Institutions — 13 September 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CI 2023-09-13
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-neuf minutes)
Le Président (M.
Bachand) : Bonjour, tout le monde. Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions
ouverte. Je vous souhaite encore une fois la bienvenue.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et les auditions publiques du projet de loi n° 32, Loi instaurant l'approche de sécurisation
culturelle au sein du réseau de la santé et des services sociaux. On va
débuter.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par M. St-Louis
(Joliette) et Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) est remplacée par Mme McGraw
(Notre-Dame-de-Grâce).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Donc, ce matin,
nous allons entendre le Dr Stanley Vollant ainsi
que, il nous fait plaisir de les accueillir, des représentants et
représentantes du Bureau du Principe de Joyce. Alors, merci beaucoup
d'être avec nous. On s'excuse du léger retard. Alors, comme vous savez, vous
avez 10 minutes de présentation, puis après on aura une période d'échange.
Donc, je vous invite à commencer la présentation et à vous identifier, s'il
vous plaît. Merci.
Mme Petiquay-Dufresne (Jennifer) : Bonjour.
On m'entend-tu? Vous m'entendez? OK. C'est bon. (S'exprime dans une langue
autochtone).
Je m'appelle
Jennifer Petiquay-Dufresne. Je suis Attikamek de Manawan. C'est d'ailleurs dans
ma communauté que j'ai eu, moi aussi, mes premiers contacts avec le
système de la santé ainsi que mes premiers soucis envers ce même réseau, que
nous percevions tous comme hostile à prendre en compte nos réalités ou même
simplement nous traiter décemment. Avec moi,
j'ai Mme Alice Cleary, directrice de la protection sociale au Conseil de la
nation atikamekw, M. Sandro Echaquan, infirmer praticien spécialisé
première ligne, et responsable des soins infirmiers au Service de santé
Masko-Siwin, et professeur adjoint à la clinique de l'Université de Montréal,
et Me Alexis Wawanoloath.
Donc, la valeur ajoutée de la convocation du
bureau à cette consultation, bien que nécessaire à la suite des multiples
mentions du Principe de Joyce en commission hier, démontre l'intérêt que la
commission a de prendre en compte les diverses réalités autochtones, et nous
remercions cet intérêt.
Le Bureau du Principe de Joyce doit travailler
pour l'équité en santé pour les autochtones. Il est responsable de faire la promotion et les représentations
visant à faire adopter le Principe de Joyce par différentes instances,
organisations reliées à la santé, les
gouvernements fédéraux et provinciaux ainsi que les communautés autochtones en
tant que telles, car elles doivent toujours conjuguer avec des cadres coloniaux
restrictifs et imposés dans l'offre de services qu'elles peuvent faire à
leurs membres. Le bureau entend aussi contribuer aux efforts de reconnaissance
et de respect des droits traditionnels et vivants en matière de santé des
personnes autochtones.
Nous avons déposé notre mémoire et nous vous
laisserons en prendre connaissance. Vous pourrez constater, dans le fond, que
le Bureau du Principe de Joyce ne cautionne pas les pratiques coloniales
toujours présentes au sein du gouvernement
du Québec. Le Principe de Joyce est un exemple récent de la volonté inhérente
des Premières Nations et Inuits de trouver des solutions aux enjeux
qu'ils vivent de manière autodéterminée mais en coconstruction, selon nos valeurs. La sécurité culturelle ne pourra
s'actualiser dans un réseau de santé et services sociaux, tous secteurs pré, posthospitaliers
confondus, ainsi que hors établissement, sans la reconnaissance de l'évidence.
Le réseau, tel qu'il a été conçu, comporte des politiques, programmes et
services qui discriminent les personnes autochtones de par leur manque de
considération des réalités autochtones.
La législation, l'offre de services et les
façons de travailler ensemble doivent être transformées et revues de manière
coconstruite, avec une représentativité effective des autorités autochtones
compétentes. Cette façon de faire, quoique présentée comme innovante par son
caractère, moi, je dis que c'est loin d'être la bonne façon de faire, et ce
n'est pas notre façon, et ce ne sera jamais notre façon de faire.
Aujourd'hui, je suis plus fière des Québécois
que de son gouvernement en constatant l'ampleur du soutien que reçoivent à la
fois le Principe de Joyce ainsi que les efforts de reconnaissance du racisme et
de la discrimination, érigés en système dans
plusieurs services publics québécois. Je rappelle que, selon une étude de 2021,
66 % des Québécois reconnaissent la présence du racisme systémique.
Je répète le même message aussi que plusieurs
organisations ont nommé et nommeront : Il faut travailler ensemble, de nation à nation, sur ce projet de loi
si on veut envoyer le message clair aux usagers autochtones, qui sont encore trop nombreux à être craintifs d'aller chercher les
soins, les soins que leur état requiert. Sur ce, dans le fond, nous quittons
cette consultation et réitérons notre disponibilité à faire les choses
autrement, en tout respect. Bonne journée.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. Alors,
on va suspendre quelques instants. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 34)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir le
Dr Stanley Vollant. Alors, merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui.
C'est très apprécié. Vous connaissez les règles, un petit 10 minutes de
présentation, puis après ça on aura une période d'échange. Alors, Dr Vollant,
la parole est à vous. Merci beaucoup encore d'être ici.
M. Vollant (Stanley) : (S'exprime
dans une langue autochtone). Bonjour à tous... Je m'excuse. N'ayez pas crainte, je n'ai pas la COVID. J'ai une bronchite
qui tarde à guérir. Donc, j'ai passé plusieurs tests. Si je tousse, n'ayez
crainte. Je suis médecin. J'ai passé plus que tous les tests possibles et
imaginables.
Donc, bonjour à tous, Mmes, MM. les
parlementaires et membres de la commission. Je vous remercie de me donner cette chance de pouvoir exprimer mes
pensées et aussi mes opinions concernant ce projet-là sur la sécurisation
culturelle, qui m'importe vraiment beaucoup.
Je suis venu ici comme autochtone qui a une expérience de près de 40 ans
dans le système de la santé et aussi comme personne qui a étudié, enseigné le
concept de sécurisation culturelle depuis près de 20 ans. Et je n'ai pas fait de mémoire. Je vous le livre de
façon verbale, comme mes ancêtres ont toujours livré leurs pensées.
Donc, je suis un Innu de Pessamit, pour ceux qui
ne le savent pas. J'ai étudié en médecine de 1984 à 1989 à l'Université de
Montréal, 1989-1994, en spécialisation en chirurgie à l'UdeM. Et, durant cette
période-là, j'ai connu une période assez
tumultueuse qu'on appelle la crise d'Oka, que plusieurs d'entre vous ont vécue.
J'ai vécu l'insécurité culturelle à travers mes études scolaires,
universitaires. 1990 a été particulièrement marquante, où j'ai voulu quitter,
même, le pays face au racisme que je recevais au quotidien. J'étais... Je me
sentais protégé d'être dans le milieu universitaire, puis des médecins, des
universitaires me disaient : Vous êtes... tu es un sauvage, tu es un ci,
tu es un ça, vous êtes des bons à rien.
Pendant quelque temps, j'ai pensé aller en Europe pour me sauver, mais je suis
resté ici pour essayer de changer la perception des non-autochtones.
Donc, j'ai été médecin chirurgien aussi à
l'hôpital de Baie-Comeau en 1994, quand j'étais omni, donc, dans la région de Pessamit, où j'ai travaillé aussi au
centre de santé de Pessamit. J'ai été remplaçant à l'hôpital de Sept-Îles.
J'ai été chirurgien à l'Hôpital de Chicoutimi, 2003 à 2006. J'ai été
aussi directeur du Programme autochtone de l'Université d'Ottawa en faculté de
médecine pendant trois ans et membre du comité aviseur de l'Association des
facultés de médecine du Canada durant cette époque-là.
Donc, durant toute ma carrière, j'ai toujours
constaté les inégalités et iniquités en santé, état de santé moins bon chez les
Premières Nations, mortalité plus importante, difficultés d'accès aux soins de
santé. Depuis le début de mon parcours, j'ai
constaté ça, et ça ne s'améliore pas. Et je peux vous dire que, quand j'ai
gradué de chirurgie en 1994, je suis retourné à Baie-Comeau, les membres
de ma communauté et les aînés venaient me voir puis ils me disaient : Stanley, on est contents que tu sois à l'hôpital
de Baie-Comeau, on est contents, parce qu'on se sent insécures, on ne se
sent pas traités de façon équitable à l'hôpital de Baie-Comeau, on ne se sent
pas respectés, on se sent traités comme des citoyens de deuxième... de deuxième
ordre. Et ils me disaient : En étant ici comme médecin dans l'hôpital de
Baie-Comeau, même si tu n'es pas notre médecin traitant, ça nous sécurise, ça
nous sécurise que les médecins, les infirmières, les autres membres du
personnel vont nous traiter de façon plus équitable et de façon plus égale. Ils
pensaient aussi que ma présence permettrait de diminuer le racisme et la
discrimination qu'ils vivaient au quotidien.
Lors de mes remplacements que j'ai faits à
Sept-Îles de 1995 à 2003, j'ai constaté la même chose chez les Innus de
Sept-Îles, Uashat et aussi des gens qui venaient de la Basse-Côte-Nord, de Pakuashipi,
Unamen Shipu, Matimekush, dans le Grand Nord, la même perception encore
d'insécurité. En venant à l'hôpital de Sept-Îles, ils se demandaient s'ils
n'allaient pas être tués, carrément. C'est les mots qu'ils utilisaient. Ils
disaient : On ne fait pas confiance à
ces gens-là parce qu'on ne les comprend pas puis on n'a pas l'impression qu'ils
nous traitent de façon égale.
Donc, dans les années 2000, j'ai fait
partie de l'Association des médecins autochtones du Canada et j'ai fait
partie de plusieurs comités-conseils sur...
autochtones membres de l'Association des facultés de médecine du Canada,
qui regroupe les 17 facultés de
médecine au Canada, et on discutait, à cette époque-là, de développer les
compétences culturelles des étudiants de médecine et aussi de la santé,
infirmières et autres travailleurs de la santé, en changeant le curriculum des facultés de médecine, des
facultés de santé, incluant plusieurs ordres à travers tout le curriculum, mais
pas juste de donner juste un cours de trois heures, mais plusieurs
interventions de plusieurs formes à travers le curriculum pour rendre les
médecins et infirmières, travailleurs de la santé compétents culturellement.
Cependant, à partir de 2003, après avoir fait
des rencontres avec des médecins et d'universitaires de Nouvelle-Zélande, d'Australie, parce que je siégeais sur des comités
internationaux... Dans ces pays-là vit une importante population autochtone. Chez les Maoris...
20 % de la population de Nouvelle-Zélande est maorie, autochtone. Donc...
Et les aborigènes d'Australie constituent
10 % à 15 % de la population australienne et ont des conditions de
vie similaires.
Je vais vous donner une petite anecdote. Dans
les années 90, je lisais un
article du CMAJ, Canadian Medical Association
Journal. Je lisais la conclusion, qui disait : Bon, la population
autochtone, «aboriginal population», a tant de diabète, tant de suicides, tant
de problèmes de santé mentale. Je disais : Bon, c'est déjà connu. Il y a
déjà 10, 15 articles qui ont déjà mentionné ça. Je disais : Quel est
cet auteur qui répète la même histoire? J'ai tourné la première page. C'était
un
article écrit sur les aborigènes d'Australie. Et je me suis rendu compte que
les populations maories, indigènes, les
indigènes d'Australie avaient les mêmes caractéristiques de santé que les
populations autochtones en Amérique du Nord. Et ce n'est pas... On n'a
aucun lien génétique, pourtant, avec ces populations-là. Donc, ce n'est pas la
génétique. C'est des conditions sociales, les conditions de vie, la
colonisation, la christianisation aussi, les pensionnats, qui ont été
prédominants en Nouvelle-Zélande et en Australie.
Donc... Et, durant ces rencontres-là, je me suis
ouvert à la notion de sécurisation culturelle plutôt que de compétence, qui tourne autour des individus. La
compétence culturelle, d'ailleurs, le projet de loi, je pense qu'il tourne
beaucoup autour des individus. On parle plus de compétence culturelle. La
sécurisation culturelle est beaucoup plus large. C'est de créer un
environnement, des milieux de vie et de travail qui sont culturellement
sécuritaires. Ce concept a été développé en
1990, déjà, ça fait déjà 30 ans, et mis de l'avant par l'association des
infirmières maories, car les Maoris faisaient face à la même
discrimination systémique en santé sur la base de leur race, de leurs
différences de couleur et sociales, et ça avait des impacts importants sur la
mortalité et les complications qu'ils avaient lors des... du temps qu'ils
passaient dans le système de santé.
Donc, la sécurisation culturelle doit aller
au-delà et inclure la sensibilisation culturelle, qui reconnaît l'autre et sa
différence, qui doit aller aussi au-delà des connaissances culturelles qu'on
peut apprendre, qui permettent de connaître et reconnaître l'histoire, la
culture, les pensionnats, les conditions de vie des Premières Nations, doit
aller au-delà des compétences culturelles,
qui permet de traiter en respect et en connaissance de l'autre. Donc, la
sécurisation culturelle, c'est
beaucoup plus que ça. Donc, c'est vraiment inculquer à un système d'être
culturellement plus sécuritaire.
Et la prémisse de cette destination-là, la
sécurité culturelle, requiert que les individus et les organisations de santé reconnaissent et adressent leurs propres
biais inconscients, parce qu'il y a beaucoup de biais inconscients à travers
le système et à travers les individus, leur attitude, les stéréotypes qu'ils
ont des Premières Nations. Genre, quelqu'un arrive,
un autochtone arrive à l'urgence de Baie-Comeau ou de Sept-Îles : Il doit
être soûl, ça doit être quelqu'un sur le bien-être social, il doit être
drogué. Et ça arrive souvent. Et ça a des impacts sur les soins de santé. Et
aussi de reconnaître les iniquités, les
inégalités en santé, et la discrimination, et le racisme, ça fait
partie même
de la définition de la sécurisation culturelle.
La société et ses
constituants, dont l'éducation médicale, sont imprégnés de son... dans son
historique. La médecine a été créée sur des bases coloniales, et
malheureusement la culture du colonialisme s'est imprégnée dans cette façon de
faire là.
Et donc moi, personnellement, j'ai été éduqué à
l'école des non-autochtones au secondaire, au cégep, à l'université. J'ai fait
mes 10 ans d'université à Montréal. Et je me constate, des fois, comme une
pomme, c'est-à-dire rouge à l'extérieur et
blanc à intérieur, parce que ce qu'on m'a appris, c'est des valeurs d'une autre
culture et qui sont, des fois, invisibles, qu'on ne voit pas, qu'on ne
perçoit pas. Donc... Et c'est important de décoloniser ce système-là
d'éducation.
