Public Finance — 11 February 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2015-02-11
Quebec — Committees
Maintenant,
plusieurs disent : Non, mais on voit déjà des
efforts du côté des dépenses. Je
pense qu'il faut reconnaître que oui, hein, le gouvernement actuel semble
bien contrôler la croissance des dépenses, ça mérite d'être salué parce que c'est
assez rare. Donc, il semble que c'est, pour l'instant, bien engagé. L'an
prochain va être un exercice particulièrement crucial à ce regard-ci.
Donc, est-ce qu'on va pouvoir vraiment contrôler la croissance des dépenses, notamment
des dépenses de programmes, autant qu'on l'a dit, hein, d'avoir une si petite augmentation?
On le souhaite.
Certains voient même
dans la situation présente un cas d'austérité, hein? Donc, il y a un sens économique
à l'austérité, c'est des diminutions concrètes de dépenses sur un plan global,
donc c'est possible de vérifier dans les documents budgétaires si c'est le cas.
Ce n'est pas le cas. Les dépenses, elles augmentent année après année; moins rapidement
que certains le voudraient, mais ça, c'est toujours le cas. Donc, on ne peut certainement
pas décrire la situation actuelle comme de l'austérité. Il y a
certains ministères, certains organismes qui subissent des baisses de
leur financement, et d'autres, au contraire, subissent des hausses.
On appelle ça prioriser, ce n'est pas de l'austérité. En
fait, la réaction à laquelle on assiste,
c'est peut-être une réaction d'hystérité, mais il n'y a pas d'austérité dans
les finances publiques.
Évidemment,
le portrait général, je pense qu'il est relativement clair. On essaie
d'inciter aussi une réflexion à plus long
terme qui n'est peut-être pas porteuse de résultat immédiat mais qui va peut-être
changer les façons de faire, c'est ce qu'on appelle faire les
choses autrement, et mon collègue va vous donner quelques exemples de cette
approche.
Le Président (M.
Bernier) : M. Guénette.
M. Guénette (Jasmin) : Merci, Youri. En fait, oui, faire les choses
autrement, on entend souvent ça. Ce n'est pas simplement... Ce n'est pas
juste un «buzzword», comme on dit, mais nous, on a quelques exemples qu'on veut
vous présenter ici ce matin pour illustrer que c'est possible.
Actuellement dans le débat, souvent c'est soit on coupe ou ça coûte plus cher.
Alors, nous, on trouve que c'est important de maintenir les services mais de les livrer
d'une façon différente. Le ministre Leitão avait affirmé il y a quelque temps vouloir maintenir les services, mais que ceux-ci
pourraient être livrés et rendus par des entreprises privées ou encore des organismes
communautaires. À notre avis, en fait, c'est la voie à suivre. Le débat sur les finances, ce
n'est pas tant un débat gauche-droite qu'un
débat où on veut trouver des solutions pour rendre les services actuels et
obtenir les meilleurs résultats.
Trois
exemples très, très brefs. Premièrement, on a sorti en début d'année une note économique
sur les services policiers. Au Québec,
les budgets de la Sûreté du Québec et
des services policiers municipaux ont explosé, depuis 25 ans ça a doublé. Et là les réponses du législateur, c'est
souvent de vouloir couper des postes, et, bien sûr, bien ça, ça vient
avec une coupure de services. Alors, nous,
ce qu'on propose — on donne
cet exemple-là pour illustrer notre propos — ce qu'on propose notamment, c'est de complémenter le travail des policiers avec
l'ajout de civils bien formés ou encore d'entreprises privées de sécurité, c'est-à-dire de libérer les
policiers des tâches administratives qu'ils doivent accomplir à chaque
jour. On estime que c'est près de 40 %
des tâches que les policiers effectuent au quotidien qui sont des tâches
administratives qui pourraient être
données à des civils bien formés ou à des agents de sécurité privée. Ça
permettrait de sauver des coûts, notamment sur la masse salariale, et
ça, ça rendrait le service beaucoup plus efficace, puisque les policiers
seraient davantage sur le terrain à faire les tâches pour lesquelles ils ont
reçu une formation exceptionnelle.
