Health and Social Services — 18 February 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2014-02-18
Quebec — Committees
Dans notre
présentation, ce matin, on va, premièrement, insister sur le fait que les
CHSLD s'inscrivent dans une culture d'innovation et d'amélioration continue et
qu'ils agissent en toute transparence. Ils sont appuyés dans leurs tâches par du personnel dévoué et compétent. Les
employés des CHSLD constituent ainsi l'âme de nos organisations.
Quotidiennement, ils sont sur la ligne de front. Ils ont besoin d'être
davantage écoutés, de se sentir fiers,
reconnus, valorisés et soutenus, cela parce qu'ils accomplissent dans un
contexte extrêmement difficile un travail qui n'est rien de moins
qu'extraordinaire. Alors, je laisse maintenant le soin à notre directrice
générale de l'association, Mme Diane Lavallée, de vous faire part de nos
principales observations.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Lavallée.
Mme Lavallée (Diane) : Merci. M. le
Président, Mmes, MM. les députés, je vous remercie de vraiment nous accueillir
et nous permettre de présenter notre point de vue sur les conditions de vie des
résidents en CHSLD.
La plupart
d'entre vous savent que les services aux aînés sont depuis longtemps, à
l'AQESSS, au coeur de nos priorités.
Nous y avons consacré, d'ailleurs, plusieurs de nos travaux, et nos
recommandations ont su rallier l'ensemble des partenaires en cette
matière. Je pense que notre expertise ne fait pas de doute.
En guise
d'illustration, rappelons que nos membres hébergent près de 34 000
personnes dans leurs installations et que
leur personnel prodigue quotidiennement les meilleurs soins aux plus
vulnérables de notre société. J'insiste aussi pour dire que c'est du personnel dévoué. En tant
qu'infirmière, je vous dirais que j'ai moi-même oeuvré au sein de
différentes équipes de soins. Je suis en
mesure de vous affirmer que, quelle que soit la personne à laquelle on doit
apporter soutien et confort, cela se fait avec l'humanité qui nous
habite, en y mettant toutes nos compétences et toute notre compassion. Cela est vrai aussi dans
des unités, autant que les soins intensifs, sur les étages des hôpitaux, dans
les urgences, que dans les centres d'hébergement et de soins de longue
durée.
J'ai aussi,
pendant sept ans, avant d'arriver à l'AQESSS, été Curatrice publique. J'avais
donc la responsabilité de représenter légalement plus de 13 000
personnes inaptes parmi les plus vulnérables de notre société. Elles étaient
toutes bénéficiaires de soins ou de services offerts par les établissements du
réseau et la plupart d'entre elles étaient hébergées — il y en avait près de 4 000 — dans les CHSLD ou dans des ressources
intermédiaires. Ces personnes inaptes, aux
prises avec de graves problèmes cognitifs, des déficiences, des maladies
mentales, souvent laissées pour compte par leurs familles et leurs
proches, trouvaient confort et dignité auprès du personnel des CHSLD qui
s'occupaient d'eux comme d'un parent. J'en
ai visité des dizaines, pour ne pas dire des centaines, de ces établissements
et je peux témoigner de la qualité du
personnel dévoué qui y travaille au quotidien. Oui, il y a des situations
désolantes, qu'on souhaiterait éviter bien sûr, mais ces cas isolés ne
peuvent être généralisés.
Cette
commission devrait donc saisir l'occasion de rendre hommage à tout le personnel
des CHSLD pour l'humanisme, leurs interventions, pour leur compassion et
pour leur dévouement quotidien. J'insiste parce que le message que colportent certains médias et certains groupes sur les
soi-disant mauvais traitements dont seraient victimes nos résidents n'a
pour effet que de démoraliser et de démobiliser les équipes : les équipes
d'infirmières, d'auxiliaires, de préposés, y compris les gestionnaires.
Il y a lieu ici d'effectuer un rappel à l'ordre
et de faire certaines mises au point. Rappelons, d'ailleurs, que les milieux
d'hébergement publics ont adopté des mécanismes de contrôle très sévères qui
permettent de prévenir des situations jugées à risque et d'intervenir en cas de
besoin. Ils appliquent une politique de tolérance zéro pour tout manquement à la sécurité des résidents ou à la
qualité des services qui leur sont offerts. Ne pas appliquer de tels
principes peut conduire à des sanctions sévères, voire au congédiement des
personnes fautives, et ça se produit.
Concernant
les allégations de maltraitance contre les résidents, il serait pertinent de se
référer aussi au rapport d'activités
de la ligne Aide Abus Aînés qui a été publié en mars… les rapports ont été
publiés en mars 2012, dans lequel il est
précisé que, tous milieux de vie confondus, les personnes maltraitantes sont
généralement des proches de la personne vulnérable. C'est très malheureux de constater qu'effectivement leurs
enfants le sont dans 35 % des cas, puis les conjoints, les autres
membres de la famille, des amis ou des voisins dans un autre 35 % de cas
rapportés.
Les plaintes
de maltraitance liées à un intervenant, un préposé ou un professionnel
représentent, quant à elles, moins de
3 % du total, mais, bien sûr, on considère que c'est déjà trop, et c'est
pourquoi nous considérons qu'il est de notre
devoir de prévenir et d'assurer la sécurité des quelque 30 000 personnes
qui sont hébergées dans nos murs. Pour cela, nous recommandons notamment
qu'il soit possible de lever le secret professionnel dans certaines situations
où un employé serait témoin de gestes de maltraitance ou d'exploitation envers
une personne aînée.
Nous ne
répéterons jamais assez à quel point le personnel des CHSLD a tout autant à
coeur la qualité de vie des résidents que l'ensemble de la population.
Par ses soins et sa présence auprès d'eux, il assure surveillance, sécurité et confort. Les hommes, les femmes qui habillent, accompagnent,
lavent, soignent, divertissent, animent, écoutent et apaisent les plus vieux d'entre nous veillent à ce que la
vie en résidence se vive comme un passage agréable et, bien sûr, le plus
souvent possible, rassurant. Nous estimons essentiel que cela doit être dit,
doit être aussi répété.
Maintenant
que toutes ces mises au point ont été faites, il y a lieu de faire connaître
publiquement à quel point, depuis une
vingtaine d'années, la population hébergée dans les CHSLD a changé de visage. Aujourd'hui,
quatre résidents sur 10 ont plus de
85 ans. Ce sont des personnes en grande perte d'autonomie. Ils requièrent
plusieurs heures de soins par jour.
Plus marquant encore, huit sur 10 présentent d'importantes pertes cognitives.
Une clientèle, donc, plus âgée, en grande perte d'autonomie, qui
représente de nombreux défis pour les équipes soignantes. Il ne s'agit plus
uniquement de prodiguer des soins de base et
de confort, on parle plutôt de soins infirmiers, de services médicaux et
professionnels en ergothérapie, en
physiothérapie, en nutrition. Les soins offerts sont donc de plus en plus
complexes. L'offre de services s'est ainsi
beaucoup spécialisée, et le personnel se compose maintenant d'équipes
multidisciplinaires appelées à intervenir non seulement auprès des
personnes hébergées, mais des proches.
On ne le cachera pas, le CHSLD est, bien sûr, un
milieu de vie, mais c'est aussi de plus en plus devenu un milieu de fin de vie. Milieux de vie, milieux de
soins et milieux de fin de vie, les CHSLD font face à une demande et une
pression croissantes pour répondre tant aux
besoins des résidents en lourde perte d'autonomie qu'aux attentes aussi
de leurs proches. Ils doivent relever ces défis avec des ressources qui sont
limitées. Ça n'empêche pas les gestionnaires et le personnel d'innover pour améliorer les services. Il faudrait rapidement
que l'offre de soins et de services en hébergement soit, donc, adaptée
aux nouveaux types de clientèles qui y résident. Ça fait
partie de nos
recommandations.
Dans nos établissements, on accueille également
des clientèles âgées désinstitutionnalisées, des hommes, des femmes qui ne parviennent plus à vivre dans la
communauté, et ce, même avec des services. Ces aînés sont aux prises
avec des besoins d'assistance complexes et éprouvent des difficultés
relationnelles, comportementales qui rendent difficile la cohabitation avec les autres résidents. Le CHSLD public est le seul
milieu de soins qui offre des services 24 heures, et ce, sept jours par semaine. Toute autre alternative
résidentielle n'offre pas ce type de services en continuité et en
intensité, d'où la prise en charge par nos établissements de cette clientèle
qui se retrouvait autrefois en hôpital psychiatrique.
Malgré cette
offre de services en continu à des clientèles très peu autonomes, plusieurs
établissements sont aux prises avec la vétusté de plusieurs de leurs
installations. Il est peut-être utopique de demander qu'un milieu de vie institutionnel devienne un véritable chez-soi,
mais des efforts doivent être consentis pour qu'il puisse devenir un
milieu de vie substitut significatif, agréable et adapté.
Par exemple, étant donné que notre clientèle est
de plus en plus en situation de fin de vie, il est apprécié et souhaité par les familles d'avoir accès à des
lieux physiques qui favorisent l'intimité et l'accompagnement
respectueux des
derniers moments de leurs proches. Les chambres à plusieurs lits ne permettent
pas ce type d'intimité. Et la mise aux normes des actuels CHSLD a
justement pour but de réduire le nombre de lits par chambre et de ne garder que
des chambres individuelles et quelques-unes doubles.
Nous préconisons l'aménagement de milieux de vie
sécuritaires, personnalisés, empreints d'une atmosphère familiale, organisés en fonction de petits regroupements sous forme
d'îlots d'environ 10 à 15 lits. De plus, le regroupement de clientèles
qui présentent des profils de besoins similaires permet au personnel de
développer des compétences, des connaissances
spécifiques pour mieux intervenir et assurer une réponse qui est adaptée. La
possibilité d'avoir un accès extérieur sécurisé est aussi recommandée
pour permettre aux résidents errants de circuler à volonté dans un espace
agréable et sécuritaire.
Toutefois,
malgré l'importance de rénover et d'adapter nos installations aux nouvelles
clientèles, nous apprenions en
septembre dernier que l'enveloppe consacrée à la modernisation de nos
installations allait être amputée de 25 %, et ce, jusqu'en 2017‑2018. Cette décision aura pour effet
de retarder la réalisation de milieux adaptés aux clientèles plus âgées
en perte lourde d'autonomie. Pensons
notamment à la conversion de chambres doubles en chambres privées. Nous
souhaitons donc que les programmes fonctionnels et techniques qui sont associés
à la modernisation des lieux physiques en CHSLD soient réalisés à court terme.
En terminant, nous croyons qu'avec
l'instauration prochaine de la caisse autonomie, il deviendra impératif de réfléchir à l'avenir de l'hébergement public en
proposant des actions qui ne sont pas uniquement l'apanage du réseau de la santé et des services sociaux, mais qui
relèvent également de l'engagement de toute une société à l'égard de sa
population âgée en perte d'autonomie. Nous sommes maintenant disponibles
pour répondre à vos questions. Je vous remercie
Le Président (M. Bergman) :
Merci. M. Cadieux.
M. Cadieux
(Jean-Paul) : M. le
Président, vous excuserez une omission que j'ai faite au début. J'ai présenté
mes collègues, mais j'ai oublié de me présenter. Alors, Jean-Paul Cadieux, je
suis deuxième vice-président à l'AQESSS et je suis président du conseil
d'administration du CSSS du Coeur-de-l'Île, à Montréal.
Le Président (M. Bergman) :
Merci…
M. Cadieux
(Jean-Paul) : Alors donc, je
suis ici principalement comme deuxième vice-président, mais j'aurais
peut-être des commentaires à faire comme président d'établissement.
Président (M. Bergman) : Merci, M. Cadieux. Vous êtes toujours
le bienvenu. Alors, maintenant, pour le bloc ministériel, Mme la députée
de Masson.
Gadoury-Hamelin :
Alors, merci, M. le Président. Bonjour, mesdames, messieurs, très heureuse de
vous accueillir afin que vous puissiez nous faire part de vos préoccupations et
de votre éclairage.
Dans votre
mémoire, on remarque que vous déplorez, naturellement, au cours des dernières
années, les campagnes, un peu, de
dénigrement qu'on a pu observer, en tout cas des éléments qui ont été cités
publiquement dans des situations qui se sont présentées dans des CHSLD.
Et puis vous nous dites aussi que souvent cette image-là est tronquée de la
réalité et que naturellement ça a des effets dévastateurs également sur les
clientèles elles-mêmes, sur les familles qui s'inquiètent. Ça inquiète beaucoup
les familles qui ont des gens qui sont en situation d'hébergement et le
personnel, naturellement, aussi qui oeuvre
dans ces établissements-là parce que, je pense que vous l'avez mentionné, vous
avez des gens qui sont très dévoués
et qui travaillent auprès des personnes vulnérables, et, quand ces choses-là se
produisent, bien, naturellement, ça rejaillit sur eux aussi, et ça peut
être des éléments assez démotivants.
Alors,
pouvez-vous nous en parler un peu plus, comment… À quoi vous associez cette
situation-là? Et puis, de l'autre côté de la médaille, il y a sûrement
des bons coups. On en a entendus de certains groupes qui sont venus nous
rencontrer jusqu'à maintenant. Donc, il y a certains bons coups qui sont là.
Naturellement, on les médiatise peut-être un peu moins. Alors, j'aimerais vous
entendre sur ce sujet-là.
Le Président (M. Bergman) :
M. Cadieux… Mme Lavallée.
Lavallée (Diane) : Oui, il
est clair qu'il y a beaucoup de groupes à la défense des droits des aînés,
qu'on salue d'ailleurs, parce que, oui, nos
aînés ont besoin d'avoir beaucoup de groupes en mesure de prendre leur défense,
bien que plusieurs d'entre eux sont capables de le faire eux-mêmes aussi. Ce
n'est pas parce qu'on est âgés qu'on est tous inaptes, incapables de se
défendre.
Moi, je pense
qu'aussi ce qu'il faut voir, c'est qu'une mauvaise nouvelle, ça se répand
beaucoup plus vite qu'une bonne, et les médias sont avides de ces
mauvaises nouvelles. Un cas d'abus, un cas malheureux est toujours un cas de trop, et il est clair que de les mettre de
l'avant fait en sorte que ça donne l'impression que l'ensemble de nos
CHSLD sont remplis de cas de ce même type.
Donc, il ne faudrait pas faire en sorte qu'un cas d'exception devienne une
généralité ou soit perçu comme tel parce qu'effectivement…
a eu même l'occasion d'échanger avec certains groupes sur certaines sorties qui
ont été faites. Et je pense que c'est important de rappeler que les gens
ne veulent pas démobiliser le personnel qui travaille auprès des personnes vulnérables, mais l'effet que ça a, c'est un effet
très démobilisant. Parce que je vous dirais que la plupart des employés
qui se lèvent le matin pour venir travailler dans les CHSLD, ce qu'ils veulent,
c'est d'offrir le mieux d'eux-mêmes aux personnes qui
sont, pour eux, l'extension de leur famille. Donc, d'entendre publiquement,
médiatiquement, de façon continue que ces
gens-là font de la maltraitance, abusent des personnes, sont incompétents, je
vous dirais que ça a un effet tellement démobilisant puis tellement
inquiétant sur les familles et les autres résidents aussi qui ne sont pas
souvent visés, des fois, par les cas pour lesquels on a eu une médiatisation.
