House Proceedings — 11 March 2009 (39th Legislature, 1st Session)

2009-03-11

Quebec — Debates (Hansard)

House Proceedings — 11 March 2009 (39th Legislature, 1st Session)

2009-03-11

Quebec — Debates (Hansard)

Journal des débats (Hansard) of the National Assembly

Version finale

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39 th Legislature, 1 st Session

(January 13, 2009 au February 22, 2011)

Wednesday, March 11, 2009 - Vol. 41 N° 5

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Table des matières

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Débat sur le discours d'ouverture

Mme Pauline Marois

Motion de censure

Mme Sylvie Roy

Motion de censure

M. Amir Khadir

Motion de censure

Présence du consul général de la République française, M. François Alabrune

Dépôt de la lettre de démission de M. Mario Dumont à

titre de député

de Rivière-du-Loup et de chef de l'Action démocratique du Québec

Dépôt de la lettre de désignation de la députée de Lotbinière, Mme Sylvie Roy,

à

titre de chef intérimaire de l'Action démocratique du Québec

Affaires courantes

Présentation de projets de loi

Projet de loi n° 8 ? Loi modifiant la

Loi sur les valeurs mobilières

et d'autres dispositions législatives

Mme Monique Jérôme-Forget

Mise aux voix

Projet de loi n° 14 ? Loi prolongeant le mandat des membres des conseils

d'administration des établissements publics

de santé et de services sociaux

M. Yves Bolduc

Mise aux voix

Projet de loi n° 3 ? Loi permettant la mise en œuvre de l'Entente entre le

Québec et la France en matière de reconnaissance

mutuelle des qualifications professionnelles ainsi

que d'autres ententes du même type

Mme Kathleen Weil

Mise aux voix

Projet de loi n° 6 ? Loi instituant le fonds de soutien aux proches aidants des aînés

Mme Marguerite Blais

Mise aux voix

Projet de loi n° 7 ? Loi instituant le fonds pour le développement des jeunes enfants

M. Tony Tomassi

Mise aux voix

Dépôt de documents

Comptes publics 2007-2008

Entente sur la prestation de services policiers

sur certains territoires autochtones

Rapport annuel 2007 et états financiers 2007 du Comité Entraide

Plan d'immigration du Québec pour l'année 2009

Rapport annuel du Conseil de la famille et de l'enfance

Message de Sa Majesté la reine Elizabeth II à l'occasion du jour du Commonwealth

Lettres du président de la Chambre des communes et du président du Sénat concernant

les demandes du Québec au gouvernement fédéral dans le contexte des consultations

prébudgétaires et de la rencontre fédérale-provinciale du vendredi 16 janvier 2009

Lettre de M. André C. Côté informant de sa décision de prendre sa retraite

et de quitter ses fonctions de Commissaire au lobbyisme

Nouveau diagramme de l'Assemblée

Dépôt de rapports de commissions

Élection du président et du vice-président de

la Commission de l'administration publique

Élection du président et du vice-président de la Commission des institutions

Élection du président et du vice-président de

la Commission des finances publiques

Élection du président et du vice-président

de la Commission des affaires sociales

Élection du président et du vice-président de

la Commission de l'économie et du travail

Élection du président et de la vice-présidente de la Commission

de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation

Élection de la présidente et du vice-président de

la Commission de l'aménagement du territoire

Élection du président et du vice-président de la Commission de l'éducation

Élection du président et du vice-président de la Commission de la culture

Élection du président et de la vice-présidente de la

Commission des transports et de l'environnement

Dépôt de pétitions

Augmenter l'aide financière aux projets communautaires des associations

de résidents d'habitations à loyer modique

Questions et réponses orales

Contexte du déclenchement de l'élection générale de décembre 2008

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

État de la situation à la Caisse de dépôt et placement en novembre 2008

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Tenue d'une commission parlementaire sur les résultats

de la Caisse de dépôt et placement

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Mesures fiscales et tarifaires envisagées

Mme Sylvie Roy

M. Jean Charest

Mme Sylvie Roy

M. Jean Charest

Mme Sylvie Roy

M. Jean Charest

Construction du Centre hospitalier universitaire

de Montréal en partenariat public-privé

M. Sylvain Simard

Mme Monique Jérôme-Forget

M. Sylvain Simard

Mme Monique Jérôme-Forget

M. Sylvain Simard

Mme Monique Jérôme-Forget

Rendement du Fonds des générations en 2008

M. François Legault

Mme Monique Jérôme-Forget

M. François Legault

Mme Monique Jérôme-Forget

M. François Legault

Mme Monique Jérôme-Forget

Rendement du Fonds d'amortissement des régimes de retraite en 2008

M. François Legault

Mme Monique Jérôme-Forget

M. François Legault

Mme Monique Jérôme-Forget

Proportion des investissements de la Caisse de dépôt et placement au Québec

M. François Legault

Mme Monique Jérôme-Forget

Réévaluation de la proportion des investissements

de la Caisse de dépôt et placement au Québec

M. François Legault

Mme Monique Jérôme-Forget

Rendement de la Caisse de dépôt et placement au cours des dernières années

M. François Legault

Mme Monique Jérôme-Forget

Mission de la Caisse de dépôt et placement

M. François Legault

Mme Monique Jérôme-Forget

Motions sans préavis

Souligner le 10e anniversaire du décès du Dr Camille Laurin

Mme Pauline Marois

Mme Christine St-Pierre

M. Gérard Deltell

M. Amir Khadir

M. Pierre Curzi

Mme Louise Beaudoin

Mise aux voix

Offrir des condoléances à la famille et aux proches de l'ex-ministre Thérèse

Lavoie-Roux et souligner son apport au développement social du Québec

Mise aux voix

Rendre hommage à l'écrivain André Langevin et offrir

des condoléances à sa famille et à ses proches

Mise aux voix

Souligner la Journée nationale du crédit communautaire

Mise aux voix

Souligner la Journée internationale des femmes

Mise aux voix

Souligner le 60e anniversaire de Contrôle routier Québec

Mise aux voix

Hommage à M. Mario Dumont, ex-député de Rivière-du-Loup et

ex-chef de l'Action démocratique du Québec

Mme Sylvie Roy

M. Éric Caire

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Avis touchant les travaux des commissions

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur les motions de censure

M. Pierre Moreau

Mme Nicole Léger

M. Lawrence S. Bergman

M. François Rebello

Mme Stéphanie Vallée

M. Yves-François Blanchet

M. Raymond Bernier

Ajournement

Journal des débats

(Dix heures six minutes)

Le Président: Alors, chers collègues, nous allons nous recueillir quelques instants.

Je vous remercie. Veuillez vous asseoir.

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Débat sur le discours d'ouverture

Alors, aujourd'hui, aux affaires prioritaires, nous allons maintenant entendre l'intervention de la chef de l'opposition officielle à la suite du discours d'ouverture de la première session de la Trente-neuvième Législature prononcé par le premier ministre hier. Je cède donc la parole à Mme la chef de l'opposition officielle.

Mme Pauline Marois

Mme Marois: Merci, M. le Président. En commençant, j'aimerais d'abord souhaiter une excellente session parlementaire à tous les députés de cette Assemblée nationale, particulièrement aux nouveaux élus. Ils sont 37 à prendre part à ce qui sera leur première session complète. Je sens chez eux beaucoup de fébrilité mais aussi de volonté de servir les citoyens de leurs circonscriptions. Cette franchise, cette sincérité dans l'engagement, je souhaite qu'elles animent chacun des parlementaires alors que les familles québécoises s'inquiètent de leur avenir économique.

Parlant de familles, je tiens à saluer un homme que l'on sait très attaché à la sienne, je parle de M. Mario Dumont, qui était jusqu'à jeudi dernier député de Rivière-du-Loup, une circonscription qu'il aura représentée avec fierté pendant près de 15 ans. Je désire offrir mes souhaits de succès les plus sincères à lui mais aussi à ses proches dans tous leurs projets futurs. Au-delà des désaccords, au-delà des questions partisanes, il y a l'intérêt supérieur de la nation québécoise, et c'est sur cette question que M. Dumont a fondé son engagement politique.

C'est sur cette question qu'il a eu aussi l'audace de fonder la formation politique qu'il a tenue à bout de bras. Nous avions en commun de rejeter le cadre constitutionnel canadien tel que Pierre Elliott Trudeau l'a imposé au Québec en 1982. Je souhaite donc que le courage dont M. Dumont a fait preuve sur cette question inspire son parti dans les choix qu'ils auront à faire, ce qui me permet de saluer la députée de Lotbinière, qui se joint à la courte liste des femmes ayant dirigé les élus de leur formation politique à l'Assemblée nationale. Bienvenue, et bonne chance!

(10 h 10)

Au passage, il y a maintenant trois des quatre formations politiques représentées à l'Assemblée nationale du Québec qui rejettent le statu quo constitutionnel. Elles représentent plus de 55 % des gens ayant voté. Cela démontre bien qu'encore aujourd'hui le Canada ne répond pas aux aspirations des Québécoises et des Québécois. Je profite donc de l'occasion pour souhaiter la bienvenue au député de Mercier. J'espère que nous aurons souvent l'occasion de faire cause commune, puisque, comme lui, nous menons un combat contre la droite fédéraliste.

Mais je tiens à rappeler à tous les Québécois que la voie pour sortir de cette impasse, l'alternative à ce gouvernement, c'est le Parti québécois qui l'incarne, et ce, plus que jamais.

Je tenais à faire ces quelques salutations. M. Dumont soulignait récemment, avec un certain humour qu'on lui connaît, que, lorsqu'une personnalité politique se retire, ses adversaires sont soudainement prompts à le louanger. Je sais de quoi il parle! Mais je pense tout de même qu'il convient de le faire, ne serait-ce que pour souligner le sacrifice consenti par chacun qui choisit l'action politique. Parce que le sens de l'engagement, ainsi que le respect qu'il convient de lui donner, c'est précisément de cela dont je veux vous parler aujourd'hui, M. le Président.

L'importance de donner l'heure juste, la nécessité de respecter la parole donnée, l'honneur d'assumer ses actes, voilà autant d'idées qui peuvent paraître à certains banales, voire même usées, mais je pense qu'il importe au contraire aujourd'hui de les rappeler, à plus forte raison alors que l'incertitude nous accable. Les gens qui aspirent à diriger le Québec ont le devoir de nommer les choses telles qu'elles sont.

Nous sommes réunis aujourd'hui pour débattre du discours inaugural présenté hier par le premier ministre du Québec. Ce discours se doit normalement de présenter le plan du gouvernement pour réaliser le mandat qu'il a obtenu de la part de la population le 8 décembre dernier. C'est une joie d'ailleurs de nous retrouver ici pour débattre de l'avenir du Québec. En fait, nous, devant l'éventualité de la crise, nous aurions voulu le faire tout au long de l'automne dernier, mais le premier ministre était trop pressé d'avoir les deux mains sur le volant, tellement pressé, M. le Président, que, depuis qu'il est seul aux commandes, on ne sait plus trop où il s'en va.

Je disais donc que nous nous sommes retrouvés en campagne électorale, ce qui a donc suspendu les travaux de la Chambre du 5 novembre dernier jusqu'à aujourd'hui, à l'exception de trois séances en janvier qui, de l'aveu même du gouvernement, n'ont pas apporté grand-chose de neuf, à l'image finalement du discours prononcé par le premier ministre hier.

C'est dire, M. le Président, depuis la dernière fête nationale, depuis maintenant près de neuf mois, le Parlement n'a siégé que neuf jours. Pendant ces neuf mois, une crise financière mondiale a frappé notre économie. Il s'est perdu 26 700 emplois au Québec. Mais le premier ministre a obtenu le mandat majoritaire qu'il désirait. Il a sécurisé son emploi, lui, pour les quatre prochaines années. Les Québécois n'ont pas tous cette chance.

Voilà donc ce qui nous ramène à, aujourd'hui, M. le Président, la nécessité de dire aux Québécois ce que nous comptons faire pour affronter les prochains mois, faire face à la crise, pour permettre aux Québécois d'être prêts pour la relance, d'en profiter pour atteindre de nouveaux sommets. Et c'est bien pour ça que nous sommes ici, j'en suis persuadée, vous en conviendrez, M. le Président. Nous ne souhaitons pas seulement subir les événements, parce que ce n'est pas ça, exercer du leadership, assumer son leadership, non plus que nous ne devons appliquer les mêmes solutions qui ne marchent pas aux mêmes situations, surtout lorsque ces mêmes situations se sont aggravées.

