Culture and Education — 9 April 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-04-09
Quebec — Committees
(Dix
heures trois minutes)
Présidente (Mme Vien) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour, tout le monde. Alors, je constate
le quorum et je déclare la séance de la
Commission de la culture et de l'éducation ouverte. Bien entendu, je vous
demande, chers collègues et chers invités — bonjour, Mme la députée — de bien vouloir éteindre la sonnerie de vos
téléphones cellulaires, de vos portables.
Je vous rappelle que
le mandat de la commission est de poursuivre les auditions publiques dans le
cadre de la consultation générale sur le projet de loi n° 14,
Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et
libertés de la personne et d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire,
notez-vous des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente.
Mme Charbonneau (Mille-Îles) sera remplacée par M. Kelley (Jacques-Cartier).
La Présidente (Mme
Vien) : Merci beaucoup. En ce qui a
trait à l'ordre du jour aujourd'hui, cet avant-midi, nous entendrons la Confédération des syndicats nationaux et Impératif
Français. Cet après-midi, nous poursuivrons avec le Mouvement Québec
français, la Chambre de commerce gaie du Québec et l'Office québécois de la
langue anglaise.
Alors,
nous sommes prêts à débuter dès maintenant. Nous recevons donc, pour débuter
cette journée, la Confédération des syndicats
nationaux. Bonjour à vous tous. Bienvenue dans votre Assemblée nationale.
M. Létourneau
(Jacques) : Bonjour, madame.
Présidente (Mme Vien) : Bonjour. Comme pour les autres groupes, vous disposez de
10 minutes pour nous livrer l'essentiel
de votre message, de votre mémoire. Après quoi s'ensuivront des échanges avec
le côté ministériel, les représentants du côté ministériel et de l'opposition
officielle. Ça vous va?
M. Létourneau (Jacques) : Ça va très bien.
La Présidente (Mme
Vien) : Alors, bonjour et... Débutez,
on vous écoute maintenant.
M. Létourneau
(Jacques) : Alors, d'abord, merci de
nous recevoir ce matin. Rapidement vous présenter Isabelle Lacas, qui travaille au service juridique de la CSN; Julie
Marquis, qui travaille au service des relations de travail; Michel
Forget, qui est adjoint au comité exécutif de la CSN; et moi-même, Jacques
Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux.
Alors,
c'est un immense plaisir pour nous ce matin de présenter les grandes lignes du
mémoire de la CSN dans le cadre de cette
commission parlementaire. Évidemment, comme vous avez lu le mémoire, bien, je
le... puis qu'on dispose de 10 minutes,
évidemment je vais survoler, là, les grands principes qui nous ont guidés dans
la réflexion nous amenant à déposer ce mémoire.
Mais, dans un premier
temps, j'aimerais d'abord saluer l'initiative du gouvernement du Québec dans
cette volonté d'aller de l'avant avec un
projet de loi qui, pour nous, nous apparaît comme étant un point de départ
nécessaire et fondamental dans le renforcement de cette idée que non seulement,
au Québec, nous vivons en français, mais, vous le savez — comme vous avez lu notre mémoire — nous travaillons aussi en français.
CSN a historiquement, comme l'ensemble des organisations syndicales au Québec,
contribué justement à faire du fait français,
dans notre histoire, quelque chose de fondamental. Je pense que les différentes
batailles qui ont été tant menées, dans les
milieux de travail, par les syndicats, par les travailleuses puis les travailleurs
pour justement d'avoir le droit de
travailler dans sa langue, dans sa langue d'origine, le français… et aussi et
surtout cette nécessité de confirmer, de par les lois et les chartes,
dans notre histoire qu'au Québec c'est en français que ça se passe. C'est clair
que la CSN a toujours été non seulement préoccupée par cette situation-là, mais
elle a aussi contribué, surtout, de par les luttes syndicales, les luttes
politiques, à faire du fait français quelque chose de prioritaire pour une
société comme la nôtre qui vit — c'est toujours bon de le rappeler — dans une mer et dans un univers anglophones.
Je pense que,
fondamentalement, même si le contexte sociopolitique a évolué depuis les
années 60... Moi, je proviens de
Thetford Mines, où, à l'époque, ceux qui parlaient anglais, bien, c'étaient les
patrons, puis les travailleurs parlaient le français. Alors, même si on a réussi
historiquement à faire ce nécessaire rattrapage là puis on s'est peut-être
un peu, finalement, sauvé de ce complexe-là
qu'on avait face à l'anglais, il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui il y
a des conditions qui sont extrêmement préoccupantes et qui exercent une
pression tant sur le concept de français langue commune que de français vie au
travail, mondialisation, financiarisation de nos économies.
Bon.
À notre avantage, c'est sûr qu'aujourd'hui les jeunes ne conçoivent plus la
question de l'anglais comme notre génération
et celle de nos parents ont pu la concevoir, c'est-à-dire dans des rapports de
classe où c'était le patron, comme je l'ai
dit tantôt, qui parlait anglais puis que le travailleur parlait français. Les
jeunes aujourd'hui possèdent deux, trois,
quatre langues, et c'est tant mieux. Donc, leur perception… et leur rapport à l'anglais
n'est pas nécessairement celui que nous avons entretenu ou que les
autres générations ont entretenu.
Mais
en même temps ça ne veut pas dire que cette ouverture-là sur le monde… Et j'insiste
là-dessus, parce que souvent, quand on vient défendre le français, la cause du français, on
essaie de nous faire passer comme des rétrogrades puis des gens qui
viennent d'une autre époque, alors que plus que jamais cette question-là est
pertinente. Parce qu'il y a des conditions bien objectives qui font en sorte
que le français, par exemple, dans les milieux de travail, recule depuis
plusieurs années, Montréal est un exemple quand même assez frappant; on parle
de la réalité des petites et moyennes entreprises.
Déjà,
en 1996, sous le gouvernement du Parti québécois, il y avait un groupe de
travail qui avait identifié un certain nombre
de problématiques et de reculs. Il y a eu des états généraux sur la question du
français au Québec. Donc, depuis une quinzaine d'années, là, surtout dans la
période où les libéraux étaient au pouvoir, on a sonné l'alarme à quelques reprises justement pour dire : Si on
ne s'occupe pas de cette réalité-là, si on laisse aller les affaires, puis si
surtout on laisse entre les mains des employeurs puis des entreprises une
approche plus volontaire, sans trop de mesures contraignantes… Parce que
souvent, quand on les entend, si on veut resserrer un peu plus les règles, on
se fait dire : Bien, vous allez nuire à
l'économie, nuire au développement local, développement des entreprises, alors
que, dans les faits, on sait très
bien que… Oui, bien sûr, il faut être volontaire pour s'attaquer à des
problématiques aussi importantes que celles-là, mais en même temps, si
les règles du jeu ne sont pas claires et si on ne donne pas les moyens aux
entrepreneurs, aux entreprises, puis aux travailleuses, puis aux travailleurs
pour justement faire en sorte que ça se passe en français dans nos milieux de
travail, bien, c'est sûr qu'on risque d'avoir de sérieux problèmes au cours des
prochaines années.
phénomène du français dans les milieux de travail, nous, on dit — puis
il y a une citation, dans notre mémoire, que j'aime
bien : «On ne peut parler de langue commune sans parler de langue de
travail.» Une langue perd de sa vitalité et
est condamnée à long terme à disparaître lorsqu'elle n'est plus utile pour
gagner sa vie. Alors, en termes clairs, si vous passez vos journées à travailler en anglais, puis vous êtes une
personne immigrante, puis vous vivez à Montréal, puis que vous allez au dépanneur du coin, puis on vous sert en anglais,
puis vous allez au café, puis on vous sert en anglais, puis… bien
évident que, sur le moyen puis le long terme, le signal qu'on envoie au monde,
c'est qu'au Québec non seulement on vit en anglais puis en français, mais que,
de toute façon, tu peux aussi vivre uniquement en anglais.
Il faut vivre à
Montréal — moi, je vis dans La
Petite-Patrie, là — il faut vivre à Montréal
pour observer ce glissement-là, puis pas juste dans les milieux de travail,
mais aussi, de façon générale, dans la société : à l'école primaire, au dépanneur du coin, au café. Moi, je
me fais dire par une Italienne qui vient vivre au Québec, qui apprend le
français, qui travaille dans un café de La Petite-Patrie : On ne m'avait
pas dit qu'il fallait que je travaille aussi en anglais. La moitié des
clients... Alors, il y a un problème, il y a un problème majeur.
Alors,
pour nous, il faut que le signal soit fort. Et nous pensons que le projet de
loi n° 14 va dans
ce sens-là. Bien qu'imparfait, nous… Vous allez le voir, il y a des
recommandations sur lesquelles on souhaiterait aller plus loin. Mais en même temps on pense qu'il faut envoyer un
signal fort pour que les employeurs puis pour que les travailleuses puis les travailleurs aussi, parce que ce n'est
pas juste de la responsabilité des employeurs... puis que, de façon
générale, dans notre société, on comprenne
que le français, sur le long terme, il est menacé et que, si on ne prend pas
les mesures, comme société, comme
pouvoir politique, pouvoir législatif puis comme organisation de la société
civile, puis je
nous inclus comme organisation syndicale
là-dedans, bien, c'est clair qu'on risque d'assister
à un certain nombre de dérapages.
Je sais qu'il ne me
reste plus beaucoup de temps, mais... Trois minutes? Bon. Excellent. Alors,
peut-être un certain nombre d'éléments plus spécifiques sur lesquels nous, on
veut insister.
français en milieu de travail, la question, pour nous, fondamentale des comités
de francisation, on a déjà eu des échanges informels là-dessus, on aimerait ça
en discuter ce matin, parce que, que ce soit en matière d'organisation
du travail dans une entreprise…
Historiquement, là, quand on regarde comment les choses se placent dans une
entreprise, il y a des réformes, des
réorganisations, il y a des pressions liées, dans le secteur privé, à la
mondialisation. De façon générale, on reconnaît toujours que les
travailleuses et les travailleurs, par l'entremise de leur syndicat… mais même
dans les entreprises où il n'y a pas de
syndicat, il faut mettre en place des comités paritaires pour réfléchir
justement à comment on pose la question des réorganisations. La même
affaire en santé et sécurité au travail, les groupes prioritaires, on les
réclame depuis des années et on stipule puis on précise qu'il faut que les
employeurs, les syndicats, les travailleuses, les
travailleurs s'assoient ensemble pour trouver des passages pour justement
régler des problèmes à la source quand il s'agit de l'intégrité physique
ou mentale des travailleuses et travailleurs. Pour nous, quand on pose la
question du français dans les milieux de travail, cette question-là est
similaire. Nous, on pense que, les comités de francisation, il faut les
maintenir puis il faut aussi les élargir pour les entreprises où il y a de 50 à
100 employés.
je sais… Bon, il y a une disposition dans le projet de loi qui nous inquiète un
peu, dans la mesure où on parle peut-être,
éventuellement, de substituer des comités de francisation à d'autres mécanismes
et à d'autres mesures. Notre crainte, c'est que
les employeurs s'appuient là-dessus. Parce que les comités de francisation, ils
ne fonctionnent pas de façon tout égale partout, hein? Puis il a été une période... là, moi,
je pense qu'ils vont un peu mieux, mais il a été une période où ce n'était pas évident. Et en même
temps il ne faudrait pas s'appuyer là-dessus pour dire : Bien, ils sont
peut-être trop lourds, pas fonctionnels, puis mettons en place des mesures plus
souples. Nous craignons que les employeurs s'appuient
là-dessus justement pour ne pas faire la promotion des comités de francisation,
pire, d'utiliser même leur droit de gérance pour gérer la question du
français dans les milieux de travail.
L'autre
disposition sur laquelle nous, on souhaiterait peut-être un peu plus de
mordant — oui, je termine là-dessus — c'est toute cette idée-là que les entreprises, de
façon volontaire, vont prendre leurs responsabilités et. Nous, on pense que l'office
devrait avoir davantage de moyens pour justement mesurer, accompagner,
certifier des entreprises qui vont accepter de rentrer dans un processus, s'appuyer
sur l'idée que les entreprises sont volontaires. Et souvent, malheureusement, ce n'est pas nécessairement garant de
résultats, alors, dans ce sens-là, c'est une mesure qui pourrait être
renforcée.
Rapidement,
l'administration publique, les questions d'immigration, je reviens à ce que je
disais au départ, il faut que le signal soit
fort, c'est-à-dire qu'il faut qu'à partir de l'État on soit au clair sur le
fait qu'on vit en français au Québec et qu'on travaille en français. Alors, je
vous remercie.
Présidente (Mme Vien) : Merci beaucoup, M. Létourneau, pour vos propos. Maintenant, je cède la parole à Mme la ministre. Bonjour. Vous avez
21 minutes pour le groupe parlementaire qui forme le gouvernement.
De Courcy :
Merci. Alors, bien, bonjour, mesdames, messieurs. D'abord, merci de vous être
inscrits à cette commission parlementaire qui,
à mon avis, touche fondamentalement la langue de travail, et votre contribution
à cet égard-là nous est très précieuse.
Sachez que j'y accorderai une attention toute particulière, compte tenu de
votre expérience, bien entendu, mais aussi de votre engagement auprès de
la francisation des personnes en emploi et des entreprises aussi. Je sais que vous avez des relations très
importantes avec l'OQLF et aussi avec le ministère de l'Immigration.
Vous avez été, dans le milieu syndical, des précurseurs à ce niveau-là, et je
tiens à souligner l'excellence de votre travail d'abord. Ça donne donc beaucoup
de crédibilité, à mes yeux, à votre contribution.
Je vais aller droit au
but, pour permettre à mes collègues qui voulaient échanger avec vous aussi sur
d'autres sujets… je vais aller droit au but sur les comités de francisation.
Vous n'êtes pas les premiers, là, à m'avoir indiqué qu'il y avait une anomalie,
que j'ai reconnue, que j'ai reconnue d'emblée. En effet, notre… Et, dans un
article qui a paru dans Le Devoir — si
vous me permettez, je vous le ferai suivre — j'indiquais que, entre
guillemets, ça ne correspond pas à l'intention
du législateur — alors je l'ai mis
entre guillemets, bien entendu. Notre intention en fait était double, et la contre-action, dans cet article-là, ne nous
a pas bien servis, dirons-nous. Ce que nous voulions préserver, c'était
bien sûr les comités de francisation, mais
nous voulions aussi… dans les cas où il n'y a pas de syndicat — et malheureusement les
entreprises sont nombreuses où il n'y a pas de syndicat — que
nous puissions permettre à des employés… et
donner des obligations mutuelles d'inscrire
un moyen, un moyen qui va leur permettre d'aller vers la francisation. Et ça,
ça devait se faire bien sûr avec la collaboration très étroite de l'Office
québécois de la langue française. Nous avons mal rédigé, et ça n'a pas rendu compte
bien de l'intention, alors ce qui fait qu'on va faire une proposition pour dire
que, dans les cas où il y a un syndicat, ça
prendra l'accord du syndicat pour faire une modification, ce qui donne un
équilibre nouveau. Et nous allons sûrement prévoir une formulation — que je n'ai pas aujourd'hui, on n'est pas à l'étude
article
par article, là — mais
une formulation qui va nous permettre aussi d'encercler la question quand il n'y
a pas de syndicat présent. En fait, ce qu'on
voulait, c'est enrichir la question des comités de francisation et les modes de
francisation. On aura l'occasion, probablement,
si vous avez des idées à ce sujet-là, de pouvoir partager à
nouveau, d'ici la fin de la commission parlementaire, si vous le jugez
opportun.
sous-question que je... Donc, voici, je pense que ça vous permet d'être
rassurés à notre sujet, autour de ça. Une sous-question concernant les comités
sectoriels de main-d'œuvre, ça me préoccupe beaucoup cette question-là,
je considère que c'est un instrument gouvernemental très important, salué
autant par le patronat que par les groupes syndicaux.