Donc,
moi, je pense qu'il faut être vigilant et prudent. Je pense que c'est un appel
à toute la société. On n'a pas à minimiser et à taire des cas qui sont
déplorables. Par contre, on n'a pas, je pense, à en faire à outrance une
promotion qui ferait en sorte qu'on a
l'impression que c'est généralisé dans nos CHSLD. Parce que, vous savez, c'est
difficile d'attirer puis de retenir
des personnes, c'est difficile d'attirer des gens pour venir travailler dans
les CHSLD. Ce n'est pas tout le monde
qui veut travailler dans les CHSLD. Par contre, on a des cas de gens qui y ont
passé leur vie puis qui sont heureux. On pourra vous en donner un
exemple tout à l'heure. Moi, je pense qu'il faut être prudent. Demain, on a
besoin de gens. Il y aura de plus en plus de
personnes âgées qui auront besoin de services en CHSLD ou en soins à domicile.
Donc, il faut encourager les gens qui voudront offrir des services auprès de
cette clientèle-là.
Puis
des bons coups, oui, il y en a. Les gens s'ingénient à en faire régulièrement.
On a des gens qui offrent des services
dans des appartements. Il y a eu des ententes, notamment l'Office municipal
d'habitation puis le CSS
Arthabaska-Érable avec les autorités municipales. Ils ont offert des services
spécifiques dans les habitations à loyer modique pour permettre aux gens de rester dans leur résidence et ne pas venir
dans des CHSLD, et ça a changé la vie des gens.
a un hôpital, l'Hôpital Sainte-Anne, dans le West Island, qui met à la
disposition des usagers les nouvelles technologies, Skype, pour les
rapprocher de leurs petits-enfants, pas pour faire en sorte que les enfants ne
viennent plus les visiter puis leur parlent par le biais d'un iPad, mais ceux
qui habitent trop loin, qui n'ont pas la chance de contacter souvent leurs
personnes proches, bien, d'utiliser les nouvelles technologies pour les
rapprocher. Il y a des programmes de soins de vie qui sont utilisés à
l'institut gériatrique de Sherbrooke, qui sont étendus maintenant dans
plusieurs de nos CSSS. Il y a toutes sortes d'initiatives que les
établissements mettent de l'avant pour répondre aux besoins de la personne en
perte d'autonomie.
vais donner la parole à Mme Bélanger, qui va aussi vous témoigner comment du
personnel qui travaille dans un de ses CHSLD est dédié aux personnes et
aime son travail. C'est peut-être une anecdote, mais je pense que ça en dit
long sur la motivation des gens.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Bélanger.
Mme Bélanger (Sonia) : Oui. Alors, bonjour. Je suis directrice générale
du CSSS Sud-Ouest—Verdun. Le
CSSS Sud-Ouest—Verdun, c'est le plus gros CSSS à Montréal avec
l'hôpital de Verdun, sept centres d'hébergement, trois CLSC. Dans les sept centres d'hébergement, nous avons
1 200 places pour les résidents. Et je suis entrée en fonction il y a
18 mois et je suis arrivée, donc, en plein été. Ce n'est pas l'idéal, hein,
quand on arrive dans une organisation, d'arriver à la dernière semaine de juillet, mais mon entrée en fonction était prévue à
ce moment-là, et j'ai donc commencé ma tournée de mes installations par
les centres d'hébergement.
lieu d'aller à l'hôpital, je me suis consacrée, la première semaine, à faire la
tournée des centres d'hébergement et,
je vais vous dire, j'ai trouvé là des situations extraordinaires, des gens
extrêmement heureux au travail. Et, à la première journée, je me suis
aventurée dans la cuisine de la cafétéria d'un de nos centres d'hébergement. Un
employé s'est approché de moi, il m'a
dit : Bonjour, vous êtes la nouvelle directrice générale? On a entendu
parler de votre arrivée. J'ai dit :
Oui, ça me fait plaisir de vous rencontrer. Il dit : Madame, je vous
souhaite d'être aussi heureuse dans votre travail que je le suis, moi, ici, au centre d'hébergement. Je lui ai
demandé quel était son nom, et cette personne-là, elle m'accompagne dans mes
tournées parce que je le cite constamment. C'est un exemple, pour moi, d'un
employé qui ne travaille pas en service direct à la clientèle, il est à
la cuisine, travaille depuis 35 ans à faire ce travail avec passion, avec
coeur.
Alors, c'est une anecdote,
c'est un témoignage simple, mais, au-delà de ce témoignage, dans le fond, ça
vient démontrer tout le travail qui a été fait depuis plusieurs années pour
que, dans nos centres d'hébergement, l'approche milieu de vie soit constamment améliorée, déployée, et ça démontre aussi
que cette approche milieu de vie, bien, elle est partagée par un
ensemble d'employés. On a parlé tantôt des professionnels, des infirmières, des
professionnels de la santé, des préposés aux bénéficiaires, mais aussi des
autres catégories d'employés.
voudrais aussi vous mentionner que vous avez certainement dans votre famille
peut-être aussi des gens proches qui
sont eux-mêmes hébergés dans les centres d'hébergement publics. C'est la même
chose pour moi, pour mon père, qui n'est
pas dans mon établissement. Et je suis confiante envers ce centre
d'hébergement. Puis, s'il arrive des événements, parce qu'il peut en arriver, des chutes, des erreurs de médicaments,
mais au moins j'ai confiance en l'institution, et cet élément-là est extrêmement
important.
Vous
avez aussi peut-être, dans vos familles, de vos frères, belles-soeurs, enfants
qui travaillent comme préposé aux bénéficiaires,
ou comme infirmière, ou comme professionnel de la santé, et leur motivation, le
matin, je suis à peu près convaincue, ce n'est pas d'aller faire un
travail qui est exécrable, leur motivation, elle n'est pas là, leur motivation,
c'est de faire un travail extraordinaire.
Et je termine mon
intervention en mentionnant que l'effet médiatique, sur des situations qui sont
déplorables, bien sûr, a un effet encore
plus grand sur l'ensemble des employés de notre réseau. Et, comme directrice
générale, je peux vous dire qu'à tous
les jours je reçois des courriels, des cartes de remerciement pour toutes
sortes de petites actions, et les gens
sont, en général, très satisfaits des soins. Il faut être vigilant — on aura l'occasion d'en reparler plus
tard — parce que
c'est des clientèles vulnérables, mais, de façon générale, moi, je suis très
fière de m'associer au centre d'hébergement de mon CSSS.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin :
Merci. Bien, en tout cas, je suis contente aussi de vous avoir entendue tantôt,
Mme Lavallée, quand vous avez dit que vous
approchiez cette présence-là à la commission comme étant à la recherche de moyens d'innovation, en tout cas, et d'inspirer de bonnes pratiques. Je peux vous dire que c'est l'esprit
dans lequel on a abordé cette commission-là, d'ailleurs.
Vous nous avez parlé aussi, dans votre mémoire,
qu'avec l'instauration prochaine de la caisse d'assurance autonomie ça va devenir impératif que de réfléchir
à l'avenir de l'hébergement public au Québec dans un continuum
de soins, en proposant des actions qui ne
sont pas uniquement, là, l'apanage du réseau de la santé. Vous avez
parlé que ça devrait devenir une responsabilité de tout l'ensemble de la
société. Pouvez-vous élaborer un peu sur comment vous voyez cet élément-là de
votre mémoire?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Lavallée.
Lavallée (Diane) : Oui, puis
je laisserai M. Morand vous parler comment ça se traduit concrètement.
Nous, c'est clair qu'on pense que le fait
qu'on veuille accentuer les services à domicile pour répondre aux besoins de la
population qui désire rester chez eux, il y a un gros défi là. Et d'offrir les
services et s'assurer que seules les personnes qui sont en grande, grande perte d'autonomie se retrouvent dans les CHSLD, c'est
sûr que ça va appeler un grand changement. Quand on interpelle la société, on se dit, bon, il y a
le municipal, tu as les organismes communautaires de
la communauté, de la région concernée
qui doivent être mis à
partie pour offrir à nos personnes aînées les services
qu'elles ont besoin dans la communauté. Et je vais laisser la parole à
M. Morand, qui peut vous traduire comment, même déjà, en bonne partie, ça se
concrétise à l'intérieur de son CSSS.
Le Président (M. Bergman) :
M. Morand.
M. Morand (Mario) : Alors, merci.
Moi, je suis directeur général de deux CSSS dans l'Estrie, le CSSS du Haut-Saint-François
et le CSSS des Sources, là, à Asbestos. On a mis de l'avant, voilà une
quinzaine d'années, un programme assez
soutenu au niveau du soutien à domicile, et les résultats sont au rendez-vous, puis c'est là qu'on parle de
redéfinition de la mission d'hébergement. En l'espace de 15 ans, on a réduit de moitié le
nombre de lits d'hébergement sur le territoire. On a réduit de 75 lits,
et il n'y a absolument aucune liste d'attente actuellement, puis la clientèle
n'est pas placée chez les voisins, elle est prise en charge par notre
communauté.
La façon qu'on a travaillé, naturellement, c'est
l'intensité du soutien à domicile, c'est aussi élargir pour rejoindre la clientèle, mais surtout développer
des partenariats avec les résidences pour personnes âgées. Et là
j'insiste là-dessus, c'est le secret, à mon avis, pour l'avenir, c'est-à-dire que des gens choisissent de s'en aller vers des résidences de personnes
âgées, c'est une forme de transition, mais on s'aperçoit qu'on est capables de
les maintenir dans ces résidences-là jusqu'à
leur fin de vie sans nécessairement avoir recours à l'hébergement public. Comment ça se fait? Mais c'est en… Eux autres assument
le gîte et le couvert avec le bail qu'ils ont, puis c'est nos ressources du
CSSS, qui normalement vont à domicile, mais vont dans ces résidences-là et
donnent les services intensifs requis.
Actuellement, dans notre territoire, par
exemple dans la MRC des Sources, on a
24 personnes qui sont maintenues dans
ces résidences-là, qui ont le profil de l'hébergement. Puis ces
gens-là ne veulent pas aller en hébergement,
veulent… Mais on a des auxiliaires familiales et sociales qui sont présentes
sept jours sur sept, 12 heures par jour dans ces résidences-là pour prendre
soin de ces clients-là. Le coût est assez important, mais il est trois fois
moindre qu'il l'est en hébergement. Donc, on est gagnants comme communauté.
Puis ces gens-là, c'est là qu'ils veulent… Ces
personnes-là, il n'y a pas personne qui est maintenu dans ces résidences-là contre leur gré. C'est ça
qu'ils veulent. Ceux qui vont venir en hébergement, bien ça va être davantage des gens qui ont des troubles de comportement importants,
puis là, à ce moment-là, ils deviennent un handicap pour les autres de la résidence. Puis là, à ce moment-là, on les prend en charge puis on trouve une façon de les intégrer
dans nos centres. Mais, lorsqu'il n'y a pas de trouble de comportement associé
à leur perte d'autonomie, à ce moment-là, on peut aller très loin dans le
maintien à domicile, dans ces résidences-là.
Le Président (M. Bergman) : Mme
la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin : Merci,
M. le Président. Dans votre présentation, vous avez parlé aussi d'horaires atypiques. J'ai remarqué que vos gens, vos
auxiliaires ont un horaire, là, pas nécessairement de 8 h 30 à 3 h 30,
4 heures. Il y a un horaire sept jours-semaine, 12 heures par jour — vous
avez mentionné ça — pour
être capables, justement, de répondre à des besoins, là, qui ne sont pas
toujours évidents, là, entre 8 h 30 et 4 heures, disons. Est-ce
que je me trompe? C'est votre réalité?
Le Président (M. Bergman) :
M. Morand.
M. Morand (Mario) : Bien, c'est
exactement ça. On a organisé avec le syndicat des horaires ajustés pour nos personnels. Puis c'est un deux chiffres par
jour, deux quarts de travail par jour, sept jours sur sept, pour prendre
en charge... Parce que ces gens-là, il faut les aider à se lever, il faut les
aider à s'habiller, à faire leur hygiène, les amener à la salle à manger, les accompagner une
partie de la
journée. Puis, le soir, il faut les préparer au coucher. Donc, dans un
horaire de 12 heures, il y a peut-être
une couple d'heures où on n'est pas présents, puis c'est le personnel de la
résidence qui fait la surveillance, mais, le reste du temps, on est
présents. Puis l'entente qu'on a avec la résidence, c'est
la surveillance de nuit. On dédommage la résidence pour la surveillance de
nuit, puis, pour les soins, c'est nous qui s'en occupons.
Le Président (M. Bergman) : Mme
la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin : Merci,
M. le Président. Dans les groupes qui
sont venus nous présenter, on a entendu plein de choses, mais il y a des éléments qui sont ressortis, entre autres d'essayer de déménager le moins possible les aînés. C'est souvent quand on est rendu à l'hébergement
puis qu'on doit les installer dans des mesures transitoires, en attente d'une place, en attente... Et ça, les gens nous
ont dit, différents groupes nous ont dit que ça affectait énormément les
aînés, d'avoir à vivre tant de
déménagements, des fois à quelques mois, quelques semaines d'intervalle. Puis ça, est-ce que vous avez des solutions pour ça,
pour cet aspect-là des choses?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Bélanger.
Mme Bélanger (Sonia) : En fait, oui,
je pense que les gens qui vous ont fait ces commentaires ont tout à fait raison. On déplore aussi, comme gestionnaires, souvent
le fait que les processus d'évaluation nécessitent, là, donc, de mettre des personnes dans des services
particuliers, avec des équipes interdisciplinaires, le temps que l'évaluation soit faite, que la
récupération fonctionnelle soit faite au maximum. Et là, après ça, il y a
réorientation selon le souhait des personnes aussi. Mais, je pense qu'il y a
place à amélioration.
Il y a aussi le fait que les personnes qui nous
arrivent en centre d'hébergement très souvent vont être là pour deux ans et demi, trois ans. Et souvent elles vont
être placées dans une unité particulière en fonction de leurs besoins,
en fonction des activités dont elles ont
besoin, puis, au fur et à mesure de là où elles sont rendues dans leur vie, de
leurs incapacités, il peut aussi, des fois, y avoir des changements
d'unité, d'étage. Mais, pour les personnes, ces déménagements-là peuvent avoir
un impact. Alors, il faut vraiment éviter cela.
Mais je vous dirais qu'avec l'alourdissement
actuel de nos centres d'hébergement on a de plus en plus une réalité de clientèle qui a de lourdes incapacités.
Dans les centres d'hébergement publics, la clientèle s'est beaucoup alourdie. Donc, le fait de
déménager, une fois qu'ils sont rendus au centre d'hébergement public, c'est quelque
chose qu'on va voir de moins en moins parce que les besoins sont de plus en
plus similaires.
