CRC — 8 May 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CRC 2020-05-08
Quebec — Committees
(Neuf heures trente minutes)
La Présidente (Mme Chassé) :
Bonjour, tout le monde. Merci d'être là. Je constate le quorum et je déclare la
séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte. Je vous prie
de bien vouloir éteindre la sonnerie de vos appareils électroniques, les modes
de vibration, ainsi que les notifications, et vos microphones.
La commission
est aujourd'hui réunie virtuellement afin de permettre aux
députés d'opposition d'échanger avec la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants au sujet de la pandémie de la COVID-19. Là,
j'entends des bruits derrière. Je ne
suis pas certaine que tout le monde a éteint son micro. Gardez la caméra
ouverte, mais éteignez votre micro.
Alors, Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Dansereau (Verchères) est remplacée par M. Thouin (Rousseau);
M. Poulin (Beauce-Sud), par M. Allaire
(Maskinongé); M. Birnbaum (D'Arcy-McGee), par M. Fortin
(Pontiac).
Présidente (Mme Chassé) :
Merci. Et, puisque nous sommes en mode virtuel et que vous ne pouvez voir tout
le monde ici, à la commission, puisqu'ils ne
sont pas avec moi, j'en profite pour souligner la présence des autres membres
qui sont présents ici avec nous : la
députée de Bellechasse, la députée de Soulanges, la députée d'Iberville, tous du parti formant le gouvernement; la députée de Fabre, de
l'opposition officielle; la députée de Taschereau, du deuxième groupe d'opposition; et le député de Rimouski, du troisième groupe d'opposition — ça
va? — ainsi
que, bien sûr, la ministre des
Aînés et des Proches aidants, qui est avec nous, accompagnée de son personnel.
Conformément
à l'entente, je vous rappelle qu'il n'y a pas de remarques préliminaires, et la
période d'échange avec la ministre, qui est d'une durée de deux heures,
se divise en plusieurs blocs, incluant les questions et les réponses, en
alternance entre les différents groupes d'opposition. Les temps d'échange sont
répartis comme suit : trois blocs de
20 minutes pour l'opposition officielle, deux blocs de 15 minutes
pour le deuxième groupe d'opposition et deux blocs de 15 minutes
aussi pour le troisième groupe d'opposition.
Nous allons commencer la période d'échange tout
de go avec une première intervention de l'opposition officielle pour un premier bloc. M. le député... Non, c'est Mme la
députée. Parfait, je te remercie. Mme la députée de Fabre, vous disposez
de 20 minutes, la parole est à vous pour discuter avec la ministre des
Aînés et des Proches aidants.
Mme Sauvé : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, bien
sûr, je vous salue. Je suis très heureuse d'être ici pour un dossier aussi important que celui des
aînés. Je salue la ministre, mon cher collègue de Pontiac et les autres
collègues membres de la commission.
Alors, vous
comprendrez, Mme la Présidente, que mes premiers mots iront à toutes ces
familles éplorées qui sont en deuil, qui ont perdu un proche dans,
souvent, des circonstances très difficiles. Alors, je veux, de tout coeur et
très sincèrement, leur offrir mes sincères condoléances.
Je veux aussi, dans mes premiers mots, adresser
mille fois merci à tous ces gens qui, le matin, partent avec beaucoup de courage, la peur au ventre... aller
dans ces foyers d'éclosion pour prendre soin de nos aînés. Alors, il n'y a
pas de mots suffisants pour leur dire merci.
Alors, je voulais adresser mes premiers mots, avec tout mon coeur, aux familles
qui vivent le deuil et aux anges gardiens qui sont là pour nos aînés.
Vous savez, Mme la Présidente, on vit une crise
sans précédent. C'est une crise humanitaire. À tous les jours, à tous les jours, les chiffres tombent, on voit une
centaine de personnes aînées qui décèdent, et derrière les chiffres, il y a
ces personnes, il y a ces familles. On est très inquiets, on est préoccupés
parce qu'on sent la perte de contrôle. On ne sent
pas, finalement, qu'on va reprendre la situation bientôt et on a des grandes et
immenses questions aujourd'hui par rapport
à la gestion de la crise. Et vous comprendrez que je vais axer principalement
mes questions autour de cette gestion de
la crise et de l'imputabilité, oui, de la ministre responsable des Aînés et des
Proches aidants, mais de l'ensemble du gouvernement.
