui a trait à l'école
anglaise. Pour la plupart du temps, c'étaient des séjours, des gens qui
auraient pu se trouver n'importe où au monde et qui étaient recherchés partout
au monde, qui retournaient dans leur coin. Par contre, la possibilité pour
leurs enfants de ne pas avoir à étudier pour une période limitée en français
était très importante dans leur choix.
J'ai deux questions. Comme je dis, de mon
expérience, la plupart de ces gens, malheureusement, retournaient dans un autre
pays ou, s'ils restaient, partageaient notre passion collective pour le
français et voulaient se donner la tâche d'intégrer au Québec en français ainsi
que dans leur langue maternelle. Je me demande si c'est bel et bien votre
expérience et l'expérience de vos membres.
M. Leblanc (Michel) :
Moi, je dirais, dans l'ensemble, évidemment, là, ce qu'on en perçoit, nous,
c'est que les gens qui viennent au Québec
ont une période de flottement de quelques années où ils regardent comment ça se
passe et décident de rester quand ils s'intègrent bien. Et dans s'intégrer, ça
veut dire aussi s'intégrer linguistiquement.
Et donc ce qu'on voit, nous, c'est des gens qui
finissent par se dire : O.K., au début, je n'étais pas sûr si je
l'apprendrais, le français, finalement, je l'ai appris. Et c'est presque
inverse, c'est-à-dire que ce n'est pas parce qu'ils se disent : O.K., il
faut que je l'apprenne parce que légalement je vais être obligé de l'apprendre,
c'est : Il faut que je l'apprenne parce que j'aime ça être ici.
Et donc le plus grand
défi, c'est de les attirer au début alors qu'ils ne savent pas s'ils vont aimer
ça puis ils ne savent pas si l'exigence du français va être très, très
marquante, puis c'est là qu'est la période de nervosité. Et c'est pour ça que
je dis : Soyons attentifs au signal qu'on lance avant leur arrivée pour
les attirer ici. Et ensuite mettons le paquet pour que ça soit le plus facile
possible pour eux de glisser dans le français.
Et donc ce qui m'inquiète dans le trois ans,
c'est le signal avant qu'ils choisissent de venir ici. Une fois qu'ils vont
être ici, si ça se passe bien, ils vont l'apprendre puis, si ça ne se passe pas
bien, ils vont dire : Regarde, on fait deux ans puis on s'en va, puis ils
ne l'apprendront pas du tout. Ça fait que c'est vraiment sur quel signal on
lance avant, puis, une fois qu'ils sont ici, pour reprendre une image qu'on a
déjà utilisée dans le passé, ils sont dans la marmite. Puis là, si ça se passe
bien, bien, ils vont rester puis ils vont être heureux. Mais il faut pouvoir
les attirer. C'est ça, l'inquiétude des entreprises.
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est beau? Parfait. Il vous reste 30 secondes.
M. Birnbaum : Donc, juste pour
confirmer, de votre avis, on risque avoir un impact négatif si on impose cette
limite telle que proposée dans le projet de loi.
M. Leblanc (Michel) :
C'est clairement l'inquiétude des gens d'affaires auxquels j'ai parlé par
rapport au projet de loi.
M. Birnbaum : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, Mme la députée de Mercier pour votre 2 min 50 s.
Mme Ghazal : Oui, merci. Merci,
M. Leblanc, pour votre présentation. Je vais revenir là-dessus, sur
attirer les talents de l'étranger. Je
voudrais juste savoir : Est-ce que vous êtes d'accord que tout le monde,
notamment le monde des affaires, les chambres de commerce, le patronat,
doivent faire leur part pour protéger le français au Québec, et surtout à
Montréal? Juste si ça peut être oui ou non, j'ai comme deux minutes.
Leblanc (Michel) : C'est
parce que... non, non, mais je déteste ces questions-là, parce que «faire leur
part», évidemment qu'ils font leur part.
Mais, si ça veut dire d'affaiblir les entreprises, éventuellement, d'affaiblir
l'économie du Québec, ça ne s'appelle pas faire sa part.
Mme Ghazal : Non, non, mais
attendez, on va avoir la discussion, on va avoir la discussion. Donc, vous êtes
d'accord qu'il faut faire des efforts?
M. Leblanc (Michel) :
Oui.
Mme Ghazal : Non? Oui. Parfait. Puis
est-ce que vous êtes d'accord que la vitalité d'une langue dépend beaucoup de
la langue au travail?
M. Leblanc (Michel) :
Oui, mais pas plus que la langue dans l'espace public, à l'extérieur...
Mme Ghazal : Pas plus qu'à la
maison.
M. Leblanc (Michel) :
...pas plus que la langue de la culture, pas plus que la langue des échanges
dans l'espace public. La langue de travail, ça fait
partie de ça, mais on
pourrait avoir des gens parfaitement intégrés, complètement francophones qui
travaillent chez Ubisoft à développer...
Mme Ghazal : Et ils travaillent
totalement en anglais, et ça ne serait pas grave.
M. Leblanc (Michel) :
Bien, à développer un jeu en fonction d'une mise en marché internationale avec
des équipes basées à Vancouver puis basées à Singapour puis qui vont...
Mme Ghazal : Et donc vous acceptez
qu'ils travaillent en anglais, c'est correct, ça n'enlève rien à la vitalité de
la langue française.
M. Leblanc (Michel) : Exactement pas. C'est ça, je suis d'accord.
Mme Ghazal : Bien, la chambre de
commerce, le monde des affaires a évolué, depuis 1977, vous l'avez dit, vous
avez évolué par rapport à la question de 25 employés et plus. Je suis
contente d'entendre ça.
Je veux vous demander, qu'est-ce qu'on fait avec
les petites entreprises? Vous, ce que vous dites, c'est que ça prend 10 employés, par exemple, et plus. Ce que ça prend, c'est des mesures volontaires, comme J'aime
le français...
M. Leblanc (Michel) :
J'apprends.
Mme Ghazal :
...je pense que c'est ce programme-là, etc., c'est ce que ça prend, et non pas
des mesures plus contraignantes, parce que beaucoup d'immigrants travaillent
dans les petites entreprises, c'est ce que je comprends de ce que vous voulez
dire.
M. Leblanc (Michel) :
Ce qu'on dit, c'est que les toutes petites, c'est des dynamiques entrepreneuriales
de survie, dans bien des cas, et ces dynamiques-là sont incroyablement
complexes. Quelqu'un qui crée son entreprise, puis qui possède mal le français,
puis qui fait des heures de fous, puis qui est en train d'essayer de lire le
marché correctement, puis de se conformer, si on rajoute des couches
d'exigences, c'est lourd, puis si on rajoute des pénalités puis des
exigences...
Mme Ghazal : Mais vous êtes d'accord
pour les 25 employés? Ça, vous ne l'étiez pas, vous êtes maintenant d'accord.
M. Leblanc (Michel) :
Oui. Oui.
Mme Ghazal : Donc, c'est possible peut-être
d'évoluer.
Pour ce qui est des gens de l'étranger, est-ce
que... souvent, les gens de l'étranger, ils sont attirés aussi par Montréal et
le Québec parce que c'est francophone, parce que c'est unique. Vous, vous
mettez ça comme une barre très, très haute, en tout cas, les membres ou les entreprises
avec qui vous parlez. Mais les gens, quand ils viennent ici, est-ce qu'il aussi d'autres choses que le français?
Vous le mettez comme une grande montagne. Il y a quand même... ce n'est pas un copier-coller, le marché
du travail puis les conditions de travail qu'il y a à Toronto, il y a d'autres
choses.
M. Leblanc (Michel) :
Vous avez parfaitement raison. Il y a des gens qui viennent au Québec, qui
viennent à Montréal parce qu'ils adorent ça, cette différence, ce fait français
et cette culture, ils adorent ça.
Mme Ghazal : Et on pourrait les
franciser dans les entreprises.
La Présidente (Mme Thériault) :
...fin à l'échange, malheureusement.
M. Leblanc (Michel) :
Oui. Mon seul point...
La Présidente (Mme Thériault) : Je
dois mettre fin à l'échange.
M. Leblanc (Michel) :
...c'est qu'il y a aussi des gens qu'on aurait...
Présidente (Mme Thériault) :
Désolée, M. Leblanc. Le micro est coupé. M. le député de Matane-Matapédia.
Bérubé : Merci, Mme
la Présidente. Bienvenue, M. Leblanc. Parlons du centre-ville de Montréal,
parlons de son caractère unique. Vous savez, quand j'étais ministre du
Tourisme, à New York, le groupe de I love New York nous ont dit : Vous avez un potentiel
exceptionnel, parce que c'est... «It's Europe without a jet lag», et je
trouvais que c'était une expression
fabuleuse qu'ils disent. On ne veut pas retrouver Pittsburgh, on ne veut pas
retrouver Cleveland, on veut trouver Montréal.
Et je veux vous féliciter, et je vais vous dire
pourquoi. L'auteur de cette maintenant célèbre motion du «Bonjour! Hi!» est devant vous et vous parle, et
l'objectif était de démontrer que l'accueil que l'on réserve
aux nôtres et aux touristes est important pour le caractère français de Montréal.
Et vous êtes allé dans une radio anglophone, et vous avez dit exactement ce que
vous dites en français, vous avez dit : Ça devrait se faire en français.
Et on vous a critiqué pour ça, Ironman, entre autres. Et vous avez eu ce
courage, et je veux vous féliciter pour ça, et ça n'a pas été assez dit, vous
considérez que le caractère français de Montréal c'est un atout. Alors, vous
êtes un allié là-dedans, et puis ça n'a pas suffisamment été dit. Moi, je vous
le dis, que j'ai bien apprécié que vous disiez ça. On n'a pas toujours la même
en anglais puis en français, j'en ai eu une belle démonstration hier avec la
mairesse de Montréal. Mais, vous, c'est la même chose dans les deux langues.
