Institutions — 3 July 2003 (37th Legislature, 1st Session)
CI 2003-07-03
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32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
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29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
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27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
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25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
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24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
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37 e législature, 1 re session
(4 juin 2003 au 10 mars 2006)
Le jeudi 3 juillet 2003 - Vol. 38 N° 3
Étude des crédits du ministère du Conseil exécutif (2): volets Jeunesse et Affaires intergouvernementales canadiennes
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Table des matières
Volet Jeunesse
Déclarations d'ouverture
M. Jean Charest
M. Stéphan Tremblay
M. David Whissell
Discussion générale
Plan d'action visant à contrer le déclin démographique
des régions et l'exode des jeunes
Économies réalisées par l'abolition des crédits
d'impôt visant le retour des jeunes en région
Services offerts aux enfants autistes
Plan d'action en matière de réussite scolaire
Mesures pour favoriser les activités physiques et parascolaires chez
les jeunes et encourager leur implication dans leur communauté
Engagement du Parti libéral de baisser le niveau des impôts
Avenir du programme Prêt pour l'achat d'un micro-ordinateur
Engagement du Parti libéral de baisser le niveau des impôts (suite)
Avenir du programme Prêt pour l'achat d'un micro-ordinateur (suite)
Stratégie en matière de décrochage scolaire
Engagement du Parti libéral de baisser le niveau des impôts (suite)
Reconduction et financement de certains programmes destinés aux jeunes
Stages de formation offerts aux étudiants en région
Engagement du Parti libéral de baisser le niveau des impôts (suite)
Avenir du programme Prêt pour l'achat d'un micro-ordinateur (suite)
Frais afférents imposés aux étudiants
Conséquences de la tenue des Jeux olympiques de 2010 à Vancouver
Fonctionnement et rôle des forums jeunesse régionaux
Suivi du Plan d'action jeunesse
Effets de l'abolition du ministère des Régions et
des postes de sous-ministre adjoint en région
Projet de Décennie de l'entrepreneuriat jeunesse
Financement des mesures du Plan d'action jeunesse
Plan de rajeunissement de la fonction publique
Le point sur le dossier du régime d'assurance parentale
Stratégie en matière de conciliation travail-famille
Révision du fonctionnement et du mandat du Conseil permanent de la jeunesse
Position sur l'inclusion de l'éducation dans les accords internationaux
Adoption des crédits
Volet Affaires intergouvernementales canadiennes
Déclarations d'ouverture
M. Benoît Pelletier
M. Daniel Turp
Discussion générale
Stratégie et échéancier en matière constitutionnelle
Création d'un Conseil de la fédération
Participation du Québec aux rencontres fédérales-provinciales
Stratégie et échéancier en matière constitutionnelle (suite)
Création d'un Conseil de la fédération (suite)
Le point sur le dossier du déséquilibre fiscal
Création d'un Conseil de la fédération (suite)
Le point sur le dossier du déséquilibre fiscal (suite)
Participation du Québec aux rencontres fédérales-provinciales (suite)
Soutien à la francophonie canadienne
Le point sur le dossier du déséquilibre fiscal (suite)
Document déposé
Renouvellement du Programme de péréquation
Le point sur le dossier du déséquilibre fiscal (suite)
Renouvellement du Programme de péréquation (suite)
Coopération intergouvernementale et francophonie
Document déposé
Niveau et effet des compressions budgétaires
Stratégie et échéancier en matière constitutionnelle (suite)
Coopération intergouvernementale et francophonie (suite)
Représentation du Québec au Canada
Représentation des femmes et des minorités au sein du Secrétariat aux affaires
intergouvernementales canadiennes et du cabinet du ministre
Stratégie et échéancier en matière constitutionnelle (suite)
Coopération intergouvernementale et francophonie (suite)
Représentation du Québec au Canada (suite)
Représentation des femmes et des minorités au sein du Secrétariat aux affaires
intergouvernementales canadiennes et du cabinet du ministre (suite)
Stratégie et échéancier en matière constitutionnelle (suite)
Plan d'action concernant la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto
Adoption des crédits
Autres intervenants
Mme Lise Thériault, vice-présidente
M. Jean-Pierre Soucy, président suppléant
M. Alexandre Bourdeau
M. Pierre Descoteaux
M. André Gabias
M. Richard Legendre
M. Pierre Marsan
M. Pierre Moreau
M. Stéphane Bédard
Journal des débats
(Neuf heures trente-huit minutes)
La Présidente (Mme Thériault): S'il vous plaît! À l'ordre! Puisque nous avons le quorum, nous allons débuter nos travaux.
Volet Jeunesse
Donc, la commission des institutions est réunie afin de procéder à l'étude des crédits budgétaires dévolus à la jeunesse, soit le programme 5 du Conseil exécutif, pour l'année financière 2003-2004. Conformément à l'avis donné par le leader du gouvernement, une enveloppe de trois heures a été allouée pour l'étude de ce programme.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire: Oui, Mme la Présidente. M. Bordeleau (Acadie) est remplacé par M. Soucy (Portneuf); M. Bédard (Chicoutimi) est remplacé par M. Legendre (Blainville); M. Létourneau (Ungava) est remplacé par M. Bourdeau (Berthier); M. Simard (Richelieu) est remplacé par M. Tremblay (Lac-Saint-Jean).
La Présidente (Mme Thériault): Merci. Donc, à ce stade-ci, pour le bon déroulement de nos travaux, j'aimerais qu'on me précise de quelle façon vous voulez travailler aujourd'hui. Est-ce que vous voulez y aller avec des questions d'ordre général? Oui? Avec des interventions d'une durée d'une vingtaine de minutes, oui, maximum, par blocs? D'accord, donc... Et, à la fin de notre séance de travail, je vous avise qu'on va procéder à la mise aux voix des programmes.
Déclarations d'ouverture
Donc, pour débuter, je vais permettre au premier ministre de faire une déclaration d'ouverture. M. le premier ministre.
M. Jean Charest
M. Charest: Merci, Mme la Présidente. Et je veux profiter de l'occasion, à l'ouverture, pour féliciter nos deux collègues de l'opposition pour leur élection. Dans le cas de M. Tremblay, c'est une réélection. Dans le cas du député de Berthier, bien, c'est notre cadet, si j'ai bien compris, à l'Assemblée nationale du Québec. Je l'en félicite. Et je leur souhaite une carrière fructueuse.
(9 h 40)
Je veux vous présenter aussi les gens qui m'accompagnent: à ma gauche, il y a M. Simon Chabot, qui est responsable du Secrétariat à la jeunesse chez nous, au Conseil exécutif, qui nous assiste évidemment dans tout ce que nous sommes appelés à mettre en place comme programmes; à ma droite, Isabelle Jean, qui travaille dans mon bureau et qui est responsable des dossiers jeunesse. Puis, évidemment, bien, les collègues de l'Assemblée nationale, vous les connaissez.
Et je vous souligne qu'il y a ici, dans la salle, le salon rouge, quelques personnes du Conseil exécutif qui nous secondent aussi. Mme la Présidente, il se peut qu'il y ait des questions où on n'a pas l'information pointue. Si tel est le cas, bien, ils pourront nous assister pour donner les réponses aux députés.
D'abord, il me fait plaisir de me présenter devant les membres de la commission aujourd'hui pour discuter les crédits accordés aux initiatives de soutien à la jeunesse. C'est aussi l'occasion de souligner que le Parti libéral du Québec et le nouveau gouvernement libéral ont voulu renouer avec une pratique chez nous qui voulait que le premier ministre s'occupe directement des dossiers qui relèvent de la jeunesse. Alors, c'est un engagement qu'on avait pris dans les cinq dernières années et que j'ai confirmé lors de l'assermentation du nouveau gouvernement le 29 avril dernier.
Je n'ai pas perdu de temps non plus à entrer en contact avec les groupes jeunes. On les a rencontrés aussitôt que possible. En fait, le 10 juin dernier, j'ai rencontré 21 groupes chargés du suivi du Plan d'action jeunesse. Ça a été l'occasion d'une première prise de contact et l'occasion évidemment pour nous de faire un peu le point sur l'évolution des dossiers. J'étais accompagné, à ce moment-là, soit dit en passant, par mon adjoint parlementaire, le député d'Argenteuil, qui est également responsable des dossiers jeunesse dans l'aile parlementaire libérale.
Au cours de la rencontre, ça nous a permis d'établir des bases de collaboration entre le gouvernement et les principaux groupes jeunes, et j'ai indiqué à ce moment-là que les sommes pour la réalisation du Plan d'action jeunesse seraient au rendez-vous, et elles l'ont été.
Si j'ai tenu à assumer personnellement la direction des dossiers jeunesse, c'est pour augmenter et s'assurer que les jeunes aient une influence dans l'agenda gouvernemental. L'intérêt de notre jeunesse ne saurait, il faut le dire, là, tenir à quelques mesures sectorielles. Et là je parle en connaissance de cause, j'ai déjà eu des responsabilités à ce niveau-là à l'intérieur d'un autre gouvernement.
Et, pour pouvoir aborder correctement les questions qui touchent directement les jeunes, c'est important qu'on puisse l'aborder de façon à ce que ça transcende l'ensemble des ministères et des dossiers pour influencer la conception qu'on se fait du rôle et du fonctionnement de l'État. En d'autres mots, si on doit imprégner à l'action gouvernementale une influence ou une volonté de... une préoccupation jeunesse, c'est important que ça parte du haut vers le bas, parce que le mouvement inverse est possible mais très difficile.
Mon objectif est que les jeunes soient pleinement intégrés à la société québécoise, hein? Ça paraît très général, le dire, mais, évidemment, il faut l'affirmer. Puis l'intégration, bien, ce n'est pas une voie unique non plus, il y a plusieurs façons d'intégrer les jeunes. Il faut éviter de concevoir les jeunes comme étant un groupe homogène - c'est un piège qui est facile - alors que les jeunes sont très différents d'un groupe à l'autre dans chacune des régions du Québec. Puis l'intégration, bien, ça se fait à certaines conditions. J'espère que nous aurons l'occasion d'en discuter ce matin.
Quel est le sens de l'action gouvernementale, si ce n'est d'assurer que la génération montante puisse effectivement prendre sa place et qu'on puisse ensemble créer les conditions qui vont leur permettre de prendre leur place? Je veux que les jeunes, Mme la Présidente, participent à nos débats, je veux qu'ils se fassent entendre, je veux qu'ils aient le pouvoir d'influencer les choses dans la société comme ils ont le pouvoir de le faire dans notre formation politique.
Et j'ouvre une parenthèse pour vous répéter à nouveau à quel point chez nous, dans notre formation politique, ça nous a bien servis. Je ne veux pas faire la leçon aux autres, chacun conduit ses affaires comme il le veut, à la façon qu'il pense être de toute évidence la meilleure, mais chez nous, au Parti libéral du Québec, dans nos institutions, on a donné le tiers des voix aux jeunes dans toutes les instances, et je peux vous dire, à l'expérience - ça fait plusieurs dizaines d'années que nous avons mis en place cette façon de faire - je peux vous dire que ça nous a toujours très bien servis.
Je veux que les jeunes réussissent mieux à l'école, qu'ils s'intègrent plus facilement au marché du travail, qu'ils soient en meilleure santé, qu'ils soient plus prospères, hein, c'est... Évidemment, il faut le dire, il faut l'affirmer. Je veux aussi qu'il soit plus facile pour les jeunes de fonder une famille. Mon objectif, en assumant la responsabilité des dossiers jeunesse, c'est qu'aucun jeune ne soit laissé-pour-compte et que chaque jeune Québécois ait les services nécessaires, les moyens et les outils pour s'accomplir puis aller au bout de ses ambitions. L'intérêt des jeunes sera pris en compte dans tous les dossiers défendus par notre gouvernement en ce sens-là.
Et, quand on pense aux conditions... D'abord, l'intégration, ça se fait comment? Je reviens un peu là-dessus, il y a quatre grandes voies possibles. Il y a évidemment le travail, il y a la participation à un travail communautaire dans la communauté, il y a les études ou la formation, hein, mais l'objectif, c'est de faire en sorte que tous les jeunes puissent avoir ce qu'il leur faut dans la vie pour s'intégrer et participer pleinement à la société québécoise.
Au cours de la campagne électorale, on a présenté un document de politique jeunesse qui établissait les priorités dans le domaine de l'éducation, l'accès au marché du travail, l'amélioration du niveau vie et l'aide à la famille. En matière d'éducation, le gouvernement s'est engagé à augmenter les ressources à l'éducation, et on l'a fait lors du dépôt du budget de M. Séguin le 12 juin dernier. Dans un contexte de rétablissement des finances publiques, on a augmenté de 3,6 % les crédits à l'éducation, pour un réinvestissement total de 577 millions dans les services éducatifs.
Ça, c'est si on inclut évidemment la réaffectation budgétaire faite à l'intérieur du ministère de l'Éducation. Je vous souligne en passant que c'est la plus grosse augmentation qui a été faite dans les crédits du ministère de l'Éducation depuis, je pense, ces 10 dernières années. Des 10 dernières années, là, je pense que c'est certainement la plus grosse augmentation.
Le gouvernement s'est aussi engagé à revoir la stratégie de lutte au décrochage scolaire. Ça, c'est une question qui me tient beaucoup à coeur. On va s'engager davantage dans la prévention du décrochage en intervenant dès le niveau primaire. Et on a fait beaucoup de travail, depuis les années quatre-vingt-dix, pour s'attaquer à ce fléau qui malheureusement ne semble pas vouloir régresser.
