Culture and Education — 9 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-02-09
Quebec — Committees
(Onze
heures quarante-huit)
La Présidente
(Mme Thériault) : Votre attention, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de
l'éducation ouverte.
commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi
n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Foster (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)
sera remplacée par M. Lévesque (Chapleau); Mme Rizqy (Saint-Laurent),
par M. Barrette (La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie), par
M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); Mme Dorion (Taschereau), par
Mme Ghazal (Mercier); et Mme Hivon (Joliette), par M. Bérubé
(Matane-Matapédia).
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. Donc, aujourd'hui, nous poursuivons
l'étude de l'amendement, c'est là où nous en étions rendus hier, à l'amendement
qui avait été déposé... proposé par la députée de Mercier, qui visait à
modifier l'article 29.6 introduit par l'article 19 du projet de loi.
Avant de poursuivre,
juste un rappel, nous allons d'abord étudier tous les articles, il y en a 22,
qui sont introduits par l'article 19 et, à la fin, nous allons étudier les
intitulés, les sections et les sous-sections qui sont introduits par ce même
article, soit juste avant la mise aux voix de l'article 19.
Donc, hier, nous
étions en discussion sur l'amendement de Mme la députée de Mercier. À vous la
parole.
Mme Ghazal :
...un autre amendement soit déposé à 29.7.1, et donc on pourra le déposer quand
on sera rendus là, qui dit qu'il faudrait qu'il y ait un bilan où les données
des inscriptions dans les institutions francophones au Québec soient rendues
publiques annuellement. Et je pense qu'il a été déposé sur Greffier. Donc, on
pourra avoir la discussion à ce moment-là. Donc, je demande le consentement de
retirer mon amendement à 29.6.
La Présidente (Mme
Thériault) : Parfait. Il y a consentement pour retirer? Consentement.
Merci. Donc, comme vous l'avez dit, on le reverra à 29.7.1. Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys, sur l'article 29.6, puisqu'on n'a plus l'amendement
de la députée de Mercier, on retourne à l'article 29.6.
Mme David :
On retourne à l'article en général?
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui, l'article en général, avant de passer à l'autre.
Jolin-Barrette : ...avez un amendement, Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Bien, j'ai un amendement.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui, hier... Je vais juste faire une mise en contexte.
Hier, vous aviez annoncé... Vous aviez eu la
discussion avec le ministre que vous souhaitiez que les universités hors Québec
francophones puissent se parler pour éviter de drainer les autres universités
francophones. Vous aviez annoncé l'intention d'avoir un amendement. Hors micro,
vous avez travaillé avec le ministre. Le ministre vous a fait une proposition.
Donc, on serait rendus là. Et vous aviez
également émis un certain nombre de questions par rapport au fait que les
établissements doivent travailler ensemble avec la réalité. Donc, la parole est
à vous pour présenter vos choses.
Mme David :
Alors, merci beaucoup. Donc, oui, effectivement, je disais hier que c'était un
aspect important, petit, court, mais très important, du projet de loi
n° 96, et qui parle des institutions d'enseignement postsecondaire au Québec, et au Canada, et dans la francophonie canadienne,
et donc qui donne l'initiative... qui prend l'initiative de pouvoir
donner une parité de droits de scolarité aux étudiants hors Québec qui étudient
en français.
Alors là, on a eu la
discussion hier sur qui étudie en français. Ce n'est pas qu'un francophone
qu'on appelle hors Québec, ça peut être aussi des gens qui sont francophiles
par toutes sortes d'autres raisons et qui pourraient venir au Québec dans le
cas où, dans le projet de loi qu'on a sous les yeux... si le programme n'est
pas offert dans la province, mais là on... j'avais commencé à discuter de le
donner... n'est pas offert... Je changerais juste un petit mot de français, là,
plutôt que «donné», ce n'est pas très français, on va dire «offert», en
français, ailleurs au Canada. Donc, j'ai senti une grande ouverture du ministre
à cet effet-là, et donc je pourrai déposer un amendement pour étendre la portée
de cette question d'offert dans la province ou offert dans le reste du Canada.
La Présidente (Mme
Thériault) : ...la lecture de votre amendement?
Mme David : Oui, mais j'aurais déjà
un petit sous-amendement, de français. Alors, je ne sais pas ce qui est déposé,
ça doit être ce que j'ai dans les mains ici.
La Présidente (Mme Thériault) : Ce
que vous avez dans les mains, c'est ce que vous devez nous lire d'abord, puis
on regardera si on fait un sous-amendement.
Mme David : Alors, parfait, tout à
fait, petit ajustement.
Article 19,
article 29.6 de la Charte
de la langue française.
À l'article 19 du projet de loi, remplacer,
dans le premier alinéa de l'article 29.6 de la Charte de la langue
française qu'il propose, «offert dans la province ou le territoire où elle est
domiciliée» par «donné en français ailleurs au Canada».
Commentaires : Cet amendement propose d'apporter
une modification à l'article 29.6 de la Charte de la langue française que
propose l'article 19 du projet de loi pour y préciser qu'il confère le
droit qu'il prévoit seulement lorsque le programme d'études donné en français
n'est offert nulle part ailleurs au Canada qu'au Québec.
Texte amendé de l'article 29.6 :
«Toute personne qui est domiciliée au Canada et
qui n'est pas un résident du Québec a droit, lorsqu'elle suit, dans un
établissement d'enseignement collégial ou universitaire visé à l'article 88.0.1,
un programme d'études donné en français qui
n'est pas donné en français ailleurs au Canada, d'acquitter les mêmes droits de
scolarité qu'un résident du Québec pourvu que, selon l'établissement,
elle ait au moment de son admission une connaissance suffisante du français lui
permettant de suivre avec succès ce programme.»
Alors, ça, c'est le texte de l'amendement. Ce
que je peux en dire, c'est... Oui, on est, je pense, dans un amendement qui est
très raisonnable parce que... et raisonnable au... et en pleine, je dirais,
conscience d'une réalité hors Québec dans la
francophonie, qui peut être difficile. On le sait, que les que les
universités et les collèges francophones hors Québec n'ont pas toujours
la vie facile et que c'est très, très important de pouvoir ne pas se... non
seulement se cannibaliser entre eux... Ils ont déjà de la difficulté. Ils ont
des problèmes de financement. Alors, ce qui serait inquiétant, c'est de drainer tous ces étudiants avec une attractivité
qui est presque irrésistible, d'attirer ces étudiants-là au Québec.
Malgré tout l'accueil qu'on veut leur montrer, il peut y avoir quand même une
perte pour les établissements hors Québec francophones.
Donc, ce que nous disons ici, c'est, pour ne pas
créer d'imbroglios interprovinciaux dans les établissements francophones hors
Québec, qu'un étudiant, par exemple, d'une université francophone de
Terre-Neuve ne vienne pas automatiquement au Québec, mais puisse aller dans une
autre province canadienne qui offrirait le programme que l'étudiant recherche.
Et ça touche énormément, je tiens à le dire au micro, l'Université de Moncton,
qui est une université fort importante dans
la francophonie, où on participe, d'ailleurs... avec des programmes de médecine
délocalisés. On a des liens très importants. Alors, ce n'est certainement pas,
je pense, l'objectif du Québec ni du gouvernement actuel d'aller vider de ses
étudiants les salles de classe de l'Université de Moncton.
Alors, ce qui est important, c'est de
dire : Si le programme ne se donne pas ailleurs au Canada en français, là,
il pourra évidemment contempler l'idée de venir au Québec avec des droits de
scolarité offerts au même tarif que les étudiants
canadiens. Il faut... Il est important de dire que les tarifs actuels sont à
peu près le double des tarifs québécois pour un étudiant hors Québec qui
vient dans un programme du Québec.
Maintenant, là, pour ceux qui nous écoutent,
c'est clair que ça s'adresse à des étudiants qui vont venir dans les programmes
francophones au Québec, et là j'insiste, parce que, sinon, on sait qu'il y a
des universités et des collèges québécois
qui reçoivent beaucoup d'étudiants anglophones qui viennent hors Québec, d'une
province en dehors du Québec, et on est très contents de les accueillir,
mais je voudrais... Je ne veux pas les décevoir, mais ça s'adresse vraiment aux étudiants francophones hors Québec ou
francophiles qui décideraient de venir étudier en français au Québec.
Alors, il y a certains collèges et universités
anglophones qui ont des étudiants en assez grand nombre, d'ailleurs,
anglophones hors Québec qui viennent ici pour toutes sortes de raisons, parce
que ce sont de très bonnes universités, parce qu'ils veulent venir visiter le
Québec, et on est très contents, mais ce ne sont pas eux qui pourront profiter
du tarif de parité avec les étudiants francophones... les étudiants du Québec,
je veux dire. Mais je tiens à dire quand
même... Puis là je ne suis plus de l'autre côté, au gouvernement, mais je tiens
quand même à défendre une politique que nous avons au Québec depuis très
longtemps, d'avoir des tarifs spéciaux pour les étudiants hors Québec, mais canadiens, on l'appelle... les étudiants canadiens
hors Québec, d'environ 7 000 $ par année, comparativement à
3 000 $ et quelques pour le tarif
québécois de base, je dirais, et ce tarif-là est nettement inférieur au tarif
des étudiants internationaux, alors, sauf la France et la Belgique.
Donc là, il y aurait eu une spécificité
additionnelle qui n'existe pas, je pense, en ce moment, dans le statut des...
dans les grilles de tarification du ministère de l'Enseignement supérieur, à
savoir rajouter une nouvelle catégorie de parité complète, là, le même tarif
pour, donc, les étudiants qui viennent étudier d'une province hors du Canada,
mais en français, pour un programme qui n'est pas offert dans leur province, et
ça serait au tarif québécois.
Donc, je pense que c'est une belle mesure pour
supporter la francophonie hors Québec et pour montrer... Et, ça, je pense qu'on
va le... On le regarde, on est très attentifs à regarder partout dans le projet
de loi ce qui concerne les ententes du Québec avec le reste du Canada,
particulièrement dans la francophonie, et c'est très important. On a un rôle
majeur à jouer en ce qui a trait au support et à la collaboration avec les
francophones hors Québec et francophiles, j'oserais dire.
Donc, c'est... J'aurais un petit
commentaire, parce que ça, c'est mon petit côté linguistique qui me... mon
petit hamster qui bouge toujours dans ma tête, je n'aime pas le mot «donné». On
ne donne pas un programme en français. On
offre un programme en français. On dispense un programme en français. Mais,
«donner», c'est un mot trop courant d'usage, je dirais, non écrit,
plutôt oral. Alors, moi, en tout respect, à la deuxième lecture, là, je dirais
plutôt qu'il n'est pas offert en français.
D'ailleurs, c'était comme ça que c'était écrit dans la première mouture,
«offert en français ailleurs au Canada», tout simplement. Ça serait ma
petite suggestion.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Alors, Mme la Présidente, sur le dernier point, sur «donné», enfin, on ne
souhaite pas que ça soit offert parce qu'on souhaite que ça soit donné ou
dispensé. Si vous me permettez, on va faire les vérifications linguistiques
précises pour avoir le bon terme, mais ce qu'on veut dire, c'est que,
l'enseignement, il est en français. Donc, il
est donné en français, il est dispensé en français parce que ce n'est pas une
option, là. Tu sais, dans «offert», c'est comme si on avait l'option que
ce soit dans une autre langue. On veut vraiment que ça soit en français.
Donc, on va faire la
vérification pour utiliser le bon terme précis, mais l'intention de
l'amendement, c'est parce qu'on veut que ça soit dans le cadre lorsque ce n'est
pas dispensé... lorsque ce n'est pas donné en français dans un autre État
fédéré de la fédération canadienne. Et également l'inscription au programme au
Québec pour l'étudiant franco-canadien qui
va venir, bien, ça doit être absolument un cours donné en français au Québec,
dans un établissement francophone. Donc, ça ne sera pas, exemple, le
E.M.B.A. à HEC Montréal. Ce programme-là n'est pas admissible parce qu'il est
en anglais.
L'objectif de la
disposition est véritablement de faire en sorte que les étudiants
franco-canadiens pourront venir étudier au
Québec si... Et là on a entendu les représentations, là, de l'Association des
collèges et universités de la francophonie
canadienne, l'ACUFC, l'Université de Moncton, la société nationale des Acadiens
du Nouveau-Brunswick, la Société de
l'Acadie du Nouveau-Brunswick également, qui souhaitent que les... en fait, que
notre disposition permette également
de maintenir l'attractivité des collèges et universités francophones dans le
reste du Canada. Alors, l'objectif, il est
le suivant, mais on souhaite également que, lorsque les Franco-canadiens vont
venir, en vertu de cette disposition-là, étudier au même tarif que les Québécois, bien, que ça soit en français
qu'ils étudient au Québec, dans un établissement francophone. Ça, c'est
très, très clair.
Alors, moi, ce que je
vous propose, c'est d'adopter l'amendement tel quel, avec «donné», et puis, si
jamais, linguistiquement, on nous dit que ça serait préférable d'utiliser un
autre mot, on reviendra le modifier par la suite.
Mme David :
Je voudrais juste suggérer au ministre qu'il y a un formidable dictionnaire de
la terminologie. L'OQLF est superéquipé pour répondre à votre question. Je ne
suis pas sûre de comprendre le problème, mais je serais tout à fait à l'aise avec «dispensé». Moi, je suis allée voir
Antidote, puis à quoi ça correspond, si vous préférez, mais, en tout
cas... Puis il y a Marie-Éva de Villers qui est toujours disponible pour ce
genre de question là, mais j'apprécie qu'on
se pose les bonnes questions linguistiques. Si ce n'est pas dans cette fois-ci
qu'on le ferait, je pense qu'on le fera... c'est dans... Je ne sais pas
dans quelle loi on va le faire et... parce qu'on veut être absolument
exemplaires, en matière de langue française, nous-mêmes. Et j'apprécie le fait
qu'on puisse justement aller dans les... Je ne suis pas du tout contre l'idée que le programme soit absolument donné en
français, dans une université francophone ou un collège francophone, et donc qu'il soit donné, dispensé ou
offert, je comprends l'esprit, et évidemment que ça fait mon affaire.
La Présidente
(Mme Thériault) : D'accord. Je comprends qu'on pourrait, après...