Il faut s'assurer aussi que les compétences
culturelles des individus et des structures du système sont... qui le
constituent soient adéquates, et je pense que les autochtones doivent
contribuer au processus et à l'élaboration du système
de sécurisation culturelle. Et aussi ça doit être des utilisateurs autochtones
qui doivent évaluer est-ce que l'interaction a été sécuritaire ou non.
Des exemples d'insécurité, je vais vous en
donner. Les patients de Pessamit, d'Uashat, de Manawan qui ont peur de
consulter à l'hôpital, et c'est encore vrai aujourd'hui, en 2023, ils ont peur
d'aller à l'hôpital, à la clinique, dans d'autres institutions parce qu'ils ne
se sentent pas compris et respectés. Ils se sentent traités différemment. Ils
ont même peur de mourir. C'est encore un fait très présent aujourd'hui et ça...
et souvent ça retarde la consultation. Les gens arrivent avec un diabète plus
avancé, un cancer plus avancé, une maladie plus avancée, complications,
mortalité plus élevée.
Il y a un
article du CMAJ, du Canadian Medical Association Journal, de mai 2021, qui a
été écrit par Dr McVicar, Dre Nadine Caron, une collègue chirurgienne
anichinabée qui travaille à Prince George pour UBC, et Dre Kimmaliardjuk, qui
est la première chirurgienne autochtone... chirurgienne cardiaque autochtone au
Canada, elle est Inuite, donc, une méta-analyse sur des taux de mortalité et
complications postopératoires qui a démontré qu'il y a une surmortalité et des
complications plus élevées chez les autochtones à travers le Canada quand ils
se font opérer. Ils pointent du doigt les
iniquités en santé, le racisme et les politiques coloniales. Donc, c'est un
article très récent. Puis il y a d'autres articles qui ont été publiés
par la suite.
Et, si, après l'application des notions de
sécurité culturelle, si on arrive à ça, à ce moment-là, dans quelques années,
je ne sais pas quand, bien, les autochtones vont pouvoir aller dans les milieux
de soins. Ils vont avoir un... Ils vont être
reçus de façon respectueuse, peut-être même en disant «kwe», «shé:kon» ou
«ullaakkut», juste pour accueillir les gens, dire : Je te traite en
égal, être traité en respectant les différences culturelles. Et ceci amènera
une meilleure collaboration des patients et des médecins. Cette
collaboration-là, qu'on appelle la relation patient-médecin, elle est cruciale
pour guérir quelqu'un. Et, je pense, ça pourrait bonifier et enrichir les deux
personnes, enrichir de cette richesse-là qu'on apprend de l'autre et qui
diminuera à long terme les iniquités et l'état de santé... et améliorera l'état
de santé des Premières Nations.
Bref, pour parler juste de
façon spécifique du projet de loi actuel, je pense que nous avons l'obligation,
comme autochtones et non-autochtones, de collaborer pour rendre la sécurisation
culturelle nécessaire et obligatoire dans le système de santé et probablement
aussi dans d'autres domaines, parce que l'insécurité culturelle se vit au
niveau de l'éducation. J'ai passé... Au niveau du système d'éducation, je me
suis fait traiter de sauvage plusieurs fois et... de multiples, des milliers de
fois quasiment. Au milieu de la justice, parce qu'on ne se sent pas égal par
rapport aux non-autochtones, il y a une surreprésentation, dans les prisons du
Québec et du Canada, des autochtones. Dans le développement économique et
social aussi, je pense que c'est peut-être un pas à faire éventuellement pour
le gouvernement. La reconnaissance du racisme systémique, qui est l'éléphant
dans la pièce, doit être reconnue dans une démarche qui est sérieuse
d'implantation de la sécurisation culturelle. Et je pense qu'il faut adhérer au
Principe de Joyce, qui vous ont été présentés.
L'implication des autochtones dans le processus
d'élaboration et la mise en place de ce concept-là de politique de sécurisation
culturelle est essentielle, et l'évaluation de cette politique de sécurisation
culturelle par les autochtones, par les usagers est vraiment importante.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, Dr Vollant. Parce
qu'on a la période d'échange qui s'en vient. Merci infiniment. M. le
ministre.
Lafrenière : Oui. «Kuei, kuei», Dr Vollant. «Tshinashkumitin»,
merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. Très, très, très apprécié.
Avant même de commencer notre période d'échange, je l'ai mentionné tout à
l'heure aux collègues des oppositions, à vous-même, je vais devoir quitter dans une dizaine de
minutes. Je m'en excuse. Je dois être au
Conseil des ministres. Mais je suis tellement chanceux d'avoir une équipe
incroyable avec mon adjoint gouvernemental, François St-Louis, qui va
être ici comme député de Joliette.
Tout à l'heure, avant votre arrivée, parce qu'il
y a des gens qui écoutaient tout à l'heure, on avait le Bureau du Principe de
Joyce qui était avec nous. Et, je veux vous rassurer, on a un mémoire qui est
fort intéressant. On va pouvoir le lire. Je
suis persuadé que les collègues des oppositions vont faire de même. Donc,
plusieurs pistes de solution qui ont été proposées par le Bureau du
Principe de Joyce.
Et, en même temps, je veux nous rappeler qu'il y
a des groupes qui ne sont pas devant nous mais qui ont remis des mémoires aussi, pour lesquels on va pouvoir s'inspirer, parce
que, vous l'avez dit tantôt, Dr Vollant, au final, bien, c'est de
travailler ensemble, c'est de chercher des solutions. Et je peux avoir l'air
très déterminé sur l'objectif, mais, je veux
vous rassurer, je vais être très flexible sur le moyen pour s'y rendre. Il faut
qu'on avance. On va trouver une
solution ensemble. Et j'apprécie beaucoup les mains tendues qu'on a reçues
depuis hier, plusieurs personnes qui nous ont présenté des solutions
possibles. Alors, je veux vous remercier.
En passant, on vous invite dans une belle salle
qui est tout sauf quelque chose qui ressemble à quelque chose de sécuritaire,
où les gens se sentent bien. Et je le comprends très bien. Honnêtement, moi, ça
me fait penser, dans mon ancienne vie, quand on allait dans un palais de
justice. C'est le même style. Et ça, pourquoi j'en parle? Parce qu'on parle de sécurisation culturelle. Alors, je
comprends, je comprends que, pour des gens, de venir ici, à l'Assemblée nationale, de déposer un mémoire qui a été écrit,
d'avoir 10 minutes, alors que ce qui est important chez les autochtones, c'est
la parole... Je pense qu'on a ça en commun. Moi aussi, je parle beaucoup.
D'avoir 10 minutes pour présenter quelque chose et de se restreindre,
c'est très loin de la réalité que vous avez. Tantôt, j'ai fait signe à M. le
président en disant : Je vais laisser de mon temps de parole, parce que je
voulais bien vous entendre, mais je comprends que c'est... On est dans un
système avec des petites boîtes, avec des petits silos, avec des petits
tiroirs. C'est loin de la vision holistique puis du grand cercle que vous avez,
je le sais.
On a tenté de faire différent. On a tenté de
faire différent. On a tenté de rencontrer des groupes pour avoir leur... j'étais
pour dire un anglicisme, là, feedback, pour avoir leur rétroaction avant même
de présenter un projet de loi. Puis je
comprends qu'on a encore du chemin à faire là-dessus. On a encore beaucoup de
chemin et on va continuer de consulter, on va continuer d'entendre.
Puis, suite à ce qu'on va entendre aujourd'hui, ce qu'on a entendu hier, on va
bouger les choses.
C'est vrai
qu'on a coécrit un guide de sécurisation culturelle. C'est vrai. On l'a fait
avec les Premières Nations. C'est vrai qu'il y a une formation qui a été
donnée, formation qui, en passant, doit être mise à jour, on le sait, une formation qui avait été prévue avant même le décès
de Joyce Echaquan. Il y a des notions à changer, puis c'est là-dessus que
je veux vous amener, doc, si vous me le permettez. On a la chance de vous avoir
avec nous aujourd'hui. On peut rendre la formation obligatoire puis là on tombe
dans un mode, un petit peu, où les gens, bon, cochent le crochet. Ils font leur
petit crochet en disant : Je l'ai fait ou pas. Comment on pourrait rendre
ça attrayant?
Ma question a l'air bien facile, mais elle ne
l'est pas, je le sais, parce qu'exemple je sais que le Collège de médecins n'a pas mis cette formation-là
obligatoire. Pour le personnel de la santé, elle l'est. C'est deux approches.
Mais, de votre côté, comment vous voyez qu'on pourrait rendre ça
attrayant pour que ça fonctionne, au final?
M. Vollant (Stanley) : Premièrement,
je pense qu'il faut qu'il y ait de la formation dans les facultés des sciences de la santé dans un premier temps. Je
pense que de former les infirmières, les médecins... Et ça, il y a un effort canadien,
québécois qui se fait, important, depuis près de 10 ans, dans toutes les
facultés de médecine du Canada et les
facultés de sciences santé infirmières. C'est... Il y a une éducation qui se
fait, mais je pense... Comme vous le dites, je pense que c'est important
de le faire dans nos hôpitaux, dans nos lieux de pratique au Québec.
Le 90 minutes qui est actuellement... qui
est actuellement en ligne, je pense que ce n'est même pas 40 % des gens
qui l'ont consulté. Moi, je l'ai vu puis je pense qu'il y aurait moyen de le
réviser pour le rendre plus intéressant. Et cependant, aussi, je pense que ce n'est pas...
un 90 minutes ne nous rend pas compétents. Pour les Premières Nations,
je pense que, si on minimise ça à un 90 minutes, c'est une insulte, même, pour
les Premières Nations. Je pense qu'il faut
qu'il y ait des formations qui soient faites de façon multiple, transversale à
travers le réseau, puis peut-être plusieurs fois, et de voir à, peut-être, une évaluation. On lit, mais il y a
peut-être des questions, à la fin, qui peuvent être répondues, par
exemple. Mais il faut que ce soit fait, élaboré par des Premières Nations et
validé par les Premières Nations, des membres des Premières Nations et des
Inuits.
Et je pense que c'est très important de
continuer à le faire et... Je pense que le CMQ, le Collège des médecins, est en
train de réfléchir sur la formation continue des médecins. Je ne peux pas vous
en parler, je ne suis pas le président du collège, mais je sais que c'est en...
on est en train d'en discuter.
M. Lafrenière : Merci. Puis, quand
vous parliez des chiffres au niveau du personnel de santé, pas pour les médecins, parce qu'on n'a pas les chiffres, au
niveau du personnel de santé, c'est environ 84 %. Mais vous savez quoi?
Le plus gros danger qui nous guette dans une approche comme ça, c'est que ce
soit vu comme un vaccin, que les gens se
disent : Je l'ai eue, j'ai fait ma formation, je suis correct. Vous avez
raison, ça va prendre des formations continues, parce qu'après cinq ans,
10 ans dans le métier j'imagine qu'on développe des biais. J'imagine qu'on a vu
des façons de faire qui sont différentes, puis on est capables de se challenger
entre collègues. Vous avez raison.
Mais, au-delà de ça, ce que je voulais vous
demander, parce que vous avez travaillé à plusieurs endroits, et hier on avait un échange là-dessus vraiment
intéressant avec des collègues, les réalités doivent être différentes, j'imagine
qu'une formation... c'est intéressant d'avoir un cadre qui est semblable, mais
ça doit demander d'être adapté d'une région à l'autre.
M. Vollant
(Stanley) : Absolument. Puis c'était un peu ce que j'allais...
j'allais dire, j'ai oublié un peu, mais... Je pense qu'il y a une formation de base qui doit être faite à
l'ensemble du réseau, mais je pense que chaque organisation de santé
régionale, là, par exemple, les gens de l'Abitibi, de la Gaspésie, doit
peut-être aller collaborer et devenir partenaire avec les communautés
autochtones de leur voisinage, et peut-être d'élaborer une formation plus
locale, régionale. La réalité des Micmacs en Gaspésie est très différente des
Anichinabés de l'Abitibi et ainsi que les Inuits dans le Nunavik. Donc, c'est important de pouvoir faire ça à la
carte aussi dans chaque région. C'est sûr, ça demande plus d'heures de cours, mais je pense que c'est un...
c'est un pas nécessaire pour aller dans la bonne direction, pour aller vers
la sécurisation culturelle.
M. Lafrenière : Effectivement. Et,
je vous dirais, non seulement il faut impliquer les communautés locales pour
développer une formation qui répond à ce besoin-là, il faut s'assurer que c'est
l'ensemble du personnel... Parce qu'on
disait tantôt... Vous avez mis l'emphase sur quelque chose qui est
important Il y a la responsabilité individuelle, mais
il y a la grande responsabilité aussi. Et, je l'ai déjà dit à des collègues,
rarement je suis allé à l'hôpital et j'ai été accueilli par un médecin ou une
infirmière. C'est d'autres personnels. Ça, c'est la décision qui avait été
prise par mon collègue le ministre de la Santé, de dire : Il faut former
l'ensemble des gens qui travaillent dans le système et non pas juste les
infirmières ou juste les médecins. Bien qu'ils soient importants, il faut
former l'ensemble des gens.
Mais j'aime
beaucoup votre... le petit drapeau que vous levez en disant : Oui, il y a
la personne, mais le système, lui, comment il va être accueillant,
comment il va prendre soin des gens?
M. Vollant
(Stanley) : Moi, je pense que le système doit être aussi
modifié pour qu'il soit plus culturellement sécuritaire pour les Premières
Nations. Puis... Et, quand vous parlez qu'on devrait former tous les gens, ça a
un effet. Parce que moi, j'ai une image, encore, de quelqu'un qui arrive à
l'urgence... pas l'urgence, au Québec, quelqu'un qui travaille au soutien, qui
est en train de passer, là, la vadrouille, et qui voit une autochtone rentrer,
et qui la regarde avec un air quasiment
méchant. Ça ne donne pas le goût pour une Première Nation de rentrer en
disant : Bien, même la personne
qui passe la moppe, là, elle me regarde puis elle a déjà des préjugés, elle a
déjà... elle me repousse déjà. Donc, comment rendre l'institution plus
accueillante? C'est important. Donc, il faut changer pas juste les personnes
mais aussi la façon de fonctionner.