Je vais vous donner l'exemple. Dans nos centres
d'hébergement, 1 200 places, 80 % de notre clientèle a des
déficits cognitifs, 65 % de notre clientèle a besoin d'accompagnement pour
s'alimenter et à peu près 50 % ont besoin d'accompagnement pour leurs déplacements. Alors, vous vous imaginez un
peu, donc, ces clientèles-là ont des besoins beaucoup plus maintenant, je dirais, similaires. Tandis qu'avant on
voyait une gradation dans les centres d'hébergement, des personnes qui arrivaient avec un profil avec
moins de lourdeur, et donc, là, on devait réaménager constamment en
termes d'offres de services, d'organisation du travail. Mais ce phénomène-là,
on va le voir de moins en moins.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Masson, il vous reste une minute.
Gadoury-Hamelin :
Oh! Rapidement. Je lisais, dans votre mémoire, aussi que vous aviez de la
difficulté à attirer des médecins pour venir donner les soins en centre
d'hébergement, ce qui a pour effet que vous soyez obligés souvent d'envoyer les gens à l'hôpital puis que ça
pourrait, des fois, être solutionné si vous aviez une équipe médicale
disponible. Est-ce que vous pourriez nous en parler brièvement?
Le Président (M. Bergman) :
M. Morand, pour une très courte réponse, s'il vous plaît.
M. Morand
(Mario) : En fait, ça varie
d'un CSSS à l'autre, la disponibilité des médecins. La difficulté
majeure, c'est la garde que les médecins doivent
faire pour répondre au support des infirmières sur une période de
24 heures. Donner les soins directs, faire les visites des patients, ça,
ça va relativement bien, mais c'est d'instaurer un système de garde, et ça, c'est plus compliqué. Puis on réussit à le
faire lorsqu'on élargit les systèmes de garde avec d'autres systèmes de
garde puis qu'on est plus de médecins à assumer cette responsabilité-là.
Une des solutions qui a été proposée, c'est
l'intégration des infirmières praticiennes spécialisées. On pense qu'avec les IPS on pourrait très bien
soulager la charge qui repose sur les médecins pour concentrer leurs
spécialités dans des services de soins actifs davantage. Mais les
réponses actuelles varient d'un territoire à l'autre. Dans notre région, on n'a pas de difficulté à avoir des
médecins pour ça, mais il y a des régions où est-ce qu'ils ne sont même pas
capables d'ouvrir des lits parce qu'ils n'ont pas de médecin pour suivre les
patients. Donc, le problème, il reste entier. Puis je pense que, si on était capables de soulager la pratique
médicale en termes de pression, on pourrait aller beaucoup plus loin, en
tout cas, à mon avis.
Le Président (M. Bergman) :
Maintenant, pour le bloc de l'opposition officielle, Mme la députée de
Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : Merci, M.
le Président. La pression est forte, de ce côté, pour poser des questions.
Alors, je vais essayer de donner la place à tout le monde. Mme Lavallée, M.
Cadieux, M. Morand, Mme Bélanger, Mme Bélanger, qui est la directrice du CSSS
Sud-Ouest—Verdun
qui est mon CSSS. Et tout d'abord je tiens à vous dire que mon père... — c'est un témoignage très personnel — mon père allait au centre de jour Louis-Riel
et il ne voulait pas être placé, mais, s'il y avait un endroit où il souhaitait
être placé un jour, si nécessaire, c'était à Louis-Riel parce qu'il s'était
fait un cercle d'amis. Et j'ai une
amie qui est au CHSLD des seigneurs, je la visite fréquemment, elle est dans
une unité particulière. Alors, je
sais c'est quoi, le travail des gens. Puis j'arrive à l'improviste, là, alors,
je ne m'annonce pas et je vois comment les gens travaillent la fin de
semaine, la semaine. Alors, je vous poserais une question tout à l'heure, Mme
Bélanger.
Mais, tout d'abord, pour Mme Lavallée, je vois
que, dans votre recommandation, au point 9... Et j'étais très heureuse que la
députée de Masson parle du fait qu'il y a toujours, dans les médias, des
histoires sombres autour des CHSLD. Et on a
eu aussi un commentaire disant : Bien là, vous le savez, ça fait 10 ans
qu'on parle des recommandations, vous devriez appliquer les
recommandations qui ont été faites. Mais je crois qu'au fil des ans il y a eu
énormément d'améliorations, beaucoup de choses se sont faites. Et, s'il y a
aujourd'hui une commission parlementaire, c'est aussi pour être capable de faire en sorte que les bons coups soient mis en
évidence puis que les gens cessent d'avoir peur de ces milieux
d'hébergement. Parce que c'est faux de prétendre que tout est négatif. Alors,
ça, ça fait
partie aussi de notre commission parlementaire.
Mme Lavallée,
vous préconisez que la législation soit modifiée. On a déposé un projet de loi.
Sans entrer dans les détails du
projet de loi, c'était vraiment pour protéger à la fois la personne hébergée,
mais aussi le personnel, parce qu'on sait
que le personnel a peut-être des craintes parfois à signaler un cas d'abus, de
négligence, de maltraitance, même si c'est peut-être marginal. Mais les gens ont peur de perdre leur emploi. Donc, vous
croyez qu'une législation permettrait à la fois de protéger l'employé et
aussi de protéger le résident?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Lavallée.
Lavallée (Diane) :
Effectivement, nous, on croit que la levée du secret professionnel, de
permettre à un professionnel de pouvoir signaler lorsqu'il est témoin de
maltraitance ou d'abus serait facilitant. C'est sûr que les employés entre eux puis les établissements ont mis
en place des mécanismes, qu'il est impossible pour un employé de voir un autre collègue avoir un geste inadéquat ou
une forme de maltraitance à l'égard d'une personne aînée sans qu'il soit obligé de le dénoncer, ce n'est pas ça. Mais
on pense, à l'égard souvent des familles, quand la personne est hébergée
dans nos centres, quand la personne n'est pas inapte, mais commence à avoir de
fortes pertes cognitives, des gens de l'entourage — puis, je veux dire, que mon au passé récent,
il y a un an, me fait dire que ça existe — ont tendance à venir près de la personne qui commence à avoir des
pertes pour faire changer les testaments, pour extirper de l'argent
régulièrement. Mais je vous dirais
qu'il y en a, du personnel qui sont témoins de ça. Moi, je pense que c'est
important que ça, ce soit porté à
l'attention d'autorités, que ce soit porté à l'attention des notaires qui sont
dans les dossiers, des banquiers qui s'occupent du financement de ces
personnes-là pour que la communauté se mobilise pour éviter que la personne
soit abusée. Il y a des situations vraiment très, très délicates qui… avec la
levée du secret professionnel, permettrait sûrement d'en protéger davantage.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : Ma question s'adresse
maintenant à Mme Bélanger. Comment
faites-vous la différence — parce
j'ai assisté à l'assemblée annuelle de l'AQESSS, vous avez organisé une
journée autour des CHSLD — entre
un milieu de soins et un milieu de vie?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Bélanger.
Bélanger (Sonia) : Oui. En
fait, le milieu de vie est un milieu qui est le plus naturel possible, qui
ressemble le plus possible à ce qu'on
retrouve dans nos maisons, avec les routines quotidiennes, avec des moments de
loisir, avec des temps de repos. Puis
aussi la grosse différence, c'est que, quand on est dans une approche milieu de
vie, on n'est pas dans une approche institutionnelle. En fait, les
employés travaillent dans le domicile des personnes, et c'est ça, la grande
différence de cette philosophie, de cette approche. Donc, on n'est pas dans une
approche médicale, institutionnelle, professionnelle, on est dans une approche
d'aller en fonction des besoins du client, des proches aidants, des familles,
un milieu ouvert.
Vous le
dites, dans les centres d'hébergement, il n'y a pas d'heures de visite, les
milieux sont ouverts, les familles sont
les bienvenues, on essaie d'adapter le plus possible, dans le fond, les
activités de la vie quotidienne en fonction des besoins des personnes. Bien sûr, il y a toujours une routine qui peut
être présente, mais on essaie vraiment de l'adapter aux personnes, et ça, c'est un grand changement qui a
été fait pendant des années. On est partis des centres d'hébergement il
y a 10 ans, des milieux qui s'apparentaient davantage au milieu hospitalier, à
des milieux qu'on trouve maintenant plus chaleureux et où on met davantage
l'accent sur les activités de la vie quotidienne, les activités de loisirs.
Nous avons intégré différents éléments en hébergement, les éducateurs
spécialisés, les techniciens en loisirs. On n'avait pas cette catégorie de professionnels dans nos centres
d'hébergement il y a cinq ans et 10 ans. Donc, vous voyez un peu. Donc,
c'est vraiment de faire un milieu qui est là pour soutenir les personnes, pour
les assister.
question, c'était : Quelle différence vous faites avec les milieux
spécialisés? Bien, les milieux spécialisés vont demander davantage d'expertise. Puis, dans les centres d'hébergement, je
ne veux pas généraliser, il y a des programmes spécialisés, nous avons 200 places réservées à des programmes
spécialisés. On parle ici de clientèles avec des problématiques de santé
mentale, avec des clientèles ayant des troubles de comportement sévères et qui
sont maintenant âgées, des clientèles qui ont des déficiences intellectuelles
et qui sont maintenant âgées, mais ces clientèles-là vont demander davantage d'approches spécialisées. Mais approche
milieu de vie et approche spécialisée, pour moi, ce n'est pas incompatible,
ce n'est pas
incompatible. L'approche spécialisée doit être vraiment orientée pour des
clientèles spécifiques, tandis que l'approche milieu de vie devrait être
notre philosophie, dans le fond, de soins, d'assistance aux personnes.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Merci, M. le Président. Alors, bonjour, merci de votre
présentation. Vous avez effleuré une question qui est hyperimportante, c'est le milieu de vie qui se transforme aussi
en milieu de fin de vie. Et votre mémoire comporte une recommandation au point 6 : «Reconnaître
le milieu d'hébergement et de soins de longue durée comme un milieu de
fin de vie et l'organiser en conséquence.»
Donc, j'aimerais
savoir, pour vous, les établissements que vous représentez, ce que ça implique,
cette recommandation-là, qu'est-ce qui
devrait être adapté et comment on en fait un véritable milieu aussi de fin de
vie pour une
partie de la clientèle.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lavallée.
Mme Lavallée (Diane) : Il est certain qu'un milieu de fin de vie appelle
des approches différentes. On parle de l'approche soins palliatifs. La
moyenne de vie des personnes maintenant dans les CHSLD, c'est autour de 18
mois, hein? Ça fait qu'ils arrivent, et
c'est leur dernier chez soi. Donc, il faut adapter la situation puis notre établissement,
de convertir les chambres à plusieurs et faire en sorte que les gens soient
seuls, pouvoir recevoir leur famille et que la famille soit avec eux 24 heures,
c'est important.
D'avoir
des intervenants qui sont formés aussi pour une approche qui est différente.
Quand on approche des gens en fin de vie, ce n'est pas comme donner des
soins de confort, ou des services domestiques, ou autres. Donc, c'est une approche et des clientèles différentes, c'est des
besoins différents, donc c'est s'assurer que le personnel ait la
formation qu'il faut, soit choisi en
fonction aussi de leur intérêt de travailler auprès d'une clientèle où on sait
que c'est les derniers moments puis organiser les lieux physiques aussi
en fonction de ces besoins-là.
Peut-être qu'il y a
des exemples concrets qui peuvent être donnés, je ne sais pas si vous en avez
chez vous. Mais chacun adapte. Et c'est
vraiment l'avenir aussi, parce que même le colloque auquel Mme Blais a
participé, toutes les études qui ont été faites par le comité de travail
qui a été mis sur pied par le ministère de la Santé, là, sur la vie en CHSLD
témoignent qu'effectivement ça devient de plus en plus et ça deviendra de plus
en plus un lieu de fin de vie.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Bélanger.
Mme Bélanger (Sonia) : Bien, peut-être aussi mentionner qu'en fait les
soins palliatifs, on les retrouve tout au long de l'épisode du continuum de soins. Au CSSS Sud-Ouest—Verdun, les soins palliatifs à domicile ont été
beaucoup développés. Vous avez eu certainement
l'occasion de le voir, ça a été médiatisé au début de l'année, janvier. On est chanceux, on peut compter sur des médecins
très impliqués au niveau des soins palliatifs à domicile. Nous avons des
soins palliatifs à l'hôpital et nous avons
aussi, dans un de nos centres d'hébergement, huit places pour des lits de
soins palliatifs. Alors, tantôt, à la
question de déménager la clientèle, bien il peut arriver aussi qu'on déménage
les clientèles dans ces lieux-là, et c'est… On peut compter sur la même
équipe médicale. Donc, les médecins impliqués en soutien à domicile, impliqués à l'hôpital, impliqués à
l'hébergement partagent une même philosophie, une même approche, une
même intervention et ils ont le personnel aussi, donc les infirmières, le
personnel professionnel qui sont impliqués dans ces équipes.
en centre d'hébergement spécifiquement, il faut faire attention de ne pas
tomber dans le piège, ça ne deviendra pas,
les centres d'hébergement, des grands centres de soins palliatifs, ce n'est pas
ça, l'idée. Mais l'idée est de former les intervenants à l'approche fin de vie. Je ne parlerai pas de soins
palliatifs. Moi, je fais une différence entre le soin palliatif, qui est beaucoup plus… je vais prendre le terme
«spécialisé», versus les soins de fin de vie qui sont peut-être dans un
mode un peu plus soutien à domicile, plus
basés sur les soins de confort, sur le contrôle de la douleur, sur
l'accompagnement des personnes.
bien sûr, il faut adapter nos lieux physiques. Et, dans notre CSSS, c'est pour
ça qu'on a décidé de regrouper dans
un même centre d'hébergement des lits de fin de vie pour notre clientèle. Ce
service-là est très apprécié, d'ailleurs. Mais on se rend compte que ce n'est pas suffisant. Le fait d'avoir six, huit
lits dans un centre d'hébergement qui en compte 1 200, places, ce
n'est pas suffisant. Donc, on est vraiment en train de développer un programme
de soins de fin de vie pour l'ensemble des intervenants de nos centres
d'hébergement.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Mais je
crois que, dans nos CHSLD, actuellement, lorsque les chambres sont
uniques, souvent on peut faire les fins de soin de vie directement dans la
chambre et ne pas avoir à déplacer. Mais ce
que j'ai vu, M. Morand, des belles visites de vos centres, c'est que parfois on
développe des chambres à part parce
que, justement, il faut être capable de sortir les gens qui sont dans des
chambres doubles pour leur permettre de vivre l'intimité. Et, lorsqu'il y a également des centres qui sont assez
gros, oui, il peut y avoir peut-être des chambres de soins palliatifs pour pouvoir plus accommoder la
famille. Je pense que c'est peut-être vers ça qu'on s'oriente. Mais je
ne pense pas qu'il va y avoir un seul modèle. Ça va être un modèle adapté à
chacun des établissements. Commentaires?
Le Président (M. Bergman) :
M. Morand.
Morand (Mario) : Vous avez
raison, Dr Bolduc, on a différents modèles qui peuvent être mis de l'avant
dans l'organisation de nos lits puis de nos unités, puis ça dépend beaucoup des
profils de nos clientèles puis de notre centre.