Et, quand vous parlez d'outiller les entreprises, une des façons d'outiller les
entreprises, pour nous, c'est de travailler avec les comités sectoriels
de main-d'oeuvre, qui reçoivent ça très positivement. J'ai fait des rencontres
aussi avec certaines fédérations d'employeurs, qui semblaient recevoir la chose
très correctement. Est-ce que je peux conclure, à la lecture de votre mémoire,
que vous avez confiance dans les comités sectoriels de main-d'oeuvre pour donner un support à la fois aux employés et à la
fois aux entreprises que vous connaissez bien? Est-ce que vous pensez
que cet instrument gouvernemental là est la bonne voie à suivre? Après, mon collègue
Daniel Breton s'adressera à vous, après votre réponse. Merci de me répondre
là-dessus.
Forget (Michel) : Bonjour. Bien, on n'est pas fermés à ce que les comités
sectoriels de la main-d'oeuvre jouent un rôle
important dans le processus de francisation. D'ailleurs, tous les groupes
devraient jouer un rôle important dans la
mise en place, là, soit justement de mécaniques de francisation, soit à l'intérieur
des entreprises, soit par des cours de formation, ou autres. Ceci étant
dit, et comme on dit dans notre mémoire, on pense que l'office doit jouer un
rôle beaucoup plus accru que ce qu'elle joue
présentement. Et c'est ce qui manque à l'heure actuelle, on l'a rappelé
depuis plusieurs années, entre autres pour supporter les comités de
francisation, supporter des gens qui sont sur les comités de francisation, les
former, faire de sorte qu'ils soient aptes à remplir pleinement leurs mandats,
pas les laisser à eux autres mêmes.
Et, si vous permettez,
Mme la ministre, je voudrais juste revenir sur votre papillon ou sur le... ce
que vous amenez de l'avant. Ce qui nous
apparaît important… Et le danger dans toute tentative de voir... ou de voir les
comités disparaître, les comités de
francisation, c'est que la place des travailleurs à l'intérieur des mécaniques
de francisation… le travailleur n'ait plus sa place. Et de laisser ça juste à l'entreprise,
c'est la même chose qu'en santé et sécurité où, au niveau de l'organisation du travail, la journée où on met
ça juste dans les mains de l'entreprise, hein, on n'avance pas. Le plus
bel exemple que vous avez, c'est la situation actuelle. Il n'y a rien qui
empêche les employeurs actuels de fonctionner, franciser leurs entreprises, hein? Si ça ne fonctionne pas, c'est parce
qu'ils sont laissés à eux autres mêmes. Donc, il faut accompagner du
monde alentour pour renforcer les mécanismes qu'on a présentement.
Mme De
Courcy : Message entendu. Merci.
Létourneau (Jacques) : Oui. Bien, peut-être rapidement ajouter qu'on — puis on le dit dans le
mémoire — est conscients que,
dans les PME, mettre en place des comités de francisation, ce n'est peut-être
pas nécessairement la même formule quand il
y a sept, huit, 10 employés. On peut comprendre que les mesures proposées
dans le projet de loi représentent un pas dans la bonne direction. On
peut comprendre aussi qu'à partir du moment où il y a un syndicat qui négocie avec l'employeur, bien, s'il y a un
accord particulier pour mettre sur pied autre chose que... Si le
syndicat... Chez nous, les syndicats sont
autonomes, donc on ne les empêchera pas de négocier avec les employeurs. Seul
bémol, c'est là où il n'y a pas de syndicat.
Alors là, je nous mets en garde, parce que la tentation des employeurs de
régler vite la question, comme ils sont capables de régler bien d'autres
questions quand il n'y a pas de syndicat dans la place, ça pourrait être
inquiétant. Puis, comme toutes les entreprises ne sont pas syndiquées,
malheureusement, au Québec, bien... Alors, peut-être cette mise en garde.
La Présidente (Mme
Vien) : Merci, M. Létourneau. M. le
député de Saint-Hyacinthe avant le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je souhaite la bienvenue à tout le monde aujourd'hui. Merci,
les gens de la CSN.
question, elle va être à peu près sur le même sujet, sur les comités de
francisation. Vous avez, à la page 19 de
votre mémoire, mentionné : «…l'Office québécois de la langue française
publiait une étude intitulée L'activité des comités de francisation ou la
difficulté de passer de la théorie à la pratique , qui démontrait qu'au
moment de son enquête, [à l']automne 2011, seulement 18,8 % des grandes entreprises avaient de comités
actifs...» J'aimerais que vous élaboriez un petit peu plus là-dessus. Puis
comment pensez-vous que, pour les entreprises de 50 à 99 employés… Et
même comment on va... Comment vous proposez
de créer des comités de francisation dans les institutions de l'administration?
Mais comment voyez-vous ça, là, dans son ensemble? Comment on peut parvenir à
instaurer, sans nécessairement trop charger, je veux dire, ces entreprises-là
aussi, au niveau de...
Forget (Michel) :
Écoutez, les comités de francisation, là, ce n'est pas quelque chose de trop,
trop lourd dans une entreprise. Si vous regardez la loi, ce n'est pas le comité qui se
réunit à toutes les semaines puis ce n'est pas le comité qui a
32 personnes dessus. C'est assez simple comme fonctionnement. C'est juste
d'avoir une volonté pour... une volonté de les mettre en application, pour
faire de sorte qu'ils soient fonctionnels.
je reviens toujours dans le cadre du rôle de l'office, l'office, à l'heure
actuelle, lorsqu'elle fait affaire, elle ne fait pas affaire avec le comité de francisation.
Elle fait affaire avec l'entreprise, qui lui dit qu'il y a un comité de
francisation. Je vais vous donner une
expérience très personnelle par rapport à ça. À la CSN, on a décidé, il y a
quelques années, suite au rapport sur
la situation linguistique au Québec, de relancer nos comités de francisation
avec l'office, de faire une démarche interne. On a convoqué tous les
gens… beaucoup de gens qui apparaissaient dans la liste de l'office comme étant
membres de comités de francisation. On les a réunis dans une salle; c'était la
journée sur les comités de francisation. On s'est rendu compte qu'à peu près
99 % des gens avaient été inscrits à l'office mais n'avaient jamais
participé aux comités. Dans certains, eux
autres mêmes n'avaient pas signé les papiers. C'est l'employeur qui avait signé
à leur place. Ça fait qu'on a interpellé l'office, dire : Il y a un
problème, vos comités, ce sont des comités bidon. Est-ce que vous faites des vérifications? Ils nous ont dit :
Ce n'est pas notre responsabilité. On intervient au niveau de l'employeur,
c'est de la responsabilité de l'employeur. Quand on parle, dans notre mémoire,
que l'office doit avoir des plus grandes responsabilités, des plus grands
moyens, c'est justement de pouvoir intervenir et de faire de sorte de valider
si les comités fonctionnent. Et, à partir de
ce moment-là, c'est sûr que, demain matin... on ne réglera pas tout demain
matin, mais qu'il y ait une évolution qui se fasse à l'intérieur de ça.
L'autre
suggestion qu'on met de l'avant, compte tenu des moyens que l'office dispose, c'est
de travailler de façon sectorielle ou de façon
régionale. À
titre d'exemple, la priorité... Pas sûr que la priorité, demain
matin, ça doit être le Saguenay, hein? Mais, je pense, comme Montréal, puis des
secteurs bien particuliers à Montréal, on devrait prioriser ça. À
titre d'exemple,
le secteur de l'hôtellerie, ça, il ne devrait y avoir aucun espace là-dessus.
On devrait travailler là-dessus. On leur
propose des programmes de formation clés en main, puis il n'y a pas de volonté
d'embarquer là-dedans. Ça fait qu'on devrait être en mesure de mettre
quelque chose... d'encadrer la loi, faire de sorte que ces gens-là, oui,
travaillent au niveau de la francisation dans leurs entreprises. Il y a déjà
des travaux qui ont été faits il y a 15 ans. Ça a été un succès à la grandeur. Les établissements ont eu des prix pour
ça. Il y a un travail important. Tout ça est laissé… est tombé à l'eau. Il faut qu'on relance ça. Et
ça, il faut l'encadrer dans des réglementations, dans un projet de loi,
puis après venir supporter ça par des mesures incitatives pour que les gens
embarquent. Le gouvernement a mis certaines mesures incitatives, il faut aller
plus loin que ça aujourd'hui.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci.
La Présidente (Mme
Vien) : M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques, c'est à
votre tour.
M. Breton : Merci, Mme la Présidente. Je veux en profiter pour saluer
les collègues de l'opposition officielle et de la deuxième opposition.
Merci d'être ici
aujourd'hui. Je suis très conscient de l'importance de la contribution que vous
amenez à ce débat-là. Et d'ailleurs je veux vous saluer, parce qu'évidemment
votre siège social est situé dans ma circonscription.
vous avez raison, je pense, pour reprendre les mots de M. l'adjoint au comité
exécutif, que la priorité, c'est peut-être plus Montréal que le Saguenay. Et, comme
député de Montréal, moi, je peux vous dire, parce que je vois de visu
depuis des années, parce que je suis quelqu'un de Montréal, à quel point on
sent qu'il y a un glissement vers une anglicisation de la vie publique à
Montréal.
Vous
avez parlé aussi de l'hôtellerie. C'est clair, c'est clair qu'il y a un
problème. Moi, je peux vous dire que j'ai été
travailleur syndiqué dans le milieu du cinéma et de la télévision pendant des
années, et je peux vous dire qu'on a travaillé pas mal plus en anglais que je l'aurais
cru avant… à mes premières... dans mes premiers pas, là. Du moment qu'un
producteur américain débarquait, là, on avait l'impression de se retrouver à
Hollywood, sans les moyens.
Moi,
il y a dans votre mémoire beaucoup de choses intéressantes. Ce que vous venez
de dire, je dois vous avouer que ça m'a beaucoup interpellé, ça, de dire qu'il
y a un comité de francisation qui a été mis sur pied et que les gens qui
en faisaient
partie n'étaient même pas au courant qu'ils avaient été mis sur la
liste. Moi, je dois vous avouer que c'est assez
choquant. Puis là vous recommandez que les employés syndiqués soient autorisés
à déposer une plainte auprès de la commission du travail; j'aimerais ça
que vous élaboriez un peu là-dessus, s'il vous plaît.
M. Forget
(Michel) : Bien, dans un premier
temps, peut-être que ma camarade...
La Présidente (Mme
Vien) : Mme Lacas?
Mme Lacas
(Isabelle) : Oui.
La Présidente (Mme
Vien) : Allez-y.
Lacas (Isabelle) : Mais effectivement, actuellement, pour les employés syndiqués qui
veulent déposer une plainte individuelle, parce qu'ils ne peuvent... ils sont... on leur
reproche leur méconnaissance de l'anglais ou parce qu'ils veulent contester l'exigence de l'anglais, c'est
actuellement le grief. Ce qu'on recommande, c'est que, pour les employés
syndiqués comme pour les employés qui ne le sont pas, ces plaintes puissent
être déposées individuellement à la Commission
des relations du travail. La Commission des relations du travail, actuellement
elle entend les plaintes des travailleurs
qui ne sont pas syndiqués et qui se plaignent d'un déplacement, d'un
congédiement ou d'une autre mesure de représailles en raison du fait qu'ils
ne connaissent pas, qu'ils ne maîtrisent pas suffisamment l'anglais.
la Commission des relations du travail, elle est équipée pour entendre ce type
de recours. D'une part, c'est des mécaniques avec présomption, c'est-à-dire que
ça... il revient à l'employeur de faire la preuve que l'anglais est
nécessaire. Et, devant la Commission des
relations du travail, la mécanique est beaucoup moins lourde, beaucoup plus
rapide, et, on ne se le cachera pas, c'est beaucoup moins coûteux. Parce
qu'évidemment, pour l'employé qui porte un grief, pour le syndiqué qui porte un
grief ou le syndicat qui décide de porter un grief, parce qu'évidemment on en
porte, des griefs, à l'arbitrage, bien, la mécanique, elle est beaucoup plus
dispendieuse. C'est le système d'arbitrage qui est fait ainsi.
l'autre chose, c'est que, dans un milieu de travail plus anglophone que
francophone, la volonté collective de défendre ce type de grief là, ce type de
réclamation là d'un travailleur individuel, bien, ça peut donner lieu à des
débats collectifs qui impliquent que le
travailleur syndiqué a un double débat à faire : d'abord, convaincre son
syndicat d'y aller, et de le
soutenir. Alors que, pour un employé qui se retrouve en milieu non syndiqué, il
porte plainte à la Commission des relations du travail. Le projet de loi
propose que ce soit fait devant... avec les Normes du travail désormais, ce qui
est une excellente chose, mais par ailleurs
ça fait en sorte que le travailleur qui n'est pas syndiqué a directement accès
à la plainte et au support de la Commission des normes. Et ce que l'on
propose en fait, c'est que ça puisse être la même chose pour le travailleur
syndiqué, qui se retrouverait à pouvoir déposer sa plainte directement à la
Commission des relations du travail. Son
syndicat pourra l'accompagner là-dedans, comme on le fait lorsqu'il y a des
représailles pour activités syndicales, par exemple, mais devant un
tribunal absolument compétent pour entendre cette cause-là et un peu détaché
des questions de convention collective et des limites qu'impose l'arbitrage en
matière d'interprétation de convention collective et de milieu de travail, donc
un tribunal absolument concentré sur l'application de la Charte de la langue
française sans avoir à tenir compte des autres règles qui vont régir les
arbitrages habituels.
La Présidente (Mme
Vien) : Allez-y, monsieur.
