Culture and Education — 22 March 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-03-22
Quebec — Committees
(Dix-sept heures quarante-deux
minutes)
Présidente (Mme Guillemette) : Donc, votre attention, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture
et de l'éducation ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre
l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue
officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Allaire (Maskinongé) sera remplacé par Mme Jeannotte
(Labelle); Mme Foster (Charlevoix—Côte-de-Beaupré), par M. Lévesque
(Chapleau); M. Lemieux (Saint-Jean), par M. Caron (Portneuf); Mme Rizqy
(Saint-Laurent), par M. Barrette (La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie),
par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); Mme Dorion (Taschereau), par Mme Ghazal
(Mercier); et Mme Hivon (Joliette), par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
Mme la secrétaire. Donc, lors de notre ajournement, jeudi dernier, la
commission en était à l'étude d'un amendement présenté par le député de La
Pinière, visant à modifier l'article 88.1 introduit par l'article 62 du projet
de loi. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur cet amendement? Mme la
députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Merci, Mme la
Présidente. On reprend nos habitudes dans cette salle-ci, moderne, plus fraîche
que la semaine dernière. Alors, on va être bien, hein, les esprits vont être
calmes, et tout. Alors, dans cet esprit-là, je vais vous dire que nous allons
retirer cet amendement-là, pour toutes sortes de raisons, dont une qui est le
fait que le député de La Pinière n'est pas là, et deuxièmement ,
parce qu'on s'est aperçu, en relisant comme il faut, que peut-être que les
réponses se trouvaient déjà dans d'autres paragraphes, d'autres articles. Donc,
ne voulant pas faire oeuvre inutile de temps passé à un amendement qui se
retrouve dans d'autres paragraphes et avec un souci d'exemplarité, nous allons
retirer notre amendement.
La Présidente (Mme Guillemette) : ...consentement
pour retirer l'amendement?
La Présidente (Mme Guillemette) :
C'est ça. D'habitude, c'est sur l'auteur de l'amendement qui peut le retirer,
mais, comme le député de La Pinière n'est pas là... Avec le consentement, on me
dit qu'on peut tout faire. Donc, s'il y a consentement de tout le monde...
M. Jolin-Barrette : On consent.
La Présidente (Mme Guillemette) : On
consent. Donc, nous pouvons retirer l'amendement. Donc, nous revenons à
l'article 62... l'article 88.11.
M. Jolin-Barrette : Oui, avec
votre... Bien, peut-être que... Est-ce qu'il y a d'autres questions sur 88.11, Mme la Présidente? Puis, avec votre permission,
après ça, peut-être qu'on pourrait revenir, si mes collègues sont d'accord,
à l'amendement qu'on avait déposé à 88.9.1, relativement à la politique en
matière d'immigration. Donc, peut-être qu'on pourrait fermer 88.11 puis, si on
a terminé, revenir, si mes collègues sont prêts.
La Présidente (Mme Guillemette) : Sur
celui qui a été suspendu?
M. Jolin-Barrette : Oui.
La Présidente (Mme Guillemette) : D'accord.
Donc, est-ce qu'il y a consentement?
Mme David : Bien, oui, il y a
consentement, parce que, tel que je l'avais promis la semaine dernière, j'ai
fait mes devoirs pendant la fin de semaine et je suis prête à poser des
questions au ministre.
M. Jolin-Barrette : Mais juste
avant, Mme la Présidente, il n'y a plus d'autres questions sur 88.11?
M. Jolin-Barrette : O.K. Puis juste vous
informer, Mme la Présidente, j'ai communiqué à la commission, hier, certains amendements en prévision de leur adoption
éventuelle, et également, ce matin, on a envoyé d'autres amendements aux
membres de la commission, des amendements qui sont prêts puis qui sont sur le
site Greffier également, qui vont venir plus
tard, conformément aux souhaits de la députée de Marguerite-Bourgeoys qui m'ont
été formulés la semaine dernière.