Au contraire, les derniers chiffres semblent indiquer que le phénomène du décrochage scolaire, au mieux, est resté à peu près le même ou, pire, est en train de s'aggraver, et, nous, nous croyons que nous devons intervenir dès le niveau primaire et que le gouvernement doit chercher à mettre en place un certain nombre de mesures pour venir en aide aux enfants qui déjà à ce moment-là ont manifesté, en tout cas, des problèmes. C'est donc un des enjeux importants.
C'est aussi dans cet esprit d'optimiser la réussite éducative et pour soulager les parents qui souvent en ont plein les bras, il faut le dire, là... On a beaucoup parlé de conciliation travail-famille, et c'est dans cet esprit-là, nous, qu'on a proposé d'accroître les services d'aide aux devoirs. Ça se fait déjà à beaucoup d'endroits. C'est une formule souple. Ça rejoint en même temps un autre objectif, celui d'améliorer la qualité de vie des familles, et nous croyons qu'on doit encourager la mise en place de programmes d'aide aux devoirs à travers tout le Québec. Donc, on aura l'occasion d'agir sur cette question-là dans le mandat du gouvernement.
On va également améliorer l'encadrement et l'accompagnement des élèves au secondaire. Une des mesures d'ailleurs les plus originales qu'on propose, c'est celle des programmes de mentorat. Les programmes de mentorat, il y a eu plusieurs projets faits à travers le Québec qui généralement ont connu un très beau succès, et là aussi on réussit à concilier en quelque sorte les objectifs sur le plan social avec l'enseignement, avec l'acquisition de connaissances en présentant aux jeunes, entre autres, des modèles de réussite.
Alors, c'est une belle façon, si vous voulez, de venir en aide aux jeunes, de leur offrir justement l'occasion d'entrer en contact avec des gens qui sont capables de beaucoup leur donner, entre autres des jeunes retraités qui veulent donner du temps et à qui on va proposer de donner du temps à des jeunes. C'est un projet, je tiens à le souligner, qui repose sur le bénévolat et sur cette idée qui m'est chère de combattre le décrochage scolaire. Je suis convaincu que ce sera aussi une occasion encore une fois d'offrir un modèle de réussite aux jeunes.
On va poursuivre les efforts entrepris pour développer la formation professionnelle au secondaire puis aux techniques collégiales. Les parlementaires sont sans doute informés du fait que nos taux de diplomation sont faibles, ça tourne autour de 50 % dans ces domaines-là, puis il y a beaucoup de travail à faire. Il y a des obstacles qui sont d'ordre culturel, qui sont connus, que plusieurs gouvernements ont tenté de vaincre. On les connaît, ils sont encore là.
Mais il y a en même temps, là, des occasions extraordinaires de travail pour les jeunes par la formation professionnelle, et il faut les valoriser davantage. Alors, ce sera à nous, avec tous les députés de l'Assemblée nationale, à faire davantage d'efforts pour qu'on puisse profiter des débouchés qui sont disponibles pour les jeunes dans ce domaine-là.
Je répète, par ailleurs, sur la question de l'enseignement, notre engagement de geler les frais de scolarité pour le mandat. À ce gel sera également associé un grand débat qui sera lancé à l'automne en commission parlementaire sur l'avenir de notre système d'enseignement universitaire, postsecondaire, sur la question d'abord de la qualité de l'enseignement, de l'accessibilité et de son financement, et là-dessus je compte beaucoup sur la participation de tous ceux qui sont
partie prenante à la société québécoise, qui sont ou directement ou indirectement concernés par l'enseignement postsecondaire, parce que ça va être un débat très, très important, souhaité par tous les intervenants du milieu de l'éducation.
(9 h 50)
En matière d'accès au travail, j'ai déjà parlé de l'augmentation des ressources pour la formation professionnelle et technique. Ces investissements vont augmenter les débouchés pour les jeunes. On veut aussi étendre les formules d'alternance travail-études pour faciliter la transition vers le marché du travail parce qu'un des grands défis auxquels font face les jeunes, c'est cette transition de l'école au marché du travail. Puis là je veux faire attention parce que, nous, on aime beaucoup les formules d'alternance études-travail. Ils réussissent très bien, mais ce n'est pas la seule formule, hein?
Il y a des mentorats, l'accompagnonnage qui sont des formules aussi qui peuvent servir. Parce que ce n'est pas vrai qu'on va faire de l'alternance études-travail partout, tout le temps, pour tout le monde. Il faudrait éviter le piège des formules ou des modes.
Mais, moi, c'est une formule que je connais peut-être un petit peu mieux parce que je suis issu de l'Université de Sherbrooke, puis il y a deux grandes universités au Canada qui se sont spécialisées dans cette formule d'enseignement, c'est l'Université Waterloo puis l'Université de Sherbrooke, qui l'ont fait d'ailleurs avec des succès qui sont reconnus mondialement.
On va améliorer les conditions de cette transition en instaurant un mode de remboursement de dette proportionnel au revenu, le RPR, qui est dans le décor déjà depuis un bon moment et qui est plein de bon sens aussi. Il s'agit de moduler les remboursements, par rapport à la situation financière des étudiants qui ont gradué, de telle sorte qu'ils puissent rembourser selon leur capacité de payer, puis ça va faciliter en quelque sorte le financement des études postsecondaires.
On veut aussi améliorer l'accès aux services publics pour les jeunes en créant un guichet unique pour tous les services à la jeunesse, et ça, ça rejoint notre volonté de créer un gouvernement en ligne, hein? Un des grands projets du gouvernement actuel, c'est la création d'un gouvernement en ligne.
On voit ça comme étant un projet mobilisateur pour le Québec mais surtout pour la fonction publique québécoise parce que je veux qu'on puisse créer, nous, quelque chose de nouveau puis se mettre vraiment à l'avant-plan de ce que les gouvernements sont capables de faire pour se rapprocher des citoyens, livrer les services plus rapidement, à moindres coûts, les rendre plus accessibles. Ça représente une occasion unique pour nous, et il y a un projet de guichet unique qui coïncide justement avec ce projet que nous voulons voir réalisé le plus rapidement possible.
On veut, dans cet esprit-là, promouvoir l'accès des jeunes à la fonction publique québécoise. Et, évidemment, tout le monde sait qu'il y a 44 % de la fonction publique qui est appelée à prendre sa retraite d'ici les 10 prochaines années. Ça va arriver rapidement, il y aura donc un défi de renouvellement. Je vous souligne en passant que 44 % sur 10 ans, ça représente un défi, sur le plan de la gestion, qui est très grand pour nous, c'est très vite, puis il faudrait tirer des leçons de ce qu'on a vécu dans le domaine de la santé pour éviter de répéter les mêmes erreurs.
Alors, c'est unique dans l'histoire de la fonction publique québécoise, cette conjoncture. Il faut donc en tirer parti, il faut voir les défis puis il faut voir aussi les occasions qui se présentent pour nous, ce qui m'amène à vous réitérer notre volonté de créer ce gouvernement en ligne et de faire en sorte que les jeunes puissent naturellement jouer un rôle dans la mise en place de cette nouvelle façon de faire. On fait face aussi à des changements démographiques, et, pour les gérer, il faut s'assurer que les jeunes montent dans tous les échelons de la société, et on va s'employer effectivement à cela.
Du côté des familles, alors du côté des jeunes familles, il y a aussi des gestes à poser. On n'a pas tardé, on a annoncé 13 900 places en garderie. Vous connaissez la ventilation qu'on a proposée pour qu'il y ait des places en CPE, des places en garderie en milieu familial puis dans les garderies privées, on veut qu'il y ait de la variété dans le choix pour que les parents puissent avoir des services. Nous, le grand défi à court terme, là, c'est de faire en sorte que les 33 000 parents qui sont sur des listes d'attente sortent des listes d'attente puis qu'on puisse leur offrir des services de garde le plus rapidement possible.
Il y a la question des baisses d'impôts que vous connaissez très bien, qui fait
partie de notre programme, qui représente pour nous une priorité parce qu'on est les plus taxés en Amérique du Nord, et je tiens à vous répéter qu'on a de façon très délibérée fait en sorte que les distributions des baisses d'impôts favorisent les jeunes familles avec enfants, hein? C'est dans cet esprit-là que nous allons aborder cette question de la baisse des impôts. On va aussi travailler avec nos partenaires pour instaurer un régime québécois de congé parental.
Alors, vous savez qu'on est devant les tribunaux, on est toujours devant la Cour d'appel sur cette question-là, mais on va également continuer à réclamer du gouvernement fédéral le rapatriement de la contribution québécoise du régime fédéral de l'assurance emploi.
C'est aussi en pensant aux jeunes familles que notre gouvernement a répondu à l'appel des parents des enfants autistes et qu'on a débloqué des fonds de l'ordre de 18 millions de dollars. Ça a été un sujet abordé à plusieurs reprises par notre formation parlementaire dans le dernier Parlement, et il y a là une cause importante. On n'a pas toutes les réponses, mais nous savons que nous devons y consacrer davantage de ressources financières et nous savons aussi que les interventions doivent se faire de façon assez rapide si on veut pouvoir venir en aide à ces jeunes enfants.
Le gouvernement va aussi faire la lutte contre le suicide. Le suicide, ça présente un problème particulier au Québec. Il y a eu des plans d'action qui ont été proposés, pour les jeunes hommes en particulier. C'est une histoire qui est triste et qui va exiger davantage d'attention du gouvernement. Il y a les questions de tabagisme, de sédentarité qui font
partie également de nos priorités. Il y a le programme Ça bouge après l'école qui n'a pas, il faut le dire... dont l'entrée en vigueur a été retardée, mais il y a là un programme qui a des mérites et que le gouvernement actuel aimerait bien voir traduit dans nos actions. Nous favorisons toutes les initiatives en faveur de l'activité physique chez les jeunes. Dans cette perspective, j'en profite pour dire la fierté de la ville de Sherbrooke qui va accueillir les Mondiaux de la jeunesse en athlétisme du 9 au 13 juillet prochains.
Vous me pardonnerez si je prends une seconde pour dire notre fierté d'accueillir 1 400 athlètes en provenance de 160 pays dans la région estrienne, et ce, dans quelques jours.
J'ai déjà été un petit peu long, mais, Mme la Présidente, je veux parler du Plan d'action jeunesse parce que je sais que c'est important pour tout le monde. Les crédits 2003-2004 prévoient une augmentation de 40 % des sommes allouées au Secrétariat à la jeunesse qui sont spécifiquement destinées à la mise en oeuvre de plusieurs projets prévus à ce plan.
Le projet du portail Internet Contact jeunesse va suivre son cours. J'en parlais il y a quelques minutes, ça s'inscrit parfaitement dans les projets du gouvernement pour la création d'un gouvernement en ligne. Il y a le projet de continuité des services, qui vise à améliorer la cohérence de l'action gouvernementale dans les services à la jeunesse, qui va se poursuivre aussi. C'est tout à fait dans l'esprit de notre vision d'un gouvernement qui est efficace, qui est orienté vers les services aux citoyens. Il y a le projet de décennie de l'entrepreneuriat jeunesse qui sera considéré par notre gouvernement.
Le rapport a été déposé il y a quelques jours - c'est par MM. Bouchard et Massicotte, si ma mémoire est fidèle, deux jeunes entrepreneurs - un très beau rapport qui fait actuellement l'objet d'une analyse. Et on va revenir avec une réponse là-dessus incessamment, mais il y a là une convergence parfaite avec les priorités d'un gouvernement qui croit beaucoup en l'entrepreneuriat et en l'entrepreneurship des jeunes.
Le gouvernement va aussi favoriser par ailleurs l'implication de jeunes dans leur communauté et leur milieu scolaire. On va leur donner les moyens de le faire. À cette fin, on a transféré 25 millions de dollars de l'enveloppe du Fonds Jeunesse Québec vers les forums jeunesse régionaux pour leur permettre, aux jeunes en région, de mettre sur pied de façon autonome des projets qui leur tiennent à coeur. Et, pour ce qui est du Fonds Jeunesse Québec plus précisément, on a prolongé ses activités pour neuf mois, jusqu'en décembre 2004.
Enfin, dans cette société mondialisée, il y a aussi la question des échanges internationaux pour les jeunes, et on travaille beaucoup déjà, dans la francophonie en particulier, à la CONFEJES qui réunit 38 des 56 États qui font
partie de la francophonie, États ou gouvernements. Alors, ça, c'est un endroit où se fait beaucoup de travail. Mais je vous souligne qu'il y aura également la Conférence des chefs de gouvernement des régions partenaires. C'est un projet qu'avait initié le président Stoiber de la Bavière, qui réunit la Bavière, la Haute-Autriche, la province de Shandong, en Chine, Cap-Ouest, en Afrique du Sud, et la Californie. La prochaine réunion aura lieu ici, au Québec, et, moi, j'ai demandé que la jeunesse et l'éducation soient
partie intégrante des délibérations de ce forum.
Mme la Présidente, on a de toute évidence à coeur l'intérêt des jeunes puis dans tous les domaines d'activité pour les jeunes. Vous voyez dans les choix que nous proposons que nous voulons d'abord accorder une très grande attention aux dossiers jeunesse, puis pas d'une façon paternaliste, mais dans un contexte où le Québec demeure très fier de ses jeunes et veut tout faire, tout mettre en oeuvre - pas juste le gouvernement, mais tous les acteurs de la société québécoise - pour qu'on puisse permettre aux jeunes d'occuper la place qui leur revient et de continuer à construire le Québec. Merci.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre. Donc, je reconnais maintenant le porte-parole de l'opposition officielle en matière de dossiers jeunesse, le député de Lac-Saint-Jean.