M. Forget (Michel) : En 2008, lorsqu'il y a eu le
Rendez-vous des gens d'affaires et des partenaires socioéconomiques de la région de Montréal, on avait fait le tour de la
charte et des pouvoirs ou des droits que les gens pouvaient... les pouvoirs que les gens pouvaient exercer lorsque
leurs droits étaient bafoués. Et, à ce moment-là, on avait fait... on
nous avait demandé de faire un état des
griefs ou des plaintes qui étaient déposées. Il y avait deux greffes, deux
grands greffes qui existaient à ce moment-là, qu'on a consultés, soit le
greffe de la Commission des relations de travail et le greffe des Affaires sociales,
qui étaient les deux endroits où... Je crois que, dans les 20 dernières
années qui ont précédé ça... dans les 10 dernières années plutôt,
il devait y avoir à peu près 12 dossiers qui avaient été déposés dans le
greffe des Affaires sociales, à peu près huit ou 10 au niveau de la CRT.
des raisons pour lesquelles on appuie les mesures pour les non-syndiqués, c'est
que justement ils vont avoir les possibilités d'aller jusqu'au bout du
processus, ce qu'ils ne faisaient pas. Parce que la personne qui porte une
plainte, il y a deux choses, il risque de se faire congédier — il faut bien être conscients de ça — les non-syndiqués,
puis pas nécessairement tous les moyens d'aller jusqu'au bout. Là, on lui donne
les moyens au moins d'aller jusqu'au bout.
Pour la personne
syndiquée, quand on dit que c'est des coûts assez importants, pour un syndicat
de 50 membres ou de 60 membres,
dépasser 7 000 $, 8 000 $, 9 000 $,
10 000 $ pour aller en arbitrage, on fait des choix. Et je ne vous cacherai pas que, dans ces milieux-là,
c'est souvent des congédiements qu'on privilégie. On va rarement en
arbitrage sur d'autre chose que ces congédiements, parce que le syndicat n'a
pas les moyens; et, contrairement à ce que
certaines personnes peuvent penser, les syndicats, l'argent ne leur sort pas
par les oreilles. Donc, on n'a pas les moyens d'aller sur n'importe
quoi, il y a des choix qui se font. Comme le disait ma camarade, il y a des
choix qui se posent en assemblée, c'est quels griefs on défend, et ce sont les
griefs de congédiement ou de suspension importante.
Donc,
si vous voulez que les droits soient défendus, il faut donner aux gens les
moyens de les défendre. Et, en allant... en donnant ça, en donnant ce pouvoir-là
à la CRT, pour toutes les plaintes, bien, ça permet aux gens d'avoir un
mécanisme de plus pour défendre la charte. Je disais en farce chez nous :
S'ils ne veulent pas ça, on a juste à dire que l'arbitrage dans le cas de plainte dans le milieu syndiqué, c'est à la
charge de l'employeur. Vous n'aurez pas de problème de poste bilingue, il n'y en aura plus, de poste
bilingue, ils vont les limiter, les postes bilingues. Puis, quand il va y en
avoir un, il va être bon, parce qu'à force de défrayer les coûts d'arbitrage
ils vont y penser deux fois avant d'en faire un.
C'est ça, l'enjeu, c'est
qu'il faut se donner des mécanismes pour faire de sorte que les gens puissent
porter des plaintes et aller jusqu'au bout de leurs plaintes.
La Présidente (Mme
Vien) : M. le député de Bonaventure,
aviez-vous une question pour... un peu plus de deux minutes.
M. Roy : ...Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Vien) : Un peu plus de deux minutes.
M. Roy : Bien, je vais faire une tentative. J'aimerais vous saluer,
saluer la ministre, saluer les collègues.
la page 11 — bonjour, mesdames messieurs — la page 11 de votre mémoire, et je cite, vous
dites : «Au cours des 20 dernières
années, l'usage du français comme langue principale de travail a régressé,
particulièrement dans la région de Montréal,
où la proportion [des] travailleuses et [...] travailleurs utilisant
principalement le français a diminué de 85 % à 80 % entre 1989
et 2010.»
la question est la suivante : Quel est le principal déterminant, selon
vous, juste un, on va aller par... c'est un
essai, là, mais le principal déterminant de cette diminution-là? Je sais que c'est
multifactoriel, mais, si vous... On n'a pas grand temps, là, on ne pourra pas
élaborer.
M. Létourneau
(Jacques) : ...je compléterai.
La Présidente (Mme
Vien) : M. Forget.
Forget (Michel) :
Comme vous dites, c'est multisectoriel. Il y a l'intégration des personnes
allophones sur laquelle il y a eu des reculs importants à travers les différentes
années. Il y a la question du laisser-aller des entreprises, hein, qui ont pris un côté facile. Il y a la
question de l'administration qui fait de sorte que, dans l'administration, de
plus en plus, c'est le bilinguisme
institutionnel qui est en train de s'instaurer, fait de sorte que quelqu'un qui
est à Montréal aujourd'hui n'a plus besoin de parler français, il est
capable de se débrouiller très bien en anglais.
Et c'est ça, la
problématique. Et, à partir de ce moment-là, c'est comme on dit dans notre
mémoire, si on veut changer cette
réalité-là, puis on pourrait entrer dans d'autres éléments, il faut donner un
coup de barre pas juste sur un aspect,
sur différents aspects, hein? Et il faut mettre en place à la fois… au niveau
des comités d'entreprise, forcer sur la francisation, forcer en termes
de formation pour l'intégration des immigrants, forcer les cours de formation
dans les milieux de travail, forcer à faire de sorte que, l'administration, c'est
que ce soit en français que ça se passe.
y a un certain nombre de mesures. Et c'est comme ça qu'on va changer l'image de
Montréal, faire de sorte que la ville de
Montréal se donne une politique linguistique. Tu sais, entre autres, il y a un
certain nombre d'éléments qu'il faut qu'il y ait des affaires qui se fassent.
M. Roy : Merci de votre réponse multiple.
Présidente (Mme Vien) : Merci, M. le député de Bonaventure, M. Forget et M. Létourneau,
mesdames. On va
directement, maintenant, du côté de l'opposition officielle avec le député de
LaFontaine, pour 21 minutes, M. le député.
M. Tanguay : Oui. Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Alors, bonjour aux collègues également, ce matin. Merci à vous d'être
présents aujourd'hui, d'avoir déposé un mémoire qui est très étayé, très
étoffé, on voit que vous y aviez réfléchi beaucoup, beaucoup. Et je pense qu'il est
important de reconnaître votre rôle de partenaire pour l'atteinte de l'objectif
qui est l'épanouissement du français. Et ça,
cet objectif-là, la commission... la consultation générale, dans le cadre de
cette commission parlementaire là, nous permet de constater, je vous dirais, l'ampleur…
l'ampleur et je serais même porté à dire la quasi-unanimité de tous celles et
ceux qui sont venus déposer un mémoire, qui ont présenté également leurs réflexions, à l'effet que l'épanouissement du
français est un objectif collectif central important, et, en ce sens-là, il
faut se donner les outils nécessaires pour l'atteindre, cet objectif-là.
Et, parmi les outils, également, à travers
les analyses que nous faisons, la lecture consciencieuse et minutieuse des mémoires,
on se rend compte, évidemment, si on ne l'avait pas noté déjà, qu'il y a
plusieurs outils dont le gouvernement peut se servir. Le premier outil,
évidemment, ce sont les modifications législatives à la charte, et vous en
faites écho, évidemment, dans le cadre de l'analyse
du projet de loi n° 14. Mais il y a également tout le côté réglementaire, donc le gouvernement peut
par décret adopter des règlements facilitant l'application de la loi. Il y a
également des programmes gouvernementaux qui peuvent être mis sur pied,
programmes qui nécessitent aussi, puisque c'est important, les fonds nécessaires pour que les objectifs puissent être
réalisés. Et il y a également les politiques gouvernementales,
entre autres celles
touchant le français, et le rôle central de l'État à
titre de partenaire, là
aussi, et d'acteur central pour que l'épanouissement du français soit
une réalité.
Vous avez référé, un peu plus tôt, dans votre
présentation, à une réalité qui touche toutes les économies, qui touche tout le monde, autrement dit la globalisation, la
mondialisation. L'on sait que, le Québec, les exportations du Québec ont doublé
durant les années 90. Il y a eu également, donc, une ouverture de nos
marchés et l'ouverture des autres marchés à
nos entrepreneurs, à nos entreprises et également à nos jeunes, à nos étudiants
qui partent à l'étranger pour étudier et
qui reviennent, espérons-le, pour pouvoir nous faire bénéficier de ce savoir qu'ils
ont acquis, et qui nécessitait ab initio une connaissance, évidemment,
pas uniquement du français mais de l'anglais. Donc, lorsqu'il y a ouverture, on
parle d'opportunités, mais on parle également de la nécessité d'être bien
outillé pour y faire face.
Également, je réfère... Au niveau des
modifications proposées par le projet de loi n° 14 sur les PME comptant de 26 à 49 employés, je vous réfère, entre
autres, à la page 17 de votre mémoire, où vous demandez — et j'aimerais vous
entendre là-dessus — que l'office — et
vous en avez fait état rapidement un peu plus tôt — doit continuer à jouer son rôle de maître d'oeuvre et d'accompagnateur.
Et, «accompagnateur», je pense que c'est un mot clé qui résonne beaucoup pour l'opposition
officielle. Et, en ce sens-là, moi, je dois vous lever mon chapeau, lorsqu'on
parle d'accompagner, de se donner des
outils, de partenaires — puis, j'aurai une
deuxième question plus tard sur la stratégie commune 2008-2013. Bien,
moi, je vous félicite, lorsque l'on voit les documents que, j'imagine, vous
rendez disponibles aux membres. Je pense que c'est important de souligner l'effort
tangible, qui nécessite un investissement de temps, mais d'argent et d'énergie,
qui, entre autres, vient publiciser le texte de la Charte de la langue
française, vient vulgariser également les impératifs de la loi, et ça, je pense
que c'est important de souligner cet aspect-là.
Ma question : Quels moyens avez-vous en
tête lorsque vous dites : L'office doit
accompagner les entreprises, les PME, et
doit disposer ou mettre à la disposition de ces PME là des moyens tangibles
pour qu'ils réalisent, eux aussi, leurs bouts de chemin en matière d'épanouissement
du français? Quels sont ces moyens-là tangibles, qui existent peut-être déjà,
que l'on devrait peut-être bonifier, mais peut-être qui n'existent pas
présentement?
voix : Veux-tu y aller, Julie?
Vas-y, vas-y.
Mme Marquis (Julie) : Oui. Bon, bien, concrètement,
actuellement, l'office joue un rôle de maître d'oeuvre et d'accompagnateur
dans les entreprises, par exemple, de 100 employés et plus lorsqu'il y a comité
de francisation. Elle joue aussi ce
rôle dans les entreprises de 50 et plus pour effectuer la francisation de ces
entreprises-là. Donc, pour nous, d'office, lorsqu'on demande aux entreprises de 26 à 49 de faire un programme de
francisation, il est clair et évident que l'office doit jouer un rôle
central. Donc, ce que nous, on dit, c'est que de laisser aux entreprises, elles
seules, cette démarche de francisation et cette réflexion… Nous croyons qu'il
doit y avoir un partenaire, qui est l'office, qui aide l'entreprise à
finalement mener à bien ces travaux pour finalement franciser, là, cette
entreprise.
Tanguay : Et... Oui, je vous en prie.
Présidente (Mme Vien) : M.
Létourneau, vous aviez un complément de réponse?
M. Létourneau (Jacques) : Oui. Oui. Très rapidement. Puis je ne
l'ai pas fait d'entrée de jeu, puis je pense
que c'est important de le comprendre, la majorité des syndicats qu'on
représente à la CSN sont dans des entreprises de 50 employés et moins. Il faut
savoir ça. Des fois, on pense mouvement syndical, Alcoa, grandes
entreprises, réseau de la santé; la majorité
de nos membres, ils se retrouvent dans des entreprises où... quand tu situes le
28 à 49, là, pour nous, ça, ce n'est pas juste la réalité des
travailleurs non syndiqués, c'est aussi la réalité des travailleurs syndiqués.
Essentiellement, nous, ce qu'on dit, c'est
que les 15 dernières années ont probablement démontré que les approches volontaires ne suffisent pas. On peut bien
souhaiter que, mais, si on n'est pas capables de poser un certain nombre de
conditions puis d'accompagnement, comme Julie vient de l'expliquer,
naturellement les entreprises ne vont pas se préoccuper
de la question; puis pas plus les travailleuses, les travailleurs, d'ailleurs.
Ce n'est pas juste une responsabilité d'employeurs,
c'est aussi une responsabilité pour les syndicats ou, quand il n'y a pas de
syndicat, pour les travailleuses et les travailleurs. Donc, c'est dans
cet esprit-là, je pense, qu'il faut réfléchir aux questions d'accompagnement.
À la page 18, là, il y a un certain
nombre de recommandations, là, je vous invite à les regarder, 3, 4, 5, 6, 7, là, qui donnent un certain nombre d'exemples de ce que l'office
pourrait faire spécifiquement dans le cas des entreprises de 26 à 49 employés.
Mais, pour nous, ça, c'est un créneau qui est fondamental,
parce que la majorité des gens s'y retrouvent, puis c'est là surtout que différents groupes de travail qui ont
été mis sur pied dans les années 1990-2000 ont démontré que le phénomène
de l'anglicisation était en train de se confirmer et de se produire.
M. Tanguay : Qu'est-ce qui fonctionne comme moyens? On peut avoir un
programme, dire : On va vous inciter, vous, PME, de 30 employés… un
programme pour mettre à jour vos logiciels, dans le détail, qu'est-ce qui
fonctionne — je ne sais pas si vous
avez certains exemples — puis
qu'est-ce qui fonctionne moins bien?
Forget (Michel) :
Je vais vous donner des... C'est parce qu'on en parle rarement, de ce qui
fonctionne. Moi, le plus bel exemple que je peux vous donner, là, je vous invite à aller
rencontrer le comité de francisation de... chez Jean Coutu, qui fait des
merveilles. Ils ne font pas juste des merveilles en termes de travailler en
français, hein? Toutes les étiquettes qui
apparaissent sur les produits sont analysées, sont regardées. Lorsqu'il y a une
mauvaise traduction, c'est signalé à
l'entreprise pour éviter que l'entreprise ait des problèmes, que ce soit versus
les gens qui pourraient être allergiques à tel ou tel produit.
Il y a un certain
nombre de choses qui sont faites. Les gens qui livrent, ils sont rendus à une
démarche qui nous a amenés avec les gens qui livrent chez Jean Coutu...
Une voix : Les entrepôts.
Forget (Michel) :
Les entrepôts, les gens qui viennent de l'extérieur du Québec livrent en
français. Jean Coutu, qui fait affaire avec
les États-Unis, communique en français avec les gens aux États-Unis, ces choses-là.
Il y a une démarche de francisation qui se fait. Les gens qui font affaire avec
Jean Coutu traitent en français.
Dans
les abattoirs, hein, savez-vous comment est-ce que ça a... comment est-ce qu'on
a réussi à franciser dans les abattoirs?
