Health and Social Services — 12 November 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-11-12
Quebec — Committees
Dans son
livre blanc, le ministre de la Santé
et des Services sociaux affirme que, et je
cite, l'assurance autonomie vise à
favoriser la prestation de soins et de services nécessaires au maintien à
domicile partout au Québec et veut donner à la personne en perte
d'autonomie la liberté de choix quant à son lieu de résidence en lui assurant
que les soins et les services dont elle aura
besoin seront disponibles à tarif raisonnable, en qualité et en quantité. Je
ferme la parenthèse. Nous sommes tout à fait d'accord avec cette orientation et cette
affirmation et nous nous rangeons parmi ceux qui applaudissent l'annonce de ce virage majeur. En même temps, si le maintien à domicile représente le souhait d'une majorité de
personnes en perte d'autonomie, un
certain nombre, par choix ou pour diverses autres raisons, préféreront toujours
l'encadrement offert dans un milieu de vie substitut. Or, le
choix de ces personnes doit aussi être respecté, ce qui signifie que nous
aurons toujours besoin d'un nombre de places suffisant en CHSLD
ainsi que dans les autres types de ressources d'hébergement, que ce soit
en RF ou RI.
Cela dit, malgré notre adhésion au régime
proposé, nous entretenons un certain nombre d'inquiétudes sur des éléments qui
nous semblent fondamentaux et que nous avons identifiés dans le mémoire.
D'abord,
nous déplorons la quasi-absence de considérations pour les préoccupations
sociales, comme c'est malheureusement trop souvent le cas dans ce genre d'exercice.
Pourtant, et c'est connu, les déterminants sociaux ont une influence directe sur le maintien ou la
restauration de la santé. Négliger le social — je le
dis souvent et je l'ai dit à quelques reprises
à cette commission — négliger
le social, c'est ajouter une pression encore plus forte sur le curatif. Alors,
il importe non seulement d'agir sur
des conditions physiques, physiologiques et psychologiques, mais également sur
les déterminants sociaux,
c'est-à-dire les conditions de vie, le revenu, le statut social, les conditions
de travail, le réseau social, la famille et le soutien communautaire. Dans le livre blanc, les aspects sociaux
sont pourtant relégués au rang de sous-éléments d'un des trois grands
types de services de longue durée associés à l'assurance autonomie.
Nous
sommes également inquiets par rapport à la formation du personnel dispensateur
de soins et de services. Le personnel
devra être formé convenablement et avoir accès à la formation continue. Sur ce
point, il faut être particulièrement vigilant
en ce qui a trait à la place que jouera l'entreprise privée dans la
dispensation des services et sur sa capacité d'embaucher du personnel dont les qualifications sont
suffisantes. Il est également essentiel de terminer et de consolider
l'intégration des services dans tous
les CSSS. À ce sujet, des défis sont toujours présents, après presque 10 ans de
transformation, pour mieux répondre
aux besoins grandissants d'une population vieillissante : la réorganisation des soins de première ligne, l'intégration
des soins de première et de deuxième ligne ainsi que la coordination des
entités existantes, hôpitaux, ressources
d'hébergement et services communautaires, et le développement des réseaux
locaux de services de santé et de services sociaux dans les communautés.
ailleurs, ce serait une erreur de procéder trop vite avec la nouvelle façon de
faire sans garder en réserve les ressources
budgétaires nécessaires au maintien du système actuel, le temps de tout mettre
en place. En effet, il faut éviter de
faire vivre aux personnes concernées une rupture ou une diminution de services qui aurait pour conséquence de les placer
dans des situations de plus grande vulnérabilité.
proches aidants jouent un rôle majeur auprès des personnes en perte
d'autonomie. Trop souvent, nous avons tendance à les prendre pour
acquis. Nous recommandons donc que soit accordé aux proches aidants un statut
formel d'usagers nécessitant soins et
services pour poursuivre leur oeuvre. Sur le plan technique,
nous sommes d'accord avec l'utilisation du système de mesure de l'autonomie fonctionnelle, appelé le
SMAF. Cependant, nous demandons à ce que l'outil d'évaluation
SMAF social soit utilisé en complémentarité puisqu'il permet de capter des
besoins sociaux de la personne. Pour les travailleurs sociaux, l'évaluation du fonctionnement social qui consiste en une analyse contextuelle
de la situation sociale de la
personne dans une perspective d'interaction dynamique entre elle et son environnement constitue un préalable incontournable pour déterminer la
pertinence d'entreprendre une intervention sociale.
livre blanc accorde, avec raison, une grande importance au rôle d'intervenant
pivot ou gestionnaire de cas. Depuis longtemps,
les travailleurs sociaux ont développé une expertise en matière de gestion de cas. Toutefois, à
l'heure actuelle, l'accent est placé sur la dispensation de
services, au détriment des autres fonctions du gestionnaire de cas. Nous
souhaitons donc que les compétences des travailleurs sociaux soient reconnues afin qu'ils puissent assumer ce rôle dans l'entièreté et dans toute son intégralité. Mme
Gautier, d'ailleurs, pourra certainement vous en dire plus long sur le sujet. Comme
plusieurs, nous nous inquiétons de la tarification en fonction du revenu,
pouvant faire en sorte que les moins nantis
doivent se priver de services, même si les tarifs sont raisonnables. Nous
partageons également les inquiétudes de certains qui craignent de voir des emplois bien rémunérés dans le
secteur public disparaître au profit d'emplois sous-payés dans le réseau
privé, portant ainsi, principalement, préjudice aux femmes.
ailleurs, nous nous réjouissons de la déclaration faite le 4 novembre dernier
par la première ministre, selon laquelle
le financement du régime d'assurance autonomie sera assumé par les taxes et les
impôts actuels de l'ensemble des contribuables et donc par une
contribution particulière des usagers.
conclusion, nous endossons la volonté du ministre de la Santé et des Services
sociaux d'effectuer un virage vers
les soins et les services de maintien à domicile pour les personnes en perte
d'autonomie, reconnaissant ainsi le droit fondamental de la personne à
faire le choix qui correspond aujourd'hui à son meilleur intérêt. Nous avons
d'ailleurs beaucoup de retard à ce niveau.
Cela dit, nous resterons vigilants. Trop souvent dans le passé, plusieurs
bonnes idées se sont transformées en
cauchemars sur le terrain parce que le financement n'est pas venu à la hauteur
de ce qui était estimé. Le défi
auquel s'attaque l'État est majeur et nécessitera une volonté politique solide
et durable ainsi qu'un suivi constant.
ce sens, et parce que nous avons le souci de contribuer à la mise en oeuvre et
à la pérennité du programme d'assurance
autonomie, nous avons rédigé quelques recommandations que nous soumettons ici
et quelques recommandations autour
desquelles nous nous ferons un plaisir d'échanger avec vous au cours de la
période d'échange que nous sommes prêts maintenant à aborder. Je vous
remercie de votre attention.
Présidente (Mme Proulx) : Merci beaucoup pour votre
présentation. Nous allons maintenant débuter la période d'échange avec
le groupe formant le gouvernement. M. le ministre, la parole est à vous.
Hébert : Merci beaucoup, M. Leblond, Mme Gautier, merci de
ce mémoire qui est extrêmement important, d'autant plus que les membres de votre ordre professionnel sont au coeur
de ce changement important, puisque le gestionnaire de cas ou
l'intervenant pivot représente la porte d'entrée dans ce régime d'assurance
autonomie.
Et j'aimerais, dans
mes premières questions, aller un petit peu plus loin avec vous sur le rôle, la
formation, l'importance du gestionnaire de
cas. Vous nous parlez, là, que le travailleur social est bien placé pour
assumer cette fonction, mais vous
êtes conscients qu'il y a d'autres professionnels de la santé qui assument
également la fonction. Je ne comprends pas
dans votre intervention que vous voulez avoir une exclusivité de pratique au
niveau de la gestion de cas, mais que vous
voulez que des travailleurs sociaux, de par leur formation, puissent faire
partie de ces types de professionnels.
C'est ce que je comprends.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond.
M. Leblond
(Claude) : Vous avez tout à fait bien compris, M. le ministre. Effectivement, on ne pense pas que ça soit uniquement
les travailleurs qui devraient faire la gestion de cas, là, au Québec, pas du
tout.
Ce qu'on affirme par contre, et ayant développé
un guide de pratique pour la gestion de cas des travailleurs sociaux — c'est
des travailleurs sociaux — il y a quelques années, là… on souhaiterait que non seulement, là, ils
puissent le faire, mais que, quand
ils le font à
titre de gestionnaires de cas, qu'ils puissent assumer
l'intégralité de la fonction qui est prévue et non seulement la gestion
des services, là, des services que la personne a besoin, là. Alors, il y a
d'autres éléments qui sont compris dans la
fonction de gestion de cas et qui devraient être mis en place également.
Et là Mme Gautier pourrait élaborer davantage là-dessus, si vous le
souhaitez, à ce moment-ci, là.
Hébert : …pour le
bénéfice des gens qui nous écoutent, que vous, peut-être, fassiez un résumé de
c'est quoi, les fonctions d'un gestionnaire de cas.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Gautier.
Gautier (Lyse) : Dans le
fond, les fonctions de gestionnaire de cas, c'est une fonction qui comprend
plusieurs activités, qui est
d'évaluer la situation de la personne concernée et de ses besoins,
incluant les facteurs de risque; planifier les services appropriés aux besoins de la personne; développer le plan
de services individualisés; négocier les services et l'accès aux ressources; coordonner les services
mis en place; effectuer le suivi clinique; défendre les droits de la personne
concernée; réévaluer la situation.
Actuellement, comme le dit M. Leblond, très souvent les
gestionnaires de cas font une
partie
des activités qui sont prévues, très souvent c'est le lien entre les
ressources… c'est-à-dire, entre les besoins et les ressources. Malheureusement, d'autres
fonctions très importantes dans la gestion de cas sont laissées pour compte, notamment
toute la réévaluation de la situation, à savoir, si la situation évolue, bien il faut
réajuster les services. Ici, on parle de la situation tant de la
personne concernée que des proches qui offrent des services.
Alors, ce
qu'on souhaite, dans le fond, c'est que la fonction, le rôle de gestionnaire
de cas soit assumé dans son entièreté.
Mais, comme vous l'avez dit, M. le
ministre, c'est qu'on ne revendique
pas l'exclusivité de cette activité, mais on voudrait par contre qu'elle soit plus complète que ce qu'elle est aujourd'hui, surtout que, le livre blanc, dans
le fond, ce qu'on voit, pour dispenser des services à
domicile, il se peut que, dans plusieurs situations, plusieurs interlocuteurs
soient impliqués dans la situation.
Alors, à ce moment-là, ça va nécessiter une coordination encore plus
importante pour faire en sorte, dans le fond, que les personnes ne travaillent pas, et de un, en silo et que les
services sont bien coordonnés et bénéfiques à la personne.
La Présidente (Mme Proulx) : M.
le ministre.
Hébert : Quelle est
la charge de cas d'un gestionnaire de cas typique, de façon idéale ou
habituelle?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Gautier.
Mme Gautier
(Lyse) : Écoutez,
M. le ministre, vous me posez une très grande question, parce que,
les gestionnaires de cas, actuellement, bien, il y a trois modèles, c'est-à-dire que, bon, il y a
les gestionnaires de cas qui font juste la gestion de cas, il
y a les modèles mixtes, c'est-à-dire que les gens qui ont des charges de travail en sus… Alors, il n'y a
pas nécessairement, à ma connaissance, des… On ne s'est pas arrêtés sur
des nombres de dossiers parce qu'il
faut considérer plusieurs indicateurs. Alors, je ne m'avancerai pas pour
donner une réponse exacte à cette question.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Au niveau de la réévaluation, est-ce que vous pensez qu'il serait important
d'établir une certaine réévaluation
statutaire des personnes en perte d'autonomie ou des personnes qui reçoivent
des services d'un gestionnaire de
cas, au-delà d'une évaluation qui est nécessaire, étant donné l'évolution de la
personne, mais qu'il y ait au moins une évaluation statutaire qui soit
déterminée?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Gautier.
Mme Gautier
(Lyse) : Idéalement, je crois
qu'il doit avoir effectivement une réévaluation
à des moments statutaires, ce qui ne
veut pas dire que la situation ne doit pas être réévaluée, au besoin. Quand il
y a des événements dans la situation de la personne, je pense que ça
doit absolument être réévalué aussi à ce moment-là.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Leblond.
M. Leblond
(Claude) : J'ajouterais,
dans le fond, les réévaluations, on les fait au moment où il y a des
changements puis quand il y a un besoin.
On met
également en place des réévaluations statutaires probablement pour s'assurer
effectivement qu'on n'oublie pas,
quand on a une trop grande charge de cas ou une trop grande charge de
coordination de services pour une trop grande quantité de personnes… qu'effectivement on n'a pas
oublié des gens. Alors, le statutaire vient répondre à un besoin différent,
me semble-t-il, que ce qui normalement devrait être fait par tout professionnel
en termes de responsabilités par
rapport à sa clientèle. Alors, quand
on met en place des moments statutaires ou des contrôles, ils
sont nécessaires, là. C'est un indicateur d'autres choses
qui se passent, là.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert : Est-ce que
la règle du pouce actuelle dans le réseau, là, où la charge de cas d'un
gestionnaire de cas plein temps est autour de 40 personnes, est-ce que
ça vous apparaît une norme raisonnable?
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond.
M. Leblond (Claude) : On s'est penchés, hein, sur la question, là, de la charge de cas du travailleur social et on n'a pas voulu,
que ce soit en gestion de cas ou dans d'autres services, établir de nombre, puisqu'on devrait établir un nombre de
dossiers pris en charge selon ce qui est visé par l'intervention et le temps
requis pour le faire.
Alors,
est-ce qu'effectivement une quarantaine de clients en gestion de cas pour un
travailleur social, c'est correct ou pas?