Ceci étant dit, une note éditoriale, sur la question
de l'accueil en français, on a une proposition à faire qui se veut positive. On
inverse la polarité. Je vous en fais part brièvement. C'est un insigne de bonne
conduite linguistique. Toutes les entreprises qui font des affaires au Québec
ont l'obligation de répondre aux exigences de l'OQLF.
Celles respectant l'entièreté des dispositions pourraient apposer fièrement un insigne de bonne
conduite sur leur porte, mesure incitative tant pour les entreprises de
commerce de détail ou de services, les restaurants, l'hôtellerie, ou pour les citoyens
qui font affaires. Une belle initiative pour celles et ceux qui préfèrent se
faire accueillir avec un bonjour. Autrement dit, si vous répondez aux
exigences, vous pouvez la placer. Si vous ne l'avez pas, on ne vous condamne pas, mais il me semble que c'est une
valeur ajoutée pour les places d'affaires de l'indiquer. Par la
positive, par l'émulation, on trouve que
c'est une façon supplémentaire d'inviter à parler français. Que pensez-vous
d'une telle initiative?
M. Leblanc
(Michel) : Moi, je pense que ça fait
partie de tous ces
éléments qu'on pourrait vouloir rendre disponibles, là. Tu sais, ça pourrait
être aussi que c'est une entreprise verte. Ça pourrait être que c'est une entreprise
qui respecte la diversité. Ça pourrait être une entreprise qui respecte l'importance
de l'égalité des sexes. Alors, de rajouter qu'on est une
entreprise aussi qui respecte le caractère linguistique du français ou du
Québec, là, j'en suis. Je suis juste dans me dire que l'offensive qui est à
faire, à mon avis, là, c'est bien plus de travailler sur le Québécois que sur
le commerce.
La Présidente
(Mme Thériault) : Ceci met fin à l'échange, M. Leblanc.
Donc...
M. Leblanc
(Michel) : Permettez-moi deux petites secondes, là, quand même,
là. Ce que je veux dire, je viens de dire... je viens de mettre sur les épaules
des Québécois la responsabilité de dire : Quand je rentre dans un
commerce, là, bien, parlez-leur en français, puis demandez des informations en
français.
Bérubé :
On est d'accord encore une fois.
Présidente (Mme Thériault) : Et ceci mettra vraiment fin à
l'échange de ce matin. Donc, merci, M. Leblanc, de votre présence
en commission parlementaire.
Je vais... donc la
commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 06)
La Présidente
(Mme Thériault) : Donc, nous reprenons nos travaux. Et, cet
après-midi, nous entendrons le Conseil québécois du commerce de détail, la commission
des droits de la personne et de la jeunesse, qui sera suivie de l'Association
des Townshippers et de la Fédération québécoise des municipalités.
Donc, avant
d'entendre le premier groupe qui est avec nous, Mme la députée de Mercier, vous
avez une demande à me faire.
Mme Ghazal :
Oui, Mme la Présidente. Comme le député de Matane-Matapédia n'est pas ici aujourd'hui,
j'aimerais savoir si ça serait possible pour moi d'avoir son temps pour tout
l'après-midi pour les prochains groupes.
La Présidente
(Mme Thériault) : Pour les quatre groupes. Donc, il y a
2 min 50 s qui appartiennent au député de Matane-Matapédia. Et la
députée en fait la demande. Donc, s'il y a consentement, il n'y a aucun problème.
M. Jolin-Barrette :
Nous consentons, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Thériault) : Il y a consentement, parfait.
La Présidente
(Mme Thériault) : Donc, on va réajuster le temps pour vous donner
le total des minutes.
Donc, évidemment, je
tiens à préciser que nous allons poursuivre les auditions publiques dans le
cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Donc, je souhaite la
bienvenue aux représentants du Conseil québécois du commerce de détail. Donc,
M. Côté, si vous voulez nous présenter la personne qui est à vos côtés, et
la parole est à vous pour une dizaine de minutes avant de procéder aux échanges
avec la
partie ministérielle.
M. Côté
(Jean-Guy) : Merci, Mme la Présidente. Chers membres de la commission,
le CQCD remercie la Commission de la culture et de l'éducation de lui offrir la
possibilité de s'exprimer dans le cadre de la présente consultation portant sur
le projet de loi n° 96.
Donc,
comme vous le savez, je suis Jean-Guy Côté, directeur général du conseil. Je
suis accompagné par Me Françoise Pâquet, directrice des relations gouvernementales.
Comme vous le savez peut-être,
le CQCD représente un secteur économique de 45 000 établissements au
Québec dans toutes les régions. Des centaines de milliers de personnes y
travaillent chaque jour. Et actuellement, malheureusement, plus de
20 000 postes y sont vacants.
La langue française
est le socle de notre communauté. Pour les détaillants, c'est une valeur
importante, et le conseil considère que le commerce de détail est une
partie
prenante de sa sauvegarde. Ainsi, le CQCD reconnaît l'importance de la Charte
de la langue française. C'est pourquoi il a toujours encouragé son respect
auprès de ses membres et collaboré de bonne foi et de façon constructive à son
application par les détaillants.
Nous comprenons que l'objectif
du gouvernement avec ce projet de loi est de mettre à jour cette Charte de la
langue française, adoptée en 1977, de redonner un élan à la langue française et
de renforcer son statut dans toutes les sphères de société québécoise. C'est un
objectif que nous partageons. Le CQCD appuie l'esprit du projet de loi n° 96 et partage en
partie les grands objectifs de
celui-ci. Il voit également positivement le fait que le français soit déclaré
comme langue commune, et non plus seulement comme langue officielle du Québec.
Nous accueillons
positivement plusieurs des mesures suggérées, dont la mise en place d'un
guichet unique, Francisation Québec, afin d'harmoniser les services d'accueil
et de francisation, l'offre de cours de formation en francisation dans les entreprises
et le plein accès à une justice en français.
Toutefois, le CQCD est d'avis que le projet de
loi va, dans certains cas, un peu trop loin. Il se dit préoccupé, voire même
inquiet, en ce qui concerne notamment l'ajout de difficultés supplémentaires
pour les entreprises liées au recrutement de la main-d'oeuvre, l'ampleur de la gouvernance
linguistique proposée, l'augmentation importante du fardeau réglementaire et
administratif imposée aux entreprises, principalement celles de 25 à
49 employés, le retour en arrière sur la question de l'affichage public,
l'augmentation potentielle de la judiciarisation du processus en matière de francisation
et la complexification du nouveau processus de plainte, l'augmentation des
pouvoirs accordés à l'office et la sévérité des pénalités et du régime de
sanctions. Naturellement, les détails de ses propositions se retrouvent dans le
mémoire déposé.
Sur les principes généraux, le CQCD est d'avis
que l'actuelle réforme doit s'appuyer sur les principes de la réglementation
intelligente, soit viser la recherche d'un juste équilibre entre les besoins
des individus et ceux des entreprises, s'assurer de fournir de l'accompagnement nécessaire aux entreprises dans leurs démarches de francisation et
tenir compte du contexte actuel de pénurie de main-d'oeuvre.
Le CQCD ne saurait trop insister sur l'importance
d'accompagner les détaillants dans leur application des nouvelles normes en
matière de francisation et de miser davantage sur l'accompagnement, et non le
bâton. À ce chapitre, nous reconnaissons que
le gouvernement a récemment fait des pas en ce sens, par exemple, le lancement par l'office,
au printemps 2021, du programme d'accompagnement MEMO pour les entreprises de moins de
50 employés.
Les articles 28 à 40 du projet de loi
proposent des modifications majeures au
chapitre VI de la charte. Le CQCD
accueille en
partie ces nouvelles dispositions, mais il estime essentiel de
revoir quelques-unes d'entre elles, qu'il considère comme inapplicables.
Tout d'abord, le deuxième alinéa du projet de
loi prévoit que, dans le cas d'un contrat individuel de travail, qui est un
contrat d'adhésion, ou dans le cas figure des clauses types, les parties à ce
contrat ne peuvent être liées seulement par
sa version dans une autre langue que le français si, après avoir pris
connaissance de sa version française, telle est leur volonté expresse.
Le CQCD s'oppose à cette proposition, qu'il considère non seulement comme difficilement applicable de la part d'un
employeur, mais également lourde de conséquences. Dans les faits, un
employeur ne peut forcer un éventuel employé à prendre connaissance de la
version française si ce dernier ne le souhaite
pas. À notre avis, son rôle doit se
limiter à offrir et rendre accessible au futur employé la version française
du contrat. Par conséquent, le CQCD recommande de modifier, dans ce sens, le deuxième
alinéa de l'article 29 du projet de loi.
Pour ce qui est des nouvelles exigences aux
employeurs, concernant la publication d'une offre d'emploi, nous nous interrogeons à savoir si elles sont nécessaires.
Plusieurs de nos membres, puisque nous avons fait plusieurs
consultations sur la question, nous ont, en fait, indiqué que la pénurie de main-d'oeuvre
actuelle les force déjà à publier leurs offres d'emploi partout et à recourir à
tous les moyens de transmission possibles.
À propos de l'exigence d'une connaissance d'une
autre langue au français à l'embauche, le CQCD estime que le projet de loi va trop et considère que cette nouvelle disposition
aura comme effet d'imposer un trop lourd fardeau pour les détaillants, tant au niveau administratif que financier. Les
détaillants ont de grandes inquiétudes, puisqu'ils devront mettre en place un nouveau processus d'embauche à
l'interne qui dépasse beaucoup
les règles actuellement en vigueur.