Alors, on est encore en manque de personnes dans les foyers d'éclosion dans le
réseau de la santé, j'imagine qu'on est rendus à peu près à 12 000.
Et neuf décès sur 10, ce sont nos aînés, et principalement dans de nombreux
établissements CHSLD du Québec.
Alors, ma
première question, Mme la Présidente, si vous me permettez, je vais revenir un
peu sur la clarification du mandat de
la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants. Alors, bien sûr, elle
a la responsabilité ministérielle, mais en étude de crédits, l'année
dernière, la ministre nous a clarifié son mandat, et elle a bien fait. Alors,
je reprends un peu ses mots. Donc, l'année dernière, en
étude de crédits, au mois d'avril 2019, elle nous a dit la chose
suivante : «...il est important de bien
définir mes responsabilités en tant que ministre responsable des Aînés[...]. Il
me fera plaisir de répondre aux
questions des oppositions concernant les CHSLD, la proche-aidance, la gériatrie
sociale et les personnes vulnérables.»
Alors donc, nous avons aujourd'hui devant nous la personne, bien sûr, qui est
responsable du dossier des CHSLD, mais aussi membre d'une équipe
gouvernementale.
Vous
savez, le premier ministre, à la mi-avril, a fait un mea culpa, a admis sa part
de responsabilité, et il l'a fait en
disant : Si c'était à refaire, j'aurais augmenté le salaire des préposés
aux bénéficiaires. Alors, je sais que la ministre a, lundi, admis une
part de responsabilité, et je le salue. J'aimerais, dans ma première question,
lui demander, un peu à l'instar du premier ministre, dans la définition de sa
part de la responsabilité, si c'était à refaire, comme il l'a dit, qu'est-ce
qu'elle ferait autrement dès le début de la crise dans les CHSLD.
La Présidente
(Mme Chassé) : Merci, Mme la députée de Fabre. Mme la ministre
des Aînés et des Proches aidants, la parole est à vous.
Mme Blais
(Prévost) : Merci, Mme la Présidente. À l'instar de la députée de
Fabre, j'aimerais aussi mentionner, dire
à toutes les familles, dire aux proches aidants combien je suis touchée par ce
qui se passe. C'est vraiment une pandémie à l'échelle internationale, alors un nombre incroyable de pays sont
touchés, et nous sommes touchés, et peut-être plus particulièrement au
Québec qu'à travers le Canada. C'est au Québec où on a le plus... On a
2 600 milieux de vie, donc on a
beaucoup plus de milieux de vie qu'ailleurs à travers le Canada. Les CHSLD ont
été, je l'ai souvent dit, souvent les enfants pauvres, un peu plus
pauvres dans le ministère de la Santé et des Services sociaux.
que nous avons fait au tout début de la pandémie, et c'était correct, on
regardait ce qui se passait en Italie, en Espagne, c'était de dégager des lits dans les milieux hospitaliers. Nous
nous sommes dit aussi : Dans nos CHSLD, ils ont quand même une formation pour être en mesure de
contrer l'influenza, les gastros, la gale, donc ils seront capables d'isoler
davantage les personnes qui sont atteintes de la COVID-19. On ne savait pas à
ce moment-là qu'on pouvait être asymptomatique
puis être porteuse du virus. Il y a eu aussi la semaine de relâche où, parmi
ces voyageurs, il y avait des travailleurs
de la santé qui sont rentrés dans les milieux et, sans le savoir, sans le
vouloir, ont contaminé énormément de personnes.
niveau du matériel de protection, je peux dire : Comme partout à travers
le monde, on n'avait peut-être pas le
nombre suffisant de matériel de protection pour tout le monde. Et on s'est mis
vraiment en mode action pour acheter du
matériel, il y a des gens qui travaillaient 20 heures sur 24. On a commencé
aussi à développer des masques par le biais d'entreprises québécoises. Donc, on apprend, Mme la Présidente, qu'on
doit vraiment avoir l'autosuffisance au niveau du matériel médical.
suis très attristée par rapport à ce qui se passe. Le personnel a circulé dans
les différents milieux de vie, et cette circulation-là a été extrêmement
nuisible. Et il faut vraiment avoir du personnel dédié dans chacun des
établissements, et du personnel dédié pour les zones chaudes, et du
personnel dédié pour les zones froides.