Ça dépend probablement de la nécessité… ou des besoins de chacun de ceux-ci et
de la possibilité d'atteindre les objectifs
visés par le plan d'intervention, en ayant le temps requis pour pouvoir poser
lesdites interventions pour que ça donne
des résultats, là. Alors, ce n'est pas… un nombre, ça demeure statique, et
c'est en prenant pour acquis que les objectifs seraient atteints dans ce
cadre donné là avec ce nombre de personnes en charge de cas là. Alors, vous
comprenez ma difficulté, là, M. le ministre,
là, de répondre à votre question précisément, là. À partir du moment où on
établit des objectifs, on devrait
pouvoir mettre en action les modalités d'intervention nécessaires pour
ne peuvent pas s'additionner à l'infini.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert : Vous mentionnez d'entrée de jeu, là, que cette
réforme qui est l'assurance autonomie est nécessaire. Certaines personnes, notamment nos amis en face,
pensent que de mettre un peu plus d'argent dans le système, ça va régler
les problèmes et qu'on n'a pas besoin de
réformer la façon dont on gère et finance les services de soutien à
l'autonomie. Quelle est votre opinion là-dessus?
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond.
M. Leblond (Claude) : Nous, nous pensons que c'est nécessaire de le faire parce que,
malheureusement, je vous dirais, là,
avec… Et là je retourne un peu dans le temps, là, mais j'étais venu également à
la commission, là, au moment de la
création des centres de santé et de services sociaux et du regroupement des
établissements et j'avais salué cette initiative du ministre de la Santé
et des Services sociaux du temps dans la volonté quant aux objectifs qui
étaient visés. J'avais également, à ce
moment-là, dit que nous regarderions les choses aller, là, compte tenu des
enjeux liés au risque, effectivement,
qu'il y ait un transfert de budgets ou en tout cas une augmentation des budgets
liés à tout ce qui touchait la santé
physique et les urgences, et ce, au
détriment des services sociaux, et on m'avait assuré que ça ne serait pas le
cas.
Par contre,
dans les faits, c'est ce qu'on a pu voir au fil des années. L'intérêt particulier, je dirais, du projet, non
seulement du fait qu'on projette vers l'avenir, c'est qu'effectivement il fera
en sorte que les argents prévus pour les services
pour les personnes en perte d'autonomie seront là pour cela et qu'ils resteront
là pour cela. Alors, est-ce que c'est par
dépit de voir des... Non, ce n'est pas par dépit, il y a un choix d'orientation
qui est important, mais il y a aussi l'autre élément qui entre en ligne de compte, c'est qu'effectivement cet
argent-là sera dans une caisse qui servira à ce pour quoi il aura été créé
plutôt que d'être utilisé à d'autres fins qui n'avaient pas été prévues, là,
par le législateur.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert : Je souscris tout à fait à votre suggestion
d'intégrer un outil de participation sociale comme le SMAF social dans l'Outil d'évaluation multiclientèle et
également de pouvoir mieux évaluer les besoins des proches aidants. Il y a
quand même un élément que vous soulignez dans votre mémoire, vous dites :
Le proche aidant devrait être considéré comme un partenaire mais aussi comme un
usager. Et j'aimerais ça que vous précisiez votre pensée là-dessus.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond.
M. Leblond (Claude) : Je vais donner une
partie de réponse et je vais demander à
Mme Gautier d'y aller avec également,
là... Il y a des éléments qui sont en... Bien, il y a des besoins, là,
carrément, qui sont liés à la situation d'être aidant, et indépendamment, là, du fait, là, que le client soit également
l'aidé, là. Alors, il y a une situation qui est vécue dans cette dimension-là. L'autre avantage qu'il y
aurait, c'est qu'effectivement, compte tenu de… le mot ne me vient pas, là,
en tout cas, du fait, là, que les
interventions par client doivent être codifiées, là, alors des statistiques et
de l'imputabilité, là, et de la...
Bon, le mot ne me vient pas ce matin, alors je m'excuse. Alors, il y a un
avantage certain à ce qu'on puisse codifier
les interventions qui sont faites auprès des aidants et qu'elles soient prises
en compte ensuite dans les réalisations et des professionnels et des
établissements pour fins de rapports, là, au ministère et aux agences sur
comment sont utilisés les sous.
Quant aux dimensions cliniques, je vais laisser
Mme Gautier y répondre.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Gautier.
Gautier (Lyse) : On croit, dans le fond, que les aidants doivent être
reconnus à
titre de partenaires et à
titre d'usagers.
Pourquoi à
titre d'usagers? C'est que devenir aidant, ce n'est pas très souvent par choix.
Ça déstabilise, dans le fond, la
famille, ça déstabilise tous les rôles sociaux que devait jouer l'aidant.
Alors, il a aussi des besoins. Ce que tentait de dire M. Leblond, c'est que les études démontrent que les
travailleurs sociaux n'accordent pas beaucoup de temps aux aidants, c'est-à-dire qu'on ne comptabilise pas beaucoup de
temps de la part des travailleurs sociaux vis-à-vis les aidants parce que les aidants ne sont pas considérés comme étant
des usagers. L'usager, c'est la personne en besoin de services. Ce qu'on
dit, c'est que l'aidant a aussi des besoins
psychosociaux qu'il faut répondre pour que la personne aidante puisse jouer son
rôle de manière la plus adéquate possible et
le plus longtemps possible. Si l'aidant n'est pas supporté, que ses difficultés
ne sont pas reconnues et qu'on ne l'aide pas
au niveau psychosocial, ce qu'on pense, c'est que, le rôle qu'elle va jouer,
elle ne pourra pas le jouer aussi longtemps qu'elle pourrait si elle recevait
des services.
Je ne le sais pas, si ça répond à votre question,
M. le ministre.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Mais ce que je comprends, c'est que vous voudriez qu'au moins, dans le contexte
de l'évaluation, on évalue les
besoins du proche aidant ou de la proche aidante et que, dans le contexte de
l'intervention, il y a un certain nombre de services qui soient couverts
par l'assurance autonomie. C'est ce que je comprends.
Mme Gautier (Lyse) : Tout à fait.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Gautier.
Gautier (Lyse) : Et, au niveau des services généraux, que les aidants
qui manifestent des problématiques particulières à jouer leur rôle,
bien, ils soient reconnus, dans le fond, comme un usager à part entière et non
pas juste comme étant un acteur auprès de la personne en besoin de services.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Vous précisez, dans votre mémoire, deux partenaires du réseau : les
organismes communautaires, d'une
part, et les entreprises d'économie sociale. Au niveau des organismes
communautaires, vous nous incitez à rehausser leur financement, la mission globale, ce que nous avons fait il y a deux
semaines par l'injection de 40 millions, et plus spécifiquement aux personnes âgées. Vous savez que
du 110 millions de cette année… 10 millions qui étaient consacrés
spécifiquement aux organismes communautaires. Alors, je pense que ce que vous
souhaitez est entendu.
Au niveau des
entreprises d'économie sociale, vous nous suggérez, là, de vraiment s'assurer
de la qualité de la formation et de
la qualité des services des entreprises d'économie sociale. J'aimerais que vous
élaboriez davantage là-dessus.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Leblond.
M. Leblond
(Claude) : Quel que soit le
dispensateur de services, l'État devra s'assurer effectivement qu'on a à
la fois, là, des personnes qualifiées pour
faire ce qui est fait et qu'on s'assure que, dans le processus, on vérifie la
qualité des services et la
satisfaction des usagers, là, alors, quel que soit le dispensateur. Le
ministère le fait déjà via les agences, là, par rapport aux services
rendus par les établissements. Il devra le faire également… qu'il y ait des
mécanismes de contrôle pour les services qui
sont rendus par les entreprises d'économie sociale, mais également, là, pour
l'entreprise privée si on veut
s'assurer effectivement de la qualité des services pour les personnes. Ou sinon
on garde au sein de l'État, là, l'ensemble des services et des
mécanismes de contrôle.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Certains ont remis en question ici la qualité des services des entreprises
d'économie sociale. Est-ce que vos
membres ont cette perception que les services des entreprises d'économie
sociale n'ont pas la qualité souhaitée?
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Leblond.
M. Leblond
(Claude) : Je ne suis pas en
mesure de vous répondre à cette question. Ce n'est pas l'écho que j'en
ai, là, de façon générale.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Je retiens votre préoccupation de compléter la mise en place des réseaux
intégrés de services pour être en
mesure de mettre en place l'assurance autonomie. On a d'ailleurs investi
8 millions cette année pour réaliser cet effort pour que les gestionnaires de cas soient en place au moment de la
mise en place de l'assurance autonomie. Et je retiens
également votre préoccupation quant à la transition, là, pour qu'il n'y ait pas
de rupture de services, mais que ce soit
en continuité de services. Est-ce qu'il y a des éléments sur lesquels vous
souhaitez insister dans cette précaution que vous nous invitez à avoir
dans la période de transition?
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Leblond.
M. Leblond
(Claude) : …davantage sur la
question de principe, là. C'est qu'effectivement on ne peut pas mettre… il y a une nécessité d'une phase de transition,
là, entre deux façons de répondre aux besoins de la population, et il faut,
pour un temps donné, savoir que ça coûtera probablement plus cher, compte tenu
que nous serons dans cette étape de transition,
et que ça soit juste clair pour tout le monde que… aller vers autre chose. Et
on doit quand même maintenir la route
ouverte, là. Alors, si on doit faire un chemin de contournement, bien il faut
bâtir ce chemin-là et tout en continuant sur l'autre chemin.
Donc, il y a
une période donnée où on a à assumer des coûts supplémentaires et qui sont
normaux, compte tenu de la volonté de
la transition. Mais je ne sais pas. Est-ce qu'il y avait autres choses
particulières par rapport à ça, Lyse?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Gautier.
Gautier (Lyse) : Je crois que ça répond probablement à nos
préoccupations. Ce qui est clair, dans le fond, il faut être très prudent avant d'abandonner ce qu'on a actuellement
pour autre chose, que l'autre soit déjà en place avant d'abandonner un
service.
Là, je ne m'avancerai pas plus loin que ça, mais
c'était, dans le fond, ce qu'on voulait transmettre.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre, il vous reste à peu près une minute.
Hébert :
Bien, une question assez simple : Est-ce que la formation actuelle des
travailleurs sociaux les prépare bien à leur rôle de gestionnaire de
cas?
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Leblond.
M. Leblond (Claude) : J'ose le
souhaiter.
Hébert :
Est-ce que vous êtes… Vous avez des contacts avec les universités? Je voudrais
que vous complétiez un peu la réponse que vous me donnez, là.
M. Leblond
(Claude) : Il y a neuf milieux
universitaires qui forment en travail social au Québec, là. Le contenu, quant à la formation, ça, en gestion de cas n'est
pas un contenu obligatoire, là. Donc, on pourrait ne pas retrouver, là, dans
toutes les... de façon uniforme, là, à
travers les neuf milieux universitaires. Il y aura certainement intérêt à ce
qu'on rappelle à nos milieux de
formation — et nous
allons le faire, mais effectivement les établissements et le ministère peuvent
le faire également — qu'il y aurait intérêt à ce que les professionnels
de la santé et des services sociaux, dont les travailleurs sociaux,
soient mieux formés quant à leurs interventions dans un contexte où ils sont
gestionnaires de cas.
Présidente (Mme Proulx) : Merci beaucoup, M. Leblond. Le
temps pour ce premier bloc étant écoulé, nous allons maintenant
poursuivre les échanges avec l'opposition officielle. M. le député de
Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bien, merci, Mme la Présidente. Bonjour,
M. Leblond, qu'on a vu très régulièrement en commission
parlementaire, d'ailleurs qui fait un travail extraordinaire, Mme Gautier.
D'abord,
c'est un plaisir de vous avoir ici, puis d'abord vous féliciter également pour
le travail que vos membres font. J'ai
l'occasion régulièrement de les rencontrer, de travailler avec des gens sur le
terrain puis, je peux vous dire, le travail
qu'ils font est inestimable. C'est des gens dévoués. Ils prennent en
considération les biens de la personne, de la famille et également ils veulent que les gens soient bien pris en
charge. En tout cas, moi personnellement, mon expérience avec les travailleurs sociaux n'est que positive,
aucun négatif. Puis je vous le dis de bon coeur parce que vous êtes une profession sous-estimée dans le réseau de la
santé, et également vous travaillez avec beaucoup de respect avec les gens.
Juste pour faire un commentaire sur le commentaire que le ministre a fait, là,
on n'a jamais dit que ça prenait juste de l'argent
de plus dans le système. Ça, c'est le ministre qui le dit, qu'on dit ça, mais
ce n'est pas ça du tout. On pense que ça prend une transformation vers les soins à domicile, que ça prend une
meilleure organisation de services. Mais, contrairement à ce que le ministre a laissé croire aux gens en
début, il y a des gens qui vont devoir aller en CHSLD et il y a des gens
qui ont besoin de ressources intermédiaires.
On croit beaucoup plus dans le continuum de services en voulant maintenir nos
gens le plus longtemps possible à domicile,
autonomes, travailler avec les proches aidants, mais, à un moment donné, il
faut être réaliste, ils vont avoir besoin de
plus de ressources en ressources intermédiaires ou encore en CHSLD. Et ça, tous les proches aidants qui ont vécu des
situations similaires savent qu'il peut arriver à un moment donné que la
personne se détériore ou ne puisse plus continue à demeurer à domicile.
Là, il faut avoir le support.
Donc, ce
n'est pas juste une question de mettre plus d'argent. Ça en prend plus, mais,
je pense, encore beaucoup plus, ça
prend également une réorganisation des services. Et également on croit dans
l'apport de toutes les professions dans
un travail interdisciplinaire qui, pour nous, est majeur. On croit dans
l'évaluation, dans la qualité, et, les principes du livre
blanc, ça fait longtemps qu'on les a endossés. Également, on ne croit pas,
comme le ministre, qu'il n'y a jamais rien qui a été fait. Il y a
beaucoup de choses qui ont été faites dans le passé, mais il en reste beaucoup
à faire, comme il y en aura toujours
beaucoup à faire. Même si on mettait en place une assurance autonomie, il va y
avoir encore du travail à faire, tout simplement parce que c'est un
grand réseau avec beaucoup de personnes qu'on doit s'occuper.
inquiétudes, également, je les partage. Vous parlez, dans votre mémoire, de désinstitutionnalisation,
qui… on est parti d'une bonne idée,
et tout le monde va vous dire que ça a été très difficile à mettre en place,
entre autres, le manque de
ressources. On associe de plus en plus, actuellement, l'assurance autonomie au
virage ambulatoire. C'est un virage
qui était nécessaire à faire, mais, quand ils sont arrivés pour le faire, il
faut se souvenir qu'à l'époque c'était encore dans une période où on visait le déficit zéro, et on n'a pas mis les
ressources. Moi, je l'ai vécu dans mon établissement, là, l'établissement se retrouvait avec 1 million
de déficit. On a congédié des infirmières, il y a eu des infirmières qui ont
été mises à la retraite, et ça nous a
pris 10 ans pour rebâtir le réseau, ce qui n'a pas été fait dans les autres
provinces, puis eux autres sont
arrivés avec des aussi bons résultats en termes de virage ambulatoire sans
faire ce virage, que j'appellerais catastrophique, à l'époque.