La Présidente
(Mme Guillemette) : Les amendements sont déjà déposés sur
Greffier?
M. Jolin-Barrette :
Oui.
La Présidente (Mme Guillemette) : Parfait,
merci. Donc, excusez... M. le ministre, vous pouvez nous présenter
la suite?
M. Jolin-Barrette : Oui, bien, en fait, on
revient à 88.9.1 et là... bien, en fait, à l'article 62 qui avait été
suspendu. Je vais le relire pour les
fins des travaux : À l'article 62 du projet loi, insérer, après
l'article 88.9 de la Charte de la langue française qu'il propose,
l'article suivant :
«88.9.1. La politique
québécoise en matière d'immigration visée à l'article 3 de la
Loi sur
l'immigration au Québec doit être conforme à l'objectif de faire du français la
langue commune.»
La Présidente (Mme Guillemette) : Donc,
des commentaires? Oui, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Oui. Alors, je vais
déposer un sous-amendement. C'est-tu ça, un sous-amendement? Parce que c'est
un amendement.
La Présidente
(Mme Guillemette) : C'est un amendement que vous venez de faire
déposer sur le Greffier?
La Présidente
(Mme Guillemette) : Parfait. Donc, on va le mettre à l'écran,
s'il vous plaît. Il est déjà sur le Greffier. Donc, vous pouvez nous le
présenter, votre sous-amendement, Mme la députée.
Mme David : Avec plaisir, Mme la
Présidente. Alors, l'article 62 : L'amendement proposé par le député
de Borduas qui introduit l'article 88.9.1 de la Charte de la langue
française introduit par l'article 62 du projet de loi est modifié
par :
1° le
remplacement du chiffre «3», après le mot «article», par le chiffre «2»;
2° le
remplacement des mots «Loi sur l'immigration du Québec (chapitre I-0.2.1)»
par «Loi sur le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion
(chapitre M-16.1)».
Commentaires.
L'article 88.9.1 de la Charte de la langue française introduit par
l'article 62 du projet de loi, tel que sous-amendé, se lirait ainsi :
«88.9.1. La politique
québécoise en matière d'immigration, visée à l'article 2 de la
Loi sur le
ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion
(chapitre M-16.1) doit être conforme à l'objectif de faire du français la
langue commune.
Explications, Mme la
Présidente. On a fait nos devoirs, on est revenus, même, dans l'histoire, que
le ministre aime beaucoup, et l'amendement proposé vise à indiquer, dans la Loi
sur l'immigration au Québec, que la politique d'immigration doit être conforme
avec l'objectif de faire du français une langue commune.
Alors, la question
première : Est-ce que l'amendement est placé au bon endroit? Alors, le
ministre souhaite que son amendement touche la politique d'immigration visée à
l'article 3 de la
Loi sur l'immigration du Québec, cet
article qui se lit ainsi : «Afin d'élaborer
une planification pluriannuelle de l'immigration»... Excusez-moi de faire un
petit arrêt à ce mot, «pluriannuelle», parce que vous étiez peut-être là
quand j'ai beaucoup, beaucoup plaidé le pluriannuel pour la question des devis
au collégial, et le ministre n'a pas... enfin, vous dire que le gouvernement
n'a pas accepté mon amendement, mais il
existe, disons, du pluriannuel dans la
planification de l'immigration. Il pourrait y en avoir dans la
planification des étudiants au collégial, exactement pour les mêmes raisons.
Mais ça, c'est ma petite parenthèse, que je referme, mais... Donc, le ministre
connaît très bien le mot «pluriannuel», puisqu'il a été lui-même ministre de
l'Immigration et qu'il a dû, donc, travailler dans une perspective de
pluriannuel.
Alors,
je recommence : «Afin d'élaborer une planification pluriannuelle de
l'immigration, le ministre, en tenant compte notamment de la politique
québécoise en matière d'immigration, de la demande d'immigration, des besoins
du Québec, dont ceux de ses régions, ainsi que de sa capacité d'accueil et
d'intégration, propose des orientations pluriannuelles au gouvernement pour
leur approbation.»