Mais l'objectif dans tout ça, je pense que le principal objectif, c'est
d'assurer l'accès à la famille parce
que la famille représente un élément très important dans le processus de fin de
vie. Donc, il faut les accommoder, il faut
leur donner un séjour, il faut les soigner, dans le sens qu'il faut les aider à
avoir accès à du café, à de la restauration ou des choses du genre. Il
ne faut pas les négliger. Ils jouent un rôle important.
La grande stratégie dans les soins en fin de
vie, outre la formation du personnel puis la présence d'équipes médicales pour les accompagner, c'est l'espace
qu'on réserve à la famille et l'espace qu'on réserve à la spiritualité.
Et ça, on l'oublie trop souvent, mais la
spiritualité est un élément très important pour cette clientèle-là, que, quand
on compose avec ces paramètres-là, du
personnel formé, des unités adaptées avec de l'espace pour les familles, on est
certains d'avoir une formule gagnante.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. On sait qu'au Québec
actuellement, puis je sens que ça fait consensus,
c'est que ça nous prend le continuum de services. C'est-à-dire qu'on veut
garder les gens le plus longtemps possible
à domicile, dans leur maison, dans leur propre place à eux autres. à un moment donné, il y a de ces
gens-là qui ont besoin de plus de services puis il y en a
qui vont aller demeurer dans des résidences privées avec services. Donc,
ça devient leur domicile, mais il est
possible d'avoir des services accessoires, améliorer la qualité de vie, leur
permettre de répondre à leurs besoins
que peut-être parfois ils ne seraient plus capables de répondre à la maison, et
également la sécurité.
Le troisième
niveau que nous avons lorsque la personne perd de l'autonomie, ça peut être des ressources
intermédiaires, qui peuvent être des ressources
privées. D'ailleurs, ça peut se faire également dans des ressources
avec des résidences avec services. Et le quatrième niveau, c'est le CHSLD.
La discussion
que nous avons maintenant... parce
qu'il y a eu, à un moment donné, en disant : Bien, tout le monde va rester à domicile, mais je pense que, suite aux
différentes commissions qu'on a eues, tout le monde s'est rendu compte que c'était illusoire. Mais par contre ce qu'on
veut, la volonté pour tous, c'est vraiment de les garder le plus
longtemps possible dans la ressource la plus légère et qui leur convient.
Est-ce que l'AQESSS a fait l'évaluation du
nombre de lits en CHSLD ou le nombre de places en CHSLD par 100 personnes de 65 ans et plus, qui est
atteignable? Moi, j'ai parlé… un chiffre qu'à 2,8 ça pourrait être acceptable.
Dans les meilleurs milieux que j'ai vus…
Probablement que 2,5 peut être atteignable, mais probablement pas partout. On
nous a parlé récemment de 2,3. Est-ce que l'AQESSS a fait des travaux
là-dessus?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Lavallée.
Lavallée (Diane) : Moi, là,
je n'ai pas les chiffres. Je sais qu'il y a eu des travaux de faits à
l'AQESSS — Mme Pelletier
est derrière — je
ne sais pas si on est allés à faire ces calculs-là. Sauf que ce qu'on sait, à
l'AQESSS, c'est que l'objectif n'est plus d'injecter des fonds publics dans
l'augmentation de CHSLD, de places en CHSLD, mais plus d'ajouter des sommes
pour permettre de faire les soins à domicile ou dans les milieux de vie autres
que les CHSLD.
Mais, pour ce
qui est du ratio, là, Michel, qui est, peut-être, derrière, qui pourrait nous
donner une information, là, s'il y a eu des ratios de calculés pour le
nombre de lits que ça prendrait. Parce qu'il reste que, même une population de
65 ans et plus, on ne peut pas penser que tous les gens vont se retrouver
dans les CHSLD, hein? Il y a une faible proportion
de la population qui se retrouve dans les CHSLD, beaucoup moins qu'on pense. Et
on pense qu'avec le virage des soins à domicile il va y en avoir encore
moins.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Oui, merci. Oui, excepté qu'il faut faire une discussion logique, là. Si les hôpitaux ont eu beaucoup de patients en attente d'hébergement, c'est soit que les soins
à domicile n'étaient pas disponibles jusqu'à un certain point, mais il y a
des endroits aussi qui manquaient des places en CHSLD, tu sais? Puis, à un moment donné, il faut
arrêter de se créer des illusions, là. Si la personne n'est plus capable de
retourner à la maison, mettez les ressources que vous voulez, ça va lui
prendre des ressources de CHSLD. C'est ça, la discussion qu'on doit avoir. Et
ça prend ce continuum de services là.
Et c'est beau
de dire : Je n'injecterai pas d'argent dans les CHSLD, là, mais il y en a
qui sont vétustes, on veut les convertir.
Et il y a peut-être, pour un certain temps, un nombre de places… Puis
là, ce qu'il faut voir, il y a
probablement des régions où est-ce qu'il y a trop de lits, mais il y a des endroits que c'est en grand développement, que, si vous n'en construisez pas, vous allez demander au
patient d'aller déménager dans une autre région pour qu'il puisse avoir de l'hébergement. Là, je vous raconterai l'histoire
de La Baie, là, qui se faisait héberger à Métabetchouan, c'était 1 h 30 min de route pour les
familles, il a fallu transformer ça... Je ne pense pas que l'AQESSS soit d'accord
avec une position comme celle-là.
Mme Lavallée (Diane) : Non, non. Là-dessus, on est tout à fait d'accord qu'il faut injecter des sommes dans nos établissements, dans nos CHSLD parce que plusieurs sont vétustes, il faut les adapter à la
nouvelle réalité du profil des personnes, qui n'est plus le même. Bon.
On est d'accord aussi que, certaines régions, probablement que ça nécessite une augmentation du nombre de places en CHSLD parce que tous
les services dans la communauté ne peuvent pas répondre aux besoins d'un nombre
important de personnes qui vont se retrouver en perte d'autonomie. Ça, on est tout à fait d'accord avec ça. Mais ce qu'on dit, c'est que
globalement, au Québec, avant
d'augmenter de 1 000, 2 000, 3 000 lits
nouveaux à créer en CHSLD, je pense qu'il faut regarder de quelle façon on peut
aussi injecter davantage de sommes
dans la communauté. Mais il y aura toujours besoin de CHSLD, toutes les
personnes ne pourront pas avoir les services dans la communauté.
M. Morand, je crois que vous vouliez ajouter quelque chose?
Le Président (M.
Bergman) : M. Morand.
M. Morand (Mario) : Je pense que la question est tout à fait pertinente, puis elle mérite
d'être investiguée de façon importante parce qu'il y a des expériences
qui sont très révélatrices. Il y a des territoires où les taux sont à 3,5 % puis il y a des territoires où les taux
sont en bas de 2 %, ou à 2,2 %, ou à 2,3 %. Mais prenons le
temps de regarder quelles sont les pratiques gagnantes qui permettent
d'atteindre ces objectifs-là.
Puis
je pense qu'un taux de 2,5 %, c'est un taux qui est tout à fait
atteignable. Et, si on fait juste projeter l'avenir avec le vieillissement de la population, bien,
dans 20 ans, il faudrait multiplier par deux le nombre de lits de CHSLD
au Québec. Donc, c'est des milliards et des
milliards de dollars qui sont en jeu.
La société n'a pas les moyens de
ramasser ça. Il faut trouver des pratiques qui nous permettent de maintenir un
ratio inférieur. Puis ça existe parce qu'il y a des territoires qui l'ont réussi. À Magog, on est en bas de 2 %,
dans la MRC des Sources, on est à 2,3 %, puis ils n'ont a pas de
liste d'attente. Il faut vérifier ces expériences-là puis regarder si on n'a
pas là des pratiques gagnantes.
qu'il faut noter aussi, puis ça, je pense que c'est bien, bien important dans
les ratios, c'est qu'il y a un roulement de clientèle beaucoup plus important aujourd'hui qu'il y avait voilà 10
ans. Donc, le même lit va être utilisé plusieurs fois dans une même
période de temps qu'avant. Donc, le ratio de 3,5 % voilà 10 ans, aujourd'hui
il n'a plus la même signification parce que
la clientèle arrive plus en fin de vie puis le roulement est plus important. On
est capables d'avoir des ratios
moindres à cause de ces phénomènes-là, puis c'est le soutien à domicile qui
fait toute la différence. Mais, oui, vous avez raison, ça nous prend de
l'hébergement partout au Québec.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon, il vous reste trois
minutes.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bien, je ferais un commentaire
là-dessus. Je serais quand même prudent parce que déjà on est partis d'un endroit… oui, c'est vrai
qu'il y avait des gens qui étaient beaucoup plus légers, mais il y a
beaucoup, beaucoup d'endroits au Québec, là,
vous êtes dans votre région, la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean, on parle
d'Arthabaska-Érable, ils l'ont fait, ce travail-là. Et là tout le Québec est en
train de récupérer, on est tous en train de prendre ces méthodes-là.
fais très attention avec un argument : Parce qu'on n'a pas d'argent, on ne
pourra pas donner les services, là. Ça, ça a été l'erreur, là… Puis je
ne veux pas faire de politique, mais les coupures de 1995, ça a été ça, hein?
On n'a pas d'argent, on met les docteurs à la
retraite, on met les infirmières à la retraite. Mais, moi, j'étais médecin dans un hôpital, là, les infarctus, ils
rentraient quand même, les fractures de hanches, elles rentraient quand
même, tout le reste rentrait quand même. On s'est juste retrouvés en pénurie.
Moi, ce que je
dis : Il faut avoir les ressources pour répondre aux besoins des patients,
il faut faire une bonne évaluation des patients. Mais la grande idée de génie
qui dit : Ça, ça va tout régler les problèmes de société, là, ça n'existe pas. Puis, en passant, ce que vous avez
fait... ce que vous m'avez dit que vous avez fait, vous ne l'avez pas
fait avec l'assurance autonomie parce
qu'elle n'existe pas. Vous l'avez fait dans votre région. Parce que l'assurance
autonomie, c'est de promettre ce que vous,
vous avez déjà fait depuis quelques années, comme ça a été fait partout au
Québec. Donc, ce n'est pas le principe comment ça va être avec
l'assurance autonomie ou pas, c'est que les bonnes pratiques peuvent se faire
indépendamment. Il faut juste que les gens sachent c'est quoi, les bonnes
pratiques, et décident de les appliquer.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lavallée.
Mme Lavallée
(Diane) : Bien, Mme Bélanger tenait à vous dire quelque chose.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Bélanger.
Mme Bélanger (Sonia) : Bien, en fait, peut-être pour intervenir avec le
Dr Bolduc, oui, effectivement, je pense qu'il faut avoir un ensemble de ressources sur l'ensemble du continuum.
Cependant, il faut le faire graduellement et il faut bien l'évaluer. Et on ne peut pas être contre la
vertu, on souhaite intensifier le service de soutien à domicile au
maximum, mais il y a quand même un risque,
si on met seulement le focus seulement sur le soutien à domicile, de
désinvestir ailleurs, là où il y a
des besoins, c'est-à-dire créer d'autres types de ressources aussi, comme des
ressources institutionnelles, des centres d'hébergement, donc rehausser…
pas créer d'autres centres d'hébergement, mais adapter les lieux physiques.
Donc, je pense qu'il faut vraiment avoir une panoplie de services. Et de mettre
le focus seulement sur le soutien à domicile pourrait être un autre risque
important en termes d'offre de services à la population aînée au Québec.
Le Président (M. Bergman) : Malheureusement, le temps s'est
écoulé. Mme Bélanger, M. Cadieux, Mme Lavallée, M. Morand, merci d'être
ici, avec nous aujourd'hui, partager votre expertise avec nous.
Et je demande aux gens du
Centre hospitalier gériatrique Maimonides pour prendre place à la table.
Et je suspends pour quelques instants seulement.
(Suspension de la séance à 10 h 59)
Président (M. Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, on souhaite la bienvenue aujourd'hui au Centre hospitalier gériatrique Maimonides.
Alors, Mme Gold, bienvenue. Vous avez 10 minutes
pour faire votre présentation, suivie d'un échange avec les membres de la
commission. Pour les fins d'enregistrement, on a besoin de vos noms et vos
titres. Et le prochain 10 minutes, c'est à vous.
Mme Gold
(Barbra) : Excellent. Merci beaucoup. Puis j'aimerais vous présenter les membres de mon équipe. Puis vraiment c'est le Centre gériatrique Maimonides puis le
CHSLD juif de Montréal parce qu'on est en train de faire une intégration,
puis ça fait à peu près huit ans qu'on travaille ensemble avec l'équipe de
direction. Alors, à ma gauche, c'est Karen Flam, notre directrice de la
fondation et communications; ici, Mme Rosalie Dion, la directrice des soins
infirmiers; puis ici, à ma droite, M. Jacques Labrecque, le directeur des
ressources humaines depuis longtemps avec moi à Maimonides.
Alors, merci
beaucoup. Nous remercions les membres de la Commission de la santé et des
services sociaux de nous accorder
l'opportunité d'échanger avec vous sur les conditions de vie des adultes
hébergés dans les CHSLD. Puis, premièrement,
je vais vous dire que moi, je ne vais pas parler tout le temps, alors ce n'est
pas nécessaire toujours d'écouter mon
français. J'ai mes collègues qui vont bien représenter notre approche. Alors,
cette présentation, c'est un
sommaire des éléments que nous décrivons plus en détail dans notre mémoire que vous
avez bien reçu. Puis on veut parler un peu du Centre hospitalier gériatrique Maimonides — on va appeler ça Maimonides — puis le CHSLD avant qu'on commence.
Alors,
Maimonides et le CHSLD juif regroupent à peu près 700 lits d'hébergement dans
deux établissements à Montréal. On a aussi les lits de répit, les lits
de PHPE. Nous gérons aussi les ressources non institutionnelles, et les résidences d'accueil, un hôpital de jour et les
popotes roulantes. Ça fait à peu près 100 ans que Maimonides existe à
Québec. C'est en 1910 que ça a été fondé par
la communauté juive à Montréal. Les deux établissements ont un mandat
suprarégional, puis nous desservons la communauté juive puis aussi les
autres membres de la communauté à Québec. Nous sommes deux affiliés à l'Université McGill. On a plusieurs programmes
d'enseignement avec les étudiants, les stagiaires, puis nous sommes
agréés avec le Conseil canadien d'agrément, puis nous sommes affiliés avec
Planetree. Maintenant, je vais donner la parole à Mme Flam pour continuer pour
quelques minutes avec l'histoire.
Mme Flam (Karen) : La clientèle
hébergée de Maimonides et du CHSLD juif présente un profil de perte d'autonomie importante. L'âge moyen est de 86,6
ans, et 80 % des résidents présentent une forme ou d'autre de démence. La durée moyenne du séjour est d'environ trois
ans. Et, tout comme d'autres CLSLD, le profil clinique de nos résidents
s'est alourdi au cours des ans. Nos résidents ont de multiples problèmes de
santé physique et plusieurs présentent des comportements perturbateurs et des
problèmes psychogériatriques.