L'assurance
autonomie, pour moi, c'est à peu près destiné à faire comme le virage ambulatoire.
Puis ça, je le dis de façon consciente. Ce que je vois, actuellement,
qu'il est en train de faire… C'est que le ministre avait promis aux Québécois que l'assurance autonomie permettrait à
chacun de décider, avec l'allocation qui lui était faite, où il allait recevoir
ses services. Ce qu'on avait compris à ce
moment-là… que, si vous deviez aller en CHSLD, ça coûtait 90 000 $,
bien, théoriquement, la personne
aurait pu avoir 90 000 $ pour demeurer à domicile. Mais, en cours de
commission parlementaire, le ministre
est souvent revenu là-dessus, que ce n'était plus tout à fait comme ça.
Également, le choix des organisations, au début, quand on a rencontré le
syndicat, il nous a dit que c'était juste le public. Quand sont arrivées les
entreprises sociales, bien on a rajouté les
entreprises sociales. Puis, quand on a rencontré les résidences privées …Puis
là c'est son dernier mot qu'il a dit,
donc on espère que ça va être ça, c'est qu'il va y avoir également un choix
pour les résidences privées de choisir leur propre personnel, en autant
que la qualité soit présente, pour donner les services.
Donc, comme
vous avez vu, on est très méfiants par rapport à ce projet parce que ce qu'on
nous avait promis au début… puis on arrive vers la fin des commissions parlementaires,
c'est un projet complètement différent.
J'insiste sur
la question de la qualité. Et puis, à ma connaissance, également, votre profession… je
pense que les travailleurs
sociaux, ce sont tous des gens qui détiennent un bac à l'université.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Leblond.
M. Leblond
(Claude) : Sur cette question-là,
oui. Oui, oui, tout à fait, un travailleur social doit nécessairement avoir un
diplôme universitaire de premier cycle ou de deuxième cycle en travail
social.
Bolduc
(Jean-Talon) :
O.K. Et puis…
La Présidente (Mme Proulx) : M.
le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Puis vos membres, ils sont présents dans tout le
réseau de la santé, tant dans les hôpitaux, les CHSLD et également au
niveau des CLSC.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Leblond.
Leblond (Claude) : Oui, tout à fait. Alors, on est, je dirais, là, à la fois comme les médecins et les
infirmières — on
est une profession généraliste, là, de
base, là, au niveau des services sociaux — donc, présents auprès de toute la population, de toute catégorie d'âge présentant toute catégorie
de difficultés, dans tous les milieux, tous les types d'établissements, quelles que soient leurs missions, et également
dans les organismes communautaires et
en pratique autonome également, là.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci. Dans votre mémoire, à la page 19…
Parce qu'on comprend que, les principes, on veut tous les mettre en place, là, de garder les gens à domicile, la
qualité, les équipes interdisciplinaires, utiliser tous les professionnels selon leurs compétences. Par
contre, quand vous arrivez, à la page 19, vous dites : «La mise en
oeuvre et la pérennité d'un programme
aussi ambitieux que l'assurance autonomie nécessiteront des sommes — et j'insiste sur le mot — colossales.»
Avez-vous
quantifié, même grosso modo, là, approximativement qu'est-ce que c'était,
«colossales»? Est-ce que c'est 100 millions de dollars,
1 milliard de dollars ou 3 milliards de dollars?
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Leblond.
M. Leblond
(Claude) : Je ne pense pas
que nous ayons quantifié, M. le député, je ne crois pas. Mais ce n'est pas
notre spécialité, là, donc on ne se mêlera
pas de ces quantifications-là. Peut-être qu'on aurait pu choisir un autre
vocabulaire, un autre adjectif, là, ou simplement ne pas préciser
l'adjectif, là. Ça aurait peut-être été plus sage, probablement, là.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Merci, M. le Président. Non, je pense que votre intuition était bonne. Vous
n'êtes pas obligés de mettre un
chiffre, là, mais je pense que le mot «colossales», là, c'est le bon mot, c'est
le bon mot. Puis on va juste faire un petit calcul pour vous dire, là…
Juste en passant, ce n'est pas qu'on ne croit pas qu'il faut mettre… pas mettre rien en place, mais, lorsqu'on fait quelque
chose, il faut avoir les moyens de le faire, et jusqu'ici on n'a pas eu de
cadre financier, sauf que le ministre nous dit juste : Le cadre financier,
c'est juste pour de la prédiction des dépenses futures, puis on va corriger ça.
Mais un cadre financier, là, c'est savoir combien ça va coûter, combien chacune
des personnes, avec un niveau SMAF
déterminé, va recevoir soit en argent, en services, si on veut savoir combien
la personne va contribuer, et puis à
la fin il faut savoir aussi, comme contribuables, les citoyens du Québec,
combien ça va nous coûter en impôt.
Ça, en passant, c'est nous autres qui l'a arraché à la première ministre à la
période des questions. Il n'était pas capable
de nous dire d'où viendrait l'argent. On parlait souvent d'une caisse
d'économie qu'on allait financer à partir d'une taxe spéciale, mais la première ministre, en période de questions, je
dirais, a craché le morceau puis elle a dit : En fin de compte, ça
va être pris dans les impôts. Mais ça, il faut que les Québécois le savent, ça…
le sachent.
L'autre
question que… Dans la même page, là, on n'en parle pas beaucoup, de ça, mais on
présuppose qu'il va y avoir un
système de gestion et d'information extrêmement efficace. Au niveau des
services sociaux, il existe, je pense, un
certain système, mais, à ma connaissance, il n'y a aucun système qui existe à
la Régie de l'assurance maladie du Québec pour mesurer les niveaux d'autonomie, tant au niveau social que
physique, des patients. À votre connaissance, au niveau de la RAMQ, il
n'y a pas rien qui existe à ce moment-ci?
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond.
M. Leblond (Claude) : Pas à notre connaissance, effectivement. Bien, le défi de la
communication et de la gestion de
l'information dans notre réseau n'est pas simple à réaliser, là, et ce n'est
pas la première année, là, qu'on est face à ce défi-là, ça a été les
années antérieures également. Souhaitons que les outils seront en place.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bien, juste pour vous donner,
là, la crédibilité du projet, le 1er avril 2014, il va être mis en
place.
Vous
avez au moins 230 000 personnes qui reçoivent des soins à domicile,
vous avez 40 000 personnes qui sont dans des CHSLD et vous
avez probablement, là, 12 000 ou 13 000 personnes qui sont dans
des RI. Arrondissons, là : il y a
275 000 personnes qui vont avoir besoin d'une évaluation SMAF, je
vais avoir 275 000 personnes qui vont avoir besoin d'un
gestionnaire de cas. Oublions les CHSLD, les RI, là, il y a
230 000 personnes qui vont avoir besoin de gestionnaires de cas, et ces gens-là vont devoir être codifiés à la
RAMQ, au moins pour les soins à domicile, pour savoir c'est quoi, l'allocation qu'on devra leur faire.
Seulement que développer un système comme ça, là, puis je l'ai déjà dit pour le Dossier santé Québec, ce n'est pas
connecter deux fils ensemble, il faut développer le programme, il faut
développer également comment va
rentrer l'information, il faut former le personnel, il faut avoir des
ordinateurs pour le gérer. Écoutez, je
vais dire un chiffre, là, je ne sais pas si le ministre a fait
l'évaluation — s'il a
fait l'évaluation, je lui demanderais de corriger mon chiffre, là — ça va être 150 et 300 millions de
dollars dans le système d'information à mettre en place. Ça fait qu'il nous donnera les chiffres. Si ce n'est
pas ça, on verra. Puis, je veux vous dire, il faut que ça fonctionne, le
système, là, sinon ça ne fonctionne pas, mais il faut avoir mis ça en
place pour le 1er avril.
Juste
au niveau des gestionnaires de cas, mettons qu'on ne s'entend pas sur le
chiffre un sur 40, parce qu'il y a quand
même des cas qui sont plus sévères que d'autres, d'autres plus légers, mais,
mettons, approximativement, là, qu'il y a 40 personnes qui sont prises en charge pour un gestionnaire de cas,
vous avez 200 000 personnes — puis je vais diminuer un peu le chiffre, c'est plus facile à
calculer — vous
avez 200 000 personnes qui ont besoin d'un gestionnaire de cas, dont
un gestionnaire de cas par 40 personnes. Rapidement, là, savez-vous
combien ça prend de gestionnaires de cas?
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond.
M. Leblond
(Claude) : Bien, je ne l'ai pas compté dans ma tête.
Bolduc
(Jean-Talon) : Je vais vous donner la réponse.
M. Leblond
(Claude) : Je me disais que vous alliez me le dire, là.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Ça prend 5 000 gestionnaires de
cas, O.K.?
M. Leblond
(Claude) : Oui, mais je n'ai pas osé.
Bolduc
(Jean-Talon) : Un travailleur social ou une infirmière, salaire moyen… Parce que
ça, en passant, c'est des infirmières
cliniciennes. Donc, généralement, ça va être des bachelières qui vont être des
gestionnaires de cas. Le salaire moyen, ça peut être combien pour un travailleur
social qui a un bac…
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond.
Bolduc
(Jean-Talon) : …avec un peu d'expérience, parce que
ça va vous prendre des gens qui ont de l'expérience?
M. Leblond (Claude) : …moyen doit être aux alentours de… oui, aux alentours de 60 000 $, j'imagine, moyen, là,
médian, là.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bon. Écoutez, je me suis trompé…
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : …je me suis trompé dans mon chiffre, j'avais pris 40 000 $. J'avais pris 40 000 $
multipliés par
5 000 gestionnaires de cas, mais je vais prendre votre chiffre, je
l'aime plus. 60 000 $ multipliés par 5 000 gestionnaires
de cas, ça coûte combien dans le réseau de la santé?
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond.
M. Leblond
(Claude) : Allez-y, M. le député.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Autour de 300 millions?
M. Leblond
(Claude) : Probablement.
Bolduc
(Jean-Talon) : Ça fait qu'il va falloir qu'on les ait, ces chiffres-là, parce que
je suis d'accord qu'au début,
le 1er avril, je ne m'attends pas qu'il
y ait 5 000 gestionnaires de cas, mais, à la fin, il va falloir les
avoir, ces gestionnaires de cas là,
selon le programme d'assurance autonomie. Donc, vous voyez qu'on commence à
avoir des factures qui sont salées.
en passant, on n'a pas traité un patient encore, on n'a pas pris en charge un
seul patient dans le réseau de la santé,
là. Il n'y a aucun sou de ce que je viens de vous dire là qui va être donné…
directement des soins aux patients. Quand je dis au ministre : Ça prend plus d'argent, mais que ça prend plus
que ça, là, ça prend aussi une logique d'organisation qui va faire que… comment se fait-il qu'on va
mettre autant d'argent avant même qu'on ait traité un patient, et sans compter
que, pour les quatre prochaines années, il
va y avoir 100 millions de dollars de plus de mis dans l'assurance
autonomie? Moi, je fais mon calcul,
là, il n'y a pas grand argent qui va dans les… Juste mettre la structure en
place, la bureaucratie qui va être
mise en place, là, il a déjà épuisé l'argent des trois ou quatre prochaines
années. Ça, c'est du raisonnement qu'on
va devoir faire. C'est ça, l'objectif aussi de faire une commission
parlementaire. Il faut qu'on les pose, ces questions-là, puis il faudrait que le ministre nous donne les
réponses. Ce n'est pas juste de dire que ça va coûter plus cher plus tard.
Comment vous allez résoudre ça? Il faut
améliorer la performance du réseau de la santé. Je le disais tantôt, plus on va
garder les gens longtemps à domicile, meilleur
ça va être organisé, et plus on va avoir des gens qui vont s'occuper des
gens directement à domicile. Ce qu'on a
besoin, on a besoin de personnes, de préposés qui vont s'occuper du patient. On
a besoin également de gens qui vont
donner des services. Est-ce qu'à ce moment-là il faut, pour avoir ces gens-là,
avant, avoir tout un grand système
d'information, 5 000 gestionnaires de cas, l'évaluation qui va être faite?
Ça, c'est des questions que des gens
doivent poser. C'est notre rôle d'opposition. Puis, je pense, les médias et
même vos organismes, avant de donner
un appui inconditionnel à un virage ambulatoire manqué ou encore à une désinstitutionnalisation
manquée, il faut avoir ces réponses-là.
jamais le cadre financier ne correspond pas à ce qui est attendu, c'est-à-dire
l'argent n'est pas au rendez-vous, que
la transformation va prendre des années et qu'on met beaucoup d'argent ailleurs
que dans les soins cliniques, êtes-vous prêts à revoir votre position
pour appuyer l'assurance autonomie en, je tiens à le dire, en mentionnant que,
oui, c'est important les principes de l'assurance autonomie, du virage vers les
soins à domicile?
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond.
M. Leblond (Claude) : Probablement qu'on le serait, tout comme il faudrait revoir aussi ce
que je vous contais tantôt, là, par
rapport à l'appui que nous avions donné à la création des CSSS au Québec. Si on
le refaisait aujourd'hui, je
nuancerais beaucoup plus parce qu'au-delà de la volonté et des objectifs qui
étaient visés par le projet de loi il s'est
passé autre chose. Est-ce que
ça a dépassé les garde-fous qu'on avait nommés? Alors, aujourd'hui, on donne un appui à ce projet en disant : Bien, par contre,
il y a des choses sur lesquelles il faudra faire attention.