Voilà ce que le premier ministre a eu l'occasion de faire hier en présentant son discours inaugural. Qu'est-ce que nous avons eu? Nous avons eu droit à un condensé des trois discours inauguraux précédents: les mêmes dossiers que le gouvernement n'arrive désespérément pas à régler, les mêmes politiques qui ratent leurs cibles, et ce, depuis bientôt six ans, un discours qui, sans que le premier ministre ne l'ait voulu, prend finalement des airs de bilan, où il a passé la majeure

partie de son temps à revenir sur ce qu'il a fait ou n'a pas fait au cours des six dernières années, un discours qui trahit à quel point le gouvernement se trouve aujourd'hui à court de solutions. Et c'est là le plus dramatique.

Voilà trois mois que ce gouvernement est élu et déjà il est usé. Assumer ses contradictions, faire face à ses erreurs, voilà ce pour quoi le gouvernement aura utilisé tout le capital politique qu'il a acquis lors de la dernière élection. Le gouvernement répète pour la ixième fois qu'il va se préoccuper de quelques projets, mais on ne le croit plus. On ne voit pas et on ne croit pas au fait qu'il puisse les réaliser. Le Québec, présentement, de quoi a-t-il besoin?

Il a besoin de faire des choix, de prendre des virages, il a besoin de leadership, et nous devrons composer, pour y arriver, avec un gouvernement brisé, déjà au bout du rouleau, en fin de régime, pour les quatre prochaines années, un gouvernement qui nous a habitués à plein de beaux discours qu'il ne réalise jamais.

M. le Président, la première fois que le premier ministre a été élu, il avait promis du changement, il avait promis de changer les façons de faire, réformer l'État de fond en comble, baisser les impôts, régler ? régler ? les listes d'attente en santé. C'était là sa première priorité. Il était prêt, nous disait-il. Qu'est-ce qu'on a eu? On a eu des confrontations avec la société civile, on a eu des lois imposées par bâillon, on a eu des engagements reniés, et l'économie du Québec a reculé, les exportations du Québec ont perdu de l'importance, le fardeau fiscal a augmenté par le biais des hausses de tarifs.

Les listes d'attente en santé, elles se sont allongées. Vous ne trouvez pas que ceci a des airs de déjà-vu?

La deuxième fois, le premier ministre disait avoir compris. Il voulait nous parler et il nous parlait d'un Parlement de cohabitation, être à l'écoute de la population. Pourtant, il a failli tomber sur son premier budget. Il a enterré les rapports de la demi-douzaine de commissions qu'il avait convoquées, formées aux frais des contribuables, pour pouvoir consulter les Québécois. Et finalement il a déclenché des élections dont personne ne voulait, en pleine tourmente économique.

Et, hier, il s'est présenté devant nous. Il avait dit que le Québec passerait par-dessus la crise. Il avait dit que nous ne ferions pas de déficit. Il avait dit que tout allait bien à la Caisse de dépôt. Il avait dit que son gouvernement était celui qui prendrait soin de l'économie. Ça, c'était pendant la campagne électorale. Bien, encore une fois, aujourd'hui, malheureusement, on connaît la vérité. On sait ce qui nous attend. C'est bien dommage pour le premier ministre, mais, vous savez, normalement, après trois prises, on est retiré.

L'économie d'abord , c'était le slogan du Parti libéral pendant la dernière campagne. En réfléchissant à la question, je me suis souvenue et rappelée d'un peu de grec que j'avais fait au collège. Le mot « économie » vient du grec ancien « oikonomia » . Qu'est-ce que ça signifie, « oikonomia » ? L'art d'administrer son foyer, en prendre soin, donc voir à ce qu'il ne manque de rien, prévoir, planifier avec rigueur, avec lucidité, parce que la réalité, sinon, elle finit toujours par nous rattraper. C'est donc ce à quoi s'est engagé le premier ministre, prendre bien soin de la maison québécoise tel un bon père de famille.

Aujourd'hui, je lui pose la question à travers vous, M. le Président: Savait-il dans quoi il s'embarquait en omettant de le dire ou encore n'avait-il rien vu venir, en ramassant aujourd'hui les pots cassés?

Écoutez, hier, à entendre le premier ministre dire comment le Québec allait bien, combien le gouvernement avait bien fait les choses et avait fait des choses même exceptionnelles, c'est à se demander pourquoi nous nous sommes réunis en urgence au mois de janvier pour discuter d'économie, c'est à se demander pourquoi au juste nous nous retrouvons présentement en déficit.

(10 h 20)

Dans son discours inaugural, le premier ministre n'a fait aucune annonce concrète. En fait, il faut attendre la page 9 d'un discours qui en compte 16 pour entendre une seule proposition pour la suite des choses. Jusque-là, ce n'est qu'apologie de son action précédente. Encore un peu et le premier ministre ajoutait la Révolution tranquille à son bilan!

Le discours inaugural de cette trente-neuvième session, prononcé alors que la crise bat son plein, aura donc laissé plusieurs Québécois sur leur appétit: des gens qui souhaitent garder leur emploi, d'autres qui souhaitent en retrouver un, des jeunes qui commencent leur vie professionnelle présentement qui en sont à se demander si c'est le bon moment pour fonder un foyer, pour avoir des enfants. Le premier ministre, hier, nous a parlé d'un nouvel espace, mais il n'a rien dit à ceux qui avaient pour mission de l'occuper, cet espace.

En pleine crise, en pleine tempête, il est inacceptable que le premier ministre n'ait rien dit de la crise forestière qui secoue durement nos régions. Voilà bientôt cinq ans qu'elles subissent cette tragédie, que les travailleurs vivent avec la peur au ventre de perdre leur gagne-pain. Parlez-en aux gars de la Bowater, dans mon propre comté de Charlevoix. Après avoir déposé six plans ratés, nous ne pouvons que constater que le gouvernement libéral a littéralement baissé les bras et qu'il laissera mourir cette industrie sans lever le petit doigt.

Le premier ministre aurait pu annoncer des mesures, des mesures pour la recherche et le développement. C'est le temps, pendant cette phase de mauvaise conjoncture, d'investir considérablement pour diversifier l'économie liée à la forêt. Devant une situation exceptionnelle, il faut des moyens exceptionnels. Faut-il rappeler au premier ministre que déjà plus de 40 000 travailleurs se trouvent sans emploi? A-t-il la moindre idée de ce qu'une communauté peut vivre lorsqu'une des seules usines de la ville ferme ses portes?

Ce ne sont pas des chiffres dont il est question ici, il s'agit de personnes qui voient le milieu où elles sont heureuses de vivre, qui le voient s'effondrer autour d'elles. Les membres du gouvernement auront beau dire, les solutions qu'ils proposent en emploi sont bancales et sont cousues de fil blanc.

À

titre d'exemple, le plan Nord. Oh! Le premier ministre nous a entretenus longuement au cours des derniers mois de son fameux plan de développement du Nord québécois qui doit, selon lui, nous ouvrir un nouvel espace économique. Hier, il a émis plusieurs voeux pieux sur la nécessité d'en faire bénéficier les occupants de ce territoire.

M. le Président, il faut vraiment être rempli d'impudence pour parler ainsi d'un plan qui, d'une part, n'a encore jamais été détaillé et encore moins chiffré et qui, d'autre part, soulève la colère déjà des Nord-Côtiers, des Jamésiens et surtout des premières nations, qui n'ont jamais encore été mis dans le coup. Fidèle à son habitude, le premier ministre fait les choses à l'envers. Son plan Nord n'est encore que théorique, mais le mur vers lequel il le dirige, lui, est bien réel.

En voyant tout ça, on ne peut que conclure que, si le premier ministre a dit dans son discours que l'emploi est, et je le cite, sa « première priorité » , ce n'est vraiment pas une bonne nouvelle pour les travailleurs et les chômeurs, parce que, je l'ai dit plus tôt, sa première priorité en 2003, c'était d'éliminer l'attente en santé. Avec les résultats qu'on connaît aujourd'hui, nous sommes inquiets en ce qui concerne les emplois pour l'avenir.

Le premier ministre souligne à grands traits que le Québec a fait le choix de la justice sociale avec un système de santé public. Après la nationalisme, le premier ministre découvre aujourd'hui le progressisme. Lui qui était venu en politique québécoise avec l'intention non dissimulée de réinventer le Québec ne manque pas, encore une fois, de nous étonner. Quoiqu'il en soit, le premier ministre a raison quand il dit qu'un système de santé public, c'est la base de notre couverture sociale.

Mais ce qu'il ne dit pas cependant, c'est que notre système de santé, il est de moins en moins public et de plus en plus privé, et il s'agit là d'une gracieuseté de ce gouvernement à l'égard du secteur privé.

Prenons un cas bien particulier qui nous préoccupe au plus haut point, prenons le cas du CHUM. Dans son discours inaugural de 2006, Jean Charest disait ceci... le premier ministre disait ceci: « Nous allons entrer dans la phase de réalisation ? 2006 ? de nouveaux centres hospitaliers universitaires qui vont donner une nouvelle impulsion à la médecine universitaire et [qui] placeront Montréal à l'avant-garde des sciences de la santé. » Fin de la citation. La phase de réalisation! Ça constitue un excellent exemple de l'efficacité des discours inauguraux du premier ministre. Qu'avons-nous de plus qu'en 2006, M. le Président? Concrètement, rien.

En fait, hier, nous avons appris que le Quartier des spectacles allait sortir de terre, mais le CHUM, lui, n'est encore que sur papier, que sur papier. En fait, la seule chose que nous savons, c'est que le coût estimé est passé de 1,1 milliard de dollars à 1,7 milliard de dollars. On comprend pourquoi le premier ministre a choisi de ne pas parler du CHUM. On comprend mal toutefois que le gouvernement persiste à vouloir le construire en partenariat public-privé. Peut-être se dit-on, M. le Président, qu'une fois la commission parlementaire sur la Caisse de dépôt et de placement passée la ministre des Finances aura amplement le temps d'expliquer le fiasco financier du CHUM, M. le Président.

L'omission du premier ministre sur cette question souligne avec encore plus d'acuité son absence de vision pour le développement de notre métropole. Aucun passage de son discours ne réitère l'importance d'une région métropolitaine vigoureuse, résolument tournée vers des options vertes. Quelle vision pour le transport en commun, le désastre de l'AMT, sur d'autres partenariats public-privé, ceux de la Maison de la musique, du pont de la 25, de la 30? Depuis 2003, il n'y a plus de vrai ministre de la Métropole, plus de fonds dédié à la métropole.

En fait, le seul legs durable du gouvernement libéral à la ville de Montréal, c'est l'îlot Voyageur, le testament politique de Jean-Marc Fournier à la gloire de l'incompétence libérale.

M. le Président, un autre sujet gênant pour le premier ministre, c'est la situation dans les urgences. Hier, la population du Québec s'attendait à ce que le premier ministre nous fasse part de ses objectifs, des moyens pour améliorer la situation des usagers qui doivent s'y rendre. Pour le bénéfice de l'ensemble des collègues et pour celui de la population du Québec, je me dois de rappeler ce que disait le premier ministre dans son discours inaugural de 2003, lequel d'ailleurs constitue, ma foi, une vraie mine d'or.

Je le cite: « Nous allons réduire les listes [d'attente,] les délais d'attente, que ce soit à l'urgence, pour une chirurgie, pour des examens diagnostiques, pour des services de réadaptation, des services à domicile [...] pour une place d'hébergement. Nous allons répondre aux besoins de tous les Québécois dans toutes les régions du Québec. Nous nous engageons à des résultats et nous nous engageons à la transparence. » Fin de la citation.