Notamment
on pense aussi en éducation, où c'est possible de faire les choses autrement.
On le voit, les élections scolaires sont presque ignorées, les réformes
sont critiquées, le taux de décrochage des garçons est très élevé, et c'est possible de faire autrement et de rendre les
écoles plus autonomes, c'est-à-dire que, plutôt que d'avoir cette structure
qui alourdit un peu le système, les
ressources allouées à l'éducation seraient directement remises au niveau des
écoles. On voit que ça se fait en Suède notamment et on remarque que ça
a vraiment stimulé l'innovation scolaire...
Le Président (M.
Bernier) : En conclusion, s'il vous plaît, parce que le temps
est...
M. Guénette (Jasmin) : Bien, oui, en conclusion, donc, nous, ce qu'on
propose, c'est... on invite le gouvernement à faire les choses
autrement; à continuer à livrer les services, mais simplement de rendre ces
services-là avec le souci d'obtenir de meilleurs résultats dans le contexte
budgétaire actuel. Merci.
Le Président (M. Bernier) :
Merci beaucoup. M. le ministre, la parole est à vous pour un premier bloc
d'échange.
M. Leitão :
Très bien. Merci beaucoup, M. le Président. Messieurs, merci beaucoup d'être
là, et j'apprécie beaucoup vos commentaires, c'est un peu rafraîchissant. Nous
avons entendu beaucoup de groupes, et votre opinion diffère de ce qu'on a entendu avant, et je dois vous dire que c'est
beaucoup plus proche de ce que moi, je pense. Donc, ce côté-là, M. le
Président, on finit en beauté, on dirait.
Le Président (M.
Bernier) : ...tous les groupes puissent s'exprimer en
commission.
M. Leitão :
Absolument. Maintenant, il y a... Combien de temps nous avons?
Le Président (M.
Bernier) : Vous avez 10 minutes.
M. Leitão :
10 minutes, oui, O.K.
Le Président (M.
Bernier) : ...une minute de passée.
M. Leitão : Une minute de passée. Bon, on va commencer par la fin. Vous parliez des
trois sujets, trois exemples de faire les choses différemment. Vous
n'avez pas eu le temps d'arriver à la troisième, alors si vous pouvez y aller...
M. Guénette (Jasmin) : Ça concerne la santé. En fait, c'est presque la
moitié du budget du gouvernement, santé et
services sociaux. Alors, il y a possibilité de faire les choses autrement aussi en santé. Nous, on pense, par
exemple, à l'assurance maladie
duplicative, l'assurance maladie privée duplicative qui assure les mêmes
traitements que l'assurance publique
mais qui permet d'être soigné au privé. Ça n'existe pas au Québec, et pourtant
tous les pays, à ma connaissance, de
l'OCDE ont ce genre d'assurance privée duplicative qui permet aux gens d'aller
se faire soigner au privé sans enlever aucune
ressource au réseau public, ça, c'est important de le mentionner. Et, les
effets positifs, on les aperçoit notamment dans les travaux qu'on a
faits au Danemark, il y a eu une réduction de 10 % de l'utilisation des
services hospitaliers publics. On voit bien
que ce genre de mesure là, donc, pour ceux qui le souhaitent, pour ceux qui le
souhaitent, ça leur permet d'avoir accès à des services et ça
désengorge, en quelque sorte, le réseau public. Et la présence d'assurance duplicative,
notamment au Danemark, n'a pas érodé les ressources du système public. Donc, en
fait, ça ajoute des ressources, il y a plus
de ressources en santé sans que le gouvernement ait lui-même à débourser
davantage pour financer les soins.
Alors, c'est le genre de mesure... Quand on dit : Faire les choses autrement,
on livre les mêmes services à la population, mais on les organise de
façon différente.
Le Président (M.
Bernier) : M. Chassin.
