Transportation and the Environment — 30 January 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
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25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
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24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
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(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
jeudi 30 janvier 2025
Vol. 47 N° 76
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 81, Loi modifiant diverses dispositions en matière d’environnement
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h
11 h 30
12 h
12 h 30
13 h 30
14 h
14 h 30
15 h
15 h 30
16 h
Journal des débats
11 h (version non révisée)
(Onze heures trente minutes)
La Présidente (Mme Blouin) : Bonjour
à tous. Alors, ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des transports et de l'environnement ouverte. La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 81, Loi modifiant diverses dispositions en matière d'environnement.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Alors, M. Derraji, de Nelligan, remplace Mme McGraw
(Notre-Dame-de-Grâce); M. Grandmont (Taschereau) est remplacé par M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve); et M. St-Pierre Plamondon (Camille-Laurin) est
remplacé par M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine).
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup. Alors, nous entendrons ce matin les témoins suivants : le Front
commun québécois pour une gestion écologique des déchets et L'Union des
producteurs agricoles.
Alors, d'entrée de jeu, je souhaite la
bienvenue aux représentants du Front commun québécois pour une gestion
écologique des déchets. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour faire votre exposé, après quoi suivra la période d'échange avec les
membres de la commission. Alors, je vous invite tout de suite à vous présenter
et à enchaîner avec votre exposé.
M. Ménard (Karel) : Parfait.
Merci, Mme la Présidente. M. le ministre. Mmes, MM. les députés, bonjour, merci
de nous avoir invités à cette commission. Mon nom est Karel Ménard, je suis
directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des
déchets, et je suis accompagné de Jérémie Rochon, agent de recherche et de
développement à notre organisme.
Brièvement, je vais présenter justement le
Front commun, pour faire plus court. On existe depuis 1991, on a environ 150 membres
répartis à travers le Québec, des membres qui sont sensibilisés à la gestion
écologique des déchets. Un des mandats qu'on a, à
part celui d'accompagner les
membres dans diverses problématiques qu'ils vivent en région, c'est d'accompagner...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) M. Ménard (Karel) : ...également
les divers paliers de gouvernement à adopter des mesures en gestion écologique
des matières résiduelles. On organise également la Semaine québécoise de
réduction des déchets à chaque année, à la fin du mois d'octobre. Et on a
quatre principes qui guident nos actions, donc le principe de la
régionalisation, celui de la responsabilisation, de la démocratie et des trois
R : réduction, réutilisation, recyclage.
Dans le cadre du projet de loi n° 81, on
va aborder deux aspects qui nous touchent plus particulièrement, donc celui qui
concerne les matières résiduelles ainsi que les consultations publiques.
Au niveau des matières résiduelles,
premièrement, le point concernant le bannissement des plastiques à usage
unique, naturellement, nous sommes en faveur, mais on aimerait bien que ça soit
élargi, la notion de bannissement des produits à usage unique, non pas
uniquement aux plastiques, mais bien aux produits à usage unique, donc à l'usage
plutôt qu'à la matière, parce que ce qu'on voit de plus en plus, c'est des
produits de substitution. Pensez aux fourchettes en plastique qui sont
interdites dans certains endroits, on les remplace par des fourchettes en
bambou à usage unique. Et je ne suis pas sûr que des fourchettes en bambou soient
plus écologiques que des fourchettes en plastique. Donc, même chose, on parle
de plus en plus aussi de faire du PLA, du plastique à partir d'acide
polylactique, donc à partir de base végétale, notamment des algues ou du maïs,
donc je ne pense pas nécessairement... à usage unique, toujours, et je ne pense
pas nécessairement que ce soit un bon usage que de faire ça, surtout que le
PLA, le plastique compostable, n'est pas utilisé par les plateformes de
compostage ni par les centres de biométhanisation. Donc, peut-être repenser la
formule plastique à usage unique par objet à usage unique non essentiel. On s'entend
qu'il y aura toujours des besoins d'avoir des objets jetables, notamment pour
les hôpitaux ou autres. Ça, ce n'est pas un problème.
Le deuxième point, au niveau de la gestion
des matières résiduelles, c'est l'interdiction d'élimination des invendus.
Naturellement, lorsqu'on jette un produit qui est encore bon mais qui n'a pas
trouvé preneur, pour nous, c'est du gaspillage. Donc, avant de favoriser le
recyclage ou la valorisation de ces produits-là, peut-être s'assurer qu'ils
puissent être réemployés, c'est-à-dire peut-être par... dans d'autres fonctions
ou d'autres usages, si on veut.
Lorsqu'on parle de valorisation au niveau
des invendus, le projet de loi en parle, nous, on fait aussi une mise en garde,
parce que, notamment... ce qui a trait à la valorisation énergétique ou la
valorisation matière. Je vous rappelle que la valorisation énergétique dans la
Loi sur la qualité de l'environnement n'est pas encore balisée, n'est pas
encore encadrée. Donc, c'est un peu un flou juridique à ce niveau-là, et il y a
beaucoup de pression pour qu'elle s'instaure. Il y a même des projets dont on a
été témoins, notamment lors d'audiences publiques d'un incinérateur de matières
dangereuses dans le... au Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui brûlait du textile, des
vêtements neufs qui provenaient de l'Ontario à des fins de valorisation
énergétique. Et l'importation à ce niveau-là était permise parce que ce n'est
pas de l'élimination. Par contre, on brûle quand même des vêtements neufs dans
un incinérateur de produits dangereux. Donc, ça serait bien aussi de baliser
ça, d'encadrer ça, parce que, surtout notamment ici même, à Québec, il y a de
fortes pressions pour qu'une infrastructure d'élimination devienne une
infrastructure de valorisation énergétique, et là c'est... on ouvre un peu la
boîte de Pandore, si on veut, à ce niveau-là.
Au niveau des invendus aussi, une
pratique, c'est de donner les invendus à des organismes sans but lucratif. Il
faut faire attention. Les organismes sans but lucratif qui viennent en aide aux
plus démunis ne peuvent pas tout accepter non plus. Si on donne 200 baguettes
de pain à un organisme sans but lucratif... On ne nourrit pas des gens avec 200
baguettes de pain. Donc, souvent, on se sert des... de ces organismes-là pour
se délester des produits qu'on n'a pas vendus ou des produits qui sont sur le
bord d'être périmés. Donc, on devrait... on devrait accepter que les organismes
sans but lucratif qui reçoivent des dons puissent refuser, s'ils n'en ont pas
besoin, des produits qu'on leur offre, que ce soit de la nourriture ou des
biens de consommation, et aussi, pour des biens de consommation, notamment, ou
des produits alimentaires, qu'on leur donne une compensation monétaire s'ils n'arrivent
pas à redonner à la population qui en ont besoin ces produits-là, parce qu'il
va y avoir des frais aussi de disposition pour ces organismes. Ce n'est pas
tous les organismes sans but lucratif qui ont des ententes avec les
municipalités ou les MRC pour disposer gratuitement des matières qu'ils
reçoivent de la population. Donc, ça fait un coût évité pour les compagnies qui
donnent, mais, en fait, tout ce qu'ils font, ils font juste refiler, si on
veut, la facture à des organismes sans but lucratif. Donc, vous pouvez être
sensibles à ça et veiller à ce que de telles situations ne se produisent pas.
Dernier point, en ce qui concerne la
gestion des matières résiduelles, c'est l'élargissement du principe de la REP,
de la responsabilité élargie des producteurs. Vous l'avez entendu peut-être au
début, la responsabilisation est un des principes fondateurs de notre
organisation. Donc, on est en faveur, naturellement. Par contre, on pense qu'il
y a beaucoup d'écueils au niveau de la mise en application des programmes...
M. Ménard (Karel) : ...de
REP, notamment celui au niveau de la transparence. Et ça sort souvent dans les
médias malheureusement, parce que ça, ça mine un peu la confiance du citoyen.
Alors, on pense que la plupart des programmes de REP manque de transparence, c'est-à-dire
soit au niveau de la transmission des données ou la qualité des données qui
sont transmises, qu'est-ce que ça couvre et de quelle façon les données sont
transmises. Pourquoi? Parce que beaucoup de REP ont des façons différentes de
transmettre les données. Des fois, c'est en unités, des fois, c'est en tonnage,
des fois, c'est en kilos. Donc, une chatte, des fois, ne retrouverait pas ses
petits dans tout ça. Et ça ne nous permet pas non plus de connaître
véritablement la performance. Moi, quand on dit qu'on a récupéré 10 tonnes
de telle matière, ça ne me dit rien, si je ne sais pas combien ont été
produites à la base. Donc, un taux de récupération, pour moi, n'est pas un
indicateur environnemental ou un indicateur de performance. Donc, s'assurer,
lorsqu'on présente des données, qu'on ait vraiment des indicateurs de
performance environnementale.
Aussi, on pense que la transmission
d'informations devrait être uniformisée et centralisée. Puis on pensait
peut-être que RECYC-QUÉBEC, en marge de son... de ses bilans bisannuels ou
quadriannuel, puisse faire aussi des bilans au niveau des REP qui ne soient pas
uniquement dans leur bilan sur la gestion des matières résiduelles, mais un
bilan à part pour qu'on puisse comparer avec des données comparables l'ensemble
des performances des REP.
Dernier point concernant la REP, c'est
l'information donnée aux citoyens. Lorsqu'on paie un écofrais, souvent les gens
pensent que c'est une taxe gouvernementale, alors que ce n'est pas une taxe.
C'est un écofrais qui a été établi, notamment, par les producteurs. Il faudrait
peut-être dire aux consommateurs à quoi cet écofrais-là sert et donner
l'information aux consommateurs lors de l'achat ou quand son produit va avoir
terminé sa vie utile, où est-ce qu'il peut aller porter son produit, où sont
des lieux de dépôt, qu'est-ce qu'on va en faire, le sensibiliser à l'achat soit
par de l'information qu'on diffuse dans le magasin, soit par un dépliant, soit
sur la facture, peu importe, mais les gens ne savent pas. On voit tous des
télévisions sur les trottoirs à peu près n'importe quand qui ne sont pas
ramassées. Donc, parce que peut-être que les gens manquent d'information, parce
que l'information n'est pas suffisamment diffusée. Parfait. Donc là, je laisse
le temps qu'il reste à M. Rochon.
• (11 h 40) •
M. Rochon (Jérémie) :
Merci beaucoup. Donc, je vais aborder avec vous trois points plus spécifiques
qu'on a au niveau des consultations publiques. Le premier, c'est en ce qui a
trait aux médiations organisées par le BAPE. À l'article 86 du projet de
loi n° 81, on... il y a une disposition qui retirée, là.
L'article 31.3.6 de la LQE est modifié. Puis on enlève un mécanisme qui
fait en sorte que, si une médiation qui est organisée par le BAPE échoue, elle
peut mener à une autre forme de consultation publique, que ce soit une
consultation ciblée ou une audience publique. On pense que le fait... Bon, on
n'a d'ailleurs pas vu, là, dans le reste du projet de loi, des modifications
qui permettraient de remettre ce même mécanisme-là. Et on ne pense pas que
cette modification-là devrait avoir lieu. Pourquoi? Parce que le fait qu'il y
ait une consultation publique ou la possibilité d'une consultation publique
après l'échec d'une médiation, c'est un des principaux éléments qui va faire en
sorte que l'initiateur du projet va être disposé à négocier avec la
partie qui
a demandé les consultations publiques. Donc, en retirant ce mécanisme-là,
excusez-moi, je vais revenir, pourquoi est-ce que la possibilité d'une autre
consultation publique, ça a un impact sur la perspective de... de l'initiateur?
Pardon. C'est que si la médiation échoue dans ce contexte-là, ça peut entraîner
des délais supplémentaires pour la réalisation du projet puis ça peut mener le
BAPE à émettre d'autres constats par rapport au projet qui pourraient
éventuellement mener à une analyse plus défavorable du projet. Donc, en
retirant cet élément-là, ce qu'on vient faire, c'est qu'on crée un système où
l'intérêt de l'initiateur du projet...
La Présidente (Mme Blouin) :
Je vais vous inviter à conclure.
M. Rochon (Jérémie) : Pardon?
La Présidente (Mme Blouin) :
Je vais vous inviter à conclure.
Une voix : ...
La Présidente (Mme Blouin) :
Là, parfait. Donc, M. le ministre m'informe qu'on peut prendre un peu de temps
du côté du gouvernement. Donc, poursuivez.
M. Rochon (Jérémie) :
O.K. Parfait. Donc, en retirant ce mécanisme-là, on vient créer un
environnement qui structurellement va faire en sorte que la posture la plus
avantageuse pour l'initiateur d'un projet, c'est de ne pas accéder aux demandes
de la
partie qui a demandé la consultation publique pour éviter d'avoir des
conditions additionnelles qui sont mises au décret. Je vais essayer prendre rapidement,
là, les deux autres points. Donc, au niveau de l'analyse des demandes de
consultation publique, on vient modifier, dans le cadre du projet de loi
n° 81, la procédure. On pense qu'il y a des avantages puis des avantages.
En ce moment, la procédure fonctionne assez bien dans la mesure où la plupart
des demandes de consultation publique sont acceptées. Par contre, il y a une
espèce de passivité de la procédure puis, des fois, il devient un peu difficile
de déterminer, en tant que demandeur, pourquoi est-ce qu'une demande aurait été
jugée comme étant frivole par le ministre. Avec la nouvelle procédure, en
remettant ce pouvoir-là au BAPE...
M. Rochon (Jérémie) : ...puis
en ayant un cadre d'analyse explicite, ce qui est bien, c'est qu'on gagne en
transparence.