Nous ne remettrons pas, évidemment, ici, en
question, la préoccupation du gouvernement voulant que le bilinguisme doit être
un atout et non une exigence systématique. Toutefois, nous souhaitons faire
valoir au gouvernement l'importance de réévaluer son approche en matière de privilégier une solution qui soit simple, raisonnable, de
développer de nouveaux outils et des modèles accessibles en ligne pour aider
les détaillants, prendre en compte de la réalité du marché et le fait que nos entreprises
doivent demeurer concurrentielles sur le marché du travail.
Sur la question de la langue du commerce et des
affaires concernant le droit du public autre que les consommateurs d'être
informés et servis en français nous apparaît à la fois très ambigu et
injustifié et mériterait d'être clarifié pour une meilleure compréhension. En
effet, tel que rédigé, le projet ne semble pas accorder le même droit envers
les consommateurs qu'envers le public autre que consommateur, en plus de
prévoir des obligations différentes de la part des entreprises envers ces deux
types de public. Le CQCD est en désaccord avec le deuxième paragraphe de cet
article qui prévoit des obligations plus importantes de la part des entreprises
lorsqu'elles font affaire avec d'autres entreprises.
D'ailleurs, nous comprenons difficilement les
motifs de cette distinction entre le premier paragraphe qui parle du devoir de
respecter le droit d'être informé, servi en français, versus le deuxième
paragraphe qui oblige d'informer et de servir en français. Est-ce à dire que, même
si une entreprise avec laquelle un commerçant fait affaire souhaite être
informée et servie dans une autre langue, ce dernier devra tout de même, dans
tous les cas, l'informer et le servir en
français? Si cela est le cas, une telle obligation ne nous apparaît pas
justifiée et raisonnable. Par conséquent, le CQCD recommande de modifier
le nouvel
article 50.2 de façon à ce que toutes les entreprises qui
offrent des biens et des services tant auprès d'un consommateur et d'un public
autre que les consommateurs doivent respecter son droit d'être informé et servi
en français.
Au sujet des marques de commerce, les règles, en
matière d'affichage public d'une marque de commerce ou d'un nom ont fait
l'objet de plusieurs discussions, dans les années précédentes, à cette question
et ont été fortement débattues au cours de la dernière décennie. Le CQCD a été
à la fois témoin, acteur de cet épineux débat. Nous comprenons, à la lecture du projet de loi, que le gouvernement souhaite
maintenant faire marche arrière en rétablissant la règle de nette
prédominance du français dans l'affichage public.
Or, nous considérons qu'il
s'agit d'une mauvaise idée, et ce, principalement pour les raisons suivantes.
Plusieurs détaillants ont investi des sommes importantes pour se conformer aux
dernières modifications apportées en matière d'affichage public en 2016.
Certains ont complété l'exercice il y a à peine deux ans. Ces dépenses se chiffrent en millions de dollars. La règle de la
présence suffisante du français a été le fruit d'un long débat qui a
perduré pendant une décennie. Il s'agit d'un excellent compromis. Il est
important de savoir qu'une marque déposée au sens de la Loi fédérale des
marques de commerce signifie que celle-ci devra être enregistrée. Or, il y a
actuellement un délai administratif allant jusqu'à trois ans pour
l'enregistrement d'une marque auprès de l'OPIC. Par conséquent, le CQCD
recommande de maintenir le statu quo concernant les règles de matière
d'affichage public et de retirer les articles 47 et 48.
Le gouvernement propose d'assujettir à la charte
les entreprises employant entre 25 et 49 personnes de la même manière que celles employant 50 à
99 personnes. Elles devront ainsi généraliser l'utilisation du français à
tous les niveaux de l'entreprise. Pour le CQCD, cette proposition est inquiétante
et irréaliste. Le fait d'imposer une nouvelle exigence en matière de
francisation aux entreprises plus petites de 25 à 49 employés est une
chose, mais le fait qu'elles soient assujetties aux mêmes exigences que celles
de 50 à 99 employés en est une autre. Le CQCD reconnaît l'importance de
redonner un élan à la langue française, de renforcer son statut, mais il est
clair qu'il ne partage pas la recette
proposée par le gouvernement envers les entreprises pour y arriver. À cet
égard, le CQCD est d'avis que la mise en
place d'un régime particulier allégé visant les entreprises serait susceptible
d'être une solution avantageuse pour tous.
Au
chapitre de la gouvernance, le CQCD ne croit
pas qu'il est nécessaire d'aller aussi loin que ce qui est proposé dans le
cadre du projet de loi. Il est certes souhaitable que le gouvernement se donne
les moyens pour accroître sa capacité d'action, mais nous nous questionnons
réellement sur l'ampleur des moyens qu'il suggère de mettre en place. Nous croyons que le gouvernement fait fausse route. Il
s'apprête à mettre en place une espèce de monstre administratif qui
exigera l'embauche de plusieurs employés alors que le Québec peine à sortir de
la pandémie et qu'il vit toujours la pénurie de main-d'oeuvre sans précédent,
et que les coffres de l'État ne sont pas nécessairement illimités. Il y a lieu
de se questionner à savoir s'il s'agit là d'une décision judicieuse et
responsable. Nous croyons que les
investissements nécessaires pour donner un élan à la charte de façon durable
doivent être davantage orientés vers le terrain et l'accompagnement des différents acteurs, notamment les
entreprises, les employeurs et les employés, et non la mise en place d'une nouvelle structure. Cette
approche permettra, selon nous, d'obtenir davantage de gains pour tous.
En conclusion, le CQCD partage l'objectif
général du projet de loi de donner un nouvel élan à la langue française, de lui
attribuer le statut de langue commune en complément de langue officielle. Il
endosse également son objectif de renforcer son statut dans l'ensemble des
sphères de la société québécoise ainsi que plusieurs mesures proposées. Toutefois, il estime que le projet de
loi n° 96 comme proposé emprunte à tort dans certains cas la
mauvaise voie, dont l'alourdissement du
processus de francisation pour les entreprises ainsi que l'approche coercitive
et judiciaire.
La Présidente (Mme Thériault) :
Et je dois mettre fin à votre présentation.
M. Côté (Jean-Guy) : Et j'ai
terminé.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mais vous pouvez toujours nous envoyer vos notes au secrétariat de la
commission, donc on prendra connaissance de la fin de votre témoignage.
M. Côté (Jean-Guy) : Il restait
un mot, et c'était «merci».
La Présidente (Mme Thériault) :
D'accord. Parfait. M. le ministre, la parole est à vous pour 17 minutes.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme la Présidente. M. Côté et
Mme Pâquet, bonjour. Bienvenue à la commission parlementaire. Merci
pour votre présence et le dépôt de votre mémoire.
Est-ce que vous trouvez que c'est une décision
judicieuse et responsable de la part du gouvernement du Québec de vouloir
protéger, promouvoir et assurer la pérennité de la langue française?
M. Côté (Jean-Guy) : Comme on
l'indiquait, sur le principe, c'est clair pour nous que c'est le rôle — et
c'est judicieux — du
gouvernement de prendre acte et de protéger la langue française. C'est le
socle, je l'ai dit, c'est le socle commun au Québec de la nation québécoise.
Donc, pour nous, c'est clair que tout acteur de la société doit prendre en
considération la protection de la langue française, et le gouvernement, à juste
titre, il doit être le porte-étendard de cette protection-là.
Donc, oui, pour nous, on considère qu'il y a un
moment opportun, et la question est judicieuse actuellement.
M. Jolin-Barrette : Et votre
organisation est d'accord avec le fait qu'il y a un déclin du français au
Québec, particulièrement dans la région métropolitaine de Montréal?
M. Côté (Jean-Guy) : Notre
organisation constate qu'il y a certaines problématiques dans certaines régions
du Québec au niveau de l'utilisation du français. On ne se le cachera pas, il y
a certains endroits où c'est plus difficile. Il y a certains endroits où la
langue française est moins utilisée qu'auparavant.
Donc, oui, il y a un constat. Les membres ont à
coeur d'offrir à leurs clientèles un service en français, mais c'est plus
difficile dans certains coins.
M. Jolin-Barrette :
Et quelles sont les problématiques que vous avez identifiées comme organisation
relativement au français?
M. Côté
(Jean-Guy) : Le recrutement. Je pense que le recrutement de la
main-d'oeuvre, d'employés, actuellement, on ne se cachera pas, dans le secteur
du détail...
M. Jolin-Barrette :
En lien avec la langue française.
M. Côté
(Jean-Guy) : ...en lien avec la langue française.
M. Jolin-Barrette : Parce que vous dites : Nos membres
constatent qu'il y a des problématiques avec le français...
M. Côté
(Jean-Guy) : Oui.
M. Jolin-Barrette :
Donc, qu'est-ce qui est problématique? Parce que le fait de recruter des
travailleurs québécois qui parlent français, ça, je ne pense pas que c'est un
problème.
M. Côté
(Jean-Guy) : Non, mais il n'y en a pas en quantité. Et, dans certains
endroits, dans certains endroit, recruter
des gens au service à la clientèle qui parlent français peut être plus
problématique parce qu'exactement il n'y en a pas tant que ça qui sont
disponibles à travailler dans le commerce de détail. Donc, à la limite,
offrir... ou trouver des gens qui ont les compétences en français pour
travailler dans le commerce de détail est plus difficile qu'auparavant.
Jolin-Barrette : Mais le point, c'est que vous ne réussissez pas à
trouver d'employés, point.
M. Côté
(Jean-Guy) : En général, c'est ça, oui, mais en français plus
particulièrement dans certains coins.
