Public Finance — 14 May 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2019-05-14
Quebec — Committees
Mais, pour
mémoire, lorsque nous étions au gouvernement, nous avions entrepris des travaux
assez exhaustifs qui visaient essentiellement la même finalité que le ministre
a exprimée, mais par un chemin fort probablement différent. Et je constate que l'esprit du projet de loi qui est sur
la table est en continuité avec ce que nous, on avait fait, mais pas
nécessairement les moyens.
Alors, on
entame l'étude de ce projet de loi de façon certainement positive, certainement
constructive. On verra avec le cheminement qu'on va en faire si on se rejoint.
Il y a des enjeux qui sont exprimés par le ministre, ce matin, qui sont non seulement importants, mais, dans la bouche du
ministre, qui semble extrêmement optimiste... j'en suis, sauf que j'ai hâte,
et on va le voir ce matin, d'entendre
certaines parties qui, précédemment, n'étaient pas nécessairement aussi
favorables à tant d'ouverture.
Alors, dit différemment, on avait une portée de
nos travaux, précédemment, qui était très grande, qui avait été, on va dire, circonscrite, pour ne pas dire
ralentie par certaines circonstances externes à la personne, et là je vois que
tout semble maintenant se retrouver
sur des voies ensoleillées, vers des vallées verdoyantes du partage de
l'information. Évidemment, j'en suis très heureux. On va voir si ça va
se réaliser, on aura des travaux intéressants et des discussions intéressantes à faire là-dessus, et ça va commencer ce matin,
évidemment, par vous. Alors, comme diraient des gens très connus de l'autre
côté de la table : On verra. C'est tout.
Le Président (M. Simard) :
Merci, M. le député. Mme la députée de Saint-Laurent, il vous resterait environ
deux minutes.
Mme Rizqy : Ça va aller, merci.
Le Président (M. Simard) :
Merci, madame. M. le député de Rosemont.
M. Marissal : Une minute.
Le Président (M. Simard) : Une
minute, oui, cher collègue, oui, tout à fait.
M. Marissal :
Bien, alors, bonjour, bienvenue aux gens de l'AQT, chers collègues. Le
titre du
projet de loi se lit ainsi : Loi
favorisant la transformation numérique de l'administration publique. C'est
assez clair, là, c'est assez simple, mais j'aimerais qu'on y rajoute, sinon par écrit, du moins dans l'esprit de
nos travaux, «et la protection des données personnelles» parce que c'est un peu
de ça dont il s'agit ici et c'est de beaucoup de ça dont il s'agit ici, les
données personnelles qui sont devenues
comme la clé de voûte du paradis pour des entreprises qui sont prêtes à payer
très, très, très cher pour des données personnelles
qui ouvrent la voie vers toutes sortes d'autres activités commerciales. On dit,
M. le Président, que les données personnelles,
c'est le nouvel or noir. Je n'aime pas tellement l'expression parce que ça
réfère à des énergies fossiles, et je pense au contraire que les données
personnelles de nos concitoyens et de nos concitoyennes sont très vivantes,
elles bougent beaucoup, et c'est pour ça qu'elles ont un immense intérêt
pour des gens qui n'ont pas toujours nécessairement à coeur la protection de nos données personnelles. Alors, c'est dans cet
esprit que nous étudierons le projet de loi. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Simard) : Merci, M. le député. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Je vais garder mon
temps.
Président (M. Simard) : Très bien. Alors, superbe, donc nous
sommes prêts à commencer les auditions. Chers amis, auriez-vous l'amabilité de vous présenter? Et vous disposez d'une
période de 10 minutes pour faire votre présentation.
Mme Martel
(Nicole) : Merci, M. le
Président. M. le ministre, Mmes et MM. les députés membres de la commission,
bonjour. Je suis Nicole Martel,
présidente-directrice générale de l'Association québécoise des technologies. Je
suis accompagnée de M. Alain Lavoie, qui est président d'Irosoft, une
société privée en technologies de l'information. M. Lavoie est également membre de notre conseil d'administration et
responsable de notre comité Affaires publiques à l'AQT. Alors, merci de
nous accueillir ce matin pour cette consultation sur le projet de loi
n° 14.
D'abord,
sachez que nous ne sommes pas des experts en matière de droit sur les
renseignements personnels. Cependant,
nous sommes très impliqués dans le secteur des technologies québécoises. C'est
pourquoi nous espérons que les éclairages
que nous serons en mesure d'apporter ce matin vous permettront de saisir les
enjeux pour notre industrie et, bien sûr, pour notre gouvernement.
D'abord, un
mot sur le rôle de l'AQT. Notre association compte 500 entreprises qui sont
membres. Ce sont des entreprises qui
offrent des services et des solutions informatiques. Et, en plus de fournir des
accès à du réseautage, l'accès à des meilleures pratiques d'affaires,
notre association fait en sorte que l'environnement d'affaires des entreprises
en technologies de l'information soit favorable à leur croissance. Nous
existons depuis maintenant près de 30 ans et nous sommes totalement autofinancés par le secteur privé, soit nos membres. La représentativité des entreprises
membres de l'association sont à l'image de l'industrie, soit
96 % sont des PME, et nos prises de position, nos recommandations
s'adressent particulièrement à ces dernières.
Encore un mot
sur l'industrie. L'industrie emploie 150 000 individus, donc des
individus qui sont, naturellement, des
experts en technologies, mais aussi des gens de direction, responsables des
finances, ressources humaines, vente et marketing, donc un secteur d'importance qui devance même plusieurs
autres industries en termes d'impacts économiques. Nos entreprises sont actives dans tous les
secteurs d'activité économique pour aider à la productivité et l'aide à la
production, donc, et les services publics sont visés par 35 % de
nos membres.