Notre
mandat d'éclairer le législateur par
rapport à des choix qui peuvent être faits en lien avec l'exercice de nos
professions et l'intérêt du public, là, par
rapport aux services sociaux à recevoir, bien, nous amène à dire : C'est
un projet qui est intéressant de par
ses objectifs. Il permettra d'atteindre des éléments dans la mesure où
effectivement on fait aussi attention
à ça, ça, ça, et ça et où effectivement on prévoit qu'il y aura une phase
transitoire. Il y aura également nécessité d'avoir… Si
on veut vraiment permettre aux gens de faire des choix, il faudra que
l'ensemble des ressources soient présentes.
Et dans des secteurs donnés et dans des régions, particulièrement les régions
rurales, il sera sans doute difficile d'avoir
la variété des ressources, mais il faudra les avoir, sinon on ne sera pas face
à un réel choix. Alors, il y a tous ces éléments-là.
Alors, notre
éclairage est en lien avec une proposition donnée, à un moment donné, avec des
limites, là, qu'il peut y avoir, là, quant à
l'atteinte de ces objectifs-là si effectivement l'ensemble des éléments ne sont
pas mis en place, là.
Présidente (Mme Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui. Dans un autre sujet, c'est
la tarification pour l'usager. Comment vous voyez ça en termes d'applicabilité, là, le fait de charger à
l'usager une contribution? La contribution va être en fonction du revenu.
Et ce qu'on voit également, c'est que de garder
quelqu'un en soins à domicile, c'est entre 20 000 $ et
30 000 $. De ce qu'on comprend du projet, c'est : lorsque
vous allez avoir un certain revenu, à ce moment-là, vous ne serez soit pas
accessible à avoir l'allocation ou l'allocation va être diminuée.
C'est quoi, votre
perception, par rapport à la limitation de l'assurance autonomie, par rapport à
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Gautier.
Gautier (Lyse) : Disons que ça, c'est un sujet assez délicat parce que
la contribution en fonction du revenu risque de faire en sorte que
certains vont se priver de services à cause justement qu'ils doivent
contribuer. Puis ces personnes-là, bien ça
va être les personnes les moins bien nanties ou les personnes de la classe
moyenne… vont faire en sorte, dans le
fond, qu'ils ne recevront pas les services que leur état de santé demande.
Alors, disons qu'il y a un enjeu assez important.
Bon, on sait très bien qu'il y a des gens qui sont maintenus à domicile qui ont
des problèmes, au niveau cognitif, assez
importants. Alors, ce sera les proches qui prendront cette décision-là. On peut
penser que certains proches privilégieront
de ne pas recevoir les services, parce qu'ils doivent les payer, et que la
personne, au bout du compte, bien sera dans un état de vulnérabilité un
peu plus grande.
Alors,
disons que c'est un enjeu assez important sur lequel il faudra se pencher
sérieusement. Ça m'amène aussi à peut-être
faire le lien avec les argents qui sont déjà donnés, les crédits d'impôt qui
sont déjà octroyés aux personnes. Est-ce qu'on va abandonner ces services-là aussi, c'est-à-dire, ces
allocations-là aussi? Parce que ça risque de faire le même effet que si la personne doit contribuer pour le
service. Alors, disons que c'est peut-être… En tout cas, il y a des enjeux très
importants pour faire en sorte qu'on ne
place pas les personnes en besoin de services dans une situation de
vulnérabilité plus grande qu'ils ne le sont déjà.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Parce que, si on comprend le
raisonnement de l'assurance autonomie, si vous avez un besoin de 20 000 $ de services,
advenant le cas que vous avez un certain niveau de revenus, hein, puis on sait
qu'au Québec on commence à être riche
à 40 000 $, 50 000 $, ça voudrait dire qu'au lieu de faire
une allocation de 20 000 $ soit
en services ou en argent, à ce moment-là, elle pourrait diminuer. On pourrait
vous donner seulement que 5 000 $. Ça veut dire, l'autre
15 000 $ viendrait de la poche de la personne.
C'est comme ça que
vous comprenez également l'assurance autonomie, le projet qui a été mis en
place?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Gautier.
Gautier (Lyse) : On peut le comprendre de cette manière-là, mais
disons qu'il ne faudrait pas le comprendre de cette manière-là.
Bolduc
(Jean-Talon) : Il ne faudrait pas que ce soit ça?
Mme Gautier
(Lyse) : Il ne faudrait pas que ce soit ça.
Bolduc
(Jean-Talon) : O.K.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui, peut-être une dernière
question avant de passer la parole à ma collègue. On a parlé tantôt… juste en gestionnaires de cas, c'est
5 000 personnes de plus, 300 millions de dollars, à
60 000 $. Aviez-vous les ressources
au niveau des travailleurs sociaux pour être capables de fournir, peut-être sur
les 5 000 gestionnaires de cas, 1 500 ou
2 000 personnes?
M. Leblond (Claude) : C'est comme si on faisait actuellement… Il me semble, en tout cas, dans
ce que j'entends, c'est comme si on
faisait abstraction du fait qu'il y en a déjà, des travailleurs sociaux
gestionnaires de cas. Il y en a déjà, des
évaluations systématiques des besoins des personnes en perte d'autonomie, là.
On ne part pas de zéro, là, pour arriver à ce niveau de besoins là, là. Donc, il y a déjà des choses en place,
là. Est-ce qu'il y a 1 500 ou 2 000 travailleurs sociaux
qui sont déjà gestionnaires de cas? Peut-être.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
M. Leblond (Claude) : Il y en a 4 500, là, qui interviennent, là,
auprès des personnes âgées en perte d'autonomie, là. Alors, parmi ces 4 500 là, il y en a. Et,
dans la plupart des établissements, on a vu que c'était déjà mis en place, là,
ce type d'organisation de services,
là. Donc, je ne serais pas étonné qu'il y ait déjà, effectivement, là,
1 500, 2 000 travailleurs sociaux gestionnaires de cas au
Québec, là.
Présidente (Mme Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : C'est un calcul qu'on doit
faire, puis je suis content que vous mentionniez que ça se fait déjà. On y croit beaucoup, dans les
gestionnaires de cas. Quand on va généraliser l'assurance autonomie à la
hauteur que le ministre parle, je ne
suis pas sûr qu'on va avoir l'argent, puis, à ce moment-là, ça va… Je ne suis
pas sûr qu'on va avoir des ressources, mais ça fait
partie de nos
discussions.
Je vais passer la
parole à ma collègue.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Merci, Mme la Présidente. Alors, M. Leblond,
Mme Gautier, merci beaucoup pour votre présentation.
Vous
avez piqué ma curiosité parce qu'à votre recommandation cinq vous portez une
attention particulière aux régions
dévitalisées. Je dois vous dire que je suis heureuse qu'enfin on aborde la
question parce que je doute beaucoup de la capacité de mettre en place
l'autonomie pour tous en avril prochain ou au printemps prochain de façon
équitable sur le territoire. J'habite
et je représente une partie… je représente plusieurs municipalités
dévitalisées. Je sais que ces municipalités-là
et les gens qui y habitent font face à des défis d'accessibilité aux services,
d'accessibilité, aussi, en fait de
transport pour se rendre à leurs rendez-vous. On a des citoyens qui sont
isolés. Et je me demandais si vous avez répertorié ou vous aviez fait
état des besoins de base.
Qu'est-ce
qui pourrait constituer, là, pour les régions, les communautés rurales du
Québec des services de base sur
lesquels on devrait absolument pouvoir compter pour les fins de la mise en
place de l'assurance autonomie? Donc, qu'est-ce qui est essentiel dans
une communauté afin qu'on puisse réellement parler d'une autonomie pour tous?
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Leblond, il vous reste environ une minute.
M. Leblond
(Claude) : Non, mais ça serait superintéressant de le faire. Donc,
non, ça n'a pas été fait encore.
Notre
réflexion est en lien avec des réflexions qu'on a faites, là, depuis les
dernières années. Et je rappellerais, là,
la commission, là, sur les conditions de vie des personnes âgées, là, où on
avait également référé à la question de la dévitalisation de certaines communautés. Mais on a demandé effectivement
à ce qu'il y ait des paniers de services nécessaires et minimaux partout au Québec, là. Il faudrait peut-être
revoir si on avait été plus loin que ça à ce moment-là. Mais, à cette
occasion-ci, on n'a pas fait, là, cet inventaire-là, mais ça serait très
intéressant de le faire pour s'assurer effectivement
que ça puisse être mis en place. Et ça nécessite également la collaboration des
autres secteurs de… C'est toute la
notion d'intersectorialité, là, en lien avec le transport, avec les
municipalités, l'éducation, etc., là, les loisirs aussi.
La Présidente (Mme
Proulx) : Merci beaucoup, M. Leblond.
Alors,
le temps étant maintenant écoulé, je vais suspendre les travaux quelques
instants et j'invite le prochain groupe à prendre place.
(Suspension de la séance à 11
heures)
Présidente (Mme Proulx) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission va reprendre ses travaux. Je souhaite la
bienvenue à nos invités. Pour les fins d'enregistrement, je vous demande de
bien vouloir vous présenter. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. La
parole est à vous.
Saint-Germain (Raymonde) : Mme la Présidente, merci. Je suis accompagnée, à ma droite, du
vice-protecteur, M. Claude Dussault,
et, à ma gauche, du conseiller expert en santé, M. Michel Clavet, et je suis
Raymonde Saint-Germain, Protectrice du citoyen.
Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, je vous remercie de votre
invitation à commenter le livre blanc sur la création d'une assurance
autonomie. Nous convenons tous que le vieillissement de la population québécoise
et la hausse conséquente de besoins de soins et de services viennent mettre une
pression insoutenable sur le système en place. L'investissement dans les
soins à domicile est une voie judicieuse afin de porter assistance aux
personnes en perte d'autonomie, à
leurs proches aidants, en plus de contribuer à mieux utiliser les ressources
publiques d'hébergement, comme les CHSLD et les ressources intermédiaires,
et d'éviter des hospitalisations.
Le Protecteur du citoyen est pleinement conscient des défis budgétaires
et organisationnels liés à cette réforme. Le livre blanc suggère de nouvelles façons de
faire quelquefois en rupture avec une certaine conception de la prestation
publique de soins et de services de longue
durée. Le recours accru à des contrats avec des ressources privées ou communautaires reconnues afin de dispenser les
services à domicile, l'ouverture faite à une tarification de services que
couvre aujourd'hui le régime public,
la proposition de constituer une caisse dédiée à l'assurance autonomie sont
autant d'orientations qui viennent modifier le profil du système
public de soins de santé et de services sociaux. Le Protecteur du citoyen considère qu'il
s'agit là de choix politiques importants. Je ne m'oppose pas en soi à ces orientations,
j'ai cependant des préoccupations quant à leurs probables
conséquences, que je souhaite partager avec vous aujourd'hui. Nous avons appuyé notre réflexion sur certains
principes reconnus. Ces principes sont l'universalité de la couverture publique,
l'équité d'accès aux services, l'accessibilité réelle et la qualité de ces
services, la solidarité dans le financement, la transparence du régime et
l'imputabilité de ses acteurs.
J'ai jugé utile, dans
certains encadrés de notre mémoire, de vous présenter des cas vécus, afin
d'illustrer de la façon la plus concrète
possible l'impact humain des décisions organisationnelles et budgétaires qui sont prises. Ces exemples me ramènent au constat que je vous partageais en
septembre dernier, à l'occasion de la présentation de mon rapport annuel.
Dans plusieurs secteurs, dont celui des
services à domicile, l'écart se creuse entre l'offre de services annoncée sur
papier et celle qui est réellement
disponible sur le terrain. Je pense, par
exemple, à la pratique qui établit
des plafonds d'heures de service, peu
importent les besoins évalués de la personne. De telles pratiques génèrent beaucoup
d'insatisfactions chez les citoyens, et celles-ci sont généralement
fondées. La présente réforme doit être l'occasion d'inverser la tendance.
première préoccupation à
l'égard de la réforme proposée
concerne la qualité des services qui seront dispensés. Déjà, le réseau public peine à assurer le contrôle adéquat de la qualité de ses propres services.
Dans le contexte où l'on compte faire
davantage appel, dans une large mesure, à des ressources privées et
communautaires pour offrir des services de soutien à domicile, une attention particulière doit être portée au
contrôle de la qualité. Je vise des processus rigoureux sans être trop lourds bureaucratiquement pour
assurer l'accréditation ou la certification efficaces des différents types de
ressources qui seront appelés à dispenser
ces services à domicile. Le ministère de la Santé et des Services sociaux doit
mener à terme son projet de politique d'assurance qualité sur les soins et les
services. C'est un préalable à la mise en oeuvre
adéquate du futur régime d'assurance autonomie. Pour la protection et le
respect des droits de tous les usagers, le régime d'examen des plaintes du réseau doit de plus être étendu à
tous les services donnés à domicile, quel que soit leur dispensateur.