Par contre, dans la procédure actuelle, ça
fonctionnait assez bien, dans la mesure où il n'y a pas beaucoup de demandes
qui étaient considérées... en tout cas, dans l'expérience de notre organisme,
qui étaient considérées comme étant frivoles. Donc, il faudrait s'assurer
qu'avec le nouveau cadre d'analyse développé par le BAPE, on ne se ramasse pas
à exclure davantage de demandes de consultation publique. Notre solution, à ce
niveau-là, ou, en tout cas, une proposition qu'on aurait, ce serait de
développer un cadre d'analyse qui est centré autour de l'idée d'exclure les
demandes qui sont déraisonnables, plutôt que de déterminer des critères que
devrait remplir une demande pour être raisonnable.
Finalement, dernier point, je vais le
passer rapidement, je pense qu'il a été mentionné par d'autres groupes qui ont
comparu dans le cadre des travaux de la commission, c'est au niveau de
l'autorisation de certains travaux préalables pour des projets. On ne pense pas
que ce mécanisme... même si on veut saluer, là, l'effort de bien baliser dans
quels contextes ces dispositions-là peuvent être utilisées, on ne pense pas que
cet... l'article qui introduit cette disposition-là devrait être... devrait
être laissée dans le projet de loi, parce qu'il vient miner, à notre avis, la
crédibilité puis la transparence du processus de consultation publique puis
d'évaluation environnementale. Ça pourrait créer des situations où le ministre
doit... doit, finalement, choisir entre autoriser un projet pour lequel les
consultations publiques auraient montré qu'il n'est pas acceptable ou refuser
un projet pour lequel il y a déjà des frais qui ont été engendrés via les
travaux préalables. Donc, je vais arrêter là-dessus. Merci.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci.
Merci beaucoup pour votre exposé. Alors, on va débuter la période d'échange
avec M. le ministre pour 11 minutes pile.
M. Charette : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Messieurs, merci d'être avec nous ce matin, très apprécié.
Vous abordez des questions très, très précises du projet de loi, mais vous avez
également parlé, dans un premier temps, d'éducation du public, en quelque
sorte, à l'égard des REP, ce que l'on appelle généralement les écofrais. Et, si
on demandait à M. et Mme Tout-le-monde ce qu'est une REP, 99.9 % des gens
ne pourraient pas dire ce que ça mange en hiver, notamment, mais on en a
quelques-unes, REP, au Québec, et elles fonctionnent relativement bien.
C'est certain qu'il y a un temps
d'intégration, il y a un temps de déploiement aussi, mais ce n'est pas toujours
simple. On a parlé consigne, entre autres, ces dernières semaines, ces derniers
mois, avec un élargissement, qui va bien à certains égards mais qui connaît des
difficultés aussi, mais il y a d'autres REP qui sont implantées depuis un
certain nombre d'années.
Avec votre lunette à vous, quel est le
bilan des différentes REP qui se vivent au Québec? Et je ne veux pas qu'on
prenne des minutes et des minutes à en parler, mais juste une appréciation
générale. Est-ce que ça demeure un système qui est bon et que l'on doit
développer pour d'autres types de produits?
M. Ménard (Karel) : Oui,
absolument. Les programmes de responsabilité élargie des producteurs sont
excellents s'ils sont bien appliqués. Le problème, c'est au niveau de
l'application, et, effectivement, au niveau des diverses REP qu'on a au Québec,
certaines fonctionnent bien, d'autres moins bien. Un des points majeurs qui
achoppe, qui concerne l'ensemble REP, à quelques exceptions près, c'est
justement au niveau de la transparence de l'atteinte des objectifs, qui sont
souvent malheureusement repoussés dans le cadre de règlements, ou on retarde
l'atteinte des objectifs parce qu'on ne les a pas atteints.
Donc, moi, c'est un problème... Si on
modifie un règlement pour faire en sorte de normaliser une situation qui est
anormale, j'ai un problème, personnellement, avec ça. Donc, ça, il faudrait
peut-être s'assurer... Une réponse, en fait, c'est pour qu'un promoteur, un
producteur mette sur le marché des produits qui soient plus environnementaux,
là, pour faire court, mais, si on donne toujours de la corde pour donner du
temps, donner du lest, et ainsi de suite, je pense qu'on passe à côté de
l'essence même d'une REP. Donc, peut-être que le gouvernement aurait intérêt à
être un peu plus... à faire en sorte que ces règlements, au niveau du RRDPE,
là, les sections qui concernent les différentes REP, soient appliqués. Donc,
c'est principalement ça. Et, au niveau de la transparence, je pense qu'on
gagnerait beaucoup à expliquer aux gens pourquoi elles existent, quels sont
leurs objectifs et pourquoi on paie un écofrais, et que ce n'est pas une taxe.
Parce que, là, souvent les gens aussi critiquent beaucoup la taxe
environnementale, alors que ça n'en est pas une. Et il y a une raison bien
précise à avoir des écofrais, et ce serait bien de les expliquer pour le
bénéfice de tout le monde.
M. Charette : Et on parle de
plastique, notamment, dans le projet de loi. On se donne, oui, des pouvoirs
habilitants, ensuite, une réglementation qui va être développée. Où devrait-on
mettre la priorité dans la réglementation à venir?
M. Ménard (Karel) : Bien,
cibler des objets en particulier, c'est toujours risqué parce qu'il va...
l'espace a horreur du vide, donc ça va...
M. Ménard (Karel) : ...comblé
par quelque chose d'autre. Si on bannit tel type de produits en plastique, ça
va être remplacé par autre chose. C'est pour ça que nous, on préfère vraiment
qu'on s'attaque à l'usage ou à des catégories de produits en général, parce
qu'autrement il va toujours y avoir une faille qu'un producteur va trouver pour
mettre sur le marché des produits à usage unique. Donc, c'est peut-être une
espèce de temps de recul et voir exactement où seront... où seraient les
écueils, si jamais on adoptait tel règlement ou tel règlement. Là, je pense
qu'aussi on... beaucoup de municipalités, le gouvernement et même le fédéral
ont des projets de politiques concernant le plastique à usage unique, et je
trouve qu'on devrait peut-être travailler à uniformiser, si on veut, les
réglementations pour ne pas avoir une mosaïque de projets, soit municipaux ou
provinciaux ou et même fédéraux. Parce qu'effectivement on va... on ne mettra
pas des polices du plastique, là, au pont Champlain ou au pont de Québec, là,
pour vérifier si on importe ou non du plastique. Donc, ce serait bien d'avoir
une réglementation, je pense, provinciale qui s'appliquerait à l'ensemble des
municipalités et, naturellement, en collaboration avec ces dernières, là, qui
ont déjà notamment implanté des projets, et surtout encourager le réemploi.
#On mentionne deux, notamment, qui sont assez
connus, là... et La vague. C'est un système de consigne pour des contenants
justement pour le «take-out», là, qui sont consignés et réemployés. Donc, ce
serait certainement un endroit où on devrait mettre la priorité si on veut
bannir les produits à usage unique, qu'ils soient faits de plastique ou autres,
parce qu'autrement ça demeure du gaspillage.
M. Charette : C'est drôlement
intéressant, ce que vous mentionniez par rapport aux ustensiles ou aux pailles
de plastique. Dans les faits, les gens veulent bien faire... bien faire, pour
la plupart. Donc, si on dit : On interdit un produit et on le remplace par
un autre qui a autant d'effets négatifs, on n'a pas fait de gains. Dans le cas
des ustensiles en bambou, et autres matériaux, là on se rend compte qu'il y a
possiblement passablement PFAS dans ces... dans ces produits-là, donc on n'a
strictement rien gagné à remplacer la paille ou l'ustensile en plastique pour
remplacer par un autre produit, là, qui peut avoir d'autres... d'autres
inconvénients. Mais, encore une fois, les gens qui initient ces initiatives-là,
souvent, veulent bien faire, mais ce n'est pas toujours dans l'intérêt, là,
environnemental. Mais j'entends bien, j'entends bien. Et nous, c'est certain
que c'est un prochain chantier qui nous attend. À partir du moment où on a...
on a les pouvoirs d'aller de l'avant, c'est de voir comment introduire une
nouvelle réglementation et s'assurer, là, que les gens du public puissent se
retrouver sur ces changements-là.
Là, je sais que j'ai une collègue, je
pense bien, qui souhaitait intervenir, donc je ne veux pas accaparer tout le
temps de parole. Un gros, gros merci pour votre présence. Et je passe vous
saluer une fois la présentation terminée. Merci.
• (11 h 50) •
La Présidente (Mme Blouin) : Merci,
M. le ministre. Alors, on va poursuivre avec la députée de
Laviolette-Saint-Maurice.
Mme Tardif : Merci. Merci
d'être là. Merci d'avoir préparé ce rapport. Merci pour votre travail aussi.
Effectivement, là, concernant les... ce
que vous amenez comme réflexion, c'est très pertinent, pour les objets à usage
unique, essentiel. Le mot «essentiel» est d'autant plus important. Vous avez quand
même élaboré sur ma première question. Je vais à ma deuxième. Vous avez parlé
que la valorisation énergétique, il y a un flou juridique, ce n'est pas
suffisamment balisé. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus à ce sujet?
M. Ménard (Karel) : Bien oui.
Effectivement, ça veut dire la valorisation, dans la LQE, inclut toutes les
mesures pour détourner des matières... dont la réduction, le réemploi, le
recyclage, la valorisation et la valorisation énergétique. Sauf que la
valorisation énergétique, on ne sait pas ce que c'est, parce que ce n'est pas
clairement défini ni par règlement et ni dans la LQE. La LQE qui dit que les
promoteurs qui veulent faire de la valorisation énergétique doivent produire,
au gouvernement, au ministère, des bilans énergétiques positifs, mais on ne
connaît pas la teneur de ces documents-là, où... On l'a même demandé lors des
audiences génériques d'en avoir des copies pour savoir de quoi on parlait et ça
n'a pas été produit. Et la valorisation énergétique, par définition, ce n'est
pas de l'élimination de la valorisation tout court, mais surtout valorisation
énergétique. Donc, le règlement sur l'enfouissement et l'incinération des
matières résiduelles ne s'applique pas. L'importation des matières résiduelles
à des fins de valorisation est possible. Donc, on ne veut pas nuire au
recyclage. La valorisation est considérée comme du recyclage. Et la
valorisation énergétique peut causer énormément d'impacts environnementaux au
niveau de la santé humaine, mais également, la valorisation énergétique...
beaucoup de procédés coûtent relativement cher. On parle de... comment... de
gazéification de pyrolyse, ça prend des infrastructures et ça prend surtout un
gisement. Et le... Et c'est là où le bât blesse. Parce que, ce qui peut être
traité de façon énergétique...
M. Ménard (Karel) : ...peut
aussi très facilement être traité par du simple recyclage, si on veut, et même
du réemploi. Et même, ça fait cinq minutes que j'en parle peut-être, on oublie
toujours la réduction à la source. Donc, il faut arrêter de, peut-être, de
focusser sur des solutions qui sont en aval et peut-être se concentrer sur des
solutions en amont, au niveau de la production et au niveau de la consommation.
Ça, c'est peut-être un autre débat, j'en conviens, mais au niveau de la
valorisation énergétique, on n'est pas opposé radicalement, mais il faut que ce
soit vraiment très, très bien balisé, parce qu'autrement on l'a vu dans
d'autres pays, on le voit, il y a beaucoup de pression, même ici. Et à chaque
fois qu'il y a un problème de lieu d'enfouissement technique au Québec, il y a
toujours des projets de valorisation énergétique qui sont remis sur la table.
Et, souvent, les gens ont très peu de
connaissances sur les types de valorisation et des impacts que ça peut avoir,
soit sur la santé humaine ou sur la gestion des matières résiduelles dans son
ensemble. Et je pense qu'on en est beaucoup plus à trouver des solutions en
amont qu'en aval.
Mme Tardif : Mais le point
que vous avez amené d'ailleurs est assez préoccupant par rapport au brûlage de
vêtements neufs qui sont soit importés ou qui sont non utilisés et qui sont
brûlés pour l'énergie, c'est assez préoccupant, là.
Par rapport aux... Je reviens aux
contenants de plastique, parce qu'on va y aller, vous le savez, et on veut le
faire. Je pense que c'est important non seulement pour le Québec, mais il faut
continuer à donner l'exemple au niveau de la gestion de nos plastiques quand on
voit ce qui se passe dans le monde, ce qui se passe dans nos océans. Quels
produits, quels contenants, quels emballages en plastique devraient être
systématiquement interdits?
M. Ménard (Karel) : Tous les
- encore là, il n'y a pas mur-à-mur, à froid - mais tous les contenants à usage
unique, notamment, au niveau de la restauration ou encore les objets
promotionnels, par exemple, c'est-à-dire qu'on donne souvent lors d'un achat ou
pour remercier quelqu'un. Donc, il faut penser à l'usage. Si l'usage d'un objet
va durer seulement quelques heures et ensuite ne peut pas être recyclé, parce
que le plastique n'est pas identifiable, n'est pas recyclable parce qu'on n'a
pas les infrastructures, ça ne devrait pas exister. Il faut toujours penser,
lorsqu'on fait l'acquisition soit par un don, soit par un achat d'un produit,
il faut toujours penser à la fin de sa vie utile, qu'est-ce qu'on va en faire.
Si on ne peut rien faire d'autre que de l'envoyer à l'élimination, ce
produit-là ne devrait pas exister. Si le produit n'est pas nécessaire, n'est
pas durable, n'est pas recyclable, n'est pas... il ne devrait pas exister.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci.
Ça complète la portion de l'échange avec la
partie gouvernementale. On va
poursuivre avec Mme la députée des Mille-Îles pour 7 min 57 s.
