Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 23 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CAPERN 2022-02-23
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-six minutes)
Le Président (M. Lemay) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources
naturelles ouverte. Et je demande à toutes les personnes présentes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Alors, aujourd'hui, nous sommes réunis afin de
poursuivre les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet
de loi n° 21, la Loi visant principalement à mettre fin à la recherche et
à la production d'hydrocarbures ainsi qu'au financement public de ces
activités.
Et, M. le secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président, un seul remplacement : M. Tanguay (LaFontaine) est
remplacé par M. Arcand (Mont-Royal—Outremont).
Le Président (M. Lemay) : Merci,
M. le secrétaire. Aujourd'hui, nous entendrons l'Institut national de la recherche
scientifique, et d'ailleurs je les salue de ce pas, qui sont avec nous. Alors,
je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre exposé,
et, par la suite, il y aura une période d'échange avec les membres de la
commission.
Mais d'abord, je vous invite à vous présenter,
et ensuite vous pouvez y aller avec votre exposé.
Mme Hénault-Ethier (Louise) : Bien,
bonjour, M. le Président. M. le ministre, Mmes, MM. les députés et membres de
la CAPERN, je vous remercie pour l'invitation à témoigner aujourd'hui,
accompagnée d'experts du Centre Eau Terre Environnement de l'Institut national
de la recherche scientifique dont j'assume la direction. Donc, je suis
accompagnée de Louis-César Pasquier, Jasmin Raymond et Violaine Gascuel.
Donc, selon l'Agence internationale de
l'énergie, aucune nouvelle exploitation d'hydrocarbures ne doit voir le jour
pour atteindre la carboneutralité en 2050. L'interdiction d'exploiter les
hydrocarbures au Québec s'aligne avec les connaissances scientifiques. Signal
fort en matière de lutte aux changements climatiques, elle démontre
l'engagement du Québec dans la transition énergétique.
Un puits duquel du méthane fuit ou qui menace
l'eau souterraine doit être fermé. Mais, si les évaluations environnementales
sont satisfaisantes, il pourrait être un allié dans la lutte aux changements
climatiques en donnant accès à des
réservoirs permettant la production ou le stockage d'énergies alternatives ou
de carbone. L'usage des réservoirs souterrains sans exploitation des
hydrocarbures sont compatibles avec une économie faible en carbone.
Je céderai d'abord la parole à la doctorante
Violaine Gascuel, qui a travaillé sur l'évaluation du potentiel géothermique de
l'île d'Anticosti et de la région de Bécancour.
Mme Gascuel
(Violaine) : Merci, Louise. Alors, tout d'abord, j'aimerais
rappeler qu'au Québec il est nécessaire de chauffer les bâtiments environ sept mois par an. En 2013, les besoins
en chaleur représentaient 76 % de la consommation énergétique des bâtiments résidentiels et une part
substantielle de celle des autres bâtiments. L'exploitation des
ressources géothermiques québécoises permettrait de répondre à cette demande en
chaleur. Une utilisation à grande échelle permettrait d'éviter les GES associés
au chauffage et permettrait également de diminuer drastiquement la quantité
d'électricité nécessaire, notamment en période de pointe hivernale.
Des systèmes géothermiques de faible profondeur
sont déjà utilisés dans certains bâtiments de la province, notamment à l'Assemblée nationale. Cependant, la
température du sous-sol augmente avec sa profondeur. L'exploitation de la chaleur contenue dans les formations
rocheuses plus profondes serait donc plus efficace d'un point de vue
énergétique. Son utilisation permettrait de répondre à la demande de gros
consommateurs, comme des réseaux de chaleur urbains ou de grandes serres
agricoles, le tout avec des coûts compétitifs.
Les systèmes les plus efficaces pour exploiter cette
chaleur seraient les systèmes en boucle ouverte. Ceux-ci pompent directement
l'eau souterraine vers la surface puis la réinjectent en profondeur après en
avoir extrait la chaleur. Ils nécessitent néanmoins l'utilisation de formations
rocheuses poreuses et perméables en profondeur, sans quoi ils ne peuvent pas
fonctionner.
Or, ces caractéristiques, qui font d'une
formation rocheuse une bonne cible pour les systèmes, en feraient également un
réservoir souterrain, tel que défini dans le projet de loi proposé. En effet,
il serait possible, d'un point de vue technique, d'y
stocker du gaz naturel, justement à cause de sa porosité et perméabilité.
L'interdiction de rechercher des réservoirs souterrains dans le cadre d'un
projet pilote interdit donc de fait la mise en oeuvre des systèmes
géothermiques profonds en boucle ouverte.
Les systèmes
géothermiques en boucle ouverte pourraient, par ailleurs, être combinés à
l'extraction de minéraux critiques et stratégiques de l'eau souterraine,
appelée saumure, si la présence de ceux-ci en concentration exploitable et
démontrée. L'extraction de minéraux pourrait avoir lieu juste avant la
réinjection de la saumure. Ce procédé éviterait d'avoir recours à des mines à
ciel ouvert ou excavations. Bien sûr, pour que ce soit possible, il faudrait
que l'exploitation de la saumure soit autorisée.
Je céderais ensuite la parole à Louis-César
Pasquier, professeur agréé au Centre Eau Terre Environnement de l'INRS, qui
s'intéresse depuis 10 ans à la capture, au stockage et à l'utilisation du
carbone, notamment par le développement de procédés de carbonatation misant sur
l'économie circulaire et permettant de réduire les émissions de CO 2 des industries.
M. Pasquier (Louis-César) : Merci,
Violaine, pour l'introduction. Le Québec s'est donné des objectifs de réduction
de ses émissions de gaz à effet de serre ambitieux. En 2030, les émissions qui
sont actuellement à 2,6 % en dessous des niveaux de 1990 devront atteindre
37,5 %. Nous avons donc huit ans pour atteindre la cible que nous nous
sommes fixée. Les outils dont nous disposons sont nombreux et aucun ne sera de
trop dans ce défi.
Plus spécifiquement, le secteur industriel
québécois représente 29,4 % du bilan des émissions de 2019. Ces émissions peuvent être scindées en deux parties,
soit les émissions de combustion industrielle et les émissions de
procédés.
Grâce à d'importants investissements en matière
d'efficacité énergétique, les émissions de combustion sont en large baisse et
vont continuer de baisser. Les émissions de procédés sont également à la
baisse, mais grâce à la fermeture, il y a quelques années maintenant, des cuves
Söderberg dans la production d'aluminium ou la fermeture de l'usine de
magnésium Magnola, les principales catégories aux émissions... associées aux
émissions de procédés sont la production de métaux non ferreux, l'aluminium,
les métaux ferreux, l'acier, et les minéraux non métalliques, le ciment et la
chaux.
Ces industries, qui sont un moteur économique
important pour la province, ont pour la plupart des émissions incompressibles.
On peut également mentionner la production d'énergies renouvelables permettant
l'économie circulaire de matières organiques, comme la biométhanisation, qui,
malheureusement, émettent également du CO 2 .
En résumé, malgré tous nos efforts de
modernisation, de transition énergétique et de réduction de nos émissions à la
source, une période de transformation sera nécessaire. La capture et le
stockage du carbone, comme vous le savez
peut-être, propose de retirer le CO 2 de flux gazeux
ou même de l'air pour l'injecter dans des formations géologiques adéquates à plusieurs kilomètres de
profondeur. Au Québec, des travaux antérieurs ont démontré un potentiel
de stockage de plusieurs milliards de tonnes de CO 2 ,
notamment dans des régions où se trouvent les puits dont le texte de loi fait
objet.
En ce sens, bon nombre de nos recommandations
visent à assurer la pérennité des travaux de recherche et de développement nécessaires à un possible
développement de cette filière au Québec tout en maintenant l'interdiction
de fermer et d'exploiter les hydrocarbures de...
Je vous passe
maintenant la parole à mon collègue Jasmin Raymond, professeur au Centre Eau
Terre Environnement, hydrogéologue de
formation et spécialisé dans l'énergie géothermique, qui s'est notamment
intéressé à des applications en contexte de production agricole en serre
au Québec.
M. Raymond (Jasmin) : Merci,
Louis-César. Tous les acteurs du développement énergétique s'entendent pour
dire que l'hydrogène, c'est le carburant du futur. Le Québec est
particulièrement bien positionné pour produire de l'hydrogène vert compte tenu
de son potentiel hydroélectrique. Mais, pour devenir un vrai leader dans le
domaine, il faudra inévitablement développer une capacité de stockage, qui
risque d'être un défi important pour la province.
Le stockage est essentiel pour arrimer la
production d'hydrogène à la consommation, qui ne sont pas toujours en phase,
surtout si l'on veut que l'hydrogène remplace de façon significative les
hydrocarbures pétroliers que nous consommons, qui représentent, pour le moment,
près de 40 % de notre bilan énergétique. Pour y arriver, il faudra
développer des technologies de stockage souterrain, qui sont la seule option
sécuritaire pour arriver à du stockage grand volume effectué à un coût
compétitif, le stockage d'hydrogène effectué en surface étant réalisé avec un
petit volume et des coûts beaucoup plus importants.
En ce moment, le stockage d'hydrogène effectué
dans des cavités aménagées dans des roches constituées de sel est l'alternative privilégiée pour le stockage
à grand volume. Le Québec est donc désavantagé puisque l'unique endroit dans la province où l'on compte des formations
adéquates constituées de sel est dans le sous-sol des Îles-de-la-Madeleine, un endroit éloigné
des consommateurs, où il serait illogique de faire du stockage.
Le sud de la province est toutefois constitué de
bassins sédimentaires, les basses terres du Saint-Laurent, qui contiennent des
réservoirs souterrains. Ces réservoirs, qui ont été par le passé des cibles
pour l'exploration pétrolière, vont devenir des cibles pour l'exploration du
stockage souterrain d'hydrogène dans le futur. Le projet de loi ouvre la porte
à des projets pilotes qui permettraient l'utilisation des réservoirs
souterrains pour des fins de stockage d'hydrogène en adéquation avec les
objectifs de la transition énergétique sur autorisation du ministre.
Comme pour les autres technologies mentionnées
précédemment, le projet de loi demeure toutefois flou sur la démarche à
entreprendre pour obtenir une autorisation ministérielle. Il est, bien entendu,
comprenable que cette démarche ne soit pas encore définie pour le secteur de
l'hydrogène puisque les technologies ne sont pas à maturité. Les technologies
géothermiques permettent... précédemment décrites par ma collègue Violaine
Gascuel permettent... pourraient
être déployées sur le terrain à l'heure actuelle... et qu'il n'y a pas encore
de cadre réglementaire au Québec. Il ne faudrait pas reproduire la même
erreur et développer, avec quelques années de retard, ce cadre réglementaire
pour le stockage souterrain d'hydrogène.
Il est donc temps de s'investir et de développer
des projets de recherche, des projets pilotes sur le stockage souterrain
d'hydrogène, et les autres technologies mentionnées par mes collègues, qui
aideront à définir cette réglementation. Pour favoriser une réelle transition
énergétique, il ne suffit pas de mettre fin à l'exploration des hydrocarbures pétroliers. Il faut favoriser
l'essor des technologies propres, qui mettront en valeur le potentiel des
réservoirs souterrains, et c'est ce qui mérite d'être amélioré, selon moi, dans
le projet de loi.
Mme Hénault-Ethier (Louise) : Alors,
nos recommandations se déclinent en trois axes, celles spécifiques aux articles du projet de loi, celles visant
l'élaboration d'une stratégie nationale de reconversion des puits,
comprenant des évaluations environnementales et un partage public des données
d'exploration, de même que celles visant l'élaboration
d'un cadre réglementaire clair tant pour l'exploration et l'exploitation des
sources géothermiques profondes, du stockage d'hydrogène vert, de la
séquestration du CO 2 découplée de
l'exploitation des hydrocarbures, de même que l'extraction écoresponsable de
minéraux critiques et stratégiques à partir des saumures.
Les réservoirs souterrains peuvent contribuer à
une réduction significative des émissions de GES, et il ne faudrait pas priver
le Québec de leur potentiel. Le financement de projets pilotes permettrait au
Québec d'assumer un leadership fort dans les domaines des énergies vertes. Le
déploiement de ces technologies représenterait également une opportunité de création d'emplois. Grâce à son
expertise en géologie, le Centre Eau Terre Environnement de l'Institut national de la recherche scientifique est
stratégiquement positionné pour accompagner le Québec dans une vaste
campagne d'acquisition de données sur le potentiel stratégique des réservoirs
souterrains visant la réduction massive des GES.
Il nous fera
plaisir de répondre à l'appel du gouvernement pour mettre en oeuvre les
recommandations contenues dans le présent mémoire. Alors, messieurs
dames, M. le Président, nous sommes disposés à prendre vos questions.
Le Président (M. Lemay) : Très
bien. Merci, Mme Hénault-Ethier, ainsi que tous les représentants, pour cet
exposé. Nous allons maintenant passer à la période d'échange avec les membres
de la commission. M. le ministre, la parole est à vous pour environ
16 min 30 s.
M. Julien : Oui,
merci. Merci beaucoup, M. le Président. Bien, bonjour, chers collègues, tout le
monde. Premièrement, bien, merci à vous quatre. Honnêtement, là, on en
voit de toutes sortes, des présentations, mais la vôtre était certainement bien
structurée avec le temps à chacun et vos sujets bien étoffés. Donc, c'est très
intéressant de vous écouter. Et également, bien, ça m'amène à plusieurs
réflexions et questionnements, justement, pour faire évoluer potentiellement le
projet de loi qu'on a devant nous lors des discussions qu'on aura avec les
collègues, là, l'article par article.
Je comprends que, pour vous, les projets
pilotes, c'est des éléments qui ont retenu beaucoup votre attention à
l'intérieur du projet de loi, et à la fois pour la géothermie, captation de CO 2 , hydrogène, gestion de la saumure, MCS. Dans
les discussions qu'on a eues jusqu'à présent, tous les groupes qui nous ont
parlé de la notion de projet pilote l'ont amenée en disant... parce qu'il
semble y avoir des flous dans le projet de
loi sur à la fois les consultations,
un BAPE, etc., puis moi, je suis assez ouvert, là, à venir renforcer ça. Moi,
comme ministre, là... discrétionnaire ou quelque chose qui est pas mal plus
encadrant, peut-être, puis j'essaie de voir votre proposition, parce que ma
volonté, quand même, c'est de venir dire : Si on peut capter des
potentiels de projets pilotes qui vont dans ces voies-là, qui sont des voies de
transition énergétique et qui sont très positives, je ne voudrais pas que le
parcours du combattant pour y arriver fasse
en sorte que tout le monde dise : Bien, en fin de compte, on va recaper le
trou puis on va s'en aller.
Donc,
j'essaie de trouver le bon niveau, justement, pour permettre qu'un projet
pilote, sur ces 62 puits potentiels des 182 licences, voit le
jour sans être trop contraint... au bénéfice des Québécois. C'est quoi, votre
proposition que vous voyez, là, pour y arriver?