Jolin-Barrette : O.K. Mais donc, si vous avez quelqu'un qui veut
travailler, mais qui ne maîtrise pas la langue
française, il faut mettre des mesures en place pour qu'il puisse travailler
dans un environnement francophone. Puis le marché du travail... puis c'est une bonne façon d'apprendre le français,
si l'environnement est francophone au travail.
M. Côté
(Jean-Guy) : Je suis un grand promoteur de la francisation sur les
lieux de travail. Dans un sens, c'est... le
milieu du travail est un excellent moteur de francisation puis d'apprentissage
de la langue. C'est la vie... une grosse
partie de notre vie personnelle
en tant que personne, le marché du travail ou le milieu du travail. Donc, y
apprendre le français, c'est un bon endroit. Est-ce qu'actuellement il y a des
services possibles pour franciser sur les milieux de travail qui sont fournis?
Ça reste à voir. Mais effectivement le milieu de travail est un bel endroit
pour franciser quelqu'un qui ne... qui, actuellement, ne parle pas français.
Jolin-Barrette : Puis là je suis heureux de vous entendre dire ça,
parce qu'un des objectifs de Francisation Québec c'est justement ça, d'offrir
un guichet unique pour être en mesure, un, de pouvoir orienter les personnes
immigrantes qui souhaitent apprendre le français, incluant tous les Québécois
aussi qui souhaitent acquérir de meilleures compétences langagières en
français. Et donc le fait d'avoir un guichet unique, ça va permettre également
d'aller en entreprise en compagnie de l'OQLF, mais Francisation Québec est là
justement, également, pour offrir de
l'accompagnement, du soutien aux entreprises, pour franciser les entreprises.
Alors, Francisation Québec, vous l'accueillez positivement?
M. Côté
(Jean-Guy) : On l'accueille extrêmement positivement, puis on le dit
dans notre mémoire, pour nous, c'est une des mesures qui est... constructives
dans ce qui est proposé. Il est clair qu'il y a un besoin de francisation sur
les milieux de travail. Il est clair qu'il y a un besoin de francisation
général de la société. Donc... Et si vous me dites, en plus, que les Québécois
qui veulent parfaire leur qualité du français pourront eux-mêmes avoir accès,
je peux vous garantir qu'on va regarder ça avec un grand sourire, parce qu'il y
a aussi un travail sur la qualité à faire et pas juste sur la quantité.
Jolin-Barrette : Sur la question, vous l'avez abordée tout à l'heure,
la question de l'affichage, bon, là, on revient à la nette prédominance du
français. Historiquement, dans le fond, 77, la charte est adoptée par
l'Assemblée nationale, la Charte de la langue française, affichage unilingue en
français. Il y a des contestations constitutionnelles, arrive l'arrêt Ford. Le
Parti libéral et M. Bourassa invoquent la disposition de souveraineté
parlementaire. Il y a une chicane au Parti libéral, il y a des députés qui
quittent, schisme au sein de cette formation politique là. Et là, en 1993, M. Ryan
modifie la loi, et, dans le fond, on ne renouvelle pas la disposition de
souveraineté parlementaire. Et, depuis 93, c'était la nette prédominance du
français jusqu'au jugement de la Cour d'appel dans l'arrêt Best Buy.
On comprend qu'en
2016 le Parti libéral n'a pas voulu ouvrir la Charte de la langue française
pour venir modifier ou pour venir dire clairement dans la charte : C'est
la nette prédominance, donc a adopté un règlement, qui est la présence
suffisante du français.
Là, ce que vous nous
dites, vous dites : Il y a des entreprises qui ont investi pour se
conformer. Nous, on revient à l'historique depuis 93 à 2016, ce qui devait être
le cas. Est-ce que je dois comprendre que ceux qui se sont conformés au nouveau
règlement n'étaient pas conformes à ce qui était prévu par la loi entre 93 puis
2016?
M. Côté
(Jean-Guy) : Bien, si je me fie à l'historique, et je ne suis pas
juriste, donc je ne veux pas être taxé de chose que je ne peux pas faire, mais,
effectivement, avant 2016, avant le compromis de 2016, il y avait des
interprétations qui étaient différentes pour... de plusieurs sources sur
comment devait s'appliquer cette notion de nette prédominance.
On parle ici de marque de commerce, donc la
devanture, au-delà de la nette prédominance du français, je pense que personne
ne remettait en doute la nette prédominance du français dans l'affichage
général, c'est-à-dire les termes génériques ou des choses comme ça, on était
plus dans la présence d'une marque de commerce dans une autre langue que le
français sur la devanture. Et c'est là où il y avait des questionnements. Il y
a même eu des cas en cour, donc il y a eu des éclaircissements demandés à la
cour.
Et la naissance du règlement, et... où je n'y
étais pas, donc je ne peux pas en témoigner, mais la naissance du règlement,
m'a-t-on dit, est née d'un désir de régler cette ambiguïté-là qui existait
entre les interprétations.
M. Jolin-Barrette : Mais sur cette
question-là, là, le visage français du Québec, vos membres ne sont pas
interpellés par ça, particulièrement sur l'île de Montréal, cette identité
particulière là du fait d'avoir la nette prédominance du français? Ça ne fait
pas
partie de l'environnement francophone du Québec, le fait que l'affichage
symbolise aussi cette présence francophone en Amérique?
M. Côté (Jean-Guy) : Je pense que,
si vous vous promenez dans les rues de Montréal ou sur diverses avenues dans le
reste du Québec, vous allez constater que plusieurs commerçants et détaillants
ont fait un effort notable d'ajouter du français sur les devantures, sur
améliorer l'image française de leurs devantures. Il y a des descriptifs
maintenant, ce qu'il n'y avait pas auparavant. Il y a des descriptifs qui ont
apparu, «centre de jardin», par exemple, est un bon exemple, ou
«quincaillerie», choses qui n'existaient pas ou on avait auparavant seulement
une marque de commerce. Donc, il y a eu un
effort pour améliorer l'image, et ça, c'est clair, pour le détaillant, s'y
conformer, avoir une image française, c'est important. Là, on tombe dans un
débat où la marque de commerce... où il y aura une présence d'une marque de
commerce dans une autre langue que le français, si cette marque-là apparaît sur
la devanture, elle devra être compensée par
une nette prédominance d'autres termes en français sur la devanture. Ce
qui fait que, de façon pratique,
supposons, une entreprise qui s'appellerait... avec une marque de commerce
déposée «Rainbow», qui vendrait des
bottes, il faudrait que le terme «bottes» soit beaucoup plus gros que le
terme «Rainbow», mais la marque déposée aurait été «Rainbow».
Donc, pour certaines devantures, on parle d'un
changement fondamental, tu sais, de la place que doit occuper la marque de
commerce et le descriptif. Donc, il y a des enjeux avec les règlements
municipaux, des droits acquis, donc, et ça, il y a des règlements municipaux
qui contrôlent le nombre de mots qu'on peut mettre sur une devanture dans un commerce
de détail. Donc, ça, il y a des contraintes, donc il y a une crainte
substantielle qu'on revienne à un état qui n'était pas l'état précédent, qui est un nouvel état où on devra refaire
l'ensemble des devantures de plusieurs magasins. On parle de plusieurs
millions, et ça, c'est des chiffres qui m'ont été confirmés par plusieurs de
mes membres qui ont dû faire le processus depuis 2016. Donc, ça, c'est une
inquiétude, pour nous, qui est majeure, je ne vous le cacherai pas.
M. Jolin-Barrette : Et considérant
cela, on fait en sorte d'avoir un délai d'application de trois ans pour se
conformer, également. Mais il y a une chose qui est sûre, c'est que vous
invoquez la notion de marque de commerce, et on se retrouve dans une situation
où, en raison du partage des compétences, parce que la marque de commerce est
protégée au fédéral, ça sert à faire en sorte d'angliciser le Québec, le visage
linguistique du Québec. Alors, dans les choix qui sont... dans les décisions
judicieuses et responsables, entre autres, pour la pérennité du français, ça en
fait
partie dans le cadre de l'analyse.
M. Côté (Jean-Guy) : Oui, mais je
vous dirais qu'une simple visite dans d'autres régions avec des réalités
linguistiques qui sont précaires comme le français en Amérique du Nord, en
Europe, par exemple, dans certains endroits, il y a quand même la présence de
marques de commerce internationales dans les devantures de magasins et parfois,
ou non, la présence de générique dans la langue originale. Donc, je me pose la
question, est-ce que c'est un objectif qui doit être majeur ou c'est un
objectif qui doit être connexe? C'est à vous, législateurs, de le déterminer.
M. Jolin-Barrette : Je vous remercie
pour votre présence en commission parlementaire. Je vais céder la parole à mes collègues. Simplement un commentaire.
Je vous soumettrais que la situation du Québec, elle est quand même particulière dans le monde entier. Un État, on
peut parler du Nouveau-Brunswick aussi, là, mais un État autant englobé
par une autre langue, c'est une situation qui est particulière en Amérique,
mais je cède la parole. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, j'ai maintenant le député de Saint-Jérôme qui veut prendre la
parole. Et vous avez 5 min 30 s.
Chassin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, M. Côté, Mme Pâquet, un plaisir de vous voir en
commission parlementaire. On va un peu continuer dans la même veine dans le
sens où... Puis je pense que vous connaissez déjà, là, mon attachement à
l'allègement réglementaire et au fardeau administratif des petites entreprises,
des moyennes entreprises, et même des grandes entreprises. Et là, dans le fond,
il y a un aspect du mémoire, là, qui, pour moi, est informatif, là, on parle
d'à peu près 85 % des entreprises dans le commerce de détail qui ont moins
de 20 employés. C'est bien ça? J'imagine que c'est parce que vous n'aviez
pas de chiffre de 25 à 49, là, ça...