Mme Dufour : Ah! c'est court,
Mme la Présidente. J'ai beaucoup de questions, ça fait que je vais y aller
assez rapidement. D'abord, j'ai la même préoccupation que le ministre
concernant les alternatives. Quand on interdit le plastique à usage unique et
qu'on se retrouve finalement à manger dans des contenants avec du PFAS, on est
loin, loin, loin d'être gagnant et on crée des problèmes sur toute notre
chaîne, que ce soit dans le recyclage ou dans le compostage, ou même dans nos
centres de sites d'enfouissement technique. Donc, ce que je comprends, vous
avez cité, là, la ville de Terrebonne. Ça, c'est un système vraiment où là on
est vraiment, plutôt, en train de mettre en place un système de réutilisation.
D'ailleurs, c'était mentionné à Feu vert, très, très, très bon reportage
là-dessus, j'invite tout le monde à écouter.
Mais ça, mettre ça en place, est-ce que
c'est... vous voyez ça possible dans l'ensemble du Québec, dans toutes... Parce
que vous avez parlé de restauration, là, c'est là le plus grand usage. Est-ce
que vous voyez que ce serait possible, le même genre de système qu'on met en
place à Terrebonne, mais partout au Québec?
M. Ménard (Karel) : Comment
faisait-on il y a 50 ans? On faisait comme ça. On a créé un problème avec le
plastique, donc, l'industrie du pétrole. Et, actuellement, vu qu'on a de plus
en plus de voitures électriques, l'industrie du pétrole est en train de se
recycler, sans mauvais jeu de mots, dans, justement, du plastique à usage
unique, 50 % du plastique produit sur la planète, c'est de l'usage unique.
Donc, oui, c'est tout à fait possible parce qu'on le faisait avant, sauf que,
naturellement, on est devenu drogué au plastique. Tout a été conçu pour,
justement, consommer du plastique à usage unique. Mais, oui, on peut s'en
affranchir du plastique à usage unique, ça demande un certain effort, mais je
pense que l'effort en vaut la chandelle. C'est-à-dire qu'on ne peut pas se
permettre de ne pas faire d'avancées à ce niveau-là, au niveau du plastique à
usage unique, notamment, au niveau de la restauration, mais il y en a partout
ailleurs. Regardez sur les tablettes des magasins, les emballages, et tout,
même si là on les accepte dans le bac de récupération maintenant, ça ne veut
pas dire qu'ils vont être recyclés, loin de là.
Et je fais peut-être le lien avec la
valorisation énergétique, faites attention à ça, parce que, si on décide de
valoriser, de façon énergétique, des emballages non recyclables de façon
traditionnelle, on va aussi avoir un gros problème sur le plan environnemental.
Mais, oui, effectivement, c'est tout à fait possible, et on devrait encourager
ça. En fait, on devrait même pénaliser ceux qui utilisent des produits de
plastique à usage unique et, encore là, des produits à usage...
M. Ménard (Karel) : ...tout
court et encourager, donner des... comme Terrebonne l'a fait, subventionner des
restaurants pour qu'ils installent des infrastructures pour... des
lave-vaisselles notamment, là.
Mme Dufour : Oui, puis vous
avez parlé du système... d'un système de consigne. Est-ce que ça, c'est quelque
chose qu'on devrait regarder pour l'ensemble du Québec?
M. Ménard (Karel) : Absolument.
Ça se fait déjà et ça fonctionne très bien. Donc, le seul concurrent à ces
produits-là, c'est l'usage unique, parce que c'est beaucoup moins cher à court
terme. Mais parlez à des commerçants qui utilisent, par exemple, le système
lavable ou... la compagnie Bo, les contenants réemployables. Il y a des
économies à faire au bout d'une année ou deux ans.
Mme Dufour : Oui, puis c'est
vraiment le cas, là, à Terrebonne, et ils ont démontré que tous les commerçants
ont été gagnants financièrement. Je vais vous amener ailleurs. Vous avez parlé
des REP. Hier, on a eu les... des représentants de l'industrie automobile qui
sont venus nous parler puis ils nous ont dit : Ne mettez pas de REP sur
les batteries de véhicules électriques, on s'en occupe déjà. Est-ce que, pour
vous, actuellement... la question : Est-ce que ce... D'abord, est-ce que
vous l'avez regardé, cet aspect-là, puis est-ce que ça vous satisfait, comment
c'est fait présentement avec l'industrie?
M. Ménard (Karel) : Bien, je
n'ai pas vu la présentation, là, des gens de l'industrie automobile hier, mais
il devrait y avoir une obligation. Bien, surtout pour les batteries, on parle
de batteries de voiture au lithium, il devrait y avoir des obligations
justement de s'assurer qu'elles soient recyclées, idéalement au Québec, le plus
localement possible, et que ça ne devienne pas un marché international de
batteries. Comme on peut le voir... on a pu le voir, justement, avec les
plastiques notamment, où on trouve des plastiques à travers la planète, il peut
se passer la même chose au niveau des batteries. C'est sûr que l'industrie ne
veut pas avoir de REP parce que c'est contraignant pour elle. Mais c'est ça,
l'idée, ça veut dire, on ne peut pas non plus laisser l'industrie toujours
s'autoréglementer, s'autogérer, surtout avec des produits comme les batteries
automobiles qui peuvent avoir des impacts sur l'environnement et qui peuvent
aussi... Bien, paradoxalement, si on veut créer beaucoup d'emplois au Québec,
ça veut dire, on peut développer une filière de recyclage des batteries au
Québec. Ça serait peut-être bien de faire ça plutôt que trouver des façons
d'exporter les batteries à l'étranger.
Mme Dufour : Parfait. Merci.
Vous parlez dans votre mémoire, ça, ça m'a surpris, que, RECYC-QUÉBEC, vous
voudriez qu'elle assure la diffusion des documents de reddition de comptes. Ce
n'est pas le cas présentement des OGR?
M. Ménard (Karel) : Bien, ils
font ça dans leur bilan... là, je ne sais plus, ça fait... Ça fait quatre ans
qu'on attend le bilan, mais ils font ça dans leur bilan sur la gestion des
matières résiduelles, et c'est très succinct, des fois c'est juste un
paragraphe. Mais il faut aller voir, au niveau des OGR, dans leur... sur leur
site Internet. Des fois, il faut le trouver, là, parce que ce n'est pas
évident, avoir la reddition de comptes si on veut... Et c'est là qu'on s'est
rendu compte que c'est un peu... il n'y a pas d'uniformité au niveau de la
présentation, donc, en fonction des produits qui sont récupérés, soit au niveau
de la présentation, c'est ce qu'on... on parle de pourcentage de récupération,
de recyclage ou qu'est-ce qu'on génère comme... qu'est-ce qu'on met sur le
marché pour parler de performance environnementale. Donc, il n'y a pas vraiment
une façon unique de faire. On pensait à RECYC-QUÉBEC, oui, effectivement, parce
que RECYC-QUÉBEC, c'est... est la société d'État. Donc, RECYC-QUÉBEC pourrait
simplement colliger l'information comme ils... la société le fait déjà et faire
peut-être un rapport un peu plus étoffé en parallèle au bilan sur la gestion
des matières résiduelles pour présenter les REP, pour ne pas qu'on ait à chaque
fois visiter chaque site Internet avec de l'information dure à trouver.
• (12 heures) •
Mme Dufour : Ça fait que...
C'est ça, ça fait que vous voulez une uniformisation aussi de la gestion de la
donnée. Je vais vous amener ailleurs, parce que je n'ai vraiment pas beaucoup
de temps qu'il me reste. Vous parlez des textiles que vous ne voudriez pas
qu'il y ait une valorisation énergétique ou les produits électroniques, dans le
fond, qui eux font... Il y a... Il y a un autre élément, là, je ne suis pas
sûre de comprendre, la valorisation matière, mais il y a... Est-ce qu'il n'y a
pas des cas où, à quelque part, c'est mieux ça que l'enfouissement? Tu sais,
si, ultimement, il n'y a pas de possibilité de valoriser une matière pour
toutes sortes de raisons, est-ce que la valorisation énergétique ne reste pas
comme une alternative mieux que l'enfouissement?
M. Ménard (Karel) : Ça dépend
de quoi on parle comme valorisation énergétique, ça veut dire, il y a
plusieurs... il y a plusieurs... Bien, premièrement, il faut la définir, c'est
quoi, la valorisation énergétique. Est-ce qu'on parle de procédés comme la
gazéification, comme je l'ai mentionné, la pyrolyse ou l'incinération avec les
récupérations d'énergie? Si on a vraiment appliqué les mesures de réduction, de
réemploi, de recyclage sur un produit, ce qu'il reste, c'est vraiment une
matière qui n'a pas d'intérêt pour des valorisateurs énergétiques. Parce que ce
qu'il faut... ce dont les valorisateurs énergétiques ont besoins, c'est un
gisement uniforme, constant et en quantité. Et c'est là où ça peut venir en
contradiction, justement, avec les efforts mis sur la réduction à la source ou
sur le recyclage, c'est-à-dire, s'il faut, comme on dit dans le jargon, hein,
ce n'est pas moi qui l'ai inventé, nourrir la bête, il faut l'approvisionner en
matières premières, en gisements, en déchets. Et les déchets ne sont pas une
ressource renouvelable. On veut les réduire, donc on veut...
Mme Dufour : Mais il reste
qu'il y a de la production, là, à un moment donné, il y a des dons, il y a...
tu sais, il y a tout un réemploi, mais, à un moment donné, les textiles, là...
Moi, je l'ai vu vraiment, qu'à un moment donné il n'y a plus rien à faire avec
ces textiles-là, entre les envoyer en Inde...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) Mme Dufour : ...puis,
finalement, les incinérer, tu sais, ou les enfouir.
M. Ménard (Karel) : Les
textiles, effectivement, c'est un problème. Il devrait y avoir une règle sur
les textiles très rapidement. On s'entend là-dessus. Et les textiles, c'est
aussi tout l'aspect ou le... ce qu'on appelle la fast fashion aussi. Ça veut
dire, on devrait peut-être aussi travailler là-dessus, travailler en amont,
comme j'ai dit. Parce que brûler du plastique... Les textiles, là, c'est du plastique,
hein, principalement. Je ne pense pas que ce soit une très bonne idée. On parle
de ressources non renouvelables, là, qu'on brûle pour faire quoi? Pour faire de
l'énergie. Je ne pense pas que ce soit nécessairement une source d'énergie qui
soit rentable parce que le rendement énergétique de l'incinération pour faire
de l'énergie est très mauvais.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci.
Merci beaucoup. Alors, on va poursuivre l'échange avec M. le député de la
deuxième opposition, pour 2 min 39 s.
M. Leduc : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. D'abord, je constate à votre recommandation... bien, bonjour
à vous deux, bienvenue, à votre recommandation n° 12
que, vous aussi, vous n'êtes pas très excité par l'article 88 du projet de
loi, là, par rapport au pouvoir discrétionnaire que se laisse le ministre. Voulez-vous
élaborer un peu là-dessus?
M. Rochon (Jérémie) : Oui.
Bien, je ne serais pas trop quoi vous dire sans vraiment réitérer les points qu'il
y a dans le mémoire, là, en ce sens qu'on partage les constats que d'autres
organismes environnementaux ont où ça... le fait d'avoir des travaux préalables
qui sont réalisés concurremment à l'évaluation du projet, ça vient un peu
donner l'impression qu'il y a une espèce de passe-droit qui est fait au projet.
Donc, ça vient miner vraiment, là, l'impression du public par rapport au
processus de consultation publique, à notre avis. Puis c'est ça, comme je le
mentionnais, ça crée des situations qui sont embarrassantes pour le ministre au
niveau de voir autoriser des projets quand il y a déjà des travaux préalables
qui ont été réalisés, si le projet n'est pas acceptable aux yeux de la
consultation publique.
M. Leduc : Parfait. Merci
beaucoup. Autre sujet complètement différent. Vous avez beaucoup parlé de la
question des usages uniques, vous parlez d'un règlement qui interdirait... devrait
être adopté dans les plus brefs délais, votre recommandation n° 2.
Je trouve ça très intéressant. Est-ce que vous avez, de votre expérience ou de
votre lecture de ce qui s'est fait potentiellement ailleurs dans le monde, l'idée
d'un espace-temps idéal qu'un gouvernement pourrait considérer pour trouver l'équilibre
entre, évidemment, la nécessité d'y arriver, mais aussi le côté pratico-pratique
de comment le mettre en vigueur?
M. Ménard (Karel) : Bien, c'est
une excellente question. Je n'ai pas la réponse absolue à ça, mais
effectivement, il faudrait avoir une période de transition, effectivement, et
voir si les alternatives existent parce qu'il n'y a rien de plus néfaste que de
lancer justement une initiative comme ça pour viser le bannissement de certains
produits à usage unique s'il n'y a pas d'alternative. Comme je l'ai dit tantôt,
on est drogué au plastique, on est adicté au plastique, aux produits à usage...
M. Leduc : Parce que,
souvent... parce qu'on...
M. Ménard (Karel) : Absolument.
Mais c'est un problème puis on va se rendre compte... et on en découvre à
chaque année ou chaque deux ans. Les... c'est un bel exemple, il y a quelques années,
on ne savait pas c'était quoi. Pourtant, ils existaient depuis très longtemps,
notamment dans tous les produits d'usage commun. Donc, s'assurer de faire une
transition harmonieuse et d'intégrer l'ensemble des parties prenantes, que ce
soit les citoyens, le consommateur et surtout les producteurs également, pour
qu'ils comprennent pourquoi on va comme ça. Mais, tu sais, je dirais un laps de
temps, je ne sais pas, mais, tu sais, c'est vraiment...