Mme Hénault-Ethier (Louise) : Merci,
M. le Président. Merci beaucoup, M. le député, pour la question. Donc,
premièrement, il s'agit, pour nous, de ne pas fermer la porte à la recherche.
Donc, quand on parle que le Québec se positionne stratégiquement pour permettre
le développement bien encadré de projets pilotes, c'est pour permettre à nos chercheurs,
justement, d'optimiser les technologies et d'évaluer les potentiels. Ceci dit,
évidemment, on ne fait pas de la recherche en mettant en danger la santé
environnementale, la santé publique, et on ne veut pas le faire sur des
technologies qui ne seraient pas publiquement acceptables. Quand nous, on parle
de projets pilotes, ce n'est surtout pas des projets pilotes qui visent à
perpétuer l'exploration ou l'exploitation des hydrocarbures. C'est vraiment
bien délimité dans le cadre des technologies propres, là, qu'on vous a
présentées.
Ceci étant dit, un projet pilote, bien, il y a
toutes sortes de choses qui sont contraignantes. Dans notre mémoire, on fait état notamment de la durée des
projets pilotes. Est-ce qu'une durée peut vraiment être délimitée en amont ou si on doit pouvoir avoir la possibilité
d'étirer la durée d'un projet pilote en fonction de l'évolution d'un projet? Mais, avant même de se lancer dans des
projets pilotes, je pense, la première chose à faire, c'est de s'assurer,
selon les caractérisations qui sont déjà à
la disponibilité du ministère ou des caractérisations complémentaires, que les
puits concernés ne fuient pas du
méthane ou qu'il n'y a pas d'enjeu de risque pour l'approvisionnement en eau
potable des municipalités puisqu'il y a quand même la moitié des
municipalités au Québec qui s'approvisionnent de sources souterraines.
Donc, c'est
dans cette optique-là qu'on voit les projets pilotes. Je ne sais pas si mes
collègues veulent compléter.
Julien : Il va y avoir d'autres sous-questions puis peut-être qu'il y
aura des complémentaires sur les autres éléments. Alors, vous comprenez un peu
l'objectif qu'on a. Alors, pour moi, je ne veux pas repousser... Dans l'éventualité qu'il y a adoption du projet de loi,
je ne veux pas repousser aux calendes grecques, en réalité, l'obligation
de réhabiliter les puits puis, après ça, faire les versements d'indemnisation,
le cas échéant. Et je veux surtout éviter que quelqu'un trouve une voie de
passage pour ne pas faire son travail en prétendant... un projet pilote.
D'un autre côté, si
un projet pilote en vaut la peine, je veux qu'on puisse saisir cette
opportunité-là, comme société, pour, justement, dans les volets que vous avez
énoncés... de faire avancer le Québec en termes de cette transition qui a été mentionnée par un de vos
collègues. On ne peut pas se permettre, par rapport à nos objectifs
ambitieux, de ne pas additionner les solutions.
Donc, si je reviens
sur le terrain des vaches, là, qu'est-ce qui me permettrait d'être efficient
dans l'objectif que j'ai, justement, pour identifier en amont ou pour éviter de
trop longs délais d'attente pour des prétendus projets pilotes? Tu sais,
j'essaie de voir comment je vais réussir à être efficient pour choisir le bon
grain des projets pilotes ou des potentiels que j'ai sur les 62 puits
observés.
Mme Hénault-Ethier
(Louise) : Bien, je pense, la première chose à faire, c'est vraiment
une caractérisation rapide. S'il y a des puits qui nécessitent une attention
immédiate et urgente, on les ferme de façon immédiate et urgente. Un puits qui
fuit du méthane ou qui expose les sources d'eau souterraine à une contamination
qui proviendrait de la surface, là, définitivement, il faut que ce soit fermé
de façon rapide. Donc, déjà là, les projets pilotes ne peuvent pas se réaliser
sur des puits qui ont mal été conçus et qui doivent être fermés.
Ceci étant dit, la
deuxième chose, c'est que, dans le cadre de projets pilotes, on peut s'inspirer
de d'autres pans de la réglementation québécoise. Notamment, dans le traitement
des sols, ça prend un certificat d'autorisation pour démarrer un projet pilote.
Alors, vous pourriez avoir un levier, un mécanisme pour vous assurer que les
projets pilotes proposés sont responsables, ont une véritable fonction
scientifique, et possiblement que les projets pilotes, vous pourriez les
encadrer en favorisant un accompagnement par les institutions universitaires ou
les centres de recherche, les CCTT, parce que c'est là qu'on va pouvoir
réellement voir si le milieu de la recherche soutient de façon crédible
l'avancée d'un projet pilote.
Donc, dans ce
contexte-là où on a un maillage avec une équipe scientifique robuste d'une
institution d'enseignement supérieur ou d'un centre de recherche reconnu par le
gouvernement du Québec, accompagné d'un certificat d'autorisation, je pense que
ce sont des balises qui vont nous permettre de ne pas repousser aux calendes
grecques la fermeture de puits. De toute façon, les puits problématiques, ils
ont été fermés en amont à cause des évaluations environnementales rapides, et
les autres puits, on évite de pousser par en avant trop longtemps dans le
temps, là, pour leur fermeture.
M. Julien : Une petite dernière question avant de passer la
parole à mes collègues. Il y a deux volets. Premièrement, vous êtes le
deuxième groupe qui mentionnez clairement que le trois ans plus deux ans n'est
pas en pleine cohérence, parce qu'à la limite il pourrait y avoir des délais
comme ça pour obliger certaines étapes, mais, à terme... puis certains projets
pilotes, s'ils sont positifs, pourraient gagner à être pérennisés, puis, pour
vous, ça ne fait pas de sens nécessairement d'avoir ces délais-là. Alors...
Puis mon autre sous-question, c'est... Quand vous parlez de saumure, MCS,
naturellement, pour vous, c'est toujours sans exploitation d'hydrocarbures de
toutes sortes. Alors, c'est mes deux dernières questions.
Mme Hénault-Ethier
(Louise) : Peut-être que ma collègue Violaine peut entreprendre la
première
partie de la réponse à propos des durées de projets pilotes et des
saumures, et on complétera par la suite, au besoin.
Mme Gascuel
(Violaine) : Oui, c'est ça. Donc, en préparant le mémoire, j'ai
regardé quelles ont pu être les durées pour des projets pilotes qui ont permis
le développement de nouvelles technologies, et on voit plusieurs exemples où il
a pu y avoir des projets pilotes qui ont duré pendant 20 ans pour
développer vraiment des nouveaux procédés qui ont aidé la science et qui ont
aidé ces technologies à se développer. Donc, évidemment, ça ne durerait pas
toujours 20 ans. Si on met en place des technologies qui sont mieux
connues, ça pourrait durer beaucoup moins de temps, mais je pense qu'il faut
laisser la porte ouverte. Et c'est pour ça qu'à mon avis il devrait plutôt y avoir
un suivi de la part du ministère pour s'assurer que c'est réellement un projet
pilote en cours et pas quelque chose qui évite à la compagnie d'avoir à fermer
le puits tout de suite, mais c'est très important de laisser du temps et puis
aussi de laisser le projet devenir pérein si jamais il démontre un bon
potentiel.
M. Raymond
(Jasmin) : En complément d'information ici, là, pour répondre à une
des questions qui a été soulevée, ce qu'on propose concrètement, là... On
comprend qu'à court terme le gouvernement veut aller de l'avant avec son projet
de loi, mais ce qu'on propose dans notre mémoire, c'est que, suite à l'adoption
du projet de loi, il faudrait définir le
cadre réglementaire pour les projets pilotes, question de savoir quelles sont
les règles à suivre pour obtenir une
autorisation, qui détient les droits sur la ressource, comment peut-elle être
exploitée dans un cadre environnemental responsable. En ce moment, c'est
un peu ce qui manque au projet de loi et qui va devoir être défini dans la
suite des choses si on veut bien valoriser
le potentiel de nos réservoirs souterrains pour qu'ils profitent à la
transition énergétique.
M. Julien : Parfait. Et, pour la saumure, l'opinement du
bonnet disait que... ça confirmait ce que je vous disais?
Pasquier (Louis-César) : Oui, c'est peut-être... tout à fait,
effectivement, c'est... Il y a un potentiel. Il y a des exemples d'utilisation de saumure comme source de minéraux critiques
et stratégiques. Violaine l'a bien expliqué aussi. On peut combiner ce
type d'exploitation avec des processus de géothermie. Donc, c'est dans ce
principe-là qu'on mentionne une utilisation de la saumure.
M. Raymond
(Jasmin) : Dans un contexte géothermique aussi, l'idée de réinjecter
la saumure sous terre, tout ce qui est tombé en surface est retourné sous
terre. Et, si on peut en même temps profiter pour extraire des minéraux, des
minéraux qui seront utiles, par exemple, à la fabrication de batteries, comme
le lithium, bien, pourquoi ne pas faire une pierre deux coups, en fait, pour
rendre ces technologies encore plus rentables? Nous, c'est ce qu'on souhaite et
c'est sur quoi on aimerait travailler dans le futur pour aider le Québec,
vraiment, à se tourner vers une transition énergétique efficace.
Mme Hénault-Ethier
(Louise) : D'ailleurs, si je peux compléter, au niveau des minéraux
critiques et stratégiques, il y a des projets en Europe puis aux États-Unis qui
ont démontré qu'on pouvait faire de la géothermie avec la récupération de
lithium, par exemple, dans la saumure, là, pour les batteries des voitures
électriques, disons, et ça permet donc de cofinancer les infrastructures pour
la géothermie parce qu'on réussit à rentabiliser en faisant de l'extraction de
minéraux critiques et... en fait, ces infrastructures-là, puis il faut
penser...
Le Président (M.
Lemay) : Mme Hénault-Éthier, son son a coupé, mais elle va sûrement se
rejoindre à nous autres. En attendant, on va passer la parole au député de Lac-Saint-Jean,
qui va y aller avec une nouvelle question.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Alors,
bonjour, tout le monde. Bonjour à vous quatre. Écoutez, c'est
intéressant de vous entendre. Vous êtes quand même un institut de recherche,
des spécialistes beaucoup plus spécialisés que moi dans toute la question de
recherche. Puis moi, je ne sais pas si vous l'avez mentionné ou je ne l'ai pas
bien saisi, mais peut-être de façon très simple, comment voyez-vous, là, la
façon de combiner, exemple, vos projets de recherche et les projets pilotes qui
pourraient être autorisés par le gouvernement? De quelle façon voyez-vous ça
pour... d'une façon assez simple, de les combiner ensemble?
M. Raymond
(Jasmin) : Bien, écoutez, à prime abord, je dirais, les projets
pilotes, nous, dans le milieu universitaire, ce n'est pas notre rôle, vraiment,
de les réaliser, mais c'est d'accompagner ceux qui voudront bien les réaliser,
que ce soient les entreprises privées ou le gouvernement, pour s'assurer que,
dans le cadre de ces projets pilotes là, on développe des bases scientifiques
solides qui vont démontrer s'il y a rentabilité ou non des projets pilotes et
s'ils peuvent être réalisés dans un cadre, là, qui répond aux normes
environnementales. C'est là que nous, on a un rôle à jouer et c'est pour ça
qu'aujourd'hui on met l'emphase, justement, sur ces projets pilotes.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : O.K., merci. Et comment voyez-vous, là, les projets
pilotes dans des puits qui ont fait l'objet de fracturation?
M. Raymond
(Jasmin) : Bien, c'est sûr que ce n'est pas tous les puits pétroliers
qui peuvent être réutilisés pour les projets pilotes, même que, dans la plupart
des puits qui existent, là, probablement que c'est une minorité, mais l'idée,
nous, ce qu'on voit, c'est que, si on peut réutiliser des puits existants...
D'accord, ces puits-là ont coûté très cher à aménager. On parle de l'ordre du
million de dollars par kilomètre de profondeur de forage. Et ne serait-ce que,
si on peut en réutiliser un seul pour démontrer la viabilité, par exemple, d'un
système géothermique, on fait une avancée
qui, peut-être, dans le futur, pourra nous permettre de réaménager de nouveaux
puits qui n'auraient pas été utilisés précédemment dans un cadre
d'exploitation pétrolière et qui n'auraient pas fait sujet de fracturation
hydraulique.
Mais évidemment, je
pense qu'on a été clairs, ce qu'on propose, c'est d'évaluer si on peut les
réutiliser dans un contexte environnemental sécuritaire. Évidemment, un puits
qui aurait pu être, disons, endommagé, ce qui pose... problématique, ce n'est
pas tellement la fracturation, mais c'est souvent le coffrage d'acier... pas le
coffrage d'acier, mais le coffrage autour du puits, le coffrage de béton, qui
n'est pas intègre et qui amène des fuites de méthane. Donc, dans un cadre où il
y aurait un puits qui ne serait pas sécuritaire, bien, évidemment, là, qu'on...
Je ne pense pas que ça vaut le risque de
mener un projet pilote dans un puits qui n'est pas adéquat, là. Ça, c'est hors
de question, bien entendu.
Le Président (M.
Lemay) : Je vais passer la parole au député de Bourget.
M. Campeau : Merci
pour votre présentation, présentation à quatre, dans les temps, pratique, sur
le sujet. Merci. Ça fait du bien. Ce n'est pas ça... toujours ça qu'on a. Hier,
en particulier, ce n'est pas toujours ça qu'on a eu.
Question
très terre à terre. Ça me ressemble pas mal, ça. Le potentiel de géothermie, je
sais que plus on va au creux, plus
c'est chaud. Je suis très familier avec ça. Maintenant, ça va prendre combien
de puits pour que ça fasse un effet sur la pointe? Vous avez dû regarder
cet aspect-là. Si c'est juste une phase de développement, il faudrait-tu
faire... creuser partout au Québec pour que ça vaille la peine, pour affecter
la pointe? Avez-vous regardé cet aspect-là, économique?
M. Raymond (Jasmin) :
Bien, je te laisse répondre en premier, Violaine, et je compléterai s'il y
a besoin.
Mme Gascuel (Violaine) : D'accord.
Donc, on ne l'a pas regardé de façon globale pour l'ensemble du Québec. Par contre, ça se voit, donc, au niveau
d'un système. C'est déjà le cas, finalement, avec les systèmes de faible
profondeur et ce sera également le cas avec les systèmes
plus profonds. On va réduire la demande en pointe. Je pense qu'il y a assez peu
de bâtiments comme résidentiels ou commerciaux au Québec qui se chauffent
encore avec du gaz ou du mazout. Ils seraient à remplacer en priorité, mais on
peut quand même... Et donc je pense que c'est quand même important de
développer autant que possible cette technologie. Selon les endroits, on
pourrait soit faire des systèmes profonds en boucle ouverte là où les roches
sont appropriées, par exemple, et où il y a une forte demande et puis faire des
systèmes peut-être moins profonds dans d'autres endroits.