M. Côté
(Jean-Guy) : Non.
M. Côté (Jean-Guy) : On aurait
espéré, mais non, ça ne...
M. Chassin :
Parfait. Donc, on comprend que l'immense majorité dans le commerce de détail
n'aura pas les nouvelles exigences, là, qui
sont celles pour les 25 à 49, mais, néanmoins, là-dessus, donc, vous
montrez, là, que vous êtes sensible à l'objectif de ces discussions sur
les moyens.
Il y a un aspect dans votre mémoire, par rapport
à la publication des appels... des offres d'emploi, pardon, les appels
d'offres, c'est autre chose, des offres d'emploi où vous comprenez dans le fond
l'objectif de dire, bien, que les employeurs
fassent, finalement, l'effort nécessaire pour qu'on puisse donner la chance
aussi aux francophones d'appliquer sur les postes. Et, en même temps,
vous le soulevez, il y a un aspect conjoncturel en ce moment avec la pénurie de main-d'oeuvre qui fait que, de toute
manière, les employeurs ont tendance à utiliser toutes les plateformes, partout, puis d'y aller le plus large possible.
Évidemment, c'est un aspect conjoncturel, on modifie la Charte de la langue française en ayant un
peu à l'esprit que, peu importe la conjoncture future, il faudrait que ce type
de mécanisme s'applique. Si vous reconnaissez, dans le fond, la pertinence de
l'objectif, vous ne proposez pas de solution ou un autre moyen, en quelque
sorte, puis là, je voudrais peut-être vous entendre là-dessus. Est-ce que, si
vous dites : Bien, c'est peut-être lourd, moi, je trouve que c'est
relativement un bon moyen, mais c'est surtout que je n'en vois pas
nécessairement d'autre. Est-ce que vous en verriez un autre?
M. Côté (Jean-Guy) : La question est
pertinente, je dois vous avouer. C'est clair qu'actuellement, le contexte
actuel de la pénurie de main-d'oeuvre est un contexte où on est dans la
nouvelle réalité de la main-d'oeuvre, où on cherche par tous les moyens
possibles et potentiels de trouver des gens pour venir travailler dans les
magasins, ailleurs, dans les entrepôts, à
divers postes disponibles, donc, et ce
que vous recherchez cependant, c'est que les francophones aient le même
accès à ce cadre-là.
Et là où il y a une certaine... pour les
détaillants, lorsqu'ils lisent ce qui est proposé, il y a un certain décrochage entre la réalité... C'est que c'est
clair qu'ils vont actuellement tout faire en oeuvre pour que les offres
d'emploi soient le plus largement
disponibles à tous les gens potentiels et possibles, donc, et pour eux, ça
devient de dire : Bien, on le fait un peu déjà, s'assurer que ça
soit offert en français. Donc, s'assurer que ça soit fait. Je vais être
honnête, on s'est creusé un peu
la tête, il n'y a pas de solution miracle. Il faut juste s'assurer
que, comme toute autre documentation liée à l'emploi dans le commerce de
détail, qu'elle soit offerte et disponible en français, donc, et ça, l'objectif
de la loi est très clair. Et je crois
qu'on pourrait, en continuité avec cet objectif-là, l'appliquer sur les
offres d'emploi. Mais, en réalité, on est dans une réalité où, maintenant,
on est dans le bouche-à-oreille, maintenant on est dans l'affichage sur Facebook,
sur les réseaux sociaux, donc on est dans une autre réalité pour trouver des
employés potentiels dans le commerce.
Chassin : Mais parfois la récompense à un employé qui amène
un ami qui va se faire embaucher, on a vu...
M. Côté (Jean-Guy) : Il y a des
bonis de signature maintenant, aussi, hein, vous savez, dans le commerce de
détail, il y a des bonis de signature, donc...
M. Chassin :
Oui, effectivement. Donc, on comprend. Mais, évidemment, c'est conjoncturel,
puis on ne se le souhaite pas, mais, si dans 40 ans, par exemple, ce
n'était pas la même situation, moi, je trouve qu'il y a une certaine valeur à ce qu'il y ait ce mécanisme-là de
permettre finalement une chance à tout le moins égale aux francophones. Est-ce qu'au moins sur l'objectif... je crois qu'on s'entend?
Est-ce que vous me confirmez qu'on s'entend sur l'objectif?
M. Côté (Jean-Guy) : On s'entend sur
l'objectif. Sur la manière, on reste encore en réflexion de notre côté. Et on
espère que, dans 40 ans, on soit ailleurs aussi.
Chassin : Bien sûr. Mais
dans le sens où il faut que ce soit, peu importe la conjoncture, un objectif à
atteindre.
J'ai remarqué, puis là c'est sur, justement, la mise
en oeuvre, parce que le projet de loi prévoit différents mécanismes, et puis
même des mécanismes, là, qui sont définis dans la loi ont souvent une mise en
oeuvre par la suite. Et là il y a toutes
sortes de moyens qui peuvent être utilisés, au-delà des articles de loi et de
comment ils sont rédigés.
Puis je le souligne, je trouve ça intéressant, à
la page 4 de votre mémoire, il est mentionné que vous-même, grâce à la
contribution financière de l'OQLF, vous avez mis un projet, dans le fond, là,
sur pied visant à accompagner les détaillants dans la francisation de leurs
outils numériques et promotion...
La Présidente (Mme Thériault) : Je
dois vous interrompre, M. le député.
M. Chassin :
Ah! c'est déjà terminé?
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est déjà terminé, oui.
M. Chassin : Le
temps passe trop vite, désolé. Mais merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Merci beaucoup. Bonjour,
M. Côté, Mme Pâquet. Enchantée.
Je vais vous amener tout de suite, moi, à la
page 22, dans les pouvoirs d'inspection et d'enquête de l'OQLF. Je pense
qu'on n'en a pas beaucoup parlé jusqu'à maintenant,
mais l'article 111, l'article 108,
l'article 113, particulièrement le 111, bon,
vous le définissez bien, ce qu'a... les pouvoirs de l'OQLF d'inspection, de
pénétrer à toute heure raisonnable dans tout endroit, bon, etc. Je ne lirai pas
tout, tout l'article. Mais vous dites : «Nous sommes à la fois inquiets et déçus de constater que le projet de
loi, comme rédigé, envoie un mauvais signal aux entreprises voulant que
le gouvernement entende adopter la ligne
dure, notamment en octroyant plusieurs nouveaux pouvoirs à l'office qui
auront pour conséquence de rendre la charte
similaire à un code pénal.» Donc, essayez donc de nous expliquer rapidement,
mais quand même ce qui vous inquiète le plus dans cet article-là, l'image que
vous vous faites de ces pouvoirs étendus.
M. Côté (Jean-Guy) : Je vous
remercie de la question. Je laisserais aussi, peut-être, parler, un peu plus
tard, Me Pâquet, qui a étudié la question quand même dans son ensemble,
mais je dirais d'emblée, il faut remarquer que, dans les dernières années,
l'OQLF avait quand même eu une opération d'accompagnement qui était extrêmement
intéressante, et je fais un peu de millage avec la question de votre collègue,
là. On a quand même offert des prix de francisation pour les outils numériques.
On a accompagné certaines entreprises pour améliorer... Et il faut comprendre
que les détaillants sont en très, très grande majorité motivés à franciser
leurs opérations, leurs sites Internet,
leurs opérations internes. Et c'est parfois un manque de moyens, ils ont besoin
tout simplement de quelqu'un qui les accompagne et non pas quelqu'un qui
vienne leur dire qu'ils sont dans le tort. Donc, l'accompagnement est en soi...
pour nous, devrait être le premier réflexe de l'OQLF, de dire : Je vais
vous amener ailleurs, je vais vous aider à passer à travers le processus. Vous
allez être beaucoup mieux équipés, en termes de français, après ce processus-là.
Et d'ailleurs l'OQLF, c'est très rare qu'ils se
rendent, quand même, dans une optique de punition. Tu sais, ils sont souvent
dans l'accompagnement. Et on a senti, dans les dernières années, ce changement
de culture là. Là, on semble revenir à une culture de beaucoup plus d'enquêtes,
de vérification, d'audit, d'aller voir en magasin si on a des produits qui sont
correctement... d'aller s'assurer que les logiciels utilisés sont réellement
des logiciels en français où il y a une version française qui existe. Donc, il
y a plusieurs... il y a une optique qui nous semble être différente, qui nous
inquiète un peu, qui semble être une espèce de... du retour de l'OQLF qui
arrive dans le magasin puis nous dit comment, un peu, faire les choses, alors
qu'on avait senti, dans les dernières années, un changement de culture. Je ne
sais pas si, Me Pâquet, vous voulez compléter.
Mme Pâquet (Françoise) : En fait,
j'ajouterais simplement que l'analyse qu'on a faite avec les différents
détaillants, en fait, avec nos membres, on a comme l'impression qu'on retourne
avec un état policier. L'office a, selon nous, des pouvoirs qui vont être beaucoup
plus importants, et pour ne pas dire puissants, dans la mesure où il pourra, à
tout moment, rentrer dans un entrepôt, rentrer dans les commerces, rentrer et
pouvoir solliciter... prendre plein de photographies, ce qu'elle pouvait faire,
mais qu'elle pourra également solliciter de l'information dans les systèmes
informatiques, auquel cas il peut y avoir de l'information confidentielle.