M. Leduc : ...
M. Ménard (Karel) : Bien, au
moins cinq ans, je dirais, parce que c'est changé. Ça dépend de quoi on...
qu'est-ce qu'on parle, de quoi on vise, est-ce qu'on vise les produits...
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup. M. le député des Îles-de-la-Madeleine, vous avez 2 min 39 s
M. Arseneau : Ah, mon Dieu! c'est
très peu pour parler. Essentiellement, ce que vous dites dans plusieurs de vos
recommandations, c'est qu'on gaspille de façon éhontée des biens qui ont été
produits avec des ressources naturelles qui ont été exploitées, avec une
commercialisation, avec... en fait, une énergie aussi produite, et ça se
termine bien souvent dans les poubelles. Et puis là, on dit : Bien, pour
se donner bonne conscience, on va produire de l'énergie avec ça. C'est
absolument inconcevable.
Est-ce que... Je vois que vous avez des
préoccupations sur la mise en œuvre d'une interdiction? Je pense que vous avez
pris connaissance du projet de loi que le Parti québécois a déposé deux fois
plutôt qu'une, l'année passée, au mois d'avril, puis l'année précédente, pour
dire : Ce que ça prend au Québec, là, c'est de s'inspirer des meilleures
pratiques, notamment celles en France, et c'est-à-dire adopter une stratégie,
non pas un règlement, là, mais une stratégie qui permette justement de favoriser
la mise en place d'un système qui permette à la fois de réduire en amont le
gaspillage et s'assurer que les produits invendus trouvent une voie d'utilisation,
d'exploitation qui... dans le sens de ce pour quoi ils avaient été produits.
Par rapport à cette proposition-là, j'ai l'impression qu'on va se donner bonne
conscience en disant : On va essayer de réduire un peu le gaspillage, mais
est-ce qu'on ne peut pas... Ma question, c'est : Est-ce qu'il ne faut pas
être plus ambitieux qu'inscrire ça dans un petit
article d'un projet de loi
comme celui-ci et développer une stratégie beaucoup plus cohérente, puis se
donner le temps, justement, qu'on...
M. Arseneau : ...on
l'évoquait tout à l'heure, là, pour une transition.
M. Ménard (Karel) : Mais
c'est sûr qu'on n'est jamais assez ambitieux en environnement. Effectivement,
on pourrait toujours aller plus loin. Est-ce que, dans les circonstances
actuelles, au Québec, dans un État d'Amérique du Nord, est-ce qu'on peut aller
plus loin, plus rapidement? Je pense que oui. Mais moi, je travaille pour un
organisme environnemental puis j'ai beaucoup de solutions à vous proposer. Mais
c'est peut-être différent lorsqu'on est au pouvoir parce qu'on a aussi des
contraintes. Mais oui, effectivement, la France ou en fait l'Union européenne,
effectivement, c'est un bel exemple parce que c'est... ce n'est pas à la pièce,
et effectivement c'est une volonté, une stratégie de société. Mais peut-être
qu'au niveau européen, les citoyens européens ont peut-être une approche
différente de l'environnement pour différentes raisons. Les méthodes
d'élimination, l'espace dévolu, les coûts surtout sont vraiment différents et
beaucoup plus élevés qu'au Québec. Donc ça, c'est peut-être aussi une question
sur laquelle on devrait se pencher. On ne peut pas parler seulement de
recyclage ou de réemploi si on ne parle pas d'élimination, et moi, je pense que
c'est une erreur, c'est-à-dire, on devrait se pencher aussi sur la façon dont
on élimine. Il n'y a pas de vases communicants, c'est-à-dire, on travaille en
silo.
M. Arseneau : On ne calcule
pas les externalités essentiellement.
M. Ménard (Karel) : Non,
absolument pas, surtout pas se dire : On peut encore... et c'est un des
problèmes, on peut enfouir, au Québec, trop facilement. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Blouin) : C'est
tout le temps qu'on a. Je vous remercie beaucoup pour votre contribution à nos
travaux. On va suspendre quelques instants, le temps d'accueillir le prochain
groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 08
(Reprise à 12 h 11
La Présidente (Mme Blouin) : Je
souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de l'Union des producteurs
agricoles. Merci d'être là. Alors, je vous rappelle que vous avez
10 minutes pour votre exposé, après quoi suivra la période d'échange avec
les membres de la commission. Donc, je vous invite tout de suite à vous
présenter et à enchaîner avec votre exposé. Merci.
M. Doyon (Paul) : Merci, Mme
la Présidente. MM.et Mme les députés, M. le ministre, mon nom est Paul Doyon et
je suis vice-président général à l'Union des producteurs agricoles. Je suis
aussi producteur agricole à Saint-Joseph-des-Érables, en Chaudière-Appalaches.
Avec moi aujourd'hui, M. Daniel Bernier, agronome, ainsi que Me Isobel McShane,
avocate, tous deux de l'UPA.
Merci de nous permettre d'exposer le point
de vue des producteurs agricoles concernant le projet de loi n° 81. Parmi
les modifications proposées, celle supprimant le principe de préséance sur la
Loi sur la qualité de l'environnement et sur les règlements adoptés par les
municipalités et son remplacement par celui de conciliabilité nous préoccupe
plus particulièrement. Nos commentaires porteront exclusivement sur ce sujet...
M. Doyon (Paul) : ...et son
remplacement par celui de conciliabilité nous préoccupe plus particulièrement.
Nos commentaires porteront exclusivement sur ce sujet. D'entrée de jeu, l'UPA
reconnaît qu'il puisse être utile, dans certaines situations, de permettre aux
municipalités d'adopter des normes en matière de protection de l'environnement.
Ça pourrait être le cas, par exemple, en ce qui concerne le règlement sur
l'évacuation et le traitement des eaux usées des résidences isolées. Leur
connaissance des réalités propres au territoire qu'elles desservent peut sans
doute... sans aucun doute être mise à profit à certaines occasions.
En revanche, dans certains domaines, et
notamment celui relatif aux activités agricoles et sylvicoles, le principe de
leur préséance sur la réglementation provinciale doit impérativement être
maintenu. Il y a bientôt 30 ans, le législateur reconnaissait la nécessité
de protéger non pas seulement le territoire agricole, mais aussi les activités
agricoles qui s'y déroulent. Cela devait... cela devenait nécessairement... en
raison de la multiplication des règlements municipaux visant les inconvénients
inhérents aux activités agricoles, telles les odeurs, qui avaient pour effet de
restreindre indument ou même interdire l'activité agricole en zone verte. Il a
donc été nécessaire d'introduire des balises au pouvoir des municipalités en
matière d'inconvénient de voisinage, ce qui fut notamment fait par
l'introduction des nouvelles dispositions à la
Loi sur la protection du
territoire et des activités agricoles.
Nous pouvons aisément anticiper ce qu'il
adviendrait si la conciliabilité devenait la règle en vigueur en matière de
réglementation environnementale visant les activités agricoles et forestières.
Nous sommes persuadés que la situation pourrait rapidement devenir ingérable et
compromettre leur pérennité. En effet, nous entrevoyons principalement deux
importantes menaces au principe de conciliabilité. D'une part, l'hétérogénéité
des normes à travers le Québec, résultant d'une multiplication des initiatives
municipales et de la diversité des approches, et, d'autre part, le caractère
déraisonnable de certaines exigences en raison d'une méconnaissance du sujet ou
motivées par le syndrome du pas dans ma cour. Au Québec, l'agriculture et la
sylviculture sont pratiquées dans presque toutes les municipalités.
L'éventualité que chacune d'entre elles puisse ajouter son grain de sel à la
réglementation provinciale relève du cauchemar. Déjà que les exigences
environnementales sont, au Québec, parmi les plus contraignantes dans le monde,
la perspective que les municipalités puissent y superposer leurs propres
exigences n'a rien de rassurant. Chaque fois que l'on ajoute des obligations et
des démarches administratives, on hypothèque encore un peu plus la
compétitivité de nos entreprises, ainsi que leur rentabilité, en leur imposant
un fardeau financier occasionné par l'obligation du respect d'un vaste éventail
de normes. Le risque de préjudice est donc bien réel.
La rédaction réglementaire visant à
encadrer les activités aussi spécifiques que l'agriculture et la sylviculture
nécessite des compétences particulières que la vaste majorité des municipalités
n'ont pas. C'est sans compter sur la grande disparité des ressources dont ces
dernières disposent. Plusieurs d'entre elles n'arrivent déjà pas à accomplir
les mandats qui leur sont dévolus. C'est notamment le cas en matière
d'entretien des cours d'eau, où de nombreuses MRC et municipalités se
retrouvent démunies devant la complexité des exigences émanant du ministère de
l'Environnement, au point où elles ne parviennent pas à s'acquitter
adéquatement de leurs responsabilités.
Dans ce contexte, le risque de se
retrouver avec une mosaïque réglementaire parfois inapplicable ou ingérable
devient... apparaît évident. Un producteur exploitant des terres agricoles ou
forestières sur le territoire de plus d'une municipalité devrait ainsi ajuster
sa pratique en fonction de chacune d'entre elles, aussi divergentes qu'elles
soient. Imaginons un instant la complexité d'avoir à se conformer à une diversité
de normes visant la fertilisation des cultures ou la gestion des fumiers selon
les municipalités dans lesquelles se déroulerait son activité.
Ce risque n'a rien de théorique en ce
qui... en ce qui concerne l'usage des pesticides. Ceux-ci sont encadrés par la
Loi sur les pesticides ainsi que des... les les règlements qui en découlent.
Or, le principe de la conciliabilité y prévaut, ce qui a donné lieu à la
publication de projets de règlements municipaux inapplicables. Dans les forêts
privées, les activités forestières sont déjà soumises à diverses
réglementations municipales visant la protection du couvert forestier et
l'abattage d'arbres. Cependant, les... des incohérences dans ces règlements se
multiplient, comme il a été fortement critiqué par les intervenants forestiers
lors de la consultation sur l'avenir de la forêt. Les producteurs forestiers
observent une dérive réglementaire où chaque municipalité adopte des règles
différentes sous prétexte de protection environnementale...
M. Doyon (Paul) : ...Cela
constitue un sérieux obstacle à la gestion durable des boisés. Cette situation
va à l'encontre de l'intérêt public et compromet les responsabilités du
législateur qui doit assurer une cohérence entre les lois, règlements et
politiques gouvernementales. Or, les travaux menés par le ministère de
l'Environnement pour encadrer les activités forestières en milieu humide et
hydrique, après des années d'analyse et de contribution d'experts, sont
maintenant mis en péril par la prolifération de directives incohérentes émanant
des municipalités. Afin de tenir compte du caractère exceptionnel des activités
agricoles et sylvicoles, l'Union des producteurs agricoles demande que
celles-ci soient exclues du principe de conciliabilité, proposé sous le nouvel
article 118.3.3 de la
Loi sur la qualité de l'environnement afin de
maintenir les autorisations du ministère de l'Environnement pour toute
modification réglementaire municipale.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup. Alors, on va débuter tout de suite la période d'échange avec vous, M.
le ministre. Vous avez 14 minutes.
M. Charette : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Messieurs, Mme, un plaisir d'être à vos côtés ce matin pour
entendre votre éclairage. Il y a beaucoup, beaucoup de discussions actuellement
avec vos différents représentants, avec le MAPAQ, le ministère de
l'Environnement, les différentes branches de l'UPA pour voir comment vous aider
à mieux faire votre travail, dont les Québécois et Québécoises ont besoin pour
s'alimenter avec un principe qui nous est cher, celui de la souveraineté
alimentaire. On a quelques règlements qui ont déjà passé au cours des dernières
semaines. D'autres viendront pour tenter d'alléger ce fardeau administratif là,
parce que je suis le premier à reconnaître que le ministère de l'Environnement,
au fil des années, au fil des connaissances qui se sont développées, a pu
développer une réglementation qui, dans chacune des circonstances isolées,
avait sa pertinence, mais lorsqu'on ajoute l'impact d'un règlement sur un
autre, ça finit par être difficile à suivre et difficile d'application par
moment. Donc, peut-être vous rassurer à ce sujet là, notre souhait, c'est de
vous accompagner et de ne pas vous compliquer, complexifier la tâche.
• (12 h 20) •
Là, je comprends qu'avec le principe des
pouvoirs accrus aux municipalités il y a une inquiétude. Je ne sais pas
d'ailleurs si vous avez suivi nos échanges, mais on a rencontré les gens de
l'UMQ et de la FQM en début de semaine, et j'ai nommé nommément cette inquiétude
que le milieu agricole avait à travers cette très vieille revendication que le
milieu... le milieu municipal a. En fait, depuis les tout débuts de la
Loi sur
la qualité de l'environnement, les différentes municipalités, à travers leurs
associations, militent pour enlever ce fameux
article qui, pour eux, est une
non-reconnaissance de la part de leur palier de gouvernement. Donc, je les ai
avisés d'être mieux... peut-être plus ouverts à communiquer avec le milieu
agricole pour le rassurer, mais en les écoutant, ils ne veulent pas multiplier
les règlements divers, ils ne veulent pas rendre la vie plus difficile au
milieu agricole, mais j'entends cette inquiétude-là et je vais les inviter de
nouveau à garder ce canal de communication avec vous. Là, où je peux vous
rassurer, par contre, c'est qu'on se donne des pouvoirs, oui, mais il y a une
réglementation qui devrait être développée pour baliser ce pouvoir-là qui sera
reconnu au milieu... au niveau municipal.
