Transportation and the Environment — 24 October 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CTE 2023-10-24
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante-neuf minutes)
La Présidente (Mme Maccarone) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission des transports et de l'environnement ouverte.
La commission
est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 22
concernant l'expropriation.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Blouin (Bonaventure) est remplacée par M. Bélanger (Orford); Mme Bogemans (Iberville), par M. Caron
(Portneuf); Mme Gendron (Châteauguay), par Mme Mallette
(Huntingdon); et Mme Grondin (Argenteuil), par M. Martel
(Nicolet-Bécancour).
Présidente (Mme Maccarone) : Merci beaucoup. Je vous rappelle que l'étude de
l'article 5 et de l'amendement proposé
par M. le député de l'Acadie à cet
article a été suspendue, ainsi que l'étude
de l'amendement visant à introduire l'article 14.1, proposé par M.
le député de l'Acadie.
Lors de la suspension des travaux, de nos
travaux jeudi dernier, nous étions à l'étude de l'article 15. Est-ce qu'il
y a d'autres interventions sur cet article? Alors, s'il n'y a pas d'autre
intervention, nous allons procéder à... Oui, M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui. Merci. D'abord,
salutations aux collègues. Content de vous revoir cette semaine.
J'avais
d'abord une question sur le 15. Pourquoi on est passés d'un délai de
20 jours à un délai de 30 jours dans la proposition, là, le
nouvel
article 15 qui remplace le 42 dans la précédente loi?
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Mme Guilbault : Donc, c'est pour accommoder l'expropriant. Ça facilite pour
les procédures.
M. Grandmont : O.K. Donc, c'est...
Ce que... Je me posais la question, parce qu'on est vraiment dans une logique, là, d'essayer de raccourcir les délais
pour la réalisation des expropriations. On a une augmentation des délais.
Je comprends que, considérant l'ampleur des
tâches qui sont à réaliser par l'expropriant, c'est un délai qui semble plus raisonnable.
C'est... Est-ce que c'est... je comprends bien la nature de la modification?
Guilbault : Il y a aussi un élément de concordance avec
certains articles qu'on a... avec certains articles qu'on a adoptés
auparavant.
Mme Guilbault :
...alors que, dans l'article 42 de la
Loi sur l'expropriation, c'était
20 jours.
La Présidente (Mme Maccarone) : Excusez-moi.
Si vous désirez... Est-ce que...
Mme Guilbault : Ah oui! Est-ce qu'on accepte que ma collègue réponde?
La Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce
qu'il y a consentement?
La Présidente (Mme Maccarone) : Si
vous pourriez vous présenter, s'il vous plaît.
Mme Ferlatte-Schofield
(Karine) : Oui. Bonjour.
Karine Ferlatte. Je suis évaluatrice agréée. Je suis aussi coordonnatrice aux acquisitions immobilières pour
les projets de la ligne bleue et du REM, donc, tout ce qui est transport
collectif.
Donc, c'est
sûr que, dans les dernières années, on en a vécu beaucoup. Entre autres, on
s'est rendu compte que 20 jours,
des fois, ce n'était pas suffisant pour nous. Quand on a eu à exproprier,
particulièrement, un centre d'achats de 250 locataires, ce n'était
pas suffisant, un 20 jours, pour nous, pour pouvoir notifier ces
locataires-là dans les délais. Donc, on a augmenté à 30. Par contre, ça ne raccourcit pas du tout le
délai entre la signification de l'expropriation et le quatre mois qu'on a prévu
pour la prise de possession. Ça fait que c'est vraiment juste une
accommodation, mais qui ne rallonge pas du tout nos délais.
M. Grandmont : ...pas le processus.
Merci pour les explications. Juste pour bien comprendre, là, le délai de
20 jours... Puis l'exemple que vous donnez, là, me semble quand même
assez... de nature importante, là. On parle de 250 quelques locataires qui faisaient partie, là, du processus
d'expropriation. Ça avait quoi, comme implication, le fait de peut-être
déborder du 20 jours? Est-ce que ça... Qu'est-ce que ça avait, comme
impact, dans le fond, sur le travail?
Mme Ferlatte-Schofield (Karine) :
Bien, c'est sûr qu'on doit... on devait respecter le délai de 20 jours
pour signifier aux 200 locataires
aussi, pour pouvoir publier notre avis de transfert à temps. Donc, ça méritait
du travail jour et soir pour nos
techniciens chez nous. Puis, puisqu'il n'y a pas... ça ne change pas le délai
avec la prise de possession, bien, c'était comme un accommodement de le
mettre à 30 jours.
D'ailleurs,
on a... il y a plusieurs délais qu'on a arrondis à 30 jours
au lieu de 20 ou de 15, que vous allez pouvoir constater tout au long
des procédures.
M. Grandmont : Parfait. Merci. Ça
répond à ma question.
La Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce
qu'il y a d'autres interventions? Oui, M. le député de l'Acadie.
Morin : ...comme vous le savez, Mme la Présidente, je dois
procéder à un débat au salon bleu à 10 heures avec M. le ministre de la
Justice, donc, simplement peut-être suspendre pour me permettre de me rendre au
salon bleu.
La Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce
que vous avez une intervention à faire sur l'article 15?
M. Morin : Sur l'article 15, je
n'en ai pas, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Maccarone) : Ça fait que, peut-être, nous pouvons au moins
procéder à la mise aux voix. Ça fait que... Est-ce que l'article 15
est...
La Présidente (Mme Maccarone) : Il y
a un amendement.
Mme Guilbault : Ah oui! Mon amendement. C'est vrai.
Présidente (Mme Maccarone) : Ça fait que, d'abord, Mme la ministre, je vais
quand même suspendre les travaux...
Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce qu'il y a un amendement qui a été déposé?
O.K. Ça fait que ce n'est pas sur Greffier encore.
Alors, nous
allons suspendre les travaux pour donner le temps aux députés d'intervenir et
de mettre l'amendement sur le Greffier. Merci.
(Suspension de la séance à 9 h 55)
Présidente (Mme Maccarone) :
Alors, nous allons reprendre les travaux. Mme la ministre, pour la lecture
de votre amendement à l'article 15.
Guilbault : Oui. Merci, Mme la Présidente. Alors, mon
amendement à l'article 15 : Insérer, dans le premier alinéa de
l'article 15 du projet de loi et après «d'expropriation et», «l'extrait du
cadastre du Québec ou».
Et le
commentaire : Il est proposé de modifier l'article 15 du projet de
loi en concordance avec les modifications apportées par amendement à l'article 9 du projet de loi, qui sont
venues prévoir que l'expropriant pourrait simplement accompagner l'avis d'expropriation d'un extrait du
cadastre du Québec lorsque l'expropriation porte sur un lot complet
situé en territoire rénové.
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci.
Est-ce qu'il y a des interventions?
M. Morin : Il n'y a pas
d'intervention, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Maccarone) : ...pas d'intervention. Alors, nous allons procéder à la
mise aux voix de l'amendement à l'article 15. Est-ce que l'amendement de
l'article 15 est adopté?
Présidente (Mme Maccarone) : Parfait. Alors, est-ce qu'il y a autres
interventions à l'article 15 modifié?
M. Morin : Non, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Maccarone) : Alors, nous allons procéder à la mise aux voix de
l'article 15 modifié. Est-ce que c'est adopté?
La Présidente (Mme Maccarone) : Parfait.
Nous allons procéder à l'article 16. Mme la ministre.
Guilbault : Oui. Merci.
Article 16 : «Lorsque l'avis
d'expropriation inscrit pour un immeuble fait l'objet d'une demande en
radiation conformément au deuxième alinéa de l'article 15, l'expropriant
ne peut faire inscrire sur le registre
foncier un avis de transfert de droit pour cet immeuble que lorsque la personne
intéressée s'est désistée de [la] demande ou lorsque le jugement
refusant la demande en radiation est passé en force de chose jugée.
«Dans le
cadre de l'instance en fixation de l'indemnité d'expropriation et dans les six
mois qui suivent l'inscription sur le registre foncier d'un avis de transfert
de droit en contravention du premier alinéa, la
partie dessaisie peut demander au Tribunal des dommages-intérêts en
réparation du préjudice résultant de cette inscription. Cette demande doit
être notifiée à l'expropriant.»
Donc, en commentaire :
L'article 16 du
projet de loi prévoit que l'expropriant ne pourrait pas faire inscrire sur le registre foncier un avis de transfert de
droit lorsque l'avis d'expropriation visant l'immeuble à transférer fait
l'objet d'une demande en radiation.
Cette interdiction s'appliquerait tant que le demandeur ne s'est pas désisté de
sa demande ou que le jugement refusant la demande en radiation n'est pas
passé en force de chose jugée.
Cet
article
prévoit également que, lorsque l'expropriant inscrit malgré tout l'avis de
transfert au registre foncier, la
partie dessaisie peut demander au TAQ des dommages et intérêts en réparation du
préjudice résultant de cette inscription. Elle doit le faire dans le cadre de l'instance en fixation de l'indemnité
d'expropriation et dans les six mois qui suivent l'inscription fautive
sur le registre foncier de l'avis de transfert de droit.
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci.
Est-ce qu'il y a des interventions? M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui. Merci.
Simplement une question de compréhension pour l'instant, là. Quels genres de
préjudices peuvent résulter d'une simple inscription, dans le fond?
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Mme Guilbault : Oui. Bien, je proposerais que ma collègue réponde.
La Présidente (Mme Maccarone) : Oui,
si vous pouvez vous présenter, s'il vous plaît.
Mme Massé
(Julie) : Oui. Bonjour. Julie Massé, avocate légiste à la
Direction des affaires juridiques, Transports et Mobilité durable.
Le genre de
préjudice, ça pourrait être si l'avis d'expropriation n'est pas valablement
inscrit et qu'un acheteur se
désistait, par exemple, d'acheter la propriété à cause... en voyant cet avis
d'expropriation là. À ce moment-là, je pourrais... l'exproprié pourrait
subir des préjudices, là, et les réclamer.
Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce qu'il y a autres interventions? Alors, nous
allons passer à la mise aux voix. Est-ce que l'article 16 est adopté?
La Présidente (Mme Maccarone) : Parfait.
Nous allons poursuivre.
L'article 17. Mme la ministre.
Guilbault : Oui.
Article 17 : «L'exproprié peut,
dans les 30 jours qui suivent la date de l'expropriation, contester le droit de l'expropriant à l'expropriation et
demander la radiation de l'avis d'expropriation au moyen d'une demande à la
Cour supérieure du district où est situé l'immeuble exproprié. Cette demande
doit être signifiée à l'expropriant et au Tribunal administratif du
Québec et elle doit être instruite et jugée d'urgence.
«Cette demande n'opère pas sursis de la
procédure d'expropriation, à moins que la Cour supérieure, sur demande de l'exproprié,
n'en décide autrement. S'il y a lieu, la Cour ordonne que les pièces du dossier
du Tribunal qu'elle détermine soient transmises sans délai au greffier
de la Cour.»
En commentaire :
L'article 17 du
projet de loi maintiendrait le droit de l'exproprié de contester le droit de l'expropriant à l'expropriation tout en précisant
qu'il demanderait en même temps la radiation de l'avis d'expropriation. Cette demande en contestation et en radiation
serait présentée à la Cour supérieure. Toutefois, contrairement à la
Loi sur
l'expropriation et afin de diminuer les délais de la procédure d'expropriation,
cette demande n'opérerait pas la suspension de la procédure d'expropriation, à moins que la Cour supérieure ne
l'ordonne à la suite d'une demande de l'exproprié.
Enfin, afin
de faciliter et d'accélérer le traitement de la demande, la Cour supérieure
pourrait ordonner que les pièces au
dossier du Tribunal administratif du
Québec soient transmises au greffier
de la cour, tout comme elle peut le faire, en vertu du Code de procédure
civile, lors d'un pourvoi en contrôle judiciaire.
Alors, ça
remplace ou, en tout cas, c'est l'équivalent de l'article 44 dans la loi
actuelle, et, dans la loi actuelle, comme ça a été déjà exprimé dans le
commentaire, là, bien, en ce moment, ça suspend la procédure quand il y a une
demande de radiation. Et ce qu'on propose dans le projet de loi, c'est, bien
sûr, de préserver le droit de contestation, mais
de faire en sorte que ça ne suspende pas la procédure comme telle, donc qu'on
puisse continuer de faire avancer certaines étapes dans le respect... dans le plein respect des droits de chacun.
Mais, ce faisant, on peut faire diminuer les délais, qui est un des
objectifs principaux du projet de loi, comme, je pense, tout le monde le sait.
La Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce
qu'il y a des interventions? Oui, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci, Mme la Présidente.
Alors, comme Mme la ministre vient de le souligner, effectivement, nous avons bien compris que l'intention du
législateur avec ce projet de loi, c'est d'aller plus vite. Cependant, parfois,
on va plus vite puis on cause plus de
dommages que quand on prend notre temps. Alors, moi, j'aurais quelques questions
et suggestions pour Mme la ministre.
D'abord, ma
compréhension du nouveau régime mis en place par la loi, c'est que la date de
l'expropriation, c'est la date de la signification de l'avis. Donc,
quand je lis l'article 17, ça voudrait donc dire que, quand un expropriant
signifie l'avis, l'exproprié qui vient de le
recevoir a 30 jours pour contester le droit de l'expropriant, ce qui n'est
quand même pas beaucoup, parce qu'il va falloir que l'exproprié,
j'imagine, ou bien ramasse des preuves ou consulte un avocat pour, après ça, déposer sa demande à la Cour supérieure, tout ça
dans un délai de 30 jours, ce qui est peu. Mais, en plus, le
législateur vient ajouter, dans le deuxième alinéa, que cette demande n'opère
pas le sursis de la procédure, sauf si le tribunal en décide autrement.
Et donc le
scénario qu'on peut voir arriver, c'est qu'il va y avoir une contestation, la
procédure d'expropriation va continuer, et il est possible que la Cour
supérieure décide que l'expropriant n'a pas le droit d'exproprier. C'est
sûr que, si la Cour supérieure rend sa
décision, même si ça doit être jugé d'urgence, un an ou deux après, alors là,
il va falloir réévaluer tous les dommages qui ont été causés à
l'exproprié.
En fait, moi, j'aurais préféré, sincèrement, que
le deuxième alinéa se lise en disant que ça opère sursis, sauf, sauf si l'expropriant est capable de démontrer
d'une façon particulière qu'il y a véritablement urgence d'agir. Mais, comme
c'est là, moi, ma crainte, et je tiens à
l'exprimer, c'est que non seulement on va complexifier les procédures, mais on
risque de les ralentir plutôt que de
les accélérer, et faire en sorte qu'on va multiplier les recours, et, en bout
de piste, peut-être se ramasser avec
des dommages plus élevés que ce qu'on aurait dû... en fait, ce que
l'expropriant aurait dû payer de toute façon. Alors, j'aimerais, s'il
vous plaît, Mme la Présidente, entendre Mme la ministre là-dessus.
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Guilbault : Oui. Merci, Mme la Présidente. Bien, peut-être
pour rassurer mon collègue, d'abord, dans le premier alinéa, le délai de 30 jours, c'est le même qui est déjà
prévu à l'article 44 de la
Loi sur l'expropriation. Donc, il n'y a
rien de plus court ou de plus long. C'est la même chose qu'on a en ce moment.