Or, quand on fait le
travail plus en profondeur et que l'on cherche ce qui dicte le contenu de cette
politique, on se rend plutôt compte que cela
est contenu dans une autre loi, à l'article 2 de la
Loi sur le ministère
de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, qui se lit ainsi,
deuxièmement,
article 2 :
«Le ministre élabore
et propose au gouvernement des orientations des politiques sur l'immigration et
la pleine participation en français des
personnes immigrantes et des minorités ethnoculturelles à la société québécoise
en toute égalité et dans le respect
des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises exprimées par la Charte
des droits et libertés de la personne (chapitre C-12). Il élabore
notamment une politique québécoise en ces matières.
ministre coordonne la mise en oeuvre de ces orientations et de ces politiques
et en effectue le suivi afin d'en assurer la pertinence et
l'efficacité.»
On remarque donc que la
Loi sur le ministère de
l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion prévoit déjà que le ministre élabore
et propose au gouvernement des orientations ou des politiques sur l'immigration
et la pleine participation en français des
personnes immigrantes. Donc, nous avons déjà, dans la
Loi sur le ministère de
l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, une obligation légale
envers l'élaboration de politiques visant la pleine participation en français. Alors, ça recoupe l'essence même de
l'amendement du ministre. Alors, outre la redondance, pourrait-on dire,
la question se pose à savoir si l'amendement ne devrait pas y faire référence.
Allons aussi voir la politique d'immigration du
Québec. Il se trouve qu'elle a été publiée en 2016 par notre collègue d'alors,
la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Il s'agit d'un beau document, je me
souviens, qui s'intitule Ensemble, nous
sommes le Québec . Alors, dans la
préface, on dit : «Assurer l'accès rapide des personnes immigrantes
à une vie professionnelle à la hauteur de
leurs compétences, ainsi que la vitalité du français — on
retrouve le français — notamment par des services de
francisation misant sur l'acquisition de compétences nécessaires à une insertion rapide au marché du travail.» Puis on
ajoute aussi : «On y propose une vision d'avenir pour le Québec, celle
d'une société francophone et inclusive, qui
vise une plus grande prospérité en s'appuyant sur l'immigration et la pleine
participation des personnes immigrantes et des minorités ethnoculturelles.»
Quand on fait une lecture détaillée de cette
politique, on peut, entre autres, y trouver des prémisses de base, incluant : «L'immigration joue un rôle
important pour accroître la prospérité du Québec et la vitalité du français.»
On retrouve le français. La
section Contexte de cette politique contient
d'ailleurs une
section intitulée : Le français, clé de voûte pour la réussite de la participation
économique et sociale et la vitalité de la langue commune. Donc, pas nécessaire
de faire toute la nomenclature de ce que
contient cette politique, mais je ne peux que me questionner sur l'amendement
du ministre, parce que, dans les faits, et c'est déjà ça, la politique fait la
promotion de la langue commune.
Alors,
remontons plus loin. La précédente politique datait de 1991. Elle avait été
rédigée sous le gouvernement Bourassa par la ministre Monique Gagnon-Tremblay.
Il s'agit d'un intéressant document, qui se nomme Au Québec, pour bâtir
ensemble . La préface, qui était signée par le premier ministre d'alors, Robert
Bourassa, indique d'ailleurs : «Qu'il
s'agisse du redressement démographique, de la pérennité du fait français ou de
l'adaptation de notre économie aux nouvelles réalités internationales,
l'immigration constitue une de nos priorités d'intervention en vue d'édifier
une société dynamique, compétitive et ouverte.» La préface de la ministre de
l'époque indique aussi : «Elle dépend tout autant — cette
politique — de
notre volonté et de notre habileté, comme Québécois, à faciliter l'intégration
des immigrants à une société d'accueil