M. Stéphan Tremblay
M. Tremblay: Merci, Mme la Présidente. Je vous salue, M. le premier ministre, chers collègues. Tous ceux dans cette salle qui sont présents, je les salue. Travailler dans les dossiers jeunesse, c'est un peu travailler à l'avenir. C'est un dossier qui, je pense, est, je dirais... Je n'ose même pas l'appeler un dossier, parce que c'est une question qui regarde l'avenir, et l'impact des actions entreprises aujourd'hui pourra avoir un impact à long terme, d'une part.
(10 heures)
Et d'autre part, c'est une question... Et je pense que dans le discours du premier ministre on l'a bien entendu, ça touche énormément de secteurs. C'est un dossier qui est horizontal. Un peu comme dans l'environnement, c'est un dossier à qui j'accorde beaucoup d'importance - je suis aussi porte-parole de l'environnement - et qui nécessite également d'avoir une vision à long terme, et mon intention, lors de l'étude de ce budget mais aussi dans l'avenir, par rapport à la question jeunesse, sera de faire le moins possible de partisanerie et de m'assurer que le premier ministre puisse mener les dossiers à terme.
Et je lui souhaite bonne chance à cet égard et je lui offre toute ma collaboration. Je pense que, malgré plusieurs, ou certaines, divergences d'opinions, il y a quand même, je pense, une certaine volonté de la part du premier ministre actuel de vouloir faire avancer ces questions, mais c'est dans la façon de les faire avancer qu'il y aura certainement divergence, et ce seront certainement des questions... lesquelles je vais lui poser durant ces prochaines heures.
Dans les Priorités d'actions politiques pour les jeunes du Québec: Des outils pour la vie - Un gouvernement au service des Québécois , là, le programme jeunesse du Parti libéral, bon, le premier ministre a parlé des quatre premiers enjeux. Le cinquième, un environnement sain, vous n'en avez pas fait mention. Je vais en parler parce que hier j'ai passé cinq heures avec votre ministre de l'Environnement à le questionner et je dois vous dire que c'est parti sur la bonne voie. Je sens de la part du ministre de l'Environnement actuellement une volonté politique intéressante.
Il reste à voir si les actions seront au rendez-vous. Mais j'ai vu, même j'ai entendu de la part du ministre... Et je m'inquiétais un peu s'il ne suivait pas la ligne de... s'il ne suivait pas la ligne de parti, parce que, contrairement à ce gouvernement, à une question que je lui ai posée, il m'a dit: Bien, on va consulter d'abord, cette année, avant de couper dans les groupes environnementaux au Québec, on va aller les voir sur le terrain, on va consulter, et ensuite on prendra une décision si on coupera, oui ou non.
Je l'ai félicité parce que ça va à l'encontre de la philosophie du gouvernement, en tout cas du dernier budget qu'on a eu par M. le ministre des Finances, où il y a eu énormément d'endroits où il y a eu une carence en matière de consultation, et ça, ça a été, je pense, à bien des égards mentionné dans plein de secteurs de la société. Il n'y a pas eu de consultation, il y a eu des coupures, et c'est une façon de faire qui, selon moi, est très inquiétante.
Le reste du programme, bien, bien entendu, j'ai des... Disons que je ne reviendrai pas sur l'aspect n° 5 de ce programme parce que... Mais je vais continuer de le suivre, bien entendu, avec le ministre de l'Environnement. Et, les quatre thèmes du programme jeunesse des libéraux, bien entendu, j'ai beaucoup d'interrogations. Et, lorsqu'on voit le budget, le dernier budget du ministre des Finances, eh bien, ce que je vois, c'est qu'il y a beaucoup de contradictions.
Il y a beaucoup de contradictions entre les bonnes paroles, y compris du premier ministre, y compris des volontés qui sont à l'intérieur de ce programme, et les actions entreprises dans le dernier budget, et c'est sur ces questions-là que je vais interpeller le premier ministre aujourd'hui. Donc, je ne prends pas plus de temps parce que je préfère entendre le premier ministre sur sa vision. Et je comprends aussi que le premier ministre n'a pas eu le temps de tout chambarder en quelques mois, mais je m'efforcerai de connaître de sa part quelles sont sa vision et ses orientations. Merci.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le député de Lac-Saint-Jean. Est-ce qu'il y a d'autres interventions au niveau des déclarations d'ouverture? Oui, M. le député d'Argenteuil.
M. David Whissell
M. Whissell: Merci, Mme la Présidente. Je vais saluer l'attitude de l'opposition. Je dois dire que je pense que vous arrivez ici avec un esprit très, très constructif, puis je pense que c'est apprécié. De voir d'ailleurs des jeunes en face de nous, c'est rafraîchissant aussi, ça fait changement avec hier. Mais, farce à part, je pense que la main que vous nous tendez est bien reçue.
Et ce qui est agréable du côté gouvernemental présentement, c'est que le dossier jeunesse est entre très bonnes mains. C'est le premier ministre qui a, dans le fond, la gestion du dossier jeunesse, et je pense que vous avez bien résumé que c'est un dossier qui est horizontal. Il est important qu'au point de vue politique il y ait une influence très grande à l'égard du dossier jeunesse parce que chaque ministère va, dans le fond, avoir un impact sur l'avenir des jeunes au Québec.
Et, quand on parle de décrochage scolaire, quand on parle du service à donner aux jeunes pour bâtir l'avenir du Québec, je pense que c'est dès maintenant qu'il faut s'y attarder. Et, malgré qu'il y a eu des compressions budgétaires, malgré qu'il y a des réductions budgétaires dans certains ministères, je pense que le message qui a été envoyé avec le discours du budget, c'est que le dossier jeunesse pour le nouveau gouvernement libéral est prioritaire: augmentation des crédits au niveau du dossier lui-même, c'est-à-dire 40 %, et également en éducation, qui vient directement s'attarder aux jeunes.
Il y a toute la question aussi, en matière de santé, des services qui sont offerts aux jeunes. On pourra y revenir au cours de la présente séance. Mais il ne faut pas oublier non plus que l'éducation, c'est une chose, mais il y a tous les services de santé, de réadaptation qui sont donnés aux jeunes, et trop souvent c'est passé sous silence. Ce sont des familles qui sont vulnérables. Les enfants, ça ne crie pas, ça ne fait pas de manifestations. Les parents sont souvent dépourvus de moyens. Alors, je pense que le signal qui a été envoyé... Mais on y reviendra au cours de la présente séance, sur toute la question de santé, des services à l'égard des jeunes.
Alors, Mme la Présidente, je remercie de l'attitude et je pense que c'est prometteur comme relation.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le député d'Argenteuil. Y a-t-il d'autres déclarations? Non?
Discussion générale
Donc, nous allons entreprendre les questions d'ordre général, et je cède la parole au porte-parole de l'opposition officielle en matière de jeunesse et le député de Lac-Saint-Jean.
Plan d'action visant à contrer le déclin
démographique des régions et l'exode des jeunes
M. Tremblay: Merci, Mme la Présidente. Ma première question en est une qui me passionne énormément, qui fait
partie probablement des raisons, des nombreuses raisons pour lesquelles je fais de la politique, à savoir les mouvements de migration de population. Je pense que nous vivons actuellement une accélération de cette situation, au Québec, des jeunes qui partent des régions pour s'en aller vers les grands centres. Cette réalité n'est pas exclusive au Québec, hein, je pense que la Saskatchewan la vit autant que la France, ou les Pays-Bas, ou l'Australie. Je pense qu'en Chine c'est 700 000 personnes qui chaque année migrent vers les grands centres. Donc, on a là une tendance lourde internationale qui a cours, d'autant plus qu'avec notre baisse de natalité ça aggrave la situation.
Donc, je crois que le Québec doit être inquiet de la santé de ses régions, et cette problématique, je le répète, elle est internationale. Donc, je crois justement que l'État doit intervenir dans la mesure du possible pour renverser cette vapeur-là, d'autant plus que les régions contribuent énormément à l'évolution ou le progrès des grands centres.
Nous contribuons - vous comprendrez que je viens du Lac-Saint-Jean; alors, quand je dis « nous » , quand je parle des régions, je parle de nous - nous contribuons, bien entendu, par le biais de nos ressources naturelles, qui est une chose, mais nous contribuons aussi par le fait que bien souvent nos jeunes talents qui s'exproprient à Québec, à Montréal, dans les grands centres contribuent de façon extraordinaire aux grands centres. C'est une subvention.
À chaque fois qu'un jeune décide de s'installer et de fonder une famille à Montréal, c'est une subvention exceptionnelle qu'on donne à Montréal, et ça, j'espère que les libéraux comprennent ça, les libéraux qui sont à la majorité un caucus constitué de Montréal. Donc, j'espère que vous garderez toujours ça en tête, que nous contribuons énormément pour la métropole.
Et, je le sais, ce sera toujours comme ça. Je ne vais pas contre ça. Ce que je souhaite, par contre, c'est qu'on assure que les régions puissent avoir une dynamique sociale, culturelle, économique viable, et, de ce fait, étant donné que nous avons des tendances lourdes qui luttent contre nous, et probablement accélérées par la mondialisation économique actuelle, l'augmentation de la compétitivité économique et plusieurs autres phénomènes, alors j'espère que le premier ministre est bien conscient de cette réalité-là.
D'ailleurs, face à ça, je crois, je suis de ceux qui croient que l'État québécois doit intervenir dans le développement régional parce que, étant donné qu'il y a cette tendance lourde qui avantage les grands centres, eh bien, pour rééquilibrer cette tendance lourde, l'État doit amener des mesures incitatives, des mesures qui avantagent les régions pour tenter de rééquilibrer les choses.
(10 h 10)
Je ne ferai pas le procès de tout le budget par rapport au développement régional, mais je vais l'amener sous l'angle des régions par rapport aux jeunes. Dans le dernier budget, la ministre des Finances avait établi un incitatif fiscal faisant en sorte d'aider ou d'inciter les jeunes diplômés à revenir en région, à venir s'établir en région.
Parce que, vous savez, Mme la Présidente, parfois, bon, les jeunes quittent les régions bien souvent, je pense que c'est à 50 % à 60 %, pour aller étudier à l'extérieur, et, bon, bien souvent on rencontre quelqu'un, on se fait un conjoint, conjointe, on se fait un réseau de contacts, on fait un stage dans les grands centres et là on tombe dans le piège, il devient plus difficile de revenir en région.
C'est pourquoi l'instauration d'incitatif qui peut, par exemple, diminuer la dette d'études d'un jeune diplômé qui décide de venir se réinstaller en région est un incitatif, à mon sens, très pertinent, et c'est pourquoi la ministre des Finances... l'ex-ministre des Finances avait établi un crédit d'impôt pour les jeunes diplômés et également pour les jeunes qui voulaient faire des stages dans des entreprises.
Et on connaît le reste de l'histoire, si vous faites un stage dans une entreprise, vous êtes bon, vous vous faites connaître, et là vous connaissez des gens, vous recréez votre réseau, et là c'est reparti. Je pense que c'est une bonne voie pour que les jeunes reviennent s'installer en région.
Même dans le programme du Parti libéral il est écrit: « Élaborer, de concert avec les citoyens des régions, des incitatifs fiscaux qui leur permettent de faciliter le retour des jeunes dans leur région et l'installation de nouvelles familles; par exemple, ces mesures pourraient prendre la forme de remboursement d'une
partie de la dette d'études pour les étudiants retournant en région, crédits d'impôt pour résidents en région éloignée, réduction d'impôts liée à l'occupation d'un emploi en régions éloignées [...] et autres mesures novatrices proposées par les citoyens des régions. » Bien, Mme la Présidente, nous n'avions rien inventé lorsque, dans le dernier budget, nous avions l'intention d'instaurer cette mesure, parce que c'était une demande des régions. C'était une demande des jeunes, notamment du Rassemblement jeunesse 02, ma région chez nous. C'est une demande que ça fait longtemps qu'on se dit que ça nous prendrait un incitatif fiscal.
Moi, je me réjouissais au plus haut degré de voir cette mesure instaurée dans le dernier budget. Je me préparais même à faire la tournée éventuellement des universités des grands centres pour aller dire aux jeunes des régions: Regardez, en plus d'avoir une qualité de vie exceptionnelle en région, vous avez certains incitatifs qui peuvent vous aider à rembourser une
partie de vos frais d'études. Alors, qu'est-ce qu'on voit dans le budget? Quand je parle de contradiction? Eh bien, l'élimination de ce crédit d'impôt. Alors, ça a été pour moi la plus grande... en tout cas une des plus grandes déceptions, Mme la Présidente, du dernier budget.
Et j'aimerais ça savoir si le premier ministre a l'intention de respecter son propre programme politique et c'est quoi, la raison pour laquelle il l'a éliminé. Il aurait dû suivre l'exemple de son ministre de l'Environnement, voir, un an, comment ça fonctionne puis si ça marche, puis le corriger, dans le cas échéant, s'il y a des correctifs à apporter. Mais là, tout d'un coup, on balaie ça du revers de la main puis on dit, hein... Puis il n'y a pas de mesure alternative. Alors, quelles sont les intentions du premier ministre à cet égard?
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le député de Lac-Saint-Jean. M. le premier ministre.
M. Charest: Merci. Je veux remercier le député pour l'attitude effectivement constructive qui va imprégner nos débats et je l'en félicite parce que je pense que tout le monde est gagnant lorsqu'on est capable d'avoir des échanges d'information et de points de vue qui sont de temps en temps divergents mais qui nous permettent de faire jaillir souvent de nouvelles idées.