Comme les
entreprises privées qui offrent des solutions et services informatiques seront
des partenaires clés du gouvernement lorsqu'elles seront appelées à participer
aux projets qui découlent de la stratégie numérique, nous estimions
important de partager nos réflexions. Et, dans la mesure où l'État souhaite
améliorer ses services aux citoyens et aux entreprises,
moderniser ces systèmes pour les adapter aux nouvelles réalités du numérique,
l'AQT est favorable à l'adoption de
ce projet de loi. Il existe néanmoins des questionnements et des enjeux que
nous décrivons dans le document qui vous a été soumis.
Donc, quant
au projet de loi, on comprend qu'il vise à corriger un problème qui existe
actuellement au niveau du partage des
données entre les entités gouvernementales. Adoptée en 1970, la
loi sur la
protection des données exige des ministères
et des organismes qu'ils soient fiduciaires et responsables des données qu'ils
colligent. Par conséquent, la loi ne leur
permet pas la possibilité d'échanger des informations entre les ministères et
organismes, obligeant les citoyens et les entreprises à répéter les mêmes informations selon les interactions
qu'ils ont avec les diverses entités gouvernementales. C'est ce que
plusieurs appellent, dans le fond, la lourdeur administrative.
Dans
l'optique où le gouvernement du Québec vise une transformation numérique pour
améliorer son efficacité et améliorer
ses prestations de services aux citoyens, le fait de permettre le partage de
données devient un élément central à la transformation. Reconnaissant toute la vigilance avec laquelle les
ministères, les organismes et les réseaux doivent traiter les données
personnelles dont ils ont la responsabilité, nous sommes d'avis que le
gouvernement devra faire preuve de transparence.
Il devra informer les citoyens et les entreprises des objectifs visés par les
projets qui seront désignés comme étant
d'intérêt gouvernemental. Tel que mentionné dans le document, on s'interroge
sur les critères qui permettront d'établir qu'un projet sera d'intérêt
gouvernemental, et, selon nous, ces critères devraient être communiqués.
Nous sommes
d'ailleurs favorables à ce que seul le Conseil du trésor puisse approuver le
partage des données, cette disposition étant cohérente avec la
loi sur
la gouvernance des TI qui est déjà sous sa responsabilité. D'ailleurs, si notre
compréhension est juste quant à l'article 3, nous nous interrogeons sur
l'efficacité du mécanisme de décret pour donner l'aval à des projets désignés comme d'intérêt gouvernemental. En fait,
on se demandait si ce processus-là était viable et peut-être pas trop
lourd. C'est un questionnement que nous avons.
Quant à la
pérennité des données, est-ce qu'il y aura un processus de vérification quant à
la destruction des données après le terme des projets? Et on se posait la
question aussi à qui reviendra la responsabilité des mises à jour de telles
données une fois qu'elles seront partagées.
En parallèle,
le gouvernement entreprend des changements de structure assez importants, tels
que la création du Centre
d'acquisitions gouvernementales ainsi que la création du Centre québécois en
excellence numérique. On s'interroge si ces nouvelles structures auront un impact ou un lien avec le présent
projet de loi. C'est un autre questionnement que nous avons.
Un sujet qui
nous apparaît excessivement important, soit la mobilité des données et le volet
d'intelligence artificielle. Le
gouvernement a clairement indiqué son intention de développer la filière
québécoise de l'intelligence artificielle par d'importantes sommes qu'il a annoncé qu'il
consacre à ses budgets depuis quelques années. Il a aussi manifesté son
intention d'intégrer ces technologies à son administration, donc l'utilisation
des données est nécessairement au coeur de l'intelligence artificielle. On soulève l'importance de prévoir
des contrats d'utilisation qui protégeront les données personnelles et qui
préserveront l'anonymat des citoyens.
Par ailleurs, dans un
souci de protéger l'ADN du patrimoine informationnel du Québec, le gouvernement
devra renforcer ses mesures de protection
des données afin de s'assurer d'avoir un niveau de confiance adéquat entre les
individus, qu'ils soient internes ou externes à l'appareil
gouvernemental.
l'instar d'autres gouvernements, des données devront être classifiées par
niveau de sensibilité — confidentielle, secrète — et les tiers de confiance, les individus,
les chercheurs, les étudiants ou même les entreprises devront obtenir des
accréditations suffisantes afin d'accéder aux données.
D'autre
part, on attire votre attention sur un concept qui n'est pas inclus dans le
projet, mais qui mérite, je pense, qu'on
le traite. Depuis quelques années, l'AQT collabore et a soumis au gouvernement
différents mémoires, des rapports, a
participé à différentes rencontres. Dans le fond, on veut participer à
l'évolution des pratiques en matière de gestion des contrats publics et
à la mise en place d'outils pour que l'État puisse optimiser ses collaborations
avec l'industrie.
Bref,
le Québec regorge d'entreprises qui ont un savoir-faire de très grande qualité.
Le gouvernement a clairement positionné
l'adoption du numérique comme cadre stratégique, mais aussi le développement
d'une industrie technologique comme étant des composantes essentielles à
son essor économique. On craint que la création du centre d'excellence en acquisitions contribue à un phénomène de
consolidation des fournisseurs alors que les concepts d'interopérabilité et de
collaboration entre PME et les gros joueurs
devraient être préconisés. Donc, c'est une petite lumière jaune qu'on voulait
soulever ce matin.
En conclusion, on
sait que le gouvernement fait une priorité de sa transformation numérique. On
est tout à fait d'accord avec cette
priorité. Par ailleurs, comme on le mentionnait, on espère que ce projet de loi
ne vienne pas accentuer les défis déjà rencontrés par les PME, mais
qu'au contraire cela s'inscrive dans une étape de plus pour accroître la collaboration avec les entreprises. Un exemple qui
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