On va prendre les autres commentaires, mais je comprends qu'on pourrait voter
cet amendement-là et que vous allez nous revenir avec des recommandations au
niveau de la linguistique. M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. Je tiens juste à saluer l'ouverture du ministre en ce
qui concerne cet amendement proposé par ma collègue. Je crois que, quand on
parle d'exemplarité, nous partageons tous une obligation traditionnelle, et qui
doit continuer en pérennité, du Québec de faire rayonner le français partout au
Canada et de n'épargner aucune opportunité
où nous pouvons accompagner les communautés francophones et acadiennes du pays à ce sujet. Moi, j'ai le plaisir d'être
notre porte-parole pour la francophonie canadienne et, dans mes
anciennes tâches, j'ai eu à m'impliquer au nom de la minorité linguistique du
Québec dans les batailles, à
titre d'exemple, pour protéger les droits minoritaires scolaires partout au pays dans la cause
Mahe, entre autres, dans les années 80, et d'épauler et de
travailler conjointement avec les comités à Ottawa qui faisaient tout ce qu'ils
pouvaient pour sauvegarder l'Hôpital Montfort, à
titre d'exemple.
En tout cas, voilà un
amendement, je crois, qui assure que les intentions du législateur sont très
claires. Évidemment, c'est d'accentuer à chaque possibilité une réciprocité
entre le Québec et les communautés francophones
et acadiennes du Canada. Et sans cet amendement, on risque d'avoir, comme je
dis, l'effet pervers. Il y a ces établissements dans le reste du pays
qui desservent les communautés francophones et acadiennes, nous, évidemment, on
ne peut pas dire quoi faire aux législatures
des autres provinces, mais voilà une façon constructive et réelle qu'on peut
épauler les communautés francophones
et acadiennes, et, à juste titre, je vois qu'on va le faire, alors, à notre
honneur collectif. Merci.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci. Est-ce que j'ai d'autres commentaires? M. le
ministre, ça vous va? Parfait. Donc, on est
prêts à mettre aux voix l'amendement proposé à l'article avec 29.6. Est-ce que
l'amendement adopté?
M. Jolin-Barrette : Adopté.
Présidente (Mme Thériault) :
Adopté. Parfait. Donc, nous retournons à l'article, comme tel, 29.6. Et
vous avez un amendement, vous nous avez annoncé une proposition d'amendement,
Mme la ministre, qui sera, après ce que le ministre nous a dit, reporté un peu
plus loin. Je vais vous laisser aller pour que vous puissiez expliquer la
discussion que vous avez eue hors micro sur
ce que vous voudriez présenter par rapport à inclure les établissements
d'enseignement.
Mme David : Je suis étonnée que le
ministre ne s'offusque pas de la façon dont vous m'avez appelée. Mais ça, moi,
j'ai entendu Mme la ministre, mais...
La Présidente (Mme Thériault) : Je
m'excuse, Mme la députée.
Mme David : Ce n'est pas grave.
M. Jolin-Barrette : Bien, vous
savez, Mme la Présidente, moi, je n'ai aucun malaise avec ça parce que,
lorsqu'on a été ministre...
Mme David : On l'est toute notre
vie. C'est ça?
M. Jolin-Barrette : Bien,
honnêtement...
Mme David : Comme les honorables
sénateurs ou...
M. Jolin-Barrette : Le service
public, pour tous les gens qui l'ont fait, je pense qu'on doit reconnaître ça,
dans tous les sièges que l'on a occupés, puis surtout on sait à quel point vous
avez travaillé des heures importantes, hein,
j'imagine. Tout le monde qui a passé par là le sait. Et donc vous savez,
peut-être, parfois, que... ce n'est pas mon style, Mme la Présidente, ce n'est mon style, mais une fois n'est pas
coutume, peut être que, parfois, on devrait s'inspirer, là-dessus, du
fédéral, où il y a une reconnaissance de ceux qui ont siégé à
titre de ministre
la vie durant, et on le fait... je crois qu'on le fait bien pour les anciens
premiers ministres qui ont siégé, désormais, on les désigne par la fonction du
premier ministre M. Couillard, la première ministre Mme Marois. Je
pense que tous ensemble, on aurait intérêt à reconnaître. Alors, ça ne me
choque pas, loin de là, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) :
Bien, c'est vraiment très sage comme parole. J'étais présente au moment où
M. Charest, le premier ministre, M. Charest, a fait une cérémonie
spéciale avec l'Ordre national du Québec pour donner les titres de manière
permanente aux anciens premiers ministres, et tous les premiers ministres
étaient là, évidemment. Mais, oui, effectivement, les ministres ici, lorsqu'on
n'est plus ministre, on n'est plus ministre, on retourne à la vie de M. et de
Mme Tout-le-Monde. Donc, c'était l'initiative du gouvernement. Vous savez, si
M. Charest l'a fait pour les premiers ministres, il n'y a absolument rien
qui empêche votre gouvernement de le faire pour reconnaître l'apport des
anciens hommes et femmes politiques qui ont été ministres et qui ont servi le
Québec.
Donc, ceci étant dit, je vous laisse la parole,
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, sur la possibilité d'amendement.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien moi,
je propose un beau comité conjoint entre le ministre de la Justice, l'ancienne
ministre de l'Immigration et plein d'autres choses. Il y a eu un ministre
aussi, du côté du PQ, qui siège autour de la table, un ministre de la Santé,
ministre d'autres choses. On pourrait faire un beau comité pour réfléchir à
cette question-là et laisser un legs.
La Présidente (Mme Thériault) : On
aurait certainement beaucoup de plaisir.
Mme David : Bon, alors tout ça à
partir d'un autre beau lapsus, alors c'est... Moi, j'adore les lapsus, j'en ai
fait un métier et une carrière. Bon, alors là, je pense, mais je ne veux pas me
tromper de la procédure, Mme la Présidente, que, parce que je ne l'ai pas sous
les yeux, qu'on s'était entendus sur un autre amendement.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
ce que je vous proposerais, c'est qu'on vienne l'inclure... parce que la
députée de Mercier va déposer l'amendement... un amendement, bien, va insérer
un amendement à 29.7.1. Alors, ce que je vous suggérerais, ça serait de
sous-amender avant 29.7.1.
Mme David : ...29.7.2... 29.7.1...
Oui.
M. Jolin-Barrette : Oui. Donc,
est-ce que nous en avons la copie?
La Présidente (Mme Thériault) :
Peut-être juste faire la discussion dans le micro, que les gens comprennent où
est-ce qu'on s'en va parce que cette discussion-là a eu lieu hors micro.
David : En fait la discussion, c'est celle que j'ai déjà
abordée, je pense, hier ou... rapidement. C'est que... qu'il y ait...
c'était le sens de l'amendement, d'ailleurs, de Québec solidaire, qu'il y ait
un suivi sur l'impact de cette mesure-là. Et je vais un
petit peu plus loin, à la demande et à la suggestion des organismes Francos et
Acadiens, d'avoir un suivi, une espèce de comité de... Ils ont peur d'être
oubliés et que la mesure, ils la regardent passer puis ils ne soient pas
partie
prenante. Et donc, j'ai proposé... on va proposer de mettre toutes sortes de
structures sous la responsabilité du ministère de l'Enseignement supérieur pour
surveiller le suivi, comment les choses se passent, et tout ça. Donc, ça sera
essentiellement quelque chose qui met tout le monde dans le coup pour que
toutes les parties prenantes se sentent impliquées et consultées.
La Présidente (Mme Thériault) : O.K.
M. le ministre, ça vous va?
M. Jolin-Barrette : Oui, ça me
convient. Et aux fins de discussion, là, on pourrait insérer à 29.7.1, dans un deuxième alinéa, suite à l'amendement de la députée
de Mercier, le libellé suivant : Il consulte les établissements
d'enseignement collégial ou universitaire situés ailleurs au Canada sur les
effets de l'article 29.6, donc, l'article sur lequel on est présentement,
et fait état de ces consultations dans le rapport visé au premier alinéa, donc
dans le rapport annuel.
M. Jolin-Barrette : Donc, on
consulte les cégeps et les universités, mais pas les cégeps... les collèges et
les universités des autres États fédérés et on fait état des effets de
l'article 29.6 puis, en plus, c'est rendu public dans le rapport annuel du
ministère de l'Enseignement supérieur. Donc, c'est ce qu'on va...
Mme David : La seule question que
j'ai, c'est si ça... si vraiment nos craintes deviennent très, très, très
fondées puis qu'il y a une hécatombe au niveau des étudiants francos hors
Québec. Qu'est-ce qu'on fait ou est-ce qu'on ajuste la mesure? Est-ce qu'elle
est trop large? Est-ce qu'ils vont avoir un lieu pour appeler à Québec puis
dire : Mais ça n'a pas de bon sens, moi, je vais être obligé de fermer mon
programme, il n'y a plus personne. Je pense c'est ça, les craintes, dans le
fond, c'est de... Autant ils apprécient cette circulation, autant ils craignent
un petit peu l'évasion de nos étudiants.
Jolin-Barrette : Mais, déjà, on est en contact avec eux puis ça va
se poursuivre, le ministère de l'Enseignement supérieur également. Donc,
bien entendu qu'on va suivre l'évolution du dossier puis que c'est des
partenaires et donc on va assurer un suivi continu avec eux. Puis annuellement,
dans le rapport annuel du ministère de l'Enseignement supérieur, il va y avoir
l'état du suivi de l'impact de la mesure en lien avec eux.
Mme David : Et j'ajouterais même, je
pense, Mme la Présidente, je vérifie qu'il y a dans le prochain
article quelque
chose sur les ententes, les ententes hors Québec, et l'Enseignement supérieur
pourrait en faire
partie pour regarder la belle vitalité ou la moins belle
vitalité de ça et de disposer, à partir de l'autre
article que nous aurons, de
mesures, peut-être pour recadrer les choses si jamais ça ne va pas dans le sens...
qu'il n'y a personne qui en profite ou qu'il y en a trop, ou que c'est correct,
mais que ça pourrait être bilatéral aussi, là. Ça pourrait être... on pourrait
en envoyer, des Québécois, aussi, à l'Université de Moncton, là, voir ailleurs
comment ça se passe, ou en Ontario ou au Manitoba. Alors je pense que l'un
pourrait être assez complémentaire de l'autre.
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
Donc, on... est ce que j'ai d'autres interventions comme l'article 29.6?
Je n'en ai pas. Donc, on est prêt à passer à l'article 29.7. Il y aura une
introduction des deux amendements annoncés par la députée de Mercier et la
députée de Marguerite-Bourgeoys après l'adoption que la... discussion, pardon,
sera faite sur 29.7.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
29.7, Mme la Présidente. «Le ministre de l'Enseignement supérieur, de la
Recherche et de la Science et de la Technologie contribue à la mobilité des
étudiants francophones à travers le Canada, notamment par la conclusion
d'ententes, conformément à la loi.»
L'article 29.7 de la Charte de la langue
française que propose l'article 19 du projet de loi ajoute à la mission du
ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la
Technologie en prévoyant qu'il doit désormais contribuer à la mobilité des
étudiants francophones à travers le Canada.
La Présidente (Mme Thériault) :
Questions, commentaires sur le 29.7? Mme la députée de Mercier.
Ghazal : Oui. Bien, moi, je
n'ai pas de commentaires sur ça, mais je peux introduire maintenant
l'amendement?
La Présidente (Mme Thériault) : Du
moment qu'on termine la discussion sur 29.7...
La Présidente (Mme Thériault) :
...on passe à 29.7.1.
Mme Ghazal : O.K. Très bien. Donc,
on continue la discussion là-dessus.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui.
Mme Ghazal : Je n'ai pas, moi, de
commentaire sur 27... sur 29.7.
La Présidente (Mme Thériault) :
Parfait. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, 29.7?
Mme David : Oui. Excusez, je sais
que le ministre lisait très, très vite, là, puis j'étais... je regardais
justement la suite. Alors, c'est bien le 29.7 d'origine, là, qu'on travaille,
là...
M. Jolin-Barrette : Oui. Ça, ça ne
bouge pas.
Mme David : ...les fameuses
ententes, là?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme David : Donc là, on parle... Là,
on est dans un autre registre, on est dans la mobilité d'étudiants francophones
à travers le Canada. Donc, ce n'est pas juste les francophones hors Québec qui
viennent au Québec au tarif québécois, ça peut être des Québécois qui décident — francophones — d'aller
faire une formidable expérience d'immersion dans une autre province canadienne
en français dans une des belles universités franco-manitobaines, albertaines,
Sudbury, Laurentienne, Moncton ou tout ce qu'on veut par la conclusion
d'ententes.
Alors, moi, j'aime bien que ça soit là,
j'aimerais encore mieux que ça soit vivant, ce genre d'ententes là. Alors, ça, on
peut juste souhaiter que des ententes, il y en ait le plus possible. On a
souvent dit, au Québec — puis,
ça, ça fait à peu près 25 ans que je
l'entends — que
les étudiants du Québec, là, ils ne sortent pas tant que ça, c'est-à-dire
les francophones, les étudiants francophones. Les étudiants anglophones hors
Québec, américains, on le sait, il y a une très grande mobilité, puis tu vas
faire tes études dès le niveau postsecondaire. Tu t'en vas, puis, bon, ça... On
le voit dans plein de films, on le voit dans les fameuses «fraternities», hein?
Mais il n'y a pas cette culture autant au Québec francophone, on reste plus
dans... Je pense qu'avec... Là, on a fait toutes sortes de programmes de
bourses, on a créé — je
pourrais en parler longtemps, là — des choses vraiment très intéressantes,
des ententes avec tous les pays dans le
monde, des délégations entières au Brésil, en Chine, en Inde. Mais ce qui est
dommage, c'est qu'on dirait qu'on
néglige un peu la francophonie hors Québec, et on pense plus à peut-être, quand
on a 20 ans, à aller à São Paulo, ou en Allemagne, ou en Australie,
qui a été très à la mode, Australie, Nouvelle-Zélande, bon, mais des
conclusions d'ententes avec la francophonie hors Québec, je pense qu'on devrait
se mobiliser beaucoup plus pour en avoir. Donc, c'est mon souhait. Mais je
pense qu'on ne peut pas vraiment aller plus loin, dans le cadre d'un projet de
loi sur la langue française, que 29.7. Alors, je vais arrêter ici mon plaidoyer
pour que les étudiants du Québec sortent un petit peu plus dans la francophonie
canadienne.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Si je ne vois pas d'autre commentaire sur 29.7, nous serions prêts à
passer à l'amendement qui sera déposé par la députée de Mercier à 29.7.1. Mme
la députée de Mercier, pour votre amendement.
Mme Ghazal : Oui. Je vais aller le
chercher, puisqu'il a été rédigé par l'équipe du ministre.
La Présidente (Mme Thériault) : ...a
déposé comme étant un amendement de la députée de Mercier suite à votre demande
d'hier...
Mme Ghazal : Alors, je l'ouvre.
La Présidente (Mme Thériault) :
...puisque vous aviez initié la discussion sur cet enjeu fort important avec
votre amendement.
Mme Ghazal : Oui. Exact. Donc, à
l'article 19 du projet de loi, insérer, après l'article 29.7 de la
Charte de la langue française qu'il propose... par l'article suivant :
«29.7.1. Le ministre de l'Enseignement
supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie publie
annuellement, dans le rapport des activités de son ministère, le nombre des
personnes qui se sont prévalues du droit prévu à l'article 29.6 et la
présentation des mesures prises pour l'application de l'article 29.7.»