On s'est rendu compte
aussi, si vous le permettez, que, lors d'un précédent gouvernement, on a coupé à
peu près 50 % des cliniciens qui étaient des experts dans la protection
des infections. Donc, ça nous prend beaucoup plus d'experts au niveau des infections pour être en mesure d'aider le
personnel à bien s'outiller pour porter les masques et tout le matériel
de protection.
La Présidente
(Mme Chassé) : Très bien. Merci, Mme la ministre. Mme la députée
de Fabre, vous désirez poursuivre?
Mme Sauvé : Bien sûr, Mme la Présidente, je vous remercie. Écoutez, dans le fond,
ce matin, là, c'est très clair, on
est au milieu d'un incendie qui se propage, on est dans une crise humanitaire.
Alors, j'espère que, pour la suite des questions que je vais poser, je
vais avoir vraiment davantage que des constats ou des volontés. J'ai besoin et
la population a besoin de savoir quelles
actions ont été prises, et, pour ce, on va tout de suite adresser la question
de la gestion de la crise étape par étape, dans un mode un peu
chronologique.
Alors, ma première
question dans cet esprit-là, on va revenir un peu au début, début de la
pandémie. On va retourner un peu en arrière,
au mois de mars, où là la ministre
responsable des Aînés et des Proches aidants était face au plan de
pandémie, pour bien réaliser, finalement, que l'accent était mis exclusivement sur la
gestion des établissements hospitaliers,
les CHSLD étaient les grands oubliés. À
ce moment-là, avant même les premiers
grands foyers d'éclosion, qu'est-ce que la ministre responsable des
Aînés a fait pour lever la main et dire : Où sont les CHSLD?
La Présidente
(Mme Chassé) : Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Blais
(Prévost) : Il faut dire que je fais partie, à tous les jours, des
réunions qui sont convoquées. La première a lieu à 7 heures avec les trois ministres de la Santé et les
sous-ministres, et à tous les jours on travaille sans relâche à faire en
sorte de gérer cette crise qui est sans précédent.
Qu'est-ce
que j'ai fait? On a immédiatement... Je l'ai mentionné tout à l'heure, on
savait que, dans les CHSLD, ils
étaient beaucoup mieux outillés pour être en mesure d'isoler les personnes,
mais on s'est rendu compte qu'il y a eu une contamination interne, et c'est là qu'on a dû réagir. On a appris
par la suite qu'une personne qui était asymptomatique était porteuse du virus. Alors, on a commencé à
faire des zones chaudes, en CHSLD, et des zones froides. On a aussi voulu
faire des zones tièdes, c'est-à-dire que les
personnes qui sortaient des milieux hospitaliers ne pouvaient pas retourner en
CHSLD ou en RPA, mais bien dans une zone
tiède pendant 14 jours pour être en mesure de ne pas contaminer les personnes.
La Présidente
(Mme Chassé) : Merci, Mme la ministre. Mme la députée de Fabre.
Mme Sauvé : Merci à nouveau, Mme la Présidente. On continue
dans la chronologie des événements. On s'amène au début, vraiment, des premiers grands foyers d'éclosion, il y avait
déjà 10 premiers établissements. Le premier, on l'a vu, et là on est à peu près à la mi-avril,
donc, la Résidence Eva à Lavaltrie. Il y a eu, évidemment, le dossier tellement, tellement, humainement, incroyablement inacceptable, qui est le CHSLD Herron, il y a eu
le CHSLD Sainte-Dorothée et il y en a eu d'autres.
À ce moment-là, on avait à peu près 10 grands foyers
d'éclosion. À quel moment la ministre, face à cette première étape de l'incendie, elle a dit... À quelle date,
à quel moment elle a mis en place la