CAT — 14 September 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CAT 2023-09-14
Quebec — Committees
(Onze heures trente-sept minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'aménagement du territoire ouverte.
Je souhaite
la bienvenue à tous. Et je vous demanderais de bien vouloir regarder vos
téléphoneries cellulaires, qu'elles soient bien éteintes.
Alors, la commission était réunie aujourd'hui
afin de procéder aux consultations particulières et auditions publiques sur le
projet de loi n° 31, Loi modifiant diverses
dispositions législatives en matière d'habitation.
Mme la secrétaire, est-ce que nous avons des
remplaçants?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme McGraw
(Notre-Dame-de-Grâce) et M. Kelley (Jacques-Cartier) est remplacé par Mme Caron
(La Pinière).
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous débutons ce matin avec deux groupes : la Corporation
des propriétaires immobiliers du Québec, qui sont ici présents, et nous aurons
aussi l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du
Québec en visioconférence.
Alors, je
demanderais le consentement pour dépasser de... l'heure de 13 heures,
étant donné que nous sommes déjà à 11 h 37. Il y a
consentement?
Des voix : Consentement.
Président (M. Schneeberger) :
Consentement. Parfait. Alors, j'invite la ministre responsable de l'Habitation
à faire ses remarques préliminaires si elle
veut prendre son temps. Vous avez six minutes pour... pour temps de parole.
Mme Duranceau : Parfait, merci
beaucoup, M. le Président de la commission. Alors, je tiens à saluer mes
collègues députés, merci d'être à mes côtés. Et, bien sûr, mes collègues
députés des oppositions, merci d'être là. Et je nous souhaite des débats constructifs. Alors, bonjour à toutes et à
tous. Donc, je remercie mes collègues parlementaires qui sont ici aujourd'hui ainsi que les
participantes et participants qui auront l'occasion de contribuer aux
consultations particulières du projet de loi n° 31
modifiant diverses dispositions législatives en matière d'habitation.
Ce projet de
loi, que j'ai eu le plaisir de déposer à l'Assemblée nationale en juin dernier,
vise entre autres l'atteinte d'un
équilibre entre trois grands principes : le droit au maintien dans les
lieux, le droit de propriété et le fait que l'écosystème locatif est
fondé sur une négociation entre les locataires et les propriétaires.
Pour bien
faire respecter ces grands principes, il nous apparaît également nécessaire de
renforcer l'efficacité des interventions du Tribunal administratif du
logement. Certaines mesures auront aussi un impact sur la préservation,
l'accroissement et une meilleure gestion du parc de logement social et
abordable.
Compte tenu
du contexte, je n'ai pas été surprise que le projet de loi suscite de vives
réactions. C'est pourquoi je suis
heureuse d'être ici dans un esprit constructif afin d'écouter les positions et
recommandations de chacun. Sachez que je serai à votre écoute et que vos
commentaires seront pris en compte dans nos réflexions. En bout de ligne, nous
avons tous le même objectif, c'est-à-dire de mettre de l'avant des solutions
efficaces afin, notamment, de contribuer à augmenter la disponibilité de
logement ainsi que son abordabilité.
Ce projet de loi s'appuie sur une prémisse
incontournable : il y a, au Québec comme ailleurs au Canada et dans le monde, des enjeux préoccupants en matière
de logement. Les plus récentes données de l'enquête sur les logements locatifs,
réalisée en 2022 par la Société canadienne
d'hypothèques et de logement,
confirment que l'offre de logement demeure à des niveaux bas dans de
nombreuses municipalités au Québec sous l'effet d'une forte demande, notamment
en ce qui concerne l'accès à des logements à un coût abordable. D'ailleurs,
parmi les six grandes régions métropolitaines de recensement, quatre présentent
des taux d'inoccupation inférieurs à 1 %. Seules les régions
métropolitaines de recensement de Montréal et de Québec présentent un taux
légèrement supérieur, donc 2 % pour Montréal,
1,5 % pour Québec. Également, la majorité des autres centres urbains ont
des taux inférieurs à 1 %. Alors, ces données montrent une réalité
évidente : il manque de logements.