M. Raymond (Jasmin) : Ce que je
dirais pour compléter, c'est qu'en ce moment, bon, les systèmes de pompe à
chaleur géothermique sont utilisés au Québec pour à la fois les résidences, les
bâtiments institutionnels, commerciaux. Ça
représente une très petite fraction de tout ce qui est le marché chauffage de
la province. C'est peut-être 1 %, 2 %, je n'ai pas le chiffre
exact, mais c'est très faible. Donc, évidemment, la quantité de systèmes
installés n'est pas suffisante pour avoir un effet sur la consommation
d'électricité en période de pointe. Si on favorise l'essor de la technologie,
ça pourrait le devenir. On peut se tourner vers d'autres endroits. On peut
prendre la Suède qui est le leader mondial des pompes à chaleur géothermique,
la ville de Stockholm qui a fait le marché résidentiel... Oui?
Le Président (M. Lemay) : M.
Raymond, je dois vous interrompre parce que le temps de la formation politique du gouvernement est écoulé. Je passe
maintenant la parole au député de Mont-Royal—Outremont, porte-parole de l'opposition officielle.
M. Arcand : Merci infiniment, M. le
Président. Alors, bienvenue parmi nous. Je vais essayer de faire en sorte qu'on
puisse se parler dans un langage que les gens vont comprendre, parce qu'on est
vraiment dans un niveau assez technique ce matin. Puis merci pour votre présentation
qui est une présentation importante.
On va tout de suite essayer de régler une
première affaire. Ce que vous dites, finalement, c'est que le projet pilote... les projets pilotes,
bon, doivent être contrôlés, qu'il y ait vraiment des règlements, mais vous
voulez qu'il y ait quand même, en bout de ligne, dans le projet de loi,
plus de flexibilité sur les projets pilotes. Est-ce que c'est ça que j'ai
compris? Parce que vous dites : Écoutez, il est impératif qu'on se donne
un cadre pour que la recherche aille de l'avant le plus rapidement possible,
parce que, dans le cadre de la lutte aux changements climatiques, on lutte un
peu contre la montre actuellement. Alors, est-ce que j'ai bien saisi ce que
vous avez dit à ce niveau-là?
Mme Hénault-Ethier (Louise) : Bien
oui, tout à fait. Les projets pilotes sont vraiment essentiels dans toute forme
de recherche. En fait, notre société doit investir tant dans le développement
de nouvelles technologies... mais, pour y arriver, il faut des essais, de la
recherche, et, en fait, les projets pilotes sont la seule façon de faire des
essais de mise à l'échelle. Donc, si on développe une technologie de façon
théorique, en laboratoire, mais qu'on n'a pas le terrain pour les tester, bien,
cette technologie-là ne maturera jamais.
Donc, les projets pilotes, là, sont tout à fait
essentiels. Et oui, effectivement, il y a certains ajustements, dans le cadre
du projet de loi, qui pourraient faire en sorte que les projets pilotes soient
plus favorisés, mais qu'ils soient aussi mieux encadrés, juste simplement de
clarifier les niveaux d'encadrement qu'il y a, mais aussi c'est au niveau de la
facilité, c'est superimportant. Quand on essaie de faire des projets pilotes,
il va y avoir toutes sortes de formes d'embûches. Les délais sont parfois
longs. Donc, le délai... surtout si on veut avoir du cofinancement du privé,
par exemple, pour les développements de projets pilotes, si les délais
d'autorisation prennent, tu sais, des mois, voire des années, à être obtenus,
on risque de perdre des opportunités de financement.
Donc, ça, c'est un des enjeux, là, si on veut
vraiment faciliter la science pour faire des «fast track» de façon tout à fait
encadrée, dans le respect de la
Loi sur la qualité de l'environnement, mais
donc se donner cette latitude-là au sein du projet de loi.
M. Raymond (Jasmin) : De façon
très pragmatique, là, je rajouterais que, nous, ce qu'on a peur, c'est que,
suite à l'adoption du projet de loi... c'est qu'il n'y a pas de projet pilote.
Donc, ce qu'on dit et le message qu'on veut passer, c'est qu'il faut mettre les
conditions gagnantes pour qu'il se passe quelque chose suite à l'adoption du
projet de loi et qu'il y en ait, des projets pilotes.
M. Arcand : Donc, vous trouvez
que c'était...
Mme Hénault-Ethier (Louise) : Un
des éléments...
M. Arcand : Oui, tel que c'est
présenté actuellement., c'est trop rigide, là. C'est ça?
M. Raymond (Jasmin) : J'aurais
tendance à dire que ce n'est peut-être pas assez bien défini. En fait, il n'y a
pas de règle claire entourant la mise en place des projets pilotes. On comprend
que, dans le projet de loi actuel, ça peut peut-être être difficile de bien le
définir parce que ce n'est peut-être pas l'objet du projet de loi, mais, suite
à l'adoption du projet de loi, ça va prendre un cadre réglementaire clair, si
on veut avoir des projets pilotes.
Mme Hénault-Ethier (Louise) : Et
un élément complémentaire aussi, c'est au niveau de l'accessibilité des
données. C'est beau, faire des projets pilotes, c'est beau, faire des projets
de recherche subventionnés par l'État dans différents
endroits, sur des terres du domaine public parfois, mais les données qui sont
compilées doivent être accessibles. Ça pourrait
être l'occasion, dans le cadre de ces projets pilotes là, d'aller mieux comprendre
ce qui se passe sous terre, donc la géologie qui est déjà présente autour des
puits existants, et ces données-là devraient être dans un repositoire
accessible sur Internet facilement. Il y a déjà des repositoires qui existent
sur les systèmes géologiques, sur les systèmes d'information hydrogéologiques
au Québec. Ils méritent d'être modernisés. On mérite de détourner l'angle, qui
est plutôt gazier, pétrolier, actuellement, de ces bases de données là, pour
les rendre accessibles. Les bases de données publiquement accessibles, ça
permet aux entreprises aussi de développer leurs modèles, leurs plans
d'affaires et de savoir s'ils vont faire des investissements, de calculer le
niveau de risque pour des investissements dans des technologies durables.
M. Arcand : J'aimerais vous
poser une question, parce qu'on veut tous, évidemment, trouver la meilleure
façon de réduire les GES, là, tout le monde, et, très évidemment, il y a
vraiment une urgence. J'écoutais hier l'Association pétrolière et gazière. On
parlait des nouvelles façons de faire. Bon, les biocarburants, c'est difficile
parce que coûteux, c'est compliqué. On parlait du solaire. Les gens là-bas
n'avaient pas l'air à voir grand potentiel d'avenir du solaire. Vous, vous avez
dit : Écoutez, l'hydrogène peut être une voie qui est plus
pratico-pratique, etc.
Je voulais juste voir si, demain matin, là, vous
étiez la personne en charge de réduire les GES au Québec... vous feriez quoi.
Qu'est-ce que vous essaieriez de développer? Quel est le secteur que vous
seriez en train de prioriser actuellement?
M. Raymond (Jasmin) : Personnellement...
Mme Hénault-Ethier (Louise) : Peut-être...
M. Raymond (Jasmin) : Bien,
vas-y, Louise.
Mme Hénault-Ethier (Louise) : J'allais
dire : En ouverture, je mettrais...
Arcand : C'est une
longue question, mais vous comprenez ce que je veux dire.
Mme Hénault-Ethier
(Louise) : Je crois que Jasmin et possiblement Louis-César
vont vouloir rebondir là-dessus, mais personnellement, je ne mettrais
pas tous mes oeufs dans le même panier. C'est un des enjeux qu'on a eu depuis
la révolution industrielle, de n'avoir misé que sur les hydrocarbures, et une
façon de diminuer le risque associé à ces technologies-là,
parce qu'il y a toujours des risques qui peuvent y être associés, c'est de
continuer les investissements dans le développement de multiples
technologies. Donc, on ne peut pas tout mettre nos oeufs dans le même panier.
Un des enjeux qu'on voit en ce moment, tu sais,
il y a des technologies, par exemple, de séquestration du CO 2
dans lesquelles on essaie de faciliter, si on veut, l'extraction pétrolière,
là, puis de se distancer, là, de l'arrêt de l'exploitation des hydrocarbures en
disant : On va séquestrer le CO 2 . Ça,
c'est dangereux, ça, c'est... On garde encore les oeufs dans le même panier. Ce
qu'on doit faire, à l'heure actuelle, c'est investir tant du côté des énergies
renouvelables, que ce soit l'éolien, le solaire, l'hydrogène, mais aussi des
procédés biologiques, la biométhanisation.
C'est en
ayant un portefeuille de solutions qu'on va être capables d'être plus
résilients. Si on parle d'adaptation aux changements climatiques ou de
résilience au sein d'un écosystème, ça, ça passe par la diversité qu'on a, d'organismes, dans ce système-là. En termes de grille
énergétique, c'est la diversité des sources d'énergie qui vont faire en sorte qu'on va diminuer le risque, et non
seulement ça, c'est aussi d'avoir un approvisionnement énergétique
local. Vous voyez ce qui se passe en ce
moment avec la Russie. C'est un grand fournisseur gazier pour l'Europe, ça
entraîne des risques géopolitiques.
Donc, si, au Québec, on était capables de
continuer notre élan vers un approvisionnement énergétique local en se départissant de notre dépendance aux
énergies fossiles qui viennent de l'extérieur... Évidemment,
l'hydroélectricité, on l'a vu, ne peut pas
solutionner tout. Maintenant, il faut se tourner vers une diversification du
portefeuille, et c'est là qu'entre en jeu de soutenir vraiment la
recherche dans tous les domaines et de ne pas fermer la porte en nommant
spécifiquement des technologies dans lesquelles on s'enclave sans faciliter les
autres.
Donc, je vais laisser Jasmin prendre la balle au
bond là-dessus.
M. Raymond (Jasmin) : Oui,
bien, moi, en fait, tout ce que je voulais dire, c'est qu'effectivement il n'y
a pas une solution, mais des solutions. Et, si j'avais la chance de décider,
bien, j'investirais en ce moment dans les solutions qui visent les réservoirs
souterrains, comme l'énergie géothermique profonde, la séquestration du CO 2 , le stockage souterrain d'hydrogène, puisqu'en
ce moment ce sont les solutions qui ne sont pas exploitées au Québec et qui
sont en retard par rapport aux autres domaines. Donc, on doit rattraper ce
retard-là si on veut que... bien mettre à profit nos réservoirs souterrains qui
pourraient jouer un rôle dans la transition énergétique.
M. Arcand : Et ces trois
solutions-là que vous mentionnez, est-ce qu'il y a des endroits à l'extérieur
du Québec où ils sont plus avancés que nous, où, vraiment, ce que vous prônez
semble donner des résultats intéressants, ou si c'est un cheminement qui risque
d'être assez long?
M. Raymond
(Jasmin) : Bien, moi, je suis ici, bon, pour parler du
stockage souterrain d'hydrogène, et il y en a en ce moment, là. J'expliquais... Dans les dômes de sel, les cavités
salines, c'est quelque chose qui se fait, par exemple, en Angleterre. Et, pour ce qui est de la géothermie, de la
séquestration du CO 2 , je vais laisser
Violaine, ensuite Louis-César, répondre.
Mme Gascuel (Violaine) : Alors,
pour la géothermie, donc, c'est réalisé à un certain nombre d'endroits dans le
monde, notamment dans le bassin de Paris, où il y a plus d'une dizaine de
systèmes qui fonctionnent depuis les années 80. Donc, c'est quelque chose
de bien connu et bien maîtrisé dans ce cadre-là. Bien sûr, il faut bien
connaître les formations profondes. Donc, ça commencerait par de l'exploration
pour pouvoir faire la même chose au Québec.
Donc, je laisserais la parole à...
M. Pasquier
(Louis-César) : Pour ce qui est du CO 2 , effectivement, il y a de nombreux projets de séquestration du CO 2 dans divers domaines qui se retrouvent un peu
partout dans le monde. On en trouve en Alberta, entre autres. Ce qu'il faut
garder en tête, c'est que, oui, il y a un potentiel qui avait été identifié au
Québec, mais justement, ce que Violaine
mentionnait, la caractérisation du réservoir est vraiment essentielle et
importante... débutant. Donc, il faut effectivement se remettre à la
tâche rapidement, si on veut rattraper le retard.
Mme Hénault-Ethier (Louise) : Puis,
pour le stockage du CO 2 , il faut le découpler
le plus possible de l'industrie de l'extraction et de l'exploitation des
hydrocarbures. Comme M. Pasquier l'a précisé dans son exposé, c'est
simplement pour les grandes industries qui ont une intensité énergétique
difficile à combler autrement ou encore pour
pallier à des émissions qui proviennent de sources fixes, donc d'une cheminée,
par exemple, sur les usines de biométhanisation ou, quand on brûle le
biogaz qui sort de nos sites d'enfouissement. Plutôt que de relarguer le CO 2 dans l'atmosphère, on devrait rapidement le
capturer, le séquestrer et l'injecter sous terre. Et il y a aussi une notion de dispersion à l'échelle du paysage, notamment en
région. On voudrait bien faire la transition de nos serres agricoles,
qui dépendent largement des hydrocarbures actuellement, vers l'électricité,
mais ce n'est pas toutes les régions qui ont l'électricité triphasée, en ce
moment, au Québec. La géothermie pourrait être un complément de chaleur
vraiment essentiel qui est dispersé sur le territoire.
M. Arcand : D'accord. Je pense,
je n'ai plus de temps, alors merci infiniment d'avoir répondu.
Le Président (M. Lemay) : Très
bien, merci, le député de Mont-Royal—Outremont. Maintenant, je cède la parole au deuxième groupe
d'opposition, Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Oui. Bonjour, tout
le monde. Merci de votre présentation. En deux minutes, il y a peu de choses
qu'on peut faire. Je vais poser mes trois questions, puis vous ferez votre
possible après ça.
On s'entend, là, d'entrée de jeu, que l'objectif
premier, c'est de diminuer l'utilisation de ce qui cause... Oui, vous me
faites... O.K., on se comprend. C'est parce que je ne l'ai pas beaucoup entendu
dans votre discours et, pour moi, c'est
fondamental qu'on réaffirme que la première chose à faire, c'est la sobriété
énergétique et non pas d'inventer toutes sortes de bébelles pour capter
nos affaires. On s'entend là-dessus. Bien.
Alors, vous avez parlé de conditions gagnantes
pour les projets pilotes. Parce qu'il y en a d'autres qui nous ont parlé de
projets pilotes hier, puis je ne suis pas sûre qu'ils avaient les mêmes
objectifs que vous. Quelles sont ces conditions gagnantes là, succinctement?
Et mon autre question, si vous avez un peu de
temps, c'est, séquestrer le carbone, O.K., mais comment on s'assure
qu'effectivement ce qui est dans le sol, à cause de la fragilité des sols, à
cause des glissements de terrain, à cause
des tremblements de terre, «name it», des tsunamis, «I don't know», comment on
peut s'assurer que ça ne repartira pas en haut, ça?