Puis c'est avec beaucoup d'ouverture que j'accepte sa question, d'autant plus que cette question-là d'incitatifs fiscaux pour les populations des régions, incluant les jeunes, avait effectivement été abordée le 12 septembre 2002, au moment où on a déposé notre programme. Puis, je pense, de mémoire, c'est à la page 32 que vous évoquez l'engagement qu'on a pris, où on a, de façon très délibérée, choisi de consacrer 200 millions de dollars aux réductions d'impôts, à des incitatifs fiscaux pour les populations des régions. Et on n'a pas voulu décider à l'avance ce que ça allait être parce qu'on voulait effectivement consulter.
C'est dans cet esprit-là qu'on l'a proposé, puis on s'est dit: On va prendre le temps nécessaire pour voir quelles mesures sont les plus efficaces. Mais, parmi les exemples qu'on a cités, effectivement, les jeunes sont les premiers qui nous viennent à l'esprit, des incitatifs qui pourraient, par exemple, ressembler à des mesures qui sont des mesures d'effacement de dette d'étudiants qui choisissent de s'établir en région. On va examiner ce qu'il y a de plus efficace.
Et vous avez fait référence à notre programme. Si vous allez voir le document, la dernière page du document en question dit très clairement que le programme est mis en vigueur en 2004-2005, et on va respecter rigoureusement les engagements qu'on a pris, comme vous en avez été témoin depuis notre élection du 14 avril.
Pourquoi les mesures proposées dans le budget Marois - il y en avait pour 400 millions - n'ont pas été mises en application? Pour une raison fort simple, l'argent que le gouvernement précédent avait annoncé n'était pas là. Quand il n'y a pas d'argent, bien, il faut prendre des décisions qui tiennent compte de nos moyens puis de notre capacité de payer. Puis on a livré un budget, nous, qui cherchait à combattre cette impasse budgétaire de l'ordre de 4,3 milliards de dollars que décrivait le rapport Breton, puis il a fallu effectivement qu'on prenne des décisions qui nous ont amenés à déposer un budget équilibré. Alors, c'est aussi simple que cela.
Cela étant dit, je veux, par contre, prendre le ballon au vol sur toute la question des régions, des milieux urbains, des populations des régions parce que vous soulevez un enjeu qui a fait l'objet de beaucoup de débats dans les cinq dernières années. Vous vous rappellerez sans doute l'élection partielle à laquelle vous avez participé. Moi, je m'en rappelle très bien. C'était il y a un peu plus d'un an, le 17 juin 2002, où il a été beaucoup question de l'avenir des régions dans cette élection partielle.
D'abord, juste pour se placer dans le contexte, il faut se rappeler que le Québec et le Canada, c'est un des endroits les plus urbanisés au monde, beaucoup plus urbanisé que les États-Unis, par exemple. C'est une des caractéristiques. Et, quand on se le rappelle, ça étonne beaucoup de gens parce que le grand territoire que nous occupons nous porte à croire le contraire, alors qu'on est très, très urbanisés.
Et vous avez fait référence, il y a une minute, à la Saskatchewan puis au Manitoba. Je vous souligne qu'ils ont des populations stables, eux, depuis presque le début du siècle, hein? C'est à peu près... Le Manitoba fait 1,1 million d'habitants, puis la Saskatchewan, près de 1 million. Mais ça ne diminue pas beaucoup puis ça n'augmente pas beaucoup, c'est resté à peu près stable. Parce que, effectivement, il y a beaucoup de gens qui quittent la Saskatchewan ou le Manitoba pour aller vers l'Ouest, mais ça n'a à peu près pas changé.
Ce qu'on a vécu, par contre, depuis les dernières années au Québec, c'est un phénomène qui est un peu plus inquiétant. C'est qu'il y a eu effectivement un mouvement assez prononcé de dépopulation de certaines régions, dont, entre autres, la vôtre. C'est à peu près... Si on se réfère aux chiffres de Statistique Canada, entre 1996 et 2001, c'est près de 50 000 personnes qui ont quitté les régions - appelons-les régions éloignées, là - par rapport à Montréal ou à Québec, qui ont quitté leur région.
Et, chez vous, vous êtes, on en a parlé hier, M. le député, chez vous, vous êtes bien familiers avec ce phénomène qu'on décrit comme étant l'équivalent d'un autobus de jeunes par semaine qui quittent la région du Saguenay - Lac-Saint-Jean. Alors, ça, c'est ce qu'on a vécu, c'est le résultat net de ce qu'on a eu depuis 1996 à 2001. C'est l'équivalent de la fermeture de la ville de Drummondville, à peu près, dans les régions que je viens de mentionner.
Et donc, ça nous amène, nous, ça nous a amenés à se questionner sur ce qu'on doit faire pour maintenir les régions du Québec en santé, et pour exactement les mêmes raisons que vous soulevez: reconnaître le fait que les régions du Québec et ce qui se fait en région, puis le travail, enrichit l'ensemble du Québec, que ce serait une erreur de notre part de ne pas poser les gestes nécessaires pour soutenir les populations en région alors qu'elles contribuent à enrichir l'ensemble de la population et l'ensemble de l'économie québécoise.
Mais, en examinant ce qu'on a fait depuis plusieurs années - puis là je ne vise pas juste le dernier gouvernement, on peut retourner chez les gouvernements libéraux aussi - on s'est demandé: Est-ce qu'on a posé les bons gestes pour que les économies des régions puissent être vibrantes, qu'elles puissent se construire?
Puis il y a des régions au Québec où ça va mieux que d'autres. Je pense à la Beauce qui a une réputation d'entrepreneurship, qui va bien. Je pense à l'Estrie, dans ma région à moi, qui va assez bien. C'est une économie qui roule assez bien. Le Bas-Saint-Laurent, ça a été assez bon. Il y a d'autres régions comme la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine, Saguenay - Lac-Saint-Jean, chez vous, qui ont connu des périodes de chômage assez élevé, la Mauricie, l'Abitibi-Témiscamingue, la Basse-Côte-Nord, Côte-Nord qui ont connu des difficultés. Puis, en faisant un peu l'examen, on en est venus, nous, à quelques conclusions qu'on a consignées dans nos politiques.
La première chose que nous avons constatée, c'est qu'il faut donner plus d'autonomie aux populations des régions. Il faut leur remettre entre les mains, dans le fond, les outils de leur propre développement, il faut éviter le piège de décider à leur place comment organiser le développement régional.
C'est ce qui, je pense, a été l'erreur du gouvernement précédent quand il a fait la formule des CLD, qui était bien intentionnée, mais qui, dans le fond, contredit un petit peu ce qu'on devrait reconnaître comme étant important dans chacune des régions, c'est-à-dire l'autonomie de se développer selon ses propres structures tout en les appuyant avec les ressources nécessaires pour le faire. Alors, ça, c'est un premier constat qu'on a fait.
(10 h 20)
Ça nous a amenés à proposer une politique de décentralisation qu'on a énoncée dans un document, qui est assez détaillée. On veut faire à la carte de la décentralisation. On veut que ce soient les élus régionaux qui en soient responsables parce qu'ils sont imputables devant les citoyens qui les ont choisis, d'une part.
Puis, dans la formule qu'on propose, on pourrait faire une entente administrative sur une période de cinq ans environ, suite à une décentralisation à la carte, qui leur permettrait de venir à l'Assemblée nationale, disons, une fois par année pour dire comment ça fonctionne, quels sont les réussites, les échecs, là où on doit travailler davantage ensemble, et de comparer l'évolution de ces ententes avec l'ensemble des régions du Québec. Ça permettrait peut-être même une saine compétition, une émulation dans ce qu'on serait appelés à entreprendre.
Il y a un autre élément que je veux relever, qui me paraît fondamental, c'est l'importance de l'éducation et du système d'éducation dans les régions. Alors là ça se joue à plusieurs niveaux. Il y a la question de la dernière école de village qui est un enjeu très important. Il faut tout mettre en oeuvre pour préserver la dernière école de village. Il y a aussi le rôle très important que jouent les collèges et les universités. Chicoutimi, là, l'ancienne ville, l'Université du Québec à Chicoutimi en est un bon exemple, c'est un moteur de développement. Et les collèges aussi, votre collège à Alma aussi, c'est un bon exemple.
Vous avez, vous, l'élaboration d'un programme dans le domaine de l'aluminerie, là, qui se développe, qui est prometteur. Et, dans cette perspective-là, nous, on s'est dit: Il faut reconnaître le rôle de développeur sur le plan régional aux cégeps puis aux universités puis leur donner des fonds pour qu'ils puissent livrer ce rôle-là. C'est implicite, actuellement, mais, moi, je pense qu'il faut le reconnaître formellement.
Et donc, si on fait ça, il faut pousser un peu plus loin dans les moyens, puis on s'est dit: On devrait développer davantage les CCTT également dans les régions du Québec, les centres collégiaux de transfert de technologie. Il faut chercher à développer davantage les mandats spécialisés des collèges.
Un autre bon exemple de votre région, c'est le cégep de Jonquière avec son programme en communications qui a attiré les jeunes de partout, incluant ma région à moi, pour aller étudier à Jonquière. Certains sont peut-être restés, d'autres sont repartis, mais ça a certainement été un enrichissement à leur enseignement, le fait qu'ils se déplacent dans une autre région du Québec que la leur. Alors, ça, on voit ça aussi comme étant un moteur très important du développement.
Il y a le développement des infrastructures de transport, très important aussi parce que les économies modernes, c'est d'abord des infrastructures de transport modernes. Toute la question de la route 175 chez vous, hein, vous savez à quel point ça fait
partie du débat politique. C'est important parce que, à défaut de développer les infrastructures de transport, une région comme la vôtre devient une région enclavée, et donc ça, ça fait
partie des choses que nous reconnaissons comme étant très importantes pour le développement des régions également. Alors, on a, nous, présenté cette vision d'ensemble et on va, dans la prochaine année, évidemment travailler là-dessus pour qu'on puisse mettre en opération cette nouvelle politique de décentralisation. Moi, je suis convaincu que ça va avoir un effet très bénéfique sur l'ensemble des régions, que ça va les dynamiser davantage et qu'on ne peut pas se tromper quand on fait confiance aux populations des régions.
Peut-être juste un dernier mot sur les régions et l'urbain. Il faut dire que le gouvernement précédent avait beaucoup une politique d'urbanisation. Je vous dis ça parce que ça s'est présenté comme ça. Toute la question des fusions municipales, c'était beaucoup un gouvernement qui était axé sur l'urbain. Alors, je pense que ça s'est reflété dans les politiques, au net, là, dans ce qui s'est vécu dans les régions. Alors, maintenant, cette étape-là est passée. Nous, on a évidemment une autre vision des choses. On peut ne pas être d'accord avec ça, mais, nous, on a un mandat pour s'attarder à cette question-là.
Mais ce que je veux surtout, c'est que dans l'ensemble des régions du Québec on puisse avoir cette vision d'ensemble qui va nous permettre de les développer davantage.
En terminant, Mme la Présidente, je peux-tu régler un oubli? Il y a quelqu'un qui nous accompagne aujourd'hui, qui est également le président du Conseil permanent de la jeunesse, M. Lebel, qui est juste derrière moi. Je voulais souligner sa présence au cas, juste au cas où il y aurait également des questions qui le concerneraient. Merci.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre. M. le député...
M. Tremblay: ...
La Présidente (Mme Thériault): Je voudrais peut-être juste compléter...
M. Tremblay: J'ai droit à mon 20 minutes. Vous avez pris de mon temps sur...
La Présidente (Mme Thériault): Alors, complétez, je reviendrai à vous. M. le député de Lac-Saint-Jean.
Économies réalisées par l'abolition
des crédits d'impôt visant le retour
des jeunes en région
M. Tremblay: C'est sûr que j'aurais beaucoup de choses à dire sur le développement régional. Malheureusement, on a juste trois heures pour parler de la jeunesse. Mais, quand j'entends le premier ministre dire que le gouvernement antérieur a imposé sa vision, là... Quand on parle de Rendez-vous des régions, où est-ce que les gens ont été consultés, c'est eux qui ont amené l'agenda. Quand on parle du programme ACCORD, il n'y a absolument rien qui a été imposé, puis c'est un modèle de développement qui était très intéressant et qui, j'espère, va être repris par votre ministre de l'Économie.
Quand on parle des CLD qui sont gérés par le milieu, des CRCD, des CRD, dans plusieurs cas, qui sont gérés par le milieu, par la société civile, je m'excuse, là, mais je pense que les régions actuellement travaillent avec ce qu'elles ont comme outils. On en a besoin davantage, et, dans le dernier budget, on n'a pas senti absolument aucun soutien.
Mais là n'est pas la question. La question, pour en revenir aux crédits d'impôt pour les jeunes en région: Combien d'argent allez-vous sauver? Parce que là vous dites que... Moi, j'ai un peu l'impression que ça a été de la partisanerie, faire ce que vous avez fait là.
Vous auriez dû prendre l'exemple de votre ministre de l'Environnement, laisser les programmes en place, faire le tour du jardin, puis, dans un an, quand vous dites que vous allez mettre en place votre programme, bien, corriger le tir, parce que, bon, peut-être que les mesures qui avaient été appliquées dans le dernier budget n'étaient pas parfaites, j'en conviens, mais les bonifier un an plus tard. Mais là, pendant un an de temps, là, vous dites: Bon, bien, c'est le néant, ce n'est pas vrai que c'est une bonne mesure.
Mais, dites-moi, combien d'argent allez-vous sauver, là, pour stabiliser virtuellement les finances? Combien d'argent allez-vous sauver en éliminant ce crédit d'impôt et en faisant ce pied de nez aux jeunes des régions?