M. le Président, « résultats » , c'est le mot clé. Dans les urgences du Québec, il n'y a eu aucune amélioration. En fait, dans plusieurs des cas, la situation, elle, elle s'est détériorée. Mais le scandale, M. le Président, le scandale, c'est qu'il n'y a plus d'objectif pour réduire l'attente dans les urgences. Il faut que le premier ministre puisse comprendre que le fait de ne pas avoir d'objectif clair, ça signifie, on le comprend bien, les Québécois le comprennent bien, qu'il ne s'agit plus d'une priorité, la santé, qu'il ne s'agit plus d'une priorité que de réduire l'attente dans les urgences.

En fait, on fait tout sauf ce que l'on devrait faire réellement. Et, comme le dit le proverbe, si vous ne savez pas où vous allez, vous allez probablement vous retrouver ailleurs, c'est-à-dire loin, très loin de l'objectif d'éliminer l'attente de 48 heures ou plus à l'urgence.

L'expérience le démontre, quand le premier ministre porte une attention personnelle à un dossier en particulier, c'est signe que ça s'apprête à dégénérer. Ce fut le cas en santé et il y a fort à craindre que ce soit le cas en économie. Voilà à quoi se résume sa crédibilité aujourd'hui. Quand il promet, on peut s'attendre au pire, M. le Président. Aujourd'hui, sa stratégie pour l'emploi, ça se résume en deux volets.

(10 h 30)

Premièrement, il promet d'investir en formation. Très bien. Il me semble cependant que ça prend un peu de front pour parler de formation aujourd'hui, alors que son plan de janvier était dépourvu de toute mesure allant en ce sens, comme cependant nous le demandions. Il ne faut vraiment pas être gêné, en plus, lorsque, depuis 2004, le premier ministre... le premier ministre fédéraliste qui voulait pratiquer le fédéralisme d'ouverture, lui, il allait régler les problèmes avec Ottawa. Qu'est-ce qu'il a fait? Il a laissé tomber toutes nos revendications en matière de financement de l'enseignement postsecondaire de la part du gouvernement fédéral et donc, bien sûr, n'a rien obtenu.

Le deuxième volet de son plan pour l'emploi: le développement des infrastructures. Remarquez, il n'était pas trop tôt. Déjà dans son discours inaugural de 2003, il parlait de la vétusté de nos infrastructures comme de l'une de ses nombreuses priorités. Il aura fallu ce malheureux incident de l'écrasement d'un viaduc pour sonner le réveil chez lui. Et subitement, à la veille de la crise, et là c'était vraiment à la veille de la crise, loin avant la crise, ce programme est devenu une stratégie économique. Cela dit, depuis des lunes qu'on nous annonce les projets, mais aucun n'est encore mis en chantier.

Je le vérifiais moi-même auprès de mes collègues de la députation, et nous sommes nombreux à observer et à agir surtout sur ce qui se passe dans nos comtés. Mais prenons un exemple en particulier ? l'illustration, c'est le début de la pédagogie ? le super PEPS. Comprenez-moi bien, M. le Président, nous souhaitons, nous souhaitons pour la capitale nationale un super PEPS qui permettra à nos jeunes de se lancer à la conquête des plus grands records, à la population d'avoir accès aussi à un équipement de grande qualité, de grande valeur.

Malheureusement, on pourra dire que le premier ministre en a déjà battu un, record, lui, celui de l'annonce recyclée le plus grand nombre de fois. En tout cas, il ne s'agit sûrement pas d'un record de rapidité dans la réalisation du projet.

Vous me permettrez, M. le Président, de compléter ce tour d'horizon du discours inaugural en abordant une question qui concerne tous les Québécois et qui est fondamentale pour notre avenir collectif. En tout cas, dans mon propre comté de Charlevoix, c'est une situation qui préoccupe les gens au plus haut point, et il s'agit de celle du décrochage scolaire de nos jeunes.

Le premier ministre avait dit, lors de son discours de 2003, vouloir faire de la lutte au décrochage sa priorité, une autre de ses priorités, en fait. Or, toutes les mesures qui ont été mises en place par notre dernier gouvernement, qui visaient justement à faire la lutte au décrochage, ont été abandonnées par le gouvernement libéral dès son arrivée au pouvoir, en 2003. Quel manque de perspective, quel manque de vision! Le taux de décrochage scolaire a connu une hausse de quatre points de pourcentage depuis l'arrivée en poste du Parti libéral.

Si le gouvernement avait poursuivi la diminution de la taille des classes entamée sous notre gouvernement, s'il n'avait pas abandonné le programme Ça bouge après l'école, le premier ministre ne serait pas pris pour annoncer des programmes qu'il a lui-même déjà coupés. Nous pourrions peut-être le croire lorsqu'il dit qu'il veut faire la lutte au décrochage scolaire. Il ne faut pas juste de belles paroles, les moyens doivent suivre, eux aussi, et surtout, surtout les résultats.

Vous pouvez le voir, M. le Président, le Parti québécois est de retour et a des choses à proposer aux Québécoises et aux Québécois, et nous ne laisserons pas le gouvernement s'en tirer ainsi avec ses engagements non tenus. Tout le monde au Québec se souvient du thème de la dernière campagne du premier ministre: L'économie d'abord . On va s'en souvenir longtemps d'ailleurs. À la lumière des informations dont on dispose aujourd'hui, on peut même penser que l'on se souviendra aussi longtemps que d'un certain Nous sommes prêts qui était tout aussi erroné. Mais nous sommes là aujourd'hui. L'économie d'abord donc, c'était, pour reprendre ce pléonasme cher au premier ministre, sa première priorité.

Son comportement me rappelle ce fameux symbole asiatique qu'on appelle les trois singes de la sagesse. Aujourd'hui, j'aurais envie de les rebaptiser les trois singes de la bêtise. Il s'agit de cette sculpture qui représente trois singes, l'un se cache les yeux, l'autre se bouche les oreilles et un autre se couvre la bouche. Cela représente très bien les trois étapes du comportement du premier ministre. Avant la campagne, le premier ministre se voilait la face. Pas de problème à l'horizon, tout allait très bien au Québec. Pendant la campagne, le premier ministre ne voulait rien entendre.

Ceux qui sonnaient l'alarme avaient tort. Il leur répondait par ses railleries d'ailleurs et ses attaques partisanes. Je vais vous en parler. Et, depuis la campagne, le premier ministre ne parle plus, il envoie ses ministres parler à sa place. Il ne veut pas répondre aux questions. Et encore, quand le calendrier le force à prendre la parole comme il l'a fait hier, il n'a que du réchauffé à nous servir. Le premier ministre tantôt ne voit rien, tantôt n'entend rien, tantôt ne dit rien, quand ce n'est pas les trois à la fois. Ce n'est pas très rassurant, surtout quand on est le seul derrière le volant.

Voyons voir de plus près comment ce comportement s'est manifesté. Parlons d'abord de la situation économique. Le 9 octobre dernier, 9 octobre, le premier ministre déclarait ceci: « On a prévu le coup. » Le Québec allait, selon lui, passer à travers la crise grâce à son programme d'infrastructures. Imaginez, M. le Président, l'automne dernier, le développement des infrastructures devait nous faire éviter le ralentissement. Maintenant que nous avons les deux pieds dedans, devrait-on croire le premier ministre quand il nous dit que nous allons sortir de la récession avec ça?

Quoi qu'il en soit, la chronologie des événements mériterait d'être précisée par l'équipe gouvernementale. C'est que le premier ministre prétendait en octobre dernier qu'il avait agi de manière à éviter la crise. En octobre dernier. Mais hier il nous disait que la crise avait frappé en septembre. Bon, O.K. Tout ça alors qu'Henri-Paul Rousseau expliquait lundi dernier que la crise de novembre était imprévisible mais que tous savaient depuis septembre que l'économie mondiale craquait. C'est à en perdre son latin.

Le Québec était à l'abri de la crise donc, le premier ministre n'était pas seul à le dire, tous les membres de son équipe le répétaient en choeur. Le 21 octobre, 21 octobre dernier, il était catégorique: bien que l'Ontario d'ailleurs soit dans le rouge, le Québec, lui, ne reviendrait pas à l'époque des déficits. C'était clair, c'était net: Pas de déficit dans mon gouvernement.

Remarquez qu'il était accompagné dans l'erreur par sa ministre des Finances, elle n'hésitait pas à annoncer un budget équilibré non seulement pour l'année en cours, mais aussi pour l'année suivante. On avait beau l'inciter à la prudence, lui dire de tous les côtés qu'on ne savait pas de quoi demain était fait, la ministre persistait et signait. Je cite: « Vous savez, on me reproche beaucoup d'être proche de ma sacoche. Bien, je l'ai tellement été que finalement j'ai des réserves pour 2009, importantes. Vous allez le voir dans la mise à jour économique, qu'il y a des réserves importantes. » Ça, c'était dans Le Soleil du 23 octobre dernier.

Puis, peu après, le 5 novembre, c'était le grand sauve-qui-peut électoral: l'économie prend le bord, la campagne commençait, nos travaux étaient ajournés. Mais au fait je vous rappelle qu'à cette époque les membres du gouvernement disaient encore que tout allait bien, que tout était au beau fixe. Les bourses dégringolaient, les institutions financières s'effondraient, le gouvernement américain tentait des sauvetages, mais ici le ciel était bleu, tout était parfait. La ministre des Finances disait le 24 novembre dernier: « On ne pense pas qu'on s'en va vers une crise économique. [...]Les revenus de l'État ne baisseront pas. » Quelle cruelle comédie d'erreurs, M. le Président!

D'ailleurs, pourquoi fallait-il aller en élection? Pour faire face à une tempête économique, pour reprendre les mots des membres du gouvernement. Pourquoi était-il si pressant d'avoir les deux mains sur le volant si la crise s'annonçait comme une réelle

partie de plaisir finalement, selon le gouvernement? Peut-être pensait-il qu'avec la crédibilité magique de son parti politique en matière économique un mandat majoritaire pouvait tout arranger.

(10 h 40)

Ici, il importe de s'attaquer à une fiction historique. C'est ça, la plus grande imposture financière de l'histoire du Québec: il s'agit de cette croyance selon laquelle le Parti libéral, c'est le parti de l'économie. C'est ignorer qu'historiquement le Parti québécois a toujours mieux performé en crise économique que ne l'a fait le Parti libéral. Il n'y a qu'à voir la récession du début des années quatre-vingt-dix, où le Québec a été la première province canadienne à connaître la reprise, ceci grâce à des décisions prises par notre formation politique, par notre gouvernement.

Nous avons d'ailleurs ramassé à quelques reprises les gâchis laissés par un gouvernement du Parti libéral. Bien, je peux vous dire une chose, les députés qui m'entourent vont travailler à ce qu'il n'en soit pas ainsi cette fois-ci.

Quoi qu'il en soit, on a entendu, pendant la dernière campagne électorale, les membres du gouvernement dire des choses qui défiaient le bon sens. À chaque jour, le premier ministre, la ministre des Finances ont martelé qu'il n'y aurait pas de déficit, que tout était sous contrôle. C'est triste, M. le Président, parce que les Québécois n'ont pu voter en ayant toutes les données devant les yeux, et ça, ça, ça alimente le cynisme de la population.

Est-ce qu'on doit le rappeler, est-ce qu'on doit rappeler que l'élection de 2008 passera à l'histoire comme celle où la participation aura été la plus faible depuis l'instauration du suffrage universel? Au dire du premier ministre, cette situation aussi, c'était la faute du Parti québécois. Non, mais les gens ont vraiment de bonnes raisons, M. le Président, d'en avoir assez de ce gouvernement.

Justement, de notre côté, la vérité, c'est nous qui la leur avons dite. Nous l'avions dit, le Québec ne pourrait éviter un déficit cette année. Enfin, sans même tenir compte de l'ampleur de la crise, nous le disions déjà, que la piètre gestion du gouvernement nous conduisait tout droit vers un déficit incontournable. Ajoutez à cela le contexte sans précédent, et ce n'était là que responsabilité que d'admettre l'inéluctable.

Un parti a été responsable, donc. Qu'a fait le gouvernement? Il s'est moqué de nous, poussant le cynisme à des degrés encore jamais égalés. Cette attitude désinvolte ne fait qu'illustrer davantage l'absence de crédibilité du gouvernement quand il nous fait part aujourd'hui de ses engagements.