Et, que ce soit par le biais des ententes et des
partenariats que nous avons signés, des programmes que nous avons mis sur pied,
les investissements que nous avons réalisés, nous avons mis de l'avant
différentes solutions novatrices pour
améliorer la situation partout au Québec. Et il faut continuer. Nous l'avons
fait de concert avec l'ensemble des partenaires et acteurs du milieu, j'en suis
fière, car, s'il y a une chose dont je suis convaincue, c'est que la situation
actuelle interpelle l'ensemble des intervenants et elle doit nous amener à
optimiser notre collaboration.
Tout cela donne déjà
des résultats concrets, comme en témoigne le fait qu'il y a présentement près
de 5 000 logements sociaux et
abordables en chantier au Québec, soutenus financièrement par les différents
leviers que notre gouvernement a contribué à mettre en place. On parle
ici de plus de 3 500 dans le cadre d'AccèsLogis Québec et d'AccèsLogis
Montréal, de plus de 1 060 découlant de nos partenariats avec les Fonds de
solidarité FTQ, Desjardins et Fondaction, puis de plus de 260 associés aux
différentes phases de l'Initiative de création rapide de logements du gouvernement du Canada, et même d'une quarantaine
de logements issus du Programme
d'habitation abordable Québec. Et
ce n'est qu'un début.
Je tiens à ajouter
que plus de 1 700 logements destinés à des personnes en situation
d'itinérance sont soit en chantier, soit en développement partout au Québec.
Est-ce que c'est assez? La réponse, c'est non. Et nous devrons en faire plus
pour venir en aide à cette clientèle vulnérable. Nous l'avons vu ce matin, avec
le dévoilement des chiffres, 10 000...
10 000 personnes en situation d'itinérance, c'est énorme, et c'est sans
parler de l'itinérance cachée. Il faut en faire plus, et c'est mon intention et c'est l'intention de notre
gouvernement. Avec mon collègue Lionel Carmant, nous planchons sur des
solutions car il faut redonner une dignité à ces personnes qui sont des
citoyens à part entière de notre société.
Évidemment, ce projet
de loi ne réglera pas tout à lui seul. C'est un des éléments sur lequel il faut
travailler. Des facteurs comme l'inflation,
les taux d'intérêt et le manque de main-d'oeuvre resteront des éléments avec
lesquels il faudra continuer de composer. Mais ce projet de loi posera un jalon
important, un jalon auquel s'ajouteront nos autres initiatives pour développer une véritable approche
constructive que l'on proposera dans notre plan d'action gouvernemental
en habitation, actuellement en élaboration.
Permettez-moi de
préciser, et je... j'achève, permettez-moi de préciser les principales
améliorations que pourrait apporter le projet de loi n° 31, s'il est
adopté, soit une offre... une offre... offrir une meilleure protection aux
locataires, comme de prévoir l'indemnité à verser aux locataires en cas
d'éviction et d'écarter la présomption de bonne foi du locateur dans le cadre
d'un recours en dommages et intérêts intenté par un locataire dont le logement
a fait l'objet d'une reprise ou d'une éviction. Aussi, pour la clause F, il est
proposé que le locateur précise dans le bail le
loyer maximal qu'il pourra exiger dans les cinq années suivant la date où
l'immeuble peut être loué. Le projet de loi pourrait permettre aussi de
préserver et accroître l'offre de logements sociaux et abordables, d'offrir une
latitude aux locateurs dans le choix de leurs locataires lors d'une cession de
bail...
Le Président (M.
Schneeberger) : ...vous êtes... on est... on est déjà... en négatif,
Duranceau : Parfait. C'est bon. C'est correct. On va poursuivre
ensemble.
Le Président (M.
Schneeberger) : C'est bon. Alors, désolé, on essaie de respecter les
règles. Alors, j'invite maintenant la députée de Mille-Îles à faire ses
remarques. Vous avez un temps de 4 min 30 s.