Et je vous entendais parler des
pesticides. On a une réglementation qui était assez élargie au niveau des...
pesticides et qui peut être complexe. Donc, je ne vois pas comment le milieu
municipal pourrait s'immiscer dans ce domaine-là au niveau du territoire
agricole. Certaines villes le font actuellement pour leur... leur secteur
urbain, mais dans la réglementation qu'on va élaborer, on pourrait mentionner,
oui, pour les secteurs urbains, les villes peuvent légiférer, mais pour ce qui
est du secteur agricole, de le laisser au ministère de l'Environnement. Donc,
dans tous les cas, c'est une réglementation qui va être développée pour baliser
ces pouvoirs-là. Et à partir du moment où on parle de réglementation, bien,
c'est une consultation qui débute. Et là aussi, naturellement, les producteurs
et les productrices agricoles auront la possibilité de signifier soit leur
contentement ou leur mécontentement. Mais ce n'est pas en vigueur à partir du
moment où la loi est adoptée, là, c'est un long processus qui s'enclenche, pour
lequel vous serez amenés à contribuer. Et ce ne sont pas des pouvoirs étendus à
tous les domaines. Dans certains cas, le ministère de l'Environnement va se
dire : On va garder cette prérogative là, mais dans d'autres cas, on veut
reconnaître effectivement le palier municipal comme un gouvernement de
proximité en bonne et due forme. Donc, je dis ça pour vous rassurer parce que
très, très conscient de l'inquiétude...
M. Charette : ...que ça
génère. Et, une fois que je vous dis ça, vous le recevez comment et comment
mieux vous rassurer encore pour la suite, en vous disant qu'on travaille ce
dossier-là avec vos différentes instances?
M. Doyon (Paul) : C'est sûr
que la question de prévisibilité, les 28 000 entreprises agricoles
investissent chaque année 1,7 milliard de dollars, et il faut qu'on
ait un environnement où est-ce que c'est que c'est prévisible. On ne peut pas
dire : Bien, on va aller acheter un... une nouvelle... une nouvelle
superficie, en ne sachant pas ce qui peut arriver au niveau municipal.
Et je vais inviter mon collègue à vous
donner deux, trois exemples où est-ce qu'on a vu dans les dernières années des
histoires où est-ce que là la municipalité a adopté un règlement, a dû reculer,
a dû adapter ses affaires. Tu peux y aller, Daniel, si vous permettez.
M. Bernier (Daniel) : Bien,
effectivement, donc, en matière de pesticides, actuellement, ce qui est prévu à
la loi, c'est la conciliabilité. Donc, rien n'empêche une municipalité d'aller
réglementer, même en territoire agricole. Il y a eu plusieurs initiatives dans
ce sens-là. Puis, malheureusement, souvent, trop souvent, c'était inapplicable.
Et là ça a pris des démarches, des producteurs agricoles localement qui ont été
rencontrer le conseil municipal puis expliquer pourquoi ça ne fonctionne pas.
Les intentions étaient peut-être bonnes à la base, mais, à un moment donné, tu
sais, puis vous l'avez mentionné hier concernant les véhicules zéro émission,
on ne peut pas faire comme si on était sur une île isolée. Donc, on ne peut pas
contraindre indûment nos agriculteurs avec des normes très difficiles à
rencontrer, alors que, partout à l'extérieur... nos compétiteurs directs, là,
disposent de règles beaucoup plus permissives.
Donc, moi, je suis heureux d'entendre
qu'en matière de pesticides vous seriez ouverts à circonscrire le pouvoir des
municipalités, parce que, jusqu'à présent, ils ont fait la démonstration qu'ils
n'avaient pas la compétence puis toute l'expertise nécessaire pour s'aventurer
dans ce domaine-là. Puis, à la rigueur, si, pour un contexte particulier, était
nécessaire... une réglementation régionale était... était nécessaire, bien, la
possibilité reste ouverte que le... la municipalité demande la permission au
ministre pour adopter un pareil règlement. Mais, dans le processus d'adoption
réglementaire du gouvernement, bien, il y a des étapes de consultation
d'experts, il y a des évaluations d'impacts économiques qui sont faits, ce
qu'on ne retrouve pas du côté des municipalités. Et c'est pour ça... c'est ça
qui nous inquiète, là, c'est d'être exposés à des règlements qui sortent d'un
chapeau puis qui ne sont pas toujours parfaitement réfléchis puis pas toujours
en cohésion avec les stratégies que peut avoir le gouvernement en matière
d'agroenvironnement.
La Présidente (Mme Blouin) : ...avec
Mme la députée d'Argenteuil. Vous disposez de huit minutes 50.
Mme Grondin : Merci, Mme la
Présidente. M. Doyon, M. Bernier, Mme McShane, bonjour. C'est toujours un
plaisir de pouvoir dialoguer avec les gens de l'UPA. J'ai bien entendu vos
préoccupations. Je souhaite sincèrement que le ministre vous a rassurés en ce
sens-là.
Moi, j'ai envie d'aller ailleurs, donc sur
la question des milieux humides et hydriques. Je sais que vous n'en avez pas
parlé dans votre mémoire nécessairement, où vous priorisez la question de la
préséance, mais j'ai envie de vous poser des questions dans ce sens-là sur
le... les milieux humides et hydriques.
Je pense que vous savez, là, on a... on a
une approche où on dit zéro perte nette, tu sais, de milieux humides et hydriques.
On a un déficit qui est quand même assez important, notamment dans les basses
terres du Saint-Laurent. On sait aussi scientifiquement que les solutions en
matière de protection, restauration ou création de milieux humides, c'est des
solutions qui sont très intéressantes dans la lutte aux changements
climatiques, mais aussi dans tout l'enjeu d'effritement de la biodiversité.
Chez nous, moi, je suis dans la
circonscription d'Argenteuil, donc au nord de la rivière du Nord, je suis dans
les basses terres du Saint-Laurent, c'est la municipalité de
Saint-André-d'Argenteuil, Lachute, une agriculture qui est très dynamique, on a
une approche superintéressante de cohabitation. Il y a eu un exercice qui s'est
fait de plan régional des milieux humides et hydriques. La MRC d'Argenteuil
était très, très attentive justement aux préoccupations des producteurs et des
productrices, parce que ça fait
partie de la richesse de la MRC d'Argenteuil...
Mme Grondin : ...et donc je
trouve ça superintéressant parce qu'il y a vraiment cette volonté-là de
dialoguer, cette volonté-là de trouver des solutions puis de travailler sur des
solutions gagnantes pour des milieux humides et hydriques. On se fait dire par
plusieurs experts que, dans les basses terres du Saint-Laurent, il y a un
manque d'espace. Puis, inévitablement, dans le territoire agricole, il y a
peut-être des choses intéressantes au niveau de la protection, la restauration
des milieux humides et hydriques. Vous parliez de travaux d'aménagement ou de
curetage dans les cours d'eau agricole. Moi, j'aimerais ça, vous entendre, tu
sais. Comment voient... moi, j'ai une bonne idée du pouls de ce qui se passe
dans Argenteuil, mais, de façon générale, comment les agriculteurs,
producteurs, productrices voient cet exercice-là de protection et de
conservation des milieux humides et hydriques?
M. Doyon (Paul) : Bien,
d'abord, on est aussi préoccupés par la préservation des milieux humides et on
reconnaît l'effet qu'ils ont sur la qualité de l'environnement, mais on ne peut
pas tout avoir à la même place. Et puis, au niveau de l'entretien des cours
d'eau, les infrastructures hydrographiques du secteur agricole, il faut drainer
les terres pour pouvoir faire de l'agriculture. Et ça, on connaît déjà le
modèle. Il faut avoir cet entretien-là aussi, la création de... la restauration
ou la création de nouveaux milieux humides, bien, il faut être... il faut faire
ça avec précaution. On a vu des endroits où est-ce que c'est qu'on met une
cloche de verre, où est-ce qu'on dit : Bon, bien, maintenant, ce
secteur-là est sous protection, et là c'est l'envahissement des plantes
envahissantes, qui fait en sorte qu'on n'a pas gagné au niveau biodiversité. Et
puis il y a des règles, il y a des façons de faire, là, puis il faut être
prudent, puis il faut quand même maintenir le territoire agricole qui est
cultivé, pour jouer notre rôle dans la société, qui est de nourrir nos
concitoyens. Ça fait que, oui, on est d'accord avec ça, mais on est... on est
plus d'accord à préserver le territoire cultivé qui est essentiel au Québec.
• (12 h 30) •
Mme Grondin : Bien, j'entends
bien, M. Doyon, que vous êtes ouvert au dialogue puis qu'on peut échanger sur
ça. Parce que je pense que, quand on a des objectifs communs de dire on
protège, on veut de la souveraineté alimentaire, on est fiers de notre
agriculture, bien, on a aussi cet enjeu-là au niveau de la lutte, de notre
capacité de résilience face aux inondations, par exemple. Les milieux humides
et hydriques jouent un rôle fondamental. Ça fait que j'entends bien qu'il y a
une ouverture de dialogue puis de trouver des solutions.
M. Doyon (Paul) : Bien, on
est des... on est aux premières loges, là, de ceux qui subissent les effets des
changements climatiques. Je pense que l'agriculture, l'agronomie, au Québec, a
évolué depuis le début et elle va continuer, évoluer encore, et on va être
préoccupés par ces choses-là, bien entendu, mais il y a quand même une priorité
de continuer à avoir notre capacité de produire au niveau de la province.
Mme Grondin : C'est tout à
votre honneur. C'est pour ça que vous êtes là. Je le comprends tout à fait.
Combien de temps il nous reste, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Blouin) : Il
reste trois minutes. Il y a aussi, peut-être, la députée... O.K.
Mme Grondin : Oui, Mme la
députée... Oui, parfait. J'y reviendrai si... après. Vas-y.
Mme Tardif : Moi, je veux
vous... Merci, Mme la Présidente. Je veux vous dire que je vous entends, et
nous vous entendons par rapport à la crainte que vous avez au niveau de
l'hétérogénéité entre les municipalités. Le ministre vous a parlé qu'il y avait
un certain nombre de règlements qui allaient être conservés au ministère de
l'Environnement. Puis là j'ouvre une parenthèse parce que ça m'a fait rire un
peu quand vous avez dit que vous voulez tout garder au ministère de
l'Environnement, parce que, souvent, ce qu'on reçoit à nos bureaux de comté,
c'est que c'est difficile, avec le ministère de l'Environnement, au niveau des
agriculteurs.
Donc là, je comprends que vous préférez
rester avec le ministère de l'Environnement plutôt que même aller avec les
municipalités, en vous disant : Ils n'ont pas les compétences, ils n'ont
pas les connaissances. Il y a des régions du Québec où ça va très bien, puis
Agnès en a soulevé un... ma collègue en a soulevé un où c'est quand même un
beau modèle, mais quelle partie, actuellement, qui est offerte par le ministère
de l'Environnement que vous souhaiteriez qui soit gardée par le ministère de
l'Environnement au niveau de l'application des lois, des règlements, là? Vous
êtes sur le terrain, vous savez ce que vos producteurs vous disent. Qu'est-ce
qui est facilitant? Qu'est-ce qui est facile? Qu'est-ce qui...
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12 h 30 (version non révisé
e) Mme Tardif : ...là.
M. Doyon (Paul) : Bien,
tout ce qui est... ce qui est... bien, ce qu'on dit, ce qui est homogène, là, j'imagine
déjà mon agronome en train de faire mon plein de fertilisation, puis devoir
ajuster en fonction des règles de la... parce qu'on est parfois sur plusieurs
municipalités, ça serait... ça serait le cauchemar. C'est sûr que, quand il y a
une homogénéité dans certaines règles, bien, on s'y conforme. Et puis tout le
monde est pareil, là, tu sais. Le jour où est-ce qu'une municipalité adopterait
un règlement extrêmement contraignant, bien, il vient... il vient créer de... C'est
question de la compétitivité entre les entreprises. Si une règle fait en sorte
que ça vient augmenter les coûts de production de cette entreprise-là ou l'impossibilité
de cultiver des portions des terres qu'elle possède, bien, ça vient... ça vient...
Ces gens-là sont discriminés par rapport à l'autre municipalité, là.
Mme Tardif : Merci.
La Présidente (Mme Blouin) :
Mme la députée d'Argenteuil, il reste 45 secondes.
Mme Grondin : Parfait. Juste
pour poursuivre parce que j'ai entendu que... Moi, je le sais, qu'il y a déjà
beaucoup de producteurs et de productrices qui font toutes sortes de projets, là,
ou d'initiatives en matière de lutte contre les changements climatiques, vous l'avez
dit, vous êtes au front, aux premières loges en matière de protection de l'environnement
aussi. Avez-vous une liste ou avez-vous des exemples de... ou d'initiatives de
projets? Comment je fais pour aller avoir une vue d'ensemble?
M. Doyon (Paul) : Ah! On
pourrait vous en faire parvenir, là. Il y a des initiatives, il y en a dans
toutes les régions. Toutes les MRC ont des projets. Les producteurs agricoles y
participent activement. Et puis on a plein d'exemples, là, de ce qu'ils pourraient
vous faire parvenir.
La Présidente (Mme Blouin) :
Ça complète cette portion de l'échange. Merci beaucoup. On poursuit avec la
porte-parole de l'opposition officielle. Vous avez 9 min 21 s.
Mme Dufour : Merci. Et
voulez-vous continuer avec des exemples? Merci d'ailleurs pour votre présentation.