Une des illustrations les plus patentes de ce funeste cynisme, c'est bien l'exemple des sommes que retire le Québec en péréquation. M. le Président, vous le savez, j'ai de la difficulté à contenir ma colère quand j'évoque une situation aussi scandaleuse. À l'aube de la dernière campagne, le 3 novembre dernier, la ministre des Finances disait comprendre le gouvernement fédéral dans sa volonté de faire correspondre la péréquation avec la croissance de l'économie canadienne. Tout au plus, disait-elle, 50, 55 millions que cela devrait nous coûter. Rappelez-vous les trois singes, M. le Président. Ça, c'est le singe qui se voile les yeux.

Par la suite, en pleine campagne, j'ai présenté mes calculs sur la question. Bien loin de 50 millions, c'était 1 milliard de dollars que cette décision allait nous coûter. Pas nous coûter à nous comme parlementaires, coûter à la population québécoise, 1 milliard de dollars. Lorsque la ministre des Finances annoncera l'ampleur de son déficit la semaine prochaine, elle se rappellera bien sûr que ce milliard de dollars, elle aurait pu en disposer.

La réaction ne s'est pas fait attendre, M. le Président. Je cite ? je peux?: Marois s'emmêle dans ses calculs , titrait un journal. « La chef du PQ ne sait pas compter. » Et quoi encore? Le gouvernement était prêt à nier toutes les évidences pour sauver la face. Ça, c'était le singe qui se bouchait les oreilles. Et finalement on a eu le fin mot de l'affaire en janvier. Le gouvernement, bien obligé de préparer la voie pour rompre son engagement de ne pas faire de déficit, admettait du bout des lèvres le milliard que perdrait le Québec. Ne vous l'avait-on pas dit pendant la campagne? Rien à dire là-dessus.

Comptez-vous faire quelque chose pour le récupérer? Rien à dire là-dessus de la part du gouvernement. C'était là le dernier des trois singes, celui qui se met les deux mains devant la bouche, trois singes de la bêtise, M. le Président.

Nous serons vigilants, donc. Ainsi, personne, personne ne va s'étonner devant la question qui, à nos yeux, est prioritaire pour l'avenir immédiat des finances publiques du Québec: il s'agit de la situation de la Caisse de dépôt et de placement du Québec. C'est bien là où le comportement du gouvernement a été le plus contradictoire, le plus mensonger et le plus irresponsable. Tout au long de la campagne, nous avons posé des questions sur la Caisse de dépôt, c'était bien là la moindre des choses.

Le premier ministre actuel s'est fait élire, en 2003, sur le dos de la caisse. Rappelons-nous ses paroles prononcées lors de son premier discours inaugural, en 2003: « Est-il important de rappeler les résultats décevants, inquiétants de la Caisse de dépôt et de placement[...], qui constituent pour nous une préoccupation très sérieuse? Nous allons évaluer la mission, le mandat et la gouvernance de la caisse afin que nous ne revivions plus jamais les pertes et les écarts que nous avons vécus au cours des dernières années. » Fin de la citation du discours inaugural du premier ministre en 2003. C'est précisément ce qui est arrivé.

Le gouvernement a joué aux apprentis sorciers, a mis les deux mains non pas sur le volant, mais dans le mandat de la caisse. Il a changé le mandat de la caisse, notre outil de développement collectif, le bas de laine des Québécois. Le gouvernement aura beau dire que les changements qu'il a apportés au mandat de la caisse n'avaient pas pour but de changer sa mission et sa philosophie de gestion, on a bien raison alors de se demander pourquoi fallait-il adopter une nouvelle loi, pourquoi cette loi était-elle si importante, si importante d'ailleurs qu'elle nécessitait d'être adoptée sans débat, sous le bâillon, M. le Président, je vous le rappelle?

Tout au long de la campagne, on a enjoint le gouvernement à donner l'heure juste à ce sujet. J'ouvre les guillemets: La caisse est entre bonnes mains . « Les Québécois n'ont aucune raison de s'inquiéter des pertes appréhendées » , assurait le premier ministre dans La Presse du 21 novembre 2008. Je tiens à le répéter: La caisse est entre bonnes mains : « Les Québécois n'ont aucune raison de s'inquiéter... » C'est pathétique, M. le Président. C'est 40 milliards de dollars, le montant des épargnes des Québécoises et des Québécois, qui ont été perdus au cours des derniers mois.

Et qu'en est-il maintenant, d'ailleurs, M. le Président? L'impact que cela aura sur les cotisations, sur les cotisations? Aucune idée. Le gouvernement n'a rien dit. On se couvre la bouche du côté du gouvernement. Tout ce qu'on sait, c'est que le premier ministre a déjà dit: il n'interviendra pas pour empêcher des hausses de tarifs sournoises. Encore une fois, il n'en avait soufflé aucun mot pendant la dernière campagne. Mais je vous dirai que c'est un modus operandi auquel le premier ministre malheureusement nous a habitués.

Imaginez, même quand il promet que les tarifs demeureront les mêmes, ils augmentent quand même. Maintenant, on peut bien s'attendre malheureusement à ce qu'ils explosent. Et je crois que les Québécois n'ont vraiment pas de quoi être rassurés.

Le gouvernement a la responsabilité d'expliquer l'écart entre le rendement moyen des fonds de retraite détenus par la Caisse de dépôt et de placement. Dans un cas, les autres caisses... et on pense à OMERS, à Teachers et à un certain nombre d'autres caisses à travers le Canada qui ont connu des reculs importants, et on en conviendra et on l'admet, la situation est à ce point difficile que malheureusement c'est ce qu'on constate aussi ailleurs, mais, dans leur cas, c'est moins 18 %. Dans le cas de la caisse, le recul est à moins 25 %, moins 25 %.

(10 h 50)

Ce lundi, on a vu l'ancien président comparer les résultats de la caisse, sous son règne, avec les fonds américains, des fonds qui performaient mieux que nous récemment, mais qui ont aussi mal performé depuis l'automne dernier. Pourquoi? Parce qu'ils étaient encore tout autant contaminés au PCAA que ne l'était la Caisse de dépôt et de placement, ces fameux papiers commerciaux adossés à des actifs. Et encore, on ne parle même pas des distorsions causées par le taux de change et les différences réglementaires.

Quand on compare la caisse avec des institutions comparables, celles que l'on évoque habituellement en fait, la dégringolade n'en est que plus marquée. D'ailleurs, je rappelle qu'OMERS, c'est en fait moins 15 % de rendement; RBC Dexia, c'est moins 15,3 % de rendement; la Caisse de dépôt et de placement, c'est moins 25,6 % de rendement.

Ce n'est pas compliqué, le premier ministre, qui, on l'a vu hier, aime bien présenter les choses dans une perspective canadienne, doit se rendre à l'évidence que notre fonds de retraite collectif est celui qui performe le moins bien, et ce, dans l'ensemble de la fédération. M. le Président, j'ai vérifié dans le dictionnaire, et il m'apparaît tout à fait approprié d'employer le terme « débarque » pour qualifier cette situation, une malheureuse et une méchante débarque.

Il y a quelque chose d'incompréhensible, d'inacceptable aussi avec le fait que la Caisse de dépôt se départisse de participations dans des fleurons de l'économie québécoise mais achète, par exemple, des parts dans un aéroport à Londres qui éprouve de sérieuses difficultés. Comme Québécois, nous préférons nettement que la caisse investisse davantage dans notre économie qu'elle ne le fait actuellement, à plus forte raison en pleine crise économique.

Il y a eu un dérapage évident au cours des dernières années, particulièrement à la suite des changements apportés à la loi adoptée par bâillon en décembre 2004. Si on veut éviter de nouveau un tel recul pour le bas de laine des Québécois, on ne peut expédier le problème dans une commission parlementaire tenue en vitesse et encore moins dans une interpellation où les règles sont strictes, contraignantes et ne permettent pas un véritable débat et un échange approfondi.

Or, je crois, M. le Président, qu'il faut faire toute la lumière sur ce qui s'est vraiment passé. Il faut penser à nos concitoyens et nos concitoyennes qui sont inquiets, et avec raison. Nous leur devons de la transparence. Ce gouvernement leur doit de la transparence. Je crois que ce serait se moquer d'eux, et je ne crois pas que c'est ce qu'on veuille faire, en ne respectant pas leurs attentes à notre endroit et en particulier à l'endroit du gouvernement, du premier ministre, de sa ministre des Finances.

Le premier ministre ne peut pas s'en laver les mains, d'autant plus qu'on sait que la ministre des Finances parlait au président du conseil tous les jours, comme il l'a lui-même avoué d'ailleurs candidement en pleine campagne électorale.

Donc, M. le Président, un débat sérieux s'impose pour voir de quelle façon il faut recentrer la mission, le mandat de la caisse. Mais pour ça il faut d'abord étudier son fonctionnement, les liens qu'elle a entretenus avec les politiques qui sont responsables d'un certain nombre de décisions, d'orientations. M. le Président, il y a un aspect dans cette affaire qu'une conférence devant la Chambre de commerce de Montréal, aussi bien faite, aussi bien organisée soit-elle, ne peut mettre sous le tapis. M. Rousseau aura beau prendre une

partie de la responsabilité sur ses épaules, il ne pourrait jamais être tenu responsable du fait que, depuis son départ, l'annonce de son départ en mai, la caisse soit toujours dépourvue d'une direction stable. Cet épisode, M. le Président, tient du vaudeville. Il aura fallu que la situation soit intenable, au point où elle rebute les dirigeants potentiels les plus audacieux, pour que le gouvernement se décide enfin à se mettre en recherche d'un président-directeur général permanent. Ce seul aspect, cette négligence impardonnable suffit à elle seule à justifier la comparution de la ministre des Finances devant une commission parlementaire.

Les conséquences des pertes annoncées sont considérables pour tous les Québécois, tous les petits épargnants, et ce, sans exception. Ce sont les dépenses et les cotisations de la CSST, de la société d'assurance auto, de la Régie des rentes du Québec, de tous les fonds de pension parapublics du gouvernement... notamment, d'ailleurs, à notre point de vue, devraient et devront ? devront, parce que nous tenons à cette commission parlementaire ? devront venir en commission parlementaire nous expliquer comment ces mêmes organismes entendent agir maintenant.

L'occasion est aussi donnée pour revoir et recentrer la mission, la gouvernance de la caisse, évaluer la politique de gestion du risque de même que les choix d'investissement parfois critiquables. Les 40 milliards, ils ne seront pas compensés comme par magie. Les mauvaises nouvelles malheureusement viendront plus tard. La ministre des Finances doit s'en expliquer. Le chef du gouvernement doit nous dire comment il fera face à la suite des choses.

Malheureusement, ce qui est arrivé est arrivé; on ne peut plus rien y changer. Mais cependant il faut être capable de regarder de l'avant. Et c'est pour cette raison qu'il importe de tenir une commission parlementaire qui aura le temps, qui aura l'information complète pour faire toute la lumière sur cette affaire.

Le gouvernement annonçait vendredi dernier la nomination de M. Robert Tessier comme président du conseil d'administration de la caisse. Nous lui souhaitons très sincèrement la meilleure des chances. Mais, si on souhaite l'aider dans son mandat, peut-on au moins tirer les leçons qui vont nous permettre de guider tout un chacun vers une meilleure gouvernance? Peut-on faire un état des lieux afin que les Québécoises et les Québécois qui affrontent présentement l'incertitude puissent savoir à quoi s'attendre quant au montant de leurs cotisations, entre autres?

C'est pourquoi les gens qui ont été élus... Nous avons été élus pour veiller sur les intérêts des Québécois. Nous devons pouvoir questionner toutes les personnes qui ont été, à l'égard de la Caisse de dépôt et de placement, en situation de responsabilité et qu'ils puissent faire cela en disposant de toute l'information utile, pertinente et nécessaire pour le faire avec rigueur et avec intelligence. Pour nous, c'est un élément incontournable.

Si on est sérieux, et nous le sommes, si on est sérieux dans notre volonté d'aider la caisse, nier l'importance d'entendre la ministre, c'est nier l'esprit même de la loi qui l'identifie comme responsable de la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Quel message, quel message, M. le Président, enverrions-nous à la population sinon? Que les personnes qu'elle élit n'ont pas le devoir de veiller sur ses intérêts, sur le bien commun.