Mme Dufour : Merci, M. le Président. On se retrouve. Une
nouvelle session et un nouveau projet de loi. Vous étiez avec moi pour
le projet de loi n° 16. Et... Et donc moi, c'est un grand honneur d'être
ici, accompagnée de ma collègue... non, ma collègue, la députée de?
Mme Dufour : Notre-Dame-de-Grâce. On se connaît plus par nos noms que nos comtés. Donc, c'est un grand
honneur pour moi d'être ici, accompagnée de ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce. Et je remercie la ministre de nous donner l'occasion, là, de... de travailler sur un projet de loi qui est
quand même important. Et je salue évidemment les membres des oppositions qui sont présents et... et tous les autres
députés de la
partie gouvernementale qui nous accompagnent.
Donc, comme je
disais, c'est un projet de loi qui, malgré qu'il n'a que 38 articles,
pourrait s'avérer très important. Nous
vivons une crise du logement qui est vraiment majeure au Québec, les taux
d'inoccupation, la ministre en a parlé, n'ont jamais été aussi bas, et il y a
quelques éléments dans ce projet de loi là qui ont... qui sont intéressants,
notamment, de venir fixer un montant maximal pour les cinq premières années
du... d'un nouveau logis sur le marché. Ce
qui est... Ce qui n'est pas présentement le cas, et donc il y a des gens qui
ont eu des mauvaises surprises. La présomption
de refus aussi, lors d'avis d'éviction, ça, c'est quand même un pas important,
et le recalcul des indemnités à verser aux locataires qui ont été
révisées, là. Ça, ça, c'est des points que je considère qui sont très positifs.
Par contre, il y a
beaucoup de préoccupations avec ce projet de loi, notamment, évidemment, tout
ce qui entoure la cession de bail, qui a été
abondamment médiatisé. Mais quelque chose qui a été un peu moins... qu'on a
moins parlé, mais qui me préoccupe beaucoup, c'est l'affaiblissement du
logement social qu'on peut trouver dans certaines clauses de ce projet de loi,
notamment la possibilité d'aliéner des HLM pour du logement abordable. Et on s'entend
que le logement abordable, ce n'est pas du logement social. Et donc ce serait
déplorable qu'on perde des logements sociaux, déjà qu'on en manque beaucoup. Et
il y a aussi la... une possibilité que la CMM puisse faire des contributions à des projets d'habitation et...
alors qu'elle était dans l'obligation de faire des contributions seulement pour
du logement social. Et «habitation», c'est très large.
Il y a aussi le... une
autre préoccupation, c'est les objectifs d'autofinancement de la Société d'habitation
du Québec, la SHQ, qu'on... qu'on peut lire à travers le projet de loi, là,
que... qu'elle pourra offrir des services payants. Alors, on va... on va voir
un peu plus de quoi il s'agit, mais pour... de prime abord, ça... ça inquiète
un peu.
Il y a... Et, le point majeur, c'est qu'il n'y a
rien, vraiment, dans ce projet de loi là, qui n'aura d'impact, au bout du compte, sur la crise du logement, rien de
majeur, du moins, rien de structurant. C'est certain. Donc, nous serons
présents pour bonifier le projet de loi, écouter les groupes, évidemment, qui
ont beaucoup, beaucoup... qui auront certainement beaucoup de propositions
pour... pour cet aspect-là, et j'ai hâte d'entendre les intervenants qui... qui
vont se succéder.
Par contre, je voudrais souligner qu'il est
désolant qu'on... qu'on trouve encore, à cette heure-ci, deux plages libres dans notre horaire, alors qu'on a... on a
soumis des groupes, on a soumis des groupes, mais qui ont été refusés par la
partie gouvernementale. C'était le cas de la ville de Gatineau, qui,
finalement... on a réussi, suite à un troisième désistement, à faire intégrer,
mais il reste toujours la Fédération étudiante collégiale du Québec et la
Confédération québécoise des coops d'habitation, que nous avons sollicité