Devant ces
constats, nous avons orienté nos efforts, depuis quelques années, vers la mise
en place de services et de soins
cliniques particuliers qui répondent aux besoins en santé physique de nos
résidents. Pour ce faire, nous avons révisé la structure de postes et
l'organisation de travail, mis en place des programmes de formation du
personnel et développé des pratiques cliniques axées sur l'évaluation et le
traitement des soins infirmiers.
À travers
tout ça, nous avons maintenu l'approche de milieu de vie. La philosophie et les
valeurs — ça, c'est
un mot très difficile pour moi — organisationnelles — je l'ai pratiqué très souvent hier
soir — un
environnement qui respecte la dignité
et le confort de la personne, la présence des proches et le respect des aspects
culturels et spirituels de la vie des résidents
sont tous des éléments qui caractérisent l'approche de milieu de vie. Ceux-ci
ne sont pas subordonnés aux services, aux soins et aux interventions qui
sont fournis pour assurer le bien-être de la personne. Je laisse la parole à
mon collègue M. Labrecque.
Labrecque (Jacques) : Merci, Karen. À la lecture de notre mémoire,
vous avez sûrement constaté qu'on a exprimé
certaines considérations sur les conditions de vie des personnes âgées, mais,
dans un premier temps, il faudrait vous préciser que nous épousons totalement l'orientation à l'effet de garder
les personnes aînées dans leur milieu naturel le plus longtemps possible. On comprend qu'il y a des
énergies à déployer à ce niveau-là, mais c'est quand même une
orientation.
Cependant,
comme j'écoutais tout à l'heure, il y a une
partie de la population qui ne
pourra plus rester dans un milieu
naturel, et c'est de ça qu'on va vous entretenir, les gens qui doivent être
hébergés en CHSLD. Si on veut travailler sur l'amélioration des conditions de vie, il faut reconnaître qu'il
existe un alourdissement important de cette clientèle-là présentement
dans nos résidents et dans nos résidentes en CHSLD. Compte tenu de la nature et
de l'intensité des services et des soins qu'il faut leur donner, ça, c'est des
choses sur lesquelles il va falloir travailler énormément.
Dans
le mémoire, on a touché quatre points particulièrement, et, avant de passer aux
aspects un peu techniques, je vais
tenter, là, de vous faire un petit rappel. Il va falloir repenser certains
éléments structurants de l'offre de services en CHSLD. On va vous entretenir du financement, un
financement adéquat compte tenu de cet alourdissement-là, compte tenu de l'intensité des soins. On va vous
entretenir également des ratios soins infirmiers et soins d'assistance. C'est
souvent un ratio qu'on néglige, qu'on tient
pour acquis. Cependant, on fera la démonstration qu'il y a peut-être des
investissements importants à faire qui rapporteront éventuellement au réseau de
la santé.
On va vous entretenir
aussi du recrutement du personnel qualifié, notamment sur le fait que le
personnel qui provient des agences nuit énormément à la continuité et à
l'intensité des services à donner aux personnes âgées. Et finalement on va vous parler un peu aussi de la formation
de base, autant pour les préposés aux bénéficiaires, les infirmières
auxiliaires et les infirmières.
Juste quelques petits
mots concernant la tarification en CHSLD. C'est une espèce de petite
parenthèse. Nous suggérons, dans notre
mémoire, d'implanter un processus obligatoire de prélèvement automatique, ce
qui compliquerait beaucoup moins la tâche à tout le monde, d'aller
chercher les chèques à tous les mois. Alors, si on avait un système obligatoire de prélèvement… Parce qu'on sait que
les tarifs sont connus, sont fixes et on sait qu'on devrait aller les
chercher. Et peut-être aussi de regarder la
possibilité de moduler la contribution en fonction de la capacité de l'autre
conjoint, qui, lui ou elle, va rester
à domicile et qui peut avoir ce… le fait de rester à domicile menacé par le
fait qu'il doit payer les frais d'hébergement. Ça fait que peut-être
qu'il y a une façon de regarder, de moduler cette tarification-là.
passe donc la parole à Mme Rosalie Dion, qui est notre directrice des soins et
qui va vous donner un peu plus d'esprit nursing dans tout ça.
Mme Dion (Rosalie) : Oui. Je me rends compte qu'avec le 10 minutes que j'avais, qui est
presque tout écoulé… M. Labrecque a
mis beaucoup de choses dans mon assiette. Bref, je vais faire ça rapidement. De
toute façon, vous allez pouvoir nous poser toutes les questions que vous
voulez.
parlait d'abord du choix de la personne. Évidemment, on travaille, nous, dans
un milieu qui est majoritairement anglophone, qui va prendre soin d'une
clientèle majoritairement juive. Alors, on voit que c'est important pour cette clientèle-là et pour d'autres clientèles aussi qui
auraient une culture différente de pouvoir avoir accès, près de chez
eux, à un centre d'hébergement qui va pouvoir leur offrir ça. On se rend compte
qu'en ce moment les listes d'attente sont très
longues aussi lorsque ces personnes-là veulent avoir accès à des centres de la
sorte. Donc, il y a peut-être des mesures qui devraient être mises en
place pour essayer de les aider dans ce sens-là à avoir accès plus rapidement à
un milieu qui leur convient ou qui répond à leur choix.
Concernant les
besoins particuliers, on ne vous apprend rien en vous disant qu'il y a un
alourdissement de la clientèle dans nos
centres d'hébergement. On le ressent et notre personnel aussi le ressent
énormément. Évidemment, du regroupement de clientèles qui ont des
besoins particuliers pourrait être une bonne façon de procéder. C'est ce qu'on a
fait aussi dans nos deux centres, où on a regroupé les clientèles, sur les
différentes unités, par profils avec des soins particuliers. Alors, c'est... et ça peut faciliter aussi la tâche au
personnel soignant sur les unités. Donc, c'est quelque chose qu'on pense
qui pourrait être souhaitable.
C'est aussi le moment
de parler de ces gens-là qui ont moins de 65 ans, qui peuvent souffrir, par
exemple, de déficience intellectuelle, ou de
sclérose en plaques, ou de maladies dégénératives de la sorte, qui se
retrouvent en CHSLD, mais qui est
plus ou moins un milieu adapté pour eux, avec des activités qui ne leur
conviennent probablement pas vraiment. Donc,
il y aurait peut-être quelque chose aussi à penser pour ces clients-là qui ont
besoin de beaucoup, beaucoup d'heures de soins et qui se retrouvent dans
les centres d'hébergement au travers des personnes un peu plus âgées.
Mme Dion (Rosalie) : Oui, c'est ça. Je me dépêche. Ce que je pourrais vous dire aussi par
rapport à la formation, on en
glissait un mot parce que c'est un projet important, la clientèle s'alourdit et
les besoins de formation sont grands. On a beaucoup... Et nous, on a la
chance d'avoir des conseillères en soins infirmiers dans nos deux centres, qui
aident à donner beaucoup de formation au personnel sur tous les corps de
travail. Des fois, c'est des journées, des fois, c'est des capsules de formation durant les heures de travail pour que ça soit
moins difficile pour la libération ou le remplacement du personnel. Et
ces infirmières conseillères là vont beaucoup nous aider à garder, pour la
formation continue, garder les techniques à jour, et tout ça. Donc, c'est
grandement apprécié de notre personnel.
Aussi,
par rapport à la formation, je pense que les conseillères ont tellement un rôle
important que, comme les conseillères
en prévention des infections, qui, de par la loi, doivent répondre à un ratio
d'une pour 250 lits à l'hébergement, par
exemple, je pense que ça pourrait être une belle voie, un beau chemin à suivre,
là, pour le futur, pour ces infirmières, des conseillères à avoir dans
tous les centres d'hébergement, qui vont aider à la formation parce que la
clientèle s'alourdit. Et, si on veut garder
ces personnes-là aussi en centres d'hébergement et on veut éviter qu'elles
soient transférées à l'hôpital parce
qu'on sait que ça nous coûte extrêmement cher, on est pour essayer de garder le
plus longtemps possible ces personnes-là dans le centre et donner des
traitements requis.
qu'on fait, nous, en ce moment, on a des transfusions sanguines qu'on va donner
à Maimonides, beaucoup d'antibiothérapies
intraveineuses, des soins de trachéo. On a beaucoup, beaucoup de choses qui
sont majoritairement... en fait, je vous dirais, de d'autres centres
d'hébergement, qui sont faites à l'hôpital, nous, on les fait...
Le Président (M.
Bergman) : En conclusion, s'il vous plaît.
Mme Dion
(Rosalie) : ...on les fait chez nous. Donc, on apprécie ça. Et…
Mme Dion (Rosalie) : Oui? Bien, on aura la chance d'en rediscuter tout
à l'heure avec vos différentes questions.
Président (M. Bergman) : Certainement. Certainement. Merci pour
votre présentation. Alors, maintenant, pour le bloc du gouvernement, Mme
la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin : Merci, M. le Président. Mesdames,
monsieur, alors merci d'être là, merci de venir nous faire part de vos expériences terrain qui nous
permettent aussi de voir qu'il y a différentes façons de s'organiser. Et
je pense que vous êtes un modèle. En tout cas, on a déjà entendu parler de vous
avant votre arrivée, comme quoi que… peut-être
votre réputation vous a précédés. Mais il y a des choses qui ont été faites de
façon différente chez vous, et les gens nous ont dit que c'est
intéressant, ce que vous avez réussi à faire.
Alors,
sur ce, vous avez effectivement mis en oeuvre avec beaucoup de succès certaines
initiatives. Il est évident, là, que
la collaboration avec différents acteurs a été un atout dans l'atteinte de ces
objectifs-là. Alors, j'aimerais ça que vous nous donniez des exemples de
partenariats et d'affiliations concrets que vous avez réussi à mettre en place
pour vous aider à atteindre les objectifs que vous avez atteints jusqu'à
maintenant.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Gold.
Mme Gold (Barbra) : Peut-être, je vais commencer puis après je vais demander à
M. Labrecque de m'aider. Mais, premièrement, ça commence avec le conseil
d'administration. Si on a un conseil d'administration qui est vraiment intéressé à l'établissement, ils ont des
proches là-bas, ils se promènent dans l'établissement, ils ne restent pas seulement dans la salle du conseil d'administration… Et
ça, vraiment, ça fait
partie de la communauté.
Alors, ça, c'est le numéro un.
Deuxièmement, on a
comme les écoles des infirmières puis les écoles pour les préposés puis les
infirmières auxiliaires. On a fait les partenariats avec les cégeps, avec les
personnes… «adult continuing care center» avec
McGill, avec Dawson puis avec l'aide de notre fondation ou avec quelqu'un
qui a donné un peu d'argent. Ce n'est pas
de l'argent qui revient chaque année, mais comme un 500 000 $. On a pris une chambre, c'est
maintenant l'école, puis les préposés
font leur enseignement à Maimonides. Les infirmières auxiliaires, c'est la même
chose, au CHSLD juif, avec John
Abbott, c'est un cégep. Puis c'est une des choses qui nous aide beaucoup. On a
les autres partenariats…
Labrecque (Jacques) : Effectivement, sur un exemple de partenariat, le premier partenariat, ça a été
avec notre fondation évidemment pour aménager les locaux et ensuite d'aller
chercher les institutions pour donner les cours.
Alors, on forme des préposés aux bénéficiaires chez nous, des infirmières
auxiliaires et des infirmières. On a formé tout près d'une centaine d'infirmières depuis que le programme
existe, depuis deux ans et demi, des infirmières qui sont formées en soins infirmiers à l'étranger qui
doivent se requalifier ici, à l'Ordre des infirmiers et infirmières. Ils font
une mise à jour et passent l'examen à l'ordre, ils deviennent infirmières de
plein droit ici, au Québec. Et c'est quelque chose qui a été fait et par le
milieu de l'éducation et par notre établissement.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin :
Donc, si je comprends bien, ça favorise aussi un recrutement de personnel…
M. Labrecque
(Jacques) : …une formule gagnant-gagnant.
Gadoury-Hamelin :
Oui, c'est ça.
Labrecque (Jacques) : Pour
nous, on gagne un bassin de recrutement très important puis très intéressant, et eux aussi ont l'opportunité
de faire leur formation en CHSLD puis de voir si effectivement ils veulent
travailler. Et souvent les gens prennent goût énormément au travail en CHSLD.
Mme Gold
(Barbra) : Oui, c'était vraiment…
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Masson. Voulez-vous…
Gadoury-Hamelin :
Oui, je vais laisser madame…
Le Président (M.
Bergman) : Mme Gold.
Mme Gold (Barbra) : C'était vraiment une initiative qu'on a prise parce qu'on avait des problèmes de recrutement puis on ne voulait pas utiliser les agences. On n'a jamais
utilisé les agences à Maimonides. Le CHSLD juif, avant quand notre
équipe est arrivée, utilisait un peu, mais c'est vraiment… C'est quelque chose
que je pense que la commission ou le ministère
de Santé et… sociaux doit regarder. Ce n'est pas bon pour les clients,
c'est plus cher puis le soin n'est pas bon. Alors, c'était un résultat
de ce problème.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Dion.
Dion (Rosalie) : Oui.
J'aurais ajouté, par rapport aux partenariats aussi, celui qu'on a avec l'hôpital juif qui est vraiment sur le grand terrain, je vous dirais, du CHSLD
juif, ils partagent le même stationnement. Donc, cette proximité-là nous a aidés aussi à développer des… On partage
une conseillère en soins infirmiers, d'ailleurs, qui va faire la moitié de son temps chez nous et la moitié à l'hôpital.
Et on est en train de… Ils ont développé, en fait, un projet qui s'appelait le GREATT Project, qui est un projet où
on a essayé, avec les médecins du CHSLD juif… on l'a seulement fait là, on va l'introduire à Maimonides
prochainement, mais qui nous aide à diminuer les transferts inutiles aux
urgences. Alors, on revoit tous les
transferts, à chaque période, qui ont été faits et on revoit : Est-ce que
c'est un transfert qui était nécessaire?
Est-ce qu'on aurait pu faire quelque chose chez nous pour éviter ce
transfert-là? Qu'est-ce qui pourrait être amélioré pour la prochaine
fois? Donc, on est toujours en train de s'améliorer. Je n'ai pas les chiffres avec moi, malheureusement, mais
je vous dirais qu'on a diminué notre pourcentage de transfert à
l'urgence de beaucoup, avec ça. Donc, c'est un projet en partenariat. Et on est
en train d'en…
Mme Dion
(Rosalie) : Oui. On est en
train d'en développer deux autres avec l'hôpital, un en santé mentale,
parce qu'on se rend compte que… bien, de leur côté, ils se rendent compte que
leurs lits en santé mentale, des fois, ils sont occupés, des fois, jusqu'à même
cinq ans, ils nous disaient ça l'autre jour, jusqu'à cinq ans, des clients qui
sont âgés, avec des troubles de santé mentale, qu'ils ne sont pas capables de
placer nulle part, qui se font refuser dans plusieurs centres d'hébergement, et
nous, on va les accueillir. On a demandé à l'agence de Montréal des fonds pour
pouvoir former notre personnel au niveau de
la santé mentale et on va les accueillir chez nous pour qu'ils puissent avoir
un milieu de vie autre qu'à l'hôpital. Donc, ça, c'est un projet qui
s'en vient, qui va débuter très, très prochainement.
