Institutions — 27 November 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2015-11-27
Quebec — Committees
(Onze
heures quinze minutes)
Le Président (M.
Ouellette) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des
institutions ouverte. Veuillez, s'il vous plaît, vous assurer que vos appareils électroniques sont en mode
silencieux afin de ne pas perturber nos travaux.
commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée
du projet de loi n° 59, Loi
édictant la Loi concernant la
prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à
la violence et apportant diverses modifications législatives pour
renforcer la protection des personnes.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Kotto (Bourget) remplace M. Leclair (Beauharnois) et Mme
Poirier (Hochelaga-Maisonneuve) remplace M. Marceau (Rousseau).
Le Président (M. Ouellette) : Merci. Lors de notre dernière séance, dans la salle des Premiers-Ministres — pour
ceux qui suivent assidûment nos travaux, nous revenons à la vie aujourd'hui — nous
avions commencé l'étude d'un amendement présenté par Mme la ministre à
l'article 1, proposé par l'article 1 du projet de loi, et nous avions
une discussion suite aux commentaires de Mme la députée de Taschereau sur les
mots «lesquels peuvent s'exprimer» en différence à l'expression «s'exprimant»,
qui avait déjà été utilisée dans un sous-amendement au préalable.
Mme la ministre, vous aviez terminé votre explication sur le côté limitatif que vous y
voyez, et j'étais pour retourner à Mme la députée de Taschereau pour la
suite de nos débats.
Maltais : Merci, M. le Président. Un premier mot pour féliciter la ministre de la Justice pour la position ferme concernant l'aide médicale à mourir au gouvernement. C'est quelque chose d'important pour le Québec, ça a été un long débat, puis on est très contents de la position ferme qui a été adoptée.
Comme elle est la porteuse de cette position, je pense, avec, entre autres, le ministre de la Santé et des
Services sociaux, je tenais à le souligner ce matin.
je fais un petit récapitulatif, bon, suite à nos travaux, nous avons ajouté
«radicalisation», ce qu'on salue, ce qui est vraiment bien. On a enlevé le
«notamment». Ça aussi, je pense, tout le monde est content de ça. Nous, on aurait aimé parler de fondamentalisme religieux. On a trouvé un terme
qu'on n'aimait peut-être un peu moins, mais qui nous satisfaisait,
«djihadisme». Là, ça, ça n'a pas été agréé par l'ensemble des parlementaires.
Donc, on va continuer la discussion sur l'amendement de la ministre, et j'ai vraiment...Il
y a deux, trois changements dedans. Et le premier, ce n'est pas un changement, c'est plutôt que nous, nous avons toujours
proposé «s'exprimant» au lieu de «peuvent s'exprimer». La ministre nous dit : Nous ne voulons pas fermer complètement
en disant «s'exprimant au nom de», on veut laisser place à d'autres éventualités. Mais je cherche quelles éventualités
on veut ouvrir parce qu'il y a déjà contexte de violence. La ministre veut en
plus parler de contexte de radicalisation, veut parler de contexte
d'intolérance. Qu'est-ce qu'il y a d'autre? C'est ça que je cherche.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : Lorsqu'on
rédige une loi, un texte législatif, on le fait pour que le texte ait une
portée générale. Plus on restreint le texte, plus on donne, d'une
certaine façon, des outils à ceux et celles qui pourraient tenter d'utiliser cette porte restreinte pour prétendre, par exemple, que dans un... Prenons un discours haineux qui n'aurait pas été fait
dans un contexte précis, précis, et,
disons, on me donne l'exemple, une personne fait l'objet d'un discours haineux
ou un discours haineux est dirigé
vers les communautés LGBT. On a quelqu'un d'une communauté LGBT qui riposterait par un
discours qui est tout aussi haineux, bien là
la personne pourrait prétendre que le discours haineux est en réplique, et non
dans un contexte d'intolérance.