La Présidente (Mme Thériault): M. le premier ministre.
M. Charest: Oui. D'abord, permettez-moi de retourner la question au député. D'abord, juste sur la question de l'argent, vous savez, tout ça, ce que le gouvernement précédent avait proposé relevait du virtuel, là. Ils ont proposé un programme qui n'a pas été mis en place parce qu'ils ont déclenché une élection le lendemain, puis après ça il me demande aujourd'hui de dire combien d'argent aurait été sauvé sans que personne... d'abord que le programme ait été mis en place, d'une part.
Puis, d'autre part, quand le programme aurait été théoriquement mis en place, il n'y a personne qui peut dire combien de personnes en auraient profité. Vous savez très bien qu'il n'y a pas de réponse à cette question-là. Pas besoin...
M. Tremblay: ...d'abord?
M. Charest: Bien, parce que... Permettez-moi de vous poser la question: Est-ce que vous croyez que le gouvernement aurait été justifié de faire un déficit? Est-ce que vous auriez accepté ça, vous?
M. Tremblay: Mais comment pouvez-vous dire que ça vous aurait créé un déficit si vous dites, là, que vous n'êtes même pas en mesure de savoir combien d'argent ça vous aurait coûté? Puis je reviens à la même question: Est-ce que ça aurait coûté tant que ça au Québec, dans la mesure où actuellement la situation est urgente et il faut agir maintenant?
M. Charest: Moi, je comprends que vous ne répondez pas, mais là vous êtes en train de me dire que vous auriez accepté que le gouvernement du Québec, que l'État québécois retourne au déficit, alors qu'il fallait bien prendre des moyens et des mesures pour s'assurer qu'il y avait un équilibre budgétaire. Alors, le choix est là, hein? Est-ce que c'est ça que vous voulez? Est-ce que c'est ça que vous appuyez? Parce qu'il faut choisir aussi, puis, quand on est au gouvernement, on est appelé à faire ces choix-là. Alors, c'est un programme qui avait été annoncé et qui n'avait pas été mis en place. Ce n'était pas le seul programme non plus.
Parlons des crédits d'impôt de ce type-là puis de...
M. Tremblay: Parlez-moi pas d'IBM, là.
M. Charest: De?
M. Tremblay: D'IBM, parce que vous parlez toujours d'IBM, des crédits d'impôt pour IBM. Là, on parle des crédits d'impôt pour les régions, là.
M. Charest: Bien, je vais vous donner un autre exemple. Mme Marois, au mois de novembre, décembre dernier, a évoqué la possibilité de réduire les crédits d'impôt de l'ordre de 1 milliard de dollars. On n'est pas allés jusque-là, nous, 1 milliard de dollars. Vous auriez coupé quoi, vous? Qu'est-ce que Mme Marois aurait coupé à la place? Êtes-vous capable de nous le dire? Parce que 1 milliard, c'est plus que ce que le budget Séguin a réduit. Vous auriez coupé quoi?
M. Tremblay: Je ne sais pas ce que j'aurais coupé, mais je sais ce que je n'aurais pas coupé.
M. Charest: Ah!
M. Tremblay: Je n'aurais certainement pas coupé dans la vallée de l'aluminium, je n'aurais pas coupé dans les crédits d'impôt comme ça et puis tout ce qui est le soutien aux régions. Je n'aurais pas coupé là-dedans.
La Présidente (Mme Thériault): M. le député. M. le député du Lac-Saint-Jean. M. le député du Lac-Saint-Jean.
M. Tremblay: Oui.
La Présidente (Mme Thériault): J'aimerais vous rappeler que vos interventions doivent s'adresser à la présidence.
M. Tremblay: Oui. Certainement.
La Présidente (Mme Thériault): Je préférerais qu'on tienne à cette règle-là, s'il vous plaît.
M. Charest: C'est un bel enthousiasme, Mme la Présidente.
M. Tremblay: Oui, un bel enthousiasme.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Charest: Moi, ça ne m'arrive jamais.
Des voix: Ha, ha, ha!
La Présidente (Mme Thériault): J'en conviens, sauf que je considère que c'est une règle qui est là et qui doit être tenue. Je vous demanderais peut-être de compléter brièvement, M. le premier ministre, puisque nous avons déjà débordé du cadre du premier bloc de 20 minutes, et le député d'Argenteuil voudrait faire une intervention.
M. Charest: Il est impatient. Bon, je me permets de compléter ma réponse juste pour être très clair. Le programme dont vous parlez, d'abord, il n'a jamais été mis en place. On n'aurait jamais su combien de personnes... Personne ne sait combien de jeunes auraient voulu essayer de s'inscrire au programme. Donc, évidemment, la réponse à la question, vous la connaissez très bien, il n'y a personne qui pouvait mesurer, sauf que ça aurait engagé le gouvernement encore dans des dépenses, puis là il y a une impasse budgétaire.
Puis votre réaction dit tout, vous dites: Je ne sais pas ce que j'aurais coupé, mais je sais ce que je n'aurais pas coupé. Bien, ça, c'est la réponse la plus facile. Pour ceux qui sont appelés à assumer les responsabilités de l'État puis à équilibrer le budget, nous autres, on avait des choix à faire.
Mais, vous savez, c'était allé très loin, cette affaire-là de crédits d'impôt à gauche puis à droite. Rappelez-vous que, pendant la campagne électorale, votre parti, votre formation avait proposé des crédits d'impôt pour les vacances, hein? Il faut le faire, là! À un moment donné, là, il y a une limite à ce que les contribuables sont capables d'assumer, d'autant plus qu'ils sont les plus taxés en Amérique du Nord. Alors, nous, on a ce projet de 200 millions de dollars qui est dans nos cartons, qui est dans le programme qu'on a livré au mois de septembre 2002, puis on va le mettre en place.
(10 h 30)
Je prends note des remarques que vous me faites aujourd'hui. Je vais prendre ça comme étant un encouragement à mettre en place des mesures qui visent les jeunes. Et je reçois très positivement votre suggestion. Je suis content que vous ayez trouvé un exemple de ministre dans le gouvernement dans le ministre de l'Environnement. C'est un bon exemple à suivre, c'est un homme très compétent. Et soyez assuré qu'on va être très attentifs à vos recommandations sur cette question-là.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre. Je céderai donc la parole maintenant au député d'Argenteuil.
Services offerts aux enfants autistes
M. Whissell: Merci, Mme la Présidente. Peut-être pour rectifier un peu les propos du député de Lac-Saint-Jean à l'égard... que le Parti libéral serait une formation composée uniquement de députés de la région de Montréal, je lui ferais savoir qu'il y a sept députés en face de lui qui sont libéraux, incluant le premier ministre, et, avec tout le respect que j'ai pour le député de Robert-Baldwin, il est le seul de la région de Montréal. Alors, vous avez six députés de région en face de vous. Et il y a le député de Papineau qui s'est joint à nous tout récemment, alors vous avez sept députés de région.
Et on s'est dits souvent la formation politique qui représentait le mieux les régions, et je pense que notre plan d'action qui a été déposé reflète justement cette volonté de redonner aux régions ce qui leur revient.
Mme la Présidente, toute la question de la jeunesse, c'est une question fondamentale; les crédits budgétaires sont là pour le démontrer. Le député de Lac-Saint-Jean a également souligné le fait que l'environnement était très important. On remarquera également que les crédits totaux pour le ministère de l'Environnement ont été augmentés également de près de 3 millions de dollars. Alors, c'est donc dire que, pour le nouveau gouvernement, environnement, jeunesse, ce sont des dossiers prioritaires, c'est l'avenir du Québec.
Et, malgré tout, il faut dire que le budget total du gouvernement du Québec a augmenté, est passé de 51 milliards à 53,5 milliards. Alors, on peut dire qu'on a coupé, comme le laisse entendre le député de Lac-Saint-Jean, mais on a été responsables. Et je lui rappellerais que c'est sa formation politique qui a fait le choix de déposer un budget quelques jours avant un déclenchement d'élections, qui n'a pas adopté ce budget, qui n'a pas adopté des crédits budgétaires et qui a fait en sorte que le Parti libéral, en accédant au pouvoir, a dû rapidement adopter un budget.
Et je pense que de dire que toute la marge de manoeuvre qui était disponible au nouveau gouvernement a été investie majoritairement en santé, en éducation est le reflet de nos priorités. Et santé, éducation, prospérité, pour nous c'est le mandat qu'on s'est donné, et je suis convaincu que, dès 2004-2005, on pourra avoir la marge de manoeuvre, Mme la Présidente, pour justement aller en profondeur et respecter nos engagements électoraux.
Le député de Lac-Saint-Jean nous reproche de ne pas aller consulter, de ne pas aller assez vite. S'il y a un dossier où l'ancien gouvernement avait consulté beaucoup, c'était toute la question de la santé envers les enfants. C'est-à-dire que, dans les régions, puis spécifiquement dans les régions, il y a un problème chronique au niveau des services de santé qui sont offerts aux enfants, et surtout aux enfants en bas âge.
Je ne sais pas si vous avez souvenance, Mme la Présidente, on a eu des débats ici, en commission ou en Chambre, à l'égard des soins qui sont donnés aux enfants qui sont dysphasiques, de l'orthophonie, ergothérapie, physiothérapie. Pour vous donner un exemple, dans la région des Laurentides, des listes d'attente, à l'époque, d'un an et demi, deux ans pour des enfants de trois ans... On leur disait: Bien oui, c'est important, apprendre à parler, mais il y a une liste d'attente de deux ans.
Et on a questionné le gouvernement, on a questionné le gouvernement, et le gouvernement a toujours laissé pour compte le dossier des services offerts directement aux enfants qui ont des problèmes d'apprentissage, de motricité.
Il y a eu le traitement hyperbare. Vous vous souvenez, on a questionné... À l'époque, c'était le député... M. Rochon qui était ministre, et il a fallu questionner, je pense, quatre fois avant qu'il y ait une étude qui soit enclenchée. Alors, quand le député nous reproche de ne pas avoir assez consulté, il y a des fois que trop consulter puis trop attendre, ça amène des conséquences graves.
Et, pour les enfants, savez-vous ce qui est le plus ironique? C'est: on les fait attendre parce que... On leur dit: À l'âge de trois ans, vous tombez sur une liste d'attente. Et, lorsqu'ils arrivent à l'âge scolaire, on leur dit: Bien là vous n'êtes plus admissibles, vous venez de tomber sous la juridiction du ministère de l'Éducation, et l'enfant ne reçoit pas les soins adéquats.
Et toutes les études ont démontré que, un enfant, plus tôt sera l'intervention, plus tôt sera l'apprentissage, meilleures sont les chances de récupérer cet enfant et de lui donner toutes les chances de réussir dans la vie et de participer également au développement du Québec, d'être actif, de rapporter, de participer, de construire une vie, d'avoir une famille et de ne pas vivre aux crochets de la société toute son existence, et ça, c'est une question de dignité, et le Parti québécois a toujours laissé pour compte le dossier des enfants.
Il y a une étude qui a été faite en 1996, ça s'appelait L'organisation des services aux personnes autistes et leurs familles . On a fait des grandes consultations, ça a été fait par le ministère de la Santé. En 1996, déjà le gouvernement, c'est-à-dire les ministères, les fonctionnaires, reconnaissait que, au niveau de l'autisme, il y avait une très, très grande lacune au niveau des services gouvernementaux. Puis, vous savez, Mme la Présidente, ce n'est pas des services qui sont excessivement dispendieux, là. On ne parle pas d'opérations à coeur ouvert, on parle de donner des soins à des enfants.
Et souvent c'est une technicienne, il n'y a pas d'équipements super sophistiqués qui sont requis, ce sont des services professionnels qui sont donnés à des enfants. Au niveau de l'autisme, c'est une maladie qui est souvent méconnue, ce qui est un peu à démystifier. Et, au niveau de l'autisme, 75 % des autistes ont une déficience intellectuelle. Alors, c'est donc dire que l'enfant est très vulnérable, puis il faut le prendre le plus tôt possible. Et, normalement, avant l'âge de trois ans, on est capable de dépister les autistes.
Alors, un rapport est déposé en 1996, on a questionné le gouvernement, on a questionné le gouvernement, et jamais le gouvernement n'a été capable... Alors, M. le premier ministre, est-ce que vous pouvez nous dire, vous, comme premier ministre, vous, comme personne qui a été très sensible au dossier des enfants autistes, pouvez-vous nous dire quels gestes concrets vous entendez prendre pour régulariser la situation?
La Présidente (Mme Thériault): M. le premier ministre.
M. Charest: Merci. Alors, le député d'Argenteuil soulève une affaire, un dossier qui est très important, mais il y a une particularité qu'il faut constamment rappeler, c'est l'importance d'intervenir de façon précoce dans la vie de ces personnes-là, de ces enfants-là si on veut leur venir en aide, à défaut de quoi ils en porteront les séquelles pendant toute leur vie adulte, d'où l'importance pour nous d'agir promptement pour qu'on puisse justement venir en aide non seulement aux enfants, mais également à leurs familles.
Et on a eu l'occasion, effectivement, dans le dernier Parlement, d'interroger le gouvernement sur cette question-là, et ça nous a toujours paru mystérieux, Mme la Présidente, que le gouvernement ne semble pas réagir. Je ne pense pas que ce soit de la mauvaise foi, mais enfin c'était difficile pour nous de comprendre pourquoi il semblait avoir tant de difficultés à réagir.