Et une autre chose que je voulais parler, c'est
de vraiment... de développer, et ça, dans votre projet de loi, vous en parlez,
d'avoir des... un processus d'aide pour les plaintes pour les Premières Nations,
parce que le comité des plaintes est très, très insécuritaire pour les Premières
Nations. On n'est pas habitués de se plaindre. Moi, quand j'étais jeune, là, j'ai été éduqué par des
religieuses, puis on me disait : Tu ne me regardes pas dans les yeux, tu
regardes par terre puis tu ne dis pas un mot. Ça fait que, pour nous,
c'est une façon d'être. On a été écrasés, donc on n'est pas des gens qui se
plaignent. Donc, d'avoir un processus qui aide... Il y a, d'ailleurs, le
barrage culturel et linguistique qui est important. Il faut accompagner ces
gens-là, parce que les plaintes ne sont pas là pour détruire les gens, elles
sont là pour améliorer les relations. Puis il ne faut pas prendre les plaintes
comme négatives. Moi, tu sais, je peux recevoir des plaintes et je peux
m'améliorer. C'est un processus d'amélioration de l'acte, et je pense que c'est
très important. Je pense qu'on devrait insister. Mais il est déjà dans le
projet de loi, mais on peut le bonifier encore.
M. Lafrenière : Merci. L'autre point
qu'on a évoqué hier, on parlait de sécurisation culturelle et on se grattait un peu la tête en disant : Ça veut
dire quoi? Comment on peut bien le définir? Puis on s'est fait dire par
certains groupes d'être prudents aussi. Ce n'est pas à nous, en tant
qu'allochtones majoritaires, de venir dire ce que les gens devraient avoir. Il
faut être à l'écoute des gens sur le terrain. Et je me demande, avec
l'expérience que vous avez : Est-ce que
ça aussi, ça peut changer d'un endroit à l'autre? Est-ce qu'il y a des besoins
en sécurisation culturelle, vous avez, tantôt, donné
l'exemple des Micmacs, restons avec les Micmacs ou avec... les Algonquins
pourraient avoir des besoins qui seraient différents? Est-ce que... Dans
le fond, ce que je veux vous demander : Est-ce qu'on devrait aller avec
une définition très, très, très précise ou, encore là, on devrait laisser la
possibilité de s'adapter?
M. Vollant (Stanley) : Je pense
qu'on peut définir un processus global qui s'applique à tous les centres. Je pense qu'il faut qu'on ait une politique globale,
mais qui peut être modulée, modifiée selon la région. Puis les réalités des Inuits qui habitent dans le Grand Nord
sont très différentes de ceux des Kanyen'kehà:ka, des Mohawks de Montréal.
Donc, c'est important de pouvoir moduler.
Mais je pense que le... Mais la sécurisation culturelle, c'est plus une façon d'ouverture
que dans les détails. Et, les détails, par la suite, on peut les ajuster selon
la couleur locale ou régionale.
Lafrenière : Donc, on fait un petit peu le parallèle avec la
formation, l'échange qu'on a eu tantôt. D'avoir un cadre, c'est
important, et de laisser la place à l'adapter. C'est un peu ce que je
comprends.
M. Vollant (Stanley) : Oui,
absolument.
M. Lafrenière : Avant de laisser la
parole à mon collègue et de quitter, hier, on avait un échange ici, avec des collègues, où on se disait : Moi, je sens
qu'il y a l'urgence d'agir. Je sens que, suite au décès de Joyce Echaquan... Puis, dans quelques jours, on va se
souvenir, on va se souvenir de son... de sa mort tragique. On a perdu une femme
au Québec. Je sens qu'il y a urgence d'agir. J'entends vraiment les besoins de
travailler ensemble, de trouver des solutions. Ça, je l'entends très
clairement. Moi, j'ai la perception qu'il y a urgence d'agir. J'ai le rapport
Viens qui me le rappelle, qu'on doit agir. Je veux savoir : Vous, de votre
côté, quand vous êtes dans le milieu de la santé, sentez-vous ce même
empressement là, cette même urgence d'agir?
M. Vollant (Stanley) : Je pense
qu'il y a une urgence d'agir. Je pense qu'il n'est pas minuit moins quart, il est passé minuit puis peut-être minuit dans un
autre fuseau horaire, parce que, je pense, c'est... Joyce Echaquan est décédée,
mais il y a plusieurs autres personnes qui
sont probablement décédées dans des circonstances similaires. Je n'ai pas de
chiffre, mais j'ai des gens qui m'ont parlé. Et ce n'est pas juste au Québec.
C'est à travers le Canada.
Et, quand on parle du racisme, là, juste pour
être clair, là, parce que, souvent, les gens, tu sais, là, la population
générale pense qu'en parlant de racisme ça les pointe, eux, de façon
individuelle, le racisme systémique, c'est invisible. C'est dans nos
institutions, dans nos façons de faire, dans notre éducation, qui est
l'héritage de la colonisation depuis 300
ans. Et les rapports colonisés, c'est un rapport de force : l'ethnie
dominante écrase ou est plus forte que
l'ethnie... que l'ethnie comme moi, autochtone. Quand je vois quelqu'un de race
blanche, bien, j'avais tendance à la regarder de haut. Mais il faut
briser ce paradigme-là d'avoir des rapports de force. On est tous égaux. Qu'on
soit autochtones, qu'on soit Noirs, qu'on soit d'une autre langue ou d'une
autre religion, on est tous égaux devant les systèmes de la santé. Puis je
pense que le racisme... que la sécurisation culturelle permet, justement, qu'on
soit tous des égaux et qu'on soit traités de façon équitable, égalitaire et
juste pour tout le monde.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Joliette, il
reste 1 min 40 s pour question et réponse.
M. St-Louis : Merci, M. le
Président. «Kuei, kuei», Dr Vollant. Je vais... Comme on n'a pas beaucoup
de temps, je vais y aller rapidement. Comment s'assurer que les établissements
du réseau mettent en place des pratiques culturellement sécurisantes en
collaboration avec les partenaires autochtones?
M. Vollant (Stanley) : Je pense,
dans un premier temps, il faut que, dans... que les autochtones... que les gens de... autochtones qui travaillent dans le
réseau, infirmières, médecins, mais aussi au niveau des postes de direction...
que les autochtones ne soient pas invisibles mais visibles dans les
institutions, qu'on ait des gens sur le conseil d'administration, sur le comité
des usagers, sur le comité des plaintes, et, au niveau provincial, peut-être
bâtir une structure qui pourrait être en appui au ministère de la Santé, qui
pourrait regarder les différentes stratégies qui se font dans différentes régions pour voir si ça se fait
correctement et bonifier. Je pense qu'il y a déjà une amorce dans le projet de
loi, mais, nous, je pense qu'on veut aller plus loin et d'avoir quelque chose
de plus clair que ça dans le projet de loi.
M. St-Louis : Merci, Dr Vollant.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, pour une période de 12 min 23 s, s'il vous plaît.
Morin : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour, Dr
Vollant. Ça me fait plaisir de vous revoir. Merci pour votre témoignage devant la commission. Quand on a
commencé hier, on a toujours une espèce de petit discours d'ouverture pour, en fait, étudier, regarder, référer d'une
façon plus large au projet de loi, et je me suis permis de vous citer, bien
sûr, en mentionnant que ça venait de vous, parce que vous avez utilisé
les mots «l'éléphant dans la pièce» en parlant ou en
référant au projet de loi n° 32 et évidemment en faisant allusion au Principe
de Joyce, et c'est... et j'aimerais en discuter avec vous.
On parle du Principe de Joyce dans le projet de
loi, mais on l'a mis dans le préambule. On ne l'a pas mis dans la loi comme
telle. Et ce que j'aimerais, c'est que vous puissiez nous expliquer pourquoi le
Principe de Joyce est important puis pourquoi ça aurait plus de force de le
mettre dans la loi. Parce que la loi parle de la sécurisation culturelle, et il me semble, mais corrigez-moi si
je fais erreur... mais il me semble que le Principe de Joyce est
directement relié et est un atout pour amener à une sécurisation culturelle et,
après, à une sécurité des usagers des Premières
Nations dans le système de
santé.
M. Vollant (Stanley) : Je suis tout
à fait d'accord avec vous. Je pense que les principes de Joyce... le Principe de Joyce inclut des éléments de sécurisation culturelle et de voir les
autochtones dans leurs différences et dans leurs richesses. Dans le Principe
de Joyce, c'est... on parle spécifiquement de la santé holistique. On parle que
les autochtones... Mais la majorité des autochtones suivent ces principes-là,
que la santé n'est pas que physique, n'est pas que mentale, n'est pas
qu'émotionnelle ou encore spirituelle, mais c'est intégré. Quand on brise un
des axes de cette roue médicinale là, de cette façon holistique de voir les
choses, on brise la santé. Quelqu'un qui est déprimé a plus de chances de faire
un cancer ou une maladie cardiaque. Quelqu'un qui se fait couper une jambe a
peut-être plus de chances de faire une dépression puis d'avoir des problèmes
d'interactions avec autrui. Donc, c'est important de voir l'individu dans sa
globalité.
Et, pour moi, c'est un plus que les communautés
autochtones peuvent amener à la... au système de santé, voir les êtres humains pas comme des morceaux, pas
comme : Vous, monsieur, c'est le foie, vous, madame, c'est le cerveau,
vous, monsieur, c'est le coeur. Non. On est
des êtres humains. C'est plus complexe que ça. Et ça va amener sûrement,
à long terme, des meilleurs... une meilleure qualité de soins pour tous, pas
juste les autochtones.
Et je pense que d'inclure les... le Principe de
Joyce dans le projet de loi de sécurisation culturelle, pour nous, ça a
beaucoup d'importance. On a vu Joyce Echaquan mourir en direct sur les écrans
il y a presque trois ans maintenant. Dans deux semaines, ça va faire trois
ans. Ça nous a marqués et ça a marqué une grande
partie de la population autochtone à travers tout le Canada.
Puis je pense que ces initiatives-là devront être faites à travers toutes les
autres provinces. Et, oui, je suis d'accord avec... qu'on le mette de façon
plus claire, plus ouverte dans le projet de loi.
Morin : Puis on a une opportunité. En fait, c'est à ça que
les commissions servent, c'est à ça que l'opposition officielle sert,
c'est-à-dire d'aider le gouvernement, quand il a une oreille attentive, à
bonifier un projet de loi. Si on ne le met pas, le Principe de Joyce,
directement dans le projet de loi et qu'on ne le reconnaît pas, d'après vous,
est-ce qu'on fait fausse route?
M. Vollant (Stanley) : Je pense
qu'on se... on ne fait pas la bonne route, c'est... certainement. Puis je pense
qu'on est ici pour essayer de recentrer, pour remettre sur la bonne trail,
comme on dirait par chez nous, là, toutes les initiatives. Mais je pense que,
pour nous, c'est les... Elle est évoquée, mais je pense qu'il faudrait, justement,
parler de tous les éléments du Principe de Joyce dans le projet de loi. Et je pense que ce serait innovateur et je pense
que toutes les autres provinces, toutes les autres directions de santé à
travers le Canada nous regarderaient avec beaucoup d'admiration puis,
probablement, prendraient ce chemin-là.
D'ailleurs, j'ai une amie, qui est actuellement
en Colombie-Britannique, qui me parlait de discussions qui se font au niveau de
la direction médicale là-bas, en Colombie-Britannique, qui s'en vont dans cette
direction-là. Bien, ils n'ont pas parlé de Principe de Joyce mais de reconnaître la particularité des Premières Nations et
d'élaborer un plan vers le... de sécurisation culturelle là-bas aussi.
M. Morin : Merci. En fait, vous
aurez compris que j'y tiens. Pour moi, c'est un combat que je veux mener. J'implore le gouvernement de vous écouter. Puis
moi, je vais continuer à marteler ça parce que ça m'apparaît essentiel. C'est
le gouvernement qui a déposé un projet de
loi sur la sécurisation culturelle.
Bien, je pense qu'on ne devrait pas faire les choses à moitié au Québec. Puis,
justement, si on veut être innovateurs, si on veut être créatifs, bien là, on a
une opportunité. Alors, moi, j'ai posé des questions là-dessus à tous les
groupes qui sont venus nous rencontrer hier et je peux vous assurer qu'il y a
un consensus. Tout le monde veut que ce soit dans le projet de loi. Puis moi,
je vais continuer à me battre pour ça, c'est clair. Puis c'est un premier pas.
On n'arrêtera pas après ça, là.
Il y a un élément que vous avez mentionné tout à
l'heure et que j'ai trouvé très important, puis j'aimerais ça, peut-être, si
vous pouviez développer davantage. Parce que, quand on parle aux gens et quand
on parle de racisme ou de racisme
systémique, tu sais, souvent, les gens, là, ils vont se refermer sur eux-mêmes
puis ils vont dire : Non, non, je ne suis pas raciste, moi. Puis, moi, ce
que j'essaie de dire, puis j'ai besoin de votre aide, c'est que le racisme
systémique, ce n'est pas que... on ne pointe pas quelqu'un du doigt, là.
On ne dit pas que vous n'êtes pas bons. Mais c'est que, dans une structure...
Parce que, là, évidemment, dans le projet de loi, quand on parle «au sein du
réseau de la santé et des services sociaux», on parle d'une structure. Et vous
êtes médecin, donc vous connaissez la structure beaucoup mieux que moi. Quand
on parle, à ce moment-là, de racisme systémique, c'est comme quelque chose qui
est un peu difficile à voir mais qui est là. Et, si vous pouviez nous en parler
davantage, peut-être pour dissiper des craintes chez les gens, en disant :
Écoutez, on n'est pas en train de vous juger, là, on est en train d'améliorer
les choses...
M. Vollant (Stanley) : Absolument.
Je suis tout à fait d'accord avec vous que le racisme systémique existe. Et ce
n'est pas... et ce n'est pas de pointer des individus. Oui, il y a des racistes
au Québec. Il y en a, mais c'est une minorité de gens.
Mais je pense que la majorité des Québécois ne le sont pas. Puis... Mais le
racisme systémique est beaucoup plus...
c'est un phénomène qui est invisible. C'est dû... C'est l'héritage de notre
passé colonial qui s'est immiscé dans
nos lois, dans nos façons de faire, dans nos systèmes d'éducation, dans nos
systèmes de santé, systèmes de justice, etc. Donc, c'est quelque chose
qui est invisible et que...
Je vous
donnais tantôt l'exemple, là... Même moi, comme autochtone, j'ai douté des gens
de ma propre nation qui me disaient qu'on a été maltraités, qu'il y a des gens
qui étaient morts à l'urgence. J'ai dit : Non, ce n'est pas ça, ça
doit être de la mauvaise communication, vous avez mal perçu.
Quand Joyce Echaquan est décédée devant mes
yeux, là, j'ai dit : Mon Dieu! j'ai été un traître pour mon propre peuple,
je suis une vraie pomme, l'éducation qu'on m'a donnée m'a empoisonné. C'est
invisible puis c'est insidieux. Et je pense que c'est un bel exemple que le
racisme systémique existe.
Mais il est immiscé dans nos façons de faire,
dans nos façons de... dans nos systèmes, puis il faut faire face à ce racisme-là, puis je pense qu'il faut se lever.