Donc, voilà. Je n'ai pas d'autre commentaire,
puisque tout le monde est d'accord avec ça. Et je ne sais pas si la collègue
voulait... la députée de Marguerite-Bourgeoys voulait déposer un
sous-amendement. Voilà.
La Présidente (Mme Thériault) : Je
pense que ça ne sera pas un sous-amendement, mais que ça sera un autre
amendement.
Mme Ghazal : Un autre amendement.
O.K.
La Présidente (Mme Thériault) : Je
pense que ça va être un autre amendement qui va porter... 29.7.2.
Une voix :
...un sous-amendement.
La Présidente (Mme Thériault) : Ah!
c'est un sous-amendement que vous faites? O.K., d'accord. Donc, on va rester
sur cet amendement-là, si ça va pour vous. Sinon, votre sous-amendement, vous
allez le déposer?
Mme David : Je vais le déposer oui,
je vais le trouver d'abord, et puis après ça, le déposer ensuite.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
parce que je ne l'ai pas moi non plus.
La Présidente (Mme Thériault) : Il
est sur Greffier?
Je vais suspendre quelques instants, juste pour
que je puisse avoir une copie en main. Donc, on suspend les travaux. Ce ne sera
pas très long.
(Suspension de la séance à 12 h 19)
Présidente (Mme Thériault) :
Nous poursuivons donc nos travaux. Donc, Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys, vous avez un sous-amendement à nous présenter à 29.7.1.
Mme David : Oui. Alors, c'est encore
dans une perspective de belle collaboration interfrancophonie, je dirais, canadienne, parce que les établissements
collégiaux universitaires hors Québec nous ont fait part, quand même, d'une certaine crainte de ne
pas faire
partie du coup de ces mesures-là et d'être plus spectateurs
qu'acteurs et subir les contrecoups, dans le
fond, de tout ça. Alors, on propose un amendement, de concert avec le
gouvernement, d'ailleurs, qui permet à la ministre ou au ministre de
l'Enseignement supérieur du Québec de consulter les établissements d'enseignement collégiaux et universitaires situés
ailleurs au Canada sur l'effet de cet
article qu'on vient d'étudier,
29.6, et de faire état, donc, de ces
consultations dans le rapport visé au premier alinéa, dont nous allons parler
tout à l'heure.
Je pense que ça complète bien le premier alinéa,
de dire combien de personnes se sont prévalues, etc., parce qu'en consultant et en travaillant ensemble je
pense que ça va apaiser beaucoup de craintes des établissements à
Québec.
La Présidente (Mme Thériault) : Vos
propos sont très sages. Vous m'avez expliqué votre amendement, mais j'ai besoin
que vous me le lisiez mot à mot pour le déposer.
Mme David : Bien, je pensais que
vous vouliez que je vous en parle avant, alors, O.K., Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Bien,
vous m'en avez parlé, maintenant, il faut me le lire si on veut que ce soit
enregistré comme un sous-amendement.
Mme David : Alors, est-ce que je lis
seulement les trois lignes?
La Présidente (Mme Thériault) : Vous
lisez tout ce que vous avez sur la feuille qui vous a été remise.
Mme David : Ah bon! Alors, on
recommence. O.K.. Alors, l'article 19,
article 29.7.1 de la Charte de
la langue française :
Dans l'amendement introduisant, dans
l'article 19 du projet de loi, l'article 29.7.1 de la Charte de la
langue française, insérer, à la fin de... l'alinéa suivant :
«Il consulte les établissements d'enseignement
collégial [et] universitaire situés [...] au Canada sur les effets de
l'article 29.6 et fait état de ces consultations dans le rapport visé au
premier alinéa.»
Commentaires, texte de l'article 29.7.1 tel
que sous-amendé :
«29.7.1. Le ministre de l'Enseignement
supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie publie
annuellement dans le rapport des activités de son ministère le nombre de
personnes qui se sont prévalues du droit prévu à l'article 29.6 et la
présentation des mesures prises pour l'application de l'article 29.7.
«Il consulte les établissements d'enseignement
collégial ou universitaire situés ailleurs au Canada sur les effets de
l'article 29.6 et fait état de ces consultations dans le rapport visé au
premier alinéa.» Fermez les guillemets.
La Présidente (Mme Thériault) :
Parfait. Est-ce que j'ai des commentaires sur le sous-amendement? Sinon, on va
le passer au vote.
Mme David : Je
vais en faire, moi-même, peut-être, deux, mais qui sont généraux, de mon
ancienne vie de ministre où... vous vous en souviendrez peut-être, Mme la
Présidente, à la fois sur le
titre du ministère, mais sur le fait que, partout
dans les projets de loi, et c'est plus immuable que l'infaillibilité du pape,
je vous jure, c'est qu'on traite toujours la fonction de ministre au masculin. C'est toujours
le ministre de l'Enseignement supérieur. Or, s'il y a un endroit où ça a
toujours été des femmes, parce qu'il n'y a pas beaucoup d'argent... ça, c'est
mon commentaire éditorial, ça a souvent été «la ministre». Là, je parle à une
femme qui a eu de nombreux ministères. J'ai tout fait pour comprendre,
comprendre, et jamais personne n'a été capable de m'expliquer pourquoi c'est
toujours «le» ministre. Alors, ma fibre féministe me dit qu'un jour on va
gagner la bataille, Mme la Présidente, sur le
titre de ministre. Au moment où
on en est rendu qu'en maternelle on demande aux parents de dire le sexe de
l'enfant : mâle, femelle, ou homme,
femme, ou non déterminé, on n'est même pas capable de déterminer que c'est
possible, dans notre législature... je vais faire une Claire
Kirkland-Casgrain de moi, une Marie Gérin-Lajoie, une Monique Jérôme-Forget
qui... bon, en disant : Ça n'a plus de bon sens en 2022. Alors,
permettez-moi d'en profiter parce qu'il est encore sous nos yeux. Le ministre — tout
est au masculin — il
consulte, le ministre... premier commentaire, j'espère que c'est entendu, le ministre
qui pourrait changer les choses avec toute la volonté qu'on lui connaît dans
d'autres dossiers.
Deuxièmement, le
titre de ministère n'a plus rien à voir avec ce qu'il est depuis fort
longtemps. J'ai toujours plaidé, moi, que la
recherche, la science et la technologie soient au ministère de l'Enseignement
supérieur. Ça date de 2012, quand
c'était Pierre Duchesne qui était le ministre, et ça s'appelait comme ça, mais
il avait les fonctions avec le
titre du ministère. Là, le ministre de
l'Enseignement supérieur a un
titre avec les fonctions qu'il n'a pas. Non
seulement il est masculinisé, mais, en plus, il n'a même pas la recherche, la
science et la technologie. Donc, je me permets, parce qu'on est en train de
voter pour, mais je me permets de mettre ma dissidence sur ces deux
commentaires-là...
La Présidente (Mme
Thériault) : ...question... Oui, M. le ministre, vous avez un
commentaire?
Jolin-Barrette : Bien, ce n'est pas un commentaire, c'est plus un
point d'information. Je ne rentrerai pas, là, dans tout le débat, puis la
députée soulève des points qui sont intéressants là. Juste pour la question,
là, de détermination, là, du
titre de ministre, là... pardon, pas du
titre de
ministre. Bien oui, le
titre de ministre relativement à la Technologie, à
l'Enseignement supérieur, tout ça, dans le fond, la
loi sur l'exécutif prévoit
les titres des ministres, puis, dans le fond, en fonction de chacune des législatures,
ou à chaque fois que le gouvernement est formé,
que ce soit par... lors d'une nouvelle élection ou lors d'un remaniement, tout
ça, la
loi sur l'exécutif n'est pas changée systématiquement, parce qu'il faudrait déposer un projet de loi à toutes
les fois. Donc, tous les gouvernements successifs, ce qu'ils font, ça
arrive des fois qu'il y a une réforme de la
loi sur l'exécutif pour arranger
les bons titres puis pour créer des ministères. Je vous donne un exemple, le
ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs qui a été créé sous le gouvernement du premier ministre Couillard,
légalement n'existe pas parce que c'est un bout de ressources
naturelles, avec un bout d'environnement, donc au sens de la
loi sur
l'exécutif, il n'existe pas, mais il existe quand même parce qu'il y a de la
latitude dans la
loi sur l'exécutif de par décret venir attribuer certaines
fonctions d'un ministère à un ministre précis. Donc, c'est comme... c'est pour
ça que, parfois, le
titre officiel dans la
Loi sur l'exécutif n'est pas le
titre du ministre en fonction actuellement. Mais on avait déposé le projet de
loi n° 23 où on est rendu à l'adoption de principe, puis peut-être que
d'ici la fin de la législature, on pourrait arranger tout ça conformément aux
souhaits de la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Je
vais juste faire une petite réponse, je suis certaine, Mme la Présidente,
absolument certaine que le ministre de la Justice, et etc., et leader, et tout
ça, ministre responsable de la langue française va faire... va s'arranger pour
que le ministre de la Langue française s'appelle le ministre de la Langue
française, et ça ne sera pas responsable, ça
va être le ministre de la Langue française, parce qu'il crée un ministère en
plus. Alors je vais surveiller ça de près. Mais s'il est capable d'avoir
son
titre officiel, qui correspond à son souhait, il pourrait avoir un
titre et
un genre pour les ministres aussi.
Alors s'il veut se
rendre utile dans ça aussi, il a beaucoup de temps de toute façon, il y a plein
d'autres... il n'a pas grand-chose à faire dans la vie, il pourrait s'arranger
pour que certains ministères portent les bons titres, mais aussi peut-être que
la recherche revienne à l'enseignement supérieur pour aller avec le titre, et
qu'on puisse dire une ministre au lieu d'un
ministre. Connaissant la volonté du ministre de la Justice, Procureur général,
leader, responsable de la langue française, je suis certaine qu'il
pourrait trouver une façon. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre, voulez-vous ajouter?
Jolin-Barrette : Bien, je vais essayer de faire mon effort, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Moi, je vais me permettre d'ajouter un peu au débat, Mme
la députée de Marguerite-Bourgeoys. Chaque ministre à chacune des législations,
peu importe le gouvernement, les ministres féminines, chaque fois qu'elles
signent un mémoire, ne comprennent pas pourquoi c'est écrit «le» ministre. Et
moi, j'ai déjà demandé à les faire corriger, puis je me suis fait répondre que
c'était impossible, parce que c'est comme ça qu'on les écrit. Donc, je
comprends parfaitement votre indignation par rapport au fait qu'on désigne
encore «le» ministre, alors qu'il y a beaucoup de femmes ministres et qu'on est
dans la zone de parité. Donc, c'est sûr que c'est un changement de mentalité
profond à faire, au même
titre que les titres des ministères qu'on ne peut pas
changer de n'importe quelle manière, sauf quand on crée un nouveau ministère,
là, on a plus de latitude, parce que c'est une loi fondatrice qui crée un
ministère. Sinon, bien, effectivement, il faut que ça soit la loi du ministère
du Conseil exécutif qui va changer les noms des ministères, mais tout est une
question de volonté politique, comme on dit. Si on a été capable
de redonner des titres à des premiers ministres, bien, on est peut-être capable
de faire en sorte d'écrire un «le» ou un
«la» ministre, même si, dans le temps, le titulaire de la fonction et de la
charge n'est pas toujours une femme et n'est pas toujours un homme.
Donc, M. le ministre.
Jolin-Barrette : Vous avez bien raison, Mme la Présidente, puis je
vais me pencher là-dessus.
La Présidente (Mme Thériault) : Bon,
bien, merci beaucoup. Donc, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, vous
voyez que vos préoccupations sont partagées par la majeure
partie des femmes
parlementaires, qu'elles soient ministres ou pas, et partagées également par la
gent masculine, dont le ministre de la Justice.
Sur ce, est-ce que
l'amendement... le sous-amendement est adopté?
La Présidente (Mme
Thériault) : Adopté. Parfait. On va directement à l'amendement,
maintenant, qui a été déposé par la députée de Mercier. Est-ce qu'il y a...
est-ce que l'amendement de la députée, il est adopté ou s'il y a d'autres
commentaires?
La Présidente (Mme
Thériault) : Adopté. Parfait. Donc, les deux sous-amendements... le sous-amendement
et l'amendement ont été faits.
On peut passer,
maintenant, à 29.8.
Jolin-Barrette : «29.8. Il appartient à la personne qui exerce la plus
haute autorité administrative au sein d'un organisme de l'Administration de
prendre les moyens nécessaires pour que l'organisme satisfasse aux obligations
auxquelles il est tenu en vertu de la présente loi.»
Commentaires :
L'article 29.8 de la Charte de la langue française que propose
l'article 19 du projet de loi précise
que c'est la personne qui exerce la plus haute autorité administrative au sein
d'un organisme de l'Administration qui doit prendre les moyens
nécessaires pour que cet organisme se conforme à la loi.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions, commentaires sur 29.8? Mme la députée
de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Bien, c'était... Écoutez, on ne passera pas des heures là-dessus, là. C'est
quand même intéressant de voir ça. C'est la plus haute autorité
administrative. Donc, on parle de P.D.G. de sociétés d'État, on parle de sous-ministres, on parle de tous ces titres-là. La plus
haute autorité, là, c'est vraiment lui ou elle, le responsable de... ou
iel, le responsable des obligations, de toutes les obligations de cette
présente loi. C'est ça?
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David :
Ce n'est pas le ministre, c'est le sous-ministre ou le P.D.G.
Jolin-Barrette : Exactement. C'est la plus haute autorité
administrative. Parce que l'objectif de cela est de faire en sorte,
véritablement, que, dans chacun des organismes de l'Administration, il y ait
une personne qui soit imputable de l'application. Donc, si vous vous retrouvez
au centre de services scolaire, bien, ça va être le directeur général du centre
de services scolaire. Si vous êtes dans une municipalité, ça va être le D.G. de
la municipalité.
Mme David :
Et donc, s'il y a des manquements à la loi, il en sera imputable.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait, on identifie qui est la personne responsable de
l'application. Parce qu'on ne veut pas
que ça soit délégué dans l'organisation. On veut que la personne qui gère, qui
a le pouvoir de gestion principal, a la responsabilité de cette
gestion-là, c'est lui qui l'assume. Oui, c'est lui qui est imputable, mais
surtout on veut faire en sorte, également, de pouvoir le raccrocher. Parce
qu'un des enjeux, c'est qu'il y a des dispositions de la loi, mais, comme
organisation... Puis là on est dans
l'exemplarité de l'État. Donc, pour que l'ensemble des ministères, organismes
et des membres de l'Administration appliquent les dispositions, bien,
c'est cette personne-là qui est responsable de l'application de la loi dans
l'organisme.