M. Bernier (Daniel) : Bien,
je pourrais vous en fournir des exemples. Mais, oui, on est... On a des agents
en agroenvironnement dans toutes nos fédérations régionales qui participent à l'élaboration
de projets, que ce soit du boisement de coulées agricoles, d'aménagement
riverain, de restauration de méandres. Donc, il y a des choses qui peuvent être
faites, certainement, mais c'est juste qu'il faut garder à l'esprit, là, que le
milieu agricole est très convoité pour y faire toutes sortes d'autres choses
que de l'agriculture, évidemment, l'urbanisation qui se poursuit. Puis là, de
plus en plus, ces projets-là de restauration de milieux naturels, c'est très
bien, mais il faut toujours garder à l'esprit que ça ne vienne pas hypothéquer
la production agricole. Parce que si... Lorsqu'on aménage, par exemple, un
milieu humide, il peut... on peut l'intégrer, puis c'est un bénéfice pour le
milieu agricole. Mais à l'inverse, s'il est mal pensé, il peut compromettre le
bon drainage des terres aux alentours. Puis d'ailleurs, ce qu'on s'autorise à
faire et à ne pas faire dans un milieu humide, ça aussi, ça amène une certaine...
certaines inquiétudes auprès des producteurs agricoles parce qu'à partir du
moment où j'aménage un milieu humide sur ma propriété, et là s'amène la cloche
de verre, puis une incapacité de pouvoir faire un certain entretien, contrôler
les espèces envahissantes par exemple, ou restaurer un certain drainage pour ne
pas hypothéquer le drainage des terres en amont. C'est pour ça qu'il faut que ça
soit fait, mais avec... avec le milieu agricole. Puis à ce moment-là on peut
avoir des histoires heureuses.
M. Doyon (Paul) : Puis
les beaux projets, ils sont... Quand ils arrivent, là, les succès, c'est quand
il y a une belle collaboration entre les gens qui y habitent, les gens des
municipalités, les MRC, les groupes de conservation, parfois aussi qui sont,
qui sont... qui peuvent y participer. Puis les succès, ça marche quand tout le
monde est là.
Mme Dufour : Merci. Vous
avez dit un mot clé tout à l'heure. Prévisibilité. C'est... C'est essentiel. Puis
on l'entend dans toutes les industries. Tous les entrepreneurs nous parlent de
ça. Et là ce que je comprends, c'est que la façon que le projet de loi est écrit,
bien, ça amène une imprévisibilité parce que vous ne savez pas trop qu'est-ce
que ça va être.
Malgré que le ministre peut dire ce qu'il prévoit, au bout du
compte, les règlements peuvent changer. Ils pourraient même... Ça pourrait même
être rédigé après la fin de son mandat et être un autre... une autre personne
qui le rédige. Donc, je comprends que... Est-ce que, pour vous, de l'exclure, d'exclure
les... les pesticides en milieu agricole de cette, tu sais, du principe de conciliabilité,
est-ce que ça, ça vous amènerait une prévisibilité? Parce que, là, ça serait d'emblée
exclu dans le projet de loi?
M. Doyon (Paul) : Bien,
c'est sûr, c'est ce que... C'est ça qu'on dit, là. La prévisibilité fait en
sorte que plus c'est pareil, plus c'est facile d'opérer dans ces conditions-là.
Le jour où est-ce que c'est qu'il y a une municipalité qui adopte... Puis là on
en... On en a vu, là, on a des exemples où est-ce que, là, on a... Les
municipalités ont dû reculer. Ça a pris des représentations des gens pour dire :
Bien là, ça ne s'applique pas en milieu agricole, là. On avait un exemple où
est-ce qu'il y avait... Il fallait que tu mettes des petits, des petits
drapeaux, là, à tous les 10 mètres quand...
M. Doyon (Paul) : ...utilisé
des pesticides sur une superficie donnée, là, mais là, quand tu as
50 acres, là, ce n'est pas facile à appliquer, une affaire de même, là. Ça
fait que, tu sais, c'est des choses comme ça qui fait en sorte que c'est...
L'homogénéité, dans certains cas, là, c'est ce qu'on souhaite, là.
Mme Dufour : C'est ça. Puis
actuellement, ce que je comprends, c'est qu'il y a des municipalités qui ont
adopté des règlements qui se sont appliqués en zone agricole. Alors, malgré la
Loi sur les pesticides, il y a des contraintes parce que des municipalités ont
ce pouvoir-là d'adopter des règlements sur les pesticides, là.
M. Doyon (Paul) : Oui, oui.
Puis les règles du ministère sont suffisamment encadrantes, là, ce qui fait en
sorte que, quand on utilise des pesticides, bien, l'agronome a à faire des
recommandations. Il y a eu du dépistage de fait au préalable, voici comment
est-ce qu'on va se comporter dans tel type de culture en fonction de tel type
de température. Tu sais, c'est difficile, là, de... L'agriculture, là, on fait
ça avec la température et puis le climat. Et puis, quand on arrive avec des
règles, avec des dates, avec des choses bien encadrées, là, bien, ça finit que
ça ne fait pas, là, ce qu'on... ce pour quoi on voulait que ça se fasse.
Mme Dufour : Tout à fait. Il y
a... il y a des groupes qui ont exprimé les mêmes craintes que vous, hein, sur
la conciliabilité, qui ont dit comme vous, là, comme vous le dites dans votre
mémoire, là, que les élus municipaux sont très, très propices à la pression
citoyenne. Ici, c'est vraiment le gouvernement de proximité, le plus proche, et
donc, lorsqu'il y a le phénomène pas dans ma cour, notamment, bien, ils sont
comme... ils se sentent forcés d'adopter certains règlements. Donc, il y a eu
une recommandation d'aller plutôt au niveau de la MRC. Et là, ça, je voudrais
vous entendre. Est-ce que ça, pour vous, ce serait comme une alternative qui
serait comme un entre deux, entre, tu sais, pas de conciabilité du tout, ou que
ce soient les MRC au lieu des municipalités? Donc, j'aimerais vous entendre.
Puis je vois qu'il y a quelqu'un en arrière de vous qui hoche de la tête. Ça
fait que je ne sais pas s'il est avec... dans votre groupe.
M. Bernier (Daniel) : Bien,
ce ne serait certainement pas... notre préférence, c'est vraiment la proposition
qu'on a faite, là, c'est de maintenir ça au... donc maintenir la préséance de
la réglementation provinciale. Puis, si une municipalité juge nécessaire
d'intervenir, bien qu'elle élabore son règlement, puis elle le présentera au
ministère, puis le ministère aura... a les experts pour analyser, puis voir si
c'est cohérent. Donc, on a besoin de ce filtre-là. La MRC, ce serait peut-être
un moindre mal, mais néanmoins, compte tenu de l'encadrement réglementaire
qu'on a déjà au Québec, on ne voit pas... La perspective d'en rajouter une
couche supplémentaire, on ne voit pas ça d'un bon oeil.
Mme Dufour : Merci beaucoup.
Et il ne me reste pas beaucoup de temps. Ça fait que je vais vous poser une
question maintenant, complètement ailleurs. Vous n'en avez pas parlé dans votre
mémoire, mais les... Vous savez qu'une portion du projet de loi, ça concerne
les véhicules lourds qui... un pouvoir habilitant, là, pour encadrer
l'électrification, notamment, là, des véhicules lourds. J'aimerais vous
entendre sur l'utilisation où vous faites... que vos membres font actuellement.
Puis est-ce qu'il y en a, actuellement, des véhicules agricoles lourds qui
sont... qui s'électrifient en ce moment, là? C'est... On en est où, dans le
marché agricole, là?
• (12 h 40) •
M. Doyon (Paul) : C'est sûr
que pour... c'est bien des prototypes qui existent un peu partout, mais c'est
peu développé. Sauf qu'on peut... on peut parfois, avec des systèmes
électriques, remplacer des équipements fixes, soit... sur des mélangeurs, des
souffleurs, des pompes, là, où est-ce que c'est qu'un tracteur est là, au
diesel, puis il tourne, qu'il est stationnaire à un endroit pour plusieurs
heures ou plusieurs jours. Bien, il y a la possibilité d'électrifier cette
portion-là des opérations, mais le tracteur qui fait des travaux aux champs,
là, on n'est pas... Il n'y a pas encore... il n'y a pas encore rien, là, de
commercial, là, de disponible.
Mme Dufour : O.K. Bien,
écoutez... Est-ce que... puis est-ce que vous voyez ça dans un avenir... Tu
sais, parce qu'il y a aussi la distance, là, où vous êtes. Souvent, les terres
peuvent être très, très, très éloignées, là. Donc, est-ce que vous pensez que,
dans un avenir... disons, dans les 10 prochaines années, est-ce que ce
serait envisageable pour vos producteurs?
M. Doyon (Paul) : J'imagine.
À ça, ça va prendre également un réseau électrique rural fiable, avec le
triphasé, puis tout ce que... On en a parlé dans d'autres consultations, là,
mais c'est sûr que les producteurs agricoles vont être... vont être intéressés
d'utiliser cette technologie-là dans la mesure où est-ce que c'est applicable
chez eux, c'est rentable, c'est intéressant de le faire.
Mme Dufour : Excellent. Bien,
merci beaucoup.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup. Alors, on va poursuivre avec le député de la deuxième opposition pour
trois minutes, sept ou un peu plus.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous trois. Toujours un plaisir de voir l'UPA. Comment de
manière... pour commencer de manière générale, comment sont reçus par vos
membres des grands projets, là, comme... de développement comme Northvolt, TES
Canada, ou tous les projets d'Hydro-Québec? Est-ce que c'est perçu comme une
espèce de...
M. Leduc : ...de compétition pour
l'accès à des terres exploitables ou c'est quelque chose qui se gère, mettons,
en parallèle de vos activités?
M. Doyon (Paul) : Bien, c'est
sûr que les... tant au niveau du développement des activités électriques que
bien d'autres activités, là, à toutes les fois qu'on grignote le territoire
agricole, moi, je donne tout le temps l'exemple, c'est comme si on enlevait une
tablette dans le garde-manger, ce n'est pas une bonne nouvelle, ça. Ça fait que
comment on peut faire en sorte de pouvoir avoir tous nos projets, nos ambitions
de société tout en préservant le plus possible leur territoire agricole, qui
est très petit, en passant.
M. Leduc : Est-ce que c'est
un objectif réaliste de réussir ces deux choses-là? Avec toutes les ambitions
qu'on a données à Hydro-Québec, d'augmenter sa capacité de production de
mégawatts, est-ce qu'on va être capable de garder les terres agricoles au
Québec, telles quelles?
M. Doyon (Paul) : Je pense
qu'il faut choisir les bons endroits où est-ce qu'on installe ces
équipements-là, là.
M. Leduc : O.K.. Dans la page
six de votre mémoire, on parle de la compétition... bien, en tout cas, le défi
de l'adéquation entre la réglementation provinciale et municipale. Vous en avez
échangé avec vos collègues à l'instant. Vous dites : «Nous n'avons pour le
moment aucune indication des intentions du ministère à propos des règlements ou
dispositions réglementaires pour lesquelles la préséance serait a priori
maintenue. Il est donc difficile de déterminer le réel impact que pourrait
avoir l'ensemble de ces changements.» Ce que je comprends, c'est que, dans le
fond, il y a un principe qui a été... qui émane du projet de loi, puis après
ça, vous êtes inquiets parce que vous ne savez pas trop comment il va s'appliquer.
M. Bernier (Daniel) : Bien,
en fait, exactement. C'est que là, ce qui est prévu, c'est qu'actuellement la
Loi sur la qualité de l'environnement, c'est la préséance qui prévaut, qui est
la règle générale. Puis exceptionnellement, la conciliabilité peut s'appliquer.
Là, on inverserait ça. Ce serait... D'office ce serait la conciliabilité, puis
là on verrait, dans un deuxième temps, quels sont les règles, règlements où on
maintiendrait la préséance. Donc là, actuellement, si on a bien lu, on annonce que,
dans un deuxième temps, ce travail-là se fera, mais on ne sait pas exactement
quelles sont les intentions du ministère. Et c'est pourquoi nous, on vient dire
qu'en matière d'activité agricole, la préséance devrait être maintenue. Donc,
ce n'est pas... Donc, dans... Puis, même, idéalement, ce qu'on demande, c'est
que ce soit... qu'on... qu'on l'inscrive dans la loi et non pas qu'on vienne
dire, par exemple, le règlement sur les exploitations agricoles, en tête de
chapitre, ce règlement-là, c'est la préséance qui prévaut. On veut plus que ça.
On veut ramener ça à l'intérieur même de la loi pour... parce qu'un règlement,
ça se change assez aisément, là, on passe au Conseil des ministres puis on peut
le changer. Une loi, c'est plus... c'est plus fort. Donc, pour toutes les
raisons qu'on a évoquées, on pense qu'il faudrait vraiment maintenir la
préséance puis que ce soit inscrit dans la loi, qu'en matière d'activité
agricole on maintient la préséance.
M. Leduc : Puis est-ce qu'il
y a une type... un type d'exploitation agricole en particulier qui serait plus
susceptible d'être visée par des règlements municipaux? Je pense, en même
temps, à l'industrie porcine.
M. Bernier (Daniel) : Bien,
il y a eu... il y a eu dans le passé l'industrie porcine, mais on voit un peu
toutes sortes de choses, là. Puis, des fois, ça peut... ça peut être assez
étonnant, mais ça dépend de la... ça peut être même des vergers parfois. Bien
oui. Alors, ça... Parce que c'est beau un verger, mais là, il y a des gens qui
viennent habiter près d'un verger, mais là, ils réalisent qu'à un moment donné,
on a besoin de faire certaines pulvérisations. Puis là, soudainement, bien, ça,
on n'aime pas ça puis... Alors, voyez-vous, ça peut être différentes activités
qui soudainement sont... sont... sont visées par des contraintes sévères.
M. Leduc : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci.
Alors on va terminer avec M. le député des Îles-de-la-Madeleine pour trois
minutes 53 s.
M. Arseneau : Merci, Mme la Présidente.
Merci, Messieurs, madame, de votre présentation.