Puis ce n'est pas de pointer du doigt des gens mais quelque chose qui est un
héritage malheureux. Puis c'est... On a été colonisés. Il y a eu des rapports
de force. On a mis dans des réserves. On nous a mis dans des hôpitaux. On nous
a traités comme des moins que rien. C'est arrivé. Bien là, c'est le temps de
changer puis... Et je... Moi, je suis quelqu'un de très ouvert puis je pense
que le racisme systémique, ce n'est pas une question d'individus mais d'un
passé, malheureusement, qui est présent et qu'il faut qu'on commence peut-être
à changer.
M. Morin : Merci. Il y a un autre
élément qu'on ne retrouve pas directement dans le projet de loi, mais
j'aimerais vous entendre là-dessus, puis c'est, évidemment, parfois, de la
double ou de la triple discrimination, ce qu'on
appelle... ce qui est identifié parfois par des problèmes d'intersectionnalité,
c'est-à-dire qu'il y a des... il y a des membres d'une communauté ou des
communautés qui vont être plus discriminés. Pensez-vous que c'est un élément
ou c'est un principe qui devrait être sous-jacent, qui devrait être inclus dans
le projet de loi pour justement s'assurer qu'on ne va pas discriminer davantage
certaines personnes ou certains groupes d'individus dans le système de santé?
M. Vollant (Stanley) : Définitivement.
Je pense qu'on... Tu sais, ici, on parle probablement des gens qui sont des
«Two-Spirit», ce qu'on appelle des doubles esprits dans les communautés
autochtones ou de la communauté LBGQ2. Et ces gens-là, souvent, sont
discriminés en partant parce qu'ils sont autochtones. J'ai plusieurs amis qui sont «Two-Spirit», puis ils sont discriminés de
par leur orientation sexuelle. Ça fait qu'ils vivent, des fois, des doubles et
triples discriminations. Et je pense que la sécurisation culturelle, c'est une
ouverture à respecter la différence. Et je pense qu'un jour, peut-être,
la base de la sécurisation culturelle pour les Premières Nations pourra
s'appliquer à d'autres personnes de la
diversité, d'autres religions, d'autres pays, d'autres langues. Tout le monde,
au Québec, doit être traité de la même façon.
Souvent, je suis à Montréal, je travaille dans
les urgences de Montréal, à l'Hôpital Notre-Dame, puis souvent les gens de l'immigration ne sont pas traités de
façon équitable aussi. Donc... Mais, ici, on parle des autochtones, mais je
pense que ce modèle-là pourrait éventuellement,
peut-être, s'appliquer dans d'autres... dans d'autres conditions. Puis je
pense que, si on adopte ce projet de loi là... je pense qu'à long terme le
système de santé du Québec va en bénéficier et la société québécoise aussi.
Morin : Je vous remercie. Maintenant, d'une façon
peut-être un peu plus spécifique, parce que je vois le temps... le temps qui
file, à l'article 1 du projet de loi, quand on parle, entre autres, de
pratiques sécurisantes, on dit, notamment :
«4° adapter, lorsque possible, l'offre des
services de santé et [des] services sociaux par des moyens comme :
«
a) l'embauche de personnel autochtone;».
«Lorsque
possible», est-ce que vous trouvez que c'est assez fort ou si on devrait
dire : Non, non, écoutez, faites quelque chose, là, embauchez-en?
M. Vollant (Stanley) : Moi, c'est
clair et net, il faut en embaucher. Il faut embaucher des gens à tous les
niveaux, des médecins et des infirmières, puis améliorer la formation et
peut-être attirer les autochtones, dans ces formations-là, des services santé,
et pas juste dans des postes qui sont invisibles. Si on est employé dans la
cafétéria, bien, c'est superimportant, là,
ou dans la cuisine, mais d'avoir des postes visibles et aussi engager des
autochtones dans des postes de direction. Si on veut vraiment qu'on
fasse un changement, il ne faut pas juste engager des gens dans des postes
inférieurs mais engager des gens dans l'administration, dans les conseils
d'administration des CIUSSS. Bon, en tout
cas, ce ne sera plus des CIUSSS. Vous savez, le projet de loi n° 15 va changer
la nomination. Ça change de nom, mais
ça va être les mêmes choses encore qui existent. Mais je pense qu'il faut, à ce
moment-là, envisager d'avoir des autochtones.
Au CISSS de Lanaudière, ils ont engagé un
autochtone sur le conseil d'administration. Bien, je pense que c'est un exemple
à faire dans tout le système de santé du Québec.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Merci. M. le
député de Jean-Lesage, pour 4 min 8 s, s'il vous plaît.
M. Zanetti : Merci, M. le Président.
Merci beaucoup, Dr Vollant. J'entends ce que vous dites par rapport à la
reconnaissance du racisme systémique. Je trouve que c'est vraiment intéressant,
comment vous l'amenez, parce qu'à quelque
part c'est moins pire reconnaître le racisme systémique que dire... pointer du
doigt du monde en disant qu'ils sont racistes, tu sais. Puis, dans d'autres...
hier, dans d'autres auditions, le ministre lui-même disait : Il y a des
racistes dans le système de santé, mais là il n'y a pas de racisme
systémique. Ça fait que c'est, à quelque part, pire, je trouve, ce que... les
affirmations du ministre par rapport à ce qui est demandé comme reconnaissance
puis à l'application du Principe de Joyce.
Ça fait qu'évidemment nous autres, on va
pousser, là. Je pense que ce n'est pas terminé puis que j'ai... Il faut
toujours, hein, vivre d'espérance. Moi, je pense que le gouvernement peut
bouger là-dessus. Il va finir par manquer d'arguments, sinon.
Mais la question que je veux poser est d'un
autre ordre. C'est... Parce que, tu sais, c'est comme si on sent... Tout le
monde est en dilemme, là. Les gens qui viennent nous faire part de leurs
témoignages, particulièrement les autochtones, c'est comme si c'est... ce qu'il
y a dans ce projet de loi là, c'est insuffisant, ce n'est pas assez, puis là,
en même temps, bien, ce qu'ils se font un peu répondre, c'est : Bien, on
sait que ce n'est pas assez, on sait que c'est juste un premier pas, mais, à
quelque part, c'est ça ou rien, tu sais.
Puis là, bien, le monde dise : Bien, c'est
parce qu'il faut qu'on soit consultés. Puis il y a certaines personnes qui
disent : Faire quelque chose qui n'est pas vraiment issu d'une vraie
consultation et qui ne reconnaît pas le Principe de Joyce, ça va être pire que
ne rien faire parce qu'entre autres ça va avoir donné l'impression que quelque
chose est fait puis ça va maintenir le statu quo. Ça, c'est ce que nous ont
dit, hier, des personnes de la communauté mohawk.
Puis il y en
a d'autres qui disent : Bien, c'est parce que, si on ne reconnaît pas le Principe de Joyce, il n'y aura pas la sécurisation possible, parce que c'est une
question de confiance, de dire : Est-ce que le problème est reconnu? Ça
fait que, si on met des pratiques en place, mais qu'on ne met pas cette
condition de la confiance là, ça va être pire, tu sais. C'est ça que... Ça fait
que, là...
Puis il y a un groupe aussi, hier, qui
revendiquait clairement que le projet de loi soit comme suspendu jusqu'à ce
qu'il y ait une vraie consultation faite... bien, en fait, que ce soit vraiment
coécrit avec les autochtones du Québec, là. On ne rentrera pas dans la modalité
de comment, mais c'est une question stratégique importante, là.
Puis moi,
j'aimerais savoir ce que vous en pensez. Est-ce que c'est mieux de dire :
Faisons les choses comme il faut, coécrivons ça, tout le monde ensemble, avec
les autochtones, là, et que... ou que ce soient, même, les autochtones qui
l'écrivent, et après ça reparlons du PL n° 32, ou
c'est mieux de dire : Adoptons ce projet de loi là en essayant de
l'améliorer dans les prochains jours, puis après ça continuons à essayer de
faire d'autres choses? C'est quoi, votre... Vous avez le droit de ne pas avoir
d'avis là-dessus aussi, mais, si vous en avez un, j'aimerais bien ça le savoir.
M. Vollant (Stanley) : Bien, je
pense qu'il y a une diversité d'opinions puis je pense que chaque personne a le
droit à son opinion. Puis je pense que je respecte les opinions des autres. Je
les écoute puis je modifie la mienne aussi, parce que je pense que je suis
quelqu'un d'ouvert et je suis prêt à écouter puis moduler mon opinion de
départ.
Mais je pense que c'est loin d'être parfait, ce
projet de loi là, puis je pense que c'est très imparfait, mais c'est un premier pas. Puis je pense que de reconnaître
déjà... En tout cas, on n'a pas reconnu le racisme systémique, mais ce
serait déjà un premier pas important. Mais les différents éléments dans le
projet de loi me semblent très intéressants, puis je pense qu'ils ont besoin
d'être bonifiés, bonifiés en collaboration avec les Premières Nations, et pas
de façon indépendante. Et c'est... Je pense, beaucoup de... d'organisations des
Premières Nations et inuites veulent faire ça. On veut... On aurait voulu être... dès le début. Mais moi, je suis
quelqu'un de pragmatique. Je suis chirurgien. Il est plus que minuit et quart, là. Je pense qu'on est déjà
le lendemain de la catastrophe. C'est peut-être le temps de commencer un
premier pas, un premier pas peut-être imparfait, mais qu'on peut bonifier si la
personne qui porte le dossier soit ouverte aux modifications faites par les
différentes parties. Moi, je suis...
Et la question de l'éléphant dans la pièce, là,
souvent, je cite que, l'éléphant dans la pièce, comme chirurgien, je le vois,
là, puis il fait du trouble, cet éléphant-là. Il est en train de briser notre
pièce. Il y a certaines personnes qui vont
l'appeler le pachyderme à grandes oreilles à la place de l'appeler l'éléphant,
mais, si ces personnes-là font un trou suffisamment grand puis ils le
sortent, l'éléphant, pour réparer la pièce, je serais capable de vivre avec ça.
Tu sais, je suis capable de faire des compromis. Il n'y a rien de parfait dans
ce monde, mais, de faire des premiers pas et de le bonifier, surtout que le porteur de dossier soit ouvert aux
modifications significatives de ce projet de loi là, je suis partant.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Merci infiniment d'avoir participé avec
nous aux travaux de la commission, Dr Vollant.
Et, sur ce, je suspends les travaux jusqu'à
15 heures cet après-midi. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à 12 h 28)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous
plaît! Bon après-midi à tout le monde. Alors, la Commission des
institutions reprend ses travaux.
On poursuit, donc, les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet loi n° 32,
Loi instaurant l'approche de sécurisation culturelle au sein du réseau de la
santé et des services sociaux.
Donc, cet après-midi, nous allons entendre
quatre groupes et individus. Le premier groupe... Et, par respect pour le
groupe, j'étais allé les rencontrer avant. Donc, je vous demanderais de vous
présenter comme groupe et comme individus. Et, comme vous savez, vous avez 10 minutes de
présentation. Après ça, on aura une période d'échange avec les membres
de la commission. Merci infiniment d'être avec nous aujourd'hui. La parole est
à vous.
Mme Tshernish (Marceline) : Merci. «Kuei.» (S'exprime dans une langue autochtone). Bonjour. Je m'appelle Marceline
Tshernish. Je suis membre innue de la communauté d'Uashat mak Mani-Utenam,
directrice du secteur santé pour Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam.
Boisvert-Chastenay (Isabelle) : «Kuei.» Isabelle Boisvert-Chastenay, de O'Reilly,
André-Grégoire & Associés. Puis je travaille pour Innu
Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam.
Mme Tshernish (Marceline) : Alors,
aujourd'hui, nous venons présenter les réflexions politiques d'Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam quant au projet
de loi n° 32. En tant que collectivité distincte et nation
indépendante, ITUM a le droit ancestral de se gouverner et le droit
inhérent à l'autonomie gouvernementale aux niveaux politique, social, économique et communautaire. Cette
souveraineté comprend également le droit des Innus d'Uashat mak Mani-Utenam
de se gouverner en matière de santé et
services sociaux, qui est l'appellation allochtone pour les soins de santé et
services communautaires offerts aux membres d'Uashat mak Mani-Utenam.
Nous, les Innus d'Uashat mak Mani-Utenam,
possédons un territoire traditionnel dans lequel nous détenons le
titre
ancestral ainsi que les autres droits ancestraux et droits issus des traités
sur un vaste territoire de la péninsule Québec-Labrador. Notre Nitassinan est,
pour nous, l'équivalent, pour les allochtones, de leurs maisons, leurs épiceries, leurs écoles et leurs livres
d'histoire. Il est la source de notre alimentation, de notre éducation, de
notre langue, de notre culture, de nos coutumes et de nos traditions.
Notre Nitassinan est riche, débordant, entre autres, d'histoires et de récits, de lieux de naissance, de
sépultures, de lieux de partage, de remèdes traditionnels ainsi que d'autres
sources naturelles d'importance pour
nous. ITUM dépose ce mémoire en son nom, en tant que gouvernement traditionnel
et en représentation des intérêts des Innus d'Uashat mak Mani-Utenam.
Le projet de loi n° 32
touche directement les droits et les intérêts des Innus d'Uashat mak
Mani-Utenam. Bien que la communauté
bénéficie de ses propres services de santé et services sociaux et de services
communautaires, plusieurs enjeux, tels que le manque de ressources, tant
humaines et financières, ainsi que des problématiques liées au partage de
compétences entre les gouvernements fédéral et provincial suite à l'adoption de
la Loi constitutionnelle de 1867 obligent les membres de se diriger vers les
établissements de santé et de services sociaux allochtones.
En vertu du
partage de compétences, le fédéral a compétence sur les peuples autochtones,
alors que les provinces ont
compétence dans des secteurs comme la protection de l'enfance, l'éducation et
la santé. Il y a donc un chevauchement entre les responsabilités
fédérales et provinciales à l'égard des peuples autochtones. Cela a causé un
problème de compétence. Par exemple, le
gouvernement fédéral finance souvent moins... moins les services aux peuples
autochtones que ce que le provincial finance pour les mêmes services aux
allochtones. Tel que relaté par les Innus d'Uashat mak Mani-Utenam lors de la
commission Viens, lorsqu'ils doivent se rendre dans ces établissements
allochtones, les Innus d'Uashat mak
Mani-Utenam font face à une confrontation obligée des cultures allochtones et
autochtones, qui crée, malheureusement, des situations
d'incompréhension, de discrimination, de racisme, et autres, et l'aspect culturel
et identitaire des autochtones s'en retrouve totalement évacué.