Nous réitérons notre demande, M. le Président, nous voulons ? et le premier ministre en appelait à la collaboration hier ? nous voulons, nous voulons, je le répète, collaborer avec le gouvernement pour tenir une commission parlementaire sur la Caisse de dépôt et de placement du Québec. La seule chose qui empêche celle-ci de survenir, c'est le refus de la ministre de se présenter devant les députés. Nous exigeons que la ministre des Finances vienne témoigner sous serment devant une commission parlementaire.

Cette demande, elle est incontournable et il revient au gouvernement d'y accéder sans quoi, sans quoi, M. le Président, les Québécois comprendront qu'encore une fois les promesses du Parti libéral ont été rompues.

(11 heures)

M. le Président, je suis persuadée que les Québécois ne sont pas dupes. Justement, les citoyennes et les citoyens s'attendent de leurs élus qu'ils veillent sur leurs intérêts, qu'ils prennent leurs responsabilités et que, si jamais une erreur survenait comme c'est parfois normal que ça arrive, ils aient au moins le courage de dire la vérité, de donner l'heure juste pour pouvoir apporter les correctifs nécessaires. Personne dans cette Chambre n'est ici par obligation, M. le Président. Nous avons demandé à nos électrices, à nos électeurs, de nous choisir, de nous faire confiance. Ce mandat que nous avons eu ne nous place pas au-dessus de nos concitoyens. Il ne nous confère pas...

(Applaudissements)

Mme Marois: Il ne nous confère pas non plus la science infuse, j'ai été assise assez longtemps de l'autre côté de la Chambre pour le savoir. Au contraire, au contraire, il nous oblige à un travail d'humilité constant, à un devoir de rendre des comptes perpétuellement. La démocratie, elle doit se vivre de façon permanente, pas seulement en temps d'élection. Et ce sont nous, parlementaires, qui avons le devoir de la protéger, cette démocratie, comme ceux qui nous ont élus s'y attendent, M. le Président. En tout cas, c'est pour moi ma vision de la politique.

Je constate que ce n'est pas cependant celle du gouvernement. Les gens ne veulent plus entendre des excuses. Ce que nous voulons, ce sont des solutions, ce sont des idées, et, nous, du Parti québécois, nous en avons. Nous en avons, des idées, et nous en avons une, grande idée: cette volonté, cette volonté, que nous partageons, de voir le Québec devenir souverain, voler de ses propres ailes. Nous avons une vision du Québec: nous sommes une nation, nous sommes une nation capable de décider par nous-mêmes et de décider pour nous-mêmes.

Vous le savez, il a toujours prétendu qu'un fédéraliste était mieux placé pour faire valoir les intérêts du Québec dans la fédération. C'est ce qu'a dit le premier ministre. Le moins que l'on puisse dire, c'est que son bilan n'est pas très éloquent jusqu'à maintenant.

D'ailleurs, depuis la dernière campagne, il nous dit que le contexte d'une crise économique n'est pas un bon moment pour parler de souveraineté, et ce, même si, depuis le début de notre histoire, à chaque crise, à chaque virage difficile, au plan économique, au plan social, le gouvernement central, lui, en profite pour envahir nos champs de compétence comme il tente encore actuellement de le faire en créant une commission canadienne des valeurs mobilières, M. le Président.

Le Canada profite du contexte pour se centraliser, mais cela n'a pas l'air de déranger beaucoup le gouvernement qui est en face de nous, M. le Président.

En fait, en terminant, M. le Président, je voudrais vous réitérer cette conviction profonde qui m'anime. Les Québécoises et les Québécois s'attendent que nous soyons sincères, que nous soyons constants dans notre engagement, que nous disions ce que nous pensons vraiment, que nous fassions face à la musique même quand cela peut s'avérer difficile, et je sais de quoi je parle. Ils veulent des élus qui ont des idées, des leaders qui ont un projet pour le Québec, et cela, c'est mon engagement, c'est celui de ma formation politique envers les Québécoises et les Québécois. Merci, M. le Président.

(Applaudissements)

Le Président: En complétant, Mme la chef de l'opposition officielle.

Motion de censure

Mme Marois: Oui. Merci, M. le Président. Je voudrais, si vous le permettez, pouvoir déposer, à la suite de mon intervention, la motion de censure suivante:

« Que l'Assemblée nationale blâme sévèrement le premier ministre pour son incapacité à exercer le leadership auquel s'attendent les Québécois dans le dossier des pertes historiques de la Caisse de dépôt et [de] placement du Québec et pour son refus de permettre la comparution de la ministre des Finances, de qui relève la responsabilité de la Caisse [de dépôt et de placement du Québec]. »

Merci, M. le Président.

Le Président: Alors, merci, Mme la chef de l'opposition officielle. Votre motion est déposée, sous réserve de sa recevabilité.

Alors, collègues, si vous le permettez, nous allons suspendre quelques instants, le temps de convenir de la suite des travaux, de l'organisation de la suite de nos travaux sur cet item que nous avons entrepris ce matin. Alors, je suspends pour quelques instants.

(Suspension de la séance à 11 h 5)

(Reprise à 11 h 16)

Le Président: Alors, collègues, si vous voulez bien reprendre vos sièges, s'il vous plaît.

Alors, chers collègues, à la suite donc de la réunion tenue avec les leaders, je désire vous faire part de la répartition du temps de parole pour l'ensemble du débat sur le discours d'ouverture, qui a été établi comme suit: 60 minutes sont allouées au représentant du gouvernement pour sa réplique; 1 h 33 min aux députés indépendants affiliés à l'Action démocratique; 20 minutes au député de Mercier. Les deux groupes parlementaires se partageront également le reste du temps consacré à ce débat. Dans ce cadre, le temps non utilisé par l'un des groupes parlementaires sera transféré à l'autre groupe.

Le temps non utilisé par les députés indépendants affiliés à l'Action démocratique sera transféré au député de Mercier. Le temps non utilisé par le député de Mercier sera transféré aux députés indépendants affiliés à l'Action démocratique. Le temps non utilisé par l'ensemble des députés indépendants sera redistribué également entre les groupes parlementaires. Les interventions ne seront soumises à aucune limite de temps.

Alors, à ce moment-ci, il me fait plaisir de passer la parole à Mme la députée de Lotbinière. Mme la députée.

Mme Sylvie Roy

Mme Roy: Merci, M. le Président. Vous comprendrez que j'ai, comme le premier ministre et la chef de l'opposition officielle, envie de rendre hommage à Mario Dumont. Cet homme que j'ai connu, aux côtés duquel j'ai travaillé, m'a grandement inspirée, a inspiré aussi les débats politiques du Québec. J'ai vu: L'économie d'abord; l'économie prend le bord, dans le discours de la chef de l'opposition officielle. Ce sont les mots de Mario Dumont. J'ai également reconnu des enjeux électoraux qui se sont retrouvés dans le discours inaugural du premier ministre. C'est donc dire comment il a influencé le débat politique depuis son engagement.

Je connais Mario Dumont, qu'on appelait entre nous Mario, depuis mon implication au sein de l'ADQ puis je peux vous dire que c'est un homme qui a une intelligence, je dirais, encyclopédique du Québec, qu'il est fortement attaché au Québec et qu'il a gardé les yeux sur l'objectif tout le temps qu'il était à la barre de l'Action démocratique du Québec. Je salue son engagement. Je lui souhaite bonne chance. Je sais qu'il est heureux dans ses nouvelles fonctions. Je lui souhaite de le demeurer.

Et je vous dis que je m'ennuierai des séances de travail que nous avions, de son sens de l'humour, qui allégeait nos séances, souvent longues, de travail, et je garderai tous ces bons souvenirs longtemps. Merci, monsieur.

Ce discours prend une tournure particulière à chaque début de législature, car c'est l'occasion pour les parlementaires de prendre la parole la première fois de leur mandat. Cela nous rappelle la fierté et le privilège que nous avons à représenter les électeurs du Québec. J'en profite pour remercier les électeurs de mon comté qui me permettent, pour la troisième fois consécutive, de les représenter à l'Assemblée nationale.

Je vais employer tous mes talents, tous mes efforts à parler en leur nom et à faire avancer les dossiers qu'ils ont à coeur et qui les touchent de près, mais, pour ce faire, pour que ma formation politique et moi-même puissions accomplir ce qui nous a été demandé, il nous faut des moyens suffisants, des moyens pour porter la voix de plus de 500 000 électeurs qui nous ont appuyés, qui ont appuyé l'Action démocratique lors de la dernière élection, il faut avoir la possibilité de se faire entendre haut et fort sur la tribune privilégiée qu'est l'Assemblée nationale.

n (11 h 20) n

Si la démocratie est le meilleur système politique connu ou pour certains le moins pire, c'est, bien entendu, parce qu'il permet au citoyen de choisir ses représentants, de se faire entendre lorsqu'il le désire, mais c'est aussi parce que, dans un tel système, tous les courants de pensée peuvent se faire entendre librement, et tous les courants de pensée accèdent aux postes de pouvoir et aux sièges électifs selon le nombre d'appuis dont ils disposent, mais encore faut-il que les règles soient égales pour tous et que les courants les plus forts, à un certain moment, n'aient pas d'avantage indu sur les courants qui le sont moins.

De nos jours, la démocratie de représentation est vue comme une bonne solution de compromis entre le principe de la démocratie directe et les réalités vastes et complexes d'une société comme le Québec, c'est pourquoi nos électeurs portent un groupe d'élus dans une législature pour débattre des enjeux auxquels ils font face et dont ils attendent des décisions, des actions dans le meilleur de leur intérêt. Ils s'attendent aussi à ce que toutes les opinions, tous les courants de pensée soient tenus en compte et qu'il n'y en ait pas un qui, par mesquinerie, essaie de faire taire l'autre.

Il y a une citation bien connue qui dit: « La démocratie n'est pas simplement la loi de la majorité, c'est la loi de la majorité respectant comme il convient le droit des minorités. » Cela nous rappelle que la démocratie doit être inclusive, qu'elle ne doit pas seulement être un outil pour imposer nos idées et nos décisions, mais avant tout à chercher à représenter le plus fidèlement possible les citoyens et leurs aspirations. Nous devons aussi toujours garder à l'esprit que notre bien collectif parmi les plus précieux est notre démocratie et que sa santé nous tient à coeur.

Pour la garder en santé, il faut qu'elle soit vivante, que les citoyens y participent en se faisant entendre par eux-mêmes à travers les élus.

Si notre démocratie était relativement en bonne santé au cours des dernières années au Québec, force est de constater qu'elle l'est un peu moins aujourd'hui. Le taux de participation de la dernière élection a de quoi interpeller chacun des élus présents dans cette Assemblée. Ce taux de participation est en chute libre. En fait, il faut remonter à une époque où il n'y avait que peu de moyens de communication, peu de moyens de transport pour retrouver un aussi faible taux de participation. Ce qu'il est important de comprendre, c'est que cet état de fait soulève des questions sérieuses.

À travers leur non-participation, les électeurs du Québec ont exprimé quelque chose d'important, et cela nous commande de nous questionner sur notre démocratie. En 2003, le premier ministre avait annoncé un certain nombre de mesures pour faciliter l'exercice du droit de vote, améliorer le fonctionnement de notre démocratie, dont une réforme du mode de scrutin. Malheureusement, la réforme du mode de scrutin a été enterrée, et la plupart des mesures importantes pour améliorer la démocratie n'ont pas connu de suite.

Il faut bien réaliser que les effets ont été immédiats: la plus faible participation électorale en 80 ans d'histoire.

Aujourd'hui, nous avons le devoir de restaurer cette démocratie, de réintéresser les citoyens à la chose politique et de combattre le cynisme. Dans toutes les démocraties stables du monde, il y a eu des efforts importants de faits pour mieux représenter le choix des citoyens et toutes les tendances de la société. Une des meilleures façons de remédier à ce problème est de se donner un Parlement qui reflète le plus fidèlement possible le choix des électeurs et de permettre à toutes les voix de se faire entendre.