Et, pour le deuxième, bien, c'est sûr que, quand
on dit qu'on ne suspend pas la procédure, c'est que ça va permettre à
l'expropriant d'aller de l'avant avec certains travaux ou certaines actions par
rapport... puis là je validais avec ma collègue ici, qui connaît bien la chose,
par rapport, mettons, à des tests, ou à des vérifications pour la contamination, ou la capacité portante d'un sol,
ou des choses comme ça, en vue de documenter la zone en question pour l'éventuel projet. Mais ce sont des choses qui
feront en sorte que, si jamais la radiation est acceptée puis que
l'expropriation n'avait pas lieu, on pourra remettre en état le terrain
en question, puis il n'y aura pas de préjudice, alors... de préjudice durable pour le non-exproprié,
finalement. Puis ça poursuit l'objectif d'aller plus rapidement, là. Il faut
toujours garder ça à l'esprit aussi.
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
le député.
M. Morin : Merci. En tout cas, c'est
clair que, pour aller plus rapidement, on va aller plus rapidement. Ça, j'ai bien compris. C'est évident. Mais, comme je
le disais tout à l'heure, des fois, quand on veut aller trop vite, ça ne va
pas nécessairement mieux après.
Puis je
comprends, je comprends très bien ce que dit Mme la ministre. C'est sûr que, si
les travaux qui sont faits, c'est quelques analyses de sol, une ou deux
carottes, on regarde ce qu'il y a dans le sol, est-ce que c'est contaminé ou pas, bien évidemment, pour l'exproprié, ça,
l'impact est minime. Mais c'est à condition, évidemment, que la Cour supérieure
puisse rendre sa décision. Même si c'est jugé d'urgence,
très rapidement, bien, si ça prend un an, ou deux, ou trois, il va arriver deux
choses : ou bien l'expropriant va arrêter parce que, là, il ne saura pas,
ou, s'il a besoin d'une
partie de terrain pour un usage public, il va carrément
arracher le bout de terrain, ou il va détruire l'immeuble, puis là, à ce moment-là, le préjudice va être énorme s'il
n'avait pas le droit d'exproprier, ou encore, parce qu'il ne voudra peut-être
pas détruire l'immeuble, il va arrêter puis
il va attendre. Donc, d'un côté comme de l'autre, ça n'ira pas nécessairement
plus vite. Et, si moi, j'étais exproprié puis que j'étais confronté à cette
éventualité-là, par exemple, je pourrais perdre mon immeuble. C'est sûr que les
recours vont augmenter.
Donc, je crains que ça n'aille pas plus vite, au
contraire, mais que ça fasse en sorte qu'on va multiplier les recours devant les tribunaux, qu'on va les
complexifier. Puis c'est la raison pour laquelle la proposition, finalement, que
je faisais à Mme la ministre, c'est de
dire : Voyons-le d'une autre façon. Ça opère sursis des procédures, puis,
si l'expropriant est capable de
convaincre le tribunal que c'est tellement important qu'il faut qu'il continue,
bien, non seulement il aura la chance
de démontrer qu'il y a une assise juridique valable à son droit d'exproprier,
mais qu'en plus il y a une urgence d'agir.
Et je pense qu'à ce moment-là on obtiendra un meilleur équilibre et qu'on
protégerait davantage, finalement, les droits de l'exproprié.
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Guilbault : Oui. Bien là, je comprends, là, que le collègue
maintient sa position, mais moi, je vais maintenir la mienne, Mme la
Présidente, là, ce que j'ai déjà expliqué la dernière fois que j'ai parlé au
micro.
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
le député.
M. Morin : Je vous remercie. Je
maintiens également ma position et... Voilà. Merci.
La Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce
qu'il y a d'autres interventions? M. le député de Taschereau.
Grandmont : Bien, d'abord, tout simplement, sur les
commentaires, là, de notre collègue, là, de l'Acadie, là, moi, je comprends
qu'il n'y a pas de modification sur les délais qui sont mis en place. On est
toujours dans du 30 jours. C'est
simplement... La modification vient enlever, finalement, le sursis, là,
c'est-à-dire qu'on continue le processus sans surseoir, ce qui m'apparaît une bonne façon de travailler pour accélérer
les délais. Le 30 jours est toujours le même. On n'a pas augmenté les délais. On ne les a surtout
pas réduits. Donc, l'exproprié a toujours la possibilité de pouvoir contester
l'expropriation. Ça me semble, justement, équilibré, comme proposition,
d'autant qu'on est, comme je le rappelle toujours, là, dans une perspective où
on veut accélérer les délais.
Moi, je me
posais des questions sur... Puis peut-être que Mme la ministre ou ses collègues
pourront répondre. On parle, dans le
deuxième paragraphe, que... alinéa, pardon, que cette demande-là... en fait,
que la Cour supérieure peut, sur
demande de l'exproprié, opérer un sursis. Est-ce que... D'abord, quels
pourraient être... Ma question est la suivante, là : Quels pourraient être les critères qui pourraient être
invoqués pour demander un sursis? Est-ce qu'on risque d'en avoir souvent, régulièrement? Et est-ce qu'avec cette
disposition-là, dans le fond, on n'est pas en train d'ouvrir une boîte dans
laquelle, finalement, tout le monde va
demander... tous les expropriés vont demander un sursis? Bien, j'aimerais
comprendre les motifs qui pourraient, selon la Cour supérieure, là,
autoriser un sursis.
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Guilbault : Oui. Bien, je proposerais que ma collègue du PGQ
réponde, si le député Taschereau est d'accord.
La Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce
qu'il y a consentement?
La Présidente (Mme Maccarone) : Si
vous pouvez vous présenter, votre nom et votre titre, s'il vous plaît, avant de
prendre la parole.
Mme Légaré (Geneviève) : Parfait.
Merci. Geneviève Légaré. Je suis du bureau du Procureur général au ministère de
la Justice du Québec, à... du Procureur général à Montréal.
Bien, écoutez, en fait, pour pouvoir suspendre
tout le processus, le fameux sursis, la personne doit démontrer qu'il y a un préjudice. C'est vraiment la
condition à satisfaire : Est-ce qu'il y a un préjudice? Quand c'était dans
le sens inverse avec
l'article 44.2, c'était aussi la condition pour le gouvernement. Mais
c'est tout autour de la notion du préjudice.
Donc, est-ce que ça me cause un préjudice si l'expropriant va de l'avant? Et
puis, si la réponse est oui, bien, la Cour
supérieure va donner droit à la demande de l'exproprié. Mais, c'est ça, la
preuve, c'est vraiment au niveau du préjudice.
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
le député.
M. Grandmont : O.K. Merci beaucoup.
Présidente (Mme Maccarone) : Parfait. Est-ce qu'il y a autres interventions?
S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à la mise aux
voix. Est-ce que l'article 17 est adopté?
La Présidente (Mme Maccarone) : Parfait.
Merci. Mme la ministre,
article 18, s'il vous plaît.
Guilbault : Oui.
Article 18 : «Le jugement sur une
demande faite en vertu de l'article 17 est notifié sans délai par
le greffier de la Cour supérieure au Tribunal et, lorsque le jugement fait
droit à la demande, est signifié aux parties s'il ordonne d'accomplir ou de ne
pas accomplir un acte.»
commentaire :
L'article 18 du projet de loi prévoit essentiellement
deux obligations d'information. La première imposerait au greffier de notifier au Tribunal administratif du Québec
le jugement rendu sur la demande en contestation et en radiation prévue à l'article 17 du projet de loi afin
d'informer le tribunal du jugement rendu par la Cour supérieure. La
seconde lui imposerait de signifier aux parties, notamment l'expropriant, le
jugement invalidant la procédure d'expropriation.
Ce dernier devrait alors, en vertu de l'article 20 du projet de loi,
présenter à l'Officier de la publicité foncière le jugement invalidant
le droit à l'expropriation et ordonnant la radiation de l'avis d'expropriation.
Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce qu'il y a des interventions? S'il n'y a pas
d'intervention, nous allons procéder à la mise aux voix. Est-ce que
l'article 18 est adopté?
La Présidente (Mme Maccarone) : Parfait.
Mme la ministre,
article 19, s'il vous plaît.
Guilbault : Merci.
Article 19 : «L'appel d'un jugement
rendu sur une demande faite en vertu du premier alinéa de
l'article 17 n'a lieu que sur permission d'appeler accordée par un juge de
la Cour d'appel. Il est soumis aux règles applicables
à un jugement au fond de la Cour supérieure; cependant, l'appelant doit
produire au greffe et notifier à l'intimé son mémoire dans les
15 jours qui suivent le dépôt de la déclaration d'appel et l'intimé n'est
pas tenu de produire de mémoire.
«À moins que le juge en
chef n'en décide autrement, l'appel est entendu par préférence, à la
première séance qui suit la production du mémoire.»
En commentaire :
L'article 19 du
projet de loi reprend l'article 44.2 de la
Loi sur l'expropriation et
prévoit que l'appel d'un jugement rendu sur
une demande en contestation et en radiation ne se fait que sur permission par
un juge de la Cour d'appel. Les
règles applicables à l'appel d'un jugement au fond de la Cour supérieure sont
applicables, sauf celle quant à la
production du mémoire de l'appelant qui doit être produit au greffe... et
notifier à l'intimé son mémoire dans
les 15 jours qui suivent le dépôt de la déclaration d'appel, et celle que
l'intimé n'est pas tenu de produire de mémoire.
Enfin, cet
article prévoit que, sauf si le juge en chef n'en décide autrement, l'appel est
entendu par préférence, à la première séance qui suit la production du
mémoire.
Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce qu'il y a des interventions? S'il n'y a pas
d'intervention, nous allons procéder à la mise aux voix. Est-ce que
l'article 19 est adopté?
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre,
article 20, s'il vous plaît.
Mme Guilbault : Oui.
Article 20, et j'aurai un amendement.
Article 20 : «Lorsque la Cour supérieure fait droit à la demande de l'exproprié contestant le droit à l'expropriation
et demandant la radiation de l'avis d'expropriation, l'expropriant doit,
dans les 30 jours qui suivent la date où le jugement est passé en force de
chose jugée, présenter à l'Officier de la publicité foncière le jugement
invalidant le droit à l'expropriation et ordonnant la radiation de l'avis
d'expropriation.
«L'expropriant doit notifier aux parties
dessaisies l'état certifié de la radiation de l'avis d'expropriation sur le registre foncier accompagné d'un avis les
informant de leur droit de demander au Tribunal, dans les six mois qui suivent
cette notification, des dommages-intérêts en
réparation du préjudice résultant de la procédure d'expropriation. Dans le cas
d'une notification au locataire ou à l'occupant de bonne foi, cet état certifié
doit également être accompagné du jugement visé au premier alinéa.»
En commentaire :
L'article 20 du
projet de loi prévoit que, lorsque la procédure d'expropriation est invalidée par la Cour supérieure, l'expropriant devrait
présenter à l'Officier de la publicité foncière le jugement invalidant le droit
à l'expropriation et ordonnant la
radiation de l'avis d'expropriation afin que l'avis d'expropriation soit radié
du registre foncier.
Il devrait ensuite notifier aux parties
dessaisies l'état certifié de la radiation de l'avis d'expropriation sur le registre foncier et les informer, par un avis, de
leur droit de demander au TAQ des dommages-intérêts en réparation du préjudice
résultant de la procédure d'expropriation. Il devrait également transmettre aux
locataires et aux occupants de bonne foi le jugement invalidant la
procédure d'expropriation puisque ceux-ci ne participent pas à cette procédure.
La Présidente (Mme Maccarone) : Nous
allons suspendre les travaux quelques instants, le temps de recevoir
l'amendement sur le Greffier.
(Suspension de la séance à
10 h 44)
La Présidente (Mme Maccarone) : Alors,
nous allons reprendre. Mme la ministre, pour la lecture de l'amendement
à l'article 20, s'il vous plaît.
Guilbault : Oui. Alors, je lis mon
amendement à l'article 20?
La Présidente (Mme
Maccarone) : Oui, s'il vous plaît.
Guilbault : Parfait.
Article 20 : Remplacer, dans le premier alinéa de l'article 20
du projet de loi, «Lorsque la Cour supérieure» par «Lorsqu'il est».
Et en
commentaire : Il est proposé de modifier le texte proposé de
l'article 20 du projet de loi afin de tenir compte que les tribunaux en
appel pourraient également faire droit à la demande de l'exproprié si le
jugement rendu par la Cour supérieure était porté en appel.
La Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce
qu'il y a des interventions à l'amendement à l'article 20? S'il n'y a pas
d'intervention, nous allons passer à la mise aux voix. Est-ce que... Oui, M. le
député d'Acadie.
M. Morin : Merci, Mme la Présidente. Donc, en fait, vous
voulez... au lieu d'indiquer «Lorsque la Cour supérieure», vous voulez
éviter une redite et vous utilisez «il».
Guilbault : Excusez, je n'ai pas entendu
la question.
M. Morin : Avec
votre amendement, puisque vous enlevez «la Cour supérieure» et que vous
utilisez «il», c'est que vous voulez éviter une redite plutôt que dire encore
«la Cour supérieure».
Mme Guilbault : Non. C'est qu'on ne veut pas limiter à la Cour supérieure puis on veut
que les tribunaux en appel puissent aussi avoir la même possibilité.
M. Morin : Vous ne voulez pas le limiter à la Cour
supérieure. Donc, vous voulez le permettre à quelles cours?
La Présidente (Mme
Maccarone) : Mme la ministre.
Guilbault : Bien... Est-ce qu'on a une
précision qu'on peut apporter, plus juridique?
Guilbault : Si la demande à la Cour
supérieure, de radiation, est portée en appel puis que c'est les tribunaux
d'appel qui rendent la décision, il faut que cette même décision là aussi fasse
l'objet de l'article 20, là, soit notifiée,
etc. Mais là on limitait à la Cour supérieure, dans le fond. C'est lorsque la
Cour supérieure et la Cour d'appel...
M. Morin : O.K. Donc, plutôt que de reprendre un
article qui
mentionnerait spécifiquement la Cour d'appel, en modifiant 20 puis en mettant
«il», vous voulez inclure la Cour supérieure et la Cour d'appel. C'est ma
compréhension.
Guilbault : Exactement, oui.
M. Morin : O.K.
Parfait.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Est-ce qu'il y a autres interventions? Non? Parfait. S'il
n'y a pas d'autre intervention, nous allons passer à la mise aux voix. Est-ce
que l'amendement à l'article 20 est adopté?
La Présidente (Mme
Maccarone) : Nous revenons à l'article 20. Est-ce qu'il y a
autres interventions? S'il n'y a pas d'autre
intervention, nous allons passer à la mise aux voix. Est-ce que
l'article 20, tel qu'amendé, est adopté?
Présidente (Mme Maccarone) : Parfait. Nous allons poursuivre. Mme la ministre,
pour la lecture de l'article 21. Et nous avons aussi un amendement.
Mme Guilbault : Oui. Merci, Mme la Présidente.
Article 21 :
«Lorsque la Cour supérieure fait droit à la demande
de l'exproprié contestant le droit à l'expropriation et demandant la radiation
de l'avis d'expropriation, les parties dessaisies peuvent, dans le cadre
de l'instance en fixation de l'indemnité d'expropriation, demander au Tribunal
des dommages-intérêts en réparation du préjudice résultant de la procédure
d'expropriation. La demande doit être déposée
[au tribunal], dans le cas d'un exproprié, dans les six mois qui suivent la
date à laquelle le jugement est passé en force de chose jugée et, dans
le cas du locataire ou de l'occupant de bonne foi, dans les six mois qui
suivent la date de la notification prévue au
deuxième alinéa de l'article 20. Cette demande doit être notifiée à
l'expropriant dans ces mêmes délais.
