Labour and the Economy — 27 November 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2019-11-27
Quebec — Committees
Vous allez me permettre de prendre quelques
minutes pour parler de science, Mme la Présidente, parce que, dès le départ,
lorsqu'on est arrivés sur l'article 81, j'ai mentionné à quel point c'est
un domaine, moi, qui m'interpellait et que, lorsqu'on regardait l'ensemble des
articles, il y avait énormément de choses qui pouvaient être discutées.
Pourquoi c'est important? Parce que, pour
avoir occupé la chaise du ministre pendant quelques années, on se rend compte à
quel point non seulement les fonds de
recherche jouent un rôle important, mais peuvent jouer un rôle encore plus
déterminant pour la suite des choses. Ils se trouvent à être sous le chapeau du
ministre de l'Économie, mais peuvent jouer un rôle pour l'ensemble du gouvernement.
C'est la même
chose pour la commission, la commission d'éthique. Puis je tiens à souligner
que, pour la Commission de l'éthique de science et en technologie, il y
a très peu de personnes qui en connaissent même l'existence. Si vous demandiez aux gens du gouvernement ou aux
ministres actuels du gouvernement de vous parler de cette commission-là,
je pense qu'il y en a très peu qui
pourraient dire : Ah! on sait qu'elle existe. Alors, la raison de ça en
est fort simple, c'est que son rôle, son mandat, la manière d'élever le profil
de cette commission-là n'a pas été faite. Et là on a l'opportunité ici, dans ce projet de loi, de le faire. Donc, je pense
qu'il faudrait, au contraire, saisir cette opportunité de se dire : Allons
de l'avant et essayons de voir comment est-ce que cette commission peut
avoir des dents.
Pourquoi
est-ce que c'est important que cette commission ait des dents? D'abord, parce
que vous avez vu les enjeux que
l'on a connus en matière de recherche. Alors, c'était un peu une boutade quand
je disais : Le MESI est devenu le... le ministère de l'Économie, de la
Science et de l'Innovation avait perdu le mot «science». C'était un peu une
boutade, mais ça a envoyé aussi un état d'esprit, de notre côté à tout le
moins, et peut-être sans doute du côté gouvernemental : les sciences, la manière de faire les choses, la
manière de prendre les décisions, la manière d'articuler des politiques
publiques, ça doit être basé sur la science.
force est de constater, puis là je ne vais pas m'éloigner trop du sujet, mais
vous allez comprendre ce que je veux dire, que, dans les projets de loi,
de manière générale, avec le gouvernement, et là j'exclus de projet de loi n° 27, mais je parle des
autres projets de loi, on voit à quel point les experts, la science n'a
pas été appliquée, n'a pas été mise de l'avant, et ça, c'est un enjeu qui nous préoccupe, comme opposition officielle,
de manière forte. Et on se dit : Bien, voilà une opportunité que l'on a de
bonifier une situation et de faire en sorte qu'elle ait des incidences sur les
politiques publiques autres que celles seulement rattachées au ministère
de l'Économie, parce que, comme je disais, sur le projet de loi n° 27, on
a quand même eu... je pense qu'on a bien avancé. Donc, il m'apparaît essentiel
de pouvoir étudier les aspects sur la commission de l'éthique et sur la
commission des sciences et de la technologie.
Maintenant,
lorsque l'on revient au niveau des fonds de recherche, de manière générale, les
fonds de recherche ont été établis...
il y a plusieurs années, et on parle, par exemple, du Fonds de recherche,
nature et technologie, santé, société et culture. Juste pour vous donner
une idée des modifications qu'il nous faudrait apporter, lorsque vous regardez
la description des fonds, on ne parle même
pas d'environnement. Je veux dire, la question environnementale, elle est
essentielle. Pourtant, elle n'est pas capturée même dans l'essence de la
loi. Alors, ça me paraît primordial que l'on puisse regarder ces trois fonds-là
puis de se dire : Bien, comment ces enjeux vont être capturés à
l'intérieur du projet de loi?