Donc, on sent que la police débarque et qu'à ce moment-là elle pourra aller
chercher toutes les preuves à tâtons pour essayer de repérer des produits qui soient non conformes ou encore des informations dans les systèmes informatiques qui sont non conformes.
Donc, on n'est plus du tout dans les pouvoirs d'inspection que l'office avait auparavant.
Et ça, ça nous inquiète beaucoup, de voir que... Et l'office aussi, à ce
moment-là, pourra, de par ses pouvoirs d'ordonnance aussi qui lui sont confiés,
demander à ce que des produits soient retirés, demander à ce que des enseignes
soient enlevées. Donc, on est vraiment dans des pouvoirs policiers, davantage,
de système pénal.
Mme David : Ça a l'avantage d'être
très clair, les mots que vous employez. Vous êtes juriste?
Mme Pâquet (Françoise) : Oui.
Mme David : O.K., alors je vais en
profiter. Ce n'est pas grave si votre collègue veut répondre, là, mais c'est
parce que...
Mme Pâquet (Françoise) : Ceci dit,
je ne suis pas spécialisée dans le domaine de la...
David : Non, non, non, bien,
écoutez, moi, je ne suis ni juriste ni spécialisée, alors... mais on a le droit
de se pencher sur le projet de loi quand même. Il y a deux mots importants, dans cet
article-là, il y a deux mots qui préoccupent de nombreux
juristes, entre autres le mot «mandat» de perquisition, qui n'existe pas, il
n'y a pas d'obligation de faire un mandat
pour ce genre... pour ce que vous venez de décrire, des fouilles abusives,
ouvrir des ordinateurs, et il y a le mot «dérogation», donc la clause... disposition de
dérogation, qui s'appliquerait à toute la loi, s'applique aussi à l'article 111. Alors, ça veut dire que les
enquêteurs ont le droit de venir sans demander auparavant un mandat de
perquisition, perquisitionner dans des ordinateurs où peuvent se mélanger — il y
a des arrêts de la Cour suprême là-dessus — se mélanger des données personnelles d'un employé avec des données
professionnelles ou réglementaires de
la compagnie. Et là il y a un grand débat à savoir si, justement, ce
n'est pas une intrusion et une atteinte au droit à la vie privée.
Alors, ça, c'est tous les aspects plus légaux,
sur lesquels plusieurs intervenants sont venus nous dire : Ça n'a pas de
bon sens qu'une disposition de dérogation... Entre autres Me Patrick
Taillon, qui est un des architectes de cette loi-là,
dit : Pour l'article 111, là, je pense que ça prendrait une levée de
la disposition de dérogation. Alors, je vous laisse continuer sur...
Mme Pâquet (Françoise) : Bien, écoutez,
je suis contente de vous entendre dire ça, d'autant plus que c'est des
spécialistes encore plus en la matière que moi sur cette question-là. Mais,
définitivement, je vous dirais qu'à travers les différentes dispositions du projet
de loi qui ont été étudiées, c'est probablement parmi celles qui ont fait réagir le plus nos gens, de constater qu'effectivement on pourrait voir débarquer des agents de l'office, des
inspecteurs de l'office et aller chercher
toute l'information, puiser sans qu'on n'ait quoi que ce soit à pouvoir
dire. Donc, définitivement, c'est...
Et c'est pour
ça qu'on va jusqu'à qualifier les dispositions de code pénal. Donc, pour nous, c'est des
pouvoirs qui sont trop invasifs et auxquels... on a besoin de difficulté. Donc,
je pense que vous venez tout simplement de confirmer nos inquiétudes par
rapport à ça.
M. Côté
(Jean-Guy) : Si je peux compléter,
dans la description d'une inspection, souvent l'OQLF actuellement va arriver, va prendre
des photocopies de certains documents, va repartir avec des photos. Et s'engage
un dialogue tout de même avec l'inspecteur
en venant dire : Bien, vous avez tel type de contrat. Vous pourriez peut-être,
à l'intérieur de vos
opérations, le franciser. Ça, tel bon de commande, devrait être en français. Et
la très, très grande majorité des employeurs vont se conformer et les
détaillants vont se conformer rapidement parce que, souvent, ils veulent faire
la bonne chose, puis avoir un accompagnement de ce type-là permet de le faire.
Là, on rentre dans une confrontation dès le
premier pas de l'OQLF à l'intérieur de l'entreprise, où l'OQLF entre dans l'entreprise
et peut vérifier tout ce qu'il veut, finalement. Donc, il n'y a plus de communication,
il n'y a plus de dialogue, on est dans la saisie. Donc, ça semble être un
changement de ton qui, chez mes membres, a suscité énormément de réactions, je
vous dirais même viscérales.
Mme David : Viscérales. Non,
mais ce qui est inquiétant aussi, c'est qu'en 1977 l'ordinateur n'existait pas,
les données numériques n'existaient pas. Et en 2021, évidemment, tout est sur
l'ordinateur. Il y a l'ordinateur de la compagnie, mais il y a le portable avec
lequel on s'en va chez nous, etc., et qui, là, peut avoir... contenir les deux
types de renseignements, personnels et professionnels. Oui, les règlements, et
tout ça, parce que l'employé l'ouvre le matin au bureau, puis il y a tout ça.
Et il y a d'autres choses aussi. Et c'est là qu'il y a un flou juridique
important et qui peut faire une atteinte, selon plusieurs, évidente, au droit à
la vie privée.
Il me reste encore un peu de temps, Mme la
Présidente? J'ai oublié de partir...
La Présidente (Mme Thériault) :
Deux minutes.
Mme David : J'avais remarqué
dans le projet de loi qu'il y avait une ligne et demie sur le droit d'être
servi en français, puis, évidemment, c'est votre pain et votre beurre, ça, vous
servez le monde, c'est ça... c'est ça, le commerce de détail, puis heureusement
qu'on vous a. Alors, le droit d'être servi en français, bien, il est, vous dites
bien, puis moi, je ne suis pas sûre de comprendre la nuance, là, qu'il y a...
L'entreprise qui offre aux consommateurs des
biens, ça, c'est moi et mon collègue qui allons s'acheter des choses, doit respecter
son droit d'être servi et informé en français, mais le public autre que
le consommateur doit l'informer et le servir en français. Là, vous vous
inquiétez de ça. Et moi, je veux comprendre
la nuance que vous faites entre le droit d'être servi en français
pour les consommateurs et au public autre que les consommateurs.
M. Côté
(Jean-Guy) : Je vous dirais
que la question est très pertinente parce que
c'est une question qu'on s'est nous-mêmes posée assez longuement à la lecture du projet de loi, sur pourquoi y
avait-il deux niveaux ou deux différences, deux interprétations de deux
versions, finalement, du droit d'être servi en français qui étaient compris
dans l'article.
C'est clair que, pour nous, le contrat
d'adhésion, être accessible en français puis de se faire offrir en français,
pour nous, c'est primordial. Je pense que les détaillants l'ont compris et le
font.
Nous, ce qu'on n'a pas trop compris, c'est le
public autre que le consommateur, c'est quoi, l'intention du législateur,
quelle est son interprétation, et on a consulté quand même quelques juristes
pour écrire le mémoire, et essentiellement on n'a pas de consensus.
Ça fait qu'à votre question je suis aussi dans
le gris. Et on demande une clarification, finalement. On demande que cet
article-là soit clarifié et qu'on puisse connaître un peu les tenants et les
aboutissants de ce que ça pourrait représenter.
Mme David : Donc, bien noté.
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, Mme la députée de Mercier, 5 min 40 s.
Mme Ghazal : Wow! Mon Dieu! Je
suis gras dur, comme on dit. Merci, Mme la Présidente. Parce que d'habitude je
n'ai même pas... à peine... même pas trois minutes. Bien, merci pour votre
présentation.
Moi, je voudrais
revenir sur toute la question de la lourdeur bureaucratique, de la
paperasserie, tout ça, parce que les gens du commerce au détail... Moi, j'ai
des artères commerciales, là, dans mon comté, il y en a partout, puis c'est
très, très important pour l'image d'une ville, l'image de... n'importe où, là.
Évidemment, on parle beaucoup de Montréal. Puis vous
dites qu'il y a une lourdeur et une complexité des mesures qui sont déjà en
place, là, pour les entreprises de 50 à 99 employés. La
francisation exige notamment la prise de mesures comme la mise en place de processus
administratifs de gestion, la création de comités, la production de rapports.
Bref, il est question de beaucoup, beaucoup de paperasserie. Puis ça, quand on
lit ça on dit : Mon Dieu! Il doit y avoir des montagnes de rapports à
remplir, énormément de choses. Puis je suis allée sur le site de l'OQLF pour
voir. Par exemple les entreprises maintenant de 25 employés et plus, il va
falloir qu'elles s'inscrivent, donc c'est un simple formulaire pour s'inscrire, là, puis donner les informations
à l'OQLF. Après ça, il faut faire une analyse de la situation
linguistique, donc c'est un formulaire de 14 pages, mais il n'y a pas
beaucoup de cases où il faut écrire des romans. C'est vraiment des questions
oui ou non, les catalogues et les dépliants de votre entreprise sont en
français, c'est facile, oui ou non, etc. Puis si la situation est conforme,
puis je me suis informée, je pense que c'est plus que 80 % des entreprises
qui font ce processus-là l'obtiennent, c'est facile. Si ce n'est pas conforme,
là, l'OQLF est là pour les accompagner. Puis après
ça, aux trois ans, il y a un formulaire qui ressemble presqu'à l'autre à
être rempli. Je veux dire, c'est beaucoup plus simple que faire son
rapport d'impôt puis je ne pense pas qu'aucune entreprise ne va dire :
Bien, moi, je vais arrêter de faire mon rapport d'impôt parce que c'est trop
compliqué, trop de paperasserie, quoiqu'il y en a qui vont dans les paradis
fiscaux, mais c'est un autre sujet. Donc, pourquoi est-ce que c'est si
compliqué, faire ça pour le français alors qu'on le fait pour des subventions,
on le fait pour beaucoup d'autres choses?