Les Innus
d'Uashat mak Mani-Utenam ont également écrit... décrit leurs expériences avec
le CISSS Côte-Nord,
section Sept-Îles, lors de l'enquête publique du coroner
Benoît... Bernard Lefrançois, pardon, sur des suicides survenus sur la
communauté d'Uashat mak Mani-Utenam en 2015, notamment l'absence d'interprètes
et de difficultés causées par des barrières
linguistiques et culturelles. D'autres obstacles résultent de règles de
confidentialité des dossiers... dossiers qui empêchent souvent les établissements de santé allochtones de
divulguer des informations essentielles aux organismes autochtones afin
d'assurer le suivi et la transition de la personne qui visite un hôpital du
réseau de santé québécois. Ces
problématiques ont mené à des cas où une personne avec des idées suicidaires se
retrouve sans suivi et sans service. Les problématiques majeures
auxquelles font face les Innus au moment d'accéder à des établissements de
santé et de services sociaux allochtones peuvent se résumer à la méconnaissance
des professionnels de la culture autochtone, de leur histoire, sans compter les
préjugés et le racisme dont les membres de la communauté peuvent être victimes
et la non-accessibilité à un interprète.
Face aux lacunes du système de santé et des
services sociaux, ITUM a développé ses propres institutions et son propre plan de santé. Ses services visent non
seulement à prendre en charge la santé et le bien-être global des Innus,
mais également de les accompagner dans le système québécois lorsque requis. En
effet, il est ressorti clairement de l'enquête publique du coroner Benoît...
Bernard Lefrançois qu'il est nécessaire d'établir un continuum de services et
d'accompagnement entre le réseau québécois de la santé et des services sociaux
et les services offerts dans la communauté. Trop souvent, le réseau québécois
agit en vase clos et ne communique pas efficacement avec les instances ITUM, ce
qui affecte négativement le filet social et la continuité de soins dont
devraient bénéficier les Innus d'Uashat mak Mani-Utenam. C'est ainsi qu'en 1987
sont nés les services de santé et services sociaux d'Uashat mak Mani-Utenam, de la volonté de la communauté
d'offrir une accessibilité de services aux Innus et de gérer ceux-ci en
donnant le chemin vers l'autonomie des services. À cette fin, le centre
Uauitshitun comprend le secteur santé, services communautaires et enfin celui
des services sociaux.
Le conseil d'ITUM a également créé un comité de
travail sur la sécurisation culturelle qui travaille actuellement à la création
de la vision innue de ce concept et de sa mise en oeuvre.
Mme Boisvert-Chastenay
(Isabelle) : ITUM a décidé de participer aujourd'hui aux
consultations particulières parce que
le projet de loi n° 32, tel qu'actuellement rédigé, est marqué par une
absence des communautés autochtones, alors que le projet de loi doit
être élaboré avec les communautés autochtones et ne pas leur imposer un concept
allochtone. Le projet de loi n'est pas assez contraignant. Il utilise un
langage qui est vague et permissif, et même un langage qui peut être
irrespectueux à l'égard des peuples autochtones. Par exemple, on parle des
peuples autochtones comme étant un groupe autre qui doive être distingué des
usagers du réseau de la santé québécois, ce qui contribue à la discrimination
et aux préjugés contre les peuples autochtones.
Dans son mémoire,
ITUM recommande donc des modifications concrètes au projet de loi tel que
rédigé, le premier étant la cocréation avec
les communautés autochtones. À l'heure actuelle, c'est vraiment une approche
allochtone qui est imposée aux communautés, qui sont celles qui vivent
réellement la discrimination dans le réseau de la santé et des services
sociaux, qui savent ce dont elles ont besoin et qui ont les connaissances et
les expertises en matière de santé et de services sociaux, qui doivent être
reconnues par le gouvernement du Québec. ITUM, dans son mémoire, recommande donc
certaines mesures concrètes, comme par exemple la création du plan de
sécurisation culturelle par les
établissements de santé avec les communautés autochtones qui sont desservies
par chaque établissement. Ce plan de sécurisation culturelle devrait contenir
des mesures minimales requises, comme l'embauche de personnel autochtone,
la formation obligatoire de tous les employés et la reconnaissance des
pratiques médicales autochtones.
Une autre mesure qui
est décrite par ITUM dans son mémoire, c'est la création d'un comité de suivi
qui soit un comité d'experts autochtones qui aurait comme responsabilité, en
plus de suivre l'élaboration et la mise en oeuvre de la loi, de soutenir l'élaboration de pratiques, par les communautés
autochtones, qui soient... et les établissements, qui soient
culturellement sécurisantes.
Ensuite, il y a toute
la question de la gouvernance autochtone et de l'autodétermination. ITUM
recommande l'ajout, dans le préambule, d'une
mention expresse du droit à l'autodétermination des autochtones en matière de
santé et de services sociaux.
D'ailleurs, l'autodétermination est à la base de tous les appels à l'action de
la commission Viens.
Ensuite,
il y a... Le point névralgique du projet de loi n° 32, c'est vraiment le
concept de sécurisation culturelle. À l'heure actuelle, l'article 1
a une vision trop restreinte de cette approche. On y parle d'une approche qui
consiste à tenir compte des réalités
culturelles et historiques, alors que c'est un concept beaucoup plus large.
ITUM recommande de créer une
définition, une approche de sécurisation culturelle, avec les communautés
autochtones, qui tienne compte, par
exemple, de la vision de la commission Viens sur la question. La commission
Viens parle vraiment d'une approche qui favorise le déploiement de services, de
pratiques, d'initiatives en concordance avec les modes d'accompagnement et de soins autochtones, et aussi qui soit
respectueuse des valeurs, des savoirs autochtones, puis qui soit une démarche
claire d'affirmation politique et identitaire de gouvernance autochtone. Donc,
il faut revoir le concept de sécurisation culturelle.
Il faut également une
plus grande ouverture concernant la pratique des activités réservées par des
membres des communautés autochtones. Le projet de loi, à l'heure actuelle, à
l'article 3, est trop restrictif puisqu'il prévoit seulement la
possibilité pour le ministre de permettre, par règlement, trois activités
professionnelles... la pratique de trois activités professionnelles par les
autochtones. Ces activités sont limitées au domaine de la santé mentale et des
relations humaines, et ne s'étendent pas globalement au réseau de la santé et
des services sociaux. Cet article-là ne répond tout simplement pas aux
problèmes et aux défis de recrutement de personnel autochtone et d'accès des
autochtones aux professions du réseau de la santé et des services sociaux. ITUM
réfère à son mémoire pour une description plus détaillée de ces défis.
ITUM recommande donc
de prendre en compte, notamment, le rapport du comité sur l'application du
projet de loi n° 21 et les appels à
l'action de la commission Viens pour bonifier le projet de loi n° 32, pour
prévoir des mesures de sensibilisation des ordres professionnels sur les
obstacles, justement, qui empêchent l'accès aux professions des communautés autochtones, des mesures de formation
développées pour les professionnels de la santé, des mesures de reconnaissance, de rehaussement des
connaissances... des compétences des communautés autochtones, des formations
qualifiantes également pour les membres des communautés autochtones.
Finalement, ITUM
salue la mention de la commission Viens dans le préambule mais recommande la
mention expresse, premièrement, de la Charte des droits et libertés de la
personne, plus particulièrement du respect de la dignité humaine et du droit à
l'égalité, ainsi que l'ajout d'une mention expresse de la Déclaration des
Nations unies sur les droits des peuples autochtones dans le préambule.
Plusieurs articles s'appliquent et sont pertinents en la matière, notamment les
articles 21, 23 et
L'article 24, plus particulièrement, déclare
que les peuples autochtones ont le droit de
conserver leurs pratiques médicales en sus d'avoir accès, sans aucune
discrimination, à tous les services sociaux et de santé.
C'est vraiment ça qui
devrait être la base de l'approche du gouvernement en matière de sécurisation
culturelle, c'est-à-dire faire l'équilibre entre la reconnaissance de la
gouvernance et des pratiques autochtones en matière de santé et de services
sociaux, tout en favorisant l'accès à des meilleurs services pour les
communautés autochtones. «Tshinashkumitnau.»
Président (M. Bachand) : M. le ministre,
s'il vous plaît.
Lafrenière : Merci, M. le Président. À mon tour de vous saluer. «Kuei,
kuei», Mme Tshernish, Mme Boisvert-Chastenay.
«Tshinashkumitnau.» Merci d'être avec nous aujourd'hui. Merci pour
votre... votre document fort intéressant avec des points très précis que
vous nous avez suggérés. Et, je pense, ça va nous aider, dans les travaux de la commission, d'avoir des exemples de
comment on peut l'améliorer. Alors, merci beaucoup. Très apprécié.
Je l'ai dit à un autre
groupe ce matin, c'est très clair que notre approche, quand on vient en
commission, ici, ce n'est pas nécessairement
une approche qui est habituelle du côté autochtone. On le comprend. On le
comprend bien. C'est pour ça qu'on a tenté de faire différent. Puis, je
l'ai dit, je vais le redire sur cette tribune, on n'a aucune prétention que la
façon de faire, elle est parfaite. On a fait des rencontres, des prérencontres
avec certains groupes, et de recevoir ce que
vous nous avez présenté comme mémoire, de recevoir d'autres mémoires, aussi, de
groupes qui ne sont pas venus pendant
la commission, bien, ça nous aide, ça nous aide à passer à la prochaine étape.
Et, pendant deux jours, on a reçu plusieurs groupes qui sont venus nous
faire des commentaires. Alors, je l'apprécie.
Il y a un point que je veux dire de façon très
importante, c'est qu'on n'a aucunement la prétention d'agir ou d'imposer aux
communautés autochtones certaines règles. C'est l'inverse. Ce qu'on veut, comme
gouvernement, comme milieu de la santé,
parce que je porte ce projet de loi pour mon collègue ministre de la Santé,
c'est de s'imposer à nous, comme gouvernement, nous, comme ministère de
la Santé, certaines obligations pour donner des meilleurs services. Ceci étant dit... Ça, c'était la mise en
place, mais j'ai des questions très... très pointues pour vous, parce que,
justement, votre document nous aide là-dedans.
Quand on
parle de... définition, pardon, de sécurisation culturelle, on dit que la
notion est trop vague, pas claire, pas assez pointue. J'ai des groupes qui nous
ont dit aussi d'être prudents parce que, sécurisation culturelle, ce n'est pas
à nous, allochtones, de définir ce que vous avez besoin, puis c'est vrai.
Est-ce que les besoins sont les mêmes partout au
Québec? Pas sûr non plus. Est-ce que c'est la même chose d'une communauté à
l'autre? Est-ce que c'est la même chose d'une nation à l'autre? Pas sûr
non plus. Là, ma question va avoir l'air pas claire, là, mais comment être
assez précis sans l'être trop? J'aimerais ça
vous amener sur cette question-là. Puis, encore là, le but, c'est de nous aider
à s'améliorer dans tout ça.
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Bien,
je peux peut-être commencer en disant : C'est exactement cet équilibre-là qu'il faut rechercher. Puis c'est
difficile parce que, comme vous dites, il y a des besoins qui sont différents,
des enjeux qui sont différents dans les
communautés. À Uashat, par exemple, il y a la proximité de Sept-Îles, mais il y
a aussi le centre de santé qui est
près de l'ancien pensionnat. Il y a plusieurs enjeux qui sont distincts selon
les communautés.
Le problème
avec une définition trop permissive, trop vague, c'est que, s'il n'y a pas de
mesure requise minimalement, bien, ça peut aller un peu dans tous les
sens. Puis ce n'est pas très clair, dans le projet de loi actuel, si c'est chaque établissement qui va avoir sa propre
définition de sécurisation culturelle, si c'est une définition qui va être créée
par le gouvernement, imposée, si c'est une définition qui va être cocréée avec
les communautés autochtones.
On n'a pas
besoin d'avoir une définition de sécurisation culturelle pour tous les groupes.
Il va y avoir des enjeux distincts dans chaque communauté. Mais, si, au moins
il y avait minimalement cette exigence-là de cocréer, avec les communautés, le
concept de sécurisation culturelle pour chaque communauté, ce serait... ce
serait déjà beaucoup mieux.
M. Lafrenière : Merci. Puis ça nous
aide. Puis, je vous dirais, justement, on a eu des discussions puis des échanges avec d'autres groupes où, même au niveau
de la formation, on arrivait à la même... la même réponse où on se disait : Ça prend une base, mais laissons,
dans le fond, de l'espace pour développer des choses différentes sur le
territoire. Puis je comprends votre vision là-dessus. Ça nous aide
beaucoup.
Quand vous dites de cocréer, j'ai le goût de
vous retourner cette question-là, qui n'est pas facile non plus, parce qu'on
s'est posé la même question : Comment... comment on peut faire
différemment? Comment on peut approcher... Comment on peut travailler avec les
Premières Nations?
Je vous ai parlé de l'approche, tantôt, qui...
Je suis très conscient que ce n'est pas parfait, dans la limite de ce qu'on a
comme système parlementaire, mais, si, par la suite, on veut aller dans un...
d'une façon positive, pour comprendre l'avenir puis comment on va travailler
ensemble, quand on veut le cocréer, comment on peut faire? De quelle façon vous voyez ça? Parce que je comprends
que vous êtes structurés puis je comprends aussi qu'avec ITUM on a réussi à faire des ententes en matière
d'éducation, exemple, une entente qui est historique, mais ce n'est peut-être
pas la même chose partout, dans toutes les communautés, dans toutes les
nations. Comment on pourrait faire la cocréation, à ce moment-là? Est-ce qu'on
y va par nation, on y va par communauté?
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) : C'est
une excellente question encore. Nous, on peut répondre pour ITUM mais pas pour
les autres communautés, évidemment, là. Puis, ITUM, ce qu'elle recommandait,
justement, dans le mémoire, c'est... Tout ce qui est cocréation, c'est
vraiment... par exemple, une entente entre le CISSS de Sept-Îles et ITUM, ce
type d'entente là, il y en a actuellement, ma collègue va peut-être pouvoir en
parler, bien, c'est des ententes qui sont réactionnaires. C'est vraiment :
Bon, on a une vague de suicides, on a un problème, il n'y a pas de communication pour les personnes qui ont des
problèmes de santé mentale, par exemple, on va régler ce problème-là. Mais ce qu'on veut, c'est un chantier de
cocréation de sécurisation culturelle, puis c'est ça qu'ITUM recommande dans
le mémoire justement, que...
La cocréation, c'est juste qu'ITUM et
l'établissement de santé qui dessert le plus la communauté s'assoient ensemble
puis déterminent c'est quoi, les mesures minimales requises, qu'est-ce qu'on
veut, c'est quoi, notre vision, c'est quoi,
la vision innue de la sécurisation culturelle, parce que, comme ma collègue en
a parlé, il y a un comité, à l'heure actuelle, chez ITUM, de sécurisation
culturelle, qui travaille sur c'est quoi, les valeurs innues en matière de
santé et de services sociaux, c'est quoi, la vision qu'on veut mettre de
l'avant à l'extérieur de la communauté. Donc, je ne sais pas si...