Lorsque
l'on parle de conseils d'administration, nulle
part il est fait référence à des
questions de parité, de diversité, de représentativité. Est-ce que ça
devrait être le cas? Est-ce que ça devrait être mentionné à l'intérieur de la
loi? On précise le nombre de personnes qui
participent aux différents conseils d'administration? Comment est-ce qu'on est
capables également d'amener un aspect
international à l'intérieur de ces fonds-là si le Québec veut être un leader...
continuer à être un leader en matière
de recherche et d'innovation? Oui, donner plus de fonds, ce que nous avons fait
sous notre gouvernement, mais également donner une bonne
représentativité à l'intérieur même de la loi.
Les nominations, la
manière dont sont faites les nominations, certaines sur trois ans, certaines
sur cinq ans, pourquoi, quand est-ce qu'elles sont renouvelées, il y a quand
même un certain nombre de questions qui méritent d'être soulevées.
Lorsque
l'on parle de Scientifique en chef qui conseille le ministre, comment est-ce
que le scientifique en chef agit auprès des autres ministères? Parce
qu'il n'y a pas que le ministère de l'Économie qui doit réfléchir à la question
de la science. On a bien vu, dans le cadre des autres projets de loi, il faut
que tous les ministères puissent être interpelés par ces questions-là, donc
quels rôles est-ce qu'ils doivent jouer.
Toute
la question des conflits... On l'a vu récemment
avec un expert qui avait une chaire de recherche puis qui émettait une
opinion, alors que sa chaire de recherche était financée par une entreprise
privée, puis il émettait une opinion sur l'entreprise privée elle-même. Donc, ces conflits-là, la manière dont ils sont
gérés, la manière dont c'est écrit là, est-ce
qu'il y a matière à revoir le fonctionnement
de la gestion de ces conflits d'intérêts là? Je pense que ça pourrait être un
sujet qui soit fort pertinent.
Ensuite,
on parle beaucoup de... À
l'intérieur de cette loi, on parle...
à plusieurs reprises, on vient parler de plaintes qui
pourraient être amenées, qui pourraient être déposées. Quel type de plainte? Est-ce
que c'est le processus à suivre? Je ne sais même pas si c'est pertinent que
l'on retrouve ça. À la limite, il y a peut-être des... abroger certains
articles qu'il faudrait faire.
Puis
après ça, écoutez, ce n'est pas compliqué, il y a
des endroits où on parle de fac-similés, là, je veux dire, de fax et puis
de... Il y a des affaires, je pense qu'il faut juste les faire sauter, là, puis
moderniser... profiter de l'opportunité que l'on a pour moderniser cette loi de
manière plus importante.
Puis
il y a des détails là-dedans, comme on l'a vu dans le projet de
loi sur... de manière générale, sur le projet de loi n° 27. Parfois,
on rentre dans un niveau de détail qui, à mon avis, n'est pas nécessaire, qui
limite l'agilité du gouvernement et du ministre,
dans ce cas-ci. Donc, je pense qu'il y
a des volets sur lesquels on devrait
éliminer certains points.
Je ne pense pas que l'étude qu'il nous reste à faire va prendre des semaines et des
semaines, pas du tout. Par contre,
je pense qu'elle est essentielle. Et je veux vraiment le soulever ici, en commission,
de dire à quel point je crois que cet élément-là, il est fondamental,
pas simplement dans le cadre de l'article 27... dans le cadre du projet de
loi n° 27, mais dans le cadre de tous
les projets de loi, et de manière non partisane que je dis ça, mais sérieusement, il y aurait matière à ce que ce soit appliqué à
d'autres projets de loi pour vraiment avoir un minimum d'approche scientifique
dans la manière de faire de la politique publique. Voilà, Mme la Présidente. Je
vous remercie.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Alors, député de Robert-Baldwin.