M. Côté
(Jean-Guy) : Bien, écoutez, à la face même que vous démontrez, c'est
clair que lorsqu'on prend cet objet-là particulier, pour un détaillant, s'il
n'avait que ça à faire, on s'entend qu'on serait dans la mesure du possible.
C'est que ça s'ajoute à plusieurs autres éléments administratifs à remplir au
cours d'une année.
Et là, vous tombez
sous l'égide d'un 25 à 49. Un détaillant de 25 à 49, ce
n'est pas beaucoup de portes, c'est une, deux portes, des employés à temps
partiel, des employés à temps plein, plus le propriétaire. Donc, c'est souvent
des propriétaires qui vont travailler eux-mêmes sur le plancher, qui vont
travailler eux-mêmes à la vente, qui vont faire la comptabilité, ils vont faire
les ressources humaines, le recrutement. Et s'ajouterait un élément
administratif supplémentaire qui s'ajoute à
d'autres éléments administratifs. Le gouvernement actuel s'est engagé dans un
processus d'allègement réglementaire...
Mme Ghazal :
Le projet de loi a été déposé aujourd'hui.
M. Côté
(Jean-Guy) : Oui, qu'on salue dans un sens qu'il y a un processus
d'allègement réglementaire, où il y a un principe de réglementation
intelligente, c'est qu'on doit réglementer en fonction de la capacité de
l'entreprise à y répondre, à cette réglementation-là.
Donc, ce qu'on dit,
c'est on ne veut pas enlever les 25-49 de la nécessité d'être meilleurs en
termes de francisation. Ce qu'on dit, c'est : Trouvez un moyen, une
recette qui leur est propre, qui leur est plus facile, qui va être plus
évidente dans le cadre de leurs activités actuelles.
Mme Ghazal :
...ce que je viens de vous montrer... je comprends que c'est un ajout de plus,
mais qu'est-ce qu'on fait? Vous êtes d'accord qu'il y a un problème pour la
pérennité du français, que vous avez un rôle à jouer. Mais, si compléter
quelques rapports, c'est si compliqué, alors que le processus est facile, là,
la majorité réussisse, donc ça serait quoi l'effort de plus que vous êtes prêts
à faire si celui-là vous le trouvez déjà lourd?
M. Côté
(Jean-Guy) : Bien, en fait, je pense qu'il y a un caractère de prendre
acte de la motivation, de s'assurer que l'accompagnement est sur place puis
qu'il soit accessible, et non pas de tomber dans une optique de rapportage où
on décide de rapporter le nombre de catalogues qu'on offre en français ou
anglais. C'est, bien, voici des guides, voici qui est le plus facile pour vous,
puis éventuellement, peut-être, on ira vérifier si c'est correct.
Mme Ghazal :
Bien, je vais revenir à l'OQLF, parce que les mots que vous avez employés sont
quand même lourds, là, de dire que c'est policier. Puis ça nous rappelle...
moi, je ne sais pas, vous ne trouvez pas que c'est caricatural de dire ça, ça
nous ramène à tous les épisodes «pastagate», et ces genres de choses là. Puis
ça peut faire... je vais prendre ce que le ministre a dit tantôt à la Chambre
de commerce du Montréal métropolitain, vous êtes en train de faire peur aux
détaillants, parce que ça a tellement été mis à l'avant dans les médias, ça a
même nui à notre réputation, peut-être vous êtes... c'est ce que vous êtes en
train de faire. Parce que vous dites vous-mêmes qu'il y a eu un changement de
culture à l'OQLF.
Côté (Jean-Guy) : Effectivement, on le dit nous-mêmes qu'il y a eu un
changement de culture à l'OQLF. Cependant,
certains articles ne concordent pas avec le changement de culture qu'on avait
observé dans les dernières années. Et,
vous savez, le français, la très, très grande majorité des détaillants au
Québec sont en faveur d'être francophones, d'offrir des services en
français, d'avoir une image française de leur commerce. Le principe même du
détaillant, c'est de répondre à son client.
La Présidente (Mme
Thériault) : Et je dois mettre fin à l'échange.
Mme Ghazal :
...résultats aussi. Merci.
La Présidente (Mme
Thériault) : Mme la députée de Mercier, vous voyez, même
cinq minutes, ça passe trop vite, ça passe trop vite. Donc, je dois mettre fin
à l'échange.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, M. Côte, maître, d'avoir
accepté l'invitation en commission parlementaire.
Nous allons suspendre quelques instants pour
permettre au prochain groupe de prendre la place.
(Suspension de la séance à 15 h 51)
La Présidente (Mme Thériault) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous poursuivons notre séance et nous recevons maintenant
la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, donc Me
Philippe-André Tessier, le président. Vous allez nous présenter la personne qui
vous accompagne. Vous avez une dizaine de minutes pour faire votre présentation.
Par la suite, il y aura un échange avec les membres de la commission. Bienvenue
à l'Assemblée, de manière virtuelle, la parole vous appartient.
M. Tessier (Philippe-André) : Merci,
Mme la Présidente. M. le ministre, Mmes et MM. les députés. Alors, Philippe-André Tessier, je suis président de la Commission des droits de la personne et des droits
de la jeunesse et je suis accompagné de Me Geneviève St-Laurent qui est conseillère juridique
à la direction de la recherche de la commission.
Comme vous savez, la commission a entre autres
pour mission d'assurer le respect et la promotion des principes énoncés dans la
Charte des droits et libertés de la personne. Suivant son mandat, la commission
a examiné le projet de loi afin de vérifier sa conformité avec la charte et faire
les recommandations appropriées.
D'emblée, la commission tient à affirmer que la
protection du français en tant que langue publique commune du Québec est un
objectif législatif légitime d'une grande importance. La commission est d'avis
qu'il est tout aussi important, dans un régime démocratique où l'on est
respectueux des droits et libertés, de s'assurer que les droits linguistiques
de la majorité ne viennent pas empiéter sur les droits fondamentaux qui sont
reconnus à toute personne.
La commission est ainsi préoccupée par certaines
dispositions du projet de loi qui visent à introduire à la charte québécoise
des considérations qui ne relèvent pas des droits de la personne parce que ces
modifications pourraient porter atteinte à la cohérence interne de cet
instrument de protection des droits et libertés, à son architecture et aux
principes qui la sous-tendent. La commission estime donc qu'il n'est pas
souhaitable de modifier le préambule de la charte québécoise ni son
article 9.1 et qu'il ne serait pas pertinent d'y ajouter un nouvel
article
qui viendrait consacrer un droit de vivre en français. Elle considère que ce
droit toutefois pourrait avoir sa place dans l'autre charte, la Charte de la
langue française. Ces trois modifications à la charte québécoise ne semblent
d'ailleurs pas nécessaires parce que les principes de la Charte de la langue
française sont déjà pris en compte dans l'application des droits et libertés
inscrits dans la charte québécoise dans toutes les situations où la langue est
en jeu.
Cela dit, la commission ne s'oppose pas à
l'ajout d'un alinéa à la disposition interprétative de l'article 50 de la charte québécoise. Cette modification paraît
davantage cohérente avec l'objet et la structure de ce texte
fondamental, tout en respectant la nature de ces deux instruments qui
coexistent depuis plus de 40 ans. Cette proposition semble susceptible de
contribuer à l'harmonisation et à la conciliation des droits individuels
protégés par la charte québécoise avec les
droits linguistiques fondamentaux qui, eux, seraient consacrés par la Charte de
la langue française.
En outre, la commission ne s'oppose pas ni aux
modifications à la Loi d'interprétation ni au choix de conférer un statut
supralégislatif aux droits linguistiques fondamentaux justement consacrés à la
Charte de la langue française. L'importante modification qui serait ainsi
apportée à la hiérarchie des normes québécoises, plaçant la Charte de la langue française au même niveau que
la charte québécoise, viendrait certainement garantir une meilleure
prise en compte des intérêts collectifs relatifs à la vie et à la langue
publique commune dans le cas où un conflit surviendrait avec certains droits
individuels garantis par la charte québécoise.
D'ailleurs la commission insiste, comme elle l'a
fait à de multiples reprises dans le passé, sur l'importance que les
modifications au contenu normatif de la
partie I de la charte québécoise
fassent l'objet d'une large discussion publique. Celle-ci devrait impliquer non
seulement des acteurs politiques, mais aussi les membres de la société civile compte tenu de l'impact important qu'il pourrait avoir sur l'interprétation de tous les droits de la charte québécoise. Le fait de rendre la disposition de limitation de
droits qu'on trouve à l'article 9.1 applicable aux droits et libertés
protégés par les articles 1 à 56 et non plus uniquement aux droits et
libertés fondamentaux que l'on retrouve aux articles 1 à 9, mériterait
tout particulièrement une consultation de certains acteurs intéressés
spécifiquement par ces questions.