«Dans le cadre de cette même instance et dans
les six mois qui suivent la date à laquelle le jugement est passé en force de
chose jugée, l'expropriant peut demander au Tribunal d'ordonner à la
partie
dessaisie de restituer la totalité ou une
partie des indemnités. Cette demande
doit être notifiée à la
partie dessaisie dans ce même délai.
«Les délais prévus au présent
article sont de
rigueur.»
commentaire :
L'article 21 du projet de loi prévoit que, lorsque la
procédure d'expropriation est invalidée, les parties dessaisies pourraient demander au TAQ des dommages-intérêts en
réparation du préjudice résultant de la procédure d'expropriation.
Il prévoit
également que l'expropriant pourrait également demander au tribunal d'ordonner
à la
partie dessaisie de restituer la
totalité ou une
partie des indemnités qui lui ont été versées. Il prévoit que
ces demandes devraient être faites dans
le cadre de l'instance en fixation de l'indemnité d'expropriation, regroupant
ainsi les demandes d'indemnité sous la compétence du tribunal.
Il prévoit finalement des délais de rigueur pour
présenter ses demandes, lesquelles doivent être notifiées à l'autre partie.
La Présidente (Mme Maccarone) : L'amendement.
Guilbault : Et l'amendement,
article 21 : Remplacer,
dans le premier alinéa de l'article 21 du projet de loi, «Lorsque
la Cour supérieure» par «Lorsqu'il est».
Et c'est la concordance avec ce qu'on vient de
faire pour l'article 20.
Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce qu'il y a des interventions? S'il n'y a pas
d'intervention, nous allons passer à la mise aux voix. Est-ce que
l'amendement à l'article 21 est adopté?
La Présidente (Mme Maccarone) : Parfait.
Est-ce qu'il y a des interventions à l'article 21 tel qu'amendé? S'il n'y
a... Oui, M. le député d'Acadie.
Morin : En fait, je comprends, Mme la Présidente, qu'avec
l'article 21, si jamais le droit de l'expropriante, finalement... si le tribunal décide que
l'expropriante n'a pas de droit, donc, la
partie ou l'exproprié va pouvoir
demander des dommages-intérêts, mais au tribunal, qui est le Tribunal
administratif et non pas la Cour supérieure. Est-ce qu'il y a une limite des
dommages-intérêts qui peuvent être accordés?
Puis je
comprends du deuxième alinéa que l'expropriant peut demander au tribunal
d'ordonner à... de restituer la
totalité ou une
partie des indemnités. Je comprends que l'expropriant pourrait
se dégager de la procédure d'expropriation. Est-ce que je comprends
bien? Puis quelles... Est-ce qu'il y a des balises pour les dommages-intérêts?
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Mme Guilbault : Non. Bien, pour ce qui est des balises, tant que c'est
justifié, il n'y a pas de balise, selon ce que
je comprends. Puis là, pour la
partie de la restitution, si mon collègue est
d'accord, j'inviterais ma collègue ici à compléter.
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
Légaré.
Mme Légaré (Geneviève) : Est-ce que je me représente?
La Présidente (Mme Maccarone) : Non.
Ce n'est rien qu'une fois. On est bons pour la journée.
M. Morin : Je consens, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci.
Mme Légaré (Geneviève) : Merci. En
fait, c'est les indemnités qui auraient pu être versées dans le cours du
processus. Donc, pensons, j'imagine, aux indemnités provisionnelles, entre
autres, qui est un prérequis pour l'avis de transfert, là, qui est la première indemnité qu'on
va voir dans les prochains articles, là, l'indemnité initiale. Ça pourrait
être ça qui pourrait être la demande, là, qui... en restitution, en fait.
M. Morin : O.K. Est-ce qu'il
pourrait y avoir des dommages-intérêts autres qui pourraient être accordés,
compte tenu de ce que l'exproprié a dû vivre?
Mme Légaré (Geneviève) : Oui. Bien,
en fait, les dommages-intérêts, ça peut être, par exemple, les frais d'expert qui auraient pu être encourus dans le
cadre du processus, parce que, dès le début du processus, on peut avoir des experts,
pensons, entre autres, aux évaluateurs agréés. Donc, il y aurait ces frais-là,
principalement des frais... C'est un petit peu un parallèle aussi avec un
désistement, donc, les honoraires des avocats qui auraient pu être encourus dans le cadre du processus aussi. Puis c'est les
frais, généralement, qui sont demandés aussi dans un désistement. Donc,
il y a un parallèle qu'on peut faire, en fait, avec la contestation, là, sur
dommages-intérêts.
M. Morin : O.K. Donc, l'exproprié
pourrait voir ses frais d'avocat remboursés à
titre de dommages-intérêts.
Mme Légaré
(Geneviève) : Oui. Je pense que c'est prévu. Je ne me souviens
pas de la disposition exacte, mais c'est prévu plus loin dans le projet
de loi n° 22, là.
Morin : C'est parce que ma compréhension, puis j'ai
peut-être mal lu, mais c'est qu'au niveau des indemnités les honoraires
professionnels des avocats ne seraient pas inclus.
Mme Légaré
(Geneviève) : Non, pas de manière générale, sauf dans des
contextes très, très précis, comme le désistement, où c'est remboursé,
évidemment, sur preuve de présentation de factures. Ça doit être justifié, on
s'entend.
M. Morin : Bien sûr, là. Ça, c'est
sûr.
Mme Légaré (Geneviève) : Même chose
pour la contestation également, mais des cas extrêmement précis. Donc, de
manière générale, là, dans le processus d'expropriation, les frais ne sont pas
remboursés pour les honoraires des avocats.
Morin : Donc, même si l'article 102 dit que ne sont
pas des préjudices directement causés par l'expropriation, notamment,
les honoraires professionnels des avocats, si jamais il y avait un désistement
à 21, le tribunal pourrait rembourser les frais des avocats.
Mme Légaré
(Geneviève) : Si la contestation... Si la cour donne droit à la
contestation... fait droit, en fait, à la contestation. C'est ma
compréhension, oui.
M. Morin : O.K. Mais il n'y a rien
dans le projet de loi qui l'indique.
Mme Légaré (Geneviève) : Oui. Je ne
me souviens juste pas de l'article par coeur.
Mme Légaré (Geneviève) : 130, dans
la
section des frais de justice, là.
M. Morin : O.K. Parfait. Merci.
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci.
M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui. Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Dans l'article 21, on introduit... on dirait qu'on introduit, en fait, une notion, là, de délai.
Donc, dans le fond, on parle d'une durée de six mois, là. Ça se compare comment
par rapport à ce qu'on avait antérieurement, dans la loi actuellement en
vigueur?
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre ou Mme Légaré?
Mme Guilbault : Bien, je laisserais ma collègue.
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
Légaré.
Mme Légaré (Geneviève) : Oui. En
fait, pour la loi actuelle sur l'expropriation, c'est l'article 44.3 pour
le préjudice. C'est ce qui est prévu en ce
moment, là. Le projet de loi n° 22 est beaucoup plus élaboré, là, que ce
qui est prévu dans la loi actuelle sur l'expropriation, là.
M. Grandmont : Et donc,
antérieurement, il n'y avait pas de délai maximum prescrit.
Mme Légaré
(Geneviève) : Non. En fait, c'est : «Lorsque la Cour supérieure
fait droit à la demande de l'exproprié contestant le droit à l'expropriation,
l'exproprié a un recours contre l'expropriant si un préjudice lui a été causé
[pour] la poursuite des procédures...»
M. Grandmont : Parfait. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Maccarone) : Oui,
M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci. Toujours à
l'article 21, si le droit de l'expropriant n'est pas reconnu, mais que
l'exproprié avait un immeuble avec des
logements et que les locataires ont déjà quitté, quel est le type d'indemnité
que pourraient recevoir les locataires ou le locataire?
Mme Légaré (Geneviève) : S'ils ont
déjà eu le temps de quitter, là?
M. Morin : Bien,
c'est ça, s'ils ont quitté ou... Oui, effectivement. Ça fait que, là, à ce
moment-là, quelles seraient les indemnités qu'ils pourraient avoir,
étant entendu qu'ils ne voulaient pas nécessairement déménager?
Mme Légaré
(Geneviève) : Bien, pour ce qui est du locataire à proprement
parler, évidemment, là, ils ont toujours une preuve à faire puis des
justificatifs à démontrer, là, mais ça pourrait être les frais encourus, là,
par rapport au déménagement ou à... au fait qu'ils ont dû quitter l'immeuble,
Mais, ce qu'il faut comprendre quand même, la
contestation, ça se passe extrêmement rapidement. C'est pour ça aussi qu'ils le
mettent dès le début, avec la signification de l'avis d'expropriation, dans les
30 jours. Et puis, en parallèle, la procédure
va cheminer au niveau de l'expropriation, mais il faut quand même respecter la
loi avec les délais avant de devenir propriétaire. Donc, le but, c'est quand
même qu'on gère le plus rapidement possible la contestation pour,
justement, éviter des impacts sur l'exproprié, ses locataires et ses occupants
de bonne foi. Donc, avant qu'il ait le temps
de quitter... Il faudrait vraiment que la procédure s'éternise au niveau de la
Cour supérieure et que l'expropriant aille
vraiment de l'avant, lui, de son côté, là, une fois qu'il est propriétaire puis
qu'il décide vraiment d'entreprendre, là, tout son... d'aller de l'avant, dans le fond, avec la réalisation de son
projet, là. C'est assez rare, honnêtement, qu'on va se rendre jusque-là,
parce que c'est une procédure qui existe, en ce moment, la contestation, là.
M. Morin : Oui, vous avez raison, ce
n'est pas une nouvelle procédure, la procédure existe, mais, je veux dire, on connaît les délais judiciaires
présentement, là. Et évidemment on voudrait qu'il n'y en ait pas, mais il y en
a. Donc, si le locataire quitte et qu'il se trouve un autre logement,
puis il est possible que cet autre logement là, évidemment, lui coûte plus cher et que, là, finalement,
l'expropriant voie son droit annulé, alors là, il va être obligé... tu sais, il
ne pourra pas casser son bail. Il est obligé de payer plus cher. Donc,
c'est... Est-ce que ça peut inclure ces dommages-là? Parce que le locataire,
lui, il n'a rien demandé, là. Puis ma compréhension, mais corrigez-moi si je
fais erreur, mais... Si ça prend du temps... Parce que, là, évidemment...
C'est sûr que la proposition que j'avais faite
tout à l'heure, c'était d'arrêter. Ça fait qu'évidemment, ce type de dommage
là, là, vous ne les aurez pas, parce que vous arrêtez, à moins que
l'expropriant aurait pu démontrer que c'était
tellement urgent d'agir que, là, il fallait qu'on procède. Mais là ce
scénario-là que je vous propose pourrait arriver. Donc, est-ce que le
locataire va pouvoir demander la différence qu'il a à payer dans son loyer?
Puis pendant combien d'années?
Mme Légaré (Geneviève) : Oui. Ça,
c'est... On rentre tout dans le fardeau de preuve. Il y a vraiment une
justification à faire au niveau du Tribunal administratif. Il y a la notion
aussi de mitigation des dommages. Est-ce que c'était la décision à prendre? Là,
je ne veux pas rentrer trop dans les détails non plus puis prendre tout le
temps, là, mais il y a vraiment une notion
de preuve et puis de mitigation des dommages qui va être analysée par le
tribunal, par l'expropriant aussi.
Je pense que le premier qui serait impacté, ce serait
le propriétaire qui voit son locataire partir. Donc, il a une perte de revenus, par conséquent, surtout s'il
fallait que... il a de la difficulté à relouer, par exemple, son loyer. Un
locataire qui part tout de suite, ça pourrait, disons, faire l'objet,
disons, d'une réclamation qui soit débattue devant le Tribunal administratif du
logement. Mais, comme je disais, là, c'est vraiment le fardeau de preuve. Il
faut que ce soit justifié. La notion de mitigation des dommages, tout ça va
être analysé par le Tribunal administratif. Puis il faut vraiment...
C'est du cas par cas, hein, les dossiers en
expropriation. Chaque cas est un cas d'espèce. Donc, je ne peux pas vous dire qu'un locataire va avoir le droit à
trois ans de loyer comme ça. C'est vraiment du cas par cas, selon le dossier,
le type de loyer qu'il avait, est-ce que ça faisait longtemps qu'il l'occupait,
des choses comme ça.
Morin : Là-dessus, en fait, je suis entièrement d'accord
avec vous sur deux points. Le premier, c'est qu'en bout de piste ça finit
toujours par être une question de preuve. J'imagine qu'au Procureur général du
Québec vous plaidez.
Mme Légaré (Geneviève) : Oui. Je
fais du contentieux à Montréal.
Morin : Donc, vous allez
devant les tribunaux. Donc, c'est toujours un élément de preuve. J'ai eu la
chance de faire ça pendant une grande
partie de ma vie, ça fait
qu'évidemment... Il ne suffit pas de se lever à la cour puis dire : Écoutez, M. le juge, il est coupable,
ou : Ça m'a coûté 50 000 $, puis faites-moi un chèque. Ce n'est
pas comme ça. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Là-dessus, vous avez
entièrement raison. Mais prenons pour acquis que ces éléments de preuve
là existent. Donc, à un moment donné, le tribunal va être obligé de se pencher
là-dessus.
Je vous dirais, honnêtement, ce qui m'inquiète
particulièrement, c'est toute la situation des locataires, pas que les
propriétaires n'ont pas un rôle fondamental à jouer, ce n'est pas ça que je
dis, qu'on me comprenne bien, mais c'est parce qu'on vit une crise puis une
pénurie de logements. Donc, un propriétaire, je pense, dans plusieurs villes au Québec, vu que l'occupation des
logements est à 100 %, bien, normalement, il devrait être capable de se
retrouver des locataires assez rapidement. L'enjeu, pour moi, ça va être
le locataire. Lui, il va avoir de la misère. Puis, si ça lui coûte plus cher... Puis, à moins que vous me
confirmiez que, si le droit de l'expropriant est cassé ou n'est pas revenu, c'est
un motif pour casser un bail, ce que je ne pense pas, là, le locataire va être
pris avec son nouveau bail.
Puis prenons pour acquis qu'il y en a, de la
preuve. Moi, ce que je ne veux pas, c'est qu'il y ait des gens qui soient pénalisés. C'est ce que je disais dans mes
remarques introductives. Moi, ce que je recherche, c'est un équilibre. De l'expropriation, écoutez, il en faut. Ce n'est
pas un droit nouveau, là. On n'est pas en train de créer un nouveau droit. C'est
clair, là. Mais il n'en demeure pas moins que je ne veux pas qu'il y ait de
débalancement. Puis, si, après ça, les gens
se ramassent puis se sont appauvris, puis qu'en plus le tribunal dit :
Non, non, expropriant, vous n'aviez pas le droit, puis qu'en plus ça n'opère pas sursis des
procédures, bien, moi, si j'étais locataire, je me dirais : Bien,
franchement, c'est le fun, hein, ça me coûte plus cher, je ne peux pas
retourner où j'étais.
Donc, c'est ça que j'essaie, évidemment,
d'explorer avec vous pour s'assurer que, dans un cas comme ça... Puis il n'y en aura peut-être pas des millions,
là, puis, vous l'avez dit, c'est souvent du cas par cas, puis c'est ce que les
gens nous ont dit aussi en commission parlementaire quand on a entendu les
groupes, mais, si ce cas-là arrive, je veux juste m'assurer, moi, comme
législateur, qu'il n'y aura pas un préjudice pour le locataire.