Franciser… Quand l'employeur a compris que, s'il voulait éliminer des accidents
de travail sur les chaînes de coupe, éviter
les abus qui se faisaient par rapport aux travailleurs immigrants, il avait
avantage à faire de sorte de mettre des cours de francisation en place.
Ces cours-là n'ont pas juste permis de franciser les immigrants. Et ça, c'est
les syndicats qui ont introduit ça. Ils ont réussi à faire de sorte également
que des gens qui avaient... qui souffraient de...
M. Létourneau
(Jacques) : D'analphabétisme.
M. Forget
(Michel) : ... — c'est ça — également on a
réclamé des cours. Ça, c'est des succès, hein?
y a quelques années, dans les hôtels à Montréal, c'était la même chose, ça a
été une opération de francisation à la grandeur, des cours... On a participé... Les
employeurs ont décroché parce qu'ils trouvaient, savez-vous quoi? Ça ne
leur coûtait rien, mais ils trouvaient que c'était
encore trop de paperasse. C'était triste. Puis aujourd'hui on essaie de
relancer ça, on leur fait des produits clés en main. Clés en main, ça veut dire
qu'ils n'ont plus rien à faire, ou à peu près. Puis l'accueil est plus ou moins
chaleureux par rapport à ça. Ça fait que ça, c'est des choses comme ça.
Moi,
je pense qu'on a... Il faut juste qu'il y ait une volonté. Puis qu'est-ce qu'il
faut faire, qu'est-ce qu'il nous manque, tout à l'heure, c'est de dire… il y a des mesures pour aider, mais, d'un côté, un
cadre réglementaire qu'il faut les amener à dire : Aïe! les amis, là, vous n'avez
plus le choix, embarquez. Vous n'avez plus le choix, hein? Ça fait
plusieurs années qu'on laisse le choix. Les annonces de drame, là, de situation
catastrophique, on n'a pas appris ça hier. Ce n'est
pas juste dans le cadre de l'avis du Conseil supérieur de la langue française
qu'on a appris ça. Le Parti libéral a été... le gouvernement libéral a
été sensibilisé à cette situation-là depuis de nombreuses années.
lui a demandé d'agir depuis de nombreuses années. La voie qui a été utilisée, c'est
la voie volontaire, de dire : On va
encourager le monde, on va embarquer. On n'est pas contre ça. On a dit oui, qu'il
en fallait des mesures incitatives. On a
même participé à la démarche des rendez-vous des gens d'affaires et des
partenaires socioéconomiques, puis on
a dit aux gens : On est prêts à faire une démarche, que, pendant un
certain temps, il n'y en ait pas d'autres, mesures coercitives. On vous
lance le défi. Parfait. Vous voulez embarquer là-dedans? On vous fait confiance
alentour de la table, on embarque là-dedans.
Moi, je ne remettrai
jamais en question les gens qui ont travaillé sur le comité de suivi ou le
comité de... plus particulièrement le comité de suivi, la volonté des gens de
faire de ça… de franciser Montréal, hein, autant les gens qui apparaissaient à
l'appareil gouvernemental que des gens, des partenaires, des entreprises. Mais
on est obligés de constater aujourd'hui que, tous les efforts qui ont été
consentis puis les résultats obtenus, il y a une marge, puis on est obligés de regarder les statistiques puis
dire : On recule encore. En fonction de ça, il faut faire d'autre chose.
Si on n'est pas conscients de ça, on a des sérieux problèmes.
M. Tanguay : Mme la Présidente, faites-vous...
La Présidente (Mme
Vien) : M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Oui, pardon, Mme la
Présidente. Oui. Faites-vous une distinction entre anglicisation et bilinguisme? Autrement dit, mon collègue député
faisait référence à une diminution ressentie dans les statistiques quant
à l'usage principalement du français dans l'emploi, et évidemment, là, on sait
tous que le corollaire de cela, c'est qu'il y
a une utilisation accrue... Et, encore une fois, inutile de brosser le tableau
de toutes les raisons, bonnes, qui font en sorte que l'anglais nous
permet de prendre notre place sur les marchés. Mais, dans ce contexte-là, à la
vue des statistiques, où certains y verraient un recul du
français, faites-vous une distinction entre anglicisation pure et simple versus
augmentation de notre capacité à parler, oui, le français et également l'anglais,
donc distinction entre l'anglicisation et le bilinguisme?
Présidente (Mme Vien) : M.
Létourneau.
Létourneau (Jacques) : Bien, je ne
sais pas si c'est un débat de sémantique, probablement pas, là, mais disons que — puis,
ça, je l'ai dit d'entrée de jeu — une des nouvelles réalités avec
laquelle on doit composer, quand tu poses la
question du défi par rapport au français, c'est — et c'est bien
heureux : les jeunes aujourd'hui parlent deux, trois, quatre langues, et c'est tant mieux. Puis ils ne parlent pas
juste anglais, ils parlent espagnol puis ils parlent portugais. On fait
affaire de plus en plus avec le Brésil, là, bon, alors c'est une nécessité de.
La réalité d'une entreprise... Je vais vous
donner un exemple d'entreprise qui n'est pas syndiquée ou à peu près pas syndiquée, malheureusement, je réitère : l'industrie
du jeu vidéo. Il y a des jeunes de cette industrie-là qui nous ont raconté... Parce qu'évidemment l'industrie du jeu
vidéo est ouverte sur le monde, là. La majorité des jeux qui sont
produits sont produits en anglais. Alors,
ça, c'est une réalité de commerce international qui fait en sorte que, quelque
part, là, dans la chaîne de
production, il y a bien quelqu'un il faut qu'il parle anglais s'il veut être
capable de vendre des jeux en Californie. Mais là où ça ne marche pas, c'est
quand l'employeur dit : Ça va être pas mal plus simple d'utiliser l'anglais
comme langue de communication et de travail dans l'entreprise, parce que déjà
mon modèle d'entreprise, il est modelé sur le phénomène des échanges
internationaux. Et là moi, je ne marche plus. Ça n'a pas de sens.
J'ai entendu ça dans des ONG de
coopération : On est à l'international, donc pourquoi on travaillerait en français ici? Surtout que tu as peut-être deux, trois
personnes de l'extérieur qui y travaillent depuis six, sept, huit ans puis qui ne parlent pas français, parce qu'ils vivent à
Montréal puis ils n'ont pas besoin de parler français — moi, j'ai vu ça de mes
yeux vus, là — puis que la
direction va dire : Bien, c'est plus facile de communiquer en anglais dans
l'entreprise. Ça, ce n'est pas acceptable. À mon avis, ce n'est pas acceptable.
On anglicise davantage, on bilinguise, je ne
le sais pas. Mais moi, je pense qu'il faut qu'on fasse une distinction importante entre la réalité ouverte au
commerce puis les besoins du commerce. C'est la même maudite affaire... pardon. C'est la même affaire quand on pose la
question d'accès de services en santé ou en éducation, hein? Il y a une...
On se sert de notre jugement puis on se
sert... puis on se donne les moyens de travailler pour répondre à des réalités
spécifiques. C'est la même affaire avec la mondialisation puis l'économie, à
mon avis.
Alors,
bilinguisation, anglicisation... Moi, l'anglicisation m'inquiète,
particulièrement chez les personnes immigrantes,
parce que le signal que tu envoies dans le milieu de travail : pour
travailler, c'est l'anglais. Je reviens à cette serveuse italienne qui avait appris le français. Si tu recommences à
zéro, ce qu'elle va faire, c'est qu'elle va apprendre l'anglais d'abord et avant tout, parce que, dans
le travail, elle va servir en anglais, puis probablement que les
francophones, eux autres, ils vont accepter de se faire servir en anglais.
Tanguay : Pas d'autre question, Mme
la Présidente.
Présidente (Mme Vien) : Merci
beaucoup, M. le député de LaFontaine. Eh bien, c'est à notre collègue la
députée de Montarville. Pour une durée de 5 min 30 s, Mme la
députée.
Mme Roy (Montarville) : Merci, Mme la Présidente. Bon début
de semaine tout le monde, Mme la Présidente,
Mme la ministre, collègues du gouvernement, la première opposition. Mesdames
messieurs, merci. Merci pour votre mémoire, un mémoire très étoffé.
J'aimerais vous entendre plus précisément sur
un point. Naturellement, d'entrée de jeu, je vous dis qu'on est tout à fait d'accord qu'il faille travailler en français,
que nous avons le droit de travailler en français au Québec, là, ça, nous sommes tout à fait d'accord avec ce principe.
Naturellement, tout comme vous, nous constatons qu'il y a une
problématique particulière à Montréal, puisque ce n'est pas à Rimouski, à
Mont-Joli, en Gaspésie, un peu partout au Québec où on a de la difficulté de travailler en français ou
encore de se faire répondre en français dans quelque commerce que ce
soit. Alors, il y a une problématique à cet égard-là.
Nous croyons également qu'il faille améliorer
la francisation des immigrants, parce qu'on constate, tout comme vous, que, nos
nouveaux arrivants, justement c'est peut-être là que le bât blesse, lorsqu'on
est rendus dans le milieu du travail, cette francisation qui peut-être,
à certains égards, est insuffisante. Nous avons cette perspective et cette
vision de la problématique, tout comme vous.
compte tenu du fait qu'il s'agit probablement d'une problématique plus
montréalaise que québécoise, à la grandeur
du Québec, j'aimerais vous entendre parler sur un point que vous soulevez dans
votre mémoire. À la page 22, on parle justement de la langue de
commerce et des affaires. Nous croyons, tout comme vous, qu'il faut travailler
en français, que nous avons le droit de
travailler en français et que nous avons le droit, en tant que consommateurs,
d'être servis en français. Alors, lorsque
vous parlez de la langue de commerce et des affaires, vous écrivez : «Le
projet de loi n° 14 encadre plus spécifiquement les obligations des
commerçants vis-à-vis du droit des consommateurs d'être informés [...] servis
en français — on parle ici de l'article 5 — tel qu'il est stipulé aux articles 50.8 et 52 du
chapitre des droits linguistiques
fondamentaux.» Et vous mentionnez ce dont il est fait question à l'article
50.8 : «L'entreprise qui vend ou rend autrement accessibles au public
des biens ou des services doit prendre les mesures raisonnables pour respecter le droit du consommateur, prévu à l'article 5,
d'être informé et servi en français.» Alors, je vois qu'il y a un irritant
pour vous à cet
article 50.8, vous
aimeriez qu'il soit modifié. J'aimerais vous entendre parler là-dessus, sur ces
facettes d'être servi en français. Qu'est-ce que vous souhaiteriez dans
l'entreprise, dans les petites entreprises?
Mme Marquis (Julie) : La proposition de ce changement-là se
fait en référence à l'article 5. Et nous, on
croit que, pour bien servir cet
article 5 qui dit que toute personne, tout consommateur a le droit d'être
servi en français, automatiquement l'article 50.8 devrait se
lire que «tous les commerçants devraient prendre tous les moyens nécessaires». Donc, c'est une manière plus
directive, finalement, de répondre à cet
article 5, qui est un
article
fondamental.
Roy (Montarville) : Donc, vous voulez
substituer...
Mme Marquis (Julie) : C'est vraiment dans cette vision de
cohérence que nous proposons cette
modification législative.
Roy (Montarville) : Donc, substituer
«prendre les mesures nécessaires»... «les mesures raisonnables», pardon,
substituer «prendre les mesures raisonnables» pour «prendre tous les moyens
nécessaires».
Marquis (Julie) : C'est bien ça.
Roy (Montarville) : Donc, vous
augmentez l'obligation de l'entrepreneur ici.
Mme Marquis (Julie) : C'est bien ça. Pour, bien entendu,
répondre à l'article 5 que tout consommateur a le droit d'être servi en français.
Mme Roy (Montarville) : Et comment, selon vous, ça pourrait s'appliquer?
Parce qu'on entre dans le domaine humain, là,
c'est compliqué, là.
Mme Marquis (Julie) : Ça devrait déjà s'appliquer, puisque
l'article 5 est présent. Et là c'est là que le bât blesse. Et, comme vous dites, ce n'est pas partout, il y a
des régions, il n'y en a pas de problème à se faire servir en français. On remarque que, dans certains commerces… Et là
les recherches de l'office qui ont été publiées dernièrement ont fait
état justement d'une augmentation du service ou de l'accueil bilingue et, à
certains endroits, la difficulté de se faire servir en français. Pourtant, l'article 5 est clair. Ça devrait déjà s'appliquer.
Et là, maintenant, lorsqu'on dit : On veut rajouter, avec un article, 50.8, là on arrive dans la mécanique.
Et, pour répondre, nous, on dit : Non seulement il faut... non
seulement il faut répondre à cet
article 5,
à ce droit fondamental, mais il faut prendre tous les moyens nécessaires pour
respecter ce droit qui est un droit fondamental.
Roy (Montarville) : Alors, c'était ma
question. Je me demandais si vous étiez inspirée. Vous sembliez inspirée.
M. Forget (Michel) : Mais c'est parce que, quand on met
«raisonnables», ça pourrait arriver qu'on ne soit pas en mesure de remplir nos
obligations. Et on pense que, dans ce cas-là, c'est des obligations qui
devraient être automatiques, ça devrait
minimalement... le français devrait être partout. Ça ne devrait pas être... On
ne devrait pas se battre pour que le français
soit appliqué partout, ça devrait exister partout. Donc, il faut mettre
«nécessaires», ce n'est pas juste de dire : Oui, faites tout votre
possible pour. Non, non. Pas faites tout votre possible, faites-le.
Roy (Montarville) : Madame messieurs,
je vous remercie beaucoup pour votre réponse. Merci.
La Présidente (Mme Vien) : Alors, mesdames messieurs, ça
complète. Merci infiniment pour votre
contribution...
Létourneau (Jacques) : Bien, merci.
Présidente (Mme Vien) : Hein, ça a
été plaisant. Et puis je suspends quelques instants...
Létourneau (Jacques) : Trop court.
Présidente (Mme Vien) : ...le temps
de recevoir le groupe suivant. Merci.
(Suspension
de la séance à 10 h 56)
Présidente (Mme Vien) : Bien. Alors,
nous reprenons nos travaux et nous accueillons ce matin, comme deuxième groupe, à ces consultations générales sur
le projet de loi n° 14, Impératif Français. Alors, j'ai le plaisir et nous avons le plaisir d'accueillir M. Jean-Paul Perreault,
président. C'est bien ça, M. Perreault?
Perreault (Jean-Paul) : C'est
bien ça.
La Présidente (Mme Vien) : Vous êtes accompagné de Mme Monique
Bisson, qui est recherchiste. Mme Bisson...
Bisson (Monique) : Bonjour.
La Présidente (Mme Vien) : ...bienvenue. Bienvenue chez vous,
dans votre Assemblée nationale. Vous avez
10 minutes pour présenter votre mémoire. Par la suite suivront des
échanges entre vous et les parlementaires. On vous écoute.