Ces divers moyens sont autant de conditions de respect d'un principe
fondamental : peu importe le mode de
dispensation des services qu'il choisit de déployer, l'État doit demeurer
imputable et responsable de leur mise en oeuvre et de leur qualité.
vous fais part d'une autre préoccupation. Selon notre analyse, le livre blanc
est conçu d'abord et avant tout pour répondre
aux besoins des personnes âgées en perte d'autonomie. Or, on souhaite en
élargir l'application à d'autres groupes, dont les personnes handicapées plus jeunes. Il faut s'assurer de bien considérer
les besoins de ces dernières notamment en matière d'insertion sociale et
professionnelle. Dans notre mémoire, nous attirons votre attention sur certains
effets non souhaitables de l'utilisation de l'outil d'évaluation des besoins,
l'Outil d'évaluation multiclientèle. Il ne tient pas explicitement compte de cette notion fondamentale d'insertion sociale et
professionnelle des personnes handicapées. La compensation des limitations fonctionnelles de ces personnes soulève des
enjeux cliniques, éthiques mais aussi légaux. Le respect de leur droit à l'égalité doit être au coeur de toute
réflexion à ce sujet. Un dernier mot plus général sur l'évaluation des
besoins. Même si l'utilisation d'un outil standardisé est pertinente, celui-ci
ne doit jamais être appliqué de façon automatique sans que le jugement
professionnel et clinique des intervenants soit pris en compte.
souhaite maintenant faire quelques observations sur l'implantation de la
réforme projetée. Celle-ci doit se faire de façon ordonnée et en toute équité, et pour cela une période de
transition suffisante est nécessaire. J'ai des inquiétudes à ce sujet. L'échéancier projeté m'apparaît peu
réaliste compte tenu du déséquilibre que l'on constate déjà entre l'offre et la
demande de services à domicile dans toutes
les régions du Québec. Avant que les CSSS commencent à se retirer de la dispensation directe de certains services, il faut
s'assurer que les partenaires privés et communautaires sont qualifiés pour
prendre la relève et qu'ils sont prêts à le
faire. Est-ce vraiment possible que tout cela soit concrètement fait d'ici
avril 2014? Un désengagement hâtif des CSSS risquerait d'engendrer des
bris dans la continuité des services à domicile. Je suis d'autant plus sensible à cette situation que nous avons
constaté dans plusieurs
de nos enquêtes que certains CSSS ont déjà
commencé à modifier leurs offres de services
dans le sens présenté dans le livre blanc. Cela m'apparaît prématuré. Un
rappel doit être fait dans tout le réseau. Avant l'adoption d'une loi et la
diffusion de la nouvelle politique-cadre qui l'accompagnera,
c'est toujours la politique de soutien à domicile de 2003 qui continue de
s'appliquer. Les citoyens sont en droit de connaître les normes en
vigueur et de les voir appliquées en toute équité.
terminerai mes observations sur la délicate et complexe question
du financement du régime. J'insiste sur l'importance de connaître le cadre financier qui doit être soumis à la discussion
publique. Les modalités de financement de la caisse autonomie doivent respecter
les principes d'équité intergénérationnelle et de justice distributive.
Confier
la gestion de la caisse autonomie à un organisme public crédible sous la forme
d'un fonds en fiducie, en plus
d'assurer la transparence de sa gestion, devrait favoriser la confiance de
la population autour d'un élément fondamental : la conviction que l'argent ainsi amassé ne servira pas à
d'autres fins que celle de dispenser des services de soutien à domicile de
qualité à toutes les personnes qui les requièrent.
Reste
alors la question de la tarification. L'appui du Protecteur du citoyen au
régime d'assurance autonomie qui sera
proposé reposera sur un principe incontournable : l'incapacité financière
des usagers à contribuer ne doit jamais être un obstacle à l'obtention des services. Pour respecter ce principe, il
faudra tenir compte non seulement de la tarification, mais aussi, en particulier pour les faibles
salariés, de l'effort fiscal supplémentaire qui sera exigé d'eux pour
constituer la caisse autonomie.
L'addition de ce fardeau fiscal à une éventuelle tarification risque de peser
très lourd pour ces personnes,
notamment. Les paramètres de la tarification doivent donc être explicites,
détaillés et justes pour les citoyens de toutes les régions du Québec.
En ce sens, j'estime que le tarif horaire des entreprises d'économie sociale en
aide à domicile devrait être le même partout
au Québec et que les augmentations de tarifs devraient être encadrées par des
normes et compensées par un ajustement de l'exonération pour les
personnes moins nanties financièrement.
Vous l'aurez
constaté, c'est avec ouverture mais également avec prudence, en raison des
grands défis qui se présentent, que j'envisage les prochaines étapes de cette
importante réforme, et je vous assure de la collaboration du Protecteur du
citoyen pour la suite de vos travaux. Je vous remercie.
Présidente (Mme Proulx) : Merci beaucoup pour votre
présentation. Nous allons maintenant débuter la période d'échange avec
le groupe formant le gouvernement. M. le ministre, la parole est à vous.
Hébert :
Merci beaucoup, Mme Saint-Germain, M. Dussault, M. Clavet, merci de votre
ouverture et de votre présence, c'est ce que nous apprécions de votre
rôle.
Je voudrais,
d'entrée de jeu, aborder avec vous ce qui a été votre premier point,
c'est-à-dire la qualité. Comme vous
le savez, actuellement, la gestion publique des services de soutien à
l'autonomie échappe dans plusieurs secteurs, notamment les entreprises
d'économie sociale, les résidences privées. L'assurance autonomie souhaite
retrouver une gestion publique, c'est-à-dire
de s'assurer de critères, de standards de qualité et même de mettre en place
des processus d'accréditation de tous les prestataires, qu'ils soient
publics, communautaires ou privés.
En ce sens, est-ce que cette orientation de
l'assurance autonomie vous agrée?
Saint-Germain (Raymonde) : Dans la mesure où ces processus
seront connus, accessibles, efficaces et vraiment indépendants aussi et
qu'ils seront, dans les faits, dotés des ressources nécessaires, je pense que
c'est une orientation et une volonté qui
sont très pertinentes, d'autant plus pertinentes qu'il faut bien reconnaître le
risque, entre autres, pour les
services à domicile, de la vulnérabilité accrue de personnes qui souvent seront
seules ou de personnes qui ont un
aidant naturel lui-même très âgé et qu'il faudra manifestement bien soutenir.
Et souvent ces personnes peuvent craindre
des représailles, vont ignorer leurs droits, ne seront pas accompagnées, d'où
l'importance accrue du contrôle de la qualité en amont et d'une capacité
de surveillance de l'exercice de ces services.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Donc, ce contrôle de qualité devrait prévoir les normes précises sur la
formation des personnels et professionnels, peu importe quel est le type
de prestataire dans le réseau?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Saint-Germain.
Mme Saint-Germain (Raymonde) :
Oui, Mme la Présidente, des standards de qualité effectivement pour la
formation du personnel, l'accréditation des organismes, l'encadrement aussi de
la tarification et un encadrement de tarification
qui devrait aussi concerner les résidences privées pour aînés où il y a quand
même des risques, dans le présent contexte,
qu'il y ait des doubles facturations ou des doubles tarifications. Donc, tout
ça est à regarder, autant sur le plan de la qualité des services
eux-mêmes que de l'équité financière et du contrôle de cette qualité.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Je vais continuer dans l'équité financière. Vous savez qu'actuellement les
services publics couvrent à peu près 15 % des besoins des personnes
en soutien à domicile, et, comme vous l'avez souligné dans vos rapports d'activité, ce 15 % là est variable de façon
importante : juste dans un territoire qu'est la Montérégie, ça va de
6 %, dans certains territoires, jusqu'à 33 %.
Alors, il y a
une variabilité dans la couverture publique des services de soins à domicile.
Évidemment, le reste, c'est assumé par la personne soit en nature — puis
il y a des gens qui ont fait des blagues, là, dans les commissions antérieures — mais par le proche aidant ou en espèces par
l'achat de services, puis on estime donc qu'entre 2 000 $ et 5 000 $ sont déboursés par les personnes
souvent en soins à domicile. Alors, il y a une iniquité dans la couverture
publique. Nous voulons ramener, par
l'assurance autonomie, une équité, donc, avec une allocation de soutien à
l'autonomie qui est basée sur les
besoins de la personne et nous voulons être capables de moduler cette
allocation en fonction de la capacité de
payer, c'est-à-dire que des gens qui ont plus de capacité de payer on module
l'allocation, et, les gens qui n'ont pas la capacité de payer, on
augmente l'allocation pour qu'ils puissent recevoir des services davantage.
Alors, cette
modulation-là, cette façon de moduler, plutôt que de tarifer, parce que vous
utilisez le mot «tarification», là,
cette façon de moduler l'allocation en fonction de la capacité de payer, est-ce
que c'est une avenue qui semble intéressante?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Saint-Germain.
Mme Saint-Germain (Raymonde) :
Alors, c'est ici que la prudence va s'exprimer, Mme la Présidente.
Sur le principe, je pense que les principes sont
clairs, il faut l'équité intergénérationnelle, il faut la justice distributive, il faut que jamais l'incapacité de payer
ne soit un obstacle à l'accès aux services. Présentement, dans l'état du livre blanc, c'est difficile de voir quelle
sera la hauteur réelle des contributions qui seront exigées et, qu'on les
appelle tarifs ou autrement, c'est
très difficile d'estimer, selon leur capacité de payer, quels seront les coûts
pour les contribuables. C'est pour ça
que moi, j'appuie ce principe d'une solidarité dans le financement, le principe
qu'il y ait, selon la capacité de
payer et l'utilisation des services, une gradation. Mais c'est difficile
d'aller au-delà présentement et c'est pourquoi nous avons fait des
recommandations qui portent précisément sur l'importance, avant la mise en
oeuvre, que le ministère poursuive ses
travaux, reprécise les modalités, les conditions et la hauteur du financement,
pour que ce soit plus clair, et refasse des consultations sur cette
dimension-là en particulier.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Il y aura sans doute des consultations sur le projet de loi, alors nous serons
en mesure de revenir dans une prochaine étape.
Vous
nous parlez des entreprises d'économie sociale, et il y a un élément de votre
mémoire sur lequel je veux vous
entendre parce qu'on entendra les groupes cet après-midi nous dire un peu
l'inverse. Vous remettez en question le monopole, si je peux dire, des entreprises d'économie sociale dans
certaines régions. Vous voulez qu'on ouvre les services à une multiplicité de prestataires, notamment dans
l'économie sociale. J'aimerais ça que vous précisiez votre pensée là-dessus.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : En fait, Mme la Présidente, notre
pensée est que le recours soit à des entreprises
privées ou à des organismes d'économie sociale… en soi, nous n'avons pas
d'objection. Par contre, ce que nous
trouvons très important, c'est qu'il y ait, d'une part, formation de ces
personnes, préparation de guides de bonnes pratiques — je le
disais tout à l'heure — évidemment, contrôle a priori, surveillance pendant les services
et un régime donc de contrôle et de
surveillance de la qualité. Mais également ce qui nous apparaît très important,
c'est que ces entreprises-là, dans un contexte de transition, ne soient
pas, du jour au lendemain, appelées à entrer en exercice sans qu'il y ait eu
vraiment un processus d'accréditation ou de certification qui soit sérieux et
au moment où les CSSS se délesteraient de ces responsabilités-là.
Donc, la
préoccupation, pour nous, elle est davantage de s'assurer que les organismes
qui seront retenus, les personnes qui seront
choisies — dans
certains cas, ce seront des aidants naturels ou des proches des personnes
âgées — que
ces personnes-là soient qualifiées, soient
en mesure d'assumer les services pour lesquels ils recevront une rémunération
et que tout ça ne se fasse pas dans le
désordre. Mais, sur le principe des entreprises d'économie sociale, nous
n'avons pas en soi d'objection, mais
ce n'est pas en soi non plus, sans vérification autre et sans préparation, une
garantie de qualité. Alors, c'est le sens de notre réflexion.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert : Je voudrais tout de suite préciser un point, là. Il
n'est pas du tout question, dans l'assurance autonomie, d'un transfert d'activités des CSSS vers les
entreprises d'économie sociale, là. On ne parle pas de ça du tout. On parle
d'un ajout de prestataires, parce qu'il y a
des besoins à combler, et une invitation aux entreprises d'économie sociale de
faire
partie des prestataires, mais il n'y a
pas de transfert des auxiliaires familiales ou des auxiliaires sociales et de
santé vers des entreprises d'économie sociale.
vous rassure là-dessus, là, il n'est pas du tout question d'opérer un transfert
de la sorte. Mais il y a, dans le projet d'assurance autonomie, l'accréditation d'entreprises d'économie sociale
qui pourront être disponibles pour donner des services à des personnes.
Alors, je vous rassure là-dessus.
Mais
ma question était sur une
partie de votre mémoire
où vous dites : L'usager actuellement doit obligatoirement faire appel à l'entreprise d'économie sociale oeuvrant sur son territoire, ce qui entraîne une certaine captivité de la
clientèle et contrevient à la liberté
de choix du prestataire. J'aimerais ça vous entendre là-dessus et sur les
moyens de pouvoir concilier la désignation d'entreprises d'économie
sociale sur un territoire et le libre choix du prestataire.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Alors, le principe est le suivant, c'est que ce sont quand même
des soins et des services de… plutôt,
des services de proximité, et la réserve que j'émets, c'est qu'il ne faudrait
pas que seules des entreprises d'économie
sociale accréditées deviennent
obligatoirement les personnes qui donneraient les services à domicile.
En d'autres termes, le libre choix d'une personne qui pourrait être qualifiée, qui
pourrait être un proche aidant, doit demeurer pour la personne qui
reçoit les services à domicile. Et, dans ce sens-là, et je comprends que c'est
aussi l'esprit du livre blanc, dans ce sens-là, les personnes qui recevraient,
par exemple, un chèque emploi-services pourraient choisir de le verser à un aidant naturel ou à un proche
de leur choix et qui serait qualifié. Je ne sais si ma compréhension est
bonne, mais c'est la compréhension que nous avons dans ce contexte.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert : Encore là, certains groupes nous ont recommandé de
conserver le chèque emploi-services. Comment on peut concilier
l'atteinte de la qualité et des normes de formation de ce personnel avec
l'utilisation du chèque emploi-services, à votre avis?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Mme Saint-Germain
(Raymonde) : Encore là, c'est dans le rôle, d'une part, de
surveillance qui devra être joué — contrôle de la qualité, a priori, oui, mais
rôle de surveillance — et, dans ces situations-là, et ce seront des situations réelles, ce sont souvent des aidants naturels ou
des personnes qui déjà offrent, à la satisfaction, des services, par exemple,
d'aide à la vie domestique. Alors, on est
dans un autre ordre de priorité. Et, si la personne qui est la première
concernée est satisfaite des services
et est en mesure de dire : Moi, je continue de le faire et qu'au niveau
d'un contrôle de la qualité il n'y a
pas de difficulté, je pense que ça devrait être accepté. Et c'est à cela que je
référais, entre autres, lorsque je disais, Mme la Présidente, qu'il faut éviter
d'avoir une approche, et des outils, et des exigences qui seraient trop
bureaucratiques, surtout
dans un contexte où il y aura quand même — je pense qu'il faut le reconnaître — une transition qui sera importante à gérer et où il n'y aura pas nécessairement toutes
les ressources requises pour répondre immédiatement à l'ensemble des besoins.