Mme Légaré (Geneviève) : Bien, en
fait, il y a deux types d'expropriation. Il y a l'expro partielle puis il y a
l'expropriation totale. Et ça, c'est surtout dans des cas d'expropriation
totale que les gens vont vraiment être amenés à quitter, évidemment, là, le
bâtiment ou autre, là, cesser leurs opérations ou trouver un autre site, peu
importe. Puis, en partielle, généralement,
surtout pour le locataire... en principe, ils vont pouvoir continuer d'occuper
le logement, leur appartement, donc.
M. Morin : Oui. On s'entend.
Mme Légaré (Geneviève) : Et puis,
dans un cas d'achat total, où on a vraiment besoin de faire quitter les gens,
donc, les locataires, parce que l'expropriant irait vraiment jusqu'au bout du
processus malgré la contestation en Cour
supérieure, bien là, ça nous ramène à la loi qui demande aux parties de
collaborer. Donc, l'expropriant va être là pour aider le locataire et puis le propriétaire dans la démarche. Tu
sais, il y a le processus d'expropriation, mais l'expropriant est vraiment une
partie intégrante du processus,
et de là toute l'importance que les parties se parlent, communiquent. Puis évidemment
c'est ce que fait ressortir aussi le projet de loi, l'importance, là, de la
collaboration entre les parties.
Je pratique
quand même depuis 15 ans puis je peux vous confirmer, là, qu'on se fait un
devoir de collaborer puis d'aider les gens malgré le processus. On sait que
c'est un pouvoir exorbitant, mais ça n'empêche pas qu'on est vraiment
partie
prenante du processus, et puis on est là pour les accompagner dans la démarche.
Donc, advenant le cas où ça va de l'avant,
on ne laissera pas tomber les gens, là. Ils vont avoir leur démarche
personnelle. Ils ont accès à des experts, entre autres, des évaluateurs agréés.
Quand c'est des logements ou des propriétés à trouver, bien évidemment, il va y
avoir les courtiers qui peuvent aussi être impliqués dans le dossier,
mais l'expropriant va faire sa démarche aussi puis va aider le locataire ou, quand c'est un propriétaire aussi
qui doit se relocaliser, l'expropriant va avoir ses propres experts pour aider, dans le fond, l'exproprié, le locataire à
se retrouver un bâtiment, un logement, un local pour poursuivre ses opérations.
Morin : Je vous remercie. Ça, c'est dans le cas d'un bail
de logement. Je comprends que le scénario qui est prévu à
l'article 21 pourrait également s'appliquer à un bail commercial.
Mme Légaré
(Geneviève) : Bien, c'est tous types de baux, dans le fond, là,
qui est visé, là, par l'expropriation. Donc, c'est un bail commercial
ou...
Morin : Et je pense qu'il y a un ou une de vos collègues,
tout à l'heure, je pense que c'était Mme Ferland, qui disait, pour
l'expropriation de certains secteurs de la ligne bleue... À un moment donné,
vous avez rencontré un centre d'achats. Donc
là, il y a eu plusieurs avis à donner. Maintenant, si jamais, dans un scénario
comme ça, le droit de l'expropriant
était cassé, pas reconnu, chaque locataire avec un bail commercial pourrait
demander des dommages et intérêts.
Mme Légaré (Geneviève) : Oui. Il n'y
a pas d'exception dans la loi. Que ce soit un locataire commercial ou résidentiel, c'est un locataire. Puis évidemment
le locataire doit avoir un bail avec son locateur, qui est le propriétaire,
qui devient notre exproprié. Il n'y a pas d'exception pour un locataire d'un
centre d'achats, là. Je vous le confirme.
M. Morin : Donc, par exemple, avec
mon exemple de centre d'achats, si vous avez, je ne sais pas, moi, une
trentaine de commerces, l'expropriant veut procéder, bon, les expropriés, les
locataires commencent à se relocaliser.
Finalement, le droit est cassé, parce que, là, on sait que la procédure va
continuer. Donc, chaque locataire pourrait demander des dommages et
intérêts au tribunal, ce qui fait que ça va multiplier les procédures.
Mme Légaré (Geneviève) : Bien,
s'il y a des dommages, oui, s'il y a des dommages qu'ils estiment avoir subis
dans le cadre du processus. Puis ça me
ramène toujours à mon fardeau de preuve. Il faut que ce soit justifié, bien
entendu. Donc, je ne peux pas vous dire que c'est un oui automatique que
ça va être accordé, là.
M. Morin : Non, non, non, puis on se comprend. Tu sais, c'est
comme quand, des fois, des gens nous demandent : Est-ce que je peux être poursuivi? Bien, la
réponse, habituellement, c'est oui. Maintenant, est-ce que l'autre va gagner?
Bien, ça, c'est une autre affaire. C'est une
question de preuve. Ça, on s'entend là-dessus. Mais donc, au fond, ça ne
pourrait que multiplier les procédures.
Mme Légaré
(Geneviève) : Bien, le cas du centre d'achats est quand même très
particulier aussi, là. On peut avoir un
centre d'achats, mais qu'on prenne juste une toute petite portion du terrain.
Ça ne veut pas dire qu'on affecte l'ensemble
du centre d'achats. Puis ça, j'imagine qu'on va en reparler plus tard, là, avec
la notion des indemnités à verser, là.
Donc,
ça me ramène encore à chaque cas est un cas d'espèce. Tout le monde a un droit,
dans le fond, de réclamer, puis là ce
qui va en résulter, après ça, au Tribunal administratif, bien évidemment, ce
sera en fonction de la preuve qui sera démontrée. Mais il n'y a pas
personne qui perd de droit, là.
M. Morin : Je
comprends.
Mme Légaré (Geneviève) : Parce que ça ne veut pas
dire que, dans le centre d'achats, ils vont nécessairement, non plus, avoir un
dommage, là. Il faut qu'il en résulte un. Est-ce qu'ils ont décidé de mettre
fin, de quitter parce qu'ils ont eu peur?
M. Morin : Je
comprends. Ça pourrait également arriver à des franchisés, j'imagine.
Mme Légaré (Geneviève) : Oui, parce qu'évidemment
c'est un franchiseur qui va signer le bail avec le propriétaire puis ça
va être le franchisé, par exemple, qui va occuper les lieux, comme un
restaurant.
M. Morin : Exact.
Très bien. Je vous remercie.
La Présidente (Mme Maccarone) : Est-ce
qu'il y a autres interventions sur l'article 21 amendé? S'il n'y a pas
d'autre intervention, nous allons passer à la mise aux voix de
l'article 21 tel qu'amendé. Est-ce que c'est adopté?
La Présidente (Mme
Maccarone) : Parfait. Mme la ministre, l'article 22, pour la
lecture, s'il vous plaît.
Mme Guilbault : Merci, Mme la Présidente.
Article 22 : «L'expropriant
détermine l'indemnité provisionnelle initiale à laquelle a droit toute
partie dessaisie.
pour l'exproprié, d'un montant au moins égal à 100 % de la valeur
marchande du droit exproprié prévue dans la déclaration détaillée
initiale visée au troisième alinéa de l'article 9;
pour le locataire ou l'occupant de bonne foi, d'un montant au moins équivalent
à trois mois de loyer, lequel est
établi conformément au cinquième alinéa de l'article 14, lorsque sa
résidence fait
partie de l'immeuble exproprié.»
commentaire :
L'article 22 du projet de loi prévoit que ce serait
dorénavant l'expropriant qui déterminerait l'indemnité provisionnelle
initiale à laquelle a droit une
partie dessaisie et établit pour certaines
d'entre elles un montant minimal. Il en est ainsi pour l'exproprié qui aurait
droit à une indemnité provisionnelle initiale équivalant minimalement à la valeur marchande du droit
exproprié mentionnée dans la déclaration détaillée initiale de l'expropriant.
Il en est de même pour le locataire et
l'occupant de bonne foi dont la résidence fait
partie de l'immeuble exproprié.
Ce dernier aurait droit à une indemnité minimale équivalant à trois mois
de loyer.
donc c'est l'équivalent, si on veut, des articles 53.11, 53.12, 53.13 de
l'actuelle loi. Et puis, en gros, bien, le changement, je dirais, au
net, le principal, c'est que c'est l'expropriant qui va déterminer l'indemnité,
au moins égale à 100 % de la valeur
marchande. On sait que, maintenant, c'est la valeur marchande qui va être
utilisée aussi, donc... Alors, c'est
ça, conformément... Puis on l'a déjà détaillé à l'article 9. Et pour le
bail aussi, pour un locataire, c'est à l'article 14. C'est des
articles qu'on a déjà abordés.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Merci. Y a-t-il des interventions? M. le député d'Acadie.
M. Morin : Oui. Merci, Mme la Présidente. Donc, en fait, dans
les faits, là, en pratique, ce qui devrait arriver, c'est... quand l'expropriant va signifier son
avis, il devrait envoyer un montant d'argent qui égale à 100 % de la
valeur marchande du droit exproprié. Parce que la date de
l'expropriation, c'est la date de la signification de l'avis.
Guilbault : Oui. Bien, c'est ça. C'est ma
compréhension ou... Il faudrait juste...
La Présidente (Mme Maccarone) : On
cède la parole à Mme Ferlatte?
Mme Guilbault : Ah
oui! Bien... ou je peux répondre, là.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Oui, oui, allez-y.
Guilbault : Non, mais, c'est ça, c'est
l'offre qui est transmise dans la... Tu sais, dans le fond, c'est la
transmission de la réclamation... c'est la transmission... Non, c'est ça, c'est
que l'expropriant, ensuite, lui, va avoir quatre
mois pour transmettre, mais c'est le... Non, c'est ça... Bien, l'indemnité
provisionnelle... En fait, c'est quoi, exactement, la question du
collègue?
M. Morin : Ma
question, c'est : Puisque la date de l'expropriation, c'est la date de la
signification de l'avis, est-ce que l'expropriant va envoyer un montant
d'argent qui équivaut à 100 % de la valeur marchande avec la signification
de l'avis?
La Présidente (Mme
Maccarone) : Alors, Mme Ferlatte, la parole est à vous.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Oui. Bonjour...
M. Morin : Alors,
je consens, Mme la Présidente, à ce que Mme Ferlatte puisse répondre.
Guilbault : Ah oui! Consentement, oui.
Merci.
Ferlatte-Schofield (Karine) : C'est une offre qui est envoyée. Ce
n'est pas le versement de l'argent à ce moment-là. Par contre, le versement, il
se fait en tout temps entre cette date-là et la prise de possession, l'avis de
transfert. Donc, quand on est pressé, ça se peut qu'on envoie l'avis d'expro
avec l'offre et qu'on verse dans la même semaine. Si on a plus de temps, on va
attendre que l'exproprié nous envoie sa réclamation avec les préjudices qu'il
prétend subir et qui... À ce moment-là, notre offre pourrait être bonifiée, et
on pourrait verser un montant d'argent supérieur soit chez son notaire ou au
greffe de la cour.
Guilbault : Et c'est versé avant le
transfert.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Toujours.
Guilbault : Toujours avant le transfert,
juste pour être claire.
M. Morin : Oui, oui, avant le transfert. On parle du
transfert du droit de propriété. Oui, oui, oui. Non, c'est sûr. En fait,
ce que je comprends, c'est que ce serait comme assez rapidement après l'avis.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Oui. Sans délai minimal, mais assez
rapidement.
M. Morin : D'accord.
Maintenant, là, c'est l'expropriant qui décide tout seul quel va être le
montant, qui va être 100 % égal à la valeur marchande du droit exproprié.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Exact.
M. Morin : Donc,
il n'y aura pas de négociation, au départ, avec l'exproprié.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Non, du tout. Par contre, l'exproprié
aura toujours le droit de demander une indemnité supplémentaire à
l'expropriant, si jamais elle n'est pas suffisante pour lui, et de la
justifier. Et, dans un second cas, si ce n'est pas suffisant, il pourra
s'adresser au tribunal pour demander une indemnité complémentaire.
M. Morin : Oui.
D'accord. Puis, pour le locataire, c'est trois mois de loyer.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Pour le locataire résidentiel seulement,
c'est trois mois de loyer. Il pourra justifier... Tu sais, dans le délai de
quatre mois qui lui est attribué, c'est comme... Pour nous, c'est à lui de
démontrer son préjudice, parce qu'il n'y a pas de valeur marchande. Nous, on
estime la valeur marchande qui est, selon nous, notre fardeau de preuve, mais
lui, le locataire, il n'en a pas, de valeur marchande. Donc, c'est plus son
fardeau de preuve à lui de nous dire c'est quoi, ses exacts dommages, parce que
ses dommages sont en fonction de sa situation propre à lui. Donc, trois mois de
loyer, c'est un montant de base qu'on lui offre, puis par la suite on versera
plus quand il nous transmettra sa réclamation.
M. Morin : Puis,
si le locataire, c'est un commerce, donc, comment vous allez évaluer le
montant?
Morin : Si le locataire, c'est un commerçant, c'est un
commerce, comment allez-vous évaluer le montant?
Mme Ferlatte-Schofield (Karine) :
C'est sûr qu'au stade de l'envoi
de l'avis d'expropriation qui accompagne l'offre il se peut, et c'est là
le point 2°, là... je ne sais pas si c'est à cet article-là ou un autre
article, mais il se peut que l'offre, elle soit à zéro, à ce moment-là, et que
c'est à lui de nous démontrer son préjudice, ou, dans certains cas, comme nous,
on fait, généralement, c'est qu'on met un montant forfaitaire de troubles et
ennuis qu'on offre, puis par la suite il nous démontrera son préjudice. Parce
qu'il faut comprendre qu'il n'y a pas de lien entre le préjudice subi et son
montant du loyer. Ça fait que, dans la mesure qu'on ne sait pas c'est quoi, ses
dommages, bien, c'est difficile de prévoir un montant, à ce stade-ci, pour le
versement.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Pas au commercial, seulement au
résidentiel.
Guilbault : Oui, c'est ça, mais, pour le
commercial, donc, on ne lui donne rien?
Ferlatte-Schofield (Karine) : Ce n'est pas prévu qu'on lui donne
quelque chose à ce stade-là de la signification
de l'avis. Par contre, on peut le faire, mais ce n'est pas une obligation,
parce que c'est le fardeau de preuve du locataire puis... Mais il n'y a
pas de lien entre son loyer puis son dommage. Exemple, il y a quelqu'un qui a
un loyer de 2 000 $ par mois, comme commerce, puis qu'on lui donne
6 000 $... ou je vais vous donner un exemple. Un Jean Coutu peut avoir des loyers de
25 000 $ par mois. Est-ce qu'on va lui verser 75 000 $ tout
de suite? Est-ce que ses préjudices valent 75 000 $? C'est
difficile à justifier.
Guilbault : On paie le déménagement,
j'imagine, au minimum, des choses comme ça.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Oui.
La Présidente (Mme
Maccarone) : M. le député.
M. Morin : Bien,
votre exemple est un bon exemple. Si vous avez... vous êtes en train
d'exproprier un centre d'achats, puis,
justement, il y a un Jean Coutu dedans, son loyer... Je veux dire, ce n'est pas
surprenant, là, qu'un loyer commercial, ce soit 30 000 $, ou
40 000 $, ou 50 000 $, là. Tu sais, ça pourrait être un
marché d'alimentation. En fait, tout commerçant qui a une grande surface, là,
évidemment, le loyer va être en conséquence. Donc, vous allez lui envoyer un
chèque qui équivaut à trois mois de loyer.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Au commercial, non. On va attendre
d'avoir sa réclamation, avec ce qu'il estime, là. C'est juste au résidentiel,
le trois mois de loyer.