Et l'autre
qu'on a aussi, c'est avec les médecins du CHSLD juif avec l'hôpital, où on
essaie encore de diminuer le plus
possible les différents transferts. Et même, on pensait par rapport à des
«PICC-line», par exemple, ou à des PEG qui sont comme des… — comment
je pourrais dire ça? — …
Mme Dion
(Rosalie) : …oui, un gavage ou des tubes qui sont insérés dans
l'abdomen, parce que les gens atteints de démence pourraient tirer
dessus et quelque chose... Souvent, on est obligés de les transférer à l'hôpital. Donc, on a ce projet-là où on va avoir
une entente avec eux, où, dans la même journée, ils vont aller
directement à la clinique faire reposer ce PEG là. Ils vont revenir directement
à la maison, donc sans passer par l'urgence.
Alors, on est en train de travailler aussi avec eux ce partenariat-là. Et je
pense que c'est vraiment, vraiment important d'avoir un hôpital comme ça
et des médecins, de part et d'autre, qui sont dévoués et dédiés à faire en
sorte que ça fonctionne.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin :
C'est intéressant, très intéressant. Ils sont en lien directement avec vous, ça
fait que ça apporte des solutions concrètes. Ce que je retiens aussi,
c'est que vous avez parlé de suivi, hein? On a beau… Aussi, ce qu'on a entendu
par d'autres groupes, il y a des politiques qui se mettent en place, mais après
ça ça prend du suivi puis de l'accompagnement pour que ces politiques-là
puissent se concrétiser puis s'adapter à des réalités
constantes qui peuvent se modifier au quotidien. Puis je pense que, dans ce que
vous venez d'expliquer, c'est un peu ça. Autant c'est vrai aussi au niveau de la formation, ce que vous
avez expliqué. Les gens doivent rester à l'affût des nouvelles technologies, de
tout ce qui peut changer rapidement, en évolution avec les problématiques que
les gens aînés, ou vulnérables, ou des adultes hébergés peuvent éprouver
en CHSLD.
Alors, c'est
très intéressant parce que je voyais, dans le résumé, que vous avez réduit, en
tout cas, de 33 % les transferts à l'hôpital, voyez-vous? Ça fait
que c'est un chiffre que je trouve super intéressant de voir, là, justement, avec ce que vous venez de nous expliquer. Donc, ça
enlève énormément de pression aussi sur l'hôpital puis des conditions, là,
que les gens se retrouvent à l'hôpital… Puis on sait que ce n'est pas l'endroit
idéal pour une personne aînée de se retrouver
à l'hôpital. Souvent, on a moins de temps pour s'occuper des gens, donc ce
n'est pas l'idéal. Alors, intéressant. On veut s'inspirer des bonnes
pratiques, ça fait que vous êtes là pour nous en faire part aussi.
Vous avez…
Bon, c'est sûr que ma prochaine question…
Vous avez développé une approche
novatrice. Il y a des personnes qui sont venues préalablement nous dire
que vous aviez accentué les soins à la personne beaucoup puis que vous
aviez réduit aussi beaucoup l'aspect administratif des choses. Est-ce que vous
pourriez nous en parler un peu plus de cet aspect-là?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Gold.
Mme Gold
(Barbra) : Oui, on peut
parler. Premièrement, c'était toujours dans la coutume de Maimonides de
travailler comme ça. Ce n'est pas quelque chose de nouveau, parce que,
vraiment, avec les familles qui sont très exigeantes,
elles sont très présentes, ça nous donne l'inspiration de vraiment travailler
pour les clients, pour les résidents. L'autre chose est qu'on a toujours
mis la plupart de nos ressources au «front line». On n'a pas une grande — est-ce
qu'on dit «administration»? — …
Une voix : Administration.
Gold (Barbra) : Oui, administration. Vraiment, la plupart est ici. On
a une directrice des finances puis une directrice
de qualité qu'il reste aux deux établissements aujourd'hui, mais c'est tout.
Alors, on n'a pas comme 15 cadres supérieurs. Alors, vraiment, on prend
l'argent puis on met tout proche du patient ou du résident. Voulez-vous ajouter
quelque chose?
Labrecque (Jacques) : C'est notre devise. S'il y a une plus-value pour
le résident, on le fait; s'il n'y a pas de plus-value pour le résident,
bien ça passera à la prochaine fois.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin :
Donc, votre action est centrée sur la personne.
M. Labrecque (Jacques) : Pour le
vrai, vrai.
Mme Gold (Barbra) : Oui, oui,
vraiment.
Gadoury-Hamelin : Alors, j'aimerais aussi vous entendre sur le
niveau de contrôle de la qualité, qui est un élément majeur afin d'assurer des services adéquats. Comment votre établissement s'y prend-il pour atteindre le meilleur contrôle de la qualité? Vous nous avez parlé de certaines collaborations, mais pouvez-vous nous en parler, là, au niveau d'assurer la
qualité des services chez vous? Avez-vous des méthodes particulières?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Dion? Mme Gold.
Mme Gold
(Barbra) : Premièrement, ma méthode, moi, je marche partout, je suis dans tous les établissements
chaque jour, sur les étages… pas chaque
jour, mais quand j'ai le temps, puis je parle à tout le monde. Puis je crois
que d'avoir une présence terrain, ça dit quelque chose pour la qualité.
Deuxièmement, chaque jour, on a à peu près 1 000
personnes qui visitent l'établissement à Maimonides. On a les proches, les bénévoles, il y a plusieurs personnes
présentes chaque jour. Ça nous aide aussi parce que ce n'est pas comme un travail isolé. Il y a plusieurs personnes à
chaque établissement. L'autre chose, c'est les types de cadres qu'on
engage. Les infirmières-chefs font la même chose. C'est ça que nous exigeons de
nos employés. Vous avez les autres idées pour la qualité?
M. Labrecque (Jacques) : Pour le
contrôle de la qualité, comme on l'indiquait dans notre mémoire, on est
accrédité au Conseil canadien de l'agrément et on est également désigné or de
Planetree en gardant le personnel aux aguets
parce que ces processus-là, hein, c'est des contrôles et c'est des mécanismes
de contrôle de la qualité continus. Alors,
c'est de même qu'on maintient l'intérêt puis qu'on garde le personnel aux
aguets puis… un peu nos surveillants. Ce
sont nos yeux et nos oreilles, hein, nos préposés aux bénéficiaires, nos
infirmières, nos infirmières auxiliaires. Il faut que les gens soient
conscients de ça et réalisent leur rôle. Et c'est de même qu'on les garde aux
aguets, impliqués.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Dion. Mme Flam.
Mme Flam
(Karen) : Oui. Je voulais ajouter qu'on a un «turnover», dans notre
équipe, qui est très, très, très bas, je ne sais pas le numéro, mais
c'est moins que 1 % par année, et aussi qu'on a un taux de…
Mme Gold (Barbra) : …de CSST est
très bas.
Mme Flam
(Karen) : Le taux est très, très bas chez nous, et ça fait une équipe
très, très, très puissante quand on a ces numéros comme ça. C'est très
important.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin :
Écoutez, moi, je vous remercie de votre éclairage et de votre témoignage. Je
retiens des choses intéressantes. Puis je vais céder la parole, M. le
Président, à ma collègue.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard
(Îles-de-la-Madeleine) : Merci, M. le Président. Bonjour.
Bienvenue. Est-ce que vous avez une liste d'attente à votre CHSLD?
Richard (Îles-de-la-Madeleine) :
Elle est longue? Oui?
Mme Gold (Barbra) : Oui, oui.
Richard (Îles-de-la-Madeleine) : Oui, il y a des gens qui
veulent aller parce que… Oui, je pense que c'est un modèle et ça peut se
répercuter à travers le Québec. J'ai été surprise de vous entendre parler…
bien, la moyenne d'âge, 86,6 ans, mais aussi
que 80 % de la clientèle est atteinte de démence. Ça, j'ai été surprise de
voir la lourdeur. On sait qu'il y a un alourdissement dans les CHSLD,
mais 80 %... Peut-être vous pourrez nous en glisser un mot.
Puis je
voulais parler d'organisation aussi sur les étages ou par profil. Parce qu'il y
en a qui sont venus nous dire qu'ils
préféraient que ce soient des… par multiclientèles, que les gens soient
différents pour ne pas être regroupés avec des gens qui ont la même maladie, puis tout ça, ce qui fait un effet miroir
qui peut être désolant. Par contre, il y a aussi des bons côtés à regrouper par profil les clientèles
au niveau des soins. Peut-être que vous pouvez nous dire comment vous
êtes organisés par rapport aux services.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Dion.
Mme Dion (Rosalie) : Oui. Donc,
comme j'expliquais tout à l'heure, nous, on a fait du regroupement de
clientèles, et c'est depuis très longtemps…
Mme Gold (Barbra) : Très longtemps.
Mme Dion
(Rosalie) : …que ça
fonctionne de la sorte. Ça veut dire qu'il y a des unités où on peut retrouver
de la démence légère à modérée. On a d'autres unités où on n'a aucune atteinte
au niveau cognitif, donc c'est là où on retrouve
toute cette même clientèle là. Et on a aussi une unité où on a plus des troubles
de santé mentale. Des gens plus mobiles,
mais avec des troubles de santé mentale, sont regroupés sur une unité. Et on a
aussi une unité qui se retrouve à être celle avec les comportements
perturbateurs. Donc, toutes nos clientèles errantes, nos clients très
agressifs, qui crient énormément, vont se retrouver sur cette unité-là.
Je vous
dirais qu'il y a des bons coups et il y a des avantages et des désavantages à
avoir un regroupement de clientèles,
mais je vous dirais que, pour avoir vécu les deux — parce que ça ne fait pas tout à fait un an
que je suis arrivée comme directrice à Maimonides et au CHSLD juif — je me
rends compte qu'il y a probablement beaucoup plus d'avantages à les avoir regroupées sur les mêmes unités. Des fois, c'est
plus difficile, on s'en rend compte aussi, pour les familles. C'est souvent avec eux autres qu'on a le
plus de difficultés. Quand on vient à transférer un client qui ne
répondrait plus à une unité parce que la démence devient de plus en plus sévère
et il commence à crier, des comportements qui apparaissent, on doit le
transférer, des fois, c'est la famille qui vient à trouver ça difficile.
Mais je vous
dirais que l'intégration se fait bien, et le personnel aussi développe des expertises en travaillant
avec ces clientèles-là. On voit vraiment que, sur chacune des unités, on a
différents types de... Et ils ont vraiment, chacun, trouvé leur bonne unité pour travailler, je vous dirais. Donc, au troisième étage, on a des gens qui sont
très résilients, très patients, qui
sont avec la clientèle qui est plus perturbatrice. Alors, c'est une façon aussi
qu'on a, si vous voulez, d'organiser les soins. Tu voulais ajouter
quelque chose?
Mme Flam (Karen) : Oui. On a été
capables aussi de changer l'environnement. Disons que, sur un étage, l'éclairage est un peu différent dépendant de la
clientèle sur cet étage, et on peut même changer l'environnement dépendant du quart de travail aussi. Ça fait une
grosse différence d'être capable de changer l'environnement.
Je veux aussi
dire qu'on peut offrir des loisirs complètement adaptés pour chaque profil. Au lieu de faire des grands événements
dans une grande salle, on peut avoir des petits intervenants, même un sur un,
disons, pour la musique et pour quelque chose qui est très important pour quelqu'un
qui est en fin de vie avec la démence, un programme de musique où quelqu'un
rentre juste un à un, ou même avec l'aromathérapie, ou des choses qui sont très faciles à faire. Mais, quand le profil est
différent sur chaque étage, ça aide beaucoup, ça facilite.
Le Président (M. Bergman) : Mme
la députée des Îles-de-la-Madeleine, il vous reste une minute.
Richard
(Îles-de-la-Madeleine) : Oui, merci. Peut-être, en terminant, j'aimerais parler de
financement. Parce que vous abordez, dans
votre mémoire, la question du financement à l'activité plutôt que le
financement historique. Alors, je vais vous laisser répondre pour cette
minute, voir comment vous voyez le financement, là, qui serait plus axé sur les
besoins.
Le Président (M. Bergman) :
M. Labrecque, pour une courte réponse.
Labrecque (Jacques) : Oui.
Ce qu'on suggérait, là, c'est dans le mémoire, c'est d'avoir des méthodes de
calcul de l'intensité des soins. On sait que
nos budgets sont basés sur des bases historiques, mais il y a
des outils qui existent, il y a des outils qui sont, d'ailleurs, en
essai, on parle d'ISO-SMAF, qui ne couvrent pas tout, mais éventuellement on
pourrait avoir un outil qui va couvrir l'ensemble des services à offrir aux personnes
âgées et avoir une mesure qui nous permettrait d'établir des ratios, ce qui
permettrait d'établir un budget.
Le Président (M. Bergman) :
Alors, Mme Dion, pour une courte...
Mme Dion (Rosalie) : J'ajouterais,
par rapport à ce que M. Labrecque disait, l'ISO-SMAF, qui s'en vient, qui nous a demandé d'être utilisé à partir du 1er
avril avec notre clientèle, va nous aider à parler tous le même langage
au niveau des profils, des 14 profils. Évidemment, de
pouvoir avoir... Parce que ce n'est pas vrai que, quand on travaille au troisième étage… je reviens toujours à mon
troisième étage avec ma clientèle avec des comportements perturbateurs,
je n'ai probablement pas besoin du même nombre de personnel, ou le ratio peut
être différent, infirmières, infirmières auxiliaires, préposés, que sur une
unité où je suis en soins palliatifs, où mes résidents sont grabataires et
qu'ils sont complètement, complètement dépendants. Donc, c'est là où ça devient
un peu difficile, pour l'instant, de savoir...
Le Président (M. Bergman) :
En conclusion, s'il vous plaît.
Mme Dion (Rosalie) : Pardon?
Le Président (M. Bergman) :
En conclusion, s'il vous plaît.
Mme Dion
(Rosalie) : Oui. De
savoir comment bien gérer ces ratios-là. Je pense que c'est des outils qui
devraient nous être fournis pour pouvoir mieux soigner ces gens-là.
Le Président (M. Bergman) :
Maintenant, pour le temps de l'opposition officielle. Et je vais commencer les
questions moi-même, étant donné que le Centre hospitalier gériatrique
Maimonides est dans le beau comté de D'Arcy-McGee.
Alors, merci
pour votre présentation. Et, félicitations, vous avez reçu, comme premier CHSLD
en Amérique du Nord, la
reconnaissance Or du groupe Planetree, une organisation internationale qui
favorise la prestation de soins et de services à la personne. Alors,
félicitations pour avoir reçu cette reconnaissance.
Mercredi
passé, on a reçu devant nous Dre Catherine Vanasse, qui est une gérontologue de Sherbrooke. Elle avait
des beaux mots pour vous. Elle nous a expliqué que vous avez une administration
qui était vraiment linéaire et pas pyramidale.