Perreault (Jean-Paul) : Mme la
Présidente, merci. Messieurs mesdames, c'est avec plaisir qu'Impératif Français
a accepté votre invitation, l'enjeu est important. Je dirais même qu'il s'agit
d'un enjeu supérieur, d'intérêt supérieur
pour la société québécoise, il y va de sa personnalité nationale, de sa
personnalité internationale, de son identité, de ses grandes valeurs. Et nous osons espérer que la nécessité de
renforcer, dans un contexte nord-américain, dans le contexte canadien, l'identité québécoise, qui repose
surtout et avant tout, mais pas exclusivement, sur la langue française…
qu'on retrouvera, au sein de notre Assemblée nationale, une cohésion, un
ralliement nécessaire pour que le Québec puisse vraiment se développer, croître
en français.
Vous
savez, dans l'histoire du Québec, il y a eu de ces grands moments, à l'Assemblée
nationale, d'unité... d'unanimité, et j'invite l'ensemble... Je pense que ça transcende le
discours partisan et qu'il est nécessaire que l'on retrouve,au sein de notre Assemblée nationale, compte
tenu du contexte dans lequel elle gouverne un État
en Amérique du Nord et au sein de la fédération canadienne, où la langue française a besoin d'être
renforcée et tout ce que la langue également véhicule… Je pense que cette
position est absolument nécessaire et qu'on doit s'éloigner du discours
partisan.
Ceci étant mentionné, nous allons vous faire
part d'un certain nombre de recommandations. Impératif Français recommande à l'Assemblée
nationale d'affirmer dans le préambule de la Charte de la langue française qu'au Québec tout le monde est censé
parler français, sinon l'apprendre,
et que tout ce qui est en français, bien sûr, s'adresse à tout le monde, sans exclusion et sans exception, puisque le
français y est la langue nationale, la langue commune d'usage public et la
langue du travail.
Impératif Français recommande l'ajout suivant à
la charte : «Toute personne qui s'établit au Québec a droit — et ajouter — et le devoir d'apprendre le français et de bénéficier de
mesures raisonnables d'accueil et d'intégration à la vie québécoise.»
Impératif Français recommande que le premier
article de la charte se
lise comme suit : «Le français est la
langue officielle, la langue nationale et la langue commune d'usage public.»
Impératif Français recommande au gouvernement de
réécrire et de bonifier la politique relative à l'emploi et à la qualité de la
langue française dans l'administration publique et lui recommande également d'étendre
cette politique à tous les organismes de l'administration,
municipalités, organismes scolaires, services de santé, services sociaux,
sociétés d'État, universités et collèges, et non de limiter celle-ci uniquement aux ministères et organismes gouvernementaux.
Impératif Français recommande au gouvernement d'écrire
noir sur blanc dans la charte que toute personne
qui vit ou choisit de vivre au Québec choisit de vivre en français.
Mme Bisson (Monique) : Mme la Présidente, Mme la ministre, Mmes, MM. les députés. Oui, vivre en français. Et j'ajouterai : Vivre et travailler en français, parce
qu'au Québec cela va de pair. Pourtant, il y a
recul du français au travail depuis
20 ans; les
études le prouvent. C'est pourquoi Impératif Français
est d'accord avec les mesures proposées dans
le projet de loi n° 14. Mais Impératif Français est sceptique quant à l'application de ces
mesures par les employeurs sans la mise en place de réels mécanismes de surveillance
et sans que le gouvernement fasse preuve d'une réelle volonté politique
à toutes les étapes de l'instauration de ces
nouvelles mesures pour faire en sorte que travailler et gagner sa vie en
français fassent
partie de la normalité d'une société dont la langue officielle
est le français. Car est-il normal que seulement 38 % des travailleurs
québécois travaillent uniquement en français?
M. Perreault (Jean-Paul) : Merci. Impératif Français recommande de hausser le pourcentage de citoyens delangue maternelle anglaise qui permet à une municipalité d'obtenir
ou de perdre le statut de ville bilingue,
et ce, entre autres, pour prendre en compte le
sort peu enviable réservé aux francophones dans certaines villes qui ont déjà ce statut.
Et à cet égard je profite de l'occasion, puisque le siège social de
notre organisme est en Outaouais, pour
demander à l'Assemblée nationale d'envisager d'adopter un plan et un programme
de réparation historique à l'endroit des francophones de l'Outaouais, surtout
dans les municipalités à statut bilingue. Vous savez, dans ces villes, 70 % des anglophones y
pratiquent le rejet de la langue française. Ils ignorent la langue commune d'usage
public. Les taux d'assimilation y sont de
20 %, et on y retrouve une concentration
plus prononcée de pratiques de trafic identitaire et de fraudes fiscales, et
je m'explique. Un
très grand nombre d'Ontariens viennent résider au Québec, mais, au lieu de
choisir l'identité québécoise, ils conservent
ou prennent — parce que des fois
le trafic se fait dans l'autre sens — l'identité
ontarienne : plaques d'immatriculation, permis de conduire, tous les
signes d'identité, d'appartenance à la société ontarienne, bien qu'ils résident au Québec, pour payer leurs impôts dans
l'autre province, obligeant l'ensemble de la société québécoise à payer leurs parts qu'ils ne paient
pas parce qu'ils trafiquent leur identité. Et ce phénomène est
observable surtout, mais pas exclusivement,
dans la région de l'Outaouais, mais surtout dans les villes à statut bilingue.
Et je répète la nécessité d'adopter un
plan de réparation historique.
Impératif
Français recommande que tous les organismes municipaux, reconnus ou non, soient
obligés d'adopter une politique linguistique en faveur du français visant à implanter et
renforcer l'usage du
français dans leurs activités.
Impératif Français vous demande que
les politiques linguistiques des organismes de l'administration stipulent de façon non
équivoque que les primes à la connaissance de l'anglais sont interdites. Il est
aberrant de voir qu'au Québec, et cette
tendance a été observée dans la ville de Gatineau et la ville de Sherbrooke, l'on
commence à payer plus cher ceux qui travaillent
en anglais, dans des postes identiques. Carrément, mais carrément inacceptable. Et
je pense qu'avant que le phénomène s'étende on n'a pas… vous ne comprenez pas, on n'a pas à acheter
le droit de travailler en français en payant plus cher des gens qui travaillent en anglais pour
accomplir les mêmes fonctions, une aberration, et il est temps, je
pense, de se saisir de l'occasion pour
intervenir.
Bisson (Monique) :
Évidemment, nous ne pouvons passer sous silence le volet langue d'enseignement, et c'est pourquoi Impératif Français
recommande au gouvernement d'étendre l'application de la Charte de la langue française au niveau collégial. En outre, afin que
le français soit la langue de la recherche et des publications
scientifiques, Impératif Français recommande d'étendre l'obligation d'adopter
une politique linguistique en faveur du français aux centres collégiaux, aux laboratoires, aux centres d'excellence, enfin à
tous ces organismes, et aussi d'ajouter l'élément… plusieurs éléments, dont l'obligation pour
les établissements d'enseignement collégial et universitaire francophones d'offrir
des programmes uniquement en français. Merci.
Perreault (Jean-Paul) : Impératif Français recommande que la publicité des campagnes
électorales relevant de la compétence du Québec soit en français. Il y a
des campagnes qui se déroulent au niveau municipal où l'affichage et les
documents distribués ne sont pas en français.
Impératif Français recommande d'écrire
noir sur blanc dans la loi et son règlement qu'un générique ou descriptif français doit obligatoirement accompagner les
marques de commerce unilingues anglaises utilisées comme nomsd'entreprise. Et, même mieux, je pense qu'il serait souhaitable que ces
entreprises soient informées que, pour réussir
au Québec, encore faut-il le faire dans le
respect de l'environnement linguistique de la société que l'on sollicite pour y
faire des profits.
Mme Bisson
(Monique) : Alors, un des éléments
majeurs du projet de loi n° 14 porte sur la francisation des entreprises de 26 à
49 employés. Impératif Français appuie les mesures proposées et propose des
recommandations, d'autres recommandations
quant à la francisation en général. Aujourd'hui, je vais vous donner trois
raisons, seulement trois raisons pour adopter les recommandations d'Impératif
Français et les mesures.
Premièrement, on n'est jamais aussi
efficace que dans sa langue maternelle. Les papetières du Québec sont un modèle à suivre dans
ce sens-là. Deuxièmement,
une petite entreprise est souvent le chaînon, l'intermédiaire entre le siège social des
États-Unis et les entreprises franchisées à la grandeur du Québec, parce que la
francisation, c'est de Gaspé à Gatineau, à Rouyn-Noranda. Et, troisièmement, implanter le français
en entreprise ne demande pas plus de
ressources humaines et financières qu'implanter
un nouveau système informatique et est tout aussi productif pour l'entreprise.
Merci.
Perreault (Jean-Paul) : Merci. Impératif Français recommande que les
organismes de la charte, notamment l'Office québécois de la langue française, le
Conseil supérieur de la langue française et la Commission de toponymie,
soient des organismes indépendants et que
leur président ou président-directeur général soit nommé par les deux tiers des
membres de l'Assemblée nationale et relève directement de celle-ci.
Impératif Français recommande le
retour de la Commission de protection de la langue française et, par la même occasion,
recommande une valorisation de l'utilisation du mécanisme de plainte, puisque cet outil a été créé, entre autres, pour aider à la francisation des entreprises, des
petites et moyennes entreprises, puisque là le citoyen, le
client dont les
droits fondamentaux
ne sont pas respectés
peut utiliser le formulaire de plainte, le mécanisme de plainte, obligeant ainsi — demain,
je l'espère — la commission de protection à intervenir et à examiner l'ensemble
de la situation. C'est un outil exceptionnel
pour la francisation des entreprises. Merci.
Présidente (Mme Vien) : Il m'apparaissait évident que vous alliez dépasser le temps qui vous
était imparti, alors je m'étais... j'ai donc
demandé à la ministre si elle acceptait que le temps supplémentaire soit pris
sur le temps du gouvernement, ce qui a été...
M. Perreault
(Jean-Paul) : Toutes nos excuses.
La Présidente (Mme
Vien) : Non, il n'y a pas d'offense,
monsieur, on avait prévu le coup. Alors, bien, tout simplement, Mme la ministre,
22 min 13 s pour votre groupe, moins à peu près
1 minute,
1 min 30 s déjà entamée. Je vous en prie, je vous cède la parole.
De Courcy :
Bien. Très bien. Alors, d'abord, merci de vous être inscrits à la commission parlementaire. Et je constate aussi que vous êtes très
actifs sur les médias sociaux, j'ai eu l'occasion de vous lire fréquemment.
Donc, je vous remercie de votre contribution.
J'ai lu avec
attention, comme tous les mémoires qui ont été présentés, ce qui nous rassemble
le plus. J'aurai tendance à vous dire... et
j'aurai la délicatesse dans les mots que j'emploierai pour ne pas vous froisser
en aucune façon, compte tenu du
militantisme que vous démontrez à l'égard de notre langue, que je salue d'ailleurs, que je salue. Par
ailleurs, vous savez,
dans ce que vous mettez de l'avant, par moments, les mots qui sont choisis...
ou l'expression me rappelle…me rappellent
l'expression de la communauté linguistique anglophone quant à son inquiétude.
Alors, s'il y a une chose que nous partageons
entre la communauté linguistique d'expression anglaise et nous tous, c'est
notre inquiétude mutuelle dans les questions
de langue. Alors, ceci demande beaucoup de doigté, de mesure et de
compréhension profonde. Et je considère que votre mémoire, à votre tour, comme les
nombreux que nous avons eu à entendre, nous permet davantage de comprendre cette inquiétude, qui repose sur des faits, qui repose sur des faits,
comme pour la communauté linguistique d'expression anglaise.
Vous
avez mentionné, comme certains... Évidemment, vous comprendrez qu'après quelques séances, là, decommission parlementaire commencent à resurgir un certain nombre de lignes directrices, là,
qui nous parviennent par les citoyens et les groupes qui se sont exprimés ici.
Il y en a deux... et d'autres éléments, ce que je nomme n'exclut pas ce
que vous avez mis de l'avant, mais, entre autres, l'élection...
ou en tout cas la nomination — le mot est plus juste — la nomination de
la direction de l'Office québécois de la langue française par l'Assemblée nationale. Ceci vous semble... Et ça revient, là, depuis... je n'oserais pas m'avancer
sur le chiffre, là, mais disons qu'à plusieurs reprises on nous en a parlé.
J'aimerais ça vous entendre sur votre
préoccupation à cet égard-là et vous entendre davantage sur la commission dont vous
parlez, de protection de la langue,
qui a été, à un certain moment, intégrée à l'Office québécois de la langue française.
Alors, j'aimerais ça vous entendre là-dessus puis sur le pourquoi, dans le cas de la deuxième question... En
fait, c'est deux pourquoi. Pourquoi vous
accordez une telle importante et pourquoi,
cette commission-là, qui a été intégrée à l'office,
vous voulez la recréer à nouveau? Et je m'interroge sur la question des dédoublements à cet égard.
Vous
n'avez pas évoqué quelque chose qui a été très important dans une autre
présentation, et bien cette fois-ci que ce soit la seule fois où ça avait été évoqué, c'était
le réseau des langagiers, le réseau des langagiers, qui était un réseau, à l'époque,
qui servait d'office de référence pour la communauté médiatique, en
particulier, qui s'en servait beaucoup pour
avoir des suggestions, avoir des remplacements dans ses... la qualité du
français dans la langue publique, notre langue commune, mais la langue
publique.
Alors,
sur ces trois aspects-là, si vous étiez en mesure de me donner un avis, sinon vous m'écrirez ou vous nous écrirez plus tard, mais j'aimerais beaucoup ça
pouvoir vous entendre sur ces aspects-là, si vous le permettez.
La Présidente (Mme
Vien) : M. Perreault, vous risquez
une réponse?
M. Perreault
(Jean-Paul) : Oui. Merci, Mme la
ministre. D'abord, concernant l'autonomie souhaitée pour l'Office québécois de la langue française, je
pense qu'à partir du moment où celui-ci relève de l'Assemblée nationale,
doit faire rapport à l'Assemblée nationale,
vous conviendrez avec nous que ça nous offre une marge de manoeuvre,
surtout si sa mission est clairement, dans la loi, définie. Ça lui donne toute
la marge de manoeuvre pour agir de façon autonome à l'intérieur de sa mission
et peut-être même de se soustraire des pressions politiques partisanes ou des
pressions politiques, puisque le mandat de l'office, à ce moment-là, relève de
sa mission définie par la loi et que, l'office
relevant de l'Assemblée générale et sa nomination de la présidence
relevant également de l'Assemblée nationale, ça offre cette garantie.