Du côté des enfants autistes, ce qu'il faut dire, c'est que le Québec a un retard sur nos voisins, dans les services disponibles, à la fois pour les enfants, les personnes, les enfants qui sont d'âge scolaire, adultes, et leurs familles, et sur ce plan-là donc il y a un effort de rattrapage qui doit être fait. Le gouvernement précédent avait annoncé des fonds, et cela était encourageant. Mais on a rapidement constaté qu'il fallait faire un effort supplémentaire et que ce n'est pas juste une question de ressources financières, c'est l'organisation des services qui est un enjeu majeur.
Parce qu'on aurait beau avoir les fonds disponibles, on découvrirait, à défaut d'organiser les services très rapidement, que ces fonds-là ne pourraient pas servir parce qu'on n'a pas l'expertise. Et ça présente pour nous un défi particulier de développer à la fois l'expertise, des services. Mais aussi il y a une autre dimension, de les rendre disponibles dans les régions, parce que là aussi il faut reconnaître la situation que vivent les enfants et les parents qui sont dans les régions qui ne sont pas urbanisées et pour qui la disponibilité des services est plus difficile.
(10 h 40)
Alors, ce qu'on a fait dans le dernier budget, c'est prévoir un montant de 18 millions de dollars pour des services, et on a établi trois priorités. La première, c'est les services d'intervention comportementale intensive pour les enfants de moins de six ans, ce dont on parlait il y a une minute. Alors, ça, c'est s'attaquer au problème rapidement pour les plus petits si on veut leur permettre de jouer un rôle actif dans la société, et ça, ça va nous permettre de donner accès à des services 20 heures par semaine par enfant.
La deuxième partie, c'est améliorer les services de réadaptation pour les enfants d'âge scolaire et pour les adultes aux prises avec de tels problèmes aussi. Alors, eux aussi ont besoin de services additionnels. Puis la troisième partie, c'est de renforcer les mesures de soutien aux familles.
Alors là il faut aller directement en soutien aux familles, entre autres avec du répit, gardiennage, pour qu'on puisse leur permettre de souffler un petit peu et reconnaître les efforts extraordinaires que ça exige pour eux de venir en aide à ces enfants-là qu'ils aiment ou à des adultes avec qui ils vivent et qui, par chance, ont autour d'eux des gens qui les appuient. Et l'État, je pense, doit également leur permettre, à eux, d'avoir un peu d'oxygène si on veut leur permettre d'avoir une vie raisonnable et de venir en aide à leurs enfants.
Alors, voilà des mesures qu'on a annoncées, mais je tiens à dire au député d'Argenteuil qu'on va demeurer très actifs dans ce dossier-là parce qu'on sait qu'il y a encore beaucoup de travail à faire, entre autres dans les questions qui touchent l'organisation des services, où les réponses ne sont peut-être pas évidentes. Alors, il y a des choix à faire à ce niveau-là, mais on va suivre ça, on va suivre ça de très, très près, et il y a là un engagement de l'ensemble de la société québécoise de permettre la réussite et la participation de ces jeunes enfants.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre. Donc, je reconnais un autre intervenant en la personne du député du Lac-Saint-Jean.
Plan d'action en matière de réussite scolaire
M. Tremblay: Oui. Merci. Vous avez parlé... Mme la Présidente, le premier ministre a parlé tout à l'heure de la réussite scolaire, à laquelle il faisait une priorité. Encore une fois - puis c'est écrit dans votre programme, hein - je suis d'accord avec vous, là, que votre intention est là, sauf que, quand je parle de contradiction puis quand je parle d'action sans consultation...
Le gouvernement antécédent avait mis en place des plans de réussite pour la réussite du plus grand nombre. Ça faisait deux, trois ans que les commissions scolaires travaillaient là-dedans, avec la formation des professeurs. Il y avait des sommes d'argent qui avaient été investies. Et là, du jour au lendemain, pouf! c'est disparu. En plus de la disparition des sommes d'argent, c'est tout le travail des enseignants dans ça qui a été balayé du revers de la main.
Moi, je pense que c'est un manque de respect. Ça démobilise les gens, ça démobilise les professionnels du secteur de l'éducation. Alors, moi, je pense que c'est une attitude irresponsable. Ça aurait été quoi d'aller voir sur le terrain, d'analyser? Parce que, encore là, ça n'avait pas été... ces plans de réussite n'avaient pas été une mesure imposée par le gouvernement, mais une volonté, oui, gouvernementale, mais où les façons d'arriver à cet objectif venaient de la base. Puis j'en connais plusieurs dans mon comté qui sont absolument passionnés de cette question-là.
Alors, la question que je veux poser au premier ministre: Pourquoi agit-il ainsi? Et c'est quoi, sa stratégie? Je sais que dans le plan des libéraux on parle de mentorat. Bon, peut-être, ça peut être une solution intéressante qui aurait pu être intégrée dans l'actuel plan de réussite que les professionnels de l'éducation sont en train de mettre en place.
On parle aussi du projet Prométhée qui a démontré son efficacité. Je ferais la suggestion au premier ministre de venir dans ma région, qui, il y a quelques années, il y a presque, de ça, une décennie, avait le taux de décrochage scolaire le plus élevé au Québec et a maintenant le taux de décrochage le plus bas au Québec grâce à la CREPAS, qui est le Centre de rétablissement pour la prévention de l'abandon scolaire. Donc, j'invite le premier ministre à ne pas réinventer la roue, d'aller voir qu'est-ce qui se fait sur le terrain.
Je peux comprendre qu'il a vu des projets comme le projet Prométhée qui peut être prometteur, mais, je vous assure, venez voir qu'est-ce qui s'est fait chez nous. Mais, encore une fois, si le ministre de l'Éducation était allé voir sur le terrain, il aurait pu voir qu'il se faisait des choses très pertinentes. Et d'ailleurs, c'est le président de la Fédération des commissions scolaires lui-même qui disait que le gouvernement actuel devrait arrêter de dire qu'il va lutter contre le décrochage scolaire, puisque le financement de 580 millions prévu n'y est pas.
Donc, en plus qu'on tasse l'argent puis qu'on disait que l'éducation, c'était une priorité, on tasse l'argent puis on démobilise le monde.
Qu'est-ce que le premier ministre entend faire sur cette question très importante?
La Présidente (Mme Thériault): M. le premier ministre.
M. Charest: D'abord, on va mettre les pendules à l'heure, là, parce que mon collègue d'Argenteuil a raison de relever le fait que, dans le discours de l'opposition, là, où on crie comme si le ciel allait tomber, à force d'exagérer, là, on rend insignifiant... - c'est Jacques Parizeau qui disait ça; je pense que l'expression est juste - et de rappeler que le budget des dépenses du gouvernement, l'ensemble des budgets de dépenses du gouvernement du Québec augmente de 3,6 %. Sous votre gouvernement, ça devait augmenter à 5,8 %, ce qui est plus que la croissance nominale. C'est donc dire que vous recommenciez la spirale des dépenses.
On peut-u s'entendre que, si le budget de l'État québécois augmente de 3,6 % dans l'ensemble, ce n'est peut-être pas le drame que vous décrivez, qu'il y a un décalage important entre le discours puis la réalité, surtout pour les citoyens qui sont appelés à payer pour tout ça, là? Ce n'est pas peu dire, là, les citoyens les plus taxés en Amérique du Nord sont au Québec. C'est eux qui paient pour ça. Bon. Alors, nous, dans ce contexte-là, on s'est dit: Il faut faire des choix.
Ces choix-là, on les a fait connaître au mois de septembre 2002. C'est dans le document qui est ici. L'éducation, c'est clairement dit dans le document, ça fait
partie des priorités. Santé puis éducation. Or, on a fait quoi? On a augmenté le budget des dépenses, dans le domaine de la santé, de 7,2 % et on commence à régler les problèmes, problèmes que le gouvernement précédent avait créés en bonne
partie avec le programme de mise à la retraite de médecins, puis d'infirmières, puis de techniciens. Personne d'autre n'avait fait ça. Bien là on est en train de réparer le dégât puis on commence à en sentir les effets. Évidemment, on avait dit qu'on agirait dans les jours qui allaient suivre, puis on l'a fait, on a respecté notre parole.
Mais là je veux replacer, là, toute la question du financement de l'éducation. On va placer ça dans son contexte. Les dépenses dans le domaine de l'éducation entre 1995 et... Pour l'année fiscale 1995-1996 à 2002-2003, pendant les deux mandats, les dépenses du ministère ont augmenté au total de 6,1 %, au total, de 1995-1996 à 2002-2003. Ça, ça inclut le réinvestissement issu du Sommet du Québec et de la jeunesse. Ça, ça représente une augmentation annuelle de 0,9 %.
Ça veut dire que, dans le bilan de votre gouvernement, là, si vous pensez que l'augmentation de 3,6 %, ce n'est pas assez bon, ça se compare à une augmentation annuelle qui ne faisait même pas 1 % au ministère de l'Éducation sous votre gouvernement. C'est ça, la vraie réalité, la vraie comparaison.
Maintenant, on a fait quoi, nous? Bien, on a augmenté les dépenses de 3,6 %. Puis ça veut dire quoi dans la réalité? Un budget supplémentaire, au primaire puis au secondaire, de 258 millions; au collégial, de 43 millions; dans le réseau universitaire, de 158 millions. Ça nous permet de couvrir les croissances des coûts pour les conventions collectives puis les régimes de retraite - c'est 231 millions - la reconnaissance de la semaine de 40 heures aux enseignants - c'est 59 millions - le service de la dette des réseaux d'enseignement - c'est 77 millions - puis le plan d'action Agir tôt - c'est 40 millions.
Je comprends mal le sens de votre question. Le plan d'action Agir tôt que vous aviez mis en place, c'était pour le décrochage scolaire. C'est maintenu.
M. Tremblay: Mme la Présidente, ma question...
M. Charest: Je n'ai pas terminé, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault): Oui. Je m'excuse, M. le député de Lac-Saint-Jean, on va écouter la réponse du premier ministre avec la même collaboration que nous avons écouté votre question.
M. Charest: Alors, ce qu'on va faire, on va mettre en place un dépistage précoce. On veut un meilleur encadrement aussi. Puis je vous souligne en passant que le gouvernement précédent a coupé de 20 % l'encadrement professionnel des jeunes aux niveaux primaire et secondaire. Vous, c'est ce que vous avez fait, vous avez coupé de 20 %, là, les orthopédagogues, les orienteurs puis les psychologues, et ça explique pourquoi... ça explique en partie, je pense, les raisons qui font en sorte que le problème du décrochage scolaire demeure ce qu'il est.
Nous, on a dit aussi, dans ce programme qu'on a livré au mois de septembre 2002, qu'on va corriger ça puis qu'on va hausser de 20 % le personnel qui vient en aide justement aux enfants en difficulté. Alors, ça fait
partie du plan qu'on propose. Puis, c'est drôle, moi, quand je regarde ça, là, quand je regarde les faits, il me semble qu'il y a là le témoignage d'une vraie volonté de s'occuper de l'éducation au lieu d'un bilan qui ne fait même pas 1 % d'augmentation par année pendant deux mandats de gouvernement.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre. M. le député de Lac-Saint-Jean, la parole est à vous.
(10 h 50)
M. Tremblay: J'espère que le premier ministre garde en tête que la façon de faire du gouvernement actuel de non seulement... Parce que, oui, il y a les questions financières, mais il y a aussi les questions de respect des professionnels de l'éducation qui sont passionnés dans plusieurs... sont passionnés de ces questions, qui travaillent de nombreuses années sur ces questions - on parle de deux à trois ans. Et là, là, on leur dit: Bon, bien, ce n'est plus bon, ce que vous avez fait, on repart à zéro. Ça aurait été quoi d'intégrer ou d'analyser, voir comment est-ce que...
Parce que je peux comprendre que, bon, chaque gouvernement a sa vision, mais d'assumer une transition pertinente et intelligente... Bref, c'est la façon de faire du gouvernement actuel, et c'est aux citoyens de juger.
J'espère qu'il garde en tête - parce que je ne suis pas juste critique, j'apporte des solutions - j'espère qu'il garde en tête ce qui se fait de bien, le Centre de prévention en abandon scolaire, dans notre région, qui a reçu de nombreux prix, d'ailleurs. Ça fait que... Et la formule est certainement exportable.
Mesures pour favoriser les activités physiques
et parascolaires chez les jeunes et encourager
leur implication dans leur communauté
Maintenant, Mme la Présidente, dans un autre ordre d'idées, dans le programme du Parti libéral et d'ailleurs dans le discours du premier ministre aussi, tout à l'heure il l'a dit: favoriser la mise en place d'un programme de remise en forme dans les écoles primaires et secondaires et fixer un minimum d'heures à être consacrées chaque semaine à l'activité physique, entre parenthèses éducation physique, ou parascolaire.
Pourtant, dans ce qui se faisait avec le gouvernement du Parti québécois, il y avait déjà un programme qui existait, qui était assumé moitié-moitié avec la Fondation Chagnon, qui visait notamment les écoles défavorisées et où Kino-Québec était impliqué. Donc, est-ce que les budgets à cet égard vont être maintenus, puisqu'ils correspondent à la volonté du gouvernement actuel? Et qu'entend faire le gouvernement justement avec le programme Ça bouge après l'école qui, je le répète, correspond également aux objectifs du Parti libéral dans son programme?
Dans le même ordre d'idées, je pense que le programme Ça bouge après l'école correspond à un autre pan du programme du Parti libéral, qui est le volet 4, Assurer la présence des jeunes dans la société, et où il est écrit: « C'est à l'école que les jeunes Québécois apprennent la vie en société. » Et je suis de ceux qui s'inscrivent parfaitement dans cette philosophie. Moi, je pense qu'il n'y a pas juste les cours en classe qui forment notre jeunesse, mais aussi le parascolaire. Donc, le programme Ça bouge après l'école correspondait à ces deux objectifs, hein, et, bon, ça a été retardé.