L'ADQ, ce n'est un secret pour personne, veut se faire reconnaître comme parti politique à l'Assemblée nationale afin de représenter le mieux possible nos électeurs, mais notre action ne devra pas se limiter aux seules négociations, qui sont toujours à refaire lorsqu'une élection générale arrive. En tant qu'élus, tous et chacun ici, nous avons le devoir d'améliorer le fonctionnement de notre démocratie et de mettre en place des règles durables, justes qui iront dans la meilleure représentation des électeurs.

C'est anormal de devoir recommencer encore et encore les mêmes vieilles batailles à chaque fois afin de régler ces problèmes qui persistent notamment à l'intérieur du Parlement.

Bien entendu, dans les plus brefs délais, nous souhaitons en arriver à une entente afin de faire reconnaître notre formation politique entre les murs de l'Assemblée nationale, mais nous voulons aussi nous assurer par des règles bien établies que tout problème semblable dans l'avenir ne survienne plus. Nous préférons de loin la garantie solide de règles qui reconnaissent la justice, le choix des électeurs à l'arbitraire des négociations, qui ne sont pas toujours faciles, entre les parties.

C'est pourquoi une réforme parlementaire complète et significative est nécessaire dans les plus brefs délais, dans le respect du plus juste choix de tous les électeurs. Le gouvernement aura notre appui pour corriger les imperfections de notre démocratie tant intraparlementaire qu'extraparlementaire dans un projet sérieux qui vise à représenter nos citoyens.

Bien entendu, l'actuelle rentrée parlementaire se fait sur fond de crise économique. Notre économie vivra une période plus difficile, résultat d'une tempête qui secoue le monde entier. Si la crise économique est inévitable, cela ne veut pas dire que nous ne pouvons rien faire pour aider les citoyens du Québec à la traverser. Surtout, le gouvernement libéral ne peut pas prétendre avoir les mains liées. Il a demandé à la population, lors de la dernière campagne électorale, d'avoir les deux mains sur le volant. C'est aujourd'hui à lui de livrer la marchandise.

D'ailleurs, notre rentrée parlementaire sur fond de crise économique contraste grandement avec la dernière campagne électorale faite du côté du Parti libéral sur fond de grandes promesses coûteuses. Le bel optimisme électoral semble aujourd'hui s'être envolé, car le discours du premier ministre avait des allures de mise en garde contre les difficultés économiques. Il aura au moins le mérite d'être revenu à la réalité. Mais qu'en est-il de toutes ses promesses totalisant des milliards de dollars lorsqu'on vient d'annoncer un budget déficitaire?

Le gouvernement aura sur ses épaules la responsabilité de concilier ce qu'il a promis en campagne électorale et les limites que lui impose un contexte difficile. Il ne pourra pas se défiler en disant: Puisque la situation financière de l'État ne lui permet pas de dépenser comme il le voudrait, il ne peut pas honorer ses engagements. Tout le monde savait en campagne électorale qu'une crise économique se pointait à l'horizon, y compris le gouvernement, et la balle est dans son camp. Plus précisément sur le discours inaugural, il faut souligner qu'il y a quelques points positifs où nous sommes en accord.

Le premier ministre a rendu hommage à l'ex-chef de l'ADQ, M. Dumont, au début de son discours, mais il semble qu'il s'en est inspiré pour quelques autres mesures qu'il entend mettre en place. Encore une fois, nous ne pouvons qu'être flattés de voir que nos idées sont reprises. Les investissements dans l'énergie hydroélectrique sont une voie de développement économique que notre formation politique a toujours privilégiée. En période de crise économique, leur importance est encore plus grande, et, bien que nous aurions espéré l'amorce de nouveaux projets, nous pouvons nous réjouir de l'avancement de ceux en cours.

En matière d'éducation, le premier ministre a clairement rendu encore un bel hommage à M. Dumont en parlant de la nécessité d'accrocher nos jeunes à l'école, thème très cher à l'Action démocratique du Québec. Il précise que les moyens pour ce faire sont le développement des activités culturelles et sportives qui renforcent l'appartenance des jeunes à l'école. C'était également un moyen proposé par l'Action démocratique. Nous espérons que les efforts réels du gouvernement seront à la hauteur de ce discours.

Nous avons déjà aussi indiqué être en accord avec le projet du gouvernement de développer le Nord québécois, mais nous espérons rapidement du concret dans ce projet. Il y a certes le développement hydroélectrique, qui est un morceau important, mais le gouvernement devra concrétiser ses belles intentions par des actions. Qu'entend-il développer? Comment entend-il le faire? Quels projets concrets permettront d'enrichir et de développer à la fois les populations locales et l'ensemble du Québec? Encore une fois, je le répète, la balle est dans le camp du gouvernement.

Même si nous sommes en accord avec certaines choses contenues dans son discours, nous surveillerons avec attention la suite des choses.

On ne peut passer sous silence les événements qui entourent la Caisse de dépôt. Nous avons entendu parler de beaucoup de choses, mais, pour ce qui est de la Caisse de dépôt, nous n'en avons pas entendu parler assez. L'actualité des dernières semaines a été marquée par quelque chose qui révolte les citoyens du Québec et pour cause: le 25 février dernier, la Caisse de dépôt et de placement du Québec annonçait des pertes historiques de près de 40 milliards de dollars, soit 25 % de l'actif net des déposants. C'est 10 milliards de pertes de plus que la moyenne des caisses comparables.

Or, dans son discours inaugural, le premier ministre n'a fait qu'effleurer la question. Il n'y a dans son discours que très exactement 168 mots consacrés à la Caisse de dépôt. C'est peu, 168 mots, pour 40 milliards de pertes. Ce n'est pourtant pas un dossier secondaire, c'est une des plus graves crises de confiance des citoyens québécois envers leur institution. Ce n'est pas en évacuant cette question que nous rétablirons la confiance et c'est au gouvernement de prendre la responsabilité tant pour les bons coups que pour les mauvais.

Au cours de la dernière année et, plus récemment, au cours de la dernière campagne électorale, nous avons mis en garde le gouvernement sur l'importance de la situation qui se présentait et nous lui avons demandé de faire preuve de transparence, mais celui-ci a préféré ignorer nos mises en garde et retenir les mauvaises nouvelles pour l'après-campagne. Pourtant, les pertes enregistrées à la Caisse de dépôt sont bien plus grandes que les estimations, que l'on disait exagérées à l'époque, de l'ADQ.

n (11 h 30) n

Maintenant, nous sommes aux prises avec cette fâcheuse situation. En parti responsable, l'ADQ s'est montrée prête à laisser tomber certaines de ses exigences pour la tenue d'une commission parlementaire. Nous nous proposons comme médiateur entre le parti gouvernemental et l'opposition officielle afin d'en arriver au plus vite à un règlement dans les négociations et que cette commission se tienne au plus vite. Nous le faisons au nom des citoyens du Québec qui s'inquiètent pour leur avenir et qui veulent avoir des réponses à leurs questions. Tous se demandent: Qui devra payer?

Combien devrais-je payer, moi, en tant que citoyen? Pourquoi cet écart avec les autres caisses? Pourquoi avoir investi autant d'argent dans les PCAA, des produits dont même les dirigeants ne comprenaient pas la nature, selon les dires de la ministre des Finances? Pourquoi le gouvernement a-t-il choisi un P.D.G. qui n'était pas le premier choix du conseil d'administration? Pourquoi les dirigeants reçoivent de généreuses primes reliées à une plus grande prise de risque? Que recommandait le rapport Price Waterhouse sur la gestion des risques?

Un autre grand oublié du discours inaugural: la santé. Comment ne pas se rappeler que c'était la priorité du gouvernement libéral en 2003? Que nous soyons en période de crise économique ou en période de forte croissance, il y a une constance: les gens ont toujours besoin de soins de qualité et espèrent les recevoir à temps, et ce n'est pas parce que le gouvernement a clairement fait le choix de ne plus parler des enjeux de la santé qu'ils n'existent plus. En 2003, le gouvernement avait un programme ambitieux en matière de santé, un programme qui projetait de régler tous les problèmes connus au Québec.

Ce programme visait à désengorger les urgences, réduire les listes d'attente en faisant appel aux cliniques privées et spécialisées, et garantir des services de qualité, et répondre de nos décisions.

Nous demandons aujourd'hui au premier ministre: Où étaient ces réponses dans le discours inaugural? Où étaient les cibles à atteindre en matière de santé dans le discours inaugural? Pourtant, les listes d'attente sont toujours aussi longues, les urgences débordent toujours, l'accès aux soins de santé est encore trop difficile pour beaucoup de nos concitoyens. Les problèmes sont réels, et nous devons peut-être comprendre, à notre grand regret, que le gouvernement a baissé les bras sur cette question.

De plus, notre déception est que le premier ministre n'a pas dit un traître mot sur la procréation assistée, une annonce faite en grande pompe lors de la campagne électorale. Nous devons noter la contradiction du gouvernement: d'abord, il s'y opposait; ensuite, il était d'accord; et maintenant il n'en parle plus. Nous aurions de loin préféré que le premier ministre s'inspire de la position adéquiste en la matière pour en faire une mesure qui aurait touché de près bien des familles.

La troisième dépense en importance du gouvernement, c'est la dette. Nous savons que notre dette est très importante, au Québec, et qu'elle ne cesse de croître depuis bien des années. Le premier ministre a clairement annoncé qu'il y aurait un budget déficitaire cette année, mais il a refusé d'en mesurer l'ampleur. Encore une fois, le discours inaugural ne nous éclaire pas beaucoup là-dessus, de quel ordre sera le déficit et quel sera l'impact sur les années à venir.

Nous comprenons bien l'importance de maintenir le plus de services possible pour les citoyens en temps de crise économique, mais nous croyons, à l'ADQ, que ce ne doit pas se faire au détriment des générations futures. Il n'est pas question d'hypothéquer notre avenir et de faire payer nos enfants pour les décisions d'aujourd'hui. L'ADQ a toujours insisté sur la nécessité de s'attaquer à ce lourd fardeau que constitue la dette. Nous avons déjà proposé un véritable plan de remboursement de la dette afin de léguer un héritage digne de ce nom aux générations futures.

Il y a, au-delà de la partisanerie, un équilibre à trouver afin que les citoyens d'aujourd'hui autant que ceux de demain ne paient pas pour les mauvaises décisions que le gouvernement pourrait faire.

On ne peut passer sous silence l'intention du premier ministre d'aller en avant avec certains projets importants. Le problème, c'est que bon nombre de ces projets avaient déjà été annoncés et réannoncés. On ne compte même plus le nombre de fois qu'on a annoncé le projet du PEPS à Québec, si bien que les gens de la Capitale-Nationale ne le croiront que lorsqu'ils verront le chantier mis en oeuvre.

Un projet que le gouvernement a abondamment parlé au cours des dernières années est celui du CHUM. Il est impensable que le premier ministre n'en fasse même pas mention une seule fois dans son discours, vu l'importance qu'il aura à Montréal. Ne s'agit-il pas là d'un projet d'infrastructures assez important pour qu'il en fasse mention? Après toute l'encre qu'il aura fait couler au fil des ans, nous ne comprenons pas le silence étonnant d'un gouvernement qui en faisait, il n'y a pas si longtemps, un des grands projets d'avenir du Québec.

La stratégie d'infrastructures du gouvernement amènera, dans un même ordre d'idées, des chantiers importants et générateurs d'emplois. Mais il ne faut pas être dupe, elle a été mise en place, d'abord et avant tout, suite à une tragédie qui a secoué le Québec. Le gouvernement a été en quelque sorte contraint d'annoncer une large réfection de nos infrastructures désuètes. Encore ici, il ne s'agit de rien de surprenant, car le nombre d'annonces reliées à cette stratégie ne se comptent plus. Que le gouvernement présente cette stratégie comme une solution pour surmonter la crise a de quoi surprendre.

En effet, le programme du gouvernement a été annoncé avant que le premier ministre lui-même déclare en janvier 2008 qu'il n'y aurait pas de récession au Québec. La réalité l'a bien vite rattrapé. Il faut bien garder à l'esprit que le programme sur les infrastructures découlait avant tout d'une nécessité.