Mme Hénault-Ethier (Louise) : Bien,
peut-être, au niveau de ce qu'il y a dans la terre, là, quand on parle de
séquestration, c'est à des kilomètres de profondeur au fond de la terre, là.
Donc, ce n'est pas simple de relarguer, là, ça ne ressortira pas tout d'un
coup, si on fait de la séquestration profonde, c'est...
Le Président (M. Lemay) : Très
bien. Vous pouvez continuer.
M. Pasquier (Louis-César) : Bon,
bien, je vais prendre la balle au bond, mais c'est... effectivement, comme
Louise le mentionnait, on est vraiment dans une séquestration profonde. Il faut
aussi savoir que le CO 2 , lorsqu'il est
injecté, s'il est en présence d'une saumure, va se dissoudre dans la saumure et
va, par la suite, se minéraliser. Je prendrais un exemple. En Islande, il y a
eu un projet de... Ah! je pense qu'on s'est fait tous couper, là... ou c'est
Louise qui...
Le Président (M. Lemay) : Non,
non, on vous entend. Allez-y, continuez.
M. Pasquier (Louis-César) : O.K.
Parfait. Ça fait que, oui, en Islande, après deux années et demie, en fait, le CO 2 a été complètement minéralisé. Donc, c'est des
conditions spécifiques particulières, mais c'est important de le mentionner.
Effectivement, la question du devenir du CO 2 est aussi... fait l'objet de nombreuses études
depuis des années, et, entre autres, des outils de suivi postinjection ont été
développés et sont très nombreux.
Puis, dernier élément, si
jamais fuite il y avait, il faut comprendre que ce ne sera pas un relargage, en
une fraction de seconde, de tout ce qui aurait pu être injecté, mais une fuite
lente. Donc, on peut la détecter avec des moyens et ensuite, bien, on peut
effectivement trouver des solutions pour éventuellement la régler.
M. Raymond (Jasmin) : Oui. Les
puits profonds sont munis de valves de sécurité, là. Ça fait que, s'il
arrivait, par exemple, je ne sais pas, une attaque terroriste sur une tête de
puits en surface, bien, la valve serait automatiquement fermée. Donc, on n'aurait
pas de fuite massive en surface, même que ça serait plus sécuritaire, je crois,
de stocker, par exemple, pour le cas de l'hydrogène, des grands volumes
d'hydrogène sous terre que dans des réservoirs en surface. Donc, au niveau de
la sécurité, je crois qu'on... il y a des possibilités de le faire de façon à
minimiser les risques.
Pour ce qui est de ce qu'on a besoin dans le
projet de loi, je reviens là-dessus, c'est le cadre réglementaire. Quelles sont
les normes environnementales à respecter pour...
Le Président (M. Lemay) : M. Raymond,
je dois encore vous interrompre puisqu'on doit maintenant céder la parole au
député de Jonquière pour environ 2 min 45 s.
M. Gaudreault : Oui.
Alors, bonjour, merci beaucoup d'être ici. Vous êtes la démonstration qu'on a
tellement tout ce qu'il faut, en termes de
savoir-faire et de connaissances, au Québec, pour être des leaders mondiaux en
énergies renouvelables, en transition énergétique, en transition écologique, et
c'est ça qu'il faut mettre en avant.
Moi, il y a quelque chose que je constate, dans
la lutte contre les changements climatiques, c'est que plusieurs s'en remettent beaucoup à ce que j'appelle le fantasme
technologique, en pensant qu'on va trouver la machine, là, le bouton à
quatre trous, on va réinventer l'attache de pain qui va tout régler puis que ça
va être la meilleure invention au monde. Alors, il faut vraiment qu'on soit
prudents puis qu'on trouve les bonnes technologies.
Et hier, on en a entendu de toutes sortes, là,
hier soir. Oui ou non, le gaz naturel de source conventionnelle, venant entre
autres du gaz de schiste, sans émission, est-ce que ça existe?
M. Pasquier (Louis-César) : Si
je peux me permettre de commencer une réponse, il y a quelques années, j'ai été
le premier surpris d'apprendre qu'en France, dans les années 1995, le
groupe Total a réalisé la capture du CO 2
d'une de ses usines, en fait, de production de gaz naturel et a injecté le CO 2 dans les Pyrénées. Ça n'a absolument pas été
connu, diffusé. Bref, ça a été fait, on parle de 1995.
Ce qui était
proposé hier, bien, on le retrouve ailleurs dans le monde. Il y a des projets
qui visent l'exploitation de gaz naturel avec du stockage de carbone.
Par contre, si la question est par rapport à la faisabilité au Québec, bien, on
n'a pas la réponse, nécessairement. Donc, ça se fait dans le monde, c'est la
réponse assez courte à la question.
M. Gaudreault : Mais est-ce que ça
se fait à grande échelle? Et quel est le prix?
Pasquier (Louis-César) : Bien, c'est une excellente question.
Effectivement, il y a un projet, actuellement,
au Brésil, qui est en cours, on parle de quelques millions de tonnes par année
de CO 2 qui vont être injectées dans un réservoir.
À quel coût, à quel prix, c'est une excellente question. Je pense que le tout
est vraiment dépendant du contexte dans lequel il est fait, et on ne peut pas
vraiment mettre un chiffre clé sur le...
M. Raymond (Jasmin) : Je n'ai pas de
prix fixe à amener, mais, dans le cas de certaines solutions, comme l'énergie
géothermique, par exemple, bien, nous, on a évalué que convertir un ancien
puits pétrolier en échangeur de chaleur géothermique à boucle fermée pour
chauffer des bâtiments pourrait être plus compétitif que chauffer avec
l'hydroélectricité, mais moins compétitif que chauffer avec du gaz naturel.
Donc, on est dans une fourchette de prix qui peut être réaliste.
Mais on ne se
cachera pas... tu sais, on ne se contera pas de menteries, ce genre de projet
là qu'on décrit, c'est des projets
qui demandent des coûts d'investissement importants. Si on regarde le cycle de
vie des systèmes, les prix sont compétitifs,
mais on a besoin d'investissements et d'appuis financiers des gouvernements
pour démarrer ce type de technologie.
Président (M. Lemay) : Merci beaucoup, M. Raymond,
Mme Hénault-Ethier, Mme Gascuel et M. Pasquier, pour
votre présentation. Je vous remercie pour la contribution aux travaux de la
commission.
Et je dois maintenant suspendre les travaux
jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 12)
Le Président (M. Lemay) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'agriculture, des pêcheries, de
l'énergie et des ressources naturelles reprend ses travaux. Et je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leur
appareil électronique.
Nous allons poursuivre les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 21, la
Loi visant principalement à mettre fin à la recherche et à la production
d'hydrocarbures ainsi qu'au financement public de ces activités. Et, cet après-midi, nous
entendrons les témoins suivants : la professeure Annie Chaloux;
Équiterre, conjointement avec la Fondation David-Suzuki; Eau Secours!; ainsi
que Mères au front.
Mais, tout
d'abord, je souhaite la bienvenue à Mme Annie Chaloux, professeure à l'Université de Sherbrooke. Bienvenue avec
nous à cette commission. Je vous rappelle que vous aurez 10 minutes pour faire
votre exposé, et, par la suite, il y aura une période d'échange avec les
membres de la commission. Alors, vous pouvez débuter avec votre exposé. Bienvenue.
Mme Chaloux (Annie) : Merci
beaucoup. Donc, bien, merci à vous tous, membres de la commission, de me
permette d'intervenir aujourd'hui à
titre de chercheure et de codirectrice du
Groupe d'études et de recherche sur l'international et le Québec. J'interviens
aujourd'hui à
titre personnel en tant que... (panne de son) ...des politiques
climatiques québécoises et des négociations climatiques internationales. Mon
intervention va porter principalement sur deux aspects, le premier, bien sûr,
les aspects politiques climatiques qui sont associés à ce projet de loi, et je
vais vous faire part ensuite de mes principales recommandations et avis
concernant le projet de loi en l'état dans un contexte d'urgence climatique à
l'échelle mondiale. Mais, avant toute chose, je tiens à vous remercier d'avoir
offert, donc, cette opportunité d'intervenir aujourd'hui.
D'abord, il est important de rappeler que ce
projet de loi là s'inscrit dans une série d'actions et stratégies qui visent à
réduire les émissions de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale et à
répondre à l'objectif de l'Accord de Paris qui a été adopté en 2015. Et cet
objectif, c'est de contenir l'élévation des températures nettement sous la
barre des deux degrés et, idéalement, les 1,5 °C.
Pour nous, au Québec, cet engagement-là de
mettre fin à l'exploration et à l'exploitation des hydrocarbures est donc aussi
très important. D'abord, le Québec s'est déclaré lié à l'Accord de Paris et
s'est engagé à mettre en oeuvre cet accord dans ses champs de compétence, mais
aussi il faut se rappeler que le Québec a une longue histoire de participation
à l'édification du régime climatique international qu'on connaît aujourd'hui.
Le Québec fait
partie des États fédérés les
plus actifs internationalement. Il a mis en place une série d'engagements
climatiques internationaux de grande envergure, que ce soit le marché du
carbone avec la Californie, son plan d'action régional avec les partenaires de la Nouvelle-Angleterre et de l'Est
du Canada, son programme de coopération climatique internationale, et ce
plus récent engagement qui est fait via le Beyond Oil and Gas Alliance, dans
lequel s'inscrit ce projet de loi.
Bref, ça fait longtemps qu'au Québec on cherche
à faire notre part et à lutter contre les changements climatiques, à la fois
sur le territoire du Québec, mais aussi internationalement, parce qu'on a une
responsabilité, bien sûr, historique à cet égard-là. Le Québec et le Canada
sont parmi les grands émetteurs de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale,
et, dans ce contexte, on doit faire notre juste part pour contribuer fortement
à réduire notre empreinte carbone. Et aussi, il faut rappeler que l'Accord de
Paris réitère l'importance à ce que tous les paliers de gouvernement, que ce
soient les villes, les États fédérés ou les gouvernements nationaux, doivent
contribuer à leur hauteur à la lutte contre les changements climatiques.
Je me permets aussi de vous rappeler le fait que
ce projet de loi là s'inscrit dans une réalité scientifique qui est maintenant
sans équivoque : l'activité humaine est responsable des changements
climatiques, et, bien sûr, la production et la consommation des hydrocarbures
en est la principale responsable.
À ce sujet, on se rappellera sans doute qu'en
août dernier, le GIEC publiait son rapport et qu'on voyait que la trajectoire
du 1,5 °C est encore possible, mais pour cela, il faut faire des virages
majeurs et urgents. Il faut se rappeler aussi que l'Agence internationale de
l'énergie a été très, très claire dans son rapport paru en mai 2021 et
elle dit clairement que, dans un scénario où
on souhaite limiter la hausse des températures à 1,5 °C,
tous les gouvernements devraient cesser d'approuver l'ouverture de
nouvelles mines de charbon ou de nouveaux champs pétroliers et gaziers et
planifier une réduction rapide mais ordonnée des activités existantes. Donc, du
côté de l'Agence internationale de l'énergie, le message est aussi très clair.
Et finalement, dans le Production Gap Report ,
donc un rapport produit par le Programme des Nations unies pour
l'environnement, on voit qu'il y a aussi un très grand écart entre la
trajectoire de 1,5 °C, qui est actuellement souhaitée, et ce que les
gouvernements ont promis de faire. Donc, on doit accélérer la transformation,
et mettre fin à la production de nouveaux hydrocarbures maintenant, et ensuite
infléchir drastiquement la tendance.
Bref, si on veut vraiment jouer sur ces grandes
tendances là, on doit transformer notre manière de gérer nos ressources
naturelles et éliminer les comportements qui permettent de produire et de
consommer davantage d'hydrocarbures. C'est donc dans ce contexte-là qu'est née
cette alliance qu'on appelle BOGA, donc Beyond Oil and Gas Alliance, auquel le
Québec s'était déclaré lié lors de la dernière COP à Glasgow. Cette
initiative-là avait été initiée par le Costa Rica et le Danemark, et depuis,
quelques juridictions, dont le Québec, s'y sont liées, et chaque juridiction
s'engage donc à adopter des mesures concrètes pour restreindre la production de
pétrole et de gaz sur leur territoire.
Il faut donc... Ici, je me permets, là, de
saluer le dépôt de ce projet de loi dans ce contexte-ci, parce que c'est un pas
vraiment dans la bonne direction, dans la lutte contre les changements
climatiques, mais aussi parce que ça va constituer
réellement un modèle pour les autres juridictions dans le monde qui voudront
faire de même, d'où l'importance d'avoir un très bon projet de loi qui
soit à la hauteur de nos attentes et de nos capacités. À la lumière, donc, de
ce que je vous mentionne, je me permets, donc, de vous donner quelques avis et
recommandations à la commission.
D'abord, il y a plusieurs éléments qui ont pu
être véhiculés sur la question de la réputation du Canada sur la scène
internationale. D'abord, si on regarde sur le plan commercial et des
investissements, donc, mon collègue de l'Université
Laval, hier, vous en a sans doute parlé, mais tel que rédigé, ce projet-là, ce
projet de loi là ne pose pas de risque grave ou majeur pour les investisseurs.
Il faut se rappeler que, sur le plan de notre
réputation sur la scène internationale, sur le plan commercial, eh bien, la
prospection des hydrocarbures subit des pressions depuis très, très longtemps
dans le monde. Les rapports scientifiques sont clairs sur le fait qu'il faut
arrêter tout nouveau projet, si on veut réduire nos émissions.
Il faut se rappeler aussi qu'au Québec, mais
comme partout ailleurs, l'acceptabilité sociale n'est plus au rendez-vous, et
ce, depuis fort longtemps. Et donc, ce secteur d'activité là est bien au fait
des risques que suscitaient des investissements dans tout le volet
d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures.
Si on regarde, maintenant, le volet
réputationnel, mais dans une perspective de lutte contre les changements climatiques
sur la scène internationale, il faut voir que ce projet-là est ambitieux et
fort intéressant, parce qu'il nous montre que le Québec peut toujours être à
l'avant-scène. Et il faut savoir qu'un projet de loi comme celui-là va bien sûr
être scruté par plusieurs juridictions ensuite. Donc, c'est important d'avoir
un projet de loi qui soit robuste en ce sens-là, et il s'agit donc d'un aspect
très positif sur le plan réputationnel. Il va positionner le Québec dans une
bonne position dans les prochaines négociations, dans les prochaines années,
évidemment.
Je me permets aussi de parler... prendre
quelques instants pour parler du programme d'indemnisation. En ce qui concerne
le programme, tel qu'il est présenté à l'heure actuelle, c'est un programme
d'indemnisation qui s'astreint surtout à fournir des indemnisations sur les
dépenses fournies et non pas sur les revenus potentiels. Et ça, c'est une chose
qui est perçue de manière très positive parce que, sinon, ça aurait pu
entraîner une perception de subvention déguisée à un secteur qui est
problématique dans la lutte contre les changements climatiques et où le Canada
et le Québec se sont déjà engagés à mettre fin aux subventions à cette
industrie-là.