Mme Tshernish (Marceline) : Bien,
juste pour ajouter à ce que ma collègue disait, tu sais, au niveau des
ententes, des comités de travail qui se construisent présentement, c'est
toujours très ponctuel. C'est des situations... Il arrive
une situation. Là, on met un comité de travail pour dénouer la situation. Mais
il n'y a pas de processus en continu présentement, actuellement, puis c'est
très, très difficile. La trajectoire de communication n'est pas évidente non plus. Donc, c'est tous des éléments qui
pourraient faire... qui pourraient faire en sorte qu'il y ait un rapprochement
au niveau des deux... des deux instances, des deux organisations.
Donc, je pense que, déjà, d'être capables de se
parler, d'avoir des temps protégés pour pouvoir avoir une coconstruction, ça part de là, là. Je pense que...
Puis, comme disait ma collègue, c'est... je crois que ça appartient à chaque
communauté de déterminer sa façon de travailler avec les institutions avec
lesquelles ils sont déjà en contact, en fait.
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) : C'est
ça. La cocréation, c'est d'avoir un chantier, d'avoir un canal de communication
puis d'avoir un groupe de travail sur la question entre les communautés et les
établissements, parce que, comme disait ma
collègue, à l'heure actuelle, c'est : Il y a une grave problématique, il y
a une vague de suicides, OK, on va
s'asseoir, on va régler un problème ou un enjeu de toute cette
problématique-là, mais il faut un canal de communication puis il faut un
processus continu.
M. Lafrenière : Donc, on est très
réactionnaires. On y va avec les crises...
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) :
Exact.
Lafrenière : ...avec une
gestion que j'appelle de plasteur un peu. Il arrive quelque chose, on trouve
une solution rapide. Je le comprends.
De ce que j'entends aussi... Je comprends, donc,
l'importance d'avoir un cadre, de se laisser de la flexibilité entre les
communautés, parce que ce que vous m'amenez là, de le coucher dans un projet de
loi puis dire : Bien, par communauté,
ça va dépendre, ça devient très difficile. Mais, je pense, plutôt, ce que vous
nous envoyez comme message, c'est, oui, d'avoir un cadre, une base, mais de
s'assurer que les communautés vont développer, avec leurs partenaires,
quelque chose qui leur appartient. Est-ce que j'ai bien compris ça?
Mme Tshernish (Marceline) : Puis,
juste pour ajouter, oui, ça peut être difficile d'y aller par communauté, sauf
qu'on ne peut pas... on ne peut pas... il y a quand même toutes les
particularités dont il faut... dont on doit porter attention. Puis je crois que
les experts, à ce moment-là, c'est les communautés elles-mêmes. Donc, c'est des
guides.
M. Lafrenière : Oui. Je suis
totalement d'accord avec vous. C'est juste qu'on parle de rédaction d'un projet
de loi puis c'est là-dessus que je me
creusais la tête, pour le bénéfice de mes collègues, en disant : OK, quand
on... comme législateurs, quand on veut mettre ça sur papier, comment ça
va se matérialiser? Je suis d'accord avec vous. Puis, même, à la base de ça, il faut se rappeler qu'il y a un guide de
sécurisation culturelle qui a été coécrit, mais, ça, une fois que c'est
fait, il faut l'actualiser. Ça aussi, hein, dans le temps, ça va changer. OK.
Ça, je le comprends bien.
L'autre point que vous avez apporté, que je
trouve intéressant, c'est le point 3 de notre projet de loi, quand on
parle de personnes qui pourraient donner des services. Puis vous amenez un bon
point quand vous avez dit : C'est restrictif. Je crois, on doit tous dire
ici, là, qu'on a quand même... C'est quand même émotif, comme dossier. Ce n'est pas simple. Il y a beaucoup de méfiance,
c'est clair, puis je le comprends. Puis, quand on arrive en communauté,
on arrive avec ce bagage-là où il y a de la méfiance envers ce qu'on fait, je
le comprends. Je veux partager quelque chose
avec vous. À l'extrême de ce que vous m'avez proposé, un autre groupe me
disait : Cet article-là, on est mal à l'aise, parce que c'est comme de dire que les autochtones
n'auront pas le droit aux mêmes services de qualité que d'autres. Là, je
suis dans les perceptions.
Ça fait que je comprends qu'on a beaucoup de
travail à faire ensemble. Vous avez parlé tantôt de lignes de communication, de
parler, de faire comprendre ce qu'on veut faire avec tout ça, parce que ça peut
être perçu des deux façons. Ça peut être perçu de dire : Oui, on veut
donner accès à des gens à une fonction qui est importante et de reconnaître
leurs savoirs. La dernière chose que je veux envoyer comme message aujourd'hui,
c'est de dire : Bien, vous n'aurez pas
les mêmes services, parce que je crois que les gens, par leur expérience, leur
bagage, peuvent avoir, même, des plus grandes capacités que bien des
gens qui ont le papier qui va avec ça. Mais, vous comprenez, des fois, ça peut être vu des deux côtés. Je voulais juste
mettre de l'emphase sur ce que vous dites. Et je le comprends, comment ça
peut être perçu aussi, là.
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Non.
Je comprends. Puis c'est... L'idée, c'est que les communautés autochtones,
comme les autres membres de la société, aient accès aux meilleurs services de
soins et de services sociaux possible. Puis ce qu'on oublie souvent... Tu sais,
ce n'est pas nécessairement qu'il y ait des autochtones qui fassent tout... le même travail ou qui prennent
des postes, ou peu importe. Des fois, on entend ça aussi. Il y a certaines
perceptions allochtones là-dessus.
Mais il y a aussi toute la question des
compétences culturelles, des compétences linguistiques qui ne sont pas prises
en compte actuellement par le système de l'ordre des professions, là, en
général ou par le système allochtone. Il y a
certaines compétences... Même nous... Tu sais, moi, comme avocate, si je n'ai
pas cette formation-là de relation d'aide, bien, je devrais l'avoir. Il
y a vraiment une absence de ce type de formation là de compétences culturelles,
linguistiques, qui pourrait aider,
justement, à donner les meilleurs soins aux communautés autochtones. Je ne sais
pas si tu voulais ajouter...
M. Lafrenière : Quand
on réussit à combiner ce savoir traditionnel avec ce qu'on connaît de la
médecine, c'est là qu'on est gagnants. Puis hier on en parlait, on était avec
le réseau des centres d'amitié autochtones, ce qu'ils ont développé, ces cliniques-là, de type Minowé, qu'on a à plusieurs
endroits... Et, quand on combine les deux ensemble, c'est merveilleux, les
résultats que ça donne, puis ça revient à ce qu'on fait ensemble. Écoutez, moi,
je suis un éternel positif. Je me dis : Si on est capables de
combiner ensemble ce qu'on connaît, ça ne peut que bien aller, parce que...
Vous avez référé à la commission Viens quand
vous avez commencé votre présentation. La commission Viens nous invite, nous
dicte un message clair qu'il faut l'inclure sur la loi de la santé et services
sociaux. Là, on est dans le comment. C'est pour ça que je vous dis : On a
beaucoup de flexibilité là-dessus. Je semble être aligné avec un objectif. L'objectif est clair. C'est une
commande qu'on a reçue de la commission Viens. Mais, pour le chemin, avec
ce que vous nous amenez là, ça nous permet de s'ajuster.
Je vais
mettre de côté une de mes questions, M. le Président, parce que je crois qu'il
y a une de mes collègues qui avait une question à poser. Parce que c'est
vraiment intéressant, ce que vous amenez, mesdames. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Et je suis prêt à
reconnaître...
Mme Boivin Roy : ...M. le ministre.
Président (M. Bachand) :
Ah! OK. Excusez-moi. Anjou—Louis-Riel.
Bon, j'attendais de tirer le numéro gagnant. Alors, voilà.
Mme Boivin Roy : Merci, M. le
Président. Merci à vous. «Kuei, kuei.» Merci pour votre témoignage aujourd'hui. J'entends, de l'échange avec notre
ministre, que vous considérez, là, que le projet de loi est une première étape
dans le processus visant à assurer aux communautés, les différentes
communautés, des accès à des soins de qualité
et culturellement sécurisants. J'entends également notre ministre admettre
d'entrée de jeu que le projet, comme tout projet de loi, évidemment,
n'est pas parfait. C'est quelque chose qui sera perfectible. Et puis vous avez
parlé, là, d'une cocréation sur le concept de sécurisation culturelle, le fait
qu'il y ait un canal de communication qui soit en continu et qu'il y ait une
certaine flexibilité dans le processus.
À la
page 8 de votre mémoire, vous mentionnez la création d'un comité de
travail sur la sécurisation culturelle. Est-ce que vous pouvez nous en
parler davantage? Comment vous voyez les travaux de ce groupe?
Boisvert-Chastenay (Isabelle) : La page 8, on fait référence au comité de
travail qui a été créé par ITUM. Donc, je vais laisser ma collègue...
Mme Tshernish (Marceline) : En fait,
début 2023, il y a eu la création d'un comité de travail pour travailler sur la sécurisation culturelle. C'est des membres
de la communauté d'Uashat mak Mani-Utenam qui se sont regroupés pour
pouvoir identifier une vision au niveau de la sécurisation culturelle,
identifier également de quelle façon on peut travailler
pas seulement la sécurisation culturelle en tant que savoir, mais bien aussi en
tant que savoir-faire et savoir-être. Donc, c'est un tout, c'est
complémentaire.
Puis, dans leurs recommandations, dans le
contenu de la... du comité de travail, du travail en soi, ils ont quand même différents aspects qu'ils veulent
toucher pour s'assurer que, un, il y ait une bonne connaissance de la culture
et du savoir innu. C'est nécessairement des personnes qui travaillent... des
allochtones qui travaillent sur la communauté mais également des
entreprises puis des organismes allochtones à l'extérieur de la communauté.
C'est vraiment de donner... d'outiller puis de donner de la formation à
différentes personnes au niveau de la culture des Innus de... des Innus d'Uashat mak Mani-Utenam. Donc, c'est en
tout début, c'est en processus puis... Oui, vas-y, si tu veux continuer.
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Oui.
Juste pour compléter, cette initiative-là est née également du fait qu'il y en
a, des formations, là, un peu, en sécurisation culturelle, qui sont très
globales. Le comité y fait référence en... le comité d'ITUM, en parlant
d'Autochtones 101, là, qui est vraiment une formation générale sur l'histoire,
les réalités autochtones, mais qui ne sont
pas spécifiques, par exemple, aux régions, aux communautés. Donc, ce comité-là a
été formé aussi en réponse à ce genre de formation là, parce qu'on nous disait,
dans les établissements allochtones : Ah! bien oui, nos professionnels,
par exemple, ou, peu importe, nos employés ont suivi une formation de quelques
heures sur l'histoire autochtone. Mais ce n'est pas assez. C'est un peu comme
quand on parlait d'avoir un concept global pour toutes les communautés
autochtones. Si ce n'est pas adapté aux communautés précises, ça ne va pas...
ça ne sert pas.
Donc, face à ces formations-là qui ne sont pas
nécessairement utiles pour améliorer la situation des Innus d'Uashat mak
Mani-Utenam, le conseil a créé ce comité de travail là pour avoir des outils,
des formations, comme disait ma collègue, non seulement pour les allochtones
qui travaillent avec les Innus d'Uashat mak Mani-Utenam, mais aussi les
établissements autour, s'il y a des entreprises, s'il y a des gens qui viennent
travailler près... près du territoire
traditionnel, pour avoir ces outils-là puis leur dire : Ça, ce que vous
avez comme bagage, ce n'est pas assez, ça, c'est ce que nous, on vous
demande de prendre en considération.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Monsieur...
Mme Tshernish (Marceline) : Puis
évidemment...
Président (M. Bachand) : Oui, allez-y, allez-y.
Tshernish (Marceline) : Évidemment, c'est... le but de ça étant de
favoriser les changements structurels et organisationnels, là,
nécessaires pour que les pratiques sécurisantes soient mises en place au sein
de diverses entités. On parle... Ici, on
parle de santé et services sociaux, mais le comité ITUM se penche également sur
d'autres... pour d'autres secteurs. La formation va aussi se donner
pour... à différents niveaux, pas seulement en santé et services sociaux.
Le Président (M.
Bachand) : ...secondes, M. le ministre.
M. Lafrenière : Très rapidement,
oui, je veux vous rassurer pour la formation, je n'ai aucunement la vision que
c'est une immunité qu'on se donne, puis on la reçoit une fois, et c'est réglé.
Et je veux vous
amener un autre point que vous avez apporté tantôt. Pourquoi on a distingué les
Premières Nations de façon plus précise dans le projet de loi, c'est
qu'on reconnaît ce qui était de particulier, ce qui est arrivé avec les
pensionnats, avec la stigmatisation des femmes, des enfants. Ça fait qu'encore
là on aura la chance de s'en reparler, parce que l'intention était tout autre.
Je comprends comment vous l'avez perçu.
Merci de
votre présence aujourd'hui, «tshinashkumitnau», puis merci beaucoup pour la
qualité des recommandations.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député
d'Acadie, s'il vous plaît.
Morin : Merci, M. le Président. Alors, bonjour, bon
après-midi. Merci d'être là. Merci pour votre mémoire. C'est vraiment
très utile, très apprécié.
J'aimerais aborder quelques recommandations que
vous avez dans votre... dans votre mémoire. Entre autres, vous faites plusieurs
recommandations, suggestions en ce qui a trait au préambule de la loi. Je
pense, entre autres, aux pages 10 et 11 de
votre mémoire. Et là le préambule, c'est important, ça définit l'objet de la
loi, ça aide à l'interpréter, mais ce
n'est pas, comme tel, les articles qui sont dans une loi. Pourquoi vous
recommandez plus de mettre ça uniquement dans le préambule plutôt que de
le mettre carrément dans différents articles de la loi?
Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Bien, ce n'est pas limitatif, là. Ça peut être
dans le préambule et dans les articles de la loi.
M. Morin :
OK. OK. Parfait. Merci.
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Ce
serait... ce serait encore mieux.
M. Morin : Bon, bien, c'est... Bon,
excellent. Parlons-en, oui.
Mme Boisvert-Chastenay
(Isabelle) : Non, mais, tu sais, bon, on travaillait avec le
projet de loi qu'on avait, là. Donc,
c'est sûr qu'on n'avait pas non plus le mandat, ni le temps, ni l'énergie de le
réécrire au complet. Mais c'est pour ça
qu'on a décidé de mettre ce qui était essentiel pour nous dans le préambule,
les ajouts essentiels. Mais évidemment, là, que ce soit dans des
articles, ce serait... ce serait encore mieux.