M. Morin : Mais
c'est... À moins que je lise très mal l'article, ce n'est pas ce que ça dit. À
moins...
Ferlatte-Schofield (Karine) : «Lorsque sa résidence fait
partie de
l'immeuble».
M. Morin : À
moins que ce soit juste... Donc, c'est juste pour sa résidence. Donc, ça
n'inclut pas un bail commercial.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Non.
M. Morin : O.K.
Donc, c'est uniquement pour un bail résidentiel.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Oui.
M. Morin : O.K.
C'est bon. Merci.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Est-ce qu'il y a autres interventions? S'il n'y a pas
d'autre intervention, nous allons poursuivre à la mise aux voix. Est-ce que
l'article 22 est adopté?
La Présidente (Mme Maccarone) : Parfait.
Mme la ministre, pour la lecture de l'article 23. Et il y a un amendement.
Guilbault : Oui.
Article 23 :
«L'expropriant notifie, selon le cas, à toute
partie dessaisie :
un avis lui indiquant le montant de l'indemnité provisionnelle initiale qu'il a
déterminé, montant ventilé en fonction des postes d'indemnisation
applicables prévus à l'article 10;
«2° un avis lui
indiquant qu'elle n'a droit à aucune somme à
titre d'indemnité provisionnelle
initiale.
«Cet avis
indique également que la
partie dessaisie pourrait obtenir une indemnité
provisionnelle supplémentaire à la
suite de la réception par l'expropriant des documents prévus au troisième
alinéa de l'article 24 ou au premier alinéa de l'article 51.
cas échéant, l'expropriant paie à la
partie dessaisie le montant déterminé ou
le dépose, pour son compte, au greffe de la Cour supérieure.»
commentaire :
L'article 23 du projet de loi prévoit que l'expropriant
notifierait à toutes les parties dessaisies un avis qui les informerait
du montant de l'indemnité provisionnelle initiale qu'il a déterminé ou du fait
qu'elle n'a droit à aucune somme à ce titre.
Le cas échéant, l'expropriant paie à la
partie dessaisie le montant déterminé
ou le dépose, pour son compte, au greffe de la Cour supérieure. Cette étape est
préalable à l'inscription de l'avis de transfert de droit.
Dans le
premier cas, l'avis devrait ventiler le montant déterminé en fonction des
postes d'indemnisation applicables parmi les suivants : la valeur
marchande du droit exproprié, l'indemnité de réaménagement, l'indemnité de déplacement,
l'indemnité de fermeture d'une entreprise,
l'indemnité de concordance, l'indemnité établie en fonction de l'approche basée
sur la théorie de la réinstallation,
l'indemnité en réparation des préjudices, l'indemnité pour perte de valeur de
convenance et l'indemnité pour les
troubles, les ennuis et les inconvénients. L'indemnité serait ensuite payée à
la
partie dessaisie ou déposée, pour son compte, au greffe de la Cour
supérieure.
Qu'une indemnité provisionnelle initiale soit
payée ou non, l'expropriant devrait également mentionner dans son avis que la
partie dessaisie pourrait obtenir
une indemnité provisionnelle supplémentaire à la suite de la réception par
l'expropriant d'une demande à cet effet
accompagnée des documents justifiant cette demande ou à la suite de la réception
de la déclaration détaillée de cette partie.
La Présidente (Mme Maccarone) : Pour
la lecture de l'amendement.
Guilbault : Oui. L'amendement : «Cet avis...»
Article 23 : Remplacer le deuxième alinéa de l'article 23 du
projet de loi par l'alinéa suivant :
«Cet avis indique également que la
partie
dessaisie :
«1° pourrait obtenir une indemnité
provisionnelle supplémentaire à la suite de la réception par l'expropriant des
documents prévus au troisième alinéa de l'article 24 ou au premier alinéa
de l'article 51;
«2° peut, en
tout temps, s'adresser au Tribunal administratif du Québec pour obtenir une
indemnité provisionnelle complémentaire.»
Il est
proposé de modifier l'article 23 afin de préciser que l'avis transmis par
l'expropriant à la
partie dessaisie pour l'informer de sa décision
l'informe également qu'elle peut en tout temps s'adresser au Tribunal
administratif du Québec pour obtenir une indemnité provisionnelle
complémentaire.
C'est juste
que, là, je me pose la question, pourquoi l'alinéa deux de l'article d'origine
n'est pas dans l'amendement?
La Présidente (Mme Maccarone) :
Souhaitez-vous qu'on suspende quelques instants?
Mme Guilbault : Ah! O.K. Parfait. Il est maintenu.
La Présidente (Mme Maccarone) : Y
a-t-il des interventions? M. le député d'Acadie.
M. Morin : Sur l'amendement?
La Présidente (Mme Maccarone) : Oui.
M. Morin : Non. Je n'en ai pas
sur l'amendement, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Maccarone) :
Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder
à la mise aux voix. Est-ce que l'amendement à l'article 23 est adopté?
Présidente (Mme Maccarone) :
Adopté. Alors, est-ce qu'il y a
des interventions à l'article 23 tel qu'amendé? M. le député
d'Acadie.
M. Morin : Oui. Bien, en fait,
on pourrait reprendre, Mme la Présidente, la discussion que j'avais juste avant
pour l'article 22. J'imagine que, là, à
l'article 23, l'expropriant va devoir notifier dans son avis et indiquer
un montant d'une indemnité provisionnelle initiale. Puis, si on regarde
la référence qui est faite à l'article 10, à l'article 10, on a les
différents types d'indemnités. Puis, quand j'ai posé des questions là-dessus à
Mme la ministre, on m'a dit que c'était une
liste qui était exhaustive. Donc, est-ce que je suis dans l'erreur en pensant
qu'à 23 l'expropriant va être obligé, dans son avis, d'indiquer les
montants de l'indemnité provisionnelle qu'il va vouloir offrir à l'exproprié?
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Mme Guilbault : À quel
article il réfère? 10 ou 9?
M. Morin :
Bien, c'est parce que 23 réfère à 10. 10, on a la liste des indemnités,
puis, quand je vous avais posé des questions là-dessus, vous m'avez dit que
cette liste-là, elle était exhaustive.
Mme Guilbault : Si mon collègue est d'accord, ma collègue pourrait répondre
directement. Sinon, je peux...
M. Morin :
Oui. Je vais...
La Présidente
(Mme Maccarone) : On n'a pas besoin de toujours donner le
consentement. On a déjà donné le consentement au début.
M. Morin :
Non, c'est fait. Donc, c'est un consentement sui generis. Donc, ça
fonctionne. C'est bon.
La Présidente
(Mme Maccarone) : Voilà. Mme Ferlatte, la parole est à vous.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Oui. Donc, l'article 23, c'est un
peu la décision de l'expropriant du montant qu'il va verser. Donc, ce n'est
pas... Ça ne veut pas dire que c'est le même montant que l'offre initiale. Ça
peut être plus si, exemple, il a reçu des documents de l'exproprié justifiant
son indemnité. Donc, la décision, oui, va reprendre... va être ventilée, dans
le fond, en fonction de l'article 10. Puisque ça précède l'avis de
transfert, à ce moment-là, généralement, on
sait ou on connaît si l'entreprise va fermer, déménager, se relocaliser ou si
c'est simplement la valeur marchande
du droit exproprié, et notre décision, notre avis va être basé avec les
critères établis à l'article 10.
M. Morin :
Quand on parle de l'avis, à 23, pour indiquer le montant de l'indemnité
provisionnelle, ce n'est pas nécessairement l'avis de signification de
l'expropriation.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Non.
M. Morin :
C'est un avis qui va arriver forcément après.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Exactement.
M. Morin :
Mais il n'y a pas de délai prévu dans la loi.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Non. Tant que c'est avant l'avis de
transfert.
M. Morin :
Oui, parce qu'une fois que l'avis de transfert est donné, bien là, woups!
ça opère le transfert du droit de propriété, c'est sûr, là, mais donc
l'expropriant... Prenons un cas concret, là. Il y a un projet. Il faut qu'il y
ait des expropriations, puis admettons qu'on veut exproprier un droit sur un
immeuble ou... un immeuble au complet, là, pas une
partie du droit de propriété
ou un démembrement du droit de propriété. Donc, l'expropriant, visiblement
seul, quand je lis l'article 23, va regarder l'immeuble. La base du projet
de loi, c'est la valeur marchande. Là, après ça,
il va tenter d'évaluer les types d'indemnités qu'il va déterminer. Ils ne
seront peut-être pas tous ceux qui sont énoncés à 10, parce qu'il y en a
peut-être qui ne s'appliqueront pas. On est d'accord?
Mme Ferlatte-Schofield (Karine) : C'est seulement un, là, à 10, là. Ça peut être
juste un des choix qui est là, là. Il ne peut pas se déplacer puis
fermer, là.
M. Morin : Non, mais j'imagine que,
dans votre avis, à 23, l'expropriant va d'abord se baser sur la valeur marchande.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Oui, du droit.
M. Morin :
Ça, c'est comme la pierre angulaire du projet de loi, là.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Exactement.
M. Morin :
Puis après ça il va calculer des indemnités de déplacement, de concordance.
Mme Ferlatte-Schofield (Karine) : Après ça, ça va être une indemnité sur un des
scénarios, là. Donc, c'est soit un
réaménagement, c'est soit un déplacement, c'est soit une fermeture ou c'est
soit une concordance ou une réinstallation.
M. Morin :
O.K. Puis il y a l'indemnité en réparation des préjudices qui va
s'additionner aussi.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Exact.
M. Morin :
Puis, tout ça, l'expropriant va faire ça tout seul.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Bien, ça dépend on est où dans le
processus, là, d'expropriation. Si, exemple,
j'exproprie un commerce dans le cadre du projet du REM puis je l'informe que sa
date de prise de possession est dans 12 mois... Parce que, généralement,
quand on fait des... des grands projets, on ne prend pas possession en quatre mois, là. On prend notre temps. On les
laisse... Puis on sait que ça coûte plus cher. Plus qu'on est pressés à mettre
les gens... à ce que les gens quittent
rapidement, plus ça coûte cher à l'expropriant, généralement. Puis ça laisse
plus de temps à l'exproprié. Si on prend plus notre temps, bien,
l'exproprié a plus le temps de se trouver une propriété qui lui convient et qui
refait sa situation adéquatement. Donc, on va... Notre avis de transfert, il va
être beaucoup plus loin. Il pourrait être, exemple... Au neuvième mois, on
pourrait signifier un avis de transfert avec une prise de possession pour dans un ou deux mois, puis, à ce moment-là,
ça laisse le temps qu'on reçoive la documentation, la justification de
l'exproprié et qu'on l'analyse.
Donc,
si on a... Si, en amont, on a eu le temps de recevoir la réclamation de
l'exproprié, on va l'analyser dans le cadre de notre décision, mais,
oui, c'est basé sur l'expropriant, sur la décision de l'expropriant.
Par contre, si ce
n'est pas suffisant, encore une fois, l'exproprié pourra s'adresser en premier
lieu à l'expropriant pour demander une indemnité supplémentaire et, si ce n'est
pas suffisant, au TAQ pour demander une indemnité
complémentaire. Dans tous les cas, il va avoir le droit à la juste indemnité à
la fin, soit dans un règlement de gré à
gré ou par une décision au TAQ. Et, si jamais le montant de la juste indemnité
ou de l'indemnité finale est beaucoup plus élevé, il va avoir droit aux
intérêts qui vont s'appliquer entre la différence du montant versé à ce
moment-là et l'indemnité finale.
M. Morin :
Présentement, quand vous voulez
exproprier, par exemple, un commerce, est-ce que vous allez d'abord voir
le propriétaire pour essayer de vous entendre de gré à gré?
Mme Ferlatte-Schofield (Karine) : Généralement, oui. C'est sûr que, moi, dans mes
projets de transport collectif, on l'a moins fait, là.
M. Morin :
O.K. Puis, avec la nouvelle loi,
est-ce que vous allez continuer cette pratique-là ou si vous allez vous
en remettre aux dispositions de la loi seulement?
Mme Ferlatte-Schofield (Karine) : Non. On va toujours les rencontrer en premier
lieu. On prend le temps de leur montrer qu'est-ce qu'on achète, c'est quoi, le
plan, pourquoi on... C'est systématique qu'on les rencontre, dans notre cas. Puis, en plus, en tant qu'évaluateurs
agréés, c'est dans nos normes. Pour pouvoir émettre une opinion sur la
valeur, il faut avoir visité l'immeuble.
M. Morin :
O.K. Sauf qu'évidemment,
aujourd'hui, avec le projet de loi, bien, les types d'indemnités sont prévus
à 10, puis les montants sont prévus un peu plus loin, puis la valeur au
propriétaire n'existe plus.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Exact.
M. Morin :
C'est ça. Donc, évidemment, au
niveau de la négociation, au début, j'imagine que l'expropriant va avoir
un poids de taille vis-à-vis l'exproprié.
Mme Ferlatte-Schofield (Karine) : Quand vous dites «un poids de taille», c'est par
rapport à l'offre qu'il fait, la décision?
Ferlatte-Schofield (Karine) : C'est sûr que c'est comme ça
actuellement aussi avec la LACPI, puis on
n'a pas vécu de problème majeur, je vous dirais. Puis ce qu'on... Pour nous,
l'équilibre qu'on est venus apporter, c'est le fait, justement, qu'il
peut demander des indemnités additionnelles, là, sans problème, soit à nous, si
ça ne fait pas au TAQ... Puis, pour avoir
des dossiers dans la ligne bleue, j'ai un dossier en tête où je suis rendue à
quatre indemnités provisionnelles de versées parce que l'expropriant
revient régulièrement nous voir. Dans la mesure que c'est justifié, on le verse tout le temps, parce qu'on ne veut pas
que la personne fasse faillite, dans ce cas-là. Donc, oui, on le fait sans
problème.
Mme Guilbault : Juste dire à mon collègue que, dans le projet de loi qu'on
a fait pour le REM, c'était déjà comme ça, qui a été fait par son parti. Donc,
c'était probablement une bonne idée.
M. Morin :
Ah! bien, c'est sûr que le projet
du REM, c'était une bonne idée. C'était tellement une bonne idée que ça
a été livré et fait rapidement. C'était une bonne idée, hein?
Mme Guilbault : Bien, je suis tout à fait d'accord avec le collègue, mais
c'était aussi une bonne idée, les assouplissements que les libéraux avaient
prévus dans le projet de loi, si bien qu'on a fait un peu la même chose pour le tramway de Québec. Et donc c'est juste pour le
rassurer que je dis ça. C'est qu'eux-mêmes étaient arrivés avec cette idée-là,
qu'on a reproduite, depuis, dans le tramway et dans la LCAPI.
M. Morin : Il
y a cependant, Mme la Présidente, une distinction majeure. Le projet du
REM, c'est un projet de transport collectif dans un endroit donné, pour
un projet donné. Là, ici, on parle d'une loi générale qui va s'appliquer à
l'ensemble de toutes les expropriations au Québec. On est ailleurs. Alors,
j'écoute Mme la ministre, mais la comparaison... Enfin, bref. Mais le REM est
complété et presque fait dans les délais. On est heureux de ça.
Donc, je reviens à ma
question. Puis vous avez dit tout à l'heure : Plus c'est vite, plus ça
peut coûter cher. Est-ce que je vous ai bien
comprise? Puis là ma crainte, c'est qu'avec... Puis j'ai bien écouté Mme la
ministre. Elle veut aller vite. Donc, finalement, est-ce que ça va coûter plus
cher à l'État parce que Mme la ministre veut aller vite? C'est ma
crainte.