La question que j'ai, c'est que vous dites
que malgré le fait qu'actuellement les règlements du Québec ont préséance, il y
a de multiples cas où, si je vous suis bien, les municipalités n'ont pas
respecté ce principe de préséance là et ont adopté des règlements que vous avez
contestés. Est-ce que c'est bien ce que je dois comprendre? Parce que vous
parlez de cas qui sont illégaux, à leur face même, si aujourd'hui on a la
préséance des règlements du Québec.
M. Doyon (Paul) : Bien, c'est
là qu'on disait tantôt : Ils ont dû reculer, là, parce que là, on
disait : Bon, bien, ça ne fonctionne pas. Et là, ah, bien là, finalement,
ils excluaient la zone agricole du règlement qu'ils venaient d'adopter, là.
M. Bernier (Daniel) : Puis,
en complément, là, ce qu'il faut comprendre, c'est que la
Loi sur la qualité de
l'environnement, c'est la préséance qui prévaut. Par contre, la
Loi sur les
pesticides, c'est la conciliabilité. Donc, en matière de réglementation sur les
pesticides, absolument rien n'empêche une municipalité d'aller au-delà de la
réglementation provinciale. Et c'est là qu'on se retrouve avec... bon, il y a
des centaines de municipalités qui sont intervenues dans ce domaine-là. Puis
là, bien, à chaque fois, il faut aller expliquer, bien, pourquoi telle
disposition, ce n'est pas une bonne idée. Puis, la plupart du temps, ils
finissent par reculer. Mais il reste qu'il subsiste des cas où, par exemple, on
vit dans... avec une impossibilité d'utiliser des pesticides dans une
municipalité par exemple.
M. Arseneau : Donc, si je
comprends bien, non seulement vous voudriez le statu quo sur la préséance des
règlements et des lois gouvernementales québécoises sur tout le territoire par
rapport aux municipalités, mais vous voudriez aussi corriger...
M. Arseneau : ...vous
voudriez aussi corriger, par la même occasion, l'exception qui est accordée,
selon ce que vous nous décrivez, pour la réglementation sur les pesticides.
Est-ce que c'est bien ça?
Une voix : ...
M. Arseneau : Bon. Est-ce
qu'il n'y a pas des cas où des municipalités pourraient être justifiées
d'encadrer certaines activités agricoles? Moi, je trouve que votre argumentaire
sur les pesticides est particulièrement fort dans la mesure où les pesticides,
leur effet, leurs conséquences, leurs effets bénéfiques et peut-être, à
certains égards, des effets négatifs sont objectivement les mêmes sur
l'ensemble du territoire ou à peu près, et ça peut dépendre, j'imagine, des sols.
Je ne suis pas un expert, mais n'y a-t-il pas des activités agricoles où les
municipalités pourraient être justifiées de vouloir peut-être aller au-delà de
la réglementation? Parce que le mur-à-mur, moi, j'ai un peu de difficulté avec
le mur-à-mur pour le développement agricole comme pour le développement
économique, comme pour la protection de l'environnement, et c'est un peu, j'ai
l'impression, ce que les municipalités demandent : Laissez-nous une marge
de manœuvre pour les particularités qu'on peut avoir à faire valoir. Pour vous,
il n'y a aucune... aucun compromis possible.
M. Doyon (Paul) : C'est sûr
qu'au niveau du développement des activités agricoles, même à l'intérieur d'une
MRC, là, il y a... il y a beaucoup de variations. C'est rare que, dans une MRC,
là, la totalité du territoire se ressemble, là. On a des secteurs qui sont plus
dynamiques, on a des secteurs qui sont un peu plus dévitalisés. Mais comment
est-ce qu'on peut s'ajuster pour faire en sorte qu'il y ait du développement
dans des secteurs? Bien, on est d'accord avec ça bien entendu. Comment est-ce
qu'on peut y arriver maintenant? Tu sais, il faut... il faut faire en sorte
qu'on puisse le faire là aussi, là.
M. Bernier (Daniel) : Et puis
peut- être en complément, c'est qu'avec notre proposition ça ne vise pas à
interdire complètement la possibilité d'une municipalité puisse intervenir,
c'est de maintenir le filtre donc de la demande au ministère pour vérifier que
ce règlement-là est cohérent. Ceux...
M. Arseneau : ...la preuve
est sur la municipalité qui veut aller plus loin que le règlement général.
M. Bernier (Daniel) : Bien,
ça a été mentionné, là, lors... il y a beaucoup de municipalités qui ont très,
très peu de ressources, on parle d'un ou deux employés pour certaines
municipalités. Ce n'est pas vrai qu'elles ont l'expertise pour s'aventurer dans
des domaines aussi complexes que ça.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup de votre présence et de votre contribution à nos travaux. La
commission suspend jusqu'à 14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
Haut de la page
13 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 14 h 01)
La Présidente (Mme Blouin) : Bonjour
à tous. Alors, la Commission des transports et de l'environnement reprend ses
travaux.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 81, Loi
modifiant diverses dispositions en matière d'environnement.
Cet après-midi, nous entendrons les
organismes suivants : l'Association du camionnage du Québec, le Conseil du
patronat du Québec et l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable.
Alors, sans plus attendre, je souhaite la
bienvenue aux représentants de l'Association du camionnage Québec. Alors,
Messieurs, je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire
votre exposé, après quoi on procédera à la période d'échange avec les membres
de la commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à enchaîner avec
votre exposé.
M. Cadieux (Marc) : Alors,
bonjour à vous tous. Je suis Marc Cadieux, je suis président-directeur général
de l'Association du camionnage du Québec. Et je suis accompagné aujourd'hui par
notre directeur des dossiers techniques et opérationnels, M. Yves Morin,
ingénieur chez nous.
Mme la Présidente de la commission,
députée de Bonaventure, M. le ministre de l'Environnement, de la Lutte contre les
changements climatiques, de la Faune et des Parcs, représentant de la
députation de la Coalition avenir Québec, représentants du Parti libéral du
Québec, de la députation, représentants de Québec solidaire...
Haut de la page
14 h (version non révisé
e) M. Cadieux (Marc) : ...de la
commission et de la députation, c'est avec un grand plaisir que notre
association a soumis un mémoire sur le projet de loi n° 81.
Depuis déjà bientôt 75 ans, l'Association
du camionnage du Québec regroupe de nombreux intervenants oeuvrant dans l'industrie
du camionnage, avec plus de 500 membres provenant de différentes sphères de l'industrie.
Nos membres représentent près de 80 % des activités de transport contre
rémunération au Québec, pour un chiffre d'affaires de l'ordre de 2,5
milliards de dollars. L'Association du camionnage supporte et offre à ses
membres de nombreux outils et informations concernant la décarbonation des
transports. Nous avons des activités annuelles dédiées à ce sujet. Nous mettons
en contact les entreprises vers les ressources nécessaires pour réaliser leurs
projets et fournissons des informations sur une base hebdomadaire via nos
infolettres et autres bulletins.
Notre présentation ainsi que notre mémoire
sont centralisés sur la Loi visant l'augmentation du nombre de véhicules
automobiles zéro émission au Québec, afin de réduire bien sûr les émissions de
gaz à effet de serre et autres polluants. Je fais référence au
chapitre A-33.2.
Puisque cette proposition touche directement notre secteur d'expertise, le
projet de loi n° 81 représente la volonté du gouvernement de réduire l'empreinte
carbone du transport routier au Québec, et l'ACQ supporte de façon générale
bien sûr ce projet. L'industrie du camionnage a entrepris de réduire ses
émissions de GES depuis le tournant du siècle dernier.
Que ce soit de façon volontaire ou
réglementaire, les données des Ressources naturelles Canada démontrent une
nette amélioration en efficacité énergétique qui est de l'ordre de 16 %
entre 2012 et 2021. Nous devons donc continuer nos efforts dans ce sens, et le
support du gouvernement du Québec est une composante essentielle à l'atteinte
de ces objectifs fixés.
Toutefois, la mise en place d'une loi et d'un
futur règlement visant à imposer la vente de véhicules lourds zéro émission aux
fabricants pour continuer la vente de véhicules diesel doit être faite de
manière progressive, sans affecter les opérations quotidiennes des entreprises
québécoises qui oeuvrent tous les jours dans notre industrie. Plusieurs étapes seront
nécessaires afin... avant la mise en place d'une telle législation, en
particulier un besoin pressant pour le gouvernement de bien définir sa
politique sur les véhicules zéro émission... les véhicules lourds, je fais
référence, VZE. Les critères de la définition d'un véhicule lourd zéro émission
doivent être bien sûr clairement, très clairement établis. De plus, le
gouvernement devra mettre en place des mesures pour contrôler cette politique
si l'intention demeure d'amener les émissions de GES à zéro dans le futur.
Contrairement au modèle adopté pour les
véhicules légers, on ne peut pas forcer tous les transporteurs à adopter des
VZE à court terme, puisque la technologie, les véhicules disponibles sur le
marché ne répondent pas à leurs besoins pour diverses raisons, telles qu'énumérées
bien sûr dans notre mémoire plus détaillé, puis qu'il me fera plaisir
évidemment d'élaborer lors de questions venant des membres de la députation.
Nous devrons vous rappeler que les infrastructures de recharge publiques pour
véhicules lourds sont pratiquement inexistantes. Cependant, le modèle pour l'utilisation
des VZE avec des camions plus légers qui font principalement du transport
courte distance et de la livraison derniers kilomètres semble être un scénario
idéal pour l'électrification. Certaines entreprises québécoises de notre
secteur ont déjà emboîté le pas, et les résultats s'avèrent prometteurs.
Il ne faudrait pas aussi négliger la
réduction de GES générée par l'utilisation des carburants alternatifs tels le gaz
naturel, qui sont en place avec une infrastructure qui bien sûr continue à se
développer. La disponibilité accrue au gaz naturel renouvelable devrait
contribuer de façon importante à réduire notre empreinte carbone au sein de l'industrie.
Le gouvernement se doit aussi de continuer
à supporter financièrement les efforts de transition énergétique des
entreprises de transport québécoises avec un programme de subventions tel que
celui que nous connaissons, Écocamionnage. De plus, il faudrait éviter des situations
comme celle de l'automne dernier, avec la mise en veille du programme qui a
enclenché un frein d'urgence chez les transporteurs, menant à l'annulation d'achats
de nombreux de ces véhicules chez nos concessionnaires au Québec.
L'incertitude économique est la barrière
la plus importante à surmonter dans une planification de transition
énergétique. La stabilité du programme Écocamionnage est essentielle pour l'atteinte
des objectifs fixés par le gouvernement en matière de réduction de GES. Notre
industrie doit constamment évoluer dans un environnement extrêmement compétitif
à tous...
M. Cadieux (Marc) : ...tous
les niveaux, que ce soit au niveau des équipements, de la main-d'œuvre, de la
réglementation ou même de la compétition... de la compétition déloyale hors du
Québec, notre industrie doit continuer à subvenir aux besoins essentiels des
citoyens du Québec sur une base quotidienne, 365 jours par année.
Il sera donc primordial pour le
gouvernement de bien comprendre tous les aspects de ce projet de loi qui
viendront impacter les activités des transporteurs québécois à petite et grande
échelle. On parle depuis la pandémie, ici. Et je tiens à souligner que nous
avions été, bien sûr, soulignés grandement lors de la pandémie, l'essor...
l'effort, évidemment, que nous avons amené à contribuer, à fournir à notre
société tout ce qu'elle avait besoin. C'est un secteur essentiel de notre
économie du Québec. Il ne faut pas... il ne faudrait pas amener des nouvelles
mesures qui pourraient mettre en péril, bien sûr, la survie de ces entreprises
au niveau financier.
L'Association du camionnage du Québec a
parmi ses valeurs d'amener progressivement ses membres vers des efforts de
décarbonation afin de permettre au gouvernement du Québec d'atteindre les objectifs
environnementaux qu'il s'est fixés. Les propositions présentées dans le projet
de loi no 81 pourraient grandement affecter notre industrie. Il est donc
important pour le gouvernement de bien comprendre toutes les implications des
impacts. Nous croyons que le rapport d'analyse d'impact se veut un survol de
l'industrie et non pas un reflet précis de la réalité terrain, qui est beaucoup
plus complexe que ce qui est énuméré. L'Association du camionnage offre sa
pleine collaboration afin de partager avec vous cette réalité, avec le
gouvernement, afin de permettre en place une transition énergétique performante
pour toutes les parties prenantes.
Je tiens à souligner que notre industrie
croit bien sûr grandement à ce virage environnemental et veut être de la
partie
et veut y participer au sein de tous les ministères qui sont interpelés.
J'aimerais remercier, à ce stade-ci, et permettre à la commission de continuer
à échanger avec moi, et vous remercier, bien sûr, de nous avoir offert cette
opportunité au débat, ou nous sommes, bien sûr, toujours disponibles à répondre
à vos questions, tant en commission qu'à l'extérieur de la commission. Merci,
Mme la Présidente. Je vous remets les...
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup pour votre présentation. Alors, on va débuter la période d'échange
avec M. le ministre pour 16 min 30s.
• (14 h 10) •
M. Charette : Merci, Mme la
Présidente. Messieurs, un plaisir de vous avoir avec nous cet après-midi. Un
plaisir d'avoir aussi l'occasion, là, d'échanger au cours des prochaines
minutes. Et je dois vous confirmer que c'est un temps qui sera partagé avec les
collègues du gouvernement. La tradition veut qu'une fois les présentations
terminées, on se salue, on se serre la main. Ce sera difficile compte tenu que
vous êtes à distance, donc, déjà, je vous salue et vous remercie encore une
fois, là, pour votre présence aujourd'hui.