Quant
à la Commission de protection de la langue française, bien, c'est fort de l'expérience
vécue dans la structure actuelle. Vous comprendrez avec nous que… Si à l'intérieur de l'office se retrouve le mandat de traitement des
plaintes, vous comprendrez avec nous que ce mandat, cette
partie de mission est
englobée dans un autre ensemble qui est la mission globale
de l'office. Et nous pensons qu'un organisme tel qu'il existait, qui a
spécifiquement comme mission le traitement
des plaintes déposées par les citoyens, eh bien, on a, à ce moment-là, une
meilleure garantie quant au traitement des plaintes. Et je dois vous dire qu'à
cet égard là, malheureusement, nous avons observé une détérioration dans le traitement des plaintes à partir du moment où on a
rassemblé, ou fait disparaître, ou fusionné les organismes qui relèvent
de la promotion ou de la défense de la
langue française sur le territoire du Québec. Alors,
quant au retour de la commission de la protection, je suis
certain qu'un organisme également… relevant de l'Assemblée nationale, dont le président est
également nommé par les deux tiers des membres de l'Assemblée nationale,
aurait, à mon avis, un mandat très clair de
traitement des plaintes.
Mais,
surtout et avant tout, ce que je veux que vous entendiez, c'est que la plainte,
c'est un outil extraordinaire de francisation qui est malheureusement sous-utilisé et pas suffisamment valorisé. Le client dont les
droits linguistiques — et je parle du
client — ou le citoyen dont les droits linguistiques ne sont pas respecté, dans n'importe quel établissement…mais là c'est l'outil
privilégié pour intervenir auprès des petites entreprises. Il y a là un outil qui permet à la commission de protection
ou à l'office d'intervenir dans une entreprise de quatre, cinq, six employés, et d'examiner, et de profiter de l'occasion pour faire un bilan de l'ensemble de la
situation linguistique à partir d'une plainte déposée par un usager, ou
un consommateur, ou une consommatrice. Il faut absolument valoriser le mécanisme de plainte, valoriser, étoffer le traitement des plaintes, accélérer
le traitement des plaintes, le traiter de façon sérieuse. Et je pense qu'une
des façons qui pourrait aider, c'est par le retour ou la création de la commission de protection, puisqu'à l'intérieur de
l'office, je le mentionne, ça se perd dans un ensemble où il y a une
multimission, tandis qu'avec une commission de protection comme ça existait
précédemment, c'était clair que c'était son mandat.
Mme Bisson
(Monique) : Bon. Et je vais me permettre...
La Présidente (Mme
Vien) : Mme Bisson.
Bisson (Monique) : Oui. Merci. Alors
donc, premièrement... Alors, je vais remercier Mme la ministre d'avoir noté, oui, cet oubli du réseau des
langagiers, qui a joué un rôle extrêmement important au sein de l'administration.
Alors, je vais
profiter de sa tribune pour formuler une nouvelle
recommandation : Oui, le réseau des langagiers doit renaître, doit être mis
sur pied et ce réseau des langagiers doit vraiment tenir compte de toutes les
régions du Québec. Parce qu'il y a une chose, je me permets d'ajouter,
tout à l'heure je l'ai mentionné rapidement, quand on parle de francisation des
entreprises, mais quand on parle de
francisation de l'administration également, la francisation, c'est sur tout le
territoire du Québec. Et, le réseau des langagiers, si le ministère des Transports
à Québec a un responsable,
bon, un langagier, mais... Le ministère des Transports, dans toutes les régions du
Québec, c'est important, il faut vraiment qu'il
y ait... Pour que la politique linguistique gouvernementale relative à l'emploi et à la
qualité du français dans l'administration s'applique partout sur le territoire du Québec, il faut qu'il y ait
des porte-parole partout, et donc avec ce réseau des langagiers, tout à
fait.
De Courcy : Je vous remercie beaucoup
de vos commentaires et, encore là, de votre participation. Nous avons terminé.
Présidente (Mme Vien) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. M. le député de LaFontaine, porte-parole en matière
de Charte de la langue française, pour une
durée de 22 min 13 s, à votre
convenance.
M. Tanguay : Merci beaucoup, Mme la Présidente. D'abord,
merci à vous d'être présents ici ce matin, M.
Perreault et Mme Bisson. Alors, je pense que le
travail que vous avez accompli en rédigeant le mémoire et également votre présence
ce matin sont utiles et apportent un éclairage, je pense, qui est important
afin de nous donner de la perspective.
Et j'en suis au niveau de la perspective sans parler de perception, mais
j'aimerais néanmoins vous entendre sur... Parce que j'imagine que vous en avez eu une réflexion
toute personnelle sur les déclarations et les prises de position quand même assez claires du ministre responsable de
Montréal, ministre responsable de la relation avec la communauté anglophone, qui, dans son blogue, le 19 janvier dernier, écrivait, et je le cite : «Les Anglos-Montréalais sont massivement devenus bilingues, depuis un peu plus d'une
génération. Ils voient, autour d'eux, notamment à Montréal, une majorité de jeunes
francophones bilingues.» Fin de la citation.
Probablement une réalité constatée par le ministre responsable de
Montréal, qui l'a justifiée lorsqu'il a lancé son cri... je ne dirais
pas que c'est un cri du coeur mais un cri néanmoins très clair : «STM? Are you listening?»
Autrement dit, le bien-fondé, la nécessité même pour la Société de transport de
Montréal de pouvoir offrir des services évidemment en français, au premier titre, mais également d'être
capable de l'offrir en anglais lorsque c'était demandé.
Alors, avant d'aller davantage dans certains
détails de votre mémoire, qui ne sont pas des détails mais dont nous aborderons ses
objets, j'aimerais vous entendre là-dessus, quant à la position qui est, somme toute, assez... très
claire, là, du ministre responsable de
Montréal. Diriez-vous qu'il s'agit d'une bonne approche ou d'un égarement?
M. Perreault (Jean-Paul) : Bien, écoutez, je pense
que nous avons dit dès le début que tout le monde est censé parler français au Québec, sinon l'apprendre, et que tout ce qui est en français s'adresse à tout le
monde. C'est la langue commune d'usage public et c'est la langue commune de la diversité, c'est
celle de l'identité québécoise. Également, les statistiques démographiques révèlent que, dans la population anglophone,
il y a 187 935 personnes qui ne connaissent pas le français. Je répète : Sur l'ensemble du
Québec, dans la population de langue maternelle anglaise, il y a 187 935
personnes qui ne connaissent pas le français, soit 2,4 % de la population totale du Québec, 2,4 %.
C'est
là que nous sommes en désaccord avec cette déclaration de M. Lisée. Nous
croyons qu'il appartient à tous ceux et
toutes celles qui vivent au Québec d'apprendre le français. L'anglicisation par
la bilinguisation des services
publics, nous
sommes totalement en désaccord. Il appartient à la personne qui vit au
Québec d'apprendre, et c'est un service qu'on lui rend, d'apprendre la langue d'usage public pour obtenir,
bénéficier, s'intégrer, aller chercher l'ensemble de ce que la société québécoise offre.
C'est la langue nationale, c'est vrai partout dans le monde, c'est
vrai... il faut que ce soit également vrai au Québec. Et
l'anglicisation… Nous
nous inscrivons en faux contre la bilinguisation
ou, si vous préférez, l'anglicisation des services publics. Si c'est ce que vous vouliez savoir par rapport à la déclaration de M. Lisée, bien sûr, et c'est
connu, Impératif
Français est
intervenu là-dessus pour s'inscrire en faux quant à cette déclaration-là.
M. Tanguay : Sur cette lancée, j'aimerais vous
référer à la page 38 de votre mémoire, à la 18e recommandation que vous
faites, concernant l'article 59 de la Charte des droits… l'article 59 de la Charte de la langue française.
L'article 58 dit que toute publicité commerciale doit
être faite en français, l'article 59 fait une exception en disant... en précisant que, pour la publicité, entre autres politique, il
peut... la publicité... l'article 58 ne s'applique pas et peut être faite,
donc, en anglais également. Vous recommandez, donc, que, pour chaque campagne électorale provinciale... J'aimerais d'abord avoir une
précision, après ça j'aurai une question. Vous recommandez donc que cette exception-là soit retirée. Est-ce que je dois comprendre de votre recommandation que
vous suggérez que, pour toute campagne électorale provinciale, il n'y
ait qu'une seule sorte de publicité,
exclusivement en français? Est-ce que c'est ça
ou je vous ai mal compris?
Perreault (Jean-Paul) : D'accord. Merci de votre
intervention. Non. D'abord, ce qui est dit, c'est que la publicité électorale doit se faire en français. De
la façon dont c'est
formulé… Et ce qu'on observe sur le terrain, et on le voit
particulièrement, probablement, dans l'ouest de Montréal et en Outaouais, ce qu'on
observe, c'est les publicités unilingues
anglaises pendant la campagne électorale. Que ce soit de tous les niveaux qui
relèvent du gouvernement du Québec,
on observe des publicités unilingues anglaises, ce qui... C'est un accroc. La
personnalité, le visage du Québec, la langue
d'usage public, c'est le français,
et de voir que cette autorisation-là découle de l'article 59, c'est là que nous disons : Puisqu'on réfléchit sur le projet de
loi n° 14, le renforcement de la situation du français, l'occasion
est peut-être bonne
pour s'assurer que la publicité électorale se fera, partout au Québec, en
français. Nous n'avons pas dit :
Exclusivement en français.
Néanmoins, j'ajouterais que, puisque tout le monde est censé parler français au Québec, si elle se fait uniquement en français, cette démocratie… cette expression de la
démocratie s'adresse à tous. Mais ça, ce n'est pas ce que nous demandons. Mais néanmoins, le message que nous véhiculons, la
démocratie est pour tous au Québec. Et, quand elle est en français, tout le monde est censé parler français, et
tout ce qui est en français s'adresse à tout
le monde. Vous comprendrez avec
nous que, si c'est uniquement en français, ça inclut tout le monde, incluant
même ceux qui ne le parlent pas, puisqu'il leur est demandé de l'apprendre,
puisqu'ils ont choisi de vivre au Québec.
Tanguay : Avec
votre permission, Mme la
Présidente, vous avez... vous
nous avez entretenus, un peu
plus tôt, sur le processus des plaintes et vous avez dit qu'il était sous-utilisé et qu'il devait
être, donc, un processus plus accessible.
Et là je résume,
évidemment, là, en substance, votre intervention. Nous avons eu le privilège d'entendre, le 12 mars dernier, la
section Nicolas-Viel de la Société
Saint-Jean-Baptiste de Montréal,
où là il a été fait
état... Et je fais une parenthèse. La dernière
année de référence pour laquelle nous avons des statistiques sur le nombre de
plaintes concernant l'application de la
Charte de la langue française nous démontre qu'il y a eu, donc l'an passé,
4 067 plaintes qui ont été déposées. Je ferme la parenthèse. Donc,
dans votre optique, où il y aurait lieu de faciliter l'accès à ce
processus de plainte là, mardi 12 mars dernier, nous avons entendu la
section Nicolas-Viel de
la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, où là — excusez-moi du peu, là, de mémoire — c'était soit 506 ou 509 plaintes qui avaient été déposées par cinq personnes. Et
nous avons entendu, le 26 mars dernier, le mouvement... les représentants et représentantes du
Mouvement Montérégie français. Et, là également, c'étaient des centaines de plaintes par moins de 10 personnes.
Donc,
dans cette optique où
vous demandez que le processus soit plus accessible, lorsqu'on regarde ces chiffres-là sur deux acteurs, deux entités, est-ce que ça
vous apporte une réflexion particulière quant à, justement, l'utilisation qui en
est faite, de ce processus de plainte là? Et je prends pour acquis que, si ces gens ont pu déposer des
centaines et des centaines de plaintes, c'est
que le processus était accessible. Et j'en suis sur l'accessibilité, là.
Perreault (Jean-Paul) : ...suppose d'abord qu'il y ait des organismes de la société civile
auxquels la société reconnaît un rôle de
vigile dans n'importe quel secteur, pas exclusivement linguistique ou
identitaire. C'est vrai également dans l'égalité
des droits, et tout ça. Il y a des organismes
qui naissent de la société civile et qui ont comme mission, à partir de la société civile, leurs membres… C'est sûr que ces organismes-là, par
mission définie par la société civile et l'assemblée générale de leurs membres,
ils ont une
mission, ils ont un mandat, et par conséquent ils l'exercent. Et fort heureusement; je suis heureux d'entendre qu'ils l'exercent, puisqu'un
grand nombre de plaintes viennent de ces organismes-là. Donc, ils remplissent le
mandat qui leur vient de la base de la démocratie de la société.
Quand
on parle de démocratisation du formulaire de plainte ou de l'outil de la
plainte, c'est qu'il y a des droits
fondamentaux qui sont définis dans la charte, et ces droit
fondamentaux sont… dans plusieurs occasions, ne sont pas respectés : le
droit d'être reçu et servi en français, le droit d'être informé en français, le
droit de travailler en français. Ce sont des droits — je
n'en nomme que trois — ce sont des droits déclaratoires
affirmés dès les premiers articles de la
charte, et ces droits-là sont... souvent, ou
dans plusieurs cas, ou même dans trop de cas, ne sont pas respectés. C'est là
que nous disons au gouvernement, à l'office
et, demain peut-être, la commission de
protection : S'il vous plaît, rendez
accessible le processus, la démarche de plainte pour que les citoyens dont les
droits ne sont pas respectés puissent se sentir invités, encouragés,
même, à faire respecter leurs droits. Et je
pense que ça, c'est tout simplement le respect de la société qui adopte la législation
et qui définit ces droits-là que de mettre et valoriser l'outil qui permet aux
citoyens de se faire respecter.
M. Tanguay : Pas d'autre question, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Vien) : Merci beaucoup, M. le député de LaFontaine. À vous la parole, Mme la députée de Montarville.
Roy (Montarville) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, madame, bonjour, monsieur. Merci
pour votre mémoire. Écoutez, vous savez, l'information
circule très, très, très rapidement, puis j'aimerais vous poser une petite question — corrigez-moi si je
me trompe : Étiez-vous ce matin de la
conférence de presse avec les gens de la CSN, qui étaient ici juste avant vous,
également le Mouvement Québec français, qui est votre... Vous étiez là
également.
M. Perreault
(Jean-Paul) : Oui.
Roy (Montarville) : Écoutez, déjà l'information circule, et des articles de journaux
circulent, il a été dit lors de cette conférence de presse, à laquelle
vous participiez, il a été dit que les hôpitaux anglais n'ont plus leur
place au Québec. Écoutez, moi, j'espère que
la ministre va fermer la porte, et rapidement, à cette idée, qui est vraiment
totalement radicale. Cela dit, vous participiez à cette conférence, vous étiez à la table, j'aimerais savoir ce que vous pensez de cette idée, de cette
affirmation que les hôpitaux anglophones n'ont plus leur place au Québec.