Aussi, je tiens à réitérer le fait que les
indemnisations prévues doivent être le plus faibles possible. Elles doivent
certes minimalement répondre au remboursement des dépenses, tel que prévu, mais
il faut qu'on s'assure aussi de ne pas
laisser une marge de manoeuvre possible pour que les entreprises cherchent à
aller chercher beaucoup plus que ça et que ça devienne, donc, des
subventions déguisées.
D'ailleurs, le montant de 100 millions qui
est prévu ici, dans ce projet de loi là, devrait donc être un plafond et même être potentiellement le plus bas possible.
Et là je me permets ici de m'inscrire dans, aussi, notre responsabilité
sur la scène internationale, parce que ce projet de loi là, ce texte législatif
là va servir de modèle par la suite à d'autres juridictions. Donc, je pense
qu'on a, là aussi, une responsabilité supplémentaire à cet égard.
En ce qui
concerne... Un troisième point, ça concerne la période qui est couverte par le
programme d'indemnisation, c'est-à-dire qu'actuellement, donc, le
programme couvre six ans, donc du 19 octobre 2015 au 19 octobre 2021.
Je pense qu'il faut éviter d'étirer davantage, donc, ces périodes-là, parce
qu'il faut... au-delà des volets prescriptifs de certains éléments fiscaux, il
faut comprendre que les industries étaient conscientes dans quoi elles investissaient.
C'est-à-dire que, d'abord, on sait
depuis 2015... bon, il y a l'adoption de l'Accord de Paris, le Québec
s'est déclaré lié à l'Accord de Paris. Il y a eu des rapports scientifiques,
dont le rapport du GIEC de 2018 et celui de 2021, qui réitèrent l'urgence
d'agir, ces rapports qui nous montrent également qu'on assiste à une
accélération des températures mondiales. Et donc les entreprises et les
investisseurs qui font le choix d'investir dans ces secteurs-là depuis longtemps savent qu'ils le font en toute
connaissance de cause et le savent qu'ils le font dans un contexte où il
y a urgence de lutter contre les changements climatiques. Et donc le risque
était connu de la part des investisseurs.
Dernier élément, et qui est, selon moi, un
élément qui est très, très important, ça concerne le préambule. J'ai entendu,
donc, notamment le Pr Ouellet parler de ce volet-là, et je tiens à appuyer
en ce sens-là, c'est-à-dire que le projet... le préambule du projet de loi
devrait être beaucoup plus étoffé que ce qu'il est en ce moment et devrait mettre l'accent, selon moi, sur trois volets.
Premier volet, c'est le volet de la lutte contre les changements
climatiques. Donc, la lutte contre les
changements climatiques devrait être au coeur du préambule, faire
partie des
valeurs intrinsèques à celui-ci et devrait aussi mettre l'accent sur
l'importance d'être proactif dans ce contexte-là.
Le préambule devrait aussi rappeler les grands
engagements du Québec envers l'Accord de Paris et sa responsabilité dans la lutte
contre les changements climatiques.
Et finalement, un autre volet dont le préambule
devrait tenir compte, c'est l'accent... l'importance de mettre l'accent sur la
science comme guide et explication à ce projet de loi, dans le sens où la
science nous dicte qu'on doit agir beaucoup
plus drastiquement dans la lutte aux changements climatiques, et c'est ce qui
guide, donc, l'établissement d'un tel projet de loi.
Donc, en somme, je considère qu'il s'agit ici
vraiment d'un très bon projet de loi qui est très important pour le Québec. Et
je vais être très heureuse de répondre à toutes vos questions dans les
prochaines minutes. Merci.
Le Président (M. Lemay) : Merci,
Mme Chaloux, pour votre exposé. Et maintenant nous allons céder la parole
au ministre pour la période d'échange d'environ 16 min 30 s.
M. Julien : Oui. Merci infiniment.
Merci infiniment, Mme Chaloux, pour vos commentaires, là. J'ai pris
plusieurs notes. Je vais parcourir certains des éléments, soit par des
questionnements ou des affirmations que vous pourrez corriger, si je me trompe.
Donc, pour le préambule, bien, vous êtes la
deuxième à parler du préambule, honnêtement, moi, je ne déteste pas ça, mais je
suis plutôt humble dans nos réalisations. Mais, puisque ce sera certainement
une réalisation commune de tous les
collègues, je pense qu'on gagnerait dans le préambule, ce n'est pas faire
preuve d'audace ou de vantardise, mais
de venir mentionner clairement ce positionnement de manière fière pour le
Québec, naturellement, si on y adhère tous ensemble. Je pense que c'est une idée qui va
faire son chemin, et on aura l'occasion d'en discuter entre collègues,
là, pour que la forme soit à la bonne place.
Rapidement,
quelques éléments pour... à discuter avec vous. Vous nous dites,
Mme Chaloux, puis j'ai entendu ça aussi, puis je vais encore
entendre ça dans d'autres groupes, je pense, qui vont suivre : Écoutez,
l'industrie le savait depuis longtemps que
c'est en «phasing-out», il n'y a plus d'acceptabilité, ils sont conscients de
ces risques-là, puis, bon. Mais en même temps, là, peut-être que... Moi,
ça fait un an, là, un peu plus d'un an qu'on travaille, à mon ministère, sur ce
projet de loi là, alors je vais prendre une
partie du blâme puis je blâmerai
mes prédécesseurs. Mais, en même temps que vous dites ça, qu'ils en sont
conscients, nous, on n'a pas agi pour faire en sorte, en fin de compte, de ne pas le permettre, de ne pas fournir les licences,
de ne pas fournir une réglementation, une loi. Donc, pour moi, là, il y
a une espèce de... je vais faire attention, une responsabilité partagée, là,
parce que toute cette prise de conscience là que vous mentionnez, si on était
si conscients que ça, au gouvernement, on aurait dû agir bien avant. Puis, quand
je parle de bien avant, c'est... Si vous dites que depuis six ans, c'est clair
pour tout le monde, bien, ça aurait dû être agi en conséquence.
Donc, on a
comme, pour moi, une part de responsabilité, puis les signaux ou le signal
qu'on a transmis n'étaient pas à cet
effet-là puisque, si tout le monde en était aussi conscient, les actions
gouvernementales n'ont pas nécessairement suivi. J'aimerais ça vous
entendre là-dessus.
Mme Chaloux (Annie) : Merci, M.
le ministre, pour cette question. En fait, vous avez tout à fait raison de dire qu'on a une part de responsabilité, comme
État québécois, quand on modifie des lois, comme on a fait la
modification lorsque l'on a adopté la
Loi sur les hydrocarbures en 2018. Et
c'est dans ce contexte-là que les indemnisations qui sont prévues, à l'heure
actuelle, répondent en
partie à cette reconnaissance-là qui a été faite dans le
passé par le secteur industriel.
Ceci étant
dit, quand on dit qu'effectivement, bon, le manque d'acceptabilité sociale, il
est relativement connu, bon, depuis
longtemps... mais il reste que l'industrie, je pense que pendant très
longtemps, elle a aussi joué à l'aveugle, et c'est à cet égard-là, je
pense, qu'il ne faut pas non plus surestimer la part d'indemnisation qui serait
faite. Et là, avec ce qui est présenté actuellement sur le 100 millions,
je pense que ça répond à cette idée de reconnaissance à la fois d'une part de
responsabilité, mais aussi à une reconnaissance que cette industrie-là a fait
aussi des choix et que ces choix-là, donc, seront finalement indemnisés à la
hauteur de ce qui est réel et non pas des anticipations de revenus possibles,
alors que le monde... en fait, la situation en termes de changements
climatiques a beaucoup changé depuis cette période-là.
Donc, je pense qu'il y a quand même un
équilibre. Vous avez abordé cette notion-là d'équilibre, et je pense qu'avec le
projet... avec les indemnisations actuelles, on est dans cette notion-là
d'équilibre que vous évoquez.
M. Julien : Parfait. J'aime
également beaucoup entendre votre préoccupation puis je pense que c'est celle
qui nous a guidés dans la rédaction du projet de loi, peut-être qui gagnera à
être bonifié, le cas échéant, là, je ne saurais prétendre du contraire, mais il
ne faut pas non plus qu'il y ait des... Tu sais, ce que je souhaite, puis ce
que mon ministère souhaitait, quand on discutait du projet de loi, puis ce que
je souhaite discuter avec mes collègues aussi, c'est... on veut quelque chose
d'assez, malheureusement pour certains, mais pas pour nous, d'assez encadré,
c'est-à-dire que ça n'apporte pas nécessairement un arbitrage complexe,
c'est-à-dire que le plan d'indemnisation, là, doit
être assez binaire, sur présentation de pièces justificatives, et, après ça,
pas trop interprétatif. Bon, je sais qu'il y a un petit
article qu'on
discutera, là, au moment venu, à l'article par article, qui mentionne des
sommes qui pourraient être... je ne me souviens plus du terme exact, là, mais
je pense que c'est assez bien encadré.
C'est sûr que le projet de loi, dans sa forme
actuelle, ne comprend pas le programme d'indemnisation. Quand on parle de
100 millions, c'est à cause qu'on a un estimé... quand je dis un estimé,
c'est assez clair, là, on a déjà des pièces justificatives qui nous permettent
de fixer ce montant-là. Est-ce que vous pensez qu'on doit révéler le plus
rapidement possible la nature même du programme d'indemnisation sur ce
critère-là pour justement être sûr que tout le monde est conscient de la
méthodologie exacte du plan d'indemnisation?
Mme Chaloux (Annie) : Je pense
que c'est intéressant, ce que vous évoquez, parce que ça permet d'ajouter une
notion de transparence par rapport à certaines perceptions que pourrait avoir
un programme d'indemnisation, à la fois pour ceux et celles qui souhaitent
qu'il y ait le moins possible d'indemnisations et ceux et celles qui en veulent
le plus. Donc, les cartes sont mises sur table. Donc, à cet effet-là, je pense
que la transparence est de mise pour pouvoir comprendre, donc, sur quels
justificatifs l'indemnisation aura lieu. Donc, ça, c'est le premier volet.
J'ajouterais aussi le fait que... et c'est hier,
lors de l'intervention de M. Ouellet aussi, que j'abonde dans le même
sens, qu'il mentionnait notamment le fait que, en vertu de la
Loi sur les
hydrocarbures, les entreprises étaient dans l'obligation de fournir, lorsqu'il
y avait des... des gisements, pardon, exploitables, de fournir l'information.
Et, à l'heure actuelle, donc, il n'y aurait qu'une entreprise qui l'aurait
fait. Donc, ça permet, là aussi, d'éviter la surenchère de certaines
entreprises à vouloir avoir accès à davantage d'indemnisations.
Donc, je pense que plus qu'il y a d'information
qui est rendue publique, plus ça permet de faire la part des choses dans ce
projet-là et de voir là où il y a ou pas marge de manoeuvre pour intervenir.
M. Julien : Parfait. Une dernière question
pour moi, avant de passer la parole à mes collègues, mais qui est assez
importante. Vous mentionnez, en réalité, qu'on devrait renforcer le préambule
pour noter clairement le positionnement du Québec, qu'on est chef de file avec
aussi notre adhésion au BOGA, que ça va être quelque chose qui va être beaucoup lu, beaucoup étudié. Donc, il
faut faire preuve de rigueur, et moi, je pense, d'équilibre, en même temps,
mais on en discutera avec les collègues.
Donc, je voudrais vous entendre, parce que
certains prétendent que le projet de loi qu'on a devant nous, c'est un outil
marketing puisqu'il ne se faisait pas d'exploration et d'exploitation au
Québec, bien qu'il y avait des licences de
permis. Mais moi, je ne le vois pas du tout comme un outil marketing, je le
vois comme un positionnement assez courageux de notre État pour faire la
chose. Donc, pourquoi, selon vous... Est-ce un outil marketing ou c'est
vraiment un positionnement courageux du Québec?
Chaloux (Annie) : Je me permettrais de dire que c'est un peu toutes
ces réponses, c'est-à-dire que d'abord...
M. Julien : Du marketing courageux.
Mme Chaloux (Annie) : Dans le sens
où c'est un symbole fort. Et moi, je ne parlerais pas de marketing, mais je
pense que c'est un symbole fort que l'on envoie. Effectivement, le Québec, ce
n'est pas un territoire qui est reconnu pour avoir une quantité d'hydrocarbures
qui est majeure. Mais, plus on arrive dans un contexte où on veut avoir accès à
ces ressources-là, bien, plus que les sources non traditionnelles peuvent
devenir intéressantes. Donc, on vient quand même freiner tout futur projet, ce
qui est en soi, donc, une avancée majeure.
Ce que je dirais, et c'est là où la notion du
préambule revient, c'est qu'il y a cette idée que le projet de loi, oui, va
être étudié ailleurs dans le monde, et on espère qu'il soit appliqué aussi
ailleurs dans le monde, mais il y a des juridictions... Pensons à un projet de
loi de cette nature-là qui serait adopté, par exemple, en Alberta, avec un
programme d'indemnisation comme celui-là. Ce ne serait pas jouable pour l'État
albertain, parce qu'ils ont, bien sûr, un développement d'hydrocarbures qui est
beaucoup plus important. D'où le fait que, plus on réduit les possibilités
d'étendre les indemnisations, plus on est très, très, très spécifique, plus on
est transparent, plus on est clair sur ce qu'on peut ou pas permettre, bien, on
permet d'éviter des leviers potentiels à ce que l'industrie puisse utiliser à
la fois au Québec et peut-être, par la suite, dans d'autres juridictions.
C'est sûr qu'on n'est pas responsable, non plus,
ultimement, de tous les projets de loi qui seront adoptés ailleurs dans le monde, évidemment, mais il reste
que ça doit fournir des signaux qui sont importants. D'où le fait que,
dans le préambule, ce doit être... ces éléments-là doivent être pris en compte,
et que ce n'est pas parce qu'un projet de
loi a une part de symbolisme qu'il n'est pas nécessaire, et ça, je pense que
c'est un élément qu'il faut souligner ici.
M. Julien : Parfait. Donc, juste en
conclusion, avant de passer la parole, donc, c'est la première fois qu'on nous
amène cette réflexion-là de dire, bien, si on voulait faire un «copy and paste»
ailleurs, on serait en mesure de le faire. Je pense, justement, que le
programme d'indemnisation qui est prévu ici, qui parle seulement des frais de
licence et des frais d'exploitation liés au maintien d'une conformité, eu égard
à partout, c'est des frais, somme toute, qui sont à la marge par rapport aux
revenus potentiels d'exploitation, qui ailleurs pourraient être complètement
différenciés, là. Mais j'aime ce que j'entends.
Le Président (M. Lemay) : Donc, M.
le député de Lac-Saint-Jean, la parole est à vous.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Merci,
M. le Président. Bonjour. Très intéressant de vous entendre et de faire aussi
un parallèle avec M. Richard Ouellet, qui a passé hier, au niveau du
programme d'indemnisation.