La rentrée parlementaire marque encore un changement de cap majeur de la politique de ce gouvernement. D'ailleurs, on ne sait trop quelle direction il veut prendre, car, à changer de priorités aussi souvent, on est en droit de s'inquiéter du résultat. Surtout que, si le passé est garant de l'avenir, ce n'est rien de bien encourageant pour les Québécois. En 2003, la priorité était clairement la santé. Mais, au fil du temps, voyant que les résultats ne venaient pas, le premier ministre a décidé d'en identifier d'autres. En fait, toute la chronologie des priorités serait trop longue, mais permettez-moi d'en souligner quelques-unes.

Le 21 mars 2007, dans Le Soleil : « La priorité dont je veux accélérer la mise en oeuvre, c'est la réduction des impôts. » « Notre priorité demeure la première priorité des Québécois: la santé » , le 24 mars 2007. « La prochaine priorité pour [vous], c'est le pouvoir fédéral de dépenser, l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser. » C'est le 7 août 2007 dans La Presse . Hier, le premier ministre a affirmé que la priorité absolue de son gouvernement était l'emploi et le maintien à l'emploi. On a du mal à comprendre quelle sera sa priorité dans six mois.

Sous la gouverne libérale, ce mot a perdu presque tout son sens, il ne fait qu'alimenter le cynisme à son endroit. Que ce soit la santé, l'économie ou une des autres priorités du gouvernement, les résultats n'ont jamais été là.

Ce qu'on doit noter aussi dans ce discours, c'est l'absence de nouveauté. Nous aurions voulu un discours générateur d'espoir et de projets concrets très rassembleurs, mais malheureusement ce n'est pas ce que nous avons entendu. Les Québécois qui craignent de perdre leur emploi auraient pu espérer, en des temps aussi difficiles, quelque chose de plus rassembleur qui leur donne envie de mettre tous leurs talents et tous leurs efforts en oeuvre pour que collectivement nous traversions cette période et en sortions plus forts.

Nous sommes d'accord sur un point avec le gouvernement: il faut profiter de la reprise qui suivra la crise afin de développer le Québec de demain et permettre de s'en sortir encore plus forts. Cependant, je n'ai rien entendu dans le discours du premier ministre qui suscite quelques espoirs chez les citoyens. J'aimerais qu'il précise, en période de reprise, une fois la crise passée, quels projets concrets et nouveaux nous permettront de nous démarquer et de prospérer encore plus qu'avant. Au-delà des grandes orientations, comment va-t-il s'assurer qu'elle se transforme en quelque chose de tangible pour les citoyens du Québec?

Il ne faut pas oublier que, dans un ensemble canadien, le Québec demeure une province parmi les plus pauvres et que ça ne va pas forcément en s'améliorant. Cet état de fait tranche pour le moins avec la vision du premier ministre, qui nous dit que les familles québécoises sont plus riches qu'ailleurs. La réalité est beaucoup moins rose, et seule une reprise économique favorisée par de bonnes décisions gouvernementales pourra améliorer le niveau de vie de tous les Québécois.

En terminant, nous tenons à offrir notre collaboration au gouvernement afin que l'Assemblée nationale soit et demeure un lieu de travail paisible et efficace, dans l'intérêt de tous les citoyens du Québec. Nous serons aux aguets et nous représentons les électeurs qui nous ont fait l'honneur de nous porter à l'Assemblée nationale.

Le premier ministre a demandé dans son discours de l'audace des leaders de tous les milieux au Québec, car, comme le Québec n'ira pas mieux tout de suite, ils doivent se lever et nous aider à bâtir un avenir meilleur. Je réponds au premier ministre: Encore une fois, la balle est dans son camp. Il peut demander la collaboration de tous les Québécois, mais il reste qu'il doit livrer ce qu'il a promis. Il avait demandé un mandat clair à la population en campagne électorale. Maintenant qu'il a, selon ses dires, les deux mains sur le volant, il doit mener l'économie du Québec dans la bonne direction.

C'est à son gouvernement de nous prouver qu'il est à la hauteur de ces attentes. Et, en ces temps difficiles, ces attentes sont très élevées à son endroit. Je vous remercie, M. le Président.

Motion de censure

Je désire déposer une motion de censure qui se lit comme suit:

« Que l'Assemblée nationale blâme sévèrement le gouvernement pour son manque de vision et son absence de stratégie pour permettre aux Québécois de se sortir plus forts de la crise économique qui sévit actuellement. »

n (11 h 40) n

Le Président: Merci, Mme la députée de Lotbinière. Votre motion est déposée sous réserve de sa recevabilité.

Ceci nous amène maintenant au député de Mercier, à qui je cède la parole. M. le député de Mercier. Le temps de vous apporter un lutrin, M. le député de Mercier. Vous avez maintenant la parole.

M. Amir Khadir

M. Khadir: M. le Président, en attendant que les partis présents à l'Assemblée nationale, conformément à leur programme, prennent les moyens de réformer le système électoral pour permettre une représentation plus proportionnelle des opinions exprimées par notre peuple, je veux d'abord, au nom de mon parti et au nom aussi des électeurs verts qui sont privés de sièges à l'Assemblée nationale actuellement, souhaiter bon succès à tous mes collègues dans l'accomplissement de leur devoir de représentants du peuple.

Je voudrais aussi profiter de ces quelques moments pour rendre hommage à la détermination puis au courage de Mario Dumont en politique au cours de ces 15 dernières années. Bien sûr, sur le plan des idées, tout nous sépare, mais il faut reconnaître ce qu'il a accompli. Je ne sais pas si, dans mon discours, on va retrouver quelques-uns de ses mots également, que ce soit « le peuple » , que ce soit « les classes moyennes » , que ce soit « le monde » . Mais, si c'est le cas, bien j'espère que ça va, disons, ça va lui faire plaisir.

Alors, M. le Président, il y a une crise, et nous sommes tous responsables; responsables au-delà des lignes de parti, responsables au-delà des responsabilités individuelles des décideurs publics. La crise dont je parle n'est pas juste la chute de la Bourse ou les pratiques d'investissement insensées de la Caisse de dépôt. Bien sûr, la population a raison de demander des comptes aux banquiers, aux financiers qui ont trahi la confiance des épargnants, qui ont floué nos petits entrepreneurs et ont empoché par millions des salaires astronomiques, des bonus et des primes de départ inacceptables.

Mais la vraie crise dont je veux parler et dont nous sommes tous et toutes responsables à des degrés divers, c'est la crise de notre système économique, un système dans lequel, malgré toutes les richesses et les biens de consommation produits par nos travailleurs en plus grande quantité, en fait que notre société a besoin, que l'humanité a besoin, nos familles s'endettent pour maintenir leur niveau de vie, nos gouvernements s'endettent également pour rendre des services pourtant jugés essentiels.

Alors, pire que ça, on n'arrive même pas à enrayer la pauvreté alors qu'il y a une loi, il y a une détermination unanime de l'Assemblée nationale depuis nombre d'années. Je ne parle pas de la pauvreté en Afrique ou en Asie, je parle de celle qui sévit chez nous, dans nos quartiers populaires, à Montréal, à Québec, à Hull ou à Laval, même.

Je les ai visités récemment. Il suffit de regarder, on s'aperçoit que notre système, malheureusement, laisse trop de monde sur le carreau, des familles à faibles revenus, de jeunes mères au salaire minimum, des personnes rendues vulnérables, exclues des opportunités par des circonstances de l'existence qui ne sont pas toujours du contrôle des individus. Partout dans les rencontres que j'ai eues avec des citoyens, avec des groupes, la même question surgit naturellement: Est-ce qu'on en fait vraiment assez dans ce système pour enrayer les inégalités, pour répondre aux besoins de la population?

La crise dont je parle et dont nous sommes responsables collectivement, c'est la crise d'un système qui encourage la surconsommation, qui est dopé à la croissance, un système qui, malgré tout le tort qu'on a causé à la nature, souvent de bonne foi, pour bien faire, en l'exploitant et en la polluant sans regarder, laisse de plus en plus de gens sans emploi. Il faut se rappeler que des dizaines de milliers de nos travailleuses et de nos travailleurs avaient perdu leur emploi bien avant que la crise financière actuelle soit amorcée.

Alors, cette double crise de l'économie et de l'environnement, nous en sommes responsables parce qu'on les a laissé faire. Nous sommes responsables au-delà de la partisanerie politique, je disais, parce que des gouvernements de droite mais aussi des sociaux-démocrates ont laissé les règles du libre marché dominer complètement nos sociétés.

On a laissé agir à leur guise ceux à qui le statu quo profite, ces pouvoirs financiers de Wall Street, de Bay Street, de Québec inc. qui nous ont imposé leurs lois économiques, leur appétit pour la spéculation, le profit maximum, une économie casino où nos gouvernements, plutôt que de décider, ont été réduits... décider en fonction des choix de société qu'on a faits pourtant collectivement, des consensus comme, par exemple, réduire la pauvreté, alors nos gouvernements ont été réduits souvent, malheureusement souvent sans opposer de résistance, à faire le croupier d'une économie contrôlée par des patrons de banques et de grandes industries.

Nous avons accepté cela parfois par indifférence et parfois par apathie, mais nous avons sans doute été trahis par le fait que nous n'avons pas toujours été informés adéquatement de tout cela. C'est souvent par manque d'information, si ce n'est par désinformation, que nous avons laissé nos gouvernements privatiser ce qui rapporte et ce qui profite et assumer, prendre la responsabilité de tous les risques et des pertes.

Il suffit de voir les risques que s'apprête à prendre le gouvernement sur les emprunts de firmes étrangères qui veulent construire le CHUM et l'Hôtel-Dieu de Québec, par exemple. À qui profitent ces PPP si indirectement nous finançons nous-mêmes par les garanties qu'on offre la construction d'infrastructures en plus de payer de très profitables loyers à des gros intérêts privés pour se faire soigner dans des hôpitaux ou pour passer sur des ponts comme celui de la 25? Oui, M. le Président, nous avons laissé nos gouvernements privatiser ce qui rapporte et ce qui profite et faire assumer aux contribuables les risques et les pertes.

Pour s'en convaincre, il suffit de voir les profits scandaleux que tirent les compagnies d'assurance et les multinationales pharmaceutiques de notre régime d'assurance médicaments du Québec. Comme médecin, je peux témoigner en long et en large là-dessus. Il suffit de se rappeler que les multinationales qui rasent nos forêts ont reçu plus d'aide et de cadeaux fiscaux qu'elles n'ont payé d'impôt et de redevances au peuple du Québec depuis 25 ans. L'Action boréale en a fait déjà la démonstration.

La vérité sur notre économie, c'est que, depuis des décennies, tous les six ou sept ans, une bulle financière et spéculative éclate. Les victimes sont toujours les mêmes: la classe moyenne, les travailleurs à faibles revenus ou les assistés sociaux, les gens ordinaires, quoi, à qui on demande de se contenter de maigres salaires, à qui on demande toujours de faire les premiers sacrifices, d'accepter de payer plus de tarifs pour se chauffer, pour aller à l'université ou pour se faire soigner.

Les gagnants sont toujours les mêmes: ceux qui tirent profit du statu quo, qui sont organisés en lobbys puissants pour forcer le gouvernement et les pouvoirs publics à leur accorder des privilèges sur le dos de la société, ceux qui réclament sans cesse des baisses d'impôt qui ne soulagent en rien le fardeau des classes moyennes qui subissent, eux, en retour l'augmentation des tarifs des services publics.

M. le Président, notre peuple a le droit de savoir que les baisses d'impôt profitent d'abord aux plus riches, ces détenteurs de capitaux, ces banquiers, ces grands industriels qui, depuis 30 ans, ont convaincu de gré ou de force nos gouvernements à leur accorder toujours plus de privilèges, de leur accorder le privilège surtout de faire ce qui leur plaît et rapporte avec l'environnement et avec la société, en somme pour payer le moins de salaires, faire le plus de profits et payer le moins d'impôt. Voilà le système dont nous sommes collectivement responsables, que nous avons accepté parce qu'on les a écoutés, parce qu'on les a trop longtemps laissé faire.

Voilà, M. le Président, ce que le député souverainiste de gauche... voilà, M. le Président ? je le répète pour le bénéfice de M. le premier ministre ? ce que le député souverainiste de gauche a à dire au premier ministre, c'est qu'il n'est pas obligé de continuer à écouter les mêmes puissances économiques qui nous ont, depuis trop longtemps, imposé des choix qui ne nous ont pas profité. Il a une liberté que lui confère l'état de choc dans lequel est la nation québécoise devant les décisions prises par ces milieux affairistes.