M. Perreault (Jean-Paul) : Je pense que ce que l'on a besoin,
madame, au Québec, ce sont des hôpitaux, et ce
que l'on a besoin au Québec, c'est davantage de services de santé et de
services sociaux. Les hôpitaux anglais, je m'explique mal pourquoi il y aurait
des hôpitaux anglais. Il doit y avoir des hôpitaux, et l'ensemble des hôpitaux
doivent répondre à l'ensemble des besoins de
la population. Et, s'il arrive que, dans les hôpitaux ou ailleurs dans les services de santé, il y a des gens qui se présentent et ne
parlent pas le français, parce que ce sont des touristes ou autres, eh bien, je pense qu'il est nécessaire de s'assurer que, par
ouverture, il y aura sur place des services d'interprète pour répondre à
ceux, par exemple, qui nous viennent de l'Italie
ou encore les 200… les quelque 100 quelques mille anglophones qui ne parlent pas français. Je pense
que c'est... Définir les hôpitaux, madame, sur une base linguistique, définir les hôpitaux au Québec sur une base
linguistique, c'est pratiquer une forme de discrimination. Ils doivent être
définis comme étant des hôpitaux québécois où l'ensemble du fonctionnement est
en français, mais capables en même temps d'offrir les services à la diversité
internationale qui peut se retrouver à Montréal par des services d'interprète.
Roy (Montarville) : Si je comprends
bien...
Perreault (Jean-Paul) : Entre vous et
moi, là, si certains médias sont partis dans ce spinnage-là,
si vous me permettez,
bien… C'est un peu ce qu'on
a observé dans le passé : on isole des phénomènes d'un ensemble de présentations; c'est repris surtout
par des médias anglophones, puis nommons-les : CJAD , The Gazette ,
The Suburban , madame...
Roy (Montarville) : Mais, si je vous
comprends bien...
Perreault (Jean-Paul) : ...qui
cherchent à ternir l'image du Québec.
Roy (Montarville) : ...c'est le
statut anglophone des hôpitaux que...
Présidente (Mme Vien) : M. Perreault,
M. Perreault. Mme la députée, allez-y.
Mme Roy (Montarville) : Oui. Alors, si je comprends bien, là,
votre réponse, c'est : le statut anglophone, vous en avez contre le statut anglophone des hôpitaux.
Pour vous, il faudrait les abolir, ces statuts?
M. Perreault (Jean-Paul) : Je ne dis pas qu'il faut abolir les
hôpitaux. Ce que je dis, c'est
que les hôpitaux, ce sont tous
des hôpitaux… des établissements québécois. Je ne
vois pas pour quelle raison on va définir un hôpital qui est là pour servir
la population sur la base de dire que c'est un hôpital anglophone, au Québec de
surcroît. Ce qu'il s'agit, il
s'agitd'un
hôpital, d'un établissement de santé qui doit répondre à l'ensemble des besoins
de la population. Et c'est ça qui
est son mandat, et c'est comme ça qu'il doit
être défini. Définir un hôpital sur la base linguistique, vous conviendrez avec
nous que c'est une forme incroyable de discrimination qui ne devrait pas
exister.
Mme Roy (Montarville) : Par ailleurs, pour votre information,
c'est un journal québécois, Le Journal de
Québec , qui a sorti cette information ce matin, donc un
journaliste francophone, là. Ce ne sont pas les anglophones.
Cela dit, Mme la ministre entend tout comme moi ce qui est dit et ce qui sera dit cet après-midi, et
j'espère que la ministre va fermer la porte à
cette idée, que nous concevons et nous trouvons tout à fait radicale, d'enlever
le statut anglophone de ces hôpitaux. Il y a actuellement une paix linguistique
au Québec. Et nous, malheureusement, nous ne pouvons souscrire à cette idée. Oui, madame. Vous voulez
poursuivre.
Présidente (Mme Vien) : Mme Brisson.
Mme Bisson (Monique) : Oui. Alors, simplement ajouter, dans les hôpitaux présentement, dans les
services de santé,
les services sociaux, il faut avoir la préoccupation qu'il y a de la
bilinguisation qui se pratique. Il faut penser... il faut toujours... Ce
n'est pas aussi simple, tu sais : Bon. Ah! d'accord, on offre des services en anglais. Les services en anglais entraînent aussi des rapports, des documents. C'est-à-dire
qu'il faut toujours avoir en tête l'idée : Il ne faut pas bilinguiser ou faire une bilinguisation
institutionnelle des milieux de travail. Alors, ça, c'est aussi une
préoccupation fondamentale.
Roy (Montarville) : Je vous remercie.
Merci, messieurs dames.
Présidente (Mme Vien) : Ça complète,
Mme la députée de Montarville? M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : J'aimerais savoir, sur cette lancée,
que fait-on du citoyen canadien qui demeure au Québec, donc Québécois, de
bonne foi, veut apprendre le français, il suit des cours de français, et
néanmoins a un problème de santé, n'est
pas suffisamment bilingue? Qu'est-ce qu'on fait dans
ce cas-là? Il
faut néanmoins faire des distinctions, je pense,
importantes et majeures.
Alors, en ce sens-là, suite à ce que vous venez de dire, ça laisse
entendre que les services ne pourraient pas
être offerts en anglais. Qu'en pensez-vous? Quelle est votre approche par
rapport à ça?
M. Perreault (Jean-Paul) : Ce n'est pas ce que nous avons dit.
Ce que nous avons, au contraire, dit, c'est qu'il
fallait élargir la possibilité d'offrir dans
plusieurs langues le service en mettant sur pied, dans les établissements de
santé, des services d'interprète.
Ce que nous avons
également dit, c'est que nous nous inscrivons en faux contre l'épithète
linguistique des établissements de santé. Ce
sont des
établissements québécois,
et, étant des établissements québécois,
ils doivent s'assurer de répondre à l'ensemble des besoins de la
population. Mais
j'ajouterai là-dessus que, puisque tout le monde est censé parler français au Québec, vous comprendrez avec
nous qu'il n'y aura jamais aucune exclusion, puisque la personne sera en mesure
d'aller chercher le service en français, et, si elle ne parle pas français, parce qu'il y aura service
d'interprète... Et j'ajouterai là-dessus que, parce que le taux de connaissance de l'anglais au Québec
est près de 40 %, vous conviendrez avec nous que, fort probablement, dans l'établissement, il sera toujours facile et
possible d'aller chercher le service dans une
autre langue que le français.
répète, nous nous inscrivons en faux contre le classement des établissements de
santé au Québec sur une base linguistique. Ce sont tous des établissements
québécois, qui doivent être soumis à l'entièreté
des législations linguistiques sans exception, ce qui ouvre la porte à la
possibilité d'obtenir des services pour le touriste italien, le touriste
espagnol, l'Anglo-Québécois qui ne parle pas
français, parce qu'il y aura sur place, pour l'Anglo-Québécois, suffisamment de gens… 40 % de la
population québécoise parle anglais, connaît l'anglais,
et près de 75 % des anglophones au Québec disent connaître le français.
Vous conviendrez avec nous que la situation que vous soulevez pourrait arriver,
mais ce serait plutôt rare, mais, parce qu'il y aurait des services d'interprète... Voilà.
M. Tanguay : C'est beau.
Perreault (Jean-Paul) : Je pense qu'il s'agit de faire preuve d'ouverture, là, à la diversité
puis de cesser de discriminer en nommant sur
une base linguistique des établissements de santé au Québec. Ça n'a pas de sens.
La Présidente (Mme
Vien) : M. Perreault, Mme Bisson — tout à l'heure, je ne vous ai pas interpellée avec le bon
nom de famille, toutes mes excuses, chère madame — alors, merci à vous
deux de votre contribution. Ça complète pour les parlementaires? Oui? Alors,
merci infiniment pour votre contribution.
Alors, je suspends.
Nous revenons aux alentours de 15 heures, après la période de questions et
autres tâches. Merci à tout le monde.
(Suspension de la séance à
11 h 39)
Présidente (Mme Vien) : Bonjour à tous, chers collègues parlementaires, chers invités.
Bienvenue dans votre Assemblée nationale. Nous reprenons nos audiences publiques sur le
projet de loi n° 14,
alors c'est le projet de loi qui modifie la Charte de la langue française, la
Charte des droits et libertés de la personne et d'autres dispositions
législatives. Évidemment, je vous demande de bien vouloir éteindre les
sonneries de tous vos appareils électroniques pour que l'on puisse bien s'entendre.
Alors,
j'ai le plaisir, nous avons le plaisir d'accueillir, en début d'après-midi, pour
nos travaux, le Mouvement Québec français, à
sa tête, je pense, son président, M. Mario Beaulieu — bonjour, M. Beaulieu; M. Éric Poirier; Mme Cécile Larouche — un visage bien connu, un visage télévisuel bien connu à
Québec, bonjour, Mme Larouche; et Sébastien
Duchesneau, c'est exact? Vous avez 10 minutes pour nous présenter l'essentiel
de votre mémoire. Après quoi s'ensuivront des discussions avec les
parlementaires. Je vous écoute.
Beaulieu (Mario) : Alors, bonjour. Je vous remercie de nous recevoir. Le Mouvement Québec
français salue l'effort du gouvernement avec
le projet de loi n° 104. On sait qu'en ce moment il y a un déclin rapide
du français à Montréal. Ce n'est pas moi qui
le dis, c'est le président du Comité de suivi de la situation linguistique à l'Office
québécois de la langue française, qui
prévoit un déclin rapide du français, de la proportion de francophones à
Montréal. On nous dit même que, d'ici
une vingtaine d'années, on serait rendus autour de 40 % de francophones.
Ça, c'est pour la langue maternelle.
Pour la langue d'usage
à la maison, ça décline aussi très rapidement. Aujourd'hui, on est à 48 point
quelques pour cent de langue maternelle à Montréal, 53 % de langue d'usage
à la maison. Et ce n'est pas... Il y en a qui tentent de noyer le poisson en disant que c'est tout simplement à cause de l'augmentation
de la proportion d'allophones, avec la montée de l'immigration, mais une
des raisons majeures du déclin, c'est qu'on n'arrive pas suffisamment à
franciser, à intégrer les nouveaux arrivants.
sait qu'il y a eu une augmentation de transferts linguistiques, les transferts
linguistiques bruts vers le français, mais cette augmentation-là provient, pour environ
la moitié, de la sélection d'immigrants qui ont déjà fait des transferts
linguistiques vers le français et, pour l'autre moitié, du fait que les
allophones qui font des transferts linguistiques vers l'anglais ont tendance à quitter le Québec. Donc, on gagne un peu
par défaut. Mais, quand on prend un indicateur moins sensible au phénomène migratoire, un indicateur de vitalité
linguistique, on voit que la population anglophone de langue maternelle augmente d'environ 40 % à
Montréal, en termes de langue d'usage à la maison, grâce aux transferts
linguistiques, alors que, du côté de la langue française, c'est environ
10 %, et l'écart s'agrandit avec le temps. Donc, il faut agir, il faut
bouger.
On sait que, dans l'ensemble du Québec, la
proportion de francophones est sous la barre des 80 %, alors on pense qu'il y a urgence. Les gens de l'extérieur de
Montréal parfois ne perçoivent pas ce problème-là, mais, comme il y a environ
50 000 nouveaux arrivants qui s'installent à Montréal à chaque année,
en cinq ans c'est près de la moitié de la ville de Québec, alors, si on n'agit pas maintenant, quand le problème
va se présenter dans la ville de Québec, il va être beaucoup trop tard.
Alors, il faut bouger rapidement.
Et pourquoi il y a ce déclin du français là?
Parce qu'il y a d'autres villes, par exemple Toronto, Ottawa. Toronto reçoit davantage d'immigration que Montréal, et ça
ne menace pas l'anglais à Toronto parce que 99 % et plus des transferts linguistiques se font vers l'anglais à
Toronto. Pourquoi? Parce que c'est l'anglais... c'est à peu près du même
ordre à Ottawa, c'est l'anglais qui est la
véritable langue officielle, la langue des services gouvernementaux, la langue
commune à Ottawa ou à Toronto. Donc, un
nouvel arrivant qui s'installe ailleurs qu'au Québec comprend très rapidement
puis… à moins qu'il soit vraiment
dans un territoire où il y a une concentration de francophones, il comprend
très rapidement qu'il doit connaître l'anglais pour fonctionner. Et ce n'est
pas le cas à Montréal, parce qu'avec le temps...
L'objectif de la loi 101, c'était de
faire du français la véritable langue commune et officielle, et, avec le temps, on est revenus à
un bilinguisme institutionnel, à un bilinguisme dans les services
gouvernementaux, qui est pratiquement dans tous les services gouvernementaux. Donc, c'est très facile de
fonctionner à Montréal sans connaître le français. Et on sait que, partout au monde, les systèmes qui sont basés
sur le bilinguisme institutionnel, ça aboutit toujours à l'assimilation
des langues minoritaires. C'est ce qu'on
voit dans le reste du Canada, même si… Dans le reste du Canada, il y a eu
pendant longtemps une interdiction des
écoles françaises, du français dans les institutions publiques. Et aujourd'hui
une grande proportion des francophones n'ont pas accès à des services en
français dans le reste du Canada.
Alors, l'objectif, je pense, c'est de revenir
à l'esprit initial de la loi 101, de faire du français la seule langue officielle et commune, en préservant des services en
anglais pour la minorité historique anglophone, en préservant... en évitant de faire ce que le Canada anglais a fait aux
francophones. Mais ça ne veut pas dire que l'État québécois est un État
bilingue ou... pas du tout. Initialement,
dans le livre blanc de la loi 101, on disait, par exemple, que les écoles
anglaises devaient être des mesures d'exception
pour la minorité historique anglophone mais ne devaient pas servir à
assimiler les allophones et les francophones.
Alors, le projet de loi n° 14 amène plusieurs mesures qui
vont dans cette direction-là, mais, selon nous, ce n'est pas suffisant, ça ne permettra pas de contrer le
déclin du français et d'assurer l'avenir du français. Par exemple, dans les
services administratifs, il y a plusieurs mesures qui vont permettre, disons,
au ministre d'exercer un meilleur contrôle pour
faire respecter la politique linguistique gouvernementale. On sait que la
politique linguistique du gouvernement du Québec dit que les services
gouvernementaux doivent être unilingues français en général pour bien démontrer
que le français est la langue commune, mais,
dans les faits, ce n'est pas du tout ça qui se passe, et on a dû intervenir à
plusieurs reprises. Il y a eu des campagnes,
par exemple, parce que les répondeurs téléphoniques d'à peu près tous les
ministères commençaient par le fameux «press 9», à l'encontre même de
mémos de l'Office québécois de la langue française, et ça a été très ardu, on a dû faire des campagnes, faire des pressions,
et, encore aujourd'hui, je suis certain... En tout cas, on a fait l'étude il y a environ un an, on la refera,
mais je suis certain qu'il y a encore beaucoup de services
gouvernementaux qui continuent... qui commencent avec le fameux «press 9».