Moi, j'aimerais ça vous entendre au niveau de
l'alliance BOGA, avoir votre point de vue un peu, tu sais. Pour le Québec, ça
peut être utile au niveau de nous positionner dans le monde, avec notre volonté
de devenir un leader mondial au niveau des énergies vertes. J'aimerais vous
entendre, avoir votre position là-dessus.
Mme Chaloux (Annie) : Merci.
L'alliance BOGA, c'est une alliance qui vise à se sortir, finalement, du
pétrole, de l'extraction, de l'exploitation des hydrocarbures. Il y a déjà près
d'une dizaine d'États ou d'États fédérés qui
se sont joints à cette initiative-là, et elle prendra de l'ampleur avec le
temps, étant donné qu'à la COP26, c'est quand même la première fois où
il y a une décision qui a été prise, où on nomme la question des hydrocarbures,
on parle du charbon, on parle des
hydrocarbures comme étant source du problème. On le sait depuis longtemps, mais
c'est très difficile, dans le contexte des négociations climatiques
internationales, d'accepter cet élément-là dans les négociations.
Donc, le fait que le Québec soit parmi les
premiers à adopter et à faire
partie de ce genre d'engagement là, bien, ça
envoie des symboles, des signaux clairs, et le Québec est assez bien perçu sur
la scène internationale. Il a très souvent
accès à un réseau que peu d'États fédérés peuvent se targuer d'avoir. Donc,
oui, ça envoie un symbolisme et une notoriété pour le Québec pour la
suite des choses.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Bien,
merci de votre réponse. C'est quand même assez clair, votre point de vue, puis
je vais laisser mon collègue...
Le Président (M. Lemay) : Alors, M.
le député de Bourget, la parole est à vous.
M. Campeau : Merci
pour votre présentation, Mme Chaloux. J'ai aimé, tantôt, l'idée de
marketing courageux. Je la trouve pas pire comme expression, celle-là, là. Je
suis d'accord avec vous, ce que vous avez mentionné, que c'est la
responsabilité de tous les pays de s'occuper des changements climatiques et
suite à l'Accord de Paris, entre autres. Puis, comme vous
avez dit, si l'Alberta faisait un tel projet de loi, ça serait extraordinaire
ou ça serait catastrophique, tout dépendant comment on le regarde, là. Et nous,
on a l'air d'un bien petit joueur par rapport à ça, et certaines personnes sont
tentées de dire : Bon, bien, c'est facile, ils ne produisaient pas, de
toute façon.
Après ça, vous nous
dites qu'on est un leader par rapport à ça parce qu'on est les premiers. Mais
juste par curiosité, c'est vraiment de la curiosité, est-ce que vous entendez
ça de d'autres législations qui cherchent à copier, qui vraiment... ils veulent
s'inspirer ou c'est une idée que vous pensez qui va arriver?
Mme Chaloux (Annie) : Bien, c'est intéressant,
là, comme question que vous évoquez, c'est-à-dire que, d'abord, je tiens
à dire que tous les gestes comptent. Et quand le Québec, par exemple, dans les
années 2000, et avec la Californie, ont
choisi de développer ensemble un marché du carbone, bien, au départ, on n'en
parlait pas tant. Ça s'est popularisé
beaucoup, puis aujourd'hui, bien, l'expertise québécoise, elle est souvent
demandée à l'étranger pour qu'on regarde comment, par exemple, le marché
du carbone s'est développé.
l'heure où on se parle, pour ce qui est de cette initiative-là, l'initiative
BOGA, bien, c'est sûr qu'actuellement il va y avoir des juridictions...
celles qui se sont engagées vont devoir adopter des textes législatifs et vont
s'inspirer de ce qui se fait ailleurs. Et le Québec étant dans les premiers à
le faire, évidemment, donc, ils vont pouvoir regarder ce que le Québec fait.
Donc, c'est plus à
terme que je pourrais répondre à votre question, à savoir est-ce que,
maintenant, on regarde ce que le Québec fait sur ce projet de loi là. Mais je
pense que, dans les prochains mois, dans les prochaines années, plus d'acteurs
vont regarder des projets de loi, que ce soit à travers BOGA, mais à travers
d'autres initiatives analogues. Ils vont regarder ces modèles-là, et c'est
justement l'importance d'avoir un bon programme qui est très fort maintenant
pour aider et faciliter aussi le travail de ceux qui suivront.
M. Campeau : Moi,
je n'ai pas d'autre question, M. le Président.
Le Président (M.
Lemay) : Très bien. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Julien : Oui,
merci. Donc, à votre lecture, puis vous avez... comme mentionné précédemment,
vous avez entendu d'autres intervenants, donc, en regardant le projet de loi,
êtes-vous satisfaite de ce projet de loi là dans sa forme et spécifiquement...
je reviens, là, puis je sais que ce n'est pas votre position, mais sur
l'équilibre des indemnisations, parce que, bon, ça va être l'enjeu de beaucoup
de discussions, hein? Certains prétendent qu'il faudrait donner, là, des
milliards basés sur des revenus potentiels qu'on ne connaît pas trop. D'autres
disent qu'on ne devrait rien donner parce que les joueurs étaient au courant.
Puis nous autres, on se positionne, comme vous le dites, là, responsable et
équitable, là, mais on s'entend, là, qu'il n'y a pas de folie là-dedans, là.
C'est les frais pour les licences puis... hein? Bon. Votre évaluation, c'est...
du projet de loi dans sa forme actuelle, vous diriez quoi?
Mme Chaloux
(Annie) : Je pense qu'à l'heure actuelle c'est un projet de loi qui
est équilibré dans la mesure où, oui, il faut lutter contre les changements
climatiques, et ça, ça doit demeurer la priorité d'un tel projet de loi. On a
aussi des engagements puis on a une responsabilité vis-à-vis des investisseurs
puis vis-à-vis des compagnies ou des personnes morales qui investissent au
Québec. Ça fait qu'il faut s'assurer aussi que, quand on fait des choix qui
laissent des gens derrière, qu'on opte pour un mécanisme qui n'est pas
simplement d'appuyer une industrie qui est problématique, mais qui va aussi
soutenir notre crédibilité sur d'autres volets d'investissements. Et
M. Ouellet, c'est un peu ce qu'il évoquait hier.
Donc, oui, c'est sûr
qu'un monde idéal, c'est bien sûr de n'avoir aucune indemnisation. En même
temps, on est dans un contexte où on a des partenaires d'affaires, où il y a
des investisseurs, où on a aussi une part de responsabilité, puis qu'un projet
de loi serait... qui irait trop dans une veine de zéro indemnisation porterait
flanc, finalement, à plusieurs poursuites de
la part des industries et, au final, probablement qu'on n'y serait pas du tout
gagnant, alors que d'avoir une approche ou un modèle qui vise sur le
remboursement des dépenses, tel que préconisé, qui met un plafond sur les
montants qui seront attribués, bien, ça montre, du moins, le sérieux dans notre
démarche et la volonté, après ça, de passer à autre chose.
M. Julien : Avez-vous
une idée? Parce que je comprends très bien, là, parce qu'on a beaucoup
mentionné les poursuites, etc., mais en terminant, au-delà de ça, pour moi, il
y a aussi un risque que je qualifierais réputationnel, puis je vais faire
attention à mes mots, mais c'est réputationnel, là, parce que, quand on
disait : Mais nous, comme État, on avait des responsabilités, puis à
partir du moment où on prend une décision, on assume nos responsabilités, notre
part de responsabilité, est-ce qu'il y a un risque réputationnel pour le
Québec?
Mme Chaloux
(Annie) : Je pense... Actuellement, il n'y a pas de risque
réputationnel. Je pense qu'on est un lieu où les investissements étrangers...
en fait, les investisseurs étrangers sont intéressés à venir sur le territoire
du Québec, et ce n'est pas un projet de loi
de cette nature-là qui viendrait compromettre, par exemple, les
investissements étrangers dans d'autres secteurs névralgiques de notre activité
économique.
Le Président (M.
Lemay) : Nous allons maintenant passer la parole au député de Mont-Royal—Outremont pour environ
11 minutes.
M. Arcand : Merci,
M. le Président. Mme Chaloux, j'ai lu, évidemment, votre présentation, une
excellente présentation, et je voudrais vous poser quelques questions,
premièrement, en rapport avec certains des témoignages qu'on a entendus et
avoir vraiment votre opinion là-dessus. Parce qu'aujourd'hui, entre autres,
l'INRS est venu pour expliquer que, dans ce projet de loi, il fallait plus de
flexibilité pour les projets pilotes, en disant : Écoutez, c'est trop
limitatif. Si on décide de faire de la recherche puis on décide de faire de
l'innovation, bien, il faut qu'on se donne la flexibilité nécessaire pour le
faire. Tout le monde reconnaissait que ça prend un certain nombre de contrôles
pour s'assurer, là, qu'il n'y a pas une
tentative des entreprises de faire des projets pilotes, je dirais, qui sont
bidons. Juste avoir votre position, dans ce projet de loi. Est-ce que
vous pensez qu'il faudrait, disons, être plus flexible au niveau des projets
pilotes?
Mme Chaloux (Annie) : C'est une
excellente question que vous évoquez. Quand j'ai lu cette section-là dans le
projet de loi, il ne m'est pas apparu qu'il était peu flexible. Je pense qu'il
laisse quand même un certain espace, mais je n'oserais pas me prononcer sur
est-ce que cet espace-là, qui est déjà octroyé, est suffisant ou pas. Je pense qu'il
y a d'autres experts qui sont beaucoup plus qualifiés que moi qui répondraient
à ce volet-là. Ça fait que je n'oserais pas non plus m'aventurer sur ce
terrain-là. Mais tout projet pilote, quel qu'il soit, il ne faut pas qu'il
permette une exploration déguisée ou une exploitation déguisée des
hydrocarbures. C'est ce qu'on doit mettre de l'avant. Après ça, s'il y a
d'autres projets pilotes qui concernent d'autres éléments rattachés à des
fracturations, mais qui ne visent pas
l'exploitation ou l'exploration des hydrocarbures, là, il faudrait voir avec
les experts de ce domaine-là qu'est-ce qu'ils pensent : Est-ce que,
en l'état, le projet de loi permettrait ces projets-là?
Arcand : Si j'ai bien compris, vous avez dit... vous étiez
d'accord avec le Pr Ouellet, hier, qui est intervenu pour parler... que, selon les accords
internationaux, on pouvait... on devait compenser, dans une certaine mesure.
Vous, vous dites : D'accord, mais le 100 millions, c'est un plafond.
Est-ce que j'ai bien compris ça?
Mme Chaloux (Annie) : Actuellement,
avec ce qu'on a comme information, je dirais que oui, mais plus on aura
d'information de disponible sur la nature des remboursements qui sont prévus,
ce chiffre-là pourrait être appelé à varier. Mais il ne faudrait pas qu'il soit
appelé à varier vers la hausse, étant donné qu'il y a aussi cette... comme je
l'expliquais tout à l'heure à M. le ministre, il y a quand même une
responsabilité que le secteur des hydrocarbures connaît depuis longtemps, et, à
ce moment-là, le risque de l'investissement... le risque de l'acceptabilité
sociale fait
partie des éléments qui sont
présents depuis plus de 10 ans maintenant. Donc, il ne faut pas qu'on
aille vers une logique de
compensation à la hausse et tenter d'éviter autant que possible certaines
poursuites... j'imagine qu'on n'en évitera pas, évidemment, certains
vont tenter de le faire, mais il faut trouver un programme qui, quand même,
soit suffisamment intéressant pour éviter
que les entreprises optent pour la voie des poursuites judiciaires plutôt que
l'acceptation de l'état de fait.
M. Arcand : Est-ce que vous avez
certaines idées qui nous permettraient de partir du plafond puis d'aller vers
le plancher?
Mme Chaloux (Annie) : Il faudrait
voir les chiffres. Évidemment, c'est toujours ça, l'élément. Là où on peut
jouer, c'est sur les fameuses dates, mais là, ça reste à voir, le pourquoi que
ces dates-là ont été mises en place. J'entendais les gens du CQDE parler de
réduire cette période-là de couverture à partir du moment où la
Loi sur les
hydrocarbures, en 2018, a été adoptée. Ça fait qu'il faudrait voir qu'est-ce
que ça impliquerait d'avoir une période de conformité plus faible. Ça ferait en
sorte qu'il y aurait peut-être moins de remboursement possible. Mais néanmoins,
il y a aussi une logique qui explique que, pour ce secteur-là de l'industrie,
ça peut prendre plusieurs années quand on fait de l'exploration. Donc, il ne
faudrait pas non plus surpénaliser certains acteurs. Donc, l'importance de
l'équilibre, encore une fois, est à présenter.
M. Arcand : Si je comprends bien,
vous seriez d'accord pour rembourser au minimum, en tout cas, les coûts directs
d'obtention des permis d'exploration, sachant qu'un permis d'exploration qui
débouche sur une exploitation, à toute fin pratique, désormais interdite n'a
plus de valeur, alors il y a... c'est au moins le minimum. C'est ce que je
comprends de ce que vous dites?
Mme Chaloux (Annie) : Effectivement.
M. Arcand : Vous êtes d'accord
avec ça?
Mme Chaloux (Annie) : Oui.
Arcand : Est-ce que vous avez une idée... parce que, ce
matin, on a eu des discussions, sur le plan technique, que le Québec
devait se lancer de façon beaucoup plus évidente dans le domaine de la
géothermie, dans le domaine de ce qu'on
appelle la captation du carbone, du stockage d'hydrogène, etc. Est-ce que vous
avez vous-même une opinion où est-ce
que le Québec devrait aller? Est-ce que vous avez une idée que vous pourriez
nous soumettre par rapport à ça?
Mme Chaloux (Annie) : Bien,
c'est sûr que, dans un contexte de lutte contre les changements climatiques, les meilleurs outils pour réduire les émissions,
c'est de trouver des avenues où on consomme, à la base, moins d'énergie,
et ensuite opter pour
les énergies renouvelables, et donc à aller dans cette méthode de réduction et
ensuite de transferts lorsque ce n'est pas possible.
Pour les projets plus particuliers de
géothermie, d'hydrogène, etc., bien, c'est sûr que ça s'écarte un peu de ce
projet de loi là sur les hydrocarbures. C'est sûr qu'on ne peut pas non plus
penser qu'on peut faire des transitions énergétiques aussi rapides en évitant
d'utiliser ces autres stratégies-là, mais il faut voir dans quelle mesure elles
répondent réellement à notre responsabilité et à notre juste part en termes de
contribution à la lutte contre les changements climatiques à l'échelle
mondiale.