Alors,
c'est cette forme de souplesse avec, oui, des mesures qui peuvent être prises
pour avoir des assurances, en tout
cas, de qualité et de protection ou de sécurité des personnes, mais, à mon
avis, tout ne pourra pas se jouer, là, de manière formelle dès le début, et c'est pourquoi l'importance… Et puis
je suis heureuse d'entendre le ministre souligner qu'il n'y aura pas de désengagement des CSSS dès
le début. Je vous dis que ma compréhension était qu'il y avait une possibilité d'un tel désengagement. Alors donc, ça
viendra contribuer à permettre cette période de transition. On a utilisé
une expression, qui s'appelle «modèle
collaboratif», pour cette période de transition. Ce que ça signifie, au fond,
c'est que les ressources qui agissent
déjà devraient demeurer et travailler en collaboration et progressivement, au
fond, moduler l'offre de services en
fonction de la capacité des nouvelles ressources de prendre le relais. Je pense
que ce sera vraiment important. On ne
pourra pas cesser un service du jour au lendemain sans avoir cette garantie,
là, de collaboration et de transition progressive.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert : Vous nous suggérez aussi de prévoir un mécanisme de
recours pour l'évaluation des besoins qui ne serait pas satisfaisante
aux yeux des usagers. Quel est le type de recours que vous nous suggérez de
prévoir?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Là-dessus, on a utilisé le mot
«contestation» qui apparaît dans la littérature scientifique, mais j'aime bien un mot qui, quant à moi, est plus
positif, qui s'appelle le mot «révision», voire qu'un usager ne serait
pas satisfait de son évaluation.
existe déjà des réseaux, là, de services intégrés pour les personnes âgées. Il
y a dans les CLSC déjà des groupes de
cliniciens qui pourraient peut-être être appelés déjà au moment où l'évaluation
est faite, avant que le plan de services, ou plan d'intervention, s'entame,
pourraient déjà recevoir ces demandes de révision là et, au besoin, faire des
ajustements. On a vu que ça se
faisait ailleurs, et ça permettrait d'agir
a priori plutôt qu'a posteriori. Et les ressources sont déjà quand même, dans ce cas-là, disponibles. C'est sûr qu'il y aurait
une charge de travail accrue, mais on ne parle pas de former des personnes, de créer une bureaucratie, d'ajouter de
nouvelles structures. Alors, ça nous semblait une approche qui est intéressante.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert : Vous nous soumettez une suggestion au niveau du régime d'examen des plaintes. Vous
nous dites : Il faudrait que le
régime d'examen des plaintes s'applique aussi aux autres prestataires, qu'ils
soient privés associatifs, privés lucratifs
ou communautaires. Actuellement, le commissaire régional aux plaintes n'a pas
juridiction sur ces prestataires-là?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Mme Saint-Germain
(Raymonde) : Le commissaire régional aux plaintes et le
Protecteur du citoyen, en deuxième niveau, n'ont pas compétence présentement
sur les ressources privées qui ne sont pas certifiées, n'ont pas compétence non plus sur des organismes sans but
lucratif, sauf dans certaines situations particulières où il y a une entente
formelle avec une instance du réseau de la
santé et des services sociaux. Alors, il faudrait que ce soit formalisé,
notamment parce que ce serait, d'une part, une source d'autodiscipline
pour ces organismes-là — il
y a une certaine crainte de la surveillance,
qui parfois a un effet positif d'autodiscipline — et aussi parce que c'est une garantie accrue
de pouvoir détecter des situations de services inadéquats, de protection
insuffisante et d'agir adéquatement.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert :
Dans la mesure où l'assurance autonomie va accréditer des prestataires, est-ce
qu'automatiquement… ce n'est pas le
vocabulaire juridique, je m'en excuse, je ne suis pas un juriste, mais,
automatiquement, est-ce que le commissaire aux plaintes deviendrait
autorisé de pouvoir examiner une plainte concernant ce prestataire?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Mme la Présidente, j'évite toujours
les risques d'interprétation juridique différente. Je pense que l'esprit
ou l'intention du ministre, que j'interprète, est d'inclure effectivement ces
nouvelles organisations ou ces nouveaux
dispensateurs de services au régime de plaintes. Je m'en réjouis, mais je pense
que ce serait prudent de l'indiquer spécifiquement dans la loi par une
disposition qui viendrait le préciser.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert : On a des collègues du contentieux du ministère qui,
je suis sûr, prennent bonne note de votre suggestion.
Vous
suggérez également, bien sûr, de considérer l'insertion sociale et
professionnelle pour les personnes handicapées, mais vous nous suggérez aussi d'inclure pour l'assurance autonomie les
moins de 18 ans émancipés. On a eu une suggestion du même ordre qui a été faite par différents
organismes. J'aimerais que vous nous expliquiez votre point de vue là-dessus.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Alors, on sait que les personnes
émancipées, au fond, ce sont des personnes qui bénéficient de l'autorité… qui ne sont plus sous une autorité
parentale et qui normalement ont des droits plus importants. Donc, on reconnaît leur autonomie plus grande que
les personnes qui sont mineures. Et, dans un certain nombre de situations, on parle, par exemple, de personnes
qui ont des troubles envahissants du développement, qui vivent de manière
autonome et qui pourraient avoir besoin de
ces services-là. On parle aussi évidemment de personnes qui ont des enfants,
qui ont la responsabilité de ces enfants et
qui, dans certaines situations, pour elles-mêmes, pourraient avoir besoin…
compte tenu de leur état d'autonomie
ou de problématiques qui font qu'elles sont en perte d'autonomie, pourraient
aussi nécessiter ces services-là.
Donc, c'est
dans cette perspective de dire : Il y aurait lieu de faire des exceptions
à la règle générale des adultes pour
les personnes qui sont émancipées. Ce ne sera probablement pas — je n'ai pas de chiffre à vous donner — un nombre important de personnes, mais, quand on sait que les programmes sont
normés, mieux vaut prévenir ce genre de situation pour faciliter
l'accès.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Vous nous recommandez, là… vous appuyez, en fait, l'utilisation d'une caisse
séparée pour éviter les dérives que
vous avez dénoncées à plusieurs reprises dans vos rapports. Qu'est-ce que vous
pensez de confier, plutôt que de
mettre en place une nouvelle bureaucratie, de confier la gestion de cette
caisse séparée à la Régie de l'assurance maladie du Québec?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Sur ce plan, effectivement, moi, la
création d'organismes, je pense que c'est une façon de faire qui n'est pas nécessaire présentement et qui entraîne toujours ces coûts. La Régie de l'assurance maladie a une
bonne expérience de la gestion en santé. Certains avaient proposé la Régie des
rentes. Mais je pense que ce sont, dans les deux cas, des organismes compétents, qualifiés qui ont une expertise
actuarielle aussi qui est importante et qui leur permettrait d'agir.
Évidemment,
ce n'est pas tout de voir qui sera l'organisme responsable. Le principe de
cette fiducie-là, c'est aussi, comme
vous le disiez, effectivement un principe qui va permettre de s'assurer que
cette somme est dédiée aux fins des services
à domicile et de l'assurance autonomie, en général, que ce soit fait de manière
très transparente, que la reddition de
comptes soit explicite et que les principes de solidarité sociale soient
vraiment respectés, respectés aussi au niveau du financement et bien
explicités, qu'on en rende bien compte dans les rapports.
Alors, sur ce
principe, donc moi, je pense que c'est une bonne idée : Régie de
l'assurance maladie ou Régie des rentes, éventuellement.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert : Il reste
combien de temps?
La Présidente (Mme Proulx) :
Il vous reste trois minutes.
Hébert :
Merci. Dans le financement de l'assurance autonomie, vous êtes sans doute le
premier groupe… et, pour avoir vu les
mémoires qui s'en viennent, probablement le seul qui nous recommandez de
capitaliser cette caisse pour le futur. J'aimerais comprendre les
arguments à la base de votre suggestion.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Alors, dans un premier temps, on
vous recommande une capitalisation partielle.
Évidemment,
on est au niveau du principe. C'est sûr que, si on peut, dans un contexte de
capitalisation, prévenir l'augmentation
des coûts pour les générations futures et déjà engranger, ce serait
manifestement idéal. Par contre, nous avons
aussi recommandé que tout le montage financier au fonds soit précisé et qu'on
puisse avoir accès à des chiffres, à des données. Donc, c'est quant au
principe.
Et, si vous permettez, Mme la Présidente, je demanderais
au vice-protecteur, M. Dussault, de compléter cette réponse, lui qui a analysé,
là, particulièrement certaines dimensions.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Dussault.
Dussault (Claude) : Merci.
Écoutez, essentiellement, ça a été repris dans Ménard, là, un des enjeux
majeurs, c'est toute la question de l'équité intergénérationnelle.
Le danger, en mettant un système classique de...
où on serre de l'argent... actuellement, c'est que, vu que la population
va augmenter, il va y avoir de moins en moins de gens pour payer. Donc,
l'équité, là, excusez-moi l'expression, l'équilibrage, le «balancing act » qu'on dit qu'on doit faire,
c'est, dans les argents qu'on perçoit aujourd'hui, quelle est la part qui sert à payer les besoins des retraités actuels
versus quel est l'argent qu'on met de côté pour les futurs. Si on veut respecter l'équité intergénérationnelle, il
faut absolument qu'il y ait une
partie des sommes qui sont perçues aujourd'hui
qui soit réservée pour la clientèle du
futur. Sinon, les sommes vont être complètement absorbées, et il ne restera
plus d'argent pour ces gens-là quand ces gens-là vont arriver à la
retraite.
Évidemment,
c'est un équilibrage qui est très délicat, mais il n'y a pas d'autre moyen que
d'assurer... Il faut au moins en
catalyser une
partie justement pour prévoir les besoins du futur, sinon
l'équité intergénérationnelle ne sera pas au rendez-vous.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le ministre.
Hébert :
Je voudrais terminer avec le plan de services individualisés. Vous nous
dites : Il faudrait qu'il soit invariable
selon les régions. Je veux être bien sûr que je vous comprends, là, parce que,
pour moi, un plan de services, ce
n'est pas désincarné, là. Un plan de services, ça tient compte de la réalité
régionale. Un plan de services dans une région dévitalisée, c'est différent d'un plan de services au centre-ville de
Montréal. Ce que je comprends, c'est : le besoin devrait être le même, mais la façon d'y répondre peut
varier selon la région, parce qu'on ne peut pas dire que le plan de services
est invariable, là. Je ne comprends pas, là, votre point de vue là-dessus.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Saint-Germain, pour une très courte réponse d'environ 30 secondes.
Saint-Germain (Raymonde) : Alors, je vous réfère plutôt à la
recommandation 4. Ce que nous disons, c'est
que le plan de services individualisés doit être associé à la personne et
puisse la suivre dans son parcours de soins et de services, peu
importent la région ou le lieu de dispensation des services. Parce qu'on a
vu... moi, j'appelle ça de l'iniquité
interrégionale, et on a vu ça dans beaucoup de situations. Et c'est même, sur
le plan, je dirais, de l'investissement, une perte que d'avoir eu un plan de services individualisés qui
fonctionne, qui est amorcé, qui ne peut pas se poursuivre dans une autre
région lors d'un déménagement.
Alors, c'est
plus dans ce sens-là que nous sommes intervenus. Le vice-protecteur pourrait
compléter brièvement.
La Présidente (Mme Proulx) :
Oui, M. Dussault aura l'occasion de compléter à travers d'autres questions.
Mme Saint-Germain (Raymonde) :
D'accord.
Présidente (Mme Proulx) : Le temps est écoulé maintenant. Je
vous remercie. Nous allons poursuivre les échanges avec Mme la députée
de Gatineau pour l'opposition officielle.
Mme Vallée : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci de votre présentation. Bienvenue en commission. Vos
mémoires sont toujours fort intéressants et surtout fort pertinents.
J'aimerais,
avant d'aller… Je voulais aborder une autre question, mais le ministre
a abordé la question des plans de services et des services de l'équité
interrégionale dans l'offre de services.
Moi, je suis un petit peu en désaccord avec ce que le ministre disait. C'est-à-dire, je me dis, si on vise vraiment une
autonomie pour tous, je crois qu'on devrait s'assurer qu'au Québec
il y ait, un peu partout à travers le territoire, des services de base qui devraient, à tout le moins, assurer une véritable autonomie pour tous, et on devrait s'assurer
avant de mettre en place une
assurance autonomie que ces services-là peuvent être dispensés un peu partout,
parce qu'un citoyen ne devrait pas être mis à l'écart ou avoir moins
de choix de par sa situation géographique. Je trouve ça un petit peu triste
de voir ou qu'on pense qu'il pourra y avoir
une autonomie pour tous au centre-ville de Montréal, mais, si vous restez aux
Îles-de-la-Madeleine, ce n'est pas tout à
fait pareil ou, si vous restez… Ma collègue sourit. Mais c'est parce que je
pense aussi aux gens qui sont dans le
Nord-du-Québec, qui habitent le Nord-du-Québec, qui habitent Fermont, qui
habitent les communautés
dévitalisées. On ne devrait pas être pénalisé du fait qu'on choisit d'habiter
le territoire, d'occuper le territoire.
Et je me
demandais si vous aviez porté votre réflexion un peu dans ce sens-là ou si vos
travaux, dans le passé, vous ont
amenés à réfléchir à la question de l'accessibilité réelle des services. Et est-ce
qu'on est prêts, en avril 2014, au même
titre que ce que vous avez fait lors de votre présentation sur le projet de loi
n° 52… Vous avez porté votre réflexion sur l'accessibilité aux soins palliatifs? Bon, bien est-ce qu'au Québec
on a une réelle accessibilité aux soins à domicile pour tous, pas seulement pour les personnes âgées,
mais aussi pour les personnes handicapées, pour les personnes aussi ayant une déficience intellectuelle? Est-ce qu'on
est réellement capables de donner un véritable choix à tous les citoyens
du Québec, peu importe où ils résident?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Alors, Mme la Présidente, la députée
fait référence, entre autres, à un des principes
qui, pour nous, est fondamental dans l'assurance autonomie, c'est celui de
l'équité d'accès pour tous à tous les services et l'accessibilité
réelle.