En tout cas, au moins, je suis satisfait, là, tout à l'heure le premier ministre a dit que c'était probablement un bon programme et que ce n'était retardé...
Et, en sous-question, j'aimerais qu'il nous parle... Parce que, dans le programme, il est écrit aussi que, bon, bien, « une
section du gouvernement en ligne sera réservée afin de faire la promotion de l'implication étudiante » . Comment le premier ministre entend mettre en application cette mesure qui pourrait valoriser l'implication étudiante et souligner tout ce que... l'implication étudiante ou l'implication des jeunes dans la communauté, dans la société? Donc, c'est quoi, sa vision des choses à cet égard-là? Qu'entend-il faire pour répondre justement à sa volonté d'encourager l'activité physique et parascolaire? Et qu'entend-il faire avec le programme qui était financé moitié-moitié avec la Fondation Chagnon, qui visait les écoles défavorisées dans le cadre du financement du Québec en forme?
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le député du Lac-Saint-Jean. M. le premier ministre.
M. Charest: On me dit que le programme Québec en forme, il y a 3 millions de dollars qui est maintenu dans le programme. C'est exact? Et de programmes au total, là, qui... On en a parlé dans nos remarques d'ouverture, là, le programme Ça bouge après l'école, dont vous avez parlé, effectivement, on y voit du mérite, mais il y a une question de financement. Et, pour cette raison-là, on a repoussé l'implantation. On va revoir ça puis on va voir si ce n'est pas possible d'aller de l'avant avec le programme.
Un complément d'information sur votre question précédente, là, sur le 24 millions. Juste pour que ce soit très clair, M. le député, votre gouvernement avait prévu une somme qui était non récurrente. Quand vous dites qu'on n'a pas poursuivi le financement, ce n'est pas exact. C'est donc dire que votre gouvernement avait prévu des fonds mais n'avait pas prévu que ces fonds-là allaient se perpétuer. Alors, c'est le choix que vous aviez fait. Si vous avez des reproches à formuler, il faudrait les formuler à vos collègues.
Sur la question de la Fondation Lucie et André Chagnon, effectivement ce programme-là continue. C'est 5 millions de dollars que chaque
partie y contribue. Le gouvernement du Québec va le faire via le Fonds québécois d'initiatives sociales, et la Fondation de M. et Mme Chagnon, évidemment, va y contribuer pour 5 millions de dollars. Et ça vise prioritairement les enfants jusqu'à six ans, et leurs parents qui proviennent de milieux défavorisés. Alors, effectivement, on voit là une belle occasion de collaboration et on félicite et remercie à nouveau la famille Chagnon de leur générosité.
Je sais qu'ils ont créé cette Fondation-là avec une vision de développement pour le Québec qui est tout à leur honneur, et c'est l'occasion pour nous de travailler en partenariat avec la Fondation pour aider justement ces jeunes enfants et leurs familles.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre. M. le député du Lac-Saint-Jean.
M. Tremblay: Le premier ministre n'a pas répondu à la question qu'est-ce qu'il entendait faire pour valoriser l'implication étudiante et communautaire.
M. Charest: D'accord. Bien, je pense que ça a été proposé par la FEEQ, peut-être la FEUQ, de reconnaître dans les acquis de formation ou dans la diplomation des étudiants la contribution à la communauté. Alors, supposons une situation où un jeune est appelé à faire un travail bénévole, un travail communautaire, ce que nous souhaiterions, c'est examiner la possibilité qu'on puisse reconnaître dans l'attribution des crédits la contribution qu'il fait à la communauté.
Et il y aurait donc là un scénario où tout le monde y trouve son compte, à la fois la communauté, évidemment, le jeune qui a une expérience, qui fait une contribution, qui est valorisé, l'institution qui s'enrichit de cette expérience-là aussi. Et c'est dans cette perspective-là qu'on a voulu encourager le développement de cette politique, et on va effectivement travailler là-dessus pour voir quelle formule.
Vous comprenez que, quand on tombe dans l'attribution des diplômes, évidemment les institutions d'enseignement, avec raison, vont vouloir être très, très rigoureuses, c'est normal, mais nous croyons, nous, qu'il y a là une belle occasion pour nous d'encourager l'implication des jeunes dans leur communauté.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre. M. le député de Berthier.
Engagement du Parti libéral
de baisser le niveau des impôts
M. Bourdeau: Bonjour. Deux choses que j'aimerais ça mettre au clair avant de pouvoir entrer dans la question que je vais vous poser. Mme la Présidente, deux choses. On entend souvent le gouvernement parler qu'on est les plus taxés en Amérique du Nord. Excusez-moi de mettre un petit peu, peut-être, les choses au clair. Oui, on a des taxes, des impôts plus élevés, mais on a des tarifs d'hydroélectricité, par exemple, plus bas, on a des frais de scolarité les plus bas, on a des garderies à 5 $, des programmes sociaux, on a le coût de la vie plus bas.
De dire qu'on est les plus taxés en Amérique du Nord, c'est très facile, c'est très, très facile, surtout pour mettre en place de futures baisses d'impôts qui ne serviront pas à la jeunesse, mais plutôt à des générations qui sont présentement en place. Et c'est ce discours-là que la jeunesse a de la difficulté aussi parfois à entendre et à comprendre, parce que présentement, Mme la Présidente, on est six travailleurs pour un retraité; dans 20 ans, on va être deux travailleurs pour un retraité.
Si on fait des baisses d'impôts, dans 20 ans, nous ne serons pas capables, nous, les jeunes, de pouvoir... avoir ce fardeau fiscal sur les épaules et soutenir une population de plus en plus vieillissante. Ce n'est pas en baissant les impôts qu'on va réussir à régler ce problème-là.
L'autre chose, on parlait que l'éducation est la deuxième priorité du Parti libéral. Une chance que c'est la deuxième priorité, ça fait 1,8 million de coupures dans ma commission scolaire des Samares. Si ça avait été la quatrième, il y aurait eu quoi, 6, 7 millions? De ce côté-là, c'est encore une fois un discours facile, on peut dire les choses, mais, lorsqu'on regarde les faits, ce n'est malheureusement pas vrai. On dit que la santé, on veut... notre première priorité, on va investir de l'argent, on va investir de l'argent. Ce n'est pas simplement de l'argent qu'il faut.
Il faut, par exemple, dans notre coin, dans mon coin, avoir des médecins. On avait une loi, qui est la loi n° 142, qui permettait aux jeunes médecins d'aller en région, qui leur disait: Bon, on va selon les effectifs médicaux en demande, et on ne la respecte pas. Ça fait en sorte que, bon, on ne règle pas réellement les vrais problèmes.
Avenir du programme Prêt
pour l'achat d'un micro-ordinateur
Je félicite quand même le gouvernement au niveau de l'implication étudiante. Ça fait plaisir d'entendre ça. Ça fonctionne déjà à des endroits, je vous dirais. Moi, à l'Université de Montréal, je suis une des preuves, j'ai eu droit, grâce à mon implication, à des crédits. Ça existe déjà. C'est sûr que ce n'est pas partout. Et ça, je félicite... Je vous dis de continuer dans cette ligne-là. C'est très intéressant pour les jeunes, sauf qu'il faut leur laisser le temps pour l'implication étudiante. Parce que c'est beau de dire: On va vous donner des crédits, mais il faut aussi vous donner le temps.
Et c'est là que les programmes d'aide financière permettaient à des jeunes qui étaient moins nantis de ne pas avoir besoin de travailler 30, 40 heures-semaine pour payer leurs études et plutôt pour étudier. Et ça permettait, ça aussi, d'aller chercher des acquis à l'extérieur, parce que c'est vrai que dans les cours qu'on a... Il ne faut pas se le cacher, ce n'est pas tout ce qu'on apprend dans nos cours théoriques qui va nous servir plus tard dans la vie, c'est tout ce qu'on apprend à l'extérieur.
Moi, je sais que ma formation extérieure, parascolaire, a été assez grande au cours des neuf dernières années, et ça m'a permis d'apprendre beaucoup, beaucoup plus que simplement mes cours théoriques.
(11 heures)
On a appris cette semaine que, justement, parlant d'aide financière, les prêts pour les micro-ordinateurs allaient être coupés pour ceux qui ont accès aux prêts et bourses. Cependant, encore une fois on disait que... le Parti libéral disait qu'on va respecter le Plan d'action jeunesse, on va respecter ça. Mais on coupe dans les prêts micros, et ça, encore une fois, sans consultation, aucunement. Les fédérations étudiantes et COOPSCO, on n'a jamais été consultés. Et ça, ça touche directement les moins nantis.
Dire que la caisse populaire, par exemple, fait la même chose, à la fois c'est vrai, mais à la fois c'est faux. Oui, ils ont un, programme de prêts, mais, pour avoir fait un prêt à la caisse, et même si c'est un prêt étudiant, je peux vous dire que ce n'est pas évident, en étant déjà passé par le processus.
Bien évidemment, pour faire un prêt à une caisse comme celle-là, il faut avoir l'appui de nos parents, sinon la caisse ne passe pas cet argent-là, comparativement au programme que le gouvernement avait en place pour ceux qui avaient des prêts et bourses, qui permettait aux étudiants de pouvoir avoir accès à un ordinateur qui est très important maintenant.
Surtout dans nombre de programmes, dont aux HEC par exemple, où c'est obligatoire d'avoir un portable, c'est important que les jeunes puissent avoir accès, surtout dans la philosophie du gouvernement en ligne, où on veut avoir de plus en plus de services en ligne. Mais, si on ne donne pas les ressources aux étudiants de pouvoir avoir accès à ces ordinateurs-là, bien, on voit encore une fois une contradiction.
Cette coupure-là arrive pour dire: On va sauver 4,8 millions, parce que, supposément, un budget aurait été déficitaire de 4,3 milliards. Mais je vous rappellerais que votre plan budgétaire vous l'aviez fait il y a longtemps, que ce n'est pas vrai que, si vous prenez le budget d'aujourd'hui... Vous dites qu'il y avait un déficit, pseudodéficit. Le jour que vous êtes rentrés au pouvoir, le budget, vous l'avez mis aux poubelles, ça n'existe plus, que votre plan... s'il y a un déficit, c'est dans votre plan que vous aviez fait au début et non dans le plan qu'il y a aujourd'hui.
Et la question que j'aimerais poser... Deux questions. Premièrement, est-ce que vous allez continuer à vouloir couper ce programme-là? Et deuxième question: Lorsque vous parlez qu'il y aura une révision, est-ce que vous allez consulter lors de la révision ou, encore une fois, vous allez faire simplement à votre tête? Merci.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le député de Berthier, qui est également porte-parole de l'opposition officielle en matière de l'autoroute de l'information. M. le premier ministre.
Engagement du Parti libéral
de baisser le niveau des impôts (suite)
M. Charest: Merci, Mme la Présidente. D'abord, je veux dire au député de Berthier ma déception sur la question de la réduction des impôts. Lui, il est contre la réduction des impôts, son parti est contre la réduction des impôts, une question sur laquelle on n'est pas d'accord du tout.
Vous, vous voulez continuer à maintenir les impôts au niveau où ils sont. On est les plus taxés en Amérique du Nord, on comprend ça. Ça a un impact majeur sur les jeunes, hein, parce que souvent les jeunes sont des personnes célibataires sur le plan fiscal. Je vous souligne que la différence d'imposition entre un jeune qui habite au Québec puis chez nos voisins est majeure, majeure - c'est un incitatif à aller travailler ailleurs à toutes fins pratiques - et que ça a un effet très négatif sur l'économie québécoise.
Vous dites que notre niveau de vie serait une compensation. Des études indiquent exactement le contraire. Selon une étude qui a été faite, le Québec est au 52e rang parmi les 60 États et provinces du nord du continent sur la question du niveau de vie. Maintenant, il y a des gens qui ne sont pas d'accord avec cette étude-là. Votre chef hier nous a dit qu'il n'était pas d'accord puis que, lui, il avait des études qui démontraient le contraire. Moi, en même temps, il m'a parlé de l'Irlande.
Je lui ai dit que je lui ferais parvenir un livre sur l'Irlande, appelé le Celtic Tiger , et que le livre arriverait dans son bureau avant que ses études à lui arriveraient. Puis, effectivement, je l'ai livré avant.
Mais j'ai reçu en réponse deux papiers du chef de l'opposition hier, qui, selon lui, auraient fait la preuve que le niveau de vie au Québec serait supérieur à l'Ontario. Ça, c'est ce qu'il nous affirmait hier. Or, dans les papiers que je reçois, j'apprends exactement le contraire. On dit que la situation du Québec, qui est au 48e rang, est décevante et que le Québec est loin derrière l'Ontario sur la question des niveaux de vie. Alors, je vous avoue que j'étais assez déçu, comme on l'a été pendant la campagne: ça ressemblait au scénario des études sur la conciliation travail-famille alors que ça n'existait pas.
Sur la question des réductions d'impôts, je vais vous dire pourquoi c'est important. Je veux vous citer un document sur la réduction... un document de consultation qui a été livré en 1999, si ma mémoire est fidèle, sur la réduction de l'impôt des particuliers et pourquoi c'est important. Ce document-là que je vous lis, c'est à la page 40, c'est un document, encore une fois, de consultation sur la réduction d'impôts des particuliers, et le titre, c'est La nécessité de réduire l'impôt des particuliers .