La Présidente
(Mme Maccarone) : Mme la ministre.
Mme Guilbault : Non. Bien, je ne vois pas le rapport, là. Les deux objectifs du projet
de loi, c'est d'aller vite et de réduire les frais d'expropriation.
M. Morin :
Bien, c'est ça, sauf que, justement, si vous voulez
aller trop vite puis qu'il y a des évaluations qui sont mal ficelées, bien, ou
bien vous avez des expropriés qui vont perdre ou ça va finir par vous coûter
plus cher parce que vous allez avoir
plus de réclamations, puis ça va prendre plus de temps. Alors, je reviens à ce
que je disais en début de journée. Moi, ce que je crains, c'est que vous
allez avoir une multiplication des recours. Vous n'irez pas plus vite.
Mme Guilbault : Bien là, mon collègue a droit à ses hypothèses, là. Nous, notre pari,
c'est que ça va aller plus vite, plutôt que d'aller systématiquement
faire déterminer l'indemnité par la cour.
M. Morin : Mais ma compréhension, c'est que la cour va toujours
déterminer l'indemnité en bout de piste, là. Vous n'allez pas... Vous ne passez pas à côté du système judiciaire. Le Tribunal administratif du Québec va être là, là. Évidemment, si vous avez
une entente de gré à gré, il n'y aura pas... à peu près pas de cour.
Guilbault : Il n'y a pas d'expropriation.
M. Morin : Mais,
sinon, vous n'allez pas éviter le recours judiciaire.
Guilbault : Non, mais... Ah! ma collègue
veut ajouter quelque chose, si mon collègue...
La Présidente (Mme
Maccarone) : Mme Ferlatte.
Ferlatte-Schofield (Karine) : Oui. Ce n'est pas les dates de
libération qui vont aller plus vite, selon ce que j'entrevois, mais c'est
plutôt le fait... Certains éléments vont nous permettre d'être moins retardés,
entre autres la fixation de l'indemnité,
qui, avant, pour les propriétés agricoles commerciales, se faisait au TAQ. Et,
juste la ligne bleue, on avait parlé
de 36 mois, fixer les 500 dossiers d'indemnité provisionnelle au TAQ.
Je veux dire, c'est des délais qui... Ça, ça engendre des coûts beaucoup plus
élevés.
le but, ce n'est pas de mettre les gens plus rapidement... tu sais, de les
chasser de chez eux plus rapidement. Le
but, c'est que nos procédures aillent mieux, aillent plus vite dans leur ensemble.
C'est ça qui est visé par le projet de loi.
M. Morin : D'accord.
Je vous remercie.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Y a-t-il... Oui, Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols :
Merci, Mme la Présidente. Juste
pour être certaine, je relis l'article 23 puis 22 en lien avec les indemnités. On donne, évidemment, beaucoup de...
Tu sais, c'est vraiment un virement, là, dans le projet de loi. On vient
donner beaucoup de pouvoirs à l'expropriant.
Mais nulle part, nulle part on ne vient fixer une obligation à l'expropriant de
faire valider son... le montant ou on n'impose pas d'obligation, je vais dire,
professionnelle, là. Mais, je veux dire, il
peut fixer... Tu sais, il le fixe comment? Il le fixe dans sa tête : Ça va
être à peu près ça? Il va aller voir des comparables, des jurisprudences? Tu sais, on ne fixe pas
d'obligation à l'expropriant d'arriver avec un montant. Tu sais, c'est parce
que, qu'est-ce qui est raisonnable, on ne le
sait pas. Puis souvent, bien, quand c'est appuyé par un... tu sais, par un
expert ou par un...
La Présidente (Mme
Maccarone) : Mme la ministre.
Mme Guilbault : Oui.
Bien, je suis en train de dire... Ça dépend de quoi parle ma collègue, mais, à l'article 22,
il y a déjà quand même des paramètres indicateurs, là, que ce soit pour un
propriétaire résidentiel ou pour un locataire. Puis là, bien, pour...
Mme Nichols :
Mais il n'y a pas d'expertise en tant que telle, là,
qui pourrait venir justifier... Tu sais, je veux dire, on n'impose
pas... Il n'y a pas d'obligation à l'expropriant d'arriver avec une expertise
pour...
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Mme Guilbault : Non, mais... C'est ça, exactement, mais, comme je
disais, il y a quand même des paramètres puis il y a la ventilation. Aux
articles 9 et 10, là, on explique...
Mme Nichols :
Oui, je les ai vus, pour le bail, à l'article 10.
Mme Guilbault : ... — oui,
c'est ça — ce
qui devrait se retrouver... Bien, en fait, dans le 9, c'est plus ce qui doit
se retrouver dans l'avis, mais sauf que, 10,
il y a les postes de réclamation, là. Tu sais, ça a déjà été abordé à
l'article 10.
Mme Nichols :
Ça fait que... C'est ça. Ça fait qu'il n'y a pas d'obligation en tant que
telle. C'est les articles 9, 10, 10 pour le bail, puis le...
Guilbault : Non, mais, si l'exproprié a le
sentiment d'être lésé...
Mme Nichols :
Oui. Je comprends qu'il y avait des recours.
Guilbault : ...ou d'être inadéquatement compensé, il peut
toujours s'adresser au tribunal s'il veut faire valider le montant. Tu sais, en
ce moment, systématiquement, il faut qu'il s'adresse au tribunal. Donc, c'est
lourd. Alors là, on introduit la possibilité
de ne pas s'adresser au tribunal dans le processus. Mais, si quelqu'un a
l'impression que ça ne lui convient pas, il peut quand même le faire.
Mme Nichols :
Parce que la bonne foi se présume, mais, tu sais, je me dis qu'il y a quand
même des expropriants qui... Tu sais, ils le savent, là. Tout le monde le sait,
là. On lit un peu partout que les expropriants vont avoir le gros bout du bâton dans ce projet... tu sais, à la fin du
projet de loi. Ça fait que, tu sais, oui, la bonne foi se présume, mais,
tu sais, à un moment donné, il pourrait y en avoir un qui s'échappe puis qui y
va avec des propositions. Tu sais, encore
là, c'est par rapport aux droits de l'exproprié, là. Tu sais, c'est face aux
droits de l'exproprié. Mais on en a parlé un peu plus tôt, puis ça a
fait référence aux articles 9, 10. On en a parlé, mais, tu sais, je trouve
qu'il y a quand même un gros déséquilibre, particulièrement, là...
sais, je trouve que... Moi, je trouve qu'à la limite, puis là c'est mon
opinion, là, mais, tu sais, il manque une
partie expertise. Tu sais,
valeur marchande... On le sait, là, tu sais, la valeur... notre compte de taxes
puis la valeur marchande du résidentiel, c'est loin d'être la même chose, là.
Tu sais, quand on met à vendre notre propriété, là, on utilise rarement
l'évaluation sur le compte de taxes, là, hein? On fait évaluer puis on
dit : Hé! la valeur marchande, puis, tu
sais, on trouve les aspects. Mais, tu sais, il y a quand même une expertise qui
est l'agent d'immeubles qui vient avec
la valeur marchande, les comparables autour. Tu sais, je trouve que c'est un
petit peu ça qui manque, là. Je trouve qu'il manque le côté expertise ou
le côté... Je trouve que l'expropriant va pouvoir, tu sais, rapidement ou
facilement, plus facilement... Puis là je
m'excuse, parce que, dans 95 % des cas, l'expropriant, c'est le MTQ, là.
Ça fait que je ne dis pas ça pour nécessairement blâmer le MTQ.
Peut-être...
Mme Guilbault : Oui. Bien, je maintiendrais la même chose, là. C'est qu'en fait on
introduit la possibilité de faire un processus hors cour au complet,
mais on n'enlève en rien la possibilité ou le droit à une personne de
s'adresser aux tribunaux s'il le souhaite.
Puis ma collègue l'a dit, effectivement, on est un gros expropriant, aux Transports,
mais les gens qui exproprient, en général, c'est des gens, quand même, entourés
de ressources, c'est des gens avisés. Ce n'est pas... Tu sais, des
municipalités ou des organisations, Hydro-Québec, des gens comme ça, c'est des
gens, quand même, qui sont bien
entourés puis qui sont capables de s'administrer... qui ont l'habitude de
s'administrer à l'intérieur d'une loi.
Mais, encore une
fois, en tout temps, un exproprié... Puis ma collègue le disait, justement, mon
collègue dit que ça doit être long verser
toutes ces indemnités-là supplémentaires à mesure qu'elles sont demandées.
Donc, je pense qu'il y a moyen de
compenser convenablement un exproprié, mais, dans tous les cas, s'il se juge
lésé, il peut s'adresser à la cour, puis ça va revenir au même qu'en ce
moment.
Mme Nichols :
...législateurs, je pense qu'on a quand même le devoir de penser au petit
exproprié, qui n'a certainement pas les mêmes moyens que l'expropriant, tu
sais, pour faire... soit pour faire valoir ses droits soit pour prendre un
avocat pour contester. Puis, tu sais, des fois, bien, on se dit : Bien là,
pour aller contester pour 10 000 $, je me prends un avocat ou je ne
le prends pas? Tu sais, bon, tant qu'à donner l'avocat à 10 000 $...
tant qu'à donner 10 000 $ à l'avocat,
tu sais, je vais laisser faire. Ça fait que, c'est pour ça, je me dis : Si
on est capables, tu sais, de trouver une
façon d'arriver avec une obligation à l'exproprié de rendre une expertise ou...
Tu sais, je trouve que c'est plus solide puis c'est plus valable face au
petit exproprié.
Mme Guilbault : Oui. Bien, prenons l'exemple, justement, du MTQ. On a une évaluatrice
agréée, dans l'équipe, qui est capable de faire des évaluations pertinentes.
Alors, on peut présumer que c'est la même chose dans les autres gros
expropriants qui constituent pas mal l'essentiel de la cohorte d'expropriants
au Québec. Donc, je pense, c'est une expertise qui est fiable. En tout cas,
moi, à date, je la trouve tout à fait pertinente et compétente.
Mme Nichols : Moi, je ne pense pas
qu'on remet en doute les compétences de votre collègue, là, pas du tout, là,
mais...
Mme Guilbault : ...concret. Elle, elle fait
partie des équipes qui gèrent
les expropriations. Donc, cette même personne là qu'on trouve compétente puis
pertinente ici, elle fait le même travail tout aussi compétent puis pertinent dans son bureau, là,
quand elle gère des cas concrets d'expropriation, dont la ligne bleue, dont les
autres auxquels elle a fait référence de manière expérientielle,
personnelle, parce qu'elle les gère directement.
Mme Nichols :
Bien, c'est correct, madame a l'expertise. Mais je reviens au cas où,
peut-être, l'expropriant, tu sais, ne ressent pas, ou n'a pas les qualités, ou
n'a pas... Tu sais, il peut arriver avec un montant comme ça puis ne même pas être capable de le justifier. Puis là,
bien sûr, j'ai compris, là, que l'exproprié pourra le contester, là. Je le
comprends. Mais, tu sais, il reste que c'est la partie, moi, qui m'embête
énormément dans l'ensemble, dans l'ensemble du projet de loi. Ça fait
que, tu sais, je ne suis pas contre, puis c'est votre volonté de vouloir donner
beaucoup de pouvoirs à l'expropriant, puis
c'est correct, on vous suit là-dedans, là. Je ne pense pas que... Il n'y a
personne qui a... On vous suit là-dedans, mais là où peut-être que ça
mériterait certaines précisions, c'est en lien avec l'expertise.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Mme la ministre.
Guilbault : Bien, je vais réitérer ce que
j'ai dit tout à l'heure, là, je pense que la présence de ressources compétentes
dans les équipes des instances qui sont généralement les expropriants est déjà
rassurante, mais aussi, surtout, la
possibilité pour tout citoyen, ou toute organisation, ou autre entité
expropriée de s'adresser à la cour préserve la possibilité, finalement,
de vivre le processus exactement de la même façon qu'il est déjà prévu
actuellement dans la
Loi sur l'expropriation. Ça fait que, si quelqu'un veut
s'adresser à la cour, il peut le faire. Et, si un expropriant est négligent, il s'expose à être sanctionné ou être
contredit par la cour aussi. Alors, on demeure dans un système où la cour
est là pour protéger les droits des
expropriés, qui sont, effectivement, très importants dans le projet de loi.
L'équilibre entre les droits est très important.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Merci. M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui,
juste brièvement, parce que j'ai écouté l'échange attentivement. Tu sais, il y
a aussi une question de perception, je veux dire, de la part de l'exproprié.
Quand c'est M., Mme Tout-le-monde, avec la façon dont la loi va fonctionner, la personne va recevoir un avis, elle va
recevoir un montant, pas sûr que son premier réflexe, ça va être de
vouloir contester. Puis on va voir plus tard aussi dans la loi que les frais
judiciaires ou les frais d'avocat ne seront pas nécessairement remboursés comme
indemnité. Donc, je pense que ça... dans un cas comme ça, il y a un
débalancement, tout simplement.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Mme la ministre.
Guilbault : Je maintiens les commentaires
que j'ai faits précédemment.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Est-ce qu'il y a autres interventions? S'il n'y a pas
d'autre intervention, nous allons procéder à la mise aux voix. Est-ce que
l'article 23, tel qu'amendé, est adopté?
La Présidente (Mme
Maccarone) : Merci. Mme la ministre, pour la lecture de
l'article 24, s'il vous plaît.
Mme Guilbault : Merci, Mme la Présidente.
Article 24 : «En tout temps avant la
prise en délibéré de la demande en fixation de l'indemnité définitive dans le
cadre de l'instance en fixation de l'indemnité d'expropriation, l'expropriant
peut, d'office ou sur demande de la
partie dessaisie, déterminer une indemnité
provisionnelle supplémentaire afin de permettre
à la
partie dessaisie de poursuivre ses activités jusqu'au paiement de
l'indemnité définitive sans que celles-ci soient mises en péril.
«Toutefois,
dans le cas de la cessation de l'exploitation d'une entreprise, l'indemnité
provisionnelle supplémentaire a plutôt pour objectif de permettre à la
partie dessaisie de payer les dépenses liées à cette cessation.
«Une demande de la
partie dessaisie visant à obtenir une indemnité provisionnelle supplémentaire
contient le montant de l'indemnité
provisionnelle supplémentaire demandée, montant ventilé en fonction des postes
d'indemnisation applicables prévus à l'article 10, et est
accompagnée des documents justifiant ce montant.»
commentaire :
L'article 24 du projet de loi prévoit qu'une
partie
dessaisie pourrait demander une indemnité provisionnelle supplémentaire à
l'expropriant en lui transmettant une demande qui contient le montant demandé
ventilé en fonction des postes d'indemnisation applicables et qui est
accompagnée des documents justifiant ce montant.
L'expropriant
pourrait, à la suite de cette demande mais également de sa propre initiative,
déterminer une indemnité provisionnelle supplémentaire à cette partie, et ce,
tant que le Tribunal administratif du Québec n'a pas pris en délibéré la demande en fixation de l'indemnité définitive dans
le cadre de l'instance en fixation de l'indemnité d'expropriation. Cette
indemnité viserait à permettre à la
partie dessaisie de poursuivre ses
activités jusqu'au paiement de
l'indemnité définitive, et ce, sans que ces activités soient mises en péril,
ou, dans le cas de la cessation de l'exploitation d'une entreprise, de
lui permettre de payer les dépenses liées à cette cessation.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Y a-t-il des interventions? M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui,
Mme la Présidente. En fait, juste pour ma compréhension, Mme la ministre, quand
on parle de la demande en fixation d'une
indemnité définitive, c'est toujours et uniquement devant le Tribunal administratif du Québec?