Mme David :
J'ai eu... dans une ancienne vie, j'ai été responsable d'une politique
linguistique pour quand même des dizaines de milliers de personnes, et
effectivement c'est un pouvoir délégué. Ce n'était pas le recteur de l'université
qui s'occupait d'être sûr que tout ça s'applique. Mais c'est... je dois dire
que c'est important de bien identifier, un, que la politique linguistique
existe, ça, on en avait déjà parlé... puis le Conseil supérieur de la langue
française l'a bien dit, je pense que c'était au moins 38 % des
fonctionnaires qui ne savaient même pas que la politique linguistique de l'État
existait, donc ça commence mal. Et donc il n'y avait pas grand monde qui était
imputable. Alors, j'imagine que, par ce libellé, on espère que la personne va
devoir suivre les choses attentivement.
Jolin-Barrette : Oui, parce que, dans le fond, quand tout le monde est
responsable, il n'y a personne de responsable dans une organisation. Ça, c'est
un peu comme le ménage, hein? Le ménage, tout le monde dit : Ah! oui, oui, tout le monde fait sa part, mais, s'il n'y a
pas quelqu'un chargé de coordonner tout ça pour s'assurer que ça soit
fait...
La Présidente (Mme
Thériault) : C'est beau? S'il n'y a pas d'autre commentaire à 29.8, on
est prêts à passer à 29.9.
Jolin-Barrette : Oui. «29.9. Le ministre de la Langue française
élabore et soumet à l'approbation du gouvernement la politique linguistique de
l'État.
«Le ministère de la
Langue française publie la politique approuvée par le gouvernement.
«Cette politique
s'applique aux ministères, aux organismes gouvernementaux et aux organismes
municipaux au sens de l'annexe I.
«Elle s'applique
également aux institutions parlementaires au sens de cette annexe, sous réserve
des dispositions particulières prévues par le Commissaire à la langue
française.»
Commentaires :
L'article 29.9 de la Charte de la langue française que propose
l'article 19 du projet de loi prévoit l'élaboration de la politique
linguistique de l'État.
La politique est
élaborée par le ministre la Langue française puis soumise à l'approbation du
gouvernement. Elle s'applique aux
ministères, aux organismes gouvernementaux et municipaux de même qu'aux
institutions parlementaires. Toutefois,
dans ce dernier cas, le Commissaire à la langue française peut prévoir des
dispositions particulières à ces institutions.
Les organismes gouvernementaux et municipaux, de
même que les institutions parlementaires sont définis à l'annexe I.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui, questions, commentaires? Mme la députée
de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
J'imagine que l'annexe I, c'est l'annexe modifiée, la liste...
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David :
...la nouvelle Nebraska Lithium?
M. Jolin-Barrette :
Oui. C'est tout ce qu'on... tout ce qui était prévu à la Charte de la langue
française depuis 1977, avec l'actualisation dont on vous a transmis les...
Mme David :
O.K., qui s'appelle l'annexe I, là. Est-ce que...
M. Jolin-Barrette :
Oui. Auparavant, elle s'appelait l'annexe, dans la loi 101. Maintenant,
elle s'appelle l'annexe I parce qu'on a inclus une
annexe II sur le
serment. Parce que c'est le serment que le commissaire va devoir... Je pense
que c'est pour le commissaire, hein, l'annexe II? Oui. C'est ça. Le
commissaire, lorsqu'il va entrer en fonction, il va devoir prêter le serment
prévu à l'annexe II. Donc, vu qu'on a rajouté l'annexe II, on a nommé
l'annexe comme
annexe I pour bien la désigner.
Mme David :
O.K. Donc, à chaque fois, dans le projet de loi, qu'on va référer à l'annexe,
c'est l'annexe dont on a reçu, la semaine dernière, la liste mise à jour.
M. Jolin-Barrette :
Oui.
Mme David : O.K., avec... où on a appris plein de choses sur les conseils
d'agglomération, sur les compagnies à numéro, etc. O.K. Merci. C'est
tout.
La Présidente
(Mme Thériault) : Ça vous va? Questions, commentaires? Il n'y en
a pas d'autre? Parfait. Donc, on va passer à 29.10. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
«29.10. La politique linguistique de l'État guide les organismes de
l'Administration auxquels elle s'applique dans l'exécution des obligations qui
leur incombent en vertu de l'article 13.1.
«À cette fin, la
politique comporte des dispositions concernant notamment les sujets
suivants :
les mesures qui, de l'avis du ministre, peuvent être prises par un organisme
pour satisfaire à ces obligations, dont :
«
a) l'établissement
de règles selon lesquelles un organisme décide d'exercer la faculté d'utiliser
une autre langue que le français, lorsque la présente loi lui accorde une telle
faculté;
«
b) la communication
aux membres du personnel d'un organisme des obligations qui leur incombent en
vertu de la présente loi et des droits linguistiques fondamentaux qu'elle leur
confère, entre autres par des exemples qui en illustrent la portée;
«
c) la mise en place de
moyens de contrôle de la qualité du français utilisé au sein d'un organisme;
«
d) l'identification
des occasions dont un organisme peut se saisir, dans le cours normal de ses
activités, pour faire rayonner le français à l'étranger et ailleurs au Canada,
particulièrement auprès des communautés francophones et acadienne;
«
e) la diffusion de
la teneur de la politique auprès des membres du personnel d'un organisme, de
ses fournisseurs, des bénéficiaires d'une subvention ou d'une autre forme
d'aide financière et des autres membres du public qui reçoivent ses services ou
qui sont susceptibles de les recevoir;
«
f) la mise en place
d'un environnement de langue française, notamment en ce qui a trait à la
musique vocale ainsi qu'à la priorité qui doit être accordée aux oeuvres
culturelles québécoises;
«2° les
renseignements concernant l'application de la présente loi, dont ceux relatifs
à la mise en oeuvre des mesures prévues par
la politique et devant figurer dans le rapport annuel de l'organisme tenu de
produire un tel rapport;
«3° les exemples qui
illustrent comment un organisme de l'Administration peut utiliser une autre
langue que le français lorsque, conformément à la présente loi, il en a la
faculté;
les actes et les omissions qui, de l'avis du ministre, sont susceptibles
d'empêcher un organisme de satisfaire à une obligation qui lui incombe
en vertu de l'article 13.1, notamment dans l'utilisation des médias
sociaux et des technologies de l'information et des communications.»
Commentaires :
Le premier alinéa de l'article 29.10 de la Charte de la langue française
que propose l'article 19 du projet de loi prévoit que la politique
linguistique de l'État a pour objet de guider les organismes auxquels elle
s'applique dans l'exécution des obligations qui leur incombent en vertu de
l'article 13.1.
Rappelons que les
obligations qui incombent à un organisme de l'Administration en vertu de
l'article 13.1 sont, de façon exemplaire :
1) utiliser la langue
française;
2) promouvoir la
qualité de la langue française;
3) assurer le
rayonnement de la langue française;
4) assurer la
protection de la langue française;
5) satisfaire aux
obligations prévues par la Charte de la langue française.
La politique pourra
donc être utilisée par le ministre de la Langue française pour porter à la
connaissance des organismes de l'Administration l'interprétation qu'ils donnent
au devoir d'exemplarité qui leur incombe en vertu de l'article 13.1.
Le deuxième alinéa de
l'article 29.10 fait une énumération non exhaustive des différents sujets
que doit aborder la politique linguistique.
La Présidente
(Mme Thériault) : Questions, commentaires? Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
J'ai l'impression d'accaparer, mais je ne veux certainement pas accaparer le
temps. Mais il y a beaucoup de choses, hein, dans ça, il y a beaucoup de
choses. Je vais aller aux choses les plus évidentes.
Commençons par la
fin, et qui est aussi au début, c'est le mot «notamment», et ça finit en
disant, dans les commentaires, «une énumération non exhaustive». Donc, ce ne
sont pas des obligations puisque tout n'est pas là, mais ce sont des exemples de dispositions. Je m'explique. Par exemple,
29.10f, «la mise en place d'un environnement de langue française,
notamment en ce qui a trait à la musique vocale ainsi qu'à la priorité qui doit
être accordée aux oeuvres culturelles québécoises», est-ce que le «notamment»
et «non exhaustivement» veut dire que ce qui est dans le «notamment» est
obligatoire et le... ce qui pourrait être ajouté est optionnel?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Dans le fond, on a vu, à 29.9, que l'État se dotait d'une politique
linguistique approuvée par le gouvernement. Donc, le ministère de la Langue
française va détailler la politique linguistique de l'État, va la soumettre au Conseil
des ministres, approuvé par le Conseil des ministres, donc à l'ensemble de
l'État québécois.
ensuite, à 29.10, on dit qu'est-ce qu'elle contient, notamment. Donc, de 1° à
4°, on dit : Minimalement, ça doit contenir ça, la politique linguistique de l'État. Mais ça pourrait être
qu'on... ça pourrait également inclure autre chose.
Pour votre question
spécifique à 1°.f, là, «la mise en place d'un environnement de langue
française, notamment en ce qui a trait à la musique vocale ainsi qu'à la
priorité qui doit être accordée aux oeuvres culturelles québécoises»,
spécifiquement, ce qu'on souhaite, c'est que, dans les sociétés d'État,
supposons, ou lorsque vous êtes dans un
ministère, un organisme, lorsque vous appelez au téléphone, puis que vous êtes
mis en attente, puis que vous avez...
on dit : Votre appel est important pour nous, gardez la ligne, bien, il y
a de la musique, normalement, qui joue, on souhaite que l'environnement
soit de langue française et qu'on donne priorité aux oeuvres culturelles
québécoises.
La Présidente (Mme
Thériault) : Et je vais devoir vous dire que votre commentaire est
important pour nous, de le garder au retour de la pause cet après-midi, à 3
heures, puisque nous avons atteint l'heure à laquelle nous devons suspendre nos
travaux pour l'heure du lunch.
Donc, je suspends les
travaux. Bon appétit, tout le monde!
(Suspension de la séance à
12 h 45)
La Présidente (Mme
Thériault) : Donc, votre attention, s'il vous plaît! La Commission de
la culture et de l'éducation reprend ses travaux. Nous poursuivons l'étude
détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune
du Québec, le français.
Lors de la suspension
de nos travaux, nous en étions à l'étude de l'article 29.10, et c'était M.
le ministre qui avait la parole, qui était en train de répondre à un
questionnement de Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys. Donc, M. le ministre.
Jolin-Barrette : Oui, Mme la Présidente. On parlait de 29.10,
paragraphe 1°f, relativement à «la mise en place d'un environnement de langue française, notamment en ce qui a
trait à la musique vocale ainsi qu'à la priorité qui doit être accordée aux oeuvres culturelles
québécoises», le but étant, dans un premier temps, de favoriser
l'environnement francophone, mais avec des
oeuvres culturelles québécoises. Donc, bien entendu, ça inclut également les
oeuvres culturelles québécoises d'une langue autre que le français, tout
en mettant la priorité à un environnement francophone.
Je donne un exemple.
On souhaiterait que, dans toutes les sociétés d'État, ministères et organismes,
ça soit uniquement des oeuvres culturelles québécoises qui jouent lorsque les
gens appellent puis qu'ils sont en attente. Donc,
ça veut dire du Ginette Reno, supposons, du Leonard Cohen, du Patrick Watson,
Céline Dion, Tricot Machine...
Jolin-Barrette : ...Karim Ouellet. Donc, vous voyez... Ah! c'est des
Franco-Ontariens, je crois, mais savez-vous, l'environnement de langue
française vise également à pouvoir avoir des répertoires qui est issu de la
francophonie.
La Présidente (Mme
Thériault) : Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
On commence presque à se lire dans nos pensées, j'avais mis Aznavour, Lisa
LeBlanc, Édith Butler. Mais ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est qu'il parle
d'environnement culturel québécois anglophone. Alors là, je ne suis pas
nécessairement contre, mais disons que, moi, je suis peut-être... je ferais
peut-être un peu attention aussi, parce que nos chers chanteurs francophones
chantent beaucoup en anglais. Céline Dion, j'aime mieux entendre ses chansons
dans l'album D'eux , qui est extraordinaire, que j'écoute encore, même si
ça fait 20 ans, que d'écouter, peut-être, le Titanic puis des
musiques anglophones qu'elle a faites.
Alors, «culturelles
québécoises», oui, mais je dis toujours : C'est dommage, un des disques
que j'écoute beaucoup, c'est Charlotte Cardin, Phoenix , son dernier, il
y a neuf chansons sur 10 en anglais puis il y en a une en français. Bien, si... C'est drôle, parce qu'avec
le CRTC c'est une vieille, vieille lutte, ça, dans les... ceux qui
connaissent les... la question des radios
francophones, avec les quotas de musique francophone, et ça a été toujours un
grand, grand enjeu.
Alors, vous dites :
«La mise en place d'un environnement de langue française», c'est ça que je
voulais savoir, dans la gradation, est-ce que ce qui est important, c'est que
ça soit la langue française? Est-ce que ce qui est important, c'est le mot
«québécois» ou ce qui est important, c'est que ça soit de la langue française
du Québec ou de la langue française de la francophonie, que moi j'aime bien
aussi, et que cet environnement-là puisse aussi être... Je sais qu'il y en a
une qui est très populaire, qui s'appelle Alexandra Stréliski, c'est de la
musique, c'est de la musique un peu comme André Gagnon faisait, là, c'est
instrumental. Et puis même Vidéotron, je ne sais pas si vous avez appelé
récemment, ça dit que... j'ai eu des problèmes avec mon Vidéotron, mais ils
offrent d'avoir un environnement d'attente en musique classique. Alors, tu
choisis classique, populaire, anglophone, francophone, il y a tout ça dans les
choix. J'ai choisi le classique. Bon, c'était...
La Présidente (Mme
Thériault) : Ça veut juste dire que ça va être long.
Mme David :
Ça veut dire que ça va être long, mais, au moins, tu écoutes la musique que tu
as choisie. Mais je suis tout à fait d'accord, oeuvres culturelles québécoises,
langue française, mais je trouve que ce n'est pas... Je ne sais pas si ça dit
ce que vous voulez vraiment.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : La réponse à cette question-là, c'est oui, parce que
dans le cadre de la politique linguistique, on va devoir en traiter. Donc,
lorsqu'on lit f, c'est, au premier chef, «la mise en place d'un environnement
de langue française». Donc, la priorité, c'est l'environnement dans le cadre de
vos moments d'attente et de détente. Bon, l'objectif, c'est un peu de vous
détendre durant votre attente, on souhaite que le service soit donné le plus
rapidement possible, mais que ça soit un environnement de langue française qui
soit présent. Là, on dit : «Notamment en ce qui a trait à la musique
vocale ainsi qu'à la priorité qui doit être accordée aux oeuvres culturelles
québécoises.» Donc, on veut un environnement de langue française, mais on veut
également que, lorsqu'on parle de la musique vocale, bien, que ça soit de
langue française, mais on n'exclut pas... Dans le fond, dans le détail de la
politique linguistique, on ne fera pas en sorte
d'empêcher d'avoir recours à des créateurs québécois qui chanteraient dans une
autre langue que le français. Mais l'idée, c'est... il est double, puis ça,
c'est l'aspect culturel qui est important.