Alors, peut-être, pendant vos explications et les questions
ce matin, vous avez expliqué cette différence, mais, pour être formel, est-ce
que vous pouvez expliquer pour la commission les différences entre l'administration
linéaire et celle pyramidale et pourquoi ça apporte des bénéfices à votre
centre?
Labrecque (Jacques) : Je
vais commencer la réponse. Effectivement, on a une structure très linéaire. En fait,
ce qu'on a comme objectif,
c'est de toujours réduire le niveau d'autorité entre celui qui
prodigue, qui donne les soins et son
patron. En partant, on n'a pas d'assistante infirmière-chef, les infirmières
sont toutes chefs d'équipe. Elles doivent superviser leur équipe de
préposés aux bénéficiaires, d'infirmières auxiliaires et leur aile. Une aile,
chez nous, c'est 17 lits. Alors, c'est la responsabilisation des infirmières. Et c'est à ce
niveau-là que ça commence. Elles répondent à une infirmière-chef et une
directrice des soins, c'est tout. C'est notre structure. C'est une structure
qui est excessivement linéaire. Les gens
sont responsabilisés. De cette façon-là, on leur apprend à être responsables et
on leur apprend aussi à répondre à la
bonne personne. Et c'est de cette façon-là que ça fonctionne depuis très
longtemps et, je vous dis, ça fonctionne très bien.
Mme Gold
(Barbra) : …peut-être un peu
plus facile aussi parce qu'on a seulement une mission. On n'est pas en CSSS, on a seulement une mission CHSLD. Je crois
que c'est beaucoup plus facile. Moi, avec mes collègues, quand je parle avec les directeurs généraux des CSSS, c'est plus
difficile parce qu'ils ont plusieurs missions, alors ils ont plusieurs
chefs. Alors, c'est quelque chose que nous
sommes très chanceux d'avoir gardé, c'est d'être un CHSLD qui n'est pas
intégré dans un CSSS. Puis c'est peut-être une
partie aussi de la réponse.
Président (M. Bergman) : Merci. Dans votre mémoire, vous faites
référence à l'accès aux places en CHSLD public pour la clientèle
d'expression anglaise et la clientèle provenant des communautés culturelles et
vous dites que l'accès à ces places est limité, et ce qui fait des listes
d'attentes qui sont longues. Et, pour quelques clients, quelques patients, ils sont obligés d'être hébergés dans un
CHSLD en dehors de sa communauté pour une longue durée de temps. Sachant que les personnes qui vont dans ces CHSLD,
elles sont là pour seulement quelques années, comment est-ce que ces personnes composent avec ce délai? Et quelles
suggestions est-ce que vous avez pour être certains que les places pour
les personnes de la communauté anglaise, les communautés culturelles soient
améliorées?
Mme Gold
(Barbra) : C'est une bonne
question. C'est difficile parce que les numéros changent chaque année.
Alors, on doit regarder comme une photo des prochains 10 ou 15 ans qu'est-ce
qui va arriver à chaque secteur. Mais, premièrement,
je crois que tout le monde doit connaître leurs droits. Si on ne connaît pas
qu'on a le droit d'avoir une place dans
un CHSLD de notre langue ou notre religion, on ne demande pas. Parce que
vraiment on en a plusieurs à Montréal, puis c'est vraiment d'avoir comme
la coopération entre tous les secteurs. On travaille très, très bien avec
l'agence de Montréal. Avec le système
central d'admission, ça marche, c'est excellent, parce que c'est là-bas qu'ils
savent s'il y a quelqu'un, dans un autre secteur, qui attend un lit à
Maimonides ou attend un lit ou dans l'hôpital chez moi, parce que c'est centralisé. Moi, je suis un peu peur dans les prochains
mois, si on va perdre ça puis ça va être décentralisé. Puis, si ça vient décentralisé à Montréal, je ne
suis pas certaine que ça va marcher comme il marche maintenant, où ça
marche assez bien. Voulez-vous ajouter quelque chose?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Dion.
Mme Dion
(Rosalie) : …non.
Le Président (M. Bergman) :
Une question reliée à cette question. Vous faites référence aux contributions et que le tarif doit être modifié lorsqu'un seul
membre d'un couple est hébergé et pas les deux, pour permettre à celui
qui n'est pas hébergé au CHSLD pour rester
au domicile. On a entendu, la semaine passée, la question des couples qui
doivent faire des divorces pour être admis et pour leurs finances. Et je pense
à cette question des finances pour ces couples et comment est-ce qu'on peut améliorer, et aussi à la question quand les
couples sont d'une communauté culturelle et ils doivent être hébergés un dans leur communauté culturelle et l'autre dans
un CHSLD qui n'est pas dans la communauté, l'effet difficile sur le couple, l'effet difficile sur leur famille. Sur
les deux aspects, est-ce que vous pouvez nous donner un éclairage, s'il
vous plaît?
Mme Gold
(Barbra) : Alors,
premièrement, pour le financement, vraiment, pour les couples, c'est
parfois — pas
toujours — très
difficile, on voit ça. On les aide à faire ce divorce blanc ou quelque chose… Comment dire? Mais vraiment je
crois qu'on doit regarder les règles
quand quelqu'un est toujours marié avec l'époux vivant parce que
c'est très, très difficile de prendre 1 400 $ par mois
puis maintenant l'autre personne doit payer le bail, doit payer
sa nourriture puis elle doit prendre une grande
partie de son argent
pour donner au CHSLD. Ce n'est pas la même chose quand la personne est veuve.
On dit ça «veuve»?
Une voix : Oui, exact.
Mme Gold (Barbra) : Oui, c'est ça. Puis l'autre chose, on travaille très, très fort pour… «to collect» le
bail de tout le monde. Puis qu'est-ce
qu'on a suggéré d'avoir comme un «direct deposit», très facile, je crois que ça
va aider plusieurs établissements qui ont des grandes difficultés avec
le paiement des autres clients. Parce que vraiment, si on est seul puis on est capable de payer, les règles ne sont
pas compliquées. On doit aider à cette partie. L'autre question,
c'était… Je ne me souviens pas.
Mme Gold (Barbra) : Voulez-vous
répondre à ça? Non?
Labrecque (Jacques) : Je sais que cette situation-là existe. Je me
souviens, il y a quelques années,
dans les Laurentides, on avait ce qu'on appelait la règle du couple. Mais je
n'ai pas réellement de solution, là, à apporter, là, actuellement. C'est
vrai que c'est une problématique, mais…
Mme Gold (Barbra) : …dans les
différents établissements, non, je n'ai pas une suggestion non plus pour ça.
Président (M. Bergman) : Sur la question… vous avez fait
référence que vous avez des lits d'hébergement permanents, des lits d'hébergement temporaires de répit et les lits dans
le cas du programme d'évaluation pour hébergement, Programme 68, à
Montréal. Et je sais que j'ai eu des discussions avec des membres de votre
organisation, on a eu beaucoup des
questions, des appels au bureau de comté, cette fameuse question des lits
d'évaluation, et lits de transition, et finalement les lits permanents,
et les problématiques que les patients encourent.
Un groupe
qu'on a eu la semaine passée a dit à nous : Peut-être, les évaluations
doivent être faites quand le patient est dans l'hôpital. Et pouvez-vous
nous éclairer sur cette question du Programme 68 et le programme de trois
étapes : la transition, l'évaluation, le lit d'attente et le lit
permanent?
Et finalement, dans ce même aspect, on a eu la
question qui a été posée ou mentionnée la semaine passée qu'il y a la question de dumping des patients,
peut-être pas dans l'aspect de l'évaluation, mais des fois, des CHSLD envoient un patient à l'hôpital, l'hôpital
dit : Ce n'est pas pour nous, on n'a pas de place. Et l'hôpital, même dans
l'hiver, peut mettre un veston sur le
patient et envoyer le patient dans un taxi à un CHSLD. Je pense, même à un
jeune âge, quand quelqu'un vous envoie dans l'hiver avec seulement un
veston pour aller à quelque place dans un taxi, c'est inhumain.
Mais c'est deux questions différentes.
J'aimerais premièrement parler de cette question d'évaluation, les lits
d'attente et les lits permanents et l'effet difficile sur les patients et
certainement sur les familles.
Mme Gold (Barbra) : Premièrement, le
Programme 68 ou le PHPE — le nom change chaque mois — c'est
vraiment… pour nous autres, ce n'est pas un bon programme. Je crois qu'on n'a jamais
envoyé quelqu'un de notre Programme 68 à la maison. Ils sont tous devenus longue
durée. Parce qu'ils sont arrivés comme ça, ce n'est pas
compliqué. Moi, je ne suis pas infirmière,
ni médecin, je peux regarder les clients qui arrivent dans ce programme. Certainement, ils sont plus que
3 h 30 min de soins, c'est des cas très compliqués, ils ne sont
pas en évaluation. Alors, c'est une autre étape pas... Peut-être
que les autres établissements, ils ont les autres expériences, mais, pour nous
autres, on n'a jamais
envoyé quelqu'un à la maison après l'évaluation. Ils sont tous
devenus longue durée. Le dumping, envoyer quelqu'un par taxi, ce n'est jamais
arrivé avec nous autres. Non. On n'a jamais vu ça dans l'hôpital, à Maimonides
ou au CHSLD juif. Les clients arrivent parfois le soir, minuit, ça peut
arriver, mais ils arrivent dans une auto, ou avec une ambulance, ou avec un
taxi-van, transport adapté, avec quelqu'un qui l'apporte à l'étage. Alors,
voulez-vous ajouter?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Dion.
Dion (Rosalie) : Ce que
j'aurais à ajouter, c'est tout
simplement par rapport à... Il n'y a pas de dumping de cette façon-là, mais je
vous dirais qu'on ressent de plus en plus de pression aussi. Si on avait
une travailleuse sociale de l'établissement avec nous... Les équipes
sociales se sentent vraiment sous pression d'accepter différentes sortes de clientèles rapidement. Et souvent ce
qu'on a sur papier, quand la personne arrive chez nous, on se rend compte que
c'est très différent, l'évaluation ne nous démontre pas la même personne, alors
là, il faut s'ajuster avec ça. Donc, je ne suis pas certaine que l'utilisation
du Programme 68 soit optimale, honnêtement, pour l'instant.
Le Président (M. Bergman) : Mme
la députée de Gatineau.
Mme Vallée : Alors, merci
beaucoup. Je voulais vous entendre davantage sur toute la question de l'arrêt
du recours au personnel des agences, parce que
ça semble être quand même un élément clé de votre succès, c'est-à-dire le taux de rétention dont vous parliez tout à l'heure, qui est quand même
très fort, peu de roulement du personnel, pas de recours aux agences. Donc, vous avez un personnel qui reçoit une formation,
qui est sensibilisé aux besoins bien spécifiques de la clientèle que vous hébergez. Comment vous avez réussi à ne pas
avoir recours aux agences? Parce que je
pense qu'il y a des bonnes pratiques qui ont cours dans
différents établissements au Québec, puis on doit être capables de s'en
inspirer pour les appliquer ailleurs. Et puis je sais que le recours aux
agences, notamment en Outaouais, il est très, très élevé. J'aimerais vous
entendre un peu sur la façon dont vous êtes arrivés à ce taux de roulement très
bas puis à ne pas recourir aux agences.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Gold? M. Labrecque.
Labrecque (Jacques) : On
s'est inspirés de notre propre expérience. On venait de Maimonides, et
Maimonides n'a jamais utilisé de personnel d'agence. Lorsqu'on nous a demandé,
en 2005, d'aller au CHSLD juif de Montréal pour voir qu'est-ce qui se passait, on
s'est aperçu qu'il y avait beaucoup d'agences et on s'est aperçu que ça
créait beaucoup d'insatisfaction du personnel, beaucoup de manque de continuité
dans les soins. Alors, on a réfléchi quelques jours et on s'est donné comme
date butoir le 15 octobre 2005 pour...
Mme Gold (Barbra) : On est arrivés
le 1er septembre.
Labrecque (Jacques) : On est arrivés au mois de septembre, on s'est
donné comme date butoir le 15 octobre 2005 d'arrêter les agences,
et on s'est donné quatre, cinq semaines de recrutement intensif, et on est
partis à neuf au 15 octobre, plus
d'agence. Et, à partir de cette date-là, j'ai eu énormément de téléphones des
agences qui se demandaient ce qui se
passait, mais on leur a dit : On ne fait plus appel à vos services. Ça a
demandé énormément de sacrifices de la part du personnel restant parce qu'évidemment ils avaient une charge de travail.
Et on a reconstitué une équipe d'infirmières, d'infirmières auxiliaires
et de préposés aux bénéficiaires de notre propre liste de rappel. Et, après
trois mois, c'était stabilisé, on avait nos
équipes à nous, avec plus de monde, avec le syndicat qui était heureux parce
que c'étaient plus de membres, hein?
Puis ils arrêtaient de chicaner parce que
des agences leur volaient des jobs. Puis on a commencé, et, depuis ce
temps-là, ça dure. On n'a pas refait appel aux agences d'aucune façon depuis
Je pense qu'il faut, en quelque part, décider
que c'est fini, pour ceux qui peuvent le faire, puis d'avoir notre partenariat avec le personnel et avec nos
syndicats, parce que c'est nos
partenaires, d'expliquer la situation, et tout le monde est gagnant dans
ça. Mais ça prend une volonté locale, politique, ça prend une volonté de cesser
cette pratique-là. C'est très cher pour le
réseau, ça ne donne aucun service direct… ou très peu de services directs, je
devrais dire. Et ce n'est pas de même
qu'on développe un sentiment d'appartenance, ce n'est pas de même qu'on
développe une préoccupation pour la
clientèle. Si aujourd'hui je suis à une place, demain je suis ailleurs puis ça
ne me dérange pas d'être là… Et c'est ce qu'on a développé et on a
effectivement beaucoup de succès. Depuis 2005, on n'a pas fait…
Le Président (M. Bergman) :
Mme Gold.
Mme Gold
(Barbra) : Si je peux
ajouter. Si tous les hôpitaux puis tous les CSSS à Gatineau décidaient
ensemble de ne pas utiliser les agences, ils
ne vont pas avoir le business. Ils doivent engager les infirmières à chaque
établissement. Mais, si on trouve que quelqu'un continue à utiliser les
agences, ça ne marche pas. Mais, si tout le monde décidait ensemble de
couper les agences : On décide le 1er janvier, le 15 avril, ils
choisissent une date puis, si tout le monde gardait ça, vous allez avoir un
succès.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée : Mais vous
arrivez quand même… En mettant de côté les agences, vous avez aussi un taux de roulement qui est très faible, et ça aussi, c'est
un élément. Alors, comment vous vous êtes attaqués… Qu'est-ce que vous
faites que les autres ne font pas pour avoir ce taux de roulement qui est…
Mme Gold (Barbra) : …c'est les familles, c'est le conseil d'administration. Ce n'est pas
très bureaucratique, tout le monde
parle à tout le monde. Moi, je marche dans le centre, je peux parler avec le
personnel d'entretien ménager, dans la cuisine,
à midi. Ils me disent : Bonjour, Barbra! C'est vrai, on ne voit pas ça
dans les autres établissements. Alors, tout le monde est vraiment très
proche. Alors, c'est un feeling qu'on a dans les deux établissements. C'est
depuis plusieurs années,
ça n'arrive pas dans deux semaines. Voulez-vous ajouter? Mais j'ai mes
collègues ici, ils sont arrivés à Maimonides, ils restent 15 ans, 20
ans. Jacques est là depuis combien…
M. Labrecque
(Jacques) : 18 ans.