M. Leitão : Oui, très
bien. Merci, Mme la Présidente. Dans
ce domaine-là, de ce dont on parle ici, moi, je pense aussi à notre
secteur, à notre segment qui m'intéresse et qu'on regardera, encore brièvement,
on n'a pas besoin de passer des semaines et des semaines, mais, pour
moi, c'est le triangle entre recherche, science et économie. Parce que toute la recherche n'est pas seulement
au service de l'économie, et la science en général dépend aussi... ou
requiert aussi que les organismes
publics et privés, les fondations, etc., puissent aussi financer la recherche
pure pour faire avancer la science.
Donc, c'est l'intersection
entre le ministère de l'Enseignement supérieur et le ministère de l'Économie
dans tout ce gros
chapitre de recherche, de recherche universitaire surtout,
comment ça va se faire, en termes pratiques. Il y a de l'expertise, bien sûr,
au ministère de l'Économie, qu'il
y avait déjà et
qui est toujours là, mais il
y a aussi de l'expertise, bien
sûr, dans nos universités et dans nos centres de recherche. Alors, il faut
trouver un moyen de, d'un côté, bien arrimer tout ça et, en même temps, de
s'assurer que cette recherche-là demeure indépendante et demeure... que les universitaires, les chercheurs puissent avoir aussi la plus grande latitude possible
pour mener leurs travaux de recherche.
Ce dont ma collègue
a mentionné tantôt en termes d'éthique, parce que ça... donc, ça
rentre aussi dans ce domaine-là. Là, c'était un exemple très clair de potentiel
conflit d'intérêts, parce qu'on voit aussi que de plus en plus, dans beaucoup d'universités québécoises et ailleurs, les chaires de recherche sont aussi financées
par des organismes privés. Alors, où est-ce qu'on trace la ligne
pour nous assurer qu'il n'y a pas de... qu'on minimise les conflits d'intérêts? Parce qu'on ne pourra
jamais les éliminer complètement. Comment on
minimise cela? Comment on s'assure que les différents codes d'éthique soient
bien suivis?
Alors, tout ça, ce
sont des considérations qui sont très importantes. Et, dans tout ce... comme je
disais au début, tout ce triangle-là, je
pense qu'il faut trouver une place pour, dans ce triangle décisionnel, trouver
une place pour les spécialistes qu'on
a aussi au ministère de l'Enseignement supérieur et dans les universités aussi
pour... Moi, ce que je crains le plus et
je pense que ça ne serait pas... ce n'est pas ça, l'intention du gouvernement
non plus, j'en suis certain, mais que la recherche au Québec devienne purement basée sur des... ou
orientée sur des propos purement commerciaux, je pense que cela est un
peu dangereux.
Et d'ailleurs on n'a
qu'à voir les bénéfices, on parle... Tout le monde en parle maintenant, là, de
l'intelligence artificielle, ce qui est très
bien, mais n'oublions pas que, derrière tout ça, au tout début, il y avait la
recherche pure, il y avait la mathématique, il y avait les sciences qui
n'étaient pas tout à fait, à l'époque, très sexy pour générer de l'intérêt que
ce soit du gouvernement ou des fondations privées. Donc, il faut qu'on
soit capable de maintenir cette approche multilatérale où la recherche et les fonds de recherche sont financés et encadrés en
partie par le gouvernement, mais aussi par les chercheurs eux-mêmes et
les universités. Voilà.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci beaucoup. Député de Nelligan.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente. En premier lieu, je tiens à remercier le ministre
pour son ouverture qu'il a toujours
démontrée depuis le début de l'étude de ce projet de loi. Je reconnais en lui
la personne que, face d'un problème, il s'assoit pour trouver des
solutions pour faire bien avancer pas uniquement... je ne vais pas dire son
projet de loi, mais notre projet de loi. Et je tiens à le remercier pour cette
ouverture.
Je vais toujours
utiliser les mêmes arguments et la même logique qui j'ai utilisés depuis le
début de l'étude de ce projet de loi, nous
sommes là pour bonifier le projet de loi, nous sommes là pour échanger avec la
ministre. Nous sommes conscients des
contraintes que, parfois, elles peuvent venir de forces externes, hein?
Parfois, il y a des forces qu'on ne peut pas contrôler, et je comprends.
Je comprends le ministre que, parfois, on ne peut pas tout con