Mme Guilbault : C'est ça? Juste pour être sûre, parce que... Je vais
peut-être valider avec un juriste, mais ça peut être la réclamation...
Mme Guilbault : Oui, c'est ça, c'est au TAQ, sauf du gré à gré, évidemment,
mais là ça va de soi.
M. Morin : ...lu au début puis qu'on
parlait de la prise en délibéré, ça, habituellement, la prise en délibéré,
c'est dans une instance judiciaire, parce que c'est le tribunal qui prend
quelque chose en délibéré. Puis, en tout cas, à prime abord, ce n'était pas
clair qu'on était nécessairement et toujours devant le TAQ. Alors, je ne sais
pas s'il y a lieu de le préciser davantage,
mais, bref, en tout cas, moi, quand j'ai fait ma première lecture, ce n'était
pas... ça ne me paraissait pas évident.
Deuxièmement, quand on parle de la cessation de
l'exploitation d'une entreprise...
Morin : O.K.
Oui. Donc, encore là, c'est l'expropriant, si on revient à 22 puis à 23, qui va
envoyer un avis avec le montant qui va être offert, n'est-ce pas?
Mme Guilbault : Oui. Bien, c'est comme on disait tantôt, là, l'exemple du
commercial, où ce n'est pas systématiquement le trois mois de loyer, mais il
peut y avoir quand même un versement.
Morin : Mais mettons que vous prenez une entreprise, je ne
sais pas, moi, qui était à Montréal, elle pourrait être ailleurs, dans une autre
ville, puis ils fabriquent, mettons, des meubles. Alors, ils vont faire une
évaluation, j'imagine, de la bâtisse, parce que la bâtisse comme telle a
un coût, mais il y a aussi tout ce qu'il y a dedans, avec les emplois. Puis
prenons pour acquis que cette entreprise-là va... à cause de l'expropriation,
ne pourra plus opérer. Donc, je comprends
qu'avec l'avis ils vont envoyer un montant pour la valeur de la bâtisse, puis
après ça ils vont évaluer tout ce que
ça coûte pour faire opérer le bâtiment. Comment est-ce qu'ils vont évaluer
l'achalandage, s'il y a des pertes d'emploi? Puis là je comprends que c'est l'expropriant qui fait ça tout seul puis
qui envoie l'avis à l'exproprié. Est-ce que je comprends bien?
Mme Guilbault : Bien, de ce que j'ai compris tout à l'heure, l'expropriant
peut faire une proposition, mais surtout il
va attendre, je pense, l'évaluation du dommage par l'exproprié. Mais, si mon
collègue est d'accord, on introduirait un nouvel... un nouveau collègue.
La Présidente (Mme Maccarone) :
Est-ce qu'il y a consentement de céder la parole?
Présidente (Mme Maccarone) :
Voilà. Si vous pouvez vous présenter, avec votre nom et votre titre, s'il vous
plaît.
M. Jobin (Jean-Marc) : Oui. Alors,
je me présente, Jean-Marc Jobin. Moi, je suis membre de l'Ordre des comptables
agréés et aussi membre de l'Ordre des évaluateurs agréés. Je pratique dans le
domaine de l'expropriation depuis 2006. J'ai
fait vraiment plus... Je dirais, 95 % de mes dossiers sont au niveau de
l'expropriation de commerces, entreprises, industries, puis de toutes les
natures, là, du petit commerce, là, le monsieur qui change des pneus chez
eux, jusqu'à la multinationale, là. Donc, je
me... comme spécialiste au niveau de l'expropriation de commerces et
d'entreprises.
M. Jobin (Jean-Marc) : O.K. Donc, la
façon que ça fonctionne, c'est que... pour l'indemnité provisionnelle
supplémentaire, c'est qu'on a besoin d'informations financières, puis c'est
l'exproprié qui va nous communiquer, exemple,
ses états financiers. Puis aussi il faut rappeler que c'est son fardeau de
preuve à lui. Alors, c'est considéré comme un dommage, la cessation... une fermeture, calculer l'achalandage, les
pertes de profit de d'autres natures. C'est vraiment considéré comme des
dommages, des préjudices qui sont le fardeau de preuve de l'exproprié. Donc,
l'expropriant va recevoir les informations financières, va recevoir la demande,
puis on va commencer le processus d'analyse pour pouvoir être en mesure de faire une offre, avec tout le processus de
négociation qui s'enclenche entre les parties, entre les experts.
Morin : O.K. Donc, si on revient à 23, comment
l'expropriant va faire pour déterminer le montant de l'indemnité
provisionnelle qu'il va envoyer à l'exproprié dans un cas comme ça?
M. Jobin (Jean-Marc) : Ça
va être sur la base des informations financières que l'expropriant va avoir
obtenues.
M. Morin : O.K.
Présentement, là, si vous avez à exproprier un commerce, bon, madame en parlait
tout à l'heure, Mme Ferlatte, donc, il
y a une négociation qui se fait. La majorité des expropriations se terminent de
gré à gré, il y a des groupes, des
associations qui nous l'ont dit, dans 93 % environ. Donc, il y a un
dialogue. Moi, ce que je comprends de la loi, mais peut-être que je
comprends mal, là, c'est qu'on est en train de mettre des jalons qui vont faire
qu'il va y avoir une procédure plus stricte qui va aller plus vite, mais, dans
un cas comme celui-là, vous allez forcément, à un moment donné, être obligé de dialoguer avec l'exproprié. Vous ne pouvez
pas arriver avec un montant puis dire : C'est ça. Sinon,
l'exproprié, je présume, va tout contester à la cour. Donc, vous n'irez pas
plus vite, là.
M. Jobin (Jean-Marc) : Parallèlement à ça, il se
fait toujours des négociations, des discussions entre les experts, là,
puis le corps expropriant, puis les expropriés aussi, là.
M. Jobin
(Jean-Marc) : Ça se fait parallèlement. Sinon, ça n'aboutirait jamais,
M. Morin : Exact.
Donc, en procédant de cette façon-là, quel va être votre gain d'efficacité?
M. Jobin (Jean-Marc) : Bien, l'avantage, c'est
pour l'exproprié. C'est que, s'il n'est pas content du travail, de
l'offre qui est faite, bien, il peut toujours s'adresser au tribunal pour
demander plus, là.
M. Morin : Oui. Ça, c'est sûr. Mais vous ne pensez pas qu'il
y aurait lieu d'avoir un meilleur dialogue dès le début entre
l'expropriant et l'exproprié pour éviter, éventuellement, d'aller au tribunal?
Guilbault : Non, mais juste pour être
sûre, là, de... C'est le même principe que ce que j'expliquais tantôt. Là, en ce moment, on se soustrait au
tribunal, systématique, d'emblée. Et là mon collègue pourra confirmer, mais... dans
sa grande expertise, je pense qu'on pense raisonnablement qu'il y a des
processus qui pourraient se régler sans jamais aller au tribunal. Donc, c'est
ça, le gain de temps. Ça semblait être ça, là. Pensez-vous que ça va nous faire
gagner du temps? Nous, c'est ça, l'hypothèse qu'on émet, sans pour autant
soustraire qui que ce soit à ses droits de s'adresser au tribunal, très
important de le préciser.
M. Morin : Je
comprends.
Jobin (Jean-Marc) :
...commercial, industriel, c'est le TAQ qui va verser l'indemnité. Mais ça,
c'est des délais. C'est des mois et des mois, souvent, pour avoir le...
pour que les gens puissent... les experts puissent avoir un agenda libre, le tribunal disponible aussi. Donc, en
procédant ainsi... C'est comme ça que le... Au niveau du REM, c'est ainsi que
ça s'est produit, puis ça a très, très bien été, au niveau du REM, là, les
indemnités provisionnelles qui étaient fixées par l'expropriant.
M. Morin :
D'accord. Mais vous allez devoir quand même aller au TAQ, parce que vous dites
«avant la prise en délibéré de la demande». Donc, c'est... La façon dont c'est
libellé... Tu sais, ma compréhension du système aujourd'hui, c'est qu'il y a un
avis d'expropriation, il y a des négociations de gré à gré, les gens se parlent
puis éventuellement ils en arrivent à un
accord qui va être, évidemment, soumis au TAQ ou encore il n'y a pas d'accord,
puis le TAQ va entendre la preuve puis va fixer des indemnités. C'est
correct, ce que je vous dis?
M. Jobin
(Jean-Marc) : Oui.
M. Morin : C'est ça. Aujourd'hui, c'est ce que je comprends
de la réalité. Avec ce qu'on propose maintenant, c'est que c'est
l'expropriant, lui, qui va faire ce travail-là puis qui va l'envoyer. Mais,
pour reprendre votre exemple d'une situation commerciale, à moins que
l'expropriant arrive pile sur les bons montants, il est fort possible qu'il va y avoir un dialogue, puis éventuellement les
parties vont aussi se retrouver au TAQ. La différence que je vois dans le
projet de loi présentement, c'est qu'au niveau de la fourchette des indemnités
il y a des barèmes. Mais ça ne va pas nécessairement aller plus vite, à
moins, évidemment, que l'exproprié ne dise rien. Ça, c'est sûr. Mais ce n'est
pas évident que ça va toujours être comme ça, ça fait que... Oui.
M. Jobin
(Jean-Marc) : Ça va aller plus vite parce qu'actuellement, avec la loi
actuelle, si on fait fixer une indemnité
provisionnelle par le tribunal... Comme je dis, les experts sont tous très
occupés. Il y a une pénurie d'experts. Ça fait que réussir à avoir un agenda
que tout le monde est disponible, le tribunal en même temps, c'est des mois
et des mois d'attente pour fixer une
indemnité provisionnelle au niveau commercial. Donc, avec ce système-là
qui est proposé, ça va vraiment aller plus rapidement, là, sans
perdre... Puis l'exproprié, si jamais il n'est pas satisfait de l'offre de
l'expropriant, il va s'adresser au tribunal pour demander plus.
M. Morin : Exact. Mais, s'il y a des
délais dans le tribunal maintenant... Je comprends que la première étape va
arriver plus vite, ça, c'est sûr, parce que, l'expropriant, ma compréhension,
avec le projet de loi, c'est qu'il va faire le travail chez lui, là. Le ministère des
Transports veut exproprier quelqu'un. Ils ont des ressources, ils ont des experts
et donc ils vont établir des montants. Si l'exproprié
ne dit rien, c'est sûr que ça va aller plus vite. Si l'exproprié conteste, vous
allez vous retrouver au TAQ quand même, puis les délais du TAQ ne seront pas
diminués.
M. Jobin (Jean-Marc) : Oui, mais les
procédures d'expropriation, la procédure continue. Le transfert de propriété
s'effectue dans les délais normaux, là. Les délais, la prise de possession de
l'immeuble exproprié versus l'indemnité, ça se fait en parallèle, là.
M. Morin : Je comprends.
M. Jobin
(Jean-Marc) : On n'a pas besoin de s'entendre sur l'indemnité
provisionnelle pour prendre possession de l'immeuble, là.
Morin : Je comprends ça également. Mais vous n'allez pas
diminuer le nombre de contestations. Si l'exproprié conteste tout ce que vous
faites au niveau de l'évaluation... Je veux dire, à un moment donné, je
comprends que vous allez prendre possession de l'immeuble plus vite,
mais, quant au montant final puis la finalité du dossier, ça ne va pas
nécessairement arriver plus vite. C'est ça, mon point. Puis peut-être qu'on ne
s'entend pas là-dessus, là, ça, je peux comprendre ça, là, mais...
M. Jobin (Jean-Marc) : Non, bien,
c'est ça. Moi, je suis convaincu que ça va aller plus vite. Ça, c'est...
M. Morin : O.K. C'est bon. Je vous
remercie.
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Guilbault : Non, mais juste là-dessus, parce que, là, il y a
beaucoup de variations sur le même thème, là. Je vais essayer de le résumer. Que ce soit du commercial ou du
résidentiel, en ce moment, il y a un volume x d'expropriations où, systématiquement, il faut s'adresser à la cour.
Donc, ça, on est déjà au maximum de délai possible, parce qu'il faut
toujours s'adresser à la cour. L'hypothèse du projet de loi, c'est qu'il y a
une
partie de x qui va être traitée hors cour. Donc, ça peut juste être moins
long que l'actuel. Puis, dans le pire scénario, si on avait tort sur toute la
ligne puis que tous les dossiers finiraient quand même en contestation au
tribunal, bien, ce serait juste la même chose qu'en ce moment, avec tous les
cas d'expropriations qui, systématiquement, passent au tribunal. Donc, ça ne
peut pas être pire qu'en ce moment, ça peut juste être mieux, si ça peut aider
peut-être la compréhension.
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
le député.
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Moi, j'aimerais aller, là, un petit peu sur les cas de cessation
d'exploitation d'entreprise, donc, dans le fond, des fermetures. J'aimerais
d'abord avoir des précisions, là, sur les
dépenses liées à cette cessation. Est-ce qu'on parle simplement des dépenses
liées à la fermeture, la vente... bien, pas la vente, mais l'organisation, en fait, de la fermeture ou si on va
plus loin? Dans le fond, bref, définir un peu cette notion-là, là, de
dépenses liées à la cessation des activités.
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
Jobin.
Présidente (Mme Maccarone) :
Non. Je crois que... J'ai vu que la ministre souhaite partager sa parole. Alors,
M. Jobin. Voilà.
Mme Guilbault : Oui, oui, oui, tout à
fait. J'invite mon collègue à répondre. Je souhaite lui partager ma parole. C'est
bien dit, Mme la Présidente.
M. Jobin
(Jean-Marc) : Bien, en fin de compte, c'est ça, c'est toutes les
dépenses qu'une entreprise doit engager lorsqu'elle va cesser ses
activités. On peut penser, exemple, si elle liquide ses inventaires, c'est un
commerce de détail qui doit liquider ses
inventaires puis réalise des pertes, on va pouvoir compenser les pertes sur
vente forcée des actifs. S'ils doivent
payer des indemnités aux employés, des indemnités de cessation d'emploi, ça
aussi, ils peuvent le demander. Ça fait qu'en gros c'est souvent les
postes qu'on voit le plus souvent, là.
M. Grandmont : Parfait. Excellent.
Ça répond à une des sous-questions que j'avais, là, concernant les
compensations qui pourraient être versées aux travailleurs et travailleuses.
Merci.
y avait un cas qui nous avait été... pas un cas, mais un exemple qui nous avait
été soumis, là, par les évaluateurs, l'Ordre des évaluateurs agréés, là,
qui parlaient d'un commerce, je ne me souviens plus si c'était un garagiste ou
un dépanneur, là, mais, en tout cas, dans le cas d'une personne qui serait dans
la cinquantaine, puis que, pour cette personne-là,
son commerce, c'est son fonds de pension, il espère pouvoir le vendre
éventuellement. Là, on se retrouve dans une situation où il est
exproprié. Son commerce, dans le fond, lui est repris. Cette personne-là ne
veut pas nécessairement repartir en
business, considérant son âge ou là où il est rendu dans la vie à ce moment-là.
Est-ce qu'il y a un calcul de l'indemnité qui peut être basé sur... mais je
comprends qu'on est normalement dans la valeur marchande, là, mais sur
les gains qu'il espérait faire d'ici sa retraite puis le fait qu'il considérait
son commerce comme son fonds de pension, dans le fond?