M. Morin : ...je vous entends bien
puis je suis certain que M. le ministre vous entend bien également. Justement, parlons-en, du préambule. C'est une
question que j'ai posée à tous les groupes qui sont venus en commission
depuis le début. Dans le préambule, le gouvernement indique qu'il veut mettre
de l'avant les revendications du Principe de
Joyce. Ça ne se retrouve pas dans le
texte de loi. D'après vous, ça devrait se retrouver dans le texte de loi ou
on laisse ça dans le préambule?
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Bien,
ça dépend. Si le gouvernement veut mettre de l'avant les revendications du
Principe de Joyce, bien, les revendications du Principe de Joyce, c'est
l'amélioration des relations entre les
autochtones et le réseau, par exemple, de la santé et des services... des
services sociaux. Il y a la reconnaissance du racisme systémique. Il y a la reconnaissance du droit à l'autonomie,
à l'autodétermination des peuples autochtones, reconnaissance des
savoirs et connaissances traditionnelles en matière de santé. C'est... Il y a
plusieurs principes qui, s'ils sont reconnus par le gouvernement dans le
préambule, devraient transparaître aussi du reste du projet de loi.
M. Morin : Donc, quand on s'inspire
du Principe de Joyce, qu'on s'inspire également de la Déclaration des Nations
unies sur les droits des peuples autochtones, je pense, entre autres, aux
articles 23 et 24, qui traitent plus spécifiquement du domaine de la
santé, d'après vous, ça aurait plus de poids, ce serait plus contraignant, ce
serait plus un engagement ferme du gouvernement de le mettre directement dans
le projet de loi plutôt que de laisser ça comme ça dans le préambule.
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) :
Bien, comme je disais, ça dépend si... Que ce soit dans le préambule, dans le projet
de loi, s'il y a une reconnaissance du Principe de Joyce, il y a une
reconnaissance de ce qui est dans le Principe de Joyce. Puis ce qu'il y a dans
le Principe de Joyce, c'est plusieurs mesures qui devraient être adoptées. Il y
a plusieurs recommandations. Donc, il faut que ça se retrouve... que ce soit
expressément dit, le Principe de Joyce, dans les articles
où... des mesures pour des formations obligatoires, l'accès aux programmes de
formation pour les autochtones, décoloniser les contenus de cours. Moi, que ce
ne soit pas... que ça, ça se retrouve dans le projet de loi sans qu'il y ait
une dénomination, là, ça fonctionne aussi, là.
M. Morin : Parfait. Excellent. Mais donc ce serait important
pour vous qu'on le retrouve dans le projet de loi.
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Bien,
s'il y a une reconnaissance du Principe de Joyce dans le préambule, ça
doit... le contenu doit se retrouver quelque part. Ça ne peut pas être juste
une...
M. Morin : Puis
là trouvez-vous qu'il se retrouve suffisamment dans...
Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Non.
M. Morin : Non,
c'est ça. D'accord. On se comprend. Donc, on va continuer à travailler
là-dessus puis on va continuer à parler à M. le ministre. Je suis certain qu'il
nous écoute attentivement. Merci.
Quand on regarde
l'article 1 du projet de loi et qu'on parle des établissements du réseau de la
santé et des services sociaux, j'aimerais... j'aimerais vous entendre
là-dessus, quand on dit, notamment, que, parmi les pratiques sécurisantes, il y
a «adapter, lorsque possible, l'offre des services de santé et de services
sociaux par des moyens comme :
l'embauche de personnel autochtone». Plusieurs groupes avant vous nous ont dit
que ce n'était pas suffisant puis qu'en
fait, quand on parle d'embauche de personnel autochtone, c'est aussi à
plusieurs niveaux, dans une organisation, pour qu'on puisse voir éventuellement un changement. Est-ce que vous
êtes d'accord avec l'énoncé que je viens de dire, ou est-ce que vous trouvez
que ça, c'est suffisamment contraignant pour le gouvernement, ou s'il faudrait
faire plus?
Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Non, bien, ITUM, dans son mémoire, y
fait référence, à cet article-là. Bien, le langage, déjà, «adapter, lorsque
possible», c'est très vague et permissif. Puis comme... Nous on est d'accord
avec cette affirmation-là. L'embauche de personnel autochtone, c'est
vraiment... c'est le minimum. Mais il faut aussi une reconnaissance, par exemple, des obstacles, des défis qu'affrontent
les personnes autochtones quand elles veulent, justement, avoir accès à
l'éducation, en matière de santé et de services sociaux.
Il faut prendre en
compte aussi la vision innue, par exemple, de la santé et des services sociaux,
qui est distincte. On n'appelle même pas ça
services sociaux dans la communauté. Puis il faut prendre en compte les
personnes comme les navigateurs innus, qui sont des personnes qui,
culturellement, linguistiquement, peuvent aider, justement, la clientèle à naviguer
les services de santé et de services sociaux. Je ne sais pas si tu veux...
Mme Tshernish (Marceline) : Bien,
en fait, c'est aussi qu'il faut considérer que ce n'est peut-être pas suffisant.
Juste pour donner l'exemple des navigateurs,
ce n'est pas suffisant, dans la mesure où c'est des horaires... Par exemple,
c'est des horaires administratifs. Donc, ce n'est pas nécessairement... On n'a
pas nécessairement de contrôle sur les consultations, la nécessité d'avoir des
soins de santé et services sociaux.
Puis je suis d'accord
avec ma collègue. En fait, il y a plusieurs éléments, je crois, qui sont cités.
Oui, l'embauche du personnel autochtone, mais aussi tout ce qui est l'accès à
des ressources d'accompagnement pour les autochtones.
Quand on parle, par exemple, du cadre de tout régime d'examen de plaintes... Il
y a aussi toute la formation obligatoire
pour tous les employés sur la réalité, les valeurs, les cultures, les langues
et l'identité autochtones. Donc, je pense
qu'il y a plusieurs éléments aussi, autres que le fait d'embaucher des
Premières Nations dans les établissements, là. Il y a plusieurs choses
qui peuvent être faites.
M. Morin : Oui.
C'est un excellent point. Et il y a une chose que j'aimerais préciser avec
vous, parce que je veux être sûr que je vous ai bien comprises, quand vous avez
parlé des navigateurs et que vous avez parlé d'horaires, si j'ai bien compris,
administratifs, est-ce que je dois comprendre que, dans certains établissements
hospitaliers, par exemple, il n'y a pas un navigateur 24 heures sur 24, sept
jours par semaine?
Mme Tshernish
(Marceline) : ...ce n'est pas suffisant.
M. Morin : OK.
Donc, si un membre de votre communauté se présente la nuit, parce
qu'évidemment, malheureusement, on ne décide pas quand on va être malade et
qu'on doit aller à l'hôpital...
Mme Tshernish
(Marceline) : ...pas nécessairement d'agent, non.
M. Morin : Il
n'y en a pas. Puis comment... Excusez-moi, là, excusez mon ignorance, mais
comment on explique ça? Parce que ça m'apparaît tellement essentiel. Non, mais,
tu sais, imaginez, là, moi, je m'en vais dans un hôpital, là, puis il n'y a personne, par exemple, qui parle ma langue,
c'est sûr que je ne vais pas être en sécurité, hein, ça, c'est certain.
Donc, dans le fond, ce que vous me dites, c'est que les hôpitaux proches de vos
communautés, la nuit, par exemple, vous pouvez vous présenter à l'hôpital,
évidemment, malade, on ne va pas à l'hôpital parce que...
Mme Tshernish
(Marceline) : Il n'y a pas nécessairement d'accompagnateur.
M. Morin :
...puis il n'y a pas... il n'y a pas d'accompagnateur.
Mme Tshernish
(Marceline) : Non. Je ne parlerais pas pour tous les établissements,
mais, pour certains établissements, ce n'est pas le cas.
Morin : OK. Donc, quand on parle de sécurisation
culturelle, c'est pour aller, évidemment, éventuellement, vers la sécurité. Donc, ça, d'après vous, est-ce
que c'est un élément qui aiderait, qu'il y ait toujours quelqu'un de présent
pour être capable d'accueillir les gens de la communauté s'ils vont à
l'hôpital?
Mme Tshernish (Marceline) : Effectivement.
La barrière de la langue, on le constate encore aujourd'hui, peut être un
facteur de risque pour la prise en charge du client à certains niveaux.
M. Morin : D'accord. Je vous
remercie. Parce que je voulais juste m'assurer de bien, bien comprendre.
L'autre élément que vous avez mentionné, je l'ai
trouvé aussi très intéressant, vous avez fait référence à un comité de travail
sur la sécurisation culturelle, mais un comité de travail innu, donc, dans
votre communauté. À votre connaissance,
est-ce que ce comité-là a été consulté par le gouvernement avant le dépôt ou la
rédaction de ce projet de loi?
Mme Tshernish (Marceline) : Non.
M. Morin : Non. Avez-vous été
consultés?
Mme Tshernish (Marceline) : Si on a
été consultés?
Mme Tshernish (Marceline) : Non. On
l'a fait de manière autonome et... dans le sens où on a nous-mêmes considéré
qu'il fallait prendre en charge la notion de la sécurisation culturelle puis de
mettre en place des outils et des formations qui ont été créés par nos membres
de la communauté, là.
Morin : Puis il me semble que, quand on parle de
sécurisation culturelle, en tout cas, un minimum, pour moi, de la part du
gouvernement, ce serait de vous consulter puis d'entrer en communication avec
vous. On est d'accord.
Mme Tshernish (Marceline) : Oui, on
est d'accord.
M. Morin : Mais ça n'a pas été fait.
Mme Tshernish (Marceline) : Non.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Autre élément dans le projet de loi, à l'article 2, on parle,
évidemment, de publier sur un site des pratiques sécurisantes mises par les
différents établissements. La loi va obliger le ministre à publier ces pratiques-là. Je comprends que ça peut
être intéressant, mais, quand je le lis, l'article, ça me donne l'impression
qu'on va demander aux établissements de santé de faire une liste de ce qui a
été fait, on va le publier, puis, voilà, après ça, on passe à la
prochaine étape ou à la prochaine année, on ne sait pas. Pensez-vous que c'est
suffisant? Est-ce qu'on vous a consultés
pour développer des indicateurs, pour savoir... Parce qu'évidemment on parle de
pratiques sécurisantes, mais c'est des pratiques sécurisantes pour la
population autochtone qui va recevoir les services, évidemment. Donc, est-ce
que vous pensez que les indicateurs devraient être développés par votre
communauté puis, évidemment, partagés par la suite pour voir si ça a un impact?
Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Bien, en fait, nous... ITUM, dans le mémoire,
justement, parle de l'article 2 puis recommande qu'il y ait vraiment un suivi
qui soit fait par les communautés autochtones, donc, par le biais
d'indicateurs ou d'autres mesures de suivi et d'évaluation, parce que, comme
vous dites, c'est les communautés qui vont savoir si les pratiques sont
sécurisantes ou non, là. Ce n'est pas une liste qui va nous dire si ça
fonctionne ou pas.
Cet article-là, évidemment, si c'est le seul
article sur le suivi et l'évaluation de la mise en oeuvre du projet de loi, ce
n'est pas suffisant. Moi, je lisais ce deuxième alinéa là dans un objectif
d'amélioration continue, peut-être, de se donner des idées, là, mais pas dans
un objectif de suivi, là, de la mise en oeuvre du projet de loi, parce que ce
ne serait pas suffisant, non, c'est clair.
M. Morin : Je vous remercie.
Mme Tshernish (Marceline) : Juste
pour...
M. Morin : Oui, oui, bien sûr. Oui,
absolument.
Mme Tshernish (Marceline) : Dans le
fond, ce que je voulais dire, c'est que, si on souhaite évaluer si amélioration il y a, je crois que la première
étape consiste à aller consulter les usagers Premières Nations eux-mêmes,
donc, juste pour préciser, là.
Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Oui, avoir une situation de base, une étude de la
situation de base dans les établissements, dans les communautés...
Mme Tshernish (Marceline) : Oui,
puis ce n'est pas nommé.
Mme Boisvert-Chastenay (Isabelle) : ...pour
pouvoir mesurer, justement, s'il y a une amélioration ou pas.
Le Président (M.
Bachand) : ...reste 12 secondes, si vous
voulez... Non, ça va?
M. Morin : Bien, merci. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci de votre compréhension.
M. le député de Jean-Lesage, s'il vous plaît.
Zanetti : ...dans votre mémoire, vous avez deux
recommandations qui mentionnent le principe d'autodétermination, et je voudrais vous donner l'occasion, peut-être, de
renchérir sur l'importance du principe d'autodétermination dans le
projet de
loi sur la sécurisation culturelle. Pourquoi c'est important de le
mettre là?
Boisvert-Chastenay (Isabelle) : Bien, comme on disait, la sécurisation culturelle,
ce n'est pas seulement former les professionnels allochtones de la santé sur
l'histoire, les réalités autochtones. C'est aussi la reconnaissance des
savoirs autochtones, la gouvernance autochtone en matière de santé et de
services sociaux.
Comme disait ma collègue, ITUM a pris en charge
une grande
partie des soins à sa population. Puis ça, c'est un système qui
existe. Donc, si on continue à travailler, par exemple, sur la sécurisation
culturelle seulement du côté des établissements
allochtones, sans reconnaître l'autodétermination des communautés autochtones
en la matière, bien, ça crée des vases clos qui ne communiquent pas
ensemble. Puis c'est ça qui crée que, parfois, il y a des gens qui tombent... Il n'y a pas de filet de sécurité pour
ces personnes-là quand elles sortent, par exemple, de l'hôpital de Sept-Îles,
puis elles n'arrivent pas à faire le lien avec les établissements au sein de la
communauté parce qu'il n'y a pas de communication, étant donné que c'est deux
réseaux qui sont distincts, puis la communauté n'est pas considérée comme
faisant
partie du réseau québécois.
Donc, l'autodétermination est importante à être
reconnue, parce que c'est déjà le cas. Dans la vie de tous les jours, les Innus de Uashat mak Mani-Utenam
pratiquent, exercent leur gouvernance, leur autodétermination en matière de
santé et de services sociaux. Donc, ça ne peut pas être ignoré par le projet de
loi. Il faut que ce soit reconnu, comme le
mentionne la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones à l'article 24. C'est allier... Il faut trouver l'équilibre entre améliorer l'accès des
communautés autochtones aux établissements, aux services allochtones, mais
également reconnaître leurs propres pratiques puis leur propre gouvernance en
la matière.