Ce sont en
fait deux principes qui sont concomitants. Il faut que ce soit le cas dans
toutes les régions. Ce n'est pas le
cas présentement et c'est pourquoi j'insiste sur l'importance d'un plan de
transition. Et, en même temps, est-ce qu'on est capables de donner tous les services à tous? Présentement, non,
c'est certain. On l'a documenté dans notre rapport sur les services de soutien à domicile de 2012. Il
y a un écart important entre ce qui est prévu et ce qui, dans la réalité,
est vraiment
disponible pour les personnes. Et, quand on regarde évidemment la courbe
démographique, le livre blanc présente
très clairement l'évolution des besoins qui va être croissante, et l'évolution
des ressources n'est pas conséquente. Donc,
c'est certain qu'il y a là une problématique et que la date d'avril 2014… Bon.
Personnellement, je crois que, si on veut
bien faire les choses, bien préparer la transition — je n'ai pas vu l'état des travaux au
ministère, donc je vais aussi être
réservée dans cette réponse — il reste beaucoup de choses à faire pour que
ce soit en oeuvre et que ça s'amorce de manière sécuritaire pour les
personnes. Donc, avril 2014 est une date extrêmement ambitieuse.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Est-ce qu'il y a, à votre connaissance, un état de situation? Outre votre
rapport sur les soins à domicile, est-ce
qu'il existe d'autres évaluations, d'autres états de situation, un état des
lieux qui nous permettraient d'avoir une
meilleure… de voir ou d'identifier clairement là où sont les lacunes pour être
capables de donner un coup de roue aux
régions particulièrement ciblées? Est-ce qu'on les a identifiées, ces
régions-là? Est-ce qu'on a identifié les secteurs d'activité où on
devrait porter une attention particulière?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Notre rapport de 2012 portait sur
cinq régions spécifiques, mais nous avions fait des vérifications qui nous démontrent que, dans toutes les régions,
l'écart était quand même important entre le besoin et la capacité de répondre aux besoins. Il y avait
des problèmes à Montréal à cause du volume. En Gaspésie, c'est pour
d'autres raisons. Donc, il y avait quand même des problèmes partout.
que nous venons de constater récemment, c'est que déjà des CSSS, en particulier
dans les régions de Montréal, Sherbrooke
et Gaspésie, ont commencé à préparer le terrain pour travailler au niveau de la
nouvelle approche du livre blanc. Ça
peut être vu comme étant positif en disant : On commence à préparer la
transition. En même temps, il faudra voir
le nombre de ressources qui seront consenties. Ça peut aussi être vu comme
inquiétant, dans la mesure où ça veut dire
que déjà, la politique de 2003, on commence à ne plus la respecter pour aller
dans le sens éventuellement d'un livre blanc mais d'une loi qui n'est
pas encore adoptée. Alors, dans ce sens-là, c'est quelque chose qui est
préoccupant. Le ministère a possiblement des
données évidemment que je ne connais pas. Et il y a eu aussi, bien sûr, le
rapport du Vérificateur général en
2013, qui a fait l'objet d'une commission parlementaire d'ailleurs récemment,
qui présente aussi beaucoup de
constats, et de caractéristiques, et de recommandations qui sont de nature à
améliorer, je dirais, la préparation des cibles, la planification des
services et leur optimisation.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Mais on est
loin d'avoir identifié tout ça puis on est quand même déjà
rendus en novembre 2013. On pourrait échanger longuement. J'avais
d'autres petites questions avant de passer la parole à mon collègue.
Vous
indiquez au point 81 de votre rapport que l'analyse du livre blanc amène
le Protecteur du citoyen à conclure qu'il est, d'abord et avant
tout, conçu pour les personnes âgées
en perte d'autonomie. Pourtant, on nous dit que l'autonomie pour tous s'appliquera également
aux personnes handicapées, aux personnes atteintes de déficience
intellectuelle. J'aimerais vous entendre davantage sur ce constat que
vous avez dressé.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Alors, oui — merci, Mme la Présidente — notre constat est à l'effet que plusieurs
personnes handicapées qui, du fait de leur handicap, ont des besoins, ont une
perte d'autonomie sont des personnes d'abord plus jeunes qui ne sont pas des personnes
âgées au sens du livre blanc et des personnes qui ont des besoins, des capacités d'insertion sociale et
d'insertion à l'emploi. Donc, ça vient modifier la nature de leurs besoins,
d'une part. Ça vient modifier souvent
le profil des services qui sont requis. Dans certains cas, on peut parler de
services requis le soir, requis la fin de semaine, selon la nature des emplois. Pour certains, ce sont des services qui
vont être liés à l'accompagnement, aux études.
Donc,
il y a toutes sortes de situations particulières qui font que, oui, ce sont des
personnes en perte d'autonomie en
raison de leur handicap, mais dont le profil et les besoins varient beaucoup
par rapport aux personnes
âgées. Et l'Outil d'évaluation multiclientèle n'est pas suffisamment explicite sur toute cette prise en considération
des besoins d'insertion sociale et
professionnelle qui sont plus fréquents chez les personnes handicapées. Évidemment, il y a aussi, dans leur cas, toute la notion du principe fondamental de la
reconnaissance de la compensation pour leur handicap. Vous savez que c'est
une... Depuis 1998, il y avait eu une
décision importante du Conseil des ministres, le livre blanc d'ailleurs y
réfère, et ça aussi, c'est une dimension qui devra, au moment de la
préparation de la contribution financière, être prise en compte.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Pour ce qui est justement de la contribution
financière, vous mentionnez que vous avez des craintes à l'effet que certains usagers mettent de côté le
recours à des services d'aide domestique ou différents services en raison
de l'inaccessibilité, pour eux, l'inaccessibilité financière.
Et je me
demandais : Est-ce qu'on a identifié un revenu à partir duquel on ne
pourrait tout simplement... on ne devrait
pas nécessairement demander une contribution? Est-ce que c'est vraiment...
Est-ce qu'on parle vraiment d'autonomie pour tous à partir du moment où on évalue la
contribution en fonction du revenu puis en fonction aussi de la fréquence
des services ou de l'intensité des services
requis? Parce que, dans le livre blanc, on fait référence, à la page 24,
de l'intensité des services fournis
au niveau de l'allocation au soutien à l'autonomie. Et moi, je me questionnais en me disant : Est-ce que c'est équitable d'avoir, à l'intérieur d'une politique, ce type de
référence là? Est-ce qu'on va demander davantage de contribution à quelqu'un qui a besoin d'une plus grande intensité de
services, alors que c'est son état physique, son état personnel qui fait
en sorte que ces services-là sont requis?
Est-ce que c'est
équitable d'avoir cette philosophie-là?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Encore une fois, Mme la Présidente,
le principe de l'équité, il est à la fois intergénérationnel, il est aussi en justice distributive. Et c'est une
question qui se pose. Notamment, notre préoccupation… on n'a pas de… Je ne peux pas répondre à votre
question en disant : À partir de tel seuil, on pense que ça serait
inéquitable de demander une
contribution additionnelle, etc. Par contre, la préoccupation était beaucoup
celle des faibles salariés, ça peut
être des personnes seules, ça peut être des familles, par opposition à, par
exemple, des personnes qui sont aussi des
personnes vulnérables, qui émargent aux programmes, qui reçoivent de l'aide des
programmes de solidarité sociale mais
qui souvent, en contrepartie de cette aide, auront plusieurs services pour
lesquels ils n'ont pas à payer. Et là on arrive à cette tranche du
faible salarié qui, lui, est très peu exonéré.
Alors,
pour l'instant, il n'y a pas un montant à donner, mais ce principe
effectivement de l'équité doit s'appliquer aussi, je dirais, en fonction du besoin et ne pas faire en sorte que la
personne soit pénalisée par le niveau ou la complexité de son état de santé ou de sa perte d'autonomie.
Ça, c'est vraiment important. Et autant pour cette question que pour certaines,
que vous aviez abordées tout à l'heure,
reliées au financement nous faisons, nous formulons les recommandations 12, 13
et 14, au fond, au ministère pour
réaliser des travaux requis pour avoir justement une proposition de financement
qui soit plus complète et qui
permette de voir, de constater, avec plus de transparence, le respect de tous
ces principes d'équité dans le financement, de solidarité dans le
partage et de justice, au fond, distributive.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, Mme la Présidente. Dans
votre mémoire qui est très intéressant — puis je vois que vous avez fouillé
les questions de façon assez sérieuse — vous parlez du droit d'appel.
ce qu'on comprend, c'est qu'il va y avoir une personne qui va avoir des
besoins, il y aurait un intervenant pivot ou un gestionnaire de cas qui va évaluer les besoins, un groupe nous a
fait mention que ça serait important également que cette personne-là soit accompagnée pour un peu
défendre ses intérêts, et il va y avoir l'établissement d'un SMAF auquel
va correspondre un montant, en nature ou en
espèces, sur des services qui vont être donnés. Et ce que vous nous dites…
Parce qu'on voit dans notre réseau que ça
peut arriver que, l'évaluation, il y a quand même une
partie subjective. Si la
personne est insatisfaite, à ce moment-là, il devrait y avoir un droit d'appel
au palier régional. Est-ce que c'est bien l'interprétation de votre mémoire?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : C'est une interprétation, oui, qui
se rapproche de notre mémoire, mais je ne suis pas du tout sous un angle juridique. Et l'important, c'est que… On
dit toujours : Le jugement clinique ne doit pas être mis de côté,
et il ne doit pas y avoir d'automatisme dans les conclusions de l'utilisation
de l'outil d'évaluation. L'accompagnement
des personnes, souvent c'est important par un proche parce que ça permet de
connaître des éléments qui sont
importants et déterminants dans l'évaluation de leurs besoins : l'état de
pauvreté de la personne, la nature de son environnement, le fait qu'elle ait un… qu'elle soit en isolement social
ou non. Il y a toutes sortes de dimensions qui ont un caractère plus humain, et ça, c'est vraiment
important que ce soit aussi pris en compte parce que ça peut déterminer
la nature et le niveau des services.
Par ailleurs, quand
on parle d'un appel, c'est plus… On a utilisé le mot «contestation» qu'on
retrouve dans la littérature scientifique,
mais c'est plus... et je dirais «en amont», avant que le plan soit finalisé… si
la personne le reçoit et dit :
Ça ne répond pas, j'aimerais qu'on révise telle chose parce que je suis seule
ou que je n'ai pas tel type d'accès, je
dois aller voir un médecin, j'ai besoin d'outils pour l'aide à la vue, etc.,
que ce plan-là puisse être déjà révisé par des personnes qui sont soit
déjà des cliniciens dans les CLSC ou soit les membres du réseau…
Saint-Germain (Raymonde) : …RSIPA, là, oui. Le RSIPA, c'est le
Réseau de services intégrés pour les personnes âgées.
J'espère
que tout le monde a compris que c'est un réseau qui existe déjà, qui dans
certains cas, évidemment, n'est pas
implanté partout à 100 %, mais c'est un réseau qui fournit… Pour
l'instant, c'est ça, c'est 62 % — merci, M. Clavet — 62 %, le niveau d'implantation de ce réseau-là, mais ils sont vraiment présents partout, ils ont une bonne connaissance du terrain, et je pense qu'on gagnerait à faire appel à leur
expertise, encore une fois, une approche qui permet de ne pas créer de nouvelles structures, d'aller chercher l'expertise
critique... clinique, pardon, et l'expertise de service social qui est disponible.
Présidente (Mme Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, Mme la Présidente. Puis, si
je comprends, vous proposez ce mécanisme par un souci d'équité, c'est-à-dire que, si la personne a l'impression
qu'elle n'a… soit que son intervenant pivot a sous-évalué ou a mal
évalué, à ce moment-là, cette personne-là voudra avoir au moins une instance à
laquelle elle pourrait demander... comme vous dites, on peut utiliser le mot «contestation» ou «révision»… mais
dans lequel il y aura quand même un droit d'appel.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Oui, effectivement, et ça permettrait, dans ce contexte-là, d'agir
plus vite, de prendre en
considération des besoins spéciaux.
Et moi, je pense que tout ne doit pas se régler, au niveau des plaintes, dans un contexte de
différends. Je pense qu'il y
a des façons de faire qui peuvent
être facilitantes surtout pour des
personnes âgées, surtout pour des
personnes en perte d'autonomie. Or, je pense que c'est une forme d'action peu
coûteuse et, à mon avis, réaliste et utile.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui. Bien, peu coûteuse… Ça, vous savez, on n'a pas d'expérience avec
ce projet de l'assurance autonomie.
Mais peu coûteuse? Je suis moins certain, parce que l'expérience que
nous avons habituellement, c'est que les gens veulent quand même
aller chercher les services auxquels ils ont droit, et souvent leur perception,
c'est qu'ils devraient en avoir plus.
Donc, s'il y a un droit d'appel, on peut s'attendre qu'il va
être très utilisé. On le voit également
dans les formules comme au niveau de la CSST, de l'aide sociale. C'est légitime, ça, on veut… Quand on met un système en
place, il faut monter un bon système. Mais il faut
s'attendre qu'il va y avoir un droit d'appel. Et, même si
on est d'accord avec le principe, il reste que c'est de la bureaucratisation, parce que, quand on met de
l'argent là, on ne le met pas dans
les soins.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Bien, pour nous, Mme la
Présidente, il ne s'agit pas d'ajouter des ressources, il
s'agit de bien et mieux utiliser des ressources qui existent déjà et de
travailler au palier régional le plus rapidement possible. Et je pense qu'une demande de révision pour des
services pour des personnes en perte d'autonomie, quand on utilise un outil standardisé… je pense que ce n'est pas
quelque chose qui soit abusif, et ça ne doit pas être… Je partage l'avis du
député de Jean-Talon, ça ne doit pas être
quelque chose de bureaucratique et lourd, mais c'est comme un autre regard
clinique avant l'implantation ou la finalisation du plan d'intervention.
Et les ressources, elles sont là. C'est de l'optimisation.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : On partage certaines visions, mais, celle-là, je la… Connaissant le système,
là… on a vu, au niveau du traitement des plaintes, ça a pris un
gestionnaire de plaintes, ça prend une secrétaire, puis c'est correct parce qu'il faut mettre ça en place. Mais à la fin
ça ne se fera pas à coût nul, ça va prendre des gens pour le gérer, mais ça,
on verra ça en temps et lieu.