M. Chassin (Youri) : Et, si je peux me permettre un petit ajout, tous ces exemples-là,
finalement, ne sont pas des mesures
d'économie, hein, il n'y a pas d'argent que le gouvernement libère, mais, dans
une perspective de long terme, c'est drôlement intéressant d'y penser,
parce qu'on évite, finalement, en augmentant la qualité des services, l'espèce
de sempiternelle chanson qu'on entend de plusieurs, qui réclament à chaque fois
que le service public, finalement, n'est pas
de qualité ou ne donne pas de suffisamment bons résultats... on réclame
davantage de ressources. Et je pense qu'il y a cette espèce de pression constante sur les finances publiques qu'on
évite en ayant la possibilité de faire les choses autrement et d'avoir
de meilleurs résultats dans les services publics.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
M. Leitão :
Merci. Maintenant, M. Chassin, j'aimerais vous amener un peu sur le... On
a parlé, bon, de l'équilibre budgétaire. Nous sommes à la veille, le budget aura lieu bientôt, donc on pourra
se rendre compte qu'en effet, en 2015‑2016, on va arriver à l'équilibre.
Et, comme nous savons tous, au Québec c'est après contribution au Fonds des
générations.
Alors,
j'aimerais vous entendre sur deux choses, d'abord la pertinence ou pas...
Quelle est votre opinion du Fonds des
générations, l'existence de ce fonds-là et des contributions qu'on y fait? Et
puis, deuxièmement, des enjeux à long terme, vous avez mentionné que, bon, O.K., très bien,
vous allez arriver à l'équilibre
budgétaire, bon, parfait, mais il
faut s'assurer qu'on le maintient, cet
équilibre-là, dans les années à venir. Alors, qu'est-ce que vous voyez comme
sujet de structurel de long terme... défis de long terme, plutôt?
Le Président (M.
Bernier) : M. Chassin.
M. Chassin
(Youri) : Merci. Pour le Fonds des générations, je pense que c'est tout
à fait pertinent comme mécanique de discipline dont le gouvernement se dote,
hein? Dans le fond, ça a commencé
modestement, le Fonds des générations, et plus ça va, plus on constate qu'il s'agit
d'un outil intéressant; qui n'empêche
pas la dette d'augmenter constamment, cependant ça donne une certaine discipline au gouvernement, qui une fois à l'équilibre
budgétaire continue de mettre de
l'argent en réserve et de dédier — je
pense que ça, c'est la clé — de dédier certains revenus à
assurer une meilleure santé financière pour l'avenir.
Donc, ça touche justement
des enjeux de long terme. Je pense qu'en termes d'enjeux de long terme le
premier auquel on pense, c'est que, là, on
n'est pas dans une croissance économique phénoménale, mais on n'est pas en
récession, il y a de la croissance économique. Est-ce qu'on est capables de
revenir à l'équilibre budgétaire quand il y a une croissance économique? Je
pense que vraiment, si on n'est pas capables, il y a vraiment un problème
particulier.
Évidemment, ça veut
dire aussi qu'on sait qu'éventuellement, parce que c'est cyclique, l'activité économique
va ralentir, voire décliner, peut-être
dans 10 ans, peut-être dans 20 ans. Souhaitons-nous qu'on ait le
temps, mais à tout le moins
commençons tout de suite à préparer ce long terme, donc, non seulement en arrivant à l'objectif du déficit zéro, mais en s'assurant de le maintenir pour longtemps, et éventuellement, je rajouterais aussi, en considérant des surplus — et là c'est le parti qui forme le gouvernement qui s'y est engagé — qui vont permettre pour moitié de diminuer
l'endettement et pour moitié de diminuer le fardeau fiscal des particuliers.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
Leitão : Très bien. Est-ce que... Vous pouvez y aller, les collègues.
Allez-y, on n'a pas beaucoup de temps.
Président (M. Bernier) : Bon, Mme la députée, une question. Il
y a votre collègue, par la suite, de Laval-des-Rapides.
Mme de Santis :
O.K., j'ai une question très rapide. Merci beaucoup d'être présents, bienvenue.
Mémoire et présentation très intéressants.
Moi,
j'aimerais poser une question sur un élément qu'on retrouve à la page 9 de
votre mémoire. Vous dites que seulement
22,8 % des immigrants investisseurs arrivés de 2003 à 2012 sont encore
présents au Québec en 2014 et quand pour l'ensemble des catégories
d'immigrants ce taux de rétention s'élève plutôt à 72,3 %. Est-ce que vous
avez une explication pour cela?
Le Présiden