Dans son mémoire, la commission s'attarde
ensuite sur le recours très large à la disposition de dérogation dans le projet
de loi. Elle estime que son utilisation est d'une trop grande portée. Elle est
insuffisamment justifiée. Pourtant, si la charte québécoise prévoit une
dérogation aux droits qu'elle protège doit être faite de manière expresse,
c'est précisément pour qu'on puisse instaurer ou avoir un débat concernant les
justifications mises de l'avant pour suspendre
l'application de certains droits. Si le projet de loi porte atteinte à des
droits et libertés de la personne, et que le
législateur souhaite s'y soustraire, il parait donc essentiel de les identifier
pour que les citoyennes et les citoyens puissent en être informés, et
qu'un véritable débat puisse avoir lieu sur la question
Il faut comprendre que la Charte de la langue
française et la charte québécoise ne sont pas, de l'opinion de la commission,
incompatibles. Il n'est absolument pas nécessaire d'adopter une clause dérogatoire
à portée générale pour atteindre l'objectif législatif légitime de protection
de la langue française comme langue publique commune. La commission recommande
donc de ne pas adopter les articles 118 et suivants du projet de loi. Subsidiairement,
la commission recommande de préciser, dans le projet de loi, à quels droits ou
libertés de la charte québécoise on entend déroger, et spécifier quelles sont
les dispositions de la Charte de la langue française et du projet de loi
n° 96 qui y sont soustraites.
Le mémoire de la commission s'attarde ensuite
sur certains aspects du projet de loi dont elle estime qu'ils pourraient mettre
en cause certains droits et libertés de la personne tels que consacrés par,
justement, la charte québécoise et le droit
international. Dans un premier temps, la commission interpelle le législateur
et le gouvernement afin qu'ils agissent sans tarder dans le sens des
engagements pris par le Québec en vue de faire vivre, protéger et promouvoir
les langues des nations autochtones. Elle recommande au législateur de
s'assurer que les dispositions du projet de loi n° 96 tiennent compte de
ces engagements, et que cette démarche s'effectue avec la participation des
représentants autochtones.
De plus, elle recommande au législateur de
remplacer les termes amérindiens que l'on retrouve au préambule et
l'article 87 de la Charte de la langue française par celui de Premières
Nations. Plus largement, la commission recommande
au gouvernement de se saisir de l'opportunité que présente l'actuel projet de
loi pour énoncer clairement et dès
maintenant comment il envisage concrétiser, à court terme, les engagements
qu'il a pris en vue d'assurer le
respect des droits linguistiques des peuples autochtones du Québec. Cet énoncé
devrait entre autres préciser les moyens qu'il entend déployer pour que
les nations autochtones participent activement à toutes les démarches qui
seraient entreprises en ce sens.
Dans un deuxième temps, la commission s'inquiète
des excès qui pourraient découler de l'application d'une disposition
interdisant aux employés d'un organisme de l'administration d'utiliser une
autre langue que le français lorsqu'ils
communiquent entre eux dans l'exercice de leurs fonctions. La mesure proposée
pourrait donner l'impression que tout
usage d'une autre langue que le français sur les lieux du travail est interdit, peu
importe le contexte d'utilisation. Cela pourrait pousser certains
employeurs à surveiller l'usage de toute langue sur les lieux de travail,
compromettant ainsi le droit à la vie privée des employés. La commission
souligne l'importance de distinguer clairement l'usage officiel de la langue de
son usage à
titre privé.
Troisièmement, la commission est préoccupée par
la disposition qui semble prévoir qu'un organisme de l'administration ne
pourrait utiliser une langue autre que le français dans ses communications avec
les personnes immigrantes au-delà d'une période de six mois suivant leur
arrivée. La commission considère que le fait de conditionner l'usage d'une
langue dans la prestation de services administratifs en fonction d'un délai
plutôt qu'en fonction des besoins de la personne est susceptible d'entraîner
une violation du droit à l'égalité dans l'accès à des services et de l'exercice du droit à l'information prévu dans la charte
québécoise. Une telle exigence est aussi de nature à poser des
difficultés pour les personnes immigrantes dans l'obtention de services
administratifs essentiels, surtout lorsqu'elles
sont toujours en processus de francisation. D'ailleurs, le très court délai
retenu par le projet de loi ne semble pas tenir compte des nombreux
facteurs qui peuvent influencer sur le succès et la durée d'un parcours de
francisation et d'intégration. La commission recommande donc d'amender le
projet de loi n° 96 afin de retirer cette condition.
Quatrièmement, la commission est d'avis que le
recours relatif à la discrimination ou au harcèlement discriminatoire qui
serait ajouté à la Charte de la langue française n'offrirait pas d'avantage
particulier pour les travailleurs concernés. En effet, la commission exerce
déjà sa compétence en lien avec ce type de situation, que la langue visée soit
le français ou une autre langue. Le recours prévu à la charte québécoise permet
la cessation d'une atteinte à un droit ainsi que la réparation du préjudice
subi et le versement de dommages et intérêts punitifs. Un nouveau mécanisme
impliquant potentiellement trois organismes administratifs et une série de
transferts de plainte pourrait rendre l'accès au recours plus confus pour les
victimes. Dans le cas où le législateur souhaiterait néanmoins mettre en place
un recours spécifique dans la Charte de la langue française, la commission
estime que celui-ci pourrait relever de sa compétence.
La commission émet finalement des inquiétudes en
lien avec le processus de dénonciation à l'OQLF de tout manquement à la Charte
de la langue française. Il serait alors possible de passer outre à certaines
obligations de confidentialité ou au secret professionnel. Compte tenu des
atteintes que cela risque d'entraîner au droit à la vie privée et au droit au
secret professionnel protégés par la charte québécoise, la commission
recommande de ne pas adopter cette disposition.
Finalement, tout en soulignant qu'elle respecte
déjà la Charte de la langue française à
titre volontaire, la commission
explique que si le législateur souhaite l'y assujettir formellement, il est
essentiel qu'elle le soit à
titre d'institution
parlementaire et non à
titre d'organisme gouvernemental. En effet, la
commission, comme d'autres institutions, exerce une mission de
surveillance et de contrôle de l'action gouvernementale qui nécessite
d'importantes garanties d'autonomie. De plus, le droit international exige
spécifiquement que les organismes de défense des droits de la personne soient
indépendants et autonomes du gouvernement. Cette nécessaire indépendance serait
compromise par les mécanismes de
surveillance et de contrôle qui s'imposeraient aux organismes gouvernementaux.
Nous recommandons donc de modifier l'annexe I du projet de loi afin
d'être plutôt assimilés à une institution parlementaire.
terminant, nous souhaitons rappeler que les droits linguistiques d'une société
ne sont pas, par définition, contradictoires par rapport aux droits et libertés
reconnus aux personnes par la charte québécoise. Ces droits peuvent exister, coexister sans hiérarchie. S'ils venaient
à entrer en conflit dans des circonstances particulières, la commission
est d'avis que certaines mesures du projet de loi seraient susceptibles de
faciliter leur conciliation.
Je vous remercie de
votre attention et nous sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Me Tessier. Donc, sans plus tarder, M. le ministre, la parole est à
vous.
Jolin-Barrette : Oui. Merci, Mme la Présidente. Me Tessier, Me
St-Laurent, bonjour. Merci de participer aux travaux de la commission
parlementaire sur projet de loi n° 96.
Je reprends votre
dernière phrase, Me Tessier. Dans le fond, je comprends que c'est légitime pour
un État comme le Québec de mettre des mesures en place pour protéger sa langue
commune, sa langue publique, sa langue nationale. C'est justifié de le faire.
M. Tessier
(Philippe-André) : Oui. Tout à fait.
Jolin-Barrette : O.K. Vous faites quelques recommandations en lien
avec la Charte des droits et libertés de la personne
pour ne pas que l'on vienne modifier
le préambule, pour ne pas qu'on indique «droits collectifs», vous préférez «intérêts collectifs». Vous ne voulez pas
qu'on introduise le fait... le droit de vivre en français dans la Charte
des droits et libertés de la personne. Pourquoi vous ne voulez pas qu'on touche à la Charte des droits et libertés de la personne?
Pour... parce que je
vais juste vous présenter, là. La Charte des droits et libertés de la personne,
c'est quand même un document qui est important,
qui est fondamental au Québec. Et je crois que le français mérite d'y
apparaître, et, surtout, cette notion de droits collectifs doit y apparaître,
parce que c'est une Charte des droits et libertés de la personne, bien entendu,
mais, comme dans toute chose, il y a un équilibrage à faire également avec les
droits collectifs de la nation. Alors, pourquoi la commission est réticente à
ce qu'on vienne insérer ça dans la charte?
M. Tessier
(Philippe-André) : Essentiellement, il faut comprendre que ce que le projet
de loi n° 96 vient faire est d'ériger la Charte de la langue française à
un statut équivalent à celui de la charte québécoise des droits et libertés, ce
à quoi la commission ne s'oppose pas. On va donner préséance sur les autres
lois à la Charte de la langue française, tout comme à la charte québécoise. Et
ce qu'on dit, c'est que les articles auxquels le ministre fait référence sont
des éléments qui font appel aux droits linguistiques fondamentaux qui, depuis
40 ans... le législateur québécois a choisi comme véhicule pour ces droits
linguistiques fondamentaux là, le véhicule de la Charte de la langue française
et non pas le véhicule de la Charte des droits et libertés de la personne, qui
n'ont pas des finalités et des fonctions identiques. L'une et l'autre
coexistent, cohabitent, et là on vient leur donner un statut équivalent dans
l'ordre normatif du Québec, on les érige au même niveau dans la constitution
matérielle du Québec. C'est quand même fondamental, ce que le projet de loi
n° 96 vient faire en ce sens-là. Et donc, nous, on pense qu'à ce moment-là
le véhicule beaucoup plus approprié pour parler des droits linguistiques
fondamentaux tels que la Charte de la langue française en parle, c'est
effectivement la Charte de la langue française.
Je me permets
d'ajouter que, si des droits peuvent être ajoutés à la charte québécoise, et on
se dit d'accord avec ça, c'est une disposition interprétative à son
article 50 comme dans les autres l