M. Zanetti : Merci. Et il y a un
sujet qui a été amené dans plusieurs consultations précédentes, là... bien, en fait, dans cette consultation-ci, mais par
d'autres groupes, c'est la question de... Que faire avec l'insuffisance du
projet de loi actuel? Tout le monde dit que c'est insuffisant. Puis il y
en a qui disent : Bien, c'est tellement insuffisant qu'il vaut mieux attendre, recommencer, le coécrire avec
tous les acteurs du milieu, les Premières Nations, les Inuits, puis après ça
que soit refait un autre projet de loi qui soit débattu par la suite mais qui
aurait été coécrit en amont, ce qui n'a pas été
le cas. D'autres disent : Bien, il vaut mieux essayer, par des
amendements, maintenant, d'amender celui-là le mieux possible et qu'il soit... qu'il serve au moins de
base, même si c'est très imparfait. Il y en a qui disent : Bien, si on
fait ça, peut-être que ça va donner l'impression que quelque chose a été
fait puis que ce n'est pas suffisant et que ça va créer des problèmes. Donc, il
y en a qui disent : Il vaut mieux attendre puis ne pas faire quelque chose
d'insuffisant. Vous, votre position par
rapport à ça, c'est quoi? Je ne veux pas vous presser, là, si vous n'avez pas
pris une décision là-dessus, mais...
Boisvert-Chastenay (Isabelle) : C'est une excellente question. Puis nous, comme je
disais, on peut seulement répondre pour les Innus de Uashat mak
Mani-Utenam. Puis ce qui est recommandé dans le mémoire, c'est vraiment qu'il y
ait une cocréation avec les communautés autochtones. On a fait certaines
recommandations de modifications au projet
de loi actuel, mais c'est sûr qu'on comprend aussi les communautés qui disent :
Non, pour nous, c'est tellement insuffisant, c'est tellement biaisé, par
exemple, qu'on doit recommencer.
Pour ITUM,
l'idée, aussi, c'est que c'est un sujet qui est... un enjeu tellement urgent.
Il y a eu la vague de suicides en
2015, dans la communauté, qui a mené à une enquête publique du coroner sur les
suicides. On a eu plusieurs instances de discrimination, de racisme
contre les membres de la communauté dans le réseau actuel. Donc, c'est urgent.
C'est un problème qui est urgent, puis il faut faire quelque chose.
Maintenant, est-ce que c'est par le biais de ce
projet de loi là, par des amendements, par un... je ne sais pas, une
consultation plus ample des communautés autochtones, une cocréation avec les
communautés autochtones ou si la majorité va décider : Non, on recommence
à zéro? Ça, ce n'est pas moi qui peux prendre cette décision. Mais ITUM voulait participer aux consultations
particulières pour donner son avis sur le projet de loi actuel, puis pour qu'il
soit amélioré, puis qu'il serve vraiment son objectif de donner des meilleurs
services aux membres de la communauté et de reconnaître la gouvernance
des Innus en matière de santé et de services sociaux.
Le Président (M. Bachand) : Et,
sur ce... Effectivement, on apprécie beaucoup votre participation aujourd'hui.
C'est tout le temps qu'on a présentement.
Alors, on
suspend. Mais, encore une fois, merci beaucoup d'avoir été avec nous cet
après-midi. Alors, je suspends les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 45)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir le juge à la
retraite M. Jacques Viens, qui, vous savez, a donné son nom à un rapport
dont on parle depuis quand même un bon petit bout de temps, surtout depuis deux
jours. Alors, M. Viens, merci infiniment d'être avec nous. C'est un grand
plaisir de vous recevoir. Vous connaissez les règles, un petit 10 minutes
de présentation. Après ça, on aura une belle
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, M. Viens, juge
à la retraite, la parole est à vous.
M. Viens (Jacques) : Alors, bonjour,
M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés. Mon nom est Jacques
Viens. Je suis un juge retraité après 30 ans à la Cour supérieure du Québec,
mais j'imagine que vous m'avez invité à m'exprimer dans le cadre du projet de
loi n° 32 instaurant l'approche de sécurisation culturelle au sein du
réseau de la santé et des services sociaux parce que j'ai présidé la commission
d'enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics
au Québec : écoute, réconciliation et progrès, dont le rapport final a été
rendu public le 30 septembre 2019.
Je n'ai pas produit de mémoire, car, à mon sens,
le rapport de 2019 en dit beaucoup plus que ce que j'aurais pu faire dans un
mémoire de quelques pages. Je souligne d'ailleurs qu'il est très facile d'avoir
accès, sur Internet, au rapport final de la
commission, au rapport synthèse, de même qu'aux témoignages, pièces, annexes et
autres informations pertinentes en cliquant simplement CERP dans un
moteur de recherche.
Depuis le dépôt du rapport de la commission il y
a déjà quatre ans, j'ai décliné toutes les demandes d'entrevue qui m'ont été proposées, répondant toujours que ce que
j'avais à dire se trouve déjà dans le rapport lui-même et que je ne souhaite
pas m'immiscer dans les relations entre le gouvernement et les autorités
autochtones. J'ai hésité, mais j'ai finalement décidé d'accepter
l'invitation de la Commission des institutions, car je ne peux pas oublier les
membres des Premières Nations, des Inuits, des pères, des mères, des aînés et
des chefs qui nous ont fait confiance et qui sont venus raconter leur désir
d'offrir une vie meilleure à leurs enfants et à leurs communautés. Si j'avais
décliné votre invitation, j'aurais eu l'impression de leur manquer de respect
et de les laisser tomber.
J'espère que les autorités gouvernementales
sauront aller au-delà des beaux discours et poseront enfin des gestes concrets
pour tendre vers la réconciliation et, en particulier, garantir à tous les
autochtones un droit d'accès équitable, sans
aucune discrimination, à tous les services sociaux et de santé, ainsi que le
droit de jouir du meilleur état possible de santé physique, mentale,
émotionnelle et spirituelle.
En effet,
après 38 semaines d'audiences et plus de 1 000 témoins, il m'est
apparu impossible de nier la discrimination systémique dont sont
victimes les membres des Premières Nations et les Inuits dans leurs relations avec l'ensemble des services publics ayant fait
l'objet de l'enquête, et plus particulièrement avec les services de santé et
les services sociaux. Lorsqu'on ne reconnaît pas cette discrimination
systémique, c'est un peu comme si on me disait que toute l'équipe de la commission s'est trompée et n'a rien compris
aux réalités malheureusement vécues depuis trop longtemps par les
autochtones.
Or, les Premières Nations et les Inuits sont les
mieux placés pour savoir quels sont les besoins de leurs communautés et les
solutions les plus appropriées pour y répondre. Il est donc nécessaire d'ouvrir
la porte à une offre de services
différenciée, tantôt offerte en collaboration avec les organisations et les
services publics existants, tantôt de manière autonome, selon la volonté
et les ressources dont disposent les différentes communautés et les nations. Il
ne s'agit pas de mettre de l'avant des solutions pour les peuples autochtones,
ça, c'est du colonialisme, mais plutôt de collaborer avec eux à la mise en
place de façons de faire respectueuses à la fois des droits individuels, et
ancestraux, et collectifs.
Par ailleurs, il faut bien constater et admettre
que ce ne sont pas seulement les rapports des commissions d'enquête des
dernières années qui ont contribué à ouvrir les yeux des gouvernements et des
citoyens sur les réalités autochtones. En ce qui concerne celle que j'ai
présidée, un an plus tard, presque jour pour jour, est survenu à l'hôpital de
Joliette le décès de Joyce Echaquan dans des circonstances plus que
troublantes. Malheureusement, il aura fallu vivre une autre tragédie pour que
les choses commencent à bouger. Depuis ce triste événement, plus que jamais des
gens de partout au Québec expriment leur volonté d'en savoir davantage sur la
culture de ceux qui, bien avant nous, ont occupé le territoire. Il y a là une
fenêtre d'opportunité hors du commun qu'il importe de saisir le plus tôt possible.
C'est d'ailleurs à la suite de cette tragédie
que le Conseil des Atikamekw de Manawan et le Conseil de la nation atikamekw
ont déposé un mémoire, le Principe de Joyce, en espérant qu'il soit adopté par
les gouvernements du Canada et du Québec afin d'établir
des relations exemptes de racisme systémique entre les autochtones et les
systèmes de santé et de services sociaux au Québec et au Canada. Or, déjà, dans
les appels à l'action nos 74, 75 et 76 du rapport de la commission, nous
avons, entre autres, recommandé au gouvernement du Québec d'enchâsser dans les
lois pertinentes la notion de sécurisation culturelle et d'encourager les
établissements du réseau de la santé et des services sociaux à mettre sur pied
des services et des programmes répondant au principe de sécurisation culturelle
développé à l'intention des peuples autochtones, et ce, en collaboration avec
eux, de même que de financer de façon récurrente et pérenne ces services et ces
programmes.
Maintenant, en ce qui concerne le PL n° 32
sous étude, je suis d'avis qu'il est nécessaire et devrait aller de l'avant,
quoique je me permettrai d'émettre quelques commentaires et suggérerai
certaines modifications.
Tout d'abord, dans le préambule, il m'apparaît
important de préciser que la Commission d'enquête sur les relations entre les
Autochtones et certains services publics a recommandé la mise en oeuvre de
l'approche de sécurisation culturelle par les établissements du réseau de la
santé et des services sociaux en collaboration avec les autorités autochtones.
C'est l'élément clé, à mon sens. Et cela m'amène à me demander pourquoi le
gouvernement ne pose pas le geste qui, selon ce que j'entends depuis hier par
les autres intervenants, semble faire consensus non seulement chez les
Premières Nations et les Inuits, mais aussi chez les personnes qui sont sur le
terrain et dispensent les soins de santé, représentées par le collège, entre
autres, des médecins et l'Ordre des infirmières et infirmiers, soit de
reconnaître et adopter le Principe de Joyce.
Ensuite, la prise en compte des réalités
linguistiques des Premières Nations et des Inuits devrait aussi être ajoutée à l'article 1 pour qu'il se lise
ainsi :
considérer les valeurs et les réalités culturelles, linguistiques et
historiques des autochtones;». Cela pourrait éviter plusieurs problèmes.
Quant à l'article 1.4°c instaurant la formation
obligatoire de tous les employés sur les réalités culturelles et historiques
des autochtones, il m'apparaît particulièrement important, mais il reste à prendre
les mesures nécessaires pour que ces formations soient préparées et dispensées
en collaboration avec les autochtones de façon à ce qu'elles répondent aux
réalités culturelles des personnes desservies par chaque établissement et
qu'elles soient dispensées régulièrement, de préférence initialement, lors de
l'entrée en fonction, et ensuite de façon continue et récurrente.
Afin de prendre en compte le fait que,
malheureusement, au cours des années, plusieurs femmes et filles autochtones
ont subi des interventions à leur insu ou contre leur gré, entre autres, des
stérilisations, il conviendrait de modifier l'article 1.4°d pour qu'il se lise
ainsi :
«
d) la prise en compte des réalités propres aux
femmes et aux filles autochtones, notamment quant à leur consentement à des
soins, traitements ou interventions.»
À l'article 2, l'obligation imposée à tout
établissement d'informer le ministre, dans les trois mois de la fin de son exercice financier, des pratiques sécurisantes
mises en oeuvre au cours de l'exercice est très intéressante, tout comme la
diffusion annuelle par le ministre des pratiques mises en place par les
établissements au cours de l'exercice financier précédent, mais il
serait sans doute souhaitable d'ajouter d'abord l'exigence pour les établissements
de santé d'élaborer des plans d'action avec les autochtones des communautés
situées dans les environs, y compris en contexte urbain, et de produire ces
plans d'action annuellement afin de préciser les objectifs à atteindre.
Avec des
plans d'action élaborés conjointement avec les autochtones, en collaboration
avec eux, la sécurisation culturelle
cesserait d'être un principe abstrait demandant simplement d'être accueillant
et inclusif à l'égard des
autochtones, comme on peut lire à l'article 1.3°, et pourrait devenir un
vecteur de changement des pratiques.
Enfin, l'exigence de produire un plan d'action
devrait être accompagnée de la nomination d'une personne responsable dans
chaque établissement et, idéalement, au sein du ministère, une équipe chargée
de veiller à la mise en place de l'ensemble
de ces plans d'action, ces personnes devant être choisies de concert avec les
autorités autochtones concernées.
Pourquoi pas un bureau d'ombudsman avec mission aussi d'évaluer les retombées
des pratiques sécurisantes? Bref, l'exemple, et possiblement un peu de
pression venue d'en haut, pourrait aider à mettre en oeuvre l'approche de sécurisation culturelle et atténuer, avec le
temps, le sentiment de méfiance des autochtones à l'endroit des services de
santé.
En ce qui
concerne l'article 3 prévoyant l'autorisation d'assouplissements susceptibles
de permettre l'exercice de certaines activités professionnelles, il
s'agit certainement d'une ouverture bienvenue, d'autant plus que cela se fera
par règlement, après consultation des communautés autochtones concernées, mais
il faudrait aller beaucoup plus loin pour
répondre aux véritables besoins. Vous avez entendu hier Me Arteau et M. Pernet
concernant les besoins chez les Inuits, entre autres.
En terminant, je n'insisterai probablement
jamais assez pour affirmer que, si la sécurisation culturelle en matière de
santé et services sociaux est essentielle, elle doit s'implanter en
collaboration avec les Premières Nations et
les Inuits, ensemble, côte à côte, afin de véritablement atteindre des
objectifs et tendre vers la réconciliation. Et je dois vous dire, avec respect, M. le ministre, que,
malgré toutes vos bonnes intentions et vos efforts louables, et je suis
persuadé que vous êtes la bonne
personne pour faire avancer les choses, j'ai l'impression, depuis un certain
temps, et encore plus après avoir écouté tous les autres intervenants
depuis hier, qu'il ne sera pas facile d'aller de l'avant en collaboration avec les autochtones, à moins que le gouvernement
du Québec accepte de reconnaître, comme tout le monde, d'ailleurs, dans
la province, dès maintenant la discrimination systémique et le Principe de
Joyce. Merci de votre attention.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. Viens. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui. Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, M. le juge. Merci d'être avec nous à distance
aujourd'hui. On l'apprécie beaucoup. Je dois vous avouer que vous faites
partie
de mes lectures de chevet. Ça fait
partie des 600 recommandations qui me guident
chaque jour quand on prend des décisions, quand on tente d'avancer. Ça
fait que je suis très heureux de pouvoir compter sur votre présence, votre
participation à nos travaux aujourd'hui. Merci. Merci beaucoup.
Vous avez parlé
beaucoup d'offre de services différenciée. Vous avez... De ce que j'ai compris,
vous avez parlé d'un cadre qui est assez
rigide, quand même, un message clair, mais d'être capables de s'adapter par
communauté. Puis ITUM, qui était avant vous, nous a fait comprendre
aussi l'importance de développer des choses avec les partenaires locaux. Hier, MCK, les gens de Kahnawake,
nous ont dit la même chose, dans le fond, de mettre en valeur les
partenariats. Est-ce que j'ai bien compris l'essentiel de votre propos
là-dessus?
M. Viens
(Jacques) : Tout à fait, M. le ministre, vous avez très bien compris.
Dans le fond, on a... vous le savez, d'ailleurs, vous l