On vient de déposer un projet de
loi sur l'achat
québécois pour faire en sorte de favoriser justement l'achat local, l'achat
québécois. Moi, je pense que, et ça fait part de l'exemplarité de l'État,
l'État a un pouvoir important, par ses ministères et organismes, de diffusion,
d'achat. Alors, si l'État se dit, et dans nos sociétés commerciales
également : Vous allez faire jouer de la musique québécoise, qu'elle soit
instrumentale ou chantée, O.K., dans un premier
temps, on dit : C'est québécois. Premier élément. C'est de langue
française, mais ça ne fait pas en sorte d'empêcher qu'à la SAQ Leonard
Cohen... les oeuvres de Leonard Cohen puissent avoir lieu, mais ça veut dire,
également, on pourrait avoir du Charles Aznavour, on pourrait avoir du...
M. Jolin-Barrette : ...Stromae, on
pourrait avoir Serge Reggiani, les Cafés Crème. Mais ce que je veux dire, c'est qu'on veut quand même donner une priorité
aux oeuvres culturelles québécoises, priorité dans un environnement de
langue française, mais ça ne fait pas en sorte d'exclure des chansons qui
pourraient être québécoises dans une autre langue, que ça soit en anglais ou
dans une langue autochtone également, comme... je crois que c'est Elisapie qui
chante en inuktitut, alors, voyez-vous... Mais l'idée derrière ça, il est double,
l'environnement en langue française, mais aussi donner une place aux produits
culturels québécois.
Pourquoi, comme État, on ne dirait pas :
Écoutez, là, au Québec, là, déjà que parfois, dans la musique, c'est difficile pour nos créateurs québécois, bien,
pourquoi est-ce qu'on n'en ferait pas la promotion nous-mêmes? Écoutez, c'est... L'État québécois, au sens large, c'est
celui qui a énormément de moyens. Alors, utilisons la force de l'État
comme vecteur de diffusion culturelle, et que ce ne soit pas nécessairement
tout le temps les mêmes chansons qui jouent.
Vous faisiez référence aux quotas du CRTC, que
ce soient tout le temps les trois, quatre mêmes chansons qui jouent à la radio.
Exposons les Québécois à la richesse des oeuvres culturelles québécoises par le
biais de l'État québécois. C'est sûr qu'on veut donner une priorité, une
préséance à l'environnement de langue française, au niveau de l'exemplarité,
sans pour autant empêcher la diffusion de chanteurs québécois qui chantent en
anglais, là.
Mme David : O.K. Je... Comme il y a
beaucoup de choses là-dedans, puis qu'on a 20 minutes en tout, hein, c'est
ça? Si on n'a pas d'amendement, il y a... si c'est juste des explications, j'ai
20 minutes pour 29.10, c'est ça?
La Présidente (Mme Thériault) : Oui.
Mme David : Alors, ce qui
m'intéresse, il y avait les oeuvres culturelles, évidemment, la qualité du
français dans 1°c. Et puis je vais commencer
par 1°a, «l'établissement de règles selon lesquelles un organisme décide
d'exercer la faculté d'utiliser une autre langue que le français, lorsque la
présente loi lui accorde une telle faculté».
Là, je comprends que c'est le canevas général
pour tous les ministères et organismes qui relèvent de l'État québécois. Alors,
ça, évidemment, il faut rester, donc, général, on ne veut pas que ça soit
ultrapointu. Mais ce que je comprends, c'est que chaque ministère, organisme,
institution, établissement, etc., doit regarder l'ensemble de la loi, et
regarder ce qui le ou la concerne, et établisse les règles et les directives
très clairement. Puis ça, ça va varier d'un... Bien, la loi est la même pour
tout le monde, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des spécificités selon
la mission de l'organisme.
Et donc peut-être que ma question serait :
Est-ce que vous auriez un canevas de base de politique linguistique qui peut
être adapté? Parce que, là, vous risquez de vous retrouver avec
200 formats de politique différents avec toutes sortes de... enfin...
Puis, en plus, vous vous donnez, je pense, après, la responsabilité que tout ça
soit revu par votre futur ministère. Donc, j'essaie de voir si vous les équipez
avec un peu une base autre que cette liste-là.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
la réponse à cette question-là, c'est oui, et le ministère de la Langue
française va être là pour accompagner, dans le fond, tous les ministères et
organismes relativement à la conduite de la politique linguistique. Ce que nous
souhaitons, par le biais du projet de loi, avec l'outil qu'on vient insérer, la
politique linguistique étatique,
contrairement, supposons, à la politique linguistique gouvernementale, c'est
qu'il n'y ait qu'une politique linguistique avec le principe général.
Bon, il y a l'habilitation législative, O.K., au niveau de la loi, donc c'est
la grande poupée russe. Ensuite, on met la politique linguistique de l'État,
qui va être là pour tout le monde, d'une façon paramétrique, pour l'État. Et on
va venir accorder, par le biais des directives, les exceptions, en fonction des
clientèles, mais on va les accompagner, chacun des ministères et organismes.
Donc, c'est dans les directives que les organismes vont se distinguer, en
fonction de leur mission, de leurs particularismes également, en fonction des
services qu'ils donnent aux citoyens, de leurs particularités.
David : Donc, j'imagine que
b est le corollaire, pour les fonctionnaires ou les employés, de a, c'est-à-dire
qu'il va falloir communiquer aux membres du personnel les obligations qui leur
incombent, mais il n'y aura pas nécessairement 500 politiques différentes
là-dessus. Mais, là aussi, il y aura une espèce de supervision générale et une
adaptation à chaque situation.
Jolin-Barrette : Exactement. Puis je ne sais pas si vous vous
souvenez, Mme la Présidente, lorsque le Syndicat de la fonction publique est
venu, puis le syndicat des professionnels aussi, ils disaient : Écoutez,
on n'a pas de ligne directrice, on ne sait pas trop, là,
dépendamment des ministères, quand est-ce qu'on a le droit d'utiliser une autre
langue que le français, à quel moment c'est approprié. Donc, b vise à venir
encadrer ça, puis dire : La politique linguistique doit traiter de ce
sujet-là, donc ça doit en faire
partie intégrante.
Mme David :
Bien, c'est intéressant que vous référiez à eux, parce qu'on leur a parlé il
n'y a pas longtemps, puis c'est exactement ça, c'est : Aidez-nous à
appliquer une loi qui est très, très, très complexe. Alors, c'est eux qui vont
être au front, si on veut, c'est eux qui vont être en première ligne avec les
citoyens, et j'avoue qu'il y avait une certaine fébrilité et incertitude par
rapport à ça. Donc, ça va être très, très important, y compris un temps de
transition, parce qu'il y a quand même des choses qu'on leur demande qu'on ne
leur a jamais demandées.
M. Jolin-Barrette : Oui, vous avez raison,
puis il faut partir du principe de savoir d'où on part. Actuellement, il
y a une politique linguistique gouvernementale, O.K., puis chacun des
ministères et organismes adopte leur propre politique
linguistique suite à ça. Or, on se retrouve avec des grandes, grandes
disparités, puis, des fois, il y en a qui n'en ont pas, ou qui ne l'appliquent pas, ou elle n'a pas
le détail d'un ministère à l'autre, tout ça. Alors là, c'est la même
politique linguistique pour tous, avec les lignes directrices, puis, dans le
fond, les directives, avec les cas d'exception, là, vont être approuvées par le
ministère de la Langue française. Donc, le particularisme de chacun des ministères
et organismes va être au niveau des directives.
Donc, la politique
linguistique, si vous êtes un fonctionnaire puis vous passez, je ne sais pas,
du ministère de la Culture au ministère de la Justice, vous allez avoir la même
politique linguistique, sauf que les exceptions vont être dans les directives.
Ça amène une plus grande cohérence de l'État dans sa conduite au niveau de
l'exemplarité.
Mme David : Alors,
parlant d'exemplarité, définissez-moi ce que vous voulez dire par «qualité du
français utilisé au sein [de cet] organisme». «La mise en place de moyens de
contrôle de la qualité du français...», encore faut-il définir la qualité du
français. Ça veut dire quoi, ça, appliqué à 500 ministères, organismes, et
autres?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bien, c'est, exemple, le... d'assurer la diffusion d'outils terminologiques de
l'OQLF auprès des organismes, des
ministères. L'installation sur les postes de travail d'outils technologiques,
notamment de programmes de
correction, comme, exemple, Antidote, mettre en place des mécanismes de
révision linguistique également. Donc,
dans le fond, c'est de donner les
outils pour que, lorsqu'il y a des communications, notamment écrites, elles
puissent être faites dans un français de qualité. Donc, on souhaite
attacher une importance à la qualité de l'expression de l'État. Donc, dans le fond, d'outiller les employés de l'État pour avoir
une bonne qualité du français, ça fait
partie de l'exemplarité de
l'État.
Mme David : C'est bien, mais, vous et moi, on ne réglera pas
la question de l'amour du bien parler français et du bien écrire le
français. Parce que c'est vrai qu'Antidote et compagnie, ça aide, là, je m'en
sers régulièrement, mais c'est tellement plus que ça, la qualité de français.
Je comprends que là, on est dans une loi, c'est technique, c'est hyperréaliste, je dirais, mais on va voir
peut-être plus loin, dans d'autres articles, là, de la loi, qu'il faut aller
beaucoup plus loin que ça pour que les futures générations, si ce n'est les
générations actuelles, soient... enfin, aient plus à coeur cette qualité du
français.
Jolin-Barrette : Je suis d'accord avec vous. Puis le point qui est
important... Tout à l'heure, Mme la Présidente, la députée de Marguerite-Bourgeoys
elle-même a fait référence, supposons, au Grand dictionnaire terminologique
qui est à la disposition. Mais, tu sais, ça, c'est un outil qui est disponible
pour tous mais qui n'est pas nécessairement connu ou qui n'est pas nécessairement
utilisé. Donc, dans le cadre de la politique linguistique, c'est des outils
également qu'on peut mettre de l'avant. Donc, en fait, on a tous une
responsabilité par rapport à la qualité de la langue. Mais, comme État, on doit
faire notre bout également pour outiller les gens qui travaillent dans la
fonction publique, notamment, pour dire : Bien, pour l'État, c'est
important, puis voici les outils à la disposition pour améliorer la qualité des
communications de l'État.
Mme David : Je
regarde en ce moment... pas je regarde, mais je suis, parce qu'on doit tous
suivre une formation sur les autochtones, qui dure quand même assez longtemps,
là, qui est bien faite avec plein de vignettes, et tout ça, mais pourquoi il
n'y aurait pas annuellement au moins l'obligation d'un séminaire de deux heures
sur les nouveautés de la langue française, des rafraîchissements sur les
accords de participes passés, je ne sais pas, moi, appliqué à chaque... tu
sais, de la formation continue?
M. Jolin-Barrette :
Bien, écoutez, je ne suis pas contre ça, je ne suis pas contre ça.
David : Parce que vous nous
avez demandé, pour les ordres professionnels, le maintien de la
compétence en français, mais c'est... ça, on
parle de français, là, pour pouvoir avoir des clients, bon, mais la
formation continue de l'écriture et à l'oral du
français, d'après moi, en tout cas, ça devrait être une préoccupation
d'exemplarité de l'État.
Jolin-Barrette : Je suis d'accord, c'est une bonne idée.
Mme David : C'est
mon tour, il faut que j'aille suivre mon deux heures de séminaire, mais c'est
parce que les gens ne réalisent pas à quel point c'est une langue avec
tellement, tellement de complexité que ce n'est peut-être pas mauvais, faire
deux heures par année, là, de... En tout cas, je lance ça comme ça.
Jolin-Barrette : C'est une très bonne idée.
Mme David : On
fait des choses comme ça pour tellement d'autres affaires. O.K. Vous êtes
chanceux, je ne déposerai pas un amendement, mais prenez note. Je ne sais pas
pourquoi je ne dépose pas d'amendement, d'ailleurs, je pourrais le faire, mais,
en tout cas, laissez-moi réfléchir si ça vaut la peine de faire un amendement.
Jolin-Barrette : En fait, ce que je peux vous dire, c'est que je
trouve que c'est une bonne idée. Puis très certainement, le ministère de la
Langue française va le considérer puis va en discuter, notamment avec le
Trésor, puis on va pousser dans cette direction-là.
Mme David : Bien,
il me semble que dans la mission d'un ministère de la Langue française, la
formation continue devrait être absolument obligatoire, mais là on va y arriver
plus tard, au ministère de la Langue française. Alors, ha, ha! Ha, ha! C'est
là, parce que c'est vrai que ça devrait venir du ministère de la Langue
française.
Jolin-Barrette : Donc, je comprends, c'est que...
Mme David : Mais
je vais l'oublier, peut-être, d'ici là, mais là je le dis assez à tout le monde
qu'on... quelqu'un va m'y faire penser.
Jolin-Barrette : M. le ministre, vous n'attendez rien pour attendre.
Mme David : Vous
ne perdez rien pour attendre.
Jolin-Barrette : Vous ne perdez rien pour attendre.
Jolin-Barrette : Je serai un homme averti.
Mme David : C'est
ça. Les... Vous vous attaquez à quelque chose aussi de très, très grand, les
médias sociaux. C'est là que j'avais écrit... 29.10.4°, c'est ça, quatrième
alinéa : «Les actes...» Ça fait
partie de notre discussion, ça, je pense,
Mme la Présidente : «Les actes et les omissions qui, de l'avis du
ministre, sont susceptibles d'empêcher un organisme de satisfaire à une
obligation qui lui incombe en vertu de l'article 13.1, notamment dans
l'utilisation des médias sociaux et des technologies de l'information et des
communications.» C'est un autre gros domaine, ça. Parlez-moi de ça un peu,
comment est-ce qu'on va faire ça, gérer les médias sociaux.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, dans le cadre des médias sociaux, on
veut également... Vous savez, les médias sociaux, pour les ministères et les
organismes, c'est le prolongement des communications qu'ils ont avec les
citoyens, bien souvent. Donc, auparavant, c'était la lettre manuscrite, et
timbre-poste, et on écrivait aux citoyens. Après ça, ça a été le fax ou le
télex.
Mme David :
C'est encore le fax au ministère de la Santé.