Donc, dans le projet de loi n° 14, on se dit : C'est bien
que le ministre puisse effectuer un contrôle plus efficace, mais la ministre... Si par
contre il y a un changement de gouvernement, le ou la ministre va pouvoir
défaire ce que l'autre a fait avant.
Donc, nous, on revendique un changement législatif. D'une part, il y a l'article 16
de la loi 101, qui n'est pas vraiment
touché par la loi n° 14,
qui avait été modifié en 2002 par la loi n° 104, et on voulait ramener la mesure initiale de la loi 101 qui disait que les
communications écrites entre le gouvernement et les personnes morales, les
entreprises établies au Québec doivent être
uniquement en français. Parce qu'on aura beau faire tous les efforts possibles
pour inciter les entreprises privées à utiliser le français comme langue
commune, si le gouvernement du Québec communique avec ces entreprises-là en anglais, à un moment donné c'est sûr que c'est
contre-productif. Alors, on revendique que l'article 16 soit
modifié pour que ça soit vraiment des communications uniquement en français.
Avec les individus... On sait qu'il y a eu
une enquête du Devoir , il y a trois ou quatre ans, qui disait qu'à Montréal près de
75 % des immigrants allophones étaient servis uniquement en anglais par le
gouvernement du Québec. Il y a eu toutes
sortes de discussions sur la véracité de ces chiffres-là, mais la tendance est
là. Donc, on se dit : Pour ce qui est des services
administratifs — ça veut dire les services
couverts par la fonction publique du Québec — on revendique que ça
soit seulement en français pour tous, y compris pour les individus. Parce que,
si on n'est pas un État bilingue, tous les services n'ont pas à être bilingues. Ça ne veut pas dire que des
nouveaux arrivants ne pourraient pas avoir un service d'interprète, un service d'accompagnement, mais en ce moment ça
n'a pas de sens, c'est notre propre gouvernement qui contribue à l'anglicisation
des nouveaux arrivants. Je pense que les services gouvernementaux, ils ont un
rôle d'accueil et de francisation des nouveaux arrivants, et ils doivent jouer
un rôle moteur à ce niveau-là.
Pour ce qui est de l'enseignement, c'est un
peu la même chose. Il y a certaines mesures pour
limiter les exemptions, comme avec les
ministères, ce... les militaires plutôt, ce avec quoi on est tout à fait d'accord.
Par contre, les écoles passerelles,
on sait qu'actuellement ça ne touche pas un grand nombre d'étudiants, mais on
pense que, d'ici quelques années, ça
peut peut-être changer, il y a peut-être des échappatoires qui vont se trouver.
Donc, on préconise qu'il y ait une modification.
loi 101 au cégep, qui était dans la plateforme du gouvernement, ne s'y
retrouve pas. On peut comprendre qu'étant un gouvernement minoritaire c'est
difficile à réaliser. Par contre, on pense que c'est essentiel. Tant qu'on va continuer à financer, sans aucune limite, sans
aucune restriction, l'enseignement collégial en anglais aux nouveaux
arrivants, aux allophones adultes aussi, ça
va être très difficile de faire en sorte qu'ils fonctionnent en français dans
l'entreprise.
Alors,
de toute façon, vous pouvez lire l'ensemble de nos recommandations. Alors,
merci.
Présidente (Mme Vien) : Bien, vous
êtes très discipliné. Je sens bien que vous auriez eu besoin de quelques minutes, peut-être, supplémentaires. Vous
aurez tout le loisir de poursuivre ces discussions ou ces compléments d'information... d'apporter
ces compléments d'information avec Mme la ministre, avec laquelle vous entamez
immédiatement un échange.
De Courcy : Alors, messieurs, madame,
il me fait plaisir de vous accueillir aujourd'hui. Merci pour votre contribution, celle d'aujourd'hui mais celle
aussi qui est présente dans la société québécoise, comme celle d'Impératif
Français d'ailleurs, des mouvements qui sont
constitués, qui tentent de protéger la langue et d'inciter ceux et celles
qui ont les outils pour mieux la protéger à faire mieux. C'est ce que je
comprends, dans le fond, du mémoire.
Ce matin, lorsqu'on a reçu d'autres groupes,
on a... j'ai choisi d'interroger trois... de poser trois questions. Je vais les reprendre avec
vous, parce que souvent on y a fait référence au cours des dernières semaines.
On comprend, là, que, plus on avance dans la discussion en commission
parlementaire, là, on commence à réentendre un certain nombre de choses, que je
souhaite précisées. Je vous les pose.
Et la première est certainement la nomination
de la présidence de l'Office québécois de la langue française par l'Assemblée nationale. J'aimerais que vous précisiez
votre pensée autour de cette question-là. Et, si j'ai bien compris certaines
réponses de ce matin et à d'autres moments, il y a la question du choix qui
donne une idée de consensus à l'Assemblée
nationale et donc qui donne aussi à l'Assemblée nationale une obligation de
recevoir des comptes et d'en demander, d'en demander. Je ne sais pas si
c'est avec cette lunette-là que vous faites cette proposition-là, alors je vous
pose la question.
deuxième question que j'aimerais vous poser, c'est autour de... Ce
matin et ailleurs aussi, on a parlé d'une commission de la protection de la langue qui a été intégrée, à un
certain moment de notre histoire, à l'Office québécois de la langue française et de l'importance d'une
commission semblable. Et j'aimerais que vous me disiez, quant à vous, si
vous jugez importante la remise en place d'une commission comme celle-ci et,
auquel cas, pourquoi? Pourquoi ne pas maintenir une intégration au sein de l'office
actuel?
Et, troisièmement, parce qu'on ne l'a pas vu
beaucoup, c'est le réseau des langagiers. Et, quand vous parlez de l'administration publique, à certains moments des
interventions qui ont été faites en commission parlementaire, on nous a indiqué à quel point le réseau des
langagiers avait été utile dans l'administration publique, au sein de l'administration
publique, mais aussi pour la langue des
médias, la langue publique, lesquels médias pouvaient faire des liens avec ce
réseau des langagiers. Il n'était pas un
réseau d'inspecteurs, entendons-nous bien, hein? C'était un réseau d'appui qui
donnait des informations utiles, des
solutions de remplacement, une série d'accommodements très raisonnables autour
de comment on pouvait faire pour franciser un milieu.
Alors, j'aimerais vous entendre sur ces
questions-là. Je connais, M. le président, votre... M. Beaulieu, votre grande connaissance de ces questions-là, alors j'aimerais
vous entendre, si vous le voulez bien.
M. Beaulieu (Mario) : D'une part, pour ce qui est de l'indépendance
de l'office, j'y arrivais justement quand j'ai
terminé mon temps. La raison pourquoi on
demande ça, c'est que, d'une part, on trouve que l'office n'a pas rempli
son rôle depuis une vingtaine d'années,
peut-être parce qu'il manque d'indépendance, justement, vis-à-vis du politique;
ce que j'ai compris, c'est que, quand
il y a eu le gouvernement libéral, quand il a suivi celui du gouvernement du
Parti québécois, il y a eu des
changements assez importants au niveau des chercheurs. Et, pour moi, l'Office
québécois de la langue française, un de
ses rôles, c'est la vigilance, mais c'est aussi de faire la promotion du
français comme langue commune, d'expliquer pourquoi on fait ça, d'expliquer
le bien-fondé de la loi 101. Et je trouve qu'il n'a pas du tout accompli
ce rôle-là.
Moi,
en tout cas, depuis que je m'intéresse vraiment aux affaires linguistiques, l'office
a produit souvent des recherches qui m'ont semblé jovialistes, qui ont semblé...
En tout cas, à toutes les époques, il y a eu des indicateurs qui ont été faits,
et parfois, même, j'ai voulu connaître la méthodologie de certaines études — et ça, c'est plus récent, disons,
en 2006-2007 — et on m'a dit que ce n'était pas
disponible. Quand je suis allé à l'office, on m'a dit : La ministre ne veut pas qu'on publie. Alors, par la suite, ça
a été dénié, mais c'est la version qu'on m'a dite spontanément.
Et il y a eu d'autres études, par exemple M.
Termote, qui est maintenant président du Comité de suivi de la situation linguistique,
qui avait fait une nouvelle étude prévisionnelle, et je lui ai téléphoné pour
lui demander s'il voulait venir faire une conférence, mais il dit :
Je ne peux pas présenter mes études. Là, je ne pense pas que je vais le mettre
en eau bouillante parce que ça déjà été médiatisé, mais il m'a dit : On ne
m'autorise pas à publier les résultats.
une autre fois, je suis même allé dans un colloque de… en tout cas, j'ai un
blanc de mémoire, là, mais l'organisme qui le faisait, mais il y a une
chercheuse de l'office qui devait présenter les résultats de son étude, et on lui a interdit de le présenter, et elle l'a admis
là-bas. Donc, j'ai l'impression qu'il y a vraiment une forme de censure
qui a été... Et moi, je pense… On voit, par
exemple, M. Fraser, du côté fédéral, qui intervient, qui outrepasse ses
mandats, qui intervient sur la
question de la loi 101 au cégep, tout ça, alors que, du côté de l'office,
on voit très peu d'interventions de cet ordre-là. Je pense que...
Poirier (Éric) : Oui. Si je
peux rajouter.
Présidente (Mme Vien) : Oui. M.
Poirier.
M. Poirier (Éric) : Oui. Juste pour rajouter sur cette
question-là, avant de passer à la prochaine. C'est juste une question de… Tu
sais, souvent, l'apparence d'impartialité est aussi importante que l'impartialité
elle-même. Puis, dans un dossier comme ça, c'est juste d'élever ces
organismes-là, l'office et le conseil, au-dessus du politique, justement parce
qu'on peut trop facilement les discréditer.
Puis, dans le mémoire du MQF, aux
pages 20 et 21, le MQF donne deux exemples, peut-être, très précis où… Le premier exemple, c'est en 2008, finalement l'office
devait déposer le suivi de la situation linguistique au Québec. Il devait avoir la conférence
de presse, là c'est reporté. Et là, tout de suite, les partis d'opposition — à
cette époque, c'était l'ADQ et le Parti
québécois — tout de suite, l'opposition,
on blâme le premier ministre du Québec : Ça doit être lui, il doit savoir qu'est-ce qu'il y a dans les
études, blablabla, comme s'il n'y avait pas de distinction entre l'office et le
cabinet du premier ministre. C'est juste triste qu'on est capable de faire
cette association-là trop facilement.
Puis le deuxième exemple, c'est quand il y a eu
le débat sur la loi 101 au cégep en 2011, le Conseil supérieur de la langue française
publie les nouvelles données sur l'accès au cégep français par les allophones.
Finalement, on apprend, plusieurs mois plus tard, que ce n'étaient pas
les bons chiffres, que ce n'étaient pas des chiffres exacts. Et, encore là, tu sais, peut-être que c'est une erreur qui a été
faite de bonne foi, mais trop facilement on peut blâmer puis dire : Ah!
bien là, c'est de la faute... c'est le cabinet du premier ministre qui avait
envoyé ces données-là pour flouer la population, puis blablabla.
C'est juste triste qu'une question aussi
fondamentale pour l'avenir de la nation québécoise, qui est la langue, on a deux organismes qui sont en place, qui ont des
moyens, qui bien souvent remplissent bien leur rôle, qui bien souvent remplissent bien le rôle, il peut y avoir des
exceptions, mais c'est juste triste que, par association, on peut facilement
balayer ça du revers de la main puis
dire : Ah! bien là, c'est le cabinet du premier ministre qui contrôle tout
ça, blablabla. Puis, dans la
population, bien, ça nuit à la crédibilité. Puis on essaie d'élever le débat
avec des chiffres, on essaie d'élever le débat puis essayer de voir clair dans la situation, puis ce
serait le fun si on avait deux organismes sur lesquels on ne pouvait pas
attaquer tout de suite, d'emblée, sa partialité.
M. Beaulieu (Mario) : Je pense que ça complète bien. Pour
ce qui est de la Commission de protection de langue française, oui,
on serait favorables à ce qu'il y ait une nouvelle commission de protection de
la langue française qui soit autonome, parce que ça nous semblait un peu
contradictoire, l'office qui a plus un rôle, normalement, de promotion, la Commission de protection de la langue française
qui a plus un rôle d'intervention, de… alors, il me semble, pour être
plus efficaces, qu'il y ait une indépendance
entre les deux. C'est une demande qu'on avait faite en 2002, quand ça a été
fusionné, et qu'on n'a pas mise dans le
mémoire, mais on serait plutôt... on serait favorables au retour d'une
commission de protection de la langue
française, qui pourrait peut-être avoir plus de ressources, un meilleur
encadrement pour les enquêteurs, et ce qui pourrait permettre, je pense,
davantage d'efficacité dans un secteur.
Comme je dis, l'intervention de la Commission
de protection de la langue française, tout ça, c'est des interventions dans l'entreprise
privée. Je pense que, oui, ça prend un encadrement, mais on dit :
Commençons donc par notre propre gouvernement puis commençons par
éliminer le bilinguisme institutionnel, qui était l'objectif de la loi 101,
puis je pense que ça va être beaucoup plus facile par la suite d'intervenir
dans l'entreprise privée.
Pour ce qui est du réseau des langagiers, eh
bien, je l'admets, vous m'avez eu, je ne suis pas au courant du réseau des langagiers, je n'ai pas cette information-là.
Présidente (Mme Vien) : M. Poirier,
vous aviez un élément d'information à donner?
M. Poirier (Éric) : Oui. Sur la deuxième question, en
fait sur la séparation entre la surveillance, protection puis... mais, le rôle
de l'office plus traditionnel, qui est d'informer puis d'accompagner, il n'y a
vraiment pas... quand on regarde l'histoire, là, depuis 1974, il n'y a
vraiment pas de consensus sur la question. Tu sais, en 1974, c'était la Régie
de la langue française, elle avait le
pouvoir d'enquêter, et de conseiller, et d'assurer le suivi. En 1977, on sépare
les deux, on crée la commission de
surveillance d'un côté puis l'office de l'autre côté. En 1983, la commission de
surveillance devient la commission de
protection. En 1993, on abolit la commission de protection puis on fusionne les
deux ensemble. En 1997, on resépare les deux, puis, en 2002, on les
refusionne encore. Tout ce que je veux dire...
Bon, là, 30 secondes sur le livre blanc.
Le livre blanc justifiait de les séparer, parce qu'il disait : Si on
veut... Encore là, dans une perspective de
crédibilité puis de ne pas mélanger les choses, si l'Office québécois de la
langue française fait le suivi de la francisation des entreprises et accompagne
les entreprises, puis en même temps se revire de bord puis leur tape sur les
doigts, il peut peut-être y avoir un... il y a peut-être quelque chose qui ne
marche pas, tu sais? Peut-être qu'il devrait
y avoir un organisme qui s'assure de suivre puis qui n'est pas là pour taper
sur personne puis, de l'autre côté, taper... excusez-moi, je mets bien
des guillemets, puis je n'aurais pas dû employer ce mot-là, mais, de l'autre