M. Arcand : J'ai
été étonné il y a quelques semaines. J'écoutais une dame, je crois que c'était
Mme Whitmore, qui vient des... je ne sais pas si c'est l'École des hautes
études commerciales, le HEC, ou le... mais qui parlait, entre autres... qui disait, entre autres, que, bon, les
autos électriques, ce n'est pas une solution très valable à ce niveau-là,
qu'il faudrait vraiment changer, de façon assez importante, le mode de vie, il
faut que les gens apprennent à moins se déplacer,
et ainsi de suite. Est-ce que... Jusqu'où vous allez dans ce domaine-là?
Avez-vous une idée précise par rapport à ce qu'il faut faire?
Mme Chaloux (Annie) : Bien,
c'est sûr qu'il y a de plus en plus d'études qui montrent que, d'abord, ce
qu'il faut avoir, il faut avoir l'approche : éviter, déplacer puis
transférer lorsque possible. C'est-à-dire que, dans un modèle de développement
comme on a actuellement au Québec, il faut d'abord opter pour : Est-ce
qu'il y a une nécessité, par exemple, de
déplacement? Est-ce que, comme individu ou est-ce que comme État, on peut
encourager, finalement, l'évitement de certains déplacements inutiles?
Lorsque c'est impossible, bien, comment on offre des alternatives qui ne soient
pas l'auto individuelle, quelle qu'elle soit? Donc, est-ce qu'on peut accroître
l'offre de transport collectif, que ce soit par des transports traditionnels ou
des modes de transport d'autopartage, par exemple, qui sont innovants, qui
feraient en sorte de réduire, finalement, notre contribution aux émissions de
gaz à effet de serre? Et lorsque ce troisième... ce deuxième créneau là,
pardon, n'est pas possible et qu'on doit quand même opter, par la suite, par un
déplacement qui ne peut pas se faire par des modes de transport qui soient
actifs ou collectifs, bien, est-ce qu'on peut opter pour des solutions de
remplacement?
La voiture
électrique rentre dans ce troisième créneau là, mais il faut quand même
continuer toujours à réfléchir, pas simplement à faire les modifications
à la marge en fin de parcours, mais d'abord revoir les premières étapes pour finalement limiter les émissions de
gaz à effet de serre en changeant nos modèles, comme Mme Whitmore
l'expliquait. Et ultimement,
lorsqu'impossible, bien là, c'est sûr que la voiture électrique devient une
alternative à la voiture à essence.
Mais il ne faut pas penser que simplement
remplacer une voiture à essence par une voiture électrique va solutionner les
problèmes. Ça va continuer à promouvoir l'étalement urbain. Il y a, bien sûr,
des minéraux rares qui sont utilisés dans les batteries. Donc, il ne faut pas
voir ça, effectivement, comme une panacée, mais ça doit faire
partie du bouquet
d'instruments dont on dispose pour réduire nos émissions, mais peut-être
changer notre approche de tout miser sur une électrification qui ne change pas
les comportements vers une approche plus transformationnelle qui nécessite,
évidemment, des nouvelles façons de voir notre aménagement du territoire et
notre conception du bien-être. Mais ça peut passer par la promotion du
télétravail.
Donc, il y a plein de modèles qui peuvent nous
aider à réduire les premiers créneaux pour, par la suite, en fin de parcours,
réduire nos émissions via les voitures électriques.
M. Arcand : Vous savez, quand
je discutais avec le Pr Pineault, entre autres, lui, pas très, très... pas
très, très «hot», si vous me permettez l'expression, sur le solaire, par
exemple. Il dit que, bon, au Québec, le solaire, ce n'est pas évident. Lui, il
dit que, si on veut vraiment... et, là-dessus, on est un cancre dans ce
domaine-là, que si véritablement on veut faire une différence, c'est évidemment
les économies d'énergie. Et, quand on se promène, par exemple, un peu
partout... et moi, j'utilise la 20, le lundi soir, pour venir à Québec, et mon
Dieu qu'il y a des camions. Quand on sait que les camions polluent de façon
assez importante, beaucoup plus que des automobiles, on s'aperçoit qu'il y a
certainement une espèce... des façons de faire qui pourraient certainement
améliorer la situation et réduire considérablement les gaz à effet de serre. Et
lui, évidemment, prône aussi des économies d'énergie substantielles.
Est-ce que vous voyez des façons pour le Québec
d'aller de ce côté-là, d'être comme d'autres pays européens qui sont
certainement beaucoup plus avancés que nous à ce niveau-là?
Mme Chaloux (Annie) : Oui. Je pense
qu'une des choses les plus importantes, c'est d'utiliser les mesures
écofiscales, et ça, je pense que c'est un aspect qui est très, très important.
Par exemple, au Québec, on opte pour une stratégie qui est les subventions aux
voitures électriques. Bien, il faut aussi développer pas simplement la carotte,
mais aussi opter pour des stratégies de
bâton, c'est-à-dire, si on subventionne à la hauteur de 8 000 $ une
voiture électrique, bien, on doit aussi mettre en place des surtaxes
pour les gros cylindrés, par exemple. Donc, ça peut être des taxes à l'immatriculation des voitures. On pourrait mettre
en place des taxes kilométriques qui feraient en sorte que même les voitures électriques, qui contribuent à
l'étalement urbain, seraient aussi taxées par ça. Donc, il y a une panoplie de
mesures.
Parce qu'il
ne faut pas se leurrer qu'au Québec le plus grand secteur émetteur de gaz à
effet de serre, c'est bien sûr le
secteur des transports. C'est 44 % des émissions de la province. Donc,
c'est là où on peut le plus agir et utiliser des mesures écofiscales
efficaces qui feraient en sorte à la fois de jouer, donc, sur l'offre et sur la
demande et accroître, finalement, les changements qui feraient en sorte qu'on
diminue véritablement nos émissions de gaz à effet de serre.
Donc, vous avez tout à fait raison, quand on
parle...
Le Président (M.
Lemay) : Merci beaucoup, Mme Chaloux, pour cette réponse. Et nous
allons maintenant céder la parole au
deuxième groupe d'opposition, Mme la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques,
pour environ 2 min 45 s.
Massé : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Chaloux.
Merci pour votre présentation. J'ai deux, trois petites questions. Je
comprends bien qu'on a à inscrire un préambule. J'entends l'ouverture du
ministre. Je pense, c'est une bonne idée. Je
pense que ça mettrait le niveau de l'engagement qu'on est prêts à prendre et le
sens de cet engagement-là.
Ceci étant dit, vous dites... vous avez répété à
plusieurs reprises que les investisseurs, dans cette industrie, depuis
plusieurs années — vous
avez nommé 2015, mais, entre vous et moi, c'est bien avant ça — savaient
très bien dans quoi ils s'embarquaient, mais, malgré tout, vous prônez une
compensation. Je comprends que rembourser les frais
de licence, les frais des remboursements de dépenses, vous êtes d'accord avec
ça. Est-ce qu'on devrait y soustraire tout l'argent qu'on y a mis aussi?
Mme Chaloux (Annie) : Vous évoquez
là une question qui est intéressante. Donc, il faudrait voir, de manière
publique, quelles sont les sommes qu'on a investies pour appuyer ce secteur-là
d'activité.
Ceci étant dit, puis la manière que j'avais
compris le projet de loi, il y avait quand même ces calculs-là, de subvention, qui étaient aussi reconnus dans le
parcours. Je pense qu'il faut aussi être conscient de notre
responsabilité comme État, dans la mesure où... j'entends bien ce que vous
dites par rapport aux compensations, mais reste qu'on a la
Loi sur les
hydrocarbures, qui a été adoptée par l'Assemblée nationale et qui nous a liés à
cette industrie-là en continuant de permettre l'exploration et l'exploitation
des hydrocarbures, même si le cadre était plus restrictif. Donc, on a cette responsabilité-là,
tout de même, à tenir en compte.
Mme Massé : Donc, vous êtes d'accord
que tout l'argent, que ce soit en crédit d'impôt, en subvention, coût du claim, ça, ils devraient nous le rembourser
parce qu'on leur a donné. Mais moi, j'ai une autre question plus
profonde. Tout l'argent que le public a payé pour les inondations, les berges
qui s'écroulent en Gaspésie, est-ce qu'ils n'ont pas une part de
responsabilité, puisque la science nous démontre qu'ils ont une part de
responsabilité et que vous nous rappelez qu'ils le savaient depuis longtemps?
Mme Chaloux (Annie) : Je me permets
ici, simplement, par contre, de faire la nuance, à savoir que ce n'est pas
nécessairement cette industrie, par exemple, une entreprise qui travaillait au
Québec, qui était, elle, la responsable des inondations, hein? Il y a la
question, toujours, des préjudices et de poursuites, par la suite, aussi auprès
des grands émetteurs de gaz à effet de serre. Donc, les industries qui ont
investi au Québec ne sont pas nécessairement celles qui ont contribué,
aujourd'hui, aux impacts concrets. Je comprends ce que vous dites, parce
qu'effectivement on est dans une situation mondialisée d'interdépendance.
Ceci étant dit, ce n'est pas ces petits joueurs
là qui sont ceux qui sont imputables des catastrophes climatiques que l'on vit exactement sur le territoire, et ça serait
difficilement, bien sûr, démontrable dans une perspective de droit et en
cour, par exemple.
Président (M. Lemay) :
Merci, Mme Chaloux. Alors, nous allons maintenant passer la parole au
troisième groupe d'opposition. M. le député de Jonquière, pour la même chose,
environ 2 min 45 s.
M. Gaudreault : Oui. Merci
beaucoup, Mme Chaloux. Merci de votre présence. Bon, j'aime beaucoup le
récit que vous faites de l'insertion, je dirais, du Québec dans BOGA et que ce
récit doit faire en sorte que le Québec, au fond, s'inscrive dans une démarche
historique de diminution des gaz à effet de serre, de lutte contre les changements
climatiques. Les membres fondateurs de BOGA, bon : Danemark, Costa Rica,
France, Groenland, bon, avec le Danemark,
l'Irlande, la Suède, le pays de Galles. Il y a des membres associés : la
Californie, la Nouvelle-Zélande, le Portugal. Il y a des amis : le
Luxembourg, la Finlande et l'Italie. Je sais que le Costa Rica, du côté du
Parlement, le projet de loi n'a pas passé, mais, si on regarde les autres
membres du BOGA, est-ce qu'il y a des exemples qui pourraient nous inspirer?
Par exemple, le Danemark, est-ce qu'ils ont intégré BOGA dans leur législation
ou on est vraiment les premiers?
Mme Chaloux (Annie) : Je ne
pourrais pas vous dire là où ils en sont, au Danemark, de manière concrète, là,
dans l'état d'adoption de leur projet... du projet de loi. Je sais qu'il y a eu
des discussions, mais je n'ai pas vu la sortie. Puis évidemment c'est que c'est
une initiative qui a été lancée en octobre, hein? Ça fait qu'on est, bien sûr,
dans les premiers, si on n'est pas le premier à cet égard-là. Celui du Costa Rica,
effectivement, le projet de loi n'a pas été adopté, donc reste à voir comment
la suite se fera pour cette juridiction-là. Mais je ne pourrais pas vous donner
d'autres détails que ça parce qu'on est vraiment dans le début du parcours et
non pas... ça ne fait pas plusieurs mois.
M. Gaudreault : Parce que le
Danemark avait quand même de l'exploitation d'hydrocarbures sur son territoire,
en haute mer ou... donc, j'imagine qu'il y aura une procédure, peut-être,
d'indemnisation aussi. Je ne sais pas s'il y a un calendrier qu'on peut
connaître pour s'en inspirer.
Mme Chaloux (Annie) : Ça
pourrait être un élément que je pourrais surveiller puis informer, là, la
commission, le cas échéant, là, si je vois quelque chose à cet effet-là, parce
qu'effectivement ils sont dans une situation très
différente du Québec de par l'exploitation des hydrocarbures qu'ils ont sur
leur territoire. Eux, je pense qu'ils avaient l'horizon 2050... une
réduction, mais je n'ai pas le détail, là, de ces réductions-là, puis ces
retraits-là de permis, et là où ça en est au niveau du projet de loi.
M. Gaudreault : O.K. En tout
cas, si jamais vous voyez passer des choses là-dessus, on va garder un oeil
également, mais je pense ça serait bienvenu de transmettre ça au Québec. Merci
beaucoup, Mme Chaloux.
Le Président (M. Lemay) : Très
bien. Merci beaucoup, Mme Chaloux, pour votre contribution aux travaux de
la commission.
Alors maintenant, je vais suspendre les travaux
quelques instants pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
Mme Chaloux (Annie) : Merci à
vous.
(Suspension de la séance à 15 h 48)
Le Président (M. Lemay) : Alors, la Commission
de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles
reprend ses travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants
d'Équiterre et de la Fondation David-Suzuki. Je vous rappelle que vous disposez
de 10 minutes pour votre exposé, et, par la suite, nous procéderons à une
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, je vous invite à
vous présenter, et vous pouvez y aller avec votre exposé.
M. Viau (Marc-André) : Bonjour, M.
le Président, M. le ministre, députés, membres de la commission. Je m'appelle
Marc-André Viau, je suis directeur des relations gouvernementales chez
Équiterre, et je suis accompagné de mon collègue Émile Boisseau-Bouvier et de
Charles Bonhomme, de la Fondation Suzuki.
Équiterre existe depuis bientôt 30 ans et peut
compter sur l'appui de plus de 150 000 membres et sympathisants. La Fondation Suzuki, elle, a été créée en 1990 et compte
sur l'appui de plus de 300 000 sympathisants, dont près de
100 000 au Québec.
Merci de nous
recevoir et de nous donner l'opportunité de nous exprimer et d'échanger sur le
projet de loi n° 21, qui va nous
permettre de mettre fin aux velléités de quelques compagnies pétrolières et
gazières qui sont incompatibles avec la crise climatique et les choix
historiques du Québec en matière énergétique. On est heureux de constater que
nos efforts et ceux de toutes les autres organisations citoyennes et
environnementales ont contribué à créer un climat, sans faire de mauvais jeu de
mots, où le gouvernement québécois peut présenter un projet de loi comme celui-là
et jouer un rôle de leader à l'international.
Le député de Jonquière le soulignait hier, les
choses ont beaucoup évolué au cours des dernières années, et c'est ce qui rend
ce projet de loi là possible. On tient d'ailleurs à féliciter le ministre d'avoir
saisi cette opportunité.
Mais, comme le ministre le disait hier, on ne va
pas s'entendre sur tout, et c'est là qu'on doit dire que ce projet de loi là est imparfait et vague à certains
égards. Il offre, entre autres, la possibilité d'indemniser les compagnies
pétrolières et gazières. Le problème avec la compensation, c'est qu'on compense
pour quelque chose qu'on sait volontairement
nuisible pour l'environnement et la santé. Il y aura toujours une bonne raison
juridique de compenser, mais ce n'est pas une obligation. Et la position
de nos organisations, c'est qu'on va toujours préférer le concept de
pollueur-payeur à celui de pollueur payé. Nos organisations ont proposé
certaines recommandations dans notre mémoire, que mes collègues vont détailler,
et on encourage les membres de la commission à les intégrer au cours de l'étude
article par article, parce qu'on aimerait ça, avoir une loi dont on est
vraiment fiers.