Jolin-Barrette : Oui, c'est ça, Justice aussi, parfois, mais on a un
plan de modernisation là-dessus. Fax, après ça courriel, là, les médias
sociaux. Beaucoup d'organismes et ministères sont présents sur les médias
sociaux. Donc, on veut notamment que les organismes et ministères répondent,
puisque c'est le prolongement de la communication avec l'État également, en
vertu de ces nouveaux outils technologiques là, que ça soit exemplaire
également dans le cadre de leurs réponses.
Mme David : O.K.,
vous n'êtes pas capable de vous attaquer aux médias sociaux des citoyens en
général, là, c'est vraiment... on est dans l'administration de l'État, là, on
n'est pas dans d'autres enjeux liés aux médias sociaux.
Jolin-Barrette : Puis on n'est pas dans les textos non plus qui sont
envoyés entre citoyens. On est vraiment pour l'État, l'exemplarité de l'État.
Mme David : O.K.
Ça va pour moi, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Si je ne vois pas d'autre intervention à
l'article 29.10... Oui, M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Alors, je sais que le ministre, il l'a dit en Chambre ce matin, va
considérer que, parce que je pose une question, je fais exprès de ralentir les
travaux, un propos qui était éminemment dérogatoire, mais je vais quand même me
permettre de poser la question, Mme la Présidente, au grand désespoir du
ministre. Alors, est-ce que je peux comprendre que, dans les établissements qui
sont touchés par 29.1 et compagnie, ces obligations-là n'existent pas? Est-ce
que, quand les gens vont appeler au MUHC, ils peuvent écouter AC/DC?
Présidente (Mme Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Donc, à 29.1, lorsque c'est un établissement qui est
désigné.
M. Barrette :
Mme la Présidente, je suis surpris que le ministre ne sache pas à quoi je
réfère par 29.1, là, mais l'hôpital anglophone, là, qui est touché par la
protection en vertu de... est-ce que les politiques qui sont inscrites à 29.10,
qui sont loin des soins, on va dire, là, et la question, elle est
spécifique : Est-ce que la musique entendue au téléphone, parce que là
aussi on attend, là, c'est la norme des choses aujourd'hui, est-ce que c'est
assujetti aux mêmes contraintes?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : La réponse à cette question-là, c'est non, parce
qu'en fait, si vous êtes... Je vais reprendre ma réponse. Le réseau de la santé
n'est pas assujetti à la politique linguistique, parce que le réseau de la santé lui-même aura ses propres politiques
linguistiques, et les hôpitaux ne sont pas visés par la politique
linguistique. Le ministère de la Santé, lui,
est visé par la politique linguistique. Les organismes sont visés par la
politique linguistique. Les municipalités
sont visées par la politique linguistique, mais pas les hôpitaux. Donc, je
donne un exemple, si vous appelez dans un 29.1 qui est une municipalité,
oui, ils seront visés par la politique linguistique. Mais, si vous appelez dans
un hôpital, exemple, au campus Glen, non, ils ne seront pas visés par cette
politique linguistique.
M. Barrette :
Alors, la question, à ce moment-là, exige une précision. Est-ce que le ministre
est en train de dire que la totalité de la politique linguistique telle
qu'établie par l'État, bien, ces institutions-là de santé vont en être exclues?
Est-ce que je comprends ça?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, en vertu de 29.11 qu'on va voir,
là : «Lorsqu'il élabore la politique linguistique de l'État, le ministre
doit tenir compte :
«1° de l'importance
accordée à la langue française comme langue commune pour permettre
l'intégration à la société québécoise des personnes immigrantes;
«2° des
particularités des organismes et des établissements reconnus en vertu de l'article [29.11].»
M. Barrette :
C'est fini?
Jolin-Barrette : 29.1.
Barrette : Oui. Alors, Mme la
Présidente, avec tout le respect que je dois au ministre qui, on le sait,
respecte toujours les lois, il sait que les lois, c'est très important, il sait
que les lois disent quelque chose, et, quand on ne fait pas ce que la loi dit, on appelle ça poser un geste illégal ou
faire une infraction. Alors, moi, quand je regarde 29.11, Mme la
Présidente, je vois : «Lorsqu'il élabore la politique linguistique de
l'État, le ministre doit tenir compte...» Moi,
«tenir compte», là, ça peut vouloir dire aménager, assouplir, moduler. Ça peut
vouloir dire ça. Je ne dis pas, Mme la Présidente,
que ça dit expressément ça, mais... Je n'étais pas rendu à 29.11, mais à 29.10,
il m'a dit que les établissements, ils étaient exclus... ça ne
s'appliquait pas, plutôt, qu'il a dit.
Alors, moi, je
reviens avec ma question : Est-ce que la politique linguistique... Parce
que ça, la politique linguistique, c'est comme un tome, là, ce n'est même pas
un chapitre, c'est un tome, dans l'État québécois, voulu par le ministre de la
Justice. Alors, une exclusion, ce n'est pas «tenir compte», pour moi, mais je
n'ai pas la science infinie du ministre, Mme la Présidente. Alors, je pose donc
ma question : Est-ce qu'ils en sont exclus ou est-ce qu'on doit en tenir
compte pour moduler?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
La Présidente (Mme
Thériault) : Votre réponse sera bientôt?
M. Barrette :
Bien, il peut prendre le temps, Mme la Présidente, je ne suis pas pressé.
La Présidente (Mme
Thériault) : Il n'y a pas de problème. Je pense qu'il est prêt.
Allez-y, M. le ministre.
Jolin-Barrette : Ça, Mme la Présidente, j'ai bien constaté que le
député de La Pinière n'était pas pressé pour le projet de loi n° 96.
M. Barrette : Non, Mme la
Présidente, on me prête des...
Article 35...
Présidente (Mme Thériault) : Non, non, non.
Jolin-Barrette : C'est ce qu'il vient de dire.
La Présidente (Mme
Thériault) : Non, non, non, je ne vous permettrai pas de vous
interpeler. Le ministre a la parole. Vous parlerez quand ce sera votre tour, M.
le député de La Pinière. M. le ministre, poursuivez, il n'y a que vous qui
avez la parole.
Jolin-Barrette : O.K. Alors, la politique linguistique s'applique aux
ministères, organismes et aux municipalités. Dans le cadre des hôpitaux et dans
le cadre du réseau de l'éducation, ce n'est pas la politique linguistique de l'État qui s'applique parce qu'ils sont déjà
régis par des règles édictées par l'OQLF en vertu de la charte
actuellement. Pour les hôpitaux, exemple, l'exclusion, elle est à 29.9, alinéa
trois. Donc, à 29.9, si on revient : «Le ministre de la Langue française
élabore et soumet à l'approbation du gouvernement la politique linguistique de
l'État.
«Le ministère de la
Langue française publie la politique approuvée par le gouvernement.
«Cette politique
s'applique aux ministères, aux organismes gouvernementaux et aux organismes
municipaux au sens de l'annexe I.
«Elle
s'applique également aux institutions parlementaires au sens de cette annexe,
sous réserve des dispositions particulières prévues par le Commissaire à
la langue française.»
Jolin-Barrette : Ici en bas? Oui. Après l'article 128.5 de la
loi, il y a une
section spécifique pour les organismes du réseau de la santé et
des services sociaux, organismes scolaires et organismes ou établissements dont
la reconnaissance a été retirée. Donc, eux sont visés par un régime distinct
relativement à la politique linguistique. Donc, ce qu'il faut retenir, c'est
que la politique linguistique de l'État s'applique aux ministères, aux
organismes, aux municipalités, mais elle ne s'applique pas aux hôpitaux.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député.
M. Barrette : O.K. Mme la Présidente, c'est bien important, parce
que la raison pour laquelle je disais que je n'étais pas pressé, parce que je voulais que le ministre
puisse me donner une réponse précise, c'est parce qu'elle
m'apparaissait, au point de départ,
hésitante. Et, quand j'ai regardé le ballet, pendant quelques secondes, auquel
je viens d'assister, là, mettons qu'on
s'est promené de plusieurs documents, là, qui n'étaient pas spontanés dans
l'esprit du ministre. Alors, moi, je ne les ai pas tous retenus, là, puis je ne sais pas exactement le chemin qu'il a
pris, là, il va falloir que je réécoute ça, à moins que le ministre ait l'obligeance de refaire le chemin.
L'article 128, là, c'est de quelle... C'est 128, je pense, que j'ai
compris, là?
Jolin-Barrette : 128.6
M. Barrette :
De quelle loi?
Jolin-Barrette : Du projet de loi n° 96.
M. Barrette :
Du projet de loi n° 96.
Jolin-Barrette : Qui va se retrouver dans la loi 101.
M. Barrette :
Alors, Mme la Présidente, pour résumer, là, si je comprends bien ce que le
ministre dit, si je le comprends bien — et, si je l'ai bien compris,
là, c'est une réponse qui devrait être oui — les institutions de santé ne
seront pas assujetties, donc vont être exclues de la politique linguistique qui
sera éventuellement établie?
Jolin-Barrette : Bien, la réponse à cette question-là, c'est :
oui, sauf avec certaines nuances. Parce qu'à votre question originale, hein, à
votre question originale... Votre question, elle était : Est-ce que les
organismes visés, notamment les hôpitaux... visés par 29.1 sont exclus? C'était
le sens de votre question. Alors, à cette question-là, c'est «oui, mais» ou
«non, mais». Parce que les municipalités, elles, vont être visées. Donc, si
vous êtes une municipalité visée à 29.1,
vous allez être couvert. Par contre, si vous êtes un hôpital visé à 29.1, vous
n'allez pas être couvert. Le régime applicable aux hôpitaux va être à
128.6 et suivants.
Donc,
grosso modo, la règle générale, c'est : la politique linguistique
s'applique aux ministères et aux organismes, aux municipalités, en vertu de l'article que nous étudions, là, les
sections 29.10 et suivantes, la politique linguistique; lorsqu'on
arrive dans le réseau de la santé, il y a un régime particulier, ce n'est pas
la politique linguistique de l'État, mais c'est plutôt un régime particulier qui est encadré par l'OQLF, comme c'est le
cas actuellement, qui se retrouve à 128.6 et suivants.
M. Barrette : Alors, Mme la
Présidente, je comprends...
Jolin-Barrette : Juste en complément, pour que vous ayez la bonne
information : Parce qu'ils sont spécifiquement visés par un processus de
conformité en lien avec l'OQLF.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député.
M. Barrette :
Est-ce que le ministre pourrait me répéter ce dernier petit bout, là?
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Dans le fond, là, le réseau de la santé, là, les
hôpitaux, il y a déjà un régime qui existe en vertu...
un programme de conformité, en vertu de l'OQLF. Donc, ça, c'est maintenu, et ça
se retrouve à 128.6 de la charte. Mais, pour les autres ministères et
organismes, O.K., eux, on vient les viser par la politique linguistique de
l'État.
M. Barrette :
O.K. Bien, alors, Mme la Présidente, une question additionnelle. Je comprends
donc que, 29.10, tous les éléments qui sont à 29.10 sont tous des éléments qui
sont dans la politique linguistique. Donc, je comprends de la réponse du
ministre que, dans le rapport annuel, là, le deuxième alinéa, le troisième
alinéa et le quatrième alinéa, ça aussi, là, ça fait
partie de l'ensemble de
l'oeuvre, ça fait
partie de la politique Verb>auquel ne sont pas assujettis
ces établissements-là de santé.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le Ministre.
M. Jolin-Barrette :
En fait, la politique linguistique de l'État qui va être établie doit
comprendre 29.10. Et c'est un notamment. Bien, en fait, ça doit comprendre...
lorsque la politique linguistique de l'État va être développée, ça doit
comprendre notamment ces éléments-là, ce qui n'est pas exhaustif.
M. Barrette :
Mme la Présidente, ce n'était pas ça, ma question. Après maintenant près de
huit années de vie parlementaire, j'ai compris la notion de doit, peut,
notamment. On comprend ça dans le premier mois. Alors, je le sais, là, que
c'est un notamment, là. Ma question, ce n'était pas ça. Je comprends, puis ça
m'apparaît assez clair, mais je veux juste être certain que tout ce qui est à
29.10, incluant ce qui n'y est pas mais qui pourrait y être, c'est exclu, dans ces établissements-là de santé, en dessous de
29.1. C'est ça que je comprends, là. Donc, pour être plus précis, là, il n'y
a pas d'exigence de rapport annuel, par exemple.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, Mme la Présidente...
M. Barrette :
...de politique de...
M. Jolin-Barrette : ...dans le cadre de l'intervention du député, la
dernière intervention qu'il vient de faire, il a fait référence, dans sa
question, à 29.1, alors...
M. Barrette :
...j'ai bien précisé les établissements de santé, là.
M. Jolin-Barrette :
Pas dans votre dernière intervention.
M. Jolin-Barrette :
Non. Donc, pour les établissements de santé, ils sont visés par un autre
régime, qui est celui de 128.6 et suivants. Donc, il y a d'autres obligations
qui se retrouvent dans ce régime-là pour assurer la conformité. Et ça, c'est un
régime qui existait déjà.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député.
M. Barrette :
Alors, Mme la Présidente, je vais demander l'opinion du ministre, qui va
m'amener à une question simple, là : Est-il possible que ce que l'on dit
dans cet échange, qui se conclut par «ils sont exclus», ce soit contredit, éventuellement, à 128.6? Je ne le
connais pas, 128.6, je ne l'ai pas regardé encore. Est-ce que le ministre,
d'après lui, c'est son opinion? Si c'est le cas, s'il y a un enjeu, bien, je
pense qu'il serait raisonnable de suspendre 29.10.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le Ministre.
M. Jolin-Barrette :
Non, parce que le régime qui est prévu à 128.6, c'est un régime autonome en
soi. Et, dans le fond, le régime de conformité qui existe, exemple, exige
l'analyse de la situation linguistique, à 128.6, ce qui n'est pas le cas au
niveau de la politique linguistique, avec 29.10. On ne vise pas les mêmes
organismes.
M. Barrette :
Très bien. Alors donc, Mme la Présidente, pour le ministre, quand on va arriver
à 128.6, ce qu'on vient de dire, ça n'a essentiellement pas d'impact, puisqu'il
me dit que 128.6 est autonome?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 128.6 vise
le réseau de la santé.
M. Barrette : Bien, Mme la
Présidente, est-ce que ma phrase est, en droit et en politique, adéquate?
29.10, là, les établissements de santé sont... sous 29.1, ça ne s'applique pas,
c'est exclu, et 128.6, c'est un régime autonome. Donc, l'un ne vient pas
empiéter sur l'autre puisqu'il est autonome. Normalement, là, je pense que j'ai
compris. Mais le ministre peut-tu nous dire, de temps en temps : Non, il
n'y a pas de piège, là, oui, oui, c'est ça, la compréhension?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le Ministre, rassurez le collègue.