Si le gouvernement pense sincèrement, comme l'a dit le premier ministre, que cette double crise de l'environnement et de l'économie doit déclencher une véritable révolution de développement durable, alors là le gouvernement ne peut pas, ne doit pas nous imposer des coupures de services ou des hausses de tarifs, car ça reviendrait à relancer l'économie contre les plus démunis, contre la société, ce qui est en fait tout le contraire du développement quand on pense au développement en fonction de l'intérêt humain.

n (11 h 50) n

Le gouvernement ne peut pas appeler cela durable, ce développement, et investir tout l'argent de l'État dans de ruineux projets d'infrastructures de routes ou d'asphalte et presque rien pour le transport en commun, appeler cela durable et de se lancer dans un plan Nord qui n'est rien d'autre qu'un plan d'exploitation minière effrénée dans un vaste territoire fragile qu'il faut plutôt protéger, surtout quand on sait ce que les grandes compagnies minières sont habituées à faire de tout temps au Québec en polluant tout sur leur passage et en forçant des petites communautés, comme c'est le cas actuellement à Malartic, à accepter un projet de mine à ciel ouvert en pleine ville, qu'aucun gouvernement responsable n'accepte plus même dans les pays beaucoup moins fortunés qui ont beaucoup plus besoin de ces ressources.

M. le Président, le premier ministre disait hier croire que les deux crises sont liées autant dans leurs causes que dans leurs solutions. Je suis tout à fait d'accord. Alors, voilà pourquoi, comme député souverainiste de gauche, j'ai à proposer à son gouvernement...

Pour trouver des solutions à la crise économique et écologique, donc des solutions à ces deux crises qui sont à la fois liées donc dans leurs causes et dans leurs solutions, le gouvernement du Québec doit, en toute souveraineté, cesser de se laisser guider par les mêmes pouvoirs économiques, par les même lobbys industriels, par les mêmes experts financiers qui, par le passé, nous ont emmenés à prendre les décisions qu'on a faites.

Alors, pour que le développement soit responsable, il doit être humain, au service de la société. Alors, voilà ce que... Il faut que les solutions qu'on recherche soient résolument différentes de nos habitudes passées, M. le Président. Il faut que le gouvernement rompe avec le laisser-faire, le tout-au-marché.

Pour se démarquer, il faut une direction différente pour emprunter un chemin différent que celui que nous avons été conduits à emprunter dans l'intérêt du grand patronat québécois, le Québec inc., qui a agi trop souvent, malheureusement, de façon égoïste, sans égard à l'intérêt des classes moyennes, des familles, des plus démunis.

Donc, en toute souveraineté, qu'il soit de gauche ou de droite, le gouvernement peut accueillir les investisseurs étrangers, les investisseurs de toutes sortes mais exiger souverainement, comme un gouvernement responsable, des grandes entreprises qu'elles respectent nos travailleuses et nos travailleurs et les contraigne à le faire au besoin en augmentant le salaire minimum à un niveau décent. Ce minimum est à 10,40 $ aujourd'hui pour qu'une travailleuse, pour qu'un citoyen qui travaillent à temps plein au salaire minimum soient au-dessus du seuil de la pauvreté.

Nous devons exiger... le gouvernement peut, en toute souveraineté, exiger aussi des entreprises qu'elles respectent les lois, qu'elles respectent nos lois en payant leur impôt comme tout le monde, qu'elles respectent notre langue, notre culture. C'est une question de fierté, c'est une question de devoir devant notre histoire, devant notre civilisation commune. Le gouvernement doit aussi exiger qu'elles respectent, ces entreprises, la nature, parce que trop vouloir s'enrichir, comme on le fait, matériellement, bien nous mettons notre survie et la planète toute entière en péril.

Alors là, la question que le député souverainiste de gauche se pose, ce n'est pas de savoir si un gouvernement est capable ou pas toujours d'avoir gain de cause dans cette négociation, dans ses exigences. On peut accepter que, parfois, il doive démontrer une souplesse. Mais la question qu'on se demande, c'est: Est-ce qu'un gouvernement responsable devant son peuple considère que le peuple québécois mérite plus que ce petit peu?

Est-ce que le gouvernement considère que les Québécois n'ont pas à se contenter de tout ce que leur imposent les milieux financiers et les marchés, que, comme peuple souverain, comme d'autres peuples le font, on peut se tenir debout? Il faut en particulier s'assurer qu'à chaque fois que c'est possible toutes ces conditions qu'on a mentionnées soient réunies pour qu'un développement soit vraiment social et qu'il soit durable. Il faut que nous soyons ouverts pour qu'on puisse faire ça à toutes les remises en question. Est-ce qu'on est prêts à ces remises en question?

Est-ce que nous sommes prêts à bousculer ces forces d'inertie, ces élites économiques qui bloquent les changements, qui bloquent le virage socialement responsable et écologique que pourtant les citoyens demandent à notre économie?

Par exemple, pour que le développement soit durable, ce n'est pas des mégawatts produits par des projets hydroélectriques qu'on a besoin. Ce dont on a besoin, c'est des mégawatts. Comme le disait la commission sur l'avenir énergétique du Québec déjà il y a plus de 10 ans, c'est qu'on a besoin donc d'économiser de l'énergie par un vaste chantier d'efficacité et d'isolement énergétique dans nos maisons, comme je le proposais à la ministre des Finances dans la consultation prébudgétaire. L'hydroélectricité nous a servis dans le passé, c'est vrai, mais c'est du passé.

Aujourd'hui, ce n'est plus considéré comme de l'énergie propre, même par ceux à qui on veut vendre cette hydroélectricité. C'est donc dans l'éolien, dans la géothermie, dans le solaire qu'il faut chercher de nouvelles sources d'énergie. Pourquoi le gouvernement pousse pour ériger des barrages sur nos rivières, alors qu'en Grande-Bretagne les élus commencent à parler d'un « Green New Deal » , donc un contrat social responsable et vert? Pour que le développement soit responsable, il doit être humain.

On ne saura trop le répéter, un développement qui ne met pas la société avant l'économie, ce n'est que gaspillage, ce n'est que croissance effrénée, ce n'est que pollution.

Donc, plutôt que d'augmenter les tarifs des services, comme le gouvernement est poussé à le faire par les milieux affairistes actuellement, il faut que le gouvernement cherche du financement et des revenus pour rendre et améliorer ces services, des sources légitimes ailleurs que dans la poche des classes moyennes à revenus plus que modestes.

Quand on pense aux privilèges et primes que s'accordent des dirigeants d'entreprise comme les minières, les banques, les forestières, les pétrolières, pourquoi le gouvernement ne pourrait-il pas exiger des redevances sur l'eau, sur la forêt, sur les ressources minières, plus que le 12 % dont ne se contentent même plus les peuples actuellement dominés? 12 %. Encore faut-il qu'ils le paient, ce 12 %. Donc, plutôt que de diminuer les services ou augmenter les tarifs, il faut cesser les crédits d'impôt inutiles à ces grandes entreprises insatiables. Il faut aussi mener une lutte à l'évasion fiscale.

Je comprends que le gouvernement ait l'intention de le faire dans une certaine mesure, mais il faut que ce soit sérieux, il faut que ce soit énergique, à la hauteur de ce qu'enfin l'Europe prétend vouloir faire.

Pour que le développement soit durable, soit socialement responsable, on ne peut pas aller de l'avant avec un plan d'investissement qui, du point de vue environnemental et du point de vue social ? je parle du plan d'investissement en infrastructures ? est très, très décevant. Alors que le domaine du transport représente près de 20 milliards d'investissement, seulement 1,2 milliard est consacré à l'amélioration, la réparation et la construction d'infrastructures de transport en commun.

Le gouvernement choisit de mettre donc cinq fois plus d'argent dans la réfection et la construction de ponts, de routes et d'autoroutes que dans le transport en commun. Évidemment, certains de ces travaux, comme Turcot, par exemple, ça ne peut pas attendre. Mais ce qui fait problème dans le plan gouvernemental, c'est de favoriser sans compter les infrastructures routières destinées aux vieux moyens de transport, que ce soit le transport individuel plutôt que le transport en commun.

Autre aspect décevant et socialement néfaste parce que ça va gruger d'énormes ressources, c'est le plan d'infrastructures que contiennent deux autres grands projets, le CHUM et la salle de spectacle de l'OSM. J'ai argumenté, en consultation prébudgétaire, pour démontrer à la ministre responsable que tous ceux qui ont déjà essayé, notamment en Grande-Bretagne, nous disent de ne pas aller en PPP pour la construction de mégahôpitaux. M. Porter, qui était en visite pour le réseau universitaire de McGill, s'est fait dire ça très clairement par le ministère de la Santé.

Le résultat de ces partenariats dans différents domaines sont toujours la même chose, ça débouche sur un montage financier au moyen duquel des entrepreneurs obtiennent des revenus importants sur une base régulière, tandis que l'État assume les risques les plus importants liés au projet. C'est le cas notamment maintenant du CHUM, comme l'ont démontré tout récemment 200 médecins québécois, des ingénieurs du gouvernement et différents intervenants, comme nous le répétons depuis des années.

n (12 heures) n

Alors, en fait, pour être responsables et devant notre société et devant l'environnement, il y a un certain nombre de choix qui doivent être conséquents, qui ne sont pas, malgré l'énoncé de principe de M. le premier ministre, qui ne sont pas au rendez-vous en termes d'engagements clairs. Voici quelques exemples, comme je le mentionnais, pour le faire.

Mais, avant de procéder plus loin, avant qu'on puisse dégager ces ressources, pour orienter nos choix vers un développement véritablement durable et véritablement social, il faut imposer un moratoire à tout développement futur de projets PPP tels que les projets de PPP qui concernent actuellement Turcot... je m'excuse, qui concernent actuellement le CHUM, l'Hôtel-Dieu du Québec et la salle de spectacle de l'OSM.

Motion de censure

Alors, j'en profite, M. le Président, après avoir terminé mon allocution, pour déposer la motion de censure suivante:

« Que l'Assemblée nationale blâme sévèrement le gouvernement pour son entêtement à poursuivre les projets de partenariat public-privé inefficaces et plus coûteux pour les contribuables, plus particulièrement les projets du CHUM, de l'Hôtel-Dieu [du] Québec, de la salle de spectacle de l'OSM et de l'échangeur Turcot. »

Merci beaucoup.

Le Président: Alors, merci, M. le député de Mercier. Votre motion est déposée, et ce, sous réserve de sa recevabilité.

Alors, l'heure nous amène maintenant à la suspension des travaux. À 14 heures.

(Suspension de la séance à 12 h 1)

(Reprise à 14 h 10)

Le Président: Alors, chers collègues, nous allons nous recueillir quelques instants.

Alors, merci.

Alors, je m'en voudrais, avant de débuter cette séance de ce mercredi 11 mars... de souligner l'anniversaire du leader de l'opposition officielle et député de Chicoutimi. Alors, bon anniversaire, M. le député de Chicoutimi.

Présence du consul général

de la République française,

M. François Alabrune

Alors, vous me permettrez également de souligner la présence, dans nos tribunes, de M. François Alabrune, consul général de France à Québec. Bienvenue parmi nous.

Dépôt de la lettre de démission

de M. Mario Dumont

à

titre de député de

Rivière-du-Loup et de chef de

l'Action démocratique du Québec

Alors, avant de procéder aux affaires courantes, je vous avise que j'ai reçu une lettre de M. Mario Dumont, datée du 6 mars 2009, dans laquelle il m'informe de sa décision de quitter ses fonctions de député de Rivière-du-Loup et de chef parlementaire de l'Action démocratique du Québec à compter de cette date. Je dépose donc cette lettre.

Dépôt de la lettre de désignation de la

députée de

Document details

CollectionQuebec — Debates (Hansard)
Citation2009-03-11
Typehansard
Volume / chapteren travaux-parlementaires assemblee-nationale 39-1 journal-debats 20090311 11001
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifierb6998e571c1eb5546506b13a2a9ac698e04536a0

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