Je vais vous lire ce que ça dit: « Le poids élevé de l'impôt des particuliers réduit la croissance de l'économie et freine la création d'emplois. Les effets négatifs d'un impôt trop lourd par rapport à nos principaux partenaires commerciaux se manifestent de diverses façons sur les ménages et les entreprises. »
Parmi les principaux effets sur les ménages, on dit: « L'impôt sur le revenu élevé affecte directement la situation des ménages en réduisant le revenu disponible après impôts et, de ce fait, la consommation, en réduisant l'incitation à travailler.
En effet, les taux d'imposition marginaux élevés influencent les choix des travailleurs entre le travail et le loisir, entre le travail rémunéré et le travail domestique, entre le travail officiel et le travail au noir en réduisant l'épargne, puisque les taux d'imposition élevés en diminuent le rendement pour le contribuable; l'épargne nécessaire aux fins des investissements constitue un facteur important de développement de la capacité de production de l'économie.
« Principaux effets sur les entreprises.
Du côté des entreprises, un impôt des particuliers trop élevé détériore leur position concurrentielle du fait qu'il entraîne notamment une augmentation du coût de la main-d'oeuvre, car les travailleurs exercent des pressions afin de recevoir un salaire nominal plus élevé pour maintenir leur salaire après impôts; une augmentation du coût de financement du capital productif - en effet, si les taux d'imposition sont élevés, les particuliers exigeront un rendement avant impôts supérieur sur leurs placements en entreprises; et un déplacement de la production et des travailleurs stratégiques vers d'autres juridictions. »
Et ça, cette affirmation-là, ça touche particulièrement les jeunes.
Le document que je viens de vous lire, là, ça a été signé par Bernard Landry. Alors, si vous cherchez à connaître les raisons qui nous motivent, nous, à changer de cap, M. Landry lui-même vous explique avec assez de détails les raisons qui amèneraient l'État québécois à changer cette situation-là.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre...
M. Charest: Sur les... Bien...
La Présidente (Mme Thériault): Vous voulez compléter?
M. Charest: Oui. Je ne veux pas priver le député de la question.
La Présidente (Mme Thériault): D'accord.
Avenir du programme Prêt
pour l'achat d'un micro-ordinateur (suite)
M. Charest: Sur la question des ordinateurs, le gouvernement va revoir le programme pour voir ce qu'il y a de plus efficace. Il faut souligner qu'il y a des alternatives, hein? Dans le privé, il y a déjà des offres de service pour les étudiants qui veulent acheter un ordinateur. Et on va... Écoutez, on va suivre ça de très près.
Mais on a, nous... Évidemment, avec les contraintes budgétaires que nous vivons actuellement, on est dans les situations où on doit faire des choix difficiles. Mais je vous souligne qu'il y a déjà des offres qui sont disponibles, par exemple dans le Mouvement Desjardins, pour ce genre d'achat et qu'il n'y a pas juste le gouvernement qui peut livrer ce genre de service là.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre. M. le député de Berthier, je vous signalerai que le bloc de 20 minutes est déjà épuisé et qu'il y avait le député de Groulx qui voulait faire une intervention. Donc, on pourra peut-être revenir à vous.
Une voix: ...suspendre pour quelques minutes.
La Présidente (Mme Thériault): Oui, nous allons suspendre pour cinq minutes. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 8)
(Reprise à 11 h 13)
La Présidente (Mme Thériault): S'il vous plaît! À l'ordre! Nous allons donc reprendre les travaux de la commission, et je reconnaîtrai un premier intervenant en la personne du député de Groulx. M. le député, la parole est à vous.
M. Descoteaux: Est-ce qu'on attend quelques instants, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Thériault): Non.
M. Descoteaux: Non?
La Présidente (Mme Thériault): Les travaux sont repris.
Stratégie en matière de décrochage scolaire
M. Descoteaux: Tout le monde est là. Ça va. Ma question, Mme la Présidente, était peut-être quelque peu plus théorique que celles des députés de Lac-Saint-Jean et de Berthier, puisqu'elle porte sur le décrochage. Mais, préalablement, j'aimerais revenir sur un point concernant les questions budgétaires. Et je crois qu'une des... M. le premier ministre a indiqué que, si la baisse des impôts avait un effet positif tant sur l'économie que sur la situation des jeunes, il faut aussi remarquer que ne pas augmenter le déficit aura nécessairement un impact positif sur les jeunes. Et je crois que c'est la position d'un gouvernement responsable de s'assurer de ne pas augmenter le déficit.
Sur ma question se rapportant au décrochage, je vous dirais que je suis non seulement heureux de la position du gouvernement, mais je suis rassuré de cette position-là qui vise à combattre le décrochage. Le décrochage, c'est non seulement un fléau pour la jeunesse au moment où il se produit, mais c'est aussi un fléau dans 10, 20, 30, 40 ans, puisque ses effets, ses effets pervers se continuent dans le temps.
Je me réjouis aussi de ces programmes, tel que mentionné par M. le premier ministre, ces programmes... par exemple, celui de l'Université de Sherbrooke où il y a un jumelage éducation-travail, un jumelage université-entreprise, et je dirais que ces mêmes programmes là existent au niveau du secondaire, existent au niveau des cégeps aussi. Ça se passe dans ma région des Laurentides, entre autres, et je pense bien que mon collègue ici d'Argenteuil pourra l'évoquer aussi. Le problème qu'ils soulèvent toutefois, c'est celui du décrochage.
Et c'est peut-être un des effets pernicieux du travail: ce sont les entreprises qui incitent quelquefois les jeunes à venir travailler, et l'appât du gain facile fait que ces jeunes-là vont décrocher. C'est ceux-là qu'on doit justement récupérer.
Ma question à vous, par votre biais, au premier ministre: Est-ce qu'on entrevoit faire quelque chose, M. le premier ministre, pour ces jeunes-là qui, sous l'effet d'un gain facile, vont décrocher et on va avoir de la difficulté à les récupérer plus tard?
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le député de Groulx. M. le premier ministre.
M. Charest: Bien, ça nous rappelle qu'il y a plusieurs raisons qui peuvent amener un jeune à décrocher. Il faut faire très attention pour éviter justement d'avoir une perception qui nous amènerait à conclure que tout ça relève seulement de l'école ou des enseignants alors que ce n'est pas vrai. Dans certains cas, oui, c'est à l'école que le problème se pose. Ailleurs, il y a des situations de surchauffe de l'économie.
Moi, j'ai vu ça dans le sud de l'Ontario, à la fin des années quatre-vingt, où les jeunes étaient attirés par des emplois qui étaient rémunérateurs - c'était ça, le problème - et, donc, ils étaient beaucoup tentés. Puis les employeurs, eux, voulaient de la main-d'oeuvre, donc ils se permettaient de les engager. Même s'ils ne terminaient pas leurs études, ils les engageaient quand même.
Et ce que vous soulevez comme problème, ça m'a été décrit avec beaucoup de détails justement au cégep de Saint-Jérôme où il y a un programme de formation professionnelle. Et un des problèmes qu'ils vivent, eux, c'est que, effectivement, comme la demande est très forte pour la main-d'oeuvre qualifiée, ces jeunes-là se font offrir des emplois par des employeurs qui sont de bonne foi, qui ont besoin de quelqu'un immédiatement, mais avant de terminer leurs études collégiales. Et là, bien, ils sont pris au piège.
À très court terme, ils ont peut-être le sentiment de faire un bon coup, ils ont un emploi, ils sont bien rémunérés, mais, à moyen terme, lorsqu'ils changent d'emploi, par exemple dans deux ou trois ans - parce qu'on sait que dans le marché du travail aujourd'hui on est appelé à changer d'emploi plusieurs fois au cours de sa carrière - là, soudainement, il sont pénalisés, parce que leur nouvel employeur va les rémunérer en fonction de leur formation. S'ils n'ont pas terminé leurs études, bien, ils ne seront pas rémunérés comme quelqu'un qui a terminé ses études puis qui est diplômé.
Alors, il y a là vraiment un piège, et il faut donc s'y attarder. Nous, ce qu'on entrevoit, c'est une campagne d'information auprès des employeurs. Moi, je ne veux pas... Écoutez, dans ce domaine-là, je pense qu'il n'y a personne qui croit à une réglementation, là. Ce n'est pas vrai qu'on va intervenir avec une grosse main réglementaire, parce que, là, on risquerait de causer plus de dommage que de bien.
Mais il faut, je pense, sensibiliser les employeurs et les étudiants concernés à l'importance de terminer leurs études, d'obtenir leur diplôme, et leur faire valoir l'importance que ça aura sur leurs revenus leur vie durant, parce que ça va avoir un impact majeur sur leurs revenus à défaut d'obtenir leur diplôme.
Puis il faut sensibiliser, par exemple, les employeurs au fait que, s'ils engagent un jeune plus de 15 heures par semaine - je pense que c'est ça, la norme qui est généralement reconnue - et que ce jeune-là est aux études à temps plein, peu importe le niveau où il se trouve, secondaire, collégial ou universitaire, que ça peut avoir un impact sur ses études. Il faut éviter ces situations-là.
Au contraire, il faut permettre à l'employeur d'être en soutien à l'étudiant qui travaille chez lui s'il veut effectivement l'aider, lui donner un coup de main tout en obtenant évidemment les services de quelqu'un qui est jeune, qui est plein d'énergie et qui a besoin aussi d'être rémunéré. Alors, au niveau collégial, il faudra sans doute s'assurer qu'il y a des campagnes d'information qui vont éviter le problème que vous venez de nous décrire.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le premier ministre. Donc, je reconnaîtrai maintenant le député du Lac-Saint-Jean.
Engagement du Parti libéral
de baisser le niveau des impôts (suite)
M. Tremblay: Oui, merci. Mme la Présidente, j'aimerais ça faire un petit correctif à ce que le premier ministre a avancé tout à l'heure lorsqu'il lisait dans l'article de L'actualité , et je cite la phrase qu'il a lue: « La situation du Québec au 48e rang est décevante. » Il est arrêté là. Mais, si on lit le reste de l'article, il est écrit: « Mais il faut comprendre qu'il s'agit d'un mal pancanadien, pas spécifiquement québécois. »
n (11 h 20) n
C'est une petite remarque, là. Tu sais, on peut toujours... Le verre est toujours à moitié vide ou à moitié plein. On peut toujours faire dire ce qu'on veut, là, quand on va chercher des petites citations à gauche puis à droite. En tout cas, j'espère sincèrement... Je trouve ça un peu déplorable, le discours du gouvernement actuel. On dirait que ça tend à abaisser le Québec. Je veux dire, c'est sûr qu'il y a plein de problèmes dans la société québécoise, mais, au moins, le gouvernement antérieur avait le mérite de parler positivement et, oui, en étant très conscient des problèmes.
Mais là, actuellement, ce qu'on voit du gouvernement actuel, c'est... On tend à avoir un discours, là, écrasant le Québec, hein: On est les plus taxés en Amérique. Ça fait que, moi, quand j'écoute tout ça, là, je me dis: Oui, j'aurais le goût de changer de province, on dirait, là, si j'avais à faire le choix, si je venais de l'extérieur. Donc, il faut faire... J'espère que... En tout cas, c'est une suggestion, encore une fois, que je fais au premier ministre d'avoir... qui va être un bon vendeur du Québec.
Puis je souhaite, en tout cas, qu'il a raison - bien, je ne crois pas qu'il a raison - mais que, dans sa stratégie économique et politique, on pourra juger l'arbre à ses fruits dans quatre ans.
Reconduction et financement de certains
programmes destinés aux jeunes
Maintenant, pour revenir à nos moutons, j'aurais certaines spécifications plus précises quant à l'attribution des budgets. Je voudrais savoir - puis là je vais faire une rafale de questions puis je les répéterai au besoin, là: Le Fonds régional d'investissement jeunesse est-il reporté cette année? Pour quel montant? Le projet Contact jeunesse est-il reporté? Est-ce qu'il y a encore des crédits pour ce programme-là? Les budgets pour les forums jeunesse, à quel endroit ils se trouvent et quels sont ces montants d'argent? Ensuite...
O.K. Le Plan d'action jeunesse prévoyait 2 millions récurrents pour susciter le développement de projets voulant mettre en commun les services de transport dans les régions rurales. Et ça, je peux vous dire, M. le... Mme la Présidente - madame, oui - que c'était un projet que je caressais particulièrement, parce que la mobilité des jeunes entre les municipalités d'une même MRC, par exemple, est quelque chose d'absolument, je pense, pertinent pour inciter les jeunes à s'établir en région. Et, finalement, le programme Solidarité jeunesse est-il reconduit et pour quel montant? Je peux les répéter. Vous pouvez en prendre un par un si vous voulez, là.
M. Charest: Non, je vais essayer de les aborder dans l'ordre. D'abord, je veux vous dire mon regret au fait que vous pensez déménager puis quitter le Québec.
M. Tremblay: Ce n'est pas ça que j'ai dit, là.
M. Charest: Hein?
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Tremblay: Ce n'est pas ça que j'ai dit. J'ai dit...
M. Charest: Non, non, mais vous avez affirmé que vous pensiez déménager, là. Je ne veux pas. On veut que vous restiez.
M. Tremblay: Non, je vais corriger, là. Si j'étais quelqu'un de l'extérieur du pays et que j'avais à choisir une province, bien là, si je vous écoutais parler, ça ne semble pas très excitant de vivre au Québec à vous écouter parler, à vous écouter parler.
M. Charest: Ah oui! Oui. Je vais vous envoyer tous mes discours. Vous allez voir que c'est convaincant.
M. Tremblay: D'accord.
M. Charest: D'abord, je veux donc aborder les dossiers que vous venez de mentionner, là, entre autres pour tout ce qui touc