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme
la Présidente, je rassure le collègue avec bonheur, mais... Et je peux faire le
même parallèle que lui, après huit ans de
vie parlementaire, je me méfie d'une ligne de questions de la part d'un
collègue de l'opposition officielle. Alors, c'est le principe, Mme la
Présidente, de questions fermées qui peuvent nous amener à un résultat et qui
viendraient dire : Ah! Ha! Ce n'est pas ce que vous avez dit avant, tout
Mais vous savez, dans un texte de loi, il y a le
principe général, il y a des exceptions. Et souvent, ça arrive que la façon
dont la question, elle est posée, d'une certaine façon, ça amène une réponse.
Mais parfois il y a des nuances à apporter dans le cadre des projets de loi.
Alors, je veux être bien sûr de bien saisir votre question et de pouvoir vous
donner la réponse la plus complète possible avec les différentes situations qui
pourraient survenir en fonction de la mécanique du texte législatif.
M. Barrette : Je vais terminer
là-dessus, Mme la Présidente. Je le comprends, mais il a tort. Il est possible
pour un parlementaire de faire du parlementarisme objectif dans l'intérêt du
public. Ça arrive, je vous dirais, Mme la Présidente, fréquemment, même que, je
dirais, ça arrive la majorité du temps. Parfois, il y en a qui font des
commentaires pour faire du temps, là, j'ai connu ça, j'ai connu ça, Mme la
Présidente. Je ne parle pas de moi, je parle d'eux
autres, dans d'autres circonstances. Mais disons qu'il y a un autre parti qui
était meilleur là-dedans, là, pour le temps.
Mais, ceci étant dit, Mme la Présidente, vous
comprenez que le ministre, s'il est inquiet du sous-entendu ou du piège, entre
guillemets, de la chose, ça veut dire qu'il est... pour lui, les mots ont un
sens, dans une loi, et c'est important d'avoir ça, parce que, plus c'est clair,
plus c'est clair après, quand on fait une infraction. Et c'est encore plus vrai
pour un ministre de la Justice. Mais ça, je ne veux pas revenir là-dessus, Mme
la Présidente. Il a vécu ça récemment, puis j'imagine que, quand le juge a dit
ça, c'est que la loi devait être claire. Ça ne devait pas être un juge
paranoïaque.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci
pour votre intervention, M. le député de La Pinière. Moi, je veux tout
simplement rappeler que, les députés ici, c'est dans nos règles, c'est dans nos
règlements, on a tous 20 minutes pour parler sur chacun des articles, ce
n'est pas un crime de le faire, ce n'est pas un crime de le prendre, peu
importe qu'on soit un député du gouvernement, que ce soit le ministre. Parce
que même le ministre a des temps de parole qui sont calculés. Bien, c'est la même chose pour tous les députés. Donc, ça
ne sera jamais un crime de prendre son droit de parole pour pouvoir exprimer librement ce que nos citoyens nous ont porté
à notre attention, peu importe le projet de loi, que ce soit pour
féliciter le ministre, que ce soit pour lui apporter des modifications
potentielles. Donc, peu importe la formation politique, je pense qu'on ne doit
jamais juger les collègues qui, eux, s'expriment sur un projet de loi, parce que c'est leur droit le plus fondamental, comme
députés, de s'exprimer, surtout quand on fait de la législation. Voilà,
donc...
M. Barrette : J'ai terminé, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Vous
aviez terminé. Donc, est-ce que j'ai d'autres commentaires sur 29.10? Je ne
crois pas. Donc, ça veut dire qu'on... Oui, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : 29.10 au complet, là?
La Présidente (Mme Thériault) : Oui.
Mme David : Non, non, O.K. C'est
correct. J'étais rendue à 29.11.
La Présidente (Mme Thériault) : C'est
beau pour 29.10? Donc, on est prêts à passer à 29.11? 29.11. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
29.11 : «Lorsqu'il élabore la politique linguistique de l'État, le
ministre doit tenir compte :
«1° de l'importance accordée à la langue
française comme langue commune pour permettre l'intégration à la société
québécoise des personnes immigrantes;
«2° des particularités des organismes et des
établissements reconnus en vertu de l'article 29.1.»
L'article...
Commentaires :
L'article 29.11 de la Charte de la langue française,
que propose l'article 19 du projet de loi, prévoit que le ministre de la Langue française doit tenir compte de
l'importance accordée au français comme langue commune et des
particularités des organismes et des établissements reconnus lorsqu'il élabore
la politique linguistique de l'État.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Bien, déjà, je vais dire
que c'est mélangeant, là. Ça commence : «Cette charte est modifiée par
l'insertion, après l'article 29.1...» Pourquoi on revient à 29.1,
là-dedans? Parce qu'on est à 29.11.
M. Jolin-Barrette : C'est parce que,
dans le fond, là... Non, mais on est...
L'article 19 introduit à partir
de... Quand vous retournez, là, au départ, là, 19... on commence par 29.2. Donc
depuis tout à l'heure, là, depuis les autres séances, on commence par 29.2,
29.3, 29.4, 29.5, 29.6, 29.7, 29.8, puis là on en est rendus à 29.11. Donc on
a... La page à laquelle vous êtes dans le cahier, c'est juste le début de
l'article, puis c'est pour ça que vous avez les trois petits points entre
crochets. Et là on est rendus à 29.11.
La Présidente (Mme Thériault) : ...qu'on
insère un nouveau paragraphe, plutôt que de modifier une loi ou un paragraphe.
Donc c'est : insérer un nouveau paragraphe, et ça se suit toujours au 19.
C'est pour ça qu'on vote le 19 à la fin, parce que c'est tous de nouveaux
articles.
Mme David : Et donc il faut reculer
parce que ça, c'est le
titre qui chapeaute l'article 19 au grand complet?
M. Jolin-Barrette : En fait, c'est
la phrase introductive qui permet...
Mme David : La phrase introductive
de l'article 19 au grand complet.
M. Jolin-Barrette : C'est ça, qui...
La Présidente (Mme Thériault) : À
chacun des articles, vous allez le retrouver.
M. Jolin-Barrette : ...permet
d'insérer 29.2 à 29.23.
Mme David : Vous êtes vraiment bons,
parce que je ne suis même pas capable de retrouver l'article 19 dans son
début. Puis j'en ai un ici, c'est les avis de convocation, ce n'est sûrement
pas ça.
M. Jolin-Barrette : Non, mais 19, la
première phrase de 19, là, c'est la même que vous avez dans votre cahier,
là : «19. Cette charte est modifiée par l'insertion, après
l'article 29.1, de ce qui suit.» Puis là, on ouvrait les guillemets. Là,
on a traité, en premier, 29.2 : «Lorsque l'office constate, à la
lumière...» Donc, on a fini 29.2, on est passés à 29.3, 29.4. Là on est rendus
à 29.11. Si vous retournez à l'article précédent, à 29.10, vous aviez la même
chose : «19. Cette charte est modifiée par l'insertion, après
l'article 29.1, de ce qui suit», mais c'est juste qu'on a coupé puis on a
mis ça entre crochets avec trois petits points pour dire : Entre le début
de l'article puis l'article 29.11, vous avez 10 articles. Vous avez
29.2, 29.3, 29.4... c'est ça.
Mme David : Donc, l'article 19
dans le cahier, là, moi, ce que j'appelle le mammouth, là, il commence à la page 131. C'est là que, pour la première
fois, on voit apparaître : «Cette charte est modifiée par l'insertion,
après l'article 29.1, de ce qui suit.» Parce que 29.1, il est important,
là, c'est toutes les municipalités, et tout ça. O.K., donc, ça, c'est réglé.
29.11, donc,
ce que je me demande, c'est pourquoi dire ça là? Pourquoi, en fait...
Paragraphe 1°, paragraphe 2° n'ont
pas grand-chose à voir l'un avec l'autre. Puis pourquoi ça arrive là de
dire : «Lorsqu'il élabore la politique linguistique de l'État, le ministre
doit tenir compte de l'importance accordée à la langue française comme langue
commune pour permettre — d'ailleurs,
l'avez-vous lu, tout ça, ou...
M. Jolin-Barrette : Je viens de le
faire.
Mme David : ...vous voyez, je suis
rendue mêlée — l'intégration
à la société québécoise des personnes immigrantes», pourquoi on revient à ça?
M. Jolin-Barrette : Bien, parce que,
là, on est dans le cadre de la politique linguistique, et, dans le cadre de la
politique linguistique, c'est important de circonscrire les exceptions pour
rappeler qu'on garde toujours en tête la langue française puis l'exemplarité de
l'État. Donc, les exceptions... doit être prise en considération de cet
objectif fondamental là, à 1°,
mais c'est balancé également par 2°, au paragraphe 2°,
parce que les organismes visés à 29.1, donc les organismes qui sont reconnus bilingues, ont une situation
particulière. Donc, lorsque la politique linguistique, elle est établie,
ça nous prend une certaine souplesse. Puis c'est dans la loi pour ça, parce que
ça arrive qu'ils ont des... bien, en fait, vous le savez, les organismes
reconnus bilingues ont des particularités propres. Donc, dans la construction
de la politique linguistique, il faut prendre en considération les
particularités des organismes reconnus bilingues.
Mme David :
Donc, je comprends beaucoup mieux la pertinence de 2°. La
pertinence de 1°... Moi, je suis un sous-ministre, là.
Vous avez dit... au début, on a dit : C'est la plus haute autorité du
ministère ou de l'organisme. Je ne saurais pas quoi faire avec ça, quand je
lis, ça : il faut que je tienne compte de l'importance accordée, comme
langue commune, pour permettre l'intégration. Est-ce qu'on revient à notre
histoire de six mois? Est-ce qu'on revient à la francisation? Qu'est-ce que
vous... quel message est véhiculé dans ça? Puis à qui on parle?
M. Jolin-Barrette : C'est pour
rappeler le socle commun de la... la disposition de la politique linguistique
sur l'exemplarité du français, avec le paragraphe 2°,
notamment, sur les organismes qui sont reconnus bilingues, où ils doivent faire
preuve d'un particularisme dans le cadre de la politique linguistique.
Mais, juste
vous ramener un petit peu en arrière sur la nouvelle mécanique qui existe.
Parce que, là, actuellement, on passe de la politique linguistique
gouvernementale où... elle est édictée par le gouvernement, sauf que chacun des
ministères et organismes adopte la sienne. On part d'une avec plusieurs. Les 26
ministères, ils développent leur propre politique. Là, on change ça, parce
qu'il n'y avait pas de cohérence au point de vue étatique. Là, il va n'y avoir
qu'une seule politique linguistique
étatique... de l'État, pardon, qui va être proposée par le ministre de la
Langue française, approuvée par le gouvernement. Donc, il n'y a qu'un
seul sous-ministre qui est responsable de la politique linguistique, O.K.? Elle
s'applique à tous les ministères et organismes qui sont visés. Donc, au niveau
de la cohérence, il n'y a pas d'enjeu.
Là où le sous-ministre en
titre de chacun des
ministères et organismes qui ont des particularités... Exemple, au ministère
des Transports, bien là, le sous-ministre aux Transports va dire : Bien,
écoutez, moi, en fonction de ma mission, en fonction de la clientèle que j'ai,
il faut que je bénéficie des exceptions a, b, c, d, e, f, g dans le cadre de la
politique linguistique. Donc, ça va être par voie de directive puis ça va être
approuvé par le ministre de la Langue française pour que l'organisme en
question ait ces exceptions.
Mme David : Bien, est-ce que c'est
fait pour avoir une sensibilité particulière à une clientèle particulière ou
c'est fait pour dire : Attention, n'oubliez pas qu'au bout de six mois
vous devez vous adresser en français? Mais, auquel cas, bien, il va falloir
qu'il y ait des directives et des mesures particulières pour être en mesure de
les franciser en six mois. J'essaie de voir si ça aide, ça nuit, c'est-tu de la
compassion, c'est-tu de la coercition, c'est... Parce qu'autant je comprends bien le 29.1, parce que, là, il y a comme un
régime qui entoure bien ça, autant... C'est dit gentiment, d'ailleurs, dans le 1°, «pour
permettre l'intégration à la société québécoise». Mais j'essaie de voir les
conséquences concrètes. Si vous pouviez me donner un exemple... Tu sais,
le Transport, ça ne doit pas être bien, bien ça qui va les empêcher de dormir,
mais au MIFI, oui, en Éducation...
M. Jolin-Barrette : Non, mais le
paragraphe 1° est là pour rappeler l'importance de la
politique linguistique comme socle commun pour l'intégration des personnes
immigrantes. Ça n'a pas de lien avec le six mois, le six mois, c'est une
habilitation, c'est une exception pour permettre aux ministères et organismes
de communiquer pour l'accueil. Là, on est
dans le cadre de la politique linguistique, où est-ce qu'on dit... on réitère
que la politique linguistique, notamment, elle a pour mission de faire en sorte que la langue commune permette
l'intégration des personnes immigrantes. C'est un objectif. Tout comme
au paragraphe 2°, dans le cadre de la politique
linguistique qui est élaborée, bien, le ministre va tenir compte des
particularités.
Donc,
l'objectif recherché, notamment, avec la politique linguistique, on dit :
Il y a un souci d'intégrer en français les personnes immigrantes, donc
la politique linguistique doit servir à ça également. Mais parallèlement à ça,
n'oubliez pas, M. le ministre, ou Mme la ministre, un ou l'autre, Mme la
ministre, qu'il y a des organismes reconnus bilingues en vertu de 29.1, et la
politique linguistique doit le prendre en considération. Donc, n'oubliez pas de
faire preuve de souplesse, Mme la ministre ou M. le ministre, dans le cadre de
l'établissement de la politique linguistique, parce que la réalité des
organismes qui sont visés à 29.1, et qui sont couverts par la politique
linguistique, et qui n'en sont pas nommément exclus, exemple les hôpitaux,
bien, ayez une sensibilité par rapport à leurs particularismes, parce que ce
n'est pas la même chose que n'importe quel autre ministère, parce qu'ils ont un
statut reconnu.
David : Bien, je vais vous donner un exemple qui me vient
comme ça, là. Je cherchais où il y avait peut-être des personnes
immigrantes mais même à statut de travailleurs temporaires : le ministère
de l'Agriculture. Bien, quand on reçoit 40, 50, 60 Guatémaltèques sur notre
ferme, j'imagine, ces gens-là répondent ultimement du ministère de
l'Agriculture parce qu'ils sont... puis que, là, il faut avoir une sensibilité
particulière au fait qu'ils ne parlent ni français, souvent, ni anglais.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
les permis de travail temporaires relèvent du fédéral, donc leur interlocuteur
risque d'être davantage le ministère de l'Immigration que le ministère de
l'Agriculture.
David : Ah! C'est intéressant. Ça veut dire que, comme
vous en voulez beaucoup, beaucoup, de travailleurs temporaires étrangers, ils vont pouvoir... ils
vont relever de la
Loi sur les langues officielles ou ils ne vont relever
d'aucune loi qui traite vraiment de la langue? Et ils ne relèvent absolument
pas, donc, de lois, de législations du Québec?