Vous comprenez le genre de situation dans
laquelle on est. On n'est pas simplement dans une fermeture mais dans
l'espérance de pouvoir asseoir sa retraite sur le commerce qu'il avait, puis on
lui retire ce potentiel-là qu'il devait
continuer à exploiter pendant 10, 15 ans encore avant d'avoir la valeur
qu'il espérait pour sa retraite. Est-ce que c'est comptabilisé dans le calcul
d'une indemnité à quelque part? Peut-être dans l'article 10, là, mais
est-ce qu'on a cette préoccupation-là, disons, là, dans le cas par cas
qu'on peut observer, là?
M. Jobin (Jean-Marc) : Je n'irai pas
en détail, comment évaluer des entreprises puis toutes les techniques qui
existent, mais, en fin de compte, quand on évalue une entreprise qui ferme,
c'est qu'on va actualiser les revenus futurs.
Ça fait qu'on prend les revenus futurs de l'entreprise puis on les ramène en
date d'aujourd'hui. Ça, ça donne la valeur
de l'entreprise. Donc, l'indemnité permet à l'exproprié soit de rester chez eux
puis se trouver un autre travail, ou se repartir un commerce, ou prendre
l'argent qu'il va recevoir de l'indemnité d'expropriation puis s'acheter un
autre commerce à la place. Ça fait qu'il va
être en mesure de refaire sa situation d'une façon ou d'une autre avec
l'indemnité d'expropriation qu'il va recevoir.
M. Grandmont : Mais, si cette
personne-là... Puis, encore une fois... se comprendre, là, est-ce qu'on est
vraiment tout le temps dans le cas par cas, puis une personne pourrait
dire : Bien non, moi, je n'avais pas envie de me repartir un commerce, rendu où je suis dans ma vie? Est-ce qu'on va
calculer un certain nombre d'années puis, dans le fond, on va répondre à
son désir de ne pas se lancer en business, par exemple?
M. Jobin (Jean-Marc) : Bien, en fin
de compte, ça va être la valeur marchande de son commerce. C'est comme s'il
avait vendu aujourd'hui son commerce. Il y a une valeur marchande. L'indemnité
qu'il va recevoir, c'est l'indemnité de la valeur marchande de son commerce.
Puis ça, ça va lui permettre de générer... exemple, réinvestir cet argent-là
puis générer des revenus pour refaire sa situation, là.
M. Grandmont : D'accord. Merci.
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci.
Mme la députée de Vaudreuil, la parole est à vous.
Mme Nichols : Oui. Merci. Bien, je
reviens un peu, tu sais, je fais le lien avec l'article 23, là, où je
disais : Tu sais, on... il n'y a pas d'obligation envers l'expropriant de
produire une expertise. Je comprends que le MTQ a probablement cette
expertise-là. D'autres ne l'ont pas. On aurait quand même pu... Tu sais, on
aurait quand même pu l'imposer à d'autres
expropriants qui ne sont pas le MTQ, là, d'avoir une expertise. Mais ici, à 24,
par exemple, on vient demander à l'exproprié des documents pour justifier le
montant. Ça fait qu'encore là je trouve qu'il y a un déséquilibre, là. Je
trouve qu'on vient dire à l'expropriant : Bien, c'est correct, tu as tous
les droits, tu peux contester, mais toi, là, tu dois venir... toi, tu dois
venir ici, tu sais, produire des documents pour justifier ta demande.
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Mme Guilbault : Bien, il faut déjà, j'imagine, qu'ils produisent des
documents s'ils font une... pour faire la démonstration au TAQ. Tu sais, s'ils
font une réclamation au tribunal en ce moment, il faut qu'ils produisent des
documents.
Mme Nichols : Oui, mais ici on vient
dire «accompagnée des documents justifiant». Ça fait que, tu sais, oui, il y a la demande au TAQ, mais on vient en plus,
là, remettre une obligation d'avoir des documents qui vont venir justifier
le montant. Ça fait que, tu sais, la réponse, ça ne peut pas être : Bien
non, ce n'est pas vrai, parce que, oui, c'est écrit noir sur blanc qu'on vient leur imposer cette obligation-là. Mais, tu
sais, il y a, encore là, une disproportion avec le fait qu'à
l'expropriant on ne lui demande pas...
Puis, encore là, tu sais, je vais mettre le MTQ,
là, à part, là, dans l'expropriant, parce qu'on convient qu'il y a une certaine expertise au MTQ, que vos collègues
ont cette compétence-là, mais, un expropriant qui n'a pas nécessairement
cette compétence-là, à lui, on ne vient pas lui demander l'obligation de
justifier... de le justifier, tu sais, on ne vient pas lui demander... une obligation, oui, mais, je veux dire... pas
d'expertise sur laquelle s'appuyer. Mais ici on demande à l'exproprié de
justifier le montant, d'amener des documents pour justifier le montant.
Guilbault : Oui. Bien, c'est
que, si, en ce moment, l'exproprié fait une demande d'indemnité
provisionnelle supplémentaire, à la cour, il faut quand même qu'il
produise des documents à l'appui de sa demande.
Mme Nichols : Oui,
mais...
Guilbault : Tu sais, de justifier une demande d'indemnité
supplémentaire, quelle que soit l'instance à qui on fait la demande, je
pense que c'est normal que ce soit soutenu par des documents à l'appui de la
demande.
Nichols : Oui. Moi, je suis d'accord, là, mais que... Moi,
je suis d'accord, mais ce que je dis, c'est que ça devrait être la même
obligation à l'expropriant à qui on donne le gros bout du bâton dans 23 ou
quand on parle d'indemnités...
Mme Guilbault : C'est ça. C'est que, l'expropriant, quand il fait une offre
pour une indemnité, elle est appuyée aussi, puis elle est justifiée, puis elle
est expliquée. Puis, de toute façon, comme je disais, il y a un paramètre quand
même... il y a un paramètre... pas fondateur, là, mais, tu sais, en prenant la
valeur marchande, déjà, tu ne peux pas faire
non plus des offres erratiques, sous peine de te ramasser au tribunal, si tu
fais une offre erratique ou hérétique, selon.
Mme Nichols : Non, mais ce que je
dis... Bien, ce que je dis, c'est que l'expropriant, là, a probablement déjà en main, tu sais, toutes les notions ou toute
cette qualité-là de... d'expert, là, pour pouvoir quantifier le montant quand
il fait... quand il... tu sais, quand il
exproprie, là, face à l'exproprié. Bien, ce que je dis, c'est qu'à l'inverse
l'exproprié, il a... lui, on vient dire : Bien, tu sais, c'est correct, tu
as tous les droits de revenir, de faire des demandes supplémentaires, mais
n'oublie pas d'avoir des documents justifiant ce montant-là. Tu sais, ça fait
que je trouve que c'est disproportionné, encore là, ce qu'on vient de...
Puis, tu
sais, je ne remets pas en doute, encore là, les qualités de l'expropriant
qui... quand c'est le MTQ, mais, quand ce n'est pas le MTQ,
l'expropriant, pourquoi on ne leur demanderait pas? Tu sais, pourquoi ce ne
serait pas prévu, dans le projet de loi,
qu'un expropriant autre que le MTQ, qui n'a pas nécessairement les ressources à
l'interne pour ventiler la fameuse valeur marchande...
Puis je reviens encore avec le... tu sais,
l'exemple d'une maison, là, comme quand on met notre maison à vendre, là. Tu sais, la valeur marchande, on la
fait quand même justifier par un... par le courtier immobilier, là, par le...
Ça fait que c'est pour ça que je me dis... Je trouve qu'il y a une
disproportion encore entre les deux, là. Bien, je sens qu'il y a... je sens
qu'il y a une réticence de l'autre côté.
Guilbault : Bien, c'est que je sens, moi, que j'ai déjà répondu
plus d'une fois à chacune... à chacun des deux aspects, mais c'est pour
ça...
Mme Nichols : Bien, parce que je
portais à votre...
Mme Guilbault : ...exact, mais c'est que je reprendrai exactement les
propos que j'ai tenus à l'article 23 sur l'expropriant. Bien là, je viens
de... je viens de le dire, l'expropriant, il faut quand même qu'il fasse...
qu'il fasse une offre qui a du sens puis qui est basée sur les paramètres qui
sont contenus dans la loi. Puis l'exproprié, oui, il a la possibilité de
demander des indemnités supplémentaires, mais, qu'il le fasse auprès de
l'expropriant directement, s'il décide de profiter de la nouvelle future
possibilité de faire le cheminement hors cour ou qu'il décide de s'adresser à la cour, c'est normal qu'il justifie sa demande.
Alors, je ne vois pas comment on peut faire l'économie de ça non plus. Et c'est
Nichols : Bien, c'est que... Parce que c'est comme si on
disait à l'expropriant : Tu sais, moi... toi, tu n'as pas besoin de
la justifier, ta demande, tu sais, ou toi, tu as...
Mme Guilbault : Mais quelle demande?
Mme Nichols : Bien, l'expropriant
qui veut... L'expropriant veut quelque chose, là. Il veut le bien de l'exproprié, là. Ça fait que... Mais, à lui, on
lui dit : Bien, tu n'as pas besoin de le ventiler ou tu n'as pas besoin...
tu n'as pas besoin de cette... tu n'as pas besoin de... on te fait
confiance sur la valeur, tu sais, tu n'as pas besoin de venir la justifier par
une expertise, à moins que je me trompe, là, puis à moins que ce soit écrit
ailleurs, mais moi, je n'ai pas vu nulle part ailleurs qu'il y avait cette
obligation-là. Puis, tu sais, ce qu'on dit, c'est qu'elle est là d'emblée,
cette...
Mme Guilbault : Mais le fardeau de preuve sur... Le fardeau de preuve qui
est sur l'expropriant, c'est la valeur
marchande. C'est ça qu'on a mis à l'article 22, je pense, ou 21, puis...
ou 22, oui, c'est ça, 22 : Pour l'exproprié... l'expropriant détermine l'indemnité, pour
l'exproprié, «d'un montant au moins égal à 100 % de la valeur marchande du
droit exproprié».
Alors, c'est ça que je disais tout à l'heure. Si
l'expropriant dit : Je vais essayer de miser sur le fait que je pense que l'exproprié, il ne comprendra pas trop
ce qui se passe, je vais faire une offre erratique, très en dessous de la
valeur marchande... Bien là, tu sais, c'est ça, il faut présumer de la bonne
foi. Je ne dis pas que ça ne se peut pas, quelqu'un
qui serait aussi malintentionné, mais ce serait surprenant, là, parce que, tu
sais, les risques de se faire... de se faire contredire puis sanctionner par la cour sont
très élevés. Puis, quand on pense au genre de personnes qui exproprient...
Tu sais, il ne passerait pas dans l'idée du
ministère de faire une affaire comme ça, là, ou de la CMM, ou des... ou de qui?
Guilbault : ...ou d'une ville, tu sais, ou de toutes les
personnes qui ont besoin d'exproprier pour faire des projets importants,
par exemple un hôpital ou un pont dans une circonscription. Donc, alors, c'est
Puis, pour l'exproprié, bien, c'est ça,
l'exproprié reçoit son offre, et, ensuite de ça, s'il fait des réclamations
supplémentaires, bien, il faut qu'il les appuie. Ça, je pense que, pour moi, ça
va de soi, là. Ça complèterait ce que j'aurais à dire là-dessus.
Mme Nichols : Bien, ça va de soi,
oui puis non, là. Subtil, l'hôpital et le pont, Mme la ministre.
Mme Guilbault : Non, mais, des hôpitaux puis des ponts, on en a... on en a
beaucoup à faire. Je peux vous confirmer quand je regarde le PQI.
Nichols : Oui. Non, non, puis c'est... puis c'est encore...
Oui, puis c'est tant mieux. Amenez-en beaucoup dans Vaudreuil, comté en
explosion démographique. Il y a beaucoup de besoins.
Mme Guilbault : Bien, il y en a déjà, dans Vaudreuil, des importants.
Mme Nichols : Mais je vais donner
l'exemple, là, du dossier de l'hôpital. Tu sais, le dossier de l'hôpital, c'est un dossier où... Tu sais, il y a eu un
décret, il y a eu les expropriations, puis c'est encore en cours, puis c'est
encore contesté, mais le chantier, il est déjà en pleine... en pleine
explosion, en pleine... il est en construction, là. Ça fait que, tu sais, pour ça, des fois, je me dis... Mais, en
tout cas, les justifications qu'on fait là sont... Tu sais, je veux dire, le
dossier de l'hôpital, là, ce n'est
pas un dossier qui a été ralenti par les expropriations, là. À partir du moment
où on est devenu... tu sais, le gouvernement est devenu propriétaire des
terrains, ça n'a pas été long que, quelques mois après, les pépines
étaient sur le chantier.
Guilbault : Bien là, moi, je ne suis pas maître d'oeuvre du
chantier de l'hôpital. Je n'ai pas le fin détail. Mais, si on est en train de remettre en question
les gains de temps qu'on aurait en modifiant la
Loi sur l'expropriation
dans les projets d'infrastructure, j'invite la collègue à réécouter la
quasi-entièreté des consultations particulières, où à peu près tous les
expropriants au Québec sont venus nous expliquer qu'il va y avoir un gain de
temps puis fort probablement d'argent. Alors... Parce que, là, on est sur le
fondement du projet de loi.
Nichols : Oui, mais... Un, je les ai écoutées puis j'ai lu
les mémoires. Mais ce n'est pas... Mon point, ce n'est pas là, là. Mon
point... Tu sais, j'ai donné cet exemple-là pour dire que ça n'a pas
nécessairement ralenti le processus. Mais,
tu sais, mon point, je reviens sur l'expropriant puis la valeur, tu sais, il
n'y a pas nulle part... Tu sais, il n'y a pas nulle part qui dit... qui
vient dire la façon dont va être déterminée la valeur marchande par
l'expropriant. C'est mon point.
La Présidente (Mme Maccarone) : Mme
la ministre.
Guilbault : Ah! bien, mon collègue peut donner un exemple
concret si ma collègue de Vaudreuil est intéressée.
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
Jobin.
M. Jobin
(Jean-Marc) : Donc, dans un cas vraiment concret, pour
l'autoroute 50, puis on peut même les nommer parce que la décision a été entendue au TAQ, le
dossier Marcel Charette, c'est qu'il y avait une exploitation d'une carrière
sablière puis, dans ce dossier-là, il
fallait, pour prendre possession, s'entendre avec l'exproprié au niveau de
l'indemnité provisionnelle, sauf que,
là, pour faire fixer l'indemnité provisionnelle au tribunal, avoir l'agenda de
tout le monde, les disponibilités de tout le monde, ça allait dans plusieurs
mois, sauf que, là, le projet devait commencer, parce que ça coûtait des
fortunes et des fortunes si le projet ne commençait pas tel que prévu. Donc, ce
qui est arrivé, c'est que l'expropriant, le ministère des Transports, a versé
une indemnité provisionnelle, un peu parce qu'il était obligé face... Le ministère des Transports a versé plus de
1 million. Finalement, l'indemnité finale a été de 300 000 $,
400 000 $. Ça fait que
l'exproprié s'est ramassé avec... obligé de rembourser un montant de
400 000 $, 500 000 $. Ça fait que ce n'est pas
évident pour lui, là.
Donc, ça, ça
fait en sorte que l'indemnité provisionnelle a vraiment des impacts au niveau
des débuts des projets comme tels, puis c'est des péna