Vous apportez plein d'éléments
intéressants qui ont, en partie, été discutés avec d'autres groupes au cours
des derniers jours, mais je tiens quand même à réitérer, là, certains
principes, là, qu'on a pu confirmer depuis l'étude du projet de loi. Ce sont
des dispositions importantes du projet de loi no 81. On a un défi au niveau de
nos émissions de gaz à effet de serre, le transport, principalement, là, c'est
notre défi commun, je vais le dire comme ça, compte tenu que ça représente
l'essentiel de nos émissions. En même temps, on est très conscients que ce ne
sont pas tous les secteurs de l'industrie du transport qui peuvent, à court terme,
s'électrifier.
Donc, le prochain... la prochaine étape,
c'est réellement se donner un pouvoir habilitant pour réglementer ce secteur-là
au cours des prochaines années. Donc, oui, c'est une étape importante, mais ce
que j'ai eu l'occasion de mentionner, là, au cours des derniers jours... on n'a
pas l'intention, à court terme, de développer la réglementation, encore moins,
là, de la rendre effective, là, à court terme, mais il faut quand même franchir
cette étape. Et au moment où on développera la réglementation, c'est là où il y
aura des consultations spécifiques sur les enjeux, avec des précisions au
niveau de l'analyse d'impact réglementaire, là, comme vous l'avez souligné.
C'est difficile, à ce moment-ci, avec le
dépôt d'un projet de loi, d'y aller d'une analyse réglementaire détaillée,
compte tenu des modalités, là, qui ne sont pas encore élaborées. Donc, soyez
certain que vous serez consultés à ce moment-là, bien que ce ne soit pas à
court terme, là, qu'on ait l'intention, là, de passer aux étapes suivantes. Et
vous l'avez mentionné, c'est une industrie qui est extrêmement diversifiée,
donc le jour où on pourra...
M. Charette : ...penser à
développer une réglementation, ce ne sera pas de façon uniforme et on n'ira
vraisemblablement pas d'un seul... vers les véhicules zéro émission. Vous
l'avez mentionné, là, les First... last... c'est probablement la
partie de
l'industrie qui est la plus facile à électrifier, une technologie qui est, en
partie, disponible dès à présent. Donc, c'est sans doute vers ce type de
déplacement que l'on pourra concentrer nos premiers efforts. Et pour ce qui est
du très long-courrier, l'avenir c'est long, on peut se le dire, mais je ne
pense pas, à court et moyen terme, que l'on puisse envisager une technologie
qui soit suffisamment développée, mature, là, pour imposer l'électrification de
ce type de transport.
Je serais intéressé à vous entendre au
niveau des carburants. Vous parliez de carburants alternatifs, vous avez
mentionné le gaz, le gaz naturel renouvelable, je ne vous ai pas entendu parler
d'hydrogène, sauf erreur. L'hydrogène, par contre, a démontré une pertinence
drôlement intéressante pour ce qui est du long-courrier, pour ce qui est des
plus gros véhicules. Pour vous, est-ce que c'est une technologie qui est
mature? Est-ce que c'est une technologie qui est déjà utilisée pour la peine
par vos membres? Peut-être un mot, là, si vous le souhaitez sur cette option
qui est aussi disponible.
M. Cadieux (Marc) : Merci, M.
le ministre. Vous me voyez rassuré, évidemment, par vos premiers propos à
l'égard, évidemment, du temps... dans le temps, comment faire les choses et
bien les faire envers notre milieu. Mais je vous lancerai aussi, pour ne pas
que vous manquiez la balle au bond, l'importance... de nous rassurer sur le
programme Écocamionnage, qui est un programme, évidemment, comme vous faites
référence à des équipements qui sont utilisés dans le court rayonnage, on sait
que toutes les ventes ont été annulées depuis l'interruption, et que nous
n'anticipons pas, selon les renseignements reçus, une rétroactivité. Pour ce
qui est des autres carburants alternatifs et au niveau des carburants tels que
l'hydrogène, il va de soi que notre industrie est interpelée par de nombreux
carburants alternatifs au fil des temps. Je suis ici depuis 2001, donc, j'ai vu
cette interpellation progresser au fil des années auxquelles j'ai tenu ce
siège. Et vient s'ajouter d'autres choses, vient s'ajouter d'autres façons de
faire, vient s'ajouter d'autres équipements, d'autres moyens d'entretenir,
d'autres moyens et des obligations de logistique et d'opérationnabilité dans
nos entreprises.
Donc, ce sont toujours des défis
constants. Mais nous avons dans nos rangs, oui, des transporteurs qui sont
avant-gardistes, qui sont audacieux, qui sont des laboratoires, je pense, de
ces approches-là et qui participent, bien sûr, à l'élaboration de ça. Je vais
passer la parole à Yves Maurais, qui est ingénieur ici, chez nous, parce que
c'est quelqu'un qui a exercé en entreprise, dans le milieu manufacturier, et
connaît bien l'évolution. Il a été aussi interpelé souvent par le gaz naturel
en entreprise. Mais bien sûr que l'hydrogène aussi vient nous interpeler, mais,
encore là, il y a toujours des défis d'approvisionnement... d'infrastructure,
d'approvisionnement. Donc, comment se ravitailler et comment arriver à faire
performer, bien sûr, dans des coûts d'opération que nous devons toujours,
évidemment, regarder dans une... dans un objectif de compétitivité. Yves.
M. Maurais (Yves) : Oui. Pour
ce qui est de l'hydrogène, il y a pratiquement deux technologies, la
technologie de FuelCell, donc, vraiment l'hydrogène utilisé pour générer de
l'électricité. On revient un peu sur le principe des véhicules électriques ou
l'hydrogène qui est utilisé dans un moteur à combustion où est-ce que là on
consomme l'hydrogène. Donc, les deux technologies sont en développement. La
technologie côté FuelCell est un petit peu plus en avance. Par contre, il n'y a
pas vraiment de production de ces véhicules-là, surtout on a des classes 7 et
8, donc, vraiment, des véhicules lourds, aux tracteurs semi-remorques qui sont
disponibles présentement sur le marché, c'est très, très rare. On en a vu un en
opération, au Québec, cet été, pendant quelques semaines, avec le groupe
Harnois, qui avait un camion de Nicolas à l'essai. La problématique aussi,
c'est vraiment l'approvisionnement en hydrogène. Il y a seulement une station
où on peut avoir l'hydrogène au Québec, et elle est faite, principalement, pour
alimenter des voitures, il y a quelques voitures qui fonctionnent à
l'hydrogène. Donc, il a fallu...
M. Maurais (Yves) : ...que
les... bricolent la station pour être capables de recharger. Il y a beaucoup de
problèmes, surtout au niveau, bon, on en parle, l'infrastructure, l'approvisionnement.
C'est... mais vraiment, le coût, c'est encore plus cher que des batteries.
Donc, en termes de viabilité économique, ça devient très problématique. Par
contre, c'est quand même une solution qu'on dirait moyen, peut-être, long terme
pour le transport longue distance qui permettrait aux transporteurs d'avoir une
option de faire des... peut-être des distances d'au-delà de 1 000 kilomètres
avant de faire un... Et le coût du carburant aussi est très élevé. Et là, tout
dépendant aussi des sources de production d'hydrogène, bien, à ce moment-là,
est-ce qu'on peut considérer que ça va être véritablement un véhicule zéro
émission zéro, si on utilise peut-être l'hydrogène gris plutôt que l'hydrogène
vert. Donc là, à ce moment-là, on a une autre problématique aussi à ce
niveau-là.
Donc, pour nous, à l'horizon, l'hydrogène,
on parle d'au moins 4 à 5 ans minimum avant peut-être de voir les camions, là,
en service régulier, là, les premiers camions.
M. Charette : Bien, c'est
tous des considérants très pertinents. Gaz naturel, c'est une technologie, là,
qui est accessible déjà, qui répond aux besoins de l'industrie déjà, là. C'est
déjà une alternative sur laquelle vous pouvez compter?
M. Maurais (Yves) : Oui. Le
gaz naturel, on... Je vous dirais que les transporteurs, beaucoup de
transporteurs québécois utilisent le gaz naturel depuis 2011, 2012. Entre
autres, bon, il y a deux grandes entreprises au Québec qui avaient pratiquement
200, 250 unités, qui roulent et qui roulent encore au gaz naturel.
Il y a de l'infrastructure qui a été
développée, qui continue de se développer. À l'époque, le modèle était très
intéressant parce que le prix du diesel était quand même cher, et le prix du
gaz naturel était quand même stable. Donc, c'était économiquement viable
d'opérer ces camions-là parce qu'on était capable d'avoir un retour sur
l'investissement supplémentaire à l'achat des camions. Aujourd'hui, on se
rapproche un peu, en termes de coûts, mais on a des nouvelles alternatives,
maintenant, avec des nouveaux moteurs qui entrent sur le marché, qui
correspondent aux besoins des entreprises québécoises, surtout pour la longue
distance. Donc, on est capable maintenant de faire des opérations équivalentes
avec des moteurs diesel, avec... surtout avec du gaz naturel renouvelable,
c'est très, très intéressant parce que, là, on tend à aller vers zéro émission
si on compte... selon la méthode qu'on compte les émissions, là, mais,
essentiellement, ça devient très intéressant, mais même le faire au gaz
naturel, versus le faire au diesel, on peut peut-être aller chercher des
économies de l'ordre de 10 à 15 %, là, en termes de GES.
• (14 h 20) •
M. Cadieux (Marc) : On est
interpelés par plusieurs... par plusieurs choses. On est interpelés par les
coûts d'opération, par le coût des équipements et par la variation du prix de
certains carburants. Donc, le marché aussi, le brut aussi, à certains moments,
était évidemment... et les carburants alternatifs nous donnaient un avantage
concurrentiel. Donc, il y a la convergence, là, de tous ces éléments-là qu'il
ne faut pas... Il ne faut pas... il ne faut pas les regarder juste un par un en
disant : Ils ont tous des bienfaits, mais ils ont aussi tous des effets
secondaires auxquels on doit faire une analyse complète, à savoir est-ce que le
coût d'opération, est-ce que le coût d'entretien, est-ce que le coût
d'acquisition, est-ce que le ravitaillement est là et est-ce que le marché de
ces carburants-là répond aussi à une compétitivité d'une... pour une
entreprise?
M. Charette : ...tous des
éléments à considérer. Je ne veux pas monopoliser tout le temps de parole, j'ai
mon collègue ou des collègues qui souhaiteront intervenir dans un instant.
Juste vous parler écocamionnage un instant, là, vous y avez fait référence.
Autant écocamionnage que Roulez vert sont des programmes excessivement
populaires. On a, comme gouvernement, aussi la responsabilité de gérer les
fonds publics. Donc, on a largement excédé les budgets qui avaient été prévus
pour l'année 2024-2025. Et, dans un cas d'écocamionnage, c'est une décision qui
a été prise un petit peu plus hâtivement, Roulez vert, c'est une suspension,
là, de deux mois qui débute à compter des prochains jours, là, du 1ᵉʳ février.
Oui, populaires, oui, nécessaires,
spécialement pour lancer, là, cette transition, mais moi, depuis six ans, par
contre, je mentionne qu'ils ne peuvent pas être permanents, ces programmes-là,
compte tenu de leurs coûts, compte tenu de l'évolution de la technologie aussi.
Mais, dans le cas d'écocamionnage, on espère pouvoir revenir, là, avec une
nouvelle mouture prochainement. Roulez vert, on pense pouvoir faire de même
pour le 1ᵉʳ avril, mais à la différence... on ne fera pas comme les années
précédentes, vraisemblablement, on va mentionner un budget...
M. Charette : ...plafond, et,
à partir du moment où ce budget-là sera atteint, on sera obligé de suspendre de
nouveau, par respect des contribuables, tout simplement. On a essentiellement,
dans le cas de Roulez vert, presque doublé, là, les sommes qui avaient été
initialement prévues, là, pour l'année 2024-205. Donc, on aura l'occasion
de s'en reparler, un retour vraisemblable d'Écocamionnage, avec des modalités
vraisemblablement différentes aussi, mais un budget qui sera plafonné, là,
cette fois-ci pour justement éviter les dépassements de coûts. Donc, je vous
remercie. Très apprécié. Je cède la parole à mes collègues.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Alors, on va enchaîner avec M. le député de Masson
pour 3 min 24 s. Merci.
M. Lemay : Mme la Présidente.
Merci, messieurs, d'être avec nous aujourd'hui. Vous savez, vous venez de
parler amplement de carburants alternatifs avec M. le ministre, je ne
reviendrai pas là-dessus. Mais tu sais, en complément de la norme zéro
émission, est-ce que vous croyez qu'on... Tu sais, ce n'est pas juste la
responsabilité des constructeurs manufacturiers de fournir des véhicules zéro
émission. Est-ce que vous pensez aussi qu'on devrait pour les entreprises avoir
quelque chose pour avoir un incitatif pour s'assurer qu'eux autres aussi ils
font l'usage des véhicules avec des énergies alternatives, là, aux énergies
qu'on connaît, notamment avec le développement de la filière batterie qu'on
parle, puis de la loi zéro émission? Est-ce que vous pensez que, dans le fond,
on pourrait pousser les entreprises à utiliser des énergies puis des carburants
renouvelables? Est-ce que vous pensez que ça pourrait être une bonne idée?
M. Cadieux (Marc) : Bien en
fait, M. le député de Masson, on pose la question puis on s'y répond un peu en
même temps, parce que si les... si les incitatifs et l'accompagnement de
l'industrie vers ces équipements qui sont de beaucoup plus onéreux que des
équipements habituels n'est pas au rendez-vous, je vois difficilement comment
le virage va... va pouvoir continuer à s'effectuer. Et le programme
Écocamionnage, bien sûr, avait toute cette... toute cette vertu de faciliter,
bien sûr, la transition vers des véhicules à haute... à autres carburants. Et
vous