M. Jolin-Barrette : Non, non. Dans
le fond, là, en matière d'immigration, vous avez l'immigration temporaire, l'immigration
permanente. La mécanique pour l'immigration permanente, pour être sélectionné à
titre d'immigrant permanent, nous, on a la juridiction
sur la sélection économique et également sur les réfugiés. Pour pouvoir être
sélectionné au niveau de l'immigration économique, ça vous prend un certificat
de sélection du Québec. Donc, vous devez être repêché par l'État québécois.
Par contre, relativement au Programme
d'immigration temporaire, là, à ce moment-là, c'est le fédéral qui donne le droit de séjour aux travailleurs
temporaires. Puis, c'est notamment ce que mon collègue le ministre du Travail
a été négocier, dans certaines catégories, maintenant, vous savez, il y avait
des emplois un peu moins qualifiés, où il y avait un plafond, et, dans les
différentes régions du Québec, ça soulevait un enjeu parce que c'était un
maximum de 20 % du nombre d'employés qui pouvaient être sur ces permis de
travail là. Vous avez des permis de travail fermés, des permis de travail
ouverts, donc il y a différentes catégories, il y a différents programmes.
David : ...qu'on va être appelés à voter bientôt...
bientôt, un jour, 96, qui modifie la loi 101, va s'appliquer de
près ou de loin?
M. Jolin-Barrette : Oui, oui. Là,
c'est parce qu'on parlait du statut. Tu sais, dans le fond, vous faisiez
référence avec le statut, dans le fond, la façon dont on est présent,
supposons, sur le territoire québécois, en termes d'immigration temporaire,
c'est le fédéral.
Mme David : Et donc on peut dire
que...
M. Jolin-Barrette : Il y a une
partie québécoise, aussi, mais grosso modo, en temporaire, c'est plus le
fédéral, malgré qu'il y a des normes québécoises aussi.
Mme David : Donc, ils ne font pas
partie
de la catégorie des personnes immigrantes que nous voulons intégrer à la
société québécoise dans le sens du premier alinéa?
M. Jolin-Barrette : Oui, elles en
font partie.
Mme David : Oui, elles en font
partie?
M. Jolin-Barrette : Oui, elles en
font
partie parce que...
Mme David : Donc, il faut que la
politique linguistique de je ne sais pas qui, là, parce que je ne sais plus
quel ministère que c'est, tienne compte peut-être des milliers, des milliers de
travailleurs étrangers temporaires.
M. Jolin-Barrette : Oui. Pourquoi?
Parce qu'on souhaite... Et vous aurez noté qu'au cours des dernières années la
majorité de l'immigration que nous recevons, ce sont des personnes qui étaient
en situation temporaire, au Québec, et par la suite se retrouvent à être des
personnes immigrantes permanentes. Où j'apporterais un bémol, notamment,
relativement aux travailleurs agricoles qui viennent ici avec des permis de
travail spécifiques dans le cadre de certains... avec des accords avec certains
États, le permis de travail n'est valide que pour une durée d'il me semble six
mois, et une des conditions rattachées au permis... à ce permis de travail là
pour travailleurs agricoles est le fait qu'ils doivent retourner dans leur pays
d'origine.
Parce que parfois, dans certaines situations,
vous avez un permis de travail temporaire, supposons qu'il est deux ans,
trois ans, mais qu'ils viennent travailler sur des établissements
agricoles mais qui ne sont pas dans le cadre du permis de travail agricole.
Donc, dans le cadre du permis de travail régulier, si je peux dire, bien
entendu, ils sont assujettis. Bien, en fait, tout le monde est assujetti, mais
l'objectif n'est pas le même. Parce que, quand vous avez un travailleur
agricole qui doit absolument repartir, il ne peut pas faire de demande
d'immigration permanente, mais...
Mme David : ...six mois, le maximum,
M. Jolin-Barrette : Oui, mais ça,
c'est dans le cadre du permis de travail agricole.
Mme David : Oui, je sais.
Jolin-Barrette : Donc lui,
il est obligé de retourner, il ne peut pas faire sa demande d'immigration
permanente.
Mme David : Donc, il n'est pas
obligé d'apprendre le français dans les six mois, parce que, six mois
après, il est parti, même s'il revient tous les ans six mois.
M. Jolin-Barrette : Bien, ça ne veut
pas dire qu'il va revenir tous les ans.
Mme David : Non, c'est ça.
M. Jolin-Barrette : Mais nous, on ne
fera pas de distinction entre un travailleur qui est sur un permis de travail
agricole et un permis de... une personne qui est en situation d'immigration
temporaire. On veut offrir la francisation à tous, parce
que, de toute façon, la personne qui est en situation temporaire ici, avec
votre exemple, qui souhaiterait revenir l'année suivante, s'il a des
compétences langagières en français, c'est une bonne chose. Et même peut-être
que, de son pays d'origine, il va souscrire à un permis de travail temporaire,
non... en n'étant pas dans le Programme des travailleurs agricoles et donc lui,
il pourrait décider de venir d'une façon temporaire plus longue que son six
mois et, par la suite, de décider de venir au Québec. Il occupe un emploi et il
va passer, exemple, par le Programme de l'expérience québécoise, avec les
niveaux de français que j'ai rajoutés, et donc devenir un immigrant permanent.
Donc, on a tout intérêt à déployer nos ressources et à faire en sorte que,
lorsque l'État s'adresse aux personnes immigrantes, peu importe le statut
qu'elles ont, on le fasse en français.
Mme David : Et donc, cet alinéa-là,
en principe, est fait pour aider à la francisation?
M. Jolin-Barrette : Bien, cet alinéa
là est fait pour rappeler, lorsqu'on va élaborer la politique linguistique, un
des objectifs de la politique linguistique. L'objectif de la politique
linguistique, il faut garder en tête, là, puis c'est l'esprit de la loi, que le
français, c'est la langue commune et elle doit servir en tant que langue
d'intégration de la société québécoise. Puis, vous savez, on en a débattu
abondamment au cours des deux dernières années, quels sont les facteurs
d'intégration à une société? Le fait d'occuper un emploi mais le fait de parler
la langue commune également. Alors, nos efforts en termes de politique
linguistique, notamment au niveau de l'exemplarité de l'État, doivent être
basés sur le fait qu'on souhaite intégrer en français les personnes
immigrantes.
Puis l'élément de cohérence là-dedans, à
l'époque, en lien avec... lorsque j'étais ministre de l'Immigration, c'est que
j'ai étendu les cours de francisation aux personnes en situation temporaire.
Puis c'était urgent de le faire parce que les cours de francisation qui étaient
offerts gratuitement ne l'étaient pas aux personnes en situation temporaire.
Or, au cours des années, et sous votre gouvernement à vous aussi, le nombre de
personnes en situation temporaire a beaucoup augmenté, parce qu'il y a des
besoins de main-d'oeuvre, notamment. Donc, les gens viennent ici, ont une
expérience de vie au Québec, mais, jour 1 où ils arrivent, même s'ils sont
en situation temporaire, moi je crois qu'on doit déployer les efforts puis les
ressources pour les franciser, sachant que c'est dans l'avantage du Québec de
les retenir au Québec et qu'ils puissent immigrer d'une façon permanente. Donc,
il faut y aller en amont.
Et même avant ça, il y a des outils, au MIFI,
notamment des cours de francisation en ligne, au moment où les gens sont à
l'étranger, avant même d'arriver. Puis là on rentre plus dans l'immigration,
mais, en termes d'immigration temporaire, ce que ça permet de faire dans
certaines situations aussi, c'est de localiser la personne qui choisit le
Québec dans une région donnée, ce que l'immigration permanente ne permet pas de
faire.
Mme David : O.K. Bien, ça donne une
bonne idée des défis qui vont attendre toute la question de la francisation,
parce ça fait beaucoup, beaucoup de monde à franciser, et rapidement, et bien,
et correctement. Bien, ça va pour le 29.11, pour moi, en tout cas, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : C'est
bon. M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. À 29.11, on utilise un langage déclaratif, le ministre doit tenir
compte, et je note une absence de mots, notablement. Là on arrive à deux
critères que le, la ministre a l'obligation de garder en tête, c'est-à-dire
l'importance accordée à la langue française comme langue commune pour permettre
l'intégration, et, deux, des particularités pour baliser les exceptions de
29.1. Cet
article vise à baliser 29.10 qui donne vie à 13.1 et l'exemplarité de
l'État.
Ce que j'entends par ça, bon, et même ma
question, c'est... Si je regarde 29.10, il y a plusieurs critères ou bien modes
d'évaluation qui touchent... Et, très légitimement, un des objectifs que je
comprends du projet de loi devant nous,
c'est-à-dire d'étendre cette exemplarité, sa visibilité, son étendue, à la
population totale du Québec... C'est-à-dire, à 29.10c, 29.10b, 29.10e,
29.10f, il y a des mesures qui visent la population francophone, de souche ou
autre. Et, à 29.11, le ministre doit... son obligation... et ce n'est pas
marqué «entre autres». Je peux comprendre que, peut-être, on veut mettre
l'emphase, en quelque part, mais on ne parle aucunement de l'étendue nécessaire
et visée de la charte auprès des gens qui auraient déjà maîtrisé la langue
française, soit que c'est leur langue maternelle ou autre.
Alors, est-ce que je peux comprendre si c'est
voulu? Si on établit ici une hiérarchie d'objectifs, dont 29.11.1° et 29.10.2°,
sont primordiaux, et de façon beaucoup plus secondaire, M. le Président, on
vise la population «at large», est-ce que je peux comprendre comment ça se
fait, comme je dis, qu'il n'y a pas un alinéa qui parlerait de l'obligation du
ministre de tenir compte de l'important... bien, j'invente les mots, mais de
l'importance de faire comprendre et valoriser la langue... le rayonnement de la
langue française sur le plan pancanadien comme à f, dans les activités
normales, dans d de 29.10? Y a-t-il une logique qui explique pourquoi on ne
trouve aucune mention, comme je dis, de l'obligation d'exemplarité en tout ce
qui touche au rôle... aux récepteurs du message, qui sont des francophones de
langue d'usage normal?
Le Président (M. Poulin) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
vais tenter une réponse, puis le député de D'Arcy-McGee pourra me dire si je
réponds à sa question, parce que j'ai essayé de cerner la question.
Dans le fond, quand
on est dans le régime de 29.10, 29.10 vient dire, aux fins de la politique
linguistique, là, qu'est-ce qui doit... qu'est-ce que le ministre, lorsqu'il va
développer la politique linguistique de l'État... quels sont notamment
les critères qui doivent y être. Ça fait que, là, on a une nomenclature des
critères qui doivent en faire partie. Ils ne sont pas exclusifs, et on pourra
rajouter certains éléments sur l'exemplarité de l'État, mais, minimalement, la
politique linguistique de l'État doit tenir compte de ça. Et ces critères-là,
notamment, il y en a certains qui se retrouvaient déjà, dans l'état du droit
actuel, au niveau de la politique linguistique gouvernementale.
Tu sais, on s'est
inspirés, notamment, de la politique linguistique gouvernementale et on vient
dire : Bien, écoutez, ces éléments-là sont importants dans la prochaine
politique que le ou la ministre de la Langue française va développer, sachez que ça, ça doit être dedans,
O.K., quand vous allez développer ça, vous allez prendre ces critères-là,
notamment. Ça, c'est... On est dans l'exemplarité de la langue française puis
on dit : Écoutez, il n'y aura qu'un seul document maintenant à la grandeur
de l'État québécois, une seule politique linguistique, contrairement à
actuellement, où il y en a 27, politiques linguistiques, bien, je dis 27,
là, mais c'est un petit peu moins ou un petit peu plus, parce que c'est chacun
des organismes qui est responsable. Alors là, on centralise le tout. Ça fait
que ça, c'est le contenu minimal, supposons, de la politique linguistique, à
29.10, avec ces objectifs-là.
Lorsqu'on se retrouve
dans le régime de 29.11, O.K., le 29.11, c'est deux objectifs à ne pas oublier
sur la politique linguistique, pour dire : Attention, lorsque vous rédigez
la politique linguistique en vertu de 29.10, n'oubliez pas de vous rappeler au moment de la rédaction qu'un des objectifs de la
politique linguistique, c'est notamment de dire que le... toute l'importance du français comme langue commune en vue
notamment... Puis je l'ai expliqué à plusieurs reprises, que le projet de loi visait à faire en sorte
d'avoir les outils notamment pour intégrer en français les personnes
immigrantes.
Ça fait que ça, c'est
a... pardon, c'est 1° de 29.11, le premier, mais, deuxièmement, par ailleurs,
on dit à la ou au ministre de la Langue
française : En même temps que vous allez rédiger, là, la politique
linguistique en vertu de 29.10, là, n'oubliez pas que, dans le cadre de
la politique linguistique, ça vise certains organismes qui sont visés à 29.1,
qui sont des organismes reconnus bilingues.
Donc, M. ou Mme la ministre, en vertu de 29.11.2°, vous devez, M. ou Mme
la ministre, tenir compte du statut particulier des organismes visés à 29.1
parce que ce n'est pas la même chose qu'un organisme, supposons, francophone.
Exemple,
prenons Santa Cabrini, français-italien, prenons une municipalité bilingue,
Otterburn Park, supposons, bien, au moment de la rédaction de la
politique linguistique de l'État, il y a un souci de dire : Écoutez, ce
n'est pas... Comme une de mes collègues dit souvent, ce n'est pas de la Labatt
pour tout le monde, hein? Donc, on est conscients, dans le cadre de la rédaction de la politique linguistique, qu'au Québec
il y a un régime particulier qui s'applique pour 29.1, puis on en prend
considération, parce que certains organismes, dans 29.1, sont visés par la
politique linguistique.
Puis c'est un peu ce
qu'on disait avec le député de la Pinière tout à l'heure, le réseau de la
santé... les organismes du réseau de la santé qui sont visés à 29.1, la
politique linguistique ne s'applique pas, mais les municipalités qui sont à
29.1, elles, elles sont visées par ça. Donc, M. ou Mme la ministre, au moment
de la rédaction de la politique, prenez en considération que vous avez des
organismes bilingues qui vont être pris. Donc, c'est une sorte d'aménagement,
là, au bénéfice de 29.1... des organismes de 29.1.
La Présidente (Mme
Thériault) : Le député de D'arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Je remercie le ministre. Il s'adresse à ma question, mais il parle de la
nécessité de la prise en considération de 29.11.1° et 29.11.2°, et je comprends
parfaitement, mais je ne sais pas si ma préoccupation n'est pas justifiée. Je
regarde 29.10c et 29.10f comme exemples :
«29.