Dans le fond, l'objectif,
c'est ne pas limiter. Je discutais avec notre légiste, Me Boies, qui est ici,
qui est à la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse,
et il nous disait : Vous savez, à trop vouloir préciser, on risque de permettre à ceux et celles qu'on cible
et qu'on souhaite cibler de trouver des portes de sortie et des défenses
parce que la loi va être très précise, et
ils pourront dire : Ah non! Le discours n'a pas été tenu dans tel
contexte, le discours n'est pas un discours d'intolérance. Alors, d'où
l'idée, lorsqu'on rédige un texte, d'avoir une portée plus générale, parce que ce qui est visé, ce sont, oui, les
discours haineux, les discours qui incitent à la violence, qui peuvent
s'exprimer dans un contexte de radicalisation, qui peuvent mener à l'extrémisme
violent ou dans le contexte d'intolérance.
Comme
on l'a précisé hier, l'intolérance, la référence à l'intolérance, elle
s'inspire d'une résolution de l'ONU qui a clairement indiqué que cette montée du terrorisme, souvent,
prenait naissance dans l'intolérance et qu'il était important de combattre cette intolérance. Donc, c'est important
pour nous d'y faire référence. C'est important aussi pour nous — et puis
je pense que c'est important pour l'ensemble des parlementaires — de
faire référence au contexte de radicalisation qui mène à l'extrémisme violent. Mais ces deux
éléments sont importants. La montée de l'intolérance est aussi un
facteur qui mène à la radicalisation, est aussi un facteur qui est un foyer
de... et qui peut mener et qui peut tendre... et nourrir les différents groupes
qui, par la suite, peuvent poser des gestes de nature terroriste.
Et on le
voit, puis je pense qu'autour de la table, ici, tout le monde est conscient,
on a peut-être des idées... Puis je l'ai dit hier, nos
idées pour combattre ce fléau-là peuvent être différentes, peuvent s'exprimer
et s'articuler de façon différente. Par
contre, on a tous et toutes cette volonté de combattre toute montée de
terrorisme, évidemment, et toute forme d'intolérance qui amène à
cette violence. Donc, c'est pour ça, c'est cette volonté de s'assurer
d'inclure, et de ne pas passer à côté de certains contextes, et de bien
englober les discours haineux et les discours qui incitent à la violence.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Taschereau.
Maltais : Je
comprends, mais je ne suis pas convaincue du tout. Je demande à être convaincue
que... Je rappelle que tout le débat est sur
le plan... Le projet de loi n° 59,
qui est dans le plan de lutte à la radicalisation, qui vise le terrorisme et la montée de la radicalisation qui
mène à des actes violents, ça, c'est la base de travail. Je comprends
qu'en faisant une loi on ne peut pas prédire l'avenir. Ça, je comprends. Ça,
c'est... tout à fait. Mais, quand on dit «lesquels peuvent s'exprimer dans un contexte de radicalisation pouvant mener à
l'extrémisme violent», on dit : Ça peut être ça, ça peut être dans un contexte d'intolérance, mais ça
peut être dans un autre contexte, puisqu'on ne dit pas... C'est quoi,
l'autre contexte? Quand tu couvres la
radicalisation et l'intolérance, là, nous, on trouve déjà que c'est très, très
large. Je répète qu'on fait une loi
qui est déjà par-dessus les articles. Dans le Code criminel, on a 318 à 320 qui
couvrent les crimes haineux. Après ça, on a le système de plaintes à la
CDPDJ qui existe déjà.
Là, on se
dit : O.K. La lutte à la radicalisation, le gouvernement veut faire un pas
de plus. En plus, là, on intègre la notion
d'intolérance, ce qui déjà, pour moi, est un contexte flou. C'est quoi? C'est
quoi qu'on veut dire? Qui on vise? Quelle sorte d'intervention on vise? Puis, en plus, on laisse une autre porte
ouverte. Ça fait que je comprends qu'on ne peut pas prédire l'avenir, mais là je ne sais même plus...
Discours haineux ou incitant à la violence, c'est rendu ça, là. Le
reste, on parle de spécificité, un peu de... Ça exprime le contexte, je vous
dirais, mais c'est «discours haineux» ou «discours incitant à la violence». Puis le reste, c'est lesquels peuvent
s'exprimer ou ne pas s'exprimer. On explique le contexte, mais on exprime ou on n'exprime pas... Comprenez bien,
là, c'est pour ça qu'on disait «s'exprimant». En disant «s'exprimant», on clarifie, «s'exprimant dans un contexte de radicalisation».