Mme Gold (Barbra) : 18 ans. L'ancienne directrice des soins, qui viendra cet après-midi
pour présenter — parce que
c'est Lucie Tremblay, qui est la présidente maintenant de l'Ordre des
infirmières du Québec — était là aussi pour comme
15 ans. Maintenant, j'espère que Rosalie sera là pour 15 ans. Karen est là
depuis 10 ans. Alors, c'est aussi au niveau
des cadres, pas seulement au niveau… On a des employés, plusieurs qui
travaillent depuis 30 ans au même
établissement. Je vous inviterai à notre Long Service Award Ceremony l'année
prochaine, c'est vraiment beau.
Mme Dion
(Rosalie) : On vous invite tous de venir nous visiter, également.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Avant, je voudrais aussi aborder une autre question — parce
qu'on n'a pas énormément de temps — qui est toute la question des adultes, donc
tous ceux et celles qui ne sont pas des aînés, qui sont hébergés au
centre. Comment on répond à leurs besoins
particuliers? Est-ce que vous avez mis en place quelque chose de spécifique
pour répondre aux besoins parfois de ceux et celles qui ont des familles, qui
ont des enfants, qui ont de jeunes enfants qui viennent mettre de la vie dans
les corridors, qui ont des besoins au niveau des activités puis qui ont des
besoins de stimulation qui sont autres que ceux d'une personne de plus de 85
ans?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Dion.
Mme Dion (Rosalie) : Oui. On fait ce qu'on peut, en ce moment, honnêtement, pour répondre à
ces besoins-là. Ce n'est pas toujours
évident. On a beaucoup d'endroits, à Maimonides entre autres, où on a des accès
à des ordinateurs, à Internet
gratuit. On a une bibliothèque aussi où certains peuvent aller. On a des aires
communes qui sont assez grandes pour
les familles. Et on n'a pas d'heure de visite non plus. Donc, la famille qui
veut se présenter à toute heure du jour ou du soir peut arriver sans
problème. On est très accueillants dans ce sens-là.
fait ce qu'on peut pour accommoder les besoins particuliers, mais, puis c'est
un peu pour ça qu'on en parlait dans
notre mémoire, ça devient difficile parce qu'ils sont mélangés avec les autres.
On va essayer avec… On a beaucoup de
bénévoles. On a des activités à un à un qui peuvent être faites, où on essaie
de regrouper cette clientèle-là ensemble pour des activités
particulières, mais ce n'est pas évident. Je vais vous avouer que ce n'est pas
évident.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Flam.
Flam (Karen) : On a créé des aires d'activité qui ont l'air vraiment
d'un appartement. C'est comme un salon,
une cuisine, une table à manger, un «flat screen» télévision. Et, je me
souviens, un soir, après qu'on avait fait… On a un résident qui est dans
la quarantaine, il a une blonde, il a deux enfants, il avait un chien, il a
deux parents, et ce soir-là, c'était sa
fête, et dans... J'ai les larmes aux yeux quand je vous raconte cette histoire.
Imaginez-vous un homme très jeune qui
se trouve dans un CHSLD et puis il est maintenant... C'est le soir, sa mère a
apporté la bouffe, le spaghetti est sur le poêle qui est là, dans la
section cuisine, la mère avait fait la table avec un gâteau pour sa fête, le
chien était là, les enfants étaient là. C'était comme un «snapshot», exactement
ce qu'on essaie de faire tous les jours.
n'est pas facile avec presque 400 clients, mais on essaie, on fait l'effort. Ce
n'est pas pour rien qu'on est le premier
CHSLD Planetree Gold, parce qu'on essaie d'aller un peu plus loin. Notre plan
stratégique, on l'appelle notre plan More Than Care, au-delà des soins.
On est toujours au-delà des soins. Et ce n'est pas juste moi ou Barbra, c'est
les gens qui travaillent dans la cuisine. On
a commencé un programme cette année — je ne sais pas si j'ai le temps — on
appelle ça Undercover Boss.
voix : Not so undercover boss.
Mme Flam (Karen) :
Vous connaissez le programme Undercover Boss? C'est quand le CEO d'un
organisme, il porte une perruque et il va travailler dans son...
Une voix :
Undercover.
Mme Flam
(Karen) : …undercover. Mais, chez nous, il n'y a rien qui est
«undercover», je vous le dis.
Une voix :
Tout le monde connaît tout le monde.
Mme Flam (Karen) :
Et puis Rosalie, elle est allée travailler dans le…
Mme Dion
(Rosalie) : «Housekeeping». Avec, oui, les gens de la maintenance
puis…
Mme Flam (Karen) :
«Housekeeping». O.K.? Elle est allée travailler un quart de travail au complet
dans le «housekeeping». Vous savez qu'est-ce
que c'est, ça, pour voir les gens, voir ça, la directrice des soins faire ça?
Elle a porté ses souliers, ses
bottes, son uniforme. Et moi, j'étais dans la cuisine et j'ai travaillé toute
une journée dans la cuisine. Je trouve,
ces personnes qui travaillent, ils sont mes héros maintenant. Ils travaillent
tellement fort. Et puis c'était incroyable, ils sont tous mes amis maintenant. Je n'ai jamais faim. Tout le monde
veut me faire un bol de soupe parce que j'ai travaillé. Mais ça, là, c'est aller au-delà des soins, et ce
n'est pas difficile à faire, ce n'est pas vraiment quelque chose qui
coûte beaucoup d'argent, mais c'est l'esprit de corps que nous avons chez nous.
Le Président (M. Bergman) :
Malheureusement, le temps s'est écoulé. On peut vous...
Le Président (M. Bergman) :
Alors, Mme Gold, Mme Dion, M. Labrecque, Mme Flam, merci pour votre
présentation. Je suis très fier certainement de partager votre expertise avec
nous. Alors, on vous remercie beaucoup.
Collègues,
compte tenu de l'heure, je suspends nos travaux jusqu'à après les affaires
courantes, cet après-midi. Vous ne pouvez pas laisser vos documents ici
pendant l'heure du lunch.
(Suspension de la séance à 11 h 59)
Président (M. Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, collègues, à l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Je vous
rappelle que la commission est réunie afin de procéder à des consultations
particulières et des auditions publiques sur les conditions de vie des
adultes hébergés en centre d'hébergement et de soins de longue durée.
Nous avons
devant nous l'Ordre professionnel des diététistes du Québec.
Bienvenue. Vous avez 10 minutes pour faire
votre présentation, suivi d'un échange avec les membres de la commission. Pour les fins d'enregistrement, on a
besoin de vos noms, vos titres. Et les prochaines 10 minutes, c'est à vous.
Mme Gagné (Anne) : Alors, bonjour,
M. le Président. Mon nom, c'est Anne Gagné, je suis nutritionniste et présidente de l'Ordre professionnel des
diététistes du Québec et je suis accompagnée de Mme France Bernatchez,
qui est également nutritionniste, et qui
travaille dans le réseau de la santé depuis 30 ans, notamment auprès de la
clientèle dans les soins de longue
durée, et qui est une jeune retraitée de quelques mois du réseau de la santé.
Alors, elle a une expérience de 30 ans. Ce sera intéressant de vous
parler d'expériences concrètes.
Alors, je voudrais saluer mesdames les députées,
messieurs les députés, et vous remercier de nous recevoir aujourd'hui. Nous
avons déjà fait parvenir notre mémoire, et je tiens à remercier ceux qui y ont
participé, parce que, souvent, c'est une contribution bénévole, alors, Mme
Bernatchez, Mme Annie Chapados, qui est à l'arrière de nous, Mme Nancy Presse,
Michel Sanscartier, Caryn Roll, Denise Ouellet, Janick Perreault et Joanie
Bouchard.
Alors,
considérant que j'ai peu de temps, je vais faire rapidement. Je ne sais pas
combien on a pour la période de questions, vous ne me l'avez pas
mentionné, M. le Président. Combien de temps pour la période de questions?
Président (M. Bergman) : Vous avez, là, 10 minutes, et on va gérer
le temps après avec nos membres de la commission. Mais les prochaines 10
minutes, c'est à vous, madame.
Mme Gagné
(Anne) : Parfait, merci.
Alors, rapidement. Je reconnais plusieurs membres de la députation ici.
Nous sommes venus, à l'automne, vous parler
déjà de la nutrition et l'alimentation des aînés. Pour faire un rappel et parce
qu'on est actuellement en période de Jeux
olympiques, parfois je fais une comparaison avec des athlètes qui doivent avoir
une alimentation performante, parce qu'ils ont des besoins particuliers, ils
doivent avoir… bien, vous savez qu'on gagne de
plus en plus. C'est parce qu'entre autres ils ont des nutritionnistes dans leur
équipe et il y a une attention particulière à la nutrition. Alors, les aînés, c'est la même chose, en fait. Ils ont
des besoins nutritionnels qui sont particuliers, performants.
Et pourquoi? Ce n'est pas les mêmes raisons.
Entre autres parce qu'au cours du vieillissement — ça, c'est les hommes, les femmes, on y passe tous — au cours du vieillissement, il y a une perte
qui est normale, une perte de la masse osseuse,
une perte aussi de la masse musculaire. Et aussi, en vieillissant, on a de
multiples pathologies, maladies cardiovasculaires, du cholestérol élevé
aussi, ostéoporose, ce qui augmente la vulnérabilité. Il peut y avoir aussi des
conditions physiologiques, conditions
sociologiques qui diminuent l'apport des aliments. Alors, les besoins
nutritionnels ne sont pas comblés, ce qui fait que, souvent, il y a un état de
malnutrition.
On en entend
parler beaucoup. Qu'est-ce que ça fait, la malnutrition? C'est ce qui fait que
la personne, éventuellement, elle est
fatiguée, des étourdissements. Elle peut aussi faire des chutes, des fractures.
Elle peut se retrouver à l'urgence, ce qui fait que les… Considérant que
ses besoins nutritionnels ne sont pas comblés, son séjour à l'hôpital, il peut
durer plus longtemps, ce qui fait que les lits sont vides au CHSLD, la personne
est en centre hospitalier.
Alors, je vous fais un
portrait assez noir, mais on a des solutions. On a trois recommandations à vous
faire aujourd'hui. Et, vous savez, c'est un
dossier qu'on connaît très bien, on a présenté plusieurs mémoires au cours des
ans. Et les trois recommandations que l'on fait, elles sont à la page 5 de
notre mémoire. Premièrement, de dépister les problèmes
nutritionnels à l'admission et en cours de séjour pour tous les adultes
hébergés en établissement de soins de longue
durée. La deuxième recommandation, s'assurer de combler les besoins
nutritionnels de tous les résidents dans l'offre alimentaire. La troisième, assurer l'accès à des soins nutritionnels en
introduisant une orientation ou une norme sur les effectifs de diététistes nutritionnistes dans les
CHSLD. On pourrait élaborer un peu plus lors de la période des questions
et des échanges.
Lorsqu'on parle, par exemple, de combler les
besoins nutritionnels, vous savez, une personne, par exemple, peut avoir un plateau devant elle, mais peut-être
qu'elle ne mangera pas tout ce qu'elle a devant elle pour différentes
raisons. Peut-être qu'elle n'est pas capable
de s'alimenter seule, peut-être aussi qu'il y a eu une mauvaise nouvelle, un
décès d'un proche, de son conjoint.
Ça peut arriver aussi qu'elle a des problèmes de déglutition. Il peut arriver
aussi qu'elle a un plateau devant
elle, elle va tout manger, mais ça ne correspond pas aux besoins nutritionnels
de cette personne-là, parce que, vous savez, on est au-delà du Guide
alimentaire canadien. Alors, c'est pour ça qu'on recommande de faire un
dépistage nutritionnel, entre autres, dès l'arrivée. Et les trois
recommandations qu'on a présentées ici, elles sont en lien avec le rapport du
Vérificateur général, qui a été publié en 2011 et qui fait aussi ces
recommandations-là.
Je ne veux
pas vous inonder de chiffres, mais j'ai retrouvé, dans un document qui a été
publié par le ministère de la Santé
en 2011, produit par des gériatres, des médecins gériatres... Et ça dit, entre
autres, que «la malnutrition et son corollaire, la perte de poids, sont
associés, chez la personne âgée, à une augmentation de la mortalité, qui peut
s'étendre de 9 % à 38 % de un an à deux ans et demi après la perte
initiale».
J'ai un autre
document ici, un
article qui a été publié en 2008, parce que je sais que le
budget, l'économie, c'est important pour
vous aussi, puis les citoyens également. Alors, ce qu'on dit, c'est que la
dénutrition, si elle n'est pas traitée, elle entraîne des hausses de
coûts reliés aux soins de santé allant de 180 % à 450 % de plus si on
ne s'en occupe pas.
Un dernier document
qui a été produit par l'Agence de la santé et des services sociaux de la
Montérégie, très récent, ça, c'est
assez novateur. Alors, c'est un guide des meilleures pratiques en matière
d'alimentation dans les CHSLD. Et, lorsque
je vous parlais tout à l'heure d'avoir accès à des soins nutritionnels puis
d'avoir des ratios… On vous en parlera un peu plus tout à l'heure. Alors, ce qu'on dit dans ce document-là, c'est
que… Nous, ce qu'on recommande, c'est un ratio d'une diététiste pour 100 à 250 résidents, et ce qui est écrit ici,
c'est que, dans le réseau de la santé actuellement, il y a un diététiste
pour 750 résidents. Et ce qu'on dit plus loin, c'est que «cette situation
soulève des préoccupations éthiques [considérant que] la littérature
[scientifique] indique qu'au moins 60 % des résidents [des] centres
d'hébergement souffrent de malnutrition».
Alors, vous comprendrez pourquoi c'est un sujet qui nous préoccupe beaucoup. Ça
fait des années qu'on en parle.
Puis
aujourd'hui je faisais une entrevue avec un journaliste et... parce qu'on a
envoyé notre mémoire sur le Web, et puis il m'a posé une question, puis
c'est rare que je suis déstabilisée par une question d'un journaliste. Et il
m'a dit : Considérant tous ces
chiffres-là, l'ampleur du phénomène, que ça fait des années que ça dure puis
qu'il y a des solutions, comment vous
vous sentez, comme nutritionniste? Et j'avoue que ça m'a... j'ai pris du recul
et je lui ai dit : Bien, je peux vous
dire un mot : C'est scandaleux. C'est scandaleux qu'on ne fasse rien quand
il y a autant de malnutrition, autant de problèmes. On peut parler de pandémie. Puis il y a des solutions, puis
ce n'est pas nécessairement d'augmenter les coûts, mais c'est de faire
mieux aussi. Alors, je ne sa