Vous
avez parlé du cadre financier, puis je pense que vous avez fait mention, avec
justesse, qu'il manque beaucoup d'éléments
dans le cadre financier. Vous, actuellement, avec ce que vous nous avez dit,
qu'est-ce que ça prendrait pour dire
qu'on a un cadre financier qui nous permet justement de faire une bonne
évaluation de ce qui doit être mis en place? Et le ministre, lui, nous dit que le cadre financier, c'est toujours ces
trois mêmes courbes, ça coûte plus cher, là, sauf qu'à la fin moi, le cadre financier, j'aimerais ça savoir
combien on va… combien est-ce qui va être octroyé pour chaque SMAF en termes de coût, également c'est quoi, la
contribution de l'usager, c'est quoi, le coût total du système, y compris le
système d'information. La RAMQ, ils vont devoir certainement engager des
fonctionnaires pour gérer un système comme celui-là.
Et, à la fin, je ne sais pas, mais, dans un cadre financier, il y a le côté
dépenses, mais on devrait également avoir le côté revenus. C'est quoi, la contribution du contribuable? Parce qu'on
sait maintenant que ce ne sera pas une taxe dédiée, mais ça va être pris à même les impôts. Donc, on
s'attend à ce qu'il va y avoir soit une augmentation d'impôt... Il va falloir
nous dire d'où vient l'argent, parce que dans le projet il y a beaucoup de
pensée magique.
Vous,
est-ce que vous trouvez qu'on a ces éléments-là dans ce projet qui nous est
déposé par le ministre? Et c'est quoi que ça prend de plus pour dire
qu'on a un cadre financier qui soit crédible?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Alors, Mme la Présidente, il est certain qu'au niveau du livre blanc toutes les
données financières ne sont pas là. Il y a des études actuarielles qui sont
importantes et qui sont requises, d'où nos recommandations sur le fait qu'il faut compléter le plan de financement.
Donc, nous ne pourrons pas répondre ce matin par des chiffres. Mais je vais passer, avec votre permission, la parole
au vice-protecteur sur… pour répondre à la question qui porte notamment
sur les critères ou ce qu'on devrait retrouver en termes de ventilation des
coûts.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Dussault.
Dussault (Claude) : Je veux
juste rappeler, dans notre rapport qu'on a fait sur les soins à domicile, justement c'est une des recommandations qu'on avait
faites, de bien identifier les besoins pour savoir… Ça, c'est la première chose
en gestion, c'est de dire : J'ai tant
de ressources… de bien identifier c'est quoi, l'ampleur des besoins, donc de
bien définir c'est quoi, le panier de
services qu'on va offrir à nos personnes âgées, de bien le définir, puis de
reconnaître... à un moment donné, de
dire : Bien, ce qu'on voudrait, idéalement c'est ça, ce qu'on est capables
d'offrir en ce moment et de voir l'écart. Et là il va forcément…
C'est
correct, dans le livre blanc, on pose la question, mais il y a
une adéquation entre évidemment les services qu'on va donner et les montants que les citoyens vont devoir assumer.
Et ça, c'est un peu le discours du Protecteur du citoyen, c'est un choix politique
de dire : C'est quoi, l'ampleur? Mais il faut qu'il y ait une adéquation entre «voici ce qu'on
a vraiment» et «voici le coût qui doit être assumé par les citoyens».
Le problème qu'on observe en ce
moment, là, puis on est en préassurance autonomie, c'est qu'on
annonce beaucoup dans nos services, mais les services, en réalité,
ne sont pas disponibles parce qu'on n'a pas les ressources suffisantes. Quel que soit le choix politique
qui sera fait, ce qui est important, c'est d'avoir une bonne adéquation
entre «voici ce qu'on offre»… et qu'on a mis les ressources qui correspondent. Et ça, c'est un choix politique de dire : Le niveau, il n'est pas
défini dans le livre blanc. Nous, le commentaire qu'on fait, c'est qu'il va être important qu'on fasse justement un bon
arrimage encore une fois entre «voici ce qu'on offre» et «voici les
ressources correspondantes qui sont nécessaires pour financer ce qu'on veut
offrir».
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Est-ce qu'on pourrait rajouter également
c'est quoi, la contribution de l'usager, parce que, dans un plan de financement... Puis est-ce qu'on pourrait rajouter
également c'est quoi, le montant d'impôt octroyé là-dessus? Est-ce que
vous êtes d'accord qu'on devrait rajouter ça?
M. Dussault (Claude) : Absolument.
Écoutez…
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Dussault.
M. Dussault (Claude) : Pardon.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. Dussault.
Dussault (Claude) : Oui, absolument.
Et je pense qu'il faut le définir. La transparence, c'est ça, c'est qu'il faut définir.
Il y a
une
partie qui sont les sommes qui sont déjà dans le… les fonds qui
viennent du fonds consolidé. Il y a une
partie
qui est là, il y a une
partie qui va venir de la contribution d'assurance autonomie, qu'on comprend qu'il va y avoir une progressivité selon la justice distributive là-dessus,
et l'autre
partie qui serait une contribution de l'usager. Tous ces paramètres-là évidemment devront être
débattus, devront être faits de façon transparente, de manière qu'on voie que
ces trois sources de financement là cumulées ensemble permettent de
répondre aux services qu'on veut s'offrir.
La Présidente (Mme Proulx) : M.
le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Un, je veux vous remercier de votre réponse parce que c'est, depuis le début
des auditions, c'est ce que je dis que ça
nous prend. Et puis le ministre me ramène toujours ces trois courbes qui
font juste dire combien ça va
coûter de plus dans le futur puis que son projet qui, d'après moi, essaie de
promettre une illusion… qu'avec son projet tout va se régler.
Ce que vous
nous avez donné là, c'est ce que ça prend dans un cadre financier. Puis vous
avez commencé par un mot intéressant : une «bonne» gestion. Dans ce projet-là, il nous manque un élément, un
élément de bonne gestion. Le gros bon
sens nous demande qu'on définisse c'est quoi, la hauteur des besoins. C'est le
nombre de personnes qui va en avoir. Et après ça il faut regarder :
Est-ce qu'on a les ressources pour offrir ces services et répondre à ces
besoins, et également, si vous êtes d'accord avec moi — il faut avoir une adéquation, il y a un
signe de dollar, à la fin, qui vient — combien ça va coûter? Mais, pour
protéger le citoyen, l'usager doit savoir combien ça va
lui coûter. Dans le projet qui nous
est déposé, moi, si je comprends bien, là, on peut arriver à la fin avec un citoyen
qui gagne un assez bon salaire — vous
savez, au Québec, un bon salaire, c'est 40 000 $, 50 000 $, je tiens à
le répéter — qui va
avoir contribué, par ses impôts, à
l'assurance autonomie, mais, lorsqu'il va être malade, parce qu'il a des
revenus de son fonds de pension suffisants,
pourrait ne pas avoir le droit à l'assurance autonomie parce que, son
allocation, comme le dit le ministre, je ne lui enlève pas de l'argent,
mais je ne lui en donne pas pour répondre à ses besoins.
Est-ce que
c'est une hypothèse qu'il y a des citoyens, au Québec, qui vont contribuer dans
leurs impôts… pourraient à la fin,
parce qu'ils ont des revenus suffisants, ne pas pouvoir profiter de l'assurance
autonomie? Puis c'est une question assez directe.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme Saint-Germain.
Saint-Germain (Raymonde) : Sous ce plan, il y a quand même eu
des simulations qui ont été faites par le comité Ménard, qui étaient très intéressantes et qui donnaient justement
les balises à respecter, et encore une fois nous, on recommande au ministère de préciser cette
information-là. C'est essentiel d'avoir le plan actuariel qui sous-tend à la
fois la hauteur des sommes qui seront
demandées, en conséquence les services qui seront requis et l'écart qui
demeurera entre les besoins et la
capacité d'offrir les services. Je pense que ce sont des critères très
importants. Et, oui, il faut toujours le dire, si on parle du fonds
consolidé ou du trésor public, bien c'est toujours un citoyen, un contribuable,
individu ou entreprise, et il y a l'usager,
le citoyen devenu usager, qui s'ajoute à ça, et la transparence va être très
importante pour faire comprendre et faire, en conséquence, accepter ou
non ce programme.
Présidente (Mme Proulx) : Merci beaucoup, Mme Saint-Germain. Le
temps étant maintenant écoulé, je vous remercie de votre présentation.
Compte
tenu de l'heure, je suspends les travaux de la commission jusqu'après les
affaires courantes, vers 15 heures. Et
je demande aux collègues de bien vouloir apporter leurs effets personnels et ne
pas les laisser dans la salle, s'il vous plaît. Merci.
(Suspension de la séance à 12
heures)
Président (M. Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, la commission reprend ses
travaux. Nous allons poursuivre, sans
plus tarder, les consultations
particulières et auditions publiques sur le livre blanc sur la création d'une assurance autonomie
intitulé L'autonomie pour tous .
Alors,
on reçoit maintenant, collègues, le Regroupement des aidants naturels
du Québec. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Vous avez 10 minutes pour faire votre
présentation, suivie d'un échange avec les membres de la commission.
Pour les fins d'enregistrement, est-ce que
vous pouvez donner vos noms, vos titres? Et le prochain 10 minutes, c'est à
vous.
M. Hernandez (Carlos M.) : Bon après-midi. Mon nom, c'est Carlos Miguel Hernandez, M. le Président, du Regroupement des aidants naturels du Québec. Je suis
accompagné de...
M. D'Astous-Tardif
(Mario) : Bonjour. Mario Tardif, coordonnateur du Regroupement des
aidants.
Mme Boucher (Nadine) : Bonjour. Nadine Boucher, agente de développement au Regroupement des aidants naturels du Québec.
M. Hernandez (Carlos M.) : Alors, voilà. D'abord, je vous remercie beaucoup,
M. le ministre, pour nous avoir invités à présenter un
mémoire, au nom du Regroupement des aidants naturels du Québec et aussi au nom
de tous les aidants naturels du Québec. Je vous remercie beaucoup de nous avoir
invités.
vous savez, les aidants naturels, c'est une aide sociale qui a toujours
existé et existera toujours, mais ce qui est nouveau, c'est que,
depuis trois ans, on s'est regroupés. Aujourd'hui, il y a un mouvement, le
Regroupement des aidants naturels, qui est
dans 17 régions sociosanitaires du Québec et puis il
y a plus de 80 groupes qui sont déjà
regroupés, et ça, seulement
en 13 ans de travail, avec les moyens du bord, comme on dit, des petits moyens,
mais des grosses bottines pour
marcher et aller chercher d'autres groupes. Alors, les aidants naturels que
nous, on représente, ce sont les aidants naturels qui sont auprès des aînés mais aussi qui sont auprès des
personnes handicapées, aussi des personnes avec une déficience intellectuelle, et aussi avec des
personnes qui ont des… santé mentale. Tous ces hommes et ces femmes-là, aujourd'hui, ils sont regroupés dans le Regroupement des aidants naturels du Québec,
comme je vous ai dit, en 17 régions. C'est
ça que nous, aujourd'hui, on aimerait bien : vous présenter leurs
voix. Nous avons fait, durant l'année, une visite de toutes ces régions-là et, dans ces régions,
nous avons vu qu'il y a des besoins, et ce sont ces besoins-là qu'on va
vous présenter aujourd'hui dans le mémoire.
but du mémoire est clair, nous aimerions améliorer les services de maintien à
domicile — ça,
c'est clair — et, en
même temps qu'on améliore le service de maintien à domicile, améliorer la vie de
ces hommes et ces femmes-là qui sont à domicile, qui sont aujourd'hui là, à l'intérieur de leurs
maisons, en train de prendre soin de nos malades. C'est eux que nous, on représente et c'est à eux qu'aujourd'hui
nous aimerions bien… vous présenter ce mémoire. Pour ça, j'invite Nadine
pour continuer.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Boucher.
Mme Boucher (Nadine) : Alors, bonjour à toutes et à tous. Merci, M. le
Président. Donc, comme notre mémoire, que
nous vous avons transmis, comporte 26 recommandations, on ne va pas prendre le
peu de temps qu'on a aujourd'hui pour vous entretenir de ces 26
recommandations, mais on aimerait attirer votre attention sur trois points
privilégiés, trois points sur lesquels on aimerait orienter la discussion
aujourd'hui.
Alors, le
premier, c'est que, dans le projet d'assurance autonomie, il y ait une réelle
connaissance et reconnaissance des
personnes aidantes, et cette réelle connaissance et reconnaissance des personnes
aidantes, elle s'exprime de deux manières : premièrement, de reconnaître les personnes aidantes comme des
partenaires du réseau de la santé, les experts qui connaissent la réalité de leurs
proches aidants et, deuxièmement, de reconnaître les personnes aidantes
également comme des personnes qui ont
des besoins, des demandeurs de services. Alors, lors d'une plateforme de
revendications communes qui a été réalisée dans 15 régions du Québec par le Regroupement des aidants naturels du
Québec auprès de plus de 260 personnes aidantes et intervenantes dans le milieu, il y a un point récurrent qui a fait
l'unanimité, et cette idée-là, c'est qu'il y a une déshumanisation des soins au niveau des soins, des
services qui sont offerts aux personnes aidantes, et cette déshumanisation
des soins, elle s'exprime notamment par le
fait qu'on ne les reconnaît pas, on ne reconnaît pas le fait que ce sont des
personnes aidantes qui ont des besoins et qui sont des partenaires du
réseau de la santé.
Alors, on dit qu'il
n'y a pas de reconnaissance officielle dans la plateforme du statut d'aidant de
la part du gouvernement, et l'expertise du
proche aidant n'est pas prise en compte ou n'est pas reconnue dans le réseau de
la santé, même si, parmi les gens qui
sont en contact avec la personne aidée, le proche aidant est la personne qui
connaît bien les besoins de la
personne aidée de laquelle elle s'occupe. Première chose. Et, deuxièmement, de
reconnaître les personnes aidantes
comme des demandeurs de services. Parce que souvent la réalité d'une personne
aidante, elle est associée souvent à
différentes problématiques. On parle d'isolement, d'épuisement,
d'appauvrissement, plusieurs problèmes de santé. Et c'est fragilisant, être une personne aidante,
c'est fragilisant, accompagner quelqu'un qu'on aime vers la mort, c'est
fragilisant d'accompagner un proche
dont