Après ça, «s'exprimant dans un contexte d'intolérance». Sinon, moi, je vous le dis, là, il faut faire
sauter «intolérance». Ça, on est toutes portes ouvertes. On est toutes portes
ouvertes. Mais moi, je pense qu'il faut dire «s'exprimant».
J'ai déjà un
malaise avec «intolérance». J'ai déjà un malaise avec le contexte d'intolérance parce
que je ne sais pas qui on vise. Les
imams religieux qu'on veut faire taire, les Tariq Ramadan de ce monde, les gens
qu'on considère comme des agents
porteurs de radicalisation, je pense aux Adil Charkaoui de ce monde, ces gens-là, oui,
on les trouve dans un contexte de
radicalisation. Le contexte d'intolérance, qui on vise? Qui on vise? Je répète
qu'il y a un jeune qui a attaqué les
musulmans — c'est
terrible — ou
les Arabes sur Internet. Le lendemain
matin, il y avait la police débarquée chez lui, là. Ça, je vais essayer
de voir qu'est-ce qu'on essaie d'attraper, qui on attrape là-dedans qui ne soit
pas déjà contenu ailleurs, c'est ça. Puis je vous le dis, là, convainquez-moi,
là, parce que, sinon, je ne comprends pas pourquoi on dit «peuvent s'exprimer»
au lieu de «s'exprimer». Puis ce n'est pas anodin pour la raison pour laquelle
on l'a changé, nous, quand on a fait nos
propositions, ce n'est vraiment pas anodin. Alors, je veux juste bien, bien
comprendre qui on veut attraper, qui
on veut couvrir parce que je trouve que ça couvre pas mal large déjà. J'ai déjà
un problème avec «intolérance», mais là on est rendu avec un «peuvent
s'exprimer» qui me paraît assez large.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : Je rappelle
encore une fois que le texte doit se lire dans son ensemble. Et, lorsqu'on
regarde, lorsqu'on lit l'ensemble de
l'article 1, je pense qu'on définit de façon quand même assez précise le
contexte dans lequel ce type de
discours là s'inscrit. Bon, on ne peut pas prévoir aujourd'hui toutes les
formes de discours pouvant être tenus, c'est certain, mais je crois qu'on met quand même la table de façon assez claire.
Et, lorsqu'on met la table quant à l'application de la loi, quant à la
définition du discours haineux, les balises sont, à mon humble avis, assez
limitatives.
Mais on ne
peut prévoir aujourd'hui... Aujourd'hui, on connaît un discours... Puis je
comprends, là, notre collègue puis
nos collègues ont en tête les événements survenus au cours de la dernière
année, et c'est certain qu'effectivement nous, on souhaite s'attaquer au processus de radicalisation et on espère
que cet outil-là va venir être un plus pour contrer la radicalisation en venant vraiment limiter, et
encadrer, et baliser les discours, et vraiment donner des moyens pour
agir en amont et empêcher la tenue de
discours haineux, de discours qui incitent à la violence. Mais qu'est-ce qui
nous dit que, dans un mois, dans un
an, on n'aura pas d'autres formes de démonstration de violence ou d'intolérance
qui pourraient puiser leur source ailleurs? Et je pense que c'est notre
devoir de ne pas légiférer de façon limitative et de ne pas non plus empêcher l'utilisation des dispositions à
l'égard d'un discours haineux et d'un discours qui incite à la violence,
point.
Le discours haineux,
le discours qui incite à la violence, tel que défini par Whatcott, tel que
défini dans le projet de loi, ce n'est pas
un discours qui doit se tenir, et je pense qu'on a relativement bien précisé la
portée et l'objet de la loi. Alors, je pense que ça fait plusieurs
journées qu'on passe à en discuter, tout ça. J'ai fait preuve, je pense, d'une grande écoute, et on m'indique que le terme «s'exprimant»,
plutôt q