Je cède maintenant la parole à Charles Bonhomme
de la Fondation David-Suzuki.
M. Bonhomme (Charles) : Merci,
Marc-André. D'entrée de jeu, il est important de rappeler le contexte climatique dans lequel s'inscrit le projet de loi
n° 21. En août 2021, le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le
GIEC, a lancé un code rouge au monde entier concernant les émissions de
GES, rappelant que l'humanité est sans équivoque responsable de la crise
climatique, en grande
partie due à sa dépendance aux combustibles fossiles. Il
existe un consensus scientifique à travers le monde sur l'importance de cesser
rapidement l'utilisation des combustibles fossiles.
Outre le rapport accablant du GIEC, on dénombre
de nombreux autres rapports récents qui vont dans le même sens et qui réitèrent l'importance d'agir maintenant. Premièrement,
le rapport de l'Agence internationale de l'énergie paru en mai 2021 est
clair : aucun nouveau projet pétrolier et gazier ne doit être accepté si
nous voulons limiter l'augmentation de la
température mondiale à 1,5 degré Celsius. Deuxièmement, une étude parue dans la
revue Nature en septembre 2021 évalue que, pour avoir 50 %
de chances de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré Celsius,
60 % du pétrole et du méthane fossile et 90 % du charbon doivent
rester dans le sol. Troisièmement, le Production Gap Report d'octobre 2021
montre que non seulement la production mondiale d'hydrocarbures doit décroître immédiatement, mais aussi que les plans des pays sont en
totale inadéquation avec cette réalité. Puis rappelons également que le
gouvernement du Québec s'est lié par décret à l'Accord de Paris.
Équiterre et la Fondation David-Suzuki
accueillent favorablement le dépôt du projet de loi n° 21. Le gouvernement
fait un pas important dans le sens exigé par l'urgence climatique, la science
et la population. Le dépôt du projet de loi signe l'arrêt de mort des projets
d'exploration et d'exploitation de gaz et de pétrole proposés par le passé et
récemment par l'industrie. Le projet de loi déposé est entre autres le résultat
d'une vigilance et de la mobilisation inlassable de groupes citoyens partout au
Québec. Depuis des décennies, les citoyennes et citoyens de même que de
nombreuses communautés et organisations environnementales d'un bout à l'autre
de la province ont dépensé ressources, énergie et temps pour lutter contre les
projets dangereux de cette industrie. C'est donc avec soulagement et
enthousiasme que plusieurs militantes et militants se sont battus pour protéger
notre santé, notre sécurité, et la nature accueille cette importante avancée.
Pour que le projet de loi n° 21 soit à la
hauteur de l'urgence climatique et qu'il permette de répondre avec ambition à
la crise climatique, Équiterre et la Fondation David-Suzuki recommandent aux
législateurs que le projet de loi soit amendé pour fermer la porte aux
cadeaux sous forme d'indemnisations que le gouvernement compte octroyer à l'industrie; également, que le
gouvernement soustraie les appuis financiers fiscaux obtenus par les
entreprises des indemnisations si le
gouvernement décide de maintenir ces dernières. Nous recommandons aussi que le
gouvernement priorise ce projet de loi, le renforce et l'adopte rapidement puis
que le gouvernement saisisse cette opportunité pour prouver aux Québécoises et
Québécois qu'il compte sérieusement atteindre ses cibles climatiques et que ce
projet de loi soit un outil pour y arriver.
Je cède maintenant la parole à mon collègue
Émile Boisseau-Bouvier.
M. Boisseau-Bouvier (Émile) : Merci,
Charles. Donc, en déposant ce projet de loi, le gouvernement envoie un message
puissant aux autres gouvernements à travers le monde : l'ère des
combustibles fossiles est terminée, et ils doivent, eux aussi, adopter de tels
projets de loi. C'est un message qui avait également été lancé cet automne à la
COP26, lors du lancement de la Beyond Oil and Gas Alliance, la BOGA, et nous
espérons que ce momentum concrétise et accélère les changements dans d'autres
juridictions. Après tout, la BOGA n'est que la traduction diplomatique du
consensus scientifique croissant dont il était question précédemment. Mettre
fin à l'exploration, à l'exploitation des hydrocarbures est le minimum de ce
qui est nécessaire pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. Le Québec
défriche donc un chemin que tous les États devront emprunter, et il est de
notre devoir de nous assurer que nous tracions la bonne voie et que tous
puissent nous suivre.
L'octroi d'indemnisations pourrait cependant
nous barrer la route. À l'échelle domestique, d'autres industries devront être
complètement transformées ou simplement interdites si le Québec veut atteindre
son objectif de carboneutralité d'ici 2050. Ces industries réclameront, elles
aussi, des indemnisations, si le projet de loi est adopté tel quel. Le Québec se retrouverait alors avec une
facture qui rendrait extrêmement complexes et difficiles le financement
de la transition énergétique et l'adaptation à la crise climatique. L'argent
public doit servir à financer la transition et non pas à perpétuer des
investissements dans des industries qui contribuent à alimenter la crise
climatique.
Sur le plan international, le projet de loi
n° 21 constitue un précédent qui sera étudié attentivement par les autres juridictions ainsi que par les compagnies
fossiles y opérant. Si le Québec accorde 100 millions de dollars,
comme cela est estimé par le ministre de l'Énergie, alors que la province ne
produit aucun hydrocarbure, combien cela en coûtera-t-il à l'Alberta, par
exemple, pour se sortir de sa dépendance? Une facture trop élevée rendrait
cette approche beaucoup moins attirante pour d'autres juridictions qui veulent
et qui doivent emboîter le pas.
Équiterre et la Fondation David-Suzuki
recommandent aux législateurs de procéder à l'adoption du projet de loi sans offrir de compensation aux compagnies
pétrolières et gazières afin d'éviter de freiner la transition
énergétique au Québec et ailleurs dans le monde. Nous lui recommandons
également de saisir cette opportunité pour accentuer l'implication du Québec au
sein de la BOGA et pour faire la promotion de ses engagements climatiques
ailleurs au Canada et dans le monde.
Sur un tout autre plan, je pense qu'il est
important de rappeler les bienfaits de ce projet de
loi sur les écosystèmes et les communautés avoisinant les
sites d'exploration et de production d'hydrocarbures, qui sont les
premiers à subir les impacts environnementaux de ces activités. En adoptant le
projet de loi n° 21, le gouvernement mettrait finalement fin aux risques
et aux effets délétères subis par les communautés et les écosystèmes du Québec
lors du développement de l'industrie
pétrolière et gazière. Dans le cas contraire, le statu quo continuerait de
laisser ces populations aux prises avec des impacts environnementaux
nocifs pour leur santé, leur qualité de vie et la biodiversité, ce qui serait
contraire aux objectifs de développement durable du Québec.
Par ailleurs, nous sommes surpris de remarquer
qu'aucun groupe autochtone ne sera entendu lors de ces consultations. Cette
absence est d'autant plus étonnante que les risques associés aux impacts
environnementaux de l'industrie des
hydrocarbures sont particulièrement dévastateurs au sein des communautés
autochtones, pour lesquelles la conservation et la gestion durable des
ressources naturelles est un enjeu économique et culturel, mais surtout un
élément essentiel à leur subsistance.
Équiterre et la Fondation David-Suzuki estiment
que les communautés autochtones font
partie des principaux intéressés de ce
projet de loi. C'est pourquoi nous recommandons que le gouvernement s'engage à
rencontrer les groupes autochtones, dans le
cadre de ses consultations publiques sur le projet de loi, dans l'optique de
favoriser une relation plus étroite
entre le gouvernement et les peuples autochtones. Nous recommandons que les
groupes autochtones soient invités aussi pour les prochains projets de
loi similaires.
Je cède maintenant la parole à Charles Bonhomme.
M. Bonhomme
(Charles) : Merci, Émile. En conclusion, M. le Président, il n'y a
plus aucun doute que l'urgence climatique
est un enjeu planétaire majeur auquel doit faire face la communauté
internationale, particulièrement les États qui, comme le Québec, ont
contribué à une part plus importante des émissions de GES dans l'atmosphère.
Au-delà d'un simple calcul comptable des GES domestiques, faire un virage
rapide vers une économie sobre en carbone nécessite de faire une révision
cohérente des lois, des politiques et des orientations stratégiques qui
touchent l'ensemble des secteurs d'activité du Québec.
En ce sens, le projet de loi n° 21 est une
étape essentielle à l'atteinte de cet objectif et des engagements climatiques du Québec. Nous espérons que cette
étape sera la première d'une série d'actions significatives et concrètes
dans cette direction. En plus de savoir
mobiliser et sensibiliser les citoyennes et les citoyens sur les questions
environnementales, Équiterre et la Fondation David-Suzuki peuvent être des
alliés stratégiques du gouvernement pour
communiquer au grand public ses actions environnementales qui s'alignent avec
notre vision et, par conséquent, en augmenter l'acceptabilité sociale.
C'est pourquoi nous tenons à ouvrir la porte à une plus grande collaboration
entre nos organisations et le gouvernement.
Merci à tous, et nous serons disponibles pour prendre vos questions avec
plaisir.
Président (M. Lemay) : Alors, merci pour cet exposé. Nous allons débuter
de ce pas avec la
partie gouvernementale, M. le ministre, pour environ
16 min 30 s.
M. Julien : Oui,
merci. Merci, M. le Président. Merci beaucoup, messieurs, pour votre
participation aujourd'hui, puis pour vos commentaires, et les documents
que vous nous avez transmis.
Écoutez, on est dans la deuxième journée, là,
des consultations, et j'ai toujours l'impression que le meilleur endroit est
toujours un peu dans la nuance. Et on a entendu des personnes qui sont venues
se présenter... parce que j'entends quand même vos commentaires, là.
Premièrement, je pense que ce n'est pas un premier pas qu'on fait, mais c'est
un pas important. Je pense qu'on fait plusieurs autres pas, là, actuellement au
Québec, peut-être qu'ils sont insuffisants, mais on a cette préoccupation-là.
Je pense que c'est un pas important, mais, quand on dit : de mettre fin à
l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures par un geste légal comme celui-là,
moi, pour moi, c'est quand même un geste majeur. Vous disiez : Ça, c'est
un strict minimum. Quel autre État a fait ça?
M. Boisseau-Bouvier (Émile) : En
fait, pour répondre à votre question, ce serait une première mondiale, donc,
mais c'est un strict minimum au sens de la science climatique. Et puis, quand
on parle de premiers pas, effectivement, vous l'avez dit, il y a d'autres
actions gouvernementales en termes de réduction de nos gaz à effet de serre.
Par contre, il faut admettre que, pour l'instant, ils sont largement
insuffisants. On a 2,7 % de réduction de gaz à effet de serre depuis 1990.
On sait que notre cible est de 37,5 %, d'ici 2030, et, selon nous aussi,
il faudrait la rehausser si on veut faire notre juste part, dans l'effort
climatique, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.
Donc, quand on parle de strict minimum, c'est un
strict minimum au sens de la science, qui est... c'est un strict minimum qui devra être suivi par toutes les
autres juridictions. Et donc c'est pour ça que c'est très important que
le gouvernement du Québec trace la bonne voie et n'empêche pas d'autres de nous
suivre dans cette bonne direction là.
M. Julien : Parfait. Donc, pour
bien, bien comprendre, je comprends mieux la notion de strict minimum que vous
employez, parce que, sinon, il n'y aurait personne qui aurait fait le
moindre... le strict minimum, actuellement, dans ce qui doit être fait. Je
pense, encore une fois, que ce n'est pas le cas, mais je pense que c'est un
geste qui est probant. Et j'ai bien aimé, là, justement, l'intervention, juste
avant vous, de Mme Annie Chaloux, qui mentionnait clairement que, dans le
préambule... puis je pense que Richard Ouellet aussi l'a mentionné hier, les
professeurs, a dit, dans le préambule, il faut peut-être démontrer plus de
fierté et être plus explicatif sur ce geste concret qu'on pose, justement, pour
que celui... excusez-moi, là, fasse tache d'huile, fasse tache de je ne sais
pas quoi, de spaghetti, on va dire, plutôt que l'huile, pour la suite des choses.
Alors, ceci étant, comme je dis, j'aime beaucoup
la nuance. Puis, tu sais, à la fin, il y a des groupes qui sont aux extrêmes,
en réalité, puis je ne dis pas que vous êtes des groupes extrêmes, mais qui
sont aux extrêmes du pôle de discussion sur ce qu'on discute aujourd'hui. Et,
quand on dit : Il ne faut pas donner de cadeau, alors je réitère, là, tu
sais, nous autres, le principe d'indemnisation... Puis on essaie de trouver
l'équilibre, dans le projet de loi, pour aussi que ce projet de loi soit à la
fois crédible et également pour qu'il puisse amener des réflexions dans
d'autres États sur, justement, les engagements.
Je le réitérais tantôt, avec Mme Chaloux,
oui, c'est vrai que, les entreprises, peut-être certaines, on peut prétendre qu'ils voient bien que les
hydrocarbures, ce n'est pas la voie de l'avenir, là. On comprend ça. Puis
probablement qu'ils voient également qu'il y
a un risque lié à s'embarquer dans ces projets-là. D'un autre côté, je réitère
la responsabilité, comme État avec un processus légal... on a des lois,
on a des règlements qui n'ont, somme toute, certainement pas découragé les gens d'y aller puisque c'était
permis. Donc, c'est pour cette responsabilité un peu qu'on doit
indemniser.
Puis, quand on parle de cadeau, là, c'est :
on va rembourser certains éléments qui ont été payés pour être conformes. On
parle des licences, des frais d'exploitation qui ont été nécessaires pour
démontrer la conformité aux exigences que l'État a mises en place. Donc, on
n'est pas du tout sur des gains potentiels, sur des taux de rendement, puis on n'est pas là du tout, là, alors. Et, pour
terminer, là, ma question, c'est... Mme Chaloux, je ne voudrais pas
qu'elle soit mise à l'index, là, mais elle est membre du C.A. d'Équiterre, puis
elle, elle trouve que ça fait bien du sens, mais elle amène la nuance, là. Elle
n'est pas : Non, non, il faut vraiment indemniser. Il faut indemniser le moins
possible, selon certains critères bien établis, parce qu'effectivement il y a
une responsabilité de l'État par rapport à ce qui a été permis. Donc, vous
semblez être très, très affirmatifs, sans nuance, vous, de votre côté.
Pourquoi?
M. Viau
(Marc-André) : Il y a beaucoup de... il y a des profils qui sont très
diversifiés sur le C.A. d'Équiterre. Donc, vous allez retrouver plusieurs
opinions. Je pense qu'on a apporté beaucoup de nuances dans notre présentation
et dans notre mémoire également. On trace une ligne sur la question des
compensations. Et on s'entend que ces compensations-là sont... à tout le moins